Société

LA PRESSE & COMPAGNIE



How Puerto Rico stepped back from an economic abyss - neil reynolds
Governments can't spend people back to work - NEIL REYNOLDS

Believe it or not: Less educated legislators do a better job - NEIL REYNOLDS
How declining cities can reverse their fortunes - NEIL REYNOLDS
The alarming truth about waste at City Hall - Margaret Wente
In a world without ‘socialism’ - Margaret Wente

Humpty Dumpty’s great fall - Preston Manning
With government spending, virtue hath its own rewards - Neil Reynolds

Reflections on the narrative of liberal 

Mensonge et utopie

La philosophie interventionniste classique est-elle vraiment toujours d'actualité ?
Un livre très rouge
The stealthy return of economic nationalism 

Pour faire fonctionner une économie, ne serait-ce qu'à la base, pourrait-on vraiment trouver mieux que le libre marché ?...
Party platforms offer a clear policy choice for a change

Harper is indeed a conservative (by a bit)

Un ancien directeur de Google s'adresse à Barack Obama - «Pouvez-vous augmenter mes impôts, s.v.p.»
Bataille autour d’un symbole

Perspectives - Sa part
Taxing the super-rich

Et si notre société démontrait encore un certain problème avec tout ce qui concerne la répartition de la richesse ?...

Les 85 plus grandes fortunes possèdent autant que la moitié de la population mondiale
Avec des règles commerciales faussées, la croissance économique ne peut bénéficier qu’à une élite fortunée
Les gênantes inégalités canadiennes
De plus en plus inégalitaire

Un monde de moins en moins égalitaire
Libre opinion - Troublantes inégalités sociales Who wants to talk about income inequality? - Jeffrey Simpson Jeunes et 47 fois plus pauvres
L'iniquité érigée en système
 Why aren’t we talking about income inequality? - Jeffrey Simpson
Inégalités de revenus - Le grand écart
Les inégalités de revenus s'accroissent aux États-Unis Un confort croissant, mais mal partagé dans les pays de l'OCDE
 Le fossé s’élargit plus vite au Canada qu’aux États- Unis Do we care that Canada is an unequal society? - Jeffrey Simpson
Écart entre riches et pauvres: le fossé se creuse
Le fossé sans fond
Socialism in America demands Super Bowl solidarity - Gerald Caplan
Les devoirs de Davos
Redirecting our rage at the real gravy train
Does inequality matter?
Money really can buy anything – even at the University of Toronto - Gerald Caplan
Some pigs are more equal than others - Gerard Caplan
Is it good to be good?
La mauvaise vache à lait
Françoise David espère que le budget reflètera les «valeurschères» au Québec
Sur une autre planète
Caviar et pâté chinois - JEAN-MARC LORD


L'incompétence et l'inaction serait-elles donc des propriétés caractéristiques de la fonction publique en général ?...
What makes the one-trick Tea Party tick?
Financement du Dr Julien - Les normes
Sociétés d'État - Osons en parler
Postes Canada: la modernisation se fait attendre

Rénovation des édifices du Parlement: trop de joueurs impliqués

De socialisme...
State capitalists are having their day

Les dégâts du capitalisme -  John R. MacArthur 
La crise pourrait rétablir la justice redistributive
Le capitalisme, «cancer» incurable?
Government and the good life
As they say in Kerala, there's more to life than GDP

... et de capitalisme !...
Was the boom worth it?

Why the market makes us better off
Leacock’s investment strategy is nothing to laugh about

Et se pourrait-il donc que même ceux qui cherchent à trouver une solution de rechange au capitalisme en viennent à se demander comment on pourrait pourtant trouver un autre point de départ à l'économie ?...
Les oligarques

Opportunity knocks for the next economics idol
Le capitalisme, «cancer» incurable?

Le communisme ne serait-il donc qu'une utopie ?...
Fin d'un modèle
Another aging tyrant admits failure

Or, cela ne l'empêche-t-il pour autant d'avoir laissé des traces on ne peut plus concrètes ?...
Chavez and the good old days of Marxist misadventure
Stalin’s world is still with us

Et pourtant, peut-on vraiment se contenter de laisser à elles-mêmes les forces du marché sans rien faire d'autre, et penser sérieusement que tout puisse alors moindrement bien fonctionner ?
Un État ratatiné
Économie néolibérale - De l'État et du marché
Lettres - L'affaiblissement de la fonction publique
Les ratés du néolibéralisme

Et s'il y avait bel et bien une place pour les sociétés d'État dans une économie de marché, et donc dans une économie où de telles sociétés seraient justement exposées à une concurrence digne de ce nom ?...
Pétrole et gaz - Le Québec doit reprendre le contrôle de ses ressources

Et si le modèle coopératif représentait justement la solution de rechange que l'on se trouve à rechercher ?...
Conférence internationale du mouvement coopératif et mutualiste québécois - Une économie solide repose sur la diversité Alliance coopérative internationale - «La finalité sociale plutôt que le seul profit!»
L'identité et le développement du Québec - Hors du capitalisme est le salut!
SOCODEVI - Tout est fait pour briser le cercle vicieux de la dépendance
Dynamiser des régions - Il y a un avenir pour le monde forestier ou agricole

Quand les mesures sociales ne semblent réussir qu'à entraîner et maintenir une dépendance...
Changing New Brunswick’s culture of dependence - Neil Reynolds

Et si la concurrence ne pouvait après tout s'avérer qu'un avantage, sinon l'un des éléments les plus fondamentaux dont on puisse avoir besoin pour faire fonctionner quelque système que ce soit ?...
In garbage collection, competition is rarely wasted 


Et cette institution qu'on appelle l'État se trouverait-elle donc elle-même à être entrée dans une phase de pure et simple déliquescence ?..
The world’s problems are so big, and our politicians are so small - MARGARET WENTE

L'impuissance des politiques - François Brousseau
If Alberta can't cut its deficit quickly, who can? - Jeffrey Simpson
Un test de crédibilité

The withering of the state


Se pourrait-il donc qu'il s'avère parfois difficile pour les syndicats de passer pour autre chose que des "empêcheurs de tourner en rond" ?...
(Se pourrait-il donc qu'il arrive au syndicalisme de parfois occasionner certains abus, pour le moins qu'on puisse dire ?...)
Teachers who don’t deserve union protection

Rien de grave
New meters for Hydro are the smart choice
Nouveaux compteurs: les syndiqués d'Hydro veulent bloquer le projet

It might be time to rethink the construction holiday

Union’s ludicrous wish list does its members no favours

Et pourtant, peut-on vraiment prétendre que l'ère du "capitalisme sauvage" soit complètement révolue ?...
Licenciements collectifs: du travail à faire

Et s'il y avait tout de même une place pour la fonction publique, ou du moins pour les dépenses publiques, après tout ?...
Passage on an urban graveyard train


Le Québec anti- intellectuel

Gen Y's pampered losers are just a myth

Génération ras- le- bol

Liban: le cauchemar des aides domestiques


Des pères gais et gagas

Féminisme... et machisme !...

C’est peut- être moi le mononcle
Dur printemps pour les femmes

Editorial: Quebec a bright light for Canadian women

Un siècle en pantalon

Le gouvernement Harper serait-il carrément sexiste ?...
Here's where it pays to get tough on crime
Violence against women: an international epidemic



India is no exception: The subjection of women is its own religion - Doug Saunders


Saudi women’s activism accelerates

Les Saoudiennes aussi veulent leur révolution

Les justicières en rose

L'école des Africaines (3) - La classe, un répit pour les vidomegons
L'école des Africaines (1) - «Un jour, le Burkina s'en sortira»
Leur «crime»: être femme


Le secret de Polichinelle du Liban

Vendue pour 5000$ à l'âge de 13 ans


Les taxis pour femmes font fureur au Liban

Les Adelitas n’ont jamais repris les armes

Agressions sexuelles: les plaintes aboutissent moins

Polygamie
Polygamie - La liberté de religion comporte des limites We all have a stake in the polygamy case Les amis de la polygamie
Is monogamy overrated? - Margaret Wente
Polygamie - Clairement contre
UN « ESCLAVAGE MODERNE » ?
Le dilemme de la polygamie


Women at work: still behind on the bottom line

Ceci n’est pas un politicien en jupe
Une commission à reculons - Marie-Claude Lortie
Nouvelle carte électorale - Comment combler le fossé entre le peuple et le Parlement ?

La fin de la femme artificielle? - Nathalie Petrowski

Les avantages de la participation des femmes aux C.A.
Nouvelles mamans: les congédiements abusifs se multiplient

Félicitations, vous êtes renvoyée - Rima Elkouri

Violence conjugale: quand injure rime avec crime

Un métier excitant - Patrick Lagacé

LES FUNAMBULES -  Mélanie Dugré

Conciliation famille-famille - Ariane Krol
La fée du logis - Marie-Claude Lortie

LE QUÉBEC, MATRIARCAL?  -  Émilie Goulet  & Julie Robillard

Comme une odeur de misogynie - Nathalie Petrowski

Les femmes plus vulnérables face aux maladies

Équité salariale: Québec sort le bâton

Femmes et indépendance  -  Marie-Claude Lortie

Plus de femmes que d’hommes décrochent leur diplôme
En guerre contre les talons hauts  -  Mali Ilse Paquin


LA NOUVELLE MICHELLE - Marie-Claude Lortie
Les 100 jours de Michelle Obama - Yoland Cohen
Inspirante Michelle -  NATHALIE COLLARD

L’amour au temps de Lola  -  Louise Leduc

Milieu des arts : L’égalité hommes femmes n’est pas pour demain 

À la défense des potiches  -  SOPHIE COUSINEAU
Un meilleur rendement -  ANNE -MARIE  HÉBERT
 

Manifeste pour une fête des Mères heureuse -  Sylvia Galipeau

Fermes en péril -  L'UPA proteste  contre le rapport St-Pierre

La pilule fête ses 50 ans

La révolution des sexes bénéfique pour les hommes
 

Et en ce qui concerne le plafond de verre...
What glass ceiling? It's the mommy track - MARGARET WENTE

Sorry, professor, but women do still face hiring discrimination
Les femmes à la rescousse - Claude Picher
Travailler, c’est trop dur...
Le plafond de verre existe-t-il encore ?
Carrière ou famille, pourquoi choisir ?
Les mères québécoises plus actives que les françaises -  Sylvia Galipeau

Maman danse la salsa - Sylvia Galipeau


Net recul pour les femmes - La série télé d’Anne-Marie Losique perpétue la banalisation et la glorification du commerce du sexe

Super Souris - Marie-Claude Lortie


Les frencheuses

Et que dire de ces messieurs ?...
À quand l'émancipation masculine?
La petite noirceur - Mario Roy

AÏE! VOUS VOULEZ VOUS MARIER? -  Marc Tison
Voir aussi Et si l'on parlait simplement de nos propres économies ?...

Et comment au juste pourrait-on  repenser la retraite ?...
BMO veut une réforme complète du système des retraites
Retraites - Le REER insuffisant

Est-il jamais trop tôt pour planifier sa retraite ?...
Après les enfants, la retraite  -  Marc Tison
REFAIRE SA VIE ET SA RETRAITE
Quand l’heure de la retraite approche -  Caroline Rodgers

Voir aussi Et si l'on parlait simplement de nos propres économies ?...

Repas et réconfort pour 4,50$

Un Canadien sur cinq s’occupe d’un parent âgé malade  -  Katia Gagnon

Bénévolat : Un projet pilote sera lancé à l’automne

Québec mise sur le bénévolat : Lise Thériault


Et si l'on revoyait quelque peu le traitement que l'on peut réserver à nos aînés, en commençant notamment par peut-être revoir un peu notre système de pension à cet effet ?...
Widening the options for an aging population

Let’s take the CPP – and be creative

Les conservateurs veulent gâter les électeurs de l'âge d'or
Pour stimuler l'épargne des Québécois - Québec songe à créer un REER public
Flaherty se penche sur le Régime de pensions du Canada

Can Canada own the pension podium?


Les boomers, jeunes de coeur et d'esprit

Être vieux sans être gâteux


DIVERSITÉ GÉNÉRATIONNELLE  Tasse-toi pas, mon’oncle!

Des préjugés tenaces


QUAND ÂGE RIME AVEC BONHEUR

Éloge de la vieillesse -  Benoît Voyer
« Passée date »

Vieillir au féminin - Nathalie Collard


Québec dévoile un plan contre la maltraitance envers les aînés


Et si l'avenir des aînés passait d'abord par les soins à domicile ?
Soins à domicile - Passons de la parole aux actes
Les Danois, les vieux et nous

Et par ailleurs, aurions-nous carrément laissé de côté nos aînés ?...
LE PARADIS EST AU DANEMARK
Les Danois, les vieux et nous

Les vieux, ce n’est pas sexy
Peut-être qu’on se fiche des vieux
DES MILIEUX CRÉÉS DANS L’URGENCE
Le public offre de meilleurs soins
For-profit facilities leave seniors vulnerable

TUEZ-MOI AVANT!

Quebec's elderly deserve much better
Résidences pour aînés: les zones grises de la certification
Sécurité incendie: des critères moins sévères
Qui veille sur le réseau privé?
Résidences pour aînés... mais pas dans ma cour!
Décès d'un aîné dans une résidence: le coroner ouvre une enquête
Les urgences, un milieu «hostile» aux aînés
Résidences privées non certifiées: des retraités s'inquiètent de la situation
72% des contrats attribués à des résidences non certifiées
Résidences privées: les aînés restent à risque
Voir aussi Le gouvernement Charest ferait-il carrément preuve de négligence envers les aînés du Québec ?...
Plus pauvres, plus isolés -  Daniel Boiteau
De nombreuses résidences privées pour aînés toujours pas certifiées
Reportages sur les personnes âgées : Un accablement injustifié  -  Guylaine Martin
« Les personnes âgées ne voient aucune différence dans leur plateau »
Les vieux abandonnés
Des résidants traités comme des numéros  -  Ariane Lacoursière

Des fermetures de lits inacceptables
Caser les vieux  ANDRÉ PRATTE
De nombreux aînés meurent de « négligence » Un sociologue québécois dénonce l’« âgisme meurtrier »
Sous-financement d'entreprises prenant soin des aînés - Ariane Lacoursière

Les aînés accaparent la période de questions à l’Assemblée nationale
L’opposition devance la ministre Blais
Manque de formation des préposés aux bénéficiaires : Québec savait depuis un an

LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI -  Ariane Lacoursière
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS SES AÎNÉS
Une question de gros sous
RESSOURCES INTERMÉDIAIRES, LA PANACÉE?

Préposés aux bénéficiaires : EXPÉRIENCE NON REQUISE - Ariane
Lacoursière
Aucune règle n’encadre la formation des préposés
ÉTABLISSEMENTS POUR PERSONNES ÂGÉES 39% des résidences privées n’ont pas encore été certifiées

La ministre Blais enverra des clowns distraire les personnes âgées
Riez, riez… -  Marie-Claude Lortie

Les établissements auront des étoiles
LE BONHEUR EST ÀOUTREMONT - Ariane Lacoursière
voir aussi OPÉRATION NEZ ROUGES  -  Sylvie St-Jacques
HISTOIRES DE Clowns


Chambre avec vue - Rima Elkouri

Le taux d'incapacité global au Canada a grimpé entre 2001 et 2006


Loterie vidéo: les règles du jeu remises en question

Des diverses drogues... et de leur légalisation !...
Safe-injection sites in Montreal? Plan carefully
Les tunnels de la drogue se multiplient
Drug cases comprised 72 per cent of federal prosecution caseload last year: report
DES VENDEURS DE DROGUE EN BLOUSE BLANCHE
GÉANT DE L’OR VERT
En bref - Washington s'attaque aux mafias du monde
Getting medical marijuana to the people who need it
Flesh Eating Drugs
L'illusion d'un monde sans drogue
Milliardaire, philanthrope et militant
Constat d'échec - A-t-on trouvé mieux que la «guerre contre la drogue»?
Une commission recommande de légaliser le cannabis
LA GUERRE CONTRE LA DROGUE A ÉCHOUÉ

The arguments for and against Vancouver’s supervised injection site
Supervised injection for the sake of public health - Globe editorial
Sites d'injection supervisée - Question d'éthique
Une dose de réalité
Dying for a change on safe-injection site
Canadian goodwill will not stop drug crime - Globe Editorial
Bras de fer sur les sites d'injection supervisée
Pariah products will always find their way
Les obstacles aux sites d'injection sont plus politiques que juridiques
At the bottom of a bong is the paradox of conservatism
Des milliardaires pour la légalisation
LES VIEUX POTEUX
WASHINGTON RETIENT SON SOUFFLE
Les Québécois divisés

Sorry to harsh your mellow, California, but …
Guns and grow-ops: Conservatives should be consistent - Tom Flanagan
Mexique: débat sur la légalisation des drogues
Mexique - Débat sur la légalisation des drogues
France: controverse sur les centres d'injection
Légalisation du cannabis en Californie: buzz légal
LA CALIFORNIE SE PRONONCE   -  Nicolas Bérubé

« LES MENTALITÉSONTCHANGÉ »   -  Nicolas Bérubé

Coherence needed on marijuana laws

Controverse autour d'un club compassion à Lachine

Lutte contre les narcotrafiquants: réprimer ou légaliser?


At war over the war on drugs - MARGARET WENTE

Legalizing drugs isn’t the answer - Margaret Wente

Quand punir a des limites
Keep Insite open, top court rules
Supreme Court ruling opens doors to drug injection clinics across Canada


Dutch classify high-potency marijuana as hard drug



De la prostitution... et de sa légalisation !...
Des travailleuses du sexe dénoncent la violence

A little legalizing, a big peace dividend - Neil Reynolds

Décriminalisation de la drogue: une question de santé au Portugal

Amsterdam cracks down on prostitution, cannabis: lessons for Victoria?
Amsterdam Cuts Prostitute Displays

South Africa: Legalising Prostitution
Dutch find that going legal has not stopped criminals

We must punish prostitution's buyers
Sexe, malaise et vérités
Decriminalization could protect sex workers from predators, lawyer argues
Prostitutes, like everyone else, deserve safety

Why the courts must decriminalize prostitution
Liberalize prostitution laws to protect women - Globe Editorial
Prostitution: travail ou prison?
POUR EN FINIR AVEC LA PROSTITUTION
Sex, sin and Craigslist
Femme cherche prostitué
Les bons sentiments

Le plus vieux dilemme du monde
Ottawa appeals prostitution ruling
MPs need to tackle the prostitution issue


Mais bonne chance pour faire entendre ceci à nos gouvernements !...
Clients, not prostitutes, should risk criminal charges, court hears

LA PROSTITUTION N’EST PAS UN DROIT CONSTITUTIONNEL, PLAIDE OTTAWA


Sic transit Gloria mundi -yes, even for banks
Un manifeste pour sauver le patrimoine religieux
Saving Quebec's religious heritage

Les leçons de la Grande Bibliothèque - Alain Dubuc
Grande Bibliothèque : Pari gagné
Patrimoine - Une autre défaite


J’ai besoin de mes quotidiens

La chaleur urbaine
-  Charles Côté

DES ACTIONS CONTRE LA CHALEUR URBAINE

Les jours torrides se prolongent
  -  Martin Croteau

Voir aussi... La canicule se poursuit à Montréal  -  Catherine Handfield

DES CITOYENS EN ONT MARRE DU BRUIT  -  Éric Clément

Bruyant… à la campagne!  -  Francine Bastien
Lettres - Agressions sonores


Les prévisions « alarmistes » irritent les entreprises de loisirs  -  Martin Croteau
Voir aussi....  Comme en Irlande  -  Marie-Claude Lortie

Le décrochage -  Pierre Foglia


Les élus européens veulent mettre les riches à contribution

Lettres - L'individualisme triomphe
Le déficit fédéral payé par la classe moyenne et pas par les privilégiés

Les salaires exorbitants des banquiers







Perspectives - Faisons payer les riches!
Lettres - Quelle richesse ?


Les femmes citoyennes - Lise Payette
Déficit d'équité

S'intégrer ou pas



A welcome first for the Oscars - at last

It's loco to only buy local










LES FUNAMBULES -  Mélanie Dugré
Les femmes doivent assumer leur liberté de choix en recherchant l’équilibre entre le travail et la famille
L’auteure est avocate et mère de deux garçons.
Était-il empoisonné, le cadeau que nous ont fait les pionnières du féminisme ? N’est-il au fond qu’une utopie, reflet d’un insatiable appétit de tout avoir dans la vie?
Le documentaire Bébé ou CV a provoqué chez moi un mélange de confusion, de réflexion et d’émotion. Il m’a confrontée aux côtés nutritif et givré de celle que je suis. Le premier, résultat d’années de labeur et de sueur sur les bancs d’université et le deuxième, né de ma bouleversante expérience de la maternité.
Je pourrais vous raconter qu’un jour dans mon ancienne vie d’avocate de grand bureau de pratique privée, j’ai frappé unmur. Unsoir, je me suis retrouvée assise sur le plancher de mon salon à faire un casse-tête avec mon fils de 15 mois, l’oeil sur le BlackBerry, l’oreille sur le téléphone et la voix qui encourageait: « Allez ti-Lou, mets la vache dans l’étable et le cochon dans la porcherie. » J’ai croisé son regard interrogateur, l’air de dire: « Ma foi, cette femme est complètement folle… ». Je me suis surtout projetée dans l’avenir, tentant d’enseigner à cette progéniture qu’il faut remplir une tâche à la fois et s’appliquer à bien terminer les projets entamés. J’ai réalisé quel pitoyable modèle j’étais.
Je pourrais aussi vous raconter que dans ma vie de mère à la maison en congé de maternité, j’ai frôlé la dépression bien qu’investie du rôle le plus noble, mais ô combien ingrat, qui existe, celui d’élever mes enfants.
Quelle douleur de devoir admettre que je n’étais faite ni pour la grande carrière qui suscite l’admiration des pairs ni pour le rôle de maman à la maison qui impose le respect. Je n’étais qu’une avocate-maman qui, malgré un amour profond pour ses petits anges cornus et un sincère désir de présence et d’implication, ressentait un viscéral besoin de s’accomplir professionnellement.
Conte de fées ou réalité, la conciliation de ces idéaux? Une belle et possible réalité en ce qui me concerne. Concrétisée grâce à une identification claire de mes attentes et priorités, une recherche minutieuse des occasions d’emploi y répondant, une inébranlable franchise quant à ma situation familiale et un employeur ouvert à la flexibilité et aux compromis en retour de la compétence, de la loyauté et du travail bien fait.
Non, il n’était pas empoisonné le fruit d’années de batailles et de revendications. Nous y avons gagné une liberté de choix dont trop peu de femmes dans le monde peuvent jouir. Le plus grand défi associé à cette liberté est de faire nos choix, de trouver notre zone de confort, d’atteindre l’équilibre qui nous permettra de nous épanouir, professionnellement et personnellement, tout en acceptant qu’il y ait de perpétuels impondérables qui mettront ce fragile équilibre en péril et remettront nos choix en question.
Notre plus grand ennemi, quant à lui, est le manque de respect dont nous, les femmes, sommes susceptibles de faire preuve les unes envers les autres. Il est si facile de juger le comportement de l’une, de condamner la décision d’une autre et d’émettre des opinions à l’emporte-pièce. Quellequesoit la façondontnous choisissons d’exercer notre liberté de choix, c’est unies et solidaires que nous devrions la défendre. C’est ainsi que nous permettrons aux mamans qui souhaitent rester à la maison de le faire tout en brisant leur isolement et en améliorant les conditions de celles qui concilient travail et famille par, notamment, l’accès au travail à temps partiel, aux horaires flexibles et aux journées «famille».
Dans le tourbi l lon de la vie moderne, nous sommes toutes des funambules en quête de l’équilibre parfait qui rendra la traversée douce et paisible. Cette quête est noble et juste mais au passage, il ne faudrait pas oublier que la liberté de choix dont nous disposons, toute précieuse et délicieuse qu’elle soit, a un prix: celui, comme mère, comme professionnelle et comme femme d’assumer ces choix. En définitive, il faut apprendre à faire la paix avec soi, à célébrer l’imperfection et à se répéter qu’à l’impossible, nul n’est tenu… erreurs du protocole deKyoto. Les objectifs de Kyoto ont tenté d’être réalisés par la mise en place de deux grandes catégories de moyens: l’adoption de normes environnementales dans la réglementation et les campagnes de sensibilisation misant sur des mesures volontaires. Ces deux moyens proposent une réponse parfois efficace, mais toujours partielle en l’absence de l’internalisation des coûts de la pollution dans le système de production.

Les mécanismes de compensation des émissions de gaz carbonique en sont une bonne illustration. Ceux-ci permettent de payer pour financer des initiatives de réduction des gaz à effet de serre et ainsi rendre certaines activités polluantes « carboneutres ». Leur caractère volontaire montre toutefois leurs limites. Plusieurs organismes proposent des services de compensation pour l’utilisation des voitures, des vols en avion et des systèmes de chauffage au mazout. Pourtant, combien d’automobilistes, de voyageurs et de propriétaires de maisons chauffées au mazout utilisent ces services?




LE QUÉBEC, MATRIARCAL?  -  Émilie Goulet  & Julie Robillard
Malgré leur plus grande autonomie, les femmes accèdent encore aux postes de pouvoir à un rythme très lent
Pour plusieurs, le Québec serait une société matriarcale, c’est-à-dire une société dominée par les femmes, où les hommes, victimes, seraient en manque de repères et en train d’y perdre leur place.
L’entrée des femmes sur le marché du travail les a rendues plus autonomes et indépendantes qu’avant. Toutefois, à un niveau d’éducation égal, elles gagnent environ 70% du salaire de leurs homologues masculins.
Ce discours récurrent est très présent, surtout cet automne dans la populaire émission Tout le monde en parle, où on y a fait régulièrement référence. Il y a effectivement eu des acquis majeurs pour la condition féminine durant les dernières décennies. Toutefois, est-ce suffisant pour qualifier la société québécoise de matriarcale?
Il est vrai qu’il y a maintenant plus de femmes en politique et que le gouvernement Charest peut se vanter d’avoir instauré la première parité ministérielle (qui n’est plus depuis le départ de Monique Jérôme-Forget) en 2007. Néanmoins, à peine 28,8% des députés sont des femmes. Doit-on rappeler que la notion de parité implique un équilibre dans la représentativité des femmes et des hommes au pouvoir et qu’elle a été introduite justement pour remédier à cette situation désavantageuse pour les femmes?
Malgré cet effort de parité au Québec, on retrouve encore majoritairement des hommes à la tête de l’État (provincial et fédéral), des partis politiques et des villes. Ce sont encore eux qui occupent majoritairement les fonctions ministérielles les plus influentes et prestigieuses (finances, commerce, relations internationales, justice).
Dans la fonction publique, environ un tiers des postes de haute direction (sous-ministres en titre ou associées et présidentes ou adjointes d’organismes gouvernementaux) sont occupés par des femmes.
Même son de cloche dans les municipalités québécoises où, en 2009, la proportion de femmes se limite à 13,9% dans les postes à la mairie et à 26,7% dans ceux de conseiller. En réalité, la faible proportion de femmes dans des postes politiques importants prouve qu’elles sont loin d’être en position de domination politique au Québec et au Canada.
La sphère économique, autre lieu incontestable de pouvoir, doit aussi être examinée avant de taxer le Québec de société matriarcale. Effectivement, l’entrée des femmes sur le marché du travail les a rendues plus autonomes et indépendantes qu’avant. Toutefois, leurs conditions de travail et salariales sont généralement plus difficiles que celles des hommes, car elles occupent des emplois atypiques, précaires, à temps partiel et au salaire minimum en plus grande proportion que ces derniers. À un niveau d’éducation égal, elles gagnent environ 70% du salaire de leurs homologues masculins.
Même si plusieurs justifient la « domination » féminine dans la société québécoise par le fait que les jeunes femmes réussissent mieux sur le plan académique et qu’elles obtiennent maintenant plus de la moitié des diplômes universitaires, la réalité du marché du travail montre que leur présence dans les postes de pouvoir augmente à un rythme extrêmement lent. Il s’agit de la théorie du plafond de verre, qui explique que les femmes, et autres groupes minorisés, restent structurellement coincés à des paliers hiérarchiques subalternes.
À titre d’exemple, entre 2002 et 2008, l’augmentation du nombre de femmes aux postes de haute direction et à la tête des plus grandes entreprises canadiennes a oscillé entre 0,2% et 1,8% aux deux ans, pour atteindre respectivement un taux de 16,9% et 6% en 2008. De plus, elles occupent seulement 13% des sièges sur les conseils d’administration, et ce, même si elles représentent 47,1% de la force de travail au Canada. La situation est plus positive dans les sociétés d’État québécoises, où la proportion de femmes sur les conseils d’administration atteignait 44,8% en mars 2009.
La situation du plafond de verre se reproduit aussi dans le domaine de l’éducation au Québec et au Canada. Si les hommes ne représentent que le tiers du personnel enseignant total au Canada, ils occupent environ 60% des postes au niveau universitaire, alors que plus de 71% des femmes sont professeures aux niveaux primaire et secondaire.
Les hommes gagnent encore plus d’argent que les femmes pour un niveau d’éducation identique. Ce sont encore les femmes qui consacrent plus de temps aux tâches parentales et domestiques non rémunérées et ce sont elles qui mettent généralement leur carrière de côté pour s’y consacrer. De plus, les problèmes de discrimination, de violence et les stéréotypes sont encore bien présents.
Alors, comment peut-on clamer haut et fort que le Québec est une société matriarcale dominée par les femmes alors que les sphères de pouvoir réel sont encore majoritairement occupées par des hommes? Le discours affirmant que l’égalité des sexes serait atteinte et que les femmes se retrouveraient aujourd’hui en situation de domination, semble être accepté par une grande partie de la population. Cependant, les faits réels nous prouvent inéluctablement le contraire. Rassurez-vous, la gynocratie au Québec n’est définitivement pas pour demain matin…
QU’EN PENSEZ-VOUS? forum@lapresse.ca


Femmes et indépendance  -  Marie-Claude Lortie
Ce devrait être la semaine de la Fédération des fem mes du Q uébec (FFQ). Celle où l’on parle de sa nouvelle présidente, élue samedi, Alexa Conradi. Celle où l’on rappelle le rôle joué par cet organisme, qui regroupe les associations féminines de la province et qui a déjà été un grand porte-parole des Québécoises dans tous les dossiers touchant les femmes.
Ce devrait être la semaine de la FFQ, mais plus je pense à la Fédération, plus j’ai envie, en fait, de parler de la présidente d’un autre organisme pas mal plus officiel, le Conseil du statut de la femme, nommé par le gouvernement du Québec pour le conseiller sur les questions qui concernent les femmes.
Pourquoi ? Parce que, au début du mois, Christiane Pelchat a dénoncé publiquement les coupes dans les pensions des veuves envisagées par la Régie des rentes du Québec.
Parce que, en août, elle est descendue dans l’arène pour parler haut et fort contre la décision du ministre libéral de la Santé de rendre la vie presque impossible aux cliniques privées offrant des avortements.
Parce que, en fait, depuis qu’elle a été nommée à la présidence du Conseil, en 2006, elle ne fait que foncer, tête première, dans les dossiers épineux, quitte à déranger au passage le gouvernement qui l’a nommée. De l’hypersexualisation des jeunes filles au port du voile dans la fonction publique en passant par la modification de la Charte québécoise des droits pour reconnaître l’égalité comme valeur québécoise fondamentale, la présidente n’a pas chômé et a brassé bien des cages.
En fait, depuis quelques années, j’ai l’impression de la voir houspiller le gouvernement libéral bien plus souvent que tout autre organisme féministe, alors qu’elle a été associée à ce parti politique comme députée et chef de cabinet.
Qu’on soit d’accord ou pas avec Mme Pelchat – et je fais partie de celles qui ne sont pas toujours du même avis que cette avocate féministe qui a longtemps travaillé au Sénégal avant d’être recrutée pour son CV étoffé –, on ne peut que s’incliner devant son front et son indépendance d’esprit.
Et c’est ici qu’il est intéressant de commencer à parler de la Fédération des femmes du Québec, qui vient d’élire à sa présidence une organisatrice communautaire féministe reconnue. Une femme qui était, j usqu’en j uin dernier, présidente de Québec solidaire (QS), parti fondé par une ancienne présidente de la FFQ, Françoise David.
Je rêve ou QS et la FFQ sont décidément proches ? Trop proches ?
J’ai parlé hier à Mme Conradi et je lui ai posé la question. « Seriez-vous capable de critiquer Québec solidaire ? »
« Tout à fait », m’a-t-elle répondu, précisa nt qu’elle n’avait « aucun problème » avec l’idée de devoir un jour prendre ses distances par rapport au parti. « Je n’ai aucune hésitation à dire que je le ferai si nécessaire », affirme-t-elle.
Est-elle même prête à prendre du recul par rapport à l’accent très, très fort qu’a mis la Fédération sur la lutte contre la pauvreté des femmes en général et des immigrées en particulier, dossier très QS s’il en est un?
« J’ai envie qu’on ait une j u st ice é c onom ique pou r l’ensemble des fe m mes », répond-elle, en prenant soin de préciser qu’il n’y a pas que les femmes au bas de l’échelle qui sont victimes d’inégalités et que la précarité, notamment, touche aussi les femmes des classes moyennes. « J’ai envie qu’on crée des ponts entre toutes les femmes visées par l’incertitude financière », dit-elle.
En discutant, elle prend aussi la peine de parler du suicide de Nelly Arcan, en faisant un lien entre cette mort tragique et la dictature de la beauté encouragée par la société de consommation qui finit par affecter toutes les femmes, peu importe leur statut social.
Bref, Mme Conradi semble vouloir ouvrir les préoccupations de la FFQ à des dossiers plus larges que celui de la pauvreté, aussi louable et important soit-il.
En 1995, durant la campagne référendaire, quand la Fédération des femmes du Québec a décidé de se joindre au camp indépendantiste, son image a changé. Lorsque j’ai exprimé cette observation récemment, Françoise David, qui était présidente de la FFQ à l’époque, m’a rappelé que cette décision avait été prise tout à fait démocratiquement au sein de l’organisme, ce dont je ne doute pas une seconde. Toutefois, cette prise de position, je le répète, a transformé l’i mage de la F édération . Soudainement, la FFQ ne se préoccupait plus seulement des femmes et prenait des positions politiques sur d’autres enjeux qui n’étaient plus féministes et féminins en soi.
Depuis, rien n’a jamais été fait, à la FFQ, pour redéfinir l’i ndépenda nce de l ’orga - nisme. Et aucune position n’a jamais été prise pour le différencier, clairement, de Québec solidaire, parti de gauche et souverainiste fondé par son ancienne présidente.
Bref, quelque part, on a l’impression que l’ombre de Mme David, avec ses causes bien à elle (aussi louables soient-elles), plane toujours sur la FFQ.
Et samedi, voilà que les militantes élisent l’ancienne présidente de QS à la tête de la FFQ…
Le fém i n isme, com me le montre la présidente du Conseil du statut de la femme à chacune de ses sorties publiques contre le gouvernement libéral, est une cause qui vit mal en conjonction avec l’esprit partisan. Régulièrement, Mme Pelchat critique le parti dont elle a déjà été députée, car ses responsabilités, pour défendre l’ensemble des femmes du Québec, l’obligent à s’élever au-dessus de ces considérations.
Espérons que la nouvelle présidente de la FFQ montrera rapidement que l’organisme fém i n iste est de nouveau capable d’une pareille indépendance d’esprit et est prêt à aller au front pour toutes les femmes, toutes classes confondues, et non pas uniquement pour l’électorat potentiel de Québec solidaire.


