Souveraineté

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS

Voir aussi... Fédéralisme...


Quel avenir ? PROVINCE ? Ou PAYS ?
Le fédéralisme canadien et l'autonomie du Québec : perspective historique
La souveraineté du Québec : un objectif légitime

LA SOUVERAINETÉ ÉCONOMIQUEMENT VIABLE?


Saura-t-on jamais qu'est-ce qui a bien pu se passer au juste, lors de cette fameuse "Nuit des Longs Couteaux" ?...
A fresh stab at ‘the night of the long knives’

Le 5 novembre, fête nationale?

The myth of the long knives- 30 Years Later - ron graham

Constitutional reform: far down the priority list


Une aberration qui perdure...
30 ans après la nuit des longs couteaux - Le début de l'isolement du Québec

Du moment où l’on considère le fait que « la moitié des Québécois ne s’identifient plus à l’un ou l’autre pôle de ce débat, fédéraliste ou souverainiste», peut-on vraiment faire autrement que de rechercher la «voie du milieu» qui permettrait de concilier les objectifs fondamentaux du souverainisme autant que du fédéralisme, plutôt que de s’obstiner à nous comporter comme si ces deux approches ne pouvaient faire autrement que de s’opposer mutuellement, et surtout à faire comme si ce débat intéressait encore vraiment qui que ce soit ?…
With separatism on hold, what next for Quebec? - JEFFREY SIMPSON

Québec : vers la fin d'un cycle politique
Redevenir une province?
S’affirmer sans se séparer

Les étiquettes à la poubelle
Sondage - Les Québécois refusent les étiquettes politiques
La question nationale - La fin de la « grille Meech » ?
Rassembler


Hong Kong’s status: ‘one country, two systems’ only in theory



Le vieux couple
En banlieue de Pluton



Clarifying the Clarity Act - TOM FLANAGAN




Le cas du Kosovo représenterait-il donc un précédent pour le Québec ?...
En attente de reconnaissance
Gilles Duceppe’s world tour
What the Kosovo ruling means for Canada: trouble
Avis sur le Kosovo - Obstacle levé
Le droit international prime la loi sur la clarté, selon les souverainistes
L’avis sur le Kosovo fait avancer la souveraineté -
DANIEL TURPDANIEL TURP

Pas de quoi pavoiser - BENOÎT PELLETIER
Kosovo: les souverainistes y voient une percée
Kosovo: la décision n'est pas «un précédent pour tout autre cas»

Why are so many young Quebecers still sovereigntists? It's cooler - André Pratte
Sondage Léger Marketing-Le Devoir - L'appui à la souveraineté ne fléchit pas
Le projet souverainiste n'est pas mort, selon Cannon

La démarche souverainiste ne se sera-t-elle vraiment soldée que par le triomphe du statu quo ?...
La version 2.0 du messie? - Chantal Hébert
LES ACTEURS ONT CHANGÉ, LES RÈGLES AUSSI
15 ans après le référendum, toujours «rien de réglé»
À LA PROCHAINE
Le court-circuit - Chantal Hébert
Québec ne veut pas rouvrir le débat constitutionnel
Trente ans plus tard... - Lysiane Gagnon
Le rêve devenu fiction

Conflicted Quebeckers in the arenas of politics and hockey - Jeffrey Simpson


La souveraineté ne serait-elle donc plus qu'une question dépassée ?...
Sovereignty is wasted on the young, poll says
L’ère du postfédéralisme
L’ère de la postsouveraineté
Parti québécois - Le grand saut en arrière
La fatigue du rêve - Gil Courtemanche
Rêve d’un autre temps
Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Référendum: les Québécois ne sont pas pressés
Un parti malade de son option
Dur à dire et à entendre
Le président du PQ craint la folklorisation de la souveraineté
Êtes-vous étonnés? - Alain Dubuc
Lucien Bouchard lance un pavé dans la mare péquiste
Lucien Bouchard: trademark temper tantrum or just stating the obvious?
Libre opinion - Le bêta bloquant - Yves Beauchemin
The PQ's dead-end road
Lucien Bouchard et la souveraineté - Sa deuxième démission - Bernard Descôteaux
Le crime de Lucien Bouchard - Alain Dubuc
Bouchard ébranle les colonnes du temple

La tâche - André Pratte
Lettres - Un projet de souveraineté bien vivant

Lettres - Un rêve
Les Québécois d'accord avec Lucien Bouchard
Déclarations de Bouchard: un effet négatif, mais un débat salutaire
Les Bouchard contre le PQ - Lysiane Gagnon

Lettres - David plutôt que Goliath
Louise Beaudoin: toujours déterminée
Duceppe défend et rabroue son prédécesseur
La souveraineté est toujours d'actualité, selon Marois

Marois doit entendre le «rappel à l'ordre» de Bouchard, dit Charest
Le retour de Lucide Bouchard - Vincent Marissal
PQ should take heed of lucid suggestions

Le PQ secoué par les propos de son ex-chef
La souveraineté n'est pas réalisable, dit Bouchard
Au-delà de l’économie - Félix Dufour-Laperrière

Quelle vision? -  Gaston St-Laurent

Les péquistes désavouent les propos de Bouchard


... à moins qu'un tel jugement ne s'avère encore pour le moins prématuré, sinon absurde ?...
Duceppe monte, le Bloc descend

Une unité fragile
Les eaux dormantes
Un enjeu toujours d’actualité
Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Le Québec tient à la question nationale

Et si le principal problème de l'option souverainiste était que la situation du Québec au sein du Canada n'est peut-être pas si problématique que cela, après tout ?...
Le retour à la paix constitutionnelle


Et si le Bloc commençait finalement à s'effriter ?...
Layton grimpe, le Bloc s’enfonce

Le Bloc est- il « passé date » ?
Duceppe lance un cri du cœur à ses électeurs
Le Bloc contre l’ « agent orange »
Why many Bloc supporters are looking elsewhere

LE BLOC S’EFFRITE


Voter pour le Bloc représente-il vraiment une manière honorable pour le Québec de fonctionner au sein du Canada ?..
L’effet Layton

L’ARGENT DES AUTRES
M. Duceppe... et les autres
Faisons payer les autres
La trahison des séparatistes - Gerald Caplan
Editorial: What's good for Duceppe isn't good for Quebec


Et si tout "bloquer", et notamment de par le Bloc, ne s'avérait peut-être pas la voie royale pour faire avancer les choses, après tout ?...
Des souverainistes passent dans le camp du NPD

DÉBLOQUER L’AVENIR
Les contre vérités du Bloc
Une question, deux analystes - NPD, Bloc québécois: pourquoi les Québécois se maintiennent-ils dans l'opposition alors que le ROC s'efforce d'élire un gouvernement?
Le Bloc doit disparaître
La logique de l’inertie
L’aveu
Abrupte, la côte au Québec

Les cinq mythes du Bloc
Pour des élections utiles
Les régions du Québec dans la ligne de mire du PLC
Should Tories, Liberals and New Democrats just give up on Quebec?
The Bloc 20 years later is still a sterile waste
Ignatieff attaque la bonne foi des bloquistes
Que nous à blâmer
LE BLOC, UN BOULET - DOMINIQUE VALIQUETTE
Majorité bloquée  -  Claudette Galibois

Et si l'existence même du Bloc pouvait pourtant démontrer une certaine forme de légitimité ?..
Un parti fédéraliste
Une coalition légitime
C’est le tour du Québec
Le Bloc, partenaire
Bloc québécois - «The medium is the message»

Et si le dossier de l'environnement devait rendre la souveraineté plus pertinente que jamais ?...
Une drôle de « révolution culturelle » ! - Gilbert Paquette
Duceppe durcit le ton en faveur de la souveraineté
Le Québec isolé - Louise Beaudoin
3 sous en retombées - DANIEL PAILLÉ


... et si, même à ce niveau, cela ne devait pourtant pas s'avérer si simple que ça ?...
Un autre sophisme - André Pratte


Se pourrait-il qu'il arrive à certains partis souverainistes d'oublier le poids que peuvent prendre les mots, si seulement ils saisissent tout le sens de ces derniers ?...
La triste ironie de la résistance bloquiste -
BERNARD AMYOT

Les résistants
Duceppe bravely leads the limousine resistance
Mission de «résistance» du Bloc: Duceppe persiste et signe

Duceppe invite les conservateurs à s'excuser
«Résistance» face au Canada: Cannon fustige les mots de Duceppe
Duceppe likens Bloc to résistance; federalists say that's absurd


Se pourrait-il qu'il arrive à certains partis souverainistes d'oublier en fait certains fondements de la vie démocratique ?...
Un chantage éhonté
Une personne, un vote
Réforme de la carte électorale - Le PQ prône le deux poids, deux mesures
Nouvelle carte électorale - Comment combler le fossé entre le peuple et le Parlement ?
Les deux peuples fondateurs - Lise Payette
The fine line between Ontario, Quebec and representation - Jeffrey Simpson
Projet d'ajouter 30 députés fédéraux: le Québec ignoré
Carte électorale: les circonscriptions «pourries»
« Inacceptable pour le Québec », dit le Bloc  -  Joël-Denis Bellavance

Le Québec pourra-il jamais se trouver à sa place au sein du Canada ?...

La fiction fédérale

French, English Canadians locked in sado-masochistic relationship: Expert

... et ses demandes trouveront-elles jamais écho dans le Reste du Canada ?...
Le Bloc réitère ses revendications et remet Meech sur la table


Le Québec fait-il vraiment autant pitié dans le Canada ?...
Le Québec n’a pas besoin de devenir un pays, estime Jean Charest
Avantageuse, la fédération
... and who's paying for the province's free lunch?
Pas de mystère  -  ANDRÉ PRATTE
Indépendance du Québec : LE FRANÇAIS ÉCOPERAIT -  Mario Polèse
Est-ce vraiment le Canada qui exploite le Québec ?...
L’Europe se « québécise »  -   Denis St-Martin

Ou n'est-ce pas plutôt le Canada qui pourrait se sentir exploité par le Québec ?...

Le Québec reçoit-il plus qu’il ne donne au fédéral ?
Le Québec dépend de plus en plus d'Ottawa financièrement

Le mythe du déséquilibre fiscal
La province de quêteux: un mythe


Le Québec reçoit-il plus qu’il ne donne au fédéral ?

Le mythe des quêteux ( suite)
La province de quêteux: un mythe
Wildrose plea to Quebec: Get off your dependence - Neil Reynolds
Sommes-nous les Grecs de la fédération? - Alain Dubuc
Notre dû  -  ANDRÉ PRATTE
Québec et Canada : La fin de la surenchère  -  Brian Lee Crowley
Péréquation: l'Ontario plombe le Québec


À moins que le degré de dépendance du Québec à l'égard du Canada ne soit peut-être pas si important qu'on puisse parfois le suggérer ?...
Transferts fédéraux - Le ROC ne subventionne pas le modèle québécois

Y aurait-il réellement un sentiment anti-Québécois qui croupirait au Canada anglais ?...

L’ombre de Meech  -  Richard Le Hir


Et quoiqu'il en soit, la guéguerre peut-elle pourtant profiter à qui que ce soit ?...

L'argent du plan de relance tarde à arriver au Québec


Le Québec ne devrait-il pas plutôt être fier de son histoire ?...

Émeutes de Montréal

Incendie de l'Hôtel du Parlement à Montréal


Les futurs Canadiens connaîtront les Patriotes
Voir aussi ET SI MONTCALM AVAIT GAGNÉ ?...
ou L’AVENIR DE 1759  -  Jocelyn Létourneau

Et les Québécois veulent-ils vraiment se séparer ?...

Ma tasse de thé  -  Jean-François Lisée
Le boulet de Pauline Marois - ALAIN DUBUC

Et n'y aurait-il pas un certain nombre de considérations techniques qu'il vaudrait mieux considérer assez sérieusement, dans la mesure où l'on prétend vouloir vraiment faire de la souveraineté une réalité ?...
LA RECONNAISSANCE INTERNATIONALE
Harper s’attaque aux pensions de vieillesse
L’illusion fédéraliste
La souveraineté, la France et l'illusion péquiste

Et quelle monnaie pourrait donc adopter un Québec souverain ?...
Un cadeau de Grec

LE DOLLAR AMÉRICAIN ? - JEAN-FRANÇOIS LISÉE

Y aurait-il donc certains problèmes avec certains des mythes fondateurs du mouvement souverainiste ?...

Les apports positifs de l'héritage anglais


Inapproprié et insultant
Monument de l’oubli
40 years later: Security and the FLQ
De quelques morts oubliées
Nothing romantic about the FLQ
LA PETITE FILLE AUX ALLUMETTES
Octobre en amnésie
La vérité sur la Crise d'octobre
William Tetley: la crise d'octobre et le «révisionnisme»

Le Québec ne serait-il donc capable de se percevoir lui-même que comme un peuple colonisé ?...
Société en passage

Le Québec n'a-t-il pas déjà vécu le changement social dont il avait tant besoin, à travers le mouvement d'émancipation qui aura accompagné la montée du mouvement souverainiste ?
Les porteurs d’eau

Le PQ aurait-il finalement adopté une stratégie véritablement gagnante ?...
136 pro-Marois répliquent aux «50»
Climat: le Bloc veut donner plus de poids au Québec
Le nationalisme d’accommodement - Jean-François Simard
Tout peut changer -  PAULINE MAROIS
« Faire avancer le Québec en attendant la souveraineté »
Place à la « gouvernance souverainiste »
Marois nie vouloir provoquer des crises

Les militants se rallient au plan de Marois

DU SCEPTICISME À L’ADHÉSION
La soupe de Mme Marois -  Vincent Marissal
La « nausée constitutionnelle » -  Katia Gagnon

Peut-on encore renouveler le souvernainisme québécois ?...

Le PQ doit redevenir une large coalition - JOSEPH FACAL

Le projet souverainiste s'avère-t-il vraiment si irréaliste ?

Quand monsieur vendait le Oui dans la City


Le projet de la souveraineté est-il vraiment plausible ?...
LE DOLLAR AMÉRICAIN ? - JEAN-FRANÇOIS LISÉE


N'a-t-on donc rien trouvé de mieux, pour se rapprocher de la souveraineté, que de manipuler l'opinon publique ?...
Comment faire l’indépendance


Les souverainistes ont-ils encore quelque chose à dire ?...
Deux mythes pernicieux

Grande nouvelle
Gilles Duceppe lance un appel aux intellectuels
Une liberté à conquérir
Jacques Parizeau: en attendant le troisième référendum - Nathalie Petrowski
Le testament de Jacques Parizeau - Alain Dubuc
La dernière salve - André Pratte
Le retour du (tenace) Jedi - Vincent Marissal
Selon Parizeau, l'indépendance est nécessaire plus que jamais
Pour un pays normal
Espoirs déçus et rêves brisés -  Jean -François Lisée

Voir aussi Le PQ ne serait-il réduit qu'à devoir tout miser sur chacune de ses nouvelle sorties, en se disant à chaque fois que cela suffira à raviver la "flamme souverainiste" ?...

Et peut-on en dire autant des fédéralistes, du moins sur cette question ?...

Une tromperie - André Pratte


Peut-on vraiment espérer que l'on retrouve un certain élan envers la souveraineté ?...

La ferveur souverainiste reviendra en force, affirme Parizeau


Le nationalisme québécois ne serait-il pas plutôt en train de filer tout droit vers la radicalisation ?...
Le militant  -  Patrick Lagacé

.... quand on ne parle pas carrément d'intolérance, sinon de discrimination ?...

À la défense de Kahnawake

La métamorphose de la question nationale - Mathieu Bock-Côté
Le bon filon  -  LYSIANNE GAGNON

... voire même d'apartheid ?...
Les parcours jumeaux des Québécois et des Afrikaners

Et que dire du FLQ, qui justement aura tant fait parler, jusqu'à aujourd'hui ?...
LE VRAI MANIFESTE DU FLQ  -  ANDRÉ PRATTE
Les erreurs de jeunesse  -  André Pratte
Le FLQ? Bof  -  YVES BOISVERT
La Presse et André Lavallée   -  Philippe Cantin
Quand les secrets remontent à la surface...  -  Louise Leduc
La vraie faute d’André Lavallée  -  Michèle Ouimet

Lavallée et le FLQ : Harel se défend d’être la source de l’information  -  Karim Benassaieh &  Éric Clément


Le nationalisme nous aurait-il donc rendu carrément racistes ?...

Le racisme à deux vitesses

Peut-on seulement célébrer notre culture sans toujours faire surtout éclater la contreverse ?...

La Saint-Jean et les anglos: les blues de la métropole


Le cabotin est mort, vive le cabotin !  -  Esther Delisle
Pierre Falardeau : Le dernier des felquistes  -  ALAIN DUBUC

Un drame québécois  -  NATHALIE PETROWSKI
L’héritage de la victime  -  Richard Vigneault
Ignatieff contre le manifeste du FLQ
Moulin à paroles : Marois n’aura pas d’excuses de Charest  -  Tommy Chouinard
LE VRAI MANIFESTE DU FLQ  -  ANDRÉ PRATTE

Le moulin à propagande  -  ANDRÉ PRATTE
Moulin à vent
  -  Lysianne Gagnon

L’art n’a pas à rassembler  -  Marc Cassivi

Moulin à paroles : Les participants défendent « un événement très pluriel »  -  Émilie Côté

La culture nationale...

Un « big deal » imprévu -  Émilie Côté
FÊTE NATIONALE  De nouvelles voix s’élèvent contre la présence des musiciens anglophones

Ayatollahs de la québécitude  ALAIN DUBUC
Le nationalisme d’ouverture André Pratte

Une fête « nationale », hein? -  YVES BOISVERT
Patrick Lagacé - Risible

Des débats passionnés
Les politiciens marchent sur des oeufs
Des appuis et des critiques
Pas d’anglos à une fête de la Saint-Jean ?

Montréal, tous artistes unis

Si il y a une minorité qui se trouve à être laissée de côté au Québec, est-elle vraiment francophone ou plutôt anglophone ?...
A CHUCKLE FOR MORDECAI

Time to abandon myths about anglos in Quebec
Le Commissariat aux langues officielles veut analyser la couverture médiatique


Voir aussi... 
Le Bloc prend Ignatieff pour cible


L’humour gaulois - MARIO ROY
ANGLAID. Et si c’était FRENSHIT ?  -  Sébastien  Dhavernas
Subventions pour la fête du Canada - Harper attaqué de toutes parts

Souveraineté du Québec : les membres de l'UDA pour la neutralité

L’UDA sonde ses membres sur la souveraineté  -  Paul Journet
Ni pour, ni contre -  Anabelle Nicoud

Y a-t-il des arguments valides à ajouter ?...
La séparation du Québec serait bonne pour le Canada, dit Duceppe

Duceppe sonde la perception du reste du Canada sur la souveraineté
Un référendum en 2016 ANDRÉ PRATTE
Une progression inexorable  -  BERNARD LANDRY
Plus de pouvoirs? Pour quoi faire? ANDRÉ PRATTE
Une p’tite crise avec ça? ALAIN DUBUC


Et la guerre qui continue... (pour ne pas dire la gué-guerre...)
La bébelle
Le PQ veut que le gouvernement lâche le Conseil de la fédération
Here we are, finally, holding high the torch, set for glory - Jeffrey Simpson
Le gène de la souveraineté  -  Richard Vigeault
Les artistes en otages  -  Sébastien Dhavernas

Voir aussi  Et que serait notre politique sans cette bonne vieille "politicaillerie" partisanne ?...


Et que dire de la souveraineté ailleurs dans le monde ?...
Alex Salmond, le conquérant
Leçon numéro un: des conditions gagnantes

Les indépendantistes font une percée en Écosse
Le Sud Soudan dit oui
Clashes in Sudan reflect tensions that could sink referendum
«Que Dieu bénisse le Sud-Soudan»
Problems remain in splitting a nation like Sudan

Un collage de deux régions
Hong Kong’s status: ‘one country, two systems’ only in theory
Des Soudanais s'intéressent à nos référendums
L'Écosse adopte le plan Marois - André Pratte
Un référendum en Écosse

Et quelles leçons pouvons-nous d'ailleurs retirer des expériences des autres à ce niveau ?
What makes a country?


Y a-t-il un seul cas de sécession qui ne démontre pas que rien n'empêche en principe la cohabitation de plus d'une nation au sein d'un même État, du moment que les nations en cause le souhaitent réellement ?...
«Que Dieu bénisse le Sud-Soudan»


La sécession n'est-elle pas une option qui devrait exister surtout pour les nations, comme celle du Sud-Soudan, démontrant une volonté d'aller en ce sens qui soit réellement sans équivoque ?...
Le Sud- Soudan se prononce massivement pour la sécession

Voir aussi Le cas du Kosovo représenterait-il donc un précédent pour le Québec ?...

Et quelles leçons pouvons-nous d'ailleurs en retirer ?...
Plan Marois pour l'indépendance - La leçon écossaise

Et que dire de la souveraineté ailleurs dans le Canada lui-même ?...
Duceppe croit que c'est à Terre-Neuve de décider de son avenir


Et que dire du Reste Du Canada français, pendant qu'on y est ?...
Les États généraux du Canada français en 1967 - Le jour où le Canada français a disparu

Et si l'on parlait simplement de souveraineté...
Gilles Duceppe conclut une tournée aux quatre coins du Canada


Et pour une petite histoire de la souveraineté...
Il y a 20 ans, Lucien Bouchard démissionnait à Ottawa

États-Unis - La nouvelle rébellion américaine
Au temps de la rébellion - Les Iroquois se sont alliés à l'armée britannique

Québec dans les années 1830 - Papineau enclenche un débat démocratique





LE DEVOIR
Que restera-t-il des décennies Bouchard?

THE GAZETTE
Why a Bloke Québécois is running for party led by a separatist
GLOBE AND MAIL
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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE


ARTICLES SUR LE WEB

L’accord du Lac Meech
Mulroney blames Trudeau for failure of Meech Lake Accord
Meech Lake Ten years after
Meech Lake Accord (very good article...)
Death of Meech Lake Accord
Clyde Wells

Crise d'octobre
La Guerre Secrète Contre l'Indépendance du Québec
Parizeau aurait-il donc appuyé le FLQ ?...
Lévesque sur la loi des mesures de guerre...(#15)
La loi des mesures de guerre aurait-elle dégénéré ? (#16)
Serait-il arrivé à Trudeau de commettre certains excès de zêle ?...

René Lévesque parle de Pierre Elliott Trudeau

Lévesque : soumettons la loi 101 à un essai
Genèse de la Loi 101: le malaise de René Lévesque

L'an 1 de la « loi 101 »


United Nations list of Non-Self-Governing Territories
Guam













Au-delà de l’économie - Félix Dufour-Laperrière
Lucien Bouchard questionne publiquement la vitalité du Québec contemporain et la pertinence actuelle du projet souverainiste et il met en relief les enjeux identitaires intimement liés à notre avenir politique. Ces critiques relèvent toutefois moins du regard lucide sur notre société que d’une conception d’abord et avant tout économique du projet québécois. L’émancipation politique des Canadiens-français s’est historiquement appuyée sur un important rattrapage économique. Mais elle s’est également faite en misant sur des mesures sociales fortes, qui auront permis de nuancer l’aspect strictement identitaire de l’option souverainiste en lui adjoignant de nécessaires idéaux d’égalité et de justice. Cette voie demeure valable. La quête de la liberté politique devra se poursuivre en liant son destin à celui d’un projet de société juste et inclusive. Elle y trouvera les forces vives pour l’animer et évitera certains écueils identitaires qui lui nuisent plus qu’elle ne la renforce. L’efficacité économique est une chose, mais elle n’offre pas la légitimité nécessaire à l’avènement d’un pays. Nous sommes d’ores et déjà une nation riche. Et il nous est toujours permis de concevoir, quoi qu’en disent certains, un Québec ouvert et souverain.

Quelle vision? -  Gaston St-Laurent
À un journaliste qui lui demandait s’il avait une vision, un projet de société, ce Lucien Bouchard a répondu: «Un TGV, c’est un beau projet de société ça, un TGV.» Lucien Bouchard parle au nom de l’élite financière de Montréal. Je me demande si le concept de société québécoise contient, pour lui, une quelconque substance. J’en suis même venu à me demander s’il sait ce qu’il dit. Probable qu’il a suivi l’avis de son cher frère et qu’il a jeté au feu de la Saint-Jean ses racines canadiennes. Après tout, les Canadiens, c’est nous, les «vainqueurs» ont usurpé notre nomet y ont ajouté «français» comme en voulant dire «de deuxième classe».


LE BLOC, UN BOULET - DOMINIQUE VALIQUETTE
Le parti empêche le Québec d’être fortement représenté au cabinet et nous condamne à des gouvernements instables
L’auteur est un ancien militant souverainiste qui habite à Laval. Toute ma vie d’adulte, j’ai attendu le grand soir où l’indépendance du Québec serait proclamée. Je me souviens encore, jeune cégépien, des envolées oratoires de Claude Charron et des autres membres de la maigre députation péquiste de 1973 venir chauffer à bloc les étudiants de mon collège dans l’auditorium rempli à craquer.
Le Bloc québécois, qui a été fondé avec l’intention d’aider le Parti québécois à réaliser l’indépendance du Québec, a perdu sa raison d’être avec la disparition de tout espoir d’atteindre cet objectif.
J’ai maintenant 54 ans, et je dois admettre que le grand soir n’arrivera pas, ni de mon vivant, ni longtemps après mon départ pour un monde meilleur.
Contrairement à ce que prétend Bernard Landry, la démographie ne joue pas en faveur des souverainistes, car les jeunes «Québécois de souche» ne sont plus une force vive de la scène politique comme c’était le cas du temps de ma jeunesse, ils forment plutôt une masse amorphe et apolitique et sont pour la plupart totalement ignorants de l’histoire du peuple canadien-français.
Quant aux jeunes issus de l’immigration, dans leur immense majorité, ils ne veulent rien savoir de cet enjeu, car pour eux, leur terre d’accueil est le Canada et ils ne veulent pas participer au démantèlement de leur nouvelle patrie.
Je ne me reconnais plus dans le Parti québécois, devenu le refuge de baby-boomers sectaires et revanchards, comme les membres du SPQ libre et d’autres groupuscules bruyants et grenouillants qui rêvent encore de «manger de l’anglais».
De son côté, le Bloc québécois n’a plus aucune raison d’exister. Par sa seule présence, il condamne depuis plusieurs années le Canada à vivre avec un gouvernement minoritaire.
Avec trois et bientôt quatre élections en cinq ans, le Canada ressemble de plus en plus à une république de bananes en proie à l’instabilité. Le Bloc mérite de plus en plus son nom avec sa minorité de blocage, qui empêche les partis «nationaux» de venir chercher au Québec les députés qui leur manquent pour former un gouvernement majoritaire.
De plus, il empêche la population du Québec d’être représentée avec force au sein du conseil des ministres et d’avoir son mot à dire sur les décisions importantes qui engagent l’avenir du Québec et du Canada. En effet, les quelques députés et ministres conservateurs issus du Québec, élus dans des circonscriptions périphériques, ne sont absolument pas représentatifs de la population du Québec, et, en tout respect pour eux, ne font pas le poids face à la députation issue du «Rest of Canada».
Pour leur part, les députés libéraux du Québec sont presque tous élus dans des circonscriptions majoritairement anglophones ou allophones. Quant au NPD, Parti Vert et autres, ce ne sont que des épiphénomènes sans aucune pertinence sur la scène politique québécoise.
En conclusion, je me demande en quoi un parti éternellement voué aux banquettes de l’opposition peut, de façon efficace et constructive, défendre les intérêts du Québec.
Le Bloc québécois, qui a été fondé avec l’intention d’aider le Parti québécois à réaliser un noble objectif, a perdu sa raison d’être avec la disparition de tout espoir d’atteindre celui-ci.

Le seul objectif encore à la portée du Bloc québécois semble être d’assurer une retraite confortable aux membres de sa députation… Sans me faire d’illusion à cet égard, je demande aux Québécois de tous les horizons, les « lucides » et les « solidaires », d’écarter une fois pour toutes le Bloc québécois de la scène politique fédérale lors de la prochaine élection, pour le bien du Québec.



Majorité bloquée  -  Claudette Galibois
Le Bloc québécois ne devaitil pas être sur la scène fédérale pour deux élections seulement? Que l’on soit séparatiste ou non, force est d’admettre que tant que le Bloc sera là, le gouvernement fédéral sera minoritaire, donc dans l’impossibilité de gouverner. Le pays tout entier en subit les conséquences. Voulons-nous retourner aux urnes tous les ans? Dépenser des milliards inutilement? Quel sera le taux de participation aux prochaines élections? Sommesnous si bien représentés avec un taux de participation si faible? Le temps est peut-être venu que les Québécois pensent à élire un gouvernement qui pourra gouverner.



Une drôle de « révolution culturelle » ! - Gilbert Paquette

On suggère un gouvernement impuissant qui gère un budget en mode décroissance sans projet collectif

Avec son trou budgétaire, s’imaginer qu’Ottawa ne coupera pas éventuellement dans ses transferts aux provinces est de l’ordre de la naïveté.

Il est intéressant d’examiner les récentes interventions de Lucien Bouchard dans une perspective souverainiste, en regard de l’analyse déposée cette semaine par le comité mandaté par le ministère québécois des Finances.

Letroisièmeetdernier rapport du comité consultatif sur l’économie et les finances publiques rejoint l’analyse des «lucides» de 2005. Il vise manifestement à préparer l’opinion à une soidisant « révolution culturelle » qui commencerait avec le prochain budget du Québec.

Ces interventions ont en commun une vision essentiellement comptable de l’avenir du Québec qui cherche à se donner l’allure d’un « nouveau » projet de société. Maintenant que les banquiers ont créé une crise économique, maintenant que les gouvernements sont venus à la rescousse, il faut payer les pots cassés, à Québec comme à Ottawa.

Convenons tout de suite avec le comité que le statu quo n’est pas une option. Il faut d’urgence empêcher le solde budgétaire du Québec de s’emballer. Au rythme actuel des dépenses, on passerait d’un déficit de près de 5 milliards en 2009-2010 à plus de 11 milliards en 2013-2014. Bien qu’il faille éviter une croissance rapide de la dette, cela n’implique pas toutefois qu’il faille ramener le déficit à zéro à la fin de cette période comme le propose le comité. L’économiste Louis Gill a montré que les engagements bruts ou nets de toutes les administrations publiques au Québec restaient bien en deçà de la moyenne de l’OCDE.

Le comité juge que « les moyens mobi l isés par le gouvernement à partir de 2008-2009 sont largement suffisants », et il ne recommande aucune autre mesure de stimulation de l’économie pour les prochaines 15 années! Au contraire, il prône une diminution importante des dépenses gouvernementales et une augmentation des tarifs des services publics plus forte que dans le plan gouvernemental de l’automne 2009.

Bref, on nous suggère un gouvernement la rgement impuissant gérant le budget collectif en mode décroissance sans lemoindre projet collectif à l’horizon. Drôle de « révolution culturelle » !

Chose étonnante, tout en écartant la souveraineté de l’écran radar, le comité exclut toute analyse de l’autre moitié de notre situation budgétaire: le budget fédéral. De ce côté, on suppose que rien ne va changer d’ici 15 ans. Or le gouvernement fédéral fait face à un déficit pour 2009-2010 que l’on évalue à plus de 50 milliards, la part du Québec correspondant à 20% de ce total.

Ce déficit dépasse celui de 1992-1993, après quoi le gouvernement fédéral avait « pelleté » son déficit dans la cour des provinces, entraînant des coûts sociaux élevés qu’elles ont du gérer. Lucien Bouchard s’en rappelle sûrement. Avec un tel trou budgétaire, s’imaginer qu’Ottawa ne coupera pas éventuellement dans ses transferts aux provinces est de l’ordre de la naïveté.

N’en déplaise aux résignés, il y a un lien direct entre notre situation de dépendance politique et la problématique des finances publiques du Québec. Après avoir dépensé sans compter pour redresser l’industrie automobile en Ontario et financer les pétrolières de l’ouest, le gouvernement fédéral va vouloir refiler une part de la facture aux provinces. On peut imaginer à quel point les scénarios provinciaux évoqués plus haut s’effondreront comme un château de cartes.

Examinons lesmoyens additionnels que nous donnerait un État québécois complet.

S’il y a une chose qu’a démontrée la crise économique actuelle, c’est l’importance de l’État. Sans l’État et ses investissements massifs pour renf louer l’économie, nous allions vers la catastrophe. Un État souverain ayant le double du budget de la province de Québec aura une marge de manoeuvre plus grande.

La duplication des services entre les deux niveaux de gouvernements était évaluée à 2,7 milliards par an dans le rapport Legault de 2005 sur la base des chiffres de 1994-95. Elle s’élève probablement autour de 4 milliards maintenant. Le comité Léonard, du Bloc québécois, a identifié quelque 2 milliards de coupes possibles dans notre part du budget fédéral annuellement. Un Québec souverain pourrait aussi réduire les 490 milliards de dollars projetés dans la défense au cours des 20 prochaines années, la part du Québec revenant à quelque 5 milliards par année. Les avantages accordés aux pétrolières de l’ouest et la fin de la mission en Afghanistan ajouteraient d’autres milliards d’économies, dont la liste pourrait s’allonger.

 





La triste ironie de la résistance bloquiste -
BERNARD AMYOT
Pendant l’occupation de la France par les nazis, ce n’était pas les leaders nationalistes qui appuyaient courageusement de Gaulle et le camp de la liberté.
C’est avec stupéfaction, sinon avec une bonne dose d’ironie, que l’on a pu entendre Gilles Duceppe le week-end dernier comparer son rôle à celui d’un résistant au joug nazi pendant la Seuxième Guerre mondiale.
D’abord parce que le Québec n’est simplement pas un peuple opprimé de quelque façon que ce soit, encore moins dans le sens de l’oppression d’une dictature qui visait sciemment à exterminer juifs, gitans et homosexuels.
Mais aussi parce que les leaders indépendantistes mainstream, Lucien Bouchard en tête – celui-là même qui n’a pas hésité à poursuivre un analyste financier qui l’avait comparé à Hitler – ont toujours reconnu, notamment après le discours de Bill Clinton à Tremblant, que leur quête ne pouvait relever de la libération de l’oppression d’un peuple par un autre, dans la mesure où ce cas de figure n’est tout simplement pas applicable au Québec.
Le plus déroutant toutefois, dans l’énormité des propos du chef sécessionniste à Ottawa (où personne ne l’empêche de s’exprimer librement d’ailleurs), est que pendant la vraie occupation de la France par les nazis, les leaders nationalistes québécois de l’époque, dans leur immense majorité, Lionel Groulx et Georges Pelletier (alors directeur du Devoir) en tête, se rangeaient publiquement derrière les thèses des Pétain, Franco, Salazar et Hitler, vantant les mérites du « travail, famille, patrie » et exprimant volontiers un antisémitisme des plus primaires. Inutile de dire qu’ils ne louangeaient pas la France libre du général de Gaulle.
À la même époque, ce n’était pas les leaders nationalistes qui appuyaient courageusement de Gaulle et le camp de la liberté et de la résistance à l’oppression nazie, mais plutôt les Adélard Godbout, Ernest Lapointe, Jean-Louis Gagnon, Jean-Charles Harvey et TD Bouchard, pour ne nommer que ceuxlà. Les leaders indépendantistes ont attendu bien longtemps, en fait jusqu’en 1967, avant de « découvrir » le général de Gaulle…
Quelle triste ironie en effet.

« Inacceptable pour le Québec », dit le Bloc  -  Joël-Denis Bellavance
Remaniement de la carte électorale par le gouvernement conservateur
OTTAWA — Le Bloc québécois entend mener la mère de toutes les batailles pour empêcher l’adoption du projet de loi que compte déposer le gouvernement Harper afin d’augmenter le nombre de sièges que comptent certaines provinces à la Chambre des communes. Ce projet de loi, qui attribuerait 32 nouveaux sièges à trois provinces qui connaissent une croissance démographique importante – l’Ontario, l’Alberta et la Colombie-Britannique – aurait pour effet de diminuer le poids politique du Québec aux Communes, affirme le leader parlementaire du Bloc québécois, Pierre Paquette. À l’heure actuelle, le Québec détient 75 des 308 sièges aux Communes, soit une proportion de 24% des sièges. L’ajout de 32 nouveaux sièges aux trois provinces anglophones ferait passer ce poids à 22 %. Le Québec a obtenu la garantie dans les années 70 de conserver au moins le même nombre de sièges même si son poids démographique diminue au pays. Mais cela n’empêche pas Ottawa d’accorder d’autres sièges à d’autres provinces pour tenir compte de la croissance de la population.
Le gouvernement Harper avait déjà manifesté son intention d’augmenter le nombre de sièges que détiennent ces trois provinces aux Communes afin de mieux refléter leur poids démographique à Ottawa. Mais le dernier projet de loi, déposé en mai 2007, est mort au feuilleton à la suite du déclenchement des élections en septembre 2008. En outre, le gouvernement de l’Ontario n’était pas satisfait du nombre de sièges qu’on lui proposait à l’époque, soit une dizaine de plus.
Au début de l’année, Stephen Harper et son homologue ontarien Dalton McGuinty ont réglé ce différend lorsque les deux hommes ont convenu que la province devrait obtenir sa juste part, soit plus que les 10 sièges initialement proposés.
Le quotidien The Globe and Mail a rapporté hier que le ministre d’État responsable de la réforme démocratique, Steven Fletcher, comptait revenir à la charge au cours des prochaines semaines en déposant un nouveau projet de loi.
En vertu de cette réforme, l’Ontario obtiendrait donc 21 sièges de plus, l’Alberta six sièges et la Colombie-Britannique sept sièges. Les nouvelles circonscriptions seraient essentiellement situées dans les banlieues des grandes villes de Toronto, Edmonton, Calgary et Vancouver. Le Parti conservateur pourrait rafler une bonne partie de ces nouveaux sièges aux élections générales et obtenir, par conséquent, la majorité aux Communes qui lui a échappé jusqu’ici.
« C’est totalement inacceptable pour le Québec. À partir du moment où l’on reconnaît qu’il existe une nation québécoise, il faut s’assurer que son poids politique au sein des institutions fédérales soit maintenu à 24 ou 25% comme c’est le cas présentement. Donc, nous allons nous opposer farouchement à ce projet de loi», a affirmé Pierre Paquette.
Le député bloquiste a rappelé que l’Assemblée nationale avait adopté une motion unanime pour s’opposer au premier projet de loi pour ajouter de nouveaux sièges qu’avait déposé le gouvernement Harper.
En conférence de presse hier matin, le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, a indiqué que toute redistribution des sièges aux Communes doit tenir compte du poids du Québec au sein de la fédération canadienne. Toutefois, il a refusé de s’engager à ce que le Québec conserve, par exemple, 25 % des sièges.
« Je ne vais pas vous donner de chiffres, a-t-il protesté. Je vais étudier le projet. Mais je veux dire que le poids du Québec dans la fédération canadienne doit être toujours respecté. Je veux unifier le pays. Je ne veux pas le diviser. Mais je veux que notre système électoral s’adapte à la croissance de la population. Ça, c’est évident », a-t-il affirmé.



 
Pas de mystère  -  ANDRÉ PRATTE
«Un des mystères de ma vie, c’est que ça (l’indépendance du Québec) ne soit pas encore fait », dit Bernard Landry en ouverture du documentaire Questions nationales, présenté en première hier soir au Festival des films du monde.
Il n’y a pourtant là rien de mystérieux. La clé, on la trouve dans deux extraits du film. D’abord, ce discours prononcé par René Lévesque en 1970 : « On veut cesser d’être un peuple caricaturalement pauvre dans une société riche qui est manipulée par les autres. » Ensuite, aujourd’hui, ce propos de M . L a nd ry : « Quand je dis aux étrangers qu’on a le troisième avionneur au monde, ils ont peine à le croire. Quand je leur dis qu’on a plusieurs multinationales qui dominent la planète dans leur secteur... La Caisse de dépôt est le troisième ou quatrième investisseur immobilier au monde ! »
Entre ces deux énoncés, il y a quatre décennies de fulgurant développement économique, social et culturel, à l’intérieur de la fédération canadienne. L’indépendance ? Pour quoi faire ?
« Depuis 50 ans, 111 pays ont obtenu leur indépendance, pourquoi pas le Québec ? » se demandent les auteurs du documentaire. Parce que la grande majorité de ces pays étaient emprisonnés dans des régimes coloniaux qui bloquaient leur développement et brima ient leu r cultu re. L’indépendance a paru à ces peuples comme la seule issue. Les Québécois ont eu le loisir d’emprunter une autre voie.
Dans l’entrevue qu’il a donnée pour Questions nationales, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, y va d’une prédiction étonnante : « Ce qui se passe avec les FrancoCanadiens et les Acadiens, l’assimilation fulgurante, c’est ce qui arrivera au Québec. On ne peut pas attendre 50 ans. »
Plus de six millions de francophones assimilés, vraiment ? Alors que nous avons survécu à la Conquête et au « génocide culturel » qui, selon Pierre Bourgault, s’est abattu sur le Québec à compter de 1867 ?
Questions nationale s nous fait prendre conscience des similitudes entre la situation du Québec et celle de deux autres nations minoritaires, les Catalans et les Écossais. Le parallèle entre ces derniers et nous est particulièrement fascinant. Le gouvernement régional écossais est aujourd’hui dirigé par un parti indépendantiste. Le Scottish National Party a été élu en 2007 après une campagne où il a peu parlé d’indépendance. Néanmoins, le SN P promet un référendum sur le sujet en 2010, référendum pour lequel il a choisi une question « douce ». Ça ne vous rappelle pas quelque chose ?
En Écosse, l’indépendance obtient seulement 28 % d’appuis, selon le plus récent sondage. La raison de cette tiédeur est simple : l’Écosse a réussi à préserver sa culture et à prospérer au sein du RoyaumeUni. Cela étant, les Écossais, tout comme les Québécois, ne voient tout simplement pas la nécessité de se lancer dans l’aventure indépendantiste. Il n’y a là aucun mystère.



Notre dû  -  ANDRÉ PRATTE
Le Parti québécois accuse le gouvernement Charest de préparer des augmentations de tarifs alors qu’il devrait plutôt réclamer d’Ottawa une somme de 8 milliards qui « nous est due », selon la chef, Pauline Marois.
Voyons de quoi il est question ici. Selon la compilation faite par le PQ, Ottawa «doit» à Québec 2,6 milliards comme compensation pour l’harmonisation de la TVQ avec la TPS, 2,1 milliards pour le financement des infrastructures, 1,25 milliard en raison des changements à la formule de péréquation, 800 millions pour l’enseignement post-secondaire, etc. Le PQ n’a pas inventé ces chiffres, la plupart viennent du gouvernement Charest qui endosse la plupart de ces revendications.
Dans tout désaccord entre Québec et Ottawa, la majorité des Québécois prennent spontanément parti pour la première. Pourtant, ce n’est pas parce que le gouvernement du Québec réclame quelque chose du fédéral qu’il a raison. Or, en ce qui a trait à plusieurs des éléments sur cette liste de contentieux, l’argumentaire du gouvernement Charest et du PQ n’est pas convaincant.
Prenons le cas de la péréquation. Le gouvernement Harper a modifié le programme en 2007, un changement dont le Québec a été la principale province bénéficiaire. L’an dernier, estimant que les paiements de péréquation allaient croître trop rapidement pour ses moyens, Ottawa a décidé de prendre des mesures pour ralentir cette croissance. Le gouvernement du Québec espérait recevoir 9,2 milliards en 2010-1011; en raison des nouveaux plafonds, il recevra plutôt 8,5 milliards. Il n’y aura pas de baisse de la péréquation; simplement, les paiements n’augmenteront pas aussi vite que ce qui était attendu. Le fédéral ne doit donc rien au gouvernement du Québec. Il a simplement mis un terme à la croissance exponentielle des coûts d’un de ses programmes, ce qu’il a certainement le droit (voire le devoir) de faire.
Voyons maintenant l’enseignement post-secondaire. Là aussi, le fédéral a accru ses transferts aux provinces. Toutefois, Québec estime qu’Ottawa devrait revenir au niveau de transferts de 1994-1995, en tenant compte de l’inflation. Pourquoi le fédéral aurait-il l’obligation de revenir au niveau de 1994-1995, année où il était dans le rouge de 38 milliards? Ottawa a décidé de mettre plus d’argent dans ses transferts pour la santé; qui est contre? Une chose est sûre, encore ici, le fédéral a parfaitement le droit de prendre de telles décisions et cet argent n’est d’aucune façon dû au gouvernement du Québec.
Au cours des trois dernières années, les revenus autonomes du gouvernement provincial – les impôts et taxes qu’il prélève lui-même – ont baissé de 1 milliard, en raison des baisses d’impôts et du ralentissement de l’économie. Pendant la même période, les transferts fédéraux ont crû de presque 3 milliards. Dans ce contexte, comment peut-on rendre Ottawa responsable des problèmes financiers du gouvernement du Québec?
Cela dit, il n’y a rien d’étonnant dans ce débat. Depuis Honoré Mercier au XIXe siècle, les partis provinciaux se sont toujours servi des contentieux avec le fédéral pour faire diversion. Quoi de mieux, pour éviter de mettre les Québécois face aux conséquences de leurs choix, qu’une bonne vieille guéguerre avec Ottawa?

