Violence

LA PRESSE & COMPAGNIE



La guerre en déclin

In most places around the globe, violence has stopped making sense


Ambulances et hôpitaux en mal de respect

La mondialisation de la colère

London riots rupture the ruling class - DOUG SAUNDERS

Unskilled, unmarried, unwanted …

Des causes bien connues

Un « superflic » à la rescousse

Predictive policing program aims to prevent crime


The enlightened path against youth crime? Prevention
The national shame of aboriginal incarceration


Guerre et faim
Perspectives - Le prix de la violence

DES DOMMAGES POUR LA VIE


Casser le fil


Et si les mots pouvaient réellement tuer, après tout ?...
Norway's terror, the world's problem - GERALD CAPLAN

Norway shows we must expose dangerous fictions - Doug Saunders
Norvège: l'extrême droite sous haute surveillance

It’s time to confront the ‘counterjihadists’
Un avertissement
Les influences américaines de Breivik

Des liens obscurs entre la Norvège et l’angleterre

Un ton respectueux
Fox News and the poisoning of American political debate
Fusillade à Tucson - La jungle
Le pouvoir des mots

Un incident tragique

Une rhétorique empoisonnée

D’Oklahoma City à Tucson


N'est-ce pas tout simplement navrant d'avoir à rappeler que le contrôle des armes à feu représente sans aucun doute la première à adopter pour contrer la prolifération de la violence, ne serait-ce que parce qu'elle serait tout au moins supposée s'avérer l'une des plus simples à appliquer ?...
A law-and-order model for Stephen Harper: 310 million Americans packing heat - Gerald Caplan

U.S. gun lobbies: the inmates who run the asylum - Gerald Caplan
Arizona shooting: The claim that more guns means less crime is just silly
Editorial: Guns and gun control; let's reframe the debate
Rien ne changera

Trente-cinq fois par jour


À moins que tout ne soit pas nécessairement si simple non plus ?...
À chacun de protéger ses droits


To inoculate against violence, CeaseFire

BÂTIR UNE SOCIÉTÉ MOINS VIOLENTE

Étude statistique sur la protection de la jeunesse - Les marques psychologiques blessent autant les enfants que la violence

Les poings serrés: la boxe pour retrouver le droit chemin

Traitements de choc pour jeunes gangsters
Un projet novateur à Montréal


Des crimes moins violents et moins nombreux
La cyberintimidation

Casser le cercle vicieux qui mène en prison
Un gage de sécurité



Et la saga Villanueva connaîtra-t-elle un jour une fin ?...
La triple peine des Villanueva

UNE MÈRE ET SON DEUIL
Villanueva doit être expulsé, tranche la Commission de l'immigration
Ne pas tout confondre - Rima Elkouri
«Je ne comprends pas l'attitude de l'administration Tremblay»
Dany Villanueva contestera son expulsion au Honduras
Dany Villanueva menacé d'expulsion

Voir aussi Et l'enquête sur la mort du jeune Villanueava ne devrait-elle pas surtout porter sur la police en tant que telle ?...

Voir aussi
Les Conservateurs seraient-ils en train de signer la mort du registre des armes à feu ?...


Moins de meurtres aux États-Unis. Pourquoi? - André Pratte

Le vieillissement, la récession et l'effet Obama font baisser la criminalité


« Les gangs de rue, ce sont des enfants »  -  Caroline Touzin
JAMAIS SANS MES FILLES  -  Ève Dumas
 

L’utilisation du Taser doit être mieux encadrée, conclut une enquête publique
Le nombre de crimes et leur gravité en baisse

Voir aussi Quand c'est la police elle-même qui est accusée...

Voir aussi Et si l'enquête sur la mort du jeune Villanueava devait surtout porter sur la police en tant que telle ?...
Le temps... et les coûts s’étirent  -   Caroline Touzin
Le frère de Fredy menacé d’expulsion  -   Caroline Touzin
Montréal-Nord  : Multiplication des initiatives
Petite victoire pour le clan Villanueva  -  Caroline Touzin

« SA MORT DOIT SERVIR À QUELQUE CHOSE »  -  Daphné Cameron
Bientôt une police de la police ?  -  Judith LaChapelle

Un an plus tard, de petits changements  -  Judith LaChapelle

Anniversaire de la mort de Fredy Villanueva : Réfléchir, chanter, marcher ou se recueillir  -  Ariane Lacoursière

Appel à la mobilisation pacifique à Montréal-Nord  -  Hugo Meunier
La famille Villanueva participera à l’enquête
AFFAIRE VILLANUEVA  Le ministre « satisfait » de l’entente

Québec dépense 3,3 millions pour apaiser les tensions
Le maire de Montréal-Nord ne se représentera pas

LA FUITE DE MONTRÉAL-NORD -  Hugo Meunier


Travailleur social : Limiter les tensions à Montréal-Nord
Montréal-Nord : Nouveaux affrontements : Le spectre des émeutes hante encore le quartier  -  Hugo Meunier

Un conseiller « avec une fibre sociale » pourrait être nommé - Caroline Touzin


LES TENSIONS SOCIALES DOIVENT ÊTRE ÉTUDIÉES  -   Caroline Touzin

La carrière musicale de Dany Villanueva -  Patrick Lagacé

L’autre côté de la médaille  -   PATRICK LAGACÉ
Villanueava : Jacques Dupuis revient sur sa décision
Le ministre Dupuis invité à se retirer du processus

« Mettre de l’eau dans son vin »  -  Émilie Côté
LA FAMILLE VILLANUEVA DEMEURE INFLEXIBLE
Le compromis honorable  -  YVES  BOISVERT

Villanueva : Le ministre Dupuis veut-il une enquête injuste? - YVES BOISVERT
La famille Villanueva se retire malgré l’ouverture du coroner 

Mme Villanueva : « Je n’ai pas confiance »

Les agents impliqués craignent pour leur sécurité
Affaire Freddy Villanueva - L’enquête du coroner déjà controversée

Dany Villanueva renonce à son enquête préliminaire
Montréal-Nord : POUR ÉVITER UNE AUTRE EXPLOSION  -  Katia Gagnon
L’agente communautaire qui fait taire la machine à rumeurs

MONTRÉAL-NORD : Les jeunes et la police dialoguent
Villanueva: enfin l’enquête! -  ANDRÉ PRATTE

ZIDANE, SUPERSTAR DE MONTRÉAL-NORD -  Violaine Baillivy


Un éducateur sur deux victime de violence
Les blessures des parents battus


Tueries diverses
L’impossible deuil

Breivik avait été signalé aux autorités

Le tueur en série typique n’existe pas

Une question vertigineuse
Des Norvégiens demontréal bouleversés

« La police ne nous croit pas »

Un fou

Qui en veut au pays du Nobel?

Prison: dans l'univers de l'aile B-E, l'infirmerie

Un autre  -  Marie-Claude Lortie

SURVIVRE À L’HORREUR -  Katia Gagnon
UNE PREMIÈRE MONDIALE - Katia Gagnon

Fort Hood: le tireur, «agréable et intelligent»

Charles Manson : Des meurtres qui ont choqué l’Amérique  -  Nicolas Bérubé
Les fractures de Columbine (et deux ados malades...)
Une société plus pacifique que jamais

Polytechnique, 20 ans après: «Quatorze fins du monde»

Polytechnique: les victimes dont on ne parle jamais
Polytechnique vue de l'intérieur, 20 ans après
Vingt ans déjà - Nathalie Collard

Double meurtre de 1979 : La Rage - Michèle Ouimet
Le deuil - Michèle Ouimet
LE PARDON  -  MICHÈLE OUIMET

Pardon et religion - Michèle Ouimet

L’innocence perdue -  MICHÈLE  OUIMET 

1949, L’ATTENTAT DE  SAULT-AU-COCHON - Caroline Touzin


Pas l’unique responsable - Les cas de violence grave ne s’expliquent pas seulement par le syndrome de la Tourette

Voir aussi Quand c'est la police elle-même qui est accusée...

Meurtre de Nancy Michaud
Cette p’tite vie

Le silence coupable -  MICHÈLE OUIMET

Le plaisir de faire mal









Video games tied to aggression



ARTICLES SUR LE WEB


Results of Canada's New Firearms Act

CANADIAN GUN CONTROL: SHOULD THE UNITED
STATES LOOK NORTH FOR A SOLUTION TO ITS
FIREARMS PROBLEM?



De l'origine de la violence (notamment à l'école)...







« Les gangs de rue, ce sont des enfants »  -  Caroline Touzin
Nouveau livre de la criminologue et députée Maria Mourani
Après La face cachée des gangs de rue, paru en 2006, la députée du Bloc québécois Maria Mourani publie cette semaine un second livre sur le sujet : Gangs de rue Inc. La criminologue de formation y dépeint avec humanisme sa vision de ce phénomène complexe et mondialisé.
Q Pou r
Maria Mourani, criminologue et députée bloquiste d’Ahuntsic, publie cette semaine un second livre sur le sujet des gangs de rue.
ce second ouvrage, vous êtes allée passer une semaine au Salvador, à la rencontre de membres des deux gangs ennemis les plus dangereux en Amérique, la Mara Salvatrucha (MS-13) et la Pandilla 18. Comment s’est déroulé votre séjour ? R Selon mon analyse, la Mara Salvatrucha et la Pandilla 18 représentent la nouvelle génération de gangs auxquels il faut faire attention. Des gangs qui pourraient prendre de l’expansion ici. Des membres ont déjà été observés à Toronto et à Ottawa. Après les dernières élections fédérales, je me suis donc rendue à mes frais là où ces gangs sont bien établis : au Salvador. J’y étais à titre de criminologue. Ça aurait été dangereux d’y aller en tant que députée. Il y a beaucoup d’extorsion, d’enlèvements.
Avec un guide, je suis allée visiter des barrios où les MS-13 et la Pandilla 18 font la loi. En tant que chercheuse terrain, c’était la première fois que j’avais peur. C’est vraiment un ghetto. Quand tu entres, tout le monde te regarde, et tu as intérêt à avoir l’autorisation d’y être. Avec mes appareils photo, j’étais la cible idéale à voler. Mon guide a dû téléphoner à un chef de gang qui était en prison – sur son cellulaire ! – pour avoir la permission de faire des entrevues et de prendre des photos (NDLR : celle de la couverture du livre a été prise par Mme Mourani). Après qu’on a obtenu son accord, la tension a tombé. Q Vous
n’avez pas pour autant cessé de vous intéresser aux gangs de Montréal. Dans votre livre, vous révélez qu’une nouvelle génération de gangs se dessine pour laquelle les couleurs des deux gangs ennemis, les Bloods (rouges) e t les Crips ( ble u s) veulent de moins en moins dire quelque chose. R Dans Saint-Léonard, par exemple, les STL Finest portent autant le rouge que le bleu et font le signe MS-13. Ils se placent sous la bannière des gars de l’est, les Eastside. Qu’ils vivent à MontréalNord, à Saint-Léonard ou à Rivière-des-Prairies, ils sont tous Eastside. On ne peut pas dire que les couleurs sont disparues. Veut, veut pas, ça fait l’affaire des plus vieux membres que les jeunes travaillent pour eux en s’identifiant à leur couleur. Mais les jeunes, eux, commencent à s’en foutre. Ce qui compte, c’est le pognon qu’ils peuvent faire ensemble. Q Vous
consacrez un chapitre de votre livre à l’ infiltration de l’armée américaine par les gangs de rue. Selon vous, est-ce qu’un phénomène semblable peut se produire dans les Forces canadiennes ? R Aux États-Unis, ce phénomène est très documenté. Sur l’internet, on voit des vidéos de gars de gangs en train de manipuler des armes comme l’armée leur a appris à le faire. Au Canada, l’armée n’a pas de faits tangibles pour dire que ce phénomène existe. Mais il faut être très prudent, car le but des gangs, c’est d’être le plus perfectionnés possible, d’avoir accès aux armes et d’aller dans les pays où la drogue est facile d’accès, comme l’A fghanistan. Les gangs d’ici regardent ce qui se fait aux États-Unis. Comme l’armée canadienne est en recrutement à l’heure actuelle, je crois qu’il faut faire attention à qui on recrute. Q Dans
certains passages de votre livre, on a l’impression que vous enlevez votre casquette de criminologue pour laisser parler la mère de famille avec une écriture au « je » plus émotive. Pour vous, les gangs sont plus qu’un sujet de recherche... R C’est un peu mon combat. Un combat humain. Il faut réaliser que les gangs de rue, ce sont des enfants. J’ai vu au Salvador des jeunes de 4-5 ans qui marchaient comme des gars du MS-13. Ça m’a beaucoup touchée. Ici, on a l’impression que ce ne sont pas nos jeunes, que c’est un problème d’immigration. Mais ce n’est pas vrai. Je veux qu’on arrête de penser les gangs de rue comme un monstre. Les gangs commettent des gestes abominables parfois. Mais on oublie qu’ils ont commencé enfant, à 12 ou 14 ans. Les vrais criminels, ce sont les vieux gars de gangs, âgés de 25, même 45 ans, qui habitent dans les grosses baraques à Lachenaie, Terrebonne et compagnie. Ce sont eux qui font le fric et débarquent dans les quartiers plus défavorisés comme Saint-Michel avec leur grosse bagnole et leur chaîne en or pour recruter des jeunes. QÀ
la fin de votre livre, vous proposez un équilibre entre répression et prévention pour résoudre le problème des gangs. Cette solution n’est pas nouvelle. Avez-vous l’impression de devoir répéter ce que vous-mêmes et d’autres criminologues prônez depuis des années ? R Je n’arrête pas de répéter, peut-être parce que les gens ne réalisent pas l’ampleur du problème. Lorsqu’on regarde l’échiquier politique, on voit bien qu’on met beaucoup plus d’argent dans la répression. La prévention est toujours l’enfant pauvre. On a encore la pensée magique qu’on peut tous les mettre en dedans et que le problème va se régler. Tant qu’on ne résout pas les problèmes de pauvreté et de discrimination, c’est un puits sans fond. Cet été, ils ont démantelé plusieurs réseaux à Montréal. Mais d’autres sont déjà prêts à prend re leur place.




JAMAIS SANS MES FILLES  -  Ève Dumas
Elles ont un passé et des horizons différents, mais leur envie de faire bouger les choses est la même. La Presse vous présente trois femmes de combat. Aujourd’hui, rencontre avec la Cambodgienne Somaly Mam, vendue et revendue dans les réseaux de trafic se
« Ce qui me donne de l’espoir et de la force, c’est de travailler directement avec les filles. J’aime quand elles me sourient, j’aime les voir à l’école. C’est concret. »
On peut difficilement imaginer une histoire plus sordide que celle de Somaly Mam, qui est aussi celle d’environ 1,8 million de jeunes partout au monde. Vendue à un homme qui prétendait être son grand-père, puis revendue par ce dernier à un réseau de trafic sexuel alors qu’elle n’avait qu’une douzaine d’années, la Cambodgienne a connu certains des pires sévices qui soient: manipulation, abus, torture, viol. Depuis qu’elle a réussi à s’extirper de l’enfer, elle y replonge sans relâche pour sauver et réinsérer socialement des filles réduites à l’esclavage sexuel.
Sortie de l’enfer de l’esclavage sexuel, la Cambodgienne Somaly Mam y replonge pour en extirper de très jeunes filles.
Avec son ex-mari français, Pierre Legros, qui a réussi à la sortir du bordel une fois pour toutes, Somaly Mam a fondé AFESIP (Agir pour les femmes en situation précaire) en 1996. Partie de rien, l’ONG jouit maintenant d’une reconnaissance internationale. Plus de 4000 filles et jeunes femmes ont été sauvées et accueillies dans les centres mis sur pied par l’organisme.
« Moi, ma vie s’est terminée après le premier viol, explique la femme de 38 ou 39 ans (elle ne connaît pas son âge exact), qui était à Toronto la semaine dernière dans le cadre d’une campagne lancée par la chaîne de magasins Body Shop: Mettons fin au trafic sexuel des mineurs.
« Pour les filles qui vivent des situations semblables à la mienne, le bonheur est tout simplement hors de portée, même lorsqu’elles réussissent à trouver un emploi digne, à se marier, à fonder une famille. Mais ce qui me donne de l’espoir et de la force, c’est de travailler directement avec les filles. Il faut que je voie la réalité en face. J’aime quand les filles me sourient, j’aime les voir à l’école. C’est concret. Je suis une femme de terrain. »
Le pistolet sur la tempe
Dès qu’elle a remis les pieds à Phnom Penh, elle a connu plusieurs fois la sensation glaçante d’un pistolet sur la tempe et a reçu d’innombrables menaces de mort. Mère de trois enfants, elle s’inquiétait surtout pour la sécurité de sa famille. Récemment, des tenanciers de bordel ont réussi à enlever sa fille de 14 ans pendant quatre jours.
« C’est grave, ce qui lui est arrivé, mais en même temps ma fille a la chance d’avoir beaucoup de soutien. Elle a grandi dans le centre et elle voit que la plupart des enfants de bordel n’ont pas de parents ou ont été vendus par ceux-ci. Mes propres enfants sont de la plus grande importance pour moi, mais tous ces autres enfants ont aussi besoin de moi, plus encore parfois. »
Des nuits blanches
Dans son livre Le Silence de l’innocence, publié en 2005, elle raconte ses nuits blanches et les cauchemars qui n’ont cessé de la hanter depuis ses premières années d’enfer. « Aujourd’hui, je n’ai plus peur. Si on peut vivre un jour, un mois, un an en faisant des choses importantes, qui nous comblent, c’est mieux que de vivre pendant 100 ans sans rien faire. Moi j’aime la vie avec beaucoup de goût. »
Cette année, le gouvernement cambodgien a enfin voté une loi pour protéger les victimes et pour punir les trafiquants. « Le gouvernement commence enfin à bouger. »
Elle constate que les bordels sont un peu moins nombreux depuis qu’elle a entrepris ses sauvetages mais que les filles sont de plus en plus jeunes. Elles n’ont parfois que 4 ou 5 ans.
Le viol des vierges
« I l y a une croyance en Extrême-Orient selon laquelle on peut atteindre l’immortalité, ou du moins rajeunir et éclaircir sa peau, en violant des enfants vierges. D’autres, comme en Afrique, pensent qu’on peut se guérir du sida en couchant avec des vierges », explique Mme Mam.
C’est ainsi que le sida se répand à une vitesse fulgurante dans ces populations. Somaly Mam a vu plusieurs de ses jeunes rescapées en mourir.
À la jeunesse croissante des esclaves sexuelles s’ajoutent des méthodes de représailles de plus en plus barbares. On ne fait plus que battre les récalcitrantes et leur infliger des brûlures de cigarette ; on leur plante carrément des clous dans la tête.
« Mon message, c ’est que tout le monde peut aider. Il y a beaucoup de gens qui le veulent mais qui ont peur et ne savent pas par où commencer. » Somaly Mam encourage ceux qui veulent faire leur part à acheter les produits Body Shop créés pour la campagne et dont les recettes seront remises à la Somaly Mam Foundation ainsi qu’à Au-delà des frontières, un organisme canadien qui lutte contre le trafic des mineurs chez nous.








L’utilisation du Taser doit être mieux encadrée, conclut une enquête publique
— Une enquête publique a conclu que les pistolets à décharge électrique ( Taser) pouvaient tuer ou causer de sérieuses blessures et que les forces policières doivent revoir leur méthode d’utilisation.
Selonle jugeThomasBraidwood, le gouvernement de la ColombieBritannique et son corps policier ne se sont pas informés adéquatement des dangers reliés à l’usage de ces pistolets. Le magistrat a également soutenu que les officiers n’avaient pas été formés adéquatement avant d’utiliser ces armes.
Taser International, la société américaine quimet au point, produit et distribue le pistolet, a toujours maintenu qu’il n’y avait pas suffisammentdepreuvesdémontrantque cette arme pouvait être mortelle.
Le juge Braidwood n’est pas allé jusqu’à recommander l’interdiction de ces pistolets, mais il a suggéré que les autorités policières encadrent plus rigoureusement leur utilisation.
Le rapport a été livré hier, dans le cadre de la première étape de l’enquête publique visant à examiner l’usage de ces armes en Colombie-Britannique.
Le juge Braidwood a présenté 19 suggestions sur les changements qui, selon lui, doivent être apportés pour rendre plus sûre l’utilisation du pistolet électrique.
La deuxième étape de l’enquête publique a pour but de clarifier les actions de policiers de la GRC qui ont confronté un immigrant polonais à l’aéroport international de Vancouver, en 2007.
Robert Dziekanski a perdu la vie après avoir reçu cinq décharges de la part d’agents qui considéraient que la victime affichait un comportement bizarre.
Cette deuxième phase de l’enquête avait été reportée jusqu’en septembre après la mise à jour d’un courriel de la GRC laissant sous-entendre que des officiers comptaient utiliser le controversé pistolet en direction de M. Dziekanski avant même de le voir.




Le nombre de crimes et leur gravité en baisse
ENQUÊTE DE STATISTIQUE CANADA
OTTAWA— Le nombre de crimes et leur gravité sont en baisse au Canada.
Les données de 2008 sur les crimes déclarés par la police, rendues publ iques hier par Statistique Canada, démontrent que le taux de criminalité et que l’Indice de gravité de la criminalité ont tous les deux diminué de 5%. Le Québec présente notamment un taux de gravité inférieur à la moyenne nationale.
Mais cela n’empêchera le gouvernement fédéral conservateur de prendre des mesures sévères pour réduire l’activité criminelle au pays, a indiqué hier le ministre de la Justice, Rob Nicholson.
Il a également précisé que les conservateurs continueront à faire pression sur les partis de l’opposition pour qu’ils entérinent des projets de lois anticrime quand le Parlement reprendra ses activités à l’automne.
« Nous ne dirigeons pas le pays en fonction des dernières statistiques », a affirmé le ministre au cours d’un entretien téléphonique avec La Presse Canadienne.
Les crimes violents ont aussi connu une diminution, mais dans une moindre mesure.
Il s’agit d’une cinquième baisse annuelle consécutive des crimes déclarés par la police, qui a signalé environ 77 000 crimes de moins en 2008 que l’année précédente. Selon Statistique Canada, il y a eu une diminution de 28 000 vols de 5000$ et moins, 22 000 entrées par infraction en moins et 20 000 vols de véhicules motorisés en moins.
La gravité des crimes commis est en baisse dans quasiment toutes les provinces, mais c’est au Manitoba que ce déclin est le plus marqué. Toutefois, cette province a continué, en 2008, à avoir le taux d’homicides le plus élevé de tout le pays. À titre d’exemple, le taux de meurtres commis au Manitoba était de 50% plus élevé que celui de la province figurant en deuxième place, soit l’Alberta.
La seule exception concernant le taux de crimes commis est l’Île-du-Prince-Édouard, où l’on a noté, en 2008, une augmentation de 7%.
Au pays, environ un crime signalé à la police sur cinq est violent. Bien que l’on constate 3500 affaires de violence de moins en 2008, les homicides, qui représentent moins de 1% de tous les crimes violents, figuraient parmi ceux qui ont progressé en 2008.
Le taux de crimes commis par des jeunes de 12 à 17 ans a pour sa part fléchi de 5%, la quatrième baisse en cinq ans. Le taux de crimes violents commis par les jeunes de cette catégorie d’âge a également diminué de 3%. Mais il est demeuré relativement stable depuis 2000.
Sur le plan géographique, la gravité de la criminalité est plus élevée dans le nord et dans l’ouest du pays. L’indice de gravité de la criminalité est calculé en fonction la gravité des peines imposées par les cours. Par exemple, les crimes les plus sérieux et qui sont punis par plus longues peines obtiennent des scores plus élevés.
À l’instar des provinces de l’Atlantique, le Québec et l’Ontario ont des taux inférieurs à la moyenne nationale, avec des taux respectifs de 82,5 et 70,6. Le Nouveau-Brunswick affiche quant à lui un taux de 71,3.
Les taux les plus élevés de gravité sont enregistrés dans les Territoires du NordOuest (337,7), au Nunavut (324,2) et au Yukon (181,5).
Parmi les provinces, c’est en Saskatchewan (156,1), au Manitoba ( 128,7) et en Colombie-Britannique ( 120,9), que l’on trouve les taux les plus élevés. À l’opposé, l’Île-du-PrinceÉdouard (68,2) affiche le plus bas taux de gravité de la criminalité. Pour l’ensemble du Canada, il est de 90,0.




Le temps... et les coûts s’étirent  -   Caroline Touzin
ENQUÊTE PUBLIQUE DU CORONER SUR LA MORT DE FREDY VILLANUEVA
Au rythme où l’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva se déroule depuis sa reprise, elle pourrait être beaucoup plus longue que prévu.
L’agente Stéphanie Pilotte pourrait témoigner dès cet après-midi au palais de justice de Montréal dans l’enquête sur la mort de Sur la photo, la mère de Lilian Maribel Madrid Antunes, au palais de justice de Montréal en compagnie d’un agent de sécurité.
Conscient des coûts d’une t e l l e e nquête, l e c oroner André Perreault a donné un avertissement aux avocats de mieux « cibler » leurs questions aux témoins, hier, à la quatrième journée d’audiences au palais de j ustice de Montréal.
Le coroner Perreault s’est dit préoccupé par le rapport « qualité-prix » de l’enquête, soit la qualité de la preuve établie devant lui par rapport au temps que cela prend – et l’a rgent que cela coûte aux contribuables – pour établir cette preuve.
Le coroner a fait cette mise en ga rde visa nt « t ous les avocats » après que Me René Saint-Léger, avocat du jeune blessé par balles Denis Méas, eut posé des questions techniques durant une heure et demie, hier, à un technicien en identité j udiciaire de la Sûreté du Québec. « Si un témoignage technique comme celui-là prend une demi-journée, je plains déjà les témoins qui vont suivre », a souligné le coroner.
C’est que le t e c h nic i en Rober t F or t i n a j oué u n rôle mineur dans l’enquête criminelle de la SQ sur les deux policiers du SPVM. Il était chargé de prendre des photos des blessu r e s des agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte ainsi que de la scène de l’incident.
Me Saint-Léger cherchait à savoir pourquoi le technicien en identité judiciaire n’avait pas transmis l’information à ses supérieurs que les deux agents n’avaient pas de blessure apparente au cou, alors que la thèse de l’enquête voulait que des jeunes les avaient « étranglés ». « Ça ne relevait pas de mes f onctions » , a résumé le policier.
Témoignage de l’agente Pilotte aujourd’hui ?
L’agente Stéphanie Pilotte pou rra it t é moi g n e r d è s cet après-midi. Le coroner P e r r e au l t a or don né que l e s deu x polic i er s i mpl i - qués dans la mort de Fredy Villanueva témoignent avant les jeunes témoins du drame. L’agente Pilotte avait l ’a i r d’avoi r pleu r é, « l es yeu x gonf lés » , à son retou r au poste de quartier 39 après l’intervention policière qui a mal tourné, a décrit hier l’enquêteur en scène d’incident de la SQ, Sylvain Landry.
À 1 h 10, dans la nuit du 10 août, l’enquêteur Landry et son collègue, le technicien Robert For t i n , s ont a l l é s au P DQ 39 pou r prend r e des photos ainsi que saisir les armes à feu et les uniformes des deux policiers. Lorsqu’ils sont a r r ivés au poste, l ’ a gent J e a n-L oup Lapointe se t rouvait dans un bureau avec un représentant syndical, a témoigné M. Landry. L’enquêteur n’a rien remarqué « de particulier » da ns l ’a t t i t ude de l ’a gent Lapointe.
Au moins 34 journées d’audience
Le c ontre-i nter r ogatoi r e de l’agent Landry se poursuit aujourd’hui. S’il reste du temps, Stéphanie Pilotte commencera son témoignage qui se prolongera selon toute vraisemblance dans la prochaine semaine d’audiences prévue au début du mois de décembre.
L’enquête publique est déjà en reta rd sur son horaire. Le témoignage de l ’enquêteur principal de la Sûreté du Québec responsable de l’enquête criminelle, Bruno Duchesne, devait durer une journée et demie. Or, il s’est fa it c uisiner pendant t rois jours par une dizaine d’avocats. Pour l’instant, le Bureau du coroner a prévu 34 journées d’audience échelonnées jusqu’en mai prochain.

Le frère de Fredy menacé d’expulsion  -   Caroline Touzin
Dany Villanueva, le frère de la victime, était dans la ligne de mire de l’Agence des services frontaliers du Canada au moment de l’intervention policière du 9 août 2008. Encore aujourd’hui, il risque l’expulsion vers son pays d’origine, le Honduras.
C’est ce qu’a souligné Me Pierre Dupras, l’avocat de l’agent Jean-Loup Lapointe, en contreinterrogeant le sergent-détective de la Sûreté du Québec, Bruno Duchesne, hier.
Moins d’une semaine après le drame, un enquêteur de l’Agence, Sylvain Loiselle, a pris contact avec le sergentdétective Duchesne pour savoir si le frère de la victime était « le même Dany Villanueva » qui faisait l’objet d’une enquête de son service. Le policier de la SQ le lui a confirmé.
Comme le j eune homme de 23 ans n’est pas citoyen canadien et qu’il a déjà fait l’objet d’une condamnation criminelle, il pourrait être expulsé du Canada. En avril 2006, il a reconnu sa culpabilité à une série d’accusations, dont vol qualifié et possession d’une arme à utilisation restreinte. Il a d’ailleurs été accusé de crimes de même nature deux mois avant la mort de son frère. Cette cause est en cours.
Dany Villa nueva devait respecter certaines conditions imposées par la cour lorsque les agents Lapointe et Pilotte l’ont interpellé, avec son groupe d’amis, pour avoir enfreint un règlement municipal le 9 août 2008. Ce soir-là, Dany Villanueva, témoin de la mort de son frère, a été arrêté pour méfait, voies de fait et entrave au travail des policiers. Aucune accusation n’a encore été portée contre lui, mais son dossier est toujours à l’étude, a indiqué le procureur de la Couronne, François Brière.

Montréal-Nord  : Multiplication des initiatives
Les initiatives en vue d’améliorer l’offre de services et d’activités dans l’a r rondissement de Montréal-Nord se multiplient.
Hier, des minist r e s du gouvernement Charest et des membres du conseil d’arrondissement ont procédé au lancement d’une publication sur l’emploi et d’un site internet correspondant.
Intitulé Au boulot, le bulletin d’informations sera publié à huit reprises durant l’année et distribué dans 40 000 foyers de Montréal-Nord.
Son objectif est de fa i re connaître les ressources et s er v i c es en employabilité sur le territoire, en plus de faire connaître les possibilités de carrière et les métiers en demande.
Jeudi, les autorités locales avaient annoncé le déménagement du centre de loisirs de son site actuel de la rue Salk à l’ancienne école primaire Frederick Banting, située tout près.
Ce déménagement offrira au centre de loisirs beaucoup plus de place dans un édifice n’ayant pas besoin d’une mise à niveau aussi importante que les locaux actuels, mais surtout, la démolition du bâtiment actuel permettra de libérer le site en vue de la construction d’un centre sportif.
Une somme de 200 000 $ a été allouée pour préparer le projet.

Le Ministère nomme un remplaçant  -  Caroline Touzin
Le juge de la Cour du Québec André Perreault remplacera le juge Robert Sansfaçon à titre de coroner ad hoc pour présider l’enquête publique sur la mort du jeune Fredy Villanueva.
Le ministère de la Sécurité publique en a fait l’annonce, hier, une semaine après que le juge Sansfaçon se fut retiré de l’enquête pour des problèmes de santé récurrents qui le forcent à prendre sa retraite.
Au Ministère, on ne précise toutefois pas si l’enquête sera en mesure de reprendre comme prévu le 26 octobre prochain. « Ce sera au juge Per reau lt de déter m i ner quand l’enquête reprendra », a d it la por te-pa role du M inistère, Ma rie-M ichèle Lacasse.
Cette nomination rapide réjouit un des avocats représentant le clan Villanueva, Me Alain Arsenault, qui souhaite une reprise de l’enquête « le plus tôt possible ». « Nous sommes très heureux de la nomination du juge Perreault. Nous avons hâte de travailler avec lui et son procureur, Me François Daviault », a-t-il indiqué, hier.

