Santé


LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS

Voir aussi : Psychologie...

L’OMS INTERDIT LA PLANTE ARTEMISIA ANNUA, PLUS GRAND REMÈDE CONTRE LE CANCER QU’ELLE ERADIQUE EN 16 HEURES Ebola : le mensonge généralisé

Un monde sans antibiotiques : il l’avait prédit

Colestérol : un cas d’école de désinformation médicale à grande échelle

Dioxyde de titane : Une bombe à retardement ?

LessEMF.com
L’électrosensibilité
Take Back Your Power - Teaser

Resonance - Beings of Frequency
Coupez vite le Wifi chez vous !
Le Syndrome des Micro-ondes : dossier scientifique
Voici à quoi ressemblerait les ondes Wi-Fi si l’on pouvait les voir

Lack of catastrophic drug program a black eye for Canada

Drug costs shouldn’t impoverish Canadians - Globe Editorial


La cause des maux en santé


Comment peut-on prétendre se soucier de notre système de santé tout en refusant nous-mêmes la main d'oeuvre dont nous disposons pourtant déjà, et qui nous fait pourtant le plus cruellement défaut ?...
Médecins potentiels

Et si la mixité public-privé représentait ne serait-ce qu'une partie de la solution ?...
Une fausse controverse

Calling Dr. Clavicle - Margaret Wente
Do Canadians have what it takes to transform medicare?
Medicare shouldn’t mean monopoly - Globe Editorial
‘Fractured’ health care system is failing Canadians, report finds
Si on pensait d’abord aux patients
A small cancer tumour, a giant time bomb
Access delayed is access denied
Private rooms save lives and money
La paix de l'esprit pour 975$
Canada Health Act rules ignore human nature
It wouldn’t kill us to look at Australian health care - Jeffrey Simpson
With a little experimentation, medicare can be made to work
Infirmières - Le public stagne, le privé marque des points
Pour un examen critique du système de santé
Les infirmières se méprisent
Soyons réalistes
Réalité incontournable

Et les critiques vis-à-vis d'une privatisation des soins de santé, ne fut-elle que partielle, peuvent-elles vraiment s'appliquer du moment où le patient devrait à la base assumer lui-même les coûts reliés à sa santé, et deviendrait ainsi ni plus ni moins qu'un réel client, ce qui aurait donc pour effet de mettre les dispenseurs de soins de santé en situation de réelle concurrence ?
Privatisation des soins - Pourquoi payer plus pour en avoir moins?

Et en attendant que soit clairement encadrée, et donc intégrée la pratique privée, ne nous trouvons-nous pas à entretenir une brouillard légal qui ne peut qu'encourager l'apparition de procédures des moins rassurantes, puisque tenant essentiellement de la corruption ?...
Le brouillard autour d'une loi

Canadian health care falls short of what we deserve


Mais cela devrait-il vraiment empêcher pour autant que l'on tienne aussi compte d'autres considérations ?...
Un luxe, les soins dentaires?
Want fast care? Slip an MD some cash
Privatizing health care is risky for all of us

Et l'expérience américaine ne permet-elle pas de démontrer à quel point il peut s'avérer dangeureux de ne remettre la charge de gérer la santé qu'entre les mains du privé ?...
It’s evening in America -
MARGARET WENTE
Voler une banque pour recevoir des soins

Une porte serait-elle enfin ouverte pour ce qui est de soigner notre système de santé ?... Ou du moins pour oser remettre son modèle en question ?...
Liberal MP writes user-pay prescription for health care

Des services de santé rationnés
Qui paiera? - André Pratte
Les Français habitués de sortir leur portefeuille
Impôt santé de 200$ par an et «ticket orienteur» dans trois ans
Franchise santé: Bolduc refuse de dévoiler les chiffres

Mais cela ne suppose-t-il pas surtout que l'on puisse franchir toutes les barrières que l'on puisse rencontrer sur la voie du changement, surtout dans ce dossier en particulier ?...
Ticket modérateur:sommes-nous des «pissous»?
La solution 6-1-3

Ticket modérateur: le ministre Bachand ouvre les discussions
Franchise santé: Bachand sonne la retraite
Ticket modérateur: les médecins de famille s'unissent
User-fee dispute masks the real issue
When the penny drops, denial over health care stops - Jeffrey Simpson

Ignatieff s'oppose au ticket modérateur du Québec en santé
The Canada Health Act is dead
Jamais «pour rien»
Revue de presse - Faire des vagues
La santé - À consommer avec modération

Tollé contre une franchise en santé
Ignatieff ouvert à une franchise santé
Feds mum on Quebec fee to visit MD

La «franchise-santé» passera-t-elle le test fédéral?
Jean Charest ignore si la «franchise-santé» passera le test fédéral

Et si notre système de santé avait peut-être aussi besoin d'un peu plus de décentralisation ?...
Gouvernance en santé - Bolduc doit refaire ses devoirs dit Claude Castonguay

Et si l'on s'inspirait tout simplement de ce qui peut se faire ailleurs ?...
Un retard pitoyable

Le Canada peut faire beaucoup mieux
LA TÉLÉMÉDECINE A LA COTE EN SUISSE
It wouldn’t kill us to look at Australian health care - Jeffrey Simpson
B.C.’s new twist in delivering health care
Deux langues, deux mesures?

L'exemple américain - Mario Roy
Yes, he can. Et nous? - Vincent Marissal
A health-care challenge to Canada

Une victoire et une menace - Lysiane Gagnon

Obamacare may lure Quebec MDs


Et l'exemple de l'Ontario mérite-il d'ailleurs d'être suivi ?...
Ententes secrètes: Québec demande à la RAMQ d'enquêter

Médicaments: le Québec peut remercier l'Ontario
Médicaments génériques: Jean Coutu ouvert à une baisse des prix

Le Québec ne doit pas imiter l'Ontario, selon Jean Coutu
Ontario's war on drug prices


apathie politique

Gros échec


Non content de négliger la santé des Québécois, se pourrait-il que le ministre Bolduc ne puisse s'empêcher d'y ajouter l'injure suprême d'aller jusqu'à carrément faire croire que tout va très bien pour ce qui est de leur santé, même si cela n'a justement rien à voir avec la réalité ? Autrement dit, le ministre Bolduc serait-il carrément en train de mentir aux Québécois au sujet de rien de moins que leur propre santé ?...
Le ministre Bolduc est satisfait de son travail
Bolduc reconnaît la pénurie d'infirmières dans certaines unités

Le manque de leadership du gouvernement Charest dans le dossier de la santé n'en viendrait-il pas à s'apparenter tout simplement à de la négligence criminelle ?..
L'ingouvernable
Mort de Paul Buisson: un urgentologue «réprimandé»
Hôpitaux: Bolduc confiant de redresser la situation


Le gouvernement Charest, qui fut pourtant élu en promettant tout pour le système de santé, n'est-il pas surtout en train de prouver qu'il se moque tout simplement de la santé des Québécois ?... Et ce gouvernement aura-t-il donc carrément menti aux Québécois en ce qui concerne ni plus ni moins que leur propre santé ?...
Encore les urgences

Des paroles creuses
L'échec libéral - André Pratte
Hôpitaux en crise: les infirmières s'en prennent à Bolduc

Et se pourrait-il donc que la population ne soit peut-être pas tout à fait indifférente à que qu'on ce qu'on fasse aussi peu de cas de ce qui après tout ne s'avère rien de moins que sa propre santé ?...
Yves Bolduc prêt à diriger un autre ministère


Et si l'on se décidait enfin à faire face à la réalité, ne serait-ce que pour faire changement ?...

La maladie des dépenses

A small cancer tumour, a giant time bomb
Une santé financièrement malade
Don’t write a blank cheque for drugs - Globe editorial
Is there a medicare task force in the house?
Neuf ministres plus tard...
We want more health care, but we don’t want to pay for it - Jeffrey Simpson
Santé: ces étranges Canadiens
Santé: coup de semonce de l'OCDE
Santé: l'OCDE s'attaque aux vaches sacrées canadiennes
M. Bolduc reste
And the worst record on timely access to primary care goes to … - Jeffrey Simpson
We can’t afford to live in health-care denial - Jeffrey Simpson
Public contre privé: faut-il attendre ou payer ?
Le Québec est la province qui fait le plus de place au privé

When the penny drops, denial over health care stops - Jeffrey Simpson
Quelle universalité? - Marie-Claude Lortie
Why it's easier to avoid a shock to health care - Jeffrey Simpson
Les médecins appuient les revendications des infirmières
Une vie a un prix - PATRICK BELLEMARE
Can we afford medicare's soaring cost?
A $6-million investment that could save lives

Et si l'on se posait enfin les véritables questions ?...

To manage health costs, invest in social well-being

Combien de médecins?

Et si on remettait un peu en question certains ''principes fondamentaux'' de notre système de santé, ne serait-ce que pour faire changement...
Why do we still subsidize care for the well-to-do?


Et si on pouvait peut-être commencer par voir le patient comme un être humain plutôt qu'une machine à réparer ?...
L'art de rendre l'hôpital hospitalier

La véritable dignité - MAXIMILIAN ZUCCHI

Et si la médecine chimique représentait au départ un problème plutôt qu'une solution ?...
Soigner une blessure avec du miel
Harnessing the power of bacteria
RUÉE VERS LA SANTÉ « VERTE »
Little old ladies are crashing the system
Somnifères et anxiolytiques accroissent le risque de mortalité
La bataille des médecines
Guérir par les microbes ?
Le «patient zéro»?

Médicaments - Un risque réel
Médicaments - Cocktails risqués pour cancéreux âgés

Permettre les thérapies parallèles, Tout en demeurant prudent

Cancer: la tyrannie de la pensée positive

La preuve nécessaire
Asthme: la médecine douce n'aide pas les enfants
L'homéopathie ne repose sur aucune base scientifique

Prévenir l'obésité débute avant la naissance


Se pourrait-il donc que le gouvernement Charest n'ait tout simplement aucun plan pour sauver de la catastrophe notre système de santé ?...
Sans plan d’ensemble - CLAUDE CASTONGUAY

Québec envisage deux nouveaux hôpitaux généraux
Tolérance zéro pour les déficits d'hôpitaux

Le gouvernement Charest ferait-il carrément preuve de négligence à l'égard des aînés du Québec ?...