Est-ce vraiment le Canada qui exploite le Québec ?... - Lysianne Gagnon
La manne d’Ottawa
Ici et là, des voix s’élèvent pour remettre en question le programme de la péréquation.
L’événement est survenu le 14 avril dernier. Il est passé à peu près inaperçu, surtout au Québec, mais il pourrait avoir de sérieuses conséquences. Le 14 avril, donc, pour la première fois depuis l’instauration de la péréquation, en 1957, l’Ontario a changé de statut. De province « riche », elle devenait membre du groupe des cousines « pauvres », celles qui reçoivent des paiements de péréquation.
En tant que locomotive économique, l’Ontario a toujours considéré de son devoir de subventionner les régions moins riches. Maintenant en crise, la province commence à ruer dans les brancards.
Ce même jour, le gouvernement fédéral transférait un premier paiement de 14,4 millions au Trésor ontarien. À la fin de l’année financière, l’Ontario aura reçu 347 millions… alors que Terre-Neuve, pour la première fois, passe dans le camp des provinces riches grâce à ses ressources énergétiques. Pour la même raison, le Manitoba et la Saskatchewan font maintenant partie du club des riches… alors que l’industrie manufacturière sur laquelle reposait la prospérité de l’Ontario s’écroule sous les coups de la crise financière.
Ici et là, notamment dans le National Post, des voix s’élèvent pour remettre en question le régime même de la péréquation, régime duquel le Québec tire cette année 8 milliards – une somme énorme, à comparer aux 347 millions qu’Ottawa versera à l’Ontario.
Le raisonnement est le suivant, et il n’est pas absurde. La raison d’être de la péréquation, c’était de permettre auxprovincespauvres d’offrir à leurs citoyens des services comparables à ceux des provinces riches, dans des domaines comme la santé, l’éducation, la sécurité sociale, etc. Or, le Canada n’est plus ce qu’il était il y a 52 ans. On peut dire, aujourd’hui, que la qualité des services offerts par les provinces s’est égalisée dans tout le Canada. Les provinces pauvres se sont enrichies, pendant que les vaches à lait traditionnelles, l’Ontario et l’Alberta, souffrent de la crise.
Et le Québec? À cause de sa forte population, c’est la province qui reçoit le plus, bon an mal an, au titre de la péréquation (cette année, 60% du total des transferts, plus de deux fois plus que son poids démographique). Or, il se trouve que le Québec s’offre des services coûteux qui n’existent pas ailleurs, comme l’assurance médicaments, les garderies à 7$, une fonction publique pléthorique, etc. Et lorsque le gouvernement Charest a utilisé les premiers transferts visant à régler le « déséquilibre fiscal » (auquel le Québec était le seul à croire) pour baisser les impôts à la veille des élections de 2007, il a scié la branche sur laquelle il était assis. C’était faire la preuve que le Québec n’avait nul besoin de la péréquation pour des services essentiels. Et il ne s’est pas fait d’amis dans le reste du Canada en passant son temps à se plaindre et à quémander plus, encore plus, toujours plus.
L’Ontario, qui en tant que locomotive économique, considérait qu’il en allait de son devoir de subventionner les régions moins riches, commence à ruer sérieusement dans les brancards.
L’argent de la péréquation, ne l’oublions pas, ne provient pas d’une mystérieuse caisse dont la manne tomberait du ciel d’Ottawa. Il provient des contribuables canadiens, au premier chef des Ontariens… qui alimentent près de la moitié de la «caisse » de la péréquation, même si, cette année, ils en reçoivent une infime fraction. Or, l’économie ontarienne flageole, la province a un taux de chômage supérieur à celui du Québec, et des services moins « chromés » dans nombre de domaines.

La rébellion n’est pas loin. Le National Post, un journal conservateur, réclame carrément l’abolition du programme. Mais le questionnement se fait jour dans des milieux plus progressistes, comme au Globe and Mail, où le chroniqueur Jeffrey Simpson, entre autres, s’interroge lui aussi sur le sens de la péréquation, à une époque où l’Ontario traverse une crise sans précédent.


La fin de la surenchère  -  Brian Lee Crowley
Les provinces riches seront de plus en plus réfractaires à financer l’État providence du Québec
L’auteur a écrit l’ouvrage Fearful Symmetry : the fall and rise of Canada’s founding values, qui vient de paraître chez l’éditeur Key Porter. La présence simultanée durant les années 60 d’une bulle démographique et d’un mouvement crédible prônant l’indépendance du Québec a déclenché une espèce de surenchère pour capter la loyauté des jeunes baby-boomers francophones. Des programmes fédéraux visant à rendre les francophones financièrement dépendants envers le Canada ont été, par la logique du fédéralisme, généralisés à toutes les provinces.

Il en a résulté un Canada de nouveau composé de deux «nations», mais d’un caractère très diffèrent : une nation qui produit la richesse (‘Making Canada’, composé principalement de l’Ontario, de l’Alberta et de la Colombie-Britannique) et une autre qui la détourne (‘Taking Canada’, composé surtout des autres provinces, mais avec le Québec dans le peloton de tête).
Sans les changements profonds que la Révolution tranquille ainsi que la montée des baby-boomers ont enclenchés au Québec, le Canada n’aurait pas connu l’expansion démesurée de l’État qu’on constate depuis les années 60. Cette dynamique est cependant en sérieuse perte de vitesse.
L a su renchère opposa nt Québec et Ottawa a alimenté une croissance démesurée de l’État au Québec qui a, à son tour, miné la croissance économique, approfondi la dépendance d’une certaine couche de la population vis-à-vis de l’État-providence, multiplié les emplois improductifs dans le secteur public, renforcé le pouvoir de chantage des syndicats, des entreprises et d’autres groupes qui cherchent à s’abreuver à la fontaine des deniers publics, affaibli la famille, et encouragé l’émigration tout en décourageant l’immigration. Le poids politique, économique et démographique du Québec s’en est trouvé amenuisé, tout comme sa capacité de poursuivre la surenchère.
Selon Statistique Canada, en 2031, le Québec représentera à peine 21% de la population canadienne. Par contre, la Colombie-Britannique, l’Alberta et l’Ontario compteront pour les deux tiers de la population et accapareront trois fois plus de sièges que le Québec à la Chambre des communes.
Cette coalition (Making Canada) représentera également 70 % de l’économie nationale. Comparés au Québec, sa population, sa natalité, son immigration, sa productivité et son niveau d’emploi seront tous plus élevés alors que son fardeau fiscal et son taux de retraites anticipées seront de beaucoup inférieurs. La pénurie de travailleurs qu’annonce le vieillissement des baby-boomers rendra cette région du pays de plus en plus réfractaire à participer au financement d’une partie non négligeable de l’État providence obèse du Québec.
Il va sans dire qu’un Québec qui représente une cinquième de la population et de l’économie continuera d’être influent, et tous ces développements auront aussi des conséquences positives.
Par exemple, l’invasion par Ottawa de bien des domaines de politique sociale a eu pour mobile la poursuite de la surenchère. Sciemment ou non, le gouvernement fédéral a ainsi fini par subventionner une série de politiques, notamment au Québec, mais ailleurs aussi, qui ont profondément endommagé les économies provinciales.
On pourra résoudre ce problème en mettant fin aux transferts fiscaux et en les remplaçant par un transfert de capacité fiscale. Lorsque les provinces auront à acquitter la note de leurs politiques sociales à partir de leurs propres ressources, elles seront plus attentives aux résultats obtenus.
En contrepartie, les provinces seraient appelées à reconnaître, une fois pour toutes, le rôle prépondérant du fédéral en ce qui a trait à la création d’un marché libre et sans entrave à l’échelle du Canada.
L e Q u é b e c s ’o p p o s e r a évidemment à ce renouvellement de la présence d’Ottawa dans la vie des Canadiens. Par contre, sortir Ottawa des politiques sociales de ressort provincial tout en s’enrichissant d’une partie de la capacité fiscale du gouvernement fédéral constituerait une victoire importante vue sous l’angle des revendications traditionnelles du Québec. Tout compte fait, on pourrait assister à un renouvellement du pacte confédératif qui sera dans l’intérêt de tous.




L’ombre de Meech  -  Richard Le Hir
La vente d’Énergie NB à Hydro-Québec risque de mobiliser les démagogues aux préjugés antiquébécois
Il faut croire que nos dirigeants actuels ont bienmauvaisemémoire. Si le projet d’acquisition d’Énergie NB par Hydro-Québec peut avoir un certain sens sur le plan des affaires (un sens dont il restera d’ailleurs à faire la preuve dans le concret), il ne faut pas écarter le risque d’un dérapage politique qui pourrait nous replonger dans une crise majeure pour l’avenir du Québec et du Canada.
À peine annoncée, la transaction s’attire les foudres de Danny Williams, le premier ministre de Terre-Neuve. Terre-Neuve... Ça ne vous rappelle rien? Et comme ce fut le cas pour l’accord du lac Meech de si funeste mémoire, la transaction est assujettie à un processus de consultation populaire, circonscrit au Nouveau-Brunswick, il est vrai. Mais parions que tout ce que le pays compte de démagogues et de pêcheurs en eaux troubles va se mobiliser pour fustiger une opération qui, il faut bien l’admettre, accroît sensiblement l’emprise d’HydroQuébec sur le marché de l’électricité dans le nord-est du continent. Au-delà de la clientèle du Nouveau-Brunswick, c’est le marché des États américains voisins qui est visé pour des exportations ponctuelles profitables.
Il faut êtrebien inconscientoutrèsnaïf pour croire que l’affaire est dans le sac. Les milieux anglo-canadiens des finances et du génie-conseil se souviennent des effets qu’avait eus la nationalisation d’Hydro-Québec sur leurs activités.
ÀMontréal et au Québec, ils s’étaient rapidement vus « tasser » par une nouvelle élite francophone que l’opération avait enhardie, et avaient du se résigner à une diminution de leur chiffre d’affaires et à une perte d’influence.
En l’espace de 10 ans, HydroQuébec est devenue le « navire amiral » de l’économie québécoise. Dans son sillage allaient apparaître une pléthore d’entreprises dont on mesure encore tous les jours les gains en importance et en influence. Et il y a les autres. À la Caisse de dépôt, on doit se frotter les mains.
Cependant, en affaires, ce que les uns gagnent, les autres le perdent. Si les consommateurs du Nouveau-Brunswick risquent d’y gagner avec des tarifs dont le rythme d’augmentation va ralentir, les plus gros fournisseurs de services d’Énergie NB vont la trouver saumâtre.
Quoi de plus normal pour HydroQuébec de consolider certains centres de décision aujourd’hui encore au Nouveau-Brunswick à son siège social de Montréal.
Les provinces atlantiques ne comptent pas de nombreux sièges sociaux. La perte de l’un des plus gros risque d’avoir de grosses répercussions sur les réseaux d’affaires qui y sont établis.
Le bonheur de Montréal et du Québec risque d’être singulièrement terni par les lamentations et le bruit des chemises déchirées qu’on s’apprête à entendre d’un bout à l’autre du pays.
Au-delà des seules considérations économiques, on aurait tort de sousestimer les conséquences politiques. Le débat lui-même va être difficile.
Chauffé à blanc par les démagogues de tout acabit, il risque de devenir le déversoir de tous les préjugés antiquébécois qui prolifèrent au Canada. L’affaire débouchera sur un climax toxique au possible qui ne pourra se solder que par la « défaite » des uns ou des autres, avec les risques politiques que cela comporte pour l’avenir du Québec et du Canada.

On oublie vite les victoires, elles ne font les manchettes qu’un jour. Les défaites, elles, marquent. On parle encore des plaines d’Abraham. De Meech aussi. Ce sont les amateurs de chiffons rouges et de drapeaux piétinés qui vont être ravis. À quoi pense donc Jean Charest?




Les futurs Canadiens connaîtront les Patriotes
OTTAWA — Les référendums pour la souveraineté, la reconnaissance de la nation québécoise par le Parlement canadien, les luttes des Patriotes et la Révolution tranquille feront partie du nouveau guide de citoyenneté remis aux aspirants Canadiens, a déclaré hier le ministre fédéral de l’Immigration, Jason Kenney.
La nouvelle mouture de ce guide sera rendue publique demain. Elle vise à donner une plus grande place aux valeurs, aux symboles, mais surtout à l’histoire du Canada, a confié le ministre lors d’un entretien téléphonique avec La Presse, hier.
Ce nouveauguide, nommé Découvrir le Canada: Les droits et responsabilités liés à la citoyenneté, devrait faire une plus grande place à l’histoire militaire du pays – comme la bataille de Vimy ou le symbole du coquelicot le jour du Souvenir – et non plus seulement mentionner son rôle de « gardien de la paix » internationale.
Le ministre Kenney a aussi indiqué que le nouveau document d’une soixantaine de pages contiendra certains passages plus sombres de la chronique canadienne, tels que la taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois de 1885 à 1923.
Plusieurs des exemples mentionnés par M. Kenney font partie de l’ordre du jour du Parti conservateur de StephenHarper, dont cette taxe d’entrée pour laquelle Ottawa a présenté ses excuses officielles à la communauté chinoise ou la reconnaissance de la nation québécoise au Parlement canadien.
Mais Jason Kenney s’est défendu d’avoir tenté de s’emparer de la symbolique identitaire nationale à des fins partisanes. «On a consulté un groupe d’experts, dans plusieurs domaines, dont des Québécois, des gens avec un point de vue plutôt nationaliste», a-t-il dit. « C’est l’histoire du Canada, avec ses grandeurs, ses faiblesses, aussi objective que possible.»
Selon lui, un telle démarche était nécessaire, à cause de l’ignorance des Canadiens de leur histoire et de leurs institutions. «Il y a beaucoup de livres critiques publiés dernièrement qui disent que nous vivons une certaine amnésie historique », a-t-il ajouté.
C’est pourquoi il espère pouvoir étendre l’utilisation du nouveau guide au-delà de la sphère des nouveaux arrivants. «C’est pour une meilleure éducation civique des citoyens, a noté M. Kenney. Mais j’espère également qu’on peut l’utiliser comme ressource chez les élèves nés au Canada.»



Ma tasse de thé  -  Jean-François Lisée
Dans sa chronique de vendredi dernier, Alain Dubuc me fait l’honneur d’une brève apparition, écrivant que, « en lisant les sondages comme les feuilles d’une tasse de thé, (Lisée) estime que le reflux de l’option (souverainiste) est une conclusion bizarre ».
Les feuilles de thé n’étant pas ma tasse de thé, j’aime comparer ce qui est comparable. M. Dubuc fait référence à un texte publié dans La Presse en juin, où je citais un sondage Angus Reid publié également dans La Presse – donc une source sûre – qui mettait le Oui et le Non à égalité lorsqu’on interroge l’opinion sur la question référendaire de 1995. Le même résultat venait d’être obtenu da ns un sondage interne du PQ publié da ns Le De voir. On peut en conclu re que, en octobre 1995 et en juin 2008, les Québécois avaient essentiellement le même avis. Les sondeurs ont généralement cessé de poser la question de 1995 (ou d’inclure la notion de partenariat ou d’association) da ns leu rs sondages sur la souveraineté depuis plusieurs années. Ils ont raison ou tort. Mais si on veut comparer correctement l’évolution de l’opinion sur une longue période, il faut lui poser la même question. J’ai bon espoir qu’avec un bon café, même M. Dubuc pourra être d’accord avec ce principe de base.



Le boulet de Pauline Marois - ALAIN DUBUC

L’élément le plus étonnant du sondage CROP publié la semaine dernière par La Presse, ce n’est pas le succès des troupes de Jean Charest. C’est bien davantage la faiblesse du Parti québécois qui, avec 33 % des intentions de vote, est loin derrière les 44% du PLQ.
33%, c’est très peu pour un parti qui s’est bien tiré des dernières élections, qui forme une opposition professionnelle et rigoureuse, qui devrait, en principe, pouvoir profiter de la crise et des ratés de la première année de l’administration libérale.
Alors, c’est quoi le problème ? Les yeux se tournent vers la chef, Pauline Marois. On évoque son image, des carences de sa personnalité, son château de l’Île-Bizard. Autant d’explications qui relèvent de l’anecdote. Pauline Marois, une ministre appréciée et compétente, devrait en toute logique mériter mieux que cela.
C’est pourquoi je pense qu’il faut chercher l’explication ailleurs. Et regarder du côté de l’option. C’est le faible attrait du projet souverainiste qui est devenu un boulet pour le Parti québécois et qui affecte la popularité de Mme Marois.
Les chiffres sont franchement catastrophiques. Dans un référendum sur la souveraineté, le «oui» récolterait 33% des voix contre 62% pour le «non». En répartissant les indécis, très peu nombreux, on arriverait à un score de 35-65. En gros, à peine plus d’un électeur sur trois appuie la souveraineté.
Bien sûr, ce ne sont que des sondages. Ça peut changer. Mais l’écart colossal de 30% entre le «oui» et le «non», et la persistance de cet insuccès depuis des années, suggèrent plutôt qu’on a quitté le terrain des fluctuations cycliques et que nous sommes en présence d’un phénomène structurel plus profond, et que nous sommes entrés dans une période que l’on peut qualifier de post-souverainiste.
Cela affecte le PQ de deux façons. Moins de souverainistes, c’est moins d’appuis naturels au PQ. Mais l’effondrement de l’option fait aussi en sorte que le PQ perd son pouvoir d’attraction auprès de non-souverainistes. Face à des gens qui ne veulent plus en entendre parler, les efforts de Mme Marois pour maintenir la flamme jouent un rôle de repoussoir. Notamment la stratégie du saucisson, qui consiste à multiplier les combats, et éventuellement les référendums, sur des enjeux sectoriels.
Depuis quelques jours par exemple, le PQ a lancé une grande offensive pour promouvoir l’indépendance énergétique du Québec. Il s’agit en fait de miser sur les énergies renouvelables et de réduire la dépendance envers les hydrocarbures. En soi, c’est une excellente chose. Mais le PQ essaie d’inscrire ce projet dans la marche vers la souveraineté. Au nom de quelle logique, puisque la réduction de la consommation de pétrole n’a pas grand-chose à voir avec le statut constitutionnel du Québec. Le lien, c’est qu’on joue sur les deux sens du mot indépendance. C’est le genre d’arguties qui réjouira peut-être les plus convaincus mais qui tombera sur les nerfs de tous les autres.
Le problème du PQ, c’est qu’il est encore au stade de la négation, et même parfois du jovialisme. L’ex-premier ministre Bernard Landry affirmait récemment que «l’idée progresse inexorablement » grâce entre autres à une triple alliance intergénérationnelle. Le conseiller Jean-François Lisée, en lisant les sondages comme les feuilles d’une tasse de thé, estime que le reflux de l’option est une «conclusion bizarre».
Pauline Marois a interprété le fait que des souverainistes participent à la politique municipale, notamment à Montréal, comme un signe que la souveraineté avait « le vent dans les voiles ». Il serait plus juste d’en conclure que des souverainistes, devant l’impasse de l’option, ont choisi de mettre leurs talents aux services d’autres causes.




Le nationalisme d’accommodement - Jean-François Simard
À défaut de faire du Québec un pays, le PQ et le Bloc font aujourd’hui le pari d’en faire une province forte
Ancien député du Parti québécois, l’auteur est professeur et titulaire de la chaire Senghor de la francophonie à l’Université du Québec en Outaouais Il y a de ces événements qui ressortent si vite de notre actualité politique, qu’on se demande, en y repensant quelque temps après, s’ils ont véritablement existé. Cela est particulièrement le cas pour l’entente historique cosignée en décembre dernier, entre les chefs du Parti libéral du Canada, du Nouveau Parti démocratique et du Bloc québécois. Même si cette entente est maintenant chose du passé, que retenir d’un tel geste, quel sens lui donner?
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, et la chef du Parti québécois, Pauline Marois. Bloquistes et péquistes s’en défendront jusqu’à leur dernier souffle, mais ils sont entrés, plus ou moins consciemment, dans une ère d’accommodement économique, social et constitutionnel avec le Canada.
La première réponse qui vient à l’esprit relève de la simple considération tactique. Stephen Harper est à la tête d’un gouvernement de droite qui, selon ses adversaires, met à ce point en danger les grandes valeurs canadiennes qu’il faille le renverser, minoritaire qu’il se retrouve à la Chambre des communes. Logique tout à fait compréhensible pour des libéraux et des néo-démocrates en mal de pouvoir. Logique beaucoup moins évidente à tenir pour un parti indépendantiste. Première hypothèse: cette entente n’aura été rien d’autre qu’un éphémère mariage de raison, auquel aurait consenti le Bloc, à la recherche qu’il était, du moindre mal pour le Québec.
Pourtant, l’adhésion du Bloc québécois à cette coalition parlementaire pour une période de dix-huit mois – une éternité en politique – a laissé plusieurs souverainistes perplexes. Non sans raison. D’une certaine manière et bien malgré eux dans certains cas, les bloquistes se sont enfermés dans une logique laissant entendre que les libéraux constituaient une option à ce point viable et valable pour les Québécois qu’il faille les porter au pouvoir sans en appeler au verdict populaire. Les Québécois n’auraient-ils pas été alors tentés, la prochaine élection venue, de voter directement pour les libéraux?
L’hypothèse du moindre mal ne tient pas la route pour comprendre pourquoi le Bloc québécois s’est indirectement porté à la défense des intérêts d’un parti qui incarne encore aux yeux de la majorité des Québécois, le rapatriement unilatéral de la constitution, la perte du droit de veto, l’échec de l’Accord du lac Meech, la loi sur la clarté référendaire, la non-reconnaissance de l’intégrité territoriale du Québec en cas d’indépendance, le scandale des commandites, etc., etc.? Il y a forcément autre chose…
Une nouvelle étape?
De l’aveu même de Gilles Duceppe, l’établissement d’une coalition gouvernementale soutenue par une autre coalition, celle-là parlementaire, dont le Bloc était la clef de voûte, fut aussi, et peut-être surtout, justifié par la volonté de défendre des valeurs communes sur le plan social, des valeurs partagées par les trois partis d’opposition (même chance pour tous, justice distributive, interventionnisme réfléchi de l’État, droit à la syndicalisation, autonomisation de la politique étrangère du Canada, etc.).
Malgré des réticences historiques à l’égard du PLC, pour la première fois depuis le référendum de 1995, un parti souverainiste, en cela largement appuyé par sa base militante et la population québécoise, concevait comme étant non seulement possible, mais souhaitable, d’établir un dialogue politique de longue durée avec le reste du Canada et au premier chef, avec ses traditionnels frères ennemis. Sans aller jusqu’à parler de réconciliation nationale, loin sans faut, il y avait dans cette entente un espoir de rapprochement que bien des Québécois espéraient voir se concrétiser depuis longtemps. Espoir qu’est rapidement venu étouffer Michael Ignatieff.
Deuxième acte
La nouvelle option défendue par le Parti québécois n’est pas neuve. Du temps où, jeune attaché politique, j’étais au cabinet du premier ministre Jacques Parizeau, elle circulait déjà sous le boisseau. Les objections finales à ce scénario étaient toujours les mêmes: les référendums sectoriels sont d’une tout autre nature qu’un référendum portant sur l’indépendance, car ils visent davantage à réformer le Canada qu’à en sortir.
Pauline Marois est on ne peut plus explicite à cet égard : « le Parti québécois souhaite redéfinir l’espace législatif partagé avec Ottawa ». Les mots parlent d’euxmêmes. Paradoxalement, le Parti québécois s’inspire aujourd’hui davantage du livre beige de Claude Ryan, que du livre blanc sur la souveraineté-association de René Lévesque. À l’unanimité, sans véritables débats, sans consultations préalables de leurs membres, tous les présidents d’association ont endossé le plan Marois. Cet apparent consensus est révélateur de l’état d’âme qui prévaut dans ce parti.

La perpétuelle fuite par en avant que les souverainistes opèrent depuis le lendemain de la dernière défaite référendaire peut encore faire son temps. Mais il n’en demeure pas moins qu’une impertinente question se pose chaque jour avec plus d’acuité. Que faire si, ayant cru ardemment à la souveraineté, la conviction de la voir se réaliser de son vivant s’évanouit ? Faut-il coûte que coûte refouler ce sentiment et poursuivre aveuglément un combat que l’on croit définitivement perdu? Faut-il rester chez soi, dans une logique de mutisme et d’abstinence politique, en espérant que le vent tourne par on ne sait trop quel miracle? Faut-il envisager de vivre autrement sa passion du Québec? Et si oui, comment? (...)

Ni colonisés ni opprimés
(...) À défaut de faire du Québec un pays, les péquistes font aujourd’hui le pari d’en faire une province forte, au sein du Canada. Bloquistes et péquistes s’en défendront jusqu’à leur dernier souffle, mais ils sont entrés, plus ou moins consciemment, dans une ère d’accommodement économique, social et constitutionnel avec le Canada. Dès lors, ceux qui seront vraiment tentés de réformer le Canada se demanderont si le Parti québécois est le meilleur endroit pour relever ce défi. Par contre, ceux qui veulent toujours faire du Québec un pays, sans compromis, se demanderont si le PQ est encore le véhicule politique qui leur convient réellement.
Je ne crois pas dans la fin de l’histoire. Un destin national n’est jamais achevé. Mais force nous est de constater que le nationalisme québécois est depuis quelques années entré dans une nouvelle phase : celle de l’accommodement.
À terme, j’ai l’intime conviction que la libération d’un peuple s’inscrit en réaction à une situation d’oppression. Les partis politiques ne sont que le reflet de leur société. Or, si les Québécois ont majoritairement choisi la voie de l’accommodement, c’est peut-être parce que leur rapport au Canada a considérablement évolué et qu’ils ne se sentent plus ni colonisés ni opprimés. En ce sens, la Révolution tranquille donne aujourd’hui sa pleine mesure.
Mais attention, l’accommodement ne signifie pas l’acceptation béate et complaisante d’un Canada immuable. Du reste, le nationalisme d’accommodement ne fera qu’un temps si les Québécois ont le sentiment qu’il est à sens unique. Il s’agit maintenant de savoir comment le reste du Canada réagira à cette métamorphose de la question québécoise...


Point de rupture  -  Claude Poulin
Le constat de Jean François Simard sur le « nationalisme d’accommodement » ( La Presse, 8 juillet) s’inscrit dans la suite des événements récents qui représentent en somme un point de rupture dans l’histoire du mouvement souverainiste.
Face à cette situation, Mario Polèse, ex-militant souverainiste, a exprimé dans La Presse et Le Devoir les raisons pour lesquelles il a choisi la voie du réalisme politique et décidé de changer de camp.
L’automne dernier, Daniel D. Jacques, philosophe et intellectuel indépendantiste respecté, était allé dans le même sens en s’appuyant sur des arguments d’ordre sociologique. ( La fatigue politique du Québec français). « Le danger ultime de l’ambivalence, a-til écrit, est de nous réfugier dans le rêve, à distance du pays qui se construit… Les élections du Bloc québécois à Ottawa témoignent de cette schizophrénie collective qui conduit à fuir la vérité effective d’un pays qui demeure, quoiqu’on en pense, le nôtre, et à nous situer de nouveau, à la marge du pouvoir. »
On peut comprendre que cet appel est très difficile à entendre pour ceux qui sont encore d’ardents souverainistes. Mais ceux qui ne le sont pas et qui pratiquent le cynisme n’ont pas à se réjouir. Puisque face à ce tournant, ils ont aussi un sérieux défi politique à relever.


Tout peut changer -  PAULINE MAROIS
Le « Plan pour un Québec souverain » propose de mettre fin aux ingérences fédérales et d’acquérir de nouveaux pouvoirs
L’auteure est chef du Parti québécois.*
La chef péquiste Pauline Marois a dévoilé dimanche, lors d’un point de presse à la permanence du PQ, son « Plan pour un Québec souverain » où elle propose quatre actions concrètes.
Le Parti québécois a toujours eu pour objectif que le Québec devienne pleinement souverain. Cette conviction inébranlable demeurera le coeur de son action politique tant et aussi longtemps qu’elle ne sera pas devenue réalité.
Puisque la motivation de ce projet est que le peuple québécois soit enfin le seul à décider pour lui-même et par lui-même, il a été convenu depuis longtemps que cet événement surviendrait le jour où les Québécoises et les Québécois en auront décidé, par la voie d’un référendum.
D’ici là cependant, il y a des choses à faire pour régler des problèmes qui ont un impact concret dans le quotidien des gens. Il y a des gestes à poser pour permettre au pouvoir politique du Québec de grandir, et il y a des actions à prendre pour mobiliser la population autour d’un projet de pays porteur de la réalisation de nos rêves.
Rompre avec l’attentisme: c’est ce que le « Plan pour unQuébec souverain », présenté dimanche dernier, propose de faire dès maintenant.
Pour défendre l’espace actuel du pouvoir des Québécois, quatre actions doivent être enclenchées.
Premièrement, il faut freiner et combattre les ingérences du gouvernement fédéral dans nos champs de compétence.
Que ce soit dans les secteurs de l’éducation, de la santé et des politiques familiales, un gouvernement du Parti québécois s’assurera que le gouvernement fédéral se retire des champs de compétence exclusifs du Québec avec compensation financière pleine et entière.
Deuxièmement, il faut occuper pleinement tous les pouvoirs que nous avons déjà et que nous n’exerçons pas pleinement. Nous protégerons l’identité québécoise et occuperons pleinement tous nos champs de compétence pour faire progresser le Québec.
Pour ce faire, la loi sur l’identité québécoise sera adoptée. La Charte québécoise des droits et libertés sera bonifiée pour y inclure les valeurs québécoises. Le tout sera enchâssé dans une constitution québécoise.
De même, nous adopterons une nouvelle loi 101 afin de renforcer le statut du français comme langue de l’administration ainsi que pour franciser les entreprises de moins de 50 employés.
Nous ferons de l’enseignement de l’histoire nationale une priorité. Les relations internationales du Québec doivent être intensifiées. Par ailleurs, il est primordial que le Québec puisse atteindre son indépendance énergétique.
Troisièmement, il revient à un gouvernement souverainiste d’occuper tout l’espace dans les compétences partagées avec le palier fédéral. Nous prendrons notamment l’initiative en matière d’environnement, d’agriculture et de recherche. Voilà autant de dossiers qui ont une importance fondamentale dans la vie des Québécois. Dorénavant, c’est le Québec qui établira ses priorités. Par exemple, en matière d’immigration, nous voulons assurer une intégration réussie aux nouveaux arrivants qui ont décidé de venir se joindre à la grande famille québécoise.
Quatrièmement, nous voulons acquérir de nouveaux pouvoirs afin de répondre à des besoins réels et prioritaires de la nation québécoise. Il est évident que nous souhaitons que le Québec récupère tous les pouvoirs et devienne pleinement souverain, mais d’ici là, nous récupérerons chacun des pouvoirs qui, selon les Québécois, devrait être assumé par leur gouvernement.
C’est dans cet esprit que le Parti québécois a pris position en faveur de la reconnaissance de la pleine compétence du Québec en matière de culture et de communication. Nous avons aussi demandé la rétrocession des plaines d’Abraham et des terrains de l’Assemblée nationale.
Une nouvelle proposition s’ajoute. Le gouvernement du Québec doit réclamer du fédéral qu’il lui cède la pleine responsabilité de percevoir tous les impôts sur son territoire.
Réaffirmant son objectif premier, le Parti québécois élargit donc la voie vers la souveraineté.
Le Parti québécois n’aura de cesse de rechercher, pour nous et pour nos enfants, une pleine et entière souveraineté, mais d’ici là, ce sera toujours plus pour le Québec, toujours plus pour les Québécoises et les Québécois.
Vraiment, avec le « Plan pour un Québec souverain: tout peut changer ».




« Faire avancer le Québec en attendant la souveraineté »
Le plan de match de Pauline Marois: ouvrir tous les fronts avec Ottawa
Le référendum est toujours dans le programme péquiste, mais non l’obligation de le tenir « le plus rapidement possible dans le mandat ».
— La souveraineté n’est pas pour demain. En attendant, le Parti québécois veut mobiliser les Québécois en ouvrant de nombreux fronts, en multipliant les revendications auprès du gouvernement fédéral. À défaut d’obtenir toute la souveraineté, un gouvernement péquiste commencera par la récupérer morceau par morceau, compétence par compétence.
C’est ce qu’a indiqué hier la chef péquiste Pauline Marois dans un point de presse à la permanence du PQ. Elle devançait une intervention qui devait être faite le weekend prochain à Rivière-du-Loup, à l’occasion d’une conférence des présidents de circonscription. Un gouvernement du Parti québécois, a-t-elle expliqué, « a le devoir de proposer aux Québécois une démarche qui les fera avancer, qui nous rapprochera de notre souveraineté. On va utiliser toutes les compétences du Québec pour faire avancer les Québécois ».
L’approche du « toujours plus pour le Québec » remplacera celle du « tout ou rien », a-t-elle résumé, un plan qui, selon elle, assurera « la cohésion du mouvement souverainiste » et permettra de rompre avec « l’immobilisme » qui a frappé les péquistes depuis le référendum de 1995. « On se remet à l’action, on retrouve l’esprit des années 70 », a-t-elle illustré.
Élu, le PQ voudra « utiliser le maximum de pouvoirs qui sont à Ottawa pour faire avancer les Québécois ». Déjà, à l’Assemblée nationale, le PQ s’était engagé à faire en sorte que le Québec récupère des compétences exclusives comme la santé, l’éducation et la famille avec pleine compensation d’Ottawa. Le PQ avait aussi promis de donner plus de muscle à la Charte de la langue française.
Hier, Mme Marois a dévoilé une autre cible, un autre jalon dans la marche vers la souveraineté. Comme l’a indiqué La Presse la semaine dernière, le PQ proposera la mise en place d’une déclaration de revenus unique: le Québec serait le seul « percepteur » de la totalité des impôts des Québécois. Le projet sera discuté au congrès du printemps 2011 – un rassemblement qui normalement aurait dû avoir lieu l’automne prochain.
Pour Mme Marois, des économies annuelles de 840 millions de dollars découleraient de cette mesure, qui « simplifierait la vie des citoyens ». Le Québec est la seule province où les citoyens font deux déclarations.
Des sondages internes démontrent que 70% des Québécois seraient d’accord avec cette mesure. Hier, le porte-parole PascalMonette a refusé toutefois de fournir plus de détails sur ces sondages, sur la formulation des questions et même sur la maison qui les avait réalisés.
Ces mêmes sondages indiquent que les Québécois sont favorables à 72% à ce que le Québec entame des discussions avec Ottawa pour récupérer les compétences en matière de culture. De plus, 71% sont favorables à ce qu’un débat soit ouvert pour que le Québec récupère tous les pouvoirs en matière linguistique, ce qui ne peut se faire dans l’ordre constitutionnel actuel.
Référendum « sur une question précise »
« Je ne propose pas une série de référendums à répétition, a souligné Mme Marois. Il est possible que nous puissions tenir un référendum sur une question précise… mais notre objectif n’est pas ça. C’est de tenir un référendum, celui qui comptera, celui sur la souveraineté du Québec. » Le référendum est donc toujours dans le programme péquiste, mais non l’obligation de le tenir « le plus rapidement possible dans le mandat ». « Je garde l’agenda ouvert, a précisé Mme Marois. Je veux pouvoir le tenir le plus rapidement possible, lorsque nous penserons que nous pouvons avoir l’appui de la population. »
Pour Gérald Larose, le président du Conseil de la souveraineté, la « démarche large » d’y aller avec une liste de revendications doit être appuyée par des référendums sectoriels: « Si on nous répond non, on doit aller demander l’opinion du peuple. » Le nouveau plan péquiste aura « une vertu pédagogique » observe M. Larose.
C’est aussi ce que croit Pierre Dubuc, le président du SPQ libre: « Les discussions avec Ottawa, les gens vont réaliser que cela ne fonctionne pas. La conséquence logique sera la tenue de référendums sectoriels. » Son groupe réclamera que le référendum s’enclenche quand suffisamment de gens le réclameront, une consultation « d’initiative populaire ». Mais Mme Marois a prévenu qu’elle n’approuvait pas cette démarche, que prônait, quand il était député, Jonathan Valois, devenu président du PQ.
D’autres volets du plan de Mme Marois peuvent se réaliser sans changements constitutionnels. « M. Charest pourrait faire un certain nombre de choses, mais il ne demande rien, donc n’obtient rien » a-t-elle soutenu. Ainsi, dès son élection, « la première action » du PQ sera « de freiner et combattre par tous les moyens les intrusions du fédéral dans les champs de compétence exclusifs du Québec ».
Un gouvernement Marois voudra « occuper pleinement tous les pouvoirs qu’on a déjà et qu’on n’exerce pas pleinement. On protégera l’identité québécoise ». On compte adopter une « loi sur l’identité québécoise » qui assurera la prépondérance du français et des valeurs communes comme l’égalité entre les sexes et la laïcité des institutions. Une nouvelle loi 101 serait adoptée « avec un véritable statut de charte » qui s’appliquera aux entreprises de moins de 50 employés. Un gouvernement péquiste fera par ailleurs de l’enseignement de l’histoire « une priorité » et visera l’autonomie énergétique. « À l’avenir, c’est le Québec qui déterminera ses priorités, il occupera tout l’espace nécessaire », a promis la chef péquiste.
Du côté d’Ottawa, clairement, on n’entendait pas entrer sur le terrain des revendications du PQ. « Le PQ et le Bloc rêvent à un gouvernement libéral fédéral qui pratique un fédéralisme centralisateur et dominateur. Heureusement, depuis 2006, le gouvernement Harper respecte les compétences du Québec et reconnaît les aspirations de la nation québécoise », a dit Dimitri Soudas, l’attaché de presse de Stephen Harper.


Place à la « gouvernance souverainiste »
Le Parti québécois entend jouer la carte du rapatriement des compétences
— Le « grand soir » de l’indépendance du Québec ne surviendra pas dans un avenir prévisible. En lieu et place, Pauline Marois proposera mi-juin sa « gouvernance souverainiste ». Un gouvernement péquiste revendiquera d’être seul maître d’une série de compétences pour lesquelles le Québec partage actuellement le terrain avec Ottawa.
Au lendemain de l’élection du PQ, Mme Marois promettra que les Québécois « récupèrent tous leurs impôts ».
Pour illustrer les changements qui surviendraient au lendemain de l’élection du PQ, Mme Marois promettra que les Québécois « récupèrent tous leurs impôts ». Il s’agit d’un morceau important du programme péquiste, qui définit l’indépendance comme les pleins pouvoirs sur « les impôts, les lois et les traités ».
L’idée que les Québécois n’aient plus à remplir qu’une seule déclaration de revenus galvanise les militants péquistes depuis longtemps.
Ce réalignement, le « plan de match des prochaines années », sera dévoilé le 13 juin, à la « conférence des présidents » du PQ, tenue stratégiquement à Rivière-du-Loup, où aura lieu, neuf jours plus tard, une élection complémentaire.
Le PQadéjà annoncé qu’il reportait au printemps 2011 le congrès d’orientation qui, normalement, aurait dû se tenir cet automne. Au moment du congrès, il se sera écoulé six ans depuis la dernière instance du PQ, en juin 2005, lorsqueBernardLandry a démissionné. Historiquement, le PQ tenait ses congrès aux deux ans.
Cette semaine à Québec, plusieurs députés ont assisté à un cocktail des anciens employés politiques du PQ. Pauline Marois y a promis un geste imminent pour « relancer la souveraineté ».
Le plan auquel ont travaillé quelques députés – Alexandre Cloutier, Camil Bouchard et Pierre Curzi, notamment – a été présenté hier soir à la réunion du comité exécutif du parti, à Montréal. Pascal Monette, le directeur des communications du PQ, s’est refusé hier soir à tout commentaire.
Avec le PQ au pouvoir, le Québec voudra « faire des gains, avoir une position très autonomiste », sans attendre le « grand soir », explique-t-on dans les coulisses au PQ. La chef péquiste a déjà tâté le terrain avec plusieurs députés. Elle fera aussi valoir une liste de compétences, de la culture à l’agriculture, pour lesquelles le Québec devrait être seul maître à bord.
Plusieurs sources indiquent qu’elle ne proposera pas de gestes de rupture. En cas d’impasse, Mme Marois laissera entrevoir les « référendums sectoriels » qui constituaient la plateforme de Jacques Parizeau à son retour à la tête du PQ en 1987. En panne de stratégie en 2002, Bernard Landry avait aussi songé à dresser cette liste de revendications susceptibles d’être populaires auprès des électeurs, et on avait alors indiqué qu’un référendum sectoriel serait utilisé en cas de désaccord avec Ottawa.
Mme Marois ne voudra surtout pas préciser de moment où le référendum sur la souveraineté aurait lieu – pendant la campagne à la direction du PQ, en 2005, elle avait soutenu qu’il ne saurait y avoir de référendum avant deux ou trois mandats. Inversement, Mme Marois ne voudra pas s’engager à ne pas tenir de référendum, au cas où l’occasion se présenterait.
La stratégie ne remplacera pas l’objectif de la souveraineté obtenue par référendum mais donnera aux militants un plan de rechange dans une période où la souveraineté ne suscite guère d’enthousiasme – le Oui au référendum ne ferait guère mieux que les 40% de 1980, selon les plus récents sondages.
Il s’agit de rassurer les militants péquistes, dont le parti ne parvient pas à distancer clairement le gouvernement libéral, qui en est pourtant à son troisième mandat.