Plus de femmes que d’hommes décrochent leur diplôme  -  Louise Leduc
Pou r la prem ière foi s au Québec, les femmes (51,6 %) sont plus nombreuses que les hommes à être diplômées universitaires. Et, si la tendance se maintient, on n’a rien vu encore : chez les 25 à 34 ans, pas moins de 58,4 % des titulaires d’un diplôme universitaire sont des femmes.
C’est entre autres ce qui ressort d’un document sur les diplômés universitaires rendu public hier par l’Institut de la statistique du Québec.
En un coup d’oeil – mais en plusieurs chiffres! –, toutes les tendances sont là. Ainsi, l’étude démontre bien que même si la lutte contre le décrochage est sur toutes les lèvres, les Québécois sont de plus en plus nombreux à se rendre quand même jusqu’à l’université.
« Au Québec, en 2006, on dénombre 880 670 personnes de 25 à 64 ans titulaires d’un grade universitaire, cette population s’étant accrue de 23,6 % depuis 2001 », peut-on lire dans le document.
Fait à noter, à eux seuls, les immigrants récents (arrivés entre 2001 et 2006) comptent pour 38,1 % de l’augmentation des titulaires d’un diplôme universitaire de 2001 à 2006. Les immigrants les plus scolarisés sont ceux qui sont nés en Afrique.
Les maîtrises et les doctorats gagnent-ils en popularité au Québec? Au cours de la décennie 1996-2006, apprend-on, ce sont les titulaires d’une maîtrise dont le nombre s’est le plus accru – une augmentation de 58,6% au Québec, ce qui est cependant moindre que la hausse de 68% dans l’ensemble du Canada et de 72,5% en Ontario.
Un choix différencié
Comme le signale l’enquête de l’Institut de la statistique, le domaine d’études choisi demeure fortement différencié selon le sexe. Chez les hommes universitaires, en 2006, les deux domaines d’études les plus populaires sont ceux qui se rapportent à la gestion et au génie.
Chez les femmes, l’éducation demeure le domaine d’études le plus choisi (22 %).
Cependant, cela pourrait vite changer. Ainsi, par rapport à leurs aînés, les titulaires d’un grade universitaire de 25 à 34 ans ont tendance à délaisser le domaine de l’éducation et, dans une moindre mesure, celui des sciences humaines. Plus encore, dit l’étude, «cette désaffection est plus importante chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes». C’est, entre autres, parce que les jeunes femmes sont plus attirées que leurs aînées par l’administration et le droit.


En guerre contre les talons hauts  -  Mali Ilse Paquin
Les syndicats britanniques réclament des chaussures confortables
Souffrir pour être belle, d’accord, mais souffrir pour travailler ? Les femmes ne devraient plus être forcées à porter des talons hauts au travail, disent les syndicats britanniques.
LONDRES — Les syndicalistes britanniques ont un nouvel en nemi : les chaussu res à talons hauts. Ils ont signifié aux patrons du pays cette sema ine que les fe m mes pouva ient re f u ser de les porter au travail. Cette position a aussitôt provoqué une levée de boucliers… chez des adeptes des talons hauts.
Une centrale syndicale britannique s’insurge contre le port obligatoire des talons hauts, particulièrement dans le commerce de détail. Peu reconnues pour leur confort, ces chaussures n’étaient pas moins prisées par les participantes à une course inusitée, à Berlin, en juillet dernier (ci-dessus).
Plusieurs dossiers chauds ont été abordés à la conférence annuelle de la centrale syndicale TUC (Trades Union Congress), qui s’est terminée hier à Liverpool. Toutefois, la motion demandant aux employeurs de réévaluer leur code vestimentaire a fait couler plus d’encre que la perte de 10 000 emplois mardi dernier.
« Le congrès demande aux employeurs qui exigent le port des talons hauts de s’assurer qu’ils ne nuisent pas à la santé de leur personnel. Si c’est le cas, les chaussures confortables devraient être permises », disait l’énoncé.
Plus de 90 % de l’assemblée a approuvé cette mesure introduite par le syndicat des podiatres.
E l le ava it pou r t a nt été ridiculisée pa r la députée conservatrice Nadine Dorries. « Mon emploi est dominé par les hommes et mes collègues ont des instincts meurtriers, avait-elle écrit dans son blogue au mois d’août. Je dois leur tenir tête et je mesure 1m60. Je n’ai pas le choix de porter mes Ch ristia n Louboutin. »
D e s c h ron iqueu se s de droite ont marché dans son sillon, avertissant les syndicats de ne pas toucher à leurs Manolo Blahnik.
Même une syndicaliste universitaire a accusé le TUC de paternalisme et de sexisme. « Pou rquoi visons-nous seulement les femmes ? » a demandé Loraine Monk, juste avant le vote.
Discrimination ?
Ce sont plutôt cer t a i n s milieux de travail qui sont discriminatoires, répliquent les défenseurs de la motion. «Nous ne disons pas aux femmes quoi porter, affirme à La Presse Mary Turner, présidente du syndicat GMB. Nous disons simplement que les femmes devraient avoir le choix de se chausser confortablement. Nous sommes leur allié.»
Le secteur du commerce de détail est montré du doigt. L es maga si ns H a r rods et Selfridges, deux temples de la mode à Londres, ont des règles très strictes sur le type de chaussures de leurs vendeuses, soutient une podiatre qui désire conserver l’anonymat.
Résultat, plusieurs de ses patientes souffrent le martyre : oignons, nerf coincé et inflammation de l’avant-pied.
« Une de mes clientes s’est fait avertir que ses talons n’étaient pas assez hauts, dit de son côté Emma Supple, une sommité en podiatrie. Elle risque de perdre son emploi. »
Les opérations aux pieds coûtent 29 millions de livres sterling (50 millions $ CAN) par année au système de santé, rappelle l’experte.




L’amour au temps de Lola  -  Louise Leduc
Aussi atypique que soit la situation de Lola – combien de Québécoises vivent avec des milliardaires ? –, cette affaire a mis en lumière comme jamais les risques auxquels s’exposent les conjoints de fait, pour le meilleur ou pour le pire. Cette histoire fe
Alors que des générations de femmes ont rêvé d’un voile blanc, Myriam*, elle, n’est pas princesse pour deux sous. Si un jour, comme dans d’autres provinces canadiennes, les conjoints de fait risquaient de se devoir une pension alimentaire et tout le tralala, elle ne serait plus concubine, mais voisine. « Je m’achèterais quelque chose pas loin de chez mon chum, mais je ne vivrais plus en permanence sous le même toit qu’un homme. »
Vérification faite, cela ne serait d’aucune utilité : devant les tribunaux, c’est la présence ou pas d’un projet de vie commun, et non d’un toit commun, qui détermine la nature d’une union.
Myriam s’en étonne. Elle va creuser cela, comme elle s’est assurée jusqu’ici de protéger ses arrières afin de ne rien, rien, rien devoir à son homme en cas de rupture.
C’est que Myriam, qui a étudié et qui a gravi un à un les échelons d’une entreprise dont elle est aujourd’hui cadre supérieure, s’est trouvé un prince charmant qui, à son grand désespoir, a gardé un côté très grenouille. Moins il décroche de contrats de déneigement, mieux il se porte, car il préfère se consacrer à ses passions personnelles. Quinze mille dollars, annuellement, lui suffisent amplement. Le couple n’a pas d’enfant. Myriam joue à contrecoeur les pourvoyeuses et son homme trouve cela parfait. Myriam, non.
Au rythme où les filles décrochent des diplômes et où les garçons décrochent tout court, Myriam risque d’être un cas de moins en moins isolé.
Pour Sylvie aussi, il y a « inversion des rôles traditionnels » mais, dans son cas, sans acrimonie aucune. Médecin, Sylvie a eu la possibilité de pousser plus encore sa formation à l’étranger pendant deux ans. Son amoureux, avec lequel elle a un enfant, a obtenu un congé sabbatique pendant la première année, mais il devra vraisemblablement démissionner après. Avant le départ – avant l’affaire Lola, aussi –, ils se sont mariés civilement. Pour faciliter l’obtention des visas, mais aussi, dit Sylvie, parce qu’elle voulait prouver son engagement à l’heure où son amoureux s’apprêtait à faire de grands sacrifices pour le bien de la famille. Et, ajoute-t-elle, « je ne souhaite pas qu’il parte de rien si un jour les choses tournent mal ».
Il reste que pour l’heure, au Québec, les situations comme celle de Christiane demeurent plus répandues. Christiane se décrit comme une « conjointe de fait en deuil de mariage ». « Moi, j ’ai toujours voulu me marier, dit-elle. Pour mon conjoint, pas question. Comme il était matériellement mieux pourvu quemoi lorsque nous nous sommes rencontrés – il avait déjà sa maison qu’il achevait de payer – et comme son salaire est beaucoup plus élevé que le mien, je ne pourrai jamais acheter 50% de la maison que nous habitons et je ne pourrai jamais payer 50% des dépenses relatives à la maison. De toute façon, si j’achetais 10% de la maison, que me reviendrait-il en cas de séparation? Dix pour cent. »
Christiane, elle, paie l’épicerie, la femme de ménage, les cours des enfants, son auto. « Je dépense. Lui, il investit. »
« Vous direz que s’il n’était pas là, je ne mènerais pas la vie que je mène présentement. Vrai. Par contre, je ne suis pas non plus nécessairement dans la ouate. Je paie 50% des frais reliés aux vacances et à la fin du mois, après la garderie, l’épicerie, les coûts liés à l’auto, il ne me reste pas une énorme somme à mettre de côté.
« Je m’occupe également des enfants, poursuit-elle. C’est un très bon père, mais il est parfois absent. Dans moins de 10 ans, il sera plusieurs fois millionnaire. Mais si je n’étais pas là, pourrait-il se permettre autant de rencontres en dehors des heures de bureau?
« Si on se sépare, j’aurai une pension pour les enfants, mais je n’aurai pour moi que mon salaire annuel de 38 000$. La loi doit changer. En attendant, j’espère simplement que l’amour ne nous lâchera pas. »
Mélanie, pour sa part, a obtenu gain de cause auprès de son amoureux. Mère de trois enfants et conjointe de fait depuis 12 ans, elle voyait sa propre mère, inquiète, lui refiler à répétition des dépliants de la Chambre des notaires sur l’absence d’obligation mutuelle entre conjoints.
Le sujet revenait souvent dans le couple, mais sans suite. Jusqu’à l’affaire Lola. « Çaaprécipité les choses, dit Mélanie. Je ne lui ai pas tordu le bras, mais je lui ai fait comprendre que ma situation m’inquiétait. »
Mariage il y a eu, pour des raisons toutes juridiques. N’empêche, « au palais de justice, on avait le choix d’échanger ou pas des anneaux. Nous avons choisi de le faire, et nous ne sommes pas faits en bois. Au moment du geste symbolique, nous étions pas mal remués! »
De son côté, Josianne raconte à la blague qu’elle a fait du père de ses quatre enfants un « marié obligé ». « Puisque la maison est au nom de mon conjoint seulement, je me sens plus rassurée maintenant. »
Pour quelquesmariages « obligés » depuis l’affaire Lola, combien de disputes conjugales?
En tout cas, un appel lancé sur Cyberpresse a suscité des réponses très variées. Certains de nos correspondants ont défilé devant l’autel, incités à cela par l’affaire Lola. D’autres, plus nombreux, envisagent une entente notariée. Plus nombreux encore sont ceux qui disent qu’en cas de victoire de Lola – une victoire loin d’être impossible, selon plusieurs avocats qui suivent la cause de près –, ils ne s’engageront tout simplement plus. Les droits et devoirs mutuels? Niet. « Après un divorce qui m’a coûté un bras, si les règles changent entre conjoints de fait, je redeviens aussitôt célibataire. » « On peut vouloir partager sa maison et son lit sans vouloir partager sa fortune, non? »
Et cecourriel, deGuy, intitulé: « Moi si j’étais une femme… » Il y explique que lui, il se trouverait un Éric (l’ex de Lola) ou un Paul McCartney. Bref, s’il était une femme, écrit-il, il serait « la Earl Jones du mariage ».
En filigrane de ces missives, de la peur et de l’aigreur. Quarante ans d’accès au divorce – et à ses solutions intrinsèquement imparfaites – y sont pour quelque chose. Le Québec est peu « marieux ». « Beaucoup ont souffert du divorce de leurs parents ou de leur propre divorce, fait observer le psychologue François St-Père. Les gens ont peur d’être trahis ou de se retrouver devant un juge qui les obligera à partager leurs biens avec quelqu’un qui les aura blessés. On est plus conscient aussi que l’amour, de nos jours, ce n’est plus nécessairement à la vie, à la mort. »



Milieu des arts : L’égalité hommes femmes n’est pas pour demain  -  Nathaëlle Morissette
Les nombreuses luttes féministes n’auront visiblement pas suffi. Les inégalités entre les hommes et les femmes qui travaillent dans le milieu des arts persistent toujours, révèlent deux études menées par l’Association québécoise des auteurs dramatiques (A
Les textes dramatiques écrits par les femmes sont moins joués dans les théâtres d’ici que les oeuvres de leurs collègues masculins. Et du côté des artistes qui se retrouvent sur les planches ou devant la caméra, la situation n’est pas plus rose: l’écart entre le salaire annuel moyen des comédiens et celui de leurs consoeurs s’est agrandi en 2008 par rapport à 2007.
Les chiffres révélés dans les deux études sont éloquents. Par exemple, bien que 40% des auteurs dramatiques soient des femmes, seulement 29% des oeuvres j ouées au théâtre proviennent d’une plume féminine, révèle un document établissant le portrait de la condition socio-économique des auteurs dramatiques québécois, intitulé Rideau de verre. L’étude, publiée à la fin août et menée par Marie-Ève Gagnon, présidente de l’AQAD, a tenu compte de sept saisons théâtrales entre 2000 et 2007. Quelque 1600 productions ont été répertoriées pour effectuer ce travail colossal qui a duré deux ans.
Autre inégalité soulevée par l’auteure: l’accès à la scène. Environ 35,9% des hommes comptent trois productions ou plus à leur actif au cours de ces sept années, ce qui est le cas de 18% des femmes. «Il est donc plus difficile à une femme de légitimer sa pratique et de soutenir sa carrière par un accès régulier à la scène», révèle l’étude.
Et la présence de femmes à la direction artistique «ne se traduit pas par des gains pour les auteures».«Parexemple,chezThéâtres associés inc., où 40% des directions artistiques sont féminines, on a vu que les oeuvres de femmes ne représentaient que 24,1% des textes choisis.»
Les chiffres obtenus ne surprennent guère Marie-Ève Gagnon qui, avant même d’entamer son étude, se doutait que la scène n’accordait pas la même place aux hommes et aux femmes.
La présidente de l’AQAD a tout de même fait des découvertes inattendues. «La plus grande surprise, c’était plutôt de voir à quel point les gens étaient mal à l’aise (d’aborder la question des inégalités), mentionne-t-elle. C’est comme si c’était un sujet révolu pour la plupart des gens et qu’il fallait passer à autre chose, ajoute-telle. Souvent l’héritage féministe est perçu comme négatif par plusieurs personnes.»
Pendant ce temps à l’UDA
La situation n’est guère plus reluisante du côté des femmes membres de l’UDA. La Presse a révélé au cours de l’été qu’en 2008, les femmes artistes ont gagné 77,4% du revenu moyen des hommes, contrairement à 81,5% pour 2007. À partir de ces chiffres, le comité des femmes de l’Union des artistes – dont font notamment partie les comédiennes Nathalie Gascon et Geneviève Rioux – a déposé un rapport samedi dernier au conseil d’administration de l’UDA.
Selon le texte de cette étude, le revenu moyen des femmes en 2008 était de 17 995$ (par rapport à 17 662$ en 2007) alors qu’il atteignait 23 101$ (par rapport à 21 622 $ en 2007) pour leurs confrères masculins. L’inégalité se traduit aussi en nombre de cachets versés. Si les femmes en ont obtenu 54 683$ l’an dernier, la part des hommes s’élève à 76 934$.
Afin de renverser la vapeur, le comité a notamment l’intention d’intensifier ses efforts pour «offrir aux artistes des modèles de réussite féminine», lit-on dans le rapport rédigé par la présidente du groupe, Denyse Marleau. Le comité veut stimuler l’entrepreneurship et encourager les femmes à donner un second souffle à leur carrière en se lançant dans la rédaction de textes ou encore en montant des spectacles, explique Mme Marleau. Il offrira des formations pour expliquer comment faire une demande de subvention ou encore vers quel organisme se tourner.
De son côté, la ministre de la Culture et de la Condition féminine, Christine St-Pierre, veut faire une analyse approfondie des deux études avant de se prononcer sur la question. Son cabinet tient toutefois à souligner que Mme St-Pierre ne prend pas ce dossier à la légère puisqu’elle a notamment formé en avril un comité de travail qui se penche sur la place qu’occupent les femmes dans les professions liées à la culture.




À la défense des potiches  -  SOPHIE COUSINEAU
En prenant connaissance des critiques de Stephen Jarislowsky sur la loi québécoise qui vise à atteindre la parité hommes-femmes sur les conseils des sociétés d’État, je suis restée interloquée.
Il faut reconnaître cela à ce grand financier de Montréal. Peu de gens osent dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas devant un parterre du Cercle de la finance internationale de Montréal !
Pour ceux qui ont raté ce moment d’anthologie, Stephen Jarislowsky a affirmé lors de sa causerie jeudi que cette loi adoptée en 2006 est électoraliste. Ainsi donc, cette mesure de discrimination positive servira mal les sociétés visées, qui devront se résoudre à recruter des potiches d’ici 2011.
On aime généralement le francparler de Stephen Jarislowsky. Mais en livrant sa pensée de façon provocatrice – ce que je soupçonne l’amuse beaucoup–, ce gestionnaire de fonds a dérapé.
Stephen Jarislowsky a évoqué une « petite femme » qui n’aurait ni la force de caractère, ni l’expertise pour remettre en question la stratégie d’affaires d’un PDG. Puisant dans sa mémoire ou son imaginaire, on ne sait trop, il a ensuite décrit l’archétype de la femme des années 50 qui passerait sa journée à récurer des chaudrons ou à essuyer les fesses de ses marmots aux couches, totalement déconnectée du monde des affaires.
« Parce qu’elles élèvent des enfants, c’est beaucoup plus difficile (de devenir de bonnes administratrices), a dit ce gestionnaire de fonds.
« Elles n’ont pas vécu toute leur vie dans cette sorte de culture, elles viennent de l’extérieur. Il y a quelque chose qui manque, c’est cette compétence industrielle. Il faut connaître la concurrence. Il faut connaître la culture. Il faut connaître toutes sortes de choses économiques, les finances. »
Ainsi donc, à cause de cette maudite loi 53, on en viendrait à offrir à une femme au foyer un poste d’administratrice à la Société des alcools du Québec, faute d’avoir trouvé une meilleure candidate? Bien voyons!
À la limite, ces commentaires maladroits sont risibles. Ils ne font que trahir les 83 ans du vénérable Stephen Jarislowsky. I ls ne col lent évidemment pas à la réalité d’aujourd’hui. Promenez-vous un midi dans la rue Sainte-Catherine, sur le boulevard René-Lévesque, sur l’avenue McGill-College. Vous allez croiser des tonnes de professionnelles bardées de diplômes, avec des années d’expérience, qui marchent d’un pas pressé entre deux rendez-vous. Des avocates d’affaires, des banquières, des actuaires, des consultantes… Révélation-choc : en 2009, des femmes occupent des postes de haute direction!
Stephen Jarislowsky a bien pris soin de préciser qu’il était en faveur de la nomination d’administratrices qui seraient curieuses, courageuses et compétentes. Ce qui est sous-entendu dans son discours, c’est que le Québec et le Canada n’en comptent pas assez pour peupler la moitié des conseils d’administration des sociétés d’État québécoises.
Au-delà des stéréotypes, c’est ce qui est le plus choquant dans les propos de Stephen Jarislowsky.
Non seulement c’est faux, mais en plus, ce mythe est savamment entretenu dans certains cercles d’affaires. Dans ma vieille édition du répertoire publié par Women in the Lead/Femmes de tête se trouvent 565 noms de femmes d’affaires ou d’entrepreneures du Canada qui ont les compétences et l’expérience pour être membres de conseils d’administration. Des Jacynthe Côté ( Rio Tinto Alcan), Monique Leroux ( Desjardins), Liliane Colpron ( Première Moisson), Christiane Germain ( Hôtels Germain). Entre autres.
Même sous la torture, je parie qu’aucune de ces 565 femmes ne réclamerait publiquement une mesure de discrimination positive pour décrocher un poste d’administratrice. Mais le plafond de verre, pour traduire une expression anglaise, n’en est pas moins étanche. Et c’est parce que la situation semble engluée de façon si indécrottable que le gouvernement du Québec a cherché à donner l’exemple.
Voyez les dernières statistiques de Catalyst Canada, une association à but non lucratif qui enquête tous les deux ans sur les « avancées » des femmes sur les conseils d’administration des 500 plus grandes entreprises du pays.
En 2007, les femmes occupaient seulement 13% des sièges d’administrateurs des entreprises du palmarès Financial Post 500. En 2005, leur poids s’établissait à 12%. En 2003, 11,2%... Bref, au rythme où progressent les choses, il faudra atteindre l’an 2046 avant atteindre la parité!
Certaines entreprises font des ef for ts notables. Après avoir résisté aux pressions du Mouvement d’éducat ion et de défense des actionnaires (MEDAC), la Banque Nationale du Canada a adopté, à sa dernière assemblée annuelle, une politique pour que son conseil soit un jour composé d’autant de femmes que d’hommes. Mais pas toutes. En 2007, 40% des entreprises du FP 500 n’avaient aucune femme à leur conseil d’administration, selon l’enquête de Catalyst Canada. C’est injustifiable. Mais cela s’explique par le fait que les entreprises recrutent rarement en dehors du petit cercle des administrateurs professionnels, des hommes (et de rares femmes) qui se retrouvent d’un conseil à l’autre. Le petit club privé, quoi.
Bref, tout le monde s’entend pour dire que les sociétés d’État doivent être pilotées par des administrateurs compétents. Mais ce n’est pas parce que le Québec insiste sur l’importance de recruter des femmes que les conseils seront peuplés de greluches.
Un constat qui, à l’évidence, échappe à Stephen Jarislowsky, encore prisonnier du XXe siècle.


Un meilleur rendement -  ANNE -MARIE  HÉBERT
Les conseils d’administration gagnent à y faire siéger un plus grand nombre de femmes
LL’auteure est associée directrice des services consultatifs pour le Canada chez Ernst & Young. ors de son a l l oc ut i on devant le Cerc le de la finance internationale de Montréal, Stephen Jarislowsky a dénoncé la loi québécoise qui impose graduellement la parité hommes-femmes dans les conseils d’administration des sociétés d’État.
Stephen Jarislowsky a dénoncé jeudi à Montréal la loi québécoise qui impose graduellement la parité hommes-femmes dans les conseils d’administration des sociétés d’État.
Il a cependant assuré qu’il était en faveur de la parité pourvu que les membres des conseils d’administration fassent preuve de curiosité, de courage et de compétence, les trois qualités essentielles pour accomplir ce travail, selon lui. Sur ce point, toutes les femmes sont sans doute d’accord avec M. Jarislowsky.
Pour ce qui est de son point de vue sur la parité cependant, permettez-moi de ne pas le partager pour les raisons suivantes :
• en avril 2006, il y avait 60 femmes et 158 hommes qui siégeaient au conseil d’administration des 24 sociétés d’État et organismes visés. Je suis convaincue qu’il est possible de trouver au Québec 49 femmes avec les qualités requises pour accomplir un travail de qualité ;
• on a besoin de membres de conseil qui amènent de nouvelles façons de se pencher sur des problèmes familiers et rejettent la pensée de groupe ayant pu contribuer aux défis financiers mondiaux auxquels l’univers est confronté;
• des données provenant d’un rapport Catalyst de 2007 démontrent qu’en moyenne, les entreprises figurant au palmarès des 500 sociétés du magazine Fortune dont le conseil d’administration est composé d’un plus grand nombre de femmes affichaient un meilleur rendement financier que celles où moins de femmes siégeaient au conseil d’administration ;
• les entreprises québécoises réussissent bien à recruter des femmes, mais n’ont pas un bulletin très reluisant en ce qui a trait à leur capacité de les retenir, les développer et les promouvoir. Encore une fois, selon Catalyst, le Québec est en queue de peloton au pays en matière de représentation des femmes au sein des équipes de direction et des conseils d’administration ;
• on anticipe que dès 2011, notre population active sera en décroissance avec 12 personnes qui sortent du marché du travail pour 10 personnes qui y feront leur entrée. Actuellement, on a trois travailleurs par retraité au Québec, mais on prévoit en avoir deux pour un dans 20 ans.
Dans ce contexte, i l es t essentiel d’encourager tous les Québécois, hommes ou femmes, à contribuer à l’essor de la société québécoise. Nos gouvernements ont les moyens d’agir en faisant un geste concret pour faire évoluer la situation en exigeant la sélection de femmes de haut calibre pour siéger au conseil d’administration des sociétés d’État. Cette loi doit être valorisée pour sa contribution à l’évolution de la place des femmes pour améliorer notre compétitivité.
En donnant l’occasion aux hommes qui occupent la major ité de ces positions d’être témoins de l’apport des femmes et en ajoutant des femmes de calibre aux réseaux des hommes, ces derniers seront mieux à même de capitaliser sur le talent de l’autre moitié de la population pour contribuer au succès d’autres organisations.
En participant au conseil de sociétés d’État, les femmes sélectionnées deviendront des sources d’inspiration pour d’autres femmes et contribueront à nourrir l’ambition d’autres femmes.
M. Jarislowsky, mon père a vécu à une époque où les attentes de la société envers lui étaient qu’il travaille et fasse vivre sa famille alors que ma mère s’occupait des enfants. J’apprécie le fait de vivre à une époque où mes fils et ma fille pourront se réaliser dans tous les aspects de leur vie et contribuer pleinement à notre société.
Nous avons besoin de tous les talents et d’une plus grande diversité de pensée pour assurer une croissance économique soutenue au Québec. Les femmes ont besoin que les hommes de votre calibre reconnaissent et valorisent la contribution qu’elles peuvent apporter à notre économie et non le contraire pour avoir l’ambition et le goût d’y faire leur part.



Manifeste pour une fête des Mères heureuse -  Sylvia Galipeau
Il a fait l’Éloge de la lenteur. Puis rédigé un Manifeste pour une enfance heureuse. Fête des Mères oblige, nous avons demandé à l’auteur Carl Honoré, qui vit à Londres et qui est de passage à Montréal cette semaine, de nous livrer quelques conseils maternels pour une vie de famille heureuse.
Généreux, il nous a proposé 12 réflexions. À laisser mijoter, mesdames, et à savourer en temps voulu. 1 Faites-en moins. On ne peut pas tout faire, dit-il, c’est impossible. Les magazines féminins nous mentent. Alors établissons des priorités, tant dans notre vie personnelle que dans celle de nos enfants. 2 Débranchez. De temps en temps, éteignons les ordinateurs, les vidéos, histoire de trouver un autre rythme, « un nouvel espace pour la solitude et l’ennui ». 3 Célébrez l’ennui. « L’ennui est devenu le grand péché de notre société, déplore-til. S’ennuyer, c’est échouer. » Or les enfants, tout comme les parents, ont besoin de s’ennuyer de temps en temps. Pour créer. 4 Passez une semaine sans consulter un seul manuel de parentalité. Pas un livre, pas une chronique, pas un site internet. Délivrez-vous du bombardement de conseils et faites-vous confiance. 5 Entourez-vous de parents qui, comme vous, cherchent un autre chemin. Vous vous sentez seuls, dans votre quête de lenteur, de temps libre, et de résistance à performance à outrance? Erreur, dit-il. D’autres parents s’interrogent comme vous. Trouvez-les. 6 Célébrez la diversité. Observez autour de vous les personnes que vous admirez. Demandez-leur comment elles ont grandi: avec le même et unique parcours parascolaire archi-chargé? Probablement pas. 7 Programmez du temps non programmé. Oui, c’est paradoxal. Mais nous en sommes là, dit-il. Tous les jours, nos enfants devraient avoir environ une heure de temps libre. (Ne paniquez pas, le temps passé au service de garde, s’il est non planifié, compte...) 8 Retrouvez votre équilibre. N’oubliez jamais que vos enfants vous regardent, vous imitent, apprennent de vous. Si vous voulez élever des enfants « en équilibre », commencez pas retrouvez le vôtre. Comment ? En établissant des priorités (voir point 1). 9 Conduisez votre enfant à son entraînement de soccer (hockey, danse, gym, etc.), puis... partez. Votre (omni) présence a tendance à devenir claustrophobe, dit-il. « Donnez-lui un espace pour jouer, avoir du plaisir, sans toujours avoir un oeil qui le surveille derrière son épaule. » 10 Faites les choses pour votre enfant, et non pour la galerie. « Posez-vous toujours la question: pourquoi est-ce que je fais ça? conseille-t-il. Est-ce vraiment un bon moment pour ajouter le violon à l’emploi du temps de mon enfant? » 11 Percer la bulle de surprotection qui entoure votre enfant. Vous n’osez pas le laisser se promener seul dans le quartier? Promenez-vous à pied et vous verrez: il n’y a pas de pédophile tous les 10 mètres. « La rue n’est pas un champ de bataille ! » 12 Ne faites pas les devoirs de votre enfant. Dans unmonde idéal, peutêtre n’existeraient-ils pas. En attendant, ils sont obligatoires. Mais c’est à votre enfant de les faire. Pas à vous. « Résistez à la tentation de trop faire. »



Fermes en péril -  L'UPA proteste  contre le rapport St-Pierre
L’application des propositions du rapport Saint-Pierre serait fatale pour de nombreuses entreprises agricoles au Québec
Le principe de stabiliser le revenu des entreprises agricoles est toujours aussi pertinent aujourd’hui, et même davantage dans le contexte de
la mondialisation.
L’auteur est président général de l’Union des producteurs agricoles (UPA).
Le rapport sur l’aide de l’État en agriculture laisse entendre que l’agriculture québécoise se traînerait les pieds, alors qu’elle se hisse au rang des plus performantes d’Amérique du Nord, soutient Christian Lacasse de l’UPA.
Ave c son récent r a pp o r t sur le soutien de l’État en agriculture, Michel R. Saint-Pierre avoue sans détour avoir voulu provoquer un « électrochoc ». Disant vouloir se garder de la langue de bois, il a effectivement franchi plusieurs pas, allant jusqu’à blesser les agriculteurs dans leur fierté.
La mienne a été profondément offensée en lisant son document, à l’instar de nombreux producteurs agricoles que j’ai rencontrés. Plusieurs jugements de valeur parsèment son texte, dont l’idée que les agriculteurs ont cessé « d’être des entrepreneurs en se considérant comme des employés de l’État ». Voilà qui nous fait une belle réputation! Comment ajouter foi à un tel travail, à plus forte raison que son analyse est truffée de biais sur le plan méthodologique?
Le document laisse par ailleurs entendre que notre agriculture se traînerait les pieds, alors qu’elle se hisse au rang des plus performantes d’Amérique du Nord! Et ce, même si elle doit composer avec sa nordicité, ce qui la désavantage largement par rapport à nos voisins du Sud. Qui plus est, elle contribue à offrir à nos concitoyens un des paniers d’épicerie les moins chers parmi les pays industrialisés. Pas mal pour des gens prétendument si peu entrepreneurs...
M. Saint-Pierre veut démontrer que le soutien de l’État à l’agriculture est devenu un gouffre. C’est sa thèse, sinon la commande qu’il a reçue... Nous ne sommes pas dupes. Il affirme aussi que notre agriculture est soutenue davantage qu’ailleurs, ce qui n’est pas le cas quand on s’en remet aux chiffres de l’OCDE et à des indicateurs complets, ce qu’il n’a pas fait, bien sûr. Il s’en prend particulièrement à l’Assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA), limitant son analyse à des paramètres qui appuient ses conclusions.
Il s’est gardé évidemment de remettre les choses en perspective. Notamment de rappeler que l’agriculture a dû composer, ces dernières années, avec une succession de crises sans précédent: crise de la vache folle, qui a provoqué des pertes de centaines de millions de dollars au Canada et dont nous ne sommes pas encore relevés; sub-
Le principe derrière l’ASRA, créée il y a plus de 30 ans, est de stabiliser le revenu des entreprises agricoles. Ce principe est toujours aussi pertinent aujourd’hui, et même davantage dans le contexte de la mondialisation. Il se base sur une notion fondamentale que veut évacuer Michel Saint-Pierre: les coûts de production, ce qu’il en coûte pour produire un filet de porc, une douzaine d’épis de maïs ou un rôti de palette. Ces coûts sont bien différents chez nous de ce qu’ils sont dans des pays compétiteurs, tels le Mexique ou le Brésil, où le climat peut permettre jusqu’à quatre ou cinq récoltes par année, doit-on rappeler à ceux qui ont la comparaison facile...
À ces coûts s’ajoutent également les attentes sociétales envers notre agriculture, notamment en matière ventions déloyales des Américains à leurs producteurs de céréales, qui ont maintenu les prix au plancher des années durant; dépréciation du dollar, dévastatrice pour nos exportations, etc.
Ces crises se sont ajoutées à l’incertitude chronique des marchés agricoles. Ceux-ci, faut-il savoir, ne suivent pas les règles des autres marchés. Ils sont, par nature, volatiles et incapables de rémunérer adéquatement les agriculteurs et leurs coûts de production. Les programmes de sécurité du revenu visent à contrebalancer ce phénomène. C’est la même chose dans tous les pays industrialisés, où le soutien à l’agriculture est considéré comme une fonction vitale. d’innocuité, d’environnement, de méthodes de production, d’occupation et d’entretien du territoire.
« Son testament », voilà comment M. Saint-Pierre qualifie le rapport qu’il a produit, à l’aube de sa retraite. Sauf qu’en proposant, comme il le fait, d’abolir le plus important programme de soutien à l’agriculture québécoise (l’ASRA), ce n’est pas son testament de fin de carrière qu’a signé M. Saint-Pierre, c’est l’arrêt de mort, à plus ou moins brève échéance, de nombreuses fermes dans nos régions rurales ainsi que des emplois qui en dépendent... si jamais le gouvernement décidait d’emboîter le pas à ses propositions.