Plus de 1700 lits fermés
Au tour des préposés aux bénéficiaires d'être à bout de souffle
Plus pauvres, plus isolés -  Daniel Boiteau
CHSLD L’ASSS de Montréal défend son plan  -  Katia Gagnon
CHSLD  Processus d’entrée chaotique  -  Katia Gagnon

CHSLD : Réunion au sommet  -  Katia Gagnon
Abolition des  CHSLD de Montréal
La réforme des CHSLD connaît des ratés  -  Ariane Lacoursière

Voir aussi : Et par ailleurs, aurions-nous un peu oublié nos aînés ?...

Les tares de notre système de santé ne viennent-elles pas à prendre de telles proportions que cela semble en devenir pratiquement ridicule ?...
Encore les urgences


Notre système de santé serait-il donc fondamentalement inefficace ?...
(Y aurait-il donc un problème au niveau de la structure même de notre système de santé ?)
Hôpitaux: Le mystère de Montréal
Wait times: So much money, such modest progress - Jeffrey Simpson

Y aurait-il quelque chose qui cloche dans notre cher système de santé ?...

L’enfer de Barbara Gagné
Le prisonnier de guerre
C’est au québec qu’on attend le plus pour voir un médecin
Sondage national des médecins - La voix médicale
Plus de médecins pour moins de soins
The gift of a good death - Margaret Wente
MAL CHRONIQUE AUX URGENCES
DES PATIENTS S’EN VONT SANS AVOIR VU UN MÉDECIN
Combien sont-ils ? Mystère !

Soigner mieux pour moins cher
Another scary tale from the health-care trenches
Des personnes âgées plein les urgences
Editorial: Easing the pressure on the city's ERs
Take the politics out of health care? Good one!
La crise du biscuit
Avoir le dernier mot

Des miracles jusqu’à quand ?
Les Canadiens vont à l'urgence, faute d'autres ressources
« Accoucher n’est pas une pathologie »
Le monstre tricéphale
A dose of fiscal medicine
No easy fixes for health system

Assureur malade
Santé: une question sans réponse
Quatre cas de suicides confirmés par la direction du CHUQ
Conseil de la fédération - Toujours la santé!
Santé: la loi est bafouée, disent les médecins
L'assurance maladie en déclin
CMA speaks with forked tongue 

Échographies: des patients dirigés vers le privé
Santé effondrée
Pharmacies: le Québec à la remorque - Alain Dubuc
Fermeture de lits: Notre-Dame et Lakeshore écopent
«Un médecin ne peut pas scier la branche sur laquelle il est assis»
Pharmaciens d'hôpital: la pénurie persiste
Comme du bétail
Québec paiera pour les pompes - Vincent Marissal
Le facteur chaton - Ariane Krol

Les urgences, un milieu «hostile» aux aînés

Attente aux urgences: Québec s'éloigne de son objectif
Cancer et soins palliatifs - Mourir à l'urgence
Le réseau de la santé mal adapté à la hausse des maladies chroniques
Une «structure trop lourde», déplorent médecins et infirmières
Cancer gynécologique: des dizaines d'opérations reportées 
Failles importantes en cancérologie
La santé est-elle malade? - Michel Girard
Des services de première ligne à rebâtir
Sans rendez-vous, sans médecin?
Santé: les provinces ne pourront pas toujours compter sur le fédéral
La médecine ping-pong - Ariane Krol
Petites histoires d'horreur - Alain Dubuc
Superinfirmières en péril
Recherchées: infirmières désabusées
Superinfirmières: rien ne va plus

Sommes-nous aussi masos en santé? - Alain Dubuc
Urgences: Québec encore interpellé par des plaignants
Le directeur national des urgences démissionne
Une première ligne en lambeaux
Les étudiants boudent la médecine familiale
Marois dénonce le «dérapage» en santé
Le réseau est en crise, disent les intervenants du milieu

La santé au bord de la crise de nerf - Alain Dubuc

Le Bolduc émissaire - André Pratte

Système de santé en faillite
De plus en plus d'infirmières du privé
Hôpital Cité-de-la-Santé: les urgences mal en point
Danny Williams n'est pas le seul - Claude Picher
Le bouc émissaire
Décès d'un homme en attente d'une chirurgie cardiaque - Une situation «inacceptable», mais «exceptionnelle», juge Bolduc

Le Canada «menotté» par les coûts du système de santé
La courte paille - Ariane Krol
Mourir d'attendre - Yves Boisvert

Une opération reportée 10 fois

Mort en attendant l'opération: l'opposition remet en cause le leadership de Bolduc 
Mort en attendant l'opération
Urgences, vraiment? - Ariane Krol
Des opérations sont reportées

Crise dans les urgences: du jamais vu
La situation se détériore aux urgences

Des patients meurent faute de soins
Assurance médicaments: fraude et irrégularités coûtent cher

Cure health care, or lose it – bit by bit
'It’s my health and it’s my choice,' Danny Williams says
Danny Williams and the separatism of the rich
Revue de presse - La santé dans tous ses états
The ultimate in two-tier health care
La santé en retard d'une révolution - Alain Dubuc
Les listes d'attente «épurées»
Une bureaucratie inutile -  Michel Aubé
Santé: mythes et réalités - André Pratte
Des ententes coûteuses

Le système de santé québécois fait piètre figure
Dossier santé Québec cherche un sauveur
Hausse marquée de l'absentéisme dans le réseau de la santé
Le syndrome du spaghetti - Alain Dubuc
La cigale et la fourmi, version pandémie  -  Rima Elkouri
Voir aussi  Avortement : D’autres interventions compromises
et  Un ministre dans l’embarras — Pascale Breton
de même que Crise avortée    -  ARIANE KROL
ou La fissure dans le mur  - MÉLANIE DUGRÉ
Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte  -  Pascale Breton

Et l'impotence de notre système de santé n'en vient-elle pas à prendre des proportions tout simplement inacceptables ?...
17 000 enfants opérés tardivement en 2009
Le S.O.S. des enfants diabétiques - Vincent Marissal
Femmes enceintes en Gaspésie : Une situation inconcevable, reconnaît le ministre  -  Pascale Breton
DES FEMMES SONT LAISSÉES À ENCEINTES ELLES-MÊMES 

Santé : Un an de congé payé avant la retraite  -  Denis Lessard
Santé : Méchant débat  -  MARIO ROY
Le Québec égoïste  -  ANDRÉ PRATTE
Anatomie d’une catastrophe  ALAIN DUBUC

Le cirque de la santé - ARIANE KROL

Santé : Gare aux « horreurs » du système canadien ! -  RICHARD HÉTU
Bolduc échoue au test  -  VINCENT MARISSAL
Les Québécois se tournent vers les cliniques sans rendez-vous

Urgences : Victimes de leur succès  -  Alain Larouche
Seulement 2,2 médecins par 1000 habitants en 2007

Urgences : TOUJOURS PLUS D’ATTENTE -  Pascale Breton
La situation à Montréal demeure la plus difficile

NÉONATALOGIE  Les hôpitaux montréalais débordés

Obésité morbide : Des années avant d’être opéré -  Pascale Breton

Le ministre Bolduc demande trois ans
Des impacts douloureux -  Denis Soulières

Système de santé : Dérapage dangereux

Et toute tentative de le réformer ne pourrait-elle qu'être vouée à l'échec ?...

Le Dossier de santé du Québec au point mort


Notre système de santé démontrerait-il donc une incapacité chronique à évoluer ?
La 16e heure

Notre système de santé n'aurait-il pas des chances de fonctionner déjà mieux s'il commençait par bien traiter ses propres employés ?...

Une culture à redéfinir?

Les remèdes du Dr Mintzberg
Une profession qui peut devenir toxique
New MDs need choice, not coercion
Santé: écoeuré du public
Quatre cas de suicides confirmés par la direction du CHUQ
En lutte contre la pénurie
Le cinquième des infirmières fait 70% des heures sup
Bad medicine
Les infirmières invitent les députés dans les hôpitaux
Sondage - Les Québécois se rangent du côté des infirmières
L'infirmière qui manque - Ariane Krol
Infirmières en péril
Sondage - Les Québécois se rangent du côté des infirmières
Manifestation d'infirmières: des conditions «déplorables»

Infirmières: rien ne va plus dans les négociations
La gestion causerait aussi des problèmes au personnel de la santé
Infirmières: explosion des heures supplémentaires

Infirmières: le ministre Bolduc n'a pas l'intention de sévir
D'autres infirmières de Longueuil refusent de rentrer au travail
D'autres infirmières refusent de travailler

Lettres - Sous la pointe de l'iceberg
La pénurie d'infirmières: un mythe?
Infirmières: pas si simple - André Pratte
Les infirmières pressent le gouvernement de négocier

Infirmières: le gouvernement répond aux critiques

Médecins spécialistes: un exode mûri
«D'autres infirmières pourraient refuser d'entrer au travail»
Des infirmières refusent de démarrer leur quart en signe de protestation
Heures supplémentaires obligatoires - L'Ordre invite les infirmières à dire non
Lettres - De l'action, S.V.P.
Quarts de 18 heures: le ministre et la FIQ s'affrontent
PRIS EN OTAGES -  STEEVE GAUTHIER
Des conditions de travail inégales
Le personnel médical est épuisé


Sain virage - Ariane Krol


Les médecins payés par problème plutôt qu'à l'acte?

Et si l'on parlait enfin du véritable problème ?...

Les infirmières se méprisent
Trop bien en Suisse

Et comment un système de santé peut-il penser fonctionner s'il ne peut même pas compter sur ses soins de "première ligne" ?...
Plusieurs activités non rémunérées

Trop de profs spécialistes
Santé: la vraie pénurie - Alain Dubuc
Les médecins de famille lancent une campagne choc

Et si l'on se donnait la peine de repenser un peu les objectifs que nous avons fixées à nos programmes d'enseignement ?
Pourquoi faire l’autruche ?


Ce système peut-il encore produire quelque chose qui ait du sens ?...
Une médecin recalée en français est partie aux É.-U.
Informatisation des dossiers: le ministre Bolduc déclare forfait
L’ambitieux projet d’informatisation des dossiers médicaux pour tous les Québécois vogue vers la catastrophe
CHUM La schizophrénie d’un hôpital universitaire  -  MICHÈLE OUIMET
Le CHUM écartelé  -  ARIANE KROL


Voir aussi Harper laisserait-il même tomber la santé des Canadiens ?...

Et ne s'en trouve-t-il pas déjà pour réussir à faire avancer les choses ?...
Une clinique « sans papier »

Un hôpital en santé, c'est possible
La santé qui fait du bien
Hôpital de Montmagny: priorité aînés
Hôpital Maisonneuve-Rosemont: virage complet
Combattre la pénurie de médecins de famille  -  Mathieu Perrault

Mais ceci dit, n'y a-t-il pas moyen de se consoler en se comparant à ce qui peut se faire ailleurs, tout au moins ?...
Quand la crise menace la santé

Would you rather get sick in Canada or the U.S.?
Throwing stones in glass houses

Et manque-t-il pourtant d'idées pour ce qui est de permettre au système d'avoir déjà plus de chances de fonctionner ?...

