Très fort

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


The direct approach isn’t always most effective - DOUG SAUNDERS

Pas simple, la démocratie - Pierre Foglia


Perspectives - Sommes-nous si «poches» que ça? - Pierre Fortin

Le chemin de l'honneur

Protesters are still the canary in the coal mine

The euro: a nice idea until the people got in the way - Margaret Wente


Cynisme ? Plutôt de l’apathie


Deficit-slayers feel the love – from voters


On est 7 milliards...


À la défense de l'optimisme...
The silver lining to tanking markets and rioting yobs - John Ibbitson
L'optimisme rationnel de Matt Ridley
Dare to be an optimist!


Wanted: political leadership and courage


PAUVRES TANGUY!

Le monde serait-il donc le théâtre d'une lutte entre le bien et le mal ?...
Dehors, le Nobel !

Microlender to fight Bangladesh order to fire Nobel laureate founder

Révolution? Sans aucun doute

Une commission et l’opinion publique


La santé est dans la nuance - Stéphane Laporte

Pour ne pas en finir avec la peur


Hard realities, voodoo solutions, Republican gains - Jeffrey Simpson

Stop polarizing our discourse - Preston Manning


L'homme est moins intelligent que son téléphone

La vie rêvée - Pierre Foglia

Avez-vous peur de l'uranium? - Alain Dubuc


Harmonizing a death knell - Jeffrey Simpson


Of animals in danger and endangered species


Le hall des miracles - Mario Roy
La recette de la célébrité politique - Stéphane Laporte

Démission politicienne - Lysiane Gagnon


Les émois hellènes - Alain Dubuc

À qui appartient le muguet? - Stéphane Laporte


Le malaise des prêtres - Stéphane Laporte

L'exemple américain - Mario Roy

Yes, he can. Et nous? - Vincent Marissal

L'ex-Québec - Stéphane Laporte

« N’aie pas peur »


Le deuxième souffle - Alain Dubuc

Si les profs pouvaient...  -  STÉPHANE LAPORTE
PAUVRE MONTRÉAL!  -  JACQUES MÉNARD

La pluie est magnifique  -  Stéphane Laporte
Éloge du cool américain -  Stéphane Laporte
Le maire Charlie Brown - Stéphane Laporte

Ascenseur et anarchie  -  STÉPHANE LAPORTE
Un petit pas  -  Stéphane Laporte
Opposition double - Stéphane Laporte
Un cochon nous écrit -  STÉPHANE LAPORTE
Comment va ta mère?  -  STÉPHANE LAPORTE
Conduisez-vous mieux qu’un enfant de 7 ans?  -  Stéphane Laporte

Le dimanche sans Grand Prix -  STÉPHANE LAPORTE
À la recherche d’un hippie  -  STÉPHANE LAPORTE

Mon père et les calorifères  -  Stéphane Laporte


L’amour -  YVES  BOISVERT
«Allez, allez»... - MARIE-CLAUDE LORTIE




LE DEVOIR
Libre opinion - Pour l'amour de l'impôt !
THE GAZETTE

GLOBE AND MAIL
PM gambles that voters care about the deficit, little else - John Ibbitson
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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE







« N’aie pas peur »
Au cours des funérailles de la chanteuse Kate McGarrigle, célébrées lundi dernier, sa soeur Jane a lu une lettre que lui avait adressée leur père, Frank McGarrigle, il y a 60 ans. Nous publions une traduction de cette lettre, qui a beaucoup ému l’assistan
Chère Janie, Comment vas-tu? J’ai très hâte de te voir. Je pensais que tu allais m’écrire et me conter tout ce qui se passe.
PHOTO GRAHAM HUGHES, PC Les funérailles de Kate McGarrigle, disparue le 18 janvier, ont été célébrées à la basilique Notre-Dame le 1er février dernier.
Maman a dit que tu étais arrivée première le mois dernier. Que j’étais content !
Maman m’a aussi parlé de Mme Page et des funérailles. Il paraît que tu as de la difficulté à t’endormir le soir parce que tu penses à toutes ces choses.
Je peux comprendre, Janie, que tout ce qui est lié à la mort, ou à l’idée de la mort, soit terrifiant pour un esprit d’enfant. J’étais comme ça aussi quand j’étais un petit garçon de ton âge. Mais je ne savais pas toutes les choses que je sais maintenant.
J’ai appris depuis que la mort, telle que tu l’imagines, n’existe pas. Il est vrai que quand Dieu veut rappeler l’un de nous, il le fait, et notre âme se sépare alors de notre corps. Une fois que l’âme est partie, l’ancien corps n’est plus d’aucune utilité et on en dispose en l’enterrant.
Nous lui présentons nos respects en organisant de belles funérailles, et tout le monde s’habille de noir, mais seulement parce que, pendant un certain temps, ce corps a été la résidence d’une âme de Dieu. Alors, si tu es une bonne petite fille, tu n’as pas à avoir peur que Dieu t’appelle, parce qu’il appellera chacun de nous au moment qu’Il jugera bon.
Toute la vie, tout ce qui est vivant, Janie, n’est qu’un enchaînement au cours duquel on naît, on vit un certain temps et, finalement, on retourne à la Terre Mère.
Tu vois toutes les fleurs sauvages et les plantes dans les jardins? Elles meurent à l’automne, et d’autres plantes naissent au printemps et à l’été des graines que les plantes mortes ont laissées.
Ne t’en fais donc pas pour des questions comme la mort de vieilles personnes. Continue à vivre ta vie et à être aussi bonne que tu sais l’être – sois bonne avec maman et gentille avec tes petites soeurs et tes amis – et tu n’auras pas à t’inquiéter au moment d’aller te coucher le soir… et n’oublie pas de faire tes prières à ton Ange gardien –, car alors rien, vraiment rien, ne pourra t’arriver pendant ton sommeil… et veille à ce qu’Anna et Kitty Kate fassent aussi leurs prières.
Bon, s’il y a quoi que ce soit qui t’inquiète, tu n’as qu’à m’écrire et à m’en parler. Je comprendrai et je t’expliquerai. Avec amour, Papa