La révolution des sexes bénéfique pour les hommes
Depuis 20 ans, l’indice de bonheur des hommes augmente plus vite que celui des femmes
On évoque souvent les affres que vivent les hommes roses snobés par des femmes avides de virilité. Mais quand les économistes se penchent sur la question, les résultats sont clairs : les hommes ont beaucoup mieux vécu les chambardements des rôles sexuels traditionnels.
Depuis deux décennies, l’indice de bonheur des hommes augmente plus vite que celui des femmes. « Traditionnellement, les femmes étaient plus heureuses que les hommes », explique Betsey Stevenson, du Bureau national de recherche économique des États-Unis, qui vient de publier une étude basée sur 40 ans d’études sur le bonheur aux États-Unis et en Europe. « Mais cela a récemment changé. Aux États-Unis, l’indice de bonheur des femmes baisse régulièrement depuis les années 90, alors que celui des hommes reste inchangé. En Europe, les indices des deux sexes augmentent, mais celui des hommes grimpe plus vite, et il est passé devant celui des femmes. »
Toutes catégories
La tendance touche toutes les catégories socioéconomiques : couples mariés ou non, riches et pauvres, décrocheurs et détenteurs d’un diplôme universitaire. « Il est très difficile de déterminer exactement quel est le problème, mais il est clair que la transformation des rôles traditionnels est plus difficile pour les femmes que pour les hommes, même si ces derniers semblent être ceux qui ont le plus à perdre. »
L’économiste, qui enseigne à l’Université de Pennsylvanie, propose cinq hypothèses. « On sait qu’auparavant, le bonheur des femmes était très étroitement lié au bonheur conjugal. Ce n’est plus le cas. Peut-être y a-t-il des facteurs de stress dans les couples qui affectent davantage les femmes que les hommes. Deuxièmement, on voit très clairement, dans les sondages sur les jeunes adultes, que les femmes se plaignent de ne pas avoir de temps libre, de temps pour s’amuser, mais qu’en même temps elles veulent être des exemples à la fois en tant qu’épouse, mère et travailleuse. Troisièmement, il se pourrait que la baisse de la cohésion sociale, l’éclatement des réseaux sociaux traditionnels affecte plus les femmes que les hommes. Enfin, il est possible que les femmes soient moins tolérantes de ce qui reste en matière de discrimination sexuelle, ou tout simplement qu’elles soient plus à l’aise de parler de leur insatisfaction. En d’autres mots, que le malaise silencieux de la banlieue dont parlait Betty Friedman est maintenant sur la place publique. »
Les hommes tirent-ils une satisfaction quelconque de leur bonheur quand ils voient les femmes de plus en plus insatisfaites? « C’est certain que les hommes doivent s’en rendre compte, au moins inconsciemment, dit Mme Stevenson. Ça peut renforcer leurs sentiments positifs. Mais c’est une relation impossible à calculer, les deux tendances sont inextricables. »




Travailler, c’est trop dur...
Vous avez l’impression de vous défoncer à l’ouvrage, que les semaines de travail sont de plus en plus longues, que vous n’arrivez plus à « fournir » ? Eh Bien! vous n’avez pas tort. Une étude de la sociologue Katherine Marshall, parue hier dans L’Emploi et le revenu en perspective, une publication spécialisée de Statistique Canada, montre qu’en 30 ans, le nombre moyen d’heures travaillées des couples est passé de 58 à 65 heures par semaine. Cela représente une hausse de 13% ou, si vous voulez, l’équivalent d’une journée entière (un peu plus de sept heures) de travail. Nous parlons ici de travail rémunéré.
Et dire que, justement dans les années 70, les futurologues nous prédisaient la « civilisation des loisirs » dans les années 2000...
Les chiffres que nous venons de voir cachent toutefois en bonne partie les bouleversements qui ont secoué le marché du travail depuis trois décennies.
En 1976, les familles où les deux conjoints travaillaient à l’extérieur ne représentaient que 4 ménages sur 10, contre 7 sur 10 maintenant.
Évidemment, c’est l’arrivée massive des femmes sur le marché du travail qui a tout changé. En 1976, dans 53% des ménages, seul l’homme occupait un emploi. Aujourd’hui, cette proportion est tombée à 21%.
Lorsque les deux conjoints travaillent, cela fait forcément augmenter le nombre d’heures travaillées des familles.
Un des points les plus intéressants de l’étude concerne la semaine de travail chez les familles où les deux conjoints travaillent. En 1976, nous avons vu que ces ménages formaient une minorité. Ensemble, les deux conjoints travaillaient à l’extérieur, à cette époque, 77,2 heures en moyenne par semaine (33,8 heures pour les femmes et 43,3 heures pour les hommes). En 2008, la semaine de travail des conjoints se situait à 76,7 heures (34,7 heures pour les femmes et 42 heures pour les hommes). 
Les résultats de l’enquête montrent que, dans l’ensemble, 46% des hommes, mais seulement 33% des femmes, supportent un niveau de stress tolérable. À l’inverse, seulement 19% des répondants masculins vivent un niveau de stress élevé, contre 30% chez les femmes. C’est dire qu’en ce qui concerne les ménages à deux revenus, le nombre d’heures de travail n’a pratiquement pas bougé en 30 ans. On peut noter une très légère augmentation des heures travaillées chez les femmes, et une très légère diminution chez les hommes. Pourquoi alors a-t-on l’impression de courir comme des fous à longueur de journée ?
Parce qu’il y a plus de ménages à deux revenus, c’est aussi simple que cela.
Dans les années 70, lorsqu’un seul conjoint occupait un emploi, la deuxième ( je l’écris au féminin pour des raisons évidentes) s’occupait généralement des courses, du ménage, des travaux domestiques, des enfants. Lorsque cette deuxième conjointe est entrée à son tour sur le marché du travail, comme cela s’est produit massivement, le couple doit se partager les travaux domestiques, et la charge globale de travail augmente pour les deux conjoints, surtout quand il y a des enfants. Même si la participation des hommes aux tâches domestiques tend à augmenter, les femmes continuent d’y consacrer plus d’heures.
L’étude s’étend longuement sur le stress lié au manque de temps.
Pour mesurer l e niveau de stress relié à des horaires surchargés, on recueille des renseignements auprès d’un échantillonnage représentatif de répondants.
Ceux-ci sont invités à répondre par oui ou par non à dix propositions comme « Je sens que je n’ai plus le temps de m’amuser », « Je crains de ne pas passer assez de temps avec ma famille ou mes amis » ou « À la fin de la journée, j’ai souvent l’impression que je n’ai pas accompli ce que je voulais accomplir ».
Un score de zéro à trois réponses positives indique un niveau de stress tolérable. À plus de sept réponses posit ives, on considère que le niveau de stress lié aux horaires surchargés est extrême.
Les résultats de l’enquête montrent que, dans l’ensemble, 46% des hommes, mais seulement 33% des femmes, supportent un niveau de stress tolérable. À l ’ i nverse, seulement 19 % des répondants masculins vivent un niveau de stress élevé, contre 30% chez les femmes.
Chez les couples à deux revenus comptant au moins un enfant de moins de six ans, le niveau de stress extrême grimpe à 24% chez les hommes et 38% chez les femmes.
Enfin, l’étude établit qu’il existe toujours un écart salarial important entre les hommes et les femmes, mais que celui-ci tend à s’amenuiser. En 2008, les gains hebdomadai res moyens des hommes (avant impôts) se situaient à 1040$, contre 74 0 $ pour les femmes, un écart de 41%. Dix ans plus tôt, cet écart atteignait 52%. Comme les femmes diplômées universitaires sont maintenant plus nombreuses que les hommes sur le marché du travail, leurs salaires augmentent plus rapidement. Ainsi, entre 1997 et 2008, l’augmentation a été en moyenne de 6,7% chez les hommes et de 15,4% chez les femmes.
D’autre part, l’écart de 41% ne tient pas compte de la longueur de la semaine de travail, plus longue chez les hommes que chez les femmes. Heure pour heure travaillée, l’écart fond à 19%.


Le plafond de verre existe-t-il encore ?
L’ascension des femmes au travail est plus facile qu’avant, selon une spécialiste
VIE AUTRAVAIL
Le fameux plafond de verre, cette entrave invisible qui empêcherait les femmes d’accéder aux plus hauts niveaux décisionnels dans les organisations, est une idée du passé.
Si certaines femmes ont les mêmes ambitions de carrière que le modèle masculin standard, un grand nombre d’entre elles ont d’autres priorités, selon la psychologue Susan Pinker.
C’est ce que soutient Susan Pinker, psychologue montréalaise, chroniqueuse et auteure du livre Le sexe fort n’est pas celui qu’on croit, qui vient de paraître.
Une telle déclaration pourrait faire grincer des dents à certaines féministes. Mais ce n’est pas l’objectif de Mme Pinker, qui a passé deux ans à faire des recherches sur les différences entre hommes et femmes dans le monde du travail pour écrire son livre.
« À mon avis, maintenant, les entreprises veulent bien avoir des femmes aux plus hauts niveaux, dit-elle. Le problème, c’est qu’elles ont de la difficulté à retenir les femmes pour ces postes, à cause d’une combinaison de facteurs. »
Ces facteurs ne sont pas uniquement reliés à l’éducation des enfants et à la famille, ni une question de culture ou de sexisme. Ils sont davantage reliés aux préférences des femmes.
On ne peut pas généraliser, souligne la psychologue, mais il reste que si certaines femmes ont les mêmes ambitions de carrière que le modèle masculin standard, un grand nombre d’entre elles ont d’autres priorités.
Pour la plupart, l’important n’est pas de grimper les échelons le plus vite possible et de gagner beaucoup d’argent, croit Mme Pinker. Elles cherchent avant tout un travail valorisant, une meilleure qualité de vie et une carrière qui leur permet de contribuer positivement à la société en interagissant avec les autres.
« Traditionnellement, on a pensé que pour accéder aux mêmes avantages que les hommes, il fallait être exactement comme eux, et que toutes les différences entre les sexes étaient construites culturellement, dit-elle. On pensait que si on détruisait ces raisons culturelles, tout le reste allait suivre. Mais ce n’est pas ce qui se passe. »
T ravai l ler 80 heures par semaine pour devenir associé dans un bureau d’avocats ou PDG intéresse moins les femmes en général, parce qu’elles ne sont pas les clones des hommes, selon elle. C’est pourquoi plusieurs décrochent avant d’atteindre les sommets.
Égalité des chances
« On croyait que si on donnait aux femmes les mêmes possibilités, elles allaient réagir comme les hommes, en choisissant les mêmes professions, les mêmes cheminements de carrière et les mêmes horaires, mais ce n’est pas le cas », constate la psychologue.
On a beau faire la promotion des professions en sciences pures et en génie auprès des jeunes femmes, les plus douées choisissent majoritairement les domaines reliés à la santé, comme la médecine.
En fait, cette possibilité de choisir a un effet paradoxal: plus les femmes ont de choix, et plus elles choisissent des parcours différents des hommes. L’égalité des chances est essentielle, mais ne garantit pas l’égalité des résultats. Et c’est tant mieux, affirme l’auteure.
« Le message principal de mon livre, c’est que ce n’est pas vrai que les hommes sont plus forts parce qu’ils suivent un modèle de réussite où le travail prime sur tout, dit-elle. Ce n’est pas une vie nécessairement désirable. Il faut remettre en question ces valeurs. »
Une question de pouvoir
Pour Élaine Émond, codirectrice du Centre de développement femmes et gouvernance de l’ENAP (École nationale d’administration publique), le plafond de verre existe encore, et il faut lutter contre lui.
« Mais il ne faut pas mettre tout ça sur le dos des hommes, dit-elle. C’est plutôt une question de mentalité masculine qu’on a développée comme société pour ce qui concerne le monde du pouvoir. Même s’il y a plus de femmes qu’avant à des postes élevés, le modèle du leadership demeure masculin. »
Selon elle, les dirigeants masculins vont chercher les gens qu’ils connaissent pour combler les postes importants, et se renvoient l’ascenseur entre eux. « Pour l’instant, il faut admettre qu’il n’est pas évident qu’on vienne chercher des femmes pour des postes d’influence. »
Et si les femmes veulent influencer la société, elles doivent accéder à des postes de pouvoir, en proportion du nombre de femmes dans la population, selon elle.
Repenser le modèle du travail
Si les entreprises veulent garder les femmes douées et qualifiées, elles devront reconnaître les différences entre les sexes et faire preuve de souplesse dans l’organisation du travail, selon Susan Pinker. Et ce, autant pour les hommes que pour les femmes.
D’ailleurs, ces changements pourraient bien se faire grâce à la générationmontante, croitÉlisabeth Deschênes, PDG de l’agence de publicité Zoum Armada.
« Les jeunes de la génération Y ont des caractéristiques communes allant au-delà des sexes, dit-elle. J’ai des jeunes hommes dans mes équipes de création, où, historiquement, on travaillait jusqu’à 10h le soir. À 17h30, ils s’en vont, parce que leur vie familiale et personnelle est très importante. »
Selon elle, les choses vont changer car à l’avenir, hommes et femmes partageront de plus en plus la même vision de la qualité de vie.


Carrière ou famille, pourquoi choisir ?
Est-ce possible? S’il faut en croire une récente enquête américaine, les jeunes femmes ne se posent plus cette existentielle question: elles ont vu leurs mères travailler, et elles comptent bien en faire autant. Mieux: elles veulent une carrière, une vraie. Même (surtout?), si elles ont des enfants.
C’est ce qui ressort d’une étude longitudinale rendue publique le mois dernier par le Families and Work Institute américain, un groupe d’experts à but non lucratif de recherche sur les tendances en matière de travail et de vie de famille.
Surprise: alors qu’en 2002, moins d’une fille sur deux (48%) de moins de 30 ans pensait poursuivre sa carrière après avoir fondé une famille (c’était l’époque, souvenez-vous, de la fameuse tendance du opting out), elles sont aujourd’hui largement majoritaires (69% des femmes avec enfants, 66% des femmes sans), à vouloir continuer de gravir les échelons. C’est l’une des premières fois qu’hommes et femmes témoignent d’une semblable ambition professionnelle, souligne l’organisme, qui a sondé 3500 jeunes travailleurs (salariés ou autonomes) de moins de 30 ans.
C’est aussi l’une des premières fois que les jeunes hommes affirment passer autant de temps avec leurs enfants: de 2,4 heures par jour en 1977, ils disent passer aujourd’hui plus de quatre heures par jours en famille (comparativement à cinq heures pour les mères). Conséquence: les jeunes pères sont aussi plus nombreux que les mères à trouver difficile (à 45%, contre 39% des mères) la conciliation famille-travail.
À noter : les jeunes ne sont toutefois pas tous convaincus que ces mères qui travaillent soient pour autant de très bonnes mères. Un homme sur trois, et deux femmes sur 10 continuent de les voir d’un mauvais oeil.
Entre autres données intéressantes, soulignons que de plus en plus de femmes (26%) commencent à gagner autant, sinon plus, que leurs conjoints.
Ces chiffres confirment une tendance observée dans plusieurs pays occidentaux, notamment au Québec, commente Jacques Hamel, professeur de sociologie à l’université de Montréal. « Ce sont des enfants des baby-boomers. C’est une génération qui a connu le double revenu des parents. C’est devenu une norme de compter sur le double revenu dans le ménage », dit-il.
Dans le cadre d’une enquête réalisée pour l’Observatoire Jeunes et Société de l’INRS, le sociologue a interrogé plus de 6000 jeunes cégépiens et universitaires pour sonder leurs valeurs. Verdict? « Aujourd’hui, les filles sont majoritaires dans des domaines jadis réservés aux garçons. En médecine, par exemple. Il n’y a rien d’étonnant à ce qu’elles envisagent une carrière. » Mais pas à n’importe quel prix, nuance-til. « C’est très net : ce ne sera pas une carrière au sens traditionnel du terme. Elles ne veulent pas travailler 60 heures par semaine, se défoncer au travail, ou ne miser que sur ça. »

Quant au temps passé en famille par les pères, Jacques Hamel doute qu’il soit si important. Un rapport récent du Conseil de la famille a en effet révélé que les pères s’engageaient certes au sein de la famille, mais consacraient aussi moins de temps qu’avant aux enfants, perdant davantage de temps en déplacements. D’où, peut-être, cette plus difficile conciliation entre boulot, métro, et dodo.



Les mères québécoises plus actives que les françaises -  Sylvia Galipeau
Vrai, les Françaises ont un taux de fécondité quasi inégalé dans le monde occidental, avec 1,94 enfant par femme. Vrai, elles ont aussi un taux d’activité très élevé, à 80%. Mais, surprise, les Québécoises sont désormais encore plus actives qu’elles, tout particulièrement quand elles ont de jeunes enfants.
C’est ce qui ressort d’un nouvel ouvrage comparatif entre les deux pays, Concilier travail et famille, le rôle des acteurs France-Québec, publié aux Presses de l’Université du Québec.
Premier constat: le taux d’activité des Françaises ayant de jeunes enfants de moins de 3 ans était de 60% en 2003, par rapport à 73% au Québec. Les enfants grandissant, l’écart se réduit, mais les Québécoises demeurent malgré tout plus actives: ainsi, le taux d’activité des Françaises ayant des enfants de 3 à 6 ans passe à 74%, par rapport à 77% au Québec. En fait, le taux d’activité des Françaises baisse fortement (chutant de 20 points), lorsqu’elles passent de un à deux, puis de deux à trois enfants.
Diane-Gabrielle Tremblay, codirectrice de la publication, et professeure d’économie et de gestion à la Téluq de l’UQAM, s’est dite surprise de constater à quel point en France, la garde des jeunes enfants reposait sur le dos des mères. Si les enfants entrent à l’école à 3 ans, faute de « crèches » en nombre suffisant, « entre 0 et 3 ans, c’est beaucoup plus souvent les parents, typiquement les femmes, ou encore la famille élargie, qui s’occupent des enfants, ditelle. Au Québec, le rôle très important des services de garde fait que le taux d’activité des femmes est assez élevé. »
Le taux d’activité des mères françaises augmente avec leur taux d’obtention d’un diplôme. Si elles travaillent dans une proportion de 78% quand elles n’ont aucundiplôme (quel que soit l’âge de leur enfant), ce chiffre grimpe à 94% si elles ont un diplôme d’études supérieures.
Autre constat: le travail dit « domestique », demeure, en France comme ici, encore du ressort des femmes, qui y consacrent près de deux fois plus de temps que les hommes (à 69% en France, et 61% ici). Si la répartition est plus égalitaire ici, les auteurs confirment que c’est parce que les pères assument une part plus importante des tâches, mais aussi parce que les mères québécoises travaillent davantage. En clair: le partage des tâches est plus équitable lorsque les deux parents travaillent à temps plein.
La popularité du congé de paternité pourrait changer la donne et pousser vers encore plus d’équité. L’apparition du congé paternel (de trois à cinq semaines ici, et de deux semaines en France) a déjà un succès incontestable, confirme l’ouvrage: en 2006, 40% des pères québécois ont pris les semaines qui leur étaient réservées. L’année suivante, 60% s’en sont prévalus (alors que seuls 14% des pères canadiens prennent une partie du congé parental prévu au régime canadien). En France, entre 2003 et 2004, les deux tiers des pères concernés en ont bénéficié. « On sait que cela a ensuite un impact sur la participation des pères, souligne Diane-Gabrielle Tremblay. Ce sont des pères qui vont s’occuper davantage des enfants. » À suivre.


Maman danse la salsa - Sylvia Galipeau

C’est l’histoire d’un gars, prof de salsa, qui a du flair. Après la danse pour enfants, voilà qu’il vient de lancer un cours réservé à un marché en pleine expansion: les nouvelles mamans.
Lundi matin, 10h30. Nous sommes dans le sous-sol d’un complexe sportif à Laval, dans une grande salle pleine de miroirs, avec, debout, une bonne dizaine de mamans en rang. On se croirait en plein tournage d’une pub pour porte-bébés. C’est que chacune des mamans porte son bébé sur le ventre, symétriquement, suivant religieusement les instructions de l’enseignant. On tourne à gauche: « Un, deux trois, pause, cinq, six, sept, pause. » Toutes les mères tournent en choeur, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Certaines tiennent la tête de leur enfant, d’autres son dos, ou encore ses mains. Plusieurs petits coquins suivent le rythme avec leurs pieds. Le spectacle est de toute beauté.
Quelques minutes à peine après le début du cours, un premier poupon s’endort, au rythme de la musique et du déhanchement de sa maman. Ici, un enfant crie, là, une mère rit. L’ambiance, c’est clair, est à la fête.
À Montréal, deux cafés pour mamans proposent déjà des cours de salsa du genre. On pense ici à Kavaloo, avenue Van Horne, et Maman, bébé et café, rue Sherbrooke. Mais la différence, ici, c’est que l’activité n’émane pas d’un centre destiné aux mamans, mais d’une vraie de vraie école de danse latine, Baila Productions, à Laval, qui, flairant un bon filon, vient tout juste d’ajouter un nouveau cours à son programme. Un peu comme si l’Académie culinaire offrait tout à coup un cours pour les mamans, ou la SAQ, une activité de dégustation pour jeunes mères.
Il faut dire qu’un grand nombre de nouvelles mamans prennent congé un an, passant du jour au lendemain du stade de femme occupée à mère au foyer, et se retrouvent du coup souvent isolées. D’où l’intérêt des activités variées du genre. Chose que les cardio-poussettes de ce monde ont compris depuis quelques temps. Visiblement, donc, l’offre « maman » s’élargit tranquillement. « J’adore, c’est vraiment le fun comme activité avec mon bébé! Parce que oui, à longueur de semaine à la maison, je m’ennuie un peu », confirme Mireille Gauthier, rencontrée cette semaine, après son premier cours de salsa avec bébé.
« J’ai fait beaucoup d’activités avec mon enfant, et c’est ce que j’ai trouvé de mieux », enchaîne Catherine Baril, avec sa petite Flavie tout endormie. Mieux que le cardio-poussette « où c’est juste la maman qui fait l’exercice, pendant que bébé reste dans la poussette » ; mieux, aussi, que l’aquapoussette, « où bébé gèle ». « Ici, ce n’est pas juste pour la maman, c’est vraiment pour les deux », résume-t-elle.
« C’est un de mes meilleurs cours, indique par ailleurs Ilias Benz, le professeur et co-fondateur de l’école Baila productions. C’est le plus facile à donner. Je ne sais pas pourquoi, mais ce sont elles mes clientes qui manifestent le plus leur joie, dit-il. Je pense qu’elles sont vraiment contentes de faire une activité comme ça, parce qu’à la maison, elles en ont plein les bras. »







Net recul pour les femmes- La série télé d’Anne-Marie Losique perpétue la banalisation et la glorification du commerce du sexe
Les propriétaires de bar accroîtront leur notoriété et leur « respectabilité », tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce « métier », présenté
comme étant glamour et lucratif.
L’auteure est membre fondatrice de la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES).
L’émission d’Anne-Marie Losique, Pole position Québec, servira à la promotion des bars de danseuses nues pour le plus grand bénéfice de leurs propriétaires.
L’annonce d’une série télévisée, intitulée Pole position Québec, produite et animée par Anne-Marie Losique, mettant en compétition des danseuses nues et des vedettes du porno, est une bien triste nouvelle.
La diffusion de cette série par la télévision, la rendant ainsi accessible au grand public même s’il s’agit de la télé payante, s’inscrit dans la banalisation accélérée et la glorification du commerce du sexe observées au cours de la dernière décennie.
S’il est vrai que le Québec est en train d’acquérir une réputation internationale pour ses bars de danseuses nues, cela n’a rien de réjouissant. Cette tendance devrait nous inquiéter, non d’un point de vue puritain, mais parce qu’elle constitue un net recul pour la lutte des femmes pour l’égalité et le respect de leurs droits.
Il ne s’agit pas ici uniquement d’exposer des femmes nues ou légèrement vêtues dansant autour d’un poteau, mais d’une incitation directe à la consommation de tels spectacles qui poussent les hommes à acheter des « services sexuels », autrement dit à devenir des clients prostitueurs.
Pour ceux qui croient qu’il s’agit d’une prestation artistique sans conséquence, rappelons que, à la suite du jugement de la Cour suprême du Canada d’autoriser la dansecontact (en décembre 1999), impliquant des attouchements sexuels entre danseuses nues et clients dans les isoloirs, cette pratique, dénoncée par un certain nombre de danseuses nues de Toronto comme étant de la prostitution, s’est rapidement généralisée dans les bars de danseuses au Québec.
À présent, dans la plupart des bars de danseuses, au lieu d’être rémunérées par les propriétaires de bars pour leur prestation, ce sont les danseuses qui doivent payer un droit au propriétaire pour avoir accès aux clients qu’elles doivent satisfaire dans des isoloirs pour obtenir rémunération.
Dans ce contexte, on comprend que l’émission de Mme Losique servira à la promotion de cette pratique pour le plus grand bénéfice des propriétaires de bar. Ces derniers accroîtront ainsi leur notoriété et leur « respectabilité », tout en attirant davantage de jeunes femmes vers ce « métier », présenté comme étant glamour et lucratif. La décision de diffuser ce genre d’émission à la télévision relève donc d’un choix politique très discutable.
Bien entendu, la prolifération de bars de danseuses nues s’inscrit dans un contexte plus large où la culture pornographique envahit de plus en plus notre espace et pénètre tous les foyers (via internet et la télé). Des études montrent que la consommation accrue de la pornographie et de la prostitution influence en profondeur les relations entre les hommes et les femmes. Cela reproduit et propage une représentation des rapports sexuels calqués sur le rapport entre client et prostituée, qui rend plus difficile de concevoir des rapports sexuels réciproques, non commerciaux, entre êtres humains.
À Montréal comme ailleurs au pays, la multiplication d’établissements qui encouragent et tirent profit de diverses formes de prostitution est devenue très visible. Bars de danseuses nues, salons demassages érotiques, agences d’escortes, et autres commerces annoncent impunément des « services sexuels » dans les médias, malgré les lois canadiennes qui interdisent la tenue de « maison de débauche » et le proxénétisme.
Il est affligeant de constater le laxisme des autorités qui ferment les yeux sur ce type de commerce, n’intervenant que lorsqu’on soupçonne l’implication de mineures. Autrement, c’est la politique de l’autruche qui prime.
Soyons clairs. La prostitution n’est pas une question de liberté sexuelle et son acceptation sociale ne la rend pas inoffensive pour autant. Elle ne peut être réduite à une question de santé publique, comme l’affirment certains milieux qui préconisent la décriminalisation totale, sous prétexte de mieux lutter contre le VIH/sida. Les impacts sociaux désastreux de la prostitution sur les femmes et les enfants qui s’y laissent prendre sont multiples et bien documentés. Il faut tirer les leçons des pays qui ont choisi de légaliser la prostitution (tels les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Australie et la Nouvelle-Zélande), voulant ainsi tirer profit de cette industrie, et qui en subissent aujourd’hui les graves conséquences.
Il est urgent de susciter un vaste débat public pour réfléchir aux enjeux sociaux de l’exploitation sexuelle commercialisée. Veut-on faire du Québec une nouvelle destination du tourisme sexuel pour lutter contre la crise économique? Le plus grand obstacle à la lutte contre la prostitution, c’est de croire qu’elle est inévitable.
Dans le contexte de grave crise économique comme celle que nous traversons, il est urgent de se doter d’une véritable politique en matière de prostitution qui tienne compte de l’intérêt commun à long terme.
Pour cela, il faut suspendre immédiatement toute répression à l’endroit des personnes qui y sont contraintes pour survivre et cesser de banaliser la prostitution.

AÏE! VOUS VOULEZ VOUS MARIER? -  Marc Tison
Injustes noces… Désunion de fait… Quelques précautions financières préalables vous éviteront des déconvenues postérieures.
Pas de mariage en rouge

Première mise en garde de Lise Morin, conseillère budgétaire à l’ACEF de l’Est de Montréal: c’est une mauvaise idée – voire un mauvais présage – de s’endetter pour se marier.
« Il y a de nombreuses possibilités de faire des cérémonies qui ont du sens sur le plan symbolique sans que ce soit très coûteux », assure-t-elle.
Voilà, c’est dit.
Discuter tôt entre égaux
Au début d’une relation entre jeunes adultes, les revenus sont souvent équivalents. Mais l’écart se creuse après l’arrivée d’un premier enfant – généralement en faveur des hommes, observe Hélène Belleau, professeure à I NRS Urbanisation Culture Société. « C’est pourquoi je suggère aux jeunes mariées de discuter des questions financières dès que possible, au début de la relation, recommande-t-elle. Il est plus facile de le faire quand les salaires des deux sont égaux que lorsque l’on a un salaire nettement moindre. Quand on discute des questions financières et qu’on a un salaire inférieur, on craint généralement de passer pour intéressé… et de défendre ses petits intérêts personnels, ce qui va à l’encontre de l’idéal amoureux. »
Inventaire
« Dès le départ, il faudrait dresser la liste des biens et de la valeur des biens qui nous appartiennent », propose la planificatrice financière et fiscaliste Josée Jeffrey. Au départ, on sait très bien quel est l’apport de chacun. Mais le temps estompe les souvenirs et exacerbe les différends. « Ce sont des choses ennuyeuses, mais quand il y a des règlements de comptes, c’est plus simple. »
Prudence avec le compte commun
« Si l’union ne dure pas depuis un certain nombre d’années, il ne faut pas tout mettre en commun, prévient Lise Morin. Une union sur deux ne tient pas la route. »
En effet, nos experts sont unanimes. Chacun doit conserver son compte personnel et n’ouvrir un compte commun que pour les dépenses communes. « Tant qu’on n’a pas acheté de maison ou qu’on n’a pas d’enfant, je ne vois pourquoi il y aurait un compte commun », soutient la planificatrice financière Lison Chèvrefils.
LanotaireDeniseArchambault résume les risques d’un seul compte pour le couple. « Décès et inaptitude: le compte est gelé. Faillite : le compte peut y passer. Malhonnêteté d’un conjoint : le compte VA y passer. »
Les revenus sont-ils inégaux ?
Une femme, dont la vie était bien organisée et financièrement équilibrée, a quitté un appartement en coopérative pour vivre avec un homme qui gagnait beaucoup plus qu’elle. Elle a tenté d’ajuster son rythme de vie au sien. « Elle avait des dettes depuis que cet homme était dans sa vie », observe Lise Morin. La solution la plus équitable consiste à partager les dépenses communes au prorata des revenus. Celui qui apporte 40% des revenus du ménage paie 40% des dépenses communes. Un arrangement similaire peut se faire à la pièce. « Si une des deux personnes se sert beaucoup plus que l’autre de la voiture familiale, les dépenses peuvent être partagées au prorata de l’utilisation », suggère Lison Chèvrefils.
Un minimum de discrétion
Si l ’écart des revenus est important, le conjoint (souvent la conjointe) moins riche peut n’avoir que très peu d’argent discrétionnaire, malgré le partage des dépenses au prorata des revenus. Hélène Bel leau suggère des arrangements compensatoires, en donnant l’exemple de revenus de 20 000$ et 100 000$. « Les conjoints peuvent convenir que le calcul ne tiendra pas compte des premiers 15 000 $ que chaque conjoint touchera, propose-t-elle. Ainsi, une personne qui gagne 20 000$ aura tout de même 15 000 $ pour ses dépenses personnelles. »
Si les conjoints gèrent plutôt en mettant leurs revenus en commun, les surplus budgétaires « peuvent être redistribués à parts égales dans les comptes personnels de chacun », suggère la chercheuse.
Le grand principe est que chacun ait une somme minimale dont il pourra disposer à sa guise, sans en rendre compte à son conjoint.
Carte de crédit et marge de crédit communes
Lison Chèvrefils met vigoureusement en garde contre les marges de crédit et cartes de crédit communes. Sans doute est-il plus facile d’obtenir un prêt en commun, surtout quand un des deux conjoints possède un dossier de crédit peu reluisant. C’est justement là que réside le risque : une séparation survient et la fourmi se retrouve avec les dettes de la cigale. « Je l’ai encore vu il y a deux semaines », raconte la planificatrice. Une femme s’était portée garante de la marge de crédit de son conjoint, qui l’a quittée ensuite. Si elle retirait sa caution, l’homme risquait la faillite. « Elle a décidé de laisser les choses en l’état, mais elle était coincée et il s’agissait d’une grosse somme. »
Chacun sa carte et sa marge personnelle, donc. « Mais que chacun connaisse les dettes de l’autre, s’ils veulent que ce soit clair, précise Josée Jeffrey. Plus c’est transparent, mieux c’est. »
Meubler trop vite
Nouveau couple? Il faut absolument un téléviseur à grand écran et une laveuse à chargement frontal. « On part ensemble à neuf ; on meuble de la cave au grenier en achetant maintenant et en payant dans trois ans, dénonce Denise Archambault. D’un coup sec, la télé n’est plus bonne et la laveuse ne lave plus blanc. »
Rien n’oblige à tout avoir en même temps. « Il sera toujours temps dans cinq ans, si on épargne, de se procurer ce dont on rêve, soutient Lise Morin, conseillère budgétaire à l’ACEF de l’Est de Montréal. Ce n’est pas la période la plus riche de la vie, et on ne veut pas déjà se mettre dans une situation de perte de pouvoir d’achat, où tout coûte plus cher parce qu’on paie des intérêts. »
Partager à deux les dettes (d’un seul...)
On s’installe, on cohabite, et on offre de partager le remboursement des prêts contractés par l’être aimé et endetté.
Sur le même principe, un conjoint ajoute les dettes de sa petite entreprise autonome au prêt de la maison achetée en commun. Myopie amoureuse…
Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des arrangements qui augmenteront l’acrimonie en cas de séparation. « Tu m’as fait payer la moitié de tes dettes! » entendra-t-on 10 ans plus tard, prévient Denise Archambault.
Lise Morin, de l’ACEF de l’Est, en a vu un exemple récent. « Une dame est venue dans mon bureau aujourd’hui et toutes ses dettes avaient été causées par son conjoint, narre-t-elle. Il ne pouvait pas avoir de crédit à la suite d’une faillite, et sa vieille voiture a demandé beaucoup de réparations. Elle a tout mis sur ses propres cartes de crédit. Ils se sont séparés au bout de deux ans et elle reste avec ses dettes à lui. »
Chacun pour soi, donc.
REER
Simplifiez-vous la vie. La veille du mariage – le surlendemain peut faire l’affaire aussi –, ouvrez un nouveau compte REER distinct de celui que vous détenez déjà, où seront versées vos nouvelles cotisations. « Le REER fait partie du patrimoine familial, rappelle Josée Jeffrey. Il sera dif-
ficile de déterminer la valeur du REER avant et après le mariage.
Soutien pour enfants
L’un des nouveaux mariés a des enfants? « Au Québec, le calcul du soutien pour enfants sur la base du nouveau revenu familial se fait dès le mois suivant, explique Josée Jeffrey. Il faut informer la Régie des rentes du changement dans le mois suivant le mariage. »
« Du côté de la prestation fiscale fédérale pour enfants, le calcul est basé sur la situation familiale au 31 décembre, ou sur la nouvelle situation familiale, selon la plus avantageuse des deux, ajoutet-elle. La plupart du temps, la situation familiale au 31 décembre est plus avantageuse. La prestation ne change que le 1er juillet de l’année suivante. »
Dans le cas des nouveaux conjoints de fait, le nouveau ménage n’est reconnu qu’après 12 mois de vie commune.
Une assurance vie ?
Quand doit-on songer à souscrire une assurance vie? Dès qu’il y a vie commune et responsabilités communes, répond la planificatrice financière Lison Chèvrefils. « Si on est en logement et que l’un décède, l’autre se retrouve avec un loyer à payer seul, et peut-être y a-t-il des meubles qui ne sont pas entièrement payés. »
Le principe est le suivant : dès lors que notre décès mettrait un proche en difficulté financière, il y a lieu de contracter une assurance vie.
« On prend une petite assurance symbolique, avec un avenant de garantie d’assurabilité pour le futur – le futur étant la maison qu’on va acheter, les enfants qu’on va avoir, indique Lison Chèvrefils. Il n’est pas nécessaire de prendre une protection de 250 000$ tout de suite. » Lors d’un futur renouvellement, on n’aura pas à faire la preuve de son bon état de santé.
Mariés ou conjoints de fait?
La nuance est importante. Les couples mariés ou unis civilement sont soumis à la Loi sur le patrimoine familial. Les conjoints de fait en sont exclus. La Loi sur le patrimoine a préséance sur le régime matrimonial ou le testament. Elle touche la résidence principale, la résidence secondaire, les meubles, les voitures servant aux déplacements de la famille, les sommes et droits accumulés pour la retraite. La valeur que ces biens ont acquise durant le mariage est partageable en deux à la fin de l’union.
Faut-il un contrat de mariage?
Le contrat de mariage est-il indispensable? « La réponse est non, mais il est très recommandable, insiste la notaire Denise Archambault. Les gens font l’erreur de penser que depuis la Loi sur le patrimoine, le contrat de mariage n’est plus bon. »
Ce document est plus court qu’autrefois, mais il est encore indispensable si on choisit un autre régime matrimonial que la société d’acquêts, imposée par défaut par le Code civil.
Selon ce régime, la valeur de tous les biens acquis durant le mariage ( patrimoine familial exclus) est partageable pour moitié à la fin du régime – que cette conclusion soit un décès ou une séparation.
Plusieurs juristes, dont Denise Archambault, lui préfèrent le régime de séparation de biens. Il sépare les biens acquis par chacun en dehors du patrimoine familial, mais son grand avantage est surtout de séparer les dettes. Sous ce régime, un conjoint ne sera pas responsable des dettes de l’autre. Fort utile lorsqu’un conjoint possède une petite entreprise en voie de faillite.
Sous ce régime, si l’un des conjoints a une situation financière plus stable, le couple marié aura avantage à inscrire la maison au nom de celui-ci, suggère Me Archambault. En cas de faillite de l’autre conjoint, la maison ne sera pas entraînée dans le naufrage. Et en cas de séparation, la Loi sur le patrimoine viendra tout de même en faire le partage égal.
Pour les conjoints de fait, la question se pose autrement : ils ne sont pas reconnus par le Code civil. Une convention de conjoints de fait décrira comment s’effectuera le partage des biens et des responsabilités.
Faut-il un testament?
Le testament est-il nécessaire si on se marie ou que l’on vit en commun? « Un testament est nécessaire dès l’âge de 18 ans si on ne veut pas laisser le Code civil déterminer qui seront nos héritiers », rappelle Me Denise Archambault.
S’il n’y a pas d’enfants, le Code civil attribue les biens du défunt en partie à son conjoint marié et en partie aux héritiers légaux, mais il n’attribue rien au conjoint de fait. Urgence testament.
Vous avez déjà accumulé quelques épargnes REER ? Vous voulez vous assurer que votre conjoint en sera bénéficiaire si vous décédez, de telle sorte que le paiement de l’impôt soit reporté? Dans le jargon, c’est ce qu’on appelle le roulement fiscal au conjoint. Seul un testament permet de le garantir. On pouvait autrefois désigner un conjoint bénéficiaire lors de l’ouverture du compte, mais un jugement a invalidé cette procédure.
Quel est le plus fort: le contrat de mariage ou le testament?
Question d’un lecteur : « J’ai toujours entendu dire que le contrat de mariage prime le testament. Donc, si un contrat de mariage stipulait "au dernier vivant les biens", cela primerait ce qui pourrait être écrit dans un testament subséquent? »
La réponse est non, indique Me Denise Archambault. Cette clause désuète était formulée ainsi : « Je lègue de façon irrévocable… » Elle primait alors tout testament subséquent. « Mais je n’en ai pas vu en 30 ans de notariat », ajoute-t-elle.
La chaîne de prépondérance se déroule ainsi: la Loi sur le patrimoine, le régime matrimonial, et enfin le testament. « On commence par partager le patrimoine familial, résumeMe Archambault. Si je suis en société d’acquêts, on partage ensuite les acquêts. Et si j’ai fait un testament qui donnait tous mes biens à ma cousine Gertrude, Gertrude aura tout ce qui reste. »

Le testament peut défaire une clause testamentaire inscrite dans le contrat de mariage. Mais il ne peut aller à l’encontre des droits accordés par le régime matrimonial, que celui-ci ait été choisi par contrat de mariage ou imposé par défaut par le Code civil.