(Ou autrement dit : Comment sauver le système ?...)
Désengorgement des urgences: mode d'emploi

Les « abuseurs »


Mieux vaut prévenir que guérir
Health costs are killing us: Let’s try an outcomes-based payment system
Publicly funded home care appeals to Ontario voters and politicians
L’urgence de soigner
Santé - Couillard lance un appel à la décentralisation
Giving family doctors the tools to treat mental illness
La cause des maux en santé
Solution miracle aux urgences
Les limites du système
Look at the developing world to cut health costs
Les omnipraticiens réclament un meilleur accès aux spécialistes
Les ambulanciers croient détenir une partie de la solution
Inverser le processus de consentement
Les remèdes du Dr Mintzberg
Le péril gris
Un tiers plus de lits sans tabagisme
Soins de santé: plus d'efficacité, pas plus d'argent
Un médecin veut changer la façon de facturer les services
Réalité incontournable
En bref - Des prescriptions signées par les pharmaciens?
In search of the Rx for ER
Le patient d’abord - ROBERT OUELLET
«Hydro-santé»: Bolduc ne veut pas d'un organisme parapublic
Libre opinion - Le frère André comme ministre de la Santé...

Médecins d'urgence: prévenir plutôt que guérir
A hospital experiment worth watching
Étude québécoise - Médecin-pharmacien: un tandem efficace
Médecins de famille à former
N’appliquons pas les freins -  SYLVAIN LANDRY ET MARTIN BEAULIEU
Appui au système de santé public
Suivre les médecins  -  ARIANE KROL
Les jeunes médecins quittent le Québec  -  Pascale Breton
LA GRANDE SÉDUCTION DU RECRUTEMENT    -   Pascale Breton
Des spécialistes itinérants à la rescousse   -   Pascale Breton
LE PUBLIC FAIT DE PLUS EN PLUS APPEL AU PRIVÉ -  Pascale Breton
Deux groupes d’infirmières, un même travail -  Pascale Breton
Les primes d’été pourraient renaître avant d’avoir disparu
Diversifier l’accès -  ARIANE KROL
Un nouveau pacte social pour l'enfance : à lire et à méditer -  Rima  Elkouri
Québec s’attaque au plateau d’hôpital


... et surtout... comment le repenser ?...
Médecins nouveau genre recherchés

Et si les pharmaciens pouvaient facilement contribuer à désengorger les files d'attente ?...
Sondage: les médecins prêts à déléguer aux pharmaciens
Partage de compétences en santé - Une dose de bon sens
De la flexibilité S. V. P.

Guerre de clocher
D’accord, revoyons le rôle des pharmaciens

Les pharmaciens réclament des pouvoirs accrus

Et si une plus grande ouverture au privé représentait au moins une partie de la solution ?...
L'hôpital Maisonneuve-Rosemont se tourne vers le privé


Et que se passe-t-il d'ailleurs du côté du privé ?...
Want fast care? Slip an MD some cash
Centres médicaux spécialisés (CMS) - L'association avec Québec est scellée
Recherchées: infirmières désabusées
Médecins spécialistes: l'appel du privé
Une présence plus forte qu'il n'y paraît

Une fausse bonne affaire - Ariane Krol

All clinics should meet same high standards
Des règles plus strictes - Nathalie Collard
Soins au privé: pour des interventions mieux encadrées - Mathieu Gobeil


Et si un peu plus d'humanité pouvait justement aider ?...
L'entrevue - La médecine désarmée devant la mort

Et si le système de santé s'occupait d'abord de bien traiter ses propres employés ?...
Négociations en santé: un printemps chaud en vue


... et que dire de notre sécurité ?...

Your Views: Unprepared for Irene and What Quebec gets from Ottawa
ATV safety is only a matter of common sense
Le bilan du virage à droite au feu rouge s'alourdit
La nouvelle limite?
Cohabitation auto-vélo: relation orageuse
Rester dans la bonne voie - Ariane Krol
Sécurité routière: êtes-vous un danger public?
A clear need for reasonable accommodation
Vers un financement équitable des routes?
Our streets are safer but still not safe enough
Stationnement effondré: des inspections auraient pu éviter le drame

Accidents lors du déneigement: un «trou» dans la loi, selon le coroner
Cours d'école: de vieux jeux en voie de devenir dangereux
Huit enfants se font heurter chaque semaine à Montréal  -  Isabelle Audet
RÈGLEMENT SUR LA SÉCURITÉ DES PISCINES  Québec va de l’avant  -  Karim Benessaieh

TROP JEUNES POUR MOURIR
Je suis paranoïaque -  PATRICK LAGACÉ
Alcool au volant: Québec veut abaisser la limite

Allô les accidents - Marie-Claude Lortie

Un peu de jugement -  NATHALIE COLLARD

Et d'ailleurs, le gouvernement Charest se moquerait-il carrément de notre sécurité ?...

Ponts et viaducs: des ingénieurs du ministère ont sonné l'alarme


Médicaments
Les brevets de la discorde

La « règle de 15 ans » ne sera pas réévaluée
Halte au « bar ouvert »
Un régime équilibré
Quebec must keep the lid on drug prices
Fraude médicale - La vérité n'a pas besoin de déguisement
Les fermetures d’usines montrées du doigt
Québec doit réviser ses critères de remboursement des médicaments

Brevets - Harper a maintenant les coudées franches, dit la pharmaceutique Pfizer
Des incitatifs remis en question
Médicaments d'origine - Le Québec payera toujours beaucoup trop cher pour ses médicaments
A pill for what ails our health-care system
Universal pharmacare touted as way to save billions
Médicaments: un régime universel serait beaucoup plus économique
Les médicaments génériques trop dispendieux
Médicaments: la «règle de 15 ans» coûte trop cher
La bonne prescription - Alain Dubuc


Médicaments génériques: l'Ontario joue les précurseurs
Drug-store giants take on Ontario over move to cut prescription costs

Tough medicine in store for Ontario’s pharmacists


Gare à la hausse du coût des médicaments


Le combat des biotechs, 2e round
Les pharmas à la rescousse des biotechs

Le combat des biotechs

La biotech québécoise au bout du rouleau

La fin des blockbusters - DANIEL DUBRÛLE
Les biotechs veulent du financement d'urgence

Désengagement désastreux  -  Francis Beaudry
LA CRISE FRAPPE LES PHARMACEUTIQUES  -  Pascale Breton

RECHERCHE Un modèle en pleine mutation  -  Pascale Breton

Et se pourrait-il qu'on commence déjà à assister aux symptômes du syndrôme de l'après-grippe ?...
Le VPH affecte aussi les hommes
Vaccins et médicaments
Grippe A(H1N1) - L'OMS révèle le nom de ses experts
H1N1: l'OMS se défend d'avoir subi des pressions
A-t-on crié au loup pour rien?
L'OMS malade de la grippe - Ariane Krol
L'OMS critiquée
Valuable lessons from the flu pandemic
Le contre-choc de la grippe H1N1
Grippe A (H1N1) : un lien de confiance ébranlé


Le vaccin offrirait-il surtout un témoignage ultime de l'incompétence de nos gouvernements ?...
Des conditions de travail inégales
Pas question d'imiter les provinces voisines
La vaccination est un «joyeux bordel» selon la CSQ
Les infirmières demandent des excuses
Les passe-droits ne seront plus tolérés, dit Bolduc
Ça va rondement dans les cliniques
Claude Dubois n'attend pas - Patrick Lagacé
Les personnes âgées devront attendre
À quand un vaccin contre la démagogie? - André Pratte
Peu d'achalandage dans les centres de vaccination
Couic! - Pierre Foglia
Le syndrome du spaghetti - Alain Dubuc
Virus bureaucratique  -  ARIANE KROL
Piquée au vif - Marie-Claude Lortie
Les autorités sont sur la défensive
Détenus vaccinés: une erreur inacceptable, selon Bolduc
Des attentes inacceptables - Nathalie Collard
Le mystère de Montréal - Alain Dubuc
Québec ajuste sa stratégie
Vaccination: Québec lance un appel au calme

Voir aussi Harper laisserait-il même tomber la santé de ses propres citoyens, et ce même lorsque ceux-ci font face à une pandémie ?..

Et si le vaccin représentait un problème plus qu'une solution ?...
Dr Andrew Wakefield Defends His Research
Vaccine Facts

22 Medical Studies That Show Vaccines Can Cause Autism
20 Research Abstracts Posted in Yesterday's Edition of the Schafer Autism Report
Vaccines And Autism: The Secret That You Are Not Supposed To Know
Autism & vaccination--parents

Did Vaccines Cause My Son’s Autism? ~ Part One


Scientific research on vaccinations

Is Alarming Rise in Autism Linked to 1988 Event?
CDC 2009 "Good Old Days" When Autism was 1 in 110

EPA Study: Autism Boom Began in 1988, Environmental Factors Are Assumed
Chronological Vaccination Timeline

Activists demand action amid soaring autism rates


Woman takes Flu vaccine now she cant walk forward
Woman Disabled by THIS YEARS FLU SHOT

Desiree Jennings' Road to Recovery with Dr. Rashid A. Buttar

Desiree Jennings Flu Shot victim exposed as a liar?