La pluie est magnifique  -  Stéphane Laporte
Un enfant aime la pluie. C’est inné en lui. Un enfant peut passer une journée à jouer avec un boyau d’arrosage. La pluie, pour lui, c’est un cadeau du ciel. La plus grosse des fontaines. Ce sont ses parents qui l’obligent à rentrer. Ce sont ses parents qui le conditionnent à fuir la pluie. À s’en faire une ennemie.
Il faut que je remette ça encore. L’été dernier, j’avais pondu une chronique pro-pluie. C’est la litanie des commentaires négatifs qui m’y avait poussé. Partout où on allait, on n’entendait que ça : – Maudite pluie! – C’est un été de cul! – C’est un temps de chien! – Des vacances de merde! Ma chronique n’a rien donné. Cet été encore, la pluie est aussi populaire que Vincent Lacroix. On s’enrage. On l’insulte. On la conspue. Elle est responsable de tous nos malheurs.
Tel un séparatiste qui ne se décourage pas et reprend le bâton du pèlerin pour rallier les gens à sa cause, je vais une fois de plus tenter de vous réconcilier avec la pluie. Même si ma cause semble aussi perdue que celle de Falardeau.
Ce matin, on va faire une thérapie de groupe. On va se reprogrammer. On va changer notre attitude face à la pluie. Cessons d’avoir peur. De capoter à la moindre ondée. On n’est pas fait en chocolat ! Pourtant, à la première goutte qui tombe, on s’en va se cacher comme si c’était un missile coréen qui venait du ciel. C’est de l’eau. Juste de l’eau. Quand il se met à pleuvoir, les gens dans leur piscine, déjà mouillés des pieds à la tête, se dépêchent d’entrer dans leur maison. Pourquoi? Ils sont déjà dans 10 pieds d’eau. Et que font-ils une fois à l’abri? Ils s’en vont prendre leur douche. Absurde.
La pluie n’est pas une catastrophe naturelle. Au contraire, c’est un bienfait. En Afrique, on danse de joie quand il pleut. Ici, on déprime. On arrête tout. On se cache. On hiberne.
Pourtant, on aime l’eau. Quelle est la destination préférée des Québécois, l’été ? La mer. Tous les Québécois rêvent d’aller sur le bord de la mer. Ben la pluie, c’est la mer qui vient à eux. Au lieu d’être une mer horizontale, c’est une mer verticale. Le résultat est le même, ça rafraîchit. Et ça apaise.
Combien de Québécois font des heures de route pour voir les chutes du Niagara? Pour observer des tonnes d’eau descendre d’un rocher, mais quand un orage sévit devant leur fenêtre, ils ferment les rideaux et regardent la télé. Décidez-vous ! Aimez-vous ça voir de l’eau ou pas? Quand il pleut sur toute la ville, c’est pas mal plus gros que les chutes du Niagara. C’est un effet spécial gigantesque. Quand le cinéma se met en tête de reproduire une averse, les cracks d’Hollywood parviennent à créer l’illusion sur un coin de rue seulement. La nature, elle, réussit à pleuvoir sur une province, en entier, en même temps. C’est impressionnant. Prenons le temps de l’admirer.
Pendant une averse, si les gens sont si pressés d’entrer chez eux, c’est pour ne pas mouiller leurs vêtements. Pourquoi ne font-ils pas comme à la mer? Qu’ils les enlèvent ! Imaginez : si chaque fois qu’il pleuvait, les gens enfilaient leur maillot de bain et sortaient dehors, on ne verrait plus la pluie de la même manière. Je connais une gang de mononcles qui prieraient pour que l’été soit pluvieux.
Montréal est en manque de touristes. Si toutes les Montréalaises se promenaient en bikini, les jours de pluie, les Américains se précipiteraient chez nous. Le Festival du string attirerait plus que le Jazz et Juste pour rire ensemble.
Au lieu de tout annuler lorsqu’il pleut, organisons des activités qui n’auraient lieu que lorsqu’il pleut. En cas de soleil, vous serez remboursé. Guy Laliberté, qui s’en va dans l’espace faire un happening poético-social pour sensibiliser la planète à l’importance de l’eau, devrait donner l’exemple, en créant le Cirque de la Pluie. Sans chapiteau. On jongle, on se contorsionne et on descend d’un foulard sous la pluie. C’est comme O, mais version nature.
Un enfant aime la pluie. C’est inné en lui. Un enfant peut passer une journée à jouer avec un boyau d’arrosage. À se verser de l’eau sur la tête. À courir à travers les jets. La pluie, pour lui, c’est un cadeau du ciel. La plus grosse des fontaines. Ce sont ses parents qui l’obligent à rentrer. Ce sont ses parents qui le conditionnent à fuir la pluie. À s’en faire une ennemie. Redevenons enfants. Apprenons à vivre sous la pluie. À jouer avec elle. À danser comme Gene Kelly.
Michael Schumacher était un meilleur pilote les jours de pluie. Qui sait si vous n’êtes pas un meilleur golfeur, joggeur ou joueur de tennis lorsqu’il pleut ? Pas besoin de se crémer durant deux heures pour passer une journée sous la pluie. La pluie ne brûle pas. La pluie ne fait pas plisser des yeux. La pluie ne donne pas le cancer. Enlevons nos chapeaux. Si elle fait pousser le gazon, elle fait peut-être pousser les cheveux. Sait-on jamais? La pluie a peut-être plein de pouvoirs thérapeutiques que nous ignorons car jamais nous nous exposons à elle.
Cessez de dépendre du canal météo. Cessez de choisir vos activités selon le temps qu’il fait. Agissez beau temps, mauvais temps. On peut faire un BBQ sous la pluie. Quand il fait soleil, vous mangez sous le parasol. Mangez sous le parasol quand il pleut. Ce n’est pas plus malin. Un parasol, ce n’est rien d’autre que le cousin snob du parapluie.
Faisons de Montréal la ville des gens heureux même quand il pleut. Le soleil, il est en nous.
Bonne deuxième semaine de vacances de la construction, quand même !



Éloge du cool américain -  Stéphane Laporte
Bien sûr, tous les Américains ne sont pas cool. Mais ils ont quand même assez de cool pour avoir élu le cool des cool à leur tête.
C’ est aujourd’hui la fête des Américains. Leur avez-vous acheté un cadeau? Je sais, pas besoin, ils ont déjà tout, nos riches voisins. Ce sont les meilleurs, ce sont les plus fins. On écoute leur musique, on regarde leurs films, on achète leurs produits. Ce sont les maîtres du monde! Tout pour nous rendre jaloux. Au moins, avant, on pouvait dire que leur président était nono. Ça nous faisait du bien. Ça nous rassurait sur nous-mêmes. À quoi ça sert d’être puissant, si c’est pour être dirigé par un innocent? Vaut mieux être petit et dirigé par Charest. Ce n’est pas Churchill, ni Jules César, mais au moins il sait comment manger un bretzel. Bush était une farce mondiale. On lui garrochait nos souliers. Il était le symbole du déclin américain. On les plaignait, nos riches voisins.
Mais depuis Obama, plus personne ne rit des yankees. En plus de tout avoir, les Américains ont maintenant la superstar des chefs d’État. Un orateur de génie, un homme posé, réfléchi, sportif et ouvert d’esprit. Obama est l’idole mondiale. On lui garrocherait nos soutiens-gorge. Il est le symbole de la grandeur américaine. Ils font chier, nos riches voisins.
Ma blonde arrête de respirer dès qu’il passe à la télé. Les Américains sont passés d’Homer Simpson à Brad Pitt. Du dernier des cons au premier des bons. Obama a tant de prestance que tous les autres leaders de la planète ont l’air de marguilliers de paroisse à côté de lui.
Et savez-vous quelle est la plus grande qualité d’Obama? C’est la plus grande qualité américaine. The man is cool. Il est à l’aise dans toutes les circonstances, comme seul un Américain sait l’être.
L’avez-vous vu tuer une mouche lors d’une entrevue? Une mouche tournait autour de lui pendant qu’il répondait aux questions du journaliste. Il est resté relax. Une petite tape de la main de rien du tout, la mouche s’est couchée. Il a souri. Il a montré du doigt l’insecte sur le plancher pour que la caméra zoom dessus. Il n’a jamais semblé agacé. Au contraire, ça l’amusait. C’est ça être cool, c’est quand tout semble nous amuser un peu. Pas trop. Juste un peu. Même les dangers, mêmes les embûches. Même être président des États-Unis.
Le comble du cool, c’est Bugs Bunny. Le malin lapin n’est jamais décontenancé. Il a beau avoir un chasseur armé d’un gros fusil à quelques pouce de lui, il grignote sa carotte calmement. Ça ne sert à rien de s’énerver, ça ne l’aidera pas à s’en tirer.
C’est la plus belle qualité du peuple américain. Promenez-vous sur les boardwalks d’Old Orchard ou de Wildwood, un matin de juillet, c’est facile de différencier le Québécois de l’Américain. Le Québécois est nerveux, pressé, il se dépêche de tout visiter comme s’il n’avait pas le droit d’être là. Il tire sur son speedo qui lui remonte la bourse. Il angoisse de voir le ciel s’ennuager. Quand il croise des gens, il accélère le pas pour rejoindre sa gang. L’Américain déambule peinard, l’air content. Il prend son temps comme si le boardwalk lui appartenait. Il est bien dans ses grands bermudas beiges, les valseuses confortables. Il est heureux qu’un nuage lui fasse un peu d’ombre. Quand il croise des gens, il leur dit « Good morning », un grand sourire aux lèvres.
L’Américain profite de la vie. Le Québécois essaie que la vie ne profite pas de lui.
Le cool américain n’est pas le flegme britannique. Dans le flegme britannique, il y a quelque chose d’aristocratique, il y a de la distance, de la réserve. L’Anglais est bien dans sa petite bulle. Dans le cool américain, il y a quelque chose de démocratique, il y a de la proximité, de la chaleur. L’Américain est bien dans sa belle grosse bulle extralarge, avec tout le monde dedans.
Bien sûr, tous les Américains ne sont pas cool, ils ont leurs prêcheurs hystériques, leurs généraux disjonctés, leurs colons frustrés. Mais ils ont quand même assez de cool pour avoir élu le cool des cool à leur tête.
Le gouvernement américain a commis des horreurs: au Vietnam, en Amérique du Sud, en Irak, et chez lui, on n’a qu’à se rappeler le traitement des victimes de Katrina en Louisiane. Mais avec la puissance dont il dispose, c’est bête à dire, ça pourrait être bien pire.
C’est la faction cool qui tempère les ardeurs et les ambitions de cet empire. C’est ce côté bon enfant, easy going, qui ramène ce géant à des dimensions humaines.
En ce 233e anniversaire de l’indépendance américaine, je souhaite aux Américains de garder leur côté bon enfant encore longtemps. Qu’ils cherchent toujours à s’amuser, mais jamais à nos dépens. Que leur soif de profits n’empêche jamais des enfants de pouvoir boire, de pouvoir vivre. Bref, que les Américains montrent le chemin de la paix, qui permettra à tous les peuples de pouvoir être cool à leur tour.
Si Barack Obama peut se débarrasser du côté sombre de l’Amérique, comme il se débarrasse d’une mouche, alors c’est la planète en entier qui fêtera les États.
Happy birthday, guys ! Que God soit cool avec tout le monde!



