Science

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


What is the state of robotics in 2016?
Predictions for the State of AI and Robotics in 2025

Meet the new generation of robots. They're almost human…


Roland Lehoucq faire de la physique avec star wars
Des physiciens annoncent avoir détecté les ondes gravitationnelles d'Einstein
Énergie du vide

Top 10 Leonardo da Vinci Inventions
9 Inventions that Prove Leonardo da Vinci Was a Supervillain

Des ovnis vus partout au Québec
Mars Viking Robots 'Found Life'


Et si notre histoire était à refaire ?
Graham Hancock’s Magicians of the Gods & Elitist Academia
INCA
Déterrée au Pérou: Une preuve écrasante abasourdit les experts-Quelque chose, ou quelqu’un « d’autre », était là!

Pour ceux qui n'ont pas lu le témoignage de Boriska, l'enfant qui vient de Mars....

Un message extraterrestre serait caché dans l'ADN humain
Mysterious Origins of Cro-Magnon Woman
Mystery of the nearly men: New thinking on an old conundrum

The Cro-Magnon Invasions.

Cro Magnon and Atlantis

ATLANTEANS IN AMERICA : Paleolithic Cro-Magnons in America

Bering Strait Theory

Early Settlements : America

ANTHROPOLOGICAL INSIGHTS : Atlantis and Cro-Magnon Man

THE LAST ICE AGE : Was the end a gradual event?

EVIDENCE OF ANCIENT AGRICULTURE : Was it practiced in Atlantean times?


"La Révélation Des Pyramides - Vous n'aurez plus jamais la même vision du Monde"
Nouvelle révélation cosmique de la Grande Pyramide

The Hidden History Of The Human Race
Spirit Science 12 ~ The Human History Movie

Michael Cremo - The Hidden History Of The Human Race


Cro Magnon Man and Atlantis

Blavatsky on Atlantis

Root race

ATLANTIS and LEMURIA TIMELINE

Structure sous-marine de Yonaguni
Mysterious Stone Structure Discovered Beneath Sea of Galilee

Underwater Constructions


Nibiru Visibility Increases- Earth Axis Shifting-Planetary Defense Policy Initiated


3 jours d'obscurité en décembre : le canular qui agite la toile
NOVA: Magnetic Storm [Pole Shift]
Shifty Poles: When Magnetic Poles Flip
Magnetic pole reversal not a sign of doomsday
Pole Shift Hypothesis
What is a Pole Shift?


The True History of the Anunnaki

Nikola Tesla unlimited free energy forever THEY dont want you to know about
Nikola Tesla - Tribute

Nikola Tesla - The Forgotten Wizard
The Missing Secrets Of Nikola Tesla

Nikola Tesla - Wardenclyffe Tower

Saving Nikola Tesla's Laboratory - Special Report VVH-TV News

The Secret Of Nikola Tesla

Resonance - Beings of Frequency

 Fruit flies have done more good than Sarah Palin - Globe Editorial

L'ONU annonce une crise alimentaire mondiale pour 2013

Hurricane Sandy: After Landfall
Les séquelles d'Irene
Plusieurs voitures et des bâtiments endommagés à Montréal

Plus de peur que de mal à Newyork

Boston évite le pire


La France redoute les discours apocalyptiques

Monkey steals camera from photographer to snap own pictures
LE PALMARÈS DE L’ÉTRANGE


Les catastrophes ont causé des pertes de 350 milliards $US en 2011
Les catastrophes ont coûté 222 milliards à l'économie mondiale

Des liens entre les forts séismes
L’impossible prédiction des séismes
Les séismes les plus puissants depuis 1900

Japan quake costliest ever; radiation in Tokyo water

Solstice-eclipse overlap first in 456 years

Séisme: la Californie se prépare au «Big One»

We're all humbled by a volcano's power
La sécurité avant tout - André Pratte

Le volcan Eyjafjöll émet autant de GES que l'Autriche
Ciel du Nord de l'Europe: zone interdite


Le déluge du Saguenay, 15 ans plus tard


Le pionnier de l'écologie Pierre Dansereau est décédé

Nature de la matière...
UNE PARTICULE DIVINE
Particules élémentaires - Un peu plus près du boson de Higgs
The Higgs boson and the search for God - Globe editorial
Plus vite que la lumière !

Montreal UFO sighting ‘probably explainable’

La victoire de l’espèce

Voter, c'est croire?

Ottawa s'éveille à la menace électromagnétique

UN ÉTÉ À MARINGOUINS

La prochaine guerre se fera-t-elle donc sur le plan technologique ?...
Top Chinese officials led Google hacking, according to WikiLeaks

Technologies vertes: le Québec lance... mais ne compte pas

Top grades for Canada’s new research program - Jeffrey Simpson

Attirer les cerveaux

Le Canada aurait-il donc un petit problème avec l'innovation, pour ainsi dire ?...
Wanted: culture of innovation
OÙ VA L’ARGENT D’OTTAWA?
CRÉDITS VS SUBVENTIONS

UNE GESTION CRITIQUÉE

Crédits l’entrepôt 

America's fiscal mess offers long-term opportunities for Canada - Jeffrey Simpson
Le patriotisme scientifique
The loonacy of parity: How a strong dollar is weakening Canada
Don’t swallow these innovation nostrums
Canada’s innovation malaise: The cure’s in our culture

Bons en éducation, pourris en innovation - Claude Picher
Innovation is our hidden deficit

... et à ce chapitre comme à d'autres, le Québec peut-il vraiment prétendre faire mieux ?...
Charles Sirois veut brasser les Québécois


Intellectual property: A new kind of arms race, with patents as ammo
La course aux armements



Et que dire de la recherche et du développement ?
La bataille de Waterloo


Les chercheurs postdoctoraux en bataille contre l'impôt

Les Conservateurs s'adonneraient-ils tout bonnement à l'aveuglement scientifique ?...
Census decision a slow-motion train wreck

EU officials decry Canada’s census decision
Aveuglement conservateur
Recensement - L'obscurantisme
Recensement - Le Canada exclu des bases de données internationales
Matter. Of. Fact. If only government decisions were …
D'anciens hauts fonctionnaires interpellent Harper sur le recensement
Dépolitiser la statistique, un enjeu crucial
Recensement - Les libéraux déposeront un projet de loi pour empêcher la modification du formulaire long
Recensement: Nature sermonne Ottawa
Les économistes d'affaires s'opposent au caractère volontaire du recensement
Le triomphe de l'ignorance
On census, let’s hear from 'ordinary' Canadians - Globe Editorial

Le NPD demande un débat d'urgence
Clement digs in heels and gains a supporter on census
The long form will return. Voters won't - Jeffrey Simpson
Recensement - Les modifications d'Ottawa prouvent son erreur, dit le CNS
Sense still incomplete on the census - Globe Editorial
Léger recul d'Ottawa sur le recensement
La vérité sur le recensement

Recensement : le gouvernement jette du lest
Recensement - L'ultime forum
We still have time to reverse the census decision

Stand up for good government, MPs

Ottawa was told of flaws in census plan, documents show

Gros mensonge
Recensement: Ottawa persiste
Le lourd prix de l'hésitation
Consensus persistant
Economists weigh in on census debate
Recensement: Layton invite Harper à discuter

Formulaire long du recensement - Claude Béchard veut que Stephen Harper revienne sur sa décision
Trou de mémoire inacceptable
The Munir Sheikh matter was no technicality

The reviews are in – and they are not kind to Tony Clement

Recensement - Les obtus
La nouvelle noirceur
Le recensement sera volontaire, point
Recensement: un sondage volontaire ne fonctionnera pas, selon l’ancien dirigeant de Statistique Canada
Recensement: Ottawa n'en démord pas
Tout ça pour ça?

Des stats qui comptent

The census call is part of a trend on data collecting

Long-form testimonials shine light on bad census policy - Globe Editorial

Munir Sheikh shows us what integrity and leadership look like
Recensement: le Conseil national de la statistique inquiet
Recensement - Ottawa doit faire marche arrière
Recensement: le mémoire de maîtrise de Harper attise le débat
Harper’s census push months in the making

Recensement - L'ingérence idéologique
Quand Stephen Harper aimait le recensement
Stats crash at the corner of ideology and reason - Jeffrey Simpson
Le saccage conservateur - André Pratte

Statistique Canada: démission d'un «homme d'honneur»
Recensement - Clement a menti, selon l'opposition
Le patron de Statistique Canada claque la porte
Long or short, Tories must retreat on the census

Survey says: Census plans crash and burn in Quebec

Une décision coûteuse
Huit questions pour décrire une société ?
Will census cost Harper skeptical centrist votes?

Recensement - Les députés conservateurs veulent s'expliquer en comité
Le comble de la bêtise
L'entêtement de Tony Clement
Recensement - Les automates
Recensement: Clement ne recule pas
Recensement - Statistique Canada a son mot à dire, assure Clement
Le gouvernement fédéral doit revenir sur sa décision d’éliminer le questionnaire détaillé de recensement obligatoire
Recensement - L'État n'a rien à faire... dans les salles de bain!
Good information comes at a price
Formulaire du recensement : Le commissaire aux langues officielles s'en mêle
The federal government is senseless on the census - Globe editorial
Statistique Canada réduit ses services
Recensements nationaux - Une grave erreur
Le ministre Clement remet en doute les données du recensement
Les scientifiques crient à la catastrophe
Des stats qui comptent
When science gets political, long-term knowledge is lost


It's possible to have both facial recognition and privacy
LE REGISTRE QUI VENAIT DU FROID
PENDANT CE TEMPS, AU CANADA...


Le centre sur le climat de l'UQAM au bord de la fermeture
Stratégie québécoise de la recherche et de l'innovation - En recherche, qui n'avance pas recule
Les cerveaux du climat désertent le Canada
Des chercheurs songent à partir - François Cardinal

Le malaise des cerveaux  -  ARIANE KROL
RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT : LE CANADA, L’UN DES DERNIERS DE CLASSE
Quand Obama fait craindre un nouvel exode des cerveaux
Obama veut rendre son rang à la science


Et qu'en est-il de ce que l'on pourrait sans doute appeler la "grande aventure de l'espace" ?...
Le privé en orbite

Cap-Breton deviendra-t-elle le Cap Canaveral canadien?

150 ans de stations spatiales

  The wonder of the last space shuttle
Atlantis en route pour le dernier vol d'une navette

LA FIN D’UNE ÉPOQUE

Les ambitions chinoises

BROUILLARD APRÈS LANAVETTE
L’AVENIR DE L’ESPACE
Objectif Mars

Obama dévoilera un plan «ambitieux» d'exploration de l'espace
Obama organisera une conférence sur l'espace
Le programme spatial d'Obama fustigé au Sénat

Obama largue la Lune pour réduire le déficit des É-U
Obama renonce à la Lune

Virgin Galactic prête à envoyer dans l'espace des touristes fortunés

NASA discovery to add new 'element' to life

La Lune recèle de bonnes quantités d'eau

Première étape vers Mars  -  Mathieu Perrault

Astronomers Discover ‘Death Star’



Un monde de différence  -  Claude Picher

Hier la Lune, demain Mars
LE GRAND PAS  -  Judith Lachapelle

Un petit pas  -  Stéphane Laporte

«Houston, nous avons un problème»

Décollage réussi pour Endeavour

Julie Payette  -  Anne Richer

Accueil triomphal pour Julie Payette  -  Mathieu Perrault

JULIE PAYETTE  Mission accomplie
Treize astronautes réunis dans l’ISS
Julie Payette aux commandes du bras canadien
ENDEAVOUR DÉCOLLE ENFIN !

LANCEMENT D’ENDEAVOUR Pas de dommages sérieux à la navette



Et que dire de la technologie, au passage ?...
Physique - L'ordinateur quantique bientôt à notre portée
Le sida bientôt vaincu grâce aux jeux vidéo?
Prédire l'avenir en décodant le présent numérique
Je triche et j'en suis fière - Marie-Claude Lortie

La technologie ferait-elle donc plus que jamais intégrée à nos vies ?...
L’irrésistible ascension

Médias - Wikipédia, l'encyclopédie Diderot et d'Alembert du XXIe siècle ?
Les twitteux du droit
Les voyageurs coincés se tournent vers Twitter et Facebook
Tout nouveau, tout beau - Mario Roy
La folie iPad balaie les États-Unis
Comment le cellulaire a révolutionné nos vies
Finlande: l'internet haute vitesse pour tous
Nomades numériques - Nathalie Collard
Le meilleur de Twitter - Rima Elkouri
La décennie du geek
Les années numériques - Ariane Krol
L’internet culturel s’arrête aux frontières  -  Mathieu Perrault
N'espérez pas vous débarrasser des livres : à la défense du livre en papier
DU TITANIC ÀL’INTERNET  -  Agnès Gruda
BOOM DU LIVRE NUMÉRIQUE  -  Annabelle Nicoud
Livre à puce  -  Mario Roy
Microsoft, Amazon et Yahoo ! unis contre la librairie Google
L’avenir de Microhoo!   -  ARIANE KROL
GUERRE OUVERTE CONTRE GOOGLE  -  Maxime Bergeron
La dégringolade de Yahoo ! surprend le PDG de Microsoft

Voir aussi INFORMATIQUE  CGI croit que le pire de la crise est passé 
Voir également Le triomphe de Jos Bleau  -  PATRICK LAGACÉ

... et se pourrait-il d'ailleurs qu'il puisse en fait lui arriver de l'être un peu trop ?...
Des pirates informatiques infiltrent des administrations américaines

Cyberdépendance: de la passion à l'obsession

Et peut-on pourtant nier qu'il ne manque pas en fait d'améliorations à lui apporter ?...
Médias - Wikipoche

Et si la technologie pouvait réellement contribuer à changer le monde ?...
After one man's protest, a global torrent of message saw dictators fall

Fighting bullets with cellphones
Le blogueur qui en savait trop
Ces médias sociaux qui font trembler les dictateurs
Tous en direct, tout le temps
« La Tunisie a réussi la première révolution 2.0 »
Revolution 2.0: democracy promotion in the age of social media
Ben Ali battu par Facebook
Bloguer contre les « narcos »
Il n'y a plus de hasard
When nothing is secret any more
Pertinents gazouillis
Gazouillis de placoteux - Nathalie Petrowski
Le mirage du cyberengagement

Et sans tout régler par elle-même, peut-on vraiment nier qu'elle puisse tout au moins contribuer à faciliter les choses, ne serait-ce qu'au niveau politique ?...
PAS DE RÉVOLUTION... SANS RÉVOLUTIONNAIRES

Et les restrictions envers l'internet ne se trouvent-elles pas surtout à prouver la capacité de celui-ci à faire progresser les idées, quitte à risquer ainsi de menacer l'ordre établi ?...
La Corée du Nord sur Twitter


Livre numérique
Après le papier

Twitter: Hugo Chavez fait mieux que Stephen Harper

Google lance son propre système d’exploitation  -  Tristan Péloquin


Retour sur 2009 en 140 frappes - Marie-Claude Lortie
Éloge de la candeur - Patrick Lagacé

CONFESSIONS SUR L’INTERNET  : AU LIT AVEC BIG BROTHER


C’est la faute à Yves Boisvert -  YVES BOISVERT
LOTERIES VIDÉO ET JEU PATHOLOGIQUE  La Régie n’a pas trafiqué le rapport
On a volé Yves Boisvert  -  YVES BOISVERT
L’affaire Boisvert et cie (suite)

Étude sur le jeu compulsif - Québec déclenche une enquête


Einstein was no deist


Des brevets gênants -  ARIANE KROL

The man who dated Creation at Oct. 23, 4004 BC


Le Texas de la super avant-garde - Marie-Claude Lortie

La dictature des nombres

Rien savoir... - MARIO ROY

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Les rois de la jungle urbaine






Debunking 911 Conspiracy Theories and Controlled ...
Six really stupid 9/11 conspiracies debunked in about six seconds

9/11 conspiracy theories debunked

How to Debunk 9/11 Conspiracy Theories: Truthers Explained (2006)

Debunking 9/11 Conspiracy Theories

Claims of the conspiracy theorists

Let Us Make It Happen - Inner Engineering



The moon landing hoax (full BBC documentary)
What Happened on the Moon

Landing safely on the moon is SCIENTIFICALLY IMPOSSIBLE

Premier Pas Sur La Lune 1969 doc secret

Neil Armstrong Refuses to Swear on Bible that he Walked on the Moon!


10 Reasons the Moon Landings Could Be a Hoax
Moon landing conspiracy theories
NASA JOHNSON SPACE CENTER ORAL HISTORY PROJECT ORAL HISTORY TRANSCRIPT
DID WE LAND ON THE MOON? A Debunking of the Moon Hoax Theory
No, The Moon Landings Weren’t Faked. (And Here’s How You Can Tell.)
The Great Moon Hoax
Conspiracy Theory: Did We Go to the Moon?
The Truth Behind the Moon Landings
Michael Shermer´s brilliant "Moon Hoax"-debunk
The Mystery Of The Dead Scientists
Why Have 74 Prominent Scientists Been Murdered In The Past Ten Years?

Bedford Level experiment
Scientific evidence overwellmingly supports a flat earth

How We Know the Earth is Round? and Other Related Questions

Top 10 Ways to Know the Earth is Not Flat


Nazi Germany and the Economic Miracle

What Ended Serfdom?
Medieval Serfs

Serfs in the Middle Ages | Middle Ages - The Finer Times
Serfs being bound to land - how was this enforced?



Monde animal

Le Monde des Animaux
Lions v Hyenas







Documents historiques
La drave
Les camps de la mort

LE DEVOIR
Dinosaures - La thèse d'une extinction brutale se confirme

L'entrevue - L'illusion technologique
Faut-il craindre la dictature subliminale? - Fabien Deglise

THE GAZETTE
The limits of science

GLOBE AND MAIL
***

L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE



AUTRES
Le «bogue» de l'an 2000, dix ans plus tard


TECHNOLOGIE

"Oilfield Dodge" Promotional Film 1920s Dodge Brothers Wild Ride

Météorologie
Typical  Weather Questions

15 Seemingly Normal Pictures That Are Actually Spine Chilling
8 photos mystérieuses qui restent encore inexpliquées

Science was wrong before
How often has science been wrong, and popular opinion right?

How Science Goes Wrong

Are Scientists Always Smart?


Bridey Murphy


Un hommage éléphantesque

La science des miracles
Power of Subconscious Mind Power Techniques

Cancer cured in 3 minutes (THE POWER OF THE HUMAN BEING!)



Physicists Find Evidence That The Universe Is A 'Giant Brain'

Albert Einstein Quotes

Bio Concrete, Concrete That Repairs Itself

Collaboration souterraine

Social Consciousness


Jeremy Clarkson - Inventions That Changed The World - The Jet
Image Fader

Quel animal a la morsure la plus puissante ?
La puissante machoire de la hyène
Les Dents de la Mort !

La hyène (article Wikipedia)

Crocodiles Have Strongest Bite Ever Measured, Hands-on Tests Show


L’ABC des générations X Y Z

7 animaux mignons qui peuvent vous tuer

Pourquoi... a-t-on supprimé le plomb dans l'essence ?

Leap Year 2016: Why does February have 29 days every four years?






Première étape vers Mars  -  Mathieu Perrault
La NASA a fait hier le premier test de la fusée qui amènera des astronautes vers la Lune et Mars. La fusée Ares I, la plus grande du monde, devrait remplacer la navette spatiale, mais ne sera pas prête avant 2015, voire 2017, alors que la navette prendra sa retraite en 2011.
Le premier décollage de la fusée Ares I a été concluant pour la NASA, hier, à la base de Cap Canaveral.
Le lancement du prototype d’Ares I a été retardé mardi par des orages, puis par une centaine de décharges de foudre tombées près du centre spatial Kennedy en Floride. C’était la première fois depuis le programme Apollo que la rampe de lancement principale, qui sert depuis 30 ans à la navette, était utilisée par une fusée. Le lancement est survenu 48 ans et un jour après le premier vol de la fusée Saturn, qui propulsait les capsules Apollo.
Le test d’hier ne comportait qu’un premier et un deuxième étages, avec une maquette de capsule. Le premier étage a été récupéré dans l’océan Atlantique pour des analyses. Les quatre portions du deuxième étage ont sombré au fond de l’océan après avoir atteint une altitude de 45 km. Les images prises grâce à plus de 700 capteurs à bord du premier étage et les images captées à partir du sol et des avions en vol seront analysées durant les t rois prochains mois pour fabriquer un prototype définitif.
La mise au point d’Ares I (Arès est le nom du fils de Zeus dans la mythologie grecque; il s’agit de Mars chez les Romains) a été tortueux. Basée sur un concept de 1995 de Lockheed Martin, la fusée de 100 m a été présentée en 2006 par la NASA comme le successeur de la navette. Mais en 2008, les ingénieurs ont dû retourner à la table à dessin afin d’atténuer les vibrations au lancement qui pouvaient, selon les simulations menacer la structure de la capsule Orion.
Le problème, c’est que la Station spatiale i nternationale doit en théorie cesser ses opérations en 2016, même si des projets d’extension de sa vie utile sont envisagés. Ares ne serait donc pas disponible comme solution de rechange aux capsules russes Soyouz, dont l a demande – e t les tarifs – pourraient augmenter substantiellement.