Marois nie vouloir provoquer des crises
« Nous ne souhaitons pas des crises. S’il y avait des crises, ce serait Ottawa qui les provoquerait », dit la chef du PQ
« Est-ce qu’on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté ?» selon Jean Charest.
Se disant très heureuse de l’appui de Jacques Parizeau à son projet de rapatriement de pouvoirs à la pièce, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, se défend cependant de vouloir susciter des crises à dessein pour faire avancer la souveraineté.
D’autres péquistes ont choisi quant à eux de prendre clairement leurs distances des propos tenus par l’ancien premier ministre. Samedi, M. Parizeau a déclaré qu’un référendum sectoriel serait utile aux souverainistes en provoquant une crise politique qui mènerait à l’indépendance du Québec.
Pour les libéraux, « le chat sort du sac ». M. Parizeau « a dit tout haut ce que Mme Marois n’osait pas dire », c’est-à-dire « qu’elle veut une crise au Québec pour pouvoir faire avancer sa cause de la souveraineté », a lancé le premier ministre Jean Charest, qui accuse son adversaire de vouloir « faire du mal au Québec ».
« Est-ce qu’on peut avoir plus tordu que de souhaiter du tort aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté ? C’est exactement ce que propose la chef du PQ aujourd’hui », a-t-il ajouté lors de la période des questions.
Pauline Marois était absente du parlement. Elle a réagi plus tard en marge de la Conférence de Montréal. « Nous ne souhaitons pas des crises. S’il y avait des crises, ce serait plutôt Ottawa qui les provoquerait », a-t-elle dit.
Loin de désavouer Jacques Parizeau comme l’y invitait Jean Charest, Mme Marois s’est dite « très heureuse » de son appui au plan sur la souveraineté qu’elle a présenté dimanche dernier. Elle a renvoyé la balle au premier ministre.
« Actuellement, ce sont les propos de M. Charest qui m’inquiètent, lui qui n’a rien demandé à Ottawa. Il a écrit une lettre pendant la campagne électorale et depuis, c’est le silence complet. »
Mme Marois a évoqué l’échec de l’accord du lac Meech, en 1987. « S’il y en a qui s’y connaissent en crise, c’est bien M. Charest (qui était alors ministre conservateur au fédéral). Il y a 20 ans, à l’occasion de l’accord du lac Meech, il a présenté un rapport qui allait contre le lac Meech et qu’il a fait déraper avec les résultats que l’on connaît. »
Tendant l a main à Jean Charest, Mme Marois a souhaité que sa formation puisse éventuellement former, avec les libéraux, des coalitions pour faire avancer des revendications du Québec, en matière de langue par exemple.
Le Plan pour un Québec souverain, présenté dimanche par Mme Marois, prévoit le rapatriement de certaines compétences, notamment en matière de culture. En cas de refus de la part d’Ottawa, un gouvernement péquiste pourrait tenir un référendum sectoriel sur le sujet.
Samedi , au col loque des Intellectuels pour la souveraineté, Jacques Parizeau a indiqué que « les référendums sectoriels, dans certaines circonstances, ça peut être très utile ». Il a souligné qu’un de ses « anciens assistants » lui a déjà dit que « pour faire la souveraineté, il faut une crise ».
« C’est bien embêtant, a-t-il ajouté. Il y a des crises qui apparaissent de temps à autre, mais ce n’est pas toujours au bon moment pour nous. En fait, il faudrait qu’on suscite une crise. C’est évident qu’un référendum sur un sujet défini peut créer une crise. » M. Parizeau appuie le plan de Pauline Marois dont il connaissait le contenu avant que la chef ne le rende public.
« Il interprète mal les objectifs du plan de Mme Marois », a affirmé à La Presse la présidente du comité national des jeunes du PQ, Isabelle Fontaine. « Je ne pense pas qu’il faut une crise pour faire la souveraineté. »
« Une crise, ça fait augmenter l’appui à la souveraineté de façon conjoncturelle. Mais ce qu’il faut, c’est que l’appui augmente de façon structurelle », ce que permet le rapatriement de pouvoirs, a-t-elle ajouté. « Augmenter l’espace politique du Québec, ça va fai re augmenter le l ien entre les Québécois et l’État du Québec, le sentiment d’appartenance, la confiance qu’on peut se prendre en main. On gagne plus à obtenir davantage de pouvoirs qu’à créer une crise politique. »
Isabelle Fontaine a soutenu du bout des lèvres qu’« une crise politique peut être une conséquence des référendums sectoriels, car on ne sait pas comment Ot tawa va réagi r. Mais ce n’est pas ça l’objectif du plan ».
L e s pr o p o s de J a cque s Pa r i zeau ont provoqué un malaise au sein de la députation péquiste. Sa déclaration sur la nécessité d’une crise, « je ne trouve pas ça bon. Moi je dis que c’est une possibilité d’avoir des référendums sectoriels. Il faut vivre avec ce que cela veut dire », a soutenu François Rebello.
« Ce que M. Parizeau et tout le monde souhaitent, c’est que le Québec avance. C’est ce que je comprends de ses propos », a déclaré le leader parlementaire, Stéphane Bédard. Bien des députés ont fui les micros des journalistes.
Jean-François Lisée, qui fut conseiller de Jacques Parizeau et de Lucien Bouchard, estime que le plan de Mme Marois « n’est pas conçu pour provoquer une crise ». Et si un éventuel gouvernement péquiste posait « un geste qui serait vu par les Québécois comme une façon de provoquer une crise, ça ne marcherait pas ».
M. Lisée croit cependant qu’un refus d’Ottawa sur une revendication importante et largement par tagée par les Québécois pourrait, selon le contexte, provoquer une crise et augmenter la « volonté de souveraineté ». Mais il est difficile de prévoir une telle éventualité des années à l’avance, a-t-il dit. Il a souligné que les grands changements dans une société surviennent souvent dans un contexte de crise. L’ancien premier ministre Bernard Landry a refusé de commenter.


Les militants se rallient au plan deMarois
Le référendum entre parenthèses
« Il est temps de marquer une rupture avec l’attentisme. Il faut marquer une rupture avec le défaitisme des fédéralistes. Il faut passer de l’approche du " tout ou rien " au " toujours plus ". »
RIVIÈRE-DU-LOUP— Sans débat ni controverse, les péquistes se sont ralliés hier au plan étapiste de Pauline Marois, qui promet désormais la souveraineté à la pièce, une série de revendications pour récupérer des compétences auprès d’Ottawa en attendant le « grand soir » souverainiste.
Dans son plan de « gouvernance souverainiste », la chef du PQ Pauline Marois veut freiner les ingérences fédérales dans les compétences québécoises, affirmer la primauté de la langue française et de la culture québécoise.
Au printemps 2011, en congrès, les militants péquistes auront à approuver un nouveau programme qui officialisera cette démarche, laquelle remplacera la tenue d’un référendum sur la souveraineté « le plus tôt possible dans le mandat » – la formulation que Mme Marois, dès son arrivée à la barre du PQ, il y a deux ans, avait promis de faire disparaître.
En point de presse, hier, la chef péquiste a souligné que bien peu d’éléments dans ces nouvelles orientations nécessitent un affrontement constitutionnel avec Ottawa. Dans plusieurs cas, on veut récupérer des compétences partagées. Ces litiges peuvent se régler avec le fédéral par des ententes administratives, a-t-elle souligné.
Plus tôt, devant ses troupes, elle avait prévenu: « Dorénavant, ce sont les fédéralistes qui auront le fardeau de la preuve. J’ai présenté mon plan pour un Québec souverain. Il est temps de marquer une rupture avec l’attentisme. Il faut marquer une rupture avec le défaitisme des fédéralistes. Il faut passer de l’approche du " tout ou rien" au " toujours plus".
« Chaque fois que le fédéral viendra se mêler de nos affaires, on le remettra à sa place », a-t-elle promis. Les souverainistes adopteront le « toujours plus » quand il sera question de définir l’identité québécoise, de bien parler le français, de définir le modèle québécois en matière d’environnement ou d’énergie.
« Notre objectif est d’abord de faire respecter les compétences du Québec. Cela ne demande aucune ronde constitutionnelle, cela ne demande qu’une discussion avec Ottawa pour qu’on nous transfère des points d’impôt ou des compétences, a-t-elle indiqué en conférence de presse. J’espère que ce plan concret, qui touche la vie des gens, va redonner aux Québécois le goût de se donner un pays. »
Dans son plan de « gouvernance souverainiste » , Mme Marois veut freiner les ingérences fédérales dans les compétences québécoises, affirmer la primauté de la langue française et de la culture québécoise. On veut aussi occuper tout l’espace dans des à Ottawa, l’adoption de lois à l’Assemblée nationale. Avant de recourir à ces appels au peuple, il faudra épuiser tous les autres moyens », a-t-elle fait valoir. Elle n’exclut pas un recours judiciaire pour tester le pouvoir de dépenser du fédéral – un coup de poker que n’ont jamais voulu risquer les gouvernements péquistes jusqu’ici. compétences partagées comme l’environnement et l’agriculture. Le PQ veut également que le Québec obtienne de nouveaux pouvoirs. C’est le seul objectif qui ne peut se réaliser sans amendement constitutionnel.
Les référendums sectoriels font partie de la « panoplie des moyens » qui s’offriraient à un gouvernement Marois. « Avant d’y arriver, on va utiliser tous les autres moyens, à partir de la négociation, de la représentation
Plutôt que d’attendre le « grand soir » de la souveraineté, il vaut mieux « faire avancer le Québec » par des progrès moins ambitieux, estime la chef péquiste.
Militants perplexes
Embarrassés par les déclarations récentes des Jacques Par i zeau, Yves Michaud et Bernard Landry, pour qui des « crises » sont nécessai res à l’avancement de la souveraineté (des propos qu’a vite récupérés Jean Charest), les militants avaient besoin d’être rassurés.
Les sources d’inquiétude étaient nombreuses : la fin abrupte de la controverse sur les tests de cancer, la controverse avec le DGE sur les coûts de la rencontre de Rivièredu-Loup en marge d’une élection partielle et, tout récemment, la fin en queue de poisson du débat sur l’éthique à l’Assemblée nationale.
Le PQ, qui avait l’avantage sur le terrain de l’Assemblée nationale avec les déboires de la Caisse de dépôt et le dérapage des FIER, paraît essoufflé depuis deux semaines.
Devant des militants qui avaient besoin d’être réconfortés, Mme Marois a durement attaqué Jean Charest, « le démolisseur en chef », « l’imposteur ». Elle a rappelé que, l’automne dernier, il avait même évoqué le rapatriement de la culture et des communications dans sa liste de demandes à Ottawa. Depuis, il se contente, a-t-elle dit, « d’un fédéralisme de correspondance » en réitérant ses attentes dans des lettres à Ottawa qui restent sans réponse.
Mme Marois a fait monter sur scène Paul Crête, candidat péquiste à l’élection partielle du 22 juin dans Rivière-duLoup, ainsi que Christ i ne Normandin, sa candidate dans Marguerite-Bourgeoys.
Aujourd’hui, journée du vote par anticipation, les députés et les délégués réunis à Rivièredu-Loup peuvent agir à titre de « bénévoles » . Selon Jean Fournier, directeur par intérim du PQ, les discussions avec le directeur général des élections indiquent que « quelques milliers de dollars seulement » des frais du congrès devront être comptabilisés dans les dépenses électorales du candidat Crête. Dans un point de presse tenu loin du lieu du rassemblement, M. Crête a soutenu que la présence de tous ces militants n’influait pas sur ses chances d’élection. Il a été élu six fois comme député sous la bannière du Bloc québécois, a-til rappelé. Il a dû aussi justifier la généreuse pension de plus de 80 000$ par année qu’il encaissera après 15 ans à la Chambre des communes. « Une pension, c’est un salaire différé » insistera Mme par la suite, approuvant son candidat.





La souveraineté suscite peu d’espoirs
La grande majorité des Québécois rejettent le statu quo constitutionnel - Tommy Chouinard
, révèle un sondage Angus Reid- La Presse
Seul un Québécois sur quatre croit que l’avènement d’un Québec souverain est assez ou très probable.
— Les trois quarts des Québécois jugent que les chances que le Québec se sépare un jour du Canada sont faibles, voire nulles, révèle un sondage Angus Reid-La Presse.
Mais les nouvelles ne sont pas que mauvaises pour Pauline Marois. La grande majorité des Québécois rejettent le statu quo constitutionnel. Leur coeur oscille entre plus d’autonomie et la souveraineté pure et simple.
Les résultats de ce sondage en ligne, réalisé les 4 et 5 juin auprès de 805 Québécois, tombent au moment où la chef péquiste vient de dévoiler son plan de match pour la souveraineté. Elle propose de multiplier les revendications auprès du gouvernement fédéral en attendant le moment propice pour faire la souveraineté.
Ce moment, les Québécois sont bien peu confiants de le voir, selon le sondage Angus Reid. Pas moins de 74% des répondants estiment qu’il n’est pas tellement (47%) ou pas du tout (27%) probable que le Québec se sépare un jour du Canada. Vingt pour cent pensent que c’est assez (15%) ou très probable (5%). Six pour cent se disent incertains.
Invités à faire un choix entre le statu quo constitutionnel, la souveraineté et plus d’autonomie, les Québécois sont divisés. Ainsi, 32% croient que « le Québec a suffisamment d’autonomie et devrait demeurer au sein du Canada ». Pour 28% des répondants, « le Québec devrait être un pays séparé et indépendant ». Mais 30% jugent que « le Québec a besoin de plus d’autonomie, mais devrait tout de même demeurer au sein du Canada ».
Selon Jaideep Mukerji, viceprésident Affaires publiques d’Angus Reid, « la stratégie de Pauline Marois semble bonne », puisqu’elle pourrait séduire la partie de l’électorat qui, bien qu’attachée à la fédération canadienne, désire davantage d’autonomie pour le Québec. Il note également que 80% des 805 répondants ont identifié au moins un domaine où le Québec devrait avoir plus de pouvoirs.
La culture ( 34%), l’économie (33%) et la fiscalité (26%) viennent en tête de liste de ces « domaines où le Québec a besoin de plus d’autonomie par rapport au gouvernement fédéral ».
Ces résultats ont tout pour conforter la chef péquiste dans ses choix. Pauline Marois propose de récupérer toutes les compétences en matière de culture. Elle veut également mettre en place une déclaration de revenus unique: Québec percevrait seul tous les impôts sur son territoire.
Le Oui crée peu d’enthousiasme
La ferveur souverainiste est peu élevée, indique le sondage d’Angus Reid. Pour 40% des répondants, « le Québec devrait obtenir sa souveraineté après avoir fait une nouvelle offre formelle au Canada pour une alliance économique et politique ». Mais une proportion de 41% est contre l’idée.
Quand la firme demande directement si « le Québec devrait être un pays séparé du Canada », le Oui chute à 34%. Le Non atteint 54%.
Le sondage en ligne a été réalisé les 4 et 5 juin, donc avant la sortie de Pauline Marois, auprès d’un échantillonnage représentatif de 805 Québécois, choisis au hasard et inscrits au Forum Angus Reid. La marge d’erreur est de 3,5 points, 19 fois sur 20.
Avec la même technique, les résultats des sondages en ligne de cette firme sont arrivés très près de ceux des dernières élections québécoises et fédérales.

Est-ce en raison de ses artistes comme Natasha St-Pier, Roch Voisine et Wilfred LeBouthillier? De sa forte communauté francophone et de son statut bilingue unique au Canada? De l’histoire du peuple acadien ? Quoi qu’il en soit, de toutes les provinces, c’est le NouveauBrunswick qui « comprend le mieux la culture et la société du Québec », estiment 42% des Québécois interrogés par Angus Reid. Les autres provinces se trouvent loin derrière. À 9%, l’Ontario arrive au second rang. Suivent la Colombie-Britannique (4%), l’Alberta (3%) et l’Île-du-PrinceÉdouard (2%). Trois provinces obtiennent 1% ( Terre-Neuve, Manitoba, Nouvelle-Écosse). La Saskatchewan obtient un résultat si peu significatif que la firme l’arrondit à 0%.


Un plan qui rallie bien des souverainistes
DU SCEPTICISME À L’ADHÉSION
Selon Patrick Bourgeois, leader du Réseau de résistance du Québécois, le PQ ferait mieux « d’opter pour les gestes de rupture pour foutre un beau bordel ».
— Ténor des souverainistes orthodoxes, Patrick Bourgeois estime que Pauline Marois s’est contentée d’ajouter de la « sauce moumoune » en diluant exagérément un véritable plan de match pour arriver à la souveraineté du Québec.
Selon Gérald Larose, président du Conseil de la souveraineté et ex-président de la CSN, il faut « sortir le fédéral des platebandes du Québec » et réclamer des compétences, « et si cela ne marche pas, on ira voir le peuple... ».
Promise dimanche par la chef péquiste, la guérilla systématique pour récupérer des compétences auprès d’Ottawa ne fera rien pour mobiliser les troupes, prédit l’éditeur du Québécois.
« J’avais appelé ça la sauce « moumoune » quand La Presse l’avait annoncé. On connaît aujourd’hui la recette: beaucoup de coquilles vides avec un soupçon de voeux pieux! » soutient M. Bourgeois. Le leader du Réseau de résistance du Québécois était, parmi les « purs et durs » souverainistes, de loin le plus réfractaire à la « gouvernance souverainiste » annoncée dimanche.
Pour lui il s’agit plutôt « d’un plan autonomiste à l’ADQ, avec une étiquette souverainiste pour faire plaisir aux militants péquistes ». Il est clair, selon lui « qu’il n’est pas dans les priorités de Mme Marois de tenir un référendum sur la souveraineté ». Avec son plan, « il n’y a pas de rapport de force, ça va être du quémandage et on va revenir la queue entre les jambes. Cela va démobiliser. C’est même pas clair qu’il y aurait des référendums sectoriels, pourquoi le fédéral plierait! » lance-t-il.
Selon M. Bourgeois, le PQ ferait mieux « d’opter pour les gestes de rupture pour foutre un beau bordel », cesser unilatéralement de payer à Ottawa la TPS qu’il perçoit pour le fédéral par exemple. Ce ne serait pas légal, « mais quand on fait un pays, on respecte pas toujours les lois de l’ennemi », poursuit-il, convaincu que les militants ne seront pas mobilisés par ce nouveau plan de match.
Bernard Landry, ancien chef péquiste, saluait une stratégie destinée à faire bouger les choses, mais demande plus de temps avant de faire des commentaires. « Amorcer une réflexion, comme c’était le cas pour la Saison des idées, ce n’est jamais mauvais » se contente-t-il de dire, pour l’instant. Mme Marois avait, avant de le divulguer, soumis son projet à tous les anciens leaders péquistes, de Jacques Parizeau à André Boisclair. Un seul « oublié », Pierre Marc Johnson.
Un président du Québec
Président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose salue une stratégie « qui nous sort de l’attentisme et de l’éternel débat référendiste... Fini le débat du Grand Soir, euphorique pour les uns, cataclysmique pour les autres. La souveraineté doit être le fruit d’une stratégie systématique de construction ».
Pour lui la « gouvernance souverainiste » de Mme Marois doit s’appuyer sur « la reconnaissance », et un pas a été fait quand Ottawa a reconnu la nation québécoise. Avec cet acquis, le Québec, sans modifier l’ordre constitutionnel, peut créer une « Cour suprême québécoise » et même un « président de l’État québécois pour ranger au placard le lieutenant-gouverneur, le représentant de la reine. Ce « président » serait le chef politique de l’État québécois et il aurait à approuver les lois, suggère l’ex-président de la CSN. Il faut aussi, selon lui, « sortir le fédéral des platebandes du Québec » et réclamer des compétences, « et si cela ne marche pas on ira voir le peuple... ».
Selon M. Larose, même si Mme Marois dit qu’elle n’a pas « pour objectif » de tenir des référendums sectoriels, « politiquement, si c’est nécessaire, il faudra en faire ». Finalement, il faut « envoyer le monde réfléchir au Québec souverain » avec une nouvelle commission « Bélanger-Campeau », donne-t-il en exemple. Robin Philpot, ex-candidat péquiste et associé aux orthodoxes du PQ, est « agréablement surpris que Mme Marois fasse un effort pour reprendre l’initiative qui nous a fait défaut depuis 1995 ». Son plan de match, « soulève des questions de compétences qui n’ont pas été réglées. On rompt avec l’attentisme, pour moi c’est bien ».
Plus de concret...
Selon Mario Beaulieu, président de la Société Saint-Jean-Baptiste, le projet de Mme Marois va dans la bonne direction, mais reste incomplet. « Il faudra des revendications claires pour que les gens comprennent concrètement ce qu’on ne peut pas faire dans le fédéralisme. » Par exemple, MmeMaroisdevraitproposer clairement que le gouvernement ne communique qu’en français avec les entreprises. Aussi, elle devrait s’engager sans équivoque à ce que la loi 101 s’applique à l’admission au cégep. « Pour mobiliser, il faut plus que des concepts abstraits, il faut que les gens voient l’impact tangible », selon M. Beaulieu. « Il faut une campagne réelle pour la souveraineté. Pour sortir de l’attentisme comme le veut Mme Marois, cela prend une campagne avec du porte-à-porte et des rassemblements », a dit M. Beaulieu.
Selon Pierre Dubuc, du SPQ libre, Mme a axé sa stratégie sur la récupération de pouvoirs, « ce qui n’exclut pas le recoursàdes référendums sectoriels ». Cette stratégie « aux vertus éducatives certaines » doit, selon lui, être « complétée par l’engagement à tenir un référendum sur l’indépendance du Québec, un engagement que Mme Marois a pris », écrit M. Dubuc. Selon lui, le PQ doit aller plus loin, « mettre le peuple dans le coup » avec un référendum d’initiative populaire – un référendum s’enclencherait dès que 10% de la population se rendrait signer un registre à cette fin, une approche que désapprouvait dès dimanche Mme Marois, et qui avait été battue à plate couture par les militants péquistes en conseil national, en 2008.
Selon Marc Laviolette, aussi membre du SPQ libre, le plan de Mme Marois va « préparer le terrain à la tenue d’un référendum sur la souveraineté ». Un gouvernement péquiste se fera rapidement dire non par Ottawa, notamment sur la mise en place d’une déclaration de revenus unique. « Penses-tu qu’Ottawa va être d’accord pour rapatrier au Québec le pouvoir de percevoir la totalité des impôts? » a-t-il lancé.
« Tant mieux si le Québec obtient plus de pouvoirs », mais cette stratégie fera la démonstration que « le Canada ne marche pas ». « Je suis à l’aise avec cette stratégie de pédagogie », a-t-il dit. Convaincu qu’ainsi le PQ prouvera que la souveraineté est « la seule solution ».

La soupe de Mme Marois -  Vincent Marissal
Au sein de la population, le PQ court le risque de paraître complètement déconnecté en revenant avec les vieux débats constitutionnels.
Oon le fait depuis 1995, il faut faire des gestes », résume un proche de Pauline Marois.
Avant de demander aux Québécois d’épouser son plan, Pauline Marois doit d’abord s’assurer qu’il tient la route dans son propre parti.
Le recours à la stratégie de la souveraineté en pièces détachées, avec référendum ou non, n’est pas nouveau pour le Parti québécois. Jacques Parizeau l’avait déployée en 1989 et Jean-François Lisée l’avait reprise dans son livre Sortie de secours.
Il s’agit néanmoins d’un passage délicat pour Pauline Marois. On sentait d’ailleurs, au cours des derniers jours, par les téléphones et les courriels, une certaine nervosité dans l’entourage de Mme Marois. n y revient donc encore une fois : la chef du PQ, Pauline Marois, doit, comme ses prédécesseurs, trouver une stratégie pour garder le feu sous la soupe en attendant que les Québécois retrouvent, éventuellement, l’appétit pour la souveraineté.
Au PQ, on reconnaît d’emblée que les Québécois n’ont pas d’appétit pour un troisième référendum. Ce n’est pas une raison, toutefois, pour garder indéfiniment la soupe au congélateur.
« On ne peut plus continuer d’attendre le Grand Soir, comme
La chef du PQ a préparé minutieusement le terrain en communiquant avec ses prédécesseurs André Boisclair, Bernard Landry, Lucien Bouchard et Jacques Parizeau. ( Il semble que MM. Boisclair et Bouchard se soient montrés plutôt favorables à la stratégie ; Jacques Parizeau comprend la nécessité, même s’il souhaiterait une voie plus rapide vers la souveraineté, et Bernard Landry aurait mani festé des réserves avant de se rallier).
Pauline Marois a aussi consulté les éminences grises du PQ, dont Jean-François Lisée et Éric Bédard, et elle a joint samedi tous les présidents d’association de comté par téléconférence pour les mettre au parfum.
La stratégie sera débattue dès la fin de semaineprochaine à Rivièredu-Loup à l’occasion d’une rencontre de la Conférence des présidents de circonscription, un premier test de cohésion pour la chef du PQ au sein même de son parti.
Avant de demander aux Québécois d’épouser son plan, Mme Marois doit d’abord s’assurer qu’il tient la route dans son propre parti, d’où les précautions des dernières semaines. Il reste plus de trois ans avant les prochaines élections québécoises et trois ans, c’est long dans un parti peuplé d’impatients.
La manoeuvre est manifestement destinée à la consommation interne, mais, au sein de la population, le PQ court le risque de paraître complètement déconnecté en revenant avec les vieux débats constitutionnels en pleine période de crise économique.
La référence de Pauline Marois à « l’esprit des années 70 » ne fait qu’accentuer cette impression de retour en arrière. La chef du PQ réalise-t-elle que les jeunes qui voteront pour la première fois aux prochaines élections, et dont elle a besoin pour soutenir son option, sont nés dans les années... 90? Pour eux, les années 70, c’est la préhistoire.
Le plus grand défi de Pauline Marois sera de convaincre les Québécois qu’elle n’essaye pas de les entraîner dans une nouvelle ronde de chicanes avec Ottawa. Ou, pire encore, qu’elle ne réclame pas tous ces pouvoirs dans le seul but de se faire dire non, question de démontrer, une fois de plus, les limites du fédéralisme. Or, on sait que plusieurs de ses demandes sont inacceptables pour Ottawa.
Les conservateurs de Stephen Harper veulent bien reconnaître la nation québécoise, mais ne leur demandez pas d’émasculer le gouvernement fédéral en transférant ses pouvoirs aux provinces.
Quant aux libéraux, leur chef Michael Ignatieff a dit clairement la semaine dernière que le Québec, selon lui, a bien suffisamment de pouvoirs.
En fait, le plan Marois peut se diviser en trois sections : le faisable, le souhaitable et l’impensable.
Le faisable: rien n’empêche Québec d’adopter sa Constitution, de renforcer la loi 101, d’imposer des cours d’histoire.
Le souhaitable : les relations fédérales provinciales se porteraient beaucoup mieux, en effet, si Ottawa respectait les champs de compétences provinciales et cessait de s’immiscer en santé et en éducation (quoique cela ferait davantage avancer le fédéralisme que la souveraineté du Québec, n’en déplaise aux péquistes). Le droit de retrait avec compensation peut très bien se pratiquer sans mettre l’unité du Canada en jeu. Idem pour les pourparlers sur le transfert de la compétence et des budgets en culture. Ce n’est pas inconcevable.
L’impensable : un gouvernement péquiste expulserait Ottawa des champs de compétence partagés comme l’environnement, l’agriculture et l’intégration des immigrants. Un coup parti, on pourrait aussi demander au gouvernement fédéral de décréter l’indépendance du Québec...
Il y a quelque chose de malhonnête dans cette approche. Le Parti québécois demande au fédéral de respecter la Constitution pour les champs de compétence exclusive – « Si le gouvernement canadien n’est pas capable de respecter sa Constitution, on a un problème », disait MmeMarois dimanche –, mais il refuse d’accepter la réciproque pour les compétences partagées.
Autrement dit, Ottawa doit respecter la Constitution, mais le Québec peut la contourner à volonté. Ce n’est pas de la négociation que propose Mme Marois, c’est un hold-up. Aucun parti fédéraliste n’acceptera de jouer à ce jeu. Les péquistes le savent fort bien, ce qui rend leur démarche parfaitement transparente.

La « nausée constitutionnelle » -  Katia Gagnon
Pour rapatrier des pouvoirs d’Ottawa, comme la chef péquiste Pauline Marois désire le faire si son parti prend le pouvoir, des négociations constitutionnelles devront inévitablement se tenir, estime le constitutionnaliste Henri Brun. Une éventualité qui risque de provoquer une certaine « nausée constitutionnelle » au sein de la population, croit le politologue Jean-Herman Guay.
Sur tous les points évoqués par la chef péquiste en fin de semaine, que ce soit les pouvoirs en culture, en santé, les compétences linguistiques ou de nature fiscale, le Québec doit d’abord réclamer un amendement constitutionnel, explique M. Brun, que ce soit pour obtenir les pouvoirs ou alors limiter le pouvoir fédéral de dépenser.
« Modifier la Constitution du Canada, c’est devenu très difficile. Mais il est très facile d’enclencher le processus. Il s’agit que l’Assemblée législative d’une province adopte une résolution à cet effet. À partir de ce moment-là, toutes les parties ont le devoir de négocier de bonne foi. Il y a une obligation de négocier », dit M. Brun.
Ce qui ne veut pas dire, évidemment, que la négociation se conclue au bénéfice du Québec. « Si la négociation se conclue par un échec, juridiquement, c’est terminé », précise M. Brun. Mais « si c’est un sujet qui mobilise la population, un échec peut avoir un impact politique ».
Un gouvernement péquiste n’enclencherait pas nécessairement de négociations constitutionnelles, réplique le porte-parole du PQ, Alexandre Cloutier. « Il n’y aurait pas nécessairement de négociations constitutionnelles, mais ça peut effectivement se produire, dit-il. Si on demande des nouveaux pouvoirs, comme en matière de télécommunications, par exemple, oui, il faut un amendement. Mais freiner le pouvoir fédéral de dépenser, on peut faire ça par le biais d’une entente administrative. »
Accueil mitigé
Les politologues accueillent de façonplutôtmitigée les propositions du « plan Marois » dévoilé en fin de semaine. « Mme Marois veut réunir les pressés et les réalistes. Mais les deux risquent d’être insatisfaits, observe Jean-Herman Guay, de l’Université Sherbrooke. Dans la population, ces propositions vont provoquer la nausée constitutionnelle. Ça risque de positionner le PQcomme le parti qui veut revenir à la chicane. Ce n’est pas une formule gagnante, sauf pour occuper les militants. »
La proposition présentée en fin de semaine est, essentiellement, du recyclage, estime M. Guay. « Ils ont pris les vieilles composantes, ils ont essayé de faire une nouvelle macédoine avec ça. Mais personne n’est dupe », dit-il.
« On revient à égalité ou indépendance de Daniel Johnson, s’insurge le politologue DenisMonière, de l’Université de Montréal. C’est une régression politique. Le PQ se définit maintenant comme un parti nationaliste. C’est l’Union nationale, le Parti libéral du Québec avant Jean Charest. »
« C’est un plan pour les militants du parti, résume Réjean Pelletier, politologue à l’Université Laval. On a rejeté la possibilité de tenir des référendums sectoriels, ce qui est tout de même plus près de la réalité de la population. En ce sens là, c’est une bonne chose. » Mais le dernier politicien québécois qui a réclamé des pouvoirs à Ottawa en matière de culture, n’a même jamais reçu de réponse, rappelle le politologue: c’est l’ancien ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui a depuis quitté la politique.
« Une démarche d’autonomie et d’affirmation, c’est bienvenu. Il faut rappeler que l’autonomieduQuébec est sacrée, qu’il faut la promouvoir et l’accroître », commente Benoît Pelletier, revenu à ses fonctions de politologue à l’Université d’Ottawa, qui salue donc la prémisse de la démarche péquiste. « Mais là où ça risque demal tourner, c’est que l’affrontement va devenir la stratégie du gouvernement. Ça va déplaire royalement à la population. »



Le PQ doit redevenir une large coalition - JOSEPH FACAL
Le PQ doit faire de l’intérêt national du Québec, et non de l’axe gauche-droite, sa grille d’analyse primordiale.
(...) Les Québécois ont compris depuis longtemps qu’on ne fera pas l ’i ndépendance sans un e f for t col lecti f herculéen, sans une puissante envie de nous dépasser col lect ivement , sans courage ni abnégation, sans en appeler aux raisons authentiquement fortes que sont le sentiment national, la volonté de durer, le désir de s’émanciper, la fierté et le respect de soi.
Face à un peuple beaucoup plus futé que ne le pense une bonne partie de l’élite souverainiste, la minimisation de l’ampleur de la tâche, le réflexe de séduire plutôt que de convaincre, la peur, au fond, de placer le peuple devant ses responsabilités, les publicités « cute » et les slogans de marketing pendant les cinq semaines d’une campagne référendaire ne suffiront jamais, jamais, jamais.
Il faut aussi regarder froidement les résultats électoraux du PQ depuis 1994. Ceux-ci s’inscrivent dans une tendance marquée vers le bas : 44,75% en 1994, 42,87% en 1998, 33,24% en 2003, 28,35% en 2007. La glissade fut certes stoppée lors des élections du 8 décembre 2008. Mais on notera que le PQ n’y récolta que 16 205 votes de plus qu’aux élections de 2007, où il avait obtenu son pire résultat en plus de 30 ans, et que la remontée du vote de 28,35% à 35,17 % tient largement à la distorsion introduite par l’effondrement historique du taux de participation à 57,43%. On peut désormais être un souverainiste non péquiste sans que cela semble incongru, en logeant à l’ADQ ou chez Québec solidaire ou tout simplement en s’abstenant.
Comment expliquer cette érosion progressive de l’appui populaire au PQ? Je risque une explication.
Le PQ s’est voulu, dès ses débuts, une coalition d’électeurs et de militants très large, donc très hétérogène. Pour dire les choses rapidement, cette coalition a été d’autant plus large que tous ceux qui la composaient trouvaient que les progrès rapides du projet souverainiste justifiaient (et facilitaient) les compromis que chacun devait faire sur les autres enjeux, comme les questions économiques et sociales.
Désormais, comme la souveraineté ne semble pas se rapprocher rapidement, plusieurs électeurs souverainistes décrochent du jeu politique ou préfèrent soutenir des petits partis qui sont plus près de leurs vues sur ces autres enjeux.
Bien sûr, s’il y avait un référendum, ces souverainistes qui ont pris leurs distances du PQ voteraient sans doute pour le Oui. Dans la conjoncture actuelle, il n’est cependant pas évident du tout que le PQ pourrait prendre le pouvoir avec un score suffisamment robuste pour espérer raisonnablement tenir un référendum peu de temps après son élection.
(. . .) La conclusion me semble incontournable: si le PQ aspire sérieusement à autre chose qu’à prendre le pouvoir pour les mauvaises raisons, c’est-à-dire pour exercer un pouvoir provincial de plus en plus évanescent, il doit absolument redevenir une large coalition rassemblant des gens de gauche et de droite. Cela implique forcément qu’il fasse de l’intérêt national du Québec, et non de l’axe gauche-droite, sa grille d’analyse primordiale.
Évidence, me dira-t-on. Pas du tout, répondrai-je, si on examine plusieurs de ses prises de position sur les enjeux qui opposaient « lucides » et « solidaires », la hausse des seuils d’immigration alors qu’il déplore du même coup la non-intégration de beaucoup d’immigrants déjà parmi nous, le cours Éthique et culture religieuse, qui n’est pas du tout ce qu’il prétend être, la funeste réforme de l’éducation qui se déploie depuis des années ou encore l’appui donné au Bloc québécois lorsque celui-ci envisagea de faire accéder Stéphane Dion (Stéphane Dion!) à la fonction de premier ministre du Canada.
Mettre au-dessus de tout l’intérêt national, c’est aussi, par exemple, agir maintenant afin de préserver, voire d’élargir, les espaces d’autonomie que le Québec possède déjà.



LE DOLLAR AMÉRICAIN ? - JEAN-FRANÇOIS LISÉE
Le pétrole faisant sans cesse grimper le huard, un Québec indépendant pourrait avoir avantage à adopter le billet vert comme devise
Comme la production d’hydrocarbures canadiens va doubler d’ici 10 ans, le processus de destruction de l’emploi manufacturier ne fait que commencer auQuébec.
Ayant vanté, ces dernières semaines , les retombées positives pour le Québec de l’exploitation des sables bitumineux, André Pratte est peiné de me voir citer une étude d’économistes d’Ottawa, d’Amsterdam et du Luxembourg établissant un lien causal entre la hausse spectaculaire de l’exploitation des sables albertains, l’appréciation de la devise canadienne et la destruction, en cinq ans, de 54% des emplois manufacturiers au Canada. Ce qui, lorsque j ’applique cette proportion, fait 55 000 emplois perdus au Québec.
Comme on nous annonce que, surtout grâce à l’Alberta, la production d’hydrocarbures canadiens va doubler d’ici 10 ans, puis probablement encore doubler pendant la décennie suivante, ce processus de destruction de l’emploi manufacturier ne fait que commencer.
M. Pratte affirme que ces pertes se seraient produites plus tôt, ou de toutes façons. Il en veut pour preuve la bonne tenue du taux de chômage québécois, aujourd’hui plus bas que celui de l’Ontario, du Canada ou des États-Unis. Il me retrouve dans son camp (ou lui dans le mien) pour vanter la résilience du modèle social-démocrate québécois dans la crise. Mais force est de constater que l’impact des sables sur la devise, donc sur la compétitivité de nos entreprises, est un obstacle, pas un atout. L’impact combiné de la hausse de la production et de la hausse du prix du baril va rendre l’obstacle de plus en plus imposant.
Je note aussi que M. Pratte avait mis beaucoup moins de ses excellents neurones en activité pour critiquer l’étude du Canada West Foundation nous promettant 35 000 emplois de retombées économiques des sables sur 20ans. Ma conclusion est la même que celle d’Équiterre: l’impact économique sur le Québec de la transformation du Canada en grande puissance pétrolière sera majeur et multiforme. Le ministère québécois des Finances devrait mettre experts et économistes à l’oeuvre pour nous en brosser un tableau plus équilibré que ce que Pratte ou Lisée peuvent en penser.
Sur le plan politique, l’éditorialiste estime qu’il est caricatural d’opposer le Québec à l’Alberta, car «l’Alberta n’est pas le Canada». Il est vrai que l’Ontario et la Colombie-Britannique souffrent, comme nous, d’une devise dopée aux sables. Mais le Canada est gouverné depuis quatre ans par des Albertains et cela ne semble pas prêt de se terminer. Même le premier ministre de remplacement, Michael Ignatieff, fait la cour à l’Alberta. Les « prodigieux » sables, dit-il, « changent tout: pour notre avenir économique et pour l’importance du Canada dans le monde». Bref, pour Harper comme pour Ignatieff, l’avenir du Canada est pétrolier. Économiquement et politiquement, le Canada est en passe de devenir l’Alberta.
André Pratte tire la conclusion logique: un Québec souverain qui garderait le dollar canadien serait aussi prisonnier de cette spiraleque s’il restait au Canada. Je pourrais rétorquer que les politiques économiques du Québec souverain, son budget, se libéreraient de l’emprise pétrolière, mais la question de la devise est en effet centrale. Et comme le dit Ignatieff, le pétrole «change tout».
Les souverainistes doivent se poser la question de la devise d’un Québec souverain. Il n’y a que deux options réalistes : le pétrodollar canadien ou la devise américaine, appuyée sur une diversité économique plus proche de la nôtre. Il est trop tôt pour trancher. Mais c’est un vrai débat.



Une liberté à conquérir
Il est temps que le peuple québécois se lève pour réaliser ses espoirs d’indépendance
C’est en nous gouvernant nous-mêmes que nous pourrons nous réaliser pleinement en
tant que nation.
Steve Théberge, Julie Blanche Graveline, Mélanie Légaré, Catherine Dorion, Pierre-Luc Potvin, André Desnoyers, Martin Ross, Marc-André Provost, Denis Pagé et Guillaume Néron.
Par notre histoire, notre langue, notre culture, le territoire que nous occupons, les institutions que nous avons créées au fil des siècles, les liens que nous avons tissés avec le monde, nous, Québécoises et Québécois, formons une nation.
Et comme toutes les nations de la Terre, nous avons le droit inaliénable de décider librement de notre avenir. Nous avons le droit légitime de proclamer notre indépendance politique.
Depuis 250 ans, par notre détermination, par notre persévérance, par nos luttes, nous avons combattu toutes les tentatives de nous assimiler et de nous soumettre; de supprimer notre volonté de vivre, de travailler et de créer en français; de briser nos espoirs de liberté et d’indépendance perpétués par des générations de résistants.
Il est temps, aujourd’hui, que le peuple québécois se lève pour réaliser ses espoirs de liberté et d’indépendance. Il est temps d’arrêter d’en rêver de ce Québec français, de ce Québec libre en Amérique du Nord. Il est temps que le peuple québécois passe à l’action pour le faire naître!
C’est en nous gouvernant nous-mêmes que nous pourrons nous réaliser pleinement en tant que nation.
C’est en possédant l’entière capacité de faire nos lois et de gérer nos ressources financières que nous pourrons vraiment développer notre potentiel économique et social.
C’est en disposant des moyens d’un État souverain que nous pourrons défendre et promouvoir avec succès notre langue et notre identité culturelle en Amérique du Nord.
C’est en parlant de notre propre voix dans les grandes institutions internationales que nous pourrons faire avancer nos valeurs de paix, de respect de l’environnement, de justice, de solidarité, d’égalité entre les hommes et les femmes, de laïcité, de liberté et de démocratie dans le monde.
Nous avons tous les atouts pour réussir:
• avec ses 7,7 millions d’habitants, le Québec est plus populeux que 120 pays qui siègent aujourd’hui à l’ONU;
• avec sa superficie de 1,6 million de km2, le Québec est trois fois plus grand que la France. Seuls 18 pays sur les 200 pays reconnus disposent d’un territoire plus étendu;
• nos ressources naturelles, notamment notre capacité à produire en abondance une énergie hydro-électrique et éolienne propre, comptent parmi les plus importantes au monde;
• notre population est parmi les plus scolarisées de la planète: 12% de nos concitoyens possèdent un diplôme universitaire, comparativement, par exemple, à 10% en Finlande et 7% en Belgique et en Australie;
• notre économie est parmi les plus modernes et les plus compétitives. Elle se compare à celles de plusieurs pays européens prospères de taille équivalente tels la Finlande, la Norvège, le Danemark, la Suisse, l’Autriche et la Suède;
• nos instruments de solidarité sociale sont parmi les plus équitables qu’on puisse aujourd’hui trouver sur la Terre;
• bien vivante et dynamique, notre culture apporte une contribution originale de plus en plus reconnue au patrimoine de l’humanité.
Il est temps, aujourd’hui, de cesser d’avoir peur; de mettre fin à nos divisions; de nous unir et de nous mobiliser; d’affirmer haut et fort notre souveraineté; de conquérir enfin notre liberté.
Appuient cette initiative et ses objectifs : Yves Beauchemin, Gérald Larose, Bruno Roy, Claude Jasmin, Gilbert Paquette, Pierre Falardeau, Lucia Ferretti , Yves Préfontaine, Pierre Graveline, Henri Lamoureux, Richard Nadeau et Claude Guimond, députés du Bloc québécois, le Comité national des jeunes du Parti québécois, le Forum jeunesse du Bloc québécois, le Parti indépendantiste, le Mouvement souverainiste du Québec, l’Union des écrivaines et écrivains québécois et le Conseil central de la CSN de Montréal.


Pour un pays normal
M. Pratte,
Dans votre éditorial d’hier, vous écrivez: «Pas moins de 78% des Québécois sont tout à fait d’accord (30%) ou plutôt d’accord (48%) pour dire que le Canada est le meilleur pays du monde. (...) Ce pourcentage élevé révèle un paradoxe: bon nombre d’indépendantistes croient que le Canada est le meilleur pays sur Terre.»
Peut-être faites-vous simplement semblant de vous étonner. Sinon, vous écrivez cela parce que vous n’avez peut-être jamais compris la base véritable du projet indépendantiste: se doter d’un pays normal, administrer nos propres affaires; même si c’est avec incompétence, au moins ça sera la nôtre. C’est basique, on ne devrait même pas avoir à le dire. Il n’y a qu’au Québec qu’on a dit non deux fois à la possibilité de devenir un peuple adulte, chaque fois à cause de la peur.
Croyez-vous que le fait que le Québec, en tant que partie du Canada, soit un des pays où il fait le mieux vivre (ce qu’il est, à mon avis) soit dû au système fédéral et que sans la bonté incommensurable de nos amis du Canada anglais nous serions sans-abri internationaux? Ou peut-être est-ce dû à la série de chefs sages et bons pour le Québec qui ont défilé à Ottawa: Diefenbaker, Pearson, Trudeau, Chrétien, Harper… ( je ne mets pas les étoiles filantes ni Mulroney, qui fut sans doute le plus compréhensif envers les Québécois). Peut-être est-ce dû au grand maître à penser du Canada anglais, Don Cherry.
C’est maintenant un peu tard. De toute façon, peut-on faire un pays en y allant à reculons ou sur une éphémère mauvaise humeur suivie d’une tout aussi éphémère montée dans les sondages? L’occasion a été ratée deux fois et je crois bien que ça ne reviendra plus. Dans le futur, il y aura une proportion de plus en plus grande d’immigrants et la donne aura changé. Les combats à mener seront différents et encore plus fondamentaux, et ils toucheront tous les habitants de cette planète.
En attendant, rien n’empêche qui que ce soit de vivre sa vie personnelle au mieux et le Canada demeure un des meilleurs endroits sur terre (sauf si on est autochtone, mais apparemment tout le monde se fout d’eux dans ce pays) parce que jusqu’à maintenant on y jouit d’une grande liberté et qu’il y a quelque chose à la fois de vivant et doux dans la vie ici , par t icul ièrement au Québec.