Ascenseur et anarchie  -  STÉPHANE LAPORTE
Avez-vous déjà donné des s ous à u n pa r t i politique ? Moi, non. J’ai déjà donné à la SaintVincent de Paul, à Leucan, à l ’ hôpital Sainte-Justine, à l’hôpital du Sacré-Coeur, à l a S P C A , au x dominicains, aux squeegees, mais je n’ai jamais donné au PQ, au P L Q, au P C , au N P D ou à P r oj e t - Union-Vision Montréal. Les partis politiques ne m’émeuvent pas. Un enfant qui raconte sa lutte contre le cancer, ça vient me c hercher. Stephen Harper qui baragouine son plan économique, ça me repousse.
La plupart des gens sont comme moi. Ils donneraient des sous à Vincent Lacroix avant d’en donner aux politiciens. Et tout le problème est là. C’est le financement populaire qui est censé permettre aux partis politiques d’exister. Ce sont des petits dons de dix piastres, vingt piastres, cent piastres qui sont censés r emplir l eu r s coffres. Ben oui ! S’ils comptaient vraiment que sur ça, il n’y aurait pas grand blé d’Inde à leurs épluchettes.
Imaginez si les partis politiques ne recevaient rien des entreprises et des lobbys, i maginez s’ils devaient ne vraiment compter que sur l ’a r gent des quida ms. I l s devraient alors faire ce que font les organismes qui ne comptent que sur la générosité de monsieur et madame Tout-le-monde. Faire comme l ’ é qu i pe de r i ng uet t e de Chambly ou les scouts de Mascouche. On verrait Jean Charest sonner aux portes pour vendre le calendrier des députés libéraux en bedaine. À Pâques, Gérald Tremblay tenterait de nous faire acheter ses nids-de-poule en chocolat. Pauline Marois organiserait des ventes-débarras dans toutes ses diverses demeures. Mais l e s pol i t i c i ens n’en sont pas là. Car ils ont des amis qui s’occupent de faire entrer l’argent.
Qui donne aux partis politiques, si ce n’est pas nous ? Ceux qui ont une raison de le faire. La nature humaine est ainsi faite. L’Homme ne donne presque jamais pour don ner. L’ Homme don ne pour recevoir plus tard. Une ville, une province ou un pays, ce n’est qu’un grand i mmeuble, où les gens de pouvoir se renvoient l’ascenseur, pendant que le peuple emprunte l’escalier.
Je te donne tant, et si tu es élu, tu penseras à moi. Je t’offre ce contrat, mais lors des élec t ions, j ’at t ends t a contribution. De toute façon, les routes, il faut bien payer quelqu’un pour les aphalter, aussi bien que ce soit quelqu’un qui remplit à la fois le trou dans la rue et la caisse du parti. Tout le monde est content. L’entrepreneur a son gros contrat. Le parti a des sous. Le citoyen roule sur du bel asphalte neuf. Et un citoyen qui roule sur du bel asphalte neuf est un citoyen heureux. Que des gens aient ra massé des petits 3 % au pa s s a ge, pou r e n a r r i ver là, qu’est-ce que ça change à sa vie ?
Nous s ommes t ous des Gérald Tremblay : on ne le sait pas vraiment, on s’en doute mais on ne veut pas le savoir. Des naïfs par choix. Des innocents au courant.
Aucun politicien ne prend le pouvoir sans prendre l’ascenseur. Même saint Obama a eu besoi n de plusieu r s millions de dollars pour se rendre à l’étage du bureau Ovale. Et ce, même si toutes les filles qui le trouvent beau lui ont envoyé 20 piastres, ce n’était pas assez pour devenir président des États-Unis. Il a fallut d’autres contributions moins romantiques. Tous ces donateurs étaient-ils dénués d’i ntérêts ? Sûrement pas. Son ascension doit-elle être aussi celle de ceux qui l’ont aidé à monter? Sûrement.
Pol i t i c i ens e t ent r e pre - neu r s s e g r a t t e nt l e dos depuis toujours, sa ns que ça nous démange vraiment. On est désabusé. J’avais 12 a ns quand j ’a i vu le f i l m Réjeanne Padovani de Denys Arca nd. J ’a i découvert le côté croche de la politique. Ça m’a révolté. Puis je m’en suis remis. Avant les polit i c iens éta ient mes héros. Depuis, je sais que les héros n’existent pas. Le Watergate, l ’ I ra ngate, le scandale des c ommandites. . . On di r a i t qu’il suffit de fouiller pour t rouver. La corruption est pa r t out. Autant da ns une a s s o c i a t i o n de pé t a nque qu’au Vatican.
La corruption est comme la poussière. C’est la saleté qui vient avec l’action. De temps en t emps, il f aut fa i re le ménage. On sait en enlevant la poussière qu’elle va revenir. Que tout sera à recommencer. Mais il faut l’enlever quand même. Parce que la crasse finit par tout enrayer. Par tout paralyser.
Définition de l’a narchie : état de désordre dans lequel se trouve une collectivité ou un État, par suite de la carence ou de la faiblesse du pouvoir politique. C’est Léo Ferré qui serait fier de Montréal en ce moment. Le festival de l’Anarchie ne cesse d’ajouter des supplémentaires.
I l est temps de casser le part y. Et de tout nettoyer. Pou r r e t r ouver au moi ns durant quelques i nsta nts, cette for midable sensation qui nous envahit lorsqu’on réalise enfin que ça sent bon dans la maison.



Un petit pas  -  Stéphane Laporte
« Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité. » Wow! Pour moi, c’est une révélation. Je viens de saisir le pouvoir des mots.
Il est 20h, il faut rentrer. Tous nos matchs de baseball dans la ruelle se terminent à 20h. Fini, pas fini, c’est ainsi. Un règlement émis par nos mères. Je monte l’escalier et je m’en vais prendre mon bain. Puis je mets mon pyjama. Normalement, j’irais me coucher. Pas ce soir. Ce soir, c’est Noël en juillet: l’homme va marcher sur la Lune.
Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong et Edwin Aldrin plantent le drapeau américain sur la Lune.
Toute la famille est devant la télévision. Mon père, ma mère, mon frère de 15 ans, ma soeur de 12 ans, moi et mes 8 ans. Mon frère a installé devant lui la grosse recherche qu’il a faite sur la NASA. Il n’a pas fait ça pour l’école. Il a fait ça pour lui. Un gros dossier d’une centaine de pages à trois trous sur la conquête spatiale. Moi, j’ai apporté mon Tintin On a marché sur la lune. Au cas, si jamais le film est moins bon que le livre. Ma soeur a préparé un punch exprès pour la soirée avec du ginger ale et du jus de fruit. C’est la première fois que je bois du punch. C’est bon.
Personne ne parle. Dans le salon, il règne un silence solennel. Presque funéraire. Comme lorsqu’on regarde un funambule marcher sur un fil de fer. On retient son souffle. On l’admire tout en craignant le pire. Ce n’est pas comme une finale de hockey ou les Jeux olympiques. Ce n’est pas un jeu. C’est sérieux. C’est l’évolution. La grande marche de l’Histoire qui vient d’atteindre un nouveau plateau.
Nous sommes captivés, les yeux rivés sur notre vieil Electrohome. Jamais notre téléviseur noir et blanc n’a eu l’air aussi dépassé. Il y a un tel décalage entre ce vieux meuble des années 50 et les images qu’il nous montre ! Comme si le monde avait progressé trop vite. La veille, on regardait un film de Fernandel à la télé, et ce soir, on regarde l’homme sur la Lune. L’instant d’une nuit, les habitants de la planète Terre ne sont plus en 1969, ils sont en 2001, l’odyssée de l’espace.
La porte du LEM vient de s’ouvrir. L’astronaute Armstrong en descend. J’imaginais une sortie triomphante. Comme lorsque les présidents, le pape ou les Beatles sortent d’un jet. De face, sourire aux lèvres, ils envoient la main et descendent l’escalier comme Shirley MacLaine dans une comédie musicale. Ben non! Armstrong descend de dos. Comme on descend dans une piscine quand on a peur de l’eau. C’est pas Hollywood. C’est la réalité. Faut surtout pas tomber.
Son pied se pose au sol. Il rebondit et dit: « Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité. » Wow! Cette phrase, tout le monde va en parler. Tout le monde va la répéter sans cesse durant tout l’été. Elle fait la une des journaux, la manchette des bulletins d’information. Pour moi, c’est une révélation. Je viens de saisir le pouvoir des mots. Comment une toute petite phrase peut contenir le rêve et le travail de milliers d’humains.
Sans ces mots, on était témoin d’une grosse botte qui foulait de la poussière. Sans ces mots, ce n’était qu’un petit pas. Grâce à ces mots, c’est un bond de géant.
Cette phrase de Neil Armstrong a changé ma vie. Cette phrase de Neil Armstrong m’a donné le goût d’écrire. De saisir la vie, ses joies, ses peines, ses triomphes et ses défaites avec des mots. De rendre le classer ses images. Pour leur donner un sens.
Mon père hoche la tête en disant: « Ça s’peut-tu? » Il va le dire au moins trois fois durant la soirée. Sans jamais s’expliquer. On ne sait pas s’il dit « ça s’peuttu » comme dans: « C’est incroyable, c’est formidable! L’homme vient d’accomplir quelque chose de surhumain. » Ou « ça s’peut-tu » comme dans: « Ça s’peut-tu, dépenser des millions pour mettre le pied sur un terrain vague plein de trous pendant que des enfants meurent de faim! » Ou « ça s’peut-tu » comme dans: « C’est impossible, c’est une arnaque, tout ça est fabriqué en studio! » Si je me fie au regard triste qui accompagne son commentaire, je pense qu’il veut dire: « Ça s’peut-tu qu’on en soit rendu là? » Mon père se sent dépassé; autant que sa vieille télé.
Le monde vient de changer d’angle. Depuis la préhistoire, les hommes lèvent la tête pour regarder les temps inoubliable. Pour plusieurs, l’homme sur la Lune est un exploit scientifique; pour moi, c’est un exploit littéraire.
Plus que le drapeau américain, plus que le paysage lunaire, plus que les petits sauts des astronautes, ce qui passera à l’histoire, c’est: « Un petit pas pour l’homme, un bond de géant pour l’humanité. » La mémoire a besoin des mots pour astres. Ce soir, pour la première fois, deux hommes sur un astre lèvent la tête pour regarder la Terre. Et du coup ce sont tous les points de vue qui changent.
C’est fini. Armstrong et Aldrin sont retournés se reposer dans le LEM. Dans sept heures, ils iront rejoindre Collins dans la capsule. Sur Terre aussi, c’est l’heure d’aller se coucher. Quelle drôle de nuit! J’ai beau avoir 8 ans, je sais déjà que je vais m’en souvenir encore dans 40 ans. Je n’ai pas sommeil. Mon frère a caché une radio sous ses draps, il continue d’écouter les reportages. Je m’étire le cou vers la fenêtre. J’essaie de trouver la Lune, mais je ne la vois pas. L’homme vient de la décrocher. Alors je regarde mes pieds. Un petit pas pour l’homme...
Dorénavant, tout est possible. La Lune est à nos pieds.