Vaccinated vs. Unvaccinated Children: Some Data are In and They are Disturbing
Studies Prove Without Doubt That Unvaccinated Children Are Far Healthier Than Their Vaccinated Peers

comparison of vaccinated verses unvaccinated

GRAPHICAL EVIDENCE SHOWS VACCINES DIDN'T SAVE US

Disease decline before introduction of immunisation
Vaccines Did Not Save Us – 2 Centuries Of Official Statistics

Why vaccines did not save us
The Decline of the Infectious Diseases

Investigate before you vaccinate - Warnings About Vaccine ...
Comment empêcher les médecins est les services sociaux de faire vacciner vos enfants !
Le CDC américain a dissimulé les données attestant d'un lien entre l'autisme et le mercure des vaccins
Cinq familles devant la justice

The Marvelous Health of Unvaccinated Children

Comparison of vaccinated verses unvaccinated
Comparing the health of vaccinated and unvaccinated children

Vaccinated vs. Unvaccinated Children: Some Data are In and They are Disturbing
The great thimerosal cover-up: Mercury, vaccines, autism and your child's health
Vaccins et autisme : Le secret que vous n'êtes pas censé savoir

Les « tribunaux des vaccins » confirment discrètement que le vaccin ROR cause l’autisme
VACCINATIONS : UN MEDECIN REFUSE DE VACCINER SES PATIENTS ET TEMOIGNE
 La seuls hommes sains du futur seront ceux qui n’ont pas été vaccinés
Les vaccins pourraient contenir une enzyme au pouvoir mutagène héréditaire
Beaucoup de médecins ne vaccinent pas leurs enfants...pourquoi?
30 ans de camouflage et mensonges sur les vaccins viennent d’être mis au grand jour

Un nouvel adjuvant vaccinal cible les nouveau-nés
Vaccins, l'avis d'un célèbre pédiatre
Selon une étude étouffée, les vaccins activent les maladies auto-immunes
How Vaccinations Work


Ou peut-être pas ?
The Other Anti-Vaccinationists
Reader's Write: The ultrasound-autism connection
Vaccines and Autism: A Tale of Shifting Hypotheses
Teen's death shows how flu can kill in a flash - NBC News

The True Cost of Not Vaccinating Your Children: Reviving a Dead Disease
The Very Real Consequences of Not Vaccinating Your Child

Frequently Asked Questions about Multiple Vaccinations and the Immune System

Vaccinations? Know the risks and failures.
Not vaccinating? - Why I Choose
Vaccines Have Serious Side Effects - The Institute of Medicine Says So!

Vaccine adverse events in the new millennium
Vaccine side effects

Benefits and risks of vaccination

Adverse Vaccine Reactions of Various Vaccines


Vaccines and your health
T cell-mediated immune responses in human newborns: ready to learn?

Le système immunitaire de Bébé

Vaccination Info | Puisque l'enfant développe naturellement ...


True or False: There are more vaccinated pertussis cases than unvaccinated
For the anti-vaccinationists out there: The results of a real “vaxed versus unvaxed” study

The clueless cite the ignorant to argue against vaccines
Fun with phone surveys and vaccines
A Simple Selection Bias Model Explains Generation Rescue's Survey Results

Fourteen Studies

Welcome back, my friends, to the show that never ends: The Jenny and Jim antivaccine propaganda tour has begun

Welcome back, my friends, to the show that never ends, part II: Generation Rescue, the anti-vaccine propaganda machine, and “Fourteen Studies”

More On Fourteen Studies

14 Studies Later*

Monkey business in autism research

Jenny McCarthy, Jim Carrey, and “Green Our Vaccines”: Anti-vaccine, not “pro-safe vaccine”

The perils and pitfalls of doing a “vaccinated versus unvaccinated” study

Autism and the Amish

THE ANTI-VACCINE DISEASE: RANT OR REASON?


Dr. Bob Sears Featured in the NY Times
The Marvellous Health of Unvaccinated Children
“Vaccines didn’t save us” (a.k.a. “vaccines don’t work”): Intellectual dishonesty at its most naked
Analysis of Anti-Vax Graphs
Didn't diseases decline before vaccinations began due to better sanitation and clean water?
Didn't diseases decline before vaccinations began due to better sanitation and clean water?

Mortality (Deaths) Vs Morbidity (Cases)
Do vaccines work?

A survey administered by a German anti-vaccine homeopath backfires spectacularly
The Zeitgeist of Bad Science

L'Ontario rend obligatoires certains vaccins pour les enfants
Regardez les maladies du XXe siècle disparaître après l'introduction des vaccins

J'ai eu l'enfance la plus bio qu’on puisse imaginer, sans vaccins. Et j’ai été malade tout le temps.

Autism, vaccines and fear
Vaccin et autisme: The Lancet se rétracte
Un vaccin jugé «sûr» malgré 12 décès

Autopsie d'un dérapage - Ariane Krol

Et la controverse se poursuit...
Comparison of vaccinated verses unvaccinated
Studies comparing vaccinated to unvaccinated populations

New Study: Vaccinated Children Have 2 to 5 Times More Diseases and Disorders Than Unvaccinated Children

Unvaccinated children healthier


Autism Prevalence Is Now At 1 In 50 Children

Autism Spectrum Disorders (ASDs)

Hausse fulgurante des cas d'autisme au Québec

Is the Rise In Autism Rates Real?

HAS THE USE OF THIMEROSOL IN VACCINATIONS CAUSED AUTISM?

Is autism on the rise?

Autism Rate Rises To 1 In 50 Children – Cause Still A Mystery

Autism Cases on the Rise; Reason for Increase a Mystery

What is Causing the Increase in Autism Prevalence?

Epidemiology of autism

Autism Cases on the Rise; Reason for Increase a Mystery

California-Oregon Unvaccinated Children Survey

Quick Compare
Quick Compar
Quick Compare
Vaccinated Children Two And A Half Times More Likely To Have Neurological Disorders Like ADHD And Autism, New Survey In California And Oregon Finds

Suppressed Study Shows Vaccine Dangers: Vaccinations Stimulate Autoimmune Diseases

Use This Publicly Hidden Lab Study Against Vaccination Advocates and Vaccine “Greeners”
Generation Rescue’s Vaccinated/Unvaccinated Study

Generation Rescue
EXECUTIVE SUMMARY OF THE REPORT OF THE RANKING MEMBER ON ALLEGED MISCONDUCT BY GOVERNMENT AGENCIES AND PRIVATE ENTITIES RELATED TO THIMEROSAL IN CHILDHOOD VACCINES
Epidemiology of autism

22 Medical Studies That Show Vaccines Can Cause Autism

Autism-Vaccine Link: Evidence Doesn't Dispel Doubts
Vaccines and autism: Separating fact from fiction

Autism Speaks

Another weak study “proves” vaccines cause autism
Aluminum Adjuvants and The Rising Prevelance of Autism

Local Researchers Take on One of Modern Science’s Most Controversial Topics

More bad science in the service of the discredited idea that vaccines cause autism
Can We Trust the CDC Claim that There is No Link Between Vaccines and Autism?

Ph.D. Scientist calls the recent CDC vaccine and autism risk study "flawed

30 SCIENTIFIC STUDIES THAT DEMONSTRATE VAXES CAN CAUSE AUTISM

Vaccines Not Linked To Autism. Again.
Vaccines DO NOT Cause Autism

Another study that will sadly not convince doubters that vaccines do not cause autism

Scientific Evidence Suggests The Vaccine-Autism Link Can No Longer Be Ignored - See more at: http://www.collective-evolution.com/2013/09/12/22-medical-studies-that-show-vaccines-can-cause-autism/#sthash.AuYq81c1.dpuf
Scientific Evidence Suggests The Vaccine-Autism Link Can No Longer Be Ignored - See more at: http://www.collective-evolution.com/2013/09/12/22-medical-studies-that-show-vaccines-can-cause-autism/#sthash.AuYq81c1.dpuf
Scientific Evidence Suggests The Vaccine-Autism Link Can No Longer Be Ignored
Nearly two dozen medical studies prove that vaccines can cause autism
Vaccine Controversy: A PubMed Compilation : 15 to start with.
N.J. doctors, researchers outraged by 'fraudulent' study linking autism, vaccine




Qui a peur de la pandémie ?...
La pandémie est finie, selon l'OMS
Grippe A (H1N1) : mieux évaluer le danger
Grippe A (H1N1): la campagne de prévention a coûté 1 milliard
La grippe et le paquebot - Marie-Claude Lortie
Magnifique survivante - Rima Elkouri
Plus de 10 000 victimes de la grippe H1N1
Vers un retour à la normale  -  Pascale Breton
Vaccination: 7 millions pour convaincre les Québécois
Le tiers de la population est vacciné
Appel à ceux qui n'ont pas encore été vaccinés
Vaccination: la santé publique craint un relâchement
Une responsabilité collective
Faire la queue pour les nuls - Stéphane Laporte
Peut-on prévenir la grippe?
Faire la part des choses

25 questions sur la grippe A (H1N1)
Grippe A: la progression est plus lente que prévu
La moitié des Québécois veulent le vaccin
H1N1: Ohmmmmm... - Marie-Claude Lortie
David Levine atteint de la grippe A (H1N1)
Quatre nouveaux décès au Québec
La grippe gagne du terrain
«Elle m'a envoyé un baiser, puis elle est partie»
Comme en Scandinavie ou presque..  -  Rima Elkouri
Vaccination à Montréal et Laval: le calme malgré l'affluence
Une femme meurt de la grippe en Montérégie
Une peur plus forte que nous  - Patrick Lagacé
L’ABC DE LA GRIPPE  -  Mathieu Perrault
En attendant le vaccin  -  Stéphane Laporte
Y a-t-il un pilote dans l'avion?  -  Alain Dubuc
Mécanique grippée  -  Ariane Krol

Grippe A (H1N1): Les centres resserreront le triage
La santé publique lance un appel au calme  -  Pascale Breton
Serons-nous vaccinés à temps?  -  Rima Elkouri
La vaccination? Yes sir!  -   PIERRE FOGLIA
« Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner » 
Les cas augmentent, l'inquiétude aussi
Femmes enceintes : Les obstétriciens et gynécologues sont inquiets 
Le vaccin se fait attendre  -  Pascale Breton
Grippe et questionnement à travers le monde
A ( H1N1)  5000 morts dans le monde, selon l’OMS

La grippe en questions - Isabelle Audet
Adversaires en politique, unis contre la grippe  -  Pascale Breton
Bolduc, Drainville et Khadir se font vacciner

Campagne de vaccination: mode d'emploi
Montréal espère vacciner 1,4 million de personnes
Êtes-vous pressé, cool ou sceptique?  -  Marie-Claude Lortie
Désinformation inquiétante  -  Christian Dufour
La campagne en dix questions  -  Isabelle Audet
La vaccination débute lundi
Recommandé par le Dr Amir  -  Patrick Lagacé
La vaccination pourrait débuter dès lundi  -  Ariane Lacoursière
Pis, le vaccin?  -  Marie-Claude Lortie
QUI A PEUR DE LA GRIPPE A (H1N1) ?  -  Pascale Breton

Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte  -  Pascale Breton

La cigale et la fourmi, version pandémie  -  Rima Elkouri

Les autorités inquiètes... du manque d’inquiétude  -  Pascale Breton

Je suis du bord du consensus  -  PATRICK LAGACÉ

L’opposition au vaccin inquiète les autorités canadiennes  -  Malorie Beauchemin

Voir aussi La peste  -  MARIO ROY
A (H1N1) Complot ou menace réelle?  -  Pascale Breton
Grippe saisonnière / La campagne de vaccination mise sur la glace 