Espoirs déçus et rêves brisés -  Jean -François Lisée
Le groupe Idée fédérale a bien choisi son nom mais mal choisi son moment
Le Québec se détache du sentiment d’infériorité économique qu’il a toujours traîné comme un boulet.
L’auteur a écrit les ouvrages « Nous » et « Pour une gauche efficace ».
Les chiffres de CROP/Idée fédérale révèlent que la proportion de gens se disant « seulement » ou « d’abord » Québécois a grimpé de 55 à 60%.
Du jamais vu. 55% desQuébécois estiment qu’un « Québec indépendant » aurait fait mieux (14%) ou aussi bien (41%) que le Canada dans la crise économique. Voilà une des bonnes nouvelles livrées par le sondage CROP rendu public vendredi dernier par le groupe Idée fédérale.
C’est capital, car la crainte face à l’avenir économique d’un Québec souverain fut LE facteur de la défaite du Oui en 1995. Elle n’opère plus. D’autant qu’un autre cap statistique est franchi: il y a désormais moins de chômage au Québec qu’en Ontario ou aux États-Unis. Le Québec se détache du sentiment d’infériorité économique qu’il a toujours traîné comme un boulet.
On dit les niveaux d’appuis à la souveraineté en reflux. Conclusion bizarre car les sondeurs d’Angus Reid et ceux du PQ nous disent à l’unisson que le Oui et le Non sont, sur la question de 1995, toujours au nez à nez. Surtout, d’autres phénomènes sont en train d’élargir les points d’appui de l’idée souverainiste: la confiance économique et l’identité. évolutions. Lorsque tout est dit, on ne peut voter pour un Québec souverain si on ne se juge pas d’abord Québécois. Le nouveau groupe de réflexion sur le fédéralisme a bien choisi son nom, et mal choisi son moment. Le nom rend bien compte de l’écart entre « l’idée fédérale », noble, et la réalité fédérale, désolante, le statu quo n’étant jugé satisfaisant, selon Angus Reid, que par 38% des Québécois.
Pire, jeudi dernier, Michael Ignatieff giflait les penseurs fédéralistes en annonçant qu’il n’offrirait au Québec aucune marge de manoeuvre supplémentaire. Sa résolution sur la nation? Rien qu’un symbole, avouait-il.
Les chiffres de CROP/ Idée fédérale révèlent qu’en 11 ans, la proportion de Québécois se disant « seulement » ou « d’abord » Canadiens a chuté de 7 points, à 21%. Celle se disant également Canadiens et Québécois est stable à 26%. Mais la proportion se disant « seulement » ou « d’abord » Québécois a grimpé de 55 à 60%. Le sondeur fédéraliste Maurice Pinard avait le premier révélé l’importance prédictive majeure de ces
Mes amis fédéralistes vont d’espoirs déçus en rêves brisés. Ils pensaient qu’Ignatieff serait The One. Ils avaient misé sur Stephen Harper, dont ils ont attendu en vain la limitation du pouvoir fédéral de dépenser – ce cancer qui ronge « l’idée fédérale ». Le sauveur précédent était Paul Martin. Bilan: zéro absolu. Il faut remonter à Brian Mulroney pour trouver un leader qui ait sincèrement tenté une réconciliation, pour la voir s’échouer sur les récifs du trudeauisme, ceux-là qu’Ignatieff étreint ou craint – le résultat est le même.
Mais il y a changement. Le fait que le parlement fédéral – contre le voeu de 75% des Canadiens hors Québec – ait reconnu l’existence de leur nation conforte les Québécois dans leur volonté d’être plus autonomes. Pas moins de 65% des Québécois désirent davantage de pouvoir sur la langue et la culture – ce que le parlement et M. Ignatieff ont refusé de faire, la semaine dernière, sur une question de simple application de la loi 101 aux 200 000 salariés du Québec oeuvrant dans des entreprises sous juridiction fédérale. Seul un Québec remobilisé autour de ses revendications et de la souveraineté peut espérer un changement. L’Idée souverainiste nécessite l’adhésion d’une majorité de Québécois. Ce n’est pas une mince affaire. Mais cela n’est pas une démarche aliénante, dont la clé résiderait dans le regard de l’autre. C’est une question que l’on se pose à nous-mêmes. Une question dont la réponse s’appuie, en définitive, sur notre identité et notre confiance en nous. Deux forces que les Québécois possèdent chaque jour davantage.



Le militant  -  Patrick Lagacé
«Je p e u x e mpr u n t e r ton téléphone ? Faut que j’appelle au Parti québécois. »
Maxime Laporte veut un pays, mais il n’a pas de téléphone portable. C’est donc avec le mien qu’il a appelé au PQ, devant moi, pour secouer les puces à quelque attaché politique.
« Ah, il y a un deuxième problème d’agenda ? Ah non, tu ne peux pas me rappeler. Au pire, on va présumer que Pauline viendra le 2. »
Je vous présente Maxime Laporte. Étudiant à l’ Université de Montréa l. I ndépenda nt iste . M’éc r it souvent pour pester contre certains de mes papiers, ou contre ceux de collègues de La Presse. Un pur et dur, si on veut, à qui j’ai un jour suggéré, après une chicane par courriel, d’aller se faire cuire un oeuf.
Il m’a défié de le rencontrer. « Tu vas voir, a-t-il promis, je ne suis pas un tata. » Ça m’a amusé. Appelle-moi à l’automne, Maxime, on verra.
L’au t o m n e e s t ve nu , Maxime m’a rappelé. C’est ce qui explique notre rencontre dans un café de ce quartier de la ville qui grouille de vie, Côte-des-Neiges, un aprèsmidi récent où l’autom ne ressemblait à l’été que nous n’avons pas eu.
Maxime a éteint mon téléphone. Deux fois que Pauline changeait la date de sa conférence à la semaine de la souveraineté qu’il organise sur le campus avec d’autres étudiants souverainistes. Thème de la semaine : le Québec sous occupation.
Come on, Maxime ! « Sous occupation » ?
Bah, il faut bien attirer l’attention, a-t-il fait, sourire en coin.
Nouvel appel. Toujours avec mon téléphone.
« Non, t u peu x pas me rappeler. Ça me prend une réponse. Vous comprenez, je suis avec un journaliste de La Presse. Il faut que je lui dise si Mme Marois sera là ou pas. Pour une fois qu’on peut percer La Presse ! »
J’ai roulé les yeux. Je suis certain que Maxime a fait exprès pour dire ça, juste pour me picosser.
Maxime m’a expliqué son adolescence de militant libéral, dans Lanaudière. Puis, un jour, il a vu la lumière grâce à un célèbre poète : « J’ai lu Gaston Miron et, je sais pas, j’ai allumé, j e suis devenu souverainiste. »
Il se passe quelque chose chez l e s s o u ve r a i n i s t e s . Quelque chose qui ressemble à une grogne grandissante envers le PQ. Ils sont plusieurs, du côté de ceux qui espèrent un OUI, à trouver que le PQ ne se bat pas avec assez de vigueur pour faire avancer l’idée d’un pays. Maxime est de ceux-là.
Ça explique les Jeu nes Patriotes, ça explique le Réseau de résistance du Québécois (RRQ), ça explique la Société Saint-Jean-Baptiste.
Ça explique le déraillement de la reconstitution prévue de la bataille des Plaines, ça explique les manifs devant le bureau de Justin Trudeau, ça explique le rififi da ns L’Assomption, quand Pauline Marois a désavoué l’ancien député Jean-Claude SaintAndré, jugé trop radical pour le PQ.
Ça ex pl ique qu’u n kid comme Maxime L aporte, 21 ans, pétillant d’énergie et d’idéaux, dise un truc comme : « Moi, je suis militant indépenda ntiste. Pas milita nt péquiste. » Il trouve que le PQ s’est « coupé de sa base », qu’il s’est embourgeoisé. Qu’il a peur de choquer.
Prenez le CHUM. Ce qui embête les militants indépendantistes comme Maxime, ce n’est pas que le CHUM soit encore dans un « bureau de projet », c’est que le Parti québécois ne soit pas entièrement, résolument et publiquement contre l’idée de la construction d’un CHUM pour les Anglais, mieux connu sous le nom de CUSM.
En marchant vers le pavillon Jean-Brillant, j’ai signalé à Maxime qu’il a 21 ans et que, à cet âge, si la politique nous intéresse, on devrait vendre des cartes de membre d’un parti, faire élire des députés. J’allais lui dire qu’il y autre chose à faire, aussi, à 21 ans, mais bon...
« Je n’y crois pas, aux ailes jeunesse. On y apprend la politique du simulacre.
– La politique du simulacre, Maxime?
– On y pratique la politicaillerie. Je préfère militer à ma façon, avec des activistes qui n’ont pas de moyens. »
J ’a i r e g a r d é Ma x i me accueillir Bernard Landry dans le vestibule animé. Partout dans le pavillon, des gars et des filles allaient et venaient, dans la jeune vingtaine pour la plupart. Il y avait longtemps que j’avais mis les pieds dans une université. J’avais oublié à quel point ils sont beaux, les petits chenapans. Peut-on être plus beau qu’à 21 ans, sortant d’un cours de bio ou de sciences po? Je ne pense pas.
Maxime, lui, n’en avait que pour Bernard Landry. Je le regardais aller, petite boule d’intensité hyperpolitisée, même pas un regard de travers pour admirer le paysage.
À M. Landry, Maxime a rapidement raconté la fois où il a vu la lumière : « J’ai lu Gaston Miron et, je sais pas, j’ai allumé. »
Je me suis demandé si Maxime, dans cette quête incandescente, avait un peu de temps pour l’amour. J’espère, sinon, c’est gâché. Surtout à 21 ans. C’est bien, être militant, mais il y a l’amour, aussi. C’est pas moi qui le dis, Maxime, c’est Gaston Miron, justement.





Le FLQ? Bof  -  YVES BOISVERT
Fascinant de voir comment tout ce qui touche au FLQ est l’objet d’une banalisation systématique.
La semaine dernière, des centaines de zozos ont applaudi la lecture du manifeste du FLQ lors du Moulin à paroles. Rien làdedans de surprenant, la mystique révolutionnaire fait toujours recette.
La réaction de Pauline Marois est plus intéressante. «Moi, je n’aurais pas applaudi», a-t-elle dit sobrement. Gilles Duceppe a dit qu’il réprouvait l’utilisation des termes employés pour décrire Robert Bourassa et Pierre Elliott Trudeau (serin et tapette), mais qu’il fallait lire ce document historique – même s’il allait, de manière très prévisible, être célébré par une partie de la foule.
Voilà qui est ferme, n’est-ce pas? Si Pauline Marois avait du cran, elle aurait dénoncé ces applaudissements. C’était la moindre des choses, mais c’était trop demander. Elle préfère le relativisme émotionnel : c’est affaire de goût. Certains prennent leur café noir et applaudissent les textes terroristes, moi pas
Françoise David nous a rappelé qu’il y a eu un temps un courant de sympathie pour le
CHRONIQUE FLQ au Québec, qui exprimait le sentiment de révolte légitime et d’aliénation des Québécois francophones.
« Cependant, à la suite de l’assassinat de Pierre Laporte, j’ai trouvé que c’était trop. » L’enlèvement de James Richard Cross et de Laporte, apparemment, ce n’était pas trop pour elle à l’époque – comme pour bien des gens, au fait.
L’excellent film de Ca rl Leblanc, L’Otage (2004), sur l’enlèvement de M. Cross, pourrait peut-être faire réaliser aux spectateurs sympathiques de nos drames historiques ce qu’est un enlèvement et une séquestration. Mais passons.
Il y a mieux. Mme David, avec le recul des ans, nous dit aujourd’hui que « Robert Bourassa a laissé tomber M. Laporte car il n’y avait pas eu beaucoup de négociations avec le FLQ».
J’en déduis que, d’après elle, aujourd’hui (pas dans sa fougueuse j eunesse), il faut négocier intensément avec les terroristes. J’en déduis surtout qu’elle fait porter une partie importante du blâme de la mort de Pierre Laporte sur Robert Bou rassa . C ’est u ne sorte d’équivalence morale qu’on nous propose. Certes, le FLQ est allé «trop loin», mais d’un autre côté, Robert Bourassa ne négociait pas beaucoup. Chacun ses torts, en somme!
Ne soyons donc pas surpris d’entendre les réactions à l’article écrit par Éric Clément hier au sujet d’André Lavallée.
On savait déjà tout ça! Un coup pour embarrasser Gérald Tremblay! Un faux scandale!
D’abord, il est vrai que bien des journalistes savaient que le nom de M. Lavallée figure dans le rapport Keable (1980). Pas moi, remarquez bien. De plus, si un journal de quartier en a parlé en 1986, quand M. Lavallée s’est présenté comme conseiller municipal, c’est passé totalement sous le radar.
Normal : M. Lavallée était en 1986 un acteur politique mineur ayant eu un rôle encore plus mineur dans le FLQ (complice dans un vol de bingo et auteur de communiqué).
Il est maintenant un des hommes les plus importants de l’administration Tremblay. Conséquemment, ce «détail» de son passé prend plus d’intérêt.
Quant à la théorie voulant que La Presse attaque systématiquement l’équipe de Gérald Tremblay pour favoriser Louise Harel, elle est assez savoureuse. D’habitude, la théorie du complot fait présumer de sombres visées fédéralistes. C’en serait une nouvelle mouture absolument inédite et prometteuse!
Les scandales touchant l’administration de Montréal, étalés dans notre journal depuis un an, sont l’objet d’enquêtes criminelles – il y en a une demidouzaine – et du vérificateur de la Ville.
Y en a-t-il sérieusement pour dire que le but de la publication de ces nouvelles était de remplacer Gérald Tremblay par Louise Harel ou Benoit Labonté ou Richard Bergeron? Je veux dire: les nouvelles n’étaient pas assez grosses par elles-mêmes, il faudrait imaginer un motif secret de publication ? Avezvous oublié le sujet? Faubourg Contrecoeur, les compteurs d’eau, les voyages en bateau, le copinage des entrepreneurs... Allô?
Comme Michèle Ouimet l’écrivait hier, rien dans les textes infiniment nuancés d’Éric Clément ne justifie la démission de M. Lavallée. C’est un homme respecté, un des plus solides de l’administration Tremblay. Je ne vois même pas d’embarras pour le maire dans cette affaire, je veux dire que tout le monde sera d’accord pour dire qu’après 38 ans, il y a lieu de pardonner. Juridiquement, ce n’est même pas nécessaire, puisqu’il n’y a pas de casier judiciaire: sa condamnation était trop insignifiante.
Mais est-ce à dire que ce qui est pardonnable et pardonné doit être pour toujours tu, ou plus exactement chuchoté entre initiés?
C’est ici que je suis embarrassé par la réaction instinctive de plusieurs journalistes: il ne fallait pas le dire !
Certes, c’est une erreur de jeunesse sur laquelle on a passé l’éponge. Mais se joindre au FLQ en 1971, quand on sait qu’il y a eu assassinat en 1970, c’est une moins bonne idée encore qu’en 1969. C’est un fait qu’à cette époque, l’organisation était totalement infiltrée sinon contrôlée par la police. Mais peut-on au moins dire les choses?
On dirait que non.
Il y a des raisons à cette banalisation de ce qui touche au FLQ. D’abord, la réaction du gouvernement fédéral en 1970, qui a violé les droits fondamentaux de centaines de citoyens, a laissé des traces : il a déclenché les mesures de guerre et fait emprisonner de 400 à 500 innocents présumés sympathisants sans mandat et sans accusation pendant plusieurs semaines.
Deuxièmement, le fait que les policiers auteurs des actes c r i m i nels de provo c at ion entourant le FLQ, mais aussi de crimes contre le Parti québécois (on avait volé les listes de membres), n’ont jamais payé pour leurs actes. Donc une deuxième injustice flagrante.
Et finalement, on n’en sort pas, une sourde sympathie pour les felquistes dans certains secteurs. On excuse leurs actes comme un mal nécessaire, ces fameux oeufs qu’il faut casser pour faire des omelettes.
Quoi qu’il en soit, le rôle des médias n’est pas d’enterrer complaisamment ce passé, même les portions qu’on pardonne.


La Presse et André Lavallée   -  Philippe Cantin
Chers lecteurs, La nouvelle concernant le passé d’A nd ré L avallée, publiée dans notre numéro d’hier, a suscité de nombreuses réactions. Des lecteurs et des commentateurs ont remis en cause notre décision de lever le voile sur ses activités au sein du FLQ en 1971. À leur avis, ces événements, vieux de près de 40 ans, appartiennent au passé et auraient dû y rester. Je respecte cette opinion mais ne la partage pas.
En journalisme, trois éléments permettent d’évaluer la pertinence de publier ou non une nouvelle : la véracité des faits, la démarche journalistique et l’intérêt public. Dans le cas qui nous occupe, la véracité des faits ne soulève aucun doute, comme M. Lavallée l’a luimême reconnu. La démarche journalistique, elle, a été faite dans les règles de l’art. Nous avons fait largement état de ses réponses à nos questions, en plus de rappeler ses réussites professionnelles depuis son engagement en politique municipale.
Reste alors la question de l’intérêt public. M. Lavallée, je le rappelle, n’est pas un politicien ordinaire. Son poste de vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal en fait le numéro trois de l’administration municipale, qui gère un budget annuel de 4 milliards et dont les décisions influencent chaque jour la vie de centaines de milliers de personnes habitant la grande région de Montréal. Occuper un poste électif dans cette ville constitue une lourde charge.
Depuis le XIXe siècle, les médias examinent le passé des candidats. Cela est vrai dans toutes les démocraties du monde. Il est sain qu’il en soit ainsi. Les électeurs sont en droit d’avoir un portrait complet du parcours de ceux et celles qui sollicitent leur confiance. Dresser la liste de tous les politiciens du Québec et d’ailleurs au Canada, des États-Unis et d’Europe qui, un jour, ont été confrontés publiquement à leur passé même lointain remplirait de nombreuses pages de ce journal.
L a pa rticipation de M. Lavallée à une action du FLQ, un vol dans un bingo pour financer ce groupe, est survenue en 1971. Le fait qu’il ait choisi d’y participer, sachant fort bien que le FLQ avait commis l’assassinat du ministre Pierre Laporte et l’enlèvement du diplomate James Richard Cross un an plus tôt, est certainement d’intérêt public. M. Lavallée a plaidé l’erreur de jeunesse. Il a soutenu avoir agi dans un contexte de provocation et d’infiltration policière. Et nous avons publié ses explications.
Toute la journée d’hier, à la radio et à la télévision, des gens ont dit que «tout le monde» était au courant de cette affaire et qu’il était inutile de la rappeler. Chose sûre, au moins une personne n’était pas au courant : le maire de Montréal lui-même. M . L ava llée a d’a illeu rs reconnu avoir appelé son patron pour l’informer de la situation après son entretien avec nos journalistes.
D’autres observateurs ont mentionné que La Presse était «en croisade» contre le maire G érald T remblay et son équipe. Et que la publication de cette nouvelle en fournissait une autre preuve.
À cette allégation, je répondrai simplement ceci: sans le travail soutenu des journalistes de La Presse, qui ont fouillé avec minutie des dossiers complexes, interrogé des dizaines de personnes, consulté un nombre incalculable de documents et recoupé des informations provenant de sources diverses, des nouvelles majeures n’auraient pas été dévoilées. Parmi elles, les zones d’ombre dans l’attribution du contrat des compteurs d’eau, les transactions douteuses de la Société d’habitation de Montréal, et les liens entre des élus et des entrepreneurs ayant obtenu des contrats importants de la Ville de Montréal. Là aussi, des gens auraient sans doute souhaité que nous nous taisions.
Faire état de ces faits s’inscrit au coeur du travail journalistique. La Presse n’est pas en croisade contre qui que ce soit. Mais elle est déterminée à jouer avec vigueur son mandat premier, qui est d’informer ses lecteurs sur les agissements de nos gouvernements et de nos élus. Nous continuerons donc d’enquêter, de vérifier et de publier lorsque l’intérêt public le commandera.



Quand les secrets remontent à la surface...  -  Louise Leduc
Un curriculum vitae enjolivé, une croix gammée sur un sarrau, une grossièreté commise devant des ados... Les petits et grands secrets ont vraiment la fâcheuse habitude de toujours remonter à la surface.
Les dernières élections fédérales ont été particulièrement fertiles en la matière.
En 2008, le néo-démocrate Julian West a dû se retirer de la course après qu’eut été révélé cet épisode où il s’était baigné nu avec des mineurs.
Le Parti conservateur a lui aussi perdu une candidate, Rosamond Luke, quand son casier judiciaire a été mis au jour. En 2006, elle avait été condamnée à 18 mois de probation pour avoir proféré des menaces, puis à neuf mois additionnels pour ne pas avoir respecté les conditions de sa probation.
Le libéral Simon Bédard avait lui aussi dû se retirer de la course après qu’une de ses déclarations de 1990, du temps où il était animateur de radio, eut refait surface. Peu après la crise d’Oka, il avait lancé que les militaires auraient dû entrer de force à Kanesatake : « Tu rentres là avec l’armée pis tu nettoies tout ça. Cinquante morts, 100 morts, 125 morts, ça vient de s’éteindre. »
En France, on a toujours tôt fait de vérifier, dans le passé des f ig u re s publ iques, s’il n’y aurait pas eu quelque collaboration avec les A llema nds penda nt la guerre. François Mitterrand lui-même a dû s’expliquer là-dessus.
Au Québec, la question du felquisme demeure toujours extrêmement délicate, comme en témoigne bien la controverse qu’a suscitée la lecture du manifeste du FLQ sur les plaines d’Abraham en fin de semaine dernière.
Les personnes clairement identifiées au mouvement, comme l’ex-éditeur Jacques L a nc tôt , ont pou rsu iv i le cours de leur vie sans être trop embêtées.
C e n ’e s t pa s le ca s de Richard Therrien. En 2001, la Cour suprême a confirmé sa destitution à titre de juge. Le plus haut tribunal du pays avait estimé que, en omettant de préciser au comité de sélection qu’il avait hébergé, à 19 ans, des membres du FLQ liés à l’enlèvement de Pierre Laporte, il avait miné la confiance que doit avoir le public à l’égard des juges.
Q uelques a n nées plu s tôt, en 1996, la nomination d’un ex-felquiste à titre de sous-ministre adjoint à la Métropole a déchiré la classe politique québécoise.
Alors député libéral, Thomas Mulcair avait jeté les hauts cris devant cette nomination. Dans la foulée, la ministre Louise Harel avait aussi été montrée du doigt parce que son chef de cabinet était lui-même un ancien felquiste.
Louise Ha rel avait alors déclaré que ce dernier avait assez payé et elle avait déploré « les tentatives du député de Chomedey (Mulca ir) de détruire maintena nt des gens ».
M m H a rel ava it aussi brandi la Charte des droits et libertés. « Nul ne peut refuser d’embaucher une personne du seul fait qu’elle a été déclarée coupable d’une infraction criminelle, si cette infraction n’a aucun lien avec l’emploi ou si cette personne a obtenu le pardon. »
« Laissons en paix ceux qui ont obtenu leur pardon », avait pour sa part déclaré l’ancien chef du Parti libéral Claude Ryan.
P o u r c e q u i e s t d ’A n - d ré L ava l lée, i l n ’a p a s eu à demander de pardon p u i s q u ’ i l n ’a p a s e u d e dossier criminel.

La vraie faute d’André Lavallée  -  Michèle Ouimet
Pendant des années, il a vécu dans la peur que son secret soit dévoilé. André Lavallée, vice-président du comité exécutif de la Ville de Montréal, bras droit de Gérald T remblay, maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie. Un homme qui en mène large.
Hier, dans son vaste bureau de l’hôtel de ville, il a répondu aux questions de La Presse avec une prudence de Sioux. Sa voix tremblait, lui, un grand six pieds quatre pouces qui n’a peur de rien. Il avait l’émotion à fleur de peau. Son passé felquiste venait le hanter.
En 1971, un an après la crise d’Octobre, au cours de laquelle un ministre a été assassiné et un diplomate britannique kidnappé, le jeune André Lavallée, 19 ans, cégépien, milite dans le FLQ. Il est membre de deux cellules. Il écrit un communiqué et il le distribue.
Il participe aussi à un vol dans un bingo, au sous-sol d’une église. Ils sont quatre. Ils se préparent minutieusement. Ils s’équipent d’un revolver jouet, de menottes et de chloroforme.
Le soir du vol, André Lavallée surveille le corridor. Son complice entre dans la salle et vole la caisse, qui contient 31,90$. Les quatre hommes sautent dans des taxis. La police les poursuit et tire six coups de feu.
Ils sont arrêtés, accusés de vol simple et condamnés à une amende de 25$ chacun. Voilà l’histoire. Grave ? Oui et non. Oui : le FLQ a tué et kidnappé, c’était une organisation terroriste et André Lavallée s’y est associé en militant activement dans deux cellules.
Non : Lavallée était jeune. Il n’a pas posé de bombe et n’a tué personne. Et il a été manipulé par la police. À l’époque, plusieurs cellules étaient infiltrées, y compris celle qui a organisé le vol du bingo. C’est Carole Deveault, une informatrice branchée 24 heures sur 24 sur la police, qui a orchestré le vol dans ses moindres détails. Ce n’est pas compliqué, c’est quasiment la police qui a commis le vol.
Les policiers étaient au courant de tout et ils attendaient les felquistes dans le sous-sol de l’église. C’est ce qui explique la peine extrêmement légère inf ligée au x quatre hommes: 25$ d’amende.
André Lavallée devrait-il démissionner ? Non. Il a été arrêté, jugé, condamné et il a payé sa dette à la société. La charte québécoise est claire : une personne qui a purgé sa peine a le droit d’occuper un poste public, sauf si son emploi a un lien direct avec le crime. Par exemple, un pédophile ne pourrait pas enseigner dans une école.
Le FLQ possède une charge émotive. L a preuve : l’incroyable débat entourant la lecture du manifeste du FLQ sur les Plaines. Un débat qui a frisé l’hystérie.
Le FLQ occupe une place douloureuse dans l’histoire du Québec. L es milita nts dénonçaient la mainmise des Anglais sur la société et l’asservissement des francophones. Trente-huit ans plus tard, André Lavallée, ex-felquiste, occupe un poste politique-clé à Montréal, où vit une importante population anglophone. Ironique, certes, mais on est loin d’une faute qui exigerait sa démission.
Et la charte est claire. On ne peut tout de même pas créer une exception pour le FLQ. Autant jeter à la poubelle toute idée de réhabilitation.
André Lavallée n’est pas le seul à se retrouver au pouvoir après avoir commis un acte « politique » illégal.
Wolfred Nelson a participé à la révolte des Patriotes en 1837. Il a été arrêté, accusé de haute trahison et emprisonné. Des années plus tard, il a été élu maire de Montréal.
On est loin d’un vol de 31 ,9 0 $ da n s u n sou s-sol d’église.
Augustin-Norbert Morin, autre patriote, a connu un destin semblable. Il a mené la rébellion de 1837. Des années plus tard, il a été élu député, puis nommé juge.
La réhabilitation existait déjà au XIXe siècle.
Le passé trouble d’André Lavallée est-il d’intérêt public ? Oui. Il n’est pas un obscur conseiller qui passe son temps à s’ennuyer sur les banquettes arrière du conseil municipal. Il est vice-président du comité exécutif, maire d’un arrondissement, et il pilote des dossiers costauds, comme le plan de transport. Et il est proche du maire Tremblay.
Parlons-en, du maire. André Lavallée ne lui a jamais avoué qu’il avait milité dans le FLQ. Il le lui a dit hier, après le coup de fil de La Presse. Elle est là, sa faute : dans son silence, dans la façon dont il a couvé son passé en s’imaginant qu’il passerait sous le radar.
En se taisant, André Lavallée plonge G éra ld T remblay dans l’embarras à la veille du déclenchement de la campagne électorale. Il a menti par omission. Dans l’univers politique, ce n’est pas une faute légère.
Mais je préfère cent fois la faute d’un André Lavallée à celle d’un Frank Zampino qui a accepté de se balader sur le yacht d’un entrepreneur qui a décroché le plus gros contrat de l’histoire de Montréal.





Le cabotin est mort, vive le cabotin !  -  Esther Delisle
Pierre Falardeau était un pitre intelligent, fier de se montrer chauvin, ridicule et grossier
Invité à l’émission Sucré Salé à l’été 2009, Pierre Falardeau déclare à l’animateur, Guy Jodoin, que le Québec a de grands artistes et qu’il n’a rien à envier à personne. Il se désole de ce que des artistes qui ne sont pas du cru soient admirés, comme, par exemple, Leonard Cohen, quand nous avons Gaston Miron. P ier re Fa la rdeau ér uc te a lors : « L eona rd Cohen… de la maaaarrrrrde. » Il tient quelques autres propos à l’avenant puis conclut que l’enseignement de l’anglais est parfaitement inutile et qu’on ferait mieux « d’enseigner le jaaarrrdinaaage » aux étudiants. Chauvin, ridicule et grossier en deux phrases. Et fier de l’être.
Cet homme intelligent ne pouvait ignorer qu’enseigner le jaaarrrdinaaage au détriment de l’anglais à de futurs mécaniciens automobiles, infirmières ou comptables et tutti quanti est ridicule et irréaliste. Il ne se croyait pas lui-même, mais son sourire en coin révélait un plaisir évident à tenir ces propos. Comme le potache qui s’amuse à dire des âneries pour irriter la maîtresse d’école et amuser les élèves : les nuls parce qu’il représente leur revanche devant l’autorité d’un système où ils échouent et les autres parce que cela brise l’ennui d’un enseignement monotone qui, soit dit en passant, produit 49% d’analphabètes, fonctionnels ou non. L’auteure est politicologue et historienne. Cabotin : acteur médiocre qui a une haute opinion de luimême. (Larousse)
Cette recette a trouvé son public dans la classe du primaire. Pierre Falardeau disposait d’une chronique dans l’hebdomadaire Ici qui le présentait comme «un brasseur de cage et un esprit libre ». Ainsi se trouvaient transmutés son chauvinisme et son exhibitionnisme anal expulsif. Falardeau agitait la cage avec des éructations spasmodiques et sa liberté d’esprit était celle de proférer des jurons sans imagination, des injures éculées et de saupoudrer le tout, sophistication oblige, de populisme marxo-fascisant.
On pouvait entendre Pierre Falardeau à la radio et le voir dans des émissions de grande écoute et de variétés comme Tout le monde en parle, et ce, en dehors de toute campagne promotionnelle pour ses films. La chaîne publique comme les privées ne l’ont jamais boudé, bien au contraire.
L’envie est un sentiment inavouable, mais bien présent dans la classe de l’école primaire. Le bouffon vedette enviait les célébrités internationales nées dans la même ville que lui. Leonard Cohen, intronisé au Hall of Fame du rock’n’roll et en pleine tournée mondiale à l’âge de 75 ans, est de la maaaaarrrrrde. Charles Taylor n’est pas un philosophe connu et reconnu par tous ses confrères dans le monde, non, cela faisait rire Falardeau, qui voyait clair, lui, et le considérait comme «un bloke de McGill, juste un bloke de McGill». Se dissimule mal derrière ce procédé l’envie d’un cinéaste dont la stature internationale ne pouvait rivaliser avec la leur.
Le Québec peut se targuer d’u ne tradition de pitres : Fa la rdeau , Gilles P rou l x , Michel Chartrand, qui a donné au procédé ses lettres de déshonneur, avec ses jurons suivis d’une flopée d’injures.
Ces pitres représentent le plaisir coupable des uns, l’épouvantail des autres. Le plaisir coupable des indépendantistes militants ou sympathisants qui apprécient secrètement leurs outrances comme on rigole doucement des grossièretés du cousin qui rote bruyamment au souper de Noël de la tante Gertrude: il exprime les fantasmes honteux ou embarrassants qu’on réprime tout en nous donnant la satisfaction de mieux paraître. Au décès de Pierre Falardeau, Bernard Landry, ancien président du Parti québécois, ne déclare-t-il pas penser comme lui, juste en d’autres mots?

Pour succéder à Falardeau se tient dans les coulisses un émule, piaffant, qui n’attend qu’une invitation d’un recherchiste pour donner la première d’une longue série de prestations. Le cabotin est mort, vive le cabotin !



Le dernier des felquistes  -  ALAIN DUBUC
ALAIN DUBUC COLLABORATION SPÉCIALE
Pierre Falardeau ne laisse pas plus indifférent dans la mort que dans la vie. Il sera aimé ou détesté jusque dans son dernier sommeil. Le Québec perd un grand cinéaste. Il perd certainement aussi un militant, « un des plus ardents défenseurs de la cause indépendantiste», comme l’a dit la chef du Parti québécois, Pauline Marois.
M a is que va-t-i l rester des idées qu’il défendait avec férocité ? Probablement peu de chose, parce que sa lecture de la question nationale est clairement en désuétude. Et que sa principale contribution au débat public ne tient pas au fond, à ses idées, mais plutôt à la forme, le fait d’avoir introduit dans le débat public l’insulte, la violence verbale et le recours aux attaques personnelles.
Cette brutalité, on s’en souvient, a atteint son apogée lors d’un autre décès, celui de Claude Ryan. Pierre Falardeau avait horrifié bien des gens avec son pamphlet franchement épouvantable qui commençait par «Voilà enfin une bonne chose de faite ! Claude Ryan vient de mourir» et qui se terminait par « Salut, pourriture ».
Ce ton s’explique par les idées mêmes de Pierre Falardeau, que je décrirais comme l’un des derniers felquistes. Non pas parce qu’il était partisan du terrorisme. Mais parce que sa grille d’analyse de la question nationale était essentiellement la même que celle des auteurs du manifeste de 1970.
Ce que disait Falardeau, c’est que les francophones ont été conquis, qu’ils sont devenus des colonisés, que l’accession à l’indépendance est donc un geste de libération, que ceux dont on essaie de se libérer sont des oppresseurs, que cette bataille n’est pas un débat politique mais un combat dans lequel on peut faire preuve de lâcheté ou de courage, et que ceux qui, au Québec, ne partagent pas cette vision sont des complices de l’ennemi, des vendus qu’il faut dénoncer.
Cette vision extrêmement simpliste du monde permet de comprendre l’agressivité verbale de Falardeau. Il ne participait pas à un débat politique entre deux conceptions valides de l’avenir du Québec, mais il défendait une cause juste contre des ennemis envers qui il disait ressentir de la haine.
Il n’en reste pas moins que Pierre Falardeau, un radical dans une société modérée, était fort populaire. Mais pourquoi au juste? Pour son talent de cinéaste ? Pour sa personnalité attachante – si on était du bon bord? Parce que les Québécois affectionnent les grandes gueules au discours linéaire? Ou pour ses idées?
Ce genre d’idées exerce un certain attrait dans la famille souverainiste. Par exemple, Bernard Landry a dit ce week-end que le décès de Falardeau constitue «une perte considérable pour notre nation». En faisant un aveu tout à fait stupéfiant : « Je lui disais : Pierre, je pense à peu près comme toi sur à peu près tout, mais je ne le dis pas de la même manière. » Est-ce que cela signifie que Landry, ex-premier ministre du Québec, serait, en secret, un fanatique aux idées simplistes et animé par la rage?
Cet aveu de M. Landry reflète sans doute un autre phénomène. Et ce sont les rapports complexes des modérés qui dominent le mouvement souverainiste avec ses éléments radicaux. Ils ont besoin de ces alliés encombrants pour jouer du coude. Et ils ressentent malgré tout un certain sentiment d’admiration envers les vrais, les purs, qui incarnent l’idéal oublié.

Mais cela n’empêche pas les idées défendues par Pierre Falardeau d’être devenues marginales. Dans la population dans son ensemble, puisque l’appui à la souveraineté est en baisse. Et au sein du mouvement souverainiste, qui n’est plus animé, comme il y a 40 ans, par la rage et la colère.

Un combattant de la liberté  -  Pierre Schneider
Cofondateur du FLQ en 1963, l’auteur a été cadre de l’information au Journal de Montréal. (NDE : QUOI !?!... AIS-JE BIEN LU !?!...) Comme cinéaste, Pierre Falardeau a toujours fait des films à travers lesquels son engagement profond pour son pays, le Québec, transpirait en milliards de pixels. Il faut saluer son rare courage d’être resté fidèle à ses idées dans ce monde où il aurait facilement pu devenir un bébé gâté du système des subventions... s’il avait fermé sa grande gueule. Non, il avait choisi la voie la plus difficile, celle des bâtisseurs de pays, celle des combattants de la liberté. Au « yâble » le confort et l’indifférence des souverainistes de salon qui s’admirent mutuellement dans les lofts d’Outremont où ils amassent des fonds pour un parti qui a fait sauter l’article 1 de son programme, soit l’indépendance. Falardeau aimait fréquenter le vrai monde et n’avait pas peur d’être vu avec de vrais colonisés comme on en retrouve dans ses films sur Elvis Graton, l’archétype du Québécois content de son sort de looser et respectueux de toutes les autorités. Falardeau est demeuré un militant exemplaire qui, au fil des années les plus sombres de la lutte de libération nationale, n’a jamais baissé les bras comme l’ont fait tant de ses contemporains défaitistes, fatigués, usés et abattus. Non, il était un homme de conviction profonde et ce n’est pas parce que le vent changeait de direction qu’il allait renier ses convictions. Même si ça lui coûtait souvent très cher, car les cinéastes qui ne reçoivent pas de subventions de Québec et d’Ottawa peuvent difficilement faire fleurir leurs oeuvres.
Pierre Falardeau
Tenace. F idèle à lu i-même. Généreux. Déterminé. Fier. Optimiste. Ce sont toutes des qualités qu’on peut accoler au grand personnage qui vient de nous quitter. Il était aussi une voix, une parole qui dérange, qui secoue, qui bouscule, qui ne laisse personne indifférent. Il était la voix des sans-voix. De tous ceux qui ont envie de crier « crisse, c’est assez ! » mais qui n’osent pas.
Le Québec lui doit beaucoup. Et la meilleure façon de lui rendre hommage, c’est de poursuivre le combat pour le pays du Québec, pour la République.
Repose-toi bien, fier combattant. D’autres vont reprendre les armes. Et nous allons poursuivre le combat.

Dérapages médiatiques  -  David Haziza
Pierre Falardeau a été un cinéaste qui aura marqué son époque et un ardent militant pour la souveraineté du Québec. Mais l’homme pratiquait régulièrement le racisme anti-anglais et qu’il multipliait les dérapages médiatiques. Rappelons son passage à l’émission Tout le monde en parle où il expliquait son désarroi lors d’une visite dans une école de Montréal-Nord parce que, disait-il, « il y avait 60 % d’Haïtiens et 30 % de Latinos et qu’il était le seul Québécois ». Avant qu’on lui rappelle avec justesse que tous ces jeunes étaient nés au Québec et qu’ils étaient Québécois au même titre que tous les autres. Il faisait bien sûr le régal de certains médias qui s’abreuvaient de ses diatribes souvent puériles et méprisantes. À mon sens, il a été l’illustre exemple de ces souverainistes que le président Sarkozy a qualifiés de sectaires et refermés sur euxmêmes. Pour Falardeau, la fin justifiait les moyens.
La mort du cinéaste suscite des témoignages émus
Armé de sa caméra, de sa plume et de ses opinions tranchées, Pierre Falardeau a passé sa vie à lutter pour défendre sa vision du Québec. L’auteur, réalisateur et libre penseur a perdu sa dernière bataille vendredi soir, emporté par un cancer à l’âge de 62 ans.

Durant tout le week-end, artistes, politiciens et militants souverainistes se sont succédé pour rendre un dernier hommage au créateur.
  -  Daphné Cameron
«Pierre a vécu sa vie comme il aurait voulu son pays: indépendant et libre», a confié Luc Picard, comédien et ami du cinéaste. «Il va vraiment me manquer. Car contrairement à ce que la plupart des gens croient, c’était un gars drôle, affectueux et surtout très humain.»
Pierre Falardeau est décédé vendredi soir à l’unité de soins palliatifs de l’hôpital Notre-Dame à Montréal. Sa conjointe, Manon Leriche, et ses enfants, Jules, Hélène et Jérémie, qui souhaitent pour l’instant vivre leur deuil en privé, n’ont pas indiqué le moment des obsèques. Une soirée hommage a toutefois été organisée le 11 octobre par le Mouvement souverainiste du Québec.
Au-delà du personnage coloré, les gens qui l’ont connu se souviendront surtout de lui pour sa persévérance et son intégrité intellectuelle.
«Fierté et intégrité»
«La fierté et l’intégrité sont en deuil», a écrit le scénariste de la série Elvis Gratton, François Avard, dans un courriel qu’il a fait parvenir à La Presse. «Falardeau avait le talent pour devenir riche. Il a néanmoins choisi de mettre ce talent au service de ses convictions et de ses idées, loin du consensus qui rapporte.»
« On perd un père spirituel », a ajouté son ami Patrick Bourgeois, également porte-parole du mouvement Le Québécois. « Il fallait
se promener avec Pierre en public pour comprendre à quel point il aimait les gens et que les gens l’aimaient. C’est rare, aujourd’hui, les personnes qui bâtissent leur vie autour d’une cause. Même quand le système lui a tapé dessus, il a tout le temps continué à se battre, il n’a jamais mis ses idéaux de côté.»
Le personnage public
«Sous des dehors un peu rugueux, c’était un personnage très sensible», a confié son ami et collègue de la revue Couac, Jean-François Nadeau. «C’est contradictoire par rapport au personnage public qui était demi-truand, très sûr de lui et qui n’avait pas peur de la controverse. En privé, c’était quelqu’un qui écoutait beaucoup, mais je dois ajouter qu’il était droit comme un tronc d’arbre!»
De Jean Charest à Pauline Marois, en passant par Amir Khadir, de nombreux politiciens ont souligné l’apport du cinéaste à la culture québécoise. Pauline Marois a d’ailleurs indiqué que le Parti québécois allait bientôt organiser un événement pour lui rendre hommage.
De son côté, l’ancien premier ministre du Québec Bernard Landry s’est dit profondément attristé par sa mort.
«Je le rencontrais souvent et, chaque fois, je lui disais qu’on pensait à peu près tout le temps la même chose, mais qu’on l’exprimait de façon complètement différente. Cela nous faisait beaucoup rigoler ! » se souvient-il.
«Son cinéma était vivant et vigoureux. Son art a servi l’indépendance nationale de façon inoubliable et humoristique avec Elvis Gratton et de façon poignante et dramatique avec 15 février 1839, son film sur les patriotes», a-t-il ajouté. « J’espère que son oeuvre va continuer de faire réfléchir et que lorsque l’on parlera d’indépendance, on aura une pensée pour lui.»