Un monde de différence  -  Claude Picher
Je ne peux pas oublier la date du 19 juillet 1969. Pas à cause d’Apollo 11, non, non. Cette date, c’est celle de mon mariage – qui dure toujours, d’ailleurs, et j’en profite pour remercier ma conjointe de sa patience !
Pendant la réception des noces, le sujet de l ’ heure, c’était Apollo 11, comme de raison. Tout le monde s’extasiait devant les prouesses techniques qui permettaient d’envoyer des hommes sur la Lune. Rigoureusement i mpensable quelques années plus tôt : après tout, le premier Spoutnik datait d’à peine 12 ans, et tout ce qu’il avait réussi à faire avait été d’émettre un « bip-bip » avant de se désintégrer dans l’espace quelques semaines plus tard.
Et pourtant, et pourtant, tout émerveillés pouvaient-ils être devant la mission spatiale américaine, les gens ne pouvaient encore se douter que le monde n’en était qu’à ses premiers balbutiements technologiques.
En 1969, les premières calculettes faisaient leur apparition. Ma conjointe en a acheté une chez Dupuis Frères. Une merveille pour l’époque, un instrument plus que sommaire selon les critères de 2009. La machine était limitée aux quatre opérations de base, ne possédait pas de mémoire, et il fallait la brancher dans une prise de courant. Prix : 125$, l’équivalent de 726$ aujourd’hui ! En 2009, on peut, pour le prix d’un verre de vin au restaurant, acheter une calculatrice financière qui fournit en une fraction de seconde les valeurs futures d’un placement, les versements mensuels d’une hypothèque et des dizaines d’autres opérations. Et même, les plus sophistiquées des calculettes sont déjà largement dépassées par Excel.
En 1969, la seule façon pour un journaliste en reportage à l’extérieur d’envoyer ses textes au pupitre était le bon vieux dictaphone. Au milieu des années 70, l’apparition du bélinographe, lointain et paresseux ancêtre du télécopieur, était considérée comme un progrès énorme.
Jusqu’en 1979, tous les textes étaient tapés à la machine à écrire. Le vacarme dans les salles de rédaction était épouvantable. Quand La Presse a installé ses premiers ordinateurs en 1980, nous étions emballés; et pourtant, ces ordinateurs (qui n’étaient au fond que de rudimentaires machines à traitement de textes) apparaissent comme des Néanderthaliens à côté des ordinateurs d’aujourd’hui.
En 1969, la télé couleur existait déjà, mais était réservée aux plus riches, aux plus snobs et aux tavernes, une autre institution évanouie dans la nuit des temps. Nous étions à des années-lumière des jeux vidéo, et encore a-t-il fallu, pour en arriver aux jeux sophistiqués de 2009, passer par Atari, Intellivision, les Nintendo des premières générations, bien désuets aujourd’hui, mais tous considérés comme des innovations en leur temps.
Et pendant que Neil Armstrong et Buzz Aldrin foulaient le sol lunaire, personne, même chez les esprits les plus fantasques, personne n’aurait pu prévoir l’avènement du courrier électronique, d’internet, des DVD, GPS, iPod et j’en passe. Depuis toujours, je suis un passionné de cartes géographiques; j’adore collectionner les atlas. Si quelqu’un m’avait dit, en 1969, qu’il existerait un jour une chose aussi fantastique que Google Earth, je ne l’aurais jamais cru.
En 1969, les Québécois commençaient timidement à acheter des voitures japonaises. Tout ce qui était made in Japan était considéré comme bas de gamme, et les rares acheteurs de Toyota et Datsun (l’ancêtre de Nissan) passaient pour quelque peu excentriques. À l’époque, ça ne se contestait pas: le summum de la qualité et de la fiabilité, c’étaient les produits GM!
En 1969, tout le monde fumait: au bureau, en voiture, dans les autobus interurbains, au resto, à l’hôpital jusque dans les chambres des malades, dans les salles de cours des cégeps qui venaient tout juste d’accueillir leurs premiers étudiants, à table même si les autres n’avaient pas fini de manger, au cinéma, partout...
En 1969, au Québec, il était extrêmement rare de prendre du vin aux repas. À Noël, au Jour de l’an, à Pâques, dans les grandes occasions. Le Manoir Saint-David, le Grand Supérieur, le Ben Afnam, le Liebfraumilch Blue Nun et, dans le pire des cas, l’infect Saint George, sorte de ratafia abominablement sucré, figuraient parmi les meilleurs vendeurs de la Commission des liqueurs. Mais le produit vedette de l’époque demeure sans conteste le râpeux gros gin DeKuyper. Que de changement depuis!
Et pendant que les astronautes d’Apollo 11 approchaient de la Lune, ma conjointe et moi quittions discrètement l’agitation de la réception des noces pour goûter notre lune de miel. Elle avait 22 ans, moi 24....




Hier la Lune, demain Mars
40e ANNIVERSAIRE D’APOLLO 11
— Le 20 juillet 1969, Neil Armstrong est devenu le premier homme à poser le pied sur la Lune. Quarante ans plus tard, les États-Unis et Barack Obama ont rendu, hier, un hommage solennel aux héros de la mission Apollo 11.
Le président a reçu à la MaisonBlanche les trois astronautes de cette mission historique, Neil Armstrong, Michael Collins, âgés tous deux de 78 ans, et Buzz Aldrin, 79 ans.
C’est le 20 juillet à 22h56 que Neil Armstrong a posé le pied sur la Lune et prononcé ces mots restés célèbres devant des centaines de millions de téléspectateurs : « Un petit pas pour un homme, un pas de géant pour l’humanité. »
Les astronautes on profité de cette commémoration pour plaider en faveur de la relance de l’exploration spatiale et des ambitions des États-Unis.
« Nous devons retourner sur la Lune. Nous devons en apprendre davantage, y établir des bases, y installer de nouveaux télescopes et nous préparer à aller sur Mars. Car le but ultime, c’est Mars », a déclaré Eugene Cernan, 75 ans, dernier homme à avoir marché sur la Lune avec Apollo 17 en 1972, lors d’une conférence de presse qui réunissait sept astronautes.
Pour célébrer l’anniversaire, la NASA a diffusé sur son site une profusion de nouveaux documents: des vidéos restaurées de la mission Apollo 11, des enregistrements inédits de conversations entre les astronautes, des images des six sites d’alunissage des missions Apollo prises par la nouvelle sonde lunaire LRO ( Lunar Reconnaissance Orbiter), lancée le 18 juin pour préparer le retour des Américains sur la Lune d’ici à 2020.
Ce prog r a mme , bapt i s é Constellation, serait le prélude aux vols habités sur Mars et audelà. Mais le président Obama a demandé un réexamen de ce projet, lancé par son prédécesseur George W. Bush en 2004. Une commission d’exper t s indépendants doit présenter ses recommandations à la fin du mois d’août.
Les astronautes sont, quant à eux, de chauds partisans de missions vers la planète rouge et ont saisi toutes les occasions, lors de rares apparitions communes en public au Musée de l’air et de l’espace à Washington ou en conférence de presse, pour plaider cette cause.
« Mars est l’autre Lune. On a besoin de cette inspiration », a lancé James Lovell, 81 ans, commandant d’Apollo 13.
Les Américains sont moins enthousiastes et seule une faible majorité d’entre eux (51%) est i me que les État s - Uni s devraient envoyer des astronautes sur Mars contre 43% qui s’y opposent, selon un sondage CBS News. Lisez notre dossier spécial Lune à cybepresse.ca/apollo


LE GRAND PAS  -  Judith Lachapelle
La Lune a toujours fasciné l’humanité et façonné son imaginaire. Elle a été adorée, chantée, racontée, crainte, peinte. Son pouvoir d’attraction était tel que, las de l’observer de loin, de rêver d’y toucher (et aussi pour faire la barbe à l’URSS), les Ét
C’était un pari complètement fou, à l’image de cette décennie décoiffante. Le 25 mai 1961, le président John F. Kennedy électrise son peuple : avant la fin de cette décennie, les Américains vont envoyer un homme sur la Lune et le ramener sain et sauf sur Terre. Rien de moins.

Le 20 juillet 1969, c’est mission accomplie: à 23h, Neil Armstrong pose le pied sur la surface poudreuse de la Lune. Sur Terre, des centaines de millions de téléspectateurs suivent l’événement en direct.
Un pari fou et périlleux. Les Américains venaient à peine d’envoyer Alan Shepard voler dans l’espace pendant 20 minutes quand Kennedy a lancé son défi. Et les Soviétiques avaient déjà une longueur d’avance. Ils ont été les premiers à envoyer un homme dans l’espace ( Youri Gagarine, avril 1961), les premiers à y envoyer une femme ( Valentina Terechkova, 1963), les premiers à accomplir une marche spatiale (Alexei Leonov, 1965).
Tout ça pendant que plane la menace d’une guerre nucléaire, que les combats font rage à Chypre ou au Vietnam, qu’un mur est construit à Berlin, que des populations descendent dans les rues à Paris, à Prague ou à Washington. En pleine guerre froide, la course spatiale fascine autant qu’elle inquiète la planète.
À vaincre sans péril...
Quarante ans plus tard, l’exploit d’Apollo 11 force toujours l’admiration. Jamais l’homme n’est encore allé plus loin qu’en ce soir de juillet 1969.
Juchée au sommet de la fusée Saturn V, la capsule d’Apollo 11 est munie d’instruments rudimentaires, avec un ordinateur de bord moins puissant qu’une calculatrice d’aujourd’hui. « Ils étaient littéralement assis au bout d’un missile, dit Robert Lamontagne, de l ’ Observatoi re du mont Mégantic. Jules Verne n’était pas loin de la solution: un bon coup de canon et c’est parti! »
Quatre jours plus tard, en ce 20 juillet 1969, Apollo 11 est en orbite autour de la Lune.
Neil Armstrong et Buzz Aldrin prennent place dans le module lunaire, tandis que Michael Collins reste dans le module de commande. Les deux engins se séparent et le module lunaire commence sa descente vers la Lune.
Cette course folle jusqu’à la Lune ne s’est pas faite sans risque. Le tiers des fusées du programme Mercury ont explosé en vol. Le programme Gemini a déjà frôlé la catastrophe. Et les trois astronautes d’Apollo 1 sont morts asphyxiés dans l’incendie de leur capsule, lors d’un test au sol. « Je ne pense pas que la société serait prête à courir le même genre de risques aujourd’hui, croit Robert Lamontagne. Ce n’est pas une critique, ce n’est seulement pas le même genre de folie. Ces gens se croyaient invincibles. »
La mission d’Apollo 11 n’est pas à l’abri des ennuis non plus. Le module lunaire contient des réserves de carburant minutieusement calculées. Le site d’alunissage a été déterminé depuis longtemps ; néanmoins, en regardant dans son hublot, Armstrong constate que le module lunaire ne peut se poser dans ce cratère rocheux. Il prend les commandes manuelles et se met en quête d’un nouveau site.
Armstrong pilote le module. Aldrin lui fournit les données de navigation. Houston n’intervient que pour lui donner le décompte au terme duquel il doit s’être posé ou alors revenir immédiatement à la capsule. Une minute... Le module lunaire est toujours en vol. Armstrong aperçoit un site idéal et amorce la descente. Trente secondes...
Ils y sont presque, mais l’ordinateur de bord du module lunaire, surchargé d’informations, envoie des signaux d’alarme. Les astronautes les ignorent. Il n’était pas question de revenir en arrière, dira plus tard Armstrong.
Quand le module lunaire se pose enfin, il ne lui reste que 16 secondes de carburant. « Il y a ici une poignée de gars qui étaient près de virer au bleu, dit, ébranlé, le capcom de Houston. Nous recommençons à respirer. Merci beaucoup. »
Le petit et le grand pas
Armstrong demande et obtient l’autorisation de devancer la sortie dans l’espace. Il sortira le premier. Il pose un pied sur le sol et déclare : « Un petit pas pour l’homme, un pas de géant pour l’humanité. » Il tient toujours l’échelle quand il commente: « La surface est fine et poudreuse. Je peux la pousser facilement du pied. Ça adhère en fines couches, comme de la poudre de charbon, à mes semelles et à mes bottes. Il y a peut-être 10 mm, mais je peux voir l’empreinte de mes bottes. »
À ce moment, 600 millions de personnes l’écoutent sur Terre. Sur la côte Est de l’Amérique, il est 23h, le ciel est dégagé en cette chaude soirée d’été. La Lune brille.
Buzz Aldrin le rejoint peu après. Pendant environ 2h30, les deux astronautes bondissent comme des kangourous, ramassent des cailloux, posent un drapeau américain, installent divers équipements scientifiques, laissent sur la Lune une plaque commémorative de leur visite et des objets en l’honneur des astronautes et cosmonautes décédés depuis 10 ans.
Ils rentrent sur Terre le 24 juillet. Après 21 jours isolés en quarantaine, les trois astronautes sont accueillis en héros aux États-Unis, avant de faire le tour du monde.
Aucun d’ent re eux n’est retourné dans l’espace.
La fin d’Apollo
Malgré la folie suscitée par l’exploit d’Apollo 11, les missions lunaires qui ont suivi ont vite été victimes du désintérêt général. Déjà, un an plus tard, si ce n’était de l’accident d’Apollo 13 – qui a forcé son retour précipité à la Terre avant d’atteindre la Lune – à peu près personne n’aurait parlé de la mission. Apollo 17 a été la dernière à se rendre sur la Lune, avant l’annulation du programme pour des raisons budgétaires. Depuis 1972, aucun humain n’est retourné sur la Lune.
« La course à la Lune (...) a fait plus de tort au programme spatial américain sur le long terme que de bien, parce que le rythme n’était pas soutenable », a récemment déploré l’administrateur de la NASA, Michael Griffin. « Et nous en payons le prix depuis 35 ans. »
L’homme retournera-t-il sur la Lune? En 2004, le président Bush a annoncé le retrait des trois navettes spatiale restantes – Discovery, Atlantis et Endeavour – pour l’an prochain. Le programme Constellation doit ramener des humains sur la Lune avant 2020 pour y construire une base, première étape d’une conquête de Mars. Mais le programme est actuellement en révision budgétaire et un rapport doit être remis le mois prochain.
Outre la construction d’une base lunaire, il y a encore probablement de beaux spécimens géologiques à trouver sur la Lune. « On croit pouvoir trouver sur la Lune de très vieilles roches terrestres de quatre milliards d’année, intactes, comme on n’en trouve pas beaucoup sur Terre », dit Robert Lamontagne.
Mais à l’ère de la téléréalité, un retour sur la Lune pourrait laisser aux astronautes un peu plus de temps pour s’émerveiller entre deux récoltes de cailloux... Alan Bean, astronaute d’Apollo 12, s’est souvenu avoir été hypnotisé par la vision qu’il avait de la Terre depuis la Lune. « Mais je me disais que je devais arrêter... parce que pendant que je le faisais, je ne cherchais pas de roches. »
C’est probablement une cause du désintérêt envers l’exploration lunaire. Peut-être aurait-il fallu envoyer plus de poètes et moins de géologues? « Nous avons envoyé l’intelligence humaine, la vision humaine, l’esprit humain à plus de 380 000 km de sa base », a dit Frank Borman ( Apollo 8). « Que nous ayons trouvé ou non une roche n’avait pas d’importance. »


ET SI C’ÉTAIT FAUX?
Quarante ans après les faits, certains restent convaincus que l’homme n’a jamais vraiment mis les pieds sur la Lune
Depuis la parution du livre We Never Went to the Moon, de Bill Kaysing (1974), la théorie du « coup monté » continue de faire des adeptes. Ces derniers croient que la NASA a filmé ces images en secret, dans un studio du Nevada, dans le but de « garantir » le succès de la mission et de remporter une fois pour toutes la course aux étoiles.
Selon eux, plusieurs petites choses le prouvent. Primo, le drapeau américain planté par Aldrin et Armstrong flotte au vent. Or, en principe, il n’y a pas de vent sur la Lune. Deuzio, il n’y a pas d’étoiles sur les photos. Impossible. Troizio, les ombres des astronautes et des pierres lunaires vont dans des directions opposées. Louche.
Ces a rguments ont été maintes fois démontés, chaque « erreur » se justifiant d’une manière ou d’une autre. Comment expliquer, en outre, ces pierres lunaires ramenées par les cosmonautes d’Apollo 11 et des missions suivantes?
Malgré tout, cette histoire continue de se propager grâce à l’internet et à la paranoïa ambiante. Selon un sondage mené en 2001 par la firme Zogby, 7% des Américains croyaient toujours que l’événement avait été tourné pour la télévision, alors que 4% admettaient entretenir un doute.
Du délire, selon le journaliste de la BBC David Whitehouse, interrogé à l’époque par notre collègue Mathieu Perreault.

« L’alunissage d’Apollo 11 est l’événement le plus documenté de l’histoire de l’humanité. Plus d’un demi-million de personnes ont travaillé au programme lunaire de la NASA, deux millions de personnes ont assisté au décollage, une douzaine de personnes ont mis le pied sur la Lune. Comment voulez-vous acheter le silence d’autant de gens? »



QUE SONT-ILS DEVENUS?
Neil Armstrong
Né en 1930 en Ohio, Armstrong s’est joint à l’armée américaine en 1949. Il a participé à la guerre de Corée, comme pilote, en 1951. Il est entré à la NASA en 1962. Il était de l’équipage de Gemini 8 (1966), en orbite autour de la Terre, qui a frôlé la catastrophe en raison d’une défectuosité liée à un propulseur. Il a encore une fois échappé à la mort en 1968 lors d’une simulation de vol du module lunaire. Il s’est éjecté de l’engin à la toute dernière seconde avant son explosion. La légende veut qu’il se soit ensuite dépoussiéré sommairement avant d’aller rédiger son rapport d’accident, comme si de rien n’était.
Son sang-froid l’a mené à être nommé commandant d’Apollo 11. Il a été choisi pour être le premier qui marcherait sur la Lune en mars 1969, notamment (selon le biographe d’Armstrong) parce que les dirigeants de la NASA estimaient que le commandant n’avait pas un trop gros ego.
Le retour sur Terre, lui, allait être plus abrupt. « Soudainement, amis et collègues nous ont regardés et traités différemment qu’ils l’auraient fait quelques mois ou années auparavant, a-t-il raconté dans sa biographie. Je ne l’ai jamais vraiment compris. » Les trois astronautes allaient faire le tour du monde, partout accueillis en héros. L’expérience a été mal vécue par l’ancien pilote. Armstrong a quitté la NASA en 1971 pour aller enseigner à l’Université de Cincinnati pendant huit ans, avant de siéger à différents conseils d’administration.
Il aurait pu faire des millions en donnant des conférences; pourtant, ses apparitions publiques sont rarissimes, autant que ses entrevues à la télé (il n’en aurait donné que deux en 40 ans). Il ne signe plus d’autographes depuis 1994, parce qu’il s’est rendu compte que ceux-ci étaient l’objet d’enchères. Il a expliqué sa discrétion en disant que des centaines de milliers de personnes avaient participé de près ou de loin au succès d’Apollo 11 et qu’il n’avait pas à en tirer plus de gloire. « Je ne le mérite pas », a-t-il déclaré.
Il vit à sa ferme en Ohio, au nord de Cincinnati, en compagnie de sa seconde femme. Il aura 79 ans en août.

Buzz Aldrin
Tandis que Neil Armstrong a vite fui les projecteurs après le retour sur Terre d’Apollo 11, Edwin Buzz Aldrin donne toujours des entrevues. Né au New Jersey en 1930, il a servi dans l’armée de l’air durant la guerre de Corée avant de se joindre à la NASA en 1963. Il a piloté Gemini 12 (1966) et a perfectionné les méthodes de sortie dans l’espace. Il avait 39 ans quand il a posé le pied sur la Lune.
Le deuxième homme à marcher sur la Lune dit aujourd’hui ne pas avoir de regret d’avoir été, justement, le deuxième. « Je suis un militaire, a-t-il récemment déclaré au Daily Telegraph. Lorsqu’une décision est prise, je m’y conforme. »
Son retour de mission fut difficile. Après Apollo 11, il a sombré dans la dépression et l’alcoolisme, a divorcé, s’est remarié, et a divorcé une seconde fois. Sobre et re-remarié depuis plus de 20 ans, il est le seul à encore avoir encore une vie publique. Avec parfois quelques désagréments: même s’il a participé à un épisode des Simpsons, il a peu apprécié que le personnage de Buzz Lightyear, dans le film d’animation Toy Story, porte son prénom. Il a même songé à poursuivre Disney mais y a renoncé. « Personne ne veut se disputer avec Disney, l’ami des enfants. Personne ne veut faire face à ses avocats: on va perdre à coup sûr. »
Il vit aujourd’hui en Californie, utilise Twitter et vient de faire paraître une seconde autobiographie.

Michael Collins
Pendant que ses deux collègues faisaient des sauts de kangourou sur la Lune, Michael Collins tournait, seul dans la capsule, en orbite au-dessus d’eux. « Je pense que tu es le seul ici à ne pas voir la scène à la télé », lui a dit le capcom, pendant qu’Armstrong et Aldrin installaient le drapeau américain. « C’est correct. Ça ne me dérange pas du tout », a répliqué le pilote. Plus tard, un observateur au centre de contrôle de la mission dira : « Depuis Adam, personne n’a vécu une solitude semblable à celle de Mike Collins durant les 47 minutes où il se trouvait derrière la Lune, sans personne à qui parler sauf l’enregistreuse de bord. »
Né en 1930 à Rome, en Italie, Michael Collins a fait carrière dans l’armée de l’air avant de se joindre à la NASA en 1963. À bord de Gemini 10 (1966), il a établi de nouveaux records d’altitude et fait deux sorties dans l’espace.
Il a quitté la NASA six mois après Apollo 11, pour un poste à la MaisonBlanche. Il est ensuite devenu directeur du Musée national de l’espace à Washington avant de poursuivre une carrière dans l’industrie aérospatiale.Tant publiquement que dans ses biographies, il a toujours affirmé qu’il s’était senti membre à part entière d’Apollo 11, même s’il n’a jamais mis les pieds sur la Lune. « Je sais que je serais un menteur ou un fou si je disais que j’avais le meilleur des trois sièges », a-t-il concédé.
Collins est artiste-peintre, et certains de ses dessins de la mission peuvent être vus sur le site de la NASA. Il peint toujours des aquarelles et a écrit quatre livres sur l’histoire spatiale. À bientôt 79 ans, il vit avec sa femme en Floride.


Julie Payette  -  Anne Richer
Dix ans après son premier séjour dans l’espace, Julie Payette en a fait un second. Elle l’espérait, un peu comme ceux qui ont fait un beau voyage quelque part sur la Terre un jour et rêvent d’y retourner.
En 1999, quand Julie Payette a pris part à la mission de la navette spatiale Discovery, elle est devenue la première Canadienne à participer à la construction de la Station spatiale internationale et à monter à bord du laboratoire orbital.