Opposition double -  STÉPHANE LAPORTE
Ceux qui crient au scandale s’égosillent pour rien. L’idylle Normandeau-Bonnardel ne fera qu’augmenter la popularité des tourtereaux. Parce qu’on aime ça des amoureux.
Un homme et une femme... Ba, da, ba, da, da, ba, da, ba, da... Un adéquiste et une libérale... Ba, da, ba, da, da, ba, da, ba, da... La vice-première ministre Nathalie Normandeau et le député adéquiste François Bonnardel sont en amour. Selon Pauline Marois, cela soulève un problème d’éthique. Franchement ! L’amour ne soulève jamais de problème. L’amour ne soulève que les pantalons et les jupes.
La chef des souverainistes craint que cette romance réduise les ardeurs de l’ADQ à l’égard du gouvernement. Elle assure que le PQ fera preuve d’une vigilance accrue durant les prochains jours. Vigilance accrue? Quoi, ils vont poser des caméras aux domiciles de la ministre et du député ? Du coup, on va avoir droit à une nouvelle téléréalité: Opposition double. Si un des deux lofteurs révèle des secrets de son parti, il est mis en danger. Non mais, peut-on vivre et laisser vivre?
Quoi de plus normal que des députés aient des rapprochements. Ils passent tellement de temps ensemble. Et quand on y pense bien, une ministre du gouvernement a beaucoup plus de chances de craquer pour un député de l’opposition, et vice versa: ils sont face à face. Surtout Nathalie Normandeau, elle est assise dans la première rangée, à côté de Jean Charest. Tous ses confrères libéraux sont dans son dos. Difficile de leur faire de l’oeil. Elle passe ses journées à regarder les membres de l’opposition. C’est normal qu’un jour ou l’autre, un membre retienne son attention. Surtout que le beau François Bonnardel est le whip de l’ADQ. Whip, ça veut dire fouet en français, de quoi donner des idées...
Entre vous et moi, une libérale et un adéquiste, ça se ressemble pas mal. On n’est pas ben ben surpris que Cupidon les réunisse. Rien pour écrire à Louise Deschâtelets. On ne dit pas: comment deux êtres que tout oppose peuvent-ils s’aimer ? Aïe, c’est toute la même gang. Les trois principaux partis à Québec sont issus de la même fesse. René Lévesque a quitté le Parti libéral pour fonder le PQ. Mario Dumont a quitté le Parti libéral pour fonder l’ADQ. On est loin des rivalités ancestrales. Ce n’est pas comme si Golda Meir, la première ministre d’Israël, avait été follement amoureuse de Yasser Arafat, le chef des Palestiniens. On se calme! Une libérale et un adéquiste, pis après ? Même combat.
Pour faire taire les vierges offensées, le petit couple a promis de ne pas parler politique pendant leurs rencontres. Come on! souper. C’est sûr qu’ils jasent un peu de politique. Et tant mieux. Ça peut juste être bon de dialoguer avec quelqu’un qui ne partage pas (tout à fait) les mêmes opinions.
On devrait même encourager les relations extra-partisanes. Ça ouvre les esprits. Si le ministre du Patrimoine James Moore sortait avec la députée bloquiste Monique Guay, il serait sûrement plus au fait de la culture québécoise. Si l’ex-ministre Monique Jérôme-Forget avait eu une relation torride avec le député de Québec solidaire, Amir Khadir, elle aurait peutêtre lâché sa sacoche un peu, et le gouvernement aurait aidé autant les pauvres que les On vous aime bien, mais ne nous prenez pas pour des valises. C’est comme si Bob Gainey avait une idylle avec Ron Fournier et qu’ils nous promettaient de ne pas parler de hockey. On est passionné ou on ne l’est pas. De quoi se parlent-ils, s’ils ne peuvent pas se raconter leurs journées? Je comprends qu’ils en sont encore aux premiers mois de leur aventure et qu’au début, on soupire plus que l’on parle, mais à un moment donné, il faut bien s’arrêter pour grosses compagnies. Échangez, échangez, il en restera toujours quelque chose.
Ceux qui crient au scandale s’égosillent pour rien. L’idylle Normandeau-Bonnardel ne fera qu’augmenter la popularité des tourtereaux. Parce qu’on aime ça des amoureux. François Bonnardel, le Roméo de la politique, pourrait même en profiter pour lancer un album de chansons romantiques. Je le verrais très bien chanter à sa douce: Une chance qu’on s’A... DQ Quand on n’a que l’amour (et 6 députés) Fais-moi une place (de l’autre bord) I’d Do Anything for Love (But I Won’t Vote for That)
En terminant, je dois avouer qu’en grattant fort, on finit tout de même par trouver une situation problématique découlant de cette relation sentimentale. Très problématique. Ne souhaitons pas de malheur au PM, mais admettons qu’il lui en arrive un, en sa qualité de vice-première ministre, Madame Normandeau deviendrait première ministre du Québec. Et donc François Bonnardel serait la première dame. . . plutôt l e premier conjoint du Québec. Les voyezvou s faire c a mpa g ne main dans la main, mais chacun pour son parti ? Diplomat iquement , ce serait tout un précédent que le couple d’État ne soit pas du même bord. Mais au moins, ça permettrait à un membre de l’ADQ de pouvoir rencontrer Nicolas Sarkozy sans devoir faire le pied de grue devant son bureau durant une semaine. Han, mon Mario ? !

Je souhaite plein de bonheur aux deux amoureux. Merci de nous avoir rappelé cette semaine que les politiciens sont aussi des êtres humains. On l’oublie trop souvent.