Petite victoire pour le clan Villanueva  -  Caroline Touzin
Les policiers témoigneront en premier
Les policiers de Montréal impliqués dans la mort du jeune Fredy Villanueva n’ont pas été interrogés par la Sûreté duQuébec. Les jeunes témoins de l’intervention policière, eux, l’ont été. C’est un « fait brutal », et non un « reproche » adressé à qui que ce soit, selon le coroner ad hoc Robert Sansfaçon, responsable de l’enquête publique.
C’est pourquoi, par souci de « transparence et d’équité », le coroner a décidé de changer l’ordre de comparution des témoins. Il fera d’abord témoigner les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte, a-t-il décidé, hier, au moment d’une audience préliminaire à l’enquête au palais de justice de Montréal.
Il s’agit d’une petite victoire pour le clan Villanueva, car le coroner Sansfaçon accède ainsi à la requête présentée par Me Alain Arsenault, représentant des procureurs de la famille Villanueva et des cinq jeunes témoins du drame.
Toutefois, le coroner Sansfaçon s’est gardé une porte ouverte en précisant que sa décision est « intérimaire ». Il la confirmera à la reprise de l’enquête, le 26 octobre, à la fin du témoignage de l’enquêteur de la Sûreté du Québec Bruno Duchesne, interrompu au moment de la suspension de l’enquête, enmai dernier. Cet enquêteur pourrait alors expliquer pourquoi la SQ s’est contentée de déclarations écrites des deux agents.
Les deux jeunes blessés par balle au cours de l’intervention policière dans un parc de Montréal-Nord le 9 août 2008, Denis Méas et Jeffrey Sagor Metellus, ont été interrogés dans les heures suivant leur admission à l’hôpital, a fait valoir Me Arsenault. Metellus était encore sous sédatif, a-t-il ajouté. La policière Stéphanie Pilotte, elle, a remis une déclaration écrite aux enquêteurs de la Sûreté du Québec, le 15 août. Son collègue, Jean-Loup Lapointe, a remis sa déclaration un mois après l’événement, le 9 septembre.
« Il y a des détails qu’on n’a pas (dans ces déclarations écrites) qu’il aurait été intéressant d’avoir », a approuvé le coroner Sansfaçon.
De leur côté, les procureurs des policiers, de la Ville de Montréal, de la Fraternité des policiers et du Directeur des poursuites criminelles et pénales se sont vivement opposés à la modification de l’ordre de comparution des témoins. Selon eux, dans la « chronologie des événements », il est préférable d’entendre d’abord les jeunes témoins. « Avant de savoir pourquoi les policiers sont intervenus, il faut savoir s’il y avait quelqu’un dans le parc. Et que faisaient les jeunes dans le parc? Priaient-ils la Vierge Marie ou faisaient-ils autre chose? » a plaidé Me PierreYves Boisvert, avocat de la Ville de Montréal.
Me Pierre Dupras, avocat de l’agent Jean-Loup Lapointe, a quant à lui dénoncé le caractère « stratégique » de la requête des procureurs de la famille Villanueva. Cette demande leur sert selon lui à étayer leur thèse de profilage racial. Le coroner Sansfaçon a voulu rassurer les avocats des policiers: même si les agents témoignent en premier, ils pourront revenir à la barre s’ils le désirent après le témoignage des jeunes.
Par ailleurs, le coroner Sansfaçon a jugé inacceptable l’attitude de l’avocat de la Ville de Montréal, Me Pierre-Yves Boisvert, quant au calendrier des audiences. Il venait d’avertir la quinzaine d’avocats au dossier des difficultés qu’il éprouvait à concilier les horaires de chacun, si bien que l’enquête pourrait s’étirer jusqu’en mars 2010.
Les trois avocats de la Ville ont fourni une seule journée de disponibilité en novembre.


« SA MORT DOIT SERVIR À QUELQUE CHOSE »  -  Daphné Cameron
Le 9 août 2008, Fredy Villanueva a été abattu au cours d’une intervention policière au parc Henri-Bourassa. Le lendemain, une émeute a éclaté dans le quartier. Un an plus tard, la tension reste palpable à Montréal-Nord, et les relations entre les jeunes e
La marche organisée pour commémorer la mort de Fredy Villanueva s’est déroulée dans une ambiance antipolicière hier à Montréal-Nord. La famille du jeune homme tombé sous les balles d’un agent du SPVM il y a un an a de nouveau réclamé que des accusations criminelles soient portées contre le policier qui a ouvert le feu.
Bien que les commémorations se soient déroulées sans accrochage majeur, la tension était palpable entre les policiers et les manifestants.
« C’est douloureux de savoir que son fils a été assassiné par un bandit », a déclaré la mère de Fredy Villanueva, Lilian Maribel Madrid Antunes, après la minute de silence dédiée à son fils lors de la manifestation.
« Sa mort doit servir à quelque chose », a ajouté la soeur du défunt, Wendy. « Aujourd’hui, nous marchons pour la justice et pour la vérité. Et nous allons continuer de le faire jusqu’à ce que des accusations soient portées contre le policier qui a tiré sur mon frère. »
Quelques centaines de personnes se sont jointes aux proches de la famille Villanueva hier après-midi pour marquer le premier anniversaire de la mort de Fredy.
Les manifestants ont défilé dans les rues de Montréal-Nord jusque dans un stationnement du parc Henri-Bourassa, à l’endroit où le jeune homme a été atteint par les balles de l’agent Jean-Loup Lapointe.
Plus tôt dans l’après-midi, des politiciens et des groupes communautaires s’étaient rassemblés au même endroit pour participer à une cérémonie de prière et de chant organisée par le Conseil des leaders religieux de Montréal-Nord.
Manifestation tendue
Bien que les commémorations se soient déroulées sans accrochage majeur, la tension était palpable entre les policiers et les manifestants.
Quelques minutes après le début de la marche, une dizaine de participants ont bousculé des agents à vélo. Mais des proches de la famille Villanueva les ont dissuadés d’aller plus loin. Par ailleurs, en milieu de soirée, un jeune homme qui transportait plusieurs cocktails Molotov dans son sac à dos a été interpellé.

« Pol i c ie r s , meur t r ier s » , « Lapointe en prison », « profilage, arme fatale »… Tout le long de la manifestation, les participants ont scandé des slogans hostiles à la police. Plusieurs participants portaient également des pancartes en forme de pierre tombale sur les-
« Aujourd’hui, nous marchons pour la justice et pour la vérité. Et nous allons continuer de le faire jusqu’à ce que des accusations soient portées contre le policier qui a tiré sur mon frère. »
quelles étaient inscrits les noms de personnes tuées par des balles policières.
Les manifestants ont défilé dans les rues de Montréal-Nord jusque dans un stationnement du parc Henri-Bourassa, à l’endroit où Fredy Villanueva a été abattu. Tout le long de la marche, les participants ont scandé des slogans hostiles à la police.
« Nous sommes ici pour saluer la fami l le Vi l lanueva, qui , depuis un an, mène un combat pour faire la lumière sur la mort de Fredy », a expliqué le porteparole de Montréal-Républik et coorganisateur de la manifestation, Will Prosper. « Ce n’est pas normal qu’il n’existe pas encore un système où ce n’est pas la police qui fait enquête sur la police. »
L’affaire Villanueva a fait couler beaucoup d’encre cette année. Au-delà du feuilleton entourant la participation de la famille Villanueva à l’enquête du coroner, le public doit avant tout se souvenir de la personne qu’était Fredy, croit la soeur de la victime.
« Dans la dernière année, beaucoup de personnes ont dit du mal de mon frère », a déploré Patricia Villanueva. Ce que j’aimerais que l’on retienne aujourd’hui, c’est que c’était vraiment une bonne personne. C’était un garçon qui aimait avant tout jouer au PlayStation et au X-Box. C’était un vrai ado! Surtout pas un criminel. »

« Fredy était toujours prêt à nous donner un coup de main », a renchéri Wendy Villanueva. « Je suis heureuse de voir les centaines de personnes qui sont ici pour nous soutenir. Mais c’est aussi un jour triste pour nous, car nous avons perdu un membre de notre famille. C’était notre bébé. Et on ne pourra jamais le ravoir. »

Conférences et spectacle de rap par et pour les résidants du quartier
Hoodstock à Montréal-Nord
Le contingent policier a irrité certains participants à la soirée, si bien que la mère de Fredy Villanueva, Lilian, a apostrophé le commandant Bélair en début de soirée. « Chaque fois que je vous vois, ça me rappelle la mort de mon fils », lui a-t-elle dit à l’aide d’un interprète.
Des dizaines de personnes ont participé samedi à Hoodstock, à Montréal-Nord, manifestation publique destinée à souligner le premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva et de l’émeute qui avait suivi.
« Ça fait du bien, a confié la soeur de Fredy Villanueva, Patricia, rencontrée sur les lieux avec le reste de la famille. Même après un an, il y a des gens qui nous soutiennent toujours et qui sont toujours avec nous, alors c’est très rassurant. »
Une vingtaine d’artistes ont donné un concert samedi soir, notamment le chanteur Luck Mervil et un éventail de groupes rap québécois. Les musiciens souhaitaient signifier leur appui à la famille Villanueva et dénoncer la relation tendue entre les jeunes du quartier et les forces de l’ordre.
« Fredy est mort dans des circonstances où il n’aurait jamais dû être tué, a affirmé David Ricardo Osias, alias DVD, membre du groupe G.A. Boyz. Les policiers ont tiré sur un jeune sans défense. »
M. Osias connaissait bien Fredy Villanueva. Il est un ami proche de son frère Dany, celui que les agents Jean-Loup Lapointe et Stéphanie Pilotte avaient interpellé lors de l’intervention qui s’est soldée par la mort du jeune homme de 18 ans, le 9 août 2008.
Luck Mervil, lui, se demande si Fredy Villanueva, fils d’immigrés du Honduras, aurait connu le même sort s’il s’était appelé Frédéric Villeneuve. « On devrait se questionner à savoir si la loi est la même pour tout le monde, a-t-il indiqué avant de monter sur scène, si la justice est la même pour tout le monde. »
Des résidants du quartier ont commencé à converger vers le parc en début d’après-midi, samedi. Quatre conférences ont abordé les problèmes sociaux qui affligent Montréal-Nord – gangs de rue, rapports interraciaux, relation entre jeunes et policiers.
« C’est pour démontrer que les gens de Montréal-Nord sont capables d’organiser quelque chose de positif » , a résumé l’organisateur de Hoodstock, Will
« C’est une question de visibilité pour rassurer les personnes qui sont dans le parc et les citoyens qui sont dans le quartier », a indiqué Roger Bélair, commandant du poste de quartier 39.
Mais le contingent policier a irrité certains participants à la soirée, si bien que la mère de Prosper, qui est aussi membre de Montréal-Nord Républik.
Présence policière accrue
Le Service de police de la Ville de Montréal n’entendait pas prendre les choses à la légère. Les agents ont circulé en petits groupes, à pied, en vélo et à cheval, autour du parc Aimé-Léonard, où avait lieu la manifestation. Fredy Villanueva, Lilian, a apostrophé le commandant Bélair en début de soirée. « Chaque fois que je vous vois, ça me rappelle la mort de mon fils », lui a-t-elle dit à l’aide d’un interprète.
Affirmant que la présence policière provoque les jeunes, elle a demandé aux policiers de se faire aussi discrets que possible. Le SPVM a accepté de retirer certains agents du parc pour les poster quelques rues plus loin.
Le 9 août 2008, Fredy Villanueva, 18 ans, a été abattu au cours d’une intervention policière au parc Henri-Bourassa, à quelques kilomètres du parc Aimé-Léonard. Le lendemain, des centaines de résidants de Montréal-Nord sont descendus dans la rue pour dénoncer la fusillade. Des casseurs en ont profité pour fracasser des vitrines, incendier des commerces, saccager une caserne de pompiers et échanger des coups de feu avec des policiers.
Près d’un an plus tard, samedi après-midi, les citoyens de Montréal-Nord ont profité d’une journée radieuse au parc HenriBourassa. Les courts de tennis étaient pleins. Le théâtre de l’arrestation qui a mis le feu aux poudres, un stationnement entre le parc et un aréna, était presque vide. Sur un arbre situé tout près, des proches de Fredy Villanueva ont accroché sa photo, disposé des fleurs, des chandelles et de petits crucifix.
« Ça fait bizarre de ne plus le voir dans le coin », a confié Habid Ibarra, un bon ami de Fredy Villanueva, qui passait près du cénotaphe.
Même si l’atmosphère semblait sereine, la tension reste palpable dans le quartier, ont confié des citoyens croisés sur les lieux.
« Il m’arrive encore d’entendre des coups de feu et il continue d’y avoir de la bataille partout, a confié Simon, 20 ans. Je ne pense pas que ça a changé ici. Je pense que ça ne va jamais changer. »

Bientôt une police de la police ?  -  Judith LaChapelle
En Ontario, l’Unité des enquêtes spéciales (UES), créée en 1990, est chargée d’étudier les circonstances de décès ou de blessures graves survenus lors d’opérations policières.
Les pressions se font plus fortes pour la création d’un organisme indépendant d’enquête sur la police. Dans une rencontre prévue d’ici peu, la Commission de la sécurité publique de Montréal et le ministère de la Sécurité publique examineront ensemble cette question, a appris La Presse.
L’au t omn e de r n i e r , la Commission avait entamé une réflexion à cause de l’apparence de partialité et du manque de transparence de la formule actuelle. La réflexion de cet organisme, à qui le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) est tenu de rendre des comptes, s’ajoute à celles de nombreux acteurs influents des domaines politique et juridique depuis un an.
En mai dernier, le maire de Québec, Régis Labeaume, avait déclaré : « Aucun corps policier ne devrait enquêter sur les comportements d’un autre corps policier. » « Ça altère sérieusement la confiance du public, avait-il déclaré au Soleil. Ça donne au système une mauvaise réputation. » M. Labeaume a demandé au gouvernement Charest la création d’une agence d’enquête indépendante.
En Onta r io , l ’ Uni t é des enquêtes spéciales ( UES) a été créée en 1990 à la suite d’une réf lexion sur la police et la question raciale. Elle compte une quarantaine d’enquêteurs (dont la moitié sont d’anciens policiers) chargés d’étudier les circonstances de décès ou de blessures graves survenus lors d’opérations policières.
Au Québec, le Commissaire à la déontologie policière reçoit les plaintes des citoyens, fait enquête et, s’il y a lieu, s’adresse au Comité de déontologie policière pour poursuivre les policiers. Mais lorsqu’il y a mort d’homme impliquant un pol icier, une « politique ministérielle » veut qu’une enquête soit menée par un autre corps policier que celui mêlé à l’incident. Dans l’affaire Villanueva, qui mettait en cause deux policiers du SPVM, c’est la Sûreté du Québec (SQ) qui a enquêté.
Pas de système parfait
Le système québécois n’est pas pire que les autres au pays, note l’ancien commissaire à la déontologie policière, Paul Monty. « Dans les autres provinces, où la Gendarmerie royale du Canada est très présente, elle enquête sur ses propres policiers. »
Et le système ontarien n’est pas parfait non plus. Dans un rapport lapidaire publié en septembre dernier, l’ombudsman de l’Ontario, André Marin, a vivement critiqué le fonctionnement de l’ UES. « Faible » , « craintif » , « trop près de la police », l’organisme n’est pas pris au sérieux par les policiers, a constaté M. Marin, lui-même ancien directeur de l’UES. « Lorsqu’une mort survient, la police doit contacter sur-le-champ l’UES. Or, elle ne le fait presque jamais », avait-il dénoncé dans une entrevue au Droit d’Ottawa.
Dans l’affaire Villanueva , la SQ n’a j amais i nterrogé les policiers mêlés à l’incident. L’ombudsman ontarien a répertorié plusieurs cas où les enquêteurs indépendants de l’UES ont tardé à rencontrer les policiers : dans le cas de la mort d’un homme de 20 ans, les policiers ont été interrogés six jours plus tard. Dans un autre cas, un policier témoin a été interviewé plus de quatre mois après les faits.
Une question de perception
Système i mpa r fait , donc, mais incontournable, croit néanmoins l’ombudsman de l’Ontario. Le juge ontarien à la retraite Patrick J. LeSage, qui a réexaminé le système en 2005, est aussi de cet avis. « C’est d’abord pour une question de perception », a-t-il expliqué à La Presse cette semaine.
Principaux obstacles au projet : le manque d’enthousiasme des policiers. . . et « les coûts extrêmement importants pour maintenir une équipe permanente de cette nature », note Paul Monty. Néanmoins, il croit que le gouvernement québécois a intérêt à étudier sérieusement la question. « Dans une population qui est de moins en moins homogène, où les policiers ne sont pas de la même provenance que les individus, je pense qu’on devra nécessairement y venir. »





Un anplus tard, de petits changements  -  Judith LaChapelle
Fredy Villanueva Marche commémorative demain à Montréal-Nord
« Il y a eu une brisure énorme qui a causé beaucoup de peine ; on ne peut pas régler tout ça en quelques mois. »
Près du petit autel aménagé à la mémoire de son frère, mardi, Wendy Villanueva faisait face avec aplomb aux micros et caméras de télé braqués sur elle. Non, elle n’a pas commenté la reprise de l’enquête du coroner Sansfaçon. Oui, elle croit que les choses se sont améliorées à Montréal-Nord depuis la mort de son frère. « Mais tout le monde, y compris les policiers, doit réaliser que nous sommes des personnes, qu’on n’enlève pas la vie aux gens. »
La grande soeur de Fredy Villanueva, Wendy, est devenue la porte-parole de la famille à la suite de la mort de son frère.
Et puis, sa gorge s’est nouée, ses yeux se sont embués. « Ma famille est cassée en mille morceaux... On ne peut pas trouver la paix. »
Il y a un an, la jeune femme n’aurait certainement pas imaginé qu’elle deviendrait la porte-parole de sa famille endeuillée aux côtés de militants antiracisme, antirépression policière, altermondialistes, etc. Il y a un an, Wendy, 26 ans, deuxième de la famille de cinq enfants Villanueva, était mère au foyer tandis que son petit frère Fredy traînait ses 18 ans dans les parcs de Montréal-Nord après avoir terminé sa quatrième secondaire.
Le soir du 9 août 2008, Fredy Villanueva jouait aux dés avec des copains, au parc Henri-Bourassa, quand la police a interpellé son frère aîné, Dany. Dans l’altercation qui a suivi, un des deux policiers a tiré et Fredy Villanueva est mort. Le lendemain, une manifestation a viré à l’émeute. Depuis ce jour, Montréal-Nord est un centre d’attraction médiatique et politique.
Qu’est-ce qui a changé à Montréal-Nord depuis un an? « Il y a eu une brisure énorme qui a causé beaucoup de peine; on ne peut pas régler tout ça en quelques mois », dit Will Prosper, de Montréal-Nord Républik.
BrunildaReyes, des Fourchettes de l’espoir, est d’accord. « Mais on sent que les gens commencent à prendre leur place. » Des citoyens prennent la parole pour s’opposer, par exemple, à des décisions municipales. « On ne voyait pas ça avant. » La campagne électorale municipale de novembre, où Mme Reyes se présentera pour la première fois à titre de candidate, promet d’être fébrile. D’autant plus que le maire sortant, Marcel Parent, ne se représentera pas.
L’année a été chargée pour celle qui s’est retrouvée sur le devant de la scène à cause de son engagement dans le quartier depuis 10 ans. Un an plus tard, elle fait son bilan. « J’ai retenu que je n’étais pas assez à l’écoute des gens, dit-elle pourtant. Il y a des choses que je n’avais pas vues. »
Prendre sa vie en main
D’abord resto populaire, les Fourchettes de l’espoir a élargi son mandat pour accompagner les gens du quartier qui veulent prendre leur vie en main. En avril, la première cohorte de Ma seconde chance, un programme financé par le fédéral et qui s’adresse aux décrocheurs de 20 à 30 ans, s’est installée dans ses locaux pour six mois.
Dans la salle à manger des Fourchettes, rue Pascal, Karl Sauvageau, Melissa Fernandez et Mohammed Hak prennent une pause avant le lunch. Il y a un an, Karl Sauvageau travaillait, de nuit, dans un entrepôt réfrigéré. « Rien de très valorisant », dit l’homme de 23 ans, qui avait abandonné le cégep. Melissa Fernandez, 21 ans, au chômage, venait de déménager rue Pascal. Et Mohammed Hak, 24 ans, avait côtoyé la pauvreté pendant quatre mois au Cambodge, une expérience « qui lui a permis d’ouvrir les yeux sur une autre pauvreté, à Montréal ».
Montréal-Nord, quartier dangereux? « Mais non, disent-ils. Il y a des jeunes plein les parcs, c’est plein de vie », dit Mohammed. « Ceux qui disent que c’est dangereux ne savent pas de quoi ils parlent ; il faut changer les perceptions », enchaîne Melissa. Karl retient que l’argent et le parrainage existent pour démarrer une entreprise ou simplement pour réinventer sa vie, qu’il ne reste qu’à les utiliser.
Un an plus tard, Karl Sauvageau a trouvé sa voie: il retournera au cégep pour devenir intervenant en santé mentale. Melissa Fernandez, elle, suivra un cours de coiffure. Mohammed Hak continuera en cuisine et rêve d’ouvrir son propre restaurant.
Le quartier change tranquillement. Le Canadien y construira une patinoire, le groupe Simple Plan financera une maison de jeunes, de nouveaux groupes communautaires lancent des projets. « Ce n’est pas plus facile, mais les bailleurs de fonds nous écoutent davantage », dit Mme Reyes.
Et Wendy Villanueva a aussi décidé de reprendre les études. « Je deviendrai architecte-paysagiste », dit-elle. Ses frères et soeurs feront bientôt des commentaires publics sur la reprise de l’enquête du coroner cet automne. Ils habitent près de leur mère, à l’est de Montréal. « Ma mère trouve toujours ça très difficile, elle a de la difficulté à sortir de la maison », dit Wendy Villanueva. Mais elle sera là, demain, pour la marche en mémoire de son fils.




Anniversaire de la mort de Fredy Villanueva :
Réfléchir, chanter, marcher ou se recueillir  -  Ariane Lacoursière
 Plusieurs manifestations se préparent à la veille du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva
Ce week-end, un an après la mort de Fredy Villanueva, au moins quatre activités publiques de commémoration auront lieu à Montréal-Nord: un forum social, un festival de musique, une marche et une manifestation silencieuse. Ces activités ne font toutefois pas l’unanimité parmi ceux, famille ou citoyens, qui ne veulent pas que la mort de Villanueva tombe dans l’oubli.
La famille Villanueva et la Coalition contre la répression et les abus policiers (CRAP) ont annoncé hier la tenue, samedi et dimanche, de Hoodstock, un événement à deux volets. Le « premier forum social de Montréal-Nord », inspiré des forums sociaux mondiaux, aura lieu pendant la journée au parc Aimé-Léonard. Au menu, ateliers et conférences sur des thèmes variés comme la vie après les gangs de rue, l’éducation alternative et le rôle de la jeunesse dans la diaspora haïtienne.
Samedi soir, dans un grand spectacle, Luck Mervil et une vingtaine d’artistes hip hop, soul ou reggae promettent musique et discours engagés.
Dimanche en fin de journée, toujours au parc Aimé-Léonard, Hoodstock se terminera par une grande marche familiale à la mémoire de Fredy Villanueva. « On demande aux gens de venir nous soutenir dans la paix », a dit Wendy Villanueva, la soeur de Fredy.
« On s’attend à beaucoup de monde », a dit Alexandre Popovic, de la CRAP, qui affirme que les policiers « sont au courant de la marche. » Les organisateurs disent n’avoir « aucune inquiétude » quant au risque de voir la manifestation dégénérer.
À quelques rues de là, derrière la Maison culturelle et communautaire de Montréal-Nord, près de l’autel à la mémoire de Fredy Villanueva, le Conseil des leaders religieux de Montréal-Nord tiendra une manifestation silencieuse dimanche, entre 15h30 et 17h30. Un curé, un pasteur et un imam accompagneront les citoyens.
Hier, Will Prosper, porte-parole de l’organisme Montréal-Nord Républik, a mentionné que les organisateurs de Hoodstock auraient aimé que le Conseil les informe de ses intentions. « Il y a des gens qui font partie de cette coalition qui vont se présenter aux élections municipales. Je pense que le mandat d’un candidat est de rassembler, et pas de diviser. »
Brunilda Reyes, coordonnatrice des Fourchettes de l’espoir et candidate de Vision Montréal aux élections municipales de novembre, et qui participera à la manifestation silencieuse, a indiqué à La Presse que M. Prosper y avait été invité, mais qu’il n’avait pas répondu. « Personne n’a l’exclusivité de la commémoration, ajoute-t-elle. Plein de monde a été touché par ce qui s’est passé. Il faut donner à tous l’occasion de se souvenir. »



Appel à la mobilisation pacifique à Montréal-Nord  -  Hugo Meunier
Premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva
« Un vent nouveau souf f le à Montréal-Nord, porteur d’espoir et de changements de mentalité » , a lancé avec aplomb Gethro Auguste, fondateur de la Coalition montréalaise de la nonviolence. Il a livré ce message hier matin, en marge d’un appel à la mobilisation visant à souligner le premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, le 9 août prochain.
La Coalition montréalaise de la non-violence organise une manifestation silencieuse le 9 août, près de l’endroit où Fredy Villanueva a été abattu par un policier l’an dernier. Un groupe de citoyens a aussi mis sur pied Hoodstock, un forum social doublé d’un spectacle qui aura lieu le week-end prochain.
La coalition, appuyée d’organismes communautaires et religieux de Montréal-Nord, espère mobiliser mais surtout sensibiliser les citoyens, les élus et les médias à la promotion de la non-violence. « Il faut un engagement réel de tout le monde. Il faut choisir l’intelligence et non la violence », a martelé M. Auguste devant quelques dizaines de personnes, surtout des jeunes, rassemblées à la Maison culturelle et communautaire du boulevard Rolland.
La coal ition organise une manifestation silencieuse dimanche prochain, près de l’endroit où Fredy Villanueva a été abattu par un policier l’an dernier.
Tour à tour, quelques acteurs importants de l’arrondissement ont dressé un court bilan des efforts et des gestes faits par les groupes communautaires depuis un an. « Il reste beaucoup de chemin à faire et je suis convaincu que ces gestes seront vains s’il n’y a pas un changement de mentalité », a dit la directrice de l’organisme Fourchettes de l’espoir, Brunilda Reyes, qui sera candidate de Vision Montréal au poste de conseillère municipale dans Montréal-Nord le 1er novembre prochain.
La coalition dit observer un rattrapage dans l’arrondissement pour offrir des logements sociaux aux familles et des infrastructures sportives et culturelles aux jeunes.
Parallèlement à la manifestation silencieuse organisée par la coalition, des citoyens de Montréal-Nord ont mis sur pied Hoodstock, un forum social doublé d’un spectacle auquel participera Luck Mervil, qui aura lieu les 8 et 9 août au parc AiméLéonard. À la demande de la famille Villanueva, une marche à la mémoire de Fredy clôturera Hoodstock.
Lamanifestation de la Coalition montréalaise de la non-violence et Hoodstock sont deux choses distinctes, mais leurs porteparole assurent qu’elles sont complémentaires.
Les deux groupes sont aussi convaincus qu’aucun débordement ne viendra entacher ces rassemblements, même si la colère et la frustration sont encore bien vives. « Le but de Hoodstock est justement d’éviter des débordements. On doit canaliser notre colère et notre frustration vers quelque chose de créatif », a souligné l’attachée de presse de Hoodstock, Carla Beauvais.
Du côté de la coalition, un animateur de l ’organisme Fourchettes de l’espoir invite les médias à faire leur part. « Vous avez contribué un peu à toute cette paranoïa. Je pense personnellement qu’il n’y aura pas de débordements si vous nous aidez un peu », a souligné Jonathan Duguay dans l ’ approbat ion générale.



La famille Villanueva participera à l’enquête
Une entente avec le gouvernement permettra la reprise des audiences en octobre
MORT DE FREDY VILLANUEVA
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva est sortie de l’impasse hier. Les avocats de la famille Villanueva et des jeunes témoins du drame se sont entendus avec le gouvernement afin que l’enquête reprenne à l’automne, a appris La Presse.
L’avocat de la famille Villanueva et des témoins, Alain Arsenault, et la soeur de la victime, Patricia Villanueva, en conférence de presse le 26 mai dernier.
« Ça a mal été. Assez mal, merci. Mais maintenant, nous sommes optimistes », a résumé Me Alain Arsenault, l’avocat chargé par la famille Villanueva et les jeunes témoins de négocier avec le ministère de la Sécurité publique et le Bureau du coroner.
La famille Villanueva salue aujourd’hui la « grande ouverture du ministère de la Sécurité publique et du Bureau du coroner ». « On tenait à prendre position avant que l’été ne se termine. Si ça peut avoir une influence positive pour atténuer les tensions à Montréal-Nord, tant mieux », a ajouté Me Arsenault.
Cette enquête publique du coroner s’était ouverte sur fond de controverse le 25 mai dernier. La famille Villanueva et les témoins-clés du drame inscrits à titre de personnes intéressées avaient décidé de la boycotter. Faute d’argent, ils n’étaient pas représentés par un avocat, alors que les deux policiers impliqués dans la mort du jeune Villanueva, eux, l’étaient. Le coroner Robert Sansfaçon avait décidé de suspendre son enquête dès le deuxième jour, jusqu’à ce que l’équilibre des forces en présence soit rétabli.
Près de deux mois plus tard, après d’intenses négociations, cet équilibre est rétabli, se réjouit Me Arsenault. Le ministère de la Sécurité publique paiera les honoraires de quatre avocats et d’un recherchiste, aussi avocat, à un tarif qualifié de « correct » par Me Arsenault. Ils recevront un taux horaire majoré par rapport au taux de référence au gouvernement, qui est de 100$ l’heure pour des avocats qui comptent plus de 10 ans de pratique. Pour un avocat d’expérience, le taux négocié se rapproche désormais de celui des avocats des policiers (quelque 200$ l’heure).
Me Arsenault s’attend à ce que l’enquête reprenne au mois d’octobre. La famille Villanueva, les deux blessés par balle – Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas – ainsi que les jeunes témoins Anthony Yerwood Clavasquin et Jonathan Sénatus y participeront à titre de personnes intéressées.
Ils réclamaient aussi que le mandat du coroner Sansfaçon soit élargi pour aborder les questions du profilage racial et des tensions sociales dans Montréal-Nord. « Nous avons bon espoir que l’enquête publique du coroner examinera de manière ouverte le contexte social de Montréal-Nord et la relation entre la police et les jeunes », a déclaré l’avocat.
De son côté, le Bureau du coroner devrait commenter cette entente dans les prochains jours.
Fredy Villanueva, 18 ans, est mort lors d’une intervention policière, le 9 août 2008, dans un parc de Montréal-Nord.


AFFAIRE VILLANUEVA  Le ministre « satisfait » de l’entente

Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, s’est réjoui de l’entente survenue entre la famille Villanueva et le Bureau du coroner pour la reprise à l’automne de l’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, a fait savoir son cabinet, hier.
« Il est important que cette enquête ait lieu et on accueille favorablement sa reprise à l’automne », a indiqué le cabinet du ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis.
« On est satisfait de la conclusion des négociations relativement aux honoraires d’avocats payés aux familles. Il est important que cette enquête ait lieu et on accueille favorablement sa reprise à l’automne », a-t-on indiqué au cabinet du ministre, ce dernier n’étant pas disponible pour une entrevue, hier.
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva est sortie de l’impasse, comme le révélait La Presse hier. Les avocats de la famille Villanueva et des jeunes témoins du drame se sont finalement entendus avec le Bureau du coroner sur leur tarif horaire. En effet, en réaction à la suspension de l’enquête il y a deux mois, le ministère de la Sécurité publique a accepté de débourser les honoraires de quatre avocats et d’un recherchiste, aussi avocat, pour représenter la famille Villanueva et les jeunes témoins du drame.
Le coroner Robert Sansfaçon avait suspendu son enquête, aussitôt après l’avoir commencée, afin que l’équilibre entre les forces en présence soit rétabli. Les policiers impliqués dans la mort de Fredy Villanueva étaient représentés par avocat, alors que la famille et les jeunes témoins du drame, faute d’argent, ne l’étaient pas. L’enquête devrait reprendre en octobre. Fredy Villanueva, 18 ans, est mort lors d’une intervention policière, le 9 août 2008, dans un parc de Montréal-Nord.



Québec dépense 3,3 millions pour apaiser les tensions
Relations entre les citoyens et les policiers
Québec lance une nouvelle offensivepour apaiser les tensions et rapprocher les policiers et les citoyens dans certains quartiers chauds de Montréal. Le gouvernement investira 3,3millions de dollars d’ici trois ans pour créer de nouvelles unités mixtes destinées à combattre les préjugés encore trop présents chez les civils comme chez les hommes en uniforme.
Depuis novembre, Rose-Andrée Hubbard (habillée en beige) contribue à l’effort de rapprochement entre les policiers et les jeunes à Montréal-Nord. La première agente de concertation civile de Montréal était au parc Kent à Côte-desNeiges hier, pour l’annonce de la création de nouvelles unités mixtes du SPVM.
Au cours des prochaines semaines, huit nouvelles patrouilles formées d’un policier et d’un « agent de concertation civile » – issu du milieu communautaire – feront leur apparition dans les arrondissements deMontréal-Nord, Villeray– Saint-Michel– Parc-Extension, Côte-des-Neiges–Notre-Dame-deGrâce, Sud-Ouest, LaSalle, SaintLaurent, Pierrefonds-Roxboro et Ahuntsic-Cartierville, où les indices de pauvreté et d’exclusion sociale sont généralement plus élevés que dans le reste de l’Île. Et où les relations entre les policiers et la population sont les plus difficiles.
La mission des escouades sera double : elles devront améliorer les perceptions que les jeunes ont des policiers, et vice versa. « Les jeunes pourront démystifier les pratiques policières et atténuer leurs préjugés, et les policiers pourront mieux comprendre la réalité des communautés culturelles, des jeunes en particulier, et améliorer leurs interventions », a insisté en conférence de presse, hier, la ministre responsable des Communautés culturelles et de l’Immigration, Yolande James.
Québec fait aussi le pari que l’ajout de ces 16 agents sur le territoire permettra à la population de trouver une oreille plus attentive en cas de problème afin de mieux prévoir les éventuels débordements du même type que l’émeute qui a secoué Montréal-Nord en août dernier. Des rencontres d’information avec la population, des journées d’immersion policière et des activités sportives seront multipliées.
Le fait qu’un tel programme doive être mis sur pied ne doit pas être perçu comme un constat d’échec des autres efforts déployés dans la même direction au cours des dernières années, a indiqué de son côté ClaudeDauphin, président du conseil exécutif de Montréal. « Montréal a la réputation internationale d’être l’une des villes les plus sécuritaires au monde. Nous sommes 22es au monde et nous sommes numéro un en Amérique du Nord. Si nous voulons conserver ce qualificatif d’être une ville sécuritaire, nous devons agir. Sinon, nous régresserons. »
Cette fois, c’est l’arrondissement de Montréal-Nord qui montrera l’exemple aux sept autres arrondissements visés par le programme. Un projet-pilote y a été mis en place à la suite de l’émeute de Montréal-Nord, où la psychologue Rose-Andrée Hubbard est officiellement devenue la première agente de concertation civile de Montréal. Depuis novembre, elle aide les policiers à modifier leur manière d’aborder les jeunes. Elle écoute aussi les critiques des adolescents contre les policiers qui interviennent souvent en trop grand nombre pour des incidents mineurs. « Les jeunes refusent l’autorité des policiers comme ils rejettent celle de leurs parents. C’est normal. Il y a des comportements à améliorer d’un côté comme de l’autre », explique-t-elle.
Dans Montréal-Nord, des organismes communautaires reconnaissent que l’embauche de Mme Hubbard a été utile. « Ça a permis de renforcer la coopération avec les policiers, observe Brunilda Reyes, directrice générale des Fourchettes de l’espoir et porte-parole de Solidarité Montréal-Nord. Mais un agent pour 84 000 résidants, c’est très peu. »
« Ça ne réglera pas tous les problèmes, mais tout ce qu’on pourra faire pour atténuer les tensions sera bienvenu », a ajouté Williamson Lamarre, président du Café jeunesse multiculturel.
Leministère de la Sécurité publique du Québec envisage la possibilité d’étendre ces actions à d’autres arrondissements de Montréal, et même à d’autres villes.