UNE VIE DE COMBAT
  -  Daniel Lemay
«J’ai toujours fait des films populaires, des affaires qui s’adressaient aux p’tits bums de l’est. Je ne me suis jamais emmanché dans le cinéma d’auteur...»
Pierre Falardeau, c’est connu, a toujours été plus à l’aise avec le «peuple» que dans les salons. «Je n’ai jamais gagné de médaille, mais j’ai le prix de la rue», nous disait-il en entrevue, début mai, lors de la sortie de son livre Rien n’est plus précieux que la liberté et l’indépendance (voir «Un homme et son credo» sur cyberpresse.ca).
Né à Montréal le 28 décembre 1946, Pierre Falardeau fréquente le Collège de Montréal où il fait la connaissance de Julien Poulin qui restera son ami et complice jusqu’à la fin. Sportif, le jeune Falardeau s’adonne à la pratique du football et s’initie brièvement à la boxe qu’il a découverte grâce à Ernest Hemingway. Après son cours classique, il entreprend en 1967 des études d’anthropologie et d’ethnologie à l’Université de Montréal.
L’arène de lutte
Pierre Falardeau coscénarise et coréalise avec Julien Poulin un premier court métrage en 1971: Continuons le combat transpose le combat pour l’indépendance du Québec dans l’arène de lutte. Le ton est donné. Suivent Les Canadiens sont là (1973), dans une mission culturelle canadienne à Paris; Le Magra, (1976) sur la formation des policiers, qu’ils présenteront à la Biennale de Venise; À force de courage (1977), tourné en Algérie.
Après six ans de tournage (à leurs frais), Falardeau et Poulin sortent leur premier long métrage en 1978: Pea Soup traite de l’aliénation du peuple québécois. Deux ans plus tard, avec un titre du même souffle, arrive Speak White, sur le célèbre poème de Michèle Lalonde: «Nous sommes un peuple inculte et bègue»...
En 1981, Julien Poulin passe devant la caméra pour i ncarner Elvis Gratton – il porte des boxers aux couleurs de l’unifolié – dans un court métrage du même nom. Et « Gratton » (Pierre Falardeau ne disait jamais Elvis) vaut au duo un Genie Award à Toronto. Le mythe s’étend de toute sa force dans Elvis Gratton, le King des Kings qui, en 1985, réunit trois courts métrages. Le Québec a une nouvelle devise : « Think big, s’tie ! ».
Falardeau change de ton avec Le party (1989) dans lequel il traite de liberté du f ond de la cellule d’une prison. L’ex-felquiste Francis Simard, qui a purgé 11 ans pour le meurtre du ministre Pierre Laporte en 1970, a collaboré au scénario du film ; son livre Pour en finir avec octobre servira de base à Octobre le film, que Falardeau sortira finalement en 1994 après 10 ans de marchandage avec les instances subventionnaires.
Une charge virulente
Le temps des bouffons (1993) représente probablement, à l’écran, la charge la plus virulente de Pierre Falardeau contre l’establishment. Sur des images filmées au Beaver Club, le cinéaste livre en voix horschamp un texte qu’il a écrit luimême et dans lequel il pourfend les élites francophones québécoises en des termes d’une violence sans égal, avant ou depuis.
À la fin des années 1990, le refus de Téléfilm de subventionner la production de 15 février 1839 amène Falardeau à lancer une campagne de souscription publique. Le film de 3 millions de dollars, qui sortira en 2001, raconte les dernières heures de Chevalier de Lorimier – ce rôle vaudra un Jutra à Luc Picard –, pendu pour son rôle dans la rébellion des patriotes.
La loi des hommes

Il y a deux semaines, à Québec, Pierre Falardeau n’avait pu participer à ce Moulin à paroles dont il avait, indirectement, provoqué la mise sur pied en menaçant de perturber la reconstitution de la bataille des plaines d’Abraham. À sa place, Luc Picard a lu cette «Lettre à mon fils», que Pierre Falardeau avait écrite à Jérémie, son «ti-cul» de trois mois, au soir du référendum de 1995. « Dans quinze ou vingt ans, (…) tu sauras que ton père s’est battu pour la cause de la liberté comme tu devras te battre à ton tour. C’est la loi des hommes, la loi de la vie.»

Se souvenir de l’artiste
MARC CASSIVI CHRONIQUE
Luc Picard, en Chevalier de Lorimier condamné à mort, enlace une dernière fois Sylvie Drapeau sur le sol froid de sa geôle. L’adieu déchirant des amoureux. Un plan, aux teintes d’ocre et de marron, d’une infinie beauté. L’une des grandes scènes du cinéma québécois.
Julien Poulin, en prisonnier Boyer envoyé au «trou», pleure ses dernières larmes de rage. Sa blonde l’attend en vain. Il ne viendra pas. Sur scène, Lou Babin chante Le coeur est un oiseau, de Richard Desjardins, l’âme brisée, la voix chancelante de désespoir, pendant que son chum se tranche les veines. «Liberté, liberté, liberté ! » crie-t-elle avant de s’écrouler, à bout de force. J’en ai encore des frissons.
Pierre Rivard, en jeune felquiste, le t-shirt maculé du sang de Pierre Laporte, s’abandonne au doute, à la panique et au désespoir. Le temps d’un regard, d’un rictus, d’un cri, captés subtilement par la caméra.
Pierre Falardeau était un artiste. Un cinéaste d’une grande acuité, d’une grande humilité aussi, d’une évidente intelligence, d’une sensibilité à fleur de peau. Un metteur en scène de talent, qui a marqué le cinéma québécois bien audelà de ses coups de gueule erratiques et de ses prises de position équivoques des dernières années.
Je préfère me souvenir de l’humour grinçant et cinglant d’Elvis Gratton première mouture, de la charge caustique et rafraîchissante du Temps des bouffons, de la fougue des documentaires de j eunesse (avec Julien Poulin). Je préfère me souvenir du cinéaste unique et singulier, soucieux du détail et du propos, plutôt que du pamphlétaire hargneux, caricatural et aigri qui distribuait son fiel à grandes lampées d’une langue trop longtemps trempée dans le vinaigre, à la fin de sa vie.
Pierre Falardeau a laissé sa monomanie prendre le pas sur son oeuvre de cinéaste. Son dernier film valable datait d’il y a presque 10 ans. Il avait porté ce remarquable 15 février 1839 à bout de bras, contre vents et marées, malgré l’opposition politique et les tentatives de censure. L’artiste en a bavé, film après film, essuyant refus après refus. Le polémiste enragé a pris le relais. L’appel des sirènes, et sans doute une certaine lassitude dans son combat contre les institutions, l ui ont fait perdre son temps (et le nôtre) avec deux suites, indignes de son talent, d’Elvis Gratton.
De poil à gratter essentiel de l’ordre établi, du pouvoir politique et économique en place, Pierre Falardeau était devenu depuis, à force de dérapages autour d’un discours manichéen resté figé dans une autre époque, le symbole d’une génération d’ultranationalistes amers. Nombre d’indépendantistes modérés (j’en suis) ne se reconnaissaient pas dans son discours de plus en plus réactionnaire et intolérant. Le cinéaste ne tournant plus, l’équilibre entre l’artiste et le polémiste était rompu.
Aveuglé par ses délires identitaires, d’une haine à peine dissimulée pour «l’ennemi», le fédéraliste de tout acabit, Pierre Falardeau s’était réjoui, en 2004, en des termes particulièrement odieux, de la mort de Claude Ryan dans un texte intitulé «L’enterrement du Bonhomme Carnaval ». «Voilà enfin une bonne chose de faite! Claude Ryan vient de mourir, avait-il écrit à propos de l’ancien chef libéral. Ne reste plus qu’à l’embaumer et à fermer le couvercle. Avec sa belle tête de sous-diacre empaillée et mangée par les mites, il n’aura fait, en mourant, qu’officialiser une situation qui perdurait depuis longtemps.» Falardeau avait conclu: «Salut pourriture».
Je préfère, aujourd’hui, me souvenir de l’artiste sensible et de son cinéma inspiré. De ces scènes d’émotions fulgurantes, de cet amour inconditionnel pour les acteurs, de ces répliques inoubliables. Et penser à tous ces films qui auraient pu exister, si le parcours de l’homme avait été différent. Salut, Falardeau. Repose enfin en paix.

Un honnête homme  -   Pierre Foglia
Je dis un honnête homme. Enfin, je le dis plus loin. Mais d’abord l’i mprécateur qui détestait tout de La « grosse » Presse, sauf moi peut-être. Il disait à répétition des horreurs sur quelquesuns de mes confrères pour lesquels j’ai de l’affection, et sur d’autres que je respecte. Je pense à Alain Dubuc. Je m’entends dire encore récemment à Falardeau : mais non Pierre, c’est pas une pute, Dubuc ; c’est un surdoué qui donne parfois envie de fesser dedans comme souvent les surdoués, mais c’est pas une pute.
C ’t’u n plei n de ma rde ! me renvoyait-il.
S’ensuivait une discussion forcément lapidaire su r le thème : peut-on être plein de marde et hyperintelligent ? Il en avait convenu après qu’on se fût rappelé quelques-uns de ceux-là qu’on avait connus lui et moi, maoïstes tendance Hoxha – peut-on être plus plein de marde que ça ? – et
CHRONIQUE pourtant brillants eux aussi, et même parfois savants.
C ’e st com me ton a m ie Françoise (David) et sa gang de téteux, pas capables de se brancher clairement sur la question nationale, m’avait-il alors balancé.
Non, il n’était pas de tout repos, Falardeau. Des grenades plein les poches qu’il dégoupillait à tout propos et qui blessaient des gens que j’aimais. Même, une fois, il en a dégoupillé une pour tuer un mort. Non, ce n’était pas toujours facile d’être de son bord.
Combiendefoisai-jeentendu en arrivant au bureau : fait chier, ton chum Falardeau.
Il me fallait d’abord rectifier : ce n’est pas mon chum. On ne se fréquentait pas. Il m’appelait parfois. La dernière fois, l’automne dernier. I l ava it entendu dire que j’avais entendu dire qu’il était bien malade. J’en vois qui frétillent déjà à l’idée que je vais bientôt crever, avait-il déconné ; dis-leur que je suis pas pressé. Il venait de passer un été épouvantable. Je l’avais réinvité, en vain, à venir faire un tour à la maison. J’ose pas, m’avait-il répondu. Il avait des mots comme ça qu’on n’attendait tellement pas de lui : j’ose pas. Mais bref, ce n’était pas un chum. D’ailleurs, j e n’ai presque pas vu ses films, ni lu grand-chose de ce qu’il a écrit.
Ç a m ’a fa it ri re, cette semaine, tous ces gens qui disaient quel grand cinéaste il était. Et quel grand polémiste. Et quel grand patriote. C’est sûrement très vrai. Mais ce qui m’a amusé, c’est cette façon de prélever sur le cadavre le meilleur morceau pour mieux suggérer que le reste bof, le reste ne valait peutêtre pas grand-chose. Petit poison diffus dans la tisane des éloges.
Et c’est tellement tout le contraire. Si Falardeau est gra nd, ce n’est pas pa r le cinéma, pas par la polémique, pas par l’écriture. C’est par la subversion. Il est grand de son refus des contraintes, de son refus de flagorner le pouvoir en particulier.
D a n s F a l a r d e a u , c ’e s t l’homme qui est grand. L’honnête homme. Pas honnête-scrupuleuxvertueux. Pas honnête et con comme un oeuf qui n’a jamais volé un boeuf. Pas honnête non plus comme peut l’être une politologue prof d’histoire (1), je veux dire pas honnête intellectuellement, de cette honnêteté purement cérébrale que n’irrigue jamais le sang du coeur.
Je dis un honnête homme. J’allais ajouter qu’ils sont rares, mais pas tant que cela. J’en connais d’autres, vous aussi vous en connaissez, des silencieux qui traversent la vie doucement « et aussi intimement que la couleur du ciel» (2).
Ils sont rares sur les tribunes. Ils sont rares dans les journaux. Ils sont rares debout devant un micro. Ils sont rares à prendre la parole. Ou alors ils la prennent le temps d’un livre pour dire ah ! lala ! comme les éléphants sont gros, et 20 ans plus tard sont devenus les plus gros de tous les éléphants qu’on n’avait encore jamais vus sur une tribune (3).
Je dis un honnête homme. Pas un éléphant. Un loup. Efflanqué et qui hurle, comme dirait Desjardins, chaque fois, et c’était souvent, que « les downs de ses highs lui défonçaient l’intérieur ». Un honnête homme, ajouterait le même, un honnête homme que personne n’a j amais enculé, comprenez n’a jamais enfermé dans aucune chambre de commerce, à qui j amais personne n’a passé les menottes, 62 ans de liberté, de révolte. Une putain de bonne cote.
Un honnête homme avec des fureurs imprécatoires. Jamais à la mode. Jamais dans le consensus. Toujours dans cette quête du pays qui en énervait tant. Avec cette extraordinaire capacité – qui n’est pas politique mais poétique – de transmuter sa libre parole en émotion pure.
Un honnête homme. Un poète. Je vous le redis, la poésie est une clameur.
J’arrive de l’église SaintPierre-Apôtre où le public était invité à se recueillir hier après-midi. Le défilé des gens. C er t a i n s s ’agenou i l la ient brièvement devant le cercueil fermé. J’ai touché au bois en retroussant le tissu du drapeau du Québec. J’ai salué ses enfants, embrassé Manon, sa compagne.
Un grand soleil presque d’hiver éclairait le boulevard René-Lévesque. J’ai marché jusqu’à La (grosse) Presse.



L’héritage de la victime  -  Richard Vigneault
Le Moulin à paroles a donné l’impression d’une interminable souffrance de 400 ans des Québécois
L’auteur est consultant en communication, conseiller ad hoc du gouvernement de Jean Charest et membre de l’Idée fédérale. Quelqu’un aurait été bien naïf de croire qu’il y avait une place pour les fédéralistes ou pour ceux qui rêvent d’autre chose que de l’indépendance défendue par le mouvement souverainiste dans la cohorte de ceux qui se sont succédé derrière le microphone du Moulin à paroles en fin de semaine. Aucune ambiguïté possible!
Des spectateurs attentifs au Moulin à paroles.
En plus d’avoir banalisé l’appel à la violence du Manifeste du FLQ, considéré comme un texte comme les autres, cette entreprise avait toutes les allures d’une récupération de l’histoire. C’était, sans l’ombre d’un doute, un hymne à l’indépendance, marqué par la présence en force des ténors de la souveraineté.
Après avoir confisqué le drapeau, la langue et la Fête nationale pour les placer au service de l’option souverainiste, voilà une tentative d’embarquement de l’histoire, de la littérature et de la poésie.
On aura eu l’impression un peu lourde que l’histoire du Québec, livrée par ce festival de paroles comme un des organisateurs a décrit l’événement, est une interminable souffrance de 400 ans.
On aura eu le sentiment que le Québécois d’aujourd’hui porte encore le fardeau d’un joug originel, abandonné par les Français, vaincu par les Anglais et opprimé par l’Église, ou encore ses élites ou ses patrons. On aura voulu nous faire croire qu’être une victime est notre seul héritage. On aura voulu amener les spectateurs à penser que comme l’indépendance n’est pas encore réalisée, aucun progrès ne compte. Que l’on soit dans le peloton de tête des peuples les plus libres et les plus développés de la Terre est un fait qui n’était malheureusement pas au programme du Moulin à paroles.
On se sera rappelé qu’un moulin est également un appareil à broyer. En l’occurrence, on aura broyé la réalité actuelle du Québec, son audace, ses succès dans le monde et chez lui, son refus de la séparation. On aura aussi eu l’impression que tout ce qui a été écrit depuis Jacques Cartier, l’aurait été dans le seul but de faire l’apologie de la souveraineté.
De ce long ruban de nostalgie et de réaménagement de sens, on aura retenu que le Québec qui a été lu n’est pas celui que l’on connaît, mais celui imaginé par ceux qui recollent des morceaux de l’histoire qui ne vont pas ensemble pour mieux servir leur cause.
Il y avait dans cet amalgame beaucoup de textes partiels ou encore arrachés à leur époque, mais dont je recommanderais volontiers la lecture à des jeunes d’aujourd’hui. J’entends la lecture complète, dans une mise en contexte et en dehors de tout détournement idéologique, de montage ou de réédition de l’histoire.
Demandez aux jeunes Québécois d’aujourd’hui s’ils veulent vivre dans cet enfermement d’extraits choisis dans le seul but de démontrer que le peuple n’a pas encore fait le bon choix. Demandez à ces jeunes, eux qui côtoient sur les bancs de l’école des néo-Québécois qui viennent de pays où l’on aimerait bien que l’oppression soit dans les livres d’histoire plutôt que dans la vraie vie. Demandez pour voir à nos jeunes soldats dont la mission est de libérer les Afghans si nous avons quelque chose à envier à ce peuple pourtant indépendant?
Un poème écrit à une autre époque ne justifie pas un mauvais choix aujourd’hui. L’indépendance n’est pas la résolution de tous nos problèmes comme seraient tentés de le croire ceux qui ont organisé le Moulin à paroles.
Quand je pense que ce peuple du Québec, décrit 24 heures durant comme une victime, compte un milliardaire qui s’en va lire un poème dans l’espace à bord d’un vaisseau spatial soviétique, je me dis que le Québec actuel n’a pas de limites pour ceux qui bâtissent l’avenir et refusent de se complaire dans les méandres du passé.


Un drame québécois  -  NATHALIE PETROWSKI
Je m’en souviens comme si c’était hier. Je m’en souviendrai sans doute toute ma vie. C’était au matin du 18 octobre 1970, exactement 10 jours après avoir entendu la voix décalée de Gaétan Montreuil lire à la télévision de Radio-Canada le manifeste du Front de libération du Québec. Dans le salon de la maison, rue Melrose, j’avais levé le poing en signe de solidarité, convaincue que malgré mes 16 ans de petite bourgeoise bien élevée, j’allais faire la révolution du prolétariat. Plus tard, quand le pauvre Montreuil, la mort dans l’âme, avait été obligé d’ânonner «Drapeau le dog, Bourassa le serin des Simard et Trudeau la tapette », j’avais éclaté de rire et applaudi d’un air ravi.Trudeau la tapette, ha ! ha ! ha !
Je ne suis pas allée au grand rassemblement au Centre Paul-Sauvé le 15 octobre. Mais même si je n’y étais pas physiquement, j’y étais avec mon coeur d’adolescente rebelle et avec mes sympathies pour le FLQ. Qu’importe s’ils avaient enlevé deux hommes à la pointe du fusil et les séquestraient quelque part en ville. La cause était noble et personne n’était mort. Vive le Front de libération du Québec ! Vive la révolution québécoise ! Vive le Québec libre!
Et puis, le matin du 18 octobre, dans les splendeurs incendiaires d’un automne d’or et de feu, mon poing tendu dans l’enthousiasme de mon engagement adolescent a été broyé par une nouvelle crachée par la radio. Pierre Laporte était mort. Pierre Laporte avait été assassiné. Pierre Laporte avait été exécuté par les gars du FLQ. Vous dire le choc, la culpabilité et la honte, l’horrible honte d’avoir sympathisé avec des assassins...
Depuis, chaque fois qu’il est question du manifeste du FLQ, mon coeur se crispe légèrement et je pense moins à l’Histoire qu’à ma propre perte d’illusions...
Ce long préambule pour en venir au Moulin à paroles, spectacle commémoratif de la bataille des plaines d’Abraham qui débute aujourd’hui à 15h sur les plaines à Québec après avoir fait couler des litres d’encre. Au coeur de la controverse, la lecture du fameux manifeste du FLQ par Luck Mervil qui, au moment de la crise d’Octobre, avait 3 ans et vivait encore en Haïti. C’est dire que celui qui a insisté pour lire le manifeste n’a pas vécu ni ressenti dans son ventre et dans ses tripes le traumatisme collectif causé par le FLQ. Idem pour la metteuse en scène Brigitte Haentjens qui avait 19 ans, mais qui vivait encore à Paris. Idem pour Biz et Sébastien Ricard, les instigateurs du spectacle qui, en octobre 1970, n’étaient même pas nés.
Si j’insiste sur ce détail, ce n’est pas pour accabler les organisateurs du Moulin à paroles, qui se sont démenés tout l’été pour choisir les 140 textes et la centaine de personnalités qui les liront pendant les 24 prochaines heures. Ils ont fait un travail colossal et généreux. C’est tout à leur honneur. Comme l’est leur choix esthétique de monter un spectacle sobre, sans artifices, sans strass, sans showbiz. Un spectacle où la parole et les textes écrits dans l’encre indélébile de l’Histoire seront souverains. Il n’en demeure pas moins que leur obstination à voir le manifeste du FLQ comme un texte parmi tant d’autres témoigne d’un manque évident de sensibilité. Qu’on le veuille ou non, le manifeste n’est pas et ne sera jamais un texte comme les autres. Ce n’est pas un texte drôle ou glorieux. C’est le texte d’une défaite et d’une impuissance collective. J’espère que Luck Mervil le lira avec cette gravité en tête. J’espère aussi que quelqu’un lira le texte que René Lévesque a écrit par la suite dans l’espoir de régler ce qu’il qualifiait de drame québécois. Mais avant, par respect pour les morts et les blessures collectives qui n’ont jamais tout à fait cicatrisé, il faudra que quelqu’un s’avance avec une lettre qui commence par : « Mon cher Robert, j’ai la conviction d’écrire la lettre la plus importante de toute ma vie.» Et qui se termine par : « Décide de ma vie ou de ma mort. Amitiés, Pierre Laporte.»


Ignatieff contre le manifeste du FLQ
Le chef du Parti libéral du Canada, Michael Ignatieff, estime qu’on ne devrait pas « célébrer » le manifeste du FLQ, comme entendent le faire les organisateurs du Moulin à paroles ce week-end, sur les plaines d’Abraham. « Pour moi, (la crise d’octobre 70) était un épisode de violence. Je crois donc qu’il ne faut pas célébrer ou fêter le manifeste du FLQ. Bien sûr, il ne faut pas non plus cacher son existence. Mais le fêter, ça fait partie d’un exercice de propagande. Ce n’est pas utile », a déclaré M. Ignatieff. Selon lui, la plupart des Canadiens ont gardé un mauvais souvenir du FLQ et retiennent que les actions du groupe sont synonymes de « tristesse et de violence ».


Marois n’aura pas d’excuses de Charest  -  Tommy Chouinard
QUÉBEC— La chef du Parti québécois, Pauline Marois, presse Jean Charest et le ministre Sam Hamad de s’excuser pour avoir accusé les organisateurs du Moulin à paroles de faire l’apologie de la violence et de banaliser les actes terroristes du FLQ. Pas question, répond le premier ministre.
La chef du Parti québécois Pauline Marois et le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe participeront au Moulin à paroles ce week-end, sur les plaines d’Abraham. On les voit ici au caucus conjoint tenu par les deux partis hier, à Québec.
Selon Pauline Marois, la lecture du manifeste du FLQ ne signifie pas que les organisateurs et les participants de cet événement approuvent son contenu ou le recours à la violence. Elle croit toutefois que ce document est important dans l’histoire du Québec, ce qui justifie qu’il soit lu comme d’autres textes ce week-end sur les plaines d’Abraham.
« Je ne suis pas d’accord avec quelque mouvement de violence que ce soit. Mais on ne peut pas empêcher des gens de vouloir lire un document qui a eu un impact considérable au moment où il a été prononcé » , a affirmé Mme Marois en conférence de presse, hier, à l’issue d’un caucus conjoint du PQ et du Bloc québécois.
La chef péquiste accuse MM. Charest et Hamad d’avoir « politisé » le débat avec leurs sorties. Pauline Marois juge « inacceptable » que le premier ministre ait refusé de prendre part à l’événement.
« Je trouve dommage que M. Charest se soit servi de son budget discrétionnaire pour contribuer à hauteur de 10 000 $ en 2004-2005 au Conseil pour l’unité canadienne, mais qu’il ne participe pas au Moulin à paroles qui est un moment historique, un rappel de ce que nous sommes. Ce n’est pas acceptable l’attitude du gouvernement Charest à l’égard de cet événement. »
La chef péquiste a versé 500$ au Moulin à paroles. La majorité des députés ont donné 300$ chacun.
PaulineMaroisacondamné ladécision du gouvernement de rejeter la demande de subvention de 20 000$ du Moulin à paroles. Le député de Marie-Victorin, Bernard Drainville, est allé plus loin en affirmant que le gouvernement Charest pratique « une forme de censure » en refusant de financer l’événement.
« C’est de la démagogie de prétendre que c’est de la censure, a répliqué Jean Charest. On n’empêche personne de prendre la parole. Ce qu’on dit, c’est qu’on ne veut pas être associé à un événement comme celui-là. On a bien le droit. Et comme gouvernement, on a le droit de dire que ce n’est pas un événement auquel on veut être associé. »
La Commission des champs de batailles nationaux a finalisé l’entente avec les organisateurs du Moulin à paroles pour la tenue de l’événement ce week-end, mais l’organisme tient à se dissocier du contenu des textes qui seront lus par quelque 130 artistes et personnalités publiques sur le parc des plaines d’Abraham.
La CCBN « n’est d’aucune façon associée au choix des participants ni aux lectures et discours qui seront faits au cours de cet événement », a fait valoir l’organisme fédéral par voie de communiqué. « Les gens qui font un événement sur les Plaines sont responsables de ce qu’ils disent et de ce qu’ils font », a indiqué à La Presse André Juneau, président de la CCBN.

LE VRAI MANIFESTE DU FLQ  -  ANDRÉ PRATTE
De nombreuses personnalités ont défendu le projet des organisateurs du Moulin à paroles de faire lire le manifeste du FLQ en fin de semaine prochaine sur les plaines d’Abraham, parmi de nombreux autres textes. Ces personnalités estiment qu’il est important de se « rappeler ces événements tristes, sans évidemment les célébrer » ( Bernard Landry).

Si telle est l’intention, je suggère qu’on ajoute un texte au programme du Moulin. Le document en question permet de rappeler à ceux qui n’étaient pas encore nés et à ceux qui l’ont oubliée la véritable nature du Front de libération du Québec. Certes, les felquistes mettaient de l’avant des revendications politiques et sociales. C’est sur ces revendications, plutôt que sur l’action violente, qu’insistait le manifeste lu à la télévision le 8 octobre 1970. Ce sont ces revendictions, aussi, qui ont valu aux felquistes la sympathie de certains milieux.
Mais c’est bien la violence, pas les idéaux politiques, qui caractérisait le FLQ. Si on veut « regarder l’histoire en face », comme le prône M. Landry, il faut montrer cette violence dans toute sa brutalité, dans toute sa froideur.

Pour compléter la leçon d’histoire qu’il veut donner aux jeunes Québécois, Luck Mervil devrait donc terminer sa prestation par la lecture de ce court communiqué, envoyé par les felquistes le 17 octobre 1970. C’est le vrai manifeste du FLQ.


Moulin à vent
  -  Lysianne Gagnon
Les souverainistes ont tout à fait le droit de s’offrir une grand-messe aux frais de la Commission (fédérale) des Champs de bataille qui leur offre gracieusement le théâtre, mais ils devraient s’abstenir de prétendre servir l’Histoire. Si telle était leur intention, ils auraient inclus dans leur florilège au moins un ou deux textes fédéralistes issus de ce courant de pensée qui fait au moins autant partie de l’histoire que le délire felquiste, et qui représente toujours, ne leur en déplaise, l’opinion dominante au Québec.
Un choix majeur s’imposait, celui de Pierre Elliott Trudeau, l’auteur des textes remarquables regroupés en 1967 sous le titre « Le fédéralisme et la société canadienne-française » (Éditions HMH). Ces textes écrits dans les années 50 et 60, « La nouvelle trahison des clercs » par exemple, sont de grands classiques de la pensée politique, et la base intellectuelle du courant fédéraliste au Québec.
Si la lecture d’un bouquin de 227 pages s’était avérée trop ardue (c’est vrai que la langue est un peu plus recherchée que celle dumanifesteduFLQ), on aurait pu lire des extraits des deux discours historiques que Trudeau a livrés durant la campagne référendaire de 1980.
Au lieu de choisir des textes rationnels et intelligents (au risque qu’ils soient convaincants) pour faire contrepoids aux textes souverainistes et donner un caractère inclusif à la cérémonie, les porte-parole de ce colloque se targuent hypocritement d’être pluralistes en offrant à leur auditoire… untexte de Lord Durhamet un autre deMordecai Richler! Autrement dit, des textes de non-francophones – un impérialiste britannique et un méchant Anglais – qui serviront de repoussoir et qui conforteront les zélotes dans leur impression qu’il n’y a ni salut ni dignité (ni francophones!), en dehors de l’Église souverainiste.
C’est une chose que de travestir l’histoire (tout le monde le fait en politique), c’en est une autre que de prétendre qu’avec des alibis pareils, le Moulin offrira une « programmation » inclusive.
Le manifeste du FLQ fait partie de l’Histoire, certes, et il pourrait avoir sa place dans un programme équilibré… encore qu’il s’agisse d’un texte mal foutu, vulgaire et infantile, qui n’aurait jamais survécu si Trudeau et RadioCanada, pour de pures raisons humanitaires (dans l’espoir de sauver la vie de James Cross), ne lui avaient pas donné un tel retentissement.
Si les organisateurs du Moulin avaient eu un minimum de culture politique, ils auraient choisi, pour représenter à sa juste valeur le courant de pensée indépendantiste-socialiste, l’un des excellents textes que la revue Parti-Pris a publiés durant ces années-là.
À l’époque, dans mon entourage pourtant très indépendantiste, personne n’avait été ému par ce manifeste, d’abord parce que nous abhorrions le terrorisme, et aussi parce que le texte était franchement minable. On avait bien ri, cependant, à la vue du pauvre Gaétan Montreuil, le présentateur des nouvelles qui lisait avec son impeccable accent radio-canadien et une mine imperturbable les imprécations joualisantes où il était question, entre autres personnages, de « Trudeau-la-tapette ». Le contraste entre Montreuil et ce qu’il était obligé de réciter était irrésistible.
Au fond, le pire dans cette histoire n’est pas la lecture du manifeste. C’est la banalisation du FLQ, comme s’il avait servi « la cause », serait-ce en se trompant sur les moyens. Sans l’intransigeance de René Lévesque, qui a tout fait pour dissocier le PQ du FLQ, le terrorisme aurait irrémédiablement souillé le mouvement indépendantiste, car il était, dans le contexte québécois, absolument inexcusable. La décence élémentaire commanderait qu’on fasse suivre la lecture du manifeste d’un texte condamnant sans ambiguïté tout recours au terrorisme. Pourquoi pas une citation de Lévesque?


L’art n’a pas à rassembler  -  Marc Cassivi
On l’aura compris, la polémique autour du Moulin à paroles est politique. D’un côté, le ministre libéral Sam Hamad flirte avec le révisionnisme en accusant les organisateurs de faire l’apologie du terrorisme. De l’autre, la famille péquiste hurle commodément à la censure parce que le gouvernement a refusé une aide de 20 000$ à cette commémoration de la bataille des plaines d’Abraham.
La lecture du manifeste du FLQ dans le cadre du Moulin à paroles, qui doit avoir lieu ce week-end, n’est rien de moins qu’un «dérapage», soutient Jean Charest, au coeur de ce festival de la récupération politique. Pauline Marois, pas en reste, a jugé hier «inacceptable» que le gouvernement ne participe pas à l’événement, récupéré politiquement – on n’y échappe pas – par les partis indépendantistes.
On exige des excuses, on fait de l’esbroufe, on s’accuse mutuellement de tous les torts. Petite politique provinciale. Rien de bien original, sinon que le dialogue de sourds est tel que l’on en a oublié de féliciter le maire Labeaume et la ministre Josée Verner de leur désistement de dernière minute. Au nom de tous les miens, comme dirait l’autre, je les en remercie.
Ce que l’on a surtout oublié dans l’écume de la polémique, c’est que le Moulin à paroles est une manifestation artistique. Une manifestation chargée d’histoire et de politique, soit, mais d’abord et avant tout artistique. Un événement, imaginé entre autres par la metteure en scène Brigitte Haentjens et le comédien Sébastien Ricard qui, attablés il y a quelques mois dans un restaurant vietnamien du Quartier chinois, ne pouvaient se douter de la controverse à venir.
La polémique a pris une ampleur insoupçonnée. Certains, semblant juger obscène la seule évocation du manifeste du FLQ, souhaitent que Luck Mervil reste chez lui au 3950, rue des Autruches, à Montréal, ce week-end, plutôt que de lire à Québec ce fameux texte d’extrême gauche, indissociable de l’un des événements les plus marquants – et tristes – de notre histoire. Ce serait plus raisonnable et plus rassembleur, disent-ils.
L’art, ne leur en déplaise, n’a pas à être raisonnable ni rassembleur. Le Moulin à paroles n’a pas à se plier aux diktats de la majorité, ni d’ailleurs à ceux d’une quelconque minorité. 
L’événement n’a pas à ménager les susceptibilités des uns et des autres, à se fondre dans le consensus tiède du j uste milieu, à présenter les deux côtés de la médaille de notre obsession constitutionnelle compulsive. C’est même le contraire.
Le Moulin à paroles n’est pas un pow-wow de boy-scouts ni une fête multiculturelle écolo subventionnée par des fonds publics. C’est une performance de spoken word, autour de 130 textes qui disent, traduisent, évoquent notre histoire depuis la Conquête. La belle et la moins belle, la douce et la rock’n’roll, la glorieuse et la honteuse. Des textes modérés ou radicaux, fondateurs ou anecdotiques, officiels ou subversifs, admirables ou détestables, livrés essentiellement, il est vrai, par des souverainistes. Le Moulin à paroles est, à n’en point douter, un spectacle engagé. Faut-il qu’il s’en excuse?
Le j our où l’art québécois s’excusera de déranger, d’émouvoir et de provoquer, pour se fondre docilement dans la masse, avec pour dessein d’être raisonnable et rassembleur, on pourra commémorer une défaite bien plus grave que celle de 1759.
V pour puéril
Mon confrère du Soleil Richard Therrien rapportait la nouvelle hier: la direction de V (ex-TQS) a mis un terme à une entente publicitaire avec l’hebdomadaire Voir dans la foulée de la publication d’une chronique de Steve Proulx, qui reprochait au CRTC d’avoir cautionné la transformation de TQS de télé généraliste en télé spécialisée dans le divertissement.
Le porte-parole de V a reconnu que cette chronique, «qui adoptait un ton méprisant et de mauvaise foi», était «la goutte qui a fait déborder le vase».
« Pouvons-nous encore écrire ce qu’on pense vraiment dans les j ournaux ? » demande Richard Therrien sur son blogue. La question est particulièrement pertinente dans le contexte actuel de chute publicitaire dans la presse écrite. D’autant plus que le contrat résilié par V s’apparentait à du publireportage déguisé (sa publication cesse aujourd’hui même dans Voir).
La direction de V a bien sûr le droit d’annoncer où bon lui semble. Mais sa réaction puérile dans les circonstances témoigne d’une étonnante immaturité face à la critique. On lui souhaite des j ours meilleurs.


Le moulin à propagande  -  ANDRÉ PRATTE
Com menta nt la décision du gouvernement Charest de se dissocier de l’événement en raison de la lecture du manifeste du FLQ, les organisateurs du Moulin à paroles ont dénoncé cette « censure ». « Le Moulin, c’est une centaine de lecteurs, de voix qui résonneront plus fort que celles des censeurs, de leu r mesquinerie, leu r malhonnêteté et leurs considérations bassement électoralistes », peut-on lire dans le communiqué publié samedi dernier. Or, les censeurs ne sont pas là où on croit.
L a cont rover se su sc itée depuis plusieurs mois par la com mémoration de la bat a i l le de 17 5 9 e st u ne pa r fa ite illust ration de la manière dont s’y prennent les indépenda ntistes pou r imposer leur interprétation de l’histoire du Québec.
Premier acte : les souverainistes ont obtenu, à la suite d’une virulente campagne, l’annulation de la reconstitution de la bataille prévue par la Commission des champs de bata ille nationau x. L a reconstitution ne plaisait pas à tous, évidemment, mais elle faisait pa rtie d’un ensemble d’activités par lequel la Commission avait cherché à ménager les susceptibilités des différents courants d’opinion. Cette « victoire », les souverainistes la doivent su rtout à leu rs éléments rad icau x , avec à leu r tête Pierre Falardeau et Patrick Bou rgeois, qu i ont la issé planer la menace d’incidents regrettables si la reconstitution avait lieu.
Deuxième acte : les souverainistes ont mis sur pied leur propre spectacle de commémoration. Le problème ne venait donc pas de ce que la Commission cherchait à « commémorer une défaite », comme on l’avait dit alors ; le problème, du point de vue des indépendantistes, c’était qu’ils ne contrôla ient pas l’événement. Une fois chassé le fédéral, les Plaines étaient libres pour une commémoration à saveur souverainiste.
D’où le projet du Moulin à paroles. Un projet original, qu i au ra it pu ra ssembler les Québécois si telle avait vraiment été la volonté des orga nisateu rs. Cependa nt, quand on veut rassembler, il faut être à l’écoute de ceux qu’on veut réunir et faire les compromis nécessaires. En choisissant le manifeste du FLQ, on allait immanquablement susciter un profond malaise chez beaucoup de Québécois. En faisant fi de ce malaise, on abandonnait l’aspect rassembleur du projet pour privilégier sa vocation de propagande.
Commémorer ou célébrer ?
On aurait tort de prêter aux organisateurs du Moulin l’intention de faire l’apologie de l’action politique violente. Toutefois, en choisissant le manifeste de 1970 comme un des textes marquants de l’histoire du Québec, en le faisant lire par une vedette tel Luck Mervil, ils lui confèrent une importance et une légitimité qu’il ne mérite pas.
Dans son contenu, le manifeste ne dit rien que l’on ne retrouvait pas dans le fatras de textes gauchistes de l’époque. Il n’a été connu de la population que parce que ses auteurs ont en levé u n hom me et menacé de le tuer si on ne diffusait pas leurs élucubrations révolutionnaires. On ne peut donc pas dissocier le texte de l’action terroriste. En lui accordant une place de choix dans une telle manifestation, on banalise les gestes violents qu’il servait à justifier.
D’a illeu rs, on voit cette banalisation à l’oeuvre dans beaucoup des propos tenus au cours des derniers jours. Pensons à Gilles Duceppe affirmant hier que la bataille des plaines d’Abraham a fait « beaucoup plus de morts que la crise d’Octobre » (c’était une guerre, M. Duceppe !). L e c hef du Bloc a aussi compa ré le pa mph let du F LQ à la Ma rseillaise (le ma nifeste felquiste seraitil l’hy m ne nationa l d ’u n Québec indépendant ?).
Qu’aurait fait M. Lévesque ?
Hier, le leader autochtone Konrad Sioui a déploré le choix du manifeste et indiqué qu’il profiterait de sa pa rticipation pou r lire un texte pacifique. On au rait aimé entendre les politiciens e t ve de t te s indépenda ntistes exprimer les mêmes réserves. Au contraire, ils cautionneront la lecture du manifeste du FLQ par leur participation en grand nombre : Pauline Marois, Gilles Duceppe, Louise Beaudoin, Pierre Curzi, Maka Kotto, Bernard Landry, Françoise David, Jea n Dorion, Yves Beauc hem i n , E m ma nuel Bilodeau, Gilles Vigneault, etc . L’événement au ra u n effet très rassembleur... pour les indépendantistes.
C e u x-là dev r a ie nt s e demander ce qu’aurait fait René L éve sq ue d a n s les mêmes ci rconsta nces . On imagine fort mal ce grand démocrate s’associer de près ou de loin à tout événement où on fera it la pa r t belle aux écrits des felquistes. Ne serait-il pas plutôt scandalisé, comme il le fut en 1981 lorsque les militants du PQ ovationnèrent Jacques Rose, complice de l’assassinat de Pierre Laporte ?
Les vrais censeurs
Le gouvernement libéral a refusé de subventionner le Mou l i n à pa roles et a c r it iq ué l’événement . O ù est la censure ? Québec n’a pas tenté d’en empêcher sa tenue. Au niveau fédéral, la Commmission des champs de bataille permet que le Moulin se déroule sur ses terrains. Aucun leader d’opinion fédéraliste n’a menacé d’en perturber le déroulement, comme l’avaient fait de s s ouve r a i n i s te s l’hiver dernier à l’égard de la reconstitution.
Les censeurs sont du côté du Moulin à pa roles, pas ailleurs.

Grave erreur de jugement
En invitant Jacques Lanctôt, un exmembre du FLQ, à lire le manifeste de cette organisation terroriste, qui a posé des bombes, kidnappé et séquestré des personnes et même tué un homme politique, les organisateurs du Moulin à paroles ont ruiné leur crédibilité. L’ex-terroriste restera à Cuba, mais le texte de ce groupuscule ténébreux sera néanmoins lu par un artiste indépendantiste, Luck Mervil. Ce manifeste promeut la violence et le terrorisme à des fins politiques, des moyens qu’a dénoncés avec force et conviction le plus grand indépendantiste québécois, René Lévesque. L’inclusion du manifeste du FLQ dans le programme du Moulin à paroles est une grande bêtise. Oui, l’avènement du FLQ et la crise d’Octobre font partie de l’histoire du Québec et ce triste épisode n’a certainement pas à être caché. Mais lire le manifeste du FLQ lors d’une fête soi-disant organisée pour commémorer le 250e anniversaire de la bataille des plaines d’Abraham, c’est célébrer l’action d’un groupe terroriste. Manifestement, certains indépendantistes ont perdu le nord. Les organisateurs du Moulin à paroles ont commis un geste politique et ils s’offusquent que certains boycottent leur événement. Qu’ils assument les conséquences de leur erreur de jugement et qu’ils cessent de jouer les vierges offensées devant la dénonciation de leur événement par un ministre du gouvernement du Québec et d’autres personnalités. Jean-Paul Gagné, Brossard



Les participants défendent « un événement très pluriel »  -  Émilie Côté
Le Moulin à paroles a été lancé notamment par la metteuse en scène Brigitte Haentjens et deux membres du groupe Loco Locass. La manifestation aura lieu samedi et dimanche sur les plaines d’Abraham. Pendant 24 heures, environ 130 artistes feront la lecture d’un texte qui « raconte le Québec ». Luck Mervil a choisi de lire un extrait du manifeste du FLQ, ce qui suscite la controverse depuis quelques jours.
« On ne peut pas censurer l’histoire », lance Julie Snyder, qui fera partie des 130 artistes qui réciteront un texte le week-end prochain, sur les plaines d’Abraham.
Pour certains, le manifeste du FLQ fait l’apologie de la haine et de la violence. Pour d’autres, on ne peut nier que la crise d’Octobre fait partie de l’histoire du Québec et de la mémoire collective.
La manifestation, intitulée Le Moulin à paroles, suscite la controverse depuis quelques jours parce que Luck Mervil lira une partie du manifeste du FLQ. « Près de 150 textes seront lus, rappelle Julie Snyder. C’est un événement très pluriel. Je lis un texte d’Abla Farhoud, qui est d’origine libanaise. »
P ou r J u l ie S nyde r, le manifeste n’est qu’un texte parmi d’autres. Par exemple, le journaliste Andrew Wolfe Burroughs, descendant de James Wolfe, lira une lettre du général britannique, et le restaurateur Hubert Marsolais, du Club chasse et pêche, présentera au public un extrait de la préface d’un livre de Jehane Benoît.
« Ce n’est pas de politique qu’il est question, mais de notre histoire, qui est de moins en moins enseignée dans nos écoles, dit l’animatrice. Les absents ont toujours tort. »
Le premier ministre Jean Charest et le ministre responsable de la région de Québec, Sam Hamad, ont affirmé vendredi dernier qu’ils n’assisteront pas au Moulin à paroles. Ils jugent qu’il est trop partisan et qu’il fait l’apologie de la haine et du terrorisme prôné par le FLQ. Le gouvernement Charest a refusé de verser une subvention de 20 000 $ aux organisateurs. « Ils sont rendus loin de la poésie. Le FLQ, pour moi, le souvenir que j’ai, ce sont les assassinats, les bombes », a déclaré le ministre Hamad en entrevue à RDI.
Pour Luck Mervil, la réaction des libérau x est « u n ma nque tota l de respec t pour l’histoire ». Le chanteur souligne que le manifeste a été lu intégralement dans la pièce de Wajdi Mouawad Manifeste ! , présentée l’a n dernier à Ottawa, au Centre national des arts, en présence de la gouverneure générale, Michaëlle Jean.
« Le fondateur du Parti québécois, René Lévesque, s’était élevé contre ce texte-là. S’il y a des gens qui devraient être sensibles à sa lecture, ce sont les souverainistes », dit-il.
Pour Pierre Godin, le biographe de René Lévesque, toute la controverse des derniers jours est à la base « un règlement de comptes entre les fédéraux et les souverainistes » et « une excuse pour discréditer » la manifestation.
Selon l’auteur, c ’est une reva nc he des fé dér a l i ste s qui, l’hiver dernier, avaient lancé l’idée de reconstituer la bataille des plaines d’Abra-
ham. « C’est oeil pour oeil, dent pour dent », résume-t-il.
« La controverse politise l’événement »
À l’époque de la crise d’Octobre, René Lévesque avait dénoncé avec virulence les gestes des felquistes. « S’ils ont vraiment cru avoir une cause, ils l’ont tuée en même temps que Pierre Laporte et, en se déshonorant ainsi, ils nous ont tous plus ou moins éclaboussés », avait-il déclaré le 18 octobre 1970.
Q ue d i ra it L évesque aujourd’hui de la controverse du Moulin à paroles ? « Il rirait. Ce sont les fédéralistes qui ont allumé la mèche en voulant commémorer la défaite de 1759 », répond Pierre Godin.
L éve sq ue fa isa it aussi pa rtie des 16 person na lités publiques – avec Claude Ryan, Jacques Parizeau et Yvon Charbonneau, notamment – qui avaient dénoncé l’enlèvement de Pierre Laporte et James Cross, mais aussi la rigidité « déjà presque militaire » d’Ottawa.
Da ns u ne décla ration commune, le groupe avait demandé aux gouvernements de négocier avec les ravisseurs. Il faisait valoir que « les gens du FLQ, d’autre part, sont une fraction marginale de ce même Québec, mais font qua nd même partie de notre réalité, car l’extrémisme fait partie de l’organisme social, en même temps qu’il en dénote le mauvais état et peut le mettre en péril mortel ».
Fernand Daoust, à l’époque secrétaire général de la Fédération des travailleurs du Québec (FTQ), était au nombre de ces leaders d’opinion. « Pour moi, le manifeste fait partie de la mémoire collective, de l’histoire du Québec moderne, dit le syndicaliste âgé aujourd’hui de 80 ans. Le fait de le lire n’est aucunement un appel à la violence. C’est un rappel. Comment cacher cette période-là aux jeunes ? »
« L a controverse politise l’événement plus que les organisateurs l’auraient souhaité », ajoute-t-il.
Jea n-F ra nçois Ca rd i n , auteur de l’ouvrage Comprendre Octobre 1970, trouve que le ministre Hamad a « déraillé » en associant Le Moulin à paroles à de la violence. « Comme citoyen, il faut faire l’équilibre des choses et comprendre que c’est une bataille politique su r la réc upération qu’on peut faire du passé selon nos intérêts. »
Pou r le professeu r en d idac tique de l’h istoi re à l’ Université Laval, ressortir le manifeste est « légitime et pertinent ».