Un cochon nous écrit -  STÉPHANE LAPORTE
Pourquoi nous? Que vous a-t-on fait? Les ours, les loups, les requins ont dévoré vos semblables, pourtant vous les respectez. Nous, on couine dans notre petit coin, tout roses, tout innocents, tout coquets avec la queue frisée, et vous nous accusez de tout ce qu’il y a d’immonde dans le monde. Gratuitement. Sans fondement.
Chers humains, Comme ça, vous avez décidé que la grippe porcine s’appellerait dorénavant la grippe A (H1N1). Vous ne voulez pas que ce virus entache la réputation du porc. Depuis quand la réputation du porc est-elle une de vos préoccupations ? Ça fait des siècles que vous salissez notre nom.
Y mange comme un cochon! Y est sale comme un cochon! C’est un vieux cochon! C’est une cochonne! Y a une tête de cochon! Y joue cochon! Si on se fie à vos expressions, je suis un goinfre malpropre, pervers, obsédé, têtu et brutal.
Je vous dis que ce n’est pas facile de pogner dans un site de rencontres avec une telle description!
Pourtant, je n’ai jamais vu un cochon vider un buffet à volonté. Jamais vu un cochon entrer chez Parée. Jamais vu un cochon jouer comme Sean Avery. Quand on cherche bien, le seul animal qui est à la fois goinfre, malpropre, pervers, obsédé, têtu et brutal, c’est vous.
Mais vous préférez tout mettre sur notre dos de cochon. Vous vous servez des autres noms d’animaux comme petits mots d’amour : mon minou, mon pitou, ma biche, ma perruche. Susurrez « ma truie » dans les oreilles de votre douce, et vous allez recevoir un coup dans les parties. Un coup de cochon.
Pourquoi nous ? Que vous a-ton fait ? Les ours, les loups, les requins ont dévoré vos semblables, pourtant vous les respectez. Nous, on couine dans notre petit coin, tout roses, tout innocents, tout coquets avec la queue frisée, et vous nous accusez de tout ce qu’il y a d’immonde dans le monde. Gratuitement. Sans fondement.
Puis voilà que, pour une fois, on vous fait quelque chose. On vous refile la grippe. Une vraie. Une solide. Qui rend malade comme un cochon. Pas une grippe d’homme, une grippe porcine. Parce que votre grippe, même si vous l’appelez A (H1N1), elle ne vient pas des léopards, elle vient des porcs, de notre nez écrasé à gros trous, mais vous ne voulez pas lui donner notre nom. Soudainement, vous voulez ménager notre sensibilité. C’est trop d’égards.
Alors pourquoi ne ditesvous pas: y mange comme un A ( H1N1), y est sale comme un A ( H1N1), c’est un vieux A (H1N1), c’est une A (H1N1), y a une tête de A (H1N1)?
Parce que notre réputation, vous vous en balancez. Tout ce qui compte, c’est votre cash. Et l’appellation « grippe porcine » est néfaste pour la vente de la viande de porc. Alors vous faites défiler des scientifiques pour expliquer que la grippe porcine ne vient pas vraiment des porcs. Ben non! Ça vient des courants d’air dans la maison.
Appeler une grippe une grippe A, c’est comme appeler un chien Fido. Il y a des centaines de grippe A! Ça ne dit rien. Mais ça ne fait pas perdre d’argent. Parce qu’il ne faudrait surtout pas que les gens arrêtent de nous manger. On nous bouffe tellement. Les animaux les plus mangés sur la planète, ce ne sont pas les grenouilles ou les cailles, ce sont les porcs. Vous nous mangez comme des cochons.
On produit près d’un milliard de porcs par année. Un milliard. Ça fait beaucoup de bacon.
Ça ne vous est jamais venu à l’esprit que toutes ces maladies qui s’échangent de bêtes à humains viennent des conditions exécrables d’élevage? De cette surproduction qui n’a plus rien de naturel? C’est le Dr Frankenstein qui s’occupe de ce que vous mangez. Alors ne soyez pas surpris de tousser jaune et d’avoir des boutons fluo. La vache folle, la grippe aviaire et la grippe porcine, c’est la vengeance des animaux maltraités.
Voilà pourquoi, au nom de tous les cochons du monde, je réclame la paternité de la grippe qui vous fait tant paniquer actuellement, comme les mouvements terroristes réclament la paternité de leurs attentats.
C’est la grippe porcine. Pas besoin de lui donner un code postal. Ce n’est pas la grippe A (H1N1). C’est la grippe porcine qui sévit présentement. Nous insistons.
Cochons de tous les pays, unissez-vous ! Affirmons-nous avant de finir en brochette. Pour une fois, tenons-nous debout.
Et peut-êt re que, un jour, une grande partie des humains se rendront compte qu’ils sont aussi manipulés que nous. Qu’ils sont des cochons comme nous. Des cochons de payants.
Sur ce, aidé de ma queue en tire-bouchon, je m’ouvre une bonne bouteille et je bois à votre santé. Avant de retourner me moucher.
Signé : un cochon qui fait du boudin.


Comment va ta mère?  -  STÉPHANE LAPORTE
Je sais bien, maman, que ça te fait de la peine de penser que tu n’en feras peut-être plus autant qu’avant. Que tu ne pourras plus autant impressionner la galerie. Que je ne pourrai pas raconter autant tes exploits. Mais ce n’est pas ce que tu fais que j’admire, qu’on admire, c’est qui tu es.
Tous mes amis aiment ma mère. Tous mes amis aiment ma mère encore plus qu’ils m’aiment. Et je les comprends. Ma mère est beaucoup plus aimable que moi. Elle est toute petite, mais ses yeux sont tellement grands qu’on y voit son coeur encore plus grand. Dès qu’on est à côté d’elle, on sourit. On est heureux. On trouve que la vie est belle. Aussi belle qu’elle. Ma mère respire la joie de vivre. Elle fait du bien. En étant là, tout simplement.
Vendredi, fin d’après-midi, j’assiste aux auditions pour l’émission Le Banquier, dans un studio de TVA. Entre deux candidats, le réalisateur, Daniel Rancourt, me glisse à l’oreille: « Comment va ta mère? »
Il ne la connaît pas beaucoup. Il l’a vue une seule fois, je crois. C’était à une fête après le gala Metrostar, en 2002. Mais il s’en souvient. Parce que ma mère est inoubliable.
Je m’apprête à répondre à Daniel ce que je réponds tout le temps aux amis qui s’informent demamaman: « Ma mère va bien, elle ne change pas. Toujours aussi passionnée de tout. Elle suit ses cours de taï chi, d’aquaforme, de peinture japonaise, elle va au musée, à l’OSM, à Ex-Centris. Elle lit six bouquins à la fois. Elle va à l’église tous les jours. Elle marche de Notre-Damede-Grâce à l’église Notre-Dame, dans le Vieux-Montréal. Et s’arrête à l’hôtel Sofitel prendre un petit remontant. Cet été, elle retourne en voyage avec ma soeur, en France ou en Italie. Mamère est plus en forme que moi. » Et là, Daniel m’aurait demandé: « Quel âge a-t-elle, déjà? » Je lui aurais dit: « 86 ans à la fin dumois. » Et il aurait hoché la tête en répétant: « 86 ans, wow! » Et ça lui aurait fait du bien.
Ça doit être pour ça quemes amis me demandent si souvent des nouvelles de ma maman. Ça les réconcilie avec le temps. Celui qui passe trop vite. Ils espèrent tous vieillir comme elle. En allant encore plus vite que le temps. En lui poussant dans le dos, au temps. En l’étirant. Ils ne me demandent pas quel est son secret. Ils la connaissent, alors ils le savent. Ma mère s’intéresse à tout. Des hibiscus aux étoiles. De Jean D’Ormesson à Céline Dion. Elle aime tout. Tout ce qui est vrai. Elle aime les gens et ce qu’ils font.
Je m’apprête donc à répondre à Daniel ce que je réponds tout le temps, mais je m’arrête. Car, pour la première fois de sa vie, ma mère ne va pas comme ça. Elle va plutôt comme ci. Alors je dis: « Ma mère a eu de petits ennuis de santé après les Fêtes. On lui a diagnostiqué de l’insuffisance rénale. Elle s’est fait poser un cathéter la semaine dernière. Elle devrait commencer la dialyse d’ici un mois. »
Je me sens bizarre. C’est la première fois que je parle de ma mère et que c’est aussi normal et plate que ça. Des bobos de personne âgée comme en ont toutes les personnes âgées. Il fallait bien que ça lui arrive un jour. Mais c’est fou, j’étais certain que ça ne lui arriverait jamais. Je me voyais, moi, au centre d’accueil, tout vieux, tout chauve, tout édenté, une infirmière me criant à l’oreille: « Comment va votre mère, monsieur Laporte?
– Mamère? Elle est en train d’escalader l’Everest. J’ai hâte qu’elle descende me voir. »
On pourrait croire que le temps a finalement rattrapé ma maman. Lui aussi a le goût d’être avec elle un peu. On le comprend. Mais il n’en est rien. Car même si, dialyse oblige, ma mère va courir un peu moins, dans sa tête, ça ira toujours aussi vite. Entre ses journaux, ses livres, son Scrabble, sa peinture, ses plantes, Des racines et des ailes, le Grand Prix de F1, les bons soins de ma soeur, les visites de toutes ses amies, ses petites sorties plus courtes, le temps va passer par là. Et elle va réussir à le semer, j’en suis certain, quelque part dans la maison.
Je sais bien, maman, que ça te fait de la peine de penser que tu n’en feras peut-être plus autant qu’avant. Que tu ne pourras plus autant impressionner la galerie. Que je ne pourrai pas raconter autant tes exploits. Mais ce n’est pas ce que tu fais que j’admire, qu’on admire, c’est qui tu es. On trouvait ça drôle, tes grandes marches de cinq heures. Mais ce qu’on aimait le plus, c’est quand tu étais à côté de nous. Parce qu’en étant juste à côté de toi, on se sent loin. On se sent en voyage. Dans un autre monde. Dans un monde meilleur.
Daniel m’a dit: « Je suis certain que ça va bien aller pour ta mère.» Et il a souri. Tendrement. Et j’ai tout compris. Ce n’est pas la liste de toutes les activités de ma mère qui fait du bien à mes amis quand je leur donne de ses nouvelles. C’est tout simplement le fait d’entendre parler d’elle. Parce que remonte à leur coeur le souvenir d’une personne bonne, d’une personne vraie. Et ça les réconcilie avec la nature humaine.
Bonne fête des Mères, maman!
De la part de ton petit gars et de tous ses amis qui pensent à toi. Etbonne fête à toutes les mamans qui font du bien. Laissez-nous, aujourd’hui, vous en faire un peu.