Le maire de Montréal-Nord ne se représentera pas
« Par respect pour mes concitoyens, que j’ai eu le plaisir et l’honneur de servir depuis 2001, je me devais de prendre cette décision. »
Le maire de Montréal-Nord, Marcel Parent, a annoncé hier qu’il ne serait pas candidat à la mairie de son arrondissement, le 1er novembre, en raison de son état de santé.
Après en avoir discuté avec le maire de Montréal, Gérald Tremblay, M. Parent a expliqué dans un communiqué qu’il a dû prendre sa décision « en raison d’une détérioration récente de son état de santé, détérioration constatée par ses médecins au cours des derniers jours ».
« Par respect pour mes concitoyens de Montréal-Nord, que j’ai eu le plaisir et l’honneur de servir depuis 2001, je me devais de prendre cette décision », a-t-il écrit.
M. Parent, âgé de 77 ans, a remercié le maire Tremblay a été le théâtre d’une émeute à la suite de la mort de Fredy Villanueva, abattu par un policier l’été dernier. Des groupes de jeunes ont réclamé sa démission. « pour les années extraordinaires passées à ses côtés comme maire de l’arrondissement et président du conseil municipal ».
La dernière année a été difficile pour M. Parent. Montréal-Nord
Il y a deux semaines, de nouveaux affrontements entre les policiers et des jeunes du quartier ont dégénéré. Et samedi dernier, M. Parent a été hué, à l’aréna de Montréal-Nord, lors du match de soccer mettant en vedette Zinedine Zidane.
L’annonce de son départ a surpris le monde de la politique municipale, qui s’attendait à le voir briguer un troisième mandat. En effet, sa candidature avait été confirmée le 8 juin dernier, à l’assemblée d’investiture de son parti.
Union Montréal n’a pas encore choisi le candidat qui le représentera dans Montréal-Nord le 1er novembre mais, selon nos informations, les noms de plusieurs politiciens ont déjà été évoqués.
Hier, le vice-président dubureau de direction d’Union Montréal pour l’Est, Gilles Deguire, a confirmé à La Presse qu’il était en réflexion. « J’ai déjà manifesté de l’intérêt pour ce poste et il m’intéresse encore », a-t-il dit. M. Deguire, qui est le directeur du bureau de la ministre libérale Line Beauchamp, a été policier pendant 30 ans à Montréal, dont 10 ans comme agent sociocommunautaire à Montréal-Nord.
Le conseiller de ville Jean-Marc Gibeau, dont le nom circule également, a répondu hier qu’il préférait ne pas annoncer ses couleurs le jour de l’annonce de M. Parent. « Dès demain, j’y réfléchirai sérieusement », a-t-il toutefois ajouté.
Les noms du conseiller James V. Infantino et de Claudel Toussaint, le directeur de la culture, des sports, des loisirs et du développement social à l’arrondissement, ont également été évoqués.
La semaine prochaine, les responsables du parti rencontreront les candidats qui ont manifesté leur intérêt. Après cette réunion, la direction du parti décidera s’il y aura une assemblée d’investiture ou non.




LA FUITE DE MONTRÉAL-NORD -  Hugo Meunier
Les résidants du secteur de Montréal-Nord où a éclaté l’émeute l’an dernier ont plié bagage en grand nombre, a constaté La Presse hier sur le terrain. La grand-messe du déménagement battait son plein près de la rue Pascal et du boulevard Rolland – épicent
«M oi, je m’en vais voir les feux d’artifice de La Ronde au lieu de celui de l’émeute de Montréal-Nord ! » badine Daniel, qui troque son logement du boulevard Rolland contre un appartement de l’arrondissement d’Anjou.
Alors que plusieurs personnes se sentent coincées à Montréal-Nord, d’autres choisissent d’y rester.
Il y a près d’un an, sa rue et la rue transversale, Pascal, étaient au coeur de l’émeute qui a suivi la mort de Fredy Villanueva sous les balles d’un policier de Montréal.
Daniel, ses voisins Michel, Yves et leurs familles ont décidé de fuir le quartier au lendemain de ces débordements sans précédent.
Et ils ne sont pas les seuls, à en juger par le nombre de camions-cube et de remorques qui abondaient dans le secteur hier matin.
Daniel et ses amis avaient du mal à réprimer de profonds soupirs de soulagement en plaçant leurs biens dans les camions de déménagement garés devant leurs logements situés côte à côte.
Ni la moiteur de cette journée ni la perspective de repartir à zéro dans un nouvel environnement n’auraient pu altérer leur joie de partir, trop contents de voir s’évanouir dans le rétroviseur ce quartier où ils ont pourtant vécu une partie de leur vie.
« Après l ’émeute, les af f iches "À louer" sont apparues partout. Beaucoup de gens s’en vont. Tu n’es pas chez toi ici, tu n’es plus le bienvenu! Je ne vais même pas au dépanneur à pied dans la rue Pascal, je ne me sens pas en sécurité! » explique Yves, pourtant un solide gaillard.
Un futur Bronx
Coiffé d’une casquette du Québec, Michel sort de sa poche une photographie. On y voit sa voiture garée en bordure du trottoir d’en face, derrière une rangée de voitures de la police de Montréal. Une image croquée en pleine nuit il y a deux semaines, lors du dernier épisode de violence entre les policiers et une bande de jeunes. « Je vis dans le quartier depuis des années, mais là, c’est assez! C’est rempli de jeunes de 15 ans qui veulent prendre le contrôle du coin. D’ici 10 ans, ça va devenir un ghetto ! » tonne Michel.
Une prédiction partagée par Caroline Pelletier, résidante de la rue Arthur-Chevrier, à un jet de pierre de là, qui part avec sa famille s’installer dans l’arrondissement de Rivière-des-Prairies, après avoir vécu 30 ans à Montréal-Nord. « J’ai l’impression que les problèmes iront de mal en pis. Les bonnes familles vont s’en aller et le quartier va ressembler au Bronx d’ici 10 ans », déplore Mme Pelletier, qui tient entre ses bras Ylana, âgée de quelques mois.
Lors de la dernière échauffourée entre policiers et jeunes il y a deux semaines, le fracas des matraques sur les boucliers des membres de l’escouade tactique avait réveillé le bébé.
Selon cette mère d’une autre fillette de 6 ans, le milieu n’est tout simplement pas approprié pour élever des enfants. « L’affaire Villanueva a été la goutte qui a fait déborder le vase. À Rivière-des-Prairies, il y a plus de familles unies, moins de mères seules et de meilleurs modèles à offrir aux enfants », résume Mme Pelletier.

« Les gens ont peur d’aller habiter à Montréal-Nord »
Une simple balade dans le quartier suffit pour réaliser la quantité d’affiches « À louer » placardées sur les immeubles locatifs. Les quelques propriétaires joints ont avoué que les locataires ne se bousculaient pas aux portes depuis l’émeute.
Gino Daraiche et sa fille Sandy ont quitté hier l’appartement qu’ils occupaient depuis 30 ans dans Montréal-Nord.
« Bien sûr que c’est plus difficile! Le quartier est pourtant "moins pire" qu’on pense, mais les nouvelles sont plus fortes que la réalité », estime l’agent i mmobi l ier Louis Sylva i n Pierre, en quête de locataires pour la rue Pascal. « Un jour, 30 ou 40 personnes m’ont joint pour un quatre et demi annoncé sur l’internet. Quand ils ont su que c’était à Montréal-Nord, ils m’ont dit : " Non merci, monsieur." Les gens ont peur d’aller habiter à Montréal-Nord », observe-t-il.
« La rue Pascal est un peu trop chaude pour louer maintenant », confesse cet autre propriétaire, qui demande 540 $ pour un grand quatre et demi. À quelques mètres de là, une affiche propose un autre quatre et demi chauffé.
Et libre depuis mai.





Travailleur social : Limiter les tensions à Montréal-Nord
Les policiers pourront solliciter un travailleur social, à leur disposition 24 heures sur 24 cet été
« Les problèmes de Montréal-Nord ne relèvent pas que du ministère de la Sécurité publique, ils sont majeurs et touchent plusieurs sphères socioéconomiques. »
Les affrontements de mardi dernier laissent présager un été chaud dans le quartier de Montréal-Nord. Mais les policiers auront une nouvelle arme à leur disposition pour éviter le regain de violence appréhendé à l’approche du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva : un travailleur social sera à leur disposition 24 heures sur 24.
À l’approche du premier anniversaire de la mort de Fredy Villanueva, on craint un regain de violence dans le quartier de Montréal-Nord.
D’ici quelques jours, quelques semaines tout au plus, un numéro d’urgence sera fourni auxpoliciers et aux organismes communautaires pour leur permettre de joindre en tout temps, sept jours sur sept, l’un des quatre travailleurs sociaux de Montréal-Nord. Les policiers pourront l’appeler pour qu’il leur prête main-forte chaque fois qu’ils auront à intervenir auprès des jeunes du quartier avec qui les relations sont toujours tendues. Les autorités font le pari qu’un civil sera plus efficace qu’un agent en uniforme.
La nécessité d’accroître la collaboration entre les policiers et les services communautaires revient souvent sur le tapis lorsqu’il est question de Montréal-Nord. Mais ce besoin est apparu d’autant plus criant aux membres de la table Prévention, paix et sécurité de l’arrondissement Montréal-Nord lorsqu’ils se sont réunis d’urgence mercredi pour trouver des moyens de rétablir les ponts entre les jeunes et la police à la suite des violences de cette semaine. « Si nous avions eu un travailleur social sur place mardi soir, il n’y aurait peut-être pas eu d’incident », a expliqué hier Jean-Marc Gibeau, responsable du dossier de la sécurité à la mairie de Montréal-Nord.
Un travailleur social pourra même parfois être dépêché en lieu et place des policiers, par exemple lorsqu’une plainte sera émise par un commerçant dont l’accès est bloqué par un attroupement de jeunes. S’il parvient à les persuader à quitter les lieux, les forces de l’ordre n’entreront pas en scène. « Depuis un an, chaque intervention des policiers risque de créer une réaction des jeunes. C’est un peu normal, on représente l’autorité, a reconnu hier le commandant du poste de quartier 39, Roger Bélair. Nous n’avons pas un rôle de médiateurs à long terme, comme les organismes sociaux. » L’affrontement entre les policiers et une cinquantaine de jeunes est survenu lorsque les policiers ont tenté de disperser des jeunes réunis au parc Carignan. Neuf d’entre eux ont été accusés cette semaine de voies de fait sur les policiers, de méfaits, de menaces ou de possession d’armes. Un seul était toujours détenu, hier.
Vigie
Cette mesure s’ajoute au comité de « vigie » formé mercredi pour traquer les signes annonciateurs de violence et désamorcer les crises avant qu’elles n’éclatent. « On appréhende l’été et l’anniversaire de la mort de Fredy Villanueva », confirme Jean-Marc Gibeau, ajoutant toutefois du même souffle que « l’incident de mardi aurait pu arriver dans n’importe quel autre quartier de Montréal. Sauf qu’on en aurait moins parlé. »
Pou r W i l l i a m L a ma r r e , direc teur du Café j eunesse mult iculturel de MontréalNord qui chapeaute l’équipe de travailleurs communautaires en poste, cette annonce est évidemment un pas dans la bonne direction. Mais il en faudra bien davantage pour changer la donne dans cet arrondissement. « C’est le territoire le plus densément peuplé au Canada : il faut revoir complètement son aménagement et pour ça, ça nous prendrait un sérieux coup de pouce financier de Québec. »
Les craintes que l’été soit mouvementé seraient aussi moins grandes si Québec avait accepté de lancer une enquête publique indépendante sur la mort de Fredy Villanueva, dit M. Lamarre. « Ça aiderait sûrement (à apaiser les tensions) parce que la population la réclame. »
La coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés, Nicole Filion, réclame aussi plus de soutien de Québec dans ce dossier. « La solution n’est pas policière mais politique », dit-elle, déplorant que ce soit le ministre Jacques Dupuis qui ait commenté publiquement les événements de cette semaine. « Les problèmes de Montréal-Nord ne relèvent pas que du ministère de la Sécurité publique, ils sont majeurs et touchent plusieurs sphères socioéconomiques. » Près de 40% de la population du secteur vit sous le seuil de la pauvreté, rappelle Mme Filion.



Montréal-Nord : Nouveaux affrontements : Le spectre des émeutes hante encore le quartier  -  Hugo Meunier
Alors que l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva est toujours dans l’impasse, l’affrontement entre la police et des jeunes de Montréal-Nord, mardi soir, a prouvé que le feu couvait toujours dans le quartier. Cette situation inquiète tant les
« Les citoyens de Montréal-Nord nous disent qu’ils en ont assez des fauteurs de troubles et que ces derniers ne sont pas représentatifs de la population du quartier », a indiqué le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur.
Sous un soleil radieux, des enfants hauts comme trois pommes jouaient au soccer hier matin au parc Carignan. Tard la veille, c’est dans ce petit espace vert niché au coeur d’un secteur résidentiel du quartier Montréal-Nord qu’a éclaté un affrontement musclé entre des policiers et une cinquantaine de jeunes.
Neuf personnes ont été arrêtées et un policier a subi des blessures mineures durant ces débordements, au cours desquels des vitrines de bâtiments, d’abribus, de commerces et de voitures ont volé en éclats. Des feux ont aussi été allumés dans des ordures.
Le spectre des émeutes de l’été dernier hantait bien des esprits hier matin dans ces rues de Montréal-Nord devenues familières. Et ce, même si les événements de mardi soir se sont avérés de bien moindre importance.
Mais les traces du grabuge de la veille étaient encore bien visibles dans les environs. Assez pour laisser un goût amer dans la bouche des commerçants et résidants du quartier interrogés.
Tout a débuté vers 22h15, lorsque les policiers ont reçu un appel – le deuxième en soirée – concernant une bagarre entre jeunes au parc Carignan, situé à l’angle des rues Rolland et Renoir.
À leur arrivée, il n’y avait aucune bagarre, seulement un groupe de 50 à 75 jeunes dans le parc.
Les policiers auraient alors décidé de rester à l’écart et de garder un oeil sur le parc. C’est à ce moment que des jeunes auraient commencé à lancer des projectiles en leur direction, des roches et des bouteilles notamment.
« Les policiers ont alors dispersé les jeunes, qui se sont mis à vandaliser des résidences, des voitures et des commerces », a expliqué l’agent André Leclerc, du Service de police de la Ville de Montréal.
C’est à ce moment que les policiers ont procédé à l’arrestation de neuf personnes, toutes adultes.
Sept d’entre eux ont comparu au palais de justice de Montréal, hier après-midi, pour divers chefs d’accusation, principalement de voie de fait à l’égard de plusieurs policiers, qui ne sont toutefois pas identifiés comme tels dans les actes d’accusation. La Couronne s’est opposée à la mise en liberté des accusés et ceux-ci seront de retour devant le tribunal ce matin pour leur enquête sous cautionnement. Deux autres ont été relâchés.
Un policier a quant à lui subi des blessures mineures au visage et au bras pendant qu’il passait les menottes à un des suspects.
Mauvaise publicité
Résidants et commerçantsdéploraient hier cette nouvelle mauvaise publicité pour leur quartier. « Le grabuge est l’oeuvre d’une bande de jeunes qui font du trouble avant d’aller se cacher. Ils veulent juste mettre le feu aux poudres », a dénoncé Carl François, qui a assisté aux événements depuis son logement situé en bordure du parc. « C’étaient des jeunes qui se tiraillaient jusqu’à ce qu’un coup de poing soit donné. Une dame en haut de chez nous a aussitôt appelé les policiers. À leur arrivée, les jeunes se sont rassemblés pour foutre le bordel », a raconté l’homme de 42 ans.
Mère de deux jeunes enfants, Malika était surprise de constater que le parc familial devant chez elle se retrouvait au coeur d’un affrontement avec les policiers. « Je suis toujours dans ce parc, il n’y a que des enfants ici d’habitude. Hier soir, c’était étrange, il y avait un groupe de jeunes agités, des filles se bagarraient », a-t-elle souligné.
Près d’un an après les émeutes de Montréal-Nord, des commerces de la rue Pascal ont à nouveau été ciblés par les vandales.
La vitrine de la boucherie Fortin a notamment été perforée par un projectile. « J’ai peur que les problèmes recommencent. C’est l’été, les gangs de jeunes se tiennent dans le coin », a soupiré le gérant de la boucherie.
À quelques mètres de là, Sarith Oum balayait les éclats de verre sur sa Honda grise. Le pare-brise avant et la vitre arrière étaient fracassés. La voiture du jeune homme était garée au mauvais moment et au mauvais endroit. « Il n’y a pas eu d’incident comme ça depuis longtemps. Je sais que ça n’a pas rapport avec moi », a déploré M. Oum, qui devra payer les dégâts de sa poche.
Quelques aut res voitures stationnées dans la rue ont été endommagées.
Sur le boulevard Léger, les vitrines d’une succursale de la Banque Nationale et d’un Jean Coutu ont aussi été brisées.
Des vitriers étaient en train de réparer celle de la pharmacie. « Les vandales auraient utilisé des bonbonnes de gaz propane », a expliqué Benoit Lapointe, de Vitrerie Michelois.
Pas de bon augure
De son côté, le président de la Fraternité des policiers de Montréal, Yves Francoeur, ne « voit pas de bon augure » les événements survenus au parc Carignan. « Malheureusement, on est appelé à craindre les débordements cet été », a-t-il dit, hier.
Après l’émeute du 10 août dernier, le syndicat des policiers avait critiqué la direction du Service de police de Montréal pour sa gestion de la crise. Rien à voir avec la miniémeute de mardi. Cette fois-ci, le syndicat considère que la mobilisation policière a été adéquate et bien organisée. « Trente minutes après le début de l’événement, on était plus nombreux que les manifestants », a souligné M. Francoeur.
Autre aspect positif aux yeux du syndicat: « Les citoyens de Montréal-Nord nous disent qu’ils en ont assez des fauteurs de troubles et que ces derniers ne sont pas représentatifs de la population du quartier », a indiqué le président de la Fraternité.
Invité à réagir, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, allait d’ailleurs dans ce sens. Il a expliqué que ce sont des citoyens qui ont fait appel aux policiers, ajoutant que la majorité d’entre eux veulent vivre calmement et en paix à Montréal-Nord. Selon le ministre, l’incident aurait été causé par certains agitateurs qui tentent de « déstabiliser le quartier » pour se livrer à des actes illégaux.
Enfin, la coordonnatrice de la Ligue des droits et libertés, Nicole Filion, a plutôt imputé les événements de mardi soir à la tension croissante entre les policiers et la population. Une tension qui s’explique, selon elle, par la répression policière et l’exclusion sociale vécue par une partie importante de la population.

Un conseiller « avec une fibre sociale » pourrait être nommé - Caroline Touzin
Impasse dans l’enquête sur la mort de Fredy Villanueva
Cette proposition aurait pour but de dissiper les appréhensions de la famille Villanueva et des jeunes blessés par balle envers l’enquête suspendue depuis le 26 mai.
Pour sortir de l’impasse dans laquelle se trouve l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, la proposition de nommer un conseiller « avec une fibre sociale » comme adjoint au coroner Robert Sansfaçon est sur la table, a appris La Presse.
Cette proposition aurait pour but de dissiper les appréhensions de la famille Villanueva et des jeunes blessés par balle envers l ’enquête suspendue depuis le 26 mai. Les honoraires des avocats payés par l’État et l’élargissement du mandat de l’enquête sont au coeur de leurs revendications.
« C’est une possibilité qui a été soulevée. Mais on n’est pas rendu là, car la question des honoraires des avocats n’est pas réglée » (NDE : ''QUOI !?!''...) , a expliqué à La Presse une source près du dossier.
Lors d’une récente rencontre entre des avocats qui ont un intérêt dans l’enquête, la solution de nommer un conseiller – un assesseur en vertu de la loi – a été avancée.
« Si la complexité des événements qui font l’objet de l’enquête l’exige, le gouvernement, à la demande du coroner en chef, peut désigner comme assesseur une personne qui, en raison de ses connaissances et de sa compétence particulière, est en mesure d’assister et d’éclairer le coroner durant l’enquête », selon la Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès.
Une seconde source près du dossier confirme cette piste de solution, en ajoutant que le conseiller devrait avoir « une fibre sociale ». Plusieurs organismes, dont la Ligue des droits et libertés, demandent depuis des mois que l’enquête du coroner traite de profilage racial. Fredy Villanueva, 18 ans, est mort lors d’une intervention policière, le 9 août dernier, dans un parc de Montréal-Nord. Le coroner Sansfaçon a toujours dit qu’il voulait d’abord examiner les faits concernant les causes du décès du jeune Fredy avant d’élargir son mandat.
Des négociations entre les avocats de la famille Villanueva et le Bureau du coroner sur les honoraires ont commencé après la suspension de l ’enquête. Au lendemain de son discours d’ouverture, le 26 mai, le coroner Sansfaçon a refusé de continuer tant qu’il y aurait « déséquilibre des forces en présence ». Il a ainsi forcé le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, à revenir sur sa décision et à accepter de payer les frais d’avocats de la famille Villanueva et des blessés, Jeffrey Sagor-Metellus et Denis Meas.
Les avocats de la famille et des deux blessés veulent obtenir des moyens équivalents à ceux des avocats des policiers. Or, le taux de référence au gouvernement est de 100$ l’heure pour des avocats qui comptent plus de 10 ans de pratique. Les avocats des policiers, eux, sont payés au moins le double.
La question des honoraires d’avocat implique deux ministères. C’est le ministère de la Justice qui fournit le tarif gouvernemental au Bureau du coroner. Mais c’est le ministère de la Sécurité publique qui délie les cordons de la bourse, en fonction de la suggestion du Bureau du coroner. « C’est maintenant au Bureau du coroner à décider », a dit l’attaché de presse de la ministre de la Justice, Philippe Archambault. Au Bureau, on dit que « les échanges se poursuivent », selon sa porte-parole, Diane Bernier. Si le Bureau suggère des honoraires plus élevés que le tarif en vigueur, le ministère de la Sécurité publique doit se tourner vers le Conseil du Trésor.
L’avocat d’un des j eunes blessés par bal le, Me Alain Arsenault, a refusé de commenter, hier. « Je n’ai rien à dire. Je ne veux pas jeter de l’huile sur le feu », a-t-il dit, faisant référence à la mini-émeute survenue mardi soir dans Montréal-Nord.
De son côté, la Fraternité des policiers de Montréal refuse de commenter la question des honorai res d’avocat . « C’est important pour nous que l’enquête reprenne en septembre. On veut que les citoyens apprennent dans les détails ce qui s’est passé pour renforcer le lien de confiance entre la population et la police », a dit son président, Yves Francoeur.
Même son de cloche au ministère de la Sécurité publique. « On souhaite et on a toujours souhaité que ça reprenne le plus rapidement possible », a dit le ministre Jacques Dupuis, hier, questionné sur le sujet en point de presse à Québec. Des dates sont réservées au début du mois de septembre et dans la semaine du 26 octobre au palais de justice de Montréal pour la suite de l’enquête.





LES TENSIONS SOCIALES DOIVENT ÊTRE ÉTUDIÉES  -   Caroline Touzin
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva s’ouvre aujourd’hui sur fond de controverse. Tous les groupes de la société civile inscrits ont décidé de la boycotter. La famille Villanueva et les témoinsclés du drame iront en cour seulement
« Si j’étais le juge Sansfaçon, je me dirais que je n’ai certainement pas été nommé coroner seulement pour réexpliquer au public que la balle du policier a atteint le jeune Villanueva. »
Aux yeux de l’avocat Guy Gilbert, le coroner Robert Sansfaçon a le pouvoir d’élargir son enquête sur la mort de Fredy Villanueva. Me Gilbert est bien placé pour le savoir: c’est lui qui a présidé l’enquête publique du coroner sur la mort du caporal Lemay dans la pinède d’Oka en 1990.
Il est dans « l’intérêt public » d’examiner les tensions sociales entre la police et la population de Montréal-Nord, selon Me Gilbert. Cette enquête s’ouvre ce matin au palais de justice de Montréal sur fond de controverse : la majorité des personnes et des groupes inscrits à titre de « personnes intéressées » s’en sont retirées avant même qu’elle ne commence.
Dans l’entrevue qu’il a accordée à La Presse, Me Gilbert critique le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, pour son refus de payer les frais d’avocats des cinq jeunes témoins du drame.
Dès sa déclaration d’ouverture, en septembre 1991, le coroner Gilbert s’était fondé sur la Loi sur la recherche des causes et des circonstances des décès pour décrire le « large cadre » de son mandat. Il est convaincu que le juge Robert Sansfaçon, assujetti à la même loi, devrait en faire une interprétation similaire.
« Si j’étais le juge Sansfaçon, je me dirais que je n’ai certainement pas été nommé coroner seulement pour réexpliquer au public que la balle du policier a atteint le jeune Villanueva, affirme Me Gilbert. Il y a 50 personnes au Bureau du coroner qui auraient pu faire l’enquête. Pourquoi a-t-on nommé le juge Sansfaçon? Pour qu’il donne à cette enquête des retombées qui auront du poids dans le public. Si j’étais lui, je serais imprégné de ça. Le public a des attentes non seulement en raison d’une situation ponctuelle, mais en raison d’une situation qui dure. »
Me Gilbert n’a jamais eu peur de remettre en question les méthodes policières. Il était l’un des trois commissaires mandatés en 1977 pour faire la lumière sur des gestes illégaux de la GRC pendant la crise d’Octobre (commission McDonald). Puis, en 1991, à titre de coroner dans l’enquête publique sur la mort du caporal Lemay, il a annoncé d’entrée de jeu son intention de se pencher sur le travail de la Sûreté du Québec le 11 juillet 1990. Ce jour-là, 125 policiers ont assailli la pinède d’Oka. Le caporal Lemay a été tué durant cet assaut par l’un des Mohawks embusqués dans la pinède. Quatre ans plus tard, dans son rapport, il critiquait vivement la SQ, qui avait selon lui fait preuve de négligence. Il recommandait que la police n’intervienne pas dans les communautés autochtones sans une autorisation du ministre de la Sécurité publique.
« J’avais l’impression, si ce n’est la conviction, que sans une présentation globale de la situation j’arriverais à une réponse sur un aspect technique du décès: comment la balle avait abîmé le corps du caporal Lemay. Ça ne m’apparaissait pas entrer dans le coeur du vrai problème ni servir l’intérêt public », se souvient Me Gilbert, aujourd’hui en semiretraite et avocat-conseil au cabinet Gilbert Simard Tremblay.
Le coroner Sansfaçon devrait se pencher sur le profilage racial, sur les interventions policières contre les gangs dans les quartiers défavorisés ainsi que sur les perceptions selon lesquelles la police bénéficie d’une certaine impunité, comme l’a déjà suggéré la Ligue des droits et libertés, estime Me Gilbert. « S’il y a un antagonisme entre la police et certains milieux sociaux, si le seul fait qu’on soit noir ou que ça se passe dans tel district, c’est déjà deux prises contre la personne appréhendée, cela justifie qu’on l’examine dans une enquête comme celle-ci », selon l’avocat. Lorsqu’il a entendu les requêtes préliminaires, le coroner Sansfaçon n’a pas écarté la possibilité d’élargir son enquête, mais il a jugé cela « prématuré ». Des groupes de pression n’y ont vu « aucune garantie d’ouverture ».
Une question de perte de droit
Même si le gouvernement n’est pas tenu de le faire, il devrait payer les frais d’avocats des jeunes témoinsdudrame, croitMe Gilbert. « Que l’État soit tenu ou pas de payer les frais d’avocats, là n’est pas la question. L’administration de la justice serait mieux servie si les témoins appelés à la barre étaient représentés par avocat. Ces jeunes sont exposés à la perte de leurs droits en plus de risquer que des accusations soient plus tard portées contre eux. Ce n’est pas en ajoutant deux ou trois avocats qu’on va mettre la Caisse de dépôt et placement en faillite. »
Si la Sécurité publique ne le fait pas, le Barreau pourrait aussi contribuer, estime Me Gilber t . Aut rement , il prévoit que le coroner Sansfaçon devra composer avec le déséquilibre des forces en présence: « D’un côté, un peloton de procureurs pour la police; de l’autre, rien pour les autres témoins. »
Le choix du juge Sansfaçon pour mener cette enquête est le bon, croit Me Gilbert. « Il a une technique de travail, un style accueillant qui va favoriser la venue de l’information », souligne-t-il. Rien n’empêche le coroner d’élargir son mandat en cours d’enquête au nom de l’intérêt public, selon lui. « La règle fondamentale: le coroner est maître de son enquête pour le meilleur et pour le pire. Il fera une très bonne enquête ou une moins bonne, selon ce qu’il aura envisagé comme cadre de son mandat », conclut l’avocat de 79 ans.


La carrière musicale de Dany Villanueva -  Patrick Lagacé
Le j ugement, chez les humains, c’est comme la climatisation dans une voiture. C’est en option. Ce n’est pas donné d’office à tout le monde. Prenez Dany Villanueva. M. Villanueva est le frère de Fredy Villanueva, 18 ans, la victime de la fusillade d’août 2008 au parc Henri-Bourassa, à MontréalNord. La fusillade est survenue après que des policiers eurent interpellé Dany Villanueva. Les amis de Dany et son frère, Fredy, se sont interposés.
Il y a deux semaines, un peu excédé par tout le théâtre ambulant qui entoure l’enquête (pour l’instant avortée) du coroner Robert Sansfaçon sur cet événement tragique, j’ai pondu une chronique, « L’autre côté de la médaille ».
Dans ce papier, je rappelais simplement que certains des personnages impliqués dans cette affaire ne sont pas des citoyens exempla i res , disons . Dany Villanueva, soulignais-je, a un casier judiciaire long comme le bras
Ça ne veut pas dire que son frère méritait de mourir. Ça veut simplement dire, et j’étais tanné qu’on n’en fasse pas mention depuis des semaines, que Dany Villanueva est un criminel récidiviste. Il faut le dire.
Sinon, une partie du contexte de cette af fai re échappe au public. Prenez Dany Villanueva, donc. Avant la fusillade qui a coûté la vie à son frère, Dany Villanueva avait fait face à la justice à de nombreuses reprises. Des affaires de violence, de vol, d’association avec des jeunes de gangs de rue.
Longtemps avant la fusillade, en avril 2006, Dany Villanueva avait confié à un juge qu’il tentait d’échapper à son milieu nordmontréalais. Il comparaissait alors après avoir été arrêté dans une voiture, avec des jeunes membres d’un gang de rue. Des jeunes armés, précisons-le.
MacamaradeJudithLachapelle, qui a fait le portrait de criminel de Dany, avait rapporté, en août dernier, ce que le frère de Fredy avait dit au juge à propos de ses potes membres de gang: « C’est dangereux de sortir les pieds devant. »
Appuyez sur fast forward, au 24 novembre 2008. Trois mois après la fusillade. Sur YouTube, ce jour-là, un vidéoclip a été mis en ligne. La chanson: Dans mon district. Le groupe: Mobsterz. Mobster, en anglais, signifie mafieux.
Le genre: gangsta rap. Appelons ça une forme de hip-hop « agressif », pour rester poli. Genre qui glorifie le fric, le banditisme, les guns, la violence. Justement, Dans mon district commence sur un bruit de mitraillette.
Images de l’émeute deMontréalNord. Jeunes Noirs qui posent pour la caméra. Dans ce clip, on voit Michael Alexandre, 21 ans. Et un autre jeune, mineur, qu’on ne peut identifier. Qui sont-ils?
Deux soldats Blood Maf ia Family (BMF), liés aux Bloods, le gang des Rouges.
Je n’ai pas oublié Dany Villanueva. J’y arrive.
Appuyez encore sur fast forward. Au 8 février 2009. Sixmois après la fusillade du parc Henri-Bourassa. Un second clip des Mobsterz est mis en ligne sur YouTube.
La chanson: Hyper God City, qui commence avec un bruit de mitraillette et un gars en manteau de fourrure.
Dans ce clip, on voit quatre criminels liés à des gangs comme les BMF ou les Youth Master Crew, eux-mêmes affiliés aux Rouges. Leurs noms : Bayron Clavasquin Padilla, Daniel Artiga, Jean-Luc Sanon et Russell Similomme. Ils ne sont pas vieux, mais leurs casiers criminels sont bien garnis.
Dany Villanueva?
Notre homme, (mal) caché sous une casquette verte, est là, se dandinant nonchalamment, comme le veut le genre, avec ces jeunes citoyens remarquables.
Je vous parlais de jugement. Dany Villanueva n’est pas censé fréquenter des types associés aux gangs de rue. Ça, ce sont les conditions imposées par la cour AVANT la fusillade qui a coûté la vie à son frère. Et que fait-il, APRÈS? Non seulement il fréquente encore ces criminels, mais il se fait filmer en leur compagnie! Vraiment, il faut le faire. J’ai appelé l’avocat qui représente la famille Villanueva dans le processus de l’enquête du coroner, Me Alain Arsenault, vendredi. Il ne m’a pas rappelé.
Les membres du clan Villanueva n’hésitent pas à traiter les policiers dans cette affaire de meurtriers. J’aimerais bien les entendre sur le jugement qu’exerce Dany Villanueva dans la vie. J’aimerais bien les entendre, notamment, sur ce qu’ils pensent du jugement de Dany Villanueva, en particulier, ce soir d’août 2008.
Se peut-il que le déficit de jugement de Dany ait contribué à déclencher une chaîne d’événements catastrophiques qui s’est soldée par la mort d’un homme? Son frère, je veux dire? Enfin, les deux clips de Mobsterz sont sur mon blogue (cyberpresse. ca/lagace), si vous voulez vous initier à l’oeuvre de ce groupe. Dany, c’est celui qui a la casquette verte. Pas facile à reconnaître, j’en conviens. Mais c’est lui.