Cette année, du 15 au 31 juillet, c’est en tant qu’ingénieure de vol, dans l’équipage de la navette Endeavour à destination de la Station spatiale internationale, que Julie Payette a contribué au succès de la mission, qui visait notamment à terminer l’installation de la plateforme extérieure du laboratoire j aponais Kibo. Pour les avides de statistiques, l’astronaute canadienne compte désormais 611 heures de vol dans l’espace!
La Presse et Radio-Canada soulignent la longue et formidable ascension d’une carrière hors du commun en nommant Julie Payette Personnalité de la semaine.
Le temps qui passe
C’était au mois de juin 1992. Cette jeune femme de 29 ans, choisie par l’Agence spatiale canadienne parmi 5330 candidats, arrivait cheveux au vent, silhouette d’athlète, à l’une de ses toutes premières entrevues. Depuis ce jour, elle est le chouchou des médias. Car en dépit du temps qui passe et des exploits qui jalonnent son univers, elle est restée volubile et généreuse.
Avec les années, la jeune femme gracile a su se bâtir une carapace, atteindre un haut seuil de tolérance. «Oui comme tout le monde, j’ai grandi en âge, j’ai plus d’expérience. Le milieu dans lequel j’évolue n’a plus de secrets pour moi. C’est un milieu de haute performance, où on pardonne peu d’erreurs.»
Doit-on rappeler quelques-unes des raisons qui ont justifié sa sélection par l’Agence spatiale? La jeune ingénieure spécialisée en génie électrique et en génie informatique s’est fait valoir à tous les stades de sa formation universitaire. De nombreuses bourses et distinctions témoignent de ses talents.
Viennent ensuite les étapes qui vont la mener à une mission spatiale. Brevet de pilote professionnelle; étude du russe, langue qui s’ajoute à toutes celles qu’elle connaît déjà ; brevet de plongée ; de nombreuses heures de vol en pesanteur réduite; pilote militaire ; qualification militaire de vol aux instruments; etc.
Elle n’avait pas sitôt mis pied à terre, en juillet dernier, que la mission a pris son allure du retour parmi les Terriens: nombreuses séances de travail, «débriefings», sélections de photos parmi les 8000 prises à bord de la navette, tournées après vol, etc.
Rêve et réalité
Julie Payette, qui aura 46 ans le 20 octobre prochain, est aussi maman de deux enfants de 15 et 6 ans, avec les préoccupations qui s’y rattachent. La famille vit depuis 13 ans au Texas, où la culture francophone se fait rare. «On parle français à la maison», assure-t-elle. Son mari, pilote d’essai d’avions militaires, est anglophone mais francophile. Bilinguisme, biculturalisme ne sont pas de vains mots dans l’esprit de l’astronaute. Elle compte favoriser cette richesse chez ses enfants, en même temps que l’acquisition de solides racines francophones. Leurs gardiennes viennent de France ou du Québec.
«On a beau voyager dans l’espace, on a des préoccupations bien humaines, souligne celle qui est pianiste et chanteuse. Le jour où des humains s’installeront en orbite et en colonie, ils traîneront avec eux leur humanité.»
Les longues journées passées dans la navette, lors de sa récente mission, ont exigé une d’attention très soutenue. «À la limite de ce qu’il est humainement possible de supporter, dit-elle. Mais on avait une zone de récupération protégée: notre sommeil de huit heures par jour.» Des rêves? «Je dormais trop profondément pour m’en souvenir.»
Enthousiaste et passionnée du monde, de notre monde, Julie Payette souhaite participer éventuellement à une mission de longue durée. «D’autant plus que la Station spatiale est presque terminée!»
Elle pourrait continuer ainsi à être le témoin des progrès que les humains réalisent pour leur environnement: «Depuis mon vol d’il y a 10 ans, les efforts pour replanter des arbres en ColombieBritannique sont visibles de l’espace!» Elle rappelle que notre planète «est bien plus vieille que nous», que ses qualités de régénération sont énormes compte tenu de tout ce qu’elle a traversé comme épreuves.
Si l’astronaute n’a pas vu la muraille de Chine, elle a par ailleurs contemplé les pyramides, qui se détachent bien sur le fond monochrome du désert.
«Je suis consciente que j e suis très privilégiée, dit-elle. Même si on doit travailler fort, c’est un petit prix à payer pour avoir la chance d’aller dans l’espace.»


Accueil triomphal pour Julie Payette  -  Mathieu Perrault
Julie Payette a fait hier matin un retour triomphal à l’Agence spatiale canadienne à SaintHubert. Plus de 200 employés de l’Agence l’ont applaudie lorsqu’elle est entrée dans les quartiers généraux.
Plus de 200employés de l’Agence spatiale ont applaudi Julie Payette, de retour d’une mission dans l’espace.
« Je ne suis pas partie toute seule », a déclaré l’astronaute québécoise, qui a passé 16 jours dans la navette Endeavour et la Station spatiale internationale, à la fin dumois de juillet. « C’était la mission de toute une agence, de tout un pays. Dans 100 ans, ils vont rire de nous parce qu’on fait tout un plat d’avoir été 13 à bord de la Station spatiale. Un jour on aura des hôtels et des infrastructures en orbite, une colonie lunaire. Mais pour le moment, 13 personnes, c’est extraordinaire. »
Souriante, vêtue sobrement d’un pantalon noir, d’un tshirt noir à manches longues, d’une veste sport noire et de talons hauts noirs, Mme Payette a rapidement demandé la fin des applaudissements. Elle est arrivée simplement en voiture de location à l’Agence, et s’est garée dans le stationnement des visiteurs.
« La mission était d’une complexité qu’on ne reverra plus jamais », à cause de la mise à la retraite prochaine (à la fin de 2010) de la navette spatiale, a indiqué l’astronaute par la suite en conférence de presse. En plus de cinq sorties spatiales et de 15 jours de manipulations robotiques avec cinq opérateurs, la mission a établi un record de transmission de matériel du bras robotique de la navette au bras robotique de la station.
La mission a failli établir un autre record: celui du nombre de lancements reportés. Le décollage de Discovery a été reporté cinq fois entre mai et juillet. Le matin même du lancement, le 15 juillet, Mme Payette était la dernière à pénétrer dans la navette quand elle a entendu, sur le système d’annonces extérieures de Cap Canaveral, un avertissement d’orage demandant à tous les employés d’entrer à l’intérieur d’un immeuble. « On nous demandait de nous mettre à l’abri, et nous étions assis sur un million de tonnes de carburant, a commenté Mme Payette avec un sourire. En juillet, la Floride du Sud est une usine à orages. Quand on a eu l’autorisation de l’agent météo, nous serions tombés en bas de notre chaise si nous n’avions pas été attachés. »
Le plus dur durant la mission a été de replacer les outils dans la soute d’Endeavour: la différence de température de 400 degrés entre le soleil et l’ombre tordait les outils et Mme Payette a dû insister plus d’une fois pour qu’ils s’arriment aux endroits prévus. Elle a aussi eu de la difficulté à l’arrivée, quand elle a dû se lever sur le bout des pieds, pendant plusieurs minutes, pour éteindre des interrupteurs. « J’avais les muscles atrophiés et le vertige, a-t-elle dit. Les deux ou trois premiers jours, quand on me poussait un peu, je frappais les murs. »
Durant la mission, elle a dormi à quelques reprises dans un cagibi du laboratoire japonais Kibo, plus silencieux que d’autres modules de la station. « J’avais installé mon sac de couchage entre deux scaphandres. Il ne fallait pas que je fasse de cauchemars. » Elle a emprunté un chandail à Robert Thirsk, l’astronaute canadien qui a commencé en mai un séjour de six mois dans la station, parce que la température près des commandes du bras de la navette chutait sous les 15 degrés et qu’elle avait oublié d’en tenir compte en faisant ses bagages.
Pen se - t - el l e que son exemple inspirera d’autres Québécoises à devenir astronautes ? « J’espère inspirer autant les garçons que les filles. Quand j’étais petite, les astronautes d’Apollo étaient tous des hommes américains et des pilotes militaires. Ça ne m’a pas empêchée de trouver que c’était le métier le plus fascinant du monde. »




JULIE PAYETTE  Mission accomplie

À quelques jours de son retour sur Terre, c’est déjà mission accomplie pour Julie Payette. Hier après-midi, l’astronaute québécoise ainsi que ses collègues de la navette Endeavour et de la Station spatiale internationale (SSI) ont qualifié de franc succès la mission STS-127, considérée comme la plus complexe de l’histoire de l’exploration spatiale.
Les 13 astronautes ont donné une conférence de presse d’une quarantaine de minutes en direct de l’espace.
« C’était une mission très exigeante, a expliqué Julie Payette. Une mission composée de cinq sorties dans l’espace et de beaucoup de manipulations robotiques. Nos deux bras canadiens ont été simultanément en mouvement, et ce, à plusieurs reprises. Beaucoup d’opérations étaient difficiles, car elles se déroulaient très près de la structure de la station. Je suis donc très contente d’avoir atteint mon objectif. »
Julie Payette s’est envolée le 15 juillet à bord de la navette Endeavour. Elle et ses sept collègues ont rejoint les sept scientifiques de la Station spatiale internationale, dont le Canadien Robert Thirsk
En plus d’assister le commandant et le pilote de la navette à titre d’ingénieure de vol, l’astronaute a manipulé les commandes de trois bras robotiques : le Canadarm de la navette, le Canadarm2 de la SSI et le bras japonais du module Kibo.
« J’ai eu encore plus de responsabilités qu’à ma première mission », a souligné l’astronaute, qui a eu le sourire fendu jusqu’aux oreilles durant toute la conférence de presse.
« Ce qui m’a le plus marquée, c’est de réaliser de nouveau à quel point il faut de la minutie et de la compétence pour savoir faire fonctionner un véhicule dans l’espace. C’est tellement risqué quand on pense que la seule chose qui nous protège du vide de l’espace est un scaphandre. »
Julie Payette devrait faire aujourd’hui la dernière de ses cinq sorties dans l’espace. Elle fera ses adieux aux membres de la SSI demain matin et sera de retour sur Terre vendredi.
Interrogé sur son expérience à bord de la SSI, Robert Thirsk a souligné la beauté de la Terre vue de l’espace, mais il s’est dit préoccupé par la fonte des glaciers. Le paysage « n’est pas le même que lors de ma dernière visite il y a 12 ans », a-t-il relevé.
Quant à Julie Payette – qui en était à son deuxième voyage dans l’espace – elle rêve de retourner un jour à bord de la SSI. « C’est un laboratoire extraordinaire. Même si cela fait 12 jours que je suis ici, je n’en connais pas encore la moitié. J’aurais espéré rester un peu plus longtemps, mais j’ai des petits qui m’attendent à la maison! »


Treize astronautes réunis dans l’ISS  -  Louise Leduc
La navette Endeavour arrive à bon port
Julie Payette a participé hier, de la cabine de pilotage, à l’exécution des délicates manoeuvres d’approche de la navette spatiale Endeavour à la Station spatiale.
Pour la première fois hier, deux astronautes canadiens, Julie Payette et Robert Thirsk, se sont rencontrés dans l’espace. Julie Payette a été vue souriante, faisant la bise à ses confrères de la Station spatiale internationale ( ISS) et immortalisant sur photo la scène des retrouvailles.
L’astronaute Julie Payette à bord de la navette Endeavour, avant son arrimage à la Station spatiale internationale, hier. Mme Payette et son collègue canadien Robert Thirsk prendront part, demain, à une vidéoconférence en direct de l’espace.
La navette spatiale Endeavour s’est amarrée à la Station spatiale internationale à 13h47, huit minutes plus tôt que prévu. À 15h48, après qu’on se fut assuré que la pression des deux vaisseaux était égale, le sas a été ouvert. Les astronautes se trouvaient alors à 354 km au-dessus du nord de la côte australienne.
Fait amusant dans ce monde hautement technologique, c’est au son d’une petite cloche – conformément à une tradition émanant de la Marine américaine – que les 13 astronautes ont été réunis.
Jamais autant d’astronautes ne se sont retrouvés à bord de la Station spatiale au même moment. « Treize personnes, ça fait beaucoup, mais nous sommes ravis d’être là », a déclaré le commandant d’Endeavour, Mark Polansky, après que les astronautes se furent salués dans de chaleureuses étreintes.
Ça faisait aussi beaucoup de monde dans l’image, de sorte que le moment précis où les deux Canadiens se sont réunis là-haut – un moment historique, a répété à plusieurs reprises Steve MacLean, président de l’Agence spatiale canadienne – n’a jamais été croqué, Julie Payette se trouvant malencontreusement trop à l’arrière-plan dans un premier temps.
Mais ils étaient bien là, tous les deux, Robert Thirsk, qui avait décollé vers la Station spatiale le 27 mai et Julie Payette qui, elle, est partie mercredi.
Pour l’astronaute québécoise, la journée d’hier était importante. De concert avec le commandant Mark Polansky et le pilote Douglas Hurley, elle a participé, de la cabine de pilotage, à l’exécution des délicates manoeuvres d’approche de la navette spatiale Endeavour à la Station spatiale.
C’était là un ballet aérien de haute précision. La vitesse à l’arrimage était de 28 000 km/h et la marge de manoeuvre, d’à peine quelques centimètres.
À l’Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert, les opérations d’hier ont été suivies de près, notamment par le président Steve MacLean.
« Àtitre d’astronaute, c’est agréable de savoir que l’on se dirige vers la Station spatiale internationale. C’est un peu comme si on avait un chez-soi vers lequel se diriger. Quand j’y suis allé, je me souviens que les astronautes qui s’y trouvaient déjà étaient contents de nous voir, mais jamais aussi contents que quand on leur a offert des fruits frais! Ils avaient les yeux tout ronds! » a évoqué M. MacLean.
À 200 m de l’arrimage, le commandant Mark Polansky a fait une pirouette afin que les occupants de la Station spatiale photographient le ventre de la navette. Les photos ont ensuite été transmises à Houston, au Texas. C’était là uneprécautionsupplémentaire pour s’assurer que les débris de mousse isolante qui se sont détachés après l’ascension en orbite, mercredi, n’ont causé aucun dégât. Mais jusqu’à présent, la NASA ne s’en alarme aucunement.
La navette spatiale Endeavour restera amarrée à l’ISS jusqu’au 31 juillet. Pendant ce temps, l’équipage installera une plateforme au laboratoire japonais Kibo, remplacera des batteries, transférera de l’équipement et réalisera cinq sorties dans l’espace. Pour cette mission d’assemblage chargée en opérations robotiques, Julie Payette manipulera le Canadarm, le Canadarm2 ainsi que le bras robotique japonais.
Demain, les astronautes canadiens Robert Thirsk et Julie Payette prendront part à une vidéoconférence en direct de l’espace.



Julie Payette aux commandes du bras canadien
Julie Payette, aux commandes du bras canadien de la Station spatiale internationale, a assisté hier deux astronautes américains pendant leur sortie de six heures et demie. Ils ont installé divers équipements, essentiellement des filets de sécurité en cas de problèmes techniques, et ont connu certaines difficultés imprévues, ce qui les a empêchés d’atteindre tous les objectifs de la journée.
Un retard dans l’installation du moteur du chariot, qui nécessitait des contorsions difficiles à faire en scaphandre – les astronautes travaillaient à moins de 15 cm d’une antenne extrêmement fragile –, a forcé le report de l’installation d’une caméra qui doit surveiller la galerie extérieure du module scientifique japonais Kibo. La galerie a été installée dimanche, avec toujours Julie Payette aux commandes du bras canadien.
Ce contretemps a été compensé par la réparation plus rapide que prévu des toilettes. Avec 13 astronautes, la station spatiale abrite actuellement un nombre record de pensionnaires.
Jusqu’à l’automne dernier, la station spatiale n’avait qu’une seule toilette, installée dans le module russe Zvezda. La nouvelle toilette, installée dans le module américain Destiny, est aussi conçue par l’agence spatiale russe, mais elle est d’un modèle plus récent, qui permet notamment le recyclage de l’urine pour alimenter le réservoir d’eau potable de la station spatiale. La nouvelle toilette de Destiny a coûté 19 millions US.

UNE ROCHE LUNAIRE SUR LA STATION SPATIALE
Plus tôt cette année, la NASA a envoyé en secret à la station spatiale une roche lunaire pour célébrer le 40e anniversaire d’Apollo La roche lunaire a voyagé en mars dernier à bord de la navette et marque la volonté de la NASA de renvoyer des hommes sur la Lune avec le programme
actuellement en manque criant de financement, selon le site internet collectspace. Lorsqu’il a rencontré les trois astronautes d’Apollo hier, le président Barack Obama n’a pas détaillé ses plans pour la NASA, ce qui a amené le
à avancer que la NASA n’aura pas les moyens de ses ambitions.



ENDEAVOUR DÉCOLLE ENFIN ! - Mathieu Perrault et Catherine Handfield
Elle est partie ! Après plus d’un mois d’attente et de faux départs, l’astronaute Julie Payette s’est élancée dans l’espace en direction de la Station spatiale internationale.
Àla veille du 40e anniversaire du lancement d’Apollo 11, Julie Payette a enfin décollé hier soir pour la Station spatiale internationale. Après cinq reports, l’astronaute québécoise entame son deuxième séjour dans l’espace.
La coïncidence avec le 40e anniversaire est particulièrement heureuse : c’est en suivant la mission de Neil Armstrong, alors qu’elle avait 5 ans, que l’ingénieure en informatique montréalaise a eu la piqûre de l’espace.
Un léger problème est survenu environ deux minutes après le lancement, a indiqué un responsable de la NASA, Bill Gerstenmaier. Des débris se sont détachés de l’isolant du réservoir et ont heurté la navette Endeavour, laissant trois traces sur les tuiles de son bouclier thermique.
En 2003, la navette Columbia s’est désintégrée lors de l’atterrissage à cause de dommages causés à ces tuiles thermoprotectrices par des débris d’isolant.
« On peut clairement voir sur l’avant de la navette des marques blanches à l’endroit où les tuiles thermiques ont été heurtées », a dit M. Gerstenmaier, qui s’est toutefois fait rassurant. « Nous ne considérons pas cela comme un problème », a-t-il souligné. Depuis 2003, la NASA demande qu’une inspection des tuiles thermoprotectrices soit faite à l’arrivée et au départ de la navette.
« Si jamais une réparation est nécessaire, les astronautes ont tout ce qu’il faut pour la faire », a assuré Jean-Pierre Arseneault, porte-parole de l’Agence spatiale canadienne.
Les ingénieurs de la NASA ont détecté un autre problème mineur : l’une des trois piles à hydrogène d’Endeavour fonctionnait mal avant même le lancement, ce qui pourrait écourter la mission.
Julie Payette passera 16 jours en orbite, l’une des plus longues missions à ce jour. Elle se chargera de près de la moitié des dizaines de manipulations du bras robotique, notamment pour terminer l’assemblage du laboratoire japonais Kibo. Elle côtoiera aussi le Canadien Robert Thirsk, qui a décollé du Kazakhstan en mai dernier à bord d’une capsule Soyouz pour un séjour de six mois dans la Station spatiale. Ce sera la première fois que deux Canadiens sont en orbite en même temps.
Au cours de son premier séjour, il y a 10 ans, l’astronaute de 45 ans avait assisté aux balbutiements de la Station spatiale. Sa mission n’était que la deuxième à pénétrer dans la Station, et elle y avait apposé le sceau de l’Agence spatiale canadienne.
Famille et amis soulagés
À quelque 2500 km de Cap Canaveral, environ 400 personnes se sont réunies hier aux bureaux de l’Agence spatiale canadienne, à Saint-Hubert, en Montérégie. Famille, amis et collègues de Julie Payette étaient du nombre pour regarder le décollage d’Endeavour sur écran géant.
À mesure que le départ approchait, les gens étaient de plus en plus silencieux, de plus en plus attentifs. Et quand ils ont entendu le fameux « lift off », les deux mots qu’ils attendaient avec impatience, une vague d’applaudissements a retenti.
Maude Payette, la soeur de Julie Payette, s’est sentie soulagée quand elle a vu la navette décoller. « On était contents. Tous les reports ont été exigeants, et on s’est dit "enfin, elle est partie" », a confié la soeur cadette de l’astronaute, jointe par téléphone quelques minutes après le décollage.
La navette Endeavour a eu deux fois des problèmes de fuite avec son réservoir externe d’hydrogène, a été touchée par des éclairs peu avant le lancement prévu vendredi dernier et n’a pu décoller dimanche et lundi à cause des orages.
Maude Payette, qui est comédienne, était en Floride pour les deux premiers essais. En raison de ses obligations, elle s’est résolue à revenir au Canada, laissant ses parents derrière elle
Et hier, entourée des autres membres de sa famille, Maude Payette n’était pas angoissée. « J’ai jasé, j’ai ri, j’étais fière, heureuse, mais je n’ai pas eu peur. Il n’y avait aucun élément négatif dans la salle. On savait que cela arriverait aujourd’hui », a-t-elle dit.
« Ça a été très émouvant pour les gens ici », a renchéri Benoît Marcotte, directeur général des opérations à l’Agence spatiale canadienne.
M. Marcotte a également assisté au départ de la navette aux bureaux de l’Agence. Posté près d’un écran géant, il a expliqué le déroulement du décollage aux employés et à leurs invités.
« Nous sommes très heureux pour Julie, et aussi très fiers d’elle », a conclu Benoît Marcotte.


LANCEMENT D’ENDEAVOUR Pas de dommages sérieux à la navette

Avant son arrimage à la Station spatiale, Endeavour fera une manoeuvre pour exposer ses tuiles aux caméras de la Station.
Tout indiquequeJuliePayettepourrarentrer sans encombre sur Terre. Les premières inspections des tuiles thermoprotectrices de la navette Endeavour, hier, n’ont pas montré de dommages importants causés par des débris aumomentdudécollagemercredi. Des égratignures seront tout de même réparées au cours de sorties spatiales.
Julie Payette passera 16jours en orbite à bord de la navette Endeavour. L’un des objectifs de cette mission, l’une des plus longues à ce jour, sera de terminer l’assemblage du laboratoire japonais Kibo.
L’astronaute québécoise, qui en est à son deuxième séjour en orbite, a manipulé le bras canadien, au bout duquel se trouvait un appareil laser d’inspection des tuiles, situées sur le ventre de la navette. Aujourd’hui, avant son arrimage à la Station spatiale, Endeavour fera en outre une manoeuvre pour exposer ses tuiles aux caméras de la Station; ces images seront analysées en profondeur durant les prochains jours. Une dernière inspection aura lieu avant le retour sur Terre. Ces inspections ont lieu depuis qu’un trou dans la couche de tuiles thermoprotectrices a causé la désintégration de la navette Columbia, en 2003.
Mercredi soir, des caméras placées sur les fusées d’appoint de la navette ont capté des images d’une dizaine de morceaux d’isolant se détachant du réservoir externe pour frapper le ventre d’Endeavour. Certains des impacts ont eu lieu dans les premières minutes du vol, lorsque la vitesse est la plus grande et que les dommages que font les morceaux d’isolant sont les plus importants.
La NASA a immédiatement révélé que des égratignures au revêtement externe des tuiles avaient été détectées. Les plus petites seront réparées à l’aide d’une pâte lisse et les plus profondes, avec une pâte dont la texture est plus proche du bois plastique, indique le site internet Space.com.
Le nombre de morceaux d’isolant dont l’impact sur le ventre a été enregistré est plus élevé qu’à l’habitude, mais la NASA estime que les conditions météorologiques particulièrement sereines rendaient leur détection plus facile. Le lancement d’Endeavour a été reporté à cinq reprises depuis un mois, deux fois à cause d’une fuite d’hydrogène et trois fois en raison des intempéries. Ces cinq reports ont coûté 5 millionsUS, dont la moitié en coûts de carburant, ce qui augmente de 1% le coût total du lancement.
Rappelons que Julie Payette passera 16 jours en orbite à bord de la navette Endeavour. L’un des objectifs de cette mission, l’une des plus longues à ce jour, sera de terminer l’assemblage du laboratoire japonais Kibo.
Ce sera également la première fois que deux Canadiens se trouveront dans l’espace en même temps. L’astronaute canadien Robert Thirsk vient de décoller de Baïkonour, au Kazakhstan, à bord d’une capsule Soyouz, pour un séjour de six mois dans la Station spatiale.
C’est la deuxième fois que Julie Payette, 45 ans, séjourne dans l’espace. Au moment de son premier voyage, qui a eu lieu il y a 10 ans, l’astronaute québécoise avait assisté aux balbutiements de la Station spatiale.