Conduisez-vous mieux qu’un enfant de 7 ans?  -  Stéphane Laporte
À quoi ça sert de faire une connerie si personne ne le sait? La culpabilité se vit beaucoup mieux quand elle est partagée. Le problème avec l’internet, c’est que ça se partage avec tout le monde.
Vous avez vu la vidéo du petit enfant de 7 ans qui conduit une Honda sur une route de la CôteNord, avec le père qui le filme en riant et toute la famille assise en arrière qui ne semble pas être certaine si c’est drôle ou pas? Tout ça pendant qu’il pleut et que les essuie-glaces se font aller. C’est fou, han? Comment peut-on laisser un enfant de 7 ans faire ça? Quoique... Si j’avais été à bord du véhicule et que j’avais eu à choisir entre me faire conduire par le père inconscient ou l’enfant de 7 ans, pas sûr que j’aurais choisi le plus vieux des deux. C’est que le petit cul a l’air pas mal plus sérieux que son père. Et plus prudent, aussi. Il y a un moment où le papa dit à son fils: « Fais un beau sourire à la caméra! » Le petit gars ne le fait pas. Il sait bien que lorsqu’on conduit, on garde les deux yeux rivés sur la route, on ne fait pas des tatas à son papa.
Un père qui agit ainsi manque dramatiquement de jugement. Mais mettez-le au volant, il aura toujours le même jugement défaillant. Ce n’est guère plus rassurant. Voir un enfant de 7 ans au volant, c’est épeurant. Mais il y a plein d’adultes au volant encore plus épeurants. Ce n’est pas parce que tes pieds rejoignent les pédales que tu te sers plus de ta tête.
Si l’émission Conduisez-vous mieux qu’un enfant de 7 ans? existait, il y aurait plein de grandes personnes qui échoueraient au test. Vous connaissez Are You Smarter Than a 5th Grader? Au Québec, ça s’intitule Êtes-vous plus brillant que Charles Lafortune? On y constate souvent que les élèves en cinquième année sont plus intelligents que les concurrents adultes. Normal, l’intelligence n’est pas quelque chose qui arrive en même temps que le droit d’acheter une caisse de bière. On n’entre pas au dépanneur à 18 ans en disant : « Donnez-moi donc une caisse de Bud pis une caisse d’intelligence. » Si on était épais à 7 ans, il y a bien des chances qu’on le soit encore à 70 ans. Mais si on est intelligent à 7 ans, on est assurément plus intelligent que l’ancien enfant épais devenu adulte. Vous comprenez? Non? Demandez à votre enfant de vous l’expliquer.
Quand on se promène sur les routes du Québec, force est de constater que si tous les enfants de 7 ans conduisaient à la place de leurs parents, ça pourrait difficilement être pire. On roule à 200 km/h sur la voie de droite, on n’avance pas sur la voie de gauche, on dépasse dans les courbes, on tourne à gauche sur les rouges.
En regardant les images du petit enfant de 7 ans, les deux mains sur le volant, je ne pouvais m’empêcher de penser à Jean Charest. Le premier ministre du Québec n’a cessé de répéter durant la dernière campagne électorale qu’il fallait élire un gouvernement libéral majoritaire pour qu’il puisse avoir les deux mains sur le volant. Le petit gars est l’incarnation de Jean Charest. Il a les deux mains sur le volant, il fait de son mieux mais le char est beaucoup trop gros pour lui, il voit à peine la route et il ne sait pas trop où il s’en va. Et le peuple québécois est comme son papa, on le laisse faire, aussi longtemps qu’il ne prendra pas le clos.
Maintenant, voulez-vous bien me dire pourquoi tous les gens qui font des conneries s’empressent d’aller les mettre sur YouTube? Avant, quand on faisait une connerie, on se cachait. On faisait ça dans un coin, à l’insu de tous. Maintenant, on veut partager ça avec la planète. Venez admirer ma connerie! J’ai fait chauffer mon gars de 7 ans. Envoye sur YouTube! J’ai photocopié les fesses de la secrétaire au party de bureau. Envoye sur YouTube! J’ai fait du car surfing avec mes amis. Envoye sur YouTube! Hello??? C’est quoi cette envie de tout entuber? C’est parce que tout le monde a accès à YouTube: la police, votre épouse, vos parents, et tous les innocents qui vont vous niaiser pour le reste de votre vie.
Je crois comprendre le phénomène. YouTube a remplacé le confessionnal. Avant, quand on faisait un péché – c’est comme ça qu’on appelait les conneries – on pouvait le raconter à quelqu’un. Au curé. Il nous punissait, mais pendant les quelques minutes que durait notre aveu, on voyait bien dans son petit oeil, malgré le grillage, que ça l’excitait. Qu’il aurait aimé être à notre place. Et du coup, on était un peu fier de notre coup. Ça nous allégeait l’esprit. Et réciter la prière nous faisait du bien.
À quoi ça sert de faire une connerie si personne ne le sait? La culpabilité se vit beaucoup mieux quand elle est partagée. Le secret ne reste pas dans le confessionnal. Il est repris par tous et chacun. Mais au fond, c’est un peu ce que l’on veut. Raconter notre connerie et en payer le prix. L’opinion publique a remplacé le curé. On fait un péché, on le montre sur YouTube, et l’opinion publique choisit notre pénitence. Quand c’est un peu con, l’opinion publique trouve ça drôle. Quand c’est trop con, l’opinion publique nous fait la leçon.
On expie sa faute et on recommence. C’est la nature de l’homme. C’est plus fort que nous. C’est comme regarder Call TV.




Le dimanche sans Grand Prix -  STÉPHANE LAPORTE
Une ville doit miser beaucoup plus sur ses installations permanentes que sur ses activités ponctuelles. Elle doit faire en sorte d’être un endroit excitant et agréable pour ceux qui y sont tout le temps. Si elle le devient, les touristes y viendront à leur tour.
Habituellement, ce dimanche-ci, à la une de votre journal préféré, il y a une grande photo d’un pilote de Formule 1 avec un pétard de mannequin à ses côtés, et le gros titre dit: « Les F1, reines de Montréal ». Il y a aussi un cahier spécial d’au moins 12 pages sur le sujet. Il est impossible d’allumer la télé ou la radio sans entendre Christian Tortora nous raconter les dernières frasques de Tonton Bernie. Il y a plein de belles personnes riches et de belles voitures de riches dans l’ouest de la ville. Un gros party chez Guy Laliberté où tout le monde s’envoie en l’air avec sa petite fusée.
Montréal est jet-set. Montréal a la fièvre. Montréal est le centre du monde.
Aujourd’hui, il n’y a rien de tout ça. À la une de votre journal préféré, il doit y avoir un cycliste avec à ses côtés un bénévole chauve, et le gros titre doit être : « Les vélos congestionnent Montréal ». Pas de cahier spécial, si ce n’est la circulaire de Brault& Martineau. Quand on allume la télé, des reprises, et à la radio on parle encore du Canadien. Dans l’ouest de la ville, il y a des belles personnes mais elles ne sont pas nécessairement riches et, si elles sont riches, elles ne sont pas nécessairement belles. Elles ont des belles voitures, mais à crédit. Business as usual, comme on dit dans l’ouest. Pas de party chez Guy Laliberté, il est trop occupé à s’entraîner à manger tout en flottant.
Montréal est nid-de-poule. Montréa l a des a l l ergies . Montréal est le centre du Québec. Non, ce n’est pas vrai, c’est Drummondville. Montréal est le centre du Grand Montréal. Voilà. C’est ça.
Et savez-vous quel est le pire ? C’est que c’est ben correct de même. Quand on nous a annoncé que le cirque de la F1 n’arrêtait pas dans notre ville, on s’est ouvert les veines. On a crié au meurtre, au feu! Montréal allait s’écrouler. Les rues Peel et Crescent n’allaient jamais s’en remettre. Voilà que le cirque n’est pas là, et on survit. Même qu’on avait presque oublié. Les absents ont toujours tort. Pas de F1, il reste le chalet, les centres commerciaux, les spectacles, le cinéma, le jardinage, les musées, le vélo, le camping, l’observation des oiseaux, le barbecue, le Monopoly...
Lundi va arriver et on n’aura pas eu le temps de voir passer le week-end, comme toujours. Rien n’arrête la Terre de tourner et une ville de battre. La nature a horreur du vide. Il y a toujours quelque chose pour le combler.
On se remet de tout. Même de la plus grande peine d’amour avec la plus belle et la plus riche des filles. Alors imaginez, ce n’est pas la disparition d’un weekend de voitures chromées qui va miner la population. Regardez les Montréalais, en ce dimanche nuageux, ils ont la même bouille que d’habitude.
C’est Istanbul, ce matin, qui se croit le centre du monde. Ben quin! Comme nous l’année dernière, ils se disent que c’est chez eux que ça se passe. Ce qu’Istanbul ne réalise pas, c’est que les autres villes se foutent de ce qui se passe à Istanbul. Parce que les autres villes ne se préoccupent que d’elles-mêmes. Comme leurs citoyens. Au fond, tout se passe toujours partout. À part quelques millions de voyageurs, les milliards d’humains s’arrangent où ils sont avec ce qu’ils ont. C’est ben beau, le Grand Prix de Montréal ou d’Istanbul, mais le gars de Flin Flon ou de Pointe-à-Pitre s’en moque. Il n’y est pas.
C’est pour ça qu’une ville doit miser beaucoup plus sur ses installations permanentes que sur ses activités ponctuelles. Elle doit faire en sorte d’être un endroit excitant et agréable pour ceux qui y sont tout le temps. Si elle le devient, les touristes y viendront à leur tour.
Attendez-vous le fest ival Juste pour se marrer pour aller à Paris? Non, il n’y en a pas. Attendez-vous le Grand Prix de New York pour aller à New York? Non, il n’y en a pas. Vous allez à Paris parce qu’il y a toujours de bons restaurants, de bons spectacles, de beaux magasins, une belle architecture, une belle ville. Idem pour la Grosse Pomme.
Les commerces de Montréal, au lieu de se plaindre parce qu’ils perdent de l’argent durant un week-end, qu’ils se forcent donc pour être de meilleurs restaurants, de meilleurs magasins, de meilleures salles de spectacle, peut-être que les touristes afflueraient à Montréal durant toute l’année, pas juste le premier week-end de juin. Faisons de Montréal une ville excitante et agréable tout le temps. Une belle ville tout le temps.
Montréal a besoin d’attraits permanents. La nouvelle salle de concert en est un. Nagano aura beau s’en aller, l’OSM restera et sa salle aussi. Si Montréal est la capitale des festivals, faisons en sorte qu’il y en ait tout le temps, qu’ils se succèdent dans un carnaval sans fin. Dotons Montréal d’événements qui ne dépendent pas de la mégalomanie d’un tonton mais de créateurs d’ici. Le rendez-vous manqué avec le Cirque du Soleil est une erreur à réparer. Que Gérald Tremblay ( ou L ou i s e Ha r e l ) monte dans sa soucoupe et essaie de convaincre le nouveau Gagarine des échasses de doter Montréal d’un lieu unique et festif.
Les clubs privés de la F1 et du baseball ont jeté dehors notre ville. C’est dommage, mais c’est souvent à n’y rien comprendre. Imaginez, Los Angeles, la ville la plus étendue des États-Unis, n’a plus d’équipe dans la NFL. Et depuis déjà un bail. Mais les gens continuent d’aller à L. A. Parce que L. A., c’est le cinéma. Paris, c’est l’amour. New York, l’argent. Et Montréal, qu’est-ce que c’est ?
Faudrait le demander aux touristes qui sont venus ce week-end même s’il n’y avait pas de Grand Prix. Rien de mieux que l’opinion d’un étranger pour apprendre à se connaître. Bon dimanche pas de Grand Prix!