Après les enfants, la retraite  -  Marc Tison
Âgés de 55 et 54 ans, Édouard et Micheline ont désormais la retraite dans leur l i gne de mire. J usqu’à ma i ntena nt , ils avaient d’autres priorités.
« Nous avons accompagné trois enfants qui sont aujourd’hui adultes et qui ont fait des études supérieures, décrit Édouard. C’est là l’oeuvre de notre vie. Cependant, je réalise que ces dépenses, que nous ne regrettons en aucune façon, ont handicapé notre potentiel de retraite. »
Ils sont tous deux travailleurs autonomes, donc sans régime complémentaire de retraite. Édouard gagne 88 000 $ et Micheline 28 000$. « J’ai versé des cotisations à nos REER respectifs dans une proportion égale depuis de nombreuses années, tant et si bien que nous possédons aujourd’hui chacun 160 000$ dans ces comptes, poursuit Édouard. C’est là tout notre avoir de retraite. »
Ils sont propriétaires d’une maison d’u ne va l e u r de 200 000$, libre d’hypothèque, qu’ils espèrent pouvoir conserver durant leur retraite.
Ils sont inquiets…
Des objectifs trop modestes?
La planificatrice financière Sophie Labonne, de la Banque Scotia, félicite le couple pour sa patiente discipline de contribution au REER du conjoint, qui facilitera grandement le fractionnement des revenus de retraite. Elle fait toutefois une mise en garde. On ne peut faire de retrait d’un REER de conjoint cotisant avant qu’un délai couvrant trois 31 décembre consécutifs se soit écoulé depuis la dernière cotisation.
« I l sera i mportant pour Édouard de cesser de cotiser au régime de conjoint de Micheline au moins trois ans avant sa conversion en FERR », avise donc notre planificatrice. Rien n’empêchera par ailleurs Micheline de convertir son propre REER au moment de sa retraite.
La planificatrice observe que le couple, outre les études des enfants, a consacré ses ressources au remboursement de son hypothèque. La valeur que représente la maison peutelle être mise à profit ? Mme Labonne en a fait l’objet d’une des trois hypothèses de retraite qu’elle a tracées pour le couple.
Le premier scénario répond aux objectifs d’Édouard et Micheline, qui souhaitent toucher à la retraite un revenu brut de 52 000$, soit 45% de leurs revenus combinés actuels.
Notre planificatrice a supposé une indexation des revenus et dépenses de 3 % par année, et un rendement sur les investissements de 5,5%. Ses calculs montrent que si le couple continue de verser 10 600$ dans les REER de chacun, l’un et l’autre pourront toucher à 65 ans un revenu brut de 28 000$, indexé de 3% jusqu’à 90 ans. L’objectif de 52 000$ est donc atteint, et même légèrement dépassé.
Cependant, Mme Labonne est réticente à l’idée de planifier une retraite avec moins de 60% des revenus actuels. « Les gens pensent qu’ils pourront s’en tirer avec moins, dit-elle, mais l’expérience me démontre le contraire, surtout quand la piqûre des voyages les prend et quand la santé vacille... »
Pour leur donner un peu plus de marge de manoeuvre budgétaire, elle a fait le calcul des mesures nécessaires pour atteindre un revenu de retraite équivalent à 60% des revenus actuels, soit 69 600 $. Pour y parvenir, le rendement sur les investissements devra être haussé à 6,5 %, et chaque conjoint devra verser 5000 $ par année dans son CELI. Cette épargne supplémentaire serait pour l’essentiel t i rée des remboursements d’i mpôts e n provena nce des cotisations REER.
Dans un troisième scénario, Mme Labonne fait entrer en action l’actif accumulé sur la maison, pour tenter d’atteindre un revenu de retraite équivalent à 70% de leurs revenus actuels – une proportion fréquemment citée en planification financière.
Notre conseillère utilise un emprunt pour investissement de 100 0 0 0 $, garanti par leur propriété. Elle maintient les cotisations au CELI et le rendement du précédent scénario. Dans ces conditions, le couple ne pourra soutenir jusqu’à 90 ans qu’un revenu combiné de 76 000$, inférieur de 5000$ aux 81 200$ visés. « Je ne crois pas que pareil scénario corresponde à la personnalité du couple », observe notre planificatrice.
Par contre, elle croit que le deuxième scénario est parfaitement réalisable. « Pour le peu de différence que ce scénario représente pour le couple, souligne la planificatrice, il leur permet enfin d’atteindre le minimum souhaitable de 60% des revenus à la retraite. Peu de sacrifices pour une différence majeure! »


REFAIRE SA VIE ET SA RETRAITE
C’est un séminaire de planification de retraite offert par son employeur qui a déclenché l’alarme. « Je sors de cet exercice avec le sentiment qu’il mefaut consulter un conseiller en planification financière », s’inquiète Suzanne.
Âgée de 50 ans, notre correspondante prévoit prendre sa retraite dans six ans. Après 24 ans de service dans une société du secteur public, elle toucherait alors une rente équivalant à 48% de son revenu brut, sans pénalité. Elle gagne actuellement 74 500$ par année.
C’est déjà une aventure. Mais pour compliquer les choses, elle est présentement en instance de séparation. Elle devra donc quitter la maison qu’elle détenait avec son conjoint. D’une valeur de 649 000$, la propriété est encore grevée d’une hypothèque de 180 000$.
« Dans le meilleur scénario, explique Suzanne, j’évalue qu’il me reviendra 100 000$ de la vente de la maison, puisque la mise de fonds de mon conjoint de fait était beaucoup plus importante que la mienne. »
Elle compte quitter la banlieue et revenir à Montréal afin de faciliter les études collégiales de son fils de 19 ans. Dans ce contexte, elle songe à remplacer sa Volvo vieille de 11 ans par une sous-compacte ou une voiture d’occasion.
« Il me faudra sans doute réduire mon train de vie, mais de combien? demandet-elle. Serait-il plus judicieux d’acheter un appartement ou d’en louer un, une fois la maison vendue? »
D’abord la retraite
La plani ficatrice Josée Laframboise, de BMO Groupe financier, a d’abord vérifié si les projets de retraite prochaine de Suzanne étaient réalistes. Mauvaise nouvelle. Avec une rente équivalant à 48% de son revenu d’emploi, elle ne pourra prendre sa retraite à 56 ans. Une des difficultés de la projection résidait dans la situation instable de Suzanne. « Elle n’a pas de budget et ne sait pas combien elle dépense par mois » , constate Mme Laframboise.
« En prenant l’hypothèse qu’elle devrait viser 70% de ses revenus pour maintenir son niveau de vie actuel, on constate un manque à gagner de près de 30%, même en considérant la rente de la RRQ qu’elle retirera à 60 ans et la pension du Canada, à 65 ans », observe la planificatrice.
Les 46 000$ qu’elle détient en REER, les 17 000$ investis en placements non enregistrés et les 100 000$ qui représentent sa part sur la maison familiale ne suffisent pas à combler le déficit.
Il vaudrait mieux qu’elle retarde sa retraite à 60 ans. Elle ajouterait ainsi quatre années de service, ce qui porterait sa rente de retraite à 56% de son salaire brut. Elle aurait eu le temps d’accumuler davantage d’épargnes, tant en REER que hors REER. Une partie proviendrait de la réduction des dépenses liées à la propriété actuelle – hypothèques, impôts fonciers, entretien, etc.
Josée La f ramboise et Suzanne ont évalué que son coût de la vie pourrait se maintenir à 34 800 $. Suzanne serait ainsi en mesure d’épargner 1200 $ par mois, répar t is dans son REER et dans des placements non enregistrés. En comblant ses droits de cotisation annuels, avec un rendement de 6%, elle porterait son REER de 46 000$ à 104 000$ en 2018.
La planificatrice suggère d’utiliser une partie du fruit de la vente de la maison pour payer comptant une nouvelle voiture de prix raisonnable. Les actifs non enregistrés de Suzanne totaliseraient ensuite environ 100 000 $. Avec une épargne annuelle de près de 10 000$, ils atteindraient 258 000$ en 2018.
Ces mesu res permettraient ensuite à Suzanne de maintenir un revenu de retraite de 50 400$ en dollars d’aujourd’hui. À ce régime, elle détiendrait encore à 90 ans des actifs de 110 000$.
Josée Laframboise recommande au passage de revoir la composition du portefeuille de Suzanne, trop concentré en actions.
Ensuite le logement
Le retour à Montréal sera coûteux. Le coût moyen d’un appartement gravite autour de 275 000$, rappelle la planificatrice. Avec un taux de 3,95% et un amortissement sur 25 ans, la mensualité serait de 1300$. Il faut encore compter avec les charges de copropriété, l’impôt foncier, les dépenses d’entretien et les autres frais d’acquisition et d’aménagement. Suzanne doit en outre se procurer de nouveaux électroménagers et son fils viendra habiter avec elle pendant quelques années encore.
« À la suite de la séparation, elle fera face seule à toutes ses obligations financières, observe Mme Laframboise. Dans ce contexte, la solution la plus abordable serait la location d’un appartement. Dans l’île de Montréal, le coût moyen d’un 4 1/2 est de 850$ par mois. »
Programme strict. Mais dans deux ou trois ans, avec des données rafraîchies et plus précises, une nouvelle projection montrera peut-être que la retraite approche.


Quand l’heure de la retraite approche -  Caroline Rodgers
Pour bien gérer son patrimoine, il faut utiliser les bons outils. Ce dernier texte d’une série de 12 porte sur la retraite.
Vous devez planifier vos besoins longtemps à l’avance pour maintenir un train de vie acceptable.
Si la retraite n’est plus un rêve lointain, mais une réalité qui se concrétisera d’ici quelques années, il vous faut un plan d’action pour retirer les économies accumulées pendant toute votre vie
Comme futur retraité, vous faites face à trois risques, selon Hélène Gagné, gestionnaire de
« Si on a des sources de revenus ailleurs, comme un régime de retraite de l’employeur ou de l’immobilier, on peut laisser l’argent croître à l’intérieur d’un portefeuille équilibré avec des actions et des obligations, dit Dominique Vincent, gestionnaire de portefeuille chez MacDougall, MacDougall et MacTier. Mais si vos placements sont la source principale de vos revenus, il faut d’autant plus faire preuve de vigilance. »
Mais at tention ! Être trop prudent risque de vous exposer au second risque : celui de la longévité.
« Il arrive que des investisseurs ne veuillent plus connaître des reculs et transfèrent toute leur épargne dans des titres défensifs, dit Hélène Gagné. Ils risquent alors de perdre des rendements. Or, l’espérance de vie augmente. Il y a donc un risque que ces individus survivent à leur épargne. » portefeuille associée de PWL Capital, et conseillère en sécurité financière. Il faut en tenir compte dans votre stratégie.
D’abord, il y a le risque des marchés financiers. Quand il reste peu d’années devant soi, il faut diminuer ces risques en modifiant la composition du portefeuille, en misant davantage sur des titres défensifs de qualité. Votre situation financière générale doit aussi être prise en compte.
Le troisième risque est l’inflation. Celle-ci a graduellement diminué depuis 25 ans, après avoir été élevée dans les années 80. Mais il ne faut pas tenir pour acquis qu’elle restera faible pendant toute votre retraite.
Des études ont démontré que les retraités subissent l’inflation de façon plus marquée que le reste de la population, car les biens et services dont ils ont besoin connaissent un taux d’inflation plus élevé que d’autres biens. Si l’inf lation que vous subissez est supérieure à vos rendements, ceux-ci deviennent alors négatifs !
Payer l’épicerie, et plus !
Quelle que soit la taille de votre bas de laine, il vous faudra régulièrement des liquidités pour répondre à vos besoins. Vous devez donc planifier ceux-ci longtemps à l’avance pour maintenir un train de vie acceptable.
Vous avez des contributions non utilisées dans votre REER?
Établissez un plan d’action pour combler celles-ci pendant les dernières années précédant votre retraite, en étalant ce rattrapage sur plus d’une année pour maximiser vos retours d’impôt, souligne Dominique Vincent.
Vous devez prévoir la façon dont vous effectuerez les retraits, de façon à minimiser l’impôt à payer et avoir des liquidités disponibles en tout temps sans faire fondre trop vite votre capital. Pour ce faire, privilégiez les titres qui paient des dividendes pour générer des revenus.
Et du point de vue fiscal, il est plus avantageux d’utiliser votre épargne non enregistrée avant de toucher au REER.
Selon plusieurs études, pour éviter d’épuiser votre capital trop vite, à 65 ans, vous devriez puiser au maximum 4% par année de vos économies, à condition de maintenir un portefeuille investi à 50% en actions, selon Hélène Gagné.
Si vous constatez un manque à gagner entre vos besoins et vos revenus à la retraite, quelques possibilités s’offrent encore à vous, selon Patrice Delisle, directeur principal, stratégies retraite à la Banque Nationale.
« On peut soit réduire son train de vie et ses attentes, ou travailler plus longtemps, ou à temps partiel, dit-il. Ou encore, regarder comment l’épargne est investie et se demander si on est capable d’accepter un niveau de risque plus élevé dans l’espoir d’obtenir un rendement supérieur. »



Un Canadien sur cinq s’occupe d’un parent âgé malade  -  Katia Gagnon
Pas moins d’un Canadien sur cinq prend soin, pendant parfois plus de 10 heures par sema ine, d’u n pa rent âgé malade. Ces données, qui proviennent d’un vaste sondage réalisé par la firme Ekos pour le compte du Conseil national des aînés, donnent la mesure du travail accompli par les aidants naturels des personnes âgées.
Quelque 6% des 3 0 0 0 Ca nad iens interrogés par Ekos – et 10 % des Québécois – hébergent chez eux une personne âgée en perte d’autonomie. Dans plus de la moitié des situations, il s’agit d’un de leurs parents ou de celui de leur partenaire de vie.
Près de la moitié des gens qui hébergent ainsi un aîné consacrent plus de 11 heures par semaine aux soins qu’ils lui prodiguent et 39 % d’entre eux y consacrent entre cinq et dix heures.
Une proportion de 14 % de Canadiens, sans héberger la personne âgée chez eux, consacrent eux aussi de longues heures chaque semaine aux soins d’un parent âgé. C’est également le cas de 10 % des Québécois. Le tiers de ces répondants y consacrent entre cinq et dix heures par semaine et 51 % y consacrent cinq heures ou moins par semaine.
En plus du sondage, le Conseil national des aînés a mandaté la firme Strategic Counsel pour former 15 groupes témoins partout au pays, qui rassemblaient au total 150 personnes qu’on a interrogées sur des sujets divers touchant les aînés.
On leu r a nota m ment demandé quelle était leur pr i nc ipa le préocc upation concer na nt les person nes âgées. La réponse a été la même dans tous les groupes : pour l’ensemble des participants, l’isolement des aînés est un enjeu social majeur.
« Plusieurs étaient d’avis que la société canadienne, tout comme les autres sociétés occidentales, a collectivement marginalisé les aînés, peuton lire dans le rapport de Strategic Counsel. Les aînés sont considérés comme étant inutiles ou sont dévalués par la société. »
Or, cet isolement, déplorent les participants aux groupes témoi ns , ouv re pa r fois la porte aux abus. « De l’avis des participants, les personnes souffrant de solitude sont plus susceptibles de tolérer les mauvais traitements si, en échange, elles peuvent avoir des contacts humains et recevoir une forme quelconque d’aide. »


Bénévolat : Un projet pilote sera lancé à l’automne
« Ce sont des causes qui touchent le coeur des gens. On parle des aînés, de pauvreté... Si les gens savaient, ils se trouveraient une cause et donneraient du temps. »
La minist re déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, veut amener les Québécois à faire plus de bénévolat. À l’automne, elle lancera un projet pilote pour inciter les citoyens à donner de leur temps.
Les familles doivent prendre soin de leurs proches qui vieillissent, soutient la ministre déléguée aux Services sociaux, Mme Lise Thériault. « Mais il n’y a pas seulement la famille. D’autres personnes peuvent aussi aider en donnant du temps », ajoute-t-elle.
« Actuellement, les gens ne s’impliquent pas parce qu’ils ne savent pas où aller et parce qu’ils ne sont pas sollicités. Il faut trouver un moyen pour que les gens s’engagent », a dit la ministre lors d’une entrevue exclusive.
Alors qu’elle réagissait à la série d’articles de La Presse sur les conditions de vie des aînés en résidences privées, Mme Thériault a déclaré que les familles doivent prendre soin de leurs proches qui vieillissent. « Mais il n’y a pas seulement la famille. D’autres personnes peuvent aussi aider en donnant du temps », a-t-elle dit.
Selon Mme Thér iault , les citoyens connaissent peu les problèmes touchant les services sociaux. « Pourtant, ce sont des causes qui touchent le coeur des gens. On parle des aînés, de pauvreté... Si les gens savaient , ils se trouveraient une cause et donneraient du temps. »
En sensibilisant la population à l’importance du bénévolat, Mme Thériault veut aider les organismes communautaires à renouveler leurs banques de ressources bénévoles. « El le veut amener de nouveaux visages dans les organismes d’aide » , a dit l’attaché de presse de la ministre, Harold Fortin.
Mme Thériault veut également s’adresser aux entreprises et aux sociétés privées. « Elle les incitera à mettre sur pied des programmes pour encourager leurs employés à donner du temps, a expliqué M. Fortin. La ministre va les sensibiliser à l’importance d’avoir une responsabilité sociale. »
Mme Thér i aul t avoue s’inspirer des États-Unis et de l’Ontario, où la culture d’entraide est beaucoup plus répandue et ancrée dans les traditions. « Je pense qu’on doit inciter les gens d’ici à faire de même. À s’engager. À redonner », a-t-elle dit. Les di f férents organismes communautaires joints hier ont salué l’initiative de la ministre, mais n’ont pas voulu la commenter avant d’en savoir plus.
Mme Thériault affirme qu’elle est déjà à la tâche et que son projet sera lancé au début de l’automne.



Québec mise sur le bénévolat : Lise Thériault

Ministre déléguée aux Services sociaux Les derniers jours ont été mouvementés pour la ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault. La publication d’une série de La Presse sur les résidences privées pour aînés a remis en question
Q Notre dossier publié la semaine dernière a révélé que la qualité des résidences privées varie grandement au Québec. Qu’avez-vous fait depuis pour corriger la situation ? R Dans le réseau privé, la certification va bon train. On continue pour pouvoir s’assurer que les résidences soient certifiées le plus possible pour la fin du mois de juin. Parallèlement, il y a déjà un bilan préliminaire qui se fait sur la certification des résidences, pour savoir si ce qu’on a mis en place tient la route et de quelle manière on peut le bonifier. Il faut s’attarder à la question pour s’assurer que le personnel en place réponde aux besoins des gens. QIl
s’agit donc d’une révision du processus de certification? R Oui. On va le réviser. Pour nous, ça a toujours été la première étape. Donc, on va pouvoir passer à la phase deux. QLe
Québec traite-t-il bien ses aînés ? R On a fait de grandes avancées. On a une ministre des Aînés. En tant que gouvernement, on envoie un signal qui démontre l’importance qu’on leur accorde. On prend conscience que la population est vieillissante. C’est un des grands défis du Québec. Est-ce qu’on traite bien nos aînés? Oui. Peut-on les traiter mieux? Oui. Il y a une responsabilité du gouvernement. Mais il y a aussi une responsabilité des familles. Q Vous êtes députée d’Anjou depuis 2002. Vous avez été ministre de l’Immigration de 2005 à 2007 et nommée ministre déléguée aux Services sociaux le 18 décembre 2008. Pourquoi avoir décidé de scinder en deux le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) ? R C’est une décision du premier ministre. Le MSSS est le plus gros ministère. Il y a tellement de dossiers que l’idéal, c’est d’avoir deux ministres, parce qu’il s’agit vraiment des personnes les plus vulnérables de notre société. Q Vous devez vous occuper de plusieurs dossiers, notamment la protection de la jeunesse, les aînés, les sans-abri, l’adoption internationale... Quelles sont vos priorités ? R Mon premier dossier, à court terme, est l’itinérance. Il y a eu une commission là-dessus qui déposera son rapport avant la fin du mois de juin. On veut concevoir un plan d’action pour l’automne. Je vais aussi coprésider les consultations qui seront lancées à la mi-juin par mon collègue Sam Hamad (ministre de l’Emploi et de la Solidarité sociale) pour que le Québec puisse se doter d’un deuxième plan de lutte contre la pauvreté. Q Vous êtes en politique depuis huit ans mais on a peu entendu parler de vous. Quel genre de politicienne êtes-vous ? R Je suis quelqu’un de terrain. Je vais voir la réalité des gens. De par mon côté femme d’affaires, l’obligation de résultat importe plus qu’un style f lamboyant. Les dossiers des services sociaux sont souvent délicats, aussi. Vous ne me verrez jamais sur la place publique avec un dossier de protection de la jeunesse, par exemple. Parce qu’il y a beaucoup de renseignements confidentiels. Ce ne sont pas des dossiers qu’on peut afficher sur la place publique. Je ne pense pas qu’avoir de la visibilité est garant de résultats. QCroyez-
vous à l’engagement social ? R Je c rois au bénévolat. C’est important de redonner à la société. Nous avons un contexte économique un peu plus difficile. Je voudrais qu’on soit solidaire en tant que société. Quand on regarde ce qui se passe ailleurs... Prenez les États-Unis . Le sénateur Kennedy a déposé un projet de loi de 5 milliards pour favoriser l’engagement communautaire des gens. Je pense qu’on doit inciter les gens d’ici à faire de même. À s’investir. À redonner. Je planche sur un programme pour inciter les gens à donner du temps à titre de bénévoles. D’ici cinq ans, beaucoup de gens prendront leur retraite. C’est le temps d’ i mplanter quelque chose comme ç a . Pour que les gens qui iront à la retraite puissent se trouver une cause et donner de leur temps. On sera prêts pour lancer un projet pilote à l’automne. Ac t uel lement, les gens ne s’engagent pas parce qu’ils ne savent pas où aller et parce qu’ils ne sont pas sollicités. Il faut trouver un moyen pour que les gens s’investissent.



DIVERSITÉ GÉNÉRATIONNELLE  Tasse-toi pas, mon’oncle! - Caroline Rodgers

Avec les besoins importants en main-d’oeuvre des prochaines années, ce sera tentant pour les retraités de revenir sur le marché du travail, car on leur offrira des conditions alléchantes.
Et ceux qui atteindront l’âge de la retraite pourraient bien décider de rester au bureau à temps partiel. Du moins, c’est ce que leurs employeurs souhaitent, dans bien des cas.
De plus en plus, on verra des gens continuer à travailler passé l’âge habituel de la retraite.
Cela posera divers défis aux employeurs. Le choc générationnel en est un.
Bien sûr, les baby-boomers ont des valeurs et des attentes communes avec les générations suivantes. Plusieurs différences les séparent aussi, notamment dans leur attitude au travail.
Par exemple, selon Cécile Cournoyer, directrice de la gestion des talents à la Banque de développement du Canada (BDC), les boomers sont, de façon générale, plus attachés et plus loyaux envers les organisations pour lesquelles ils travaillent.
Les représentants de la génération X (nés entre 1965 et 1979) ont vu leurs parents perdre leur emploi, et ils sont plus loyaux envers eux-mêmes qu’envers leur employeur.
« Le X a besoin d’autonomie, dit Alain Samson, conférencier et auteur. Faites-lui confiance, donnez-lui un mandat et laissezle faire. Vous pouvez même lui confier plusieurs mandats à la fois. Il sera plus productif, car il se lasse de travailler sur un même mandat. Tandis que le boomer préfère terminer un mandat avant qu’on lui en confie un autre. »
Quant aux membres de la génération Y, ils font beaucoup parler d’eux depuis leur arrivée au travail. Parfois parce que leurs prédécesseurs les trouvent trop gâtés!
Ils aiment être consultés, et veulent que leur opinion soit prise en compte. Ils sont indépendants et veulent savoir le pourquoi des choses. Quand ils font un travail, il faut leur expliquer ses objectifs. Et être fidèle à une organisation n’est pas la chose la plus importante à leurs yeux.
« Avec eux, il faut être positif, dit Alain Samson. Pour les garder, il faut créer un milieu de travail où ils pourront développer des amitiés et avoir du plaisir. Cela les dérange moins de quitter un emploi que de quitter un milieu où ils ont des amis. »
Des avantages sociaux adaptés
Pour Mme Cournoyer, de la BDC, la diversité générationnelle ne devrait pas être vue comme un problème. C’est une réalité avec laquelle les gestionnaires ont toujours dû composer.
« Elle a toujours existé, mais aujourd’hui on en parle davantage, dit-elle. C’est en partie parce que l’explosion technologique des dernières années a amené de nouvelles façons d’apprendre. Cela accentue parfois les différences. Du moins, ça rend la gestion de ces différences un peu plus complexe. »
Aujourd’hui, un employeur devrait prendre en considération les besoins variés des générations qui sont au sein de son entreprise en même temps. Notamment au chapitre des avantages sociaux.
« Quand les effectifs étaient plus homogènes, les avantages sociaux étaient les mêmes pour tous, dit Cécile Cournoyer. On a maintenant dépassé ce stade. Les avantages sociaux sont flexibles, car on reconnaît que les employés ont des besoins différents selon leur âge. »
Les organisations, qui décidaient ce qui était le mieux pour tout le monde, deviennent moins paternalistes. Au-delà d’un certain menu de base commun, on laisse aux employés la responsabilité de gérer leur régime en fonction de leurs priorités.
On assouplit également les horaires pour permettre aux semiretraités de continuer à contribuer à l’organisation, ou aux plus jeunes de consacrer du temps aux activités personnelles et à la famille.



Plus pauvres, plus isolés -  Daniel Boiteau
L’auteur est un Montréalais qui agit comme bénévole auprès des personnes âgées seules. Marguerite Blais, la ministre responsable des Aînés, souligne toute son admiration devant le dévouement de centaines de bénévoles qui s’activent particulièrement auprès des personnes âgées, malades, seules ou pauvres. J’aimerais faire remarquer à la ministre que malgré toute leur bonne volonté, ces personnes ne pourront pas combler le manque d’implication et encore moins le désengagement du gouvernement du Québec envers ces gens, de plus en plus pauvres et isolés.
Quand je lis que des milliards de dollars sont dépensés dans des travaux routiers souvent mal faits et qu’en plus nous payons 35% plus cher que nos voisins, je me questionne. Du même souffle, quand vous coupez 3,5 millions en subventions à un organisme d’économie sociale en aide domestique ( EESDA), l’indignation m’envahit.
En plus de procurer de l’aide à ces personnes âgées et souvent seules, ces organismes sont souvent une occasion de leur permettre de voir et de parler avec du vrai monde.
Ce virage à droite, où on se fie à la charité pour combler la pauvreté (modèle privilégié par votre gouvernement), les ministres qui se pavanent avec leur chéquier dans le temps des Fêtes pour distribuer des 250 000$ aux organismes de charité, tout ça, ce sont des peanuts comparativement à leurs besoins.
Les apparitions de ces mêmes ministres sur les planchers de danse devant les caméras de télévision lors de fêtes organisées pour se faire voir ne les rendent même pas mal à l’aise. La pauvreté et la solitude, c’est malheureusement à l’année, pas seulement dans le temps des Fêtes.
Augmentation de tarifs, coupes dans les services et baisse d’impôts des plus riches, toutes ces politiques qui frappent les plus démunis, faut que ça cesse.
Et nous, citoyens et citoyennes, que faisons-nous à part « checker » le score au hockey ? César a endormi son peuple avec du pain et des jeux, allons-nous un jour nous réveiller ou continuer de nous endormir sur l’air de « Na na na, hey hey hey, good bye... Go Habs Go » ?




Éloge de la vieillesse -  Benoît Voyer
Notre société – qui souffre de « jeunisme » – aurait intérêt à regarder de plus près le charme et la richesse des personnes âgées.
L’auteur réside à Saint-Jérôme.
« J’apprécie au plus haut point l’intelligence des aînés, affirme Benoit Voyer (au centre de la photo). Ils ont acquis une expérience inestimable que la société devrait mettre davantage à son service. »
La vieillesse est une belle période de l’existence humaine. Je ne suis pas encore rendu à cette étape de ma vie mais, chaque j our, ma situation professionnelle me permet de côtoyer des dizaines et des dizaines d’aînés. Il m’est donc permis de m’inspirer de ce que je vois: c’est beau et bon d’être vieux !
Notre société – qui souffre de « jeunisme » – aurait intérêt à regarder de plus près le charme et la richesse de ceux et celles qui sont rendus au troisième et au quatrième âge de leur humanité.
J ’ apprécie au plus haut point l’intelligence des aînés : ils ont acquis une expérience inestimable que la société devrait mettre davantage à son service.
Vous me direz qu’ils sont conservateurs. J’avoue que c’est parfois vrai, mais il ne faut pas généraliser. Je connais des personnes âgées qui sont pas mal plus ouvertes que les « p’tits jeunes » qu’on dit très libéraux. Ce n’est pas une question d’âge, mais plutôt une attitude qui habite l’intériorité de l’humain. Je connais de jeunes vieux et de vieux jeunes.
Il me semble que les jeunes générations devraient profiter de l’expérience qu’ils ont acquise au fil des ans.
Jacques Ménard, président du conseil d’administration de BMO Nesbitt Burns et président de BMO Groupe financier (Québec), abonde dans la même voie que moi dans son livre : « Quand on montre la porte à des milliers de personnes en pleine possession de leurs moyens dans le secteur de la santé et de l’éducation, comme cela a été le cas il y a quelques années, on rate une belle occasion de transmettre du savoir et quelques expériences de vie. On constate ce que ça coûte aujourd’hui ! Plusieurs d’entre nous avons acquis des acti fs qui nous permettront de bien vivre et de continuer à contribuer à l’effort collectif. » ( Jacques Ménard et Denis Bouchard)
N’est-ce pas un peu ce qu’écrivait, en d’autres mots, Simone Weil, dans l’Enracinement : « Il serait vain de se détourner du passé pour ne penser qu’à l’avenir. C’est une illusion dangereuse de croire qu’il y ait même là une possibilité. L’opposition entre l’avenir et le passé est absurde. L’aveni r ne nous apporte rien, ne nous donne rien; c’est nous qui, pour le construire, devons tout lui donner, lui donner notre vie elle-même. Mais pour donner, il faut posséder, et nous ne possédons d’autre vie, d’autre sève, que les trésors hérités du passé et digérés, assimilés, recréés par nous. De tous les besoins de l’âme humaine, il n’y en a pas de plus vital que le passé. »
Il est temps de favoriser une collaboration entre les personnes âgées et ceux et celles qui prennent leur relève. Un jour, le vieux dicton pourra s’exprimer avec élégance : « Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait. » L’auteur de la lettre de la semaine, Benoit Voyer, recevra une copie laminée de cette page.


« Passée date »
Devrons-nous rapidement prendre la décision
d’arrêter de vieillir pour recevoir des soins ?
L’auteure habite à Montréal.
Àla lecture de la lettre de la Dre Gill, mon café est passé de travers. Il m’a fallu relire sa conclusion trois fois plutôt qu’une pour comprendre que j’étais « passée date » aux yeux de la société en devenant une retraitée.
Selon vous, Mme Gill, il faudrait cesser de mettre tout l’argent de l’État dans les soins de santé pour « cette race de monde » que sont les retraités, car ils ne travaillent pas. Vous oubliez sans doute que nous sommes passés sur le marché du travail avant vous (44 ans dans mon cas), que nous avons contribué à vos frais de scolarité indirectement par le biais des subventions aux universités pour vos longues études de médecine, que nous avons payé des impôts, etc.
J’espère ne jamais tomber malade dans votre région, de peur de devoir solliciter vos services comme médecin traitant. « Ah non, pas encore une personne sous un châtain clair! Astucieuse, hein, la petite vieille!
Le vieillissement, ce n’est pas une maladie, mais une étape de la vie. Vous y arriverez un jour vous aussi, croyez-moi sur parole. Devrons-nous rapidement prendre la décision d’arrêter de vieillir âgée! Il y en a déjà 12 sur 14 dans ma salle d’attente. Qu’est-ce que je vais faire? »
Je n’ose penser que votre serment de donner des soins aux malades soit relié à la couleur des cheveux de vos patients. Ça doit être pour ça que je camoufle soigneusement ma crinière grise pour satisfaire votre raisonnement? Non, désolée pour vous, mais moi, je continue ma route en pensant que je suis chanceuse d’avoir des médecins dans ma ville qui croient encore que je suis importante pour eux en me donnant des soins de qualité sans égard à mes 65 ans bien sonnés.