Petite organisation, grosse controverse
  -  Michèle Ouimet
Lorsque le ministre libéral Sam Hamad a tiré avec un bazooka sur les organisateurs du 250e anniversaire de la bataille des Plaines, il a tourné les coins ronds.
« Ils sont loin de la poésie et plus proche du FLQ, a-t-il déclaré sur les ondes de RDI. Pour moi, le F LQ, c’est la crise d’Octobre, les bombes et les assassinats. Nous, comme gouvernement, on se dissocie de cet événement. »
Un peu plus et il accusait les organisateurs de bricoler des bombes dans un sous-sol.
La réalité est plus prosaïque.
Tout a commencé par un souper entre amis en juin, m’a expliqué hier l’âme du spectacle, Brigitte Haentjens. La conversation a glissé autour de la bataille des Plaines : comment souligner la défaite des Français en 1759 ? se sont-ils demandé.
C’est là que l’idée des textes a surgi : pendant 24 heures, des artistes et des politiciens liraient des extraits de documents qui rappellent des moments, grands et petits, de l’histoire du Québec. Sans flafla ni paillettes. Des textes, que des textes.
Un groupe de bénévoles a pris les choses en main. Trois personnes, Brigitte Haentjens, le comédien Sébastien Ricard (le Batlam de Loco Locass, qui a incarné le chanteur des Colocs dans le film Dédé à travers les brumes) et Biz, aussi du groupe Loco Locass, ont choisi les textes.
Un choix qui tire dans toutes les directions. On cherche le fil conducteur à travers Bonheur d’occasion, de Gabrielle Roy, Bozo les culottes, de Raymond Lévesque, Discours en faveur du vote des femmes, d’Idola SaintJean, la Flore laurentienne, du frère Marie-Victorin… et le manifeste du FLQ.
Au total, 130 textes seront lus par 130 personnes samedi et dimanche sur les Plaines. Parmi les lecteurs, on entendra Bernard Landry, l’ex-ministre conservateur Benoît Bouchard, Robert Lepage, Pierre Curzi, Marie Tifo, Paul Piché, Julie Snyder…
Rien de révolutionnaire. On est plus près du projet pondu sur le bord de la table par des organisateurs broche-à-foin et bénévoles que du complot souverainiste-terroriste qui vise à réhabiliter les felquistes et la violence politique.
Dans la vraie vie, Brigitte Haentjens fa it de la mise en scène, pas de l’agitation politique.
Petite organisation et petit budget, donc, mais grosse controverse. La décision de mettre le manifeste du FLQ au menu a mis le feu aux poudres.
Pourtant, le manifeste fait partie de l’histoire du Québec. Oui, l’événement a été dramatique, oui, le m i n ist re Pierre Laporte a été assassiné et un diplomate britannique kidnappé, mais la crise d’Octobre est là, incontournable. Elle a profondément marqué la société québécoise. C’est le seul acte terroriste de l’histoire du Québec moderne.
Les felquistes exprimaient le g iga ntesque ra s-le -bol d’une frange de la jeune génération contre la domination anglaise et le sort de leurs pères, porteurs d’eau et scieurs de bois. Une domination qui plongeait ses racines dans la défaite des Français sur les Plaines en 1759.
Le manifeste exprime les idées de ces jeunes qui ont tué et kidnappé. Il est inscrit dans l’histoire, comme la rébellion des Patriotes en 1837 et le rapport de Lord Durham, écrit deux ans plus tard, en 1839, dans la foulée de la révolte.
Durham concluait que les Canadiens français étaient un peuple sans histoire et sans culture, un peuple que les Anglais devaient assimiler.
Ce tex te, au ssi , sera samedi.
lu
Je n’ai pas pu parler à Sam Hamad. Il ne veut pas rallumer les braises de la controverse, a expliqué son attaché de presse, Alexandre Boucher.
« Il y a des milliers de textes qui témoignent de l’histoire du Québec », a-t-il précisé.
C’est vrai, mais on ne peut pas mettre sur le même pied les recettes de cuisine de la brave Jeha ne Benoît et le manifeste du FLQ.
L e ma nifeste est incontournable. Il n’y a aucune provocation de la part des organisateurs qui l’ont glissé parmi les 130 textes.
L’événement est récupéré par les souverainistes, accuse le gouver nement Cha rest . Tout à fait. Il faut être angélique pou r le n ier. Gilles Duceppe, Bernard Landry, F ra nçoise Dav id , P au li ne Ma rois, Louise Beaudoin, P ierre Cu rzi… seront au x premières loges. Sans oublier Patrick Bourgeois, le président du Réseau de résistance du Québécois, réputé pour faire la promotion de l’indépendance pure et dure sans s’enfarger dans la dentelle. Lui aussi lira un texte. Le gouvernement Charest ref u se de s ’a sso c ier à cet anniversaire et de verser une subvention de 20 000 $ aux organisateurs. C’est son droit le plus légitime. Les libéraux n’interdisent pas le spectacle. Ils ne veulent tout simplement pas être noyés dans une commémoration à forte saveur souverainiste.
Il n’y a aucune censure, juste du gros bon sens.





Un défilé à saveur historique et multiculturelle
Des dizaines de milliers de Québécois se sont massés aux abords de la rue Sherbrooke, hier après-midi, pour assister au traditionnel défilé de la Fête nationale. Cette année, les spectateurs ont pu admirer un cortège à saveur historique et multiculturelle.
Tout le long du défilé, les statues géantes de personnages marquants de l’histoire du Québec ont côtoyé danseurs africains, rythmes brésiliens et dragons chinois. Des chars allégoriques remplis de bambins d’origine asiatique, d’acrobates ou de musiciens rock se sont succédé de la rue Fullum au parc Maisonneuve.
« C’est le Québec métissé serré ! s’est exclamé le porteparole de l’événement, l’humoriste Boucar Diouf, originaire du Sénégal. On reconnaît des visages de partout, c’est vraiment touchant. »
« Je pense que le défilé reflète les efforts que l’on fait depuis des décennies pour que Montréal soit une ville inclusive, a renchéri le maire Gérald Tremblay. Les participants et les spectateurs viennent de partout. Cela démontre que nous sommes une véritable terre d’accueil. »
Gi l les Duceppe, chef du Bloc québécois, qui souligne avoir participé à près de 50 défilés dans sa vie, a affirmé que le ton de la fête avait beaucoup changé au fil des ans. « Imaginez, dans les années 50, le symbole du peuple québécois, c’était le mouton ! À l’époque, c’était beaucoup plus religieux, on brandissait le drapeau du Vatican à côté du f leurdelisé. Aujourd’hui, les choses ont beaucoup changé. On voit des Québécois de toutes les origines et de toutes les couleurs se rassembler dans une ambiance festive. C’est une pure journée de plaisir! »
Près de 200 bénévoles, une centaine d’organisateurs et environ 130 000 participants ont pris part au défilé.
Saouli Mohamed, qui a émigré d’Algérie il y a huit mois, semblait ému par l’ampleur de l’événement. « On m’avait dit que c’était une belle fête, mais je ne m’attendais pas à quelque chose d’aussi gros, a dit le père de famille. C’est magnifique de voir toutes les couleurs et toutes les cultures du Québec. J’ai déjà hâte de découvrir le grand spectacle au parc Maisonneuve. »
De Maisonneuve au Rocket
Pour le 175e anniversaire de la Saint-Jean-Baptiste, les organisateurs ont également misé sur l’aspect historique de la fête.
Des versions géantes de Paul de Chomedey s ieu r de Maisonneuve, de LouisJoseph Papineau et de Ludger Duve r nay ont dé a mbul é aux côtés des statues de Fanfreluche, de Félix Leclerc et de René Lévesque. C’est toutefois le « géant » Maurice Richard qui a volé la vedette.
« On voit nos stations de métro défiler! a lancé Nathalie Richard, de Rosemont. Blague à part, je trouve que c’est très important de montrer aux enfants à quoi ressemblent les personnes qui ont marqué notre histoire. Et de s’amuser aussi! »
« Aujourd’hui c’est ma fête, a résumé Marcel Vadenais. C’est dans des moments comme ceux-là que je suis fier d’être Québécois. »

LE SPECTACLE DE LA SAINT-JEAN AU PARC MAISONNEUVE
« GRAND-MESSE » SOUS LES ÉTOILES

Le jeune David Massicotte arborait hier un mohawk aux couleurs du Québec.
Les drapeaux fleurdelisés fendaient l’air hier après-midi avant le grand spectacle de la Saint-Jean au parc Maisonneuve.
Le spectacle de la Fête nationale s’est déroulé dans une ambiance survoltée hier soir au parc Maisonneuve, à Montréal. Près de 250 000 personnes se sont rassemblées sous les étoiles pour fredonner les succès de la chanson québécoise d’hier et d’aujourd’hui.
« La Fête nationale au parc Maisonneuve c’est notre grandmesse », a lancé le directeur général du Comité de la Fête nationale à Montréal, Luc Savard, alors que la chanteuse Marie-Mai sautait et dansait sur la scène au rythme de son dernier succès. « C’est le seul endroit à Montréal où autant de personnes peuvent se rassembler et, ce soir, l’ambiance, le temps, les gens, tout est exceptionnel. »
Il n’y a jamais eu autant d’artistes réunis sur la scène du parc Maisonneuve. Hier, les spectateurs ont pu entendre Florence K., Ariane Mofatt, Karkwa, Zébulon, La Bottine Souriante et Éric Lapointe.
Les musiciens ont repris plusieurs grands titres d’artistes ayant marqué l’histoire musicale de la province, comme Gilles Vigneault, Les Colocs, Beau Dommage, Corbeau et Michel Pagliaro.
Dès les premières notes, la foule s’est mise à chanter et à danser en brandissant des milliers de drapeaux bleu et blanc. Plusieurs spectateurs ont commencé à déferler au parc Maisonneuve dès 16h.
« C’est LE show de la SaintJean, LA place où il faut être le 24 à Montréal, a affirmé Yvan Lavoie, 25 ans. Les artistes changent chaque année, mais le calibre est toujours vraiment bon. Je viens ici depuis l’âge de 10 ans et j’y reviens toujours. L’ambiance est à ce point exceptionnelle. »
Pas d’incident majeur
Vêtue d’un drapeau fleurdelisé, la Montréalaise Sylvie Bizier assistait à son sixième spectacle au parc Maisonneuve.
« L’ambiance est complètement folle ! L’animateur Guy A. Lepage est excellent, les gens sont heureux, c’est notre journée. La seule, en fait, où l’on peut se représenter sans penser à des questions politiques. »
« J’ai 30 ans et c’est la première fois que j’assiste au spectacle, a ajouté Denis Couture. Je dois dire que c’est franchement spectaculaire de voir la population québécoise se tenir comme cela. Je suis également fier de voir qu’on est capables de célébrer sans qu’il y ait d’altercations. »
Malgré l’ambiance enflammée, la soirée s’est déroulée sans incident majeur. Au moment de mettre sous presse, le Service de police de la Ville de Montréal n’avait fait aucune arrestation sur les lieux. Quelques personnes ont toutefois été appréhendées dans d’autres secteurs de la métropole.
Par ailleurs, malgré la controverse entourant la prestation de deux groupes anglophones lors du spectacle L’autre Saint-Jean mardi au parc du Pélican, la chanteuse Florence K. a chanté un morceau en espagnol hier.
« En tant qu’Égyptien qui vit au Québec depuis trois ans, je me sens privilégié d’être inclus aux célébrations de la Fête nationale même si je ne suis pas un pure laine, a confié Imyah Bahnas. L’an dernier, j’étais à Tokyo pour le travail et j’ai trouvé cela difficile de manquer le spectacle. »

« Il y a autant de raisons de célébrer que d’individus, a résumé Luc Savard. Que ce soit pour la fierté, l’identité, le sens de l’appartenance, ou pour fêter le début de l’été, l’important, c’est que le plus de monde possible soit là. » AUTRE



Un « big deal » imprévu -  Émilie Côté
«Merci aux gens de m’avoir enlevé du show », lance Bloodshot Bi l l avec ironie. Sans le vouloir, le chanteur rockabilly s’est fait connaître partout au Québec la semaine dernière. Pourtant, quand le Montréalais anglophone s’est levé samedi dernier, seuls ses fans s’intéressaient à lui et à sa musique.
Le groupe Lake of Stew
Même chose pour les membres du groupe country Lake of Stew. « D’un côté, c’est bon pour nous, mais de l’autre, on aurait aimé mieux que les gens parlent de nous parce qu’ils aiment notre musique », indique l’un d’eux, Richard Rigby.
Après avoir été exclus du spectacle de L’Autre Saint-Jean qui doit avoir lieu le 23 juin au parc du Pélican, dans le quartier Rosemont, Bloodshot Bill et Lake of Stew ont été réintégrés à la programmation, qui comprend également Malajube et Vincent Vallières.
Mais l’histoire a fait boule de neige. En moins de 24 heures, les groupes ont été plongés au coeur d’une controverse qui a défrayé les manchettes. Les deux formations ont été bombardées par les médias, enfilant les entrevues l’une après l’autre. « Je ne peux pas imaginer faire ça tous les jours, souligne Richard Rigby. Je ne pensais pas que ce serait autant un big deal. Deux soldats québécois venaient de mourir en Afghanistan et personne n’en a parlé. »
Exagéré, tout cela ? « On nous a mis dans la programmation pour être différents. Je suis un musicien, pas un politicien », répond sagement Bloodshot Bill, joint à Toronto, où il s’est produit après avoir quitté Montréal, mardi dernier. « C’était une façon de m’évader », dit-il.
Pierre Thibault, le directeur de C4 Productions – qui organise le spectacle –, a également vécu une semaine folle. Le week-end dernier, quand le « scandale » a éclaté, il était à la pêche, mais il avait déjà donné quelques entrevues vendredi avant de partir. « En me levant lundi matin, je me doutais que je n’avais pas de temps à perdre dans le bois. »
C4 n’a jamais voulu faire un geste de provocation en invitant deux formations anglophones, mais plutôt organiser « une fête de quartier » qui démontre la richesse de la collaboration entre les scènes musicales francophone et anglophone de Montréal. « C’était une démonstration artistique et non politique », plaide-t-il.
Les prestations de Lake of Stew et Bloodshot Bill ne dureront qu’une vingtaine de minutes chacune. Sur six heures de spectacle, rappelle Pierre Thibault.
Sujet éternellement sensible
La langue est toujours un sujet très sensible au Québec, qui alimente abondamment les boîtes de courrier des lecteurs. « Deux jours, une journée et demie en fait, dans l’année, pour célébrer notre francité, c’est vraiment beaucoup demander? » a écrit à La Presse Richard Simoneau. « Nous sommes la ville des Leonard Cohen, de la famille McGarrigle–Wainwright, de Karen Young et Michel Donato, d’Oliver Jones, de Ranee Lee et de Suzie Arioli », a plutôt fait valoir Michael Sevigny.
Guy A. Lepage, qui anime le spectacle du parc Maisonneuve, a dénoncé le caractère rétrograde des contestataires à l’inclusion d’artistes anglophones. « Ce n’est pas nous qui décidons qui a le droit de fêter le Québec », a-t-il dit à La Presse.
L’animateur de Tout le monde en parle aévoqué une image empruntée au chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, affirmant que s’il y a des « rednecks » au Canada anglais, il y a des « cous bleus » au Québec.
Pierre Thibault, de C4, a aussi été déçu de certains Québécois, surtout quand il pense à la souveraineté. « Je suis un peu triste de voir qu’on n’est pas proche de la faire si on n’est pas capable d’être inclusif », conclut-il.



FÊTE NATIONALE  De nouvelles voix s’élèvent contre la présence des musiciens anglophones

La présence de deux groupes anglophones à L’Autre St-Jean crée un précédent qui ouvre la porte à des festivités bilingues à la Fête nationale, dénoncent des souverainistes et des défenseurs de la langue française. Certains estiment que les prestations de Lake of Stew et Bloodshot Bill pourraient carrément troubler la « paix sociale ».
La controverse a persisté autour des deux formations anglophones, hier. Et ce, même si les organisateurs de la soirée et le Mouvement national des Québécois (MNQ) ont réitéré leur appui à la programmation annoncée cette semaine.
Le Rassemblement pour un pays souverain (RPS) estime que la Fête nationale doit se dérouler dans la langue officielle du Québec. Les anglophones sont les bienvenus, tout comme les représentants des autres minorités culturelles, dit le président Benoît Roy. Mais à condition qu’ils festoient en français.
« Qu’il y ait des groupes musicaux anglophones, nous croyons que c’est un dangereux précédent, a indiqué M. Roy. Nous ne voulons pas que les fêtes deviennent bilingues et c’est vers cela qu’on risque de bifurquer. »
Il a aussi accusé certains médias d’avoir fait passer pour intolérants ceux qui souhaitent que la Fête nationale se déroule en français. Judi Richards, Nanette Workman et Jim Corcoran ont pris part à des spectacles à l’occasion de la Fête nationale, souligne-t-il, mais ils se sont produits en français.
Militant souverainiste de longue date, Gilles Rhéaume, porte-parole de l’Association des descendants des patriotes, a pour sa part laissé entendre qu’il craint qu’il y ait de l’agitation si le spectacle en anglais a bien lieu au parc du Pélican, mardi prochain.
« Je suis inquiet, moi, je suis inquiet pour la paix sociale » si ce spectacle en anglais a lieu, a commenté M. Rhéaume.
« En tant qu’ancien président des Fêtes, moi si j’avais de jeunes enfants, je n’irais pas là. Que la police assume ses responsabilités, qu’elle assure la sécurité du spectacle. Il peut se produire n’importe quoi, y compris des agents infiltrés d’Ottawa qui vont venir causer des problèmes et mettre ça sur le dos des séparatistes », s’est-il exclamé.
Les organisateurs de L’Autre StJean disent avoir révisé leurs mesures de sécurité, mais ils ne les ont pas rehaussées. La soirée pourrait attirer des manifestants, convient le producteur, Pierre Thibault, mais il a bon espoir qu’ils seront pacifiques. « Ce n’est pas quelque chose que je crains, mais c’est dommage, a-t-il indiqué. Ça met un stress sur un spectacle qui était, à la base, fait dans une vocation artistique honnête. »



Ayatollahs de la québécitude  ALAIN DUBUC
Comment peut-on réaliser une fête rassembleuse quand ses organisateurs sont des militants portés à l’affrontement?
Mario Beaulieu, président de la Société SaintJean-Baptiste de Montréal et « big boss » de la Fête nationale à Montréal.
Dans un autre ordre d’idées, ceux qui ont lu le Journal de Montréal dimanche ont pu y apprendre que j’étais dans la ligne de mire des stratèges du Parti libéral du Canada, et du lieutenant de Michael Ignatieff au Québec, M. Denis Coderre, à la recherche de candidats de prestige pour le Parti libéral. Certains me verraient à Outremont. Il est vrai que la recherche de candidats à l’approche d’une élection peut faire l’objet de ballons, de rumeurs. Mais il ne faut pas croire tout ce que l’on lit. Je n’ai pas rencontré M. Coderre, je n’ai pas eu de discussions avec les libéraux, et je n’ai pas l’intention de faire un saut en politique. Ma contribution au débat public, je la fais à travers mes écrits. e bon sens et l’ouverture ont triomphé. L’Association culturelle Louis-Hébert a fait volte-face et réintégrera les deux groupes qui avaient été exclus du spectacle de la Saint-Jean à Rosemont, parce qu’ils auraient chanté en anglais.
Cet incident est rassurant à plusieurs égards. Car si cette censure culturelle et linguistique a été évitée, c’est grâce au tollé qu’elle a provoqué. Pas parce que les lobbies anglophones se sont déchaînés. Mais parce que des francophones, en très grand nombre, ont exprimé leur malaise devant ce sursaut d’étroitesse.
Mais il y a une ombre au tableau. Il y a du monde qui ont appuyé ce sursaut d’anglophobie. À commencer par M. Mario Beaulieu qui, en tant que président de la Société Saint-JeanBaptiste de Montréal, est le « big boss » de la Fête nationale à Montréal. Les ayatollahs sont bien là. Et ils ont applaudi.
On a néanmoins fait du chemin. Le 24 juin n’est plus la fête du saint patron des Canadiens-français, mais la Fête nationale des Québécois. Pour un nombre croissant de gens, cela signifie que c’est la fête de tout le monde, y compris des allophones, y compris de la minorité anglophone. Le fait de les associer à la fête, même dans leur langue, est une mesure des progrès accomplis. L’expression d’une nation plus mûre, plus sûre d’elle, capable d’être vraiment inclusive, capable de refléter les complexités et les contradictions de la société.
Mais cette ouverture ne fait pas que des heureux. Certains francophones ressentent un malaise, surtout parmi ceux qui croient que le français est menacé. On souhaite que la SaintJean se passe en français, de crainte que la présence de l’anglais à la Fête nationale n’envoie de mauvais messages. On peut chanter en wolof, en espagnol ou en créole, mais pas en anglais, la langue perçue comme une menace.
Hélas, parfois, l’opposition à l’anglais peut aller plus loin, quand la défense du français se transforme en bataille contre l’anglais, contre les anglophones et leurs institutions, par exemple leur hôpital universitaire. Ce courant anglophobe, on ne le trouve pas seulement dans des groupes marginaux, mais dans des organismes qui ont pignon sur rue, comme le Mouvement Montréal français comme la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal.
Le problème – et il est de taille – c’est que ce sont ces purs et durs qui contrôlent la Fête nationale. Dans une aberration que j’ai dénoncée depuis des années, le gouvernement du Québec confie l’organisation de la fête, et les fonds qui vont avec, au Mouvement national des Québécois, et à la SSJBM à Montréal, des organismes militants, des radicaux au sein du mouvement souverainiste.

Comment peut-on réaliser une fête rassembleuse quand ses organisateurs sont des militants portés à l’affrontement? Pour éviter le dogmatisme et la pensée unique, pour éviter des dérapages, le gouvernement Charest, s’il en avait le courage politique, devrait en toute logique confier l’organisation de la fête nationale à un organisme neutre.

Le nationalisme d’ouverture André Pratte
ANDRÉ PRATTE ANDRÉ PRATTE
On a beaucoup parlé au cours des derniers jours de l’intention de certains organisateurs de la Fête nationale d’exclure des artistes anglophones du spectacle prévu dans le quartier Rosemont. Le plus important, toutefois, c’est le tollé qu’a suscité cette intention.
Des Québécois de tous les mi l ieux, pol it iciens comme artistes, francophones comme anglophones et allophones, indépendantistes comme fédéralistes, ont dénoncé l’attitude rétrograde de ces personnes. C’est ce tollé qui a rassuré l’Association culturelle Louis-Hébert et lui a permis de maintenir l’invitation faite à Bloodshot Bill et Lake of Stew.
Le Québec moderne s’est levé. Ces Québécois restent divisés au sujet de l’avenir politique de la province mais ils partagent le même amour de leur culture et la même ouverture à l’autre.
C’est ce Québec confiant qui s’était exprimé dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor et qui l’avait emporté sur une vieille garde frileuse. Comme l’ont écrit les commissaires, « la francophonie québécoise ne doit pas céder au parti de la peur, à la tentation du retrait et du rejet, ni s’installer dans la condition de victime. » C’est ce Québec de tolérance, aussi, qui avait vertement condamné les propos de Jacques Parizeau le soir du référendum de 1995.
Les Québécois francophones se comportent de plus en plus comme une majorité solide plutôt que comme la minorité fragile du passé. Pour eux, l’anglais n’est pas la langue du colonisateur ou de la « grosse madame de chez Eaton », mais la langue d’une minorité qui a beaucoup contribué à l’édification du Québec.
C’est surtout la langue internationale par excellence, qu’on ne peut se permettre d’ignorer. C’est pourquoi des jeunes souverainistes s’opposent à ce qu’on impose l’enseignement collégial en français; ils veulent profiter de leur passage au cégep pour apprendre l’anglais. C’est ce qui explique aussi que des gens de tous âges, de toutes langues et de toutes orientations politiques peuvent partager les mêmes émotions à l’écoute de la poésie de Leonard Cohen.
Ce Québec d’avenir doit continuer de gagner du terrain. Il faudrait par exemple qu’on puisse commémorer des moments douloureux de notre histoire sans faire chaque fois une crise d’apoplexie. Il faudrait aussi que les organisateurs de la Fête nationale aillent plus loin dans leurs efforts d’inclusion. En particulier, on devrait décourager les artistes participant aux grands spectacles de la Fête de profiter de l’occasion pour lancer des appels à l’indépendance du Québec. Ces appels ne produisent rien d’autre qu’un profond malaise chez les Québécois ne partageant pas cette idéologie et qui devraient avoir le droit de fêter en paix.
Le Québec ne survivra comme société originale en Amérique du Nord que s’il demeure français. Il ne se développera comme société moderne que s’il est ouvert sur le monde et multiculturel.




Une fête « nationale », hein? -  YVES BOISVERT
Il y a une présence anglophone au Québec depuis 250 ans. Me semble que ça donne le droit de pousser deux, trois tounes dans un spectacle parallèle subventionné le 23 juin.
Amenez-nous un groupe africain, des rappeurs vietnamiens ou des trombonistes finlandais, on trouve ça mignon comme tout. C’est la Fête nationale! Tout le monde est québécois !
Mais un Anglais dans un spectacle secondaire de la Saint-Jean? Quelle répugnante idée…
À bien y penser, l’étonnant n’est pas tant de voir quelques zélés de la ceinture f léchée bannir des groupes anglophones. C’est que, pendant toutes ces années, les Anglais aient été officieusement bannis de la fête nationale de « tous les Québécois ». Ce qui était normal en 1974, du temps de la fête des Canadiens français, est devenu franchement honteux maintenant que c’est la Fête nationale. Tout dépend évidemment de ce que vous voulez inclure dans votre nation.
Il y a dans cet incident toute la schizophrénie du nationalisme contemporain.
Il n’est plus acceptable qu’il soit « ethnique ». Il se veut « territorial ». Il inclut donc tous ceux qui veulent vivre sur le territoire québécois, quelle que soit leur origine. Pas seulement l’ethnie canadienne-française qui vit au Québec.
En même temps, il n’y a pas de nationalisme québécois sans désir de défendre et de promouvoir le français face à l’anglais. La géographie ne génère pas tellement d’émotion nationale à elle seule…
Donc, tout le monde est bienvenu dans la nation. Elle est diverse mais a sa langue officielle, le français.
Est-ce que cela veut dire que la culture, pour être nationale, doit être unilingue?
C’est apparemment le point de vue mesquin des organisateurs de la Saint-Jean.
La Saint-Jean a suivi la même évolution que le nationalisme québécois. Autrefois, c’était la fête des Canadiens français, où qu’ils soient. La Société SaintJean-Baptiste, d’ailleurs, était à l’origine vouée à la défense de tous les Canadiens français sur le territoire nord-américain. C’est sous l’impulsion du mouvement souverainiste qu’elle s’est muée en organisation indépendantiste.
Le Parti québécois, sous René Lévesque, a consacré la SaintJean Fête nationale du Québec. Il y a depuis 1978 une Loi sur la Fête nationale. C’était habile politiquement, mais cela supà pénétrer dans la cité pour semer la mort et la dévastation, on se demande s’il faut rire ou s’inquiéter, mais enfin, ça partait d’un bon sentiment…
En même temps, un peu comme Trudeau a voulu noyer le nationalisme québécois dans la mer du multiculturalisme, les organisateurs des fêtes nationales se sont employés à dissoudre les anglophones dans l’océan des autres « nous autres ».
Le défilé culmine toujours par un grand discours souvepose à terme de repenser tranquillement pas vite cette fête… ou la nation. Ça reste à faire.
On a vu dans les défilés et dans les fêtes des efforts pour inclure les communautés culturelles.
Il y a 20 ans, je me souviens de cet hommage équivoque qui avait défilé devant moi, rue Sherbrooke, sous la forme d’un mouton de Troie dans lequel souriaient des représentants des immigrés. Ils arrivent de partout et entrent dans la cité. Quand on sait que le cheval de Troie a servi rainiste, suivi d’un grand spectacle où il faut montrer patte bleue. Nonobstant l’excellence des artistes, l’empreinte idéologique de la SSJB est manifeste. C’est la Fête nationale telle que la conçoit l’organisation souverainiste. Ça fait partie du rituel annuel, et le public en redemande.
Il est dans la normalité des choses que le spectacle principal soit entièrement en français. La Fête nationale reste aussi l’affirmation joyeuse de la culture francophone dans ce coin d’Amérique du Nord.
Mais toutes les manifestations, partout, doivent-elles être du même moule ?
La culture du Québec s’exprime dans plusieurs langues, c’est presque humiliant d’avoir à le dire. Il y a une mesquinerie, une sorte de fascisme culturel bon chic bon genre dans ce bannissement.
« Au Québec, ça se passe en français », tel est le mot d’ordre des gens de la SSJB et autres représentants de l’avant-garde patriotique.
Il se trouve que ça ne se passe pas seulement en français. Il y a une présence anglophone au Québec depuis 250 ans. Me semble que ça donne le droit de pousser deux, trois tounes dans un spectacle parallèle subventionné le 23 juin.
Me semble que la bataille des Plaines, si on n’en revient pas encore, on peut s’entendre pour dire que ce n’est pas de la faute des membres de Lake of Stew.
Me semble que la culture anglophone a le droit d’être subventionnée, et d’être entendue aussi, même dans le temps de la Saint-Jean.
Me semble qu’on n’est pas obligés de se soumettre aux diktats idéologiques de ces organisateurs « nationaux ».


Patrick Lagacé - Risible
Hier, sur monblogue, j’ai abordé cette affaire de groupes anglophones bannis d’un spectacle de la Saint-Jean. La Société Saint-JeanBaptiste, Grande Gardienne de la Pureté, a fait pression auprès des organisateurs pour les expulser du spectacle du parc Pélican, dans Rosemont.
Leur cr i me : ben, chanter en anglais.
Pis, bon, la Saint-Jean, c’est en français que ça se passe. Niaiseux de même. Sur mon blogue, le sujet a mis le feu aux poudres. Plus de 160 commentaires en quelques heures.
Le plus sidérant, c’est le décalage. Le décalage entre le discours des chefs souverainistes, largement et généralement « inclusif », et les soldats zélés de la mouvance on-veut-un-pays-tout-de-suite, bave au coin de la gueule. Entre ces « patriotes » et la moyenne des ours souverainistes, pas excitée du tout.
Pour des gars qui veulent gagner, c’est fou comme ils sont bons pour scorer dans leur but, les purs et durs. Des champions du monde du but contre son camp. Être colonisé, c’est ça: se sentir menacé par deux groupes inconnus qui vont chanter en anglais dans un show confidentiel.
Si j’étais Guy A., animateur du grand spectacle du 24 juin au parc Maisonneuve, j’inviterais Lake of Stew et Bloodshot Bill sur scène. Juste pour fermer la gueule aux extrémistes et montrer que les tous les souverainistes ne sont pas des sans-dessein.



 


Des débats passionnés
Les souverainistes sont loin d’être unanimes à appuyer l’exclusion de deux groupes anglophones d’un spectacle de la Fête nationale. Pendant que les passions se déchaînent dans les forums de discussion en ligne, l’une de ceux qui ont eu l’idée d’inviter Lake of Stew et Bloodshot Bill à L’Autre St-Jean se dit cruellement déçue par l’attitude de certains militants.
Membre de l’Association culturelle Louis-Hébert, Marilyne Lacombe est également employée de l’entreprise C4, qui produit le spectacle L’Autre St-Jean. C’est aussi une ex-militante des Jeunes Patriotes, qui estime qu’il est grand temps que des anglophones soient invités à la Fête nationale, ne seraitce que pour « briser le tabou ».
« Pour moi, le fait d’être servie en français sur Ste-Catherine, ou encore qu’il y ait des problèmes d’intégration liés au français, ça n’a strictement rien à voir avec le fait que des anglophones chantent en anglais et qu’ils nous représentent tout autant à l’international », dit-elle.
Pendant ce temps, des sites de discussions en ligne ont été inondés. Des dizaines de sympathisants ont pris d’assaut le forum du site du journal Le Québécois, la plupart pour s’opposer auxprestations de Lake of Stew et Bloodshot Bill.
« C’est totalement inacceptable de tolérer que des artistes chantent ‘in english’ à notre Fête nationale, car cela crée un précédent, écrit l’un d’eux. Parce que l’an prochain les artistes anglophones seront plus nombreux à vouloir chanter in english à notre Fête nationale. »
Sur Cyberpresse aussi, la nouvelle a soulevé les passions. Plusieurs ont défendu la position des opposants. Mais d’autres estiment que les souverainistes se tirent dans le pied en excluant ainsi les anglophones.
« Il serait temps que les sociétés réactionnaires telles la Société StJean-Baptiste comprennent que le Québec, et particulièrement Montréal, ne se définissent pas seulement par leur francophonie, mais bien par leurs habitants, écrit un internaute. Si je ne peux fêter la StJean avec mes amis anglophones, je préfère ne pas célébrer du tout. »

Les politiciens marchent sur des oeufs
L’exclusion de deux groupes anglophones d’un spectacle de la Fête nationale est « triste », affirme la ministre de la Culture, Christine St-Pierre. Mais Québec refuse de s’immiscer dans la programmation de L’Autre St-Jean. Tout comme le maire Gérald Tremblay, qui a esquivé les questions sur le sujet, hier.
« Loin de moi l’idée de me mettre le nez dans la programmation, mais je trouve que c’est triste, a affirmé Mme St-Pierre hier soir. La Fête nationale est la fête de tous les Québécois. On doit reconnaître que "tous les Québécois" inclut aussi les anglophones. »
Québec verse chaque année 3,6 millions au Mouvement national des Québécois, qui subventionne à son tour 750 fêtes les 23 et 24 juin. Mais la ministre estime qu’il n’est pas question de remettre en question le financement public fourni aux organisateurs de L’Autre St-Jean.
À la défense de la Société Saint-Jean-Baptiste
Interrogé sur la controverse qui entoure les deux formations anglophones, le maire Gérald Tremblay a répondu: « Montréal, c’est une ville de langue française. La Société Saint-Jean-Baptiste a fait et continue de faire des efforts considérables pour être inclusive. J’ai assisté avec les présidents de la Société à tous les efforts qui ont été faits avec la communauté anglophone, les communautés d’origines diverses. »
Le maire de l’arrondissement de Rosemont-La Petite-Patrie, André Lavallée, affirme qu’il n’est pas question d’intervenir dans le programme de L’Autre StJean: « Il faut qu’ils trouvent une solution qui est acceptée par les gens concernés. Le Comité national finance cette fête. Il est en droit d’avoir son mot à dire sur la programmation. »
L’autre candidate à la mairie, Louise Harel, a pris ses distances face aux groupes qui réclamaient le départ de Lake of Stew et Bloodshot Bill. Elle estime que la Fête nationale devrait être celle de « tous les Québécois ».
« La nation québécoise, c’est des personnes de toutes origines et de différentes langues maternelles, a-t-elle affirmé. Le français, c’est la langue commune. C’est cette langue commune que je souhaite le plus utilisée. Mais dans la nation, on n’exclut pas la communauté anglophone montréalaise. »
De son côté, le Parti québécois a refusé de commenter l’affaire.




Des appuis et des critiques
Le spectacle en français L’Autre St-Jean
« On n’a absolument rien contre le fait qu’ils chantent en anglais. Mais la Fête nationale, ça se passe en français. »
LaFêtenationaledoit êtrecélébrée en français, affirme l’Association culturelle Louis-Hébert, commanditaireduspectacleL’Autre St-Jean, qui confirmeavoirexigé leretraitde deux formations musicales parce qu’elles chantent en anglais. Cette décision a été vertement critiquée par des artistes et des membres de la communauté anglophone, mais plusieurs organisations souverainistes l’ont appuyée.
« Ce que nous voulons, ce sont des groupes qui chantent en français le jour de la Fête nationale », a affirmé Mathieu Bouthillier, vice-président de l’Association culturelle Louis-Hébert.
Tous les ans, cet organisme composé de bénévoles reçoit des fonds publics pour organiser les festivités de la Saint-Jean dans Rosemont. Cette année, sa direction a décidé de confier la programmation artistique de la fête à l’entreprise C4, qui a invité Malajube, Vincent Vallières, Les Dales Hawerchuck et Marie-Pierre Arthur, mais aussi Lake of Stew et Bloodshot Bill, deux groupes anglophones.
M. Bouthillier dit avoir appris la présence de ces deux derniers groupes mercredi dernier au cours de la conférence de presse qui annonçait le programme. Dès le lendemain, il a sommé le producteur de les en retirer, sans quoi il annulerait sa commandite. Certains militants ont aussi menacé de tenir une manifestation le soir du spectacle.
Une réunion tenue vendredi n’a pas permis de trouver un compromis. Pour M. Bouthillier, c’est donc officiel : les Anglos ne seront pas de la fête. « Pour nous, le dossier est clos », a-t-il affirmé.
Mario Beaulieu, président du Comité de la Fête nationale de Montréal, est également intervenu auprès des producteurs pour faire modifier le programme. Dans les derniers jours, son organisme avait reçu plusieurs plaintes de militants mécontents. Il dit ne pas s’opposer à ce que des artistes anglophones participent aux festivités de la Saint-Jean, à la condition qu’ils se produisent en français.
« Ils sont québécois et on les accepte comme québécois, a-t-il indiqué. On n’a absolument rien contre le fait qu’ils chantent en anglais. Mais la Fête nationale, ça se passe en français. »
Le Mouvement national des Québécois, qui reçoit 3,6 millions de Québec pour financer quelque 750 spectacles à l’occasion de la Fête nationale, a refusé de commenter le cas précis de L’Autre St-Jean. Son porte-parole, Julien Beaudry, affirme toutefois que l’argent versé pour ces spectacles doit avant tout contribuer à la promotion de la langue française.
« On pense que, deux jours par année, on célèbre notre Fête nationale, a-t-il indiqué. Qu’onlacélèbre en français, deux jours par année, ce n’est pas trop demander. »
« Honteux »
Mais ces arguments n’ont pas convaincu certains membres de la communauté anglophone. Jack Jedwab, directeur général de l’Association des études canadiennes, affirme que le comportement de ces groupes est « honteux ». En agissant ainsi, ils envoient un « message de rejet » à tous les Québécois qui parlent l’anglais.
« Ça stigmatise la communauté anglophone, ça donne l’impression que, pour être québécois, il faut chanter strictement en français, a-t-il dénoncé. J’ose croire que, pour la Fête nationale, on veut inclure toutes les composantes de la société. »
Les artistes déçus
Les artistes qui devaient monter sur scène avec Lake of Stew et Bloodshot Bill sont déçus de la tournure des événements. Dave Ouellet, alias MC Gilles, devait animer la soirée. Ce souverainiste convaincu était emballé à l’idée que des anglophones célèbrent la Saint-Jean aux côtés d’artistes francophones.
« Je trouvais ça le fun qu’un groupe anglophone ait le réflexe, quand on parle de la Fête nationale, de participer le 24 juin plutôt que le 1er juillet », a-t-il déploré.
Même son de cloche du côté du groupe Malajube, dont l’agent n’a pas mâché ses mots. Selon Gourmet Délice, tous les artistes à l’affiche étaient ravis de partager la scène avec des anglophones.
« Les gars de Malajube sont allé jouer en français partout dans le monde, a-t-il souligné. Ils ne comprennent pas pourquoi il y aurait un problème à jouer avec des gens qui sont nés ici. Pourquoi il n’y aurait pas de show en anglais ? Je trouve que c’est de l’étroitesse d’esprit. »



Pas d’anglos à une fête de la Saint-Jean ?
La participation de deux groupes de musique à un spectacle de la Fête nationale a provoqué une telle controverse que les organisateurs craignent de devoir les retirer de la programmation. La raison: ils sont anglophones.
L’Autre St-Jean aura lieu le 23 juin au parc le Pélican, à l’angle du boulevard Saint-Joseph et de la rue Molson. L’objectif de la soirée est d’offrir aux Montréalais une solution de rechange au vaste spectacle de variétés qui a traditionnellement lieu au parc Maisonneuve à l’occasion de la Saint-Jean.
Bloodshot Bill et Lake of Stew, deux formations montréalaises, devaient s’y produire aux côtés des artistes francophones Malajube, Vincent Vallières, Les Dales Hawerchuck et MariePierre Arthur. Mais jeudi, les organisateurs de la soirée leur ont expédié un courriel, les informant qu’un commanditaire s’opposait à leur présence pour des raisons « philosophiques ».
Le groupe affirme que le français est en danger au Québec. Et pour cette raison, il s’oppose à ce qu’un artiste se produise en anglais à l’occasion de la Fête nationale.
Il a même menacé de tenir une manifestation si le programme avait lieu comme prévu. Et comme la police aurait obligé les organisateurs à payer des effectifs supplémentaires, ils ont avisé les artistes anglophones qu’ils pourraient bientôt être rayés de la programmation.
« Nous avions l’impression de faire partie d’un progressif, de participer à un événement où le vieux paradigme entre francophones et anglophones n’était plus là », a déploré Richard Rigby, l’un des membres de Lake of Stew, une formation qui joue du folk.
« J’étais honoré d’être un des premiers anglophones à participer à un spectacle de la SaintJean, a renchéri Bloodshot Bill, qui pilote un groupe rock. Nous sommes des Québécois, nous aussi, nous avons été élevés ici. »
Selon différentes sources, ce sont des personnes proches de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal qui sont à l’origine de cette farouche opposition.
« C’est le Comité de la Fête nationale et l’Association culturelle Louis-Hébert qui ont fait des pressions pour régler le problème », a indiqué une source au fait du dossier.
Il n’a toutefois pas été possible d’obtenir les commentaires de ces deux organisations, hier. Le président du Comité de la Fête nationale, Mario Beaulieu, n’a pu être joint, pas plus que Marilyne Lacombe, qui dirige l’Association culturelle Louis-Hébert.
Les organisateurs de L’Autre St-Jean ne sont guère plus loquaces. La porte-parole de l’entreprise C4, Paule Claveau, n’a pas rappelé La Presse. Son directeur Pierre Thibault passe le weekend à l’extérieur de Montréal, indique-t-on.
Le producteur du spectacle a rencontré l’organisme récalcitrant vendredi après-midi dans l’espoir de trouver un compromis. D’autres rencontres sont prévues demain.