À la recherche d’un hippie  -  STÉPHANE LAPORTE
Est-ce que les hippies existent vraiment ? Je n’en suis pas certain. Nous sommes en 1969. J’ai 8 ans. Et je n’en ai jamais vu encore. Même pas un. Un vrai. En personne. À la télé, il y en a plein. Des hippies à San Francisco, des hippies à Washington, des hippies à Woodstock. Ils sont fascinants. Ils ont tellement de cheveux, tellement de poils, même les filles. On dirait des plantes. D’ailleurs, des fois, il y a des fleurs qui poussent sur eux. Au bout de leur barbe ou de leur chapeau. Il ne veulent qu’une chose : l’amour. Pas l’amour avec une blonde, l’amour avec tout le monde. Ils aiment. C’est leur seule occupation. On dirait qu’ils arrivent d’une autre planète, tellement ils n’ont pas rapport avec le monde qui les entoure. Avec les travailleurs, les policiers, les patrons, les gens qui fonctionnent, les gens qui opèrent. Les gens qui n’ont rien compris. Et comme les extraterrestres, on en parle beaucoup, mais on en rencontre rarement.
Dans ma famille, il n’y en a pas. Mes parents ont dans la mi-quarantaine. Ce ne sont vraiment pas des hippies, même pas des yéyés. Mon père est fonctionnaire. Les cheveux courts, toujours en complet. Il refuse de porter un col roulé. Il trouve ça trop flyé. Jean Lajeunesse a beau en porter dans Quelle famille!, ça ne l’influence pas. Un homme sérieux est en cravate. Ma mère, elle, porte quand même ses jupes plus courtes qu’elle ne les portait avant. Mais c’est tout. C’est le seul impact du mouvement flower power sur sa vie. Elle ne fait pas pousser demari dans ses plants de tomates. Elle ne danse pas le gogo au ralenti. Ma soeur de 12 ans, elle, danse. Mais le ballet classique. Elle n’écoute ni Janis ni Jimi. Elle écoute Bach et Tchaïkovsky. Mon frère a 15 ans, il pourrait être un hippie précoce, en révolte contre mes parents et le système. Pas du tout. Il est sérieux. Il étudie. Il veut devenir médecin. Cet été, il n’est pas allé à Woodstock. Il est allé à Kennebunck avec papa et maman.
Àl’école, il n’yenapas. Onn’a même pas encore de duvet dans le visage. Aucun demes copains ou copines ne vit dans une commune. Personne qui se fait encore allaiter. Personne qui n’a de cahier en écorce de bouleau. Il y a bien quelques profs qui ont maintenant les cheveux pardessus les oreilles, mais on est loin du Grand Antonio.
À l’église, il n’y en a pas. C’est sûr qu’une soutane, ça ressemble un peu à un gros poncho, mais sa couleur est blanche et classique. Pas jaune avec des motifs psychédéliques. De toute façon, le curé n’aime pas les hippies. Il les fustige dans ses sermons. Faut croire qu’il n’aime pas la concurrence, il a peur pour son job, il veut être le seul à parler d’amour. Je regarde toutes les bonnes familles sur les bancs, aucune qui ressemble à la famille Ono-Lennon. Il y a quelques pantalons éléphants, quelques chemises mauves ou orange, mais rien pour déranger l’ordre établi.
Je suis allé au parc Girouard pour essayer d’en trouver. Les hippies aiment bien les parcs, je l’aiapprisdansundocumentaire. J’ai cherché partout. Derrière chaque buisson. Personne qui grattait la guitare. Personne qui chantait Puff, The Magic Dragon. Que des petits vieux et des petits culs. Comme moi.
J’ai espéré longtemps que les hippies envahissent le quartier. Qu’ils viennent changer le monde. Qu’on devienne tous amis. Qu’on devienne tous des frères. Que tout soit à tout le monde. Que la vie soit un partage. Que la vie soit une fête. J’attendais les hippies, c’est l’armée qui est arrivée. À l’automne 1970, il y avait un soldat au coin de ma rue. Et un autre devant l’école. Et un autre devant la banque. Le rêve était fini, l’innocence perdue. Des hippies, il n’y en avait plus. Même à la télé, ils avaient disparu. En 1971 sont arrivés les granolas. Mais ce n’était plus la même chose. Ils avaient les cheveux longs, ils s’habillaient lousse, ils vivaient ensemble. Mais ils ne voulaient pas changer le monde. Ils avaient compris que c’était impossible. Ils voulaient juste tripper. Et ils trippaient.
Presque 10 ans se sont écoulés avant que je rencontre mon premier vrai hippie. Une rencontre du troisième type, en chair et en os. J’étais au cégep. C’était mon prof de philo, M. Bleau. Il avait une grosse barbe. Des chemises en jean avec des fleurs. Il parlait de Socrate et de Platon comme si c’était ses chums. Quand les élèves étaient trop dissipés, il ne disait rien, il regardait par la fenêtre. Il rêvait.
Il voulait encore changer le monde. Mais il était tout seul. Pas tout à fait. J’étais avec lui. Je l’aurais bien aidé, mais j’avais des devoirs à faire.