L’autre côté de la médaille  -   PATRICK LAGACÉ
Montréal-Nord n’est pas l’oasis de paix qui pourrait fleurir si seulement les méchants policiers étaient moins racistes, moins brutaux, moins méchants.
Est-ce que le clanVillanueva boude encore ? Je vous le demande parce que je reviens d’un petit congé forcé pour cause de dents de sagesse capricieuses et que j’ai manqué des bouts du feu roulant qu’est l’actualité.
Donc, le clan Villanueva boude encore, dites? Il demande encore à l’ONU d’envoyer des Casques bleus pour protéger la population de Montréal-Nord?
Ah, le clan Villanueva n’a pas demandé une telle chose ?
Ça ne devrait pas tarder.
Il y a bien des gens, à MontréalNord, qui voudraient que l’enquête du juge Robert Sansfaçon soit une enquête sur la police elle-même. Soit.
Remarquez, j’ai entendu trop d’histoires émanant de ce quartier pour penser que le profilage racial est une invention. Ça existe. Oui, les relations entre la police et la communauté sont difficiles.
Mais peut-on, une seconde, j uste une seconde, se mettre dans la peau des flics de Montréal-Nord?
Ce quartier n’est pas exactement un secteur de la bucolique banlieue de Baie-d’Urfé. L’essentiel des interventions de la police ne touche pas les entorses au règlement d’arrosage.
Puis-je rappeler que, dans l’année précédant la fusillade fatidique du parc Henri-Bourassa, deux policiers ont été victimes de project i les t i rés en leur direction?
Le premier, par un tireur embusqué qui l’attendait chez lui (un suspect a été acquitté au terme d’un procès).
Le second, lorsqu’il patrouillait dans une camionnette du SPVM (aucun suspect n’a été arrêté).
Et puis-je rappeler que le soir de la charmante émeute où des citoyens-en-colère ont foutu le feu aux voitures personnelles des pompiers – des pompiers!!! – ainsi qu’à quelques véhicules de résidants du coin, une policière a été atteinte par une balle?
Et je ne parle même pas de l’apport des gangs de rue à la vie communautaire.
Montréal-Nord n’est pas l’oasis de paix qui pourrait fleurir si seulement les méchants policiers étaient moins racistes, moins brutaux, moins méchants.
Puis-je rappeler que Dany Villanueva, frère du défunt, l’homme que les policiers ont apostrophé ce soir d’août, est un bandit ?
Désolé. Il n’y a pas d’autre mot. Ma collègue Judith Lachapelle a fait son portrait de criminel le 13 août 2008 dans La Presse.
C’est un récidiviste bien connu de la police que les deux agents du parc Henri-Bourassa ont croisé, en ce soir d’août 2008.
Vols, arrestation dans une voiture où on a trouvé des membres de gangs de rue armés, autre arrestation en possession d’un gun de calibre 22, claques sur la gueule d’un jeune de 14 ans.
Est-ce que j ’oublie quelque chose?
Ah oui. Deux mois avant le drame, le 18 juin 2008, bris de conditions: il avait communiqué avec des gens qu’il ne devait pas contacter, en vertu des termes de sa mise en liberté.
Alors, de grâce, de grâce, fichezmoi la paix avec le conte pour enfants selon lequel la méchante police raciste a harcelé, dans ce parc, ce soir d’août 2008, de jeunes gens sans histoire qui jouaient tout simplement aux dés.
N’importe quel flic qui connaît son quartier et son métier serait allé piquer un brin de jasette à Dany Villanueva en le voyant ce soi r-là, dans ce parc-là, « chillant » avec d’autres jeunes hommes.
Question de voir si Villanueva n’était pas, encore, en train de s’acoquiner avec des types dont il devait se tenir loin, par exemple.
Puis-je rappeler aussi que, selon les témoins interrogés par les médias dans les moments qui ont suivi la fusillade, il est assez clair que trois jeunes, dont Fredy Villanueva, ont chargé la policière, pendant que le policier se battait avec Dany Villanueva?
Qu’est-ce qui se passe dans la tête de trois gars pour qu’ils se disent: Tiens, on va sauter sur la police ?
Je ne le sais pas. Je ne veux pas le savoir. Tout ce que je sais, c’est que, quand trois jeunes hommes dans la force de l’âge sautent sur un agent de police, cet agent, que ce soit une fille ou un gars, est théoriquement à quelques secondes d’être désarmé.
J’ai l’air de donner le bon Dieu sans confession aux flics. Pas du tout. Je vous donne l’autre côté de la médaille, totalement occulté de la réalité depuis quelques mois, quand il est question de l’enquête.
J’espère que cette enquête accouchera. Je veux savoir, dans le détail, ce qui s’est passé au parc HenriBourassa avant que ça ne dégénère entre les flics et les jeunes.
Ont-ils été baveux? Ont-ils mal réagi à des provocations? Ont-ils cherché le trouble? Qu’ont-ils dit au groupe? Ont-ils opté trop rapidement pour la force plutôt que de recourir à cette arme secrète des plus doués des flics : le bagout ?
Je veux savoir ce que les témoins directs ont raconté à la SQ
Je veux savoir, aussi, comment il se fait que les enquêteurs de la SQ se soient contentés, une semaine après, d’un rapport écrit des deux policiers. Ceux-ci n’ont jamais été interrogés. Les limiers de la SQ n’ont jamais tenté de les interroger.
Et cela est consternant.
J’aimerais aussi souligner que Jonathan Senatus, qui était dans le groupe au sein duquel ce bon Dany Villanueva jouait aux dés, a été arrêté, accusé et a plaidé coupable de possession d’arme, quelques mois après le drame.
Pas un petit revolver-jouet: une arme semi-automatique. Juste ça.
Mais bon, selon la légende, Senatus est un bon cégépien qui aime jouer aux dés dans les parcs. Sans plus.
Si j’étais Dany Villanueva, je n’aurais pas trop, trop envie d’aller témoigner, avocat payé par l’État ou pas. Parce que, si les flics risquent de devoir répondre à des questions embêtantes, ce bon Dany va également s’en faire poser des salées.
Il devrait larguer son chandail en coton ouaté gris, aussi, celui avec le capuchon. Et s’acheter un complet à cravate, tiens. Ce ne sera pas de trop pour projeter une image de citoyen respectable.
Oui, il y a des problèmes dans Montréal-Nord. Graves. Oui, les relations police-citoyens y sont difficiles.

Je ne suis juste pas convaincu que l’af faire Vi l lanueva , si tragique soit-elle, soit le bon prétexte pour régler le « cas » Montréal-Nord.




Villanueava : Jacques Dupuis revient sur sa décision
— Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, revient sur sa décision et accepte de payer tous les frais d’avocat requis pour permettre la reprise de l’enquête publique du coroner sur la mort de Freddy Villanueva. Pour l’opposition, cette enquête a perdu de sa crédibilité en raison de « l’entêtement » de M. Dupuis.
Hier après-midi, par voie de communiqué, Jacques Dupuis a indiqué que son ministère payera « les honoraires des avocats requis pour la reprise et la bonne marche de l’enquête publique présidée par le juge Robert Sansfaçon ».
L’État pourrait donc assumer les frais d’avocat des deux jeunes blessés par balle lors de l’intervention policière de l’été dernier à Montréal-Nord. Il ferait la même chose pour quatre autres jeunes témoins si le juge Sansfaçon en fait la demande au gouvernement, a-t-on indiqué à La Presse. Une part plus importante des honoraires d’avocat de la famille Villanueva pourrait aussi être couverte par l’État – non seulement l’accompagnement durant l’enquête, mais aussi la représentation devant le coroner –, encore une fois dans l’éventualité où le juge l’exige.
« Si le juge en venait à la conclusion que les témoins doivent être représentés par avocat, le gouvernement se pliera à la demande du juge Sansfaçon », a affirmé Jacques Dupuis en matinée.
Le ministre a exhorté la famille Villanueva à participer à l’enquête. « Je rappelle que nous avons offert de payer un avocat pour la famille. Cet avocat pourrait poser toutes les questions à tous les témoins. Il n’y a pas de restriction. Je souhaite que la famille revienne sur sa décision, se constitue un procureur et se présente à l’enquête », a-t-il dit.
Quant à l’idée d’élargir le mandat de l’enquête comme le demande la famille, M. Dupuis s’en remet au juge Sansfaçon. « Il a toutes les possibilités d’accepter les questions. C’est à lui que revient la responsabilité de tenir l’enquête et de prendre les décisions. »
« Je n’interviendrai pas pendant que l’enquête se tient, afin que l’enquête se fasse de façon indépendante et sereine », a-t-il ajouté.
L’opposition condamne le ministre
L’opposition a condamné l’attitude de Jacques Dupuis dans ce dossier. « M. Dupuis, qui a pris une décision (hier) en catastrophe, aurait pu la prendre il y a déjà quelque temps et permettre de mieux soutenir les témoins. Si M. Dupuis avait été à l’écoute des gens de ce quartier, de la famille concernée, il ne se retrouverait pas avec entre les mains un risque d’avortement de cette commission d’enquête, qui, à mon point de vue, doit avoir lieu », a affirmé la chef du Parti québécois, Pauline Marois.
Selon la chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, « l’entêtement » du ministre a entraîné « une cristallisation des positions de confrontation » qui mine l’enquête.
Le député de Québec solidaire, Amir Khadir, juge que M. Dupuis doit se retirer du dossier et le gouvernement, « instaurer une commission d’enquête publique au mandat élargi ».
Le président du comité exécutif de la Ville de Montréal, Claude Dauphin, n’est « pas contre » une enquête au mandat élargi. « La décision relève du gouvernement, du ministre de la Sécurité publique, mais s’il décide d’élargir l’enquête, on ne sera pas contre », a indiqué M. Dauphin.


Le ministre Dupuis invité à se retirer du processus
Affaire Fredy Villanueva La famille et l’opposition se montrent critiques
Le PQ et l’ADQ estiment que le dossier devrait être retiré au ministre de la Sécurité publique.
Même s’il dit avoir « mis de l’eau dans son vin », le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, doit se retirer du dossier Villanueva. C’est ce que la famille de Fredy Villanueva et les partis de l’opposition ont réclamé haut et fort, hier.
Jean Charest n’a pas l’intention de céder aux pressions et de désavouer son ministre. Il a réitéré sa confiance en M. Dupuis et lancé un appel au camp Villanueva pour qu’il participe à l’enquête publique du coroner, suspendue depuis mardi.
Le camp Villanueva doit aussi « mettre de l’eau dans son vin », estime Jacques Dupuis. « On ne se racontera pas beaucoup d’histoires, j’ai mis de l’eau dans mon vin. Je fais un appel pour que tout le monde fasse la même chose afin qu’on aille devant le coroner et qu’on tienne l’enquête », a-t-il affirmé lors d’un point de presse.
Mardi, le ministre Dupuis est revenu sur sa décision et a accepté de payer les frais d’avocats des jeunes témoins de l’intervention policière qui a entraîné la mort de Fredy Villanueva l’été dernier dans Montréal-Nord. Il a pris cette décision à la suite d’une recommandation du coroner Robert Sansfaçon, qui a suspendu son enquête publique jusqu’à ce que « l’iniquité procédurale » soit rétablie.
Alors que les deux policiers impliqués dans la mort du jeune Villanueva sont représentés par des avocats d’expérience, les jeunes témoins devaient se présenter à l’enquête sans avocat, faute de moyens pour les payer.
Or, pour la famille Villanueva, Jacques Dupuis n’est plus un « interlocuteur valable ». « Si le ministre ( Dupuis) veut s’ouvrir la "trappe", il doit être conscient qu’il n’améliore pas les choses. Il n’aide pas à ce qu’un véritable dialogue s’installe entre les personnes impliquées. Il devrait arrêter de parler. Il sème la confusion », a dit hier Me Alain Arsenault, avocat (non payé) de la famille Villanueva.
La famille Villanueva et les témoins blessés par balle réclament une « commission d’enquête publique transparente au mandat large ». Jacques Dupuis ne ferme pas complètement la porte à l’idée. « Faisons l’enquête du coroner, et on verra », a-t-il dit.
Le ministre a plaidé que le coroner Sansfaçon – un juge en exercice – avait déjà indiqué avoir toute la latitude requise pour accepter des questions comme le profilage racial. « Les parties peuvent être assurées qu’il s’agit d’un coroner indépendant et impartial. La preuve : il m’a un peu tapé sur les doigts, et je me suis rendu à ses suggestions », a-t-il ajouté.
« L’objectif ultime, c’est que nous connaissions les causes et les circonstances du décès malheureux de Fredy Villanueva et que la paix sociale soit maintenue à MontréalNord, à Montréal et au Québec », a souligné M. Dupuis lors de la période des questions en Chambre.
Perte de confiance
L’opposition péquiste accuse Jacques Dupuis d’avoir causé une « perte de confiance » dans l’enquête publique. « Le ministre de la Sécurité publique n’a pas fait son travail, et il semble y avoir eu de ce type de bévues ou d’omissions qui sont très questionnables. Actuellement, on se trouve devant un grave problème, à mon point de vue, d’équité, de justice et de crédibilité », a affirmé la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Le PQ estime que le dossier devrait être retiré au ministre Dupuis afin d’être confié à la ministre de la Justice, Kathleen Weil.
La chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, a fait la même demande. « Il est évident que l’obstination du ministre de la Sécurité publique a mis en péril les apparences de justice et a failli faire avorter l’enquête du juge Sansfaçon. Le ministre de la Sécurité publique s’est complètement discrédité », a-t-elle lancé.
Le premier ministre Jean Charest dit avoir « totalement confiance en Jacques Dupuis ». « De grâce, passons ensemble à l’enquête du coroner, a-t-il lancé. C’est l’appel que je fais à ceux qui veulent que justice soit faite, peu importe l’angle sous lequel on aborde les tristes événements de l’été dernier. C’est d’abord connaître les faits qui va bien nous servir. »
« L’enjeu, c’est de faire l’enquête du coroner. Il ne faut pas dévier le débat. On veut savoir ce qui s’est passé l’été dernier, connaître les faits. C’est la première étape, et elle est incontournable pour la suite des choses. »
Pas de nouvelles
Malgré les récentes déclarations publiques de Jacques Dupuis et de la famille Villanueva, le coroner Robert Sansfaçon « n’a pas reçu de nouvelles officielles de qui que ce soit », selon sa porteparole, Anne-Marie Lessard.
Desoncôté, lafamilleVillanueva attend un appel du coroner Sansfaçon ou du procureur de l’enquête, Me François Daviault, a indiqué à La Presse l’avocat de la famille, Me Arsenault. La famille Villanueva refuse aujourd’hui de « négocier en public », mais se dit ouverte à écouter ce que le coroner ou toute autre personne en autorité a à dire, sauf Jacques Dupuis.
Vérifications faites au Bureau du coroner : le j uge Robert Sansfaçon, nommé coroner ad hoc, ne peut pas joindre luimême les témoins et les parties inscrites à titre de « personnes intéressées » à son enquête. « Le coroner doit être indépendant et impartial. Il ne peut pas contacter une partie ou une autre, au risque de mettre son impartialité en péril », a expliqué sa porteparole. Ce sera à Me Daviault, procureur de l’enquête, de clarifier les positions des uns et des autres. C’est ce qu’il fera dans les prochains jours, a indiqué le Bureau du coroner.


« Mettre de l’eau dans son vin »  -  Émilie Côté
Paiera, paiera pas? Il a dit non pendant cinq mois, mais voilà qu’il a changé d’idée. Mardi dernier, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, est revenu sur sa décision et a accepté de payer les frais d’avocats des jeunes témoins blessés par balle lors de l’intervention policière qui a entraîné la mort de Fredy Villanueva, l’été dernier, à Montréal-Nord.
Cette volte-face ne sort pas de nulle part. Elle fait suite à la décision du coroner Robert Sansfaçon de suspendre son enquête publique pour cause d’« iniquité procédurale ».
Mais s’il y a quelque chose dont Jacques Dupuis doit vouloir se reposer, ce week-end, ce sont les caméras et les journalistes qui l’ont gardé occupé à l’Assemblée nationale.
Toute la semaine, le ministre a été critiqué. La famille Villanueva et les partis de l’opposition ont exigé qu’il se retire du dossier. Mais Jacques Dupuis a dit « mettre de l’eau dans son vin ». « La preuve: il (le coroner) m’a un peu tapé sur les doigts, et je me suis rendu à ses suggestions », at-il déclaré.
Me Alain Arsenault, l’avocat (non payé) de la famille Villanueva, qui n’a pas la langue dans sa poche, a même invité M. Dupuis à se fermer « la trappe ». « Il nous a fait perdre six mois avec ses niaiseries, a vociféré Me Arsenault en entrevue avec La Presse Canadienne. Je pense qu’il jette délibérément de l’huile sur le feu. Peut-il se taire? Y a-t-il quelqu’un d’autre qui pourrait nous parler ? »
Me Arsenault préférerait discuter avec la ministre de la Justice, Kathleen Weil. « Le ministre Dupuis n’a plus cette autorité pour quoi que ce soit. Je ne répondrai pas aux remarques du ministre Dupuis. »
Le Parti québécois, l’Action démocratique et Québec solidaire ont aussi demandé au premier ministre du Québec de retirer le dossier de Villanueva des mains du ministre de la Sécurité publique, mais Jean Charest a déclaré : « J’ai totalement confiance en Jacques Dupuis. »
La famille Villanueva veut que Jean Charest décrète la tenue d’une « commission d’enquête transparente au mandat large ».
En attendant, l’enquête du coroner est suspendue indéfiniment et la famille Villanueva poursuit son boycottage.
Et pour ajouter à sa « grosse semaine », Jacques Dupuis a dû intervenir avant-hier pour défendre un collègue dans un tout autre dossier. Le PQ a demandé que le ministre du Travail démissionne parce que l’entreprise ABC Rive-Nord, dont il est actionnaire, fait des affaires avec le ministère des Transports. David Whissell s’est défendu, mais la leader adjointe de l’opposition officielle, Agnès Maltais, lui a lancé: « T’as pas fini, mon homme », a rapporté le Journal de Québec.
C’est là que Jacques Dupuis, en tant que leader parlementaire libéral, a réagi avec colère. « On appelle ça une menace, de l’intimidation ! » a-t-il lancé, avant que les péquistes se mettent… à rigoler.
Mais Jacques Dupuis n’a pas fini de faire les manchettes au sujet de l’affaire Villanueva. « Dans le contexte actuel, ni moi ni le ministre ne commenterons davantage... même cette grosse semaine » , nous a dit hier l’attaché de presse du ministre de la Sécurité publique.



LA FAMILLE VILLANUEVA DEMEURE INFLEXIBLE
Malgré l’ouverture du juge Sansfaçon, elle continue de réclamer
une commission d’enquête élargie
La suspension de l’enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva par le coroner Robert Sansfaçon a forcé le ministre de la Sécurité publique à fournir des avocats aux jeunes témoins. Pourtant, des doutes persistent toujours quant aux limites de ce processus. « Il ne suffit pas de désigner un juge pour apposer un sceau d’équité », a souligné le coroner.
Avocats fournis ou non, la famille Villanueva et les jeunes témoins blessés par balle ne participeront pas à l’enquête publique du coroner Robert Sansfaçon sous sa forme actuelle. Ils exigent que le gouvernement québécois ordonne une « commission d’enquête publique transparente au mandat large ».
Le coroner Robert Sansfaçon a surpris tout le monde en annonçant la suspension de son enquête jusqu’à ce que les jeunes témoins de la mort de Fredy Villanueva aient les moyens d’être représentés par avocat, hier matin, au palais de justice de Montréal.
Le coroner Sansfaçon n’avait pas le pouvoir juridique d’ordonner à l’État de leur fournir des avocats. Il a ainsi fait indirectement ce qu’il ne pouvait pas faire directement. Le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis a dû réagir en fournissant le nombre d’avocats nécessaire, à la discrétion du coroner (voir autre texte).
Ce n’était toutefois qu’une des deux revendications de la famille Villanueva et de plusieurs groupes sociaux qui les appuient, dont la Ligue des droits et libertés. « Comme on le dit depuis le mois de janvier, on veut une commission d’enquête pour que toutes les parties disent ce qu’elles ont à dire », a indiqué Patricia Villanueva, soeur de Fredy, assise à la même table que l’ex-président de la CSN Gérald Larose, le président de la Ligue des Noirs, Dan Philip, et le porte-parole de Montréal-Nord Républik, Will Prosper, en conférence de presse plus tard dans la journée.
Tous ont perdu confiance en celui qui a ordonné l’enquête du coroner : le ministre Jacques Dupuis. « La décision du coroner est malheureusement nécessaire compte tenu des gestes faits depuis décembre par le ministère de la Sécurité publique, qui, selon nous, a tenté de protéger les policiers avant tout ; avant l’ensemble
des citoyens », a ajouté Me Alain Arsenault, représentant de la famille Villanueva.
Une commission d’enquête n’est pas régie par la même loi que l’enquête publique du coroner. Aux yeux de la famille Vi l lanueva et des groupes sociaux, la commission d’enquête est « le meilleur forum » pour discuter du profilage racial, de l’intervention policière contre les gangs de rue dans les quartiers économiquement défavorisés et de l’« impunité policière » lorsqu’il y a mort d’homme dans une intervention policière.
« Même si le coroner Sansfaçon élargit son enquête à ces questions, il reste que son mandat concerne Montréal-Nord, explique Nicole Fillion, de la Ligue des droits et libertés. L’intérêt d’une commission d’enquête est de se pencher sur tout un système de répression policière, sur l’action gouvernementale pour contrer l’exclusion sociale, et le mélange explosif lorsqu’on lie les deux. »
Une réponse tardive ?
Au moment de son annonce, le coroner Sansfaçon a remis en question la loi qui le régit ( Loi sur les causes et les circonstances des décès). « Doit-elle ou peut-elle être revue ? Je pose la question. »
C’est que le coroner a essuyé des reproches quant à sa position tardive sur le « déséquilibre des forces ». Le coroner d’une enquête publique n’a pas le pouvoir d’assigner des témoins pour connaître leurs besoins avant le début de son enquête, a-t-il déploré.
Le coroner Sansfaçon a aussi répondu à la famille qui privilégie une commission d’enquête publique. « L’un n’empêche pas l’autre. L’enquête du coroner peut appuyer davantage des demandes pour qu’une commission d’enquête se tienne. Elle aurait pu avoir un effet de levier », a-t-il dit.
À l’ouverture de l’enquête lundi, neuf des 15 parties inscrites comme « personnes intéressées » étaient absentes, dont la famille Villanueva et les deux témoins blessés par balle. Après une « nuit qui lui a porté conseil », le coroner Sansfaçon a décrété que l’« exercice est non crédible » si les jeunes témoins ne sont pas représentés par avocat, alors que les policiers le sont. À ses yeux, il y a un déséquilibre fondamental. « Il ne suffit pas de désigner un juge pour apposer un sceau d’équité », a souligné le coroner.
Les avocats des deux policiers impliqués dans la mort du jeune Villanueva, Mes Pierre Dupras et Gérald Soulière, ont refusé de commenter la position du coroner Sansfaçon. « Le dossier est maintenant politique », a dit pour sa part l’avocat de la Fraternité des policiers de Montréal, Michael Stober.
Au Bureau du coroner, hier, on ne savait pas si l’enquête reprendrait. Et si oui, à quel moment. « Le juge Sansfaçon est indépendant. On n’interfère pas dans son dossier. Il décidera de la reprise ou non des audiences », a dit Me Christian Hacquin du Bureau du coroner.

Un ultimatum au ministre
À Montréal-Nord, les groupes et les gens qui appuient la cause de la famille Villanueva sont satisfaits de la suspension de l’enquête du coroner. Mais qu’il y ait des procédures équitables ou pas, certains ne se font pas d’illusion. « Être noir à Montréal-Nord, c’est être défavorisé, précise Jay Jordan, un travailleur de rue. Personne ne dira jamais que la police est raciste. »
François Bérard, coordonnateur du mouvement Solidarité Montréal-Nord, et Brunilda Reyes, directrice des Fourchettes de l’espoir, appuient les demandes de la famille Villanueva.
« La mort de Fredy était un événement désastreux et j’aurais espéré qu’on en apprenne quelque chose de bien », dit de son côté Jean-Yves Mérilan. Mais le résidant de Montréal-Nord n’y croit pas. Selon lui, le gouvernement ne veut pas régler quoi que ce soit, mais plutôt se débarrasser d’un problème. « C’est juste pour l’image », dit-il.
De son côté, le mouvement Solidarité Montréal-Nord interpellera l’Assemblée nationale, si le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis n’agit pas pour que la situation soit équitable d’ici la prochaine semaine. « Nous donnons une semaine au ministre pour répondre à nos demandes », a déclaré le coordonnateur François Bérard.
Brunilda Reyes, directrice de l’organisme Les Fourchettes de l’espoir, demande pourquoi le ministre Dupuis a attendu a « ce point extrême de l’enquête » pour être « ouvert » à l’idée que le mandat de l’enquête soit élargi et que les frais d’avocat des jeunes proches de Fredy Villanueva soient payés.
Hier, le ministre Dupuis a déclaré que c’est au juge Sansfaçon que revenait « la responsabilité de tenir l’enquête et de prendre les décisions ». Mais Brunilda Reyes doute de la bonne foi du ministre de la Sécurité publique. « Maintenant, c’est au ministre de faire ses devoirs. Le coroner a peut-être le pouvoir d’élargir son mandat, mais il n’est pas indépendant car son boss lui dit de ne pas le faire », affirme-t-elle.
Le groupe Montréal-Nord Républik demande également que l’enquête aille au-delà du cadre médicolégal de la mort de Fredy Villanueva, et qu’on examine les tensions raciales et sociales dans le secteur.

Le compromis honorable  -  YVES  BOISVERT
Ce braquage est une manière de jouer avec le feu et d’accroître les tensions sociales. Ça commence à être une tentative de faire capoter le processus. Ça commence à ressembler à du chantage. Mauvaise idée. Dangereuse idée.
Si les familles des victimes dans l’affaire Villanueva veulent une commission d’enquête, il y a une bonne façon de l’obtenir : participer à l’enquête du coroner.
C’est là qu’ils pourront faire la démonstration de la nécessité d’une éventuelle enquête, plus en profondeur.
Mai ntenant que Jacques Dupuis a été forcé tardivement d’admettre qu’il avait tort, maintenant qu’il s’engage à payer les honoraires d’avocats non seulement de la famille Villanueva, mais aussi des deux autres jeunes qui ont reçu une balle policière pour la durée du processus, cette enquête devrait commencer.
Le juge Robert Sansfaçon, qui agit comme coroner, a les mêmes pouvoirs qu’un président de commission d’enquête, et même davantage à certains égards.
Il peut forcer des témoins à comparaître, il peut exiger des documents, il peut faire lancer des mandats d’arrêt et même faire détenir des témoins.
La Loi sur les causes et les circonstances des décès donne aux personnes « intéressées » le droit de contre-interroger tous les témoins et de faire venir leurs propres témoins à la barre. Si le coroner refuse d’entendre certains témoins, il est tenu de motiver son rejet.
Et puis, l’article 3 de la loi autorise le coroner à faire « toute recommandation visant une meilleure protection de la vie humaine ».
Il va de soi que les rapports entre la police et les minorités touchent directement à la protection de la vie humaine. Il y a donc là de l’espace pour faire entendre ce qu’on a à dire sur le sujet.
Si la preuve démontre une crise grave dans les relations entre les citoyens et la police, le coroner peut fort bien lui-même recommander la tenue d’une commission d’enquête.
Depuis le début, les familles impliquées dans l’événement fatal du 9 août 2008 sont aussi inflexibles que le ministre l’était jusqu’à hier. Elles ont tort, mais elles ont leurs raisons. Leurs avocats ont tort davantage… et n’ont pas raison d’avoir tort.
Ces avocats ont aussi la responsabilité de saisir l’occasion pour ceux qu’ils représentent. Il y a un compromis honorable qui s’offre à eux, tant dans l’attitude forcée du ministre Dupuis que dans l’ouverture plus nette du juge Sansfaçon.
La stratégie de confrontation des avocats des familles est malavisée pour deux raisons.
D’abord, au cas où ils l’ignoreraient, l’opinion publique n’est pas du tout favorable à la tenue d’une commission d’enquête. Je publierais un échantillon des courriels que je reçois sur le sujet, c’est à faire peur: que faisaient ces petits bums dans la rue, les gangs de rue sont en arrière, etc.
Je ne dis pas, bien entendu, qu’il faut se fier aux commentaires de taverne pour décider de la pertinence d’une enquête. Je dis que si le sujet le justifie, il faut préparer le terrain pour rendre nécessaire politiquement et socialement une telle enquête.
Et l’enquête Sansfaçon est la bonne manière de plaider cette cause. Car en ce moment, Québec n’est pas du tout intéressé à bouger.
L’autre raison, c’est que ce braquage est une manière de jouer avec le feu et d’accroître les tensions sociales. Ça commence à être une tentative de faire capoter le processus. Ça commence à ressembler à du chantage. Mauvaise idée. Dangereuse idée.
Je ne blâme pas les familles là-dedans. Si mon fils avait reçu une balle, ou si mon enfant sans arme était mort en recevant deux balles d’un pistolet de policier, je me donnerais le droit de dire qu’il a été « assassiné ». Je serais révolté et je n’aurais aucune confiance dans tout ce qui pourrait ressembler à l’appareil judiciaire.
Le rôle des avocats est de trouver pour leurs clients le meilleur véhicule possible pour que soit entendue cette rage et que soient examinées correctement les questions que la police et le gouvernement veulent éviter.
Pas le meilleur véhicule possible dans un monde idéal. Le meilleur possible dans les circonstances du moment.
Or, s’ils continuent avec cette stratégie sans compromis de l’enquête ou rien, ça risque fort d’être « rien ». Ils donneront alors raison au ministre Dupuis, à la police et à tous ceux qui ne veulent rien, mais vraiment rien entendre et je crois qu’ils sont la vaste majorité au jour d’aujourd’hui.
On aura tous perdu cette importante occasion, mais cette fois, ce sera beaucoup leur faute.






Le ministre Dupuis veut-il une enquête injuste? - YVES BOISVERT
Le ministre doit absolument trouver une voie de communication avec les représentants des familles pour leur donner l’occasion de revenir à l’enquête.
La scène est indécente. D’un côté, le procureur indépendant du coroner, assisté des enquêteurs de la Sûreté du Québec. De l’autre, les avocats de la Fraternité des policiers de Montréal, des policiers impliqués dans la mort de Fredy Villanueva, du procureur général, du service de police de la Ville de Montréal...
Et ceux qui ont reçu des balles ne sont nulle part.
Il faut féliciter le procureur François Daviault pour avoir dit l’évidence, hier matin: le déséquilibre des forces juridiques en présence à l’enquête Villanueva en mine la crédibilité.
C’est au point où il se demandait publiquement hier matin si l’enquête pouvait procéder. Il y a apparence de « déséquilibre » et « d’injustice ». Imaginerait-on une telle enquête si les policiers n’étaient pas représentés par avocat?
Bonne remarque, bonne question. Mais pourquoi le procureur ne les a-t-il pas faites plus tôt? Et comment se fait-il que, trois heures plus tard, l’enquête commençait?
C’était une ultime tentative de forcer la main du ministre, apparemment. Le coroner a également manifesté son intention d’interpréter largement son mandat d’enquêter sur les causes et les circonstances de la mort de Fredy Villanueva – car c’est large, les circonstances.
Malheureusement, les familles des victimes n’ont pas saisi l’occasion. On leur a demandé si elles voulaient demeurer « parties intéressées ». C’est-à-dire poser des questions et assigner des témoins.
Les avocats des jeunes hommes ont tous dit non. Parce qu’on ne paie pas leurs honoraires d’avocat, mais aussi parce que l’enquête n’est pas assez large. Donc, même avec un avocat payé, ils refusent d’en être. Ils ont eu tort. S’ils avaient rendu leur participation conditionnelle au paiement de leurs frais d’avocats, le coroner aurait été forcé d’agir. Comme rien dans la loi ne l’autorise à forcer le paiement, il aurait pu suspendre l’enquête en attendant que le ministre décide. Ensuite, le coroner aurait pu naturellement élargir la portée de l’enquête, ne serait-ce que parce les avocats des jeunes auraient posé des questions que personne d’autre ne posera. Il aurait dû en tenir compte dans son analyse. Occasion ratée, donc. Depuis le début, le ministre est inutilement inflexible et, depuis
Inutile de déclencher une enquête de quatre ans. Mais qu’au moins la voix des victimes soit entendue dans un processus qui leur donne confiance un minimum.
Ça ne se fait jamais dans une enquête du coroner! dit le ministre. Et alors? C’est lui qui a choisi le format. Chaque cas est différent. Il ne s’agit pas d’un accident d’autobus. On parle des relations tendues entre la police et les minorités du nord-est de la ville. Le sujet est la méfiance vis-à-vis de l’État. Il ne suffit pas de dire que François Daviault est un avocat le début, les avocats des familles et des victimes le sont tout autant. Ceux-là ont l’excuse d’avoir souffert physiquement et moralement de l’intervention policière et d’entretenir une compréhensible méfiance.
Le ministre Dupuis, lui, a raté toutes les occasions d’élever le débat. Il montre surtout qu’il ne veut pas parler de la situation à Montréal-Nord – juridiction municipale! indépendant très respecté – c’est le cas. Par la force des choses, il est appelé à présenter le point de vue des enquêteurs de la SQ. Toutes les forces policières, patronales et syndicales, sont représentées et généralement aux frais de l’État.
On nous dira que Québec paie les frais d’avocat de la famille Villanueva. Encore là, pour une portion bien limitée.
C’est donc une enquête bien mal engagée.
Le juge Robert Sansfaçon a tout de même dit que les parties intéressées pourraient revenir à la charge à tout moment. Il a clairement dit que si, après l’exposé des faits de l’événement, il devient pertinent d’élargir l’enquête, il le fera. C’est clairement son objectif. Ce n’est pas le format idéal, mais c’est déjà ça.
C’est maintenant la dernière chance de cette enquête. Le ministre vient de se faire dire par le procureur du coroner qu’il y a apparence d’injustice. Que lui faut-il de plus pour agir? Veut-il un rapport qui ne prêche qu’aux convertis, à ceux qui pensent que tout va bien à Montréal-Nord, à part quelques trouble-fêtes? Avec écrit en lettres de feu dessus: « apparemment injuste » ?
Pas besoin d’enquête, à ce compte-là. Le ministre doit absolument trouver une voie de communication avec les représentants des familles pour leur donner l’occasion de revenir à l’enquête. Il doit redonner de la crédibilité à cette enquête qui commence avec unedéclaration officielle d’apparence d’injustice.
Mais il est peut-être trop tard.