Montréal, tous artistes unis
La Fête nationale célèbre la diversité culturelle
Cette diversité culturelle dans les arts contribue à l’image de marque de Montréal, mais aussi à sa qualité de vie.
Ce texte est signé par les membres du Chantier Diversité de Culture Montréal : Simon Brault, président, Culture Montréal; Eric M’boua et Damian Nisenson, coprésidents, Diversité artistique Montréal (DAM) ; Gilles Garand, président, Société pour la promotion de la danse traditionnelle québécoise (SPDTQ)/ Espacetrad.org ; Aida Kamar, présidente, Vision Diversité ; Adhika Maharaj, fondatrice et directrice générale, Prem United; Guy Rogers, président, English Language Arts Network (ELAN) ; Michael Toppings, directeur général, Montréal, Arts interculturels (MAI) ; Alix Laurent, président, Chantier Diversité de Culture Montréal.
Le 24 juin, comme tous les jours, chaque Montréalais doit pouvoir contribuer à l’identité et à la culture de sa ville, et doit pouvoir faire partie de l’image qu’elle projette dans le monde.
Façonnée au fil des siècles par la rencontre singulière des Premières Nations avec les communautés francophone et anglophone, enrichie par l’apport culturel des nombreuses autres communautés l’ayant adoptée également, Montréal est, à bien des égards, une métropole unique au monde. Terre d’accueil et lieu de rencontres, francophone et cosmopolite, bilingue et de plus en plus trilingue, Montréal tient son unicité de cette capacité à accueillir, les bras ouverts, les personnes et les idées, et à s’enrichir sans cesse du bouillonnement généré par les liens qui s’y tissent.
Reconnue dans le monde pour son imposant bassin d’artistes, d’artisans et de créateurs de grand talent oeuvrant dans toutes les disciplines, Montréal abrite un potentiel énorme de créateurs et d’artistes d’origines et d’expressions diverses qui , grâce à leurs créations professionnelles, mettent à la portée des publics du Québec un patrimoine du monde entier et nourrissent le développement culturel montréalais et son rayonnement.
Cette diversité culturelle dans les arts, indissociable d’une ouverture sur le monde, contribue bien entendu à l’image de marque de Montréal, mais aussi à sa qualité de vie, à la vitalité de ses quartiers et à son développement économique.
Le 24 juin, comme tous les jours, chaque Montréalais doit pouvoir contribuer à l’identité et à la culture de sa ville, et doit pouvoir faire partie de l’image qu’elle projette dans le monde. En faisant écho à la mosaïque culturel le qui compose la population montréalaise, la diversité artistique métropolitaine permet aux arts et à la culture d’agir pleinement comme outils de rapprochement interculturel et comme moteurs d’intégration citoyenne. On ne peut faire l’économie de cette richesse et de ce potentiel immenses, plus spécialement à l’occasion des célébrations de la Fête nationale du Québec, un 24 juin que l’on veut sous le signe de l’inclusion et du rassemblement.
La Fête nationale est soulignée chaque année comme le sont toutes les fêtes, c’est-à-dire par le partage des mots, des chants, des rythmes, des couleurs et des saveurs qui, réunis, forment notre culture commune. Cette célébration ancrée dans l’histoire et dans le code génétique des Québécois, les artistes issus de la diversité culturelle la célèbrent depuis longtemps et y contribuent abondamment, sur les grandes scènes comme dans les quartiers. Ils y déploient leurs plus beaux atours et leur talent pour chanter, danser et jouer leur profond attachement au Québec. Ce faisant, chaque année, les artistes de la diversité, établis à Montréal et ailleurs, font grandir le Québec, sa culture et son identité.
À l’aube des festivités qui, dès ce soir, souligneront une fois de plus le plaisir qu’éprouvent les Québécois à vivre ensemble et à se réclamer d’une identité commune, unique et précieuse, Culture Montréal et les partenaires du Chantier Diversité souhaitent à tous les Québécois une très joyeuse Fête nationale.



De précieux alliés
Toutes langues confondues, les artistes d’ici font partie intégrante de la culture québécoise et de notre identité nationale
Protéger et promouvoir le français n’implique d’aucune manière l’exclusion de nos collègues anglophones de notre identité nationale.
Simon Jodoin, auteur-compositeurinterprète et chroniqueur au BANGBANG; Jules Hébert, directeur de CISM; Dominique Lebeau, alias Domlebo, auteur-compositeurinterprète; Toute l’équipe de Bonsound; Une cinquantaine de travailleurs culturels ont aussi signé la lettre (www.nationquebec.net).
Les groupes québécois qui chantent en anglais comme Arcade Fire contribuent à construire une identité culturelle unique en son genre.
Depuis une semaine, nous assistons à une polémique provoquée par la présence d’artistes anglophones lors d’un spectacle de la Fête nationale, le 23 juin. À la fois président de la Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) et président du Comité de la Fête Nationale (CFN), Mario Beaulieu a multiplié les pressions sur le producteur délégué, C4 Productions, afin que les anglophones soient retirés du spectacle, au nom d’un principe qui s’apparente à un dogme indiscutable: la Fête nationale ne devrait être célébrée qu’en français.
Nous sommes majoritairement des travailleurs culturels québécois, qui se consacrons quotidiennement, depuis plusieurs années, au rayonnement de notre culture nationale. Nous y prenons part avec coeur et engagement. Nous voulons, par la présente, dénoncer de manière ferme l’attitude et l’idéologie de M. Beaulieu et de la SSJB pendant toute la durée de cette polémique.
Les productions locales et indépendantes, fruit du travail des artistes d’ici, font partie intégrante de la culture québécoise et de notre identité nationale. La langue dans laquelle ces artistes s’expriment ne change rien à cette réalité. La langue française au Québec et, plus généralement, la culture francophone en Amérique du Nord, ne sont pas menacées par nos artistes locaux qui ont pleinement le droit de s’exprimer dans leur langue maternelle.
Afin de lutter contre l’hégémonie de la culture américaine qui concurrence directement les productions locales, tous les artistes et producteurs d’ici, toutes langues confondues, sont de précieux alliés.
Il n’y a aucune espèce de rapport entre le fait que des artistes locaux issus de traditions anglophones s’expriment dans leur langue maternelle, même le jour de la Fête nationale, et la lutte, essentielle, pour la protection du français. Protéger et promouvoir le français n’implique d’aucune manière l’exclusion de nos collègues anglophones de notre identité nationale.
Refuser à un artiste d’ici le droit de présenter le fruit de son travail et nier son droit de participer à la célébration de notre nation, c’est porter une grave atteinte à notre dynamisme culturel. On voudrait nous faire croire que ce refus sert à protéger notre identité nationale. Au contraire, nous sommes persuadés qu’une telle attitude ne fait que miner tous les efforts quotidiens effectués d’arrache-pied par les travailleurs culturels duQuébec afin de construire une identité culturelle unique en son genre.
Que nous disent les protagonistes d’une telle exclusion? Qu’il y aurait une catégorie d’artistes qui seraient Québécois 364 jours par année, sauf le jour de la Saint-JeanBaptiste? Que ces artistes, bien qu’ils se sentent profondément Québécois devraient se contenter de fêter le Canada Day? Que pour eux, cette journée de la fête nationale, est un jour de congé forcé où ils n’ont pas le droit de travailler?
Et c’est avec ce genre de message qu’on souhaite célébrer notre identité nationale et stimuler la francophilie chez les anglophones? Si ce n’était pas si triste, on aurait presque envie de rire!
Qu’on nous comprenne bien: les travailleurs culturels québécois ne sont pas tous d’accord sur la question nationale et le débat qu’elle suscite. Certains sont souverainistes, d’autres fédéralistes, d’autres encore n’ont pas d’opinion. Mais là où nous sommes tous d’accord c’est que toutes les initiatives culturelles locales, qui participent au dynamisme de la scène artistique québécoise, méritent de prendre part à la célébration de notre nation.
Nous demandons à la SSJB, au Comité de la Fête nationale et au Mouvement national des Québécois de se contenter de coordonner les événements de la Fête nationale et de gérer les budgets qui leur sont attribués de manière non partisane, sans s’immiscer dans le contenu des spectacles proposés par les travailleurs culturels et encore moins d’utiliser leurs pouvoirs pour faire pression sur ceux qui oeuvrent avec coeur à promouvoir la culture québécoise.

Rien n’est acquis - Yves Beauchemin
Le français recule à Montréal au profit de l’anglais
J’ai toujours cru que la Fête nationale voulait célébrer la marque distinctive du Québec en Amérique du Nord, c’est-à-dire son caractère français.
Cette controverse sur la participation de deux groupes de musiciens anglophones aux fêtes de L’Autre Saint-Jean ( L’Autre Singeant ?) dans le quartier de Rosemont-La-Petite-Patrie excite bien des esprits. Elle a même créé une scission chez les souverainistes ! Leurs adversaires s’en frottent les mains.
La Fête nationale doit être ouverte aux autres cultures, mais elle doit célébrer son caractère français, écrit Yves Beauchemin.
Dans La Presse du 15 juin, le chroniqueur Yves Boisvert se montrait cinglant : « Amenez-nous un groupe africain, des rappeurs vietnamiens ou des trombonistes finlandais, on trouve ça mignon comme tout. C’est la Fête nationale! Tout le monde est québécois ! Mais un Anglais dans un spectacle secondaire de la SaintJean? Quelle répugnante idée... »
On conviendra que la question ne porte pas sur le nombre de tounes anglaises ou la durée de ces tounes, mais que nous sommes en pleine symbolique. Une fête nationale n’est pas autre chose. D’où l’émotion.
Mais, en même temps, des réalités bien concrètes s’imposent à nous. Par exemple : L’auteur est écrivain.
1) Ce n’est pas le vietnamien ou le finlandais qui domine massivement l’Amérique du Nord et exerce une pression écrasante sur les 2% de locuteurs français que nous représentons, mais bien l’anglais.
2) Ce n’est pas le Vietnam ou la Finlande qui a conquis la Nouvelle-France en 1759, mais bien l’Angleterre, et l’expérience ne fut pas très plaisante, du moins pour nous. Cette conquête nous a fragilisés (et rendus parfois même un peu paranoïaques, comme tous les peuples conquis), elle a diminué considérablement notre liberté collective et causé d’énormes dommages, économiques et culturels; nous ne les avons réparés qu’en partie, de peine et de misère. Et rien ne semble encore acquis sur le plan de la langue. En effet, depuis quelques années, le français s’est mis à reculer à Montréal au profit de l’anglais. On devine les conséquences d’un Montréal bilingue (puis de plus en plus anglicisé) sur le sort du Québec comme nation.
Rappels déplaisants ? Accrocs à l’étiquette en ces jours où l’on devrait se préparer à la Fête? Les nombreux partisans du « faire comme s’il n’y avait pas de problèmes » jouissent sans doute d’une pression artérielle plus basse que la moyenne – promesse de longévité –, mais c’est peutêtre aux dépens de leur lucidité.
J’ai toujours cru que la Fête nationale voulait célébrer la marque distinctive du Québec en Amérique du Nord, c’est-à-dire son caractère français, qui ne l’empêche pas de s’ouvrir aux autres cultures et d’en faire son miel. Faudrait-il désormais s’adonner à une sorte de bi l i nguisme vaguement canadien?
Je parle, bien sûr, du Canada officiel et non réel.
Détail piquant : cette Autre Saint-Jean, qui se veut une fête de quartier aromatisée d’anglais, se tiendra dans un secteur massivement français. Un des organisateurs, tenant de la participation des deux groupes anglophones au spectacle, affirmait candidement que celui-ci se voulait représentatif du « Montréal actuel ». Mais quel Montréal souhaite-t-il ?


Entrer en scène en sortant du placard -  Sylvie St-Jacques
« Chez les artistes, les discussions tournent surtout autour de l’argent »
En France, l’élection de Nicolas Sarkozy a décomplexé les artistes de droite. Aux États-Unis, la plupart des artistes républicains demeurent par contre bien cachés dans leur placard. Et au Québec, où le clivage droite-gauche n’est pas aussi fort? Existe-t-il d’autres opinions « inavouables » pour les artistes? À quelques heures de la Fête du Canada, qui aura lieu mercredi, quelques écorchés se prononcent.
Sébast ien Dhaverna s qua l i f ie de « coming out » sa candidature sous la bannière libérale, l’automne dernier, dans le comté d’Outremont.
« Certains artistes m’ont dit qu’ils me comprenaient, que je faisais bien. Mais d’autres m’ont carrément demandé si j’étais en dépression ou si j’avais été victime d’une insolation ! » confie le comédien-politicien, qui a résilié son adhésion au Parti québécois en 1996, après l’échec du référendum.
Avant lui, Céline Dion, Gregory Charles, Plume Latraverse et Luck Mervil se sont fait reprocher de chanter à la Fête du Canada.
Si Dhavernas, ancien administrateur de l’Union des artistes et mieux connu pour ses rôles dans Le temps d’une paix, Chop Suey, Urgence et Watatatow, a choisi le rouge fédéral comme couleur d’allégeance, c’est parce qu’il considère que c’est la teinte qui va le mieux à sa communauté artistique.
« Les artistes ont toujours été bien servis par les libéraux. Le Québec reçoit plus que sa quote-part de Patrimoine Canada, ce qui est un signe que le Canada a compris que nous étions une forte composante pour le pays », estime ce fédéraliste avoué, qui a décidé de se lancer en politique à la suite des compressions du Parti conservateur en culture.
Le comédien Pierre Gendron, après avoir prêté seulement sa voix aux publicités du Parti libéral fédéral, a accepté d’af ficher ouvertement ses couleurs pendant la campagne de l’automne 2008. Une position qui, reconnaît-il, ne reflète pas l’opinion générale de sa communauté.
« Si certains ont perçu mon geste de façon négative, peu d’artistes me l’ont exprimé ouvertement. Mais beaucoup ont salué mon courage de m’avouer fédéraliste », relate celui qui s’est glissé dans la peau de Pierre Elliott Trudeau, dans la série télévisée René. Or, Gendron refuse de nommer des artistes qui lui ont ouvertement signifié leur appui.
L’argent et le vote artistique
Pierre Gendron estime que, de nos jours, les causes que les artistes sont prêts à défendre ne sont plus les mêmes. S’ils se mobilisent pour décrier les réductions de subventions, les artistes ne sortent plus dans la rue avec des slogans souverainistes ou pour défendre la survie du français.
« Chez les artistes, les discussions tournent surtout autour de l’argent », note le comédien qui est convaincu que les libéraux sont mieux outillés que le Bloc québécois pour défendre les intérêts des artistes au fédéral.
Après avoir participé à la Fête du Canada, fait du porte-à-porte en compagnie du bloquiste Maka Kotto, offert son soutien à André Boisclair lors de la course à la direction du PQ, le chanteur et animateur Luck Mervil s’est récemment rangé du côté du Québec solidaire de Françoise David.
Pour avoir passé d’un camp à l’autre, on lui a reproché son côté « girouette ».
Selon Mervil, il n’y a pas d’opinion politique qui soit inavouable pour un artiste. Encore faut-il avoir les arguments pour défendre ses allégeances. « Un artiste est avant tout un citoyen, qui a des parents, des enfants, qui deviendra vieux un jour, qui est préoccupé par la santé, l’éducation », clame celui qui se dit déçu du cynisme qui a gagné ses compatriotes.
Plusieurs artistes continuent d’afficher des idées gauchisantes, mais certains ne sont pas convaincus que la souveraineté leur permettra de les concrétiser. En avril 2006, Michel Tremblay a exprimé son ambivalence en disant : « Il y a beaucoup de gens et d’artistes qui ont besoin de se faire reconvaincre de cette idée-là. »
Le bleu du PQ domine encore
Selon Jean-François Lisée, directeur du Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, le bleu du PQ reste la couleur dominante chez les artistes. À cet égard, Lisée cite des artistes qui n’ont pas hésité à prendre la parole en faveur de l’indépendance du Québec : Emmanuel Bilodeau, les Cowboys fringants, La Chicane, Les Colocs.
« L’indépendance incarne le départ, le voyage. Il est plus difficile de chanter le fédéralisme, le statu quo, ou la joie d’être minoritaire dans un grand pays… », analyse Lisée.
Contrairement à la France ou aux États-Unis , les a r t i stes québécois qui pensent à droite le font dans le silence. Et ceux qui penchent à gauche – Richard Desjardins, Dan Bigras, Raymond Lévesque, Judi Richards, Paul Ahmarani, Christian Vanasse… – vont grossir les rangs de Québec solidaire.

Quant à être présent sur une scène de la Saint-Jean ou de la Fête du Canada, cela ne donne plus aucune indication sur le choix qu’un artiste peut faire dans l’isoloir. Ou peut-être devrions-nous dire dans le placard…



Bill Clinton : « Je suis heureux que vous n’ayez pas divorcé »  -  Laura-Julie Perrault
Invité à l’Université McGill, Bill Clinton livre le fond de sa pensée sur la souverainté du Québec
Président des États-Unis lors du référendum de 1995, Bill Clinton avait à maintes reprises dit qu’il était favorable à un « Canada fort et uni », mais avait immanquablement ajouté que le choix appartenait aux Québécois. Débarrassé de son chapeau de chef d’État, il a dit hier à Montréal le fond de sa pensée sur la souveraineté du Québec. « Je suis heureux que vous n’ayez pas divorcé. »
Le chancelier de l’Université McGill, Arnold Steinberg, a remis à l’exprésident Bill Clinton un doctorat honorifique en droit de l’institution, en présence de la principale Heather Munroe-Blum.
« Quand vous n’êtes pas président, personne ne se préoccupe de ce que vous pensez, alors, dites-le! » a lancé à la blague M. Clinton lors d’une allocution qu’il a prononcée après avoir reçu un doctorat honorifique en droit de l’Université McGill.
Pour l’occasion, près de 700 personnes invitées par l’université montréalaise étaient venues l’entendre.
Le 42e président des ÉtatsUnis, qui a mis sur pied une fondation humanitaire portant son nom après avoir quitté la Maison-Blanche en 2001, s’est lancé dans un exposé sur la nécessité pour la communauté internationale de s’entraider pour faire face à la faim, à l’instabilité politique et aux changements climatiques. « Ce sont des défis que nous ne pouvons pas relever en vase clos. Un monde dans lequel il y a autant d’inégalités ne peut pas être durable. Un monde dans lequel il y a autant d’instabilité peut facilement se retrouver en eaux troubles », a dit l’ancien président.
P r of i t a nt de l a Jou r née mondiale de l’alimentation, soulignée alors que de nouvelles études de l’ONU démontre qu’un être humain sur six souffre de sous-alimentation, l’ex-président américain a salué les efforts du Canada qui investit une partie importante de son aide internationale dans l’essor de l’agriculture des pays en voie de développement.
La pratique aux États-Unis, a-t-il rappelé, est d’acheter des vivres aux agriculteurs américains et de les faire parvenir sous forme d’assistance humanitaire dans les pays en crise, une approche qui, selon M. Clinton, fait peu pour régler le problème à long terme. « Malgré tous mes désaccords avec George W. Bush, je dois reconnaître qu’il a essayé de faire la même chose (que le Canada). Il a été cloué au piloris. Je pense que j’étais le seul démocrate qui lui était favorable », a dit M. Clinton.
En plus de parler de justice sociale dans les pays où sa fondation est active, dont Haïti, où M. Clinton est aussi l’envoyé spécial des Nations unies, l’exprésident a réitéré son soutien à la réforme de la santé aux ÉtatsUnis, réforme sur laquelle il s’est lui-même cassé les dents dans les années 90. Selon le mari de l’actuelle secrétaire d’État des ÉtatsUnis, l’administration Obama pourrait réussir à faire adopter son ambitieuse réforme puisque la société civile américaine demande des changements.





L’humour gaulois - MARIO ROY
Au beau milieu de la mégaboutique peutêtre la plus fréquentée de Paris, en tout cas la mieux située, trône un étalage des oeuvres complètes de Stephen Clarke (une dizaine de livres, en anglais ou en traduction). À commencer par sa pièce maîtresse lancée il y a quatre ans, A Year in the Merde... Clarke est un auteur britannique exilé de l’autre côté de la Manche, une sorte d’anti-Peter Mayle qui passe la France et les Français à la moulinette avec une bel le férocité – et même un zeste de méchanceté.
Pourtant, autour du présentoir monté chez Virgin, sur les Champs - É lysées , chacun feuillette en rigolant ces pages assassines. Et, visiblement, tout cela se vend comme des petits pains.
Sur la page « Stephen Clarke » du site hexagonal d’Amazon, des lecteurs et lectrices rient... même si c’est parfois un peu jaune. « Je suis désolée pour les chauvins, mais c’est si vrai! » commente l ’ une. « Même si certaines situations sont exagérées, d’autres restent vraies et c’est sûrement ce qui fait le plus mal à notre orgueil gaulois », remarque l’autre. « Un bon livre pour se distraire si on ne se prend pas trop au sérieux », liton enfin.
Justement : le cliché universellement véhiculé veut que les Français soient chauvins, orguei l leux, génétiquement programmés pour se prendre très au sérieux.
Comment se fait-il, en ce cas, que nos cousins soient parfaitement disposés à se laisser moquer par un vilain auteur anglo-saxon alors que nous, Québécois, en sommes totalement incapables ?
Nous n’avons pas la couenne très dure, il faut bien le constater. En particulier lorsque la pique vient d’un « Anglais », terme générique incluant toutes les variétés d’anglophones, qu’ils soient du Mile-End ou de Melbourne (Australie).
Un des rares écrits humoristiques à notre sujet et qui puisse être vaguement comparé à ceux de Clarke, The Anglo Guide to Survival in Québec, de Josh Freed, a fait grincer des dents de Venise-en-Québec à Val-d’Or. On ne se souvient de Mordecai Richler, dont l’oeuvre est gigantesque, que pour entretenir la rage qu’ont alimentée ses oc casionnelles poussées de f i èv r e man g e - canayen. Une remarque selon laquelle les Québécois sont « des paysans avec des cartes de crédit » (assez comique, nous semble-t-il...) a provoqué l’indignation nationale.
Enfin, il ne se passe pas six mois sans qu’un nouvel essai ant i-Anglos made i n Québe c paraisse en librairie. Et il arrive que cette prose soit à ce point dépourvue d’humour, raciste, haineuse, ignare et insensée qu’on se demande qui, de la police des droits de l’homme ou de l’infirmier responsable, il vaudrait mieux alerter.
Nous, Gaulois d’Amérique, avons certainement beaucoup de qualités. Mais nous n’avons peut-être pas encore acquis cette assurance tranquille, noble et raffinée qui permet aux Gaulois d’Europe, par exemple, à la fois de s’adonner aux joies de la dérision et de laisser reposer en paix le passé.



ANGLAID. Et si c’était FRENSHIT ?  -  Sébastien  Dhavernas
Nous, francophones, luttons pour le respect. Mais nous
ne pourrons pas l’obtenir sans respecter ceux qui nous
entourent.
DL’auteur est comédien. Il a été candidat libéral dans la circonscription d’Outremont lors des élections fédérales de 2008. epuis quelques semaines, on a pu apercevoir dans les rues de Montréal et même sur le pont Jacques-Cartier, des publicités qui attirent notre attention : ANGLAID. Cette publicité fait référence à un l ivre récemment paru, écrit par Michel Brûlé. La prémisse de ce livre est que la structure de la langue anglaise a un lien direct avec les abus commis par les peuples anglosaxons. Ma critique ne porte pas sur le livre, ni sur les événements du passé. Je tiens plutôt à dénoncer la propagation d’une intolérance banalisée, véhiculée par ces affiches.
Nous, Québécois, voulons former une société de tolérance, ouverte sur toutes les cultures du monde, et dans l’ensemble nous y réussissons. Cependant, il y a une culture qu’on ne se gêne pas pour écorcher: la culture anglo-saxonne. Les exemples ne manquent pas et ce livre en est un de plus. Cet essai insulte toute la culture anglosaxonne (américaine, britannique, canadienne, australienne, etc.) et malgré tout, ce message semble être toléré. Cette discrimination à l’endroit des Anglo-Saxons se fait dans la plus grande indifférence, et parfois avec une certaine complaisance, sous prétexte que c’est moins grave parce qu’« ils le méritent ». Imaginez qu’il ait traité de la sorte la culture arabe, j uive ou chinoise... quel scandale cela aurait fa it (avec raison). Pire encore, imaginez qu’un Torontois publ ie un l ivre i nt i t ulé FRENSHIT. Et que, comble du comble, une publicité grand format sur une artère principale de la Ville reine affiche en gros caractères FRENSHIT. J’entends déjà le tollé !
Le passé anglo-saxon n’est pas sans reproche, mais il en va de même du passé de tous les peuples. C’est une culture riche et qui nous a apporté, entre autres choses, l’habeas corpus, la démocratie moderne, le parlementarisme, le développement économique et, par conséquent, tout ce qui en découle: la culture scientifique (Charles Darwin et la théorie de l’évolution pour ne citer que cela), ainsi que la culture artistique, où les exemples abondent. Cette culture tant méprisée par ces affiches publicitaires nous a beaucoup donné.
Au cours de mes 40 ans de militantisme pour la protection et la promotion du français, j ’ai acquis la certitude que la défense d’une langue ne peut se faire par l’abaissement d’une autre. Depuis le début de notre histoire en Amérique du Nord, nous, francophones, luttons pour le respect. Mais nous ne pourrons pas l’obtenir sans respecter ceux qui nous entourent. Or, faire comme si de rien n’était devant ces affiches intolérantes, c’est manquer de respect envers les anglophones et envers nous-mêmes.



 
Subventions pour la fête du Canada - Harper attaqué de toutes parts
— Le gouvernement Harper a été contraint de se défendre sur deux fronts à la fois hier au sujet du financement accordé aux provinces par Ottawa pour souligner la fête du Canada le 1er juillet.
Si le Bloc québécois s’indigne de voir que 85% des 3,76 millions qu’accorde annuellement le ministère du Patrimoine pour financer des activités afin de souligner la fête du Canada aboutit au Québec, le NPD s’indigne tout autant de voir que le reste du pays doit se contenter de seulement 15% du budget.
La Presse révélait hier que le Québec continue de recevoir la part du lion du budget fédéral pour financer le comité Le Canada en fête, responsable d’organiser les activités entourant le 1er juillet. En 20082009, le Québec a ainsi obtenu 3,2 millions de dollars tandis que l’Ontario a dû se contenter de 100000$ et l’Alberta, 50 000$.
Résultat : le Québec continue d’être inondé d’argent pour célébrer la fête duCanada, tant sous les libéraux que sous les conservateurs.
Aux Communes, hier, le ministre du Patrimoine, James Moore, a soutenu que les chiffres contenus dans les documents expliquant la répartition par province du budget pour la fête du Canada – des documents que La Presse a obtenus de sonpropre ministère – étaient « incorrects ».
Le ministre a soutenu que le gouvernement fédéral dépense en fait annuellement 6,7 millions de dollars, dont 3,7 millions sont investis au Québec, ce qui ramène la proportion des investissements fédéraux pour la fête du Canada dans la province à 55%.
Mais M. Moore ajoute au budget accordé aux différents comités des célébrations du Canada tous les fonds consentis par Ottawa à des organismes canadiens à but non lucratif, aux établissements d’enseignement et à d’autres institutions municipales, provinciales et territoriales pour leur permettre de souligner le 1er juillet.
Quoi qu’il en soit, ces chiffres ont donné lieu à une guerre des mots aux Communes entre le ministre Moore et le Bloc québécois, d’une part, et le ministre Moore et le NPD, d’autre part.
« Plus ça change, plus c’est pareil. Tout comme les libéraux, les conservateurs utilisent la fête du Canada à des fins de propagande. Cette volonté de gaver le Québec comme une oie tranche avec plusieurs secteurs d’activité, comme l’harmonisation des taxes, l’industrie forestière et la péréquation où le Québec ne reçoit pas sa juste part », a lancé la députée bloquiste Carole Lavallée.
Le ministre Moore a rétorqué que toutes les régions du pays étaient traitées équitablement par le gouvernement conservateur, soulignant entre autres que, sous les libéraux, 79% des fonds destinés aux arts et à la culture aboutissaient dans des circonscriptions détenues par les libéraux.
Pour sa part, la députée du NPD de la Colombie-Britannique, Jean Crowder, a reproché au gouvernement Harper d’ignorer les autres provinces lorsqu’il s’agit de souligner la fête du Canada.
« Le financement des activités pour la fête du Canada au Québec est important, mais le gouvernement peut-il nous expliquer pourquoi ce n’est pas assez important dans le reste du pays? » a demandé Mme Crowder.



L’UDA sonde ses membres sur la souveraineté  -  Paul Journet
L’Union des artistes (UDA) cherche à savoir si ses membres sont souverainistes et s’ils souhaitent qu’elle défende publiquement cette option, a appris La Presse.
Le président de l’UDA, Raymond Legault, dit avoir commandé le sondage sur l’appui à la souveraineté afin de mieux orienter les interventions du syndicat.
Le syndicat a récemment sondé ses membres sur leur satisfaction face à ses services et aussi un peu sur leurs opinions politiques. Réalisée par Léger Marketing, l’enquête se penche entre autres sur leur appui à la souveraineté. On leur demande aussi s’ils sont favorables au rapatriement des pouvoirs en matière de culture et de communications, et s’ils veulent que l’UDA défende cette option lors d’une future campagne électorale.
L’UDA a reçu les résultats du sondage hier. L’information sera bientôt transmise à son conseil d’administration, qui décidera ensuite s’il la rendra publique.
Joint hier à Los Angeles, le président de l’UDA, Raymond Legault, a confirmé ces informations. Il n’avait cependant pas en main la formulation exacte des questions. Plus tard en journée, Michel Laurence, conseiller aux instances politiques de l’UDA, a refusé de nous transmettre cette information.
Sil’UDAsondeainsisesmembres, c’est pour mieux orienter ses interventions, explique M. Legault. «C’est un sujet important, et ça faisait très longtemps qu’on n’avait pas questionné nos membres là-dessus. Les derniers résultats remontaient à 1990. Ils disaient qu’environ 90% de nos membres étaient en faveur de la souveraineté. On entend souvent le public dire que l’UDA ou les artistes sont souverainistes. Nous, on doit se fier à des faits et non à des perceptions. On aurait pu faire un référendum auprès de nos membres, mais ça coûte cher, et en plus, ceux qui participent sont surtout ceux qui sont très en faveur ou en défaveur.»
Pour son sondage, l’UDA a contacté environ 1000 de ses quelque 11 400 membres actifs et stagiaires. «Ça donnera un résultat très précis, indique M. Legault. En comparaison, des sondages questionnent parfois 1000 personnes pour connaître l’opinion de toute la population canadienne.» Il ajoute que l’UDA n’a pas fait le sondage elle-même pour « garantir l’anonymat des membres».
Les résultats sont entre autres répartis selon l’âge, le revenu et la région des répondants. «Nous ne voulons pas dire quel taux d’appui serait nécessaire (pour décider d’appuyer une option politique), indique M. Legault. Tout cela doit être étudié auparavant par notre conseil.»
Il ajoute que l’UDA ne prend présentement pas position sur la question constitutionnelle. Aux plus récentes élections fédérales, le syndicat n’avait appuyé aucun parti, mais dans le mouvement de protestation contre les coupes en culture, il s’était prononcé contre le Parti conservateur. Lors de la dernière campagne sur la scène provinciale, l’UDA avait envoyé un questionnaire aux partis pour connaître leur position en matière de culture, mais n’avait appuyé aucun parti.
«Notre position, c’était que le parti de l’UDA était le parti des arts et la culture», rappelle-t-il.
Ce n’est pas la première fois que l’UDA procède à ce genre d’exercice. Dans un sondage de 2006, qui portait majoritairement sur la qualité de ses services, elle demandait aussi à ses membres si, selon eux, l’UDA devait «prendre plus souvent position sur la scène publique en ce qui concerne certains sujets d’intérêt général». La réponse avait été positive (56% oui, 43% non).

Ni pour, ni contre -  Anabelle Nicoud
La question nationale fait son retour au cinéma avec la présentation, au FFM, du documentaire Questions nationales, de Jean-Pierre Roy et Roger Boire. «C’est le premier documentaire à être non pamphlétaire, non partisan et c’est une bouffée d’air frais», se félicite Roger Boire.
Le documentaire de Jean-Pierre Roy et Roger Boire, Questions nationales, est présenté en première au FFM, ce soir à 19 h, et le 2 septembre à 13 h.
Ne vous fiez pas, donc, à la couleur politique des invités qui devraient assister à la première de Questions nationales, ce soir (Bernard Landry, Louis Bernard, Gilles Duceppe ou encore F ra nçoise Dav id) . Questions nationales ne demande pas pourquoi faire (ou non) la souveraineté, mais plutôt, pourquoi le Québec n’a-t-il pas encore accédé, depuis 40 ans, à la souveraineté ?
Cette question est discutée tant par des hommes politiques de toutes allégeances (l’ancien premier ministre Bernard Landry et l’ancien chef du Parti
Un film pédagogique
Divisé en chapitres, le film est plus pédagogique que militant. Avec pour point de départ la déconfiture du PQ lors des élections provinciales de 2007, Questions nationales se penche aussi sur le rapport du PQ au libéral Stéphane Dion) que par des historiens ou des experts. Mais ce sont surtout les débats nationaux en Écosse et en Catalogne qui nourrissent la réflexion menée par les réalisateurs de Questions nationales.
« L’idée était de comparer des pommes avec des pommes. On me demandait pourquoi pas la Belgique? Pourquoi pas la Corse? Mais dans ces deux cas, les rapports de force ne ressemblent pas à ceux du Québec avec le Canada. L’Écosse et la Catalogne permettent de comparer des choses qui se ressemblent », estime Roger Boire. pouvoir et à la souveraineté ainsi que sur l’ambivalence des Québécois pour le Canada.
«Louis Balthazar fait le lien entre le confort et l’incapacité à se séparer. Il dit que c’est à cause de notre condition riche et moderne que l’on a pu se prêter à rêver à la souveraineté. Mais c’est aussi parce que l’on est une société riche et moderne que l’on a beaucoup à perdre (à se séparer)», croit Jean-Pierre Roy.
P rojet incontestablement ambitieux, Questions nationales réintroduit la souveraineté dans les salles obscures québécoises: un enjeu délaissé depuis À hauteur d’homme, le documentaire que Jean-Claude Labrecque a consacré à Bernard Landry en 2003. «La cause s’est essoufflée», croit Germain Lacasse, professeur et historien.
Que l’on pense à Pierre Per rau lt ( Un pays sans bon sens ! , 1970), Gilles Groulx ( 24 heures ou plus, 1977), Michel Brault ( Les ordres, 1974), Denys Arcand ( Le confort et l’indifférence, 1982), Pierre Falardeau ( Le temps des bouffons, 1985) ou Jacques Godbout ( Le mouton noir, 1992), nombreux sont les cinéastes marquants à avoir abordé la question nationale dans leurs films.
«Le cinéma des années 60, 70 et 80 était beaucoup plus militant. Il y avait une adhésion fervente au nationalisme. Le cinéma s’est ensuite industrialisé. Alors que les pères fondateurs du cinéma québécois liaient art et affirmation identitaire, aujourd’hui, on veut faire vivre le cinéma », analyse M. Lacasse.
Production indépendante
Produit de façon indépendante, Questions nationales est un film «sans précédent» dans son ton, affirment ses réalisateurs. «On veut jouer le jeu du détachement émotif», dit Jean-Pierre Roy. Sur la souveraineté, les deux réalisateurs ont d’ailleurs tenu leurs points de vue personnels à l’écart (l’un est pour, l’autre n’a jamais été convaincu).
«On a joué le jeu de ceux qui sont ouverts, dit Jean-Pierre Roy. Ce que nous pensons, à la limite, c’est secondaire. On laisse au spectateur le soin de discuter du film...»






Un référendum en 2016 ANDRÉ PRATTE

Il y a 10 ans, Bernard Landry soutenait que l’évolution démographique rendait l’indépendance du Québec inéluctable. « Le simple écoulement du temps donne 0,5% de plus à l’option souverainiste chaque année parce que la fatalité fait que les plus vieux ne votent plus », avait déclaré celui qui était alors vicepremier ministre. On s’en doute, ces propos avaient choqué. Ils se sont aussi révélés inexacts.
Quel impact aura l’évolution démographique sur notre débat national au cours des prochaines années? Il n’est pas facile de le prévoir. Les plus récentes projections de l’Institut de la statistique du Québec permettent toutefois d’intéressantes conjectures. Qu’arriverait-il si, porté au pouvoir aux prochaines élections, le Parti québécois tenait un référendum sur l’indépendance autour de 2016?
En 2016, il y aura quelque 1,1 million d’électeurs potentiels de plus que lors de la consultation de 1995. De ce nombre, plus de la moitié auront 65 ans et plus. Ces personnes âgées serontelles, comme celles qui les ont précédées, très majoritairement opposées à la souveraineté ? Impossible à dire. On sait seulement que dans les plus récents sondages CROP, les trois quarts des personnes âgées sont défavorables à l’indépendance.
On sait aussi que, contrairement à ce que calculait M. Landry, les vieux ne cessent pas de voter, car au lieu de mourir, ils ont la bonne idée de vivre longtemps. En 2016, il y aura 636 000 Québécois âgés de 75 ans et davantage, presque deux fois plus qu’en 1995. Les souverainistes auront vraisemblablement du mal à conquérir cette clientèle.
De plus en plus, la croissance de la population québécoise dépend de l’immigration. Depuis 2004, plus de 40 000 personnes venant de l’étranger s’installent chaque année au Québe. En 2016, on comptera par conséquent quelques centaines de milliers de Québécois nés hors du Canada de plus qu’en 1995. Bien qu’au sein du mouvement souverainiste, il y ait davantage de Québécois de souches diverses qu’autrefois, la très grande majorité des allophones reste opposée à la séparation (seulement 7% de oui selon CROP).
On peut enfin s’interroger sur les répercussions des migrations internes. On remarque que le bastion souverainiste de la province, le Saguenay– Lac-Saint-Jean, voit sa population diminuer lentement mais sûrement : entre 1995 et 2016, la région aura perdu 23 000 résidants.
Des régions où le mouvement indépendantiste obtient traditionnellement des scores plus faibles – Montréal, Québec, l’Outaouais et l’Estrie – connaîtront une croissance significative de leur population. Par contre, parmi les secteurs qui jouiront de la plus forte poussée démographique se trouvent des régions – Lanaudière, Laurentides, Montérégie – où le Parti québécois compte plusieurs forteresses.
Au total, les changements démographiques pourraient rendre la tâche des indépendantistes plus ardue. Cependant, ardu ne veut pas dire impossible. D’autant plus que, outre la démographie, d’autres tendances jouent. Notamment, des sondages ont montré que l’attachement des Québécois à l’égard du Canada est plus faible aujourd’hui que jamais. Leur adhésion à la fédération est donc fragile, conditionnelle... et malléable.



Une progression inexorable  -  BERNARD LANDRY
Une triple alliance intergénérationnelle est favorable à la souveraineté du Québec
Dans un éditorial récent ( La Presse, 24 juillet), André Pratte récusait de façon péremptoire la thèse que j’ai défendue et défends toujours d’un rapport positif entre l’écoulement du temps et la marche vers l’indépendance nationale. Cette thèse n’est pas du tout à savoir que les personnes âgées votent moins. Au contraire, les faits démontrent qu’elles participent aux scrutins souvent plus que les jeunes, ce qui est à leur honneur. La fatalité fait tout simplement qu’un jour, nous cesserons tous de voter.
Malgré une courbe en dents de scie, souvent liée à la conjoncture, l’idée de l’indépendance progresse inexorablement depuis Pierre Bourgault (notre photo, prise lors d’une assemblée pendant les années 60), alors que son appui était au début marginal.
En attendant, il est évident que les souverainistes, en vieillissant, rejoignent une couche d’âge dont ils étaient naguère presque totalement absents. Quand j’ai commencé à militer pour l’indépendance, presque tous ceux qui étaient plus vieux que nous, sauf de notables exceptions, étaient contre nous. Pour des raisons souvent très respectables, mais fréquemment aussi à cause de l’exécrable démagogie des pensions de vieillesse menacées.
Mon propre grand-père a été bouleversé quand j ’ai évoqué devant lui, dans les années 60, l’idée d’indépendance du Québec. Pour lui, les Canadiens c’étaient nous, et les autres des Anglais. Il croyait à la « revanche des berceaux » et à la reconquête messianique du Canada. Il visitait sa parenté dans l’Ouest qui, à cette époque, parlait toujours sa langue. Il chantait avec émotion Un Canadien errant en pensant à nos patriotes exilés.
Aujourd’hui, une bonne proportion de souverainistes sont grands-parents et ils n’ont généralement pas à convaincre de leur idéal les deux générations de leur descendance : c’est presque toujours déjà fait naturellement. Cela crée une triple alliance intergénérationnelle extrêmement porteuse.
C’est pourquoi malgré une courbe en dents de scie, souvent liée à la conjoncture, l’idée progresse inexorablement depuis Pierre Bourgault, alors que son appui était au début marginal. Un an avant le référendum de 1995, le Oui était à moins de 40%. Aujourd’hui, sans campagne référendaire, ni contexte particulièrement favorable, il est à près de 50%. Le dernier sondage que j’ai reçu comme chef du Parti québécois le mettait à 54%, ce qui correspond en gros à la progression d’un demi-point par année dont j’ai parlé. J’admets des hauts et des bas, mais on ne peut nier une tendance à long terme très encourageante.
Quant à l’analyse régionale d’André Pratte, elle est tout simplement indéchiffrable: le résultat d’un référendum est global et non géographique. Comment se pourrait-il qu’un souverainiste qui quitte le « fabuleux royaume » du Saguenay-Lac-Saint-Jean puisse changer d’idée en rejoignant les francophones de Montréal qui sont encore plus indépendantistes, s’il se peut, que dans sa région d’origine ?
M. Pratte mentionne pa r ailleurs un point majeur qui est au coeur de la question: l’attachement au Canada baisse inexorablement. Il existe une puissante argumentation rationnelle en faveur de l’indépendance et plusieurs raisons fondamentales justifient que notre nation rejoigne le G195, comme Ban Ki-moon appelle l’ONU. Mais quand le sentiment d’appartenance s’ajoute à la rationalité, s’amorce une convergence décisive. Je crois que nous allons la voir se concrétiser de plus en plus.
Je n’ai jamais pensé que l’accès à l’indépendance était une simple question mathématique. Pour y arriver, il faut du courage, de la patience, de la lucidité, tout en respectant les autres. On voit que le temps consolide l’amour de la patrie et du pays du Québec, appelé par son vrai nom. Et le désir de le voir libre se retrouve plus naturellement chez les enfants et petits-enfants de mes contemporains que ce n’était le cas pour les générations précédentes.