Mon père et les calorifères  -  Stéphane Laporte
Un dimanche après-midi d’autom ne, i l pleut . Qua nd il pleut l’été, on est déçu, déprimé, frustré. Parce qu’on veut être dehors. Quand il pleut l’automne, on trouve ça presque beau. Parce qu’on veut rester en dedans. Bien au chaud, de l’autre côté du mauvais temps.
Je regarde Chapeau melon et bottes de cuir. Seul dans le salon. Ma mère cuisine. Ma soeur est dans sa chambre. Mon frère étudie. Mon père... Au fait, il est où, mon père ? D’habitude, il ronfle sur le divan à côté de moi.
Le voilà qui arrive, la cigarette au bec. Il a dans ses mains un bol en plastique. Bizarre. Il s’approche de la fenêtre. Il tient le bol collé sur le calorifère. Il dévisse un bouchon. Et soudain, j’entends comme de l’eau couler dans son bol. Je suis fasciné. Je ne savais pas qu’il y avait de l’eau dans les calorifères.
Depuis toujours, le calorifère était pour moi un objet inutile, étrange et encombrant. Combien de mes balles en plastique se sont emprisonnées dessous ! Mes bras de p’tit gars de 6 ans étant trop courts, faut toujours que j’aille chercher la grosse règle pour tenter de les récupérer. Et je retrouve en même temps des petites autos et des billes. Tout ce qui roule finit tôt ou tard sous un calorifère.
Je suis toujours aussi intrigué par ce que fait mon père. Ça coule depuis au moins une minute.
— Qu’est-ce que tu fais, papa ? — Je saigne les calorifères. Il saigne les calorifères ? Le mystère s’épaissit. Je m’approche de lui pour voir si c’est du sang qui coule dans son bol. J’ai peur. Ben non, c’est de l’eau.
— Pourquoi papa ?
— Pour enlever l’air, pour que ça chauffe mieux.
C’est beaucoup pour ma petite tête. Il enlève de l’air mais il ramasse de l’eau? Il y a de l’air dans les calorifères comme
tu
fa is ç a , dans les ballons. Au fond, les calorifères sont des montgolfières qui ne lèvent pas. J’aurais bien envie de lui demander de m’expliquer avec détails le fonctionnement des calorifères, mais mon père m’a déjà donné deux réponses en une minute. C’est beaucoup pour lui. Je ne veux pas abuser. Il visse le bouchon. Je risque tout de même une petite question: — Où tu t’en vas, papa ? — Je m’en vais faire les autres calorifères...
— Est-ce que je peux aller faire les autres avec toi ?
— Si tu veux...
Je suis en mission. J’accompagne mon père dans chacune des pièces de la maison. C’est moi qui tiens le bol pendant que l’eau coule du robinet. I l faut que je fasse attention pour que ça ne mouille pas le plancher. Chaque fois que l’eau coule, je suis fier comme si je venais de trouver une source. Il y a des calos qui contiennent beaucoup d’eau. D’autres presque pas
On a fait celui dans l’entrée, celui dans le corridor près du téléphone, celui dans la chambre de mes parents, celui dans la salle de bain, celui de la salle à manger. Il nous reste à faire tous ceux en arrière. Je ne pensais jamais qu’il y en avait autant.
Je suis content. Plus il y en a, plus mon activité avec papa dure longtemps. Mon père ne joue pas au hockey dans la ruelle avec moi, ni au hockey sur table, ni au Mille bornes, ni à se lancer le ballon de football. Tout ça, je le fais avec mon frère. La seule activité qu’on fait ensemble, c’est regarder la télé. Jusqu’à ce qu’il s’endorme. Normalement, avant la première pause publicitaire. Voilà donc notre deuxième loisir père-fils : la saignée des calorifères. C’est même plus un travail qu’un loisir. Et ça rend la chose encore plus excitante. C’est important. Grâce à nous, la famille sera au chaud.
On vient de terminer le calorifère dans la chambre de ma soeur. La tournée est terminée. Je vide le bol, plein au rebord, dans la cuvette.
— Papa, est-ce qu’on recommence la semaine prochaine ?
— Non, au printemps.
Au printemps ? C’est loin, le printemps. L’automne vient à peine de commencer. Ce serait peut-être plus prudent de les saigner plus souvent. De véri fier s ’il n’y a pas d’autre air dedans. Mon père répond non en se couchant sur le divan.
Durant les semaines suivantes, j’ai bien essayé de voir si j’avais raison. Si les calos ne contenaient pas déjà d’autre eau en trop. Peine perdue. Mon père a vissé les robinets beaucoup trop serré. Je suis incapable de les ouvrir.
Il m’a fallu attendre au mois de mai pour avoir droit à ma deuxième tournée des calorifères. Cela a duré des années. Ce rendez-vous bisannuel avec mon papa. Jusqu’à ce que moi aussi, comme ma soeur et mon frère, j’aie eu d’autres choses à faire.
Mais aujourd’hui, soyez-en sûr, si mon père était toujours là, j’arrêterais tout pour faire ça avec lui. Et je ne lui demanderais même pas de ne pas fumer.
Je ne sais pas si c’est le vent d’automne, mais on dirait qu’à ce temps-ci de l’année, les souvenirs des êtres aimés disparus reviennent se mêler aux feuilles mortes. Pour joindre notre chroniqueur :


L’amour -  YVES  BOISVERT
Il revient au dernier de famille de faire pleurer sa mère en laissant derrière lui une maison vide. Comme d’autres petits derniers, je n’étais pas tout à fait censé arriver. Je ne suis pas le fruit d’un accident mais d’une sorte de défi à la science médicale, vu qu’après son sixième on avait dit à ma mère qu’elle ne devait plus en avoir. Mon père avait beau être médecin, il se fiait moins aux avis médicaux qu’à ceux de son garagiste. Ça nous a coûté une fortune en transmissions mais ça me permet d’être ici pour vous le raconter.
Il y a plusieurs choses profondes et complexes derrière ça, je veux dire derrière moi, mais comme je n’ai pas beaucoup de place, j’appellerai ça l’amour.
Mais l’amour, on est trop occupé pour en faire de longs discours. Il faut vaquer à son destin, et le sien était d’élever une famille tout en étant convoquée, en quelques années seulement, à une remise en question brusque de toutes les valeurs dans lesquelles elle avait été élevée. Le jour de son mariage, il n’y avait pas de télé, pas de pilule, pas de rock, pas de pot, pas d’adolescence…
Il y avait peu de longs discours, d’ailleurs. Mets ton pantalon de neige, range ta chambre, finis ton assiette, prends ton bain, arrête d’achaler ta soeur, rentre ou sors mais reste pas dans la porte, nourris le chat, montre-moi où t’as mal, ça va passer, quand il pleut, personne ne regarde comment on est habillé, le plus raisonnable va arrêter en premier, prends un peu d’eau chaude, c’est juste un peu rôti, pas brûlé, bon, bon, bon, je vais te raconter une histoire…
Avec ma mère, la vérité est à trouver dans un juste milieu exigeant et sans éclat. Je tiens d’elle, je crois, cette méfiance viscérale pour les extrêmes. Avec elle, jamais d’éloges immodérés ou de critiques incendiaires.
Avec ma mère, il ne faut pas juger les autres. Ils ont leurs raisons, leur passé.
Une indulgence non recyclable à la maison, en cas de résultat scolaire médiocre. Il n’y avait pas de crise mais le simple rappel de cette évidence qu’on peut, on doit faire mieux. Dans la vie, il ne faut pas se comparer aux moins bons.
Je n’étais pas tout à fait censé arriver et je n’étais pas tout à fait censé partir comme ça, un soir du mois de mai. Ma mère coupait des légumes dans la cuisine. J’ai vu qu’elle pleurait. Maman? « On va s’ennuyer, tu sais. On t’aime. »
C’était dit.
Allez, allez…

«Allez, allez»... - MARIE-CLAUDE LORTIE
«Allez. » « Vas-y. » « Essaie. » « Recommence. » …
– Oui mais je ne suis pas capable… – Réessaie. Allez… » Je vous écris ces mots. Et je les entends. J’ai 3 ans, 12 ans, 20 ans, 40 ans… À part les « je t’aime » dont ma mère a couvert toute mon enfance, leitmotiv dont elle placardait nos journées, incontournables comme ses bisous mitraillés, ce « allez » est partout dans mes souvenirs.
C’est lui le mot qui restera pour toujours collé à mes oreilles, petite aiguille d’acupuncture extra-énergisante, gentil coup pied aux fesses rempli de confiance, d’idées… « Allez, allez… » Je vous le jure, même si elle déteste le jogging et ne m’a jamais appris à courir, quand l’énergie tombe au huitième kilomètre, je l’entends dans mon oreille comme si elle était là, à côté: « Allez, allez. »
Même chose lorsque l’heure de tombée dégringole et qu’il y a encore mille pistes à débroussailler… « Allez, allez… » Vous l’entendez, il est là, le mot, juste là, il me pousse entre les omoplates, me regarde dans le blanc des yeux. « Allez, prends le téléphone, bouge… »
Devant le moindre bouton à coudre, la plus simple des lettres à écrire, la plus grande porte à défoncer, je l’entends encore. « Allez, essaie. »
Pas plus tard que cette semaine, elle était en visite chez sa copine en Ontario, mais elle chuchotait, à côté de moi, alors que je voyais un projet de reportage se liquéfier sous mes yeux: « Oust! Recommence, repars, relancemoi ça, allez… »
Parfois le mot tombe sec, me pique, comme s’il me lançait l’ordre d’arrêter de procrastiner. Parfois il me calme, m’encourage, me réconforte en résumant la vie ainsi: rien n’arrive à ceux qui ne se cassent jamais la figure. D’ailleurs, à lui seul, il réussit à déclamer de grandes leçons de vie solennelles! « Le succès, ma fille, réside fondamentalement dans la capacité de se relever d’un échec. Alors, allez… »
Je me demande si ma grand-mère, Laurette, lui avait dit exactement la même chose.
Dans la cuisine de ma mère, il y a une petite phrase accrochée au frigo, qui dit quelque chose comme « heureux les fêlés, car la lumière passe par les fissures ».
Elle s’immisce aussi par les portes entrouvertes, les passages cachés, les lézardes béantes, partout où l’on peut se faufiler pour continuer à avancer.
Allez, allez…