Reportages sur les personnes âgées :
Un accablement injustifié  -  Guylaine Martin
Les reportages provoquent désengagement et découragement chez les intervenants qui soignent les personnes âgées
L’auteure est directrice générale de Baluchon Alzheimer. Depuis quelques mois, les personnes âgées ou celles qui en prennent soin sont saisies de crainte quant à ce qui les attend advenant qu’elles doivent quitter leur domicile pour aller en centre d’hébergement ou de soins de longue durée, privé ou public.
Un tout petit nombre d’aînés terminent leurs jours en centre d’hébergement. Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2001, c’est 90 % des personnes âgées qui vivaient chez elles. Les aidants naturels dispensent 80 % des soins requis par leur proche, contrairement à une légende voulant que les familles cherchent à se « débarrasser de leurs vieux ».
Les médias dénoncent la pénurie d’employés en CHSLD, leur manque de formation, les transferts fréquents d’un établissement à l’autre – documentés à partir de cas individuels et non à partir d’enquêtes sur la qualité générale des soins donnés en établissement.
Ce battage médiatique a des réperc ussions i mpor ta ntes . Peut-êt re incite-il les administrateurs de la santé à revoir leurs priorités, à s’enquérir des conditions qui prévalent dans les CHSLD, ou à mieux expliquer au public la cause des incidents déplorés : c’est ce que nous espérons.
Mais nous observons aussi l’effet d’accablement et la stigmatisation qui s’installent chez les intervenants, dont la majorité est généreuse et compatissante, comme s’ils portaient une tare : celle d’accompagner une part de la population en perte grave d’autonomie.
Nous croyons que le résultat des dénonciations à partir de cas isolés entraîne plutôt l’effet contraire de celui qui est recherché : un désengagement, un découragement, et le sentiment d’être mal vu lorsqu’on travaille dans ces milieux qui sont loin d’être aussi négligents que ce que l’on cherche à faire croire.
Seule une enquête bien menée sur la satisfaction de la clientèle révélerait l’état des soins et services. Notre expérience dans ces milieux nous a démontré que la majorité des soignants manifestent un souci des personnes âgées que révèlent de nombreux gestes d’attention que ne requiert pas leur description de tâches.
Rappelons qu’un tout petit nombre d’aînés terminent leurs jours en centre d’hébergement. Selon l’Institut de la statistique du Québec, en 2001, c’est 90 % des personnes âgées qui vivaient chez elles. Nous savons également que les aidants naturels dispensent 80 % des soins requis par leur proche, contrairement à une légende voulant que les familles cherchent à se « débarrasser de leurs vieux ».
L orsqu’i ls sont attei nts de la maladie d’A lzheimer, la plupa rt sont pris en charge par un proche aidant. Nous sommes témoins, à Baluchon Alzheimer, de la générosité des familles et de l’imagination déployée afin d’entourer d’affection la personne atteinte.
Notre organisme, créé il y a 10 ans dans le but de donner du répit au x fa m illes qui pren nent soin d’un parent atteint de la maladie d’Alzheimer, survit grâce à la contribution du Ministère de la santé et des services sociaux.
Ce service est subventionné et répond à un besoin criant maintes fois exprimés par les organismes qui représentent les aidants. De nombreux témoignages nous parviennent régulièrement, attestant de la qualité des services des « baluchonneuses » et des bienfaits éprouvés grâce à leur présence et à leurs conseils. S’il est principalement un service de répit, Baluchon Alzheimer offre aussi un accompagnement de qualité par des professionnels.
Les travailleurs sociaux trouvent en Baluchon Alzheimer des partenaires efficaces, les familles bénéficient d’un soutien personnalisé, les baluchonneuses trouvent sens à leur vie et à leur dévouement, des réseaux se tissent, des gens sont constamment formés, et l’espoir renaît souvent là où on ne savait plus où donner de la tête.
Nous sommes convaincus que les responsables des dossiers des aînés, autant la ministre Marguerite Blais que la ministre déléguée aux services sociaux, Lise Thériault, sont sensibles aux immenses besoins de répit des aidants et cherchent à mettre en place des services adéquats.
Nous ne pouvons que leur demander de faire avancer ces dossiers avec diligence, en soutenant sans tarder les programmes de maintien à domicile, car c’est à eux qu’il incombe de trouver des solutions à la croissance en nombre des personnes dépendantes.


« Les personnes âgées ne voient aucune différence dans leur plateau »  -  Ariane Lacoursière
EXCLUSIF Jour après jour, les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) du Québec ne reçoivent que 5,23 $ par jour en subventions pour nourrir chacun de leurs aînés. Afin d’améliorer l’alimentation des personnes âgées en institution, le gouvernement de Jean Charest a décidé d’injecter 3 millions de plus pa r année en 2008. Mais aujourd’hui, plusieurs intervenants estiment que cet investissement est de la poudre aux yeux.
Les mesures adoptées par le gouvernement Charest pour améliorer l’alimentation des personnes âgées qui vivent en institution sont nettement insuffisantes.
« Ces 3 millions, c ’est du gaspillage ! C’est encore une façon de faire semblant de s’occuper des personnes âgées ! Sur le terrain, on ne voit aucune amélioration », dénonce la présidente du Syndicat professionnel des diététistes et nutritionnistes du Q uébec , C laudet te P éloqu i n Antoun.
« Les personnes âgées ne voient aucune différence dans leur plateau. Car les 3 millions ne peuvent pas servir à faire des améliorations récurrentes. On ne peut donc pas hausser le budget des aliments dans l’assiette. On doit se contenter de faire des projets spéciaux ponctuels », renchérit le président de l’Ordre professionnel des diététistes du Québec (OPDQ), Michel Sanscartier.
La ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, explique que les améliorations dans l’alimentation en CHSLD ne sont pas encore visibles, car le gouvernement devait d’abord publier son cadre de référence, publié en j uin 20 09, avant de lancer des projets. « Dans quelques semaines, on pourra lancer des appels d’offres pour des projets », dit l’attaché de presse de la ministre Thériault, Harold Fortin.
Quand il a présenté son investissement récurrent de 3 millions, le gouvernement a mentionné que l’argent devait surtout servir à offrir de la formation aux employés en CHSLD et à rehausser la nutrition clinique. « Même si on donne des cours aux cuisiniers, ils doivent quand même préparer 3 repas et deux collations par jour avec 5,23 $ par personne ! Avec cette somme, même si on mettait le meilleur chef en ville, il aurait de la difficulté à faire autre chose que du pâté chinois ! » note M. Sanscartier.
Quand on sait qu’une petite portion de yogou rt individuel coûte 0,75 $, on comprend que plusieurs CHSLD préfèrent les éviter, affirme M. Sanscartier. « À cause des sommes offertes actuellement pour la nourriture, c’est impossible de répondre à 100 % des besoins de 100 % des nutriments », dit-il.
Normes plus sévères
P rofesseure au dépa rtement de nut r ition de l ’ U n ive r s it é L ava l , Denise Ouellet ajoute qu’espérer rehausser la nutrition clinique avec seu lement 3 m illions de dolla rs est « utopique ». Selon elle, on voit encore une fois que la nutrition des personnes âgées « n’est pas une priorité du gouvernement ».
Mme Ouellet affirme depuis longtemps que le Québec devrait se doter de normes plus sévères. « Aux ÉtatsUnis, le gouvernement doit mesurer l’état nutritionnel des aînés en institution et s’assurer de leur maintien. Pour ce faire, il y a des nutritionnistes dans les établissements ! Ici, on n’a rien de ce genre », dit-elle.
M. Fortin réplique que bientôt, « un CHSLD pourra décider d’engager une diététiste pour évaluer les besoins nutritionnels de ses patients », dit-il. M. Fortin reconnaît que les 3 millions « ne régleront pas tous les problèmes tout de suite », mais il ajoute qu’« avant qu’on intervienne, il n’y avait rien pour améliorer l’alimentation en CHSLD ».
Perte d’autonomie
Mme Péloquin Antoun croit quant à elle qu’il est temps que le Québec accorde plus d’importance à la nutrition des aînés. Le 10 août, elle a d’ailleurs envoyé une lettre au ministre de la Santé, Yves Bolduc, à ce sujet. Mme Péloquin Antoun explique que la malnutrition des personnes âgées accélère leur perte d’autonomie. « Plusieurs études ont démontré qu’une personne bien nourrie pourra, par exemple, guérir plus vite des plaies de lit, dit-elle. Pour pouvoir offrir des diètes efficaces, il devrait y avoir plus de nutritionnistes dans les CHSLD.»
« Actuellement, il y a environ 65 postes de diététistes à temps complet pour 4 4 000 patients hébergés en CHSLD au Québec. On veut établir un ratio qui pourrait tourner autour d’un poste à temps complet pour 180 lits », dit M. Sanscartier.




Les vieux abandonnés
Mon père, Mario, se retrouve dans un véritable mouroir
Horreur ou erreur ? C’est dix fois pire qu’à l’hôpital. Un véritable mouroir, comme le dit ma mère.
L’auteure habite Repentigny. Ma r i o, c ’ es t mon père depuis 49 ans. Il s’est pas mal magané avec les années, mais c’est un bon diable.
Depuis déjà une dizaine d’années, il fait des séjours à l’hôpital pour différents problèmes qui, hélas ! ne s’amél iorent pas avec le temps. Sa conjointe, ma mère, s’en occupe du mieux qu’elle peut depuis toutes ces années. On appelle ça une aidante naturel le… Évidemment, on tient pour acquis que c ’est naturel de s’occuper d’un conjoint malade. Quand ça commence à moins bien aller pour l’aidant, c’est à ce moment que les problèmes commencent.
Mario est à l ’ hôpital depuis t rois mois. C’est certain qu’il ne reviendra plus à la maison, sinon ma mère va y passer. Alors, on enclenche le processus de placement : la paperasse, le certificat d’inaptitude, la demande d’exonération – parce qu’ils ne sont pas riches, ils n’ont que les pensions de p’tits vieux comme on les appelle.
Et voilà, qu’en plus de dire à l’homme de ta vie, après 56 ans de vie commune, que vous ne vivrez plus jamais avec lui, vous devez lui payer un loyer de 1400$ par mois à l’hôpital. Et à ce prix, la télévision n’est pas incluse. Comme c ’est son seul loisi r, on doit alors ajouter un beau 300$, ce qui constitue selon moi une arnaque! Et, si vous oubliez de payer une journée, on vous coupe le câble !
On lui a donc promis que très bientôt, il vivra dans un autre endroit où il pourra apporter sa propre télé et manger mieux. À l’hôpital, une assiette doit coûter 56 cents, alors imaginez ce qu’il y a dedans! Le préposé nous a même carrément dit de lui apporter ses repas et de les mettre dans le frigo; il offrait de les réchauffer.
L’appel tant attendu est arrivé: « Monsieur, on a une place pour vous au Pavillon Rosemont, vous allez être bien mieux. »
Horreur ou erreur ? C’est dix fois pire qu’à l’hôpital. Un véritable mouroir, comme le dit ma mère. Mon père a un fantasme depuis hier : monter sur le toit et voler comme un oiseau! Il a encore toute sa tête, mais le coeur n’y est plus. Peut-on le blâmer ?
À qui s’adresser pour régler la situat ion ? Les infirmiers et infirmières en ont plein les bras ! Les médecins font probablement de leur mieux. Les t ravailleurs sociaux ? En trois mois, on en a passé quatre. Le premier ministre ? J. E. ? Barack Obama?
Dites-le-moi, je vous en prie, pour que je puisse sauver mon Mario !
Je prie, papa, pour qu’on v i en ne t e c he r c he r de là-haut.





Des résidants traités comme des numéros  -  Ariane Lacoursière
Alice Lacoursière* et son mari, Pierre, ont vécu ensemble pendant plus de 40 ans. Mais aujourd’hui, ils risquent d’être séparés. Alice ne peut plus prendre soin de Pierre, qui est aphasique. L’Agence de la santé de Montréal recommande de placer Pierre dan
Alice Lacoursière refuse de transférer son mari dans le quartier Ahuntsic. En attendant de trouver une résidence qui lui convienne, elle doit endurer le fait que Pierre est constamment déménagé d’un centre d’hébergement à un autre. Une situation éprouvante pour le couple, qui dit être « épuisé ».
Le mari d’Alice Lacoursière, Pierre, a été transféré au CHSLD Émilie-Gamelin jeudi dernier, en attendant qu’une place se libère dans une « ressource intermédiaire » près du domicile du couple.
Depuis 1991, année où son mari a subi une importante hémorragie au cerveau, Alice prenait soin de lui à la maison. Tout a basculé le 7 février dernier. Ce jour-là, Mme Lacoursière est tombée sur la glace et s’est fracturé une cheville. Elle a dû être hospitalisée d’urgence.
Pierre a dû être placé dans un « lit d’urgence sociale » au centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) Jean-De La Lande.
Pendant ce temps, Mme Lacoursière a entrepris une longue réadaptation. « Je me suis rendu compte que je ne pourrais plus reprendre mon mari à la maison, racontet-elle. J’ai demandé une place permanente pour lui au CHSLD Jean-De La Lande. »
Mais parce qu’il nécessite un peu moins de trois heures de soins par jour, Pierre n’est pas admissible dans un CHSLD. « Les personnes qui demandent moins de trois heures de soins sont dirigées vers des ressources intermédiaires », confirme la directrice générale adjointe de l’Agence de la santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal, Lise Massicotte.
En mai, l’Agence a donc suggéré à Mme Lacoursière de placer son mari dans la ressource intermédiaire Les Tournesols, à Ahuntsic. « L’endroit est très beau. Mais c’est difficilement accessible de chez moi. Je ne me déplace plus à ma guise », explique Mme Lacoursière, qui a refusé d’y envoyer son mari.
L’ASSS a accepté de prolonger l ’ hébergement de Pierre dans son « lit d’urgence sociale » , le temps que sa femme lui trouve une résidence. « Ces lits peuvent être utilisés pour un maximum de trois semaines. Si la situation est compliquée, on peut prolonger le délai, mais une seule fois. Il faut donner la place aux autres », explique Mme Massicotte.
Incapable de trouver une place convenable pour son mari, Mme Lacoursière a reçu une lettre le 28 juillet l’informant que Pierre devait quitter le CHSLD Jean-De La Lande au plus tard le 7 août.
On lui a écrit qu’il serait déménagé dans un « lit de transition » au CHSLD ÉmilieGamelin. Mme Lacoursière a protesté, sans succès.
La semaine dernière, La Presse a assisté au déménagement de Pierre. À notre arrivée, à 9h, sa chambre au CHSLD Jean-De La Lande avait déjà été vidée. Pierre était dans un état de panique et ne comprenait pas ce qui se passait. « Ils ont tout pris. Pif! Paf! » a-t-il crié en se lançant dans les bras de sa femme.
Lecoeurgros, MmeLacoursière et son mari ont dit au revoir à « l’équipe de soins hors pair » du CHSLD Jean-De La Lande. À leur arrivée au CHSLD Émilie-Gamelin, Pierre semblait confus. Pendant de longues minutes, il a examiné ses nouveaux meubles. Il s’est ensuite mis à arpenter le couloir, silencieux, la mine basse.
« Pierre prend du temps à s’adapter à un nouveau milieu. Il avait enfin un équilibre. Maintenant, tout est à recommencer. Et j’aurai encore tout à recommencer d’ici quelques mois, s’attristeMme Lacoursière. On traite les personnes âgées comme des numéros. J’ai l’impression d’être prise dans le système… »
La situation que vivent Mme Lacoursière et son mari n’est pas exceptionnelle, selon Francis Collins, de l’Association du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux.
« Des centaines de personnes âgées vivent des situations semblables chaque année dans les CHSLD, dit-il. À chaque déménagement, on constate la dégradation de leur état. Malgré ça, on déménage constamment les aînés tant qu’on ne leur trouve pas une place permanente. Les CHSLD manquent de places pour accueillir tout le monde. »
Le président de la Fédération des préposés aux bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin, est du même avis. « Ça montre que le système est mal conçu. Ça montre aussi qu’il manque de places en CHSLD. »




Des fermetures de lits inacceptables
L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal persiste dans son intention de fermer 792 lits de longue durée dans les hôpitaux montréalais, alors que 3700 personnes sont en attente d’une place en CHSLD (un peu moins de la moitié d’entre elles sont cependant déjà dans un CHSLD mais pas dans celui de leur choix). L’Agence prétend que de nouvelles places vont être créées en « ressources intermédiaires », mais tout indique que cette option ne sera pas disponible au moment opportun. Quel est donc l’agenda caché de l’Agence? Que devront faire les familles? Elles devront « placer » leurs aînés dans un centre privé qui leur coûtera très cher. La fermeture de lits en CHSLD s’intègre aux politiques de privatisation du gouvernement Charest. L’Agence indique qu’elle hébergera les personnes concernées d’abord en lits d’évaluation, puis en lits de transition et enfin dans des lits définitifs. Trois déménagements. C’est inacceptable au plan humain. L’Agence est sûre d’avoir raison dans son plan de « réingénierie » (oups! il faut dire « modernisation ») alors que sur le terrain, pratiquement tous les intervenants (médecins, travailleurs sociaux, infirmières) trouvent que ces fermetures n’ont pas d’allure. Jacques Fournier Membre de l’Association pour la défense des droits des retraités (AQDR)
D’ici trois ans, la totalité des 792 lits de longue durée seront fermés dans les hôpitaux montréalais.
Une mort accélérée
La décision de l’Agence de la santé et des services sociaux de fermer d’ici trois ans la totalité des 792 lits de longue durée dans les hôpitaux de Montréal pose une fondamentale question de société : « A-ton le droit de vieillir ? » Les démarches proposées par son PDG, David Levine, empruntent des couloirs obscurs qui s’apparentent d’une façon aux couloirs d’une mort en accéléré. Séjour de trois mois d’évaluation dans les CHSLD, puis séjour dans des lits de transition, enfin, si la vie se maintient, l’individu concerné irait dans l’établissement de son choix, si tant est qu’il puisse choisir. Nous en sommes donc arrivés là. Nos sociétés vieillissantes semblent de plus en plus ingérables. Ceux qui vieillissent s’accrochent tant bien que mal à quelques fragments d’espoir. Jacques Léger Montréal




Caser les vieux  ANDRÉ PRATTE

N’y a-t-il pas un risque qu’on bouscule les personnes âgées pour satisfaire à tout prix la norme des 72 heures?
L’annonce d’une réorganisation des soins offerts aux personnes âgées à Montréal a suscité une inquiétude palpable dans la population. Cette inquiétude, nous la partageons.
Lundi dernier, sous la plume de Katia Gagnon, La Presse relatait les grandes lignes de cette « transformation de l’offre de services » mise en oeuvre par l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal.
Cette réorganisation comporte deux volets. En premier lieu, les 792 lits de soins de longue durée que comptent actuellement les hôpitaux de Montréal seront fermés d’ici trois ans. Tout le monde s’entend sur le fait que l’hôpital n’est pas un milieu de vie approprié pour une personne âgée n’ayant pas constamment besoin de soins médicaux.
En second lieu, on va faire en sorte que les lits de courte durée présentement occupés par des personnes âgées, dont l’état de santé a été stabilisé, soient libérés en 72 heures au plus. Encore là, on ne contestera pas l’objectif : il s’agit de réserver tous les lits des centres hospitaliers aux personnes qui ont besoin de soins à court terme.
Si les objectifs sont incontestables, pourquoi cette inquiétude? Parce que, ayant le virage ambulatoire à l’esprit, bien des gens se demandent où on va envoyer les personnes âgées concernées, d’autant que les CHSLD affichent toujours complet. Dans le cas des lits de longue durée, l’Agence assure qu’aucun ne sera fermé si on n’a pas trouvé d’endroit approprié pour loger la personne déplacée. Il faut dire que la coordination entre les établissements du réseau est bien meilleure depuis la mise sur pied des Centres de santé et de services sociaux (CSSS).
Pour ce qui est des vieux occupants des lits de courte durée, même s’ils n’ont plus besoin de soins actifs, ils seront d’abord envoyés dans un « lit d’évaluation », c’est-à-dire dans un CHSLD où le personnel spécialisé déterminera le type d’hébergement qui leur convient. Si, au bout de trois mois, on a été incapable de trouver une place dans un lieu souhaité par le patient, celui-ci sera transféré dans un « lit de transition ».
C’est l’aspect de la réorganisation qui suscite le plus de scepticisme. La réaction de M. Jacques Fournier, reproduite ci-contre, est représentative: « Trois déménagements, c’est inacceptable au plan humain. »
À l’Agence, on explique que les « lits de transition » seront le plus proche possible des services souhaités par chaque patient. Autrement dit, à défaut d’accommoder le premier choix de la personne âgée, on lui offrira ce qui s’en rapproche le plus, tant au plan géographique qu’à celui du type d’hébergement.
N’y a-t-il pas un risque qu’on bouscule les personnes âgées pour satisfaire à tout prix la norme des 72 heures? Qu’on accroisse l’angoisse de ces personnes fragiles en les déplaçant de case en case?
Les gestionnaires devront garder à l’esprit qu’il ne s’agit pas seulement d’exécuter un plan, qu’ils ne déplacent pas des pions, mais des personnes vulnérables. Il faudra aussi que la famille, si elle est présente, soit vigilante. Comme devront l’être les médias, le Protecteur du citoyen et la Commmission des droits de la personne.






De nombreux aînés meurent de « négligence » Un sociologue québécois dénonce l’« âgisme meurtrier »

EXCLUSIF
« Le taux de suicide des aînés est plus élevé que chez les jeunes et, pourtant, on en entend peu parler. Il faut faire quelque chose. »
Des centaines de personnes âgées meurent chaque année au Québec parce que la société ne prend pas soin d’elles correctement, affirme le sociologue Louis Plamondon.
Et comme il n’y a aucune mesure de contrôle, cet « âgismemeurtrier » fait possiblement des centaines d’autres victimes, mais personne ne le sait, dénonce le chercheur associé à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.
Dans une recherche publiée aujourd’hui dans la revue Vie et vieillissement, M. Plamondon montre que le Québec traite ses aînés avec indifférence.
De 2005 à 2007, le Bureau du coroner de la province a enquêté sur la mort violente de 2370 personnes de plus de 65 ans. M. Plamondon a analysé ces dossiers et a découvert que, dans 33% des cas, l’âgisme a pu contribuer au décès. « Dans ces dossiers, on peut penser que la négligence passive ou active de différents acteurs a causé ces décès, note M. Plamondon. C’est ce que j’entends par âgisme. »
Le chercheur a par exemple répertorié 394 cas de suicide. « On sait que la dépression est sous-traitée chez les aînés. Les personnes âgées se font souvent dire: “C’est normal que vous soyez déprimé, vous êtes vieux!” On peut parler ici de négligence et d’âgisme », commente M. Plamondon. La douleur chronique et la solitude peuvent aussi mener des aînés à se suicider, et M. Plamondon croit que la société doit faire quelque chose pour freiner le phénomène.
« C’est un fort taux de suicide. C’est plus élevé que chez les jeunes et, pourtant, on en entend peu parler. Il faut faire quelque chose », dit la présidente de l’Association québécoise de gérontologie, Catherine Geoffroy.
M. Plamondon a aussi répertorié 101 cas de chutes d’un lit, d’un fauteuil ou d’un escalier chez des aînés qui étaient portés ou soutenus par un tiers. « On parle ici de négligence de membres du personnel dans les lieux de résidence et les hôpitaux, et ce personnel est parfois mal formé », note M. Plamondon.
Ce dernier a aussi enregistré 30 homicides, 91 cas de piétons heurtés par un véhicule à moteur et 22 cas de noyade dans une baignoire ou dans une piscine supervisée. Des expositions soutenues au feu, au froid ou à la fumée ont fait 32 victimes, et 27 autres personnes sont mortes après avoir été intoxiquées ou avoir consommé des médicaments. « Ces morts sont toutes causées par une certaine négligence, soutient M. Plamondon. Dans certains cas, des personnes âgées sont oubliées hors de leur résidence et meurent de froid. Certaines histoires donnent réellement froid dans le dos. »
Déjà troublé par ces premières conclusions, M. Plamondon ajoute que la situation pourrait être bien pire qu’elle n’y paraît. De l’aveu même du Bureau du coroner, une infime partie des décès de personnes âgées font l’objet d’enquêtes au Québec. Dans un colloque sur les abus envers les aînés, en avril dernier, la coroner Catherine Rudel-Tessier a affirmé que plus de 750 décès de personnes âgées font l’objet d’une enquête chaque année mais que de nombreux cas de morts violentes passent inaperçus parce qu’ils ne sont pas dénoncés.
« Seuls les décès signalés au coroner font parfois l’objet d’une enquête. On devrait changer la loi pour avoir un portrait plus juste de la situation et obliger la déclaration de toute mort de personne âgée en centre privé ou public », croit M. Plamondon.
La loi oblige déjà les centres de réadaptation, les centres jeunesse, les garderies et les prisons à déclarer automatiquement tout décès. « On le fait pour les prisonniers et les enfants, mais pas pour les personnes âgées. On devrait répandre cette obligation aux résidences privées et publiques pour aînés », commente M. Plamondon.


Sous-financement d'entreprises prenant soin des aînés - Ariane Lacoursière

Des milliers d’aînés condamnés à la solitude  -   Ariane Lacoursière
« Le gouvernement dit que les aînés sont sa priorité. Mais finalement, concrètement, ça ne paraît pas beaucoup. »
Au Québec, 101 entreprises d’économie sociale aident chaque année plusde75 000personnes âgéesen faisant leur ménage, en préparant leurs repas et en les accompagnant chez le médecin. Mais depuis leur création en 1998, ces entreprises ont vu leurs subventions stagner. Si bien qu’aujourd’hui, des milliers de personnes âgées doivent se passer de ces services.
Faute de pouvoir se payer des services à domicile à un coût raisonnable, plusieurs personnes âgées n’ont à peu près plus de contact avec l’extérieur et doivent se résigner à la solitude.
Et alors que Québec avait promis de corriger la situation dès ce printemps, l’argent se fait toujours attendre, dénonce la présidente de la Coalition des entreprises d’économie sociale en aide domestique, Marie-Claude Gasse.
« On joue un rôle crucial dans le maintien à domicile des personnes âgées. Mais puisque nos subventions sont gelées depuis 1998, on a dû augmenter nos tarifs. Et plusieurs aînés démunis ne peuvent plus s’offrir nos services », explique Mme Gasse.
L’a ide f i na ncière di rec te offerte par Québec aux entreprises d’économie sociale est de 4$ à 10$ l’heure, selon le niveau de richesse du client. Cette aide est la même depuis 10 ans. « Parce que le salaire minimum a augmenté et que d’autres coûts ont augmenté, on a dû hausser nos tarifs », dit Mme Gasse.
De 2$ à 10$ l’heure
Des aînés qui payaient autrefois 2 $ l’heure pour recevoir de l’aide domestique doivent maintenant payer 10$. « C’est trop cher, commente Mme Gasse. Plusieurs ne nous appellent plus. Où se retrouvent-ils peu de temps après? Dans le système de santé. »
Mme Gasse explique que les entreprises d’économie sociale j ouent un rôle i mpor t ant , notamment dans l’alimentation des aînés. « Plusieurs personnes âgées sont mal nourries, dit-elle. Nous allons chez elles et nous préparons leurs repas. On fait énormément de prévention. »
Les entreprises d’économie sociale sont toujours en lien avec les CLSC et peuvent au besoin orienter une personne âgée qui commence à éprouver des troubles vers les ressources. « On connaît les aînés. Ils nous font confiance. On est leur lien avec l’extérieur », dit Mme Gasse.
Selon elle, le gouvernement dit depuis longtemps que le dossier des entreprises d’économie sociale est « prioritaire ». « Mais il ne fait rien. La ministre des Services sociaux, Lise Thériault, nous avait promis que des subventions arriveraient au début du mois de mai. On les attend toujours, affirme Mme Gasse. Le gouvernement dit que les aînés sont sa priorité. Mais finalement, concrètement, ça ne paraît pas beaucoup. »
Mme Gasse aimerait que les 6000 employés des entreprises d’économie sociale du Québec, majoritairement des femmes, puissent gagner un peu plus que le salaire minimum. « Mais dans les conditions actuelles, les entreprises doivent garder leurs coûts le plus bas possible », dit Mme Gasse.
L’attaché de presse de la minist re Thér iault , Ha rold Fortin, confirme que la ministre a rencontré les entreprises d’économie sociale en mars pour discuter de leur situation.
« On privilégie le soutien à domicile et Mme Thériault est très sensible à leur réalité, dit-il. Les entreprises d’économie sociale font partie de la solution pour le maintien à domicile des personnes âgées. D’ici quelques semaines, on pourra leur montrer le travail qu’on a fait pour régler le problème. On va leur apporter l’aide dont elles ont besoin. »




Les aînés accaparent la période de questions à l’Assemblée nationale
La ministre des Aînés, Marguerite Blais, a encore dû essuyer les critiques sur sa gestion envahissante du Conseil des aînés.
Les aînés ont accaparé une bonne part de la dernière période de questions de la session parlementaire, hier, à l’Assemblée nationale. La ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, a dû se défendre de n’avoir rien fait depuis un an pour corriger le manque de formation des préposés aux bénéficiaires travaillant dans les résidences privées pour personnes âgées. Laministre des Aînés, Marguerite Blais, a quant à elle encore dû essuyer les critiques sur sa gestion envahissante du Conseil des aînés.
La chef de l’opposition, Pauline Marois, a ouvert le bal en accusant la ministre Thériault de ne pas avoir réglé le manque de formation des préposés dans les résidences privées, alors qu’un rapport soulevait la problématique en mai 2008, comme l’a rapporté La Presse, hier. « Encore une fois, le gouvernement savait, mais il n’a rien fait », a dit Mme Marois. Selon elle, « si les ministres avaient fait leur travail correctement », ils « auraient lu » le rapport.
Mme Thériault s’est défendue en disant avoir créé une mutuelle de formation récemment. « Nous n’avons pas attendu d’avoir des questions en Chambre pour agir, nous avons agi », a-t-elle soutenu.
La critique officielle en matière de personnes âgées, Lisette Lapointe, a ensuite dirigé les attaques vers la ministre Blais en lui reprochant encore une fois de s’être « ingérée dans les affaires du Conseil des aînés et de faire la guerre à son président ».
L’ancien président du Conseil des aînés, Georges Lalande, a démissionné la semaine dernière en affirmant que la ministre Blais voulait contrôler son organisme. Cette démission a fait beaucoup de bruit. À un point tel que M. Lalande a été invité à participer à l’émission Maisonneuve en direct de RadioCanada, hier midi. Mais M. Lalande ne s’est finalement pas présenté. Il a reçu un appel du Secrétariat du Conseil exécutif aux emplois supérieurs du Québec lui demandant de ne pas participer à l’émission. « On m’a dit que je ne respecterais pas mon devoir de réserve si je le faisais. Selon moi, je n’ai pas ce devoir. Mais puisque je veux continuer ma carrière dans le gouvernement, je me suis abstenu. De toute façon, j’ai dit ce que j’avais à dire sur la ministre Blais. Je maintiens qu’elle a fait preuve d’abus de pouvoir envers le Conseil des aînés », mentionne M. Lalande.
Choquée par cette situation, Mme Lapointe a accusé la ministre Blais d’avoir, « par le biais du Secrétariat aux emplois supérieurs (...), empêché M. Lalande de participer à Maisonneuve en direct ».
En fin de journée, l’attaché de presse de Mme Blais, Renaud Dugas, a assuré « n’avoir jamais empêché M. Lalande de parler à qui que ce soit ».




L’opposition devance la ministre Blais
Dépôt du rapport 2007-2008 du Conseil des aînés
Pour dénoncer le fait que la ministre des Aînés, Marguerite Blais, ait attendu « trop longtemps » avant de déposer le rapport annuel 2007-2008 du Conseil des aînés, l’opposition officielle a déposé le document, hier matin à l’Assemblée nationale. Un geste inusité, qui prouve que la ministre Blais a mal géré ce dossier, selon la critique péquiste en matière de personnes âgées, Lisette Lapointe.
« Le Conseil des aînés a déposé son rapport annuel en août 2008. À partir de ce moment, la ministre avait 30 jours pour le déposer. Elle ne l’a pas fait. Elle a dit qu’il n’était pas conforme et a fait changer des détails. Mais quand je regarde, je ne vois vraiment pas ce qui n’était pas correct, commente Mme Lapointe. C’est museler un conseil que de refuser de déposer un rapport annuel ! »
Même son de cloche du côté du président démissionnaire du Conseil des aînés, Georges Lalande. « La ministre nous a fait changer des virgules. Pourtant, nos rapports annuels utilisent le même squelette depuis 15 ans et tout a toujours été correct! » dénonce M. Lalande, qui voit le geste de Mme Blais comme une « ingérence dans le Conseil des aînés ».
Le même sort a été réservé au Plan stratégique du Conseil des aînés, selon Mme Lapointe, qui a aussi déposé le document, hier. « C’est assez particulier que l’opposition dépose ces documents avant le gouvernement ! » note Mme Lapointe.
La ministre Blais affirme que lorsqu’elle a reçu le rapport annuel du Conseil des aînés en août 2008, certains détails « n’étaient pas conformes à la loi ». « Dans le document, le Conseil se donnait le mandat de défendre les droits des aînés, alors que leur rôle est de les promouvoir, remarque Mme Blais. Ce n’est pas grand-chose, mais c’est important. »
« Nous avons accepté ce changement. Mais après, la ministre a demandé une série d’autres modifications. Elle a voulu soumettre le Conseil à ses volontés », répond M. Lalande, qui a annoncé sa démission la semaine dernière.
De son côté, Mme Blais se défend d’avoir voulu retarder le dépôt du rapport annuel en s’ingérant dans les décisions du Conseil des aînés. Elle ajoute n’avoir reçu le document final avec les modifications « que vendredi dernier ». « J’allais le déposer cette semaine », dit-elle.
Pour Mme Blais, le fait qu’une ministre se consacre maintenant aux aînés amène plus de surveillance. « On est un ministère en devenir. On est plus nombreux à s’occuper des dossiers. Et moi, je pose des questions », dit Mme Blais.




Manque de formation des préposés aux bénéficiaires : Québec savait depuis un an

EXCLUSIF
Une forte proportion de préposés aux bénéficiaires travaillant dans des résidences privées pour personnes âgées n’ont pas de formation, a révélé récemment La Presse dans une enquête-choc. La ministre des Services sociaux du Québec, Lise Thériault, s’était dite « surprise » par la situation et avait promis de corriger le tir. Mais aujourd’hui, La Presse apprend que le gouvernement savait depuis au moins un an que la formation des employés des résidences privées pour aînés est déficiente.
En mai 2008, la Table de concertation sur la formation du personnel oeuvrant en CHSLD privés et en résidences pour personnes âgées a publié un rapport troublant. Après avoir interrogé les employés et les propriétaires de 146 résidences privées pour aînés de la province, la Table concluait que « seulement 41% des résidences exigent une formation de préposé au moment de l’embauche ».
La Table interpellait même directement le gouvernement : « La responsabilité de l’État auprès des aînés exige que la réalité de cette situation soit reconnue et que des moyens exceptionnels soient déployés pour que cette clientèle soit desservie adéquatement. »
Mais un an après la sortie de ce rapport, les lacunes sont toujours importantes dans les résidences privées, comme l’a rapporté La Presse le mois dernier. Sans formation, une journaliste a été engagée dans des résidences privées pour personnes âgées.
Dans son rapport, la Table notait que les préposés aux bénéficiaires sont de plus en plus appelés à prodiguer des soins poussés. Dans 46% des résidences sondées, les préposés procèdent à des injections d’insuline. Et dans 15% des résidences, les préposés injectent de la morphine. « Ces données sont pour le moins troublantes quand on sait que la plupart de ces gestes ne doivent être posés que par des membres d’un ordre professionnel », dénonçait le rapport.
La Table rapportait aussi que les employés de résidences privées « ne considèrent pas avoir les compétences pour effectuer les tâches qu’on leur demande ».
Le rapport de la Table a été subventionné en partie par EmploiQuébec. Une copie du document a été transmise le 3 juin 2008 à la Commission des partenaires du marché du travail, un organisme qui conseille le ministre de l’Emploi, Sam Hamad. Mais il semble que le rapport soit passé à travers les mailles du filet.
Selon l’attaché de presse du ministre Hamad, Alexandre Boucher, le cabinet n’a reçu le rapport qu’en février 2009. « À partir de ce moment, on n’a pas chômé. On travaille à l’élaboration d’une mutuelle de formation pour les préposés aux bénéficiaires », dit M. Boucher.
Le président de la Fédération des préposés aux bénéficiaires du Québec, Michel Lemelin, a participé à l’élaboration du rapport. Il assure que le gouvernement connaît le problème depuis plus d’un an. « Le rapport a été déposé à Emploi-Québec, au ministère de la Santé et des Services sociaux. Je crois même que le ministère des Aînés l’a eu. Et l’Office des professions. Mais rien n’a été fait depuis un an », déplore M. Lemelin.
La critique péquiste en matière de personnes âgées, Lisette Lapointe, attaque elle aussi le gouvernement. « Il ne peut pas dire qu’il ne savait pas! Mais rien n’a été fait depuis. C’est épouvantable », dit-elle.
Certification
Dans son rapport, la Table explique que le gouvernement a instauré, en février 2007, un processus de certification des résidences privées pour aînés. Parmi les critères de certification, on oblige les résidences à avoir en poste, 24 heures sur 24, au moins une personne majeure qui détient une formation en réanimation cardio-respiratoire, en secourisme et en déplacement sécuritaire de personnes âgées.
Mais ce critère n’est pas suffisant, dénonce le rapport, qui suggère d’obliger tous les employés et les propriétaires de résidences privées à avoir suivi une formation.
À la suite des révélations de La Presse le mois dernier, la ministre Thériault avait promis de resserrer les critères de certification. Elle disait notamment vouloir s’attaquer à la formation des employés. « Mais le gouvernement savait depuis un an qu’une telle mesure était nécessaire », mentionne M. Lemelin.
Au cabinet de la ministre Thériault, on se défend d’avoir fermé les yeux sur la crise. « La première phase du processus de certification se termine fin juin. Même si le gouvernement savait déjà qu’il fallait modifier les critères, on ne pouvait pas les changer en cours de route. On attend la fin de la première phase de certification et on changera les critères », assure l’attaché de presse de la ministre Thériault, Harold Fortin.
Mais pour Mme Lapointe, aucune excuse n’est valable. « Ce qu’on voit, c’est que depuis un an, rien de concret n’a été fait. Une mutuelle de formation existe. Mais dans les faits, rien n’a bougé », dit-elle.