APOLLO 11
JUDITH LACHAPELLE
Il y a 40 ans aujourd’hui, les Américains ont vu trois des leurs partir pour un formidable voyage. À 9h32, Apollo 11 a décollé avec fracas de Cap Canaveral, en Floride. Direction: la Lune.
Quatre jours plus tard, le commandant Neil Armstrong est devenu le premier homme à mettre le pied sur un sol extraterrestre. Il marquait aussi la fin de la course spatiale des Américains face aux Soviétiques. C’était le 20 juillet 1969. Seuls 12 hommes ont marché sur la Lune, et les derniers l’ont fait en 1972.





LE CANADA RECULE
LES UNIVERSITÉS CRAIGNENT UN NOUVEL EXODEDES CERVEAUX. LES SOCIÉTÉS EN DÉMARRAGE PEINENT À SE FINANCER. LES MULTINATIONALES RÉDUISENT LEURS BUDGETS DE RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT. AU MOMENT OÙ BARACK OBAMA PROMET DE RELANCER LA RECHERCHE AUX ÉTATS-UNIS, LE CANADA EST-IL EN TRAIN DE PERDRE LA COURSE À L'INNOVATION ?....


Le malaise des cerveaux  -  ARIANE KROL
Nous ne pouvons pas nous permettre d’en perdre beaucoup comme le Dr Sékaly.
«Le recrutement d’un scientifique de ce calibre est tout un exploit! Il est considéré comme l’un des principaux immunologues en santé humaine au monde », pouvait-on lire récemment dans un communiqué. Ce chercheur-là, malheureusement, ne vient pas s’installer à Montréal. Au contraire, le Dr Rafick-Pierre Sékaly nous quitte pour prendre la tête d’un nouvel institut en Floride.
La perte de ce spécialiste du sida a fait beaucoup de bruit cette semaine. Avec raison. Elle nous interpelle sur l’importance que nous accordons à la recherche de pointe. Nous manquons singulièrement d’enthousiasme envers ce secteur d’activité.
Soyons claire : personne au Canada n’avait les moyens de faire une offre assez attrayante pour retenir le Dr Sékaly. Mais d’autres départs pourraient être évités à l’avenir, si on s’y prend à temps. C’est-à-dire dès maintenant. Car lorsqu’un chercheur d’envergure lève les voiles, on perd bien plus que son seul talent.
Le Dr Sékaly, par exemple, entraîne 25 autres chercheurs dans son sillage. Durant sa carrière à Montréal, il a obtenu une vingtaine de brevets et signé plus de 200 articles scientifiques. Il a aussi convaincu l’Institut national de la santé et de la recherche médicale de France d’implanter sa première unité nord-américaine ici. Un scientifique de haut niveau, c’est aussi une formidable locomotive. Nous ne pouvons pas nous permettre d’en perdre beaucoup. Et nous devons créer un climat qui suscite ce genre de vocations.
Le climat, hélas, est morose ces jours-ci. Même si le Dr Sékaly était resté à Montréal, des membres de son équipe seraient partis, car les universités québécoises manquent d’argent pour embaucher.
Les compressions fédérales récentes dans les budgets du Conseil de recherches en sciences naturelles et génie (CRSNG) et des Instituts de recherche en santé (IRSC) ont envoyé un message très négatif à la communauté scientifique. Et ce ne sont pas les sommes annoncées pour rénover des bâtiments universitaires, aussi nécessaires soientelles, qui financeront la recherche.
Le secteur privé n’est guère plus motivant. Les investissements en R&D des entreprises représentent à peine plus de 1% du produit intérieur brut canadien. Ce qui nous place bien en dessous de la moyenne de l’OCDE (1,56%) et nous relègue dans le deuxième sous-sol de pays comme la Suède (2,79%) ou le Japon (2,62%).
Mais ces temps-ci, la comparaison la plus déprimante vient des États-Unis. Barack Obama a promis de rehausser les investissements en R&D à plus de 3% du PIB. En termes de dollars, nous n’arriverons jamais à imiter nos voisins américains. Mais qu’est-ce qui nous retient d’être d’accord avec eux ? « La science est plus essentielle à notre prospérité, notre sécurité, notre santé, notre environnement et notre qualité de vie qu’elle ne l’a jamais été », a récemment déclaré le président Obama dans un discours. Copions, collons, ce sera déjà un bon début.
Et regardons du côté de l’Ontario, qui était venue chercher le réputé Dr Thomas Hudson chez nous il y a quelques années. Le gouvernement McGuinty vient d’ajouter 100millions « pour attirer et retenir les meilleurs chercheurs en génomique au monde ». Voilà, dans une même phrase, deux messages enthousiasmants en faveur de la science de haut niveau.



RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT : LE CANADA, L’UN DES DERNIERS DE CLASSE
Le constat est sans équivoque : les investissements en recherche et développement reculent au Canada, alors qu’ils progressent dans plusieurs autres pays. Une situation qui vient miner la productivité du pays. Du milieu universitaire à l’industrie en pass
« Quand les investissements commencent à diminuer, il y a un risque d’engendrer une spirale qui devient difficile à arrêter. »
Si jamais vous croisez Albert de Luca, associé au service de fiscalité et programmes incitatifs chez Samson Bélair Deloitte et Touche, n’allez surtout pas lui dire que le Canada est un pays de ressources naturelles et qu’il est normal qu’il innove moins que les autres.
« Si le Canada doit se trouver un créneau, ce ne doit pas être dans les matières premières comme on l’entend trop souvent, dénonce M. Luca. Ce qu’il faut faire, c’est prendre la richesse qui découle des matières premières et l’investir en innovation. »
« Malheureusement, déplore le spécialiste, je ne vois pas d’indices qu’on fait ça. »
Ce n’est pas le dernier rapport de Statistique Canada sur la recherche et le développement industriels qui viendra le réconforter.
Le document nous apprend que le Canada investit moins que la plupart des autres pays de l’OCDE en recherche et développement. Et que loin de pédaler pour rattraper les autres, il est en train de ralentir le rythme.
Le Canada n’a investi que 1,06 % de son produit intérieur brut en R& D en 2006, la dernière année pour laquelle on peut établir des comparaisons internationales. C’est à des années-lumière de ce qu’investissent des pays comme la Suède (2,79 % du PIB), le Japon (2,62 %) ou la Corée (2,49 %). Et c’est presque 50 % de moins que la moyenne des pays de l’OCDE, qui s’établit à 1,56 % du PIB.
Entre 2006 et 2007, la R& D industrielle a reculé de 3 % en dollars constants, ce qui représente la quatrième baisse consécutive des investissements. En fait, selon un groupe d’experts qui vient de dévoiler un rapport sur l’innovation, la R& D des entreprises canadiennes a reculé de 20 % par rapport au PIB depuis le sommet atteint en 2001 pendant la bulle technologique.
« C’est une situation qui va finir par nous rattraper, avertit M. de Luca. Le risque est augmenté par le fait que d’autres pays nous concurrencent avec plus de moyens. Quand les investissements commencent à diminuer, il y a un risque d’engendrer une spirale qui devient difficile à arrêter. »
Les multinationales jettent l’éponge
Pour M. Luca, une partie du problème vient du fait que le Canada est de plus en plus un pays de multinationales contrôlées de l’étranger. Environ le tiers de la R& D industrielle effectuée au pays est réalisée par des entreprises étrangères. Et Statistique Canada montre que ce sont ces multinationales qui freinent leurs investissements en R& D au pays.
Année après année, les entreprises canadiennes investissent eneffetuneplus grande proportion de leurs revenus en recherche et développement que les entreprises étrangères. Et l’écart se creuse. En 2002, les entreprises canadiennes avaient investi 2 % de leurs revenus en recherche, contre 1,7 % pour les entreprises étrangères. Quatre ans plus tard, les canadiennes avaient maintenu leur pourcentage à 2 %, tandis que celui des étrangères avait chuté à 1,4 %.
Cette tendance, M. de Luca l’avait déjà décelée en interrogeant les dirigeants des multinationales établies au Canada.
« Les compagnies qui appartiennent à des groupes étrangers ont tendance à investir dans des technologies plus traditionnelles et moins avantgardistes au Canada. Ce que ça implique, c’est qu’au moment où les produits existants deviendront dépassés et qu’il faudra passer à d’autres plateformes, le Canada n’aura peut-être pas les connaissances pour pouvoir assumer ces responsabilités. »
La cause ? « Des pays à faibles coûts comme l’Inde ou la Chine investissement énormément en innovation. C’est clair qu’il y a un transfert », dit le spécialiste, qui aimerait voir une série d’annonces en innovation de la part des gouvernements comme on en voit actuellement pour les dépenses en infrastructures.
« Envoyer les messages clés, faire les bonnes annonces, créer un engouement. Les gens sous-estiment les effets des annonces, dit M. Lucas. Oui, actuellement, je vois noir dans ce dossier. Je pourrais couper les cheveux en quatre et me mettre à trouver des choses positives. Mais la réalité, c’est que si on ne fait pas attention, on risque de perdre la partie. »

Avec Univalor, Marc Leroux fait le pont entre la recherche universitaire et les investisseurs.


Quand Obama fait craindre un nouvel exode des cerveaux
MILIEU UNIVERSITAIRE
Vous vous souvenez de l’exode des cerveaux? L’expression était sur toutes les lèvres au milieu des années 90. Puis elle a peu à peu disparu du vocabulaire. Mais voilà qu’on commence à en parler de nouveau dans les universités canadiennes.
Heather Munroe-Blum, principale et vice-chancelière de l’Université McGill, se souvient de la saignée du milieu des années 90, pendant laquelle beaucoup de chercheurs sont partis travailler aux États-Unis.
Heather Munroe-Blum, elle, n’a jamais oublié ce phénomène. Au milieu des années 90, celle qui est aujourd’hui principale et vice-chancelière de l’Université McGill était à la tête des activités de recherche de l’Université de Toronto.
Les chercheurs qui faisaient leurs valises pour mettre le cap sur les États-Unis, elle les voyait défiler sous ses yeux.
« Ce n’était pas nécessairement une question de nombre, dit-elle. C’était que les meilleurs chercheurs de leur domaine, l’un après l’autre, levaient l’ancre pour aller aux États-Unis. Astronomie, biologie, génétique, même les sciences sociales. C’était des départements entiers qui perdaient leurs leaders. »
Puis la saignée s’est soudainement arrêtée.
Que s’est-il passé? Il suffit de regarder la courbe des investissements publics en recherche universitaire pour commencer à comprendre.
Entre 1993 et 1997, les investissements du gouvernement fédéral en recherche universitaire ont décliné chaque année de façon systématique, passant de 873 millions à 793 millions. Les budgets des gouvernements provinciaux, pendant ce temps, faisaient du surplace.
Les universités ont lancé ensuite une importante offensive de lobbying auprès des gouvernements, qui a porté fruit. Les chiffres de Statistique Canada montrent qu’entre 1997 et 2005, le fédéral a plus que triplé ses investissements dans la R& D universitaire, la faisant bondir de 793 millions à plus de 2,5 milliards. Pendant la même période, les gouvernements provinciaux ont multiplié les leurs par 2,6.
Ajoutez à cela l’élection d’un gouvernement Bush peu sympathique à l’innovation aux États-Unis – les restrictions du financement fédéral sur la recherche impliquant des cellules souches embryonnaires en ont été le symbole le plus évident – et vous avez tout ce qu’il faut pour ramener vos chercheurs au bercail et en attirer d’autres. C’est effectivement ce qui s’est produit. « En moins d’une décennie, nous avons recruté presque 900 nouveaux professeurs à McGill, dont 60% qui provenaient de l’extérieur du Canada », dit Mme Munroe-Blum.
Le hic, c’est que George W. Bush n’est plus à la Maison-Blanche. Et l’une des toutes premières actions de son successeur a été de lever les restrictions sur la recherche sur les cellules souches, un symbole applaudi par le milieu de la recherche.
Investissement américain
Barack Obama a aussi promis d’investir 3% du PIB américain en recherche et de doubler d’ici 10 ans le budget de plusieurs agences scientifiques, comme le National Science Fondation.
Au Canada, le gouvernement fédéral a bien annoncé un fonds de 2 milliards pour rénover les établissements universitaires, en plus d’accorder 750 millions à la Fondation canadienne de l’innovation et 87,5 millions sur trois ans pour un programme de bourses pour les étudiants des cycles supérieurs.
Mais les compressions de 5% dans le budget de l’Institut de recherche en santé du Canada et du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie, qui se sont répercutées entre autres sur l’Observatoire du Mont-Mégantic, ont mis le feu aux poudres.
Le milieu universitaire a réagi en lançant une campagne intitulée « Ne laissez pas le Canada à la traîne ». Le mouvement a envoyé une lettre au premier ministre Harper et au chef de l’opposition pour leur demander de réagir aux initiatives américaines ; elle portait les signatures de 2038 chercheurs.
La crainte est simple : voir les chercheurs canadiens quitter à nouveau le pays.
« Les chercheurs sont des gens extrêmement mobiles, explique Mme Munroe-Blum. Ce qui est important pour eux n’est pas nécessairement la rémunération, mais de pouvoir utiliser leur talent au maximum. »
« Notre meilleur talent au Québec ira là où sont les possibilités, résume-t-elle. Obama qui investit massivement au sud de la frontière, c’est un appel très fort. Il faut absolument le concurrencer. »



Obama veut rendre son rang à la science
— Le président Barack Obama a exalté, hier, l’esprit de la conquête spatiale pour prendre le ferme engagement de rendre à la science la place qu’elle mérite et de lui consacrer plus de 3% du produit intérieur brut.
Dans un discours devant l’Académie nationale des sciences, à Washington, M. Obama a aussi promis de veiller à ce que la science ne soit plus sacrifiée à l’idéologie.
« Il y a un demi-siècle, notre pays s’est engagé à être à la tête de l’innovation scientifique et technologique dans le monde, à investir dans l’éducation, la recherche, l’ingénierie, à se donner pour objectif d’aller dans l’espace et à associer chaque citoyen à cette mission historique », a dit M. Obama.
Jamais l’Amérique n’a investi davantage dans la recherche et le développement qu’en 1964, en pleine course à l’espace, selon la Maison-Blanche. Mais la part de ces investissements dans le PIB n’a cessé de diminuer depuis, a déploré M. Obama.
« Je suis ici pour nous fixer cet objectif : nous allons consacrer plus de 3% de notre PIB à la recherche et au développement. Nous n’allons pas seulement égaler, mais dépasser le niveau atteint au plus fort de la course à l’espace, en investissant dans la recherche fondamentale et la recherche appliquée, en encourageant l’innovation privée, en favorisant les avancées dans les domaines de l’énergie et de la médecine. Avec mon administration, les jours sont révolus où la science cédait le pas à l’idéologie (...) Je veux être sûr que ce soient les faits qui motivent les décisions scientifiques et non l’inverse. »




L’internet culturel s’arrête aux frontières  -  Mathieu Perrault
Sur Hulu, un site internet mis sur pied par les grandes chaînes de télévision américaines, on peut regarder une douzaine d’épisodes de la série Heroes ; 2 8 épisodes de De sperate Housewives, 92 de Lost. Et la plupart des épisodes de Miami Vice, The A Team, The Bionic Woman et Remington Steel, entre autres séries cultes.
Au printemps 2008, peu après son lancement aux États-Unis, Hulu avait suscité beaucoup d’espoir en modifiant sa page indiquant aux non-Américains qu’ils n’avaient pas accès aux émissions de Hulu : les internautes étrangers étaient invités à donner leur adresse de courriel pour être avertis quand le service serait disponible. Mais depuis, plus rien.
Mais au Canada, un tel coffre aux trésors télévisuels reste un rêve. Tout comme plusieurs services internets culturels, Hulu est inaccessible pour les Canadiens : seuls les Américains y ont droit. Idem pour Pandora, l’une des applications les plus populaires de l’iPhone d’Apple, qui propose des chansons similaires aux disques préférés de l’auditeur et permet de créer sa propre station de radio. Le site de webdiffusion de musique Spotify est quant à lui restreint à la Suède, la Norvège, la Finlande, le Royaume-Uni, la France et l’Espagne.
« Nous sommes encore une compagnie en démarrage », ex plique T im Westergren , le fondateur de Pandora, en entrevue depuis la Californie. « C ’est assez difficile pou r nous de naviguer parmi les multiples acteurs qui gèrent les droits musicaux. Tout le monde veut sa part du gâteau et le total des demandes excède ce que l’internet peut offrir en ce moment. Il faut amener tout le monde à la même table et leur faire comprendre cette réalité. On l’a fait pour les États-Unis, mais c’est à refaire dans chaque pays. Il faut comprendre la culture nationale de droits musicaux, le style de chaque organisme qui a son mot à dire. Au Canada, vous avez l’Agence canadienne des droits de reproduction musicaux, la Société canadienne des auteu rs, compositeu rs et éditeurs de musique et la Société canadienne de gestion des droits voisins. Nous commençons à peine à démêler l’écheveau chez vous. »
Barrières virtuelles
Ces barrières virtuelles font des Canadiens des « paysans numériques », relevait récemment MSN.ca. Le Canada a dû attendre un an de plus que les États-Unis pour le iPhone, et deux ans pour le lecteur numérique de livres Kindle d’Amazon.
Chez Spotify, le responsable des relations avec les médias, Andres Sehr, a affirmé que Spotify devrait être disponible en même temps aux États-Unis et au Canada « au début de 2010 », un an et demi après le lancement en Europe. « Nous sommes présentement en pourparlers avec les compagnies de disques », explique M. Sehr depuis Stockholm.
Signe que le dossier des droits est délicat, Hulu n’a pas voulu faire de commentaire sur la disponibilité au Canada. Au printemps 2008, peu après son lancement aux États-Unis, Hulu avait suscité beaucoup d’espoi r en modifiant sa page indiquant aux non-A méricains qu’ils n’avaient pas accès aux émissions de Hulu : les internautes étra ngers éta ient invités à donner leur adresse de courriel pour être avertis quand le service serait disponible. Mais depuis, plus rien.
Le marché donne heureusement certa ins signes de maturité. Cet été, Bloomberg avait rapporté que les taux de Hulu dépassaient ceux de la télévision pour certaines émissions, parce qu’il s’agissait de visionnements plus attentifs au contenu des émissions. Les tarifs des Simpson étaient par exemple de 60 $ pour 1000 téléspectateurs sur Hulu et de 20 $ à 40 $ sur la télé.
« Une fois que les modèles d’a ffaires seront établis, le Canada deviendra un marché intéressa nt, pa rce qu’il est similaire à celui des ÉtatsUnis », observe Michael Geist, professeur de droit spécialiste de l’internet à l’ Université d’Ottawa.
Cet automne, Rogers a tenté de créer une version canadienne de Hulu en offrant des émissions sur son site internet. Mais l’offre est beaucoup plus restreinte et le service est limité aux abonnés du câble de Rogers.