FRANCE : Même la traditionnelle bise est menacée  -  Marc Thibodeau

A (H1N1)  20 % des Canadiens vaccinés en priorité  -  Catherine Handfield

A (H1N1)  OTTAWA ENVOIE DES SACS À CADAVRES À DES RÉSERVES DU MANITOBA

La grippe A(H1N1) peut être contagieuse pendant plus d’une semaine

A (H1N1) Les femmes enceintes devraient se tenir loin des grandes foules 

Grippe A (H1N1) : les femmes enceintes pourront opter pour un vaccin sans adjuvant

A (H1N1) SOMMES-NOUS PRÊTS AU PIRE ?  -  Pascale Breton

Faut-il craindre le vaccin?  -  Pascale Breton
Vaccin trouble  -  ARIANE KROL

Grippe A (H1NI) La lenteur d’Ottawa critiquée  -  Mathieu Perrault
« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire »

Vaccination à la chaîne contre la grippe  -  Pascale Breton

La rentrée scolaire aura lieu comme prévu  -  Pascale Breton
Cette mort doit convaincre de mieux protéger les femmes enceintes 
GRIPPE A(H1N1) Faut-il craindre la rentrée scolaire ? 
VACCIN CONTRE LA GRIPPE A (H1N1)   Le Canada achètera 50,4 millions de doses

A (H1N1) Une campagne de vaccination dès l’automne  -  Pascale Breton
A (H1N1) LE QUÉBEC RESTE SUR SES GARDES  -  Pascale Breton
A (H1N1) LA POINTE DE L’ICEBERG  -  Guy Boivin
Le Canada ne comptera plus ses cas de grippe A (H1N1)

A (H1N1) L’intensité de la grippe diminue au Québec

GRIPPE A (H1N1)  Les femmes enceintes mises en garde
Les hôpitaux ont assez de respirateurs, dit Yves Bolduc (NDE : S'il le dit, est-ce que ce n'est que pour tenter une fois de plus de "calmer" la population avec un beau mensonge ?...
TESTS DE LAGRIPPE A (H1N1)  Les laboratoires sont débordés

Grippe A (H1N1) Bilan de l’OMS et de l’OPS L’Amérique aura assez de traitements
GRIPPE A (H1N1)  Haro sur les visites pour éviter la propagation
GRIPPE A (H1N1)  Des mesures doivent être prises contre une seconde vague, préviennent des spécialistes

La grippe fait pression sur les hôpitaux
GRIPPE A (H1N1)  40000cas, dont 167 morts dans le monde

LES INFIRMIÈRES ONT PEUR

Grippe A H1N1 La vigilance est de mise  -  Karl Weiss

LA PANDÉMIE EST DÉCLARÉE - Ariane Lacoursière
Et puis? Et puis rien -  Marie-Claude Lortie
Pandémie: et après? ARIANE KROL

Grippe A (H1N1) :  Le Canada préoccupé par les autochtones
L’état de pandémie est proche, selon l’OMS
Premier décès lié à la grippe A (H1N1) au Québec
La grippe A(H1N1) est en perte de vitesse
Grippe A (H1N1) -  Des Canadiens réussissent le séquençage du virus
GRIPPE A (H1N1) - Encore des cas, mais lent retour à la normale
Épidémie de grippe : « Une infection de faible virulence »
PAS DE MASQUES, PAS D'ANTIVIRAUX !...
Presqu'une pandémie, mais pas vraiment... - PRIORITÉ À LA SURVEILLANCE
Une peur salutaire - ANDRÉ PRATTE
Le flou porcin - Marie-Claude Lortie
L’ennemi public numéro H1N1,  ou la grippe  "mystère"... -  Marie-Claude Lortie
Grippe porcine : un potentiel d’épidémie planétaire

L'épidémie de variole: analyse d'un fléau passé, mais imminent et inévitable

Et si la guérison du cancer devait surtout passer par un total changement de paradigme ?
Dr Hamer - Seul contre tous
Anita Moorjani / Lilou Mace : EMI -- Guérison d'un cancer de classe 4B

Cancer cured in 3 minutes (THE POWER OF THE HUMAN BEING!)
Dr.Lorraine Day Cancer Cure

Did this grandfather, 78, really beat 'incurable' cancer just by changing his diet? Extraordinary story of the man who got 'all-clear' after swapping red meat and dairy products for 10 fruit and veg a day

CANCER
Débats sur le cancer du sein
Is the decision to recommend reduced breast screening ethical?
Cures for cancer at any cost - MARGARET WENTE
Evidence and logic clash when it comes to small cancer tumours - Globe editorial
Émilie
Le cancer de l’oncologie
Des Québécois privés de médicaments de pointe
Trop cher pour vivre ?
Cancer: le Québec en Lada
Médicaments anticancéreux: le Canada se classe en queue de peloton
Le cancer, première cause de mortalité au Canada
La chimie du cancer - Ariane Krol
Failles importantes en cancérologie
Le cancer coûte 3,5 milliards par année au Québec

La vérité sur le cancer - Ariane Krol

Le Québec se croirait-il donc à l'abri du cancer ?...
La grande désorganisation


Et si l'on a pas encore pu trouver de véritable solution au cancer, serait-ce donc parce que cela demanderait peut-être que l'on sache dépasser les approches traditionnelles de la médecine, justement ?...
Le fléau du XXIe siècle: les survivants


Cellphones and cancer: watch that thing by your head - Globe editorial

Le portable représente un risque modéré

Les dangers méconnus de l'alcool
Comment boire? - Ariane Krol

Lois anti-tabac: moins de maladies du coeur et du poumon
Cholestérol: des résultats alarmants

Le surpoids et l'obésité : un problème de santé mondial

Maladies chroniques
Des microbes dans le pommeau de douche  -  Mathieu Perrault
Faut-il craindre la peste ? - Pascale Breton

Six pays s’unissent contre les maladies chroniques
Maladies chroniques : Un virage s’impose  -  Jean Rouleau
Le parkinson, une maladie qui tue les couples  -  Ariane Lacoursière

Des signes de conscience chez des patients dans un état végétatif

Démence et Alzheimer
L’insuline contre l’alzheimer ?

L'autruche et l'Alzheimer
Kick at the darkness to fight dementia - Globe Editorial

Vers une détection précoce de l’alzheimer  -  Mathieu Perrault

PROJET CARTaGENE : Une carte génétique du Québec  -  Pascale Breton


HEUREUX, MAIS STRESSÉS - Émilie Côté


Le Québec compte moins de fumeurs -  Ariane Lacoursière
Une chicha est l'équivalent de 100 cigarettes


Cancer de la peau: le soleil ne serait pas toujours coupable
Le bronzage au fil des décennies

LE SOLEIL CONTRE LE CANCER!

MALARIA
Chaussettes puantes contre le paludisme

SIDA
«Le milieu québécois du sida souffre d'autisme»
'Incomprehensible' that AIDS resources are flatlining: Stephen Lewis
L'espoir des «contrôleurs» du VIH
VIH: le Canada fait du surplace
Sida: les scientifiques rêvent à la guérison
En bref - Recul du sida en Afrique
Prévention et recherche sur le VIH/sida - Il faut doubler les sommes consacrées, croient les spécialistes
Sida: le taux de résistance aux antirétroviraux baisse au Québec
La valse des promesses
Cinq ans de partys «positifs»
URGENTE, LA RECHERCHE! -  Rose Legault
Sida : des succès menacés
Du nouveau sur le SIDA  -  Mathieu Perrault

«Je n'accepterai jamais ma maladie»
VIH/SIDA en milieu de travail: du chemin à faire
SELON UNE ÉTUDE DE LA CLINIQUE L’ACTUEL  Certaines trithérapies pourraient être allégées

Infection à l'ignorance - Ariane Krol

Cécité
Aveuglés par l’ignorance


OBÉSITÉ
La santé des immigrants se dégrade après leur arrivée
Éliminer la restauration rapide des quartiers pauvres
Changer le monde un terrain de jeux à la fois
L’obésité n’est pas taxable
Courte nuit, gros bedon?
Prévenir l'obésité débute avant la naissance
Pierre Lavoie: l'homme de 1000 km

Les jeunes «dangereusement inactifs»

Québec doit bouger  -  Jean-Pascal Beaupré

LE VIRAGE SANTÉ -  Pierre Lavoie
La voie du coeur  -  Jean-Pascal Beaupré

Végétarisme
Le grand mythe des protéines
Le mythe des protéines

Setting the record straight : Vegetables have plenty of protein, and they're complete proteins as well

Plant Foods Have a Complete Amino Acid Composition

Anne-Marie Roy - Des mythes alimentaires revus


ALIMENTATION
5 so-called health food you should never eat if you want to loose fat
5 Foods To NEVER Eat
Gilles LARTIGOT - ITW "EAT un livre choc" sur CFNJ FM
Colestérol : un cas d’école de désinformation médicale à grande échelle
The food we were born to eat: John McDougall

Le pire moyen de manger des œufs (article de santé nature innovation)
Pour en finir avec le sucre !
Did this grandfather, 78, really beat 'incurable' cancer just by changing his diet? Extraordinary story of the man who got 'all-clear' after swapping red meat and dairy products for 10 fruit and veg a day
The lost art of cooking
La prison
Fast-food autour des écoles - Entre interdiction et éducation
Bio ou budget
La religion potagère - Ariane Krol
Cancer: pas de miracle dans le potager
Le lait cru au tribunal   -  Stéphanie Bérubé

Le ministère de la Santé ne bannit pas les frites
Pour qui une taxe sur les boissons gazeuses?
If you tax pop today, what's next? Cookies?