 
Mourir de rire - NATHALIE COLLARD
Tout le monde espère terminer sa vie dans la dignité. Or les nombreux reportages publiés au cours des dernières années sur les conditions de vie des personnes âgées en résidence montrent à quel point ce souhait est loin d‘être une réalité pour tous.
L’éclatement des familles, la pauvreté, le manque de ressources humaines en milieu hospitalier, entre autres, font en sorte que de plus en plus de personnes âgées (celles qui ne sont pas riches, en fait) vivent dans des conditions inacceptables.
Les récents reportages de notre collègue Ariane Lacoursière ne font pas exception. Ils brossent un portrait de la vieillesse qui, très honnêtement, ne donne pas envie de vivre vieux. Viv re ma l ade, oublié des siens, dans un endroit déprimant, nourri de purées incolores et inodores… Franchement, qui veut finir sa vie comme ça?
Dans ce contexte, la déclaration de la ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, annonçant l’embauche prochaine de clowns thérapeutiques, est complètement aberrante. « C’est comme un rayon de soleil », a déclaré Mme Blais qui doit faire une annonce officielle à ce sujet la semaine prochaine.
Passons sur le côté absolument infantilisant de cette approche. La clientèle des CHSLD n’est pas celle des garderies, peut-on lui épargner les thérapies gnangnan?
Avant de penser divertir les personnes âgées avec un clown, un furet ou la dernière technique New Age en vogue, il faudrait peutêtre s’assurer qu’elles reçoivent des soins adéquats. Avant de se taper les cuisses devant les pitreries de Dr Clown, ces gens arrivés au terme de leur vie ont peut-être envie d’un traitement humain dispensé par un personnel courtois, bien payé et relativement de bonne humeur.
Soyonsprosaïques: avant de subventionner un clown, aussi drôle soit-il, peut-on investir dans l’amélioration des conditions matérielles des résidences pour personnes âgées? Revoir la décoration de ces mouroirs pour en faire des milieux de vie minimalement agréables (par exemple, en peignant les murs de couleurs vives, en s’assurant que les gens dorment dans des draps propres). Surtout, peut-on leur servir des repas appétissants servis à la bonne température? Si on se soucie de la nourriture que mange bébé dans certains CPE, on peut sûrement offrir un repas digne de ce nom à mémé, non?
La ministre Blais n’ignore pourtant pas le triste sort des personnes âgées. Le rapport de la consultation publique sur les conditions de vie des aînés, déposé en mars 2008, identifiait déjà de nombreux problèmes, parmi lesquels la piètre qualité de la nourriture servie dans les résidences.
Un an auparavant, en juin 2007, la Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, émettait elle aussi une série de recommandations visant à améliorer la situation des personnes âgées vivant dans les CHSLD. Le ministère avait réagi assez favorablement à ces recommandations mais visiblement, il pourrait faire plus. Même le processus de certification instauré il y a plus de deux ans n’est pas suffisant pour éviter les abus.
Il est vrai que lorsque la clientèle n’en a plus pour très longtemps et qu’elle a peu ou pas de moyens de se plaindre, il est facile de laisser traîner les choses.


Des situations « inadmissibles » : Les Aînés auraient bien besoins de l'argent versé pour les clowns afin de répondre à leurs vrais besoins

RAPPORTDE LA PROTECTRICEDUCITOYEN SUR LES AÎNÉS  
— La Protectrice du citoyen, Raymonde SaintGermain, évaluera la pertinence d’embaucher des clowns pour distraire les aînés, elle qui juge « inadéquates » la qualité des soins, l’hygiène et la salubrité dans plusieurs résidences.
Selon elle, le processus de certification des résidences privées aurait bien besoin de 300 000$ supplémentaires, une somme équivalente à ce que consacrera le gouvernement Charest à l’embauche de clowns.
Dans son rapport annuel déposé hier à l’Assemblée nationale, elle dénonce des « situations inadmissibles » concernant l’hébergement des aînés. Dont le manque de formation du personnel dans les établissements privés, problème relevé par La Presse dans une série de reportages publiés la semaine dernière. Le personnel n’est pas formé pour prodiguer les « soins de base », traiter les plaies de lit, manipuler le lève-personne et utiliser les bains spéciaux, démontrent des plaintes traitées par la Protectrice du citoyen.
D’après Raymonde SaintGermain, moins du tiers des résidences privées avaient obtenu une certification de l’État au 7 avril. Des 2199 résidences privées du Québec, seulement 686 (31%) avaient obtenu leur certification. Or, à la suite de l’adoption d’une loi en 2006, le gouvernement s’était engagé à ce que toutes les résidences soient certifiées en février 2009. Cet échéancier a été reporté au mois de juin.
Pourtant, 99,7% des propriétaires de résidence ont fait une demande de certification au ministère de la Santé et des Services sociaux. « C’est le Ministère qui est déficient, qui tarde à aller faire les visites nécessaires pour leur donner leur certification, a souligné Mme Saint-Germain. Ce qu’on nous dit, c’est qu’il y a un manque de ressources. » Elle déplore aussi que le ministère n’inspecte que 12% des CHSLD par année – les résidences privées ne sont pas incluses dans les inspections.
La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, a réagi à la série de reportages de La Presse en indiquant que des « clowns thérapeutiques » seront envoyés dans les établissements pour distraire les aînés. Elle a renoncé depuis à tenir une conférence de presse pour annoncer cet investissement de 300 000$.
Raymonde Saint-Germain entend « examiner » ce programme, qui, selon elle, n’est « pas mauvais en soi. On pourra voir s’il y a des suggestions à faire pour améliorer la pertinence du programme. » Elle souligne que l’investissement prévu de 300 000$ serait utile dans la certification et l’inspection des résidences.
Selon la ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, « la certification des résidences va bon train ». Quelque 2000 résidences obtiendront leur certification le 30 juin, a-t-elle assuré. Mais 33 établissements ont de « grandes difficultés » à se conformer aux exigences, et 17 résidences ont été fermées par le Ministère ou ont changé de vocation. La ministre a promis d’adopter des mesures pour améliorer la formation du personnel.
SelonRaymonde Saint-Germain, il y a « urgence » de rendre obligatoire la certification des résidences qui accueillent des toxicomanes, des déficients intellectuels ou des personnes qui ont des problèmes de santé mentale. « Sans certification, il n’y a aucune assurance que ces personnes seront traitées de façon adéquate », a-t-elle souligné.
La protectrice du citoyen a reçu 21 330 plaintes en 2008-09, en hausse de 5,7% par rapport à l’année précédente. Les Québécois se plaignent plus que jamais des soins de santé et des services sociaux. Dans ce secteur, le nombre de plaintes a bondi de 68%. Il est passé de 542 en 2007-08 à 912 l’an dernier.



LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI -  Ariane Lacoursière
« On dit qu’il y a une supervision médicale. Mais aucun médecin ne prend de nouveaux patients ici. »
Ce qui frappe en entrant à la résidence du Parc, c’est l’obscurité et la vétusté des lieux. Des tapis usés et sombres couvrent tous les planchers du rez-dechaussée. Des toiles d’araignée pendent du plafond. Une odeur de cigarette plane dans l’air.
La résidence du Parc, à Saint-Lambert, héberge plus de 150 personnes. Certaines sont atteintes de la maladie d’Alzheimer. Les autres sont à peine autonomes. Pendant quelques jours, notre journaliste Ariane Lacoursière a travaillé comme réceptionniste dans cet établissement. Ce qu’elle a vu et entendu l’a stupéfiée. Malgré les sommes déboursées, les aînés y côtoient l’ennui. Et la résidence du Parc ne fait pas figure d’exception en ce sens.
« Les résidants qui le désirent peuvent fumer dans leur chambre », dit la gérante de l’établissement, Jo-Ann Grenier.
Aux étages, on se croirait à l’hôpital. Les chambres sont blanches et désincarnées. Une forte odeur d’urine fait lever le coeur.
Seul le troisième étage est plus accueillant. Il vient tout juste d’être rénové. Les gens souffrant de la maladie d’Alzheimer sont confinés à cet étage. Une dizaine d’entre eux passent leurs journées en pyjama, assis dans le corridor. Ils regardent le temps passer en laissant couler de longues traînées de bave le long de leurs joues. « Ces résidants n’ont pas le droit d’aller manger avec les autres dans la salle à manger en bas. Ils ont leur salle à manger ici à l’étage », dit Mme Grenier.
Il en coûte entre 1900 $ et 5000$ par mois pour habiter à la résidence du Parc. Le coût varie en fonction du degré d’autonomie des résidants. Pour cette somme, on assure que des infirmières auxiliaires seront présentes en permanence. « On dit aussi qu’il y a une supervision médicale. Mais aucun médecin ne prend de nouveaux patients ici », confie Mme Grenier.
La rotation du personnel est grande à la résidence du Parc. Pour combler les manques, l’établissement fait souvent appel à du personnel d’agence privée.
Par un beau samedi matin, une résidante vient se plaindre à la réception. « Je n’ai pas mangé. Ma préposée ne m’a pas apporté mon plateau », dit-elle.
On apprend plus tard que la préposée en question, embauchée pour la journée dans une agence privée, ignorait que la résidante prenait son déjeuner dans sa chambre. « Les résidants viennent souvent se plaindre du personnel d’agence. Ces employés ne connaissent pas les résidants et font plus d’erreurs, dit la réceptionniste. Les résidants payent cher pour habiter ici et ça les choque. »
Vente de chaussures
Le temps s’écoule lentement à la résidence du Parc. « Presque tous les résidants passent leur journée dans leur chambre, à ne rien faire », dit la réceptionniste. Les rares activités qui ont lieu n’attirent pas les foules. Lors de notre séjour, une vente de chaussures n’a réuni que cinq résidants.
Et le grand salon, où les gens sont invités à se réunir pour jouer aux cartes l’après-midi, est toujours vide. La télévision de la salle projette des publireportages en permanence.
« Avant, les gens participaient. Mais nos résidants sont de plus en plus malades et en ont moins envie », note Mme Grenier.
Les repas ne sont pas non plus très appétissants. Tout est trop cuit ou sans saveur. Les côtelettes de porc sont dures. Les pommes de terre bouillies, trop molles. Les employés eux-mêmes préfèrent aller au restaurant plutôt que d’avaler les mêmes repas que les résidants.
« C’est pas pire, j’ai seulement été malade une fois en mangeant ici », raconte une préposée.
Plusieurs employés de la résidence du Parc confient qu’ils ne veulent pas finir leur vie dans une maison comme celle où ils travaillent.
Une certification facile à obtenir
La qualité des résidences privées pour aînés varie grandement au Québec. Pour mieux les encadrer, le gouvernement a mis en place un programme de certification en 2007. Des inspecteurs ont visité les résidences privées du Québec pour s’assurer qu’elles respectent 26 critères d’évaluation. Mais le processus comporte des lacunes.
Par exemple, aucun critère ne mesure le confort des usagers. « Les grosses résidences laissent leurs aînés seuls à ne rien faire, mais elles sont tout de même certifiées. C’est dommage pour les aînés que le critère de qualité ne soit pas considéré », déplore la propriétaire d’une résidence privée de Montréal, qui préfère garder l’anonymat.
D’autres critères d’évaluation mentionnés dans le « Manuel d’application du Règlement sur les conditions d’obtention d’un certificat de conformité de résidences pour personnes âgées » ne signifient pas grand-chose.
Par exemple, les résidences doivent « offrir des menus variés conformes au Guide alimentaire canadien ». Mais, comme La Presse l’a remarqué, il est possible de servir des repas au goût douteux qui respectent le Guide alimentaire canadien.
La directrice générale de l’Association des résidences et CHSLD privés du Québec, Mariette Lanthier, reconnaît que les critères d’évaluation du ministère de la Santé et des Services sociaux ne sont pas très sévères. « Ce sont des critères sociosanitaires minimaux. On demande par exemple aux résidences d’avoir une trousse de premiers soins accessible en tout temps », dit-elle.
Mais Mme Lanthier croit que les résidences qui se contentent de répondre aux exigences minimales sont appelées à disparaître. « Le milieu des résidences pour aînés est très compétitif. Les gens n’iront pas habiter dans des endroits de mauvaise qualité, estime-t-elle. Ceux qui y habitent déjà ne partiront peut-être pas. Mais ceux qui magasinent leur résidence ne choisiront pas les pires. »
Réplique de la résidence
La résidence du Parc n’a pas encore reçu sa certification du gouvernement du Québec. « Nous sommes en attente d’une réponse. Mais nous satisfaisons les critères de qualité d’Agrément Canada », dit Marilène Béland, directrice de l’établissement.
Réagissant au reportage de La Presse, Mme Béland confirme que le recours aux agences de personnel privées est fréquent à la résidence du Parc. « On le fait le moins possible. Mais on est en pénurie de personnel et on doit quand même offrir des soins aux résidants », dit-elle.
En ce qui concerne la nourriture, Mme Béland ne s’inquiète pas du fait que les employés de la résidence n’en veulent pas. « Nous n’avons qu’un seul menu qu’on doit adapter à tout le monde. La nourriture ne doit pas avoir trop de sel ni de gras. Certains doivent la manger en purée, d’autres hachée... On ne peut pas plaire à tout le monde », souligne-t-elle.
Pour améliorer l’apparence de sa résidence, Mme Béland dit qu’un « plan d’action pour la rénovation de la bâtisse » est en branle. Elle ajoute qu’il est vrai que des médecins ne sont pas toujours présents à sa résidence. « Mais nous avons toujours des contacts avec eux », dit-elle.
Louise Forest est directrice d’une résidence privée de SaintHubert . Avant Noël , le seul médecin qui venait soigner ses résidants une fois par semaine a pris sa retraite. Depuis, assurer les services médicaux dans sa résidence est difficile. Une vingtaine de résidences dans la seule région de la Montérégie seraient dans la même situation, selon Mme Forest.
Sans services médicaux à domicile, Mme Forest doit trouver du temps pour envoyer ses résidants chez le médecin. « Très peu d’entre eux sont soutenus par leur famille. Nous devons nous en occuper et les amener chez le médecin. Mais ça prend du temps. Et nous manquons déjà de personnel », dit-elle.
Réjeanne St-Onge, Montréalaise de 83 ans, a subi les contrecoups du manque de soins dans les résidences privées. La Presse a rencontré cette dame au mois de décembre 2008. Elle habitait alors dans une résidence privée de plus de 500 places dans l’est de Montréal.
Mme St-Onge voulait voir un médecin. Lorsqu’elle urinait, elle éprouvait de vives douleurs. Elle devait se lever et se tenir le ventre en grimaçant, tout en urinant dans sa culotte d’incontinence. « Ça dure depuis des mois », disait-elle.
Mme St-Onge voulait aussi pouvoir lire. Mais elle souffrait de cataractes. Veuve et sans enfant, elle n’avait pas de famille. Et personne n’assurait son suivi médical.

Lors de notre rencontre, Mme StOnge sentait les excréments. Elle avait les ongles sales. « On se fout de moi ici. Mais je ne suis pas si mal. De toute façon, j’irais où? » demandait-elle. Mme St-Onge est morte quelques semaines après notre rencontre.


UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS SES AÎNÉS
Aline Charles est professeure d’histoire à l’Université Laval. Elle étudie le traitement réservé aux aînés au cours des siècles. Selon elle, le Québec a développé une perception négative de la vieillesse à la fin du XIXe siècle. « Auparavant, la vieillesse était valorisée, explique Mme Charles. Très peu de gens devenaient vieux. Ceux qui le faisaient étaient vus comme des gens exceptionnels, dit-elle. Les sociétés qui avaient beaucoup d’aînés montraient qu’elles avaient le dessus sur la mort. »
Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Dans la dizaine de résidences visitées par La Presse au cours des derniers mois, tous les employés s’entendaient pour dire qu’au moins 80% de leurs résidants ne reçoivent jamais de visite et sont littéralement abandonnés. « Les familles ne sont pas présentes. Les résidences doivent offrir l’accompagnement et les soins », confirme la directrice générale de l’Association des résidences et CHSLD privés du Québec, Mariette Lanthier.


Une question de gros sous
Le gouvernement du Québec verse 250$ par jour pour chaque personne âgée hébergée dans un Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Quelques résidences privées ne reçoivent quant à elles que 82$ par jour du gouvernement.
La majorité des résidences privées ne reçoivent pas de subventions du gouvernement du Québec. Elles ne tirent donc leurs profits que des frais facturés à leurs clients.
« Mais ce n’est vraiment pas la majorité des résidences privées qui reçoivent ces subventions. La majorité n’en a tout simplement pas », dit la directrice générale de l’Association des résidences et CHSLD privés du Québec, Mariette Lanthier.
Les résidences privées ne tirent donc leurs profits que des frais facturés à leurs clients.
Avec leur clientèle qui ne cesse de s’alourdir, les résidences privées demandent souvent plus d’argent à leurs pensionnaires pour être en mesure de leur offrir des soins. D’autres réduisent leurs services. « Si on demande au privé d’offrir plus de soins, qui va payer au bout du compte? Les résidants » , dit Michèle Charpentier, professeure à l’École de travail social de l’UQAM.
Diane est secrétaire depuis 10 ans dans une résidence privée de Saint-Bruno qui demande 2000$ par mois à ses clients. Elle dénonce le fait qu’en plus de ces frais « exorbitants », la résidence exige 100$ de chaque résidant pour ouvrir un dossier médical.
Diane raconte que l’automne dernier, une dame est tombée sur le trottoir en face de l’établissement. « Elle saignait. Une employée lui a fait un pansement, raconte-telle. Mais parce que la résidante ne s’était pas blessée dans la résidence, on lui a facturé 28$ pour le pansement. C’est indécent! »
Aucune règle n’encadre la facturation dans les résidences privées pour aînés. Mme Lanthier croit que les établissements privés ne peuvent pas abuser. « S’ils le font, ils vont perdre leur clientèle », dit-elle.
Diane n’est pas de cet avis. « Les gens sont abandonnés ici par leur famille. Ils sont vulnérables. Ils préfèrent payer pour éviter les problèmes » , indique-t-elle.
Propriétaire d’une petite résidence privée de Montréal, Line Vincelli est de cet avis. Elle ajoute que le principal danger avec les résidences privées, « c’est la taille de l’établissement ».
« Beaucoup de propriétaires de résidence privées sont en fait des promoteurs immobiliers. Leur objectif, c’est de faire de l’argent. La qualité des soins offerts et le confort des usagers, ce n’est malheureusement pas leur priorité », déplore-t-elle.
À la résidence du Parc, chaque dépense est étroitement surveillée. « Il ne doit pas y avoir de gaspillage », explique la directrice de la résidence du Parc, Marilène Béland.
Lors du passage de La Presse, certains résidants déploraient que des produits alimentaires, comme le fromage au déjeuner, disparaissaient « parce que ça coûte trop cher aux propriétaires ».
Mme Béland assure que ce n’est pas le cas. « Il faut faire attention. Les résidants croient souvent que des services disparaissent pour des raisons financières. Mais il s’agit souvent juste de changements », dit-elle.


RESSOURCES INTERMÉDIAIRES, LA PANACÉE?
Depuis quelques années, le gouvernement encourage le développement de ressources intermédiaires au Québec. Il s’agit de résidences privées qui ont des contrats de soins avec des centres de santé et de services sociaux (CSSS). Les CSSS ont le mandat d’aller donner les soins dans la ressource intermédiaire, qui offre pour sa part le gîte et le couvert. Mais le développement des ressources intermédiaires se fait au compte-gouttes. À Montréal, seulement huit de ces établissements offrent en tout 250 places d’hébergement. « Mais 23 projets sont en cours et on ouvrira 845 places d’ici la fin de 2010 », dit le porte-parole de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, Mathieu Leroux. Si le développement des ressources intermédiaires est si lent, c’est que les CSSS manquent de main-d’oeuvre et ne peuvent donc pas facilement assurer des soins en ressources intermédiaires. « L’idée n’est pas bête, mais dans la pratique, ça cause un problème. Les CSSS manquent de ressources », dit la professeure à l’école de travail social de l’UQAM, Michèle Charpentier.
Préposés aux bénéficiaires : EXPÉRIENCE NON REQUISE - Ariane Lacoursière
Aucune formation n’est nécessaire pour être embauché comme préposé Alors que les résidences privées pour aînés sont en plein essor au Québec, une enquête de La Presse révèle que la qualité des soins qui y sont offerts laisse parfois à désirer. Sans format
« Tu dois donner de la codéine ou de la morphine aux patients des chambres 302 et 303 s’ils te le demandent. Ils ont des maux chroniques. Les médicaments sont dans la dépense de la cuisine », a expliqué une préposée à la journaliste de La Presse.
On avait l ’ embarras du choix. Après une dizaine d’appels téléphoniques dans des résidences privées pour personnes âgées de la région montréalaise, sept d’entre elles acceptaient de nous engager comme préposée aux bénéficiaires, peu importe notre manque d’expérience. Notre choix s’est porté sur la résidenceEnsoleillée, un établissement situé au bord de la rivière Richelieu, à Beloeil, et rénové il y a deux ans. Les 70 aînés qui y résident déboursent jusqu’à 1600$ par mois en frais d’hébergement.
Sans avoir été reçue en entrevue, et sur seule présentation du prénom, nous avons été engagée. Aucune personne citée en référence n’a été appelée. Sur place, le gérant a tenté de retracer le CV envoyé. « Je ne le trouve pas, mais tu peux revenir pour ta formation samedi », nous a-t-on dit.
Les pa t rons de l a ré s i - dence savaient que la nouvelle employée ne possédait aucune formation de préposée aux bénéficiaires, ni aucune expérience dans le domaine. Malgré tout, ils n’ont pas hésité à nous confier la responsabilité d’une dizaine de personnes, dont plusieurs étaient handicapées.
Un petit cours sur la manipulation du lève-personne a été fourni à la journaliste. Mais jamais elle n’a été invitée à manipuler elle-même l’appareil au cours de ce briefing.
Après avoir donné une séance de formation de six heures à leur nouvelle employée, les patrons de la résidence Ensolei l lée étaient prêts à la laisser travailler seule une nuit, avec 10 personnes âgées vulnérables.
Distribution de médicaments
De 23h à 6h30, la préposée inexpérimentée devait transporter certains résidants aux toilettes avec le lève-personne, changer leur culotte d’incontinence, les déshabiller, préparer leur déjeuner, faire leur lessive et même leur donner des médicaments.
« Tu dois donner de la codéine ou de la morphine aux patients des chambres 302 et 303 s’ils te le demandent. Ils ont des maux chroniques. Les médicaments sont dans la dépense de la cuisine », a expliqué une préposée de la résidence Ensoleillée à la journaliste de La Presse.
Donner des médicaments n’est pas une tâche anodine. Selon la loi, seuls les gens ayant reçu une formation spéciale peuvent accomplir cette tâche.
À la résidence Ensoleillée, une autre préposée sans formation travaillait la nuit avec les 60 autres résidants, qui étaient semi-autonomes. La nuit, les 70 pensionnaires de la résidence étaient donc confiés aux soins de deux filles sans expérience.
En entrevue après notre séjour, la directrice de la résidence, France Baron, a assuré que l’embauche d’employés sans formation est « exceptionnelle ». « Quand on fait ça, on met rapidement l’employé sur une liste pour qu’il suive une formation le plus vite possible », dit-elle.
Mme Baron reconnaît toutefois que le poste de préposé aux bénéficiaires de nuit n’est pas facile à combler. « Mais on essaie quand même d’avoir des employés formés, dit-elle. Pour plus de sécurité, on a maintenant deux personnes la nuit. Avant, on en avait juste une. »
Les patients de la résidence Ensoleillée, eux, ne se souciaient guère de l’inexpérience de leur nouvelle préposée. Ils dirigeaient même ses gestes hésitants. Bernard, résidant de 65 ans, énumérait fièrement les gestes à faire pour l’aider. « Baisse mes culottes. Donnemoi mon urinoir et aide-moi à faire pipi… ».
Vers 2 h toutes les nuits, Jérôme, autre résidant, sonnait. Parce qu’il souffrait de la varicelle, il fallait soigneusement se couvrir avant de pénétrer dans sa chambre. Jérôme ne regardait même pas qui entrait. Les yeux fermés, il tendait la main pour prendre sa morphine, l’avalait d’un trait et se rendormait.
Sept résidences privées de la région montréalaise ont accepté d’engager la journal iste de La Presse au cours des derniers mois. Chaque fois, son manque d’expérience n’était pas pris en compte. « On te donnera la formation en cours de route », lui a-t-on dit à plusieurs reprises.
Un phénomène répandu
L’expérience vécue par La Presse n’est pas rare. « Le privé embauche beaucoup de préposés non formés. C’est un phénomène très répandu », confirme le président de la Fédération des préposés aux bénéficiaires du Québec ( FPBQ), Michel Lemelin.
La jeune Isabelle, 19 ans, a elle aussi été engagée dans une résidence privée pour aînés de MontSaint-Hilaire alors qu’elle ne pos séda i t aucune formation.
Isabelle travaillait seule, comme préposée aux bénéficiaires de nuit. Elle devait superviser 30 résidants.
« On ne m’a donné qu’une petite formation. Je devais servir et desservir les repas, faire le ménage, le lavage. En plus, je devais changer les culottes d’incontinence, changer des sacs de sonde urinaire, distribuer des médicaments, préparer de l’insuline, les aider à se coucher », énumère la jeune fille.
La pression était énorme. « Je ne me sentais pas prête pour faire tout ça. J’aurais pu me tromper dans les médicaments. Et s’il y avait eu un feu? Je ne savais même pas comment évacuer tout le monde » dit-elle.

Deux fois, Isabelle a dû appeler une ambulance pour obtenir de l’aide. La jeune femme était payée 8,50 $ l’heure. Après quatre mois de travail, elle a démissionné.


Un système à améliorer, reconnaît la ministre déléguée aux Services sociaux
« Ce que nous exigeons, c’est la base. Les résidences qui accueillent des personnes en perte plus grave d’autonomie devraient avoir des préposés avec des formations plus complètes. »
La minist re déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, a été ébranlée quand La Presse lui a annoncé que des résidences privées pour aînés n’hésitent pas à engager des préposés aux bénéficiaires sans formation.
« Dans les critères de certification, il est indiqué qu’au moins une personne formée en réanimation cardiovasculaire, en secourisme et en déplacement sécuritaire de personnes doit en tout temps se trouver dans les résidences. Ces formations sont données par la Croix-Rouge, par l’Ambulance Saint-Jean et par d’autres organismes. Elles sont facilement accessibles », a déclaré d’entrée de jeu Mme Thériault.
La ministre affirme que les évaluateurs qui se rendent dans les résidences doivent s’assurer qu’au moins un employé formé est présent en tout temps dans la résidence.
Certification
La ministre reconnaît toutefois que le processus de certification n’est pas très exigeant. « Il amène les propriétaires de résidences à respecter un minimumde normes, dit-elle. Ce que nous exigeons, c’est la base. Les résidences qui accueillent des personnes en perte plus grave d’autonomie devraient avoir des préposés avec des formations plus complètes », dit-elle, tout en reconnaissant que le processus de certification n’impose pas une telle exigence.
Malgré le constat de La Presse, Mme Thériault croit tout de même que la population québécoise peut avoir confiance dans les résidences privées et que le processus de certification est efficace. « Avant, il n’y avait aucun système pour superviser le privé. Maintenant, on a au moins des critères », explique-t-elle.
« Avec la certification, on voulait s’assurer qu’il y ait un minimum de normes. On partait de loin. On a fait un bon premier pas », ajoute la ministre.
Mme Thériault reconnaît que la pénurie de préposés aux bénéficiaires peut amener des résidences à engager des gens sans formation. « La pénurie de main-d’oeuvre, c’est partout. Les préposés ne font pas exception. Il faut essayer de renverser la tendance. Mais plusieurs corps de métiers tentent de s’arracher les candidats » , dit-elle.
Même si elle répète que la majorité des résidences privées pour aînés sont de qual ité , Mme Thériault reconnaît qu’il y a « place à l’amélioration » dans le processus de certification. « On ne pourrait pas mettre des exigences supplémentaires pour toutes les résidences. Mais on pourrait adapter les critères en fonction du type de résidence », avance-t-elle.
Par exemple, les résidences qui accueillent des personnes âgées en perte d’autonomie pourraient avoir l’obligation de prouver que tous leurs employés ont reçu des formations spécialisées.

Aucune règle n’encadre la formation des préposés
« On n’oserait pas laisser des enfants dans une classe avec un professeur mal formé. Le fait qu’on accepte que nos aînés soient traités par des professionnels non formés en dit long sur notre société », remarque le directeur général de la Fédération des préposés aux bénéficiaires public et privé du Québec, Michel Lemelin.
Depuis quelques années, le gouvernement a freiné le développement de lits en centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Profitant de ce vide, les résidences privées se sont multipliées.
Aujourd’hui, environ 104 500 places en hébergement sont dans des centres privés, soit plus du double du nombre de places en CHSLD.
Afin d’encadrer le développement des résidences privées, le gouvernement a élaboré un processus de certification en 2007. Pour être accréditées, les résidences doivent respecter 26 critères.
Le gouvernement exige, entre autres, qu’au moins « une personne majeure soit présente en tout temps dans la résidence », peut-on lire sur le site du ministère de la Santé et des Services sociaux. « Cette personne doit posséder une formation à jour dans les domaines suivants : réanimation cardiorespiratoire, secourisme général, déplacement sécuritaire des personnes. »
La résidence Ensoleillée, en attente d’accréditation, ne respecte pas ce critère. « Mais elle sera sûrement certifiée. Les inspecteurs viennent te demander si tes employés sont formés, mais ils ne vérifient pas. Ils se fient à ta parole », dit le directeur d’une résidence privée deMontréal qui a reçu son accréditation.
Cette situation choque le directeur général de la Fédération des préposés aux bénéficiaires public et privé du Québec, Michel Lemelin. Selon lui, les préposés qui ne disposent pas d’une formation suffisante sont « moins compétents » et sont « incapables d’effectuer toutes les tâches ». Ils ne devraient donc « pas être engagés ».
« On n’oserait pas laisser des enfants dans une classe avec un professeur mal formé. Le fait qu’on accepte que nos aînés soient traités par des professionnels non formés en dit long sur notre société », remarque M. Lemelin. Selon lui, le processus de certification du gouvernement « n’est pas assez sévère » en ce qui concerne la formation des préposés aux bénéficiaires.
Même si les critères étaient plus sévères, les préposés aux bénéficiaires du Québec ont besoin de plus d’encadrement, estime M. Lemelin. Car les formations offertes sont très variables, dénonce M. Lemelin.
AuQuébec, aucune règle n’encadre la formation des préposés aux bénéficiaires. Des cégeps offrent des cours de 750 heures permettant d’obtenir un diplôme d’études professionnelles de préposé aux bénéficiaires. D’autres écoles privées offrent des cours d’une durée variable, dont le coût oscille entre 300$ et 900$. « Aucun organisme ne s’assure que les formations de préposés soient toutes de qualité. Il y a de graves lacunes dans la formation des préposés », dit M. Lemelin.
Le secteur public refuse d’engager des préposés qui n’ont pas reçu une formation de 750 heures. Mais les résidences privées n’ont pas les mêmes exigences.
La FPBQ souhaiterait que le ministère de l’Éducation encadre toutes les formations de préposés aux bénéficiaires offerts dans la province. « On voudrait éventuellement qu’un ordre professionnel qui encadre la profession soit créé », annonce M. Lemelin.
Une pénurie criante
Si certaines résidences privées sont prêtes à recruter du personnel sous-qualifié, c’est que la pénurie d’employés est forte dans le domaine de l’hébergement pour aînés.
Le président du Syndicat québécois des employés de service de la FTQ, Daniel Boyer, reconnaît qu’il n’y a presque plus de critères d’embauche au privé, car les candidats manquent à l’appel.
Et la situation ne fera que s’aggraver. On estime qu’il manque actuellement 2100 préposés dans toute la province. Selon l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), il en faudra 26 000 d’ici 2015.
Le secteur privé est plus touché par la pénurie de personnel. « Le privé offre de moins bons salaires et pas d’avantages sociaux. Dès qu’ils ont une chance, les préposés vont au public », dit le vice-président de la Fédération de la santé et des services sociaux, Jeff Beglay.
Le salaire horaire des préposés du privé est de 8,50$ à 15$ alors que dans le réseau public, il est de 14$ à 19$.
« C’est vrai que le taux de roulement au privé est plus élevé. Le public n’engage pas de gens sans expérience. Les préposés se forment donc au privé et vont ensuite au public », dit la présidente de l’Association des résidences et CHSLD privés du Québec, Mariette Lanthier.
Les résidences privées sont en même temps confrontées à un alourdissement majeur de leur clientèle. « L’âge moyen des pensionnaires est passé de 77 à 84 ans en cinq ans, dit Mme Lanthier. Il y a moins de places en CHSLD. Donc de plus en plus de résidences privées sont obligées de garder des clientèles alourdies. » Le fardeau est énorme pour les résidences qui possèdent du personnel sous-qualifié.
Professeure à l’école de travail social de l’UQAM, Michèle Charpentier dénonce le fait que le gouvernement « passe le relais des soins des aînés au privé » . « Ce réseau n’est pas organisé ni soutenu et n’a pas le mandat de donner des soins », dit-elle.
Dans un rapport publié en 2007, le Conseil des aînés du Québec notait aussi que « le secteur privé n’est pas nécessairement en mesure de s’adapter à l’évolution de la perte d’autonomie jusqu’à la fin de la vie des résidants ».


ÉTABLISSEMENTS POUR PERSONNES ÂGÉES 39% des résidences privées n’ont pas encore été certifiées

Plusieurs résidences privées ne respectent pas encore les normes de sécurité incendie.
Alors que le processus de certification des résidences privées pour aînés devait se terminer au plus tard à la fin juin, encore 39% des établissements n’ont pas reçu leur accréditation. Plusieurs de ces établissements ne respectent pas les exigences en termes de protection contre les incendies et ne peuvent recevoir leur certification.
Sur les 2201 résidences privées pour personnes âgées du Québec, 850 ne respectent toujours pas l’ensemble des 26 critères de certification du gouvernement.
La ministre déléguée aux Services sociaux, Lise Thériault, explique que plusieurs résidences tardent à répondre aux critères de sécurité incendie. « Avant qu’un permis ne soit donné, les services d’incendie doivent faire leur inspection, dit-elle. Des résidences doivent ajouter des gicleurs ou des extincteurs. Et elles doivent ensuite attendre une deuxième visite des services d’incendie. Donc il y a parfois des délais. »
L’assistant directeur au centre d’expertise et de développement de la prévention au Service de sécurité incendie de Montréal, Ronald Dubeau, confirme que Malheureusement, on ne peut pas donner notre accord dans ce temps-là. »
À Montréal, seulement le tiers des 330 résidences privées pour aînés respectent jusqu’à maintenant la sécurité incendie. Le directeur de la gestion du réseau de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, plusieurs résidences privées ne respectent pas encore les normes de sécurité incendie. « Elles doivent prévoir des plans d’évacuation pour sortir des gens souvent en lourde perte d’autonomie, explique-t-il. Plusieurs établissements manquent de personnel pour donner de l’assistance à tous leurs résidants. Surtout la nuit. Normand Lauzon, confirme la situation. « Nous avons plusieurs édifices de tous genres ici. Certains sont plus vieux et d’autres hébergent plus de 600 personnes. Dans les grands établissements, l’inspection incendie est plus longue », dit-il.
En attendant, les pompiers de Montréal tentent de pallier le manque de sécurité dans certaines résidences. « On envoie plus de pompiers sur place quand des alarmes se déclenchent. Mais cette mesure ne peut pas rendre les résidences privées conformes », dit M. Dubeau.
Malgré ce contretemps, la ministre Thériault se dit satisfaite de l’efficacité du processus de certification. « Il n’y avait que 400 résidences certifiées en février. On en a maintenant 900 de plus, et ce, même si certaines résidences se sont inscrites tardivement, ditelle. Et il ne faut pas oublier que le Québec est la seule province canadienne à certifier ses résidences privées. »
Le gouvernement a adopté le programme de certification des résidences privées pour aînés il y a deux ans. Pour obtenir un permis, les établissements doivent respecter 26 critères. Mais étant donné la lenteur du processus, la ministre Thériault a dû accorder un délai supplémentaire de quatre mois aux établissements cet hiver.
Encore aujourd’hu i , plus de 850 établissements n’ont pas de permis. Mais selon la ministre Thériault, la majorité sont en voie d’être certifiés. « La très grande majorité collabore. C’est pourquoi nous allons leur permettre de terminer le processus dans les plus brefs délais », dit la ministre.
Environ 2% des résidences privées pour aînés – soit 46 établissements – refusent carrément de participer au processus de certification. Ces établissements recevront sous peu un préavis, puis un avis de non-certification. Elles pourraient devoir éventuellement cesser leurs activités si aucune amélioration n’est apportée. En tout, 1638 personnes âgées partout au Québec pourraient donc devoir être déplacées. « Les Agences ont toutes des plans de relocalisation », assure Mme Thériault.
La ministre ajoute que son gouvernement est aussi en train de revoir le processus de certification pour durcir certains critères. À la suite d’un reportage de La Presse cet hiver, le gouvernement avait entre autres décidé d’obliger les résidences à engager des préposés aux bénéficiaires ayant reçu une formation.