DU TITANIC ÀL’INTERNET  -  Agnès Gruda
Les journaux tels que nous les connaissons sont nés avec la télégraphie sans fil et la publicité de masse, il y a un peu plus de 100 ans. Avant, ce n’étaient que de simples organes de propagande politique. Et après?
Ce jour-là, La Presse annonçait une vente de « taffetas glacé à deux tons pour 1,50$ la verge ». D’autres publicités vantaient les vertus des corsets dotés de toutes nouvelles bandelettes élastiques. Celles du thé des Carmélites qui fait maigrir. Et la saveur des cigarettes Sweet Caporal, « la forme la plus pure sous laquelle le tabac peut être fumé ».
Mais ce même j our, le vendredi 15 avril 1912, l’attention des lecteurs était surtout captée par la principale nouvelle parue à la une du quotidien: « Le Titanic est sur un abîme. »
« À 10h25, la nuit dernière, le nouveau paquebot était signalé comme étant dans la plus grande détresse », relatait l’article agrémenté de diagrammes et d’esquisses du Titanic.
Peu après minuit, lit-on quelques paragraphes plus loin, le télégraphiste du bateau a envoyé ce « marconigramme » de détresse: « La proue s’enfonce. »
Avec ses articles empilés les uns par-dessus les autres, ses publicités qui s’entremêlent aux articles et ses petits dessins qui ajoutent quelques infimes éléments visuels, La Presse de 1912 ne ressemble en rien au journal que vous tenez entre vos mains. Pourtant, la rapidité avec laquelle la catastrophe du Titanic a été rapportée dès le lendemain du naufrage est parfaitement moderne.
À peine 15 ans plus tôt, la nouvelle aurait mis des semaines à parvenir à Montréal. Mais l’avènement de la télégraphie sans fil ( TSF) a chamboulé le monde de l’information. Et avec l’antenne de réception que le propriétaire de La Presse, Trefflé Berthiaume, a fait installer dès 1904 sur le toit du journal, Montréal est à l’avant-garde de cette révolution.
La TSF, c’est la marotte du début du XXe siècle. Des écoles mettent sur pied des cours de télégraphie sans fil. Et de nombreux Québécois installent un récepteur chez eux, à la maison. « Plusieurs ont suivi directement, de cette façon, le naufrage du Titanic, puis la Première Guerre mondiale », raconte Pierre Pagé, spécialiste de l’histoire de la radio à l’Université du Québec à Montréal.
Une révolution
Mais l’avènement de la télégraphie sans fil a fait plus qu’accélérer le rythme de la transmission des nouvelles. C’était une véritable révolution qui a propulsé les journaux, et les médias d’information en général, dans une ère nouvelle.
« La télégraphie sans fil a eu un impact aussi fort que celui de l’internet », dit Claude Martin, professeur au département des communications à l’Université de Montréal. Sauf qu’à l’époque, cet impact a servi de véritable rampe de lancement aux journaux d’information de masse. La révolution de l’internet, elle, met plutôt leur survie en péril.
Gros plan sur le contexte de l’époque: il y a 100 ans, les progrès technologiques ont créé un terreau favorable aux médias de masse. L’industrialisation du XIXe siècle avait permis de produire en série des objets de consommation courante, rappelle Josette Brun, spécialiste de l’histoire des médias à l’Université Laval. Et ces corsets, ces thés miraculeux et ce tabac ultra pur, il fallait bien leur trouver des débouchés !
« Les annonceurs voulaient rejoindre le plus d’acheteurs possible, et les journaux leur en ont donné les moyens », note Josette Brun.
C’est ce qui a permis aux journaux, qui avaient longtemps servi d’organes de propagande au service des partis politiques, de se transformer en médias de masse. Du coup, la presse imprimée est devenue le principal moyen d’information. « Au début des années 20, tous les gens qui savaient lire étaient abonnés à un journal », souligne Claude Martin.
Et ce qui a ouvert la voie à cette mutation, c’est l’argent de la publicité qui s’étale sur des pages et des pages, avec ces annonces de bas en fil de soie, de complet deux pièces à 4,95$ et de produits hygiéniques qui permettent d’éviter « une haleine de denture »...
L’information instantanée
L’arrivée de la radio, au début des années 20, fait craindre la disparition des quotidiens. Dès la campagne électorale fédérale de 1925, la radio suit les candidats et diffuse les assemblées de cuisine. CKAC diffuse son premier bulletin d’information, Les nouvelles de chez nous, en 1938. Ce bulletin devient une sorte de rendez-vous collectif des Québécois, tous les jours à l’heure du souper, explique Pierre Pagé.
À l’époque, la radio est le média instantané – elle annonce le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale dans l’heure qui suit l’attaque de l’aviation allemande contre la Pologne. Mais les journaux ont l’avantage de l’espace. La radio annonce une nouvelle, le journal la publie in extenso le lendemain. Les deux se complètent bien. Et les fabricants de bidules de toutes sortes ont toujours besoin des journaux pour rejoindre les acheteurs.
« Ce modèle économique marchait bien, note Claude Beauregard, professeur à l’École des médias de l’UQAM. Les journaux ne coûtaient pas cher, la publicité permettait de les faire vivre, et les journalistes, les annonceurs et les lecteurs étaient contents. »
Et c’est l’arrivée de l’internet qui, pour la première fois depuis un siècle, met ce modèle en péril. Les annonceurs quittent les journaux. Grâce à la technologie qui leur permet de cibler directement leurs clients, ils ont de moins en moins besoin des médias de masse. La publicité se fragmente, et la presse imprimée écope.
« Si le modèle économique qui a fait vivre les journaux pendant 100 ans ne fonctionne plus, qui donc va demander des comptes au gouvernement ? » s’inquiète Claude Beauregard.
Car ce modèle n’a pas seulement servi les entreprises, il a aussi servi la démocratie, souligne-t-il. « L’information, ça coûte quelque chose. Maintenant que les annonceurs s’en vont, la question de fond est : qui va payer? »
D’autres sont plus optimistes. Malgré la fragmentation de la publicité, malgré la multiplication des sources d’information, la f in des grands médias n’est pas pour demain, croit Claude Mar t in, selon qui « nous aurons toujours besoin d’une grand-messe ».

Optimistes et pessimistes conviennent d’une chose : il y a 100 ans, les journaux avaient le vent dans les voiles. Maintenant, ils doivent ramer pour survivre.

BOOM DU LIVRE NUMÉRIQUE  -  Annabelle Nicoud
Depuis un mois, Michel Tremblay est l’objet de l’incompréhension de ses amis : le célèbre auteur a en effet eu le malheur de partager, en ondes, son enthousiasme pour le lecteur de livres numériques qu’il utilise depuis le mois de mars.

«Les gens pensent qu’on abandonne le livre, mais le livre n’est pas sorti de ma vie, s’étonne-t-il, plus rieur qu’excédé. On me demande sans cesse de me justifier là-dessus. Le livre électronique est un appareil commode, un point, c’est tout. Ce n’est pas la fin du monde.»
Aux États-Unis, en tout cas, le géant de la vente de livres sur internet Amazon fait de plus en plus d’adeptes avec son lecteur Kindle. Durant sa première année de vie, en 2007, le bidule n’a pas trouvé plus de 150 000 preneurs chez les Américains. Aujourd’hui, il séduit chaque mois des dizaines de milliers de nouveaux clients. Dans trois ans, plus de 18 millions de liseuses – Kindle ou modèles concurrents – devraient s’écouler dans le monde, estime la firme iSuppli, spécialisée dans l’analyse technologique.
«Il se passe quelque chose, c’est évident. Ça bouillonne dans le milieu de livre électronique», affirme Benoît Melançon, directeur scientifique aux Presses de l’Université de Montréal et spécialiste de l’histoire du livre. Pour la littérature scientifique, les produits ne sont pas encore tout à fait au point, croit le spécialiste. « Mais pour la littérature générale – les romans, les best-sellers, surtout – c’est en train de basculer. Graduellement, le livre électronique va faire sa place.»
Au Québec, les choses décollent. Quasi absents du monde numérique il y a encore un an, les éditeurs d’ici s’attaquent, tout comme leurs confrères français, au marché du livre numérique. Les éditeurs québécois se sont dotés au début de l’année d’un entrepôt numérique conçu par la société De Marque, et ils comptent de bons élèves: les Presses universitaires du Québec, les guides de voyage Ulysse et la maison Septentrion.
Depuis l’été, Ulysse a publié ses guides en version numérique, au Québec et en France. En prime pour les lecteurs des guides: le prix, inférieur à celui des versions papier, et la possibilité d’acheter le livre uniquement par chapitres. «C’est très excitant», confie le président des Guides Ulysse, Daniel Desjardins.

Chez Septentrion, on espère aussi numériser au plus vite la totalité des 550 titres que compte la collection. Près de la moitié le sont déjà, et l’éditeur trouve ainsi de nouveaux clients, notamment parmi les bibliothèques. « Je vois ça comme une occasion d’aller sur de nouveaux marchés », dit le directeur de la maison, Gilles Herman.
C’est aussi cet été que Quebecor a lancé, avec les magasins Archambault, la première librairie francophone numérique d’Amérique du Nord, jelis.ca. En se connectant sur ce site, on peut télécharger des livres édités au Québec, mais aussi des livres édités en France. Avant, pour accéder aux titres numériques francophones, il fallait passer par le site français de la FNAC ou Numilog et payer sa facture en euros.

«Il n’y avait aucun choix avant, ce qui était indécent», observe Bruno Caron, directeur du développement web chez Archambault.
Hors des librairies offrant les titres les plus populaires de l’heure, plusieurs maisons d’édition francophones invetissent aussi le marché. Parmi eux, le français Feedbook, qui offre les classiques tombés dans le domaine public ainsi que de nouvelles créations, mais aussi Publie.net, une coopérative d’auteurs spécialisée dans les textes contemporains (Éric Chevillard ou François Bon y sont publiés).
Depuis 18 mois, une petite maison québécoise, Robert ne veut pas lire, ne publie que des textes inédits. Ses oeuvres sont écrites pour être lues sur des écrans (même aussi petits que ceux d’un iPhone) et visent un public jeune et habitué des technologies, qui peut commenter les oeuvres achetées. Édouard H. Bond y a publié J’irais me crosser sur vos tombes, un roman vendu en épisodes au prix de 4$ chacun. Pour cet auteur qui «écrit dans l’urgence», le numérique permet de satisfaire l’envie de rapidité tout en installant une interaction avec le lecteur. Huit cent exemplaires ont déjà été vendus. «Comparé aux gros best-sellers, c’est rien, mais pour l’électronique, je suis un micro best-seller», plaisante-til. «Je vais continuer à publier sur le papier mais je pense que le numérique va prendre plus de place. C’est vraiment pour les jeunes: ça fait comme un nouveau lectorat.»
En Angleterre, la compagnie Enhanced Editions veut aussi changer notre manière de lire. Elle accompagne déjà ses versions numériques de bandes sonores et permet de passer de la lecture traditionnelle à la lecture audio ou de visionner des vidéos tournées avec les auteurs.
Prudence chez Renaud-Bray
Malgré ce bouillonnement, plusieurs libraires québécois tels que Renaud-Bray ne semblent pas vraiment suivre la tendance. «Il y a une forte demande de livres papier et notre stratégie tourne massivement autour de la diffusion papier plutôt qu’électronique», affirme Blaise Renaud, le directeur commercial des librairies Renaud-Bray.
Trop petit, encore inexistant, embryonnaire, le marché du livre numérique francophone ne représente qu’une petite partie du marché du livre –moins de 1% en France, selon l’Association nationale des éditeurs de livres (ANEL). «On est vraiment dans les balbutiements », observe Sébastien Rouault, chef des ventes chez Robert Laffont.
Malgré les prévisions selon lesquelles les ventes électroniques représenteront de 10 à 15% des ventes de livres dans les cinq prochaines années, certains libraires ou éditeurs préfèrent donc attendre.
Seuls 30 éditeurs – pour une centaine de membres que compte l’ANEL – participent pour le moment au projet de numérisation. Tous n’offrent pas leurs livres à la vente en numérique. C’est le cas de Boréal: «On se hâte lentement», concède le directeur général de Boréal et de diffusion Dimedia, Pascal Assathiany. «Je vais suivre le pas, mais je n’ai pas envie de l’initier», dit quant à elle la fondatrice de la maison québécoise Les Allusifs.
Pourta nt, les éditeu rs québécois pourraient devoir réagir à l’offre nu mérique des éditeurs français. Ainsi, le dernier roman de Dany Laferrière, L’énigme du retour, n’existe pas en version numérique chez Boréal, mais le lecteur québécois peut l’obtenir en quelques instants par son éditeur français, Grasset, sur le site numérique de la FNAC.
«Ça, c’est un problème que les éditeurs québécois doivent régler le plus vite possible», répond Bruno Caron. Chez jelis.ca, on espère doubler l’offre de titres numériques (plus de 22 000 actuellement) d’ici à la fin de l’année. Petit hic: les livres québécois risquent de ne constituer qu’une offre très minoritaire (1000 actuellement), en dépit d’un palmarès de ventes très favorable aux éditeurs québécois.
Enfin, les réticences du milieu des éditeurs face au numérique se reflètent chez les auteurs, inquiets de perdre leurs droits d’auteurs. «Plusieurs acteurs du milieu littéraire sont certains que la littérature, c’est le livre», estime Mahigan Lepage, doctorant et auteur, qui a publié ses Carnets du Népal chez Publie.net.
«Au Québec, j e ne sens pas encore l’urgence (de passer au numérique), alors que l’urgence est là», observe le jeune auteur. Un avis que partage Daniel Desjardins. «Le véritable enjeu, pour les éditeurs québécois, est le risque que les jeunes se tournent vers les livres en anglais. En 1970, 10% des livres vendus au Québec étaient édités au Québec. Aujourd’hui ça varie entre 30 et 40%, mais rien ne garantit qu’on ne va pas retourner en arrière. Il faut qu’on prenne notre place», dit-il.

Le livre électronique en quatre questions
Q Tous
les livres sortent-ils en version électronique? R Non, l oin de là. Tout dépend de la décision de l’éditeur. Au Québec, Jelis.ca d’Archambault compte offrir 50000 titres numériques d’ici à la fin de l’année, soit deux fois plus qu’actuellement. Il s’agit surtout de grands succès de librairie. Et le catalogue compte seulement 1000 livres québécois. D’autres sites, québécois ou français, offrent des titres moins connus ou même inédits. Par ailleurs, le géant américain Amazon propose 300000 titres numériques en anglais, tandis que Google Books a numérisé plus de 7 millions de titres dans différentes langues, dont plusieurs livres épuisés ou tombés dans le domaine public. Après avoir intenté un recours collectif contre la société, les éditeurs et auteurs américains ont conclu une entente avec elle. On saura le 7 octobre prochain si la Cour valide cette entente. QOù
peut-on se procurer des livres électroniques en français? R En visitant les sites des librairies électroniques comme:
www.jelis.ca (site québécois offrant des titres en français).
www.robertneveutpaslire.com (site québécois offrant des textes inédits sous forme de feuilleton).
www.fnac.com (site français offrant des livres en français).
www.feedbooks.com (site français offrant des livres dans plusieurs langues, dont plusieurs sont tombés dans le domaine public).
www.publie.net (site français qui publie des auteurs contemporains très respectés en France).
livre
www.leezam.com (site européen offrant des textes inédits de jeunes auteurs).
www.enhanced-editions. com (site anglais offrant des textes parfois accompagnés de trames sonores ou de vidéos).
www.lexcycle.com (site américain offrant – généralement gratuitement – des milliers de textes tombés dans le domaine public de même que des titres épuisés et des oeuvres contemporaines. Plusieurs sont en français.)
Les sites des éditeurs québécois suivants offrent aussi des titres en version numérique: www.septentrion.qc.ca www.ulyssesguides.com www.manuscritdepot. com/internet-litteraire/ index.htm QC ombien
coûte un électronique? R Contrairement à ce qu’on voit sur iTunes pour la musique, il n’y a pas de politique de prix. Les livres tombés dans le domaine public sont souvent gratuits, mais peuvent coûter 5$ ou plus. Le prix des nouveautés varie: il est parfois identique à celui de la version papier, parfois 20% moins cher, même si la version électronique est produite à peu de frais. Q Comment
peut-on lire les livres électroniques? R Certains titres peuvent être lus sur iPhone ou iPod Touch. Il est toutefois plus agréable de le faire en utilisant des tablettes munies d’un plus grand écran. Les modèles existants coûtent entre 400$ et 500$, mais plusieurs nouveaux modèles sortiront bientôt. Pour en savoir plus sur les liseuses électroniques, ne manquez pas, demain, le texte de notre spécialiste des nouvelles technologies, Tristan Péloquin.


Livre à puce  -  Mario Roy
Les gadgets high-tech , c’est l’affaire des jeunes, dit-on. Comment se fait-il alors que beaucoup d’adeptes du Kindle, le livre électronique le plus populaire, disent l’avoir adopté en raison de douleurs arthritiques ou de problèmes de la vue? C’est que les utilisateurs du Kindle sont plutôt âgés : presque les trois-quarts ont plus de 40 ans, dont 8% plus de 70 ans!
Un million de ces liseuses circulent maintenant aux ÉtatsUnis ; elles donnent accès à 297 000 bouquins, 29 magazines et 38 journaux (juin 2009). Dans trois ans, les Américains posséderont 12 millions de liseuses, qui sont déjà ou seront éventuellement offertes par amazon.com, Sony, Interead, Apple et d’autres. Après la musique et le cinéma, est-ce aujourd’hui au tour du livre de se détacher de son support matériel? Le virage semble amorcé.
Même au Québec, où l’audace n’est pas la caractéristique première du milieu du livre, un projet décolle. Il s’agit d’un partenariat entre les librairies Archambault et la multinationale Sony; le duo propose une liseuse ainsi qu’une librairie francophone virtuelle. Le produit est intéressant, mais souffre de la comparaison avec ce qu’offrirait le Kindle... s’il était disponible au Canada: il ne l’est pas, notamment par manque d’accès à la téléphonie sans fil.
Comme on le voit, le livre virtuel soulève des difficultés inédites (on le constatera aussi en lisant le blogue de l’édito sur Cyberpresse).
Les avantages potentiels de la circulation virtuelle de l’écrit sont énormes. Le coût du livre diminue, l’accès s’accroît, la diversité potentielle est sans limite, les arbres sont épargnés.
Pourtant, il existe beaucoup de réticences.
Les plus irréductibles sont peut-être celles qui ont trait au caractère sacré de l’objet – ah! l’odeur de l’encre et le velouté du papier! Ce plaisir est réel. De sorte que le livre-papier ne disparaîtra jamais totalement, devenant plutôt un moyen parmi les autres, la liseuse, l’ordinateur, le téléphone portable, le « papier électronique », de fréquenter l’écrit.
D’autres difficultés touchent aussi la question des droits.
Enfin, sachant que le médium est le message, que deviendra notre rapport avec l’écrit lorsque son support se sera ainsi tra nsformé ? Cette relation sera-t-elle morcelée, parcellaire, superficielle, comme elle peut l’être avec le web ? C’est une inquiétude légitime. Mais il faut avoir foi dans les contenus. La «chaîne du livre» n’est pas d’abord une ligne de montage industrielle (imprimeur-camion-distributeurcamion-libraire-camion-pilon), mais bien le lien unissant l’auteur et le lecteur.
Si le premier demeure intéressant, le second demeurera intéressé.
De sorte que le seul danger réel serait que les plus puissants créateurs se détournent de l’écrit et s’expriment de plus en plus autrement. Comme Michael Moore, qui livre des idées par l’image. Comme Robert Lepage, qui propose un imaginaire sculpté dans l’espace, la lumière et le son.
C’est cette mutation-là qu’il faut avoir à l’oeil.


Microsoft, Amazon et Yahoo ! unis contre la librairie Google
WASHINGTON — Les poids lourds américains de l ’ i nternet, Microsoft, Amazon et Yahoo!, ont uni l eurs forces dans une coalition menée par un avocat réputé de la Silicon Valley pour s’opposer à la bibliothèque virtuelle de Google, affirme la presse américaine.
Les trois groupes ont rejoint l’Open Book Alliance , affirment le et le
Microsoft et Yahoo ! ont confirmé aux quotidiens leur participation à cette coalition, tandis qu’Amazon n’a pas fait de commentaires.
L’Alliance veut contester en justice un accord amiable conclu entre Google, des auteurs et des éditeurs, non encore finalisé et qui doit permettre de solder une plainte en nom collectif contre la librairie en ligne du leader mondial des moteurs de recherche.
Par cet accord, conclu en octobre dernier et en cours d’examen par le département américain de la Justice pour des questions de concurrence, Google a le droit de mettre en ligne des millions d’ouvrages . En é c ha nge, Google a accepté de partager les revenus publicitaires avec les détenteurs des droits sur ces ouvrages.
Outre Microsoft, Yahoo! et Amazon, la coalition est formée d’associations de bibliot hèques et de défense des droits d’auteur. Elle est menée par l’avocat Gary Reback, qui a notamment convaincu le département de la Justice d’ouvrir une enquête sur les pratiques a nticoncurrentielles de Microsoft dans les années 90.
L’accord amiable conclu par Google « a des implicat ions a nticoncurrentiel les énormes, qui vont très loin, et dont on est juste en train de se rendre compte », a-t-il déclaré au
Entrave à la concurrence
Selon le quotidien, l’Alliance va contester sur le fond l’accord amiable devant le département de la Justice, en avançant qu’il fait entrave à la concurrence. La coalition souhaite également porter le dossier devant un tribunal fédéral new-yorkais.
La bibliothèque en ligne de Google n’inquiète pas seulement le géant informatique Microsoft, le distributeur en ligne Amazon et le moteur de recherche Yahoo !, qui redoutent tous trois l’expansion toujours croissante de Google à de nouveaux marchés sur l’internet.
En effet, Paul Brantley, à la tête de l’ I nternet Archive, un portail à but non lucrat i f r egroupa nt plusieu r s types de documents archivés, a indiqué au
que l’Alliance allait accueillir encore de nouveaux membres.
M. Brantley a cité la Special L ibra ries A ssociations et t he New York Library Association pour les bibliothèques mais aussi l’association de j ournalistes et d’écrivains American Society of Journalists and Authors.
Toujours selon la même source, les opposants à l’accord amiable de Google ne souhaitent pas bloquer celuici, mais plutôt qu’y soient apportées des modifications.
L’opposition à la bibliothèque virtuelle de Google n’est pas nouvelle, le projet aya nt s uscité depuis s es débuts des inquiétudes pour son impact possible sur des données privées.
L’a c c o r d a m i a ble de Google se propose ainsi de solder une plainte déposée en 2005.