Cancer de la prostate: le lait mis en cause
La surveillance des aliments déficiente au Canada
Vivre pour manger - Nathalie Collard
Malbouffe: Ottawa s'intéresse à la pub destinée aux enfants
Quand les obèses se rebiffent
LE POUVOIR DU TABLIER  -  Stéphanie Bérubé
Cordons-bleus sans frontières  -  Stéphanie Bérubé
Les vrais fermiers en ville  -  Marie-Claude Lortie
Le monde a perdu 75% de son patrimoine alimentaire  -  Stéphanie Bérubé
Interdire la malbouffe autour des écoles  -  Daphné Dions-Viens
Politiques alimentaires dans les établissements de santé  : Conséquences désastreuses  -  Claudette Péloquin-Antoun
Lundi sans viande  -  Stéphanie Bérubé

Le cola vitaminé devra attendre  -  Stéphanie Bérubé

Prix ferme  -  Marie-Claude Lortie
Pas dans mon assiette  -  Marie-Claude Lortie
Fini les charcuteries pour les petits ?  -  Stéphanie Bérubé

Cancer en tranches  -  ARIANE KROL

Pariez sur votre perte de poids - Stéphanie Bérubé

De la ville aux champs  -  Isabelle Audet

DES ÉTALS, UNEMISSION  -   Stéphanie Bérubé
SE NOURRIR COÛTE PLUS CHER… -  Stéphane  Paquet

Benoît qui s’ignorait  -  YVES BOISVERT

À BAS LES RÉGIMES - La réponse aux problèmes de poids n’est pas dans la privation, mais dans l’écoute des besoins de son corps
Ne nous passez pas le sel  -  Ariane Krol
Une très laide obsession
Journée de la liberté alimentaire -  Marie-Claude Lortie
Ne parlons pas de poids  -  Marie-Claude Lortie

Les Canadiens mangent plus de fruits qu’avant
Mon grain de sucre -  Michel Girard
Y a-t-il des oméga-3 dans les fruits de mer?
Pauvres mais enrichis - ARIANE KROL
Food Inc. : Dangereux mais nécessaire - Sylvain Charlebois


SAUVER SON ÉPICERIE POUR SAUVER LE VILLAGE  -  Stéphanie  Bérubé


Listériose : Garder l’oeil ouvert  -  Ariane Krol


Mais d’où vient donc le pâté chinois?  -  Stéphanie Bérubé


Le lait de vache est-il vraiment ce qu'il nous faut ?
Choisir un substitut au lait maternel

Les produits laitiers ne sont pas nos amis pour la vie
Debunking The Milk Myth: Why Milk Is Bad For You And Your Bones
Ten anti-vegetarian myths
Harvard Milk Study: It Doesn't Do A Body Good
Why milk is bad for you
8 Reasons You Should Stop Drinking Milk Now
Cow's Milk is the Perfect Food for Baby Calves
But Many Doctors Agree:
It is Not Healthy for Humans


Le cadeau empoisonné - Mario Roy

Révolution tranquille de la mort
Mourir de malnutrition à Montréal...


Je viens juste de mourir

Voir aussi...LA RÉSIDENCE DE L’ENNUI -  Ariane Lacoursière
UNE SOCIÉTÉ QUI NE VALORISE PAS SES AÎNÉS

OPÉRATION NEZ ROUGES  -  Sylvie St-Jacques
HISTOIRES DE Clowns



Le gouvernement Charest mettrait-il en danger notre santé, notamment en nous mentant carrément à ce sujet ?...

Failles importantes en cancérologie
Cancer du sein: des résultats ne seraient pas divulgués aux familles
Tests de cancer du sein : Québec accusé d'enjoliver les chiffres
Tests de cancer du sein: plaidoyer pour des standards plus stricts

Tout ça pour ça - Ariane Krol
Marge d'angoisse - Marie-Claude Lortie
Tests de cancer du sein: le ministre Bolduc rassuré
Cancer du sein : PRÈS DE 3000 TESTS REPRIS  -  Ariane Lacoursière
« Amateurisme », accuse le Dr Barrette
« On a joué au yoyo avec nous »   -  Caroline Touzin

Anatomie d’une catastrophe  ALAIN DUBUC
Le cirque de la santé - ARIANE KROL

Cancer du sein Tests erronés  Une patiente dépose une demande de recours collectif

Bolduc échoue au test  -  VINCENT MARISSAL
Le contrôle de la qualité  -  PIERRE FOGLIA
Un problème pathologique -ARIANE KROL
« Si j’ai commis des fautes, je les assumerai »

Cancer du sein Les spécialistes se font rassurants

Le Collège des médecins préconise un programme d’assurance qualité
Une escalade verbale qui inquiète les patientes
Yves Bolduc tente de calmer le jeu
Dépistage du sein  UN TAUX D’ERREUR PRÉOCCUPANT - Tommy  Chouinard
Le doute qui ronge  -  ARIANE KROL

Le droit à une réévaluation

Cancer du sein : Des patientes pourraient être rappelées

Les patientes en otage - André Pratte

Les spécialistes demandent un service téléphonique - Tristan Péloquin 


L'argent et la vie - Marie-Claude Lortie
Procréation assistée: une gratuité controversée
In Quebec, infertility is now a disease

Le bar ouvert
Procréation assistée - Une gratuité inédite mais contestée
Lettres - L'exception plus que la règle?

Ne créons pas un monstre - Ariane Krol

Un pas de plus vers la gratuité de la procréation assistée


Dépistage prénatal de la trisomie 21: l'inquiétude se fait sentir


Breast implants are still a gamble


Un traitement chiropratique trop risqué?

Une chambre pour oublier la maladie


Prisonnier de son corps durant 23 ans

Médecin non compris -  Nathalie Collard
 

L'espoir dans une main

Bientôt des greffes de visage à Montréal

Vacances mortelles MARIO ROY


Le casque de vélo obligatoire, néfaste pour la santé?

Alcool au volant: comment intervenir -Ariane Krol

Les cellulaires sont-ils dangereux pour la santé?



Voir aussi : Psychologie



Le modèle biomédical est périmé
L’approche réductioniste de la médecine occidentale

Comment repenser la dentisterie...
Comment guérir naturellement les caries
Auto-régénération d'une dent au moyen de la visualisation

Healing Cavities (A True “We’ve-Done-It!” Story!)

ALIMENTATION

Supprimer les additifs, et constater les résultats
21 Vegetarian Foods That Are Loaded With Iron

Stop Doing This With Aluminum Foil
What you didn't know about coffee: Asher Yaron at TEDxUbud

6 Raw Foodists Over 50 That Look Decades Younger
Markus Rothkranz Weight Loss Special Epic Finale

Watermelon smoothie


La cuisine de Jean-Philippe

Magnesium Deficiency: 9 Symptoms And 9 Necessary Foods


DAIRY IS F**KING SCARY! The industry explained in 5 minutes
What's Wrong With Eggs? The Truth About The Egg

Can Vegans Eat Eggs From Backyard Chickens? VEGGANS?!

What does a hen do with her unfertilised eggs?

A Hen’s Relationship with her Eggs


The Equine Digestive System: A Food Factory
Can Humans Eat Like Gorillas?


Voici les effets d'une petite bouteille de cola sur votre corps


40 idées de protéines pour remplacer la viande

Which Rice Is Healthiest for Consumption?
A guide to the healthiest types of rice: From brown rice to basmati rice

Is White Rice Healthy?

Replacing White Rice With Brown Rice Reduces Risk of Type 2 Diabetes, Study Finds
Why White Rice Is Healthier Than Brown Rice

Brown Rice or White Rice: Which is Healthier? (You Might Be Surprised!)

Dr. Penny Kris-Etherton Speaks About Saturated Fats
Animal Products Are Linked to Heart Disease
Cholesterol doesn’t cause heart disease
We have got cholesterol completely wrong

The Cholesterol Myths

How High Cholesterol Leads to Atherosclerosis

The Truth About Red Meat


Cleaning wash approved for fruit and vegetables
FOOD SAFETY... NOW MORE THAN EVER


T. Colin Campbell
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les protéines végétales

5 Easy Ways to Get Your Recommended Daily Allowance of Protein via Plant-Based Foods
Protein

How much protein do we need?

Top 5 Sources of Vegetarian Protein

What Does 2000 Calories Look Like? You Might Be Surprised


Sodium vs Salt: What's the Difference?
Health Effects of Chlorine in Drinking Water

Importance of chlorine in human body?


Is Vegan Vitamin B12 REALLY Necessary?
Ce que tout végane doit savoir sur la vitamine B12

EFFECT OF GERMINATION ON VITAMIN B12 VALUES OF PULSES (LEGUMINOUS SEEDS)
B12 mythes et réalités
La Vitamine B12

Vitamin B12 in Mushrooms, Not Exclusive to Meat, Dairy
B12 in Vegan Foods
Myths & facts - Power of Mushrooms
Vitamin B-12 in Mushrooms

Vitamin B12 for Vegans Confirmed
Mushrooms, crimini


Cinq portions de fruits et légumes par jour suffisent, dit une étude

Les vertus des légumineuses
Grains, Nuts, Seeds and Legumes Must Be Properly Prepared


Should You Eat Beans on a Raw Food Diet?
Can You Eat Beans on a Raw Diet?
The Raw Food Diet


Spill the Beans: Are They Healthy Or Not?


How To Naturally Increase Testosterone - With John Romaniello

Do THIS Daily to Boost Metabolism Nearly 300% in 2 Weeks
9 Reasons to Use Coconut Oil Daily

The #1 Cause of Toxic Inflammation Overload (And What To Do About It)


Hypothyroïdie
Foods to Eat
Foods to Avoid

L’hypothyroïdie : 3 manière simples de la combattre
Mincissez facilement en stoppant les farines

La spiruline : une algue, certes, mais sans iode What To Eat If You Have Hypothyroidism (Infographic)
Hypothyroïdie et prise de poids: pas d'aliments goitrogènes
Les aliments à éviter

Aliments pour l'hypothyroïdie

Liste d'aliments interdits pour l'hypothyroïdie


The Richer You Are the Older You’ll Get

The Definitive Answers To 20 Of Your Biggest Health Questions


Good fats or bad fats ?
Now Saturated Fat Is Good for You?
The truth about fat

Fats and Cholesterol: Out with the Bad, In with the Good

The truth about fats: the good, the bad, and the in-between

Good Fats, Bad Fats, Worst Fats


The Many Dangers Of Excess PUFA Consumption

Meat : how good, or how bad can it be ?
Meat: It’s More than Protein

Atkins "Nightmare" Diet
Low-carbohydrate diet

Eating too much meat and eggs is ‘just as bad as smoking’, claim scientists

Is Red Meat Bad For You, or Good? An Objective Look

Diets high in meat, eggs and dairy could be as harmful to health as smoking

Eat Less Meat: Ditch Meat To Double The World's Food Supply, Study Says

Is Eating Red Meat Good or Bad for Your Health?

Study: Too much red meat may shorten lifespan

Who’s Right: Is Meat Good or Bad for You?

How much meat should we eat?

10 Reasons To Stop Eating Red Meat

The paleo diet: Should you eat like a caveman ?

Volaille

You Absolutely Should Not Get Backyard Chickens
 
Margarine

The Devastating Consequences of Replacing Butter with margarine
At last, the truth: Butter is GOOD for you - and margarine is chemical gunk

What is margarine and why is it bad for you

Why You Won’t Get Vitamin A From Carrots
Conversion of Carotenoids to Retinoids

The bioavailability of (pro) vitamin A carotenoids and maximizing the contribution of homestead food production to combating vitamin A deficiency.