La ministre Blais enverra des clowns distraire les personnes âgées
(NDE : Ne peut-on trouver mieux à faire que de les distraire de leur triste réalité, pour ne les faire que mieux oublier à quel point elle est inacceptable, justement ?...)
L’Office des professions ne créera pas d’ordre pour les préposés aux bénéficiaires
« Nous avons donné du financement pour des clowns thérapeutiques, a dit la ministre. Ce sera bon pour les aînés et les intervenants. »
La ministre des aînés, Marguerite Blais, est ébranlée par les reportages de La Presse sur les résidences privées pour aînés. Réagissant d’avance au dossier d’aujourd’hui, MmeBlais a annoncé qu’elle lancera sous peu un programme de divertissementpour lespersonnes âgées. Pour briser leur solitude, elleenverra des clowns dans les résidences.
« Lundi, nous annoncerons que nous avons signé une entente avec Dr Clown. Nous avons donné du financement pour des clowns thérapeutiques, a dit la ministre. Ce sera bon pour les aînés et les intervenants. »
Mme Blais a également financé l’Association des loisirs thérapeutiques « pour développer des outils pour mieux stimuler les aînés ».
Selon Mme Blais, les familles ont également le devoir de s’intéresser à leurs aînés. « Trop de gens ne vont pas visiter leurs proches qui sont en centre d’hébergement. Il faut prendre le temps de le faire », a-t-elle souligné.
La ministre a également déploré le fait que des résidences privées pour aînés engagent des préposés sans formation, comme l’a rapporté La Presse, hier. « Nous présenterons un plan d’action gouvernementale pour contrer la maltraitance cet automne. La question de la négligence sera abordée », a-t-elle dit. Les résidences privées pour aînés pourraient aussi avoir l’obligation de mettre sur pied des comités d’usagers, comme c’est le cas dans les CHSLD.
Ordre professionnel demandé
Pour éviter que des préposés aux bénéficiaires sans formation ne travaillent dans les résidences privées pour aînés, un ordre professionnel encadrant cette profession devrait être créé, demande la Fédération des préposés aux bénéficiaires du Québec (FPBQ).
« L’enjeu est majeur, a soutenu le président de la FPBQ, Michel Lemelin. C’est la seule façon d’assurer la protection des aînés. »
Mais cette demande de M. Lemelin restera lettre morte. L’Office des professions du Québec a confirmé, hier, qu’un ordre ne sera pas créé. « Nous avons discuté longuement avec les gens de la Fédération. Mais la question est maintenant fermée », a déclaré le conseiller spécial au bureau du président de l’Office des professions, Michel Sparer.
Ce dernier se défend d’avoir fait la sourde oreille. « L’Office est actuellement en train de préparer un projet de règlement qui encadrera mieux le travail des préposés aux bénéficiaires », a annoncé M. Sparer. Le projet de règlement pourra, par exemple, spécifier dans quel contexte un préposé peut donner des médicaments à des résidants.
De son côté, le Syndicat québécois des employées et employés de service (SQEES-FTQ) souhaite qu’une formation uniforme soit imposée aux employés des résidences privées.
« Les employeurs du privé savent que leurs préposés manquent de formation. Les administrateurs eux-mêmes n’ont pas toujours les compétences qu’il faut. Nous aimerions que tous les employés du privé aient des formations uniformes », a déclaré la vice-présidente du SQEES, Danielle Legault.
À ce sujet, une mutuelle de format ion débutera ses t ravaux la semaine prochaine. Les employés des résidences privées, les employeurs, les syndicats et Emploi Québec se réuniront afin de tenter de trouver une solution au manque de formation des préposés du réseau privé.


Riez, riez… -  Marie-Claude Lortie
Ces crises de conscience périodiques – parce que ce thème revient à intervalles dans l’actualité depuis des années – ne nous empêchent pas de continuer à parquer nos vieux dans ces résidences. Cela demeure une solution que l’on choisit.
Le monsieur marchait seul dans un couloi r beige comme sa chemise, l’air f âché , grognon. Vous savez, cet air figé dans la grosse mauvaise humeur qu’ont certains vieux alcooliques confits dans leur amertume? Qui fait un peu peur parfois aussi. Eh bien voilà. C’était lui. Un vieux monsieur comme ça, muet. Le genre de gars à qui personne n’a envie de parler, de peur que toute gentillesse soit reçue par du fiel.
Et puis les deux clowns spécialisées que j’accompagnais à l’Institut gériatrique, un grand CHSLD associé à l’Université de Montréal, sont arrivées. Le monsieur bougon n’a même pas bougé la tête pour les regarder, trop occupé à fixer le plancher comme s’il était en train d’engueuler mentalement son passé. Et son présent.
Une des deux clowns s’est mise à délirer avec la distributrice de liquide antibactérien dont elle s’aspergeait. L’autre lui disait qu’elle puait et d’en rajouter. Moimême j’ai fini par rire parce que leur petit numéro était franchement rigolo.
Le monsieur ? J’étais convaincue que jamais il ne sortirait de son mutisme. Trop en maudit contre tout.
Sauf que, à force de se ridiculiser, de faire la folle, de laisser tomber tous les morceaux de l’ordre établi entre malades et personnes en santé dans cet hôpital glauque, l’auguste a fini par faire craquer l’homme à la colère sourde. Il s’est mis à sourire. Puis à rire.
En le regardant, je me suis étonnée qu’il sache encore comment.
Cette semaine, j’ai souvent repensé à cette scène et je me suis demandé combien de fois le personnel de l’hôpital, sans clown, avait réussi à faire rire ce monsieur. Et sa famille, s’il lui en reste une.
Toute la semaine, je me suis aussi demandé si tous ces gens qui ont ri et ridiculisé les clowns thérapeutiques et leur travail savent exactement ce qu’ils font et où ils font leurs interventions.
Car ce dont a parlé ma collègue Ariane Lacoursière la semaine dernière, ces centres où on embauche des préposés sans formation, ce sont des résidences privées. Des lieux où on paie pour envoyer des personnes âgées en perte d’autonomie qui ont besoin de soins de base mais non de suivi médical pointu en permanence. Les clowns ne sont pas pour ces gens, qui peuvent être tout à fait lucides et qui sont capables de lire, de placoter et de s’amuser, fut-ce en jouant au bingo ou à la Wii – très populaire, surtout l’application bowling. Sans blague, ça aussi je l’ai vu.
Un centre d’hébergement et de soins de longue durée, un CHSLD, là où on envoie des Dr Clown, c’est autre chose.
On parle de sortes d’hôpitaux – l’Institut de gériatrie, par exemple – financés par l’État, où restent à long terme des gens qui ont des problèmes de santé beaucoup plus sérieux. Alzheimer, démence, séquelles d’AVC et autres maladies dégénératives ou incapacitantes assez graves pour qu’ils aient besoin d’être dans un hôpital tout le temps. C’est bien différent.
Je ne dis pas que tous ces gens sont trop handicapés intellectuellement pour apprécier autre chose que des clowns comme divertissement dans leur quotidien gris.
Certains seraient peut-être plus émus par un quatuor à cordes.
Mais les cas des CHSLD sont particulièrement lourds. Souvent, ce sont des gens à qui on ne sait plus comment parler et dont on se décourage. L’intervention des clowns thérapeutiques est conçue pour eux. Ils sont là pour créer des contacts, amadouer, faire sourire, allumer la pensée de cas difficiles. Et ils sont là aussi pour tous les proches de ces huîtres affectives que sont ces vieux malades. Ils sont là pour trouver autrement des pistes vers des instants de légèreté dans des univers d’une lourdeur et d’une obscurité désespérantes.
J’avoue que cette semaine, la cible était facile.
Une ministre poids léger qui parle de clowns pour aider les personnes âgées alors que des reportages nous rappellent pour l’énième fois la qualité très problématique des soins offerts dans certaines résidences pour les aînés.
C’était tellement facile – et tellement malhabile de la part du gouvernement à Québec – que tout le monde ou à peu près est tombé dans le panneau, avec les mêmes blagues, les mêmes jeux de mots, mélangeant pommes et poires allégrement… Les clowns, ce sont vous, les hommes et femmes politiques, qui pensez régler ainsi les problèmes des personnes âgées et blablabla… Et le scandale, c’est la qualité des soins et blablabla…
Toute l a s emaine cette logorrhée.
Toute la semaine les mêmes hauts cris, comme si les gens qui hurlaient voulaient se réveiller eux-mêmes, se sortir de leur propre léthargie face au sort réservé à leurs propres parents, grands-parents…
« Quoi? On fait ça à nos vieux? Mais c’est épou-van-table ! »
Oui, les conditions de vie dans les résidences pour personnes âgées pourraient être grandement améliorées. J’en suis convaincue.
Ma i s ces c r i s e s de conscience périodiques – parce que ce thème revient à intervalles dans l’actualité depuis des années – ne nous empêchent pas de continuer à parquer nos vieux dans ces résidences. Cela demeure une solution que l’on choisit.
Ce qui me fait croire que tous ces hauts cris sont en fait nourris, d’abord et avant tout, par une réaction au quotidien de la vieillesse, peu importe où elle se passe. Couches, manger mou… N’est-ce pas d’abord et avant tout l’idée que nous aussi serons là un jour qui nous fait bondir? Ou tout simplement la peur d’être tellement seul qu’un humble clown puisse devenir un nouvel ami?



Les établissements auront des étoiles
Tout comme les hôtels de qualité se voient attribuer quatre ou cinq étoiles, les résidences privées pour personnesâgéesduQuébecauront bientôt un processus d’évaluation semblable. La FADOQ lancera l’hiverprochainsanouvelleaccréditation ROSES D’OR. Seule ombre au tableau: la participation à ce programme sera facultative.
La ministre des Aînés, Marguerite Blais, a défendu l’initiative du gouvernement d’envoyer des clowns divertir les personnes âgées dans les résidences. Une mesure qui les aidera à briser l’isolement, selon elle.
« Ce sera un sceau de qualité de vie et de bien-être. On évaluera différents critères qui ne sont pas considérés dans le processus de certification actuel des résidences privées. Par exemple, la nourriture est-elle bonne ? Les loisirs sont-ils intéressants ? » explique le directeur général de la FADOQ, Danis Prud’homme. La FADOQ recevra un million de dollars sur quatre ans du gouvernement pour mener à terme ce projet.
Le programme ROSES D’OR existe déjà au Québec. Mais depuis que le gouvernement a obligé les résidences privées pour aînés à se certifier, la FADOQ a dû revoir ses critères d’évaluation. « On est en train de les réviser. Tout devrait être prêt pour l’hiver 2010, annonce M. Prud’homme. Au départ, le nouveau programme sera volontaire. Mais on espère que ça devienne obligatoire d’ici peu. »
M. Prud’homme ne comprend pas pourquoi la ministre des Aînés, Marguerite Blais, n’a pas profité de la publication du dossier de La Presse sur les résidences privées pour aînés pour rappeler que le nouveau programme ROSES D’OR de la FADOQ est en branle. La ministre Blais a préféré annoncer que son gouvernement financera l’embauche de clowns dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). Le gouvernement déboursera 293 000$ en quatre ans pour cette initiative.
Cette annonce a dérangé plusieurs intervenants. Marc Morin est préposé aux bénéficiaires depuis 27 ans. Selon lui, le gouvernement se moque des aînés. « Mme Blais décide d’envoyer des clowns dans les résidences pour aînés. Sur quelle planète vit-elle ? Les aînés ont besoin de soins et d’écoute. Le réseau d’hébergement pour aînés ne cesse de se dégrader au Québec », dit-il.
La ministre Blais a défendu, hier, sa décision. Selon elle, les clowns permettront de briser l’isolement et la solitude dont souffrent plusieurs bénéficiaires. « Ce n’est pas du tout infantilisant de mettre un rayon de soleil dans la vie des gens », a-t-elle argué.
Par ailleurs, La Presse a appris que la Confédération des syndicats nationaux (CSN) diffusera l’été prochain une nouvelle « Plateforme de revendications pour une vision sociale et positive du vieillissement ». Ce document contiendra une série d’exigences qui pourraient mener à des moyens de pression.
Dans le document, la CSN dénonce le « manque de volonté » du gouvernement de « répondre aux besoins des personnes aînés par une offre suffisante de services publics ». La CSN réclame un « renforcement des critères de certification des résidences pour personnes âgées » et demande au ministère de la Santé « d’uniformiser les exigences de formation du personnel oeuvrant auprès des personnes vulnérables ».


LE BONHEUR EST ÀOUTREMONT - Ariane Lacoursière
Tout n’est pas sombre dans l’univers des résidences pour aînés. Dans le troisième et dernier volet de sa série, La Presse a visité une résidence privée à Outremont qui traite aux petits oignons la trentaine de personnes qui y vivent. Portrait d’une possib
« L’avantage de n’avoir pas beaucoup de résidants c’est qu’on les connaît. »
« On nous traite avec dignité ici. On a de bonnes discussions, C’est valorisant. »
Thérèse est nue. Debout au milieu de sa salle de bains. Sa peau pend de partout. Ses joues touchent son cou. Son dos est si voûté qu’elle semble pliée en deux.
Dans sa jeunesse, Thérèse était pédiatre à l’Hôpital de Montréal pour enfants. Aujourd’hui, elle se traîne péniblement dans sa chambre de la résidence Outremont, un établissement privé de Montréal.
La résidence qu’elle habite la traite avec attention. Les préposés aux bénéficiaires connaissent les habitudes de leur trentaine de résidants par coeur.
« Je sais qui préfère son steak saignant et qui déteste le bingo. Une résidante veut du Cheez Whiz tous les matins et deux Whippets avant de se coucher. Un autre ne veut pas être dérangé la nuit et dort longtemps le matin. L’avantage de n’avoir pas beaucoup de résidants c’est qu’on les connaît », dit Claudine, l’une des préposées aux bénéficiaires de la résidence Outremont.
Tout comme ses deux autres collègues, Claudine possède une formation en règle de préposée aux bénéficiaires. « C’est important. Ça permet de bien traiter les aînés », dit-elle.
Chaque mat i n, Claudine entame sa tournée des résidants vers 8h. Aujourd’hui, elle supervise Thérèse dans sa toilette sommaire. Elle l’aide à enlever sa chemise de nuit, sa couche et à se laver les fesses.
Elle lui donne ensuite un coup de main pour s’habiller. L’opération est complexe. Thérèse est à bout de souffle. « Je suis plus capable », râle-t-elle. Sa respiration est difficile. Ses yeux roulent vers l’arrière.
Claudine assoit Thérèse et lui frotte le dos. La résidante se calme. « Merci Claudine. Tu es un ange », souffle la résidante.
La préposée poursuit sa tournée. Elle effectue un petit arrêt dans la chambre de Marcelle, une aînée trisomique. Marcelle parle fort. Elle semble paniquée. Claudine finit par comprendre que la résidante veut laver la cage de son oiseau. « C’est correct Marcelle, c’est correct, chhhhh, dit Claudine en lui caressant les cheveux. Tu peux laver la cage tranquillement. Ça ne dérange pas. » Marcelle se calme instantanément.
On visite ensuite Monique, qui doit prendre son bain. Surveillée par Claudine, la dame entre dans l’eau. Les deux femmes discutent en riant.
Claudine caresse la joue de la résidante. « C’est ma grande amie », dit-elle.
« C’est vrai ! Claudine est tellement fine », enchaîne Monique.
La résidante s’asperge d’eau en poussant un soupir de bonheur. On la laisse ensuite prendre son bain tranquillement. «Cette résidante aime rester longtemps dans son bain, dit Claudine. On va revenir plus tard. »
Après avoir visité plusieurs autres personnes, on termine la tournée chez Jacqueline. Il est 11h passées. Jacqueline se lève tout juste. Très corpulente, la dame est couverte de croûtes. Parce qu’elle est très nerveuse, elle se gratte au sang la nuit. Patiemment, Claudine étend une crème spéciale sur toutes ses plaies.
Jacqueline adore Claudine. Elle l’appelle sa beauté. Durant de longues minutes, elles discutent ensemble, assises au bord du lit.
C’est l’heure du dîner. Tous les résidants affluent vers la cafétéria de la résidence Outremont. La pièce intime offre une belle vue sur le mont Royal.
La salle à manger est calme. L’épaisse neige qui tombe dehors donne une ambiance feutrée. Le repas est somptueux. Potage à la courge musquée, à la patate douce et au gingembre, buffet de salades, tilapia poché au vin, religieuse au chocolat… Les résidants qui le veulent peuvent aussi prendre du vin.
« On fait tout maison ici. Ça goûte comme au restaurant. C’est sûr que si j’avais 100 pensionnaires, je ne pourrais pas leur offrir ça. Je devrais leur donner de la sauce en poudre », remarque Diane, la cuisinière.
Autre avantage de n’avoir que peu de résidants, la cuisinière adapte son menu au goût de chacun. « Je ne mets jamais de pâtes à Mme Tremblay. Je fais des repas végétariens à une autre… » énumère la cuisinière.
Durant le repas, les employés prennent le temps de s’asseoir avec les résidants pour bavarder. « On nous traite avec dignité ici. On a de bonnes discussions, C’est valorisant », dit Marie-Ange, une résidante de 86 ans.
« Ce qui fait la différence, c’est les petites attentions » , dit la directrice de la résidence Outremont, Line Vincelli.
L’après-midi, une boutique ambulante de bijoux vient présenter ses produits aux résidants. Chaque jour, des activités originales sont organisées à la résidence Outremont. Durant notre visite d’une semaine, une rencontre avec des élèves du primaire, des séances quotidiennes d’exercices, des métamorphoses, l’installation d’une console Wii et des ateliers littéraires ont été organisés.
On planifiait aussi la soirée spéciale du jour de l’An. « Il va y avoir un souper de fondue. Toute ma famille va venir. C’est vraiment populaire », dit Marie-Ange.
L’hiver dernier, les employés de la résidence Outremont ont eu l’idée de faire voyager leurs résidants. Ils ont créé une mise en scène pour transporter virtuellement leurs résidants au Mexique.
Toutes les chaises de la cafétéria ont été alignées dans le couloir. « On était déguisées en hôtesses de l’air. On a fait semblant de faire embarquer les résidants dans un avion. On a donné les consignes de sécurité. On a joué un petit film. C’était très réel », dit Mme Vincelli.
Après le « vol d’avion », les résidants sont revenus dans la salle à manger, qui avait été transformée pour l’occasion. « On avait mis des faux palmiers. Il y avait des mariachis qui jouaient de la musique du Mexique. Il y avait des cocktails et de la nourriture du Mexique », raconte fièrement la directrice.
« Les résidants ne s’ennuient pas ici. Quand ils deviennent trop malades et qu’il faut les envoyer dans un CHSLD, c’est un crève-coeur. Parce que les personnes meurent souvent dans les six mois suivant leur déménagement, dit Claudine. Moi je pense qu’ils meurent d’ennui. »



LA CALIFORNIE SE PRONONCE   -  Nicolas Bérubé
Six plants de marijuana poussent dans le placard de Shawn Wright. L’homme de 27 ans agit en toute légalité: il possède une carte remise par l’État de la Californie autorisant les gens malades à fumer du cannabis.

M. Wright est en pleine santé. Il profite simplement d’une application très libérale de la loi sur la marijuana médicale en Californie.
Un petit tour de passe-passe, répandu dans l’État, qui pourrait devenir désuet le 2 novembre prochain, quand les électeurs se prononceront sur la légalisation complète et la taxation de la marijuana – premier effort sérieux sur la question aux États-Unis.
M. Wright (nom fictif), graphiste qui habite Los Angeles, estime qu’il est grand temps que l’État cesse de « jouer à l’autruche » au sujet du cannabis.
« Je ne dis pas que le cannabis est bon pour la santé. Mais ce n’est pas pire que l’alcool. Je crois que le produit devrait être vendu et taxé. L’État a besoin de revenus. »
Les militants en faveur de la légalisation ont récolté plus de 680 000 signatures l’an dernier pour appuyer la tenue du vote. Maintenant, ils lancent une campagne de sensibilisation qui mise sur le thème de l’heure: la crise économique.
Dale Clare, porte-parole de la campagne « Contrôler et taxer le cannabis », note que l’État ferait des économies en cessant d’arrêter et de détenir les consommateurs de marijuana.
« Le cannabis est déjà la plante la plus lucrative cultivée en Californie. Nous voulons que l’État puisse toucher sa part. »
Une étude du Board of Equalization, instance chargée de percevoir les impôts en Californie, montre que l’État toucherait 1,4 milliard de dollars annuellement en taxes sur la marijuana. La Californie se dirige vers un déficit de 20 milliards en 2010.
La nouvelle loi autoriserait les personnes de 21 ans et plus à posséder une once de marijuana et à en faire la culture pour leur consommation personnelle. La consommation en public serait interdite. Le cannabis serait essentiellement traité comme l’alcool.
L’initiative prévoit un durcissement des peines pour les adultes qui vendraient de la marijuana aux mineurs, ou qui consommeraient la drogue près des écoles. La proposition offre aussi la possibilité à certaines villes de choisir d’interdire la vente de cannabis sur leur territoire.
Ouvrir la voie
La légalisation du cannabis nuirait aux groupes qui gèrent l’entrée massive des drogues aux États-Unis. Récemment, un représentant mexicain a confié au Wall Street Journal que la marijuana était « Je ne dis pas que le cannabis est bon pour la santé. Mais ce n’est pas pire que l’alcool. Je crois que le produit devrait être vendu et taxé. L’État a besoin de revenus. » responsable de 50% des revenus des groupes criminels, qui oscillent entre 30 et 40 milliards annuellement.
Plusieurs groupes représentant les forces de l’ordre comptent faire campagne contre la légalisation. Le groupe Parents contre les vendeurs de drogue s’oppose aussi à la légalisation de la marijuana. « Les déficits budgétaires ne justifient pas la légalisation du cannabis, note le groupe. L’avenir de nos enfants est plus important que cela », souligne le groupe.
Le dernier sondage sur la question, réalisé par la firme Pew en avril 2009, montre que 56% des Californiens sont en faveur de la légalisation.
C’est le cas du politologue conservateur John J. DiIulio fils, ex-directeur du programme de la foi mis sur pied par George W. Bush. Dans une récente lettre ouverte, M. DiIulio appelle les électeurs à légaliser le cannabis.

« L’an dernier, 800 000 personnes ont été arrêtées au pays pour possession simple de marijuana, ce qui a eu un impact à peu près nul sur la sécurité du public. Il n’y a aucune preuve convaincante voulant que le cannabis soit plus dangereux que l’alcool », conclut-il.

« LESMENTALITÉSONTCHANGÉ »   -  Nicolas Bérubé
Ethan Nadelmann est le fondateur de la Drug Policy Alliance, organisation que finance le milliardaire George Soros et qui propose une réforme sur la prohibition des drogues. La Presse l’a interviewé.
QComment percevez-vous le référendum sur la légalisation de la marijuana en Californie, qui aura lieu à l’automne? R C’est une excellente nouvelle. Mon équipe a d’ailleurs participé à la rédaction de certains documents du projet. Le fait que cette question sera posée aux électeurs de l’État le plus populeux des États-Unis montre bien que les gens sont de plus en plus à l’aise avec l’idée de taxer et de contrôler la vente du cannabis, plutôt que de laisser les groupes criminels faire des profits.
PHOTO JUSTIN SULLIVAN GETTY IMAGES
QPensez-vous que le projet a des chances d’être approuvé par l’électorat ? R Difficile à dire. Les derniers sondages placent le vote en faveur de la légalisation à environ 50 ou 55%. C’est beaucoup plus que dans les dernières années, mais je ne sais pas si ce sera assez. Bien des gens seront nerveux avant le vote, et décideront de voter non. Je crois que ça va être serré.
QVous étudiez la prohibition des drogues depuis plus de 20 ans. Quel regard portez-vous sur l’évolution du débat au fil des ans? R J’ai commencé à m’engager à la fin des années 80, au point culminant de la « guerre contre les drogues » menée par la Maison-Blanche. Depuis ce temps, les mentalités ont changé. Les gens réalisent que la prohibition coûte extrêmement cher, et que les drogues sont toujours aussi disponibles. Il y a un effet de lassitude. Bien des gens sont prêts à essayer une autre approche. Je crois que la légalisation de la marijuana à des fins médicales en Californie et ailleurs a changé la donne. Avant, les consommateurs étaient des jeunes aux cheveux longs. Maintenant, des adultes fument pour diverses raisons. Le cannabis n’est plus vu comme un trip de jeunesse. Enfin, la crise économique a aussi un impact. Le marché du cannabis rapporte des milliards chaque année, mais le gouvernement ne touche pas un sou. Au moment où les villes et les États font des déficits records, la question devient d’actualité.
QAux yeux du gouvernement fédéral, la marijuana est illégale. Comment réagirait Washington si la Californie devait en légaliser la consommation? R L’administration Obama aurait à prendre une décision. Le département de la Justice devrait prendre position. Je crois qu’il pourrait choisir de ne pas intervenir. L’an dernier, le ministre de la Justice a dit qu’il n’interviendrait pas pour faire appliquer les lois fédérales sur la marijuana médicale. Dans les faits, ça envoie un message clair : Washington laisse les États tracer leur propre voie. Au début des années 30, ce sont les États qui ont commencé à légaliser la vente d’alcool. Une fois cette porte enfoncée, Washington a mis fin à la prohibition, en 1933. Il ne faut pas oublier que le gouvernement fédéral n’a pas les ressources pour être partout à la fois. Les policiers municipaux et de l’État représentent 90% des forces sur le terrain.
QCertaines personnalités publiques, comme Arnold Schwarzenegger, encouragent à mots couverts le débat sur la légalisation. Est-ce que cela vous étonne? R En privé, bien des policiers et des politiciens me disent qu’ils sont en faveur de la légalisation et de la taxation. Mais en public, ils tiennent un discours différent. Ils ne veulent pas être associés à la tolérance. Je crois que nous avons fait bien du chemin dans les dernières années, mais nous ne sommes pas encore rendus au bout. La légalisation est encore une idée qui fait peur, même si la marijuana n’a jamais été aussi présente.




La chaleur urbaine
-  Charles Côté
La multiplication des centres commerciaux en banlieue, au détriment de la végétation, accentue l’effet de la canicule dans ces zones. Ces véritables « îlots de chaleur » aggravent les problèmes de santé qui surviennent durant les jours les plus torrides. Certains quartiers de Montréal, où règnent le béton et l’asphalte, ne sont pas à l’abri de ce phénomène grandissant.
Les centres commerciaux et les parcs industriels qui se multiplient en banlieue créent de plus en plus d’îlots de chaleur urbains, selon les plus récentes images réalisées par le département de géographie de l’UQAM.

Selon les relevés satellitaires effectués par l’équipe de l’UQAM, que La Presse a obtenus en primeur, il peut y avoir des écarts de plus de 15°C entre une zone « fraîche » et un îlot de chaleur voisin.
Les îlots de chaleur urbains sont un problème de santé publique grandissant . I ls surviennent quand la végétation est remplacée par des constructions ou de l’asphalte. Ils aggravent les problèmes de santé qui surgissent lors des vagues de chaleur.
« Si on vit près d’une telle zone, on sent son influence, affirme James A. Voogt, professeur à l’Université Western Ontario. La chaleur se transmet à l’air qui se déplace. »
De 2005 à 2008, des nouvelles zones de chaleur intense ont apparu à quatre intersections d’autoroutes : celle de la 640 et de la 25, à Terrebonne et Mascouche; celle de la 640 et de la 15, à Boisbriand; celle de la 30 et de la 15, à Candiac, et bien sûr celle de la 10 et de la 30 à Brossard, où est installé le centre commercial DIX30.
Cependant, dans la région métropolitaine, c’est l’usine de Bombardier, dans SaintLaurent, qui s’illustre comme l ’ î lot le plus chaud. Au moment du relevé de 2008, réalisé le 5 juillet à 10h25, il faisait 41,9°C sur les terrains de Bombardier, comparativement à 21,7°C non loin de là; c’est un écart de plus de 20°C.
Mal conçus, des quartiers résidentiels en apparence verts peuvent aussi donner chaud à leurs habitants, ce qui entraîne des dépenses supplémentaires de climatisation.
Pourtant, quelques détails dans la planification et les plantations d’arbres peuvent faire toute la différence, selon le professeur de géographie Yves Baudouin, qui a réalisé l’étude de l’UQAM avec ses étudiants. « On a observé deux quartiers à peu près du même âge, un à Ahuntsic et l’autre à Pointe-Claire, où il y a de grandes différences de température. À Pointe-Claire, les rues sont beaucoup trop larges et il n’y a pas suffisamment d’arbres. »
Vaste problème
La carte montréalaise des îlots de chaleur urbains donne l’impression que le problème est trop grand pour s’y attaquer.
Une équipe d’étudiants en urbanisme de l’Université McGill a voulu trouver une façon de cibler les priorités. Ils ont croisé les relevés satellitaires de l’UQAM avec les données sur l’âge et le revenu des habitants. Ils ont constaté que les coups de chaleur frappent plus durement les enfants et les personnes âgées, d’autant plus s’ils sont à faible revenu.
« La Ville devrait se préoccuper du problème là où il touche vraiment des gens exposés à des problèmes de santé, dit l’une des étudiantes, Julia Lebeveda. S’il y a des personnes seules et âgées, par exemple. »
Dans un rapport remis en 2007 à la Ville de Montréal, l’équipe de McGill a dessiné une carte de la vulnérabilité aux îlots de chaleur urbains. Deux quartiers ressortent comme particulièrement vulnérables: ParcExtension et Saint-Michel.
En regardant de plus près un secteur de Saint-Michel, l’équipe de McGill a trouvé des rues comme la 12e et la 13e entre les rues ÉmileJournault et Robert, où le risque lié à l’effet des îlots de chaleur urbains est extrême. Il n’y a pratiquement pas d’arbres et le béton, l’asphalte et les toits goudronnés sont omniprésents. Le fait que de nombreuses personnes âgées à faible revenu y vivent en fait une zone où une intervention serait prioritaire, selon eux. Comme casser l’asphalte et planter des arbres.
Nécessaire verdissement
« Nous recomma ndons d’augmenter la végétation et de réduire les surfaces noires, dit Chen F. Chan, étudiant à McGill. Les rues à SaintMichel sont trop larges. En réduisant les surfaces, on peut en plus économiser en déneigement l’hiver. »
Clément Charrette, conseiller en aménagement de l’arrondissement de Saint-Michel, affirme que le pouvoir d’intervention de la Ville « est limité pour ce qui est déjà construit ». « Cependant, dans nos projets, on s’assure qu’on a un plan d’intégration et d’implantation architecturale qui intègre des éléments pour contrer la chaleur. » Cela vaut aussi pour l’ancienne carrière Francon, où un autre centre commercial doit être construit. « Ils ont l’obligation de présenter un projet de développement durable et d’augmenter le verdissement », dit-il.
La Ville de Montréal travaille à un Plan de verdissement et continue ses plantations d’arbres : il y en a eu 10 000 en 2008. La Soverdi, organisme qui collabore avec la Ville, en a cependant planté beaucoup moins en 2008: 600 au lieu de 6000. « On n’a pas eu de grands espaces pour planter, dit Pierre Bélec, de la Soverdi. Par contre, le programme de verdissement des ruelles a vraiment pris son envol. On en a fait une quinzaine et on devrait atteindre la trentaine. »

Les actions de la Ville de Montréal, bien que nombreuses, manquent d’envergure, dit Coralie Deny, du Conseil régional de l’environnement de Montréal. « À Montréal, on doit mettre l’accent sur les stationnements "frais", dit-elle. Il faudrait un règlement pour les nouveaux stationnements. Pour les existants, c’est déjà plus compliqué, mais il y a des choses à faire. »

Le cardiologue qui plante des arbres
Les problèmes de santé causés par les coups de chaleur sont loin d’être anodins, soutient le Dr François Reeves, cardiologue à la Cité de la santé, à Laval
Le Dr Reeves est resté marqué par les décès causés par la vague de chaleur en Europe en 2003. « Il y a eu 15 000 morts juste dans la région parisienne, dit-il. J’étais sur place à ce moment là. Et 72% de ces morts étaient d’origine cardiovasculaires. Je me suis dit : ce sont mes patients qui meurent ! »
Il explique qu’un coup de chaleur induit un état inflammatoire généralisé. « Il y a des protéines néfastes qui se mettent à circuler et ça déclenche des arythmies et des infarctus », dit-il.
Il ajoute que des recherches récentes ont prouvé que, de plus, la chaleur rend la pollution plus toxique. « Les particules ultrafines de pollution causent plus de dommages au coeur quand la température augmente », dit-il. Les gaz d’échappement sont la principale source de cette pollution.
« Quand on commence à avoir des données aussi brutales, on ne peut plus détourner le regard, dit le Dr Reeves. Il faut faire de la prévention. »
Au cours des dernières années, il a pris ce dossier à coeur, d’abord en y consacrant plusieurs pages dans son livre Prévenir l’infarctus ou y survivre, puis en agissant directement dans son milieu. « En septembre 2008, on a organisé notre première journée de l’arbre, dans le cadre de la Semaine de la santé, dit-il. On a planté 400 arbres, dont 200 sur les terrains de l’hôpital. Les arbres sont nos meilleurs alliés pour combattre la pollution et réduire la chaleur. »
Il travaille maintenant à la création d’une chaire de cardiologie environnementale à la faculté de médecine de l’Université de Montréal.

QUARTIERS CHAUDS ET NUITS CHAUDES
La vague de chaleur qui a fait 700 morts à Chicago en 1995 a fait ressortir un phénomène étonnant: le risque de mourir d’un coup de chaleur est plus grand dans les quartiers « chauds », au sens criminel du terme. Dans ces quartiers, où se concentrent des personnes pauvres privées de climatisation, on a peur d’ouvrir ses fenêtres la nuit. À Montréal, tous ces facteurs sont réunis dans Saint-Michel, un quartier où se trouvent des zones à « risque extrême » d’effets néfastes des îlots de chaleur urbains, selon une étude de la faculté d’urbanisme de l’Université McGill. Selon Fernand Landreville, responsable du plan d’urgence de l’arrondissement de Saint-Michel, les îlots de chaleur ont été repérés. « On a produit une carte en grand format. Les services sociaux ont le nom des gens qui sont susceptibles d’être sensibles aux vagues de chaleur. »

LE VERDISSEMENT DE BALTIMORE
Doubler la surface forestière en 30 ans, pour la faire passer à 40%, c’est l’objectif que s’est fixé en 2003 Baltimore, au Maryland, une ville de 630 000 habitants au sein d’une agglomération qui en compte 2,6 millions. Pour ce faire, toutes sortes d’initiatives ont été lancées, dont un site web qui permet de calculer la valeur de chaque service rendu par un arbre. Ainsi, à Baltimore, un chêne rouge de 30 centimètres rapporterait 133$ à son propriétaire. À consulter au
www.trees.maryland.gov/calculator.asp



DES ACTIONS CONTRE LACHALEUR URBAINE
Selon Coralie Deny, du Conseil régional de l’environnement de Montréal, on peut faire plusieurs choses pour lutter contre les effets néfastes des îlots de chaleur.
ARRACHER L’ASPHALTE «
Si les gens veulent aller plus loin, dans les quartiers plus denses, ils peuvent enlever l’asphalte entre le trottoir et la résidence, par exemple, et faire des plantations.