L’avenir de Microhoo!   -  ARIANE KROL

Dans l’immédiat, Google n’a rien à craindre.
Personne ne comprend! » déplorait cette semaine le chef de la direction de Microsoft, Steve Ballmer, au sujet de sa nouvelle alliance avec Yahoo!. Nuance: les actionnaires de Yahoo! ne voient pas l’affaire du même oeil que lui. Difficile de les blâmer. À peine plus d’un an après avoir offert 47,5 milliards US pour acheter l’entreprise de Sunnyvale, Microsoft a finalement obtenu ce qui l’intéressait sans avoir à signer de chèque aux actionnaires. Et avec cette entente de 10 ans, le portail n’est pas à la veille de recevoir d’autres propositions d’achat. Pas étonnant que le titre de Yahoo! ait perdu plus de 15% de sa valeur depuis l’annonce.
Sur papier, l’arrangement semble avantageux pour les deux partenaires. Yahoo! arrête d’investir dans le développement de son engin de recherche et refile la facture à Microsoft, tout en conservant 88% des revenus publicitaires de cette activité. Pas mal. Le géant de Redmond, de son côté, acquiert une ressource qui lui manquait cruellement pour améliorer son propre moteur: des données sur le comportement des usagers.
C’est cette capacité d’analyser des milliards de requêtes qui explique en grande partie le succès de Google. Ça et une obsession dévorante pour la technologie. Or, sur ce terrain-là, Yahoo! n’arrive plus à suivre. Le pionnier de l’internet a d’autres atouts, comme ses services de courriel et de nouvelles. Sur le front de la recherche, toutefois, l’entreprise a dû se rendre à l’évidence. Elle n’arrive pas à réduire l’écart avec Google.
Si l’entente reçoit l’aval des autorités antitrust américaines (ce n’est pas gagné), les pages de Yahoo! garderont le même look, mais les recherches se feront avec Bing, le moteur de Microsoft. Sauf que l’engin n’a rien d’une bombe. En fait, il est tellement poussif qu’on ne voit pas en quoi Yahoo! gagne au change.
Microsoft a l’air d’un conquérant qui, moyennant deux casseroles et un bout de verroterie, a réussi à mettre la main sur un superbe ballot de fourrures. Mais il n’est pas aussi au-dessus de ses affaires qu’on pourrait le croire. Avec Google Apps et son futur système d’exploitation Chrome OS, Google menace directement la croissance des produits vedettes de Microsoft, Office et Windows. En ciblant le lucratif marché de la recherche internet, Microsoft espère faire d’une pierre deux coups: aller chercher de nouveaux revenus et saper ceux de son concurrent.
Dans l’immédiat, Google n’a rien à craindre. Ses usagers ne vont pas déserter son moteur pour Bing. Les annonceurs, par contre, ne resteront pas indifférents à la nouvelle offre groupée du tandem Microhoo!. En unissant leurs forces, les numéros 2 et 3 de la recherche ont de bonnes chances d’augmenter leur part de revenus publicitaires. Rien pour affamer Google, bien sûr. Mais peut-être assez pour le contrarier. Car c’est avec ces revenus que l’entreprise finance son développement dans d’autres secteurs.
Les deux alliés ont compris que leur seule chance de freiner la progression de Google, c’est de lui couper les vivres. Un plan un peu retors, et qui demandera du temps. Pas étonnant que les actionnaires de Yahoo ! aillent voir ailleurs. Steve Ballmer perd son temps à essayer de les en dissuader. Pour les ramener, il faudra des résultats tangibles.
à



GUERRE OUVERTE CONTRE GOOGLE  -  Maxime Bergeron
La domination de Google sur la recherche en ligne est-elle menacée ? C’est ce à quoi s’attaquent Microsoft et Yahoo!, qui s’allient pour le concurrencer sur le terrain de la recherche et de la vente de publicité. Mais le géant n’est pas encore ébranlé, le
Les annonceurs ont dépensé 51,6 milliards US sur le web l’an dernier dans le monde, et ils devraient investir 10% de plus cette année.
Après un an et demi de négociations houleuses, Microsoft et Yahoo! sont parvenus à s’entendre pour concurrencer le géant Google sur le lucratif terrain de la recherche en ligne.
Leur partenariat d’une durée de 10 ans, annoncé hier, survient après l’échec du rachat de Yahoo! par Microsoft l’an dernier pour 47,5 milliards de dollars américains. Les deux groupes demeureront indépendants mais combineront leurs forces en recherche et en vente de publicité.
« Cette transaction va créer un nouveau concurrent majeur en recherche », a déclaré Carol Bartz, chef de la direction de Yahoo!, pendant une conférence téléphonique.
Google s’est imposé au cours des dernières années comme le leader incontesté du web. Le mastodonte de Silicon Valley détient 65% du marché de la recherche en ligne aux États-Unis, comparativement à 20% pour Yahoo! et à 8% pour Microsoft avec son moteur Bing, selon la firme ComScore.
La nouvelle entité ne détrônera pas Google du jour au lendemain. Mais elle sera dotée d’une force de frappe beaucoup plus considérable pour la vente de publicité en ligne, le nerf de la guerre des portails internet.
Les annonceurs ont dépensé 51,6 milliards de dollars américains sur le web l’an dernier dans le monde, et ils devraient investir 10% de plus cette année, selon la firme d’analyse ZenithOptimedia. La puissante technologie de Microsoft pour la recherche de mots-clés, couplée à l’imposante équipe de vente de Yahoo!, permettra de créer un moteur beaucoup plus efficace et lucratif, croient les dirigeants des deux groupes.
Malgré ses bénéfices potentiels, la transaction n’a pas fait le bonheur des actionnaires de Yahoo!, loin de là. L’action a perdu 12% hier sur le NASDAQ pour clôturer à 15,14$US. « Cette entente est une très grande déception », a indiqué l’analyste Clayton Moran, de la firme Benchmark Co.’s, en entrevue à Bloomberg.
Le titre de Yahoo! s’était apprécié de 41% depuis le début de l’année, alors que des rumeurs de rachat continuaient à flotter sur l’entreprise. Sa chute d’hier est la plus abrupte en une séance depuis novembre dernier.
Les actionnaires déplorent que la transaction ne contienne aucun paiement en argent, eux qui songent toujours avec nostalgie aux 47,5 milliards offerts l’an dernier par Microsoft. Certains s’attendaient à une somme qui aurait pu atteindre 3 milliards.
La nouvelle alliance fera plutôt grimper de 500 millions le chiffre d’affaires annuel de Yahoo!, en plus de réduire ses coûts d’exploitation de 200 millions. Résultat des économies d’échelle, des mises à pied sont aussi à prévoir chez les ingénieurs de Yahoo!, a indiqué la présidente, Carol Bartz, sans préciser de chiffres. L’entreprise a déjà réduit ses effectifs à plusieurs reprises depuis un an.
Écueils réglementaires
L’ i mplantat ion du par tena r iat Microsoft-Yahoo! prendra jusqu’à 24 mois, a-t-on annoncé hier. Mais au-delà des nombreuses questions techniques à régler, la transaction pourrait aussi se heurter à des écueils sur le plan réglementaire.
Le sénateur démocrate du Wisconsin, Herb Kohl, qui dirige le comité antitrust au Sénat des États-Unis, a déclaré à Bloomberg que la transaction nécessitait un « examen minutieux ». Il craint qu’une telle alliance puisse « décourager l’innovation », cruciale dans l’industrie des hautes technologies.
Steve Ballmer, chef de la direction de Microsoft, a au contraire exprimé la conviction que le partenariat allait stimuler davantage l’innovation. Il en a profité pour vanter les vertus de son nouveau moteur de recherche, Bing, salué par les analystes à son lancement en juin dernier. « Cette entente nous donne l’échelle et les ressources nécessaires pour créer l’avenir de la recherche », a déclaré M. Ballmer.
L’alliance entre Microsoft et Yahoo !, assez complexe, exclut plusieurs produits et marques de commerce lancés au fil des ans par les deux sociétés. Elles continueront par exemple de se « concurrencer vigoureusement » dans les secteurs du courriel et de la messagerie instantanée, ont indiqué les groupes dans un communiqué.
Les deux entreprises espèrent obtenir le feu vert des autorités réglementaires américaines au début de 2010, après quoi le véritable travail d’intégration pourra commencer.
Le titre de Microsoft a légèrement profité de l’annonce d’hier, clôturant en hausse de 1,4%, à 23,80$US, à la Bourse NASDAQ. L’action de Google – dont la domination pourrait être amoindrie – est pour sa part demeurée presque inchangée. Il a terminé la journée à 436,24$US, en baisse de 0,8%.


Les internautes ne changeront pas leurs habitudes  -  Émilie Côté
L’alliance entre les moteurs de recherche de Yahoo! et Microsoft fera-t-elle véritablement concurrence à Google ? L’expert en rayonnement web Éric Baillargeon n’y croit pas du tout. Et selon lui, monsieur et madame Tout-leMonde qui vont chercher une recette ou s’informer sur l’internet ne changeront pas leurs habitudes.
« Dans le meilleur des cas, Yahoo! et Microsoft représentaient 8% du trafic au Québec et au Canada. Google domine largement », indique-t-il.
C’est aux États-Unis que le moteur de recherche de Yahoo! a le plus de succès, avec environ 20% des requêtes. Mais voilà qu’il va disparaître, rejoignant au cimetière les défunts moteurs Infoseek et DirectHit. Yahoo! utilisera dorénavant le moteur de recherche Bing de Microsoft, si les autorités de la concurrence autorisent l’alliance entre les deux groupes. Il s’agit d’un partenariat d’une durée de 10 ans, et non d’une fusion ou d’un rachat.
Y a-t-il un avantage à utiliser Bing plutôt que le moteur de Google ? Pas selon Éric Baillargeon. « Les algorithmes des moteurs de recherche se ressemblent beaucoup. Yahoo! et Microsoft ont copié le modèle de Google, selon lequel plus il y a de liens vers un site, plus le site est de qualité. »
Selon lui, le moteur de recherche de Google est même plus efficace en matière de géopositionnement. En d’autres mots, un Montréalais qui cherche une pizzeria près de chez lui aura des résultats plus précis en employant Google.
Si les clients d’Éric Baillargeon ont recours à ses services, c’est pour améliorer leur visibilité sur le Web. Avec le moteur de recherche de Yahoo! qui disparaît, il y a un acteur de moins, ce qui réduit l’offre publicitaire pour les annonceurs. « Pour le Québec, c’est négligeable, souligne toutefois le spécialiste en optimisation Web. Tout le monde se concentre sur Google. »
Stéphane Poirier, aussi spécialiste en référencement sur le Web, pense également que Google n’a rien à craindre. Mais il faudra voir si Yahoo! et Microsoft (MSN, Windows Live) par-
viendront à augmenter le trafic sur leurs sites, puis à convaincre plus d’internautes de faire leurs recherches avec Bing plutôt qu’avec Google. Si c’est le cas, les annonceurs voudront aussi faire le saut.
C’est surtout d’un point de vue nostalgique que la disparition du moteur de recherche de Yahoo ! affecte les experts du Web interviewés par La Presse. Yahoo! est l’un des premiers portails à avoir offert un outil de recherche. « C’est un emblème », rappelle Éric Baillargeon.

« Au-delà de la recherche, c’est une page d’histoire qui se tourne, dit Carl Charest, rédacteur en chef de Branchezvous. Yahoo! a été l’un des premiers à nous habituer à faire de la recherche sur l’internet. 

Google devrait rester le roi de Silicon Valley  -  Nicolas Bérubé
— Google est le roi de Silicon Valley, et l’entente entre Yahoo! et Microsoft ne changera pas le visage de la Mecque de la technologie, estiment divers analystes. En tout cas, pas tout de suite. John Cook, rédacteur en chef du site d’information TechFlash.com, a signalé hier que l’avance de Google reste importante. « Google est en tête. Il détient 65% du marché de la recherche sur le Web. Ça montre à quel point l’entreprise est en avance dans le domaine. »
M. Cook ne voit pas de changements à court terme dans la présence de Microsoft à Silicon Valley. « C’est un contrat qui sera implanté au cours de la prochaine année. C’est très progressif. Je ne crois pas que Microsoft va faire une poussée en force dans la vallée. »
Microsoft, dont le siège social est situé à Redmond, dans l’État de Washington, veut offrir un meilleur produit à ses annonceurs, dit-il.
« Ils ont près d’un tiers du marché maintenant, c’est plus attirant. C’est sans doute un point critique, il est difficile d’ignorer Microsoft aujourd’hui. »
Hier, les analystes semblaient s’entendre sur le fait que la suprématie de Google est assurée pour un bon bout de temps. En entrevue avec le site Computerworld, l’analyste Karsten Weide a tenu à minimiser l’impact de l’annonce.
« Je ne crois pas que Google ait très peur de cette nouvelle entente. Plusieurs personnes ont dit que Google devrait être en état d’alerte, mais je ne crois pas que ce soit le cas. L’entente ne va pas changer le monde. Cela va rendre Microsoft et Yahoo! plus concurrentiels, mais ça ne détrônera pas Google. »
Cauchemar?
Henry Blodget, auteur du blogue The Silicon Valley Insider, croit quant à lui que l’entente n’égratignera pas la cuirasse de Google, pionnier dans le domaine des moteurs de recherche « intelligents ».
« Ironiquement, cette entente sera sans doute avantageuse pour Google, dit-il. La compagnie va pouvoir souffler tranquille pendant des mois pendant que Microsoft et Yahoo! essaient d’intégrer leurs ressources et leurs technologies. »
Selon lui, l’entente entre les deux compagnies est attrayante sur papier. Mais la coopération entre Yahoo!, qui a son siège social à Silicon Valley, au sud de San Francisco, et Microsoft, située en banlieue de Seattle, risque d’être pénible pour les travailleurs des deux entreprises.
« Lorsqu’un client de Yahoo ! sera mécontent de la technologie d’un site, est-ce que le service des ventes de Yahoo ! va téléphoner au service de l’ingénierie de Microsoft pour porter plainte? Selon moi, il sera extrêmement compliqué de faire fonctionner ce partenariat. Je crois qu’un cauchemar s’annonce à l’horizon. »
La récession frappe le monde des technologies de plein fouet cette année. Or, c’est Microsoft qui semble être en moins bonne posture. L’entreprise a sabré près de 3 milliards de son budget en 2009 et fait 5000 mises à pied. Parallèlement, Google a surpris les analystes récemment en annonçant une hausse de 18% de ses profits.


La dégringolade de Yahoo ! surprend le PDG de Microsoft
— Le PDG de Microsoft, Steve Ballmer, s’est dit « surpris » hier par la réaction des marchés boursiers, qui ont lourdement sanctionné le portail internet Yahoo! après l’annonce, la veille, d’un partenariat entre les deux groupes dans le secteur des recherches sur l’internet.
« Quand on examine l’accord et qu’on voit la réaction du marché, personne ne comprend », a déclaré M. Ballmer au cours d’une réunion d’analystes organisée au siège du groupe, dans l’État de Washington. « J’ai été plutôt surpris par la réaction du marché. »
L’action de Yahoo ! a perdu 12,08 % en séance mercredi, et a encore perdu 3,6 % hier au NASDAQ, pour clôturer à 14,60 $ US. Celle de Microsoft, après avoir gagné 1,41% mercredi, est demeurée à peu près stable hier avec un léger gain de 0,04%.
Pourta nt , à en c r oi r e M. Ballmer, « c’est un partenariat où tout le monde est gagnant ». « Nous pouvons ensemble créer de la valeur qui va bénéficier aux actionnaires de Yahoo ! et aux actionnaires de Microsoft », a-t-il assuré.
L’accord annoncé mercredi prévoit que Microsoft prendra en charge la technologie des recherches sur l’internet au nom de deux groupes, Yahoo! fournissant de son côté l’équipe de vente d’espaces publicitaires.
La « réaction bizarre » des investisseurs pourrait être due au fait que « rien n’a été acheté ni vendu », a estimé M. Ballmer. « Mais le partenariat en soi crée de la valeur », a-t-il assuré.
Yahoo !, qui avait refusé l’an dernier une offre de rachat de 47,5 milliards US avancée par Microsoft, ne reçoit pas d’argent au comptant aux termes de l’accord. En revanche, le partage de recettes prévu devrait ajouter 500 millions US à son chiffre d’affaires annuel quand le partenariat atteindra sa vitesse de croisière, dans les deux ans après son entrée en vigueur. Pendant l es c i nq premières années, Microsoft versera 88 % du chiffre d’affaires généré sur les sites Yahoo ! , t andis que Yahoo ! continuera à tirer des revenus de ses partenariats existants avec d’autres sociétés.


Google lance son propre système d’exploitation  -  Tristan Péloquin
Il n’y a décidément plus de limite aux ambitions de Google. Le géant de la recherche a annoncé hier son intention de créer son propre système d’exploitation pour mini-ordinateurs portables, déclenchant ainsi une guerre quasi philosophique contre Microsoft et son omniprésent Windows.
L’affrontement entre les deux géants, prévu de longue date pour quiconque s’intéresse aux rumeurs qui circulent depuis des mois sur la Toile, opposera deux conceptions radicalement différentes de ce que doit être l’informatique à l’ère de l’internet.
Le nouveau système d’exploitation de Google, contrairement à Windows et à Mac OS-X d’Apple, fonctionnera entièrement dans le navigateur internet de l’ordinateur. En d’autres mots, fini les logiciels à installer : sous Google Chrome OS (c’est le nom provisoire que Google a donné à son projet), les logiciels seront chargés comme des pages web. Un noyau Linux, développé à l’aide de la communauté open source, fera le pont entre ces logiciels basés sur le web et la quincaillerie qui compose l’ordinateur.
« L’interface utilisateur sera minimale, pour ne pas surcharger votre environnement et laisser le champ libre à ce qui compte le plus aujourd’hui : l’expérience internet », écrivait hier la société sur son blogue.
Google, qui offre déjà, avec Gmail et Google Docs, une vaste suite de logiciels gratuits fonctionnant entièrement dans le navigateur, vise dans un premier temps le marché des netbooks avec son nouveau système d’exploitation. L’entreprise entend installer gratuitement Google Chrome OS sur plusieurs de ces ordinateurs ultraportables dès le deuxième semestre de 2010. Ce marché, en forte croissance, est pour l’instant dominé par Microsoft, qui a réussi à imposer son vieux système d’exploitation Windows XP sur ces appareils qui coûtent entre 300$ et 600$, mais pour lesquels les acheteurs paient autour de 45$ pour acquérir la licence d’utilisation.
Selon le New York Times, Google viserait à rendre son système d’exploitation nouveau genre suffisamment puissant pour rouler sur le reste de la gamme des PC.
Une première salve
« C’est une première salve publique qu’envoie Google à Microsoft, dans une guerre qui se joue en coulisse depuis environ deux ans », note Michel Dagenais, directeur de département de génie informatique de l’École polytechnique de Montréal. Selon lui, l’idée poussée par Google qu’un système d’exploitation puisse entièrement « vivre » dans un fureteur pourrait bien plaire à une majorité d’utilisateurs. « Ce que veulent la plupart des gens, c’est un système qui démarre en 5 ou 10 secondes, qui joue de la musique, qui gère des photos et qui va sur le web. C’est ce que propose Google, et ça répond aux besoins de 70% des utilisateurs », dit-il.
Colin Surprenant, architecte principal chez le développeur montréalais Praized qui a luimême développé quantité de produits selon cette philosophie des logiciels « vivant dans le fureteur », croit que le système de Google rendra peu à peu Windows obsolète. « Il y a d’immenses avantages à un tel système d’exploitation. Pour les utilisateurs, ils ne nécessitent aucune installation et aucune maintenance. Pour les développeurs, le modèle facilite grandement le travail : c’est beaucoup plus facile et rapide de développer pour le web que dans le modèle classique, où il faut composer avec des librairies complexes, des pilotes et une foule d’éléments lourds à gérer ».
« Selon moi, Google Chrome OS a même le potentiel de déloger Windows, mais il faudra compter quelques années », croit M. Surprenant. Tout un défi, quand on sait que Microsoft détient à lui seul 90% du marché des systèmes d’exploitation.
Hier, à la Bourse électronique NASDAQ, le titre de Google a gagné 5,86 $ US, à 402,49 $ US, tandis que Microsoft a perdu 3 centsUS, à 22,56$US.



CONFESSIONS SUR L’INTERNET  AU LIT AVEC BIG BROTHER  -  Mathieu Perrault

À la mi-juillet, le Commissariat à la vie privée du Canada a tapé sur les doigts du site de réseautage Facebook parce que certaines de ses fonctions, modifiées depuis, protégeaient mal les renseignements personnels. Or, certains sites de réseautage vont bien plus loin : il est maintenant possible de dévoiler, de manière plus ou moins anonyme, ses infidélités ou ses insatisfactions conjugales, les péripéties de sa vie sexuelle, les détails de son cycle menstruel et une foule d’autres statistiques. Qu’est-ce qui pousse des millions de gens à s’épancher ainsi sur l’internet ?

Il y a quelques années, le mari de Dawn Rouse lui a demandé de vider ses poches avant de mettre son pantalon au lavage. Sa demande l’a choquée : la prenait-il pour la bonne ? Plus tard, lorsqu’elle a trouvé l’agenda électronique de son mari au fond de la laveuse, elle a été incapable de lui avouer la vérité. Elle l’a coincé sous le pneu de la voiture pour qu’il pense qu’il était tombé de sa poche et qu’il avait roulé dessus.
« Chaque femme a son lot de petits secrets qu’elle cache à son mari », explique Mme Rouse. Originaire du NewHampshire, elle habite depuis trois ans à MontréalOuest avec son mari et leur fille de 11 ans et poursuit des études de doctorat en éducation à l’Université McGill. « J’ai pensé que ce serait bien d’avoir un endroit où les dévoiler. »
En 2006, Mme Rouse, qui s’occupait alors de la DPJ d’un comté du New Hampshire, a lancé le site internet truewifeconfessions. Elle a fourni les 20 premières confidences. Depuis, près de 3000 autres secrets ont suivi, allant de « tu m’énerves quand tu perds tes clés » à « je vais te quitter dès que notre enfant aura 18 ans ».
Depuis quelques années, une foule de sites internet rivalisent entre eux pour colliger les aléas de la vie privée. Postsecret publie, depuis 2005, des secrets envoyés par la poste à l’artiste qui a conçu le site. Secondchance permet d’exprimer ses regrets de façon tout aussi anonyme. Avec Daytum, il est possible de donner les « statistiques essentielles » sur sa vie, des repas au restaurant à ses rencontres amoureuses (la version gratuite de Daytum n’a pas d’options de confidentialité, que seule la version à 5$ par mois comporte). Monthlyinfo et Bedposted sont encore plus anonymes – l’utilisateur a accès à ses seules données – et permettent de tenir un journal sur son cycle menstruel et sur sa vie sexuelle ( 70% des usagers de Bedposted songent au site pendant ou immédiatement après une relation sexuelle).
Docteur, suis-je normal ?
Il y a deux semaines, le Commissariat à la vie privée du Canada a reproché au site de réseautage Facebook de mal protéger les renseignements personnels. Mais on peut se poser une question préalable: pourquoi assiste-t-on à un tel déferlement d’information intime, dévoilée de façon anonyme ou non, sur la place publique ?
« Ces confidences existent parce qu’il n’y a plus de normes religieuses et que l’autorité des adultes est de plus en plus remise en question, estime Will Straw, professeur de communications à l’Université McGill. La seule manière de vérifier si notre comportement est normal est de voir ce que font les autres personnes. C’est la même chose que de répondre à un questionnaire sur sa personnalité dans un magazine. »
Dawn Rouse confirme l’interprétation. « J’ai 39 ans et je fais partie de la première génération postféministe, dit-elle. On nous a dit qu’on pouvait tout faire. Mais ce n’est pas vrai: on ne peut pas à la fois être une mère et une épouse sans faille et avoir une carrière mirobolante. On manque de temps. Les confidences permettent d’avoir des commentaires pour reconnaître les situations inacceptables, et on lit celles des autres pour se comparer. »
Exposer sa vie sur l’internet permet aussi d’obtenir l’absolution pour ses travers. « Quand on décrit ses mauvais côtés sur l’internet, on a implicitement l’acceptation des personnes qui nous lisent », explique B. J. Fogg, psychologue à l’Université Stanford, joint en Californie. « C’est un peu la même chose que les confessions publiques dans certaines églises baptistes. »
L’influence du virtuel sur le réel
Le chercheur californien se sert de Facebook pour étudier la psychologie de la persuasion. « On peut se demander comment des gens arrivent à convaincre leurs amis de dévoiler leur vie intime sur l’internet simplement en leur demandant d’être leurs amis Facebook, dit M. Fogg. À mon avis, c’est un phénomène de “ normalisation”: des 800 personnes qui sont mes amis sur Facebook, il y en a probablement à peine 100 qui actualisent mettent régulièrement leur page à jour et 50 qui font des changements chaque jour. Mais leur comportement est présenté comme la norme, à la fois par la culture populaire et par la compagnie Facebook elle-même. »
Chose certaine, Facebook a parfois une influence directe sur la vie réelle. Des psychologues de l’Université Guelph ont montré dans une étude que les hommes qui visionnent la page Facebook de leur copine deviennent plus jaloux. Et le magazine Time a parlé récemment des dilemmes des nouveaux couples fervents de Facebook. Certains se sont séparés parce que l’un des tourtereaux n’avait pas changé assez vite son statut de « célibataire » à « en couple ». Des parents ont appris que leur enfant s’était fiancé par des amis qui avaient vu le changement de statut sur Facebook. Des nouveaux mariés ont changé simultanément leur statut respectif de « fiancé » à « marié »… en plein milieu du mariage.