Food for thought...
Cognitive Function and Milk Products
60 Brain Boosting Foods for Memory & Cognitive Function

Best Brain Foods


Omega 3
The flax seed oil scam
Is it true that flax seeds are not a good source of omega 3s for some people?

Omega-3 polyunsaturated fatty acids and vegetarian diets.
Bioavailability and potential uses of vegetarian sources of omega-3 fatty acids: a review of the literature.
Docosahexaenoic acid synthesis from alpha-linolenic acid is inhibited by diets high in polyunsaturated fatty acids.

Understanding the Omega Fatty Acids
Daily Dose: Omega-3

Recommended Amounts of DHA & EPA Daily

Daily Dose of DHA


Carbohydrates

You’ve Been Lied to About White Starches


Le céleri

Huile de coco

Coconut Oil: This Cooking Oil Is a Powerful Virus-Destroyer and Antibiotic

LE DEVOIR
Qu'est-ce qu'un cycle circadien?
Jouer avec son horloge biologique à ses risques et périls
Ces horloges qui rythment nos vies

Sondage Léger Marketing - Le Devoir - Les Québécois veulent savoir où les OGM se cachent dans leurs assiettes
Présence discrète des OGM dans le panier d'épicerie

Une fin de vie à prix fort - Mourir à la maison a un coût

Qui décidera des soins? - L'éthique d'une médecine pour société vieillissante


THE GAZETTE

GLOBE AND MAIL
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Soy: The Good, the Bad and the Best
So What’s The Final Verdict on Soy, Is it Good For You Or Bad? : Exclusive Renegade Health Article

Dangers of Soy
Soy What?
Spill the Beans: Are They Healthy Or Not?
Is Soy Healthy?
The Dark Side of Soy
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The Dangers of Soy
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Testostérone
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Do Mushrooms Have an Effect on Testosterone Levels?
A natural product, a pure extract 20% STANDARDIZED AGARICUS BISPORUS 100% BODY RECOMPOSITION
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The Lipid Hypothesis
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Meeting Vitamin D Needs on a Vegan Diet

Calcium in the Vegan Diet

Planning Healthy Vegan Diets

Getting your vitamins and minerals through diet

Your Vegan Whole Food Nutrition Guide

Types of vegetarians


Alimentation végane
The Great Vegan Honey Debate
Why Honey is Not Vegan

Is Honey Vegan?

Vegans Who Eat Honey

Ethical living: should vegans avoid eating honey?

Why Won't Vegans Eat Honey?


Boisson naturelle énergisante 10 fois plus puissante que le Red Bull

Lait
Harvard et les produits laitiers

What happens if you go on a meat-only diet for a year?
Two Brave Men Who Ate Nothing But Meat for an Entire Year

The Inuit Paradox – High Protein & Fat, No Fruits/Vegetables and yet Lower Heart Disease and Cancer

FYI: What Would Happen If I Ate Nothing But Meat?

The Inuit Paradox

The Eskimo Diet And Health

Mortality and Lifespan of the Inuit



Un chirurgien cardiaque de renommée mondiale s’exprime sur ce qui cause vraiment la maladie cardiaque
Les meilleures margarines


The Natural Human Diet
Vegan Conflict
For Vegans

Are We Supposed To Be Vegan, Vegetarian, Carnivore, Omnivore, Herbivore, Or Paleo


Difference between digestive tract of herbovores vs carnivores
Comparison Between the Digestive Tracts of a Carnivore, a Herbivore and Man
Comparison of Mammal’s Digestive Systems
Carnivore Digestive System vs. Herbivore Digestive System
Carnivore Digestive System

The Naive Vegetarian

Vitamin K2 in the Raw Vegan Lifestyle

Eating uncooked kidney beans
Why are Legumes Bad For You? - Living Superhuman

Beans! Beans! The Poisonous Fruit!

L’importance des relations humaines dans l’enseignement



The China Study
The China Study Revisited: New Analysis of Raw Data Doesn’t Support Vegetarian Ideology

The China Study Discredited

The Truth About the China Study

Dietitians' Review the China Study

Chris Masterjohn's Insightful Critique of the China Study


The #1 Worst Carb Ever


Home Pressure Canning Foods: Step by Step Instructions

La mise en conserve et le botulisme
Le temps des conserves

Pasteurisation

Stérilisation à la vapeur

Stérilisation 101

Conseils de salubrité sur la mise en conserve des aliments

Botulisme (Clostridium botulinum)

Home Canning and Botulism

How Not To Die From Botulism: What Home Canners Need To Know About The World’s Most Deadly Toxin

Botulism
Botulism spores - Healthy Canning

Tattler Reusable Canning Lids

Re-Usable Tattler Canning Lids-Do They Work?

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This is C, botulinum and a list of simple precautions to follow



Healthy Cooking Tip: Start With Cold Water
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Selon une étude récemment publiée, l’échinacée ne serait pas efficace pour prévenir le rhume.
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Do Natural Remedies Really Work?
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Natural Cold Remedies: What to Know
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What's the harm in homeopathy?

The Swiss Report on Homeopathy
That ‘neutral’ Swiss homeopathy report

Qu’est-ce que l’homéopathie ?

« L'homéopathie n'est pas efficace »

L'Homéopathie: voilà pourquoi ca marche et pourquoi c'est une arnaque

Homéopathie, vous reprendrez bien un peu de sucre?

Pour ceux qui croient à l'homéopathie...

L'homéopathie
L'homéopathie
Q27 – L'homéopathie... une science ou une utopie?

La croyance à l’homéopathie tue un enfant : à qui la faute ?


Homéopathie : la preuve

The Swiss Government's Remarkable Report on Homeopathic Medicine
Official Swiss Government Study and Report Dramatically Affirms Homeopathy’s Positive Results, Safety and Cost Effectiveness
Swiss government report declares homeopathy is 'cost effective' in treating patients



Two-tier health care


Do insurance companies “really” want us to be healthy?
Healthy Eating, Healthy World: Unleashing the Power of Plant-Based Nutrition
Real Healthcare Reform Has Health As the Primary Goal

How America’s healthcare system will keep you sick
 
What makes U.S. health care so overpriced? It’s not what you think


Health Care in the U.S.: A Disaster

PBS- Healthcare Crisis: Uwe E. Reinhardt,PhD

Why is American healthcare so expensive?
Why is U.S. Health Care REALLY So Expensive?

Why Is Health Care So Expensive? Let Us Count the Conspirators

Why American Health Care Is So Expensive
Who Pays for Health Care?

Hospitals go where the money is

Why Is There So Much Waste in U.S. Health Care?
Perverse Incentives
Health Care: End the 'Perverse Incentives'

Changing Health Care Payment Systems to Mitigate Unnecessary Care

Waste measurements

Healthcare reform should reward quality of care, not quantity

Healthcare Bombshell: Tenet Lawsuit Alleges Community Healthcare Cheats Medicare

Health care in the twentieth century: a history of government interference and protection

how do health insurance companies make make money?


How Vaccinations Work
A primer on vaccination vs. immunization

Difference Between Vaccination and Immunization

Vaccination

Vaccines: The real issues in vaccine safety
Problems With Vaccinations

Vaccination Issues

PROBLÈMES LIÉS AUX VACCINS


Fluor : une revue médicale américaine reconnaît sa neurotoxicité

The 'Perkins' story: myth or reality?
The Perkins Story
Use of Sodium Fluoride for mass behaviour control in Nazi Germany
The Myth AND LIE(s) About Fluoridated Water
The Truth About 'Fluoride


Fluoridated Water does not Prevent Tooth Decay
how to prevent cavities without fluoride
Fluoride is poison

Fluoridation 101

Dental fluorosis

Is-fluoride-really-effective-in-preventing-tooth-decay-or-could-it-be-doing-us-more-harm-than-good ?

Topical vs Systemic

Water fluoridation

What they say about how it started

The fluoride debate

Why is Fluoride Bad for You?


Pourquoi et comment détartrer votre glande pinéale

Poliomyélite : Causes
Polio
Poliomyélite

Did cooking allow for the increase in human brain size?
Are we meat eaters or vegetarians? Part II
Were Humans Meant to Eat Meat?

The Comparative Anatomy of Eating

Eating meat led to smaller stomachs, bigger brains

Why Stone Tool Making and Meat Eating Were So Significant in Human Evolution

The role of meat-eating in evolution

7 Reasons to Eat Beef You Are Not Aware Of

Big Brains Require An Explanation, Part I: Why Did Humans Become Smarter, Not Just More Numerous?


Le meilleur médicament, c'est vous !

Sauvez et faites repousser vos cheveux avec cet unique ingrédient

Evitez cette boisson pour diminuer le risque d’AVC et de crise cardiaque

Notre Santé! à tout prix
La vraie cause du cancer et pourquoi elle a été gardée secrète !

« Vous avez le nez bouché ? Vous éternuez ? Vous vous sentez abattu ? Oh, vous avez encore ‘’attrapé’’ un rhume !








Le zeste de citron soigne les articulations: Recette après laquelle vous vous réveillerez sans douleurs


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Why Simply Gaining XX Pounds of Muscle"Wherever it Winds Up" is Not the Route to An Attractive Body!
My Personal Weight Destroyer Review – Does it Really Work?


Here are 5 “Fatal Mistakes” you must avoid at all costs, if your goal is to eliminate belly fat and get ripped six pack abs FAST.