La famille Villanueva se retire malgré l’ouverture du coroner
L’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva a débuté sur fond de controverse, hier. Et ce, même si le coroner Robert Sansfaçon a tout tenté pour résoudre l’apparence de « déséquilibre » de son enquête. La famille du jeune tué par balle e
Me Daviault a même laissé planer le doute sur la pertinence d’une telle enquête si « les trois personnes intéressées les plus importantes, celles qui ont été le plus affectées, ne sont pas présentes pour faire valoir leurs droits ».
Malgré plusieurs signes d’ouverture manifestés par le coroner Robert Sansfaçon au premier jour de son enquête publique sur la mort de Fredy Villanueva, hier, la famille Villanueva et les deux jeunes blessés par balle ne sont plus intéressés à y participer.
Le frère de Fredy Villanueva, témoin clé de l’intervention policière, Danny, était présent hier. Après avoir assuré qu’il voulait participer à l’enquête, il s’est désisté en après-midi, en solidarité avec le reste de sa famille.
« Mon intention est d’examiner toutes les questions pertinentes », a pourtant indiqué le coroner Sansfaçon, répondant ainsi aux nombreuses critiques qui réclament depuis des mois une enquête au mandat élargi pour examiner la question de profilage racial.
« Je n’ai pas prédéterminé que les questions de profilage ou des situations de certaines personnes à Montréal-Nord n’étaient pas des sujets d’intérêt », a ajouté le coroner en spécifiant que cette enquête est un « exercice en progression dans le temps ». Lorsque le coroner a fait cette déclaration d’ouverture, la famille Villanueva avait déjà quitté la salle d’audience du palais de justice de Montréal.
Il y a eu de nombreux rebondissements en cette première journée de l’enquête publique. D’abord en matinée, le procureur neutre chargé de l’enquête, Me François Daviault, a soulevé une « apparence de déséquilibre; d’une situation injuste » pour les deux jeunes témoins blessés lors de l’intervention policière du 9 août dernier.
Le procureur a souligné d’emblée hier matin que « les forces en présence sont inégales ». Les témoins policiers sont représentés par avocat, dont les frais sont payés par l’État, contrairement aux principaux témoins civils. Me Daviault a même laissé planer le doute sur la pertinence d’une telle enquête si « les trois personnes intéressées les plus importantes, celles qui ont été le plus affectées, ne sont pas présentes pour faire valoir leurs droits ».
Ces trois personnes intéressées sont la famille Villanueva et les deux témoins clés blessés par balles, Denis Meas et Jeffrey Sagor Metellus. Au total, 9 des 15 parties ayant obtenu le statut de personne intéressée étaient absentes en matinée, dont la mère du défunt, Lilian Maribel Madrid Antunes. Le frère de Fredy et témoin clé de l’intervention policière, Danny, était néanmoins présent. Accompagné d’un avocat, il a assuré qu’il voulait participer à l’enquête, mais en après-midi il s’est désisté en solidarité avec le reste de sa famille.
Retraits volontaires
Bien que le coroner Sansfaçon n’ait pas le pouvoir d’ordonner que les frais d’avocat des témoins soient payés par l’État, il voulait « régler la question d’équité avant de commencer l’enquête publique ». Il semblait déterminé à trouver une solution. Il a même suspendu l’enquête, hier midi, pour permettre à la famille Villanueva et aux deux jeunes blessés de venir lui exposer leur vision en après-midi.
Ces derniers se sont présentés, pour mieux se retirer. Ils lui ont fait valoir que les frais d’avocat n’étaient pas leur seule revendication. Ils veulent une commission d’enquête au mandat large, plutôt qu’une enquête du coroner. Face à ces « retraits volontaires », le coroner Sansfaçon a décidé d’aller de l’avant. Il a fait sa déclaration d’ouverture devant une salle presque vide.
À l’extérieur de la salle de cour, la famille Villanueva, par l’entremise de l’un de leurs avocats (non payés) exprimait sa position: « Ce n’est pas le bon forum, c’est ça fondamentalement le problème », a dit Me Alain Arsenault.
Mme Antunes ne sera pas forcée de témoigner puisqu’elle souffre d’un syndrome dépressif majeur, qui la rend inapte à participer à un processus judiciaire. Et les autres jeunes témoins se présenteront en cour le jour de leur citation à comparaître, sans plus.
Depuis plusieurs mois, le ministre de la Sécurité publique Jacques Dupuis répète qu’il fournira un seul avocat à la famille Villanueva. Rien pour les témoins blessés par balle. Hier, le gouvernement a été à nouveau vertement critiqué par les partis d’opposition, mais il n’a pas changé sa position. « Permettons au juge Sansfaçon de faire son travail. Et si lui veut pendant son enquête poser des gestes, faire des commentaires, il a l’occasion de le faire », a dit le premier ministre Jean Charest avant d’apprendre que la famille Villanueva se retirait.
Le titre de « personnes intéressées » permet aux personnes ou aux groupes sociaux inscrits d’interroger et de contreinterroger tous les témoins cités à comparaître durant l’enquête. Cela permet aussi de faire des recommandations à la fin de l’enquête. En tant que « personnes intéressées », il ne reste plus que les policiers impliqués dans la mort de Fredy Villanueva, leur syndicat et leur employeur, la Ville de Montréal.

Mme Villanueva : « Je n’ai pas confiance »
La mère de Fredy Villanueva n’a pas pu témoigner lors du premier jour d’enquête
En quittant le palais de justice de Montréal, hier, la mère de Fredy Villanueva s’est rendue au parc Henri-Bourassa, à MontréalNord, où son fils a été abattu en août dernier. Aux côtés du regroupement Montréal-Nord Républik, Lilian Villanueva a mis en doute la transparence de l’enquête publique.
Hier au parc Henri-Bourassa, les représentants de Montréal-Nord Républik ont dénoncé le manque de crédibilité de l’enquête du coroner Robert Sansfaçon. La cousine de Fredy Villanueva, Martha (au premier plan), participait à l’événement. Une commémoration en l’honneur du jeune homme mort il y a un an a suivi.
« Je n’ai pas confiance, absolument pas confiance », a dit Mme Villanueva, malgré les propos rassurants du coroner Robert Sansfaçon. Ce dernier a affirmé hier qu’il était très ouvert à mener une enquête large et à trouver une solution pour régler les problèmes d’avocat de la famille.
« Il aurait fallu une enquête transparente, a poursuivi Lilian Villanueva, qui n’a visiblement pas été convaincue par les mots du juge. Pourquoi vouloir cacher la vérité? »
Mme Villanueva n’a pas témoigné hier lors de l’ouverture de l’enquête sur la mort de Fredy Villanueva. L’avocat de son fils Dany a déposé un billet de médecin indiquant qu’elle souffrait de symptômes dépressifs majeurs.
Elle a toutefois fait acte de présence en milieu d’après-midi à la commémoration organisée en l’honneur de son fils au parc Henri-Bourassa. Vêtue de noir, les yeux rougis, la dame a allumé des chandelles devant le mémorial de Fredy Villanueva, érigé à quelques mètres de l’endroit où le jeune homme de 18 ans est tombé sous des balles policières.
« La douleur est toujours aussi grande », a soupiré Mme Villanueva, qui se rend au parc Henri-Bourassa tous les samedis soir depuis la mort de son fils.
« Un gaspillage d’argent »
Peu avant la commémoration, Montréal-Nord Républik a organisé une conférence de presse, hier, pour dénoncer l’ouverture de l’enquête. Un « gaspillage d’argent » dont les conclusions n’auront « aucune crédibilité », selon Will Prosper, le porteparole du regroupement.
« Le j uge Sansfaçon et le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, ne sont clairement pas à l’écoute de la famille Villanueva et de la population », a déploré M. Prosper, rappelant le boycottage par neuf des 15 parties impliquées.
Montréal-Nord Republik, qui se veut une voix pour le quartier, demande une enquête au mandat plus vaste. Une enquête qui pourrait répondre « aux vraies problématiques » sous-jacentes à la mort de Fredy Villanueva, selon Will Prosper, ancien policier de la GRC.
« Si on veut prévenir d’autres événements tragiques, il faut mettre en lumière les tensions sociales et la condition socioéconomique à Montréal-Nord, mais également les relations entre les citoyens et les policiers », a-t-il dit.
« Si un autre jeune meurt dans des conditions nébuleuses, c’est sûr qu’il y aura encore des émeutes. Et le responsable, ce sera le gouvernement. »





Les agents impliqués craignent pour leur sécurité
L’agent Lapointe ressent une « insécurité généralisée pour lui et sa famille », selon le témoignage qu’a rendu un inspecteur du SPVM.
Le policier de Montréal impliqué dans la mort de Fredy Villanueva, Jean-LoupLapointe, craint pour sa sécurité au point où il a reçu l’autorisation exceptionnelle de porter son arme de service en dehors de ses heures de travail.
L’agent Lapointe ressent une « insécurité généralisée pour lui et sa famille » , selon le témoignage qu’a rendu un inspecteur du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) au moment de requêtes préliminaires à l’enquête publique du coroner sur la mort du jeune Villanueva.
Sauf exception, les policiers entreposent leur arme de service au poste de police. Or, l’agent Lapointe a reçu de son employeur l’autorisation de porter son arme de service pour aller et venir de sa résidence au travail, a expliqué l’inspecteur Richard Dupuis au coroner Robert Sansfaçon.
Après avoi r mortel lement atteint d’une bal le le jeune Villanueva, le 9 août dernier, l’agent Lapointe a été en arrêt de travail durant cinq semaines et demie. Depuis, il envisage « difficilement » de revenir comme patrouilleur au poste de quartier 39, à Montréal-Nord, où il travaillait au moment de l’intervention policière qui a mal tourné. Il lui est arrivé de faire des manoeuvres de contre-filature parce qu’il se sentait suivi. Ni lui ni sa famille n’ont reçu de menace, a toutefois souligné l’inspecteur Dupuis.
Stéphanie Pilotte, la partenaire de patrouille de l’agent Lapointe le soir du 9 août, a été en arrêt de travail pendant un mois. Elle a ensuite repris le travail progressivement jusqu’à la fin du mois de janvier, où elle a recommencé à travailler à temps plein. Ni l’agent Pilotte ni l’agent Lapointe n’ont réintégré le poste de quartier 39. Le SPVM a mis en place d’autres mesures de protection pour ses deux agents, a i ndiqué l ’ i nspec teu r Dupuis, sans donner de détails pour ne pas les rendre caduques. Pour des raisons de sécurité, les avocats des deux agents ont obtenu du tribunal qu’il soit interdit de publier des photos de leurs clients.


Affaire Freddy Villanueva -
L’enquête du coroner déjà controversée
15 personnalités pressent Jean Charest de faire toute la lumière sur les interventions policières
Gérald Larose qualifie l’enquête du coroner d’opération de « camouflage » qui ne permettra pas d’aller « au fond des choses ».
L’entrée de l’immeuble où logent les bureaux montréalais du premier ministre était encerclée de rubans jaunes pour en bloquer l’accès. Les signataires d’une lettre réclamant une enquête approfondie sur les interventions policières avec mort d’homme n’ont pas pu aller porter eux-mêmes leur missive; à la place, ils se sont fait dire de remettre leur lettre à la police.
Inquiètes de la tournure donnée à l’enquête sur l’affaire Villanueva, des personnalités se sont présentées au bureau de Jean Charest, à Montréal, pour solliciter une rencontre. Dan Philip, président de la Ligue des Noirs duQuébec (à gauche), et Gérald Larose (à droite) faisaient partie du groupe.
L’ironie de la situation a été soulignée par Gérald Larose, ancien président de la CSN et aujourd’hui professeur à l’UQAM, qui est à l’origine de la démarche appuyée par 14 autres personnalités. À moins d’une semaine du début de l’enquête du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, ces 15 personnes – dont l’ex-ministre péquiste Louise Harel, la porte-parole de Québec solidaire Françoise David et l’auteur-compositeur interprète Luck Mervil – demandent une « rencontre urgente » avec le premier ministre.
L’enquête du coroner est une opération de « camouflage », a dit Gérald Larose, parce qu’elle ne permettra pas d’aller « au fond des choses ». Les signataires craignent que l’exercice accentue la « perception de graves injustices commises à l’endroit des minorités ( profilage racial, surreprésentation des minorités dans le système judiciaire et à titre de victimes de tirs mortels de policiers) » ainsi que « la certitude que les autorités feront toujours tout pour les nier ».
« Il n’y a pas d’apparence de justice et dans la balance, certains pèsent plus lourd que d’autres », a ajouté Françoise David.
Les signataires déplorent que le mandat de l’enquête du coroner ne soit pas plus large. « Nous voulons une commission publique d’enquête sur les événements de MontréalNord, mais aussi sur d’autres événements antérieurs, a déclaré Gérald Larose. Nous émettons l’hypothèse que nous n’avons pas atteint un degré de professionnalisme dans ces situations et cela doit être corrigé. »
En après-midi, le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a indiqué qu’il était prêt à rencontrer les signataires. L’invitation a été refusée parce que, selon M. Larose, M. Dupuis a été maintes fois interpellé sur le sujet « et il n’a jamais bougé ». « J’estime que le premier ministre doit ramener à l’ordre son ministre qui, lui-même, a une garde rapprochée composée essentiellement de policiers », a dit M. Larose.
Inquiétude
« Nous sommes inquiets », a plusieurs fois répété M. Larose. Inquiets notamment de voir que l’enquête telle qu’elle s’annonce n’aidera en rien à assainir le climat à Montréal-Nord, a déclaré M. Larose. Le gouvernement avait pourtant promis de « faire toute la lumière » sur les événements. « Le ministre est revenu sur son engagement à fournir aux familles les ressources nécessaires afin qu’elles soient valablement représentées à l’occasion de l’enquête », écrivent les signataires, en soulignant que les moyens des familles sont modestes.
« On sait que les policiers sont formidablement bien représentés grâce aux fonds publics », dit M. Larose. Le gouvernement a proposé de payer les coûts de l’avocat de la famille Villanueva seulement.
Plusieurs témoins et groupes de défense des droits ont renoncé à participer à l’enquête menée par le juge Robert Sansfaçon. Déjà, la famille Villanueva, les quatre témoins du drame et les groupes comme la Ligue des droits et libertés ainsi que la Ligue des Noirs ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à l’exercice.
L’avocat de l’un des témoins, Me Alain Arsenault, a souligné que sans les moyens pour se préparer convenablement à l’enquête, il ne pouvait représenter correctement son client. « Participer à l’enquête reviendrait à la cautionner », dit-il.
Le ministère public a déjà décidé de ne pas porter d’accusation contre le policier qui a tiré les coups de feu. « Pourquoi, lorsqu’un geste est fait par certains citoyens, il peut rester impuni? » a souligné Luck Mervil. « Il y a eu plusieurs personnes tuées ou blessées par des policiers et ceux-ci ont eu l’impunité », a ajouté Dan Philip, de la Ligue des Noirs.
Fredy Villanueva a été tué par balle dans un parc de Montréal-Nord lors d’une intervention policière, le 9 août 2008. L’enquête du coroner Robert Sansfaçon doit débuter lundi.



Dany Villanueva renonce à son enquête préliminaire
Les cinq hommes de 19 à 22 ans ont renoncé à leur enquête préliminaire, hier, après que la Couronne eut modifié les trois accusations portées contre eux.
Inculpé dans une affaire de vol qualifié, Dany Villanueva, frère de Fredy Villanueva, abattu lors d’une opération policière dans Montréal-Nord, a renoncé à son enquête préliminaire, hier, au palais de justice de Montréal.
Deux mois avant la mort de son frère, Dany, 22 ans, a été arrêté avec quatre autres jeunes hommes, puis accusé de vol qualifié commis avec une arme à feu au centre-ville de Montréal. Les cinq hommes de 19 à 22 ans ont renoncé à leur enquête préliminaire, hier, après que la Couronne eut modifié les trois accusations portées contre eux.
Après analyse au laboratoire balistique, l’arme du crime s’est avérée être une fausse arme. C’est pourquoi la Couronne a abandonné l’un des chefs d’accusation – avoir occupé un véhicule automobile où les accusés savaient être en présence d’une arme à feu. Les deux autres chefs ont été modifiés. Les cinq jeunes hommes sont maintenant accusés d’avoir utilisé une fausse arme lors de la perpétration d’un vol qualifié le ou vers le 18 juin 2008.
Dany Villanueva et trois des coaccusés retourneront en cour le 10 septembre. Dany Villanueva, Bay ron Alexis Clavasquin Padilla, Peterson François et Jose Miguel Aguilar Medrano sont en liberté sous caution en attente de la suite du processus. Le cinquième accusé, Russel Similome, est détenu.
Dany Villanueva a des antécédents judiciaires. En avril 2006, il a reconnu sa culpabilité à plusieurs accusations, dont certaines liées à une fréquentation des gangs de rue. Il avait alors admis s’être trouvé dans la voiture de son père en possession d’un pistolet de calibre 22. Il avait également reconnu avoir bousculé un adolescent de 14 ans et lui avoir volé une chaîne au cou parce que celui-ci, avait-il déclaré à l’époque, lui devait de l’argent. La victime avait plutôt qualifié l’agression de « taxage ».
Durant la même période, Dany Villanueva s’était fait épingler dans un véhicule en compagnie de quatre autres hommes et plusieurs armes. Quatre complices portaient des foulards rouges, traditionnellement associés au gang de rue des Bloods. Villanueva était le seul qui n’en portait pas. Le juge Louis Legault, qui entendait cette affaire, a indiqué qu’il n’y avait « aucune preuve » que Villanueva faisait partie d’un gang, mais il a indiqué qu’il avait « frayé » avec des membres de gangs de rue.
Dany Villanueva avait rassuré le magistrat en déclarant que sa famille allait déménager loin de Montréal-Nord. Le juge avait approuvé, signalant qu’il était préférable pour lui de « sortir » du milieu des gangs de rue. Villanueva avait été condamné à 11 mois de prison et deux ans de probation. C’est à ce moment-là que sa famille a déménagé à Repentigny. Le 18 juin 2008, lorsqu’il a été arrêté de nouveau dans l’affaire du vol qualifié, Dany Villanueva a aussi été accusé d’avoir brisé l’ordonnance de probation qui l’empêchait de communiquer avec des personnes qui, à sa connaissance, avaient des antécédents judiciaires ou étaient des membres d’un gang de rue.
Même si leur famille avait déménagé, les frères Dany et Fredy Villanueva fréquentaient toujours Montréal-Nord l’été dernier. Le 9 août, deux policiers ont interpellé six jeunes, dont les deux frères, qui jouaient aux dés dans un parc du quartier. Fredy Villanueva a été atteint mortellement par balle durant l’opération policière. Selon l’enquête de la Sûreté du Québec qui a été menée à la suite de sa mort, les policiers ont décidé ce soir-là d’appliquer à la lettre le règlement municipal qui interdit les jeux de hasard dans les parcs.
Dans le rapport d’enquête de la SQ, il est également noté que le policier Jean-Loup Lapointe avait reconnu dans le groupe Dany Villanueva, membre d’un gang de rue. Fredy se serait interposé entre son frère Dany et les policiers qui voulaient l’interroger. Aucune accusation criminelle n’a été portée contre les deux policiers impliqués dans l’événement. Quant à l’enquête publ ique du coroner Robert Sansfaçon, qui doit faire la lumière sur les causes et les circonstances de la mort de Fredy Villanueva, elle est suspendue au moins jusqu’à l’automne.



Montréal-Nord : POUR ÉVITER UNE AUTRE EXPLOSION  -  Katia Gagnon
Les événements de MontréalNord ont poussé le Service de police de la ville de Montréal à apporter des « changements majeurs » au fonctionnement d’Éclipse, la brigade de lutte contre les gangs de rue, créée en grande pompe il y a tout juste un an. Neuf mois après la mort de Fredy Villanueva, la direction du SPVM admet ainsi que les interventions d’Éclipse ont contribué à durcir les relations entre la population du quartier et le service de police en général.
« Il y a eu des changements majeurs au niveau d’Éclipse », a expliqué JeanGuy Gagnon, directeur adjoint à la direction stratégique du SPVM, dans une longue entrevue à La Presse, où il a dévoilé le plan d’action du SPVM à la suite des événements de l’été dernier. « Je n’ai pas eu de plaintes contre les gars d’Éclipse. Mais je réalise qu’il y a quelque chose, dit-il. Il y a eu beaucoup de critiques. »
Le problème concerne-t-il simplement les perceptions? « Il y avait des choses à changer », répond M. Gagnon.
Avant le 10 août, les policiers d’Éclipse avaient une autonomie totale. Ils pouvaient décider, de leur propre chef, d’intervenir dans un quartier. « La première chose qu’on a changée, c’est la coordination avec le niveau local. Maintenant, quand ils interviennent, ils doivent le faire en partenariat. Parce que le policier local, lui, il les connaît, les gens de son secteur. »
Dix « quartiers chauds »
D’ici quelques semaines, les policiers de la brigade, qui interviennent à l’échelle de l’île de Montréal, seront également mieux outillés en matière de renseignement. Les photos, les descriptions et les renseignements à propos des « sujets cibles » seront beaucoup plus précis.
Comment ? Le SPVM a identifié 10 secteurs chauds dans l’île, où on retrouve les caractéristiques sociodémographiques qui ont transformé Montréal-Nord en poudrière. « Ces secteurs, ce n’est pas nécessairement un arrondissement au complet, précise M. Gagnon, ça peut être deux rues par deux rues. Mais ce sont tous des secteurs où, selon la recherche, les conditions peuvent favoriser l’adhésion aux gangs de rue. »
Jean-Guy Gagnon refuse de nommer ces secteurs pour éviter de les « stigmatiser ».
Dans chacun de ces points chauds, deux nouveaux pol iciers seront embauchés et travailleront en collaboration. L’agent de concertation (voir autre texte) sera chargé des relations avec les communautés. Quant à l’autre agent, il aura pour mission de réaliser des « analyses » qui seront notamment destinées aux policiers d’Éclipse. « Il faut plus d’analyse, plus de renseignements sur les tensions dans un quartier, sur les relations qu’il peut y avoir entre certains groupes », explique Jean-Guy Gagnon.
« Notre objectif, poursuit-il, ce serait que, chaque fois qu’Éclipse intervient, ce soit clairement à l’endroit d’un membre de gang de rue ou d’une personne en relation avec les gangs de rue. Mais ce n’est pas facile. Ce n’est pas écrit dans le front des gens. Il faut donc voir comment on peut renforcer les façons de faire d’Éclipse. »
Jean-Guy Gagnon espère que ces changements mettront fin aux critiques virulentes dont Éclipse a été l’objet depuis sa formation. Car la brigade demeure essentielle à la lutte contre les gangs, dit-il. Les meurtres et tentatives de meurtre liés aux gangs de rue sont en chute libre à Montréal.
« L’idée, ce n’est pas de remettre en question le projet Éclipse. On doit maintenir nos efforts dans la lutte contre les gangs de rue. Mais il faut amener Éclipse encore plus loin, au niveau de ce que les citoyens veulent avoir. »
Montréal-Nord, la poudrière
Le plan d’action du SPVM s’étend donc à l’ensemble de l’île, mais, évidemment, tout part de Montréal-Nord. Et le travail qui reste à faire dans ce quartier est immense pour la police, admet sans peine M. Gagnon. « Il faut qu’on parle directement avec les jeunes, les parents, les directeurs d’école pour être plus à l’affût de ce qui se passe vraiment sur le terrain. On n’est pas au même niveau que ce qu’on a, par exemple, dans le quartier SaintMichel ou Rivière-des-Prairies, où les problématiques sont semblables. »
Depuis août dernier, le SPVM a multiplié les rencontres avec les groupes et les jeunes de Montréal-Nord. « Les plaintes qu’on a souvent, c’est que les deux policiers patrouillent la rue, ils se parlent entre eux, mais ils ont un peu de difficulté à entrer en contact avec les citoyens. » Les jeunes policiers manquent souvent de ces aptitudes de communication, observe le numéro 2 du SPVM. « Les jeunes nous disent qu’avec les policiers plus âgés, généralement, ça va très bien. »
Le soir du 9 août, la veille de l’émeute qui a embrasé MontréalNord, Jean-Guy Gagnon s’est luimême rendu sur place pour prendre le pouls du quartier. « Je sentais qu’il y avait quelque chose dans l’air. Ce soir-là, on a tenté de multiplier les contacts avec les gens de la communauté. Mais dans ce secteur-là, on a n’a pas réussi à avoir un filet social où il y a des intervenants qui peuvent être facilement interpellés, dit-il. On a essayé auprès de maintes personnes d’avoir un leader qui puisse intervenir auprès de la communauté. Malheureusement, on n’a pas pu trouver cette personne-là. »
Du profilage racial
Et les accusations de profilage racial , qui ont empoisonné les relations entre la population et la police, sont-elles justifiées ? « Il semble effectivement qu’il y avait parfois du profilage racial dans les interpellations, pas dans le sens d’arrestations non justifiées. On a eu des plaintes de jeunes. Certains n’avaient rien à se reprocher, dit-il. Mais jusqu’à présent, on n’a pas de dossier majeur, flagrant, d’une personne qui aurait abusé de son autorité pour procéder à de mauvaises arrestations. »
À l ’ i nterne, les événements d’août dernier ont administré un véritable électrochoc aux forces de police de Montréal. Rappelons qu’une policière a été prise pour cible lors de l’émeute du 10 août. « C’est une première au Québec », dit M. Gagnon. Partout à Montréal, les postes de quartier seront donc davantage sécurisés. On installera des caméras, on posera des serrures supplémentaires.
Les policiers auront aussi une formation spécifique pour faire face au phénomène de l’encerclement, où des jeunes d’un quartier donné se massent, en groupe, autour des deux policiers en patrouille.

QU’EST-CE QUE L’ESCOUADE ÉCLIPSE?
L’escouade Éclipse a été créée en juin dernier, à la suite de l’injection par Ottawa de 7 millions dans la lutte contre les gangs de rue. L’escouade compte 40 policiers, équipés de 17 véhicules bien identifiés aux couleurs de la brigade. En moyenne, ces policiers ont quatre ans d’expérience. Leurs interventions ont suscité moult critiques dans des quartiers sensibles comme MontréalNord et Saint-Michel. La population et les groupes communautaires ont souvent accusé les policiers d’Éclipse de se livrer au profilage racial, en interpellant des jeunes sans raison. Mais les résultats de l’escouade sont probants, estime Jean-Guy Gagnon, directeur de la planification stratégique au Service de police de la ville de Montréal. « En 2007, en février, on avait déjà 11 meurtres liés aux gangs de rue. Cette année, on est en mai, et on n’a encore aucun meurtre. On a un très beau bulletin en matière de lutte contre les gangs de rue. »


L’agente qui fait taire la machine à rumeurs

«
Un agent de police interpelle une adolescente soupçonnée d’être en fugue dans un parc de Montréal-Nord. À cette heure-là, la jeune fille, qui se cache le visage, devrait être à l’école. Elle refuse de répondre aux questions du policier. L’agent la fait monter dans sa voiture de police. D’autres jeunes observent la scène de loin.
C’est à ce moment que la rumeur est lancée. Car les rumeurs circulent vite à Montréal-Nord. « La police a arrêté une jeune fille pour rien. » Le mot se passe dans les organismes communautaires. Peu de temps après, le téléphone de Rose-Andrée Hubbard se met à sonner.
Au bout du fil, des intervenants communautai res i nquiets . Mme Hubbard, psychologue d’origine haïtienne, va aux sources au poste de police de quartier. Puis elle rappelle tout le monde : l’adolescente n’était pas en fugue, mais elle refusait de collaborer. Elle a été conduite chez elle. Et ses parents ont été rencontrés. Fin de la rumeur. Rose-Andrée Hubbard est l’« agente de concertation » du PDQ 39. Elle n’est pas policière. Elle est issue du milieu communautaire. Elle a été embauchée quelques mois après l’émeute de Montréal-Nord pour « consolider les liens entre la police et la communauté ». Mais, précise-t-on à la police, le projet était dans l’air bien avant l’émeute.
« Après une intervention policière, les gens hésitent à nous appeler pour savoir ce qui s’est réellement passé, alors les rumeurs continuent de circuler, raconte le commandant du PDQ 39, Roger Bélair. Avant, ça pouvait prendre plusieurs jours avant que les rumeurs remontent à nous. Maintenant, l’information circule dans la même journée grâce à Mme Hubbard. »
« Pourquoi tant de policiers? »
En entrevue à La Presse cette semaine, le commandant Bélair et Mme Hubbard ont abordé du bout des lèvres les « événements de MontréalNord ». Question de ne pas nuire à l’enquête publique du coroner sur la mort de Fredy Villanueva, abattu par un policier le 9 août dernier dans un parc du quartier. Cette enquête débute lundi.
« On peut dire que tout MontréalNord est sensible. Tout le monde a des choses à améliorer. Il y a une confiance à rétablir ou à consolider », explique Mme Hubbard, 37 ans. L’une des premières choses qu’elle a faites en entrant en poste, c’est de patrouiller avec les agents du PDQ 39. « Certaines fois, ils font de très bonnes interventions qui peuvent avoir des conséquences dans la communauté. La communauté peut mal les interpréter » , souligne-t-elle.
La population de Montréal-Nord lui pose souvent la même question depuis qu’elle est en poste. « Pourquoi tant de voitures de police? Pourquoi tant de policiers sur les lieux quand un jeune est arrêté dans un quartier résidentiel? » Mme Hubbard relaie les questions aux policiers. Et parfois, ils se rendent compte que « l’impact social » de leur intervention a été négatif, même si l’intervention était justifiée.
Mme Hubbard s’est aussi rendu compte d’une différence majeure entre les agents patrouilleurs et les agents « sociocommunautaires ». « Les patrouilleurs ne savent pas ce que les organismes communautaires peuvent apporter après une intervention policière », explique la femme arrivée au Canada il y a six ans à peine.
La psychologue leur rappelle que les « retours » sur une intervention policière auprès de la communauté sont aussi importants que l’intervention elle-même. Quand des vendeurs de crack sont arrêtés dans un immeuble à logements, les autres locataires doivent être rassurés par la suite.
« Les gens veulent connaître leurs patrouilleurs. Ils ne veulent pas voir des policiers d’autres secteurs sur le terrain », indique Mme Hubbard sans vouloir montrer du doigt l’escouade Éclipse, connue pour ses interventions musclées dans sa lutte contre les gangs de rue.
Et les agents patrouilleurs du PDQ 39 sont représentatifs des minorités du quartier, a découvert Mme Hubbard. Il y a le même pourcentage d’Italiens au poste que dans la population. Constat similaire chez les Haïtiens, les LatinoAméricains et les Arabes.
Éducation des citoyens
Mme Hubbard vante le programme COOP du SPVM qui débutera le mois prochain dans Montréal-Nord, puis sera étendu aux autres postes de quartier. Ce projet pilote offre à la population une série d’ateliers sur le rôle de la police, les lois, l’emploi de la force qui culminent par une vraie patrouille avec des policiers (cobra). Déjà, lors du lancement du projet dans une école du quartier, vendredi dernier, les jeunes en avaient long à dire sur le profilage racial et sur le manque de respect de certains patrouilleurs, note l’intervenante sociale.
Le commandant Bélair, qui travaille dans le quartier depuis cinq ans, insiste sur le fait que le PDQ 39 ne partait pas de zéro. Des actions de visibilité, comme la patrouille à pied et à vélo, sont faites depuis des années. « Les événements de Montréal-Nord ont mis en lumière des choses sur lesquelles on n’a pas assez insisté, mais on créait déjà des liens avec la communauté », dit le policier de 47 ans.
« L’agent de concertation vient faciliter nos approches. Des gens peuvent hésiter à parler à la police, alors Rose-Andrée vient nous aider. Elle ouvre une porte plus large », ajoute le commandant Bélair. Est-ce que l’ajout d’une « agente de concertation » dans chaque poste de quartier évitera un nouveau soulèvement social ? « On a amorcé quelque chose et le résultat est prometteur », croit Mme Hubbard.