Cet autoexamen constant aura des conséquences néfastes, croit Aric Sigman, psychologue à l’Institut de biologie du Royaume-Uni, qui publiera à l’automne un livre sur le sujet, The Spoilt Generation. « En regardant constamment sa propre vie à distance, on la transforme en objet au lieu de la vivre, dit M. Sigman. C’est à mon avis une conséquence néfaste de la téléréalité. On s’habitue à ne plus avoir de vie intime, à être constamment observé. On n’a plus d’amis en chair et en os qui peuvent nous avertir quand on adopte des comportements toxiques, voire criminels, parce qu’on trouve toujours sur l’internet des gens au mode de vie extrême. Je ne suis pas contre les sites de réseautage, mais je pense qu’il faudrait toujours avoir davantage de relations humaines réelles. Si les amis virtuels étaient aussi bénéfiques que ceux qu’on rencontre en personne, plus personne ne prendrait l’avion pour aller voir sa parenté durant les Fêtes. »

Divorce et Facebook: prudence!
Quatre choses à ne pas faire sur Facebook quand on est en instance de divorce, selon le magazine Time :
1. Ne pas évoquer des activités coûteuses ou les cadeaux qu’on fait à un nouveau partenaire : un juge pourrait estimer qu’on dilapide le patrimoine familial.
2. Ne pas mettre en ligne des photos de fêtes bien arrosées quand la garde des enfants n’est pas décidée. Ne pas oublier les photos sur les sites de ses amis.
3. N’attaquez pas votre ex, son avocat ou le juge.
4. N’enlevez pas immédiatement votre ex-belle-famille de la liste de vos amis.

Cyberintimidation
Un juge californien vient d’acquitter Lori Drew, une quadragénaire du Missouri qui a poussé au suicide une amie de sa fille par le truchement du site de réseautage MySpace. Cette tragédie, survenue en 2006, a donné lieu à l’adoption de plusieurs lois criminalisant la cyberintimidation, les « lois Megan », du nom de la jeune victime de 13 ans. Megan Meier s’était disputée avec la fille de Mme Drew, laquelle, pour venger sa fille, s’était fait passer pour un garçon qui courtisait Megan sur MySpace. Après un mois, le faux garçon avait rompu, avait traité Megan de « grosse » et de « méchante » et avait affirmé que tout le monde à l’école la détestait. Le jour d’après, Megan, qui avait des antécédents dépressifs connus de Mme Drew, s’est pendue. Un jury de Californie, où la compagnie MySpace a son siège social, a rejeté en novembre dernier des accusations de conspiration contre Mme Drew, mais l’a condamnée pour infractions au contrat de service de MySpace. En rejetant cette condamnation, parce qu’elle est basée sur des lois visant tout d’abord les pirates informatiques, le juge a indiqué que si le jury avait retenu les accusations de conspiration, il n’aurait pas acquitté Mme Drew.
Confidentialité... jusque dans les airs
De plus en plus d’études épidémiologiques superposent des cartes géographiques pour détecter des liens insoupçonnés entre des maladies et les caractéristiques physiques ou socioéconomiques de certains quartiers. Les progrès des technologies de cartographie signifient que certains individus malades pourraient être directement identifiés, selon une étude de l’Université d’État de la Louisiane. « Toute carte contenant des données sous forme de point géographique peut être transformée pour révéler l’adresse associée à ces points », affirment les géographes louisianais, qui ont établi une carte des morts survenues durant l’ouragan Katrina, laquelle a été publiée dans un quotidien local. Sur la carte, chaque point représentait une vingtaine de morts et couvrait environ un pâté de maisons et demi.

Le sexe en direct
Boffery, un site de réseautage toujours en construction, va encore plus loin dans la publication de renseignements intimes : il permettra de tenir un journal de sa vie sexuelle sous la forme d’une cartetoile d’araignée qui sera accessible à ses amis.
Boffery, qui fera des liens du style « six degrés de séparation », est l’oeuvre de quatre jeunes militants américains des « modes de vie marginaux ». L’une d’entre eux, Melissa Gira Grant, a récemment décrié les médias qui avaient fait un lien entre les annonces personnelles du site Craigslist et une série de meurtres.
« Nous utilisons tous les quatre le web pour raconter des histoires de sexe et nos expériences sexuelles », explique Mme Grant en entrevue électronique. « Mais les services de réseautage ne sont pas adaptés aux confidences sexuelles. Nous voulons, avec Boffery, refléter ce que les gens font d’habitude dans les soirées : ils regardent autour d’eux avant de raconter leurs expériences sexuelles, pour éviter que des gens avec qui ils ne sont pas intimes entendent leurs propos. Nous voulons encourager les gens à se dévoiler davantage en leur donnant plus d’instruments pour déterminer ce qu’ils disent à qui. »
Plus de 2000 personnes , en Amérique du Nord et en Europe, ont demandé de participer à la version d’essai de Boffery. Une enquête auprès de 400 d’entre eux montre que 85% tiennent un journal de leur vie sexuelle et que 70% l’exposent sur l’internet. « Ce sont des gens qui, pour flirter, utilisent plutôt les sites de réseautage que les sites de rencontres. Ils ont tendance à faire davantage confiance à leurs amis qu’aux "experts" en matière de sexualité », dit Mme Grant.


C’est la faute à Yves Boisvert -  YVES BOISVERT
Appelez-moi plutôt Réjean Tremblay, si ça ne vous dérange pas. Je suis un peu embarrassé par mon nom, ce matin. Le 19 mai, j’ai écrit une chronique intitulée « On a volé Yves Boisvert ». Je parlais du prof de l’ENAP, qui porte le même nom que moi. Il m’a déclaré que la Régie des alcools, des courses et des jeux avait tronqué une étude sur les loteries vidéo, étude faite avec trois autres chercheurs.
Il l’avait surtout déclaré sous serment dans un procès en Cour supérieure, le 11 décembre 2008, mais l’information n’était pas sortie.
Dès le matin de la parution de l’article, le ministre Jacques Dupuis déclenche une enquête interne. L’enquête n’est pas terminée mais on peut vous dire immédiatement l’essentiel: cette histoire est entièrement fausse.
Non seulement la RACJ n’a rien tronqué du tout, mais c’est Yves Boisvert lui-même qui a modifié la recherche qu’il dirigeait (ou du moins a demandé qu’on le fasse), pour satisfaire la RACJ.
Sauf que seule la recherche entière, de 114 pages, enregistrée à la Bibliothèque nationale, était connue du public. Signée par Yves Bélanger, Élisabeth Papineau, Harold Vétéré et Yves Boisvert, avec la collaboration d’Allison Marchildon. Le titre: La responsabilité de l’État québécois en matière de jeu pathologique: la gestion des appareils de loterie vidéo.
Le rapport avait été commandé par la RACJ au Laboratoire d’éthique publique, dirigé par Boisvert. La RACJ ne l’aimait pas, le trouvait trop peu scientifique, trop plein d’opinions. La RACJ a permis à l’Institut national de la recherche scientifique (INRS) de le publier, mais sans mentionner qui l’avait commandité.
Ce qu’on ignorait, c’est que l’INRS avait accepté d’en faire une version condensée, comme par hasard amputée de passages critiques sur l’économie du jeu et son coût social. Le nom de Mme Papineau avait disparu et le titre était désormais Rapport sur la gestion des appareils de loterie vidéo. Arrangement administratif!
Pour un labo d’éthique, ça ne fait pas chic, mais bon: personne ne l’aurait jamais su s’il n’y avait pas, à Québec, ce procès intenté par des joueurs pathologiques contre Loto-Québec.
L’avocat des joueurs, Jean-Paul Michaud, a demandé à la RACJ (non impliquée dans le procès) de déposer ses rapports sur le sujet. Elle a déposé ce rapport édulcoré en toute bonne foi.
On a appelé le prof Boisvert à témoigner, le 11 décembre. Sous serment, il a déclaré que jamais il n’avait produit ce rapport. Il y avait une odeur de cover up à la cour…
Il n’y a qu’un seul document qui émane de l’INRS, dit Boisvert au juge: c’est le rapport de 114 pages. L’autre est « un document fabriqué ». Il se dit « heurté » d’apprendre son existence. Il est « renversé » de voir que le « client » (la RACJ) s’est permis d’enlever le nom de Mme Papineau. C’est « grave », déclare-t-il au juge, car on s’est permis d’écrire « copyright » sur le document « fabriqué ». Ce n’est certainement pas une erreur d’inattention, vu ce qui manque, ajoute-t-il.
Il prend la peine d’expliquer que souvent, les commanditaires des recherches sont mécontents des résultats et veulent des modifications. Mais en tant que chercheur, il se contente de livrer les résultats. Il préfère « bien dormir », quitte à être « un peu plus pauvre » mais avec son intégrité, plutôt que de se plier aux exigences des clients, dit-il. Merde, c’est lui qui l’avait fait! La chercheuse É l i sabeth Papineau, qui témoigne elle aussi, se montre choquée devant le juge de voir qu’on a joué dans son étude et retiré son nom – avec raison. Il y a une question de violation du droit d’auteur.
Le juge Gratien Duchesne laisse voir qu’il est choqué par l’affaire. Mais les affirmations ne Boisvert ne sont aucunement contredites en Cour. Les avocats de Loto-Québec, nullement impliquée dans cette histoire d’étude tronquée, apprennent l’affaire en même temps que tout le monde et sont aussi abasourdis.
J’ai rencontré Boisvert au mois d’avril, donc quatre mois après son témoignage. C’est lui qui m’a informé de l’histoire. Il m’a donné copie des deux rapports. Il m’a même fait un parallèle avec l’affaire Guy Lafleur : cette fois, c’est l’État qui trompe la Cour ! Quelle histoire ! Il m’a montré comment c’était du travail d’amateurs : la page frontispice avait été changée, mais l’en-tête des pages intérieures portait encore le nom de l’enquête originale. Ridicule !
C’est lui, à ma demande, qui m’a fait parvenir toutes les transcriptions pertinentes.
Et trois semaines plus tard, après avoir retrouvé tous les courriels et documents avec les avocats de l’INRS… il est bien obligé de se rendre à l’évidence: c’est son labo qui a fait ça. Il a écrit au juge la semaine dernière que la RACJ n’a rien fait de mal. Il présente ses excuses à la Régie, à la cour, à moi aussi.
C’est du délire, ou quoi? Que s’est-il donc passé? Il s’est passé ce qui arrive souvent, mais qui est un secret inavouable de la recherche commanditée: c’est lui qui a lui-même tronqué le rapport pour la Régie qui n’aimait pas l’original.
Oh, pour des fins élevées, bien sûr : on lui permettrait de publier la vraie recherche, l’autre serait enfouie sur une tablette de la Régie, et puis merde, qu’ils s’arrangent avec ça, on s’en fout, c’est le prix à payer pour publier la « vraie » étude de 114 pages, celle qui compte.
Les échanges de documents le montrent : s’il ne l’a pas fait luimême, il en a donné l’ordre. Mais il avait « oublié » cet épisode « pas des plus glorieux » et était passé à autre chose.
Et six ans plus tard, quand, avant de témoigner, on lui montre le document tronqué, il ne le reconnaît pas. « Je me suis dit: c’est quoi, cette cochonnerie? »
Ben… c’était sa cochonnerie et celle de l’INRS.
Sauf que, sous serment, il a expliqué en quoi ce document tronqué est ridicule, mal fait et certainement pas de lui. Il est allé attaquer la Régie. Et, comme souvent, il a été très sévère dans ses commentaires. Mais tout était de sa faute. Comment a-t-il pu oublier avoir enlevé le nom d’un chercheur pour plaire à un commandi t a i re ? C’es t tout de même une faute d’éthique assez spectaculaire.
Il a consulté des collègues avant de témoigner. Il avoue qu’il aurait dû faire plus de recherches avant d’accuser la RACJ publiquement et très officiellement, devant la Cour supérieure… et dans La Presse. En effet. Quelle histoire nous avions ! Une société d’État qui trafique un rapport! Dans le domaine glauque du jeu, en plus. Joli scandale. Et tout était dit sous serment devant la Cour supérieure! Du gâteau.
Mais ce n’était pas vrai, même pas un petit peu.
Boisvert a démissionné de la direction du laboratoire d’éthique qu’il dirigeait et de la revue d’éthique qu’il avait fondée. On ne l’entendra pas de sitôt commenter l’éthique publique des autres dans les médias.
Quant à moi, même si tout mon récit reposait sur des témoignages rendus sous serment, j’ai écrit sans le savoir des balivernes et je ne suis pas content.
Même s’il m’a induit lourdement en erreur, je laisse encore le bénéfice du doute à Boisvert sur cet oubli, ma foi, bizarre. Il a été tellement candide, j’ai peine à croire qu’il ait aussi grossièrement accusé la Régie et bousillé sa carrière.
C’est tout de même lui qui a trafiqué son rapport, et comme il l’a dit au juge: c’est grave.
Reste qu’au bout du compte, sur la foi de ces témoignages, j’ai aussi accusé injustement la RACJ. Je dois donc aux lecteurs de La Presse et aux gens de la RACJ des excuses que je fais ici.

 
LOTERIES VIDÉO ET JEU PATHOLOGIQUE  La Régie n’a pas trafiqué le rapport
Le chercheur Yves Boisvert « a affirmé des choses sans avoir pris le temps de vérifier ».
— Le chercheur Yves Boisvert a faussement accusé la Régiedes alcools, des courses et des jeux (RACJ) d’avoir trafiqué son rapport sur les appareils de loterie vidéoet le jeupathologique. Il vient de démissionner de son poste de directeur du Laboratoire d’éthique publique de l’ENAP.
La semaine dernière, Yves Boisvert a déposé une déclaration sous serment à la Cour supérieure pour corriger le témoignage qu’il avait fait en décembre dans le cadre du recours collectif de joueurs pathologiques contre Loto-Québec. Dans ce document de deux pages, il reconnaît que le Laboratoire d’éthique publique de l’INRS avait lui-même produit ce « rapport synthèse » à la demande de la RACJ, ce qu’il avait oublié. En plus d’être l’un des auteurs du rapport, il était à l’époque directeur du Laboratoire.
Le 11 décembre, devant le juge Gratien Duchesne, M. Boisvert avait affirmé sous serment que le rapport de 53 pages, déposé en cour par la RACJ, était un « document fabriqué » qui « ne peut être attribué » à son équipe de recherche. « C’est un document assez choquant et heurtant pour un chercheur parce qu’il y a des manipulations », ajoutait-il.
M. Boisvert avait raconté la même histoire à La Presse, qui a publié un texte le mois dernier. Le ministre de la Sécurité publique, Jacques Dupuis, a aussitôt déclenché une enquête administrative, toujours en cours, sur la RACJ. Or, après vérifications, la Régie n’a pas trafiqué le rapport de l’INRS.
Cette affaire a commencé en
Selon la version initiale de M. Boisvert, l’INRS avait remis à la RACJ en 2003 un seul rapport, de 114 pages. La Régie avait autorisé l’INRS à publier le document à la condition de ne pas révéler qui l’avait commandé.
Yves Boisvert disait n’avoir appris l’existence du rapport de 53 pages qu’à l’automne 2008, lorsqu’il a reçu un coup de fil de l’avocat Jean-Paul Michaud, qui représente les deman2002 lorsque la RACJ a octroyé un contrat à l’INRS pour la réalisation d’une étude sur les loteries vidéo et le jeu compulsif. À la fin de l’été, les quatre chercheurs – Yves Boisvert, Élisabeth Papineau, Yves Bélanger et Harold Vétéré – ont remis un rapport de 114 pages, critique de plusieurs aspects de la commercialisation des appareils. La RACJ a jugé que cette étude avait « un style éditorial que ne correspondait pas au mandat donné », selon son porte-parole, Réjean Thériault. À l’automne, l’INRS et la RACJ ont eu des échanges pour apporter des modifications. deurs dans le recours collectif contre Loto-Québec. Dans le cadre de cette requête, l’avocat avait demandé à la RACJ de déposer toutes ses études sur le jeu pathologique. L’organisme n’avait déposé que le rapport de 53 pages. Yves Boisvert a conclu que la RACJ avait « fabriqué » ce document, qu’elle avait tronqué le rapport de 114 pages. C’est ce qu’il a dit au juge Duchesne en décembre, puis à La Presse.
À la suite du déclenchement d’une enquête administrative le 19 mai, l’INRS a entrepris des recherches. Il a découvert que les allégations de M. Boisvert sont fausses. Le chercheur a informé la Cour supérieure dans une déclaration sous serment la semaine dernière. « Il appert de l’ensemble des correspondances retrouvées que les parties au contrat, l’INRS et la RACJ, se sont entendues afin que l’INRS produise un rapport synthèse du rapport de recherche de 114 pages », affirme M. Boisvert dans la déclaration sous serment. L’INRS a retrouvé un courriel daté du 17 février 2003 et envoyé à la RACJ par Allison Marchildon, à l’époque coordonnatrice du Laboratoire de l’INRS. Ce courriel contient les deux rapports. M. Boisvert l’avait reçu en copie conforme. « Je constate aujourd’hui que le rapport synthèse de 53 pages émane bien du Laboratoire d’éthique publique dont j’étais le directeur à l’époque », indique-t-il dans sa déclaration sous serment. Et si M. Boisvert n’a pas fait lui-même le rapport de synthèse, il en a demandé la production. « Je prie cette Cour, les parties en l’instance de même que la RACJ d’accepter mes plus sincères excuses découlant de mon oubli », ajoute le chercheur, qui n’a pas voulu faire de commentaires à La Presse hier.
« Dès qu’il a découvert son oubli, il a apporté les précisions à la Cour, a dit son avocat Pierre A. Gagnon. Il a fait ce qu’il avait à faire. (...) Ce n’est pas la première fois que les gens témoignent de mémoire et font une erreur.»
Démission
Yves Boisvert, qui est aujourd’hui à l’ENAP, a démissionné de son poste de directeur du Laboratoire d’éthique publique de cette institution le 21 mai. «Compte tenu de l’importance de l’erreur, nous avons accepté sa démission », a affirmé le directeur des communications de l’ENAP, Dominic Beaulieu. M. Boisvert « a affirmé des choses sans avoir pris le temps de vérifier. Dans son domaine, l’éthique, c’est un peu embêtant », a-t-il ajouté. M. Boisvert demeure toutefois professeur en éthique.
Yves Bélanger, l’un des auteurs du rapport, est renversé. Il n’avait pas été informé de la production d’un document de synthèse en 2003. « Moi, j’avais acheté la version » de M. Boisvert exposée en cour, a-t-il dit. « Ce que j’apprends maintenant, ça me coupe les jambes.»
La RACJ et l’INRS refusent de commenter l’affaire tant que l’enquête administrative n’est pas terminée.





On a volé Yves Boisvert  -  YVES BOISVERT
Ce n’est pas Yves Boisvert qui le dit, c’est moi: il y a eu vol de chercheurs et tentative de tromper.
Ça fait drôle d’aller manger avec Yves Boisvert. Depuis le temps que je le vois cité à gauche et à droite, je voulais une preuve tangible de son existence.
C’est fait. Yves Boisvert existe, je l’ai rencontré.
Il n’a pas suffi qu’il porte le même nom. Il a fallu qu’on ait à peu près le même âge et qu’il soit professeur d’éthique publique à l’ENAP. On passe notre temps à faire des commentaires sur les mêmes sujets. Gomery, les compteurs d’eau, Mulroney…
C’est comme si un autre moi, mais savant celui-là, se promenait en ville pour dire avec plus de science ce que j’ai à dire.
J’ai même déjà été félicité pour un de ses livres. C’est vraiment le comble de l’imposture et je profite de l’occasion pour présenter mes excuses à tous les Yves Boisvert dont j’ai pu ternir la réputation.
Car il y a aussi un fameux poète du même nom en Mauricie. Pour un prof d’université, voir des opinions un peu sommaires émises en son nom est sans doute un agacement. Mais pour un poète, passer pour journaliste… Je suis vraiment désolé. Nous étions donc face à face sur la terrasse d’un restaurant à causer éthique et gouvernance et généalogie et Guy Lafleur en s’observant tout de même, mais du coin de l’oeil seulement, pour ne pas trop appuyer sur la bizarrerie du moment.
Et là, et là… Et là, il m’a raconté ceci qui m’a levé le coeur.
Au tournant de 2000, la Régie des alcools, des courses, des jeux et de quelques ratons laveurs (RACJ pour les intimes) commande à Yves Boisvert une étude sur les loteries vidéo et le jeu compulsif. La Régie est l’organisme qui est censé réguler et surveiller le jeu au Québec.
À l’époque, Boisvert est responsable du laboratoire d’éthique publique de l’INRS. Il s’adjoint trois autres universitaires : Yves Bélanger, Élisabeth Papineau et Harold Vétéré.
L’enquête porte sur les dangers des appareils de loterie vidéo, les perceptions du public, les expériences internationales et vise à faire des recommandations pour rendre le plus éthique possible ce commerce entre les mains de l’État.
Dès le début de l ’ étude, Boisvert reçoit un coup de fil d’un M. Jacques Normand, du ministère des Finances du Québec. Il a entendu dire que cette étude était en cours et se demandait qui l’avait commandée. Puisqu’il y avait une entente de confidentialité, Boisvert n’en a rien dit.
« Votre étude est dangereuse pour l’économie québécoise », dit alors M. Normand. Visiblement, on est nerveux aux Finances, vu les sommes astronomiques générées par ces machines (plus d’un milliard annuellement).
Qu’importe, les quatre chercheurs poursuivent leur travail et signent, avec leur collaboratrice Allison Marchildon, un rapport de 114 pages qu’ils remettent à la RACJ en juillet 2002.
Quelle n’est pas la surprise de Boisvert d’apprendre que M. Normand a eu une promotion latérale des Finances… à la RACJ. Pourquoi pas?
Passent les jours et passent les semaines. Les gens de la Régie paraissent satisfaits, selon Boisvert. Le rapport n’est pas « contre » la loterie vidéo, mais critique de plusieurs aspects de leur commercialisation. Tout de même, la Régie conteste quelques formulations un peu brusques. On négocie sur des virgules, on soumet de nouvelles versions et on attend la publication…
Mais la publication ne vient jamais. En janvier 2003, la RACJ annonce aux gens de l’INRS que l’étude ne sera pas retenue. Les chercheurs peuvent la publier, mais sans jamais dire qui l’a payée. Ce qu’ils font, un peu déçus, mais enfin leur étude fait son chemin : elle est citée par des parlementaires en Europe, notamment.
Puis, en 2008, Boisvert reçoit un coup de fil de l’avocat JeanPaul Michaud, qui représente les demandeurs dans le recours collectif, à Québec, de joueurs pathologiques contre Loto - Québec. Une cause commencée l’automne dernier et qui ne finira pas avant l’automne prochain.
L’avocat demande à Boisvert de venir témoigner au sujet de ses deux études. Comment, deux études ? Oui, celle qui est publiée par l’INRS, et une deuxième, déposée par la RACJ à la Cour, qui ne compte que 53 pages, par les mêmes chercheurs, moins Mme Papineau. Boi sver t se fa i t fa xer la deuxième étude… Eh bien, c’est une nouvelle version interne par la RACJ, qui avait rejeté la première !
Des gens à la Régie ont supprimé la moitié de l ’ étude, évidemment les parties plus critiques qui ne faisaient pas leur affaire (et la recommandation de donner de vraies dents à ce chien de poche). Ils ont enlevé le nom de Mme Papineau… qui a pourtant signé tout le rapport. Ils ont changé le titre en page couverture (mais pas sur l’en-tête des pages !). Ça ne s’appelle plus « La responsabilité de l’État québécois en matière de jeu pathologique : la gestion des appareils de loterie vidéo ». Ça s’appelle : « Rapport sur la gestion des appareils de loterie vidéo ». C’est essentiellement une analyse de sondage.
La Régie a ajouté un logo du laboratoi re d’éthique publique, changé la date de publication et tout ça sans aucune permission. Et ils ont déposé ça à la Cour. C’est un faux rapport, car aucun des auteurs n’a signé cela. C’est un rapport tronqué. C’est de la fausse représentation. C’est du vol de droit d’auteur. Et comme c’est déposé comme document à la Cour, sans la moindre mise en garde, c’est grave.
Ce n’est pas Yves Boisvert qui le dit, c’est moi: il y a eu vol de chercheurs et tentative de tromper.
Ça bat Guy Lafleur de très loin.
Tout ce que je viens de raconter est dans les transcriptions du procès. Personne ne veut commenter, sur tout pas les avocats, en plein mi l ieu du procès.
Quelqu’un de la Régie a dit que le premier rapport n’était pas assez scientifique à ses yeux, trop « éditorial ». OK. Ça ne donne pas le droit de le tripoter et d’en écrire un autre sans la permission des auteurs.
La question à 1 milliard, maintenant : va-t-on enquêter sur ce tripotage en haut lieu?