C’est comme Québécois que nous nous identifions massivement aujourd’hui . Toutes origines confondues d’ailleurs. Cette évolution est porteuse de grands espoirs correspondant au rêve de René Lévesque et Pierre Bourgault.




Plus de pouvoirs? Pour quoi faire? ANDRÉ PRATTE

Au lieu de foncer sur les moulins à vent fédéraux, les péquistes devraient nous faire savoir comment ils comptent s’attaquer aux vrais problèmes du Québec.
Le « Plan pour un Québec souverain » présenté dimanche par le Parti québécois propose notamment le rapatriement de pouvoirs fédéraux vers le gouvernement du Québec. Cela n’a rien d’original. C’était l’approche du rapport Allaire. C’est l’autonomisme de l’ADQ. Le Parti libéral du Québec a une politique moins maximaliste, mais similaire.
Cette unanimité provinciale s’appuie sur un consensus: tous les sondages montrent que la grande majorité des Québécois souhaitent voir le gouvernement du Québec obtenir plus de pouvoirs. Pas étonnant: on leur répète depuis des décennies que tous leurs problèmes sont causés par l’hydre fédérale.
La réalité est pourtant très différente. Prenons le secteur culturel. Les trois grands partis exigent le rapatriement à Québec de toutes les activités d’Ottawa relatives à la culture. Cela semble tomber sous le sens: la culture, ça devrait être québécois. Pourtant, songeons-y un instant: en quoi l’action fédérale en ce domaine a-t-elle mal servi notre culture? L’Office national du film n’a-t-il pas été le berceau du cinéma d’ici? Le Conseil des arts du Canada ne constituet-il pas une prodigieuse source de fonds pour les artistes québécois, ceux-ci recevant une part plus importante des subventions que ce que justifierait notre proportion de la population du pays? Il n’y a tout simplement aucune raison d’expulser le gouvernement du Canada de la culture au Québec.
Le plan présenté par Pauline Marois propose de « combattre » les ingérences du gouvernement fédéral dans des domaines comme la santé et l’éducation. De quelles ingérences parle-t-on? Qu’est-ce que le gouvernement du Québec est empêché de faire par ces supposées intrusions? Débordements aux urgences, pénuries de médecins et d’infirmières, insuffisance des soins aux personnes âgées, retards dans la construction du nouveau CHUM, absence de contrôles de qualité en pathologie, décrochage scolaire, ratés de la réforme pédagogique, mauvaise qualité du français: toutes ces questions prioritaires relèvent de la compétence exclusive du gouvernement du Québec. Au lieu de foncer sur les moulins à vent fédéraux, les péquistes devraient nous faire savoir comment ils comptent s’attaquer à ces problèmes bien réels.
Dans les chicanes QuébecOttawa que provoquent inévitablement les luttes de compétences, les Québécois devraient exiger des élus qu’ils expliquent comment, concrètement, la détention d’un pouvoir par un ordre de gouvernement plutôt qu’un autre améliorerait les choses. Ainsi, le PQ réclame que le parc des plaines d’Abraham soit cédé au gouvernement du Québec. Et pourquoi donc? Le parc a été pensé et aménagé par les instances fédérales; ne s’agit-il pas d’une extraordinaire contribution à la beauté de la ville de Québec? Le parc est géré par Ottawa depuis sa création en 1908; en quoi les Québécois ont-ils eu à s’en plaindre?
D’aucuns voudraient voir la présence fédérale au Québec réduite à sa plus simple expression. Le gouvernement du Québec disposerait ainsi d’un monopole des services publics. Les Québécois devraient y réfléchir à deux fois avant d’endosser cette approche: face à unmonopole, qu’il soit privé ou public, le citoyen est rarement gagnant.


Une p’tite crise avec ça? ALAIN DUBUC

Aucune des batailles sectorielles de Mme Marois n’est justifiée.
Jacques Parizeau, qui n’en ratera jamais une pour mettre ses successeurs dans l’embarras, a affirmé que les référendums sectoriels peuvent être utiles, en permettant de créer une crise politique avec Ottawa.
Une crise politique avec Ottawa est toujours une bonne chose pour le mouvement souverainiste, a soutenu Jacques Parizeau.
Il y avait du calcul dans sa sortie, une façon de donner une caution morale à la stratégie de Pauline Marois, tout en lui donnant une petite touche plus radicale. Mais il exprimait aussi une évidence. Une éventuelle victoire référendaire est absolument impossible en dehors d’un climat de crise politique. Et si cette crise n’est pas là, il faut la créer.
Comme le veut le rituel parlementaire, les libéraux se sont indignés. Mais dans la vraie vie, pour qu’une crise soit possible, il faudrait qu’il y ait matière à crise, et il faudrait que les Québécois acceptent de se laisser entraîner. Quel rapatriement de pouvoir les ferait bouger ?
On pourrait croire que ce pourrait être le dossier de la culture. Les Québécois peuvent s’enflammer là-dessus, on l’a vu avec les compressions du gouvernement Harper. Il y a un certain consensus sur la question, puisque même les libéraux de Jean Charest réclament le retrait du fédéral de ce dossier. On comprend le principe. Le Québec forme une nation, et son gouvernement doit avoir la maîtrise de ses politiques linguistiques et culturelles, qui définissent cette nation.
Le problème, c’est qu’en culture, le Québec est maître de ses choix, il n’est pas soumis à une quelconque tutelle fédérale. Il est vrai qu’Ottawa dépense des sommes importantes, mais il le fait bien, d’une façon qui sert le monde de la culture, et il le fait généreusement, puisque le Québec reçoit bien plus que son poids ne le justifie. Ce qui mène à deux difficultés. D’abord, qu’est ce que le Québec ferait de différent ou de mieux s’il était seul maître à bord? Une question fondamentale à laquelle on ne répond jamais. Ensuite, le rapatriement des pouvoirs en vaut la chandelle uniquement si Ottawa accepte à la fois de se retirer de ce champ et de rester tout aussi généreux. Ce qu’on pourrait appeler de l’autonomie subventionnée. Bref, quand on creuse un peu, le dossier devient moins clair, on doit soupeser le pour et le contre, et la bataille perd de son mordant.
Un autre dossier, le rapatriement de la perception fiscale, semble attrayant. L’idée, en soi, est logique. Le double système est lourd et coûteux. Notre vie serait plus simple avec une seule déclaration à remplir. Mais laquelle des deux? Techniquement, le gouvernement fédéral, qui perçoit déjà l’impôt sur le revenu pour les autres provinces, est mieux équipé pour prendre en charge une déclaration unique. Et c’est ça qui permettrait au Québec de réaliser de véritables économies. Parce que dans l’autre sens, il y aurait des économies seulement si Ottawa, en plus de laisser Québec percevoir les deux impôts sur le revenu, accepte, encore une fois, de payer le Québec pour le faire.
Mais le vrai débat serait fiscal : parce que les deux déclarations reposent sur des concepts différents, il faudrait qu’il y ait harmonisation des deux systèmes fiscaux. Un débat certes fascinant pour les fiscalistes, mais qui risque d’endormir les gens plutôt que les mobiliser.
Pour justifier un référendum sectoriel sur le rapatriement d’un pouvoir, et à plus forte raison pour mobiliser les citoyens, il faut démontrer le caractère majeur de l’enjeu, il faut un sentiment d’urgence, il faut construire un argumentaire pour montrer en quoi le changement renforcerait le Québec ou améliorerait de façon perceptible la vie des Québécois. Aucune des batailles sectorielles qu’évoque Mme Marois ne remplit ces conditions.



Le gène de la souveraineté  -  Richard Vigeault
Selon Bernard Landry, la souveraineté serait la seule forme d’amour de la patrie et du pays !
Consultant en communication, l’auteur est conseiller ad hoc du premier ministre Jean Charest. Il est également membre de l’Idée fédérale.
Dans un texte publié dans les pages de La Presse d’hier en réaction à un éditorial d’André Pratte ( La Presse, 24 juillet), l’ancien premier ministre Bernard Landry nous explique ni plus ni moins le contraire de ce qu’il soutenait autrefois, à savoir que les électeurs aînés optaient davantage pour le fédéralisme, mais que le temps et l’âge auraient raison d’eux. Selon lui, les souverainistes de la première heure rejoignent aujourd’hui une couche d’âge dont ils étaient naguère totalement absents. Autrement dit, le vieillissement de ceux qui furent un jour souverainistes, disons dans les années 70-80, favoriserait l’option indépendantiste dans le cas d’un éventuel référendum.
Ce raisonnement de M. Landry suppose deux choses. Soit les fédéralistes sont tous morts ou soit les souverainistes sont indépendantistes un jour, indépendantistes toujours. Les premiers dégénèrent, les seconds se régénèrent. L’adhésion à la souveraineté serait une forme de sagesse qui mûrit avec l’âge.
Mais on peut aller plus loindans l’analysealambiquée, un rendez-vous que M. Landry ne rate jamais. C’est ainsi qu’il écrit: «Aujourd’hui, une bonne proportion des souverainistes sont grands-parents et ils n’ont généralement pas à convaincre de leur idéal les deux générations de leur descendance, c’est presque toujours déjà fait naturellement. » On a peine à croire ce qu’on lit! La souveraineté ne serait, selon M. Landry, rien de moins qu’héréditaire!
On comprend mieux pourquoi M. Landry ne sent pas le besoin d’élaborer sur la puissante argumentationrationnelle en faveur de l’indépendance à laquelle il fait référence dans son texte pour prétendre qu’il est inexorable que le Québecdevienne le 196e membre de l’ONU. Nous n’aurons donc pas besoin d’expliquer à nos petits-enfants qu’ils sont déjà plus libres et plus développés que dans la très grande proportion de ces 195 autres pays dits indépendants puisqu’ils auront, selon M. Landry, le gène de la souveraineté.
M. Landry ne s’arrête pas là. Il s’insurge: « Comment se pourrait-il qu’un souverainiste quiquitte le fabuleux royaume duSaguenay–LacSt-Jean puisse changer d’idée en rejoignant les francophones de Montréal qui sont encore plus indépendantistes que dans sa région d’origine »? Voilà une phrase qui est assenée comme un dogme. Sous la plume de M. Landry, ce genre de raccourci exclut toute possibilité qu’un francophone puisse choisir une autre option que la sienne sans être ostracisé. La souveraineté serait selon lui la seule forme d’amour de la patrie et du pays! Là, l’ancien premier ministre ferme la porte de sa chapelle à double tour. Il rejoint l’Église catholique d’il y a 50 ans qui n’imaginait pas qu’un francophone, né au Québec, puisse suivre une autre voie que celle du catholicisme étroit qui était imposé. Résultat: les églises sont vides… et les chapelles aussi.



Les artistes en otages  -  Sébastien Dhavernas
Ce n’est pas parce que le gouvernement Harper malmène la culture qu’il faut expulser le fédéral de ce domaine
La compétence partagée a toujours bien servi la culture québécoise.
L’auteur est comédien. Aux élections fédérales de 2008, il a été candidat du Parti libéral dans Outremont. Après les « conditionsgagnantes » et « l’étapisme », voici maintenant que le Parti québécois nous annonce une nouvelle stratégie pour que la pilule passe mieux: l’indépendance par petites doses ou « la souveraineté homéopathique ».
« Rien ne garantit que tout serait plus « rose » sous une compétence exclusive du Québec », estime Sébastien Dhavernas.
Cette nouvelle stratégie est en fait le constat d’échec de l’incapacité de remporter un référendum sur la souveraineté dans un avenir rapproché. Le plan B, basé sur l’insatisfaction perpétuelle, consiste donc à se lancer dans une série de demandes continuelles de nouveaux pouvoirs. Et à chaque fois que l’on en obtiendra un, on en demandera immédiatement un autre. En cas de refus, ce ne sera pas grave puisqu’on mise sur un sentiment de rejet pour déclencher une crise constitutionnelle, ce qui ne pourra avoir qu’un effet bénéfique sur la cote de la souveraineté.
Au contraire, la compétence partagée a toujours bien servi la culture québécoise. Le Conseil des Arts, Téléfilm, le Fond canadien du cinéma et de la télévision, la SRC et l’ONF, pour ne citer que les principaux, ont été des intervenants essentiels dans l’élaboration et la diffusion de notre culture. Il convient de rappeler que le Québec, représentant 23% de la population canadienne, reçoit une part du budget de Patrimoine Canada largement supérieure à ce chiffre.
Pourquoi? Parce que depuis longtemps le gouvernement fédéral
Une des premières compétences visées sera la culture. Cette dernière est devenue un enjeu sensible depuis les compressions effectuées dans certains programmes par le gouvernement Harper, et qui ont été au coeur des dernières élections fédérales.
Mais il est important de se rappeler qu’il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est pas parce que l’actuel gouvernement conservateur malmène la culture qu’il faut automatiquement conclure que le fédéral n’a pas sa place dans ce champ de compétence et qu’il nuit à la culture québécoise. Ce raccourci ne résiste ni à l’analyse ni aux faits. et le reste du Canada ont compris que les deux langues et les deux cultures qui se côtoient sont un exemple unique au monde et sont au coeur même de l’essence et de la richesse de ce pays.
Puisqu’on nous promet un référendum sectoriel en cas d’échec des négociations, la question posée devrait alors s’articuler comme suit: « Seriez-vous d’accord pour que les artistes et les industries culturels perdent d’importantes sommes d’argent pour que la culture devienne compétence exclusive du Québec? »
Bien sûr, certaines économies d’échelle pourraient être réalisées mais les pertes seraient plus considérables que les gains. La pilule serait difficile à avaler.
Qu’arriverait-il si le Québec était aux prises avec de sérieux problèmes financiers qui l’obligeraient à diminuer son soutien à la culture de façon conjoncturelle? Le milieu et les industries n’auraient plus le filet de sécurité que constitue la compétence partagée.
Et puis rien ne garantit que tout serait plus « rose » sous une compétence exclusive du Québec. Le dossier du doublage en est un exemple flagrant. Cette industrie traverse une énième crise parce que les gouvernements qui se sont succédés à Québec ont toujours manqué de courage politique pour régler cette question, avec comme résultat qu’actuellement seulement 5% des DVD distribués au Québec sont doublés ici.
La levée de boucliers provoquée par la situation actuelle à la SRC nous montre que fédéralistes et souverainistes peuvent travailler ensemble pour défendre une institution qui a joué un rôle prépondérant dans l’édification et la diffusion de la culture québécoise.
Ainsi, il est évident que le milieu et les industries culturels ont beaucoup à gagner dans le dialogue et la collaboration entre nos ordres de gouvernement et n’ont surtout pas besoin d’être pris en otages par des jeux politiques et de faire les frais d’une nouvelle querelle fédéraleprovinciale. Méfions-nous du chant des sirènes!




Les adversaires s’en donnent à coeur joie
Jean Charest estime que la chef du PQ n’aura pas la crédibilité nécessaire pour négocier avec Ottawa.
« Menace sur l ’économie du Québec », manque de responsabilité, « esprit de confrontation » : les adversaires du Parti québécois ont multiplié les attaques hier contre le nouveau plan de match dévoilé en fin de semaine par la chef Pauline Marois.
En point de presse hier à la Conférence de Montréal, le premier ministre Jean Charest a qualifié le projet de Mme Marois de « menace sur l’économie du Québec » et de « guerre contre le gouvernement fédéral » qui annonce « beaucoup de chicane ». « Son objectif n’est pas de faire fonctionner le système fédéral canadien, mais de s’en séparer. Elle voudra aller chercher plus, mais elle va en avoir moins. »
Le « Plan pour un Québec souverain », présenté dimanche par la chef du PQ, propose de rapatrier à Québec le maximum de pouvoirs. En attendant de faire la souveraineté, un gouvernement péquiste cherchera notamment à freiner les intrusions du gouvernement fédéral, assumera « pleinement » les pouvoirs déjà existants et tentera de récupérer les pleins pouvoirs dans des domaines comme la culture et les communications.
En cas d’impasse dans les négociations, le PQ suggère de tenir des référendums « sur une question précise ». Étape hautement symbolique, on proposera la mise en place d’une déclaration de revenus unique faisant de Québec le seul percepteur des impôts, une mesure qui à elle seule engendrerait des économies de 840 millions.
Les demandes de Mme Marois ne seront « pas crédibles », estime Jean Charest. « Dans un système fédéral, il faut avoir des objectifs clairement énoncés, avoir de la détermination et être crédible. Quelle crédibilité aura Mme Marois (en demandant des concessions à Ottawa tout en continuant de prôner la séparation du Québec) ? Mettez-vous dans les souliers de n’importe quelle personne raisonnable. Ça donnera beaucoup de confusion de l’autre côté de la table de négociation. »
« Les l ibéraux ont fa it la démonstration que le système fédéral est capable de changements sans amendement constitutionnel, a affirmé M. Charest. Nous avons fait l’entente sur la santé, l’entente sur l’UNESCO, le rapatriement du régime d’assurance parentale, l’entente sur la péréquation. » M. Charest a affirmé que les négociations sur une entente sur la langue et la culture ont « autant de chances » de succès que celle sur l’UNESCO.
Objectif : un seul référendum
De passage hier à Laval, la ministre de l’Éducation, Michelle Courchesne, a raillé la volonté du PQ de tenir des référendums sectoriels en cas d’impasse dans les négociations. « Mme Marois, il n’y a pas si longtemps, nous a dit qu’après un référendum, il y aurait cinq ans de perturbations. Comment aujourd’hui peut-elle encore mettre de l’avant non pas un, mais plusieurs référendums ? On est dans une période économique qui demande de s’unir et de se rassembler. Ce n’est pas le temps de faire des référendums, c’est le temps de relancer l’économie, de soutenir l’emploi. »
La ministre met en doute le sens des responsabilités de la chef du PQ. « C’est évident que Mme Marois fait un geste où on peut s’interroger sur son niveau de responsabilité par rapport à la situation que vivent tous les Québécois. »
Dimanche, lors de la présentation de son plan, Pauline Marois s’était bien défendue de vouloir tenir des « référendums à répétition ». « Il est possible que nous puissions tenir un référendum sur une question précise, mais notre objectif n’est pas ça. C’est de tenir un référendum, celui qui comptera, celui sur la souveraineté du Québec. »
Également présent hier à Laval, alors qu’on annonçait des investissements dans le système d’eau potable de la ville, le ministre fédéral des Travaux publics, Christian Paradis, a dénoncé « l’esprit de confrontation » des souverainistes. « Présentement, on cohabite avec un gouvernement fédéraliste à Québec qui veut que les choses fonctionnent. Alors c’est toujours dans cette optique-là qu’on veut gouverner avec un fédéralisme d’ouverture. Les dossiers peuvent avancer dans un esprit de collaboration et non pas de confrontation. »
Le gouvernement Harper, assure-t-il, a prouvé depuis trois ans que son fédéralisme « d’ouverture » pouvait avoir des résultats bien tangibles pour le Québec. « Il y a toujours collaboration. On a parlé de déséquilibre fiscal, de fiscalité des municipalités, c’est une dynamique qui évolue. On est crédible, on a tenu parole relativement à ces engagements-là. »
La chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, accuse quant à elle Pauline Marois de copier la position autonomiste de son parti. « Elle nous donne raison », a-telle dit à La Presse. Mais selon elle, un gouvernement adéquiste aurait plus de chances de faire des gains que le PQ. Ottawa « accusera le PQ de ne pas négocier de bonne foi, de vouloir faire échouer les négociations pour prouver la pertinence de la souveraineté », a-t-elle expliqué.
Selon la députée de Lotbinière, Pauline Marois fait des « acrobaties » pour vendre « l’idée sclérosée » de la souveraineté. « Elle parle des deux côtés de la bouche. Elle dit aux militants qu’elle veut faire la souveraineté. Et elle dit à la population qu’elle ne veut pas la faire. C’est une stratégie confuse », a-t-elle ajouté.


Les crises gagnantes ANDRÉ PRATTE

Les souverainistes profiteraient d’une saute d’humeur populaire pour déclarer l’indépendance au plus vite.
Si M. Jacques Parizeau disait des niaiseries sans lien avec la réalité, ses déclarations ne créeraient pas chaque fois un tel remous. Qu’il s’agisse de la « cage à homards », de « l’argent puis des votes ethniques » ou de l’utilité des crises pour le mouvement souverainiste, l’ancien premier ministre dit souvent tout haut ce que certains indépendantistes pensent, mais n’osent pas exprimer en public. D’où l’embarras évident des élus péquistes et la jouissance presque indécente de leurs adversaires.
Avant même la publication du « Plan pour un Québec souverain » de Mme Pauline Marois, des péquistes confiaient que la revendication de nouveaux pouvoirs pour le Québec se heurterait nécessairement à un mur, d’où un affrontement Québec-Ottawa, d’où une hausse des appuis à la souveraineté. La chef du PQ préférait dire qu’il s’agissait de « faire avancer le Québec » ; M. Parizeau a sorti le homard du sac. Après l’étapisme et les conditions gagnantes, voici donc le « crisisme », la recherche des crises gagnantes.
Cette tactique, qui n’est pas nouvelle, mais qui se retrouve aujourd’hui au centre de l’arsenal péquiste, est révélatrice de l’état d’esprit de plusieurs souverainistes. Pour ceux-là, il ne s’agit plus de convaincre une solide majorité de Québec des vertus de l’indépendance. Cet objectif leur paraît désormais hors de portée. Ils se contenteraient de profiter d’une saute d’humeur populaire pour obtenir un appui de 50% plus un et déclarer l’indépendance au plus vite.
Ce serait une bien mauvaise façon de faire un pays. « Une crise, ça fait augmenter l’appui à la souveraineté de façon conjoncturelle. Mais ce qu’il faut, c’est que l’appui augmente de façon structurelle », a dit à La Presse la présidente du comité des jeunes du PQ, Isabelle Fontaine. Comme quoi la sagesse n’attend pas nécessairement le nombre des années.
Depuis un demi-siècle, le projet de séparer le Québec du reste du Canada n’a obtenu un appui clairement majoritaire dans les sondages qu’à une reprise : au lendemain du naufrage de l’Accord du lac Meech. Il y a eu d’autres sursauts: à la fin de la campagne référendaire de 1995 (à la faveur de la Lucienmanie) et à l’occasion du scandale des commandites. Tout le reste du temps, la souveraineté s’est maintenue autour de 40%, soit le score obtenu lors du référendum de 1980.
Devant cette apparente stagnation de l’option indépendantiste, les fédéralistes sont tentés de triompher. C’est une erreur. En effet, l’adhésion de bon nombre de Québécois au projet canadien et à l’idée fédérale reste très fragile, peut-être plus fragile que jamais. C’est justement cette fragilité qui rend vraisemblable l’éventuel succès de la stratégie des crises.
Ce n’est pas en accusant les péquistes de vouloir « nuire aux Québécois » ou d’être des « pyromanes », des propos excessifs tenus hier par le premier ministre Jean Charest, qu’on persuadera nos concitoyens de l’importance de demeurer au sein du Canada et de participer activement à son évolution. Selon M. Parizeau, « c’est par le sérieux de nos analyses, de nos études et de nos comportements » que les indépendantistes finiront par convaincre les Québécois. Ce devoir de sérieux s’impose aussi aux fédéralistes.




L’exode vers Mars
LYSIANE GAGNON
Nous sommes en 2012, un an après la prise du pouvoir par le Parti québécois…La chef du PQ, Pauline Marois.
Un autre scénario. Celui-là s’amorce en 2011, alors que Mme Marois menace de tenir une série de référendums sectoriels sur la culture, le fisc, l’application de la loi 101 aux entreprises fédérales, les pleins pouvoirs sur la recherche et la santé et sur les Plaines d’Abraham, alouette. « Nous revenons aux années 70 », lance-t-elle jovialement.
Quelques vieux baby-boomers agitent leurs marchettes et envoient leurs orthèses en l’air pour célébrer ce merveilleux retour à leur jeunesse. Les jeunes demandent c’était quoi les années 70: une époque pré-Twitter, aussi bien dire l’ère glaciaire…
Sur ces entrefaites, voilà que les Québécois tombent malades les uns après les autres, victimes d’une étrange épidémie, dont le principal symptôme est une indigestion aiguë à la seule audition de tout mot commençant par « réfé ». La plus violente réaction allergique se produit quand se pointent à la télévision un constitutionnaliste ou un stratège politique, de quelque parti que ce soit.
L’Organisation mondiale de la santé, appelée à la rescousse, conclut que loin d’être d’origine animale, cette terrible grippe provient d’une intolérance à toute forme de discours constitutionnel, intolérance qui se serait graduellement développée durant les décennies précédentes. Seuls les enfants d’âge préscolaire, qui n’ont jamais entendu parler de la question nationale, échappent à la grippe.
N’importe. Le gouvernement Marois s’entête à piloter son projet de référendums sectoriels. Comme on ne peut pas congédier le gouvernement, et que les Québécois sont de nature pacifique (ce ne sont pas eux qui auraient décapité Louis XVI), ils se disent: « pu’capab, aussi bien s’en aller. »
Suit un grand mouvement d’exode. Des leaders naturels, au sein de la population civile, prennent contact avec Guy Laliberté qui, après son périple dans la navette spatiale, a ouvert un centre d’entraînement du Cirque du Soleil sur la planète Mars et règne en maître sur de très grands espaces. Y a-t-il de la place pour sept millions de Terriens? Pas de problème, dit Laliberté, amenez-vous, entre deux cirques, le mien est plus amusant!
Village après village, ville après ville, les Québécois s’embarquent pour Mars, en emportant ce qu’il faudra pour y recréer le Québec: des pousses d’érable pour le sirop, des vaches laitières pour la poutine, des semences de bleuets du Lac St-Jean, des motoneiges, des Bixis, un exemplaire du Code civil, la Charte de la langue française, des antennes paraboliques pour suivre TLMP au cas où Radio-Canada continuerait à diffuser, un CD de Céline, les recettes d’Unibroue, des chandails du Canadien et un poster de René Lévesque.
Rendus sur Mars, les Québécois sont en train de déballer leurs affaires, quand un loustic s’écrie : « Cou’donc la gang, réalisezvous qu’on est devenus souverains sans même avoir été obligés de se séparer du Canada? ». Applaudissements. Puis, un autre de lancer, à l’assentiment général: « Mais quand même, j’espère que vous avez tous emporté vos passeports canadiens, on ne sait jamais… ». n scénario parmi d’autres… Nous sommes en 2012, un an après la prise de pouvoir du Parti québécois. La première ministre Pauline Marois a demandé aux citoyens, par référendum, s’ils veulent le transfert au Québec de tous les pouvoirs sur la culture.
La proposition a recueilli une majorité de 72% et la question était claire, ce qui répondait parfaitement aux exigences de la Cour suprême. Le gouvernement fédéral est sur les charbons ardents. Osera-t-il défier la volonté clairement exprimée des Québécois? S’il cède, il s’engage dans un processus qui mène à l’émasculation totale du pouvoir fédéral au Québec. S’il résiste, il provoquera la crise dont rêvent les indépendantistes. Mme Marois attend, prête à tenir un référendum qui portera, cette fois, sur la souveraineté pleine et entière…

Le germe d’une nouvelle crise -  Lysiane Gagnon
Ce n’est pas sans raison que le très machiavélique Jacques Parizeau a approuvé le plan Marois.
En théorie, le plan Marois est d’une habileté consommée. D’abord parce qu’il tient compte du fait, indéniable, que l’électorat est « autonomiste » plutôt que souverainiste; ensuite parce qu’il permet au PQ de faire patienter son aile dure en laissant flotter la possibilité d’un recours au référendum; enfin parce qu’il porte en germe, à moyen terme, la possibilité d’une crise ouverte entre Québec et Ottawa – crise qui, espèrent les stratèges péquistes, pourrait provoquer une remontée du sentiment indépendantiste, comme cela s’était produit en 1990 lors de la faillite de Meech.
Michael Ignatieff serait le premier à s’opposer à un scénario qui ferait du Canada un appareil sans âme.
Ce n’est pas sans raison que le très machiavélique Jacques Parizeau a approuvé ce plan. À défaut de pouvoir imposer aux Québécois un référendum sur la souveraineté dont ils ne veulent pas, cette voie détournée est la seule solution, d’autant plus qu’elle recèle moults pièges pour les fédéralistes.
Imaginons qu’un gouvernement péquiste, après avoir (en vain, bien sûr) exigé le transfert constitutionnalisé des pouvoirs sur la culture et les communications, en appelle au peuple par référendum. L’objectif sera populaire, car les francophones sont spontanément portés à souhaiter ce transfert que la classe politique réclame depuis des lustres.
Demandons-nous maintenant qui sera dans le camp du Non. Les libéraux? Certainement pas, puisqu’ils se sont eux-mêmes mis la corde au cou en réclamant la même chose! Jean Charest en a même rajouté une grosse louche en réclamant ce « rapatriement » au beau milieu de la dernière campagne électorale fédérale. À défaut d’une présence forte du PLQ, l’animation de la campagne du Non sera laissée… aux anglophones.
Les artistes entretiendront des réticences en leur for intérieur. Car en fait, le système actuel les avantage grandement, en leur permettant de bénéficier de deux réseaux subventionnaires et en accroissant leur espace de liberté. Qui plus est, le Québec reçoit actuellement quelque 40% des fonds destinés à la culture, alors qu’il ne représente que 26% de la population canadienne. Et qui donc oserait dire que les grandes institutions fédérales comme Radio-Canada, l’ONF ou le Conseil des Arts ont desservi la culture francophone?
N’importe. Les artistes se tairont car aucun ne voudra prendre le risque de se faire étiqueter (voire boycotter) comme un « traître » à la nation. Donc, la question passera comme une lettre à la poste.
Elle aura été claire, et le résultat aussi, avec une majorité qui pourrait dépasser les 70%. Que fait alors Ottawa? S’il respecte l’esprit de la décision de la Cour suprême sur les référendums, il devra négocier… en sachant que d’autres référendums sont à venir (le rapport d’impôt unique, le « rapatriement » des pouvoirs sur la santé, la recherche, etc.), lesquels entraîneraient à terme l’érosion graduelle de la présence fédérale au Québec. Michael Ignatieff serait le premier à s’opposer, lui qui tient à ce que le Canada soit autre chose qu’un appareil sans âme servant à contrôler les douanes et la défense nationale.
Mais ce faisant, Ottawa défierait la volonté démocratiquement exprimée des Québécois. D’où la possibilité de la crise ouverte qui fait saliver les stratèges souverainistes… lesquels profiteraient de la colère populaire pour proposer la souveraineté pleine et entière.
Cela n’est qu’un scénario parmi d’autres. Mais c’est un scénario possible.
Il se pourrait par contre que la population, sachant que ce plan de « référendums sectoriels » a pour but de fomenter une crise dont ils ne veulent pas, fasse savoir ( par les sondages) qu’elle refuse tout référendum, même s’il portait sur une matière d’allure inoffensive. C’est le problème des scénarios machiavéliens: on finit toujours par voir au travers. Les observateurs aguerris n’avaient pas besoin que M. Parizeau vienne éventer la stratégie du PQ, elle était évidente.




Le projet souverainiste à l’agonie -  ALAIN DUBUC
La stratégie proposée par Mme Marois a quelque chose de bâtard. C’est une bataille sans sincérité.
LReid– La Presse de cette semaine. Et ils n’y croient plus: les trois quarts des Québécois pensent que cela n’arrivera pas. Et rien ne permet de croire que cette tendance lourde va s’inverser.
L’idée de pouvoirs additionnels pourra plaire aux Québécois, à condition qu’on leur montre en quoi le Québec en sortira gagnant, ce que les troupes de Mme Marois auront du mal à faire.
Ce à quoi on assiste, ce sont les efforts du Parti québécois pour s’ajuster à cette réalité. Le processus est laborieux parce que les leaders souverainistes doivent mettre de côté le projet qui est leur raison d’être tout en maintenant la cohésion de leurs troupes, en gardant leur pertinence auprès de leur électorat, et en restant fidèle à leurs idéaux.
Ce n’est évidemment pas simple. Mais ce qui est étonnant, c’est la lenteur avec laquelle le PQprend acte de l’impasse. Face à l’échec du projet souverainiste, le plan A, René Lévesque avait fait le pari d’un plan B, le « beau risque ». Son successeur Pierre Marc Johnson a voulu définir un plan C, celui de « l’affirmation nationale ». Après un succès éphémère en 1995, l’option a connu une autre crise, à laquelle le premier ministre Lucien Bouchard a répondu avec un plan D pour repousser l’échéance, celui des « conditions gagnantes », suivi du plan E de Bernard Landry, la « certitude morale de l’emporter ». Avec ses batailles pour le rapatriement de pouvoirs, Mme Marois nous propose maintenant un plan F.
Le PQ est donc encore entre deux chaises et semble incapable de faire ce qu’ont réussi les socialistes européens, qui modifié radicalement leur projet, tout en conservant leur idéal de justice sociale. Cet exercice, en toute logique, aurait dû mener le PQ vers l’autonomie, une idée qui rallie une majorité de Québécois.
Mme Marois propose certes des revendications de type autonomiste. Mais l’autonomie, ce n’est pas seulement des demandes, c’est un projet, une conception du Québec, de ses besoins, de ses rapports avec le reste du Canada. Comme le PQ ne souhaite pas l’autonomie, il propose donc une série de revendications sans croire à l’idée qui leur donnerait leur cohérence, pour combler le vide, pour créer une dynamique d’affrontement, pour provoquer un braquage canadien qui mobiliserait peut-être les Québécois.
Résultat : la st ratégie proposée par Mme Marois a quelque chose de bâtard. C’est une bataille sans sincérité parce que le PQ n’y croit pas, sans logique, parce qu’elle repose sur une liste de demandes plutôt que sur un projet – une liste que nous savons sans fin –, sans crédibilité non plus parce que le PQ n’est pas l’interlocuteur idéal pour transformer un pays qu’il veut quitter.
Est-ce que cette stratégie peut permettre au PQ de marquer des points? Pas si évident, parce que le jupon dépasse trop. Il est clair que les souverainistes essaient ainsi de sauver les meubles. Bien sûr, l’idée de pouvoirs additionnels pourra plaire aux Québécois, foncièrement autonomistes. À condition qu’on leur explique pourquoi, qu’on leur montre en quoi le Québec en sortira gagnant. Cette démonstration, les troupes de MmeMarois auront du mal à la faire, parce que ce qui les intéresse, ce ne sont pas les résultats, mais le processus, pas les gains, mais la bataille. Et ça, les Québécois n’en raffolent pas. es forces fédéralistes ont vivement critiqué la stratégie de la chef du PQ, Pauline Marois, qui, faute de pouvoir faire la souveraineté, veut aller chercher un à un les pouvoirs à Ottawa, y voyant la recette parfaite pour une interminable période de chicanes.
Cen’est pas faux. Mais il faut analyser ce projet dans son contexte. La signification profonde de cette stratégie péquiste, c’est que le projet souverainiste est à l’agonie. L’idée n’est pas morte, mais elle n’a aucune chance de succès. Les Québécois ne veulent pas de la souveraineté: à peine une personne sur trois, selon le sondage Angus



Des pleurnichards -  LAURENT SAGALOVITSCH L’auteur est un écrivain français installé à Vancouver. Sa lettre a été publiée sur le site français liberation.fr.
Quand ils débarquent à Vancouver, les Québécois sont aussi retors que des inspecteurs du fisc.
Le Canada est un pays étrange. I rréductiblement schizophrène. Atteint d’une crise de bilinguisme aiguë. Théâtre d’une guéguerre qui dure depuis l’enfantement entre les arrogants anglophones et les fieffés francophones.
Le Québec pleurnichard contre le reste du monde. Le Québec, malaimé du continent nord-américain. L’emmerdeur de tourner en rond. Le Québec pourtant : son accent chuintant, sa bonhomie chaleureuse, son hospitalité toute méditerranéenne.
Mais aussi, mais surtout, son combat d’arrière-garde pour sauvegarder coûte que coûte un morceau de France en cette Amérique foncièrement angliciste. Sympathique a priori. Quand ils débarquent à Vancouver, les Québécois sont aussi retors que des inspecteurs du fisc, prêts à flinguer le premier officiel qui ne comprend goutte au français, à vilipender tel événement qui ne serait pas retransmis dans les deux langues maternelles du pays, à rebaptiser aussi sec les rues et avenues de la citadelle en péril : Granville Island, l’île de Granville; English Bay, la baie des Anglais; Stanley Park, le parc Stanley.
Au début, ce côté tabernacle râleur version José Bové prête à sourire. Et puis la énième incartade finit par lasser. Parce que, tout simplement, le nombre de francophones en ColombieBritannique plafonne à 60 000. Que la France, fille aînée de l’Église, se trouve à 8000 bornes. Que si vous demandez dans la langue de Marc Levy votre chemin au piéton jamais pressé, il vous sourira gentiment et balbutiera du bout des dents un « sorry » contrit.
Comme une maîtresse délaissée par son amant volage parti pour s’en aller batifoler avec la voisined’à côté, Québec l’a mauvaise, que ce soit Vancouver, qui attire sur elle, pendant deux semaines, toutes les paillettes médiatiques du monde. Et le fait savoir.
À l’image d’un sale moutard capricieux jamais content et bien décidé à pourrir le voyage de noces de ses parents recomposés, elle râle dans son coin, ne cesse de vitupérer le colon anglais et de se plaindre à tire-larigot. Trop chaud, pas assez de neige, frites pas cuites, bière pas mousseuse, rues trop propres, cygnes trop blancs, mouettes hargneuses, canards boiteux, pigeons méprisants, organisation déplorable, transports déficients, édifices repoussants.
Pour l’expatrié qui a quitté en catimini la France pour ne plus avoir à subir la mauvaise humeur perpétuelle de ses adorables compatriotes, le coup est rude à encaisser. En contemplant le soleil se suicider sur les vagues dansantes de l’océan ensanglanté, on se surprend de nouveau à rêver à d’horizons encore plus lointains et à rimbaldiser. Vite, est-il d’autres vies?



Pleurnichards ? Entêtés plutôt - ANNE-MARIE POULIOTTE ET LUC BÉLAND

Les auteurs résident à Gatineau. Ils réagissent à l’opinion de Laurent Sagalovitsch, intitulée « Les pleurnichards », qui a été publiée mardi dernier.
Les Jeux olympiques de Vancouver sont un événement international. Le Canada a deux langues officielles – égales l’une à l’autre – et est donc, selon sa Constitution, un pays « bilingue ». Du moins, c’est la vision trudeauiste du Canada. En théorie.
Celadit, rienn’a laissé voir au monde entier cette «réalité officielle» lors des premières journées à Vancouver. Que ce soit la signalisation, les « hôtes », les cérémonies, etc. Après avoir fait part (encore une fois!) de notre mécontentement, le tout a été rectifié, en partie. Mais c’est toujours à recommencer… depuis quatre siècles. Ça, c’est la réalité, pas la théorie.
Nous nous battons depuis tout ce temps, francophones d’Amérique, sur un continent anglophone. Au Québec, seule province francophone dans un pays anglophone, nous devons sans cesse faire valoir nos droits linguistiques. Les francophones hors Québec doivent aussi se battre encore plus pour conserver leur langue. Il n’y a qu’à voir le taux d’assimilation d’une génération à l’autre.
M. Sagalovitsch, vous ne pouvez passer de jugement, car vous ne pouvez comprendre. Lorsque vous retournerez en France, vous n’aurez pas à vous battre pour votre langue car, en France, la langue c’est le français. Bien sûr, on en parle plusieurs autres sur son territoire, mais vous n’avez pas à vous soucier de la survie du français en France. Tout comme les Italiens ne se posent pas la question de la disparition de l’italien chez eux, non plus que les Allemands de la langue allemande.
C’est la réalité de notre situation. Mais on parle encore français après tout ce temps. Il se peut qu’on « pleurniche », comme vous dites. Mais surtout parce que nous sommes entêtés.




La méthode IKEA -  Richard Vigeault
La stratégie de souveraineté à la pièce de Mme Marois repose uniquement sur la vieille politique de l’affrontement
Ce n’est certainement pas le meilleur remède aux incertitudes économiques qui
pèsent sur le Québec.
PL’auteur est consultant en communication, ex-journaliste, conseiller des premiers ministres Daniel Johnson et Jean Charest et membre de l’Idée fédérale. auline Marois s’est inscrite en fin de semaine dans la parfaite lignée des chefs du PQ qui ne savent plus où donner de la sémantique pour relancer l’idée de la souveraineté. Nous voici maintenant devant le concept de l’indépendance morceau par morceau. Après le trait d’union de la souveraineté-association et le beau risque ( Lévesque), après l’affirmation nationale ( Pierre Marc Johnson), après le partenariat du référendum de 95 ( Parizeau-Bouchard), après les circonvolutions de Bernard Landry sur le moment d’un référendum et la feuille de route d’André Boisclair, nous voici placés devant l’épreuve de la souveraineté à la pièce, une sorte de méthode IKEA de montage étape par étape de Pauline Marois. Nous allons finir par avoir besoin d’un mode d’emploi !
Bien sûr, il y a des domaines dans lesquels le Québec pourrait rapatrier plus de compétences. Ce n’est toutefois en rien une garantie qu’elles seraient exercées à la satisfaction des Québécois, comme on peut le constater en santé et en éducation, où les problèmes fluctuent d’un gouvernement à l’autre. Je présume que prélever tous nos impôts ne les fera pas diminuer! Mais en toute logique, l’objectif de Mme Marois n’est pas de réussir, mais d’échouer. Seuls les échecs répétés (voire souhaités) ou ce qui sera présenté comme tel pourront raviver la flamme vacillante de l’indépendance et la ferveur pour l’option du PQ.
Par contre si la tactique de Pauline Marois devait réussir et qu’elle obtient les pouvoirs revendiqués, les membres les plus durs de son parti ne manqueraient pas de lui rappeler qu’elle a laissé la proie pour l’ombre. C’est-à-dire qu’elle aura fait évoluer le fédéralisme dans le sens des intérêts des Québécois et, ce faisant, elle aura contribué à éloigner encore l’avènement de ce que son parti croit encore être l’indispensable indépendance. Ça ressemble davantage à un dilemme qu’à une tactique.
Dans l’esprit des membres les plus radicaux du PQ, plus n’est jamais assez! Mme Marois dit elle-même qu’elle cherche à revenir à l’esprit des années 70! On veut bien que le PQ en soit resté là, mais tout de même, qui peut affirmer que le fédéralisme a entravé le développement du Québec depuis 29 ans?
Les Québécois sont sages et n’importe quel sondage peut leur faire dire que le Québec devrait avoir plus de pouvoirs. Mais le même sondage révélera aussi, et dans une forte majorité, que ces descendants des Normands ne veulent rien savoir d’une rupture. Déguiser ce piège à ours en volonté de faire avancer le Québec ne trompera personne. Cette tactique, véritable camouflage de l’option, repose uniquement sur la vieille politique de l’affrontement. Ce n’est certainement pas le meilleur remède aux incertitudes économiques qui pèsent sur le Québec.
La proposition de Gérald Larose en appui à la manoeuvre de Pauline Marois de faire des référendums à répétition sur chacun des échecs appréhendés ne ferait pas avancer le Québec d’un pouce. Oui à l’évolution du fédéralisme, mais franchement, avec bonne foi, sans chercher à le dynamiter.