 
MONTRÉAL-NORD : Les jeunes et la police dialoguent
« On était là pour écouter les jeunes. Que pensezvous de la police? Si vous étiez à notre place, de quelle façon interviendriez-vous ? Ils ne se sont pas gênés pour nous dire ce qu’ils pensent », résume le chef du SPVM, Yvan Delorme.
En ce beau vendredi de printemps, il y avait 80 jeunes des écoles secondaires de MontréalNord massés dans la salle de spectacle de la Maison culturelle et communautaire, à deux pas du parc où Fredy Villanueva a perdu la vie.
Yvan Delorme, directeur du SPVM, était à Montréal-Nord hier.
Et, en bas, sur la scène, des policiers du Service de police de la Ville de Montréal qui venaient « dialoguer » avec eux. Les échanges ont été vifs mais constructifs, estime le chef du SPVM, Yvan Delorme.
« Les jeunes n’y ont pas été de main morte », résume RoseAndrée Hubbard, la nouvelle agente sociocommunautaire haïtienne embauchée au poste de Montréa l-Nord. I l s ont notamment pris conscience que leur poste de quartier comptait beaucoup plus de policiers noirs et latinos qu’ils ne le pensaient.
« Ça a été un bon coup. Une bonne façon d’approcher les jeunes. On est en train de passer par-dessus les événements d’août dernier », dit Jean-Marc Gibeau, conseiller municipal du secteur.
Profilage racial au menu
D’emblée, on est entré dans le vif du sujet: le profilage racial. « Certains jeunes se sont vidé le coeur », raconte M. Gibeau. Mais, avec la simulation d’un appel et une fausse « intervention », les jeunes ont vu, concrètement, que le travail de la police n’est pas si simple.
« On était là pour écouter les jeunes. Que pensez-vous de la police? Si vous étiez à notre place, de quelle façon interviendriez-vous ? Ils ne se sont pas gênés pour nous dire ce qu’ils pensent », résume le chef du SPVM, Yvan Delorme, qui a assisté à une partie de la rencontre.
Il y aura d’autres exercices de rapprochement avec la police dans les prochains mois. Des intervenants communautaires seront notamment invités à participer à des patrouilles de police, des « cobras » comme on dit en langage policier. Éventuellement, on voudrait aussi faire participer des jeunes à ce type de patrouille.
Pas d’enquête publique, dit Delorme
Cette semaine, d’autres groupes ont annoncé qu’ils ne participeraient pas à l’enquête du coroner sur l’affaire Villanueva, qui commencera dans deux semaines. Le processus y perd-il de la crédibilité ? « Ça ne perdra pas de sa crédibilité si le procureur et le juge font ce qu’ils ont à faire. » M. Delorme aurait pourtant aimé que ses policiers répondent aux questions des avocats de ces groupes. « C’est toujours bon d’aller au fond des choses. Des perceptions vont mettre de l’ombre sur l’enquête et je trouve ça malheureux » , souligne le directeur du SPVM.
Les groupes récalcitrants réclament une commission d’enquête beaucoup plus large, qui dépasse l’événement d’août. Devrait-on modifier la formule ? « Non. C’est l’événement qui est jugé. Est-ce que ça a été bien orchest ré, cet événement ? » répond M. Delorme.





Villanueva: enfin l’enquête! - 
ANDRÉ PRATTE
(NDE : Bla, bla, bla...)

Neuf mois après l’émeute qui a secoué MontréalNord et ébranlé le Québec entier, l’enquête publique du coroner sur la mort de Freddy Villanueva s’amorce enfin aujourd’hui. À l’issue des travaux du juge Robert Sansfaçon, on devrait savoir exactement ce qui s’est passé en ce 9 août 2008 alors que l’homme de 18 ans a péri sous les balles d’un policier.
Les proches de la victime et les autres jeunes impliqués ont décidé de boycotter l’enquête, sauf pour les témoignages que le coroner leur imposera de rendre. Il en est de même pour divers groupes de pression, notamment la Ligue des Noirs et la Ligue des droits et libertés. La semaine dernière, 15 personnalités ont pressé le gouvernement de mettre sur pied une enquête au mandat plus vaste. Il appert que toutes ces personnes ont déjà rendu leur verdict au sujet de l’événement: le groupe de Villanueva a été victime de profilage ethnique et le jeune homme lui-même d’abus policier. « Pourquoi, lorsqu’un geste est fait par certains citoyens, il peut rester impuni? » a lancé le chanteur Luck Merville. L’enquête du coroner est une opération de « camouflage », selon Gérald Larose, parce qu’elle ne permettra pas d’aller « au fond des choses ».
Mais qu’est-ce que le fond des choses? Avant de sauter aux conclusions d’abus policier et de racisme, il faudrait savoir comment au juste Villanueva est mort. Et si le jeune homme avait sa part de responsabilité, comme le laisse croire l’enquête réalisée par la Sûreté du Québec? À l’inverse, faut-il croire la version des policiers selon laquelle leur vie était menacée? Avaient-ils une raison valable d’interpeller ce groupe de jeunes? Ont-ils inutilement eu recours à la manière forte?
Le coroner Sansfaçon a pris une sage décision en refusant de s’engager, avant même le début de son enquête, à aborder des questions comme le profilage ethnique. Il n’exclut pas de se pencher sur de telles problématiques, mais il le fera seulement s’il y a un lien entre celles-ci et le décès. Si un tel lien existe, il sera crucial, en effet, que le juge creuse le sujet à fond.
Les partisans d’une enquête plus large voudraient que soient étudiés les problèmes sociaux du quartier et les comportements des policiers. Ces questions, certainement importantes, ont déjà fait l’objet des « chantiers de Montréal-Nord en santé» lancés par le maire Gérald Tremblay. Le rapport final des chantiers, fruit d’une consultation réalisée auprès de dizaines d’intervenants et de 500 citoyens, a été publié en avril et comptait plusieurs recommandations, dont certaines sont en voie de réalisation. Une commission d’enquête qui amorcerait ses travaux aujourd’hui sur les causes profondes de l’émeute de l’été dernier arriverait trop tard pour être utile.
Les 15 personnalités qui ont interpellé le premier ministre craignent que le cadre étroit auquel s’astreint le juge Sansfaçon n’accentue « la perception de graves injustices commises à l’endroit des minorités ». À notre avis, ce sont plutôt ceux qui condamnent l’enquête avant qu’elle n’ait eu lieu qui encouragent cette perception.


ZIDANE, SUPERSTAR DE MONTRÉAL-NORD -  Violaine Baillivy
Le footballeur étoile apporte un message d’espoir aux jeunes
Quelques minutes, des poignées de mains et des autographes sur des ballons ronds: c’est tout ce qu’il aura fallu à Zinédine Zidane pour gagner le coeur des centaines de jeunes qui s’étaient massés hier dans un petit aréna de Montréal-Nord à l’annonce du passage du footballeur étoile.
Selon les organisateurs, 1400 personnes se sont rassemblées à l’aréna de Montréal-Nord hier pour voir « Zizou ».
Zinédine Zidane n’avait pas fait deux pas dans l’aréna de MontréalNord que déjà la foule scandait « Zizou, Zizou, Zizou, Zizou! On t’aime!!!! » en étirant le bras pour effleurer – à tout le moins – la star. Visiblement sensible à ce flot d’émotion, Zidane a pris son temps pour rejoindre la tribune où il devait prendre la parole, s’arrêtant systématiquement pour serrer la main de ses fans ébahis et laisser beaucoup, beaucoup d’autographes derrière lui. « Pas là! Ça va s’effacer! » a-t-il remarqué, bon enfant, à un gamin qui réclamait un souvenir sur son bras.
Mais Zinédine Zidane était d’abord là pour envoyer unmessage d’espoir aux jeunes: « Quand on croit à ses rêves, tout est possible! »
Élevé dans une banlieue pauvre de Marseille, Zinédine Zidane a connu, lui aussi, la dure réalité de grandir dans un quartier « pas facile » comme Montréal-Nord aux prises avec des problèmes de pauvreté, de décrochage scolaire et secoué l’été dernier par de violentes émeutes à la suite de la mort de Fredy Villanueva. « C’était très difficile, j’avais juste une envie: sortir de ce quartier pour faire quelque chose de ma vie… » a-t-il raconté lors d’un bref point de presse avant de rencontrer les jeunes.
« Qua nd on me r ega r de aujourd’hui, on croit souvent que j’ai eu la vie facile, mais ça n’a jamais été facile, leur a-t-il ensuite lancé. Mais j’ai tenu bon, je me suis accroché. (…) Quand on a envie de réussir, on peut réussir, et pas que dans le sport. »
Zinédine Zidane n’était « pas là pour donner des leçons », « mais à travers mon parcours, beaucoup de jeunes peuvent être inspirés ».
« Vrai! » ont répliqué les spectateurs – 1400 selon les organisateurs – dans leurs témoignages. « On a toujoursbesoind’unmodèle, d’un père ou d’une mère qui va nous inciter à nous dépasser. Zinédine, c’est un grand joueur mais aussi un grand homme », disait Ben Souda Noureddile, qui avait trimballé avec lui toute l’équipe des Puma pee-wee de Montréal-Nord. « Ça va rehausser l’image de notre quartier et prouver qu’on est capables d’avoir des gens importants. Il nous redonne un sentiment de fierté », a renchéri hier Sarah Sahtali, 19 ans.
Le bain de foule de Zinédine n’aura pas duré plus d’une demiheure et, pressé par un horaire réglé au quart de tour, il n’aura même pas eu le temps de répondre à la dizaine de questions que des enfants avaient préparées pour lui. La sonorité de l’aréna était du reste très mauvaise et l’on avait du mal à comprendre ses propos. Quant à ceux des dignitaires, dont le maire de l’arrondissement, Marcel Parent, ils ont été complètement enterrés par les cris des jeunes qui réclamaient toujours plus de Zidane.
« Ces moments-là sont toujours trop courts, c’est dommage. Mais, au moins, les jeunes l’ont vu, ils avaient besoin de ça après tout ce que le quartier a vécu, après les émeutes », a remarqué Victor Henriquez, porte-parole de l’organisme communautaire Les fourchettes de l’espoir.
Zinédine Zidane affrontera cet après-midi des policiers de Montréal lors d’un match amical de soccer au stade PercivalMolson dont une partie des profits sera remise à l’UNICEF pour financer la construction d’une école au Burkina Faso.
Le jeune retraité a remarqué hier qu’à 37 ans, il n’a plus tout à fait la même forme qui lui a permis d’être classé trois fois meilleur joueur mondial de l’année par la FIFA. N’empêche que les jeunes ne donnaient aucune chance aux policiers de l’emporter contre la star et son équipe de joueurs d’élite. « On est surtout là pour qu’il y ait un peu d’adversité... mais je ne gagerais pas qu’on va gagner! » blaguait hier l’agent – et centre droit – Marc Parent.


Un autre  -  Marie-Claude Lortie
À force de respecter la vie privée de chacun, sommes-nous en train de perdre notre capacité d’aider, de sentir quand ça déraille?
Mardisoir, àBridgeville, en banlieue de Pittsburgh, muni de quatre armes à feu cachées dans un grand sac noir, un homme est entré dans une salle de gym où avait lieu une classe de danse aérobique. Il a fouillé dans son sac pendant quelques instants, seul gars dans cet espace rempli de femmes venues faire de l’exercice au rythme de musiques latines. Puis il a éteint la lumière et s’est mis à tirer. Sans dire un mot, il a fait feu. Une cinquantaine de balles. Trois femmes sont mortes. Neuf ont été blessées, dont certaines gravement, y compris l’instructrice, enceinte. Et puis le tireur, George Sodini, 48 ans, informaticien de métier, s’est suicidé.
Nancy Smith était soulagée de retrouver sa fille Tracey à l’extérieur du Centre de conditionnement physique L. A. Fitness, hier à Bridgeville, où trois femmes ont été tuées et neuf autres blessées.
L’Amérique venait encore une fois d’être le théâtre d’une tuerie.
M. Sodini ne s’est pas rendu dans une école, ni dans un bureau de poste, ni dans une salle remplie de programmeurs en train de taper devant leur écran d’ordinateur pour donner libre cours à son délire assassin. Il s’est rendu chez L.A. Fitness, un centre de conditionnement physique, dans une salle remplie de femmes. Ce n’est pas un hasard du tout, comprend-on en lisant le terrifiant blogue personnel qu’il a laissé derrière lui. M. Sodini avait un problème avec les femmes.
Depuis neuf mois, Sodini préparait en effet son geste en écrivant régulièrement ce qui lui passait par la tête sur un site web personnel. On y apprend toutes sortes de choses sur sa vie – il était adepte de musculation et de bronzage en cabine – et sur ce qui se passait dans sa tête. Il dit ce qu’il pense de sa famille et même d’Obama. Il explique qu’il a essayé de commettre le même geste plus tôt, mais n’en a pas été capable…
Mais en lisant ses textes, on comprend surtout qu’il était profondément déprimé et était convaincu que l’avenir lui apporterait encore moins de bonheur que le présent ou le passé. Et on saisit qu’il avait décidé de blâmer les femmes pour ses malheurs et cette absence totale de goût de vivre. Pas toutes les femmes, mais presque, ou plutôt toutes celles qui ne voulaient pas de lui et refusaient ses avances.
Et selon ses estimations, « 30 millions » de femmes l’avaient rejeté. Et c’est pour cela qu’il n’avait pas connu l’intimité d’une femme depuis 19 ans.
« Flying solo for many years is a destroyer », écrit-il. « Vivre en solo détruit. » « Un homme a besoin d’une femme pour avoir confiance en lui. »
En lisant le blogue, où le tueur parle en détail de sa non-vie sexuelle et de ses échecs et qui suinte de son idée insensée que la clé du bonheur réside dans la séduction d’une femme irréelle, on comprend que les filles croisées au gym incarnaient tous les fantasmes de cet homme profondément déprimé et frustré. « Les jeunes filles ici sont tellement belles, écrit-il, qu’on ne les dirait pas humaines, très comestibles. »
Incapable de les charmer, Sodini a préféré les tuer. Et se faire connaître du même coup. Un cocktail fou à l’américaine mélangeant une quête impossible et hallucinée de sexe, de beauté, de célébrité…
Selon la police, le blogue est authentique. Selon moi, il est presque banal. Pas banal dans ce qu’il dit, mais banal parce que le modèle du délire meurtrier se répète. Comme à Columbine, comme à Virginia Tech, comme à Dawson, l’assassin laisse des indices, des signes précurseurs. Dans ce cas, il fait carrément allusion aux gestes qu’il entend commettre, mais parle surtout de son mal-être. Il distribue les pistes, mais on ne les voit pas. Le tireur se perd dans sa maladie mentale sans que personne le remarque.
Pourtant, Sodini n’était pas un homme isolé. Il travaillait à titre de programmeur dans une entreprise où il côtoyait apparemment des collègues. Il affirme même dans son blogue qu’il a eu une promotion à la fin de juillet. Toutes sortes de gens ont passé du temps avec ce gars-là et ne se sont aperçus de rien.
À force de vouloir laisser les gens tranquilles, de respecter la vie privée de chacun, de ne pas nous mettre le nez dans les affaires des autres comme on faisait autrefois dans les villages, sommes-nous en train de perdre notre capacité d’aider, de sentir quand ça déraille?
Le tueur savait qu’il s’adressait au public et à un public large qui finirait par le découvrir dans la mort. À la fin de son blogue, il explique qu’il sait très bien qu’on lira ses textes et qu’on tentera de comprendre, comme on le fait maintenant. « Certaines personnes aiment étudier ces trucs, écrit-il. Peut-être que cela fera un peu de lumière sur les raisons qui font que certains n’arrivent pas à réaliser leur vie et que cela pourra en aider d’autres. »
Maintenant, à nous de nous demander, encore une fois, comme chaque fois qu’il y a une telle tuerie, comment faire pour entendre et voir ces êtres souffrant de maladie mentale avant qu’ils entraînent avec eux autant de gens dans la mort.




 

SURVIVRE À L’HORREUR -  Katia Gagnon
La fusillade a eu d’importantes conséquences psychologiques Des chercheurs du Centre de recherche Fernand-Seguin et du Centre universitaire de santé McGill ont réalisé une première mondiale en sondant le coeur d’une population touchée par une fusillade en
Près de 40% des personnes qui ont répondu au questionnaire des chercheurs l’an dernier ont indiqué avoir souffert d’un trouble de santé mentale à la suite des événements survenus le 13 septembre 2006. Des troubles parfois très graves. Près de 10% des répondants ont eu des manifestations sévères de choc post-traumatique. Près de 7% ont eu des idées suicidaires et près de 11% ont souffert d’une dépression majeure.
Le temps passe, mais certaines blessures restent longtemps après une tragédie. « Chez certaines personnes, deux ans après, la blessure psychologique est encore là », affirme Alain Lesage, psychiatre et directeur adjoint du Centre de recherche Fernand-Seguin de l’hôpital Louis-H. Lafontaine, qui a dirigé l’étude.
Ces chiffres sont énormes, soulignent les chercheurs. « C’est deux à trois fois plus que dans la population en général », dit Stéphane Guay, psychologue, directeur du Centre d’études sur le trauma et l’un des auteurs de l’étude.
Et le plus inquiétant dans ces chiffres, c’est le nombre de personnes qui, malgré ces troubles, n’ont pas consulté un professionnel. Seul le tiers des personnes ayant souffert d’un trouble de santé mentale ont été traités. Pourquoi ? Les préjugés relatifs aux maladies mentales, la peur de paraître faible.
« La principale raison, c’est celle de l’acceptabilité et non de l’accessibilité des soins. Les gens pensent que ça va passer, qu’ils vont s’en sortir par eux-mêmes. Mais, dans certains cas, ça ne passe pas », explique Alain Lesage, psychiatre et directeur adjoint du Centre de recherche Fernand-Seguin de l’hôpital Louis-H. Lafontaine, qui a dirigé l’étude.
Ainsi, près de 7% des répondants ont encore des symptômes sévères de choc post-traumatique. « Des symptômes importants, qui peuvent affecter leur fonctionnement quotidien. Ils continuent à vivre avec leur problème et ça paraît dans leur trajectoire scolaire. Ils ont eu du mal à terminer leur année. Ils ne sont pas où ils voudraient être », souligne le Dr Lesage.
Le personnel négligé
Les chercheurs estiment que l’aide psychologique d’urgence offerte par le CUSM tout de suite après la fusillade a été de grande qualité et bien déployée grâce à la collaboration étroite entre l’hôpital et le collège. « La façon dont les services ont été déployés pourrait servir de modèle », croit Alain Lesage. L’immense majorité des répondants qui ont reçu des services psychologiques – 80% – en ont d’ailleurs été satisfaits.
Cependant, observent-ils, on a négligé certaines clientèles, comme les membres du person-
nel. « Le personnel de soutien qui a procédé au nettoyage le lendemain de la fusillade était aux premières loges de la tragédie. Comme les profs qui étaient là le 13 septembre. Ils sont à risque d’être blessés psychologiquement. Or, on a sous-estimé leur souffrance. On les voyait comme des aidants pour les étudiants. On a eu des aidants blessés qui ont continué à aider », résume Alain Lesage.
« Chez certaines personnes, deux ans après, la blessure psychologique est encore là. »
De plus, les chercheurs ont noté que les blessures psychologiques émergent souvent, chez les étudiants comme chez les enseignants, bien après la fin des mesures d’urgence. « Une fois la vague de soutien passée, certaines personnes se sont senties isolées », explique Stéphane Guay.
Richard Filion, le directeur de Dawson, a constaté tout cela. Plus de trois mois après les événements, au retour des vacances des Fêtes, plusieurs membres du personnel du collège ont craqué. « Après les Fêtes, on a vu que des choses demeurées latentes sont remontées à la surface. On a senti beaucoup de fragilité, d’anxiété. On a donc décidé de prolonger nos séances de soutien jusqu’en avril », explique-t-il.
Les chercheurs, eux, recommandent d’instaurer, à la suite d’un tel événement, des séances générales d’informations à caractère quasi obligatoire, où on informerait les gens des symptômes des principales maladies psychiatriques, dont le choc post-traumatique, afin que les gens « s’autodépistent », souligne M. Guay. « On a fait tout ce qu’on pouvait raisonnablement faire. Mais peut-être aurions-nous dû maintenir la présence de services psychologiques encore plus longtemps », dit Richard Filion.
Le web, un allié inattendu
L’étude a notamment permis aux chercheurs de découvrir un allié inattendu dans le traitement des blessures psychologiques : l’internet. Près de 14% des répondants, étudiants comme professeurs, ont utilisé l’internet pour obtenir un soutien psychologique, dans des groupes de discussion informels qui se sont formés spontanément après la fusillade.
« Ça a accru le soutien psychologique, observe Alain Lesage. Dawson est en train de nous apprendre quelque chose sur un véhicule supplémentaire pour rejoindre les gens en matière de santé mentale. Pour encourager les gens à aller consulter. »

Si un événement semblable survenait, la mise sur pied d’un site web, où les symptômes des différents troubles sont établis, et où des professionnels peuvent répondre en ligne à une première demande d’information, revêt donc une grande importance, croient les chercheurs. « Un tel site web pourrait devenir l’emblème de l’événement », affirme Stéphane Guay. Après une séance d’information, on pourrait inviter les gens qui se posent des questions à utiliser un tel site pour converser en ligne avec un professionnel plutôt que de faire la file devant un bureau à la vue de tous, dit Alain Lesage.

La longue guérison
Le 13 septembre 2006, Katherine Mandilaras a été atteinte d’une balle à la jambe par Kimveer Gill. Après trois jours à l’hôpital, sa blessure physique était en voie de guérison. Mais ses plaies psychologiques étaient encore à vif. Il lui aura fallu six mois avant de rentrer de nouveau dans la cafétéria du collège Dawson, le lieu de la fusillade.
Dans les semaines qui ont suivi l’événement, Katherine Mandilaras a fait des cauchemars. Elle sursautait au moindre bruit. « J’avais de la difficulté à dormir. Quand ma jambe me faisait mal, je faisais des cauchemars. La journée du 13 septembre repassait comme un film dans mes rêves », raconte-t-elle.
Au retour des Fêtes, la crainte de revenir au collège s’est amplifiée. « J’avais peur. J’allais à mes cours et c’était tout. J’avais peur d’aller à la cafétéria. » Au printemps, Katherine s’est rendue pour la première fois à la cafétéria. « Dès qu’il y avait un bruit, je sursautais. Mais j’ai vu qu’il n’y avait rien, qu’il ne se passait rien. »
Ses c ra i ntes se sont alors estompées . Aujourd’hui, près de trois ans après le drame, Katherine Mandilaras fréquente toujours Dawson et considère que sa vie est redevenue normale. Elle a d’ailleurs participé à l’étude des chercheurs sur les conséquences psychologiques de l’événement. Pour sa part, elle n’a pas jugé bon de consulter un thérapeute.
« Mais moi, je n’ai jamais vu Kimveer Gill. Je n’ai pas vu son visage. Pour moi, c’est comme un souvenir irréel, pas comme pour d’autres, qui l’ont vu, qui ont vu ses yeux », raconte la jeune femme.
Richard Filion, le directeur du collège, a vu Kimveer Gill déclencher son arme le 13 septembre 2006. Il revit encore cette scène régulièrement. « Lorsque j’arrive au collège par le boulevard de Maisonneuve, je revois souvent la scène. Je revois la démarche du tueur. La panique des étudiants », raconte-t-il.
« Lors de tels événements, notre organisme reçoit un électrochoc d’une très grande intensité. Pour moi, il y a eu un avant et un après la fusillade. »

Le choc post-traumatique, c’est quoi ?
Le choc post-traumatique est un trouble anxieux qui se développe à la suite de l’exposition à un événement extrêmement stressant. Moins de 10% de la population développera ce trouble au cours d’une vie.
Le trouble se manifeste notamment par des flash-back, des cauchemars, « qui causent énormément de détresse », souligne Stéphane Guay, directeur du Centre d’études sur le trauma.
Le patient souffre aussi de symptômes d’évitement. Il essaie de parler le moins possible de l’événement qui l’a fait souffrir. Il ressent également des symptômes physiques : difficultés de concentration, de sommeil, hypervigilance, sursauts exagérés.
Pou r quoi pl u s i e u r s p e r sonnes exposées aux mêmes événements ne développent-elles pas toutes un stress post-traumatique ? « C’est la grande question, répond M. Guay. À ce jour, on a identifié certains facteurs qui peuvent être associés au choc post-traumatique, mais pas de prédicteurs. »
Thérapies
Les personnes souffrant de stress post-traumatique évitent souvent de consulter « parce qu’elles ont peur de reparler de l ’événement » , souligne M. Guay. Pourtant, des thérapies de type cognitivo-comportemental sont très efficaces pour traiter ce problème psychologique. Le thérapeute expose graduellement la personne à un souvenir qui lui rappelle l’événement, une image, une odeur, ou alors un son, comme un coup de fusil, et le psychologue évoque ainsi peu à peu le souvenir de l’événement avec le patient.
« On les aide à défaire ces associations pour apprivoiser les souvenirs. Le but ultime, c’est qu’ils soient capables de nous raconter l ’événement sans ressentir de détresse », résume M. Guay.

UNE PREMIÈRE MONDIALE - Katia Gagnon
Nombre de fusillades en milieu scolaire sont survenues depuis 20 ans, tant au Canada qu’aux États-Unis. Pourtant, jamais une équipe de chercheurs n’a été en mesure de réaliser le genre de travail qui sera publié officiellement aujourd’hui. L’oeuvre des chercheurs québécois, qui démontre noir sur blanc les conséquences psychologiques d’un tel événement, est donc une première mondiale. « Une des difficultés pour réaliser ce genre d’études, c’est que les milieux concernés ne voulaient pas s’ouvrir, de crainte d’être traumatisés de nouveau », explique Alain Lesage, directeur du Centre de recherche Fernand-Seguin et l’un des auteurs de l’étude. Le même questionnement s’est posé à Dawson. Les chercheurs se sont demandé si, éthiquement, leur démarche était correcte. Mais la collaboration étroite et fructueuse qui s’est établie, au lendemain de la tragédie, entre la direction du collège et le Centre universitaire de santé McGill a permis de dépasser les craintes initiales. « On traverse de tels événements de façon assez chaotique. Il faut prendre du recul pour voir si les gestes posés ont été efficaces. Il faut qu’on puisse tirer des leçons, dit Richard Filion, directeur général de Dawson. Ce n’est pas en enfouissant les événements pénibles qu’ils disparaissent. » Sur les 10 000 étudiants et membres du personnel de Dawson qui étaient inscrits ou travaillaient au Cégep le jour de la fusillade, 1000 ont accepté de répondre au questionnaire des chercheurs, qui ont également mené une cinquantaine d’entrevues. Cependant, certains ont refusé net de se prêter à l’exercice. « Certaines personnes ont fermé les rideaux et ne voulaient plus rien entendre », dit M. Lesage. Un souhait que les chercheurs ont évidemment respecté.


DERRIÈRE LES RUMEURS, DEUX ADOS MALADES
Les États-Unis commémoreront demain les 10 ans de la tuerie de l’école Columbine, au Colorado. Le massacre, le plus important à survenir dans une école américaine à l’époque, avait consterné le pays et le monde. Beaucoup de choses ont été écrites et dites
Eric Harris et Dylan Klebold n’étaient pas des « rejets » : ils avaient plusieurs amis à l’école.
Le 20 avril 1999, deux adolescents sont entrés dans l’école secondaire Columbine, à Littleton, au Colorado, armés de fusils et de bombes artisanales. Adeptes de musique violente, vêtus de longs imperméables noirs, les deux ados « rejets » ont déchargé leur rage sur leurs camarades qui s’étaient moqués d’eux. Douze élèves et un professeur sont tombés sous leurs balles.
PHOTO ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Il y aura 10 ans demain, deux adolescents semaient l’émoi à l’école secondaire Columbine, à Littleton, au Colorado. Armés de fusils et de bombes artisanales, ils y ont tué 12 élèves et un professeur.
Dix ans plus tard, c’est la version de l’histoire qui reste gravée dans la mémoire collective. Une version inexacte, a découvert le journaliste Dave Cullen, auteur de Columbine (Hachette), qui a passé une partie des 10 dernières années à enquêter à Littleton. La réalité derrière le massacre est beaucoup plus complexe.
D’abord, la question évidente: pourquoi? « Il y a deux questions : pourquoi Eric Harris, et pourquoi Dylan Klebold », dit le journaliste, joint cette semaine à Miami.
Les deux garçons ont été décrits comme des « gothiques » appartenant à la Trench Coat Mafia (la mafia des imperméables) qui voulaient se venger de tous les élèves populaires, athlètes et autres jeunes cool de l’école. Faux, selon Dave Cullen. Pas plus qu’ils n’étaient gais, racistes, néonazis ou l’objet d’intimidation de la part de leurs camarades. Ils ont tué arbitrairement, et n’ont pas tant agi par vengeance que par désir de tuer, dit le journaliste. Surtout dans le cas d’Harris.
En effet, Eric Harris, 18 ans, et Dylan Klebold, 17 ans, n’étaient pas des « rejets » : ils avaient plusieurs amis à Columbine, et même un certain succès auprès des filles. Ils ont été pincés pour de petits délits (vandalisme, vols), mais étaient considérés comme de bons élèves.
Harris, selon l’enquête de Cullen, était un élève brillant et cool. Il fumait, buvait, flirtait, était invité aux fêtes, faisait du sport, distribuait des pointes de pizza gratuites à la pizzeria où il travaillait.
Il excellait aussi à adopter la bonne attitude à tout moment, notamment pour dire aux adultes ce qu’ils voulaient entendre. Il avait un sang-froid impressionnant, était obsédé par la domination et l’envie de tuer, mentait et se considérait comme un être supérieur. Il fabriquait des bombes artisanales dans sa chambre et avait publié des menaces de mort sur son site web. C’était un vrai psychopathe, a conclu le journaliste.
Dylan Klebold, lui aussi, était brillant, « mais pas trop cool ». En tout cas, pas à ses propres yeux. « Dylan ne voyait que la mauvaise partie de lui », raconte Dave Cullen. Dans son journal intime, il a noirci des pages sur son manque d’amour, sa quête inaccessible du bonheur, son désespoir de n’être compris par personne.
Pourtant, expose Dave Cullen, Klebold a grandi au sein d’une famille unie et aimante, avait plusieurs amis et même une copine pour le bal de fin d’études. Il avait très hâte d’aller étudier en informatique au collège.
Timide, docile, les émotions à fleur de peau, il admirait Harris. Mais surtout, il souffrait d’une dépression et n’a pas obtenu d’aide. « Je doute fortement que Dylan aurait pu tuer par lui-même, dit Dave Cullen. C’était un jeune dépressif. Il aurait pu se suicider ; il en a parlé pendant deux ans mais ne l’a jamais fait. » Dylan Klebold, croit le journaliste, est devenu dangereux parce qu’il a détourné la rage qu’il avait en lui vers les autres, à cause de l’influence d’Eric Harris.
Du contrôle des armes à la santé mentale
Dix ans plus tard, l’accès aux armes à feu a été restreint au Colorado, et les forces policières ont perfectionné leurs stratégies d’intervention dans les écoles. « Nous sommes moins naïfs, nous prenons les menaces plus au sérieux, nous contrecarrons plusieurs complots de tuerie », dit Dave Cullen.
Mais pour le journaliste, les Dylan Klebold d’aujourd’hui manquent encore d’aide. « Nous n’avons pas fait de réels efforts pour soigner les jeunes psychologiquement malades. Pourtant, si on regarde les tueurs de Columbine et de Virginia Tech, on a un psychopathe, un dépressif et un jeune qui souffrait de sérieux problèmes mentaux. »
« Je pense qu’on aurait pu prévenir la tuerie », soutient l’auteur. Empêcher Dylan Klebold de sombrer dans la folie meurtrière, probablement. Mais peut-être pas retenir Eric Harris d’accomplir des tueries de masse, à moins de l’enfermer. Les psychopathes ne se soignent pas, dit Dave Cullen, en citant des spécialistes. « On peut penser que si Eric avait atteint l’âge adulte, il aurait pu commettre quelque chose d’encore pire, conclut le journaliste. On aurait pu empêcher Columbine, mais la question la plus difficile est : comment aurait-on pu arrêter Eric Harris? »
 
 
Les fractures de Columbine
Comment ces ados ont-ils pu se transformer en meurtriers? Sans nier les zones d’ombres, Dave Cullen suit quelques pistes qui nous éclairent tout autant qu’elles nous troublent.
Je me suis plongée dans la lecture de Columbine à reculons. De la même façon que je n’avais pas envie d’aller voir le film Polytechnique (que j’ai finalement vu et apprécié en tremblant), je n’avais pas particulièrement envie de me plonger dans ce récit funeste du journaliste Dave Cullen qui a passé presque 10 ans à enquêter sur la tragédie de Columbine.
Y a-t-il vraiment quelque chose à tirer de ces histoires de folie meurtrière? À quoi bon vouloir coller un sens à l’insensé ?
En exergue de Columbine ( Twelve, 2009), cette phrase d’Hemingway a fini par convaincre la sceptique en moi que l’exercice en valait la peine. « The world breaks everyone and afterward many are strong at the broken places. » Traduction libre et moins poétique : le monde brise les individus et après, ils sont souvent plus forts à l’endroit de la fracture.
Ce que nous apprend Dave Cullen en revisitant ces zones de fracture – il a mené des centaines d’entrevues et épluché 25 000 pages de preuves policières –, c’est que l’on avait tout faux à propos des tueurs de Columbine, qui ont abattu 13 personnes dans leur école secondaire avant de s’enlever la vie. Au lendemain de la tragédie, on les a dépeints comme des ados « gothiques », membres d’une mystérieuse Trench Coat Mafia, homosexuels victimes d’intimidation, adeptes du nazisme, hypnotisés par la musique nihiliste de Marilyn Manson. On a inventé vite, vite du sens, parce qu’il était intolérable de faire autrement.
Le mythe est resté. Ce qui n’empêche pas la vérité d’être ailleurs. Ce que nous raconte Dave Cullen et qui est le plus troublant dans cette histoire, c’est que les tueurs Eric Harris et Dylan Klebold n’étaient pas ces personnages caricaturaux assoiffés de vengeance que l’on aurait sans doute aimé qu’ils soient. Ils n’étaient pas victimes de la raillerie de leurs pairs ou adeptes d’une sous-culture mystérieuse. Ils étaient d’abord et avant tout des adolescents dits « ordinaires », appréciés de leur entourage, ce qui, loin d’atténuer l’horreur de la tragédie, ne fait que l’accentuer.
Comment ces ados ont-ils pu se transformer en meurtriers ? Comment « l’ordinaire » a-t-il pu masquer une telle bombe à retardement? Il n’y a évidemment pas de réponse simple à cette question. Mais Dave Cullen suit quelques pistes qui nous éclairent tout autant qu’elles nous troublent, sans la prétention d’éradiquer les zones d’ombres. Il s’intéresse à ce qui a pu se passer dans la tête des tueurs, dont il a entre autres épluché les journaux intimes.
Eric Harris est décrit par Cullen comme un jeune homme brillant et sociable. Le genre d’élève qui a toujours la main levée en classe, qui a toujours la bonne réponse. S’il était fasciné par la violence meurtrière et les armes, il n’en laissait rien paraître devant ses professeurs. Dans son cours de création littéraire, il pouvait écrire des poèmes pour dire non à la haine et oui à l’amour universel. Il flirtait, jouait au soccer et au bowling. Mais sa face cachée était celle d’un jeune homme manipulateur, calculateur, incapable d’empathie, qui réussissait froidement à leurrer tout le monde.
Des analyses psychiatriques approfondies ont fini par indiquer qu’Eric Harris était sans doute un réel psychopathe. Un diagnostic à rebours qui ne résout pas le crime, comme l’explique Dave Cullen, mais qui permet d’en établir les fondements. En commettant son crime, Harris voulait démontrer sa supériorité et en jouir. Dylan Klebold était bien différent de Harris. Il est décrit comme un jeune homme brillant, lui aussi, mais bien plus timide. Il était le cadet d’une famille unie. Il aimait le baseball. Il était très bon en mathématiques. Il avait des projets d’études universitaires. Il avait une copine. Ils étaient allés ensemble au bal de fin d’études. Ils avaient pris des photos. Elle portait une robe de satin bleu. Il portait un smoking.
Ce que l’on a compris trop tard, c’est que sous cette façade d’adolescent ordinaire, Dylan Klebold était dépressif. Il était mal dans sa peau, il avait une piètre estime de lui-même. Il avait des idées suicidaires. Il noyait son mal de vivre dans la vodka. Ce n’était pas un gars d’action. Mais il s’est accroché à Harris qui, lui, en était un et qui a détourné son mal intérieur. D’où la question: aurait-on pu prévenir la tragédie si on avait détecté la dépression de Klebold ?
L’Amérique a heureusement appris des leçons de Columbine, souligne Cullen. Elle a renforcé quelques-unes de ses zones de fracture révélées tragiquement le 20 avril 1999.
On a entre autres restreint l’accès aux armes à feu dans le Colorado. On a compris que, contrairement à la croyance populaire, les tueries dans les écoles ne se produisent pas à la suite d’un simple accès de folie. Dans plus de 90% des cas, le geste a été planifié à l’avance et, dans plus de 80% des cas, les tueurs ont révélé leurs intentions de façon explicite, indique une étude conjointe des Services secrets et du ministère américain de l’Éducation scrutant à la loupe 37 tueries qui se sont produites entre 1974 et 2000.
Depuis Columbine, on prend donc les indices plus au sérieux. Les policiers ont aussi de meilleures stratégies pour intervenir. Il reste que 10 ans après la tragédie, des zones de fracture restent entières, comme le souligne Dave Cullen dans l’entrevue accordée à ma collègue Judith Lachapelle. « Nous n’avons pas fait de réels efforts pour soigner les jeunes psychologiquement malades », rappelle-t-il. Un constat troublant qui devrait nous porter à faire le même examen de conscience de ce côté-ci de la frontière.