How A Story (About A Bull?) From 536 BC Reveals The Ancient Secret That Will UNLOCK Your Fat Burning Potential So You Can Lose 10, 30 or even 70+lbs


E-factor diet

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The TRUTH About Carbs, Blood Sugar & Fat Loss (Eat Your Heart Out With This 45-Second Trick)




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La véritable dignité - MAXIMILIAN ZUCCHI
« C’est grâce à des personnes comme elle (ma physiothérapeute) que je peux dire que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Le semestre dernier, j’ai accompagné une physiothérapeute durant son travail à l’hôpital et j’ai eu la chance de rencontrer une patiente qui m’a beaucoup frappé.
C’était une femme âgée d’une quarantaine d’années, atteinte de sclérose en plaques. Ce jour-là, c’était sa dernière visite au centre de réhabilitation; lors des derniers mois, sa condition avait cessé de s’améliorer.
Durant la session de physio, j’ai pu voir de mes yeux les effets de cette maladie : une paralysie progressive – dans son cas surtout au niveau des jambes – et de l’incontinence. L’effet le plus dévastateur de cette maladie est le fait de devenir de moins en moins indépendant.
Mais ce qui m’a surtout frappé a été le rapport que la physiothérapeute avait avec la patiente: un regard humain qui ne se concentrait pas sur la maladie, mais sur la personne elle-même. Durant la session, je me demandais : « Comment est-ce possible ? Où cette pauvre femme trouve-t-elle la force de continuer à vivre, de faire ses exercices, en sachant que sa condition ne peut que se détériorer ? »
À la fin de la rencontre, la patiente a fait ses adieux à la physiothérapeute, et elle s’est retournée vers moi en disant : « Tu sais, c’est grâce à des personnes comme elle que je peux dire que la vie vaut la peine d’être vécue. »
Cette phrase est une provocation pour nous, membres du secteur de la santé, mais également pour tout le monde; elle signifie que l’humain qui entre en relation avec l’autre évoque en ce dernier (et en soi-même !) un plus grand désir, et ne peut y rester passif. Le patient est avant tout un être humain; il ne peut être regardé uniquement par rapport à sa maladie. Nous tous désirons beaucoup plus qu’une simple guérison « physique », nous avons besoin tout d’abord d’être aimés: voilà ce qu’est la dignité.
La véritable « dignité » que l’on invoque si souvent dans les débats sur l’euthanasie au Québec ne peut pas s’accomplir en donnant la mort, mais en posant un regard différent sur les patients parce que leur vie vaut la peine d’être soutenue.
Gardons la phrase de cette patiente comme un défi et un point de départ pour se lancer dans une grande aventure !


Le « patient zéro » ?
- PATRICK CARPENTIER
Le père de l’auteur, Fernand Carpentier, est décédé à 79 ans à l’hôpital MaisonneuveRosemont en octobre 2009.
En déplaçantmon père atteint du C. difficile dans l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, on a pu propager la bactérie
J’ai lu avec intérêt votre article ( La Presse, 2 mars) traitant des nouveaux cas de C. difficile à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Le texte imputait en grande partie la recrudescence de la bactérie aux lacunes de stérilisation et de salubrité. Il y a plus.
Mon père a succombé au C. difficile dans cet hôpital en octobre dernier. Il attendait de recevoir son congé quand soudainement son monde s’est écroulé. À cause de maladresses, il est devenu bien malgré lui un vecteur de propagation de la maladie.
C’est un état de choses qui aurait pu être atténué, voire évité, en utilisant le gros bon sens.
Dès le départ, on aurait dû être vigilant avec mon père puisqu’on lui avait prescrit un antibiotique à peine un mois avant son hospitalisation. Le monde médical sait bien que les antibiotiques perturbent la flore intestinale pour laisser la porte grande ouverte au C. difficile. Connaissant la propension des médecins québécois à prescrire les antibiotiques, c’est à se demander si mon père en avait réellement besoin, surtout qu’on savait pertinemment que sa chirurgie était imminente !
Ainsi donc, cinq jours après sa chirurgie, mon père a commencé à se plaindre de gonflement abdominal. Les diarrhées ont débuté le lendemain après l’administration d’un lavement; on le croyait constipé. Vingt-quatre heures plus tard, le diagnostic est tombé: C. difficile. Vingt-quatre heures durant lesquelles il a partagé une chambre avec un autre pauvre patient!
Plus incroyable encore, obligédepasser une radiographie de contrôle, on a déambulémon père dans lesméandres de l’hôpital pour l’amener en radiologie plutôt que de faire venir l’unité mobile dans sa chambre. On doit mettre chemise d’hôpital et gants pour aller le voir et lui se promène partout à propager sa bactérie mortelle!
On décide alors de le transférer vers un autre étage où on le mettra en isolement. On sait que les patients en attente de transfert voient leurs soins considérablement réduits en attendant que la prochaine unité les prenne en charge. Mon père a attendu d’être transféré tout l’après-midi, une période où son état s’est grandement détérioré, principalement à cause de la déshydratation due aux diarrhées. Il n’avait plus de soluté ; on le lui avait retiré quelques jours auparavant. Commentaire de l’infirmière : « Ils vont lui en donner en haut ». Mais il était encore à l’étage à contaminer tout le monde!
Le soir venu, l’état de mon père est devenu très critique. Enfin appelé en renfort, un résident vraisemblablement dépassé par les événements a cru à une embolie pulmonaire. Encore une fois en radiologie ! Le scan a été négatif. Bien pensé docteur, mais le problème évident, c’était le
C. difficile, non? Stabilisé, mon père est demeuré dans sa chambre, sans transfert à l’étage supérieur ni aux soins intensifs, bien qu’il ait semblé en avoir véritablement besoin. Ce n’est que le lendemain matin, après être tombé en septicémie sévère, qu’il a été transporté aux soins intensifs où il est décédé 10 heures plus tard.
Ironiquement, à la suite de son décès, les médecins ne s’entendaient même pas sur le diagnostic, avouant attendre, tout comme moi, les résultats de l’autopsie pour comprendre ce qui s’était passé.

J’ai su par la suite qu’il y avait eu une éclosion à l’hôpital durant la période de l’hospitalisation de mon père. Je ne peux m’empêcher de penser qu’il a peut-être été le « patient zéro », celui qui a été à son origine...




Une vie a un prix - PATRICK BELLEMARE
Une immense pression administrative est exercée pour fermer des lits de soins critiques
La crise de la grippe A (H1N1) avait pourtant conscientisé le Ministère à la précarité des ressources de soins critiques.
Chaque fois qu ’ on r e nd public le décès d’un patient en attente de chirurgie, on questionne, avec raison, la qualité du système et de ses protagonistes. Chaque fois qu’un incident touche une salle d’urgence, onquestionne d’abord les gestes faits, l’aptitude des professionnels, puis l’infrastructure de soins.
Mon lieu d’exercice de la médecine est au carrefour de toutes les activités d’un hôpital, et un peu à l’image de l’urgence, son baromètre et souvent son facteur limitant: il s’agit d’une unité de soins intensifs.
Quotidiennement, on retrouve les patients les plus malades de l’hôpital nous provenant d’une des aires de réanimation de l’urgence ou de la salle d’opération. Chaque fois que les lits sont comblés, l’évidencenousobligeàprioriser les admissions, à en retarder parfois certainespourdes patients instables à la salle d’urgence, à carrément en annuler d’autres provenant du bloc opératoire.
Cet exercice désagréable est rendu nécessaire par la saturation d’une ressource pourtant essentielle au bon fonctionnement d’un hôpital de soins aigus: les lits de soins critiques. Cette ressource est limitée et dispendieuse.
La santé n’apas de prix... C’est un énoncé fort intéressant, mais de moins en moins exact. Un lit de soins critiques coûte approximativement 300 000$ par an.
Chaque fois qu’une crise politico-sanitaire point à l’horizon, vos (nos) décideurs nous demandent d’ajuster l’offre de services à la demande et d’éviter que des patients manquent de soins ou développent des complications prévisibles.
Ainsi, nos administrations hospitalières se voient confrontées aux listes d’attentes pour diverses chirurgies et procédures qu’il faut réduire à «tout prix» en augmentant la « production », mais sans crédits ajoutés. On nous demande d’augmenter notre « rendement» local tout en sachant que pour chaque procédure, le remboursement par le ministère est inférieur à son coût réel.
Presque du même souffle, la pression est immense pour contenir les coûts. Malgré ceci, dans mon hôpital, nous avons augmenté notre «production» chirurgicale de 12% dans la dernière année (tout à l’honneur des équipes locales). Pour la portion de la demande que nous ne contrôlons pas (clientèle de traumatisés… nous sommes centre de référence en traumatologie), notre achalandage a augmenté de 70% depuis 2002.
Le tout nous ramène aux débordements d’urgence, aux chirurgies majeures annulées, et à un dénominateur commun : les lits disponibles de soins critiques.
Récemment, nous avons traversé une crise sociosanitaire liée à la pandémie de grippe A( H1N1) pour laquelle nous nous sommes tant bien que mal préparés.
La commande était explicite… et légitime. Le ministère de la Santé demandait aux acteurs de soins critiques d’augmenter rapidement leur capacité d’accueil pour permettre de traiter les cas les plus graves de grippe sans pour autant compromettre l’accès aux soins critiques pour les autres patients porteurs de maladie grave.
C’est ainsi que nous sommes parvenus localement à augmenter notre capacité d’accueil en soins critiques à environ 38 lits de soins intensifs et de soins intermédiaires au total, dont 24 de soins intensifs, alors que le budget hospitalier consenti en finance environ 18 actuellement.
Les hauts représentants du ministère ont reconnu le sous-financement des soins critiques, la nécessité de réaménagements. La crise de la grippe A(H1N1) les ont conscientisés à la précarité des ressources de soins critiques au Québec. La « pilule pandémique » a permis de rendre l’offre de services temporairement acceptable en soins critiques au Québec.
Toutefois, aucun autre réaménagement d’infrastructure n’a été supporté financièrement et nos alliés pour la gestion de crise A( H1N1) souffrent maintenant d’amnésie sévère chaque fois qu’on tente de leur rappeler leurs engagements « pandémiques ».
Nous nous retrouvons par conséquent avec une pression administrative immense pour fermer des lits de soins critiques, alors qu’on pourrait en ouvrir davantage et que des patients sont victimes de listes d’attentes ou d’urgences qui débordent.
Les conséquences du goulot administratif actuel auquel nous nous soumettons ne peuvent que mener à une seule conclusion utile : au Québec, une vie a un prix…




Système de santé en faillite
Le décès de Jean-Guy
Pitre (notre photo), faute d’avoir été opéré à temps, est la goutte d’eau qui fait déborder le vase. Nous ne devons pas banaliser ce drame ou le considérer comme un simple accident, car il s’agit bien en fin de compte d’une erreur humaine, de l’erreur de ceux qui gèrent le système de santé. Soyons bien conscients que cela aurait pu arriver à chacun d’entre nous, ou encore à notre mère, notre père, notre frère ou notre soeur. On parle ici d’un véritable cas de non-assistance à une personne en danger de la part de notre ministère de la Santé. Les animaux sont mieux soignés et plus vite que les humains dans notre Belle Province. À l’époque où les ministres savaient encore ce qu’est le sens de l’honneur, notre ministre de la Santé, en tant que responsable ultime, aurait démissionné. Ce triste événement consacre la faillite de notre système de santé. Il est temps d’ouvrir la porte au privé. La coexistence entre médecine privée et médecine publique existe dans de nombreux pays, comme la France, pour le plus grand bien des usagers, et sans qu’une certaine gauche démagogique ne brandisse le spectre