PLANTER DES ARBRES
C’est le meilleur outil contre les îlots de chaleur. Et en plus, ils réduisent la pollution de l’air.

CHANGER LES TOITURES
On doit favoriser les toits blancs, soit une membrane blanche ou du gravier blanc. Ça coûte un peu plus cher, mais ça dure plus longtemps, selon les fabricants.

LES PLANTES GRIMPANTES
C’est un mythe qu’elles abîment les murs. Au contraire, elles les protègent des rayons du soleil et cela réduit les écarts de température que le mur doit subir.

Les jours torrides se prolongent
  -  Martin Croteau
Après s’être fait attendre pendant des semaines, le premier épisode de chaleur de l’été se prolonge. La température a oscillé autour de 30° C durant tout le week-end et le temps chaud se poursuivra aujourd’hui.
Environnement Canada a prolongé l’avertissement de smog en vigueur depuis vendredi et mis en garde les personnes souffrant de problèmes respiratoires. L’organisme recommande de limiter l’exercice à l’extérieur
Pendant qu’un soleil de plomb tombait sur la métropole, hier après-midi , le complexe aquatique du parc Jean-Drapeau vivait l’une des ses plus grosses journées de l’année. Pas moins de 5000 personnes ont franchi ses tourniquets dans la seule j ournée d’hier. Samedi , 5500 baigneurs y avaient fait trempette.
« Si vous ne nous montrez pas votre maillot de bain, vous n’entrez pas », a scandé un employé de la piscine aux dizaines de personnes qui faisaient la queue à l’extérieur du complexe.
La raison: l’administration voulait éviter que des parents accompagnent leurs enfants à la piscine sans se baigner. Elle souhaitait permettre à un maximum de baigneurs d’entrer dans le complexe. D’ai l leurs, a indiqué un employé, certains parents se sont déjà jetés à l’eau tout habillés dans le passé.
Chaleur bienvenue
Les passants rencontrés hier n’étaient absolument pas incommodés par la grande chaleur, bien au contraire.
« Je suis arrivé à Montréal fin juin et c’est vrai que le début de l’été n’a pas été l’extase, a indiqué Adrien Dedeyan, un étudiant français qui vient de terminer un stage d’été. Je repars mercredi et je vais avoir un bon souvenir de Montréal. »
N’empêche, les parcs et les terrasses étaient moins fréquentés qu’à l’habitude, comme c’était le cas samedi. Au St-Ciboire, rue SaintDenis, quelques clients profitaient d’une bière au soleil, mais sans plus.
La température ressentie par les Montréalais a atteint 36° avec le facteur humidex, selon Environnement Canada. La météorologue Michèle Fleury s’attend à des températures encore plus torrides aujourd’hui. Tellement que son organisme a lancé un avertissement de chaleur et d’humidité accablantes pour le Grand Montréal et pour Laval.
Smog
« Les températures vont être encore plus chaudes et ça va rester humide, explique la météorologue. On a un maximum prévu de 32° à Montréal, mais la sensation devrait être de 40° avec l’humidité. »
Environnement Canada a en outre prolongé l’avertissement de smog en vigueur depuis vendredi et mis en garde les personnes souffrant de problèmes respiratoires. L’organisme recommande de limiter l’exercice à l’extérieur.
La raison de ce nouvel avertissement : la masse d’air chaud stagne et les vents du sud-ouest transportent chez nous des polluants venus de l’Ontario et des États-Unis.
Pour la troisième journée de suite, l’indice de la qualité de l’air était d’ailleurs considéré comme « mauvais » au centre de Montréal, selon le Réseau de surveillance de la qualité de l’air.
Les températures resteront élevées jusqu’à demain en fin de journée, lorsqu’une masse d’air froid souff lera sur le sud-ouest du Québec. Elle sera accompagnée de quelques averses, mais sans plus. Le beau temps devrait durer encore quelques jours, selon Environnement Canada.



DES CITOYENS EN ONT MARRE DU BRUIT  -  Éric Clément
Festivals à répétition, concerts en plein air, feux d’artifice hebdomadaires, courses automobiles, défilés, zone piétonne avec bars, clubs et terrasses. Montréal l’épicurienne s’amuse… bruyamment. Tellement, que des citoyens s’en plaignent jusque sur la R
« Ce n’est plus une, mais deux longues fins de semaine de festivités gaies qu’il nous faut endurer. Durant ce temps, ma maison est inhabitable. On peut mesurer le bruit dans mes murs sur l’échelle de Richter. »
Les citoyens de Montréal sont habitués aux bruits de la ville, mais pour ceux qui vivent à proximité des spectacles extérieurs ou des bars, la fête des autres peut devenir un enfer.
Dans le secteur du Quartier des spectacles, les résidants en ont pris leur parti. Ils sont conscients qu’ils résident dans une zone où le bruit fait partie du paysage. Et à partir du quartier de la Place des Arts, avec ses grands immeubles, le son se propage moins loin que pour une aire ouverte, comme au parc Jean-Drapeau, par exemple. Chez Spectra, la porte-parole Marie-Ève Boisvert dit que le système de son du Festival international de jazz ou des FrancoFolies commence à ba i sser après 100 pieds. De plus, si les hautparleurs sont plus puissants qu’il y a 20 ans, leur grosseur et leur nombre ont été réduits. Du coup, les spectacles ne sont pas plus bruyants qu’avant, selon elle, et le son est mieux dispersé.

Mais dans le quartier gai, la situation est différente. Des citoyens ont même formé un comité pour se plaindre du bruit des bars de la rue SainteCatherine et des spectacles du parc Émilie-Gamelin. « Ce n’est plus une, mais deu x l ongues f i ns de semaine de festivités gaies qu’il nous faut endurer, dit pa r exemple Pier re Wroblewski, résidant de la rue Panet. Durant ce temps, ma maison est inhabitable. Je dis bien INHABITABLE! On peut mesurer le bruit dans mes murs sur l’échelle de Richter. Depuis quatre ans, j ’appelle
des amis et je vis chez eux pendant six jours, le temps que ça passe. »
« C’est un problème de santé publique dans le quartier », ajoute Geneviève Rollin, une autre résidante.
Depuis l’an dernier, un règlement sur le bruit a été adopté par Ville-Marie. « On essaie de faire appliquer le règlement sans grand succès, dit Gérard Paquette, citoyen de l’arrondissement. Le commandant Gagnon du PDQ 22 refuse d’appliquer ce règlement car il est favorable à une certaine tolérance. » Invité à commenter, le Service de police n’a pas rappelé.
Patrick Leclerc a fondé le Regroupement québécois contre le bruit il y a trois ans. Plus de 1000 personnes en sont membres. Selon lui, les citoyens sont plus irrités qu’avant par le bruit. « Il a augmenté partout, dit-il. Dans les rues et dans les commerces. Dans les cinémas, le bruit atteint 100 décibels. C’est beaucoup trop fort. »
Le bruit a des effets sur la santé, dit Patrick Leclerc. « Les gens deviennent pratiquement sourds et on augmente le volume. Si on faisait un sondage sur le nombre de personnes dérangées par la pollution sonore, on serait surpris du résultat. Il faut une réglementation sur la quantité de décibels permis pendant les spectacles. Il y a un problème de calibrage des aigus et des basses extrêmes. Il faut que Québec légifère là-dessus. »
Politique du bruit
Une politique sur le bruit pourrait voir le jour. Réagissant à l’inquiétude des citoyens et des membres du corps médical, l’exministre de la Santé, Philippe Couillard, a demandé, il y a trois ans, un avis à l’Institut national de la santé publique. L’avis sera transmis au nouveau ministre cet automne, dit le Dr Maurice Poulin, responsable de l’unité santé au travail à l’Institut national de santé publique.
« L’avis dira s’il est pertinent d’avoir une politique sur le bruit, dit le Dr Poulin. On est en train de développer ça. On a des difficultés car, sur le bruit, il n’y a pas beaucoup de ressources au Québec. L’avis aura plusieurs chapitres sur la définition du bruit, les mesures, ses effets sur la santé et le portrait législatif. On regarde également si on peut chiffrer les coûts engendrés par la pollution sonore. Des recommandations seront faites au ministre. »

Des sons qui voyagent loin
« Il y a un nombre d’événements trop important au parc Jean-Drapeau. Il faudrait qu’il y ait une rotation des lieux. »
Des citoyens de la Rive-Sud sont excédés par le bruit en provenance du parc Jean-Drapeau et de ses nombreux spectacles de musique. Martin Lafond coordonne le mouvement de protestation à Saint-Lambert. « J’habite rue Merton depuis 2007 et les spectacles du parc Jean-Drapeau, toutes les fins de semaine, entre sept et neuf heures de musique par jour, jusqu’à 23h, c’est insupportable. Depuis mai, c’est infernal. Et ça dure jusqu’en octobre. »
Selon Patrick Leclerc, du Regroupement québécois contre le bruit, « il y a un nombre d’événements trop important au parc Jean-Drapeau ». « Il faudrait qu’il y ait une rotation des lieux », dit-il.
M. Lafond dit qu’en six mois, c’est 376 heures de bruit, l’équivalent de 250 spectacles de 1h30. « Notre sommeil est troublé, celui des enfants aussi. Impossible de profiter de nos congés en paix, de dormir la fenêtre ouverte, et même fermée ! » écrit-il dans un tract distribué à Saint-Lambert.
Un site internet, silencestlambert. ca, a été créé. M. Lafond réclame moins de spectacles à Jean-Drapeau ou la création d’un « mur du son » aux frais de la Ville de Montréal. Mais les demandes d’aide qu’il a présentées aux administrations de SaintLambert et de Montréal n’ont rien donné. Du coup, il a déposé une plainte à l’ombudsman de Montréal, Me Johanne Savard, qui a demandé à la Société du parc Jean-Drapeau d’effectuer des tests de bruit. Certains ont eu lieu la fin de semaine dernière durant les spectacles d’Osheaga. D’autres auront lieu dans quelques jours.
Aller au Stade?
Une possibilité serait de déménager des spectacles hors de l’île. Le Stade olympique est évoqué. La Régie des installations olympiques est ouverte à accueillir les spectacles les plus bruyants. Mais c’est le choix des promoteurs, dit Sylvie Bastien, porte-parole de la RIO. Myriam Vallée, du Groupe Spectacles Gillett, qui organisait Osheaga, dit que ces spectacles s’adressent à une clientèle qui aime être à l’extérieur.
À la Société du parc JeanDrapeau, le directeur général, ChristianOuellet, est conscient que le voisinage du parc « est exposé », mais le mandat de la société est d’animer ce parc et de générer des profits, dit-il. Il a une entente de cinq ans avec des promoteurs et compte bien l’honorer. « On essaie de bien diriger nos systèmes de son », dit-il. Mais il n’y a pas de limite de décibels dans le parc. « C’est l’ombudsman qui va nous dire si c’est acceptable ou pas, ditil. Si la Ville de Montréal décide de modifier la programmation, on le fera, mais on n’en est pas là. »
« S’il y a une trop grande concentration au parc JeanDrapeau, il faut regarder ça, dit le maire de Ville-Marie, Benoit Labonté. Les citoyens sont capables de vivre avec des événements ponctuels, mais si c’est récurrent au mépris des droits des citoyens, il faudrait réévaluer ça. S’il y a d’autres options, comme le Stade olympique, ça mérite d’être étudié. »
Le conseiller municipal Marcel Tremblay, responsable du parc Jean-Drapeau, n’a pas rappelé La Pres se. Son porte-parole, Darren Becker, dit que « la Ville n’a pas l’intention de déménager les spectacles du parc ».


LES IMPACTS SUR LA SANTÉ
Le coeur
Selon une méta-analyse allemande, le risque d’hypertension augmente généralement à partir de 60 décibels dans le cas du bruit des avions, et de 65 ou 70 décibels pour celui des autoroutes. Le risque d’infarctus augmente de 10% à 20% entre 70 et 75 décibels, et de 50% à 75% entre 75 et 80 décibels, selon le nombre d’années de vie près d’une autoroute, dit une étude berlinoise.
Le sommeil
Le bruit retarde le sommeil, le rend plus léger, augmente les mouvements nocturnes et le nombre d’éveils et donne généralement une impression d’avoir mal dormi qui affecte l’humeur, selon une métaanalyse hollandaise ayant recensé une demi-douzaine d’études. Le Conseil sur la santé des Pays-Bas a calculé que le nombre d’éveils moyens passait d’une dizaine à plus de 300 par année quand le niveau de bruit passait de 40 à 55 décibels.
L’école
Les enfants qui vont à l’école près d’un aéroport peuvent accumuler un an de retard dans l’apprentissage de la lecture, selon une étude européenne. Les auteurs recommandent que les salles de classe situées près des aéroports reçoivent un isolement acoustique et ils suggèrent qu’on évite de construire d’autres écoles dans ces endroits.
Le stress
Le bruit du trafic aérien est plus dérangeant que celui des voitures, et celui des trains est le moins stressant, selon une étude des Pays-Bas. À 70 décibels, le niveau de bruit d’un grand boulevard, entre 30% et 55% des gens sont très stressés par le bruit d’un avion, contre 20% à 30% par le bruit des voitures et 13 à 17% par le bruit du train.

INFRACTION AUX DÉCIBELS
Règlements
Les arrondissements montréalais ont des règlements sur le bruit. Ville-Marie a donné des dents au sien, l’an dernier. Des amendes de 1000$ à 12 000$ sont prévues pour chaque infraction. Un an après son entrée en vigueur, 15 constats d’infraction à ce règlement ont été émis: 14 pour des entreprises, 1 pour un particulier. L’ombudsman de Montréal considère que le « modèle de Ville-Marie est à suivre en matière de gestion de bruit ».
Outremont
Outremont a défini le niveau maximum de bruit toléré pour des soirées privées dans un local : 98 décibels. Et de 70 décibels pour un commerce.
Inspecteurs
Il y a seulement deux inspecteurs de la ville centre sur le bruit pour la Ville de Montréal. Ils relèvent du PlateauMont-Roya l . Ma i s l ’arrondissement de Ville-Marie a pris l’initiative d’engager son propre technicien sur le bruit l’an dernier.
Ombudsman

L’ombudsman de Montréal a reçu 32 demandes d’enquêtes sur le bruit en 2006, 42 en 2007 et 54 en 2008. En 2008, 12 demandes concernaient le bruit dans le PlateauMont-Royal et 10 dans Ville-Marie. Victor Hugo disait que « la musique, c’est du bruit qui pense ». Mais la musique a changé depuis le XIXe siècle…

Prendre la mesure sonore d’un événement
C’est lafirmeDécibelsConsultants qui a mesuré en fin de semaine l’impact sonore des concerts d’Osheaga pour un citoyen de Longueuil.
Pour mesurer le bruit à un endroit donné, les spécialistes utilisent un sonomètre.
Gilles Leroux, directeur technique de Décibels Consultants, explique comment il procède. « On installe un sonomètre intégrateur le plus près possible du spectacle, pour avoir un point de référence, dit-il. L’appareil a une horloge interne qui permet de comparer minute par minute le bruit généré sur place et le bruit enregistré à la résidence du plaignant. On saura donc si ce qui est reçu est le même bruit que celui du site. »
La mesure a duré deux jours afin d’enregistrer aussi tous les bruits ambiants près de la résidence du citoyen de Longueuil, que ce soit le bruit de la route 132, celui provenant du pont Jacques-Cartier ou du boulevard Taschereau.
À la demande de l’ombudsman, la firme va se rendre à Saint-Lambert demain pendant le pique-nique électronique du parc Jean-Drapeau, de 14h et 23h. Elle remettra ensuite son rapport à l’ombudsman. « On conclura si ça s’entend et on dira de combien », dit M. Leroux.
« Le bruit peut atteindre 140 décibels en milieu industriel, dit-il. C’est quasiment le bruit en arrière d’un 747. Les bruits de voisinage, c’est autour de 50 décibels. Face aux haut-parleurs, sur la scène, ça peut être 110-115 et le bruit s’atténue de 6 décibels chaque fois qu’on double la distance de mesure. Par exemple, si à 300 m, je mesure 100 décibels, à 600 m, ça va être 94 décibels, etc. »
M. Leroux dit que l’irritant est souvent dû aux basses fréquences des spectacles qui se propagent facilement et ne sont pas bloquées par la fenestration. « Ça peut même vibrer à l’intérieur des maisons », dit M. Leroux.

Dimanche silencieux à Granby
La Ville de Granby doit bientôt adopter un règlement qui interdira tout bruit excessif le dimanche, une mesure qui vise surtout les activités de construction.
« On veut donner au moins une journée de quiétude aux citoyens », affirme le maire Richard Goulet.
Le règlement actuel interdit les travaux bruyants la nuit, tous les jours de la semaine. L’avis de motion déposé le 10 juillet proscrira aussi « d’exécuter des t ravaux susceptibles de faire du bruit de façon à nuire à la paix, à la tranquillité et au bien-être [...] du voisinage » en tout temps le dimanche.
La motion doit être adoptée à la prochaine séance du conseil, le 24 août.
« Ce qu’on veut surtout empêcher, c’est la construction, les scies à chaîne et les marteaux-piqueurs le dimanche, précise M. Goulet. La construction du matin au soir, le week-end, il faut y mettre un frein. »
Fendre le bois, tondre le gazon, faire de la soudure et des travaux de menuiserie et de débosselage resteront des activités permises durant le jour, même le dimanche.
La modification apportée au règlement découle de plaintes de citoyens. Le dépôt d’une plainte par un voisin sera aussi nécessaire pour qu’il y ait amende ou avertissement.
La mesure ne fait pas que des heureux. Entrepreneur en excavation, le Granbyen Sébastien Ouellet juge que le projet de règlement est « ridicule » et qu’il « va trop loin ».
« Ça ne tient pas debout, il y a des gens qui travaillent le week-end ! dit M. Ouellet. Et s’il pleut le samedi, ils devront tout remettre à la semaine suivante. Déjà que l’été ne dure pas longtemps au Québec... »


Bruyant… à la campagne!  -  Francine Bastien
J’ai lu avec intérêt le dossier sur le bruit du journaliste Éric Clément dans La Presse de samedi dernier. J’ai beaucoup de sympathie pour les résidants qui doivent renoncer à vivre chez eux dans un minimum de sérénité une fois l’été venu. Évidemment, les festivals bruyants, ça rapporte et ça passe en premier. Les citoyens et leur droit à la paix? Qu’estce que c’est que ça?
Je me permets de porter à votre attention une situation qui, quoique différente, pose les mêmes questions de respect du droit à la quiétude.
J’habite à la campagne, un endroit isolé, que j’ai choisi précisément parce que le silence en est une composante essentielle. Or, depuis quelques mois, une compagnie de chemin de fer a décidé que ses trains, qui ont toujours circulé le jour, devaient circuler la nuit question d’augmenter le chiffre d’affaires. Si bien que vers 1h et 4h la nuit, deux trains passent à proximité en s’assurant de siffler au moins trois fois à chaque passage à niveau. Il y a quatre passages à niveau dans mon village!
Le train circule dans plusieurs municipal ités des Cantons-de-l’Est entre Farnham et la frontière américaine. Des milliers de personnes ne dorment plus la nuit. Et que font les municipalités? Certaines adoptent des résolutions qui, aumoins, tiennent compte des centaines de plaintes de citoyens dont la vie est sérieusement perturbée par le bruit. Que fait la compagnie de chemin de fer? Elle continue de faire circuler ses trains la nuit comme si de rien n’était.

Il semble donc qu’il soit de plus en plus difficile, sinon impossible, d’échapper à la pollution sonore pourtant tout aussi délétère que la pollution de l’air. Le simple fait qu’aucune présomption ne pèse contre le pollueur et qu’il appartienne au citoyen, qui ne dérange personne par son silence, de prouver par maintes expertises, souvent coûteuses, que le bruit existe, en dit long sur les priorités de notre société. Et que dire encore de ces enfants qui apprennent en bas âge à crier plus fort que les autres et à qui les parents répondent en criant encore plus fort à leur tour… Le chemin vers le respect du silence sera long!



Les prévisions « alarmistes » irritent les entreprises de loisirs  -  Martin Croteau
es entreprises touristiques n’attribuent plus seulement à la météo la baisse d’achalandage qu’elles subissent depuis le début de l’été : elles montrent aussi du doigt les météorologues, dont elles dénoncent les prévisions trop « alarmistes ».
Jour demétéo clémente (une fois n’est pas coutume) au parc aquatique de Bromont.
Christian Dufour sait fort bien que les météorologues ne font pas la pluie et le beau temps, qu’ils ne font que l’annoncer. Seulement, le directeur de l’expérience client à Mont Saint-Sauveur et à MontAvila constate que sa clientèle fond comme neige au soleil chaque fois que les bulletins prévoient de la pluie. Et ce, même s’il ne pleut pas.
« Une journée où ils annoncent des averses et qu’il fait soleil, les gens se sont déjà mis dans la tête qu’il allait pleuvoir, dit-il. On perd beaucoup de clientèle en raison de prévisions qui sont souvent imprécises. »
Le mois dernier, M. Dufour a compté quatre journées consécutives où les bulletins météo prévoyaient des averses, et durant lesquelles le parc aquatique de Mont Saint-Sauveur n’a pas reçu une goutte de pluie. Il calcule que ces prévisions erronées ont coûté une fortune à son établissement.
« Une journée comme celle-là, on perd au moins 1000 visiteurs, a-t-il déploré. Les gens se réveillent, ils apprennent que le temps est incertain, alors ils décident d’annuler leur sortie. »
Le Mont Saint-Sauveur n’est pas seul à grogner. Le parc aquatique de Bromont et le Village Vacances Valcartier se disent aussi pénalisés par des prévisions météo trop pessimistes. Si bien que ces entreprises, avec la Société des attractions touristiques du Québec (SATQ), ont entrepris l’an dernier des démarches pour inciter les diffuseurs à être moins « alarmistes ».
« Le gros problème, c’est l’imprécision des prévisions météorologiques, constate Pierre-Paul Leduc, directeur de la SATQ. Bien souvent, ce qui est annoncé par la météo, ce n’est pas vraiment ce qu’on a. »
Or, poursuit-il, les Québécois sont très sensibles aux prédictions des météorologues. Plusieurs choisiront d’annuler une sortie à l’extérieur s’ils aperçoivent un pictogramme montrant un nuage gris à la télévision.
« Ça influence beaucoup leur comportement, affirme M. Leduc. On se rend compte que les stationnements des parcs aquatiques sont vides même si la météo est beaucoup plus belle que ce qui était annoncé. »
« On ne veut pas faire croire aux gens qu’il fait beau alors qu’il pleut à boire debout, renchérit Christian Dufour. Mais au moins, s’ils n’annoncent que 40% de probabilités d’averses, ils devraient plutôt annoncer qu’il y a 60% de chances qu’il ne pleuvra pas. »
Tirer sur le messager ?
Après un mois de juillet exécrable, pendant lequel Montréal a établi un record pour le plus bas nombre d’heures d’ensoleillement, les entreprises ont toutes les raisons de râler contre la météo. Mais tirent-elles sur le messager en montrant du doigt les météorologues ?
Le chefduservicedes opérations météo au réseau MétéoMédia, Martin Bélanger, concède que les prévisions sont beaucoup plus difficiles à établir en été.
« Dans le cas des précipitations de neige, on a affaire à des zones de précipitations élargies, a-t-il indiqué. C’est plus facile de faire le suivi. En été, la nature des précipitations est différente. Au lieu d’avoir des bandes de précipitations très vastes, on a des cellules d’averses et des orages isolés. »
C’est pourquoi M. Bélanger suggère aux vacanciers de consulter les sites et bulletins météo aussi souvent que possible pour connaître les prévisions les plus récentes, donc les plus précises. Les météorologues, ajoute-t-il, ne font qu’annoncer le fruit de leurs calculs.

« Notre travail, c’est d’informer la population, a souligné M. Bélanger. On laisse aux gens le soin de choisir leurs activités. »

Sale temps, auditoires records  -  Louise Leduc
Ce n ’ e st pa s un s a l e temps pour tout le monde. MétéoMédia, en tout cas, obtient des auditoires records. Le mois dernier, le trafic a explosé sur son site internet. Pas moins de 14 millions de pages de plus qu’en juillet 2008 ont été lues.
« Les gens voient bien que la météo est très instable et ils regardent manifestement le site plusieurs fois par jour, a expliqué Bertrand Leduc, directeur des ventes chez MétéoMédia. Ce n’est pas parce que je travaille là, mais, moi-même, quand j’étais en vacances, j’allais sur le site à tout bout de champ avant de planifier une activité. »
M. Leduc se dit très au fait du débat en cours. Oui, les propriétaires de terrains de golf ou de glissades d’eau voient d’un mauvais oeil les mentions de probabilités de précipitations. M. Leduc fait valoir que les gens doivent vraiment s’arrêter afin de mieux interpréter tout cela.
À la télévision, les gens ont les prévisions pour leur région. S’ils vont quelque part, c’est au site internet qu’ils doivent se référer. « Nous couvrons quelque 200 localités et, franchement, on ne se trompe pas beaucoup. »





J’ai besoin de mes quotidiens
Tous mes sens sont interpellés lors de la lecture, je suis imprégnée de leur odeur, de leurs idées
L’auteure réside à Jonquière.
Les journaux et revues sont des produits culturels indispensables. Devrons-nous les sacrifier sur l’autel de l’information rapide ? s’interroge Marthe Vaillancourt, adepte de l’information papier.
Il y a des nuits où le sommeil est plus difficile, alors je me tourne vers la radio, ma compagne d’insomnie. Il y a quelques semaines, j ’ai entendu un animateur, dont j’oublie le nom, discuter avec grandiloquence de la fin de l’information papier. À tel point, dit-il, qu’à Detroit, un certain journal ne sera publié dorénavant que trois jours par semaine. Même la France est touchée, et on entend M. Sarkozy proposer toutes sortes de mesures pour rattacher les jeunes aux activités culturelles et à la lecture des journaux.
J’ai ressenti cette onde de choc comme une autre catastrophe, une autre partie de la crise qui bouleverse tout. Chaque matin, je lis régulièrement trois quotidiens, j’y ajoute, au cours du mois, six revues d’information. Quarante-cinq ans d’engagement communautaire m’ont démontré le besoin fondamental de lire les éditoriaux, les articles de fond pour alimenter mes réflexions sur différents sujets.
Chaque jour, je découpe, j’empile les aide-mémoire et je ne suis jamais prise de court lorsque j’ai à prendre la parole. Je peux toujours citer l’un ou l’autre quotidien. Leurs textes permettent de réfléchir, de structurer ma pensée. Tous mes sens sont interpellés lors de la lecture, je suis imprégnée de leur odeur, de leurs idées, j’ai besoin de les tenir dans mes mains, de les garder près de mon lieu de travail, de vibrer aux émotions qu’ils soulèvent, de digérer l’information. De plus, ils me ramènent à un devoir de mémoire et de transmission de toute l’information reçue. Les textes lus et relus permettent de construire mes propres références et de partager avec des amis à qui je refile journaux et revues.
Comment retrouverais-je autant de bénéfices enm’assoyant devant l’internet ou en me contentant des clips de l’information continue? Par exemple, je m’intéresse depuis des années à l’aménagement urbain. J’entends dans un média un expert se prononcer sur la question, je n’ai pas eu le temps de prendre des notes, alors je ne peux le citer convenablement.
J’ai tenté de savoir si l’on partagemesappréhensions. Réponses plutôt vagues: chez les baby-boomers, une certaine indifférence. Ils achètent les journaux, mais on les remplacera advenant leur départ. Chez les plus jeunes, on ne jure que par les nouvelles des réseaux d’information continue et les technologies, on lit parfois. Chez les aînés, on aime bien lire l’information papier.
Les journaux et revues sont des produits culturels indispensables. Devrons-nous les sacrifier sur l’autel de l’information rapide, les consommer en deux temps, trois mouvements, comme on agit dans le monde de l’éphémère, de l’ici et maintenant, sans approfondissement, sans analyse, vite passons à autre chose, nous n’avons plus le temps, l’ineffable quête de la rapidité conditionne notre vie, pourquoi prendre le temps d’ouvrir un journal? Nous sommes dans le monde de l’immédiat, de la vacuité, du paraître, de la glorification du dieu internet.
Même si je ne peux pas concevoir d’être privée de la section livres, des éditoriaux, des articles de fond, je peux être facilement critique, surtout si je me réfère à la dernière année. De quels sujets a-t-il été question? Politique, sport, économie. Est-il nécessaire de noircir tant de pages sur les aventures de Julie Couillard ou sur la violence de Jonathan Roy? Ah! J’oubliais le côté économique, ça fait vendre le journal!
Tout ce remue-méninges m’a fait constater que je consacre plus de 3000$ par année à l’achat de magazines et de journaux. Tout un bail! Mais j’ai une pensée pour tous ces jeunes qui étudient en écriture journalistique. Quel sera leur avenir? Et tous ceux qui écrivent déjà, pourront-ils se recycler dans un autre média?
Dans une société, tout se tient. Pas d’enseignement de l’histoire, diminution du financement de la culture, retrait annoncé des journaux. Et quoi encore? Jen’osealler au bout de ma pensée, je vais choquer les internautes, les consommateurs iPod et autres utilisateurs de ces nouvelles technologies. L’auteure de la lettre de la semaine, Marthe Vaillancourt, recevra une copie laminée de cette page.




Le décrochage II -  Pierre Foglia
L’autre jour, j’ai écrit une chronique sur le décrochage – c’était le même titre : « Le décrochage ». J’ai reçu des millions de courriels comme chaque fois qu’il est question d’éducation. Beaucoup de profs qui me font promettre l’anonymat. Si vous saviez! me disent-ils. Si vous saviez! Ceuxlà avaient mis des zéros à des copies nulles et même blanches, on les a obligés – sous la menace de sanctions administratives – à changer ces zéros pour des NE – Non évalué! Ou encore cellelà qui s’est fait dire qu’il ne fallait plus écrire E (échec) dans le bulletin.
Que dois-je écrire alors ? À l’avenir vous écrirez: RR. Ce qui signifie? Réussite reportée!
Vous riez, m’écrit-elle dans son courriel, pas moi.
Et encore cet employé d’une multinationale qui a investi 105 000$ en 2007 et en 2008 dans un programme contre le décrochage dans une école de l’Est où le taux dépasse les 50%, et qui n’en peut plus des faux-fuyants du « plan-cadre de persévérance » et du charabia des conseillers pédagogiques.
Bref, je reviens sur le sujet. Trois angles différents, trois let tres dont j ’ai masqué les signatures.
Qu’avez-vous tous à vous imaginer que le décrochage scolaire augmente ? Il était bien plus élevé dans votre temps... Juste comme j’allais effacer cette ineptie, la phrase suivante m’a titillé... la différence c’est que dans votre temps, un décrocheur ça s’appelait un ouvrier, ajoute plaisamment mon correspondant. Tout le contraire, monsieur. Je l’ai déjà raconté, je suis journaliste – ou presque – par accident technologique. Je viens du « professionnel ». Je suis entré à 13 ans dans un centre d’apprentissage pour y apprendre un métier. J’y ai fait trois ans. Dans ce centre d’apprentissage, on formait des mécaniciens, des menuisiers, des peintres en bâtiment, des plombiers, des typographes, même des selliers-bourreliers (qui travaillaient le cuir). Rigoureuses études à mi-temps, ateliers pour l’autre moitié du temps, l’humeur n’était pas du tout au décrochage. Ce furent-là mes seules études, et mon seul diplôme dans la vie : un CAP – certificat d’aptitude professionnelle. Je n’en ai aucune honte, ce qui n’exclut pas le regret de n’avoir pas fait d’études supérieures.
Pourrait-on suivre le même parcours aujourd’hui? Pourquoi ai-je l’impression que devenir un ouvrier, aujourd’hui, n’est plus une option, juste un pis-aller ?
Tout le monde y veut aller à l’université. Tout le monde y veut être docteur, avocat, professeur, cinéaste, à la rigueur policier. Personne y veut être coiffeuse, ou préposé aux bénéficiaires, cuisinier dans une cantine.
On a parfois l’impression que pour devenir électricien, il faut d’abord décrocher et après quelque mois (ou années) d’errance, se dire bon, faudrait quand même que je fasse quelque chose, pourquoi pas apprendre un métier, pourquoi pas l’électricité ?
Je reviens à mon correspondant qui est docteur en quelque chose, il ne m’étonnerait pas que ce soit en pédagogie. N’avez-vous pas remarqué comment le discours sur le décrochage commence à ressembler à de l’intégrisme. Il y a eux, les décrocheurs, et il y a nous, les instruits. Ils sont les hérétiques des temps modernes.
Je ne sais pas si ce sont des hérétiques, monsieur, ou des victimes et je m’en crisse. Il n’en tiendrait qu’à nous qu’ils soient instruits. Des peintres en bâtiment, des mécaniciens, des plombiers, des coiffeuses, des ouvriers agricoles, des réparateurs de fournaises instruits, cela n’est pas du tout impossible, je le sais puisque cela m’est arrivé.
Et cela devrait être l’objectif numéro un de l’école plutôt que de former d’autres docteurs en pédagogie de merde. Le docteur en pédagogie pullule, comme le chroniqueur d’a i l leu r s , mais essayez donc de trouver un menuisier pour refaire vos armoires de cuisine ou le plancher du salon.
J’ai été un décrocheur. Ma mère, au désespoir, me traîne devant l’orienteur. Peut-il reprendre sa dixième année ? L’orienteur lui a ri au nez. Il a dit que je ne pourrai s même pas êt re menui s ier. Alors quoi ? a demandé ma mère. Journalier, a dit l’orienteur.
J’ai 49 ans. Ingénieur civil. J’ai fait Poly. Aujourd’hui cadre supérieur responsable de l’international dans une très grande entreprise. Je parle allemand, italien, français, anglais. Voilà, c’est mon histoire. Si elle peut aider quelques décrocheurs à. . . rac crocher, j’ajouterai que seuls ma femme et quelques amis savent que je n’ai pas terminé mon secondaire.
Votre histoire aidera peut-être des décrocheurs à raccrocher – j’en doute quand même un peu – ce que j’y trouve, moi, d’exemplaire c’est l’orienteur : même pas menuisier, MÊME PAS! Dans ce mépris de la menuiserie, l’outrecuidance d’une société qui croit racheter son insondable inculture en envoyant ses enfants à l’université.
Dans votre chronique sur le décrochage, vous parlez de la nullité de ces parents qui n’arrivent pas à fixer des règles à la maison et à les faire respecter. Je crois être un de ces parents. Je suis le père d’un ado de 18 ans. Je suis prof de statistiques dans une université, pouvez vérifier mais ne publiez pas mon nom.
Mon fils rentre de l’école furieux, j’ignore pourquoi. Il bardasse, et il bardasse et il bardasse. Je lui demande de se calmer. Il crisse son poing dans le mur et défonce le gyproc. OK, pas de char cette semaine. Va chier ! OK, pas de char pour tout le mois. Fin de l’épisode. Dans les heures qui suivent, il pique du fric dans le sac de sa mère pour aller faire la foire avec les copains. Je supprime son allocation hebdomadaire pour rembourser le vol.
Explication tumultueuse. J’essaie de le raisonner. Je lui propose qu’on efface tout et qu’on recommence, sauf la dette, il faudra qu’il rembourse. Y pète un câble. Y m’explose les lunettes et la cloison nasale d’un coup de poing. J’appelle la police. Les jours suivants, il décide que le lycée c’est fini. Je relis votre chronique celle où vous dites : tu vas à l’école Chose, as-tu compris? Tu-vas-à-l’é-cole. Je le lui dis exactement comme ça. Il me projette dans le mur d’une très violente poussée (il est plus grand et plus lourd que moi). Je rappelle la police. Et je vous écris : je fais quoi maintenant?