Charles Manson : Des meurtres qui ont choqué l’Amérique  -  Nicolas Bérubé
40e anniversaire des assassinats commandés par Charles Manson En août 1969, l’Amérique était secouée par les assassinats commis par une bande de jeunes dirigés par Charles Manson. Quarante ans plus tard, ces meurtres absurdes restent gravés dans l’imagina
LOS ANGELES— Ciello Drive est une route à deux voies qui s’enfonce dans un canyon du nord de Los Angeles. La circulation automobile y est légère, pratiquement inexistante.
Charles Manson photographié lors de son procès en 1969 à Los Angeles. L’homme, aujourd’hui âgé de 74 ans, est toujours incarcéré en Californie.
L’endroit était désert au soir du 8 août 1969, quand les disciples de Charles Manson sont arrivés à bord d’une vieille Ford 1959.
Assise sur la banquette, Linda Kasabian, 20 ans, était euphorique. « Je me sentais spéciale, choisie », explique Kasabian, qui se confie pour la première fois dans un nouveau documentaire du réalisateur Nick Godwin.
Ce soir-là, Charles Manson avait ordonné à quatre disciples d’aller à la résidence de l’actrice d’Hollywood Sharon Tate, et de tuer tous ceux qui s’y trouvaient.
À l’intérieur de la maison, Tate, mariée au réalisateur Roman Polanski, était en train d’entretenir ses hôtes. La tuerie a été longue et brutale, se souvient Kasabian.
« J’ai vu une femme habillée avec une robe blanche, et qui avait du sang partout sur elle. Elle criait et appelait sa mère. J’ai vu Katie la poignarder. J’ai couru en bas de la côte, je suis entrée dans la voiture et j’ai attendu. »
Les crimes ont choqué l’Amérique et donné lieu à une chasse à l’homme jamais vue à l’époque. Le témoignage de Mme Kasabian durant le procès de la « famille Manson » a permis au procureur, Vincent Bugliosi, d’envoyer les meurtriers en prison. Aucun chef d’accusation n’a été retenu contre elle.
Dans Manson, un film documentaire qui sera diffusé ce week-end (dimanche, 9 août, à 21h sur la chaîne History), le réalisateur anglais Nick Godwin s ’ ent r et i ent avec Kasabian, qui fuit les médias depuis des décennies.
« Tous les membres de la famille Manson sont soit morts, soit en prison, explique M. Godwin en entrevue avec La Presse. La seule personne qui pouvait parler était Linda Kasabian, et elle est disparue de la circulation depuis les années 70. »
M. Godwin a embauché un détective privé. Après plusieurs mois de recherches, l’équipe l’a finalement localisée. Mme Kasabian, aujourd’hui âgée de 60 ans, vit avec sa famille sous un nom d’emprunt dans un parc de maisons mobiles, quelque part en Californie.
« Au départ, elle ne voulait pas nous parler, dit-il. Il a fallu gagner sa confiance. Cela a pris environ six mois. »
Leréalisateurditavoir étésurpris par la vulnérabilité de Kasabian au moment des crimes. « Elle avait 20 ans. Elle ne connaissait pas grandchose de la vie. »
Comment Manson a-t-il pu séduire des jeunes comme elle et les pousser à commettre des crimes insensés?
« La réponse est en partie liée à l’air du temps. C’était à l’été 1969, en Californie. Les communes étaient à la mode. Les idées marginales fleurissaient. La drogue était disponible partout... »
Et Manson, quoique peu éduqué, avait une personnalité forte, qui commandait l’attention autour de lui, note-t-il.
« De nos jours, ce ne serait pas un mélange très attrayant. À l’époque, c’était nouveau, c’était excitant. » Manson, 74 ans, est toujours incarcéré au pénitencier de Corcoran, en Californie.
Le procureur Bugliosi a affirmé récemment que c’est l’absurdité des crimes qui a marqué l’imaginaire collectif.
« Si ces crimes avaient fait partie d’un roman de fiction, personne n’aurait lu le livre. Ça aurait paru trop invraisemblable. »




Double meurtre de 1979 : La Rage - Michèle Ouimet
LE 3 JUILLET 1979, GILLES PIMPARÉ ET NORMAND GUÉRIN
TUENT CHANTAL DUPONT, 15 ANS, ET MAURICE MARCIL,
14 ANS, EN LES JETANT EN BAS DU PONT JACQUES-
CARTIER. CE DOUBLE ASSASSINAT BOULEVERSE LE
QUÉBEC. TRENTE ANS PLUS TARD, UN DES MEURTRIERS,
GILLES PIM
Trois juillet 1979. Le soir. Gilles Pimparé etNormandGuérin violent ChantalDupont, 15ans. Àquelques mètres de là, son ami, Maurice Marcil, 14 ans, est assis sur une poutre du pont Jacques-Cartier, les pieds pendants au-dessus du fleuve. Il est terrorisé.
Le meurtrier Gilles Pimparé
Gilles Pimparé et Normand Guérin ont emmené leurs victimes sur la passerelle qui court sous le pont Jacques-Cartier. Maurice sait qu’il va mourir. Il supplie Guérin et Pimparé de le tuer avant de le jeter en bas du pont. Pimparé serre une corde autour du cou de Maurice. Chantal pleure. Maurice perd connaissance. Il tombe, une chute vertigineuse de 163 pieds. Lorsque son corps touche les eaux noires du fleuve, il est vivant.
Quelques instants plus tard, c’est au tour de Chantal. Son corps heurte l’eau avec une violence inouïe. Elle aussi est vivante au moment de l’impact. Cause de la mort: noyade. Ce double meurtre a bouleversé le Québec. Pimparé et Guérin ne connaissaient pas les victimes. Ils voulaient leur dérober de l’argent. Maurice avait 2$ sur lui ; Chantal, rien .
Quelques jours plus tard, la police arrête les deux meurtriers. Ils ont 25 ans. Normand Guérin passe aux aveux, des aveux crus qui dorment dans une vieille boîte de carton, dans les archives du palais de justice de Montréal.
« La fille (Chantal) était toute nue à l’exception de ses petites culottes et elle cachait ses seins avec ses mains, a raconté Normand Guérin à un policier de la Sûreté du Québec. Là, Gilles Pimparé m’a dit: c’est à ton tour. (…) Là, j’ai fourré la fille et après je lui ai dit de se rhabiller. Là Gilles a dit au gars (Maurice) de s’asseoir sur le pilier toujours en dessous du pont, au-dessus de l’eau et il a dit au gars : "Fais ta prière parce que tu vas mourir." Là le gars a dit: "Si tu veux me tuer, jette-moi pas tout de suite en bas du pont. Étouffe-moi avant." « Là Gilles a sorti
u ne corde et il l’a passée autour du cou du gars et il a serré. Le gars se débattait pas mal. Là Gilles serrait plus fort mais il avait de la misère. Là le gars a perdu connaissance et Gilles l’a poussé en bas. (…)
« Le gars a touché l’eau et la fille m’a dit : " Tu m’avais promis de ne pas nous tuer. » J’ai dit : " Tu viens de voir quelqu’un mourir, je ne peux pas te laisser aller." (...) Là je l’ai pognée par en arrière, elle se débattait, je l’ai pris par le cou pour l’étouffer, j’ai tombé à terre avec la fille. Là j’ai continué à l’étouffer. J’étais pas capable, elle se débattait trop et j’ai dit à Gilles : "Chu pas capable." (…) Gilles m’a dit: "Bouches-y le nez et la bouche." Je lui ai bouchés. Là Gilles a continué à l’étrangler et elle a tombé sans connaissance. J’ai pris la fille dans mes bras et je l’ai jetée. »
Gilles Pimparé se souvient avec une netteté stupéfiante du 3 juillet 1979. Chaque minute est gravée dans sa mémoire. Le film des événements tragiques tourne dans sa tête depuis 30 ans.
Je l’ai rencontré en avril, à la prison de La Macaza. Il faisait froid, un fin crachin brouillait le paysage. La prison se trouve au bout d’une route, dans les Laurentides, au nord de Labelle. Quelques blocs échoués dans un champ, entourés de clôtures et de barbelés.
Gilles Pimparé a vieilli. Sur les photos d’archives, ses cheveux noirs sont attachés en queue de cheval. Aujourd’hui, son front est dégarni, ses cheveux ont grisonné, ses épaules se sont voûtées. Petit, sec, nerveux. Une boucle d’oreille, un tatouage sur l’avant-bras, une montre. Jean délavé, t-shirt blanc. Il parle sans arrêt, comme s’il vomissait ses 30 ans de prison. Lorsqu’il raconte les meurtres et le viol, il pleure. Les larmes restent accrochées dans les rides de son visage fané.
I l se souvient de tout, de Chantal qui pleurait et qui le suppliait : "Fais-moi pas mal !", de la corde qu’il tenait autour du cou de Maurice, de Maurice, juché sur une poutre, les pieds dans le vide au-dessus du fleuve, du désarroi de Maurice qui voulait mourir avant d’être jeté dans le fleuve, de sa chute interminable avant que son corps touche l’eau, de son complice, Normand, qui n’arrivait pas à étouffer Chantal, de la panique qui les a submergés tout de suite après les meurtres.
« Normand pis moi, on était paniqués. Il y avait du sang sur mon manteau », raconte Gilles Pimparé.
Mais ils se sont vite calmés. Il n’y avait pas de témoins, Chantal et Maurice étaient morts.
« Après les meurtres, on est partis à La Ronde, pis on a mangé une pointe de pizza », dit Gilles Pimparé.
Il se souvient, avec une netteté tout aussi stupéfiante, des coups de poing que son père lui donnait quand il était petit, des nuits où son père se faufilait dans sa chambre pour l’agresser, du silence de sa mère, de sa propre violence qui le rongeait.
À 14 ans, Gilles Pimparé était une boule de rage. « J’étais réellement violent », avoue-t-il. Sa rage a explosé le 3 juillet 1979. Ce soir-là, Chantal Dupont, 15 ans, et Maurice Marcil, 14 ans, ont croisé sa route. Gilles Pimparé a grandi dans le Faubourg à M’lasse, coin Frontenac et Ontario. Une enfance pauvre. Battu par son père, battu par sa mère. Une famille de six enfants, trois gars, trois filles. Gilles est l’aîné des garçons. Son père était poseur de plancher. Un colérique.
« J’étais pas gros, dit Gilles Pimparé. Un grand maigre. »
Un grand maigre qui carbure à la violence. « Mon père abusait de moi , raconte-t-il. Je me vengeais sur mes frères et soeurs. »
À 12 ans, il brûle le bras de sa soeur Johanne avec une spatule
et il « garroche » un couteau à sa soeur Lise. « Elle voulait pas que je sorte. »
« Mes soeurs avaient peur de moi. J’étais le mouton noir de la famille. Ma mère avait peur de mon père. Quand il partait, elle me frappait avec un bâton de hockey ou un manche à balai. Je passais mon temps à pleurer. J’en ai mangé, des volées. »
Il se souvient parfaitement du jour où son père l’a battu pour la dernière fois. Il avait 14 ans et il fumait une cigarette au métro Frontenac. « Mon père m’a vu. Il m’a sacré une claque, j’ai saigné du nez et de la bouche. »
Il déteste l’école, où il accumule les échecs. À 14 ans, quand il apprend qu’il double son année, il pète les plombs. « Quand la maîtresse m’a donné mon bulletin, je lui ai donné un coup de poing. »
Le jour où le directeur le convoque à son bureau pour le battre avec une courroie, Gilles Pimparé réplique. « Il m’a donné un coup, un seul. J’ai attrapé la strap, pis je l’ai frappé avec. »
Il se retrouve à Saint-Vallier, une école pour les durs. Il passe trois jours seul dans une cellule. « J’ai démanché mon lit et j’ai brisé la fenêtre avec. J’arrêtais pas de pleurer. »
Il sort de Saint-Vallier gonflé à bloc. Enragé. Il multiplie les actes de délinquance. C’est à cette époque qu’il rencontre Normand Guérin. Ensemble, ils volent des autos et attaquent des dépanneurs. En 1975, il fait de la prison: vol qualifié avec port d’arme. Il se retrouve à La Macaza, d’où il s’évade. Il prend de la drogue, de l’alcool. « J’étais complètement parti. Je prenais mon gun et je faisais les dépanneurs. »
En o c t obre 19 78 , il est condamné à 20 mois de prison. Cinq mois plus tard, en mars 1979, il est libéré. Son agent de libération conditionnelle « croit naïvement en lui ». Il part vivre chez ses parents et vend des encyclopédies. Il retrouve son vieil ami, Normand Guérin, qu’il avait perdu de vue.
En juin, quelques semaines avant le double meurtre, les deux hommes se promènent à La Ronde et sur le pont Jacques-Cartier à la recherche de victimes. Ils volent neuf personnes âgées de 16 à 65 ans et violent deux femmes. Une escalade de violence qui culmine avec la mort de Chantal Dupont et Maurice Marcil, le 3 juillet.
« C’est un accident, plaide Gilles Pimparé. Personne devait mourir ce soir-là. » Quand Gilles Pimparé comprend qu’il est accusé de meurtre, il essaie de se suicider. Deux fois.
Les premières années en prison sont éprouvantes.
« Au début, j e me sentais menacé. Les autres disaient : "Cet ostie de chien-là, il restera pas icitte !" Ils me traitaient d’ostie de crapule et d’ostie de pédo. Il y en a même un qui est entré dans ma cellule pour me crisser une volée. Pas facile. J’ai aussi des relations sexuelles sur le bras. – Sur le bras? – Je suis obligé de sucer des gars. »
Depuis 30 ans, Gilles Pimparé dort à peine trois heures par nuit. Il reste éveillé jusqu’aux premières lueurs de l’aube, puis il plonge dans un sommeil agité.
« Si je dors plus de trois heures, je fais des cauchemars », dit-il.
Il revit les meurtres et les agressions sexuelles. Les meurtres et les agressions. Toujours. Sans fin.
A-t-il des remords ? « C’est sûr que j’en ai. Quand j’étais jeune, je savais pas comment approcher les femmes. On me traitait de criss de cave, d’ostie de niaiseux. Je passais pour un deux de pique. Pour moi, les femmes, c’était des osties de chiennes. »
Il veut sortir de prison. Il est convaincu qu’il finira par être libéré. Il a 55 ans. Il en a passé 36 en prison. En 1979, il a été condamné à la prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant 25 ans. Depuis 2001, il a fait trois demandes de libération; les trois ont été rejetées.
Dans sa première décision, rendue en 2001, la Commission des libérations conditionnelles constate que l’ordinateur utilisé par Pimparé en prison contient 1500 photos pornographiques, dont celle « d’une jeune fille dénudée ayant à l’arrière-plan le pont Jacques-Cartier ».
Les psychiatres rappel lent sa « criminalité violente » , sa « sexualité débridée », ses « délits sexuels », ses « antécédents criminels qui remontent à 1973 et qui n’ont cessé de s’aggraver avec les années dans la violence ».
« Vous avez tendance à vous montrer catégorique, excessif, contradicteur, enmarge et désireux d’échapper aux normes imposées, ajoutent les psychiatres. Vous avez un conflit avec l’autorité. »
Même diagnostic en 2005 et en 2008. En 2007, un rapport psychologique précise que Gilles Pimparé a « un risque élevé de récidive violente et sexuelle ».
Gilles Pimparé rejette ces conclusions et plaide sa cause. « Je n’ai plus de violence en moi. Je suis encore un petit cul dans mon coeur, un enfant. »

Un enfant, jure-t-il, qui n’a plus de rage.


LE DEUIL - MICHÈLE OUMET
LE 3 JUILLET 1979,
GILLES PIMPARÉ
ET NORMAND GUÉRIN TUENT CHAN-
TAL DUPONT, 15 ANS, ET MAURICE
MARCIL, 14 ANS, EN LES JETANT EN
BAS DU PONT JACQUES-CARTIER. CE
DOUBLE ASSASSINAT BOULEVERSE LE
QUÉBEC. TRENTE ANS PLUS TARD, LES
PARENTS ET LE FRÈRE D
Lorsque Maurice Marcil a quitté la maison pour aller voir le spectacle de Gérard Lenormand à La Ronde, sa mère a passé sa main dans ses cheveux. Elle ne sedoutaitpasqu’elle ne le reverrait plus jamais.

Maurice, 14 ans, est mort le soir du 3 juillet 1979. Jeté en bas du pont Jacques-Cartier. Il était avec une amie qu’il voyait pour la première fois, Chantal Dupont, 15 ans. C’est le frère de Maurice, Yvan, qui avait obtenu les billets. Il les avait refilés à Maurice.
« C’est moi qui les avais présentés l’un à l’autre et c’est moi qui leur avais donné les billets, raconte Yvan. J’avais tout ce qu’il fallait pour culpabiliser. »
Maurice et Chantal sont partis avant la fin du spectacle. Seuls. Ils ont décidé de marcher pour retourner chez eux, à Longueuil. Ils ont emprunté le pont JacquesCartier. C’est là, au milieu du pont, qu’ils ont croisé Gilles Pimparé et Normand Guérin. Pimparé avait un fusil, Guérin, un couteau.
Les deux hommes ont violé Chantal. Maurice, assis sur une poutre du pont, les pieds dans le vide, entendait Chantal pleurer. Elle était vierge. Pimparé avait glissé une corde autour du cou de Maurice. Il a supplié Pimparé de l’étrangler avant de le jeter en bas du pont. Une chute vertigineuse de 163 pieds.
Maurice est mort le premier, Chantal a suivi de près. Diagnostic du coroner : mort par noyade. Ils étaient vivants lorsque leurs corps ont percuté les eaux sombres du fleuve.
« Ma mère s’est tout de suite doutée qu’il s’était passé quelque chose de grave, se rappelle Yvan Marcil. Elle savait que ce n’était pas une fugue. On imaginait le pire. On a vécu une période très douloureuse, on ne savait pas si Maurice était vivant. »
Yvan Marcil a 48 ans. À l’époque, il en avait 18. Il vivait avec son père. Ses parents avaient divorcé deux ans plus tôt, la famille était dispersée.
Le 4 juillet, la mère de Maurice, Madeleine, est aux abois. Son fils n’est pas rentré coucher. Elle est prête à remuer ciel et terre pour retrouver Maurice. Elle engueule les policiers qui lui disent que son fils a peut-être fait une fugue.
« Je le savais qu’il n’avait pas fugué, je connaissais mon fils, dit-elle. C’était le début des vacances et il avait plein de projets. Il m’avait même demandé de lui enregistrer une partie d’échecs à la télé. Maurice était un petit gars tranquille, bon aux échecs, bon à l’école. Il aimait l’astronomie, la géographie... »
Pendant une semaine, le temps s’est arrêté. Une semaine d’enfer qui s’est étirée du 3 au 10 juillet, date où les corps de Maurice et Chantal ont été repêchés dans le fleuve. Une semaine où tous les espoirs étaient permis.
« Il n’y avait plus de minutes, plus d’heures, le temps était suspendu, raconte Madeleine. Je vivais dans une autre dimension. »
Rien ne l’arrête. « On avait mis un morceau de tissu qui appartenait à Maurice autour d’un pendule pour savoir où il était. Le pendule pointait vers le fleuve. On a embauché un voyant, j’ai distribué des photos de Maurice à La Ronde, j’ai contacté des députés, je me suis même rendue au bureau du premier ministre René Lévesque. »
« On passait pour des folles, des emmerdeuses », ajoute son amie Carmen.
« J’étais prête à tout, même à aller en France, poursuit Madeleine. On m’avait dit qu’il y avait une voyante reconnue mondialement. »
« Elle voulait se battre contre tout le monde, affirme le père de Maurice, Grégoire Marcil. Elle engueulait les policiers : ‘ Vous ne faites rien! ’. L’enquêteur était tanné de l’entendre. Il aurait fallu mettre l’armée au grand complet là-dessus ! C’était une réaction de mère. Quand ils ont retrouvé le corps de Maurice, elle était siphonnée. »
« Maurice est mort le 3 juillet, à l’âge de 14 ans, 7 mois et 22 jours, précise Madeleine. Il est mort seul face à ses deux assassins. Quelles ont été ses dernières pensées ? Je l’ignore. Ça me torture. »
« C’est les journaux qui nous informaient, explique Yvan, le frère de Maurice. Tout le monde en parlait, c’était un meurtre crapuleux, un gros événement qui avait fait le tour du Québec. »
L’histoire faisait la une: « Les monst res du pont Jacques - Cartier » ; « Ils seraient tombés vivants dans le fleuve » ; « Un récit horrifiant ». Les détails morbides étaient étalés dans les journaux. Les Marcil les encaissaient, à froid, comme une gifle en plein visage.
Après le procès, Madeleine s’est réfugiée dans le silence. Un long silence qu’elle a brisé pour la première fois en avril lorsqu’elle a accepté de me rencontrer.
Elle est menue, frêle, à fleur de peau. Assise droite sur une chaise dans le salon de son amie Carmen, elle retient ses larmes. Elle ne veut pas pleurer ni s’effondrer. « Le nombre d’années n’efface en rien le traumatisme », laisse-t-elle tomber dans un souffle. C’est le père, Grégoire Marcil, qui a identifié le corps de son fils. « Ils ouvrent un tiroir, ils lèvent le drap, puis tu regardes, dit-il. Ça donne un choc. Un noyé depuis une semaine, c’est tout gonflé. »
Grégoire vit dans la maison où Maurice a grandi, un bungalow sans prétention dans une rue tranquille de Longueuil avec un magnifique jardin. « Je le savais que mon gars était mort, raconte Grégoire. Je me suis assis dans le jardin, j’ai senti l’odeur des lys et je me suis dit : ‘ Il est mort’. »
« Au début, j’étais en criss, je voulais fighter. Il y avait beaucoup de monde responsable de la mort de Maurice: le fédéral qui n’avait pas bloqué l’accès à la passerelle sous le pont, la Ville, incapable d’assurer un minimum de sécurité à La Ronde, les libérations conditionnelles qui avaient laissé Pimparé en liberté. Un de mes amis m’a dit : ‘ Embarque-toi pas là-dedans, tu vas y laisser ta peau, ta santé et ton argent et tu ne retrouveras pas ton fils’. Les procès au civil, c’est trop gros, trop difficile. Je me suis dit: ‘Je démissionne, je tourne la page’. »
Il arrête de parler et laisse flotter son regard sur la cour. Il me montre un arbre qu’il a planté en 1977, deux ans avant la mort de Maurice. « J’avais 44 ans, c’est mon repère. »
Aujourd’hui, Grégoire Marcil a 76 ans. Il a vieilli, ses cheveux ont blanchi, ses épaules se sont voûtées. Il a chassé Maurice de sa tête.
Il se lève péniblement et traverse le couloir d’un pas hésitant. Dans la pièce du fond, il fouille dans une vieille boîte à chaussures remplie de photos de Maurice. Des photos en noir et blanc.
Derrière un meuble, se cache une immense photo de Maurice. Grégoire pousse le meuble, extirpe la photo, enlève le plastique jauni qui la protège. Maurice apparaît, en gros plan, chemise à carreaux, cheveux bouclés, yeux immenses, sourire angélique. Il avait 4 ou 5 ans lorsque la photo a été prise.
Grégoire Marcil regarde la photo, l’oeil sec.
« Je fais un effort pour penser à Maurice parce que je ne pense jamais à ça. J’ai appris à dire: ‘ Il faut oublier’. Je fais du jardinage, mes plantes poussent, elles meurent à l’automne, il y en a d’autres qui poussent au printemps. Tu prends les beaux côtés de l’affaire et tu oublies les mauvais. L’hiver, tu oublies que l’été existe, puis l’été, tu oublies que l’hiver existe. »
Depuis 30 ans, il essaie d’oublier la mort de son fils. Madeleine, elle, n’a pas oublié. Elle n’a pas tourné la page et elle n’a rien pardonné.
Au contraire. Elle veille au grain. Pas question que les assassins de son fils sortent de prison. Ils ont été condamnés à perpétuité, admissibles à une libération conditionnelle après 25 ans.
Elle a tenu à témoigner devant la Commission des libérations conditionnelles lorsque Gilles Pimparé a demandé une semi-liberté. Elle a enregistré son témoignage et envoyé la cassette aux commissaires. « Je ne voulais pas voir l’assassin de Maurice. Je suis désolée, mais ça me donne la nausée. »
Elle a lu une lettre où elle parle à Maurice. C’était en 2008. « Tu aurais eu 44 ans cette année. Je n’arrive pas à t’imaginer à cet âge... »
Trente ans plus tard, la douleur est toujours aussi vive. « Maurice est mort sans aide, sans secours, sans personne pour lui tenir la main, dit-elle avec un frisson. Seul dans l’horreur face à des individus sans humanité. Quand je vois une manifestation de solidarité, j’éclate en sanglots. Avant, je ne comprenais pas pourquoi. Je me disais que je n’étais pas normale. J’ai compris quand j’ai écrit ma lettre aux commissaires, j’ai compris que Maurice n’avait eu personne près de lui quand il est mort. Il n’a eu droit à aucune solidarité humaine. Il est mort en dehors de toute humanité. »
Même si elle a compris, elle éclate encore en sanglots quand elle voit un geste de solidarité. Parce que Maurice, lui…

Le 3 juillet 1979, la vie de


LE PARDON  -  MICHÈLE OUIMET
LE 3 JUILLET 1979, GILLES PIMPARÉ ET NORMAND GUÉRIN ONT TUÉ CHANTAL DUPONT,
CONTROVERSE.
15 ANS, ET MAURICE MARCIL, 14 ANS, EN LES JETANT EN BAS DU PONT JACQUES-CARTIER.
CE DOUBLE ASSASSINAT A BOULEVERSÉ LE QUÉBEC. LES PARENTS DE CHANTAL DUPONT
ET LE
Yvan Marcil a pardonné aux meurtriers de son frère, NormandGuérin et Gilles Pimparé, mais il a pris des années avant d’y arriver.