L’affaire Boisvert et cie (suite)
On ne peut pas s’approprier une partie de ce travail sans la permission des auteurs, biffer un nom, faire circuler un document signé par des gens qui ont fait l’original, comme si de rien n’était.
J’ai bien hâte de voir si l’enquête déclenchée hier par le ministre Jacques Dupuis va nous éclairer au sujet de cette étude tronquée par la RACJ, dont je parlais hier.
En attendant, voici le contexte de sa découverte.
Il y a donc ce recours collectif, au palais de justice de Québec, entrepris par des joueurs compulsifs contre Loto-Québec. Ils se disent victimes des manipulations et incuries de la société d’État et réclament pour tous les joueurs pathologiques des centaines de millions de dollars. Le procès a commencé en septembre 2008 et durera jusqu’à l’automne prochain.
Dans le cadre de ce procès, l’avocat des demandeurs, JeanPaul Michaud, demande à la Régie de fournir à la cour les études sur les loteries vidéo et le jeu compulsif que la RACJ a pu commander.
La RACJ ( Régie des alcools, des courses et des jeux) dépose alors une étude signée par trois chercheurs, Yves Boisvert, Yves Bélanger, Harold Vétéré. Le titre: Rapport sur la gestion des appareils de loterie vidéo. Avec le logo du Laboratoire d’éthique publique. On peut voir le logo « copyright » accolé au nom du labo.
C’est donc à la demande de l’avocat que la Régie a déposé ce document. Loto-Québec n’est pas mêlée à ce dépôt, ni aux actes de la Régie, d’ailleurs. Jusque-là, tout va bien.
Peu de temps après, à l’automne 2008, Me Michaud appelle Yves Boisvert pour qu’il vienne témoigner au sujet de « ses » études sur les appareils de loterie vidéo ( ALV). Boisvert et les deux autres, plus Élisabeth Papineau, ont en effet publié en 2003 une étude bien connue dans le milieu, qui fait 114 pages. Elle s’intitule La responsabilité de l’État québécois en matière de jeu pathologique : la gestion des appareils de loterie vidéo.
Le hic, c’est qu’il n’y a pas deux études. Boisvert et les trois autres n’en ont fait qu’une, celle de 114 pages, commandée par la RACJ et remise à celle-ci en juillet 2002.
Mais la Régie la trouvait trop critique, trop « éditorialisante », bref, elle ne l’a pas accepté, ce qui est évidemment son droit. L’INRS a lui-même publié l’étude, mais en tenant confidentiel le nom du commanditaire.
D’où vena i t donc c e t t e deu x i ème é t ude ? P a s de Boisvert, ni de ses collègues, bien qu’on les présente comme auteurs.
Quelqu’un, quelque part a épuré la première étude de 114 pages et en a fait la deuxième. Le comique de l’affaire est que les épurateurs ont refait la page couverture et le titre, mais ont négligé de changer le titre à l’en-tête des pages, à l’intérieur. Donc, en haut des pages 2 et suivantes, c’est le titre de l’étude originale qui apparaît.
Qu’a-t-on éliminé? Le texte n’a pas été réécrit. On a simplement éliminé 61 pages.
Quoi ? Des phrases désagréables sur la dangerosité des ALV, par exemple.
Banal, direz-vous. En effet. Mais dans les 61 pages supprimées de la deuxième étude (la fausse), c’est toute la comparaison internationale et l’analyse de l’économie du jeu qui était présentée. Ex. : « Chaque fois qu’un gouvernement propose de déréglementer le jeu ou de mettre un frein à son expansion, le lobbying de cette industrie est à la hauteur de son efficacité et de ses moyens financiers. »
On y lisait aussi que, selon un employé d’une filiale de Loto-Québec, l’offre de jeu n’atteint pas encore la demande au Québec. On note que plusieurs commerces ne seraient plus viables sans la loterie vidéo. On s’interroge sur la présence de guichets près de ces appareils. On citait des études américaines montrant que plus l’industrie du jeu est implantée depuis longtemps sur un territoire, plus on y retrouve de joueurs à problème. On notait qu’il y a lieu de bien évaluer économiquement les coûts sociaux du jeu au Québec, très réels. Des études américaines montrent qu’entre un quart et un tiers des joueurs disent avoir perdu leur emploi à cause du jeu. Et 60% des joueurs perdent en moyenne sept heures de travail par mois pour jouer, un coût de 1300$ par année par joueur.
Tout cela a été supprimé. Il n’est resté qu’un sondage d’opinion analysé et les recommandations du groupe – sauf celle de renforcer la Régie pour mieux surveiller le jeu et l’industrie.
Si cette étude ne vaut rien (ce qui est difficile à soutenir), on peut encore moins piger dedans les bouts qui font l’affaire du client. Et en tout état de cause, on ne peut pas s’approprier une partie de ce travail sans la permission des auteurs, biffer un nom, faire circuler un document signé par des gens qui ont fait l’original, comme si de rien n’était.
Qui a fait cela ? Dans quel but ? Pour les fins internes de la Régie, dans le cadre de débats entre ministères ? Pour simplement ne pas être officiellement informé? Ou tout simplement parce qu’on y lisait un biais idéologique? Quelle que soit la réponse, c’est illégal à sa face même. Il ne faut pas manquer de culot pour, en plus, inscrire le copyright du laboratoire d’éthique publique (suprême ironie).
On parle d’une société d’État, tout de même.
Et même s’il n’a pas été conçu pour être déposé à la Cour ( j’ose espérer que non), quand on est convoqué pour le déposer, la moindre des choses serait de signifier que le document n’est pas authentique – en tout cas, ce n’est pas celui signé par les chercheurs.
Quand il est allé témoigner devant le juge Gratien Duchesne, l’automne dernier à Québec, Boisvert a tout raconté. Il a dit au juge qu’il se sentait « heurté » de voir qu’on avait tronqué son étude et biffé le nom d’une collègue. Le juge, visiblement stupéfait, choqué même, lui a répondu qu’il le trouvait bien poli…
D’accord avec vous, monsieur le juge.

Étude sur le jeu compulsif - Québec déclenche une enquête

tronquée par la RACJ et déposée en cour
— Le ministre de la Sécur ité publique, Jacques Dupuis, a déclenché hier une enquête administrative sur la Régie des alcools des courses et des jeux ( RACJ) qui aurait déposé un rapport de recherche tronqué en Cour dans le cadre d’un recours collecti f contre Loto-Québec.
La Presse a révélé hier que la RACJ aurait modifié en bonne partie un rapport de quatre chercheurs de l’INRS sur les appareils de loterie vidéo et le jeu compulsif, rapport qu’elle avait elle-même commandé.
La moitié de l’étude qui date de 2003 – les parties les plus critiques – aurait été supprimée par la RACJ sans l’accord des auteurs. Le nom d’une chercheuse, Élisabeth Papineau, a été enlevé. Le titre a été changé sur la page couverture, mais pas sur l’en-tête des pages. Le rapport s’intitulait La responsabilité de l’État québécois en matière de jeu pathologique : la gestion des appareils de loterie vidéo. Le document transmis au tribunal par la RACJ l’an dernier s’appelle Rapport sur la gestion des appareils de loterie vidéo. L’étude a été déposée en cour sans mise en garde.
« J’ai lu l’article de La Presse, et ça m’a préoccupé. On parle d’une étude qui, apparemment, aurait été manipulée. Ça m’a suffisamment troublé pour demander à mon sous-ministre d’aller au fond des choses », a affirmé Jacques Dupuis à la sortie d’une réunion du caucus libéral. L’« enquête administrative » sera menée par le ministère de la Sécurité publique et un enquêteur indépendant.
La RACJ a commandé à l’INRS une étude sur les loteries vidéo et le jeu compulsif. À la fin de l’été 2002, les quatre chercheurs – Yves Boisvert, Yves Bélanger, Élisabeth Papineau et Harold Vétéré – ont remis un rapport de 114 pages, critique de plusieurs aspects de la commercialisation des appareils. Mais cette étude avait un « style éditorial qui ne correspondait pas au mandat donné », selon le directeur des communications de la RACJ, Réjean Thériault. Les chercheurs de l’INRS – qui ont toujours cru respecter le contrat – et la RACJ ont négocié des modifications au cours de l’automne.
C’est à ce moment que les versions de la RACJ et du chercheur Yves Boisvert diffèrent. Ce dernier estime que le rapport – légèrement modifié par rapport à l’original à la suite des négociations – a été remis à la RACJ au début de 2003. L’organisme a autorisé les chercheurs à publier le rapport à la condition de ne pas révéler qui l’a commandé et payé, ce qui a été fait. M. Boisvert n’a appris l’existence de l’étude tronquée que l’automne dernier, lorsqu’il a reçu un coup de fil de l’avocat Jean-Paul Michaud, qui représente les demandeurs dans le recours collectif contre Loto-Québec.
Selon la version du porte-parole de la RACJ, Réjean Thériault, l’INRS a remis deux rapports le 31 janvier 2003. L’étude légèrement modifiée qui fait 114 pages et une autre de 53 pages, celle que la RACJ a déposée en Cour, « celle qu’on a commandée et payée », qui « respectait le mandat ». « On n’a pas tronqué d’étude », a affirmé M. Thériault.
Plus tard dans la journée, La Presse a demandé des précisions à la RACJ sur sa version. Entretemps, Cyberpresse a révélé que le ministre Dupuis avait déclenché une enquête administrative. « Maintenant qu’il y a enquête, je n’ai pas de commentaires à faire », a répondu Réjean Thériault, qui n’affichait plus la même assurance. « Les informations qu’on a réussi à trouver ce matin (hier) nous laissent croire qu’il n’y a pas eu traficage. Mais on n’a pas fait une enquête exhaustive », at-il dit.
Yves Boisvert trouve « surprenante » la version des faits de la RACJ. « Le document est tellement mal fait. Ça ne peut pas venir de l’INRS », a-t-il lancé.
Le 11 décembre dernier, devant la Cour supérieure qui entend le recours collectif, Yves Boisvert a affirmé sous serment que l’étude de 53 pages « ne peut être attribuée » à son équipe de recherche. « C’est un document assez choquant et heurtant pour un chercheur parce qu’il y a des manipulations. Pour moi, c’est un document fabriqué. »
« Je comprends que vous soyez heurté, a dit le j uge Gratien Duchesne. Je trouve que vos qualificatifs sont, pour le moins, tendres ! »

Des brevets gênants -  ARIANE KROL
La capacité de recherche ne devrait pas être assujettie au bon vouloir des sociétés qui détiennent les brevets sur les gènes.
Breveter les gènes humains, est-ce acceptable? Le débat vient d’être relancé aux États-Unis avec une poursuite spectaculaire visant à interdire cette pratique. Il serait étonnant que les tribunaux aillent aussi loin. Mais ce recours soulève des questions extrêmement pertinentes.
La poursuite a choisi pour cible la société biopharmaceutique Myriad, qui a été l’une des premières entreprises à commercialiser un test génétique. Myriad détient des brevets sur les gènes BRCA1 et BRCA2, dont certaines mutations sont associées aux cancers du sein et de l’ovaire, et sur des tests permettant de détecter ces mutations. Des brevets qui, selon les plaignants, restreignent la recherche et limitent la prévention – pour les femmes qui n’ont pas les moyens de se payer les tests de Myriad.
Des associations scientifiques représentant des centaines de chercheurs appuient ce recours de l’American Civil Liberties Union. Sur papier, la démonstration est convaincante. Mais dans les faits, la solution devrait peut-être plutôt venir de la façon dont on utilise les brevets sur les gènes.
Car onn’estmêmepas sûrque ces brevets soient aussi puissants que l’affirment les entreprises. L’Office européen des brevets a récemment conclu que la protection qu’elle avait accordée à Myriad ratissait trop large, et en a réduit la portée de moitié. Ici, les provinces ont décidé de ne pas tenir compte des revendications de la société américaine, et utilisent plutôt des tests offerts par des labos canadiens.
Le brevetage n’est donc pas, en soi, un obstacle insurmontable. Et il n’est pas le seul responsable des problèmes d’accès vécus par des patientesaméricaines. Évidemment, si d’autres labos étaient autorisés à concurrencer Myriad aux ÉtatsUnis, le prix des tests baisserait. Mais ils demeureraient quand même inabordables pour beaucoup de patientes qui n’ont pas d’assurances privées. Qu’un brevet portant sur un gène puisse verrouiller l’offre diagnostique, est-ce exagéré? Et que l’accès à un test aussi vital dépende de la capacité de payer, est-ce normal? D’autres pays, dont la France et le Canada, ont déjà répondu par la négative. Les ÉtatsUnis devront faire leur examen de conscience.
Reste les obstacles à la recherche. Apparemment, Myriad serait beaucoup plus ouverte que ce qu’affirme la poursuite. Mais comme elle ne l’a jamais crié sur les toits, et qu’elle suscite beaucoup de méfiance dans la communauté scientifique, il est bien possible qu’effectivement, des chercheurs se privent de travailler sur les gènes BRCA1 et BRCA2.
De toute façon, ça ne change rien au fond de l’affaire. La capacité de recherche ne devrait pas être assujettie au bon vouloir des sociétés qui détiennent les brevets sur les gènes. Il va falloir développer des mécanismes pour prévenir de tels abus. Peut-être pourrait-on modifier les lois pour interdire que les brevets servent à déclencher des poursuites contre des chercheurs. Les gouvernements et autres bailleurs de fonds publics pourraient aussi imposer des conditions aux institutions dont ils financent les recherches. On pourrait ainsi s’assurer que les découvertes financées par les deniers publics restent dans le domaine public, même quand elles sont rachetées par des entreprises à but lucratif.




Faut-il craindre la dictature subliminale? - Fabien Deglise
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 novembre 2007
Mots clés : dictature subliminale, communication, Publicité, santé, Québec (province)
La scène est un peu surréaliste. Allongé dans un scanner médical, un individu regarde des publicités diffusées sur un petit écran de télévision. Autour, les médecins se font rares. Ils ont été remplacés par des psychologues et des spécialistes en communication. Leur objectif? Surveiller les réactions du cerveau aux stimuli commerciaux présentés.
La démarche est franchement intéressée. À terme, elle devrait permettre de comprendre les mécanismes cérébraux liés à la prise de décision d'achat et de lever le voile sur les émotions qui y sont associées, cela dans un but précis: planifier des campagnes publicitaires que les consommateurs pourront difficilement esquiver.
Science-fiction? Pas vraiment. Le neuromarketing -- l'utilisation de la neuro-imagerie cérébrale à des fins commerciales -- commence à faire son apparition dans l'univers secret et ultra lucratif de la recherche sur le comportement des consommateurs. Or, bien que marginal pour le moment, le phénomène n'est pas sans inquiéter la Commission jeunesse de l'éthique de la science et de la technologie (CJEST) qui, dans un rapport rendu public la semaine dernière, appelle consommateurs, gouvernement et marchands de rêve à la plus grande prudence.
«La société serait-elle à l'aube d'une dictature subliminale?», se demande le groupe de 15 jeunes qui, sur le modèle du Parlement jeunesse, vient de se pencher sur les questions éthiques entourant l'émergence de cette nouvelle science de la persuasion. Et leur bilan n'est pas très encourageant.
Dans les entrailles du cerveau
À des années-lumière des sondages et des groupes de discussion, outils d'ordinaire mis à profit dans le domaine de la vente, la neuro-imagerie ouvre désormais tout grand le cerveau humain aux spécialistes de la communication commerciale et autres vendeurs de «cossins».
Le hic, c'est qu'en ayant en main des cartographies assez précises du cerveau -- le seul organe humain qui cherche à se comprendre lui-même -- lorsqu'il est exposé à toutes sortes de messages, ces rois de la vente pourraient ces prochaines années développer des campagnes d'une efficacité redoutable. Des campagnes en mesure de manipuler sournoisement les consommateurs. Et tout le monde frémit.
«Une telle manipulation fait en sorte de traiter les personnes comme un moyen plutôt qu'une fin, écrivent les membres de la CJEST, ce qui va à l'encontre de la dignité humaine. Si le neuromarketing peut effectivement en venir à restreindre la capacité d'effectuer des choix rationnels et à orienter le comportement des gens, les conséquences possibles sont inquiétantes en ce qui concerne les applications éventuelles dans des publicités politiques où à saveur idéologique.»
Manipulation et appréhension
Perte d'autonomie et de liberté: le portrait dressé par la commission est catastrophique. Il n'est pas non plus sans rappeler la savoureuse théorie du complot publicitaire élaborée dans L'Affaire Bronswik, célèbre «documenteur» de l'Office national du film réalisé en 1978. À cette époque, la télévision soulevait en effet autant de craintes qu'elle procurait de divertissements. À travers elle, les réalisateurs Robert Awad et André Leduc ont eu alors l'idée d'exploiter le thème de la manipulation des esprits en racontant l'histoire de la télévision, de marque Bronswik, dotée d'une puce qui envoyait des signaux au cerveau des téléspectateurs pour les inciter à surconsommer. Contre leur volonté.
Bien sûr, face au neuromarketing, le groupe de travail est loin de succomber à cet appel de la conspiration. Mais il y va quand même de quelques recommandations afin d'éviter que ce nouveau pan de la science finisse par aller trop loin.
Neuromarketing sous observation
Dans les grandes lignes, le rapport suggère par exemple à Québec de «mettre en place un programme de recherche [réunissant] des chercheurs en neurosciences, sciences sociales et sciences de l'administration afin de mieux comprendre les tenants et les aboutissants du neuromarketing». Cette démarche devrait aussi, selon la CJEST, s'accompagner d'une surveillance accrue de ce secteur mais aussi des «effets potentiels sur des groupes vulnérables» à une telle approche.
Autres recommandations: le groupe de jeunes, qui ont joué aux éthiciens dans le cadre de cette commission jeunesse, propose au gouvernement de «favoriser le développement de l'esprit critique dans la formation citoyenne et la formation en éthique, tant au secondaire qu'au collégial». Objectif? Aider les générations montantes à faire des choix de consommation informés et surtout les prémunir contre le chant des sirènes de la surconsommation.
L'idée coule de source. Elle pourrait aussi, à terme, éviter aux consommateurs de demain de se retrouver dans la situation embarrassante dans laquelle Fry, le personnage principal de Futurama, se place dans un des 72 épisodes de ce dessin animé imaginé par Matt Groening.
Rappel des faits: un matin, au réveil, le livreur de pizzas du XXe siècle propulsé, par une longue histoire, dans le futur, a une envie incontrôlable de s'acheter des «bobettes» qui, croit-il, vont le rendre irrésistible auprès des femmes. L'envie est irrationnelle et, une fois au magasin, il découvre qu'elle a été induite par des messages publicitaires diffusés dans son cerveau pendant qu'il dormait. Une pratique commerciale courante dans le XXIe siècle inventé par Groening. Mais tout ça n'est que divertissement. Pour le moment, du moins.
***
Autre lieu, autre préoccupation. Depuis des semaines, la force du dollar canadien face à son cousin américain ne cesse de mécontenter les consommateurs d'ici, qui sont désormais exposés à une dure réalité: même si leur monnaie est devenue forte, cela ne les empêche pas de payer plus cher des produits achetés en dollars américains et importés justement des États-Unis.
Sceptique? Cette semaine, un ordinateur portable Mac de base était vendu 1099 $ US sur le site américain d'Apple, soit 1005 $ CAN selon le taux de change en vigueur par les temps qui courent...
Or ce même ordinateur est plutôt proposé aux consommateurs canadiens et québécois, de surcroît par l'entremise du magasin en ligne canadien de l'empire de la pomme, au prix de... 1249 $. Il est question ici d'une différence de 244 $, ou 20 % environ de la facture totale. Ce qui n'est pas rien pour un produit de cette taille.
Disons-le, cette observation est très amusante. Ou peut-être pas.
Conso@ledevoir.ca