« J’ai réussi à pardonner, mais le processus a été très long, dit-il. Au début, c’est le déni, tu ne veux pas reconnaître la tragédie. Mais tu ne peux pas pardonner sans d’abord voir le mal qui a été fait. Et ça, ça prend des années. »
Le soir du 3 juillet 1979, Maurice Marcil, 14 ans, revenait de La Ronde, à pied, avec une amie, Chantal Dupont, 15 ans. En traversant le pont JacquesCartier, ils ont croisé Normand Guérin et Gilles Pimparé. Chantal et Maurice ont été jetés vivants en bas du pont Jacques-Cartier.
Des meurtres gratuits, crapuleux. Un long frisson d’horreur a secoué le Québec, bouleversé par le destin tragique des deux adolescents.
Même si 30 ans se sont écoulés depuis le drame, Yvan Marcil reste marqué au fer rouge. Je l’ai rencontré dans un presbytère, rue Rachel, au coeur du Plateau-Mont-Royal. Son presbytère. Yvan Marcil est prêtre. Il avait 18 ans quand Maurice est mort. Aujourd’hui, il en a 48.
Yvan Marcil est bâti d’une seule pièce : grand, épaules musclées, mains larges comme des palettes. Des petites lunettes cerclées d’argent chevauchent son nez fin. Une barbe mange son visage. Il est calme, réfléchi.
« Je peux pardonner, mais je ne pourrai jamais oublier ce qui s’est passé, tient-il à préciser. Le pardon, ce n’est pas l’acceptation du mal. Ce qui est arrivé à mon frère sur le pont Jacques-Cartier est horrible. Je suis encore scandalisé et j’espère que je serai indigné toute ma vie. Sa vie a été détruite, c’est grave. Ce meurtre a atteint ma famille et a bouleversé ma vie à tout jamais. »
« Je me suis demandé ce que je faisais avec ce mal. Est-ce que je voulais vivre toute ma vie dans le ressentiment et l’amertume? Me replier, m’enfermer dans cette prison intérieure? J’ai décidé de me libérer de ce poids en pardonnant. Jeannine Dupont, elle, a rapidement atteint le pardon. C’est quelqu’un de très spirituel. »
Jeannine Dupont, la mère de Chantal ; Chantal qui a été violée avant d’être jetée en bas du pont. Les Dupont ont rapidement pardonné aux meurtriers, un geste qui a provoqué une énorme controverse et soulevé une hostilité à peine voilée.
Yvan Marcil connaissait les Dupont avant les meurtres. Il les avait rencontrés deux ans plus tôt. « Louis et Jeannine Dupont cheminaient dans la religion catholique. On suivait ensemble des sessions de formation à la vie spirituelle. J’ai vécu le processus du pardon avec les Dupont. Ils ont témoigné dans des groupes de prière. Puis il y a eu le film de Boivin*. »
Un film crève-coeur, réalisé 13 ans après les meurtres, qui a provoqué un débat monstre sur le pardon. En acceptant de participer au film de Denis Boivin, les Dupont franchissaient un pas de plus dans leur démarche spirituelle. Leur pardon devenait public.
En 1992, le cinéaste Denis Boivin tourne son film sur le double meurtre du pont Jacques-Cartier. Il retrouve les parents de Chantal Dupont, le père du jeune Maurice Marcil et le meurtrier, Normand Guérin.
Le film commence avec le récit des meurtres. Un récit brutal, insoutenable, calqué sur les aveux de Normand Guérin et lu par le journaliste Claude Poirier.
En apprenant la mort de sa fille, Louis Dupont s’effondre. « J’ai pleuré beaucoup, confie-t-il à la caméra. J’ai voulu arrêter, mais j’étais pas capable. »
Puis il a pardonné. Tout de suite. « Pardonner, c’est offrir notre fille au Seigneur. (…) Au procès, on disait bonjour à Normand Guérin avec un signe de la tête et un petit sourire. Il a compris que le pardon était fait. »
« Ils ont commencé à m’écrire, raconte Normand Guérin. Ils me pardonnaient. Pour moi , c ’était insensé. »
La mère de Normand Guérin a été stupéfiée par le pardon des Dupont. Elle les a croisés au procès de son fils. « La première fois que j’ai entendu parler du pardon, dit-elle, c’est quand M. Dupont est venu me voir en cour. Il m’a dit qu’il pardonnait. Ça m’a ben surpris, j’ai pas été capable de dire merci. Ça m’a aidée à surmonter tout ça ben gros. Ça prend du caractère. Ça doit être la religion qui les aide beaucoup, ils sont très religieux. »
Le père de Maurice, lui, a rejeté le pardon. Un rejet viscéral. « Pardonner ! La première fois que j’ai entendu ça, ça m’a choqué. Un pardon, c’est une manipulation de l’intérieur. Faut que tu embarques dans un bag religieux. »
Les Dupont et Normand Guérin se sont rencontrés en 1992, en prison, sous l’oeil de la caméra de Boivin. C’est la scène finale du film.
M. Dupont s’approche, Normand Guérin hésite. Il prend Guérin dans ses bras. Mme Dupont avance timidement. Les trois s’étreignent en pleurant, le père, la mère et le meurtrier qui a violé et tué Chantal en la jetant en bas du pont.
« C’est le plus beau moment de ma vie », dit le père entre deux sanglots.
Les Dupont ont visité Normand Guérin en prison une ou deux fois par an. Le 27 avril, Mme Dupont est morte, terrassée par la sclérose latérale amyotrophique. Elle n’a jamais regretté son geste.
« Après la diffusion du film, j’ai été inondé d’appels, raconte Denis Boivin. Ça venait de partout : la Floride, la Suède, le Rwanda… »
Curiosité, fascination, volonté d’en savoir davantage. Le film a étonné, choqué. Il n’a laissé personne indifférent.
Gilles Pimparé a refusé de participer au film de Denis Boivin. « Quand j’ai su que les Dupont pardonnaient, je me suis dit : "Quessé ça? Sont fuckés ben raide!" »
Depuis 1979, les Dupont ont visité Gilles Pimparé trois ou quatre fois en prison.
« J’ai jamais été à l’aise avec ça, affirme Gilles Pimparé, que j ’ai interviewé à la prison de La Macaza en avril. Ils parlaient de Dieu, du Seigneur. C’est des charismatiques. Ils me disaient, en parlant de leur fille: "Le Seigneur est venu la chercher, c’était son heure". »
Gilles Pimparé et Normand Guérin ont passé des années dans le même pénitencier. Ils se parlaient des Dupont. Pimparé était sceptique, Guérin, emballé. « Normand me disait que les Dupont voulaient l’adopter quand il sortirait de prison. Ils voulaient vivre ensemble. Je lui ai dit: " T’es fucké ben raide dans la tête! C’est complètement débile !" »
« J’avais confié à M. Dupont que mon père m’avait agressé quand j’étais jeune, poursuit Pimparé. Il m’a demandé si je lui avais pardonné. Je lui ai répondu non. Il m’a dit: "Dis-toi que je suis ton père, pis je te demande pardon pour ce que je t’ai fait". Il pleurait. J’ai trouvé ça ben spécial. »
En 2007, Gilles Pimparé a envoyé une lettre aux Dupont leur demandant de ne plus le contacter. « Je trouvais ça malsain. »
Il a aussi coupé les ponts avec Normand Guérin. « Normand voulait me parler des Dupont. Je lui ai dit : "Décâlisse, je veux rien savoir ! Je sais pas c’est quoi ton trip!" »
Les Dupont ont refusé de m’accorder une entrevue. Normand Guérin aussi. Il m’a écrit une lettre. « Ce n’est pas une bonne chose que de remuer le passé ou tout simplement de faire parler de moi après toutes ces années. En ce moment, le monde ne sait rien de moi et je pense que c’est correct comme ça. »
« Les Dupont ont fait un acte d’amour qui vient de leur foi, un acte surhumain, croit Yvan Marcil. Ils voulaient permettre à Normand Guérin de cheminer et de sortir de sa prison intérieure. C’est exceptionnel. Même pour moi, le geste des Dupont reste à la limite du supportable. C’est tellement fort. L’assasin de son enfant… On n’est plus dans les liens naturels. C’est un acte de foi qui va au-delà du mal. »
Yvan Marcil parle beaucoup, avec de grands gestes de la main. Le crépuscule envahit doucement le presbytère. La noirceur enveloppe la rue Henri-Julien et le bruit des voitures est assourdi par les lourds rideaux qui couvrent les fenêtres.
Yvan Marcil pense souvent à son petit frère. « Je garde un lien avec lui par la prière. C’est la consolation de la foi. »
Sa foi l’aide à supporter le deuil. « C’est beaucoup plus difficile de croire en l’humain que de croire en Dieu », laisse-t-il tomber avec un soupir.
Secoué par un léger frisson, il enfile un chandail, puis reprend le fil de ses idées : la mort, le mal, la douleur, la foi, le pardon.
Il parlerait de son frère pendant des heures. C’est sa façon à lui de faire le deuil. * Le film de Denis Boivin, Le pardon, est disponible sur le site www.netima.ca.


L’innocence perdue -  MICHÈLE  OUIMET
Mes articles sur le double meurtre du pont Jacques-Cartier ont réveillé de douloureux souvenirs. Plusieurs lecteurs m’ont écrit pour me dire à quel point la mort de Chantal Dupont, 15 ans, et de Maurice Marcil, 14 ans, les avait bouleversés.
Le soir du 3 juillet 1979, Normand Guérin et Gilles Pimparé ont croisé les deux adolescents sur le pont. Guérin avait un couteau; Pimparé, un fusil. Ils ont amené les jeunes sur la passerelle qui court sous le tablier du pont. Maurice était assis sur une poutre, les pieds pendants au-dessus du fleuve, terrorisé. Pimparé l’a jeté en bas du pont. Chantal a suivi peu après. Son corps a violemment heurté les eaux du fleuve. Elle était vivante au moment de l’impact. Comme Maurice.
Ce double meurtre a frappé le Québec. Plusieurs s’en souviennent. Voici ce qu’ils m’ont écrit.
« En 1979, j’étais un jeune agent des services correctionnels à Parthenais. J’étais affecté au secteur de la protection. J’ai bien connu Pimparé et Guérin pendant leur incarcération avant leur procès.
Je me souviens comme si c’était hier de leurs vantardises concernant le double meurtre. En 30 ans de carrière, j’en ai côtoyé, des personnages célèbres, de Mario Bastien à Valéry Fabrikant, mais je dois vous dire que les deux pires crapules demeurent Pimparé et Guérin. »
« Cette histoire me rappelle la mort de mon frère, en avril 2006, dans l’Ouest canadien. I l a croisé deux hommes de 18 ans qui l’ont battu à mort pour le simple plaisir. Les deux hommes avaient bu. C’était un meurtre sordide, gratuit. Ils ont laissé mon frère sur un talus, les yeux crevés par des clés, une plaie béante au dos, les membres disloqués, le crâne fracassé, le visage transformé en bouillie. Ils se sont acharnés sur lui pendant 45 minutes à poings nus et à coups de pierre.
Ils ont écopé de 12 ans de prison, admissibles à une libération conditionnelle après huit ans.
La mort de mon frère défile souvent dans ma tête. Dans ma famille, le sujet est tabou. Notre deuil n’est pas encore fait. »
« Pendant deux ans, j’ai été boubou macoute pour la Sécurité du revenu. Je voyais la misère dans le quartier du faubourg à Mélasse où Pimparé a grandi, une misère qui collait à la peau, transmise de génération en génération. Et je me disais souvent: les médias font des milliers de kilomètres pour nous montrer la misère dans le monde. Pas besoin d’aller aussi loin. »
« J’ai eu un peu de difficulté à lire votre article, car j’avais oublié cette sordide histoire. C’est avec dégoût que je repense à la une du Journal de Montréal qui traînait sur la table de la cuisine.
J’étais copain avec Maurice. Pas proche, mais on se parlait à la récréation. On était assis côte à côte en classe. J’avais de la difficulté à l’école. Lui, c’était un bollé. J’essayais d’avoir un peu de son influence positive. J’ai toujours voulu ignorer cette histoire. Peut-être est-ce un curieux hasard du destin qui m’a dirigé vers votre article. Aujourd’hui, j’ai eu le courage de le lire au complet. »
L’ancien chef de police Jacques Duchesneau se souvient avec netteté du double meurtre. « En 1979, je travaillais à titre d’enquêteur à la section des homicides de la police de Montréal et j’ai côtoyé les deux enquêteurs qui ont interrogé Pimparé et Guérin. Ces deux policiers m’ont dit que Pimparé avait une haine à peine maîtrisée envers son père, alors qu’il éprouvait un "tendre" respect pour sa mère et sa soeur. À l’époque, et encore aujourd’hui, je suis toujours chamboulé par le côté sadique du crime. Contrairement à la famille Dupont, je n’ai pas le pardon aussi facile. Mais je m’efforce de comprendre ce qui a pu pousser ces deux hommes à commettre un geste aussi odieux. »
La mère de Maurice Marcil m’a écrit. Je l’ai rencontrée en avril. Elle m’a parlé de son fils, de la semaine infernale qui a suivi sa disparition, du temps suspendu où elle a oscillé entre l’espoir et la détresse, de sa douleur lorsqu’elle a appris sa mort.
Elle m’avait confié qu’elle ne voulait pas que les assassins de son fils sortent de prison. « Ils ont été condamnés à perpétuité... »
Elle m’a demandé de préciser sa pensée. « Ce que vous avez écrit ne correspond pas à mon état d’esprit. Aussi longtemps que les deux criminels ne comprendront pas la gravité de leurs actes et que les experts n’auront pas donné l’assurance de leur non-dangerosité, je m’opposerai à leur mise en liberté. »
« J’ai le même âge que Maurice Marcil et Chantal Dupont. Enfin, celui qu’ils auraient aujourd’hui s’ils n’avaient pas été assassinés. Je m’en souviens comme si c’était hier
Les vacances d’été commençaient. J’étais assise au bord de la piscine, mon père m’a tendu le journal en me disant: "Lis ça." Je n’avais jamais réalisé à quel point la vie pouvait être dangereuse, je pensais que mes parents exagéraient. À 14 ans, je me croyais immortelle et invincible.
Le double meurtre a été comme une gifle. J’étais bouleversée. Je ne l’ai jamais oublié. Ces deux jeunes, je les porte en moi. C’est avec eux que j ’ai perdu mon innocence. »




Pardon et religion - Michèle Ouimet
Faut-i l être c r oyant pour pardonner ?
« No n , répond A rlène Gaudreault, criminologue et présidente de l’Association Plaidoyer victimes. Ceux qui pardonnent ont des valeurs spirituelles fortes : bonté, respect, dignité. Ils pardonnent pour ne pas rester avec quelque chose de malsain. Le pardon, par contre, est très rare. »
En 2003, Mme Gaudreault a réalisé 19 entrevues avec des victimes de voies de fait, d’inceste et d’agressions. Toutes, ou presque, ont rejeté l’idée du pardon. Les blessures sont trop profondes, la colère trop forte, les fantasmes de vengeance trop envahissants.
« Il ne faut pas imposer le pardon aux victimes, prévient-elle. Et le pardon n’est pas nécessairement une condition de guérison. »
Le pardon est loin de faire l’unanimité. Lorsqu’elle montre le film de Denis Boivin à ses étudiants, ils sont choqués. « Ils trouvent que les victimes sont naïves et qu’elles se font avoir », dit Mme Gaudreault.
Jerzy Sredzinski aimerait tourner un documentaire sur le pardon. Polonais d’origine, il vit en France. Il a vu le film de Denis Boivin.
Une question le hantait depuis quelques années : « Quelle est l’exigence la plus extrême que l’on puisse imposer à un être humain? » Il pensait connaître la réponse: « Demander à une mère de pardonner au meurtrier de son fils. »
L’idée du film faisait tranquillement son chemin lorsque sa soeur a été assassinée. Un meurtre sordide : un voisin l’a frappée à la tête, puis il a mis le feu à son appartement.
« J’ai été confronté à ma propre question », raconte-t-il. M. Sredzinski vit en banlieue de Paris. C’est là que je l’ai joint. Il songe au pardon, mais il veut d’abord rencontrer le meurtrier de sa soeur, qui a été condamné à cinq ans de prison. Il l’a contacté par le truchement d’un organisme.
« Le pardon, c’est la chose la plus difficile à faire, affirme M. Sredzinski. L’élan naturel nous mène vers la punition, la vengeance. »
Il ne pense pas qu’il faille être croyant pour pardonner. « Je suis croyant, dit-il, mais ma démarche n’a pas de connotation religieuse. Je cherche des valeurs universelles, je ne veux pas m’enfermer dans le christianisme. Ce meurtre m’a fait beaucoup souffrir. Je dois faire un effort infini pour arriver au pardon. »
Il tient toujours à réaliser son film.
Jerzy Sredzinski, les Dupont. Trois victimes indirectes, deux formes de pardon. L’un basé sur la foi, l’autre sur des valeurs universelles.
La question reste entière: le pardon est-il une forme de manipulation de l’âme, un trip religieux ou un geste de pure bonté?


1949, L’ATTENTAT DE  SAULT-AU-COCHON - Caroline Touzin
Un triangle amoureux. Une bombe dans un avion. Vingt-trois victimes. Trois pendus. C’est l’histoire d’un crime presque parfait. Le « vrai » crime d’Ovide Plouffe. Soixante ans plus tard, l’attentat de Sault-au-Cochon est toujours imprimé dans la mémoire d
« Il fallait être méchant pour faire un plan comme ça. » Thérèse Bergeron-Halpin, 84 ans, est toujours indignée, 60 ans plus tard. La dame âgée se souvient de l’air ébranlé de son mari, James Halpin, à son retour à Québec, après avoir passé plusieurs heures en forêt à la recherche du lieu de l’écrasement du DC-3 de la Canadian Pacific Airlines près de Sault-au-Cochon.
Le procès de J. Albert Guay s’est déroulé au palais de justice de Québec. Il sera pendu le 12 juin 1951 après avoir dénoncé ses complices.
« Il m’a décrit à quel point c’était macabre. Il a vu des corps, dont un bébé. Ça l’a vraiment secoué », raconte-t-elle. Son mari, pharmacien à Québec, a été l’un des premiers à se rendre sur les lieux de l’« un des drames les plus horribles et les plus ignobles à noircir les annales criminelles canadiennes », comme l’a écrit Allo-Police dans un dossier sur « La vraie histoire du crime d’Ovide Plouffe » publié en 1984.
Le 9 septembre 1949, un avion partant de Québec à destination de Baie-Comeau s’est écrasé près du village de pêcheurs de Charlevoix. À bord, il y avait trois grands patrons de compagnies américaines. Les 23 passagers ont péri, dont une certaine J. Guay.
L’ami d’enfance de M. Halpin, « Mo » Edwards, photographe pour le Toronto Star, avait insisté pour qu’il l’accompagne. « Quand Mo a reçu un appel de Toronto, la nouvelle n’était même pas rendue à Québec », se remémore Mme BergeronHalpin, dont le mari est récemment décédé.
Après une marche de trois heures en montagne, le pharmacien et le photographe sont arrivés sur la scène de crime avant les policiers. M. Edwards a eu le temps de prendre quelques photos. En entendant les policiers, il a refilé les films à son ami, qui les a cachés sous son manteau. Les agents ont confisqué l’appareil d’Edwards, mais n’ont pas pensé à fouiller M. Halpin. À leur retour, Mo s’est empressé de transmettre les photos au journal torontois, qui a publié les premières images du drame.
23 personnes tuées
L’enquête révélera quatre jours plus tard qu’une explosion dans le compartiment à bagages a causé la tragédie. Deux semaines se sont écoulées avant que la vérité n’éclate. « L’explication trouvée : les 23 personnes tuées pour une femme dont son mari aurait voulu se défaire en touchant aussi 10 000$ d’assurance », a alors titré La Presse.
Le mari, c’est J. Albert Guay, 31 ans, décrit par les médias de l’époque comme un « raté » vendeur itinérant de bijoux à Québec. La femme, c’est Rita Morel. Le couple a une fillette de 4 ans et… une relation orageuse.
Au procès de Guay, un ami de l’accusé, Lucien Carreau, racontera que Guay cherchait un moyen de tuer sa femme. Il lui avait offert 500$ pour qu’il mette du poison dans son verre de vin. C’est que Guay était amoureux fou d’une jeune serveuse de 17 ans, Marie-Ange Robitaille.

Le bijoutier a ainsi planifié le premier attentat terroriste contre un avion civil en Amérique. « La seule explosion du genre était arrivée quelques mois auparavant, aux Philippines. Il n’y avait pas eu de mort à ce moment-là. Mais ce n’était pro-
bablement pas passé inaperçu pour Albert Guay », a raconté à l’époque le Dr JeanMarie Roussel du Laboratoire de médecine légale et de police technique de Montréal.
Le 24 septembre 1949, J. Albert Guay entrait au palais de justice de Québec pour sa comparution.
C’est le travail du Dr Roussel et de son collègue, le jeune chimiste Robert Péclet, qui a permis d’identifier les causes de l’explosion. « Ils ont été très débrouillards. Mais aussi chanceux de découvrir des traces d’explosifs. Ça aurait pu être un meurtre parfait. Si l’avion n’avait pas été en retard, il aurait explosé au-dessus du Saint-Laurent où on aurait eu peu de chances de trouver quoi que ce soit », affirme la fille du Dr Péclet, Claire Péclet, qui a suivi les traces de son père en devenant à son tour scientifique au Laboratoire.
Meurtre payant
En achetant le billet d’avion de sa femme, Guay a pris une assurance vie de 10 000 $, une somme considérable pour l’époque. Rita devait aller chercher pour lui des bijoux à Baie-Comeau. Il est allé la conduire lui-même à l’aéroport, non sans l’embrasser, avant de la quitter.
Peu de temps avant le départ, Marguerite Ruest-Pitre, complice de Guay, est allée porter un colis – une statue « fragile » – dans l’avion. Mme Pitre était surnommée « le corbeau » par ses voisines en raison de son air bête et de ses éternels vêtements noirs. Elle avait eu deux maris, 14 enfants de plusieurs hommes et elle faisait des avortements clandestins, selon Allo-Police.
À son procès, Mme Pitre a toujours nié connaître le contenu du paquet. Selon la poursuite, en échange de ses services, Guay effaçait une vieille dette de 600$. C’est le frère de Mme Pitre, Généreux Ruest, un horloger confiné à un fauteuil roulant, qui a fabriqué la bombe.
Guay a dénoncé ses complices un mois avant d’être pendu, le 12 janvier 1951. À son procès, il n’a pas témoigné pour sa défense. Le jury a mis 17 minutes pour le déclarer coupable. Son amante, la jeune serveuse, n’a jamais été accusée et a ensuite changé d’identité. Mme Pitre et son frère ont été condamnés à mort à leur tour. Au pied de l’échafaud, elle a remercié les policiers et même le juge. « Je regrette tout ce qui s’est passé », a-t-elle lancé. C’est la dernière femme à avoir été exécutée au Canada.
L’auteur Roger Lemelin s’est inspiré de cette affaire pour écrire Le crime d’Ovide Plouffe. L’histoire a ensuite été portée au grand écran en 1984. Rita Morel est ainsi devenue Rita Toulouse dans le film de Denys Arcand. Mais parfois, la réalité est encore plus étrange que la fiction. « Chose curieuse, la seule personne qui a pu être identifiée d’après les photographies prises sur les lieux – on aperçoit sa figure, sous le fuselage –, c’était Rita Morel, l’épouse d’Albert Guay », a raconté le Dr Roussel du Laboratoire de médecine légale.






Pas l’unique responsable- Les cas de violence grave ne s’expliquent pas seulement par le syndrome de la Tourette
Ça vient me chercher comme parent, tous les cas ne sont pas si graves, même si personne n’aura de vie facile en ayant ce syndrome.
L’auteure réside à Montréal.
Le syndrome de la Tourette n’explique pas tout dans les causes de Francis Proulx et de Mark Lafleur. D’autres facteurs peuvent avoir influencé leurs agissements.
J’aimerais vous faire part de mes commentaires au sujet de conversations que j’ai entendues à la radio sur Guy Lafleur et son fils Mark, à la suite du verdict de culpabilité prononcé contre M. Lafleur.
J’ai un fils de 23 ans qui souffre du syndrome de la Tourette. Donc, vous imaginez que je sympathise beaucoup, beaucoup avec Guy Lafleur et sa femme. Des nuits blanches et des soucis, nous en avons eu notre part nous aussi.
Je suis, comme vous, outrée du jugement de culpabilité à l’endroit de M. Lafleur.
Par contre, ce que je n’aime pas entendre, ce sont les comparaisons entre le syndrome et Francis Proulx. Oui, apparemment, M. Proulx souffre du syndrome, mais à ce que je sache, ce n’est pas à cause de ça qu’il a tué.
Les gens retiennent souvent cette impression et, comme parent membre de l’Association québécoise du syndrome de la Tourette, on me disait dernièrement que l’organisme doit souvent répondre à des questions pour tenter de démystifier tous ces dires.
Mon fils me disait: « Ça n’aidera pas l’image qu’ont les gens de nous lorsqu’un cas grave est médiatisé. »
On n’a pas raison de tout mettre sur le dos du syndrome de la Tourette. À ma connaissance, dans le cas de Mark Lafleur, la drogue a été un gros facteur, et dans celui de Francis Proulx, il éprouve d’autres problèmes mentaux.
On oublie les autres qui ont cette maladie, qui essaient de fonctionner dans la société et qui travaillent fort sur eux pour y arriver. Le quotidien n’est pas plus facile pour autant, croyez-moi !
Chacun doit vivre son quotidien avec le syndrome et tous les problèmes que ça comporte. D’entendre juste ces commentaires très négatifs, vous comprendrez que ça vient me chercher comme parent, parce que tous les cas ne sont pas si graves, même si personne n’aura de vie facile en ayant ce syndrome. C’est l’image que ça donne pour tous les autres cas moins graves de violence : il y a plusieurs facteurs qui font que ces personnes ont fait ces gestes, pas juste le syndrome de la Tourette. Mais ça, on oublie de le mentionner dans les commentaires qu’on entend à la radio.
Tenter de démystifier le syndrome est majeur. Il faudrait juste fouiller un peu plus loin avant d’émettre des opinions ou des commentaires. C’est trop facile sinon.


 

Cette p’tite vie
QUÉBEC — Il n’a pas l’air de Hannibal Lecter. Francis Proulx, je veux dire. Le gars qui a tué Nancy Michaud, l’an dernier, à Rivière-Ouelle, dans le Basdu-Fleuve. Il n’a pas l’air d’un monstre. Pourtant, ce qu’il a fait est assurément monstrueux.
La vie de Francis Proulx a commencé petite, avec une mère dépressive (notre photo), qui embrigade son fils chez les Témoins de Jéhovah. Et un père inconnu.
Moins costaud que ce que le dessin de cour qui a circulé peut laisser penser. Maigre, nerveux. Profil de hibou, avec ces lunettes à la Lennon. Voix mal assurée. Vocabulaire limité. J’ai suivi, comme tout le monde, les comptes rendus de son procès pour meurtre. Vous le savez, la défense admet le meurtre. Admet que Proulx, 29 ans, est entré en pleine nuit chez une voisine, Nancy Michaud, 37 ans, mère de famille. Qu’il l’a tuée d’une balle dans la tête. Qu’il a transporté le corps vers unemaison abandonnée. Corps qu’il a violé.
La défense veut démontrer que Proulx, pour cause de médication et de maladie mentale, ne peut être tenu criminellement responsable de ses actes.
Je suis allé assister au procès de Proulx, cette semaine, à Québec. Je l’ai vu être interrogé par son avocat, Jean Desjardins. Et le contreinterrogatoire de la procureure de la Couronne, Annie Landreville, flanquée de James Rondeau.
À la barre, j’ai vu un type démuni. Il faut être démuni en maudit pour charger un cadavre dans sa voiture, le violer et oublier que, ce faisant, on laisse un véritable buffet d’empreintes génétiques incriminantes pour les enquêteurs de la police...
Mais Francis Proulx est également assez vif d’esprit. Assez pour narguer, avec des répliques baveuses, Me Landreville. Mercredi, la procureure talonnait le meurtrier, à propos d’une entrée par effraction dans une maison. Où Proulx dit avoir parlé deux heures au hamster de la maisonnée, dans la pénombre.
« J’aime mieux parler à un hamster qu’à une avocate », a-t-il dit à l’avocate qui s’étonnait qu’on puisse parler si longtemps à un rongeur domestiqué.
Il y a un truc qui me frappe, chez Proulx. C’est cette vie. Tout, dans cette vie, était petit. La p’tite vie, la vraie, c’est lui qui la vivait.
Une vie qui a commencé petite. Mère dépressive, qui embrigade son fils chez les Témoins de Jéhovah. Père inconnu. L’école, ensuite, où il était ridiculisé à cause de ses tics.
Sa vie, jusqu’à ce soir de mai 2008, quand il est entré chez Nancy Michaud, qui dormait, seule dans son lit?
Du poker sur le web. Des voyages à la « cour à scrap », où il allait chercher des radios d’auto. Il faisait une collection de radios d’auto. Du XXX sur le web.
De la loto. Un fou de loto, Proulx. Jusqu’à 100$ par semaine en gratteux. C’est d’ailleurs ce qu’il s’est acheté avec les 1000$ dérobés dans le compte de Nancy Michaud, le soir du meurtre: 20$ de gratteux, à 4h du matin, dans un dépanneur.
Ce qu’il faisait avec les billets grattés? Une collection.
Sa vie, sinon? Pas grand-chose. Petit cercle d’amis. En cour, il en a nommé quatre. Définition d’un ami? « Quelqu’un à qui tu parles de temps en temps. À qui on envoie la main quand on les voit. »
Les filles? Pas de filles. Zéro. Un semblant de blonde, au secondaire. Sinon, c’est avec le corps de Nancy Michaud qu’il a perdu sa virginité. À 28 ans.
Même un ancien voisin de Proulx, René Nadeau, était petit. Pas physiquement, je veux dire. Mais René Nadeau était petit au point de vendre un revolver à Proulx, l’idiot du village, allant même jusqu’à lui dire comment se fabriquer un silencieux. C’est ce gun qui a tué Nancy Michaud.
Proulx a grandi chez sa grandmère, quasi voisine de la victime. Dans la maison: la grand-mère, un oncle et Proulx. La dynamique? Eh bien, imaginez une armoire. Qui se verrouille à clé. Pourquoi? Proulx: « Ma grand-mère mettait son Coke, son Seven-Up, ses chips là-dedans parce que mon oncle Gilles se servait, sinon. »
Du Coke. Du Seven-Up. Des chips. Sous clé.
Ah, le Coke. Un jour, Proulx vole dans un chalet. Et il prend la peine de voler quoi?
Du Coke. La p’tite vie? Après son aveu aux flics de la SQ, Proulx est retourné en cellule, avec un faux détenu, vrai agent double de la GRC qui l’enregistrait à son insu. À la perspective de passer sa propre vie sous clé, il a dit: « C’est-tu vrai que dans les prisons fédérales, ils mangent du steak pis des fruits de mer? Pis qu’ils peuvent te servir deux fois? Avoir su, j’aurais fait mon meurtre avant... »
Proulx est de ces hommes qui vivent dans une prison invisible, la prison de leur petit désert sans curiosité, sans culture, sans références. Et hors cet enclos aride et rabougri, tout est gros, tout est menaçant, tout est une offense personnelle.
Tiens, à l’agent double, Proulx a raconté avoir tué Nancy Michaud parce qu’elle faisait « une belle vie », avec son salaire d’attachée politique. Si elle avait été pauvre, il ne l’aurait pas tuée, a-t-il dit à son (faux) codétenu.
Riche, la victime? Le salaire, pour des jobs d’adjointe de ministre comme celui de Mme Michaud, c’est 45 000$, environ. On est loin, très loin de Céline Dion... Une, très, très p’tite vie. C’est peut-être pourquoi je n’ai pas été surpris quand Proulx a expliqué pourquoi il a pris le corps de Mme Michaud d’une certaine façon, et pas d’une autre, sur le lit de cette maison abandonnée, quelques heures après le meurtre. C’est ce qu’il a dit au jury. Je n’invente pas ça. Il a dit : « J’ai une petite queue. »

 


Le silence coupable -  MICHÈLE OUIMET
« Je lui ai dit: "Tu m’as fait du mal." Il a baissé les yeux. "Tu m’as forcée." Il m’a répondu qu’il ne s’en souvenait pas. Il souffrait beaucoup. Son cancer. Il m’a avoué qu’il avait fait du mal à d’autres femmes. »
Sur la photo en noir et blanc, on discerne nettement les sept soeurs. Debout côte à côte dans leur robe légère, elles regardent fixement l’objectif. En arrière-plan, la ferme familiale.
Combien ont été agressées par leur frère aîné? Lucie l’ignore. Deux, trois peut-être. Elle soupire et replace la photo dans l’album.
La première fois que son frère l’a touchée, elle avait 8 ans. C’était l’été, il faisait chaud. Elle était dehors, étendue sur une couverture. Son frère s’est approché doucement, puis il s’est couché sur elle. « Ça me chatouillait entre les jambes », raconte Lucie.
Elle ne comprenait pas ce qui se passait, mais elle sentait que quelque chose clochait.
« Pendant des années, je me suis laissé faire, ajoute-t-elle. Il se collait. J’étais tellement jeune. Je ne disais rien. »
Il n’a jamais été violent, il ne l’a jamais pénétrée, mais il revenait sans cesse, la collait, la caressait. Sauf une fois. Elle avait 14 ans, lui 20. Elle lisait près de la fenêtre. Son frère est entré dans la chambre.
« Ma mère était en bas, dans la cuisine. Il m’a couchée sur le lit, puis il m’a prise de force. Je me suis débattue, mais je n’ai pas osé crier. Ça s’est passé vite. J’étais très fâchée. »
Il ne l’a plus jamais touchée. Il y a eu un froid entre eux jusqu’au jour où elle a pris son courage à deux mains et a osé l’affronter. C’était au milieu des années 90, quelques mois avant la mort de son frère. Elle avait 40 ans.
Elle était en visite chez lui. Aux premières lueurs de l’aube, ils se sont retrouvés dans la cuisine pendant que les autres dormaient.
« Je lui ai dit: "Tu m’as fait du mal." Il a baissé les yeux. "Tu m’as forcée." Il m’a répondu qu’il ne s’en souvenait pas. Il souffrait beaucoup. Son cancer. Il m’a avoué qu’il avait fait du mal à d’autres femmes. À la sienne aussi. Il l’a battue. Il s’en voulait énormément. »
Aujourd’hui, Lucie a 55 ans. Elle a longtemps traîné son passé incestueux. « J’ai gardé cette boule à l’intérieur de moi. Quand je faisais l’amour avec un homme, je pensais à mon frère. »
Elle a fait une dépression, elle a vu des psychologues. « Ils m’ont dit que la meilleure façon de s’en sortir, c’était de parler. Alors je parle. »
Son père était agriculteur. Ils vivaient pauvrement dans un village en France. « On avait des trous dans nos souliers », rappelle Lucie.
Une enfance difficile. Une mère froide et distante qui élevait ses enfants à coups de claques. Un père dur, autoritaire. Des parents très religieux. Ils étaient neuf enfants, Lucie était au milieu. Les sept filles dormaient dans une chambre, les deux garçons dans une autre.
Elle a émigré au Québec au milieu des années 70. Le besoin de mettre un océan entre elle et sa famille. Elle a jeté son ancre sur la Rive-Sud, dans une petite maison située au milieu d’une rue paisible.
Elle étale ses albums de photos sur la table de la cuisine et tourne lentement les pages. Elle parle avec un accent français mâtiné de québécois.
« Ici, c’est mon frère », dit-elle en pointant la photo d’un grand maigre. Bel homme, cheveux noirs en bataille.
« Là, c’est ma mère. » Une femme courte, cheveux blancs, pommettes rougeaudes. Le physique d’une femme qui a travaillé dur toute sa vie. Elle vit toujours dans son village en France.
Lucie n’en veut pas à son frère. « Je l’aimais beaucoup », dit-elle. Par contre, elle est en colère contre sa mère. Une immense colère. Elle savait que son fils touchait ses filles. Elle n’a rien dit. Jamais. Lucie l’a appris peu de temps après la mort de son père au début des années 2000.
La vérité est sortie lors d’une conversation téléphonique, Lucie au Québec, sa mère en France. Lucie avait 50 ans, sa mère 80.
« Ma mère m’a demandé pourquoi j’étais partie si loin, au Canada, raconte Lucie. Je lui ai dit : "Mon frère m’a fait mal." Elle m’a demandé: "Qu’est-ce qu’il t’a fait?" Elle insistait. Je lui ai répondu: "Ce qu’un homme fait à une femme." Elle m’a dit: "Je le savais, je t’ai vue, collée sur ton frère, dans mon lit." Je lui ai crié: "Pourquoi tu nous as pas chicanés? Tu te gênais pas pour nous donner des claques pour une vaisselle mal faite!" Elle m’a lancé: "C’était pas de mes affaires!" »
Elle en veut terriblement à sa mère. Pas question de pardonner, encore moins d’oublier. « Elle peut mourir, ça ne me dérangerait pas », crache Lucie.
Elle jure qu’elle est heureuse avec son mari et ses enfants, mais les souvenirs sont là, tenaces. Ils lui collent à la peau. Elle n’arrive pas à oublier les assauts de son frère et le silence de sa mère. Surtout le silence. Ils empoisonnent sa vie. Elle croit qu’en parlant, elle réussira à évacuer la colère qui l’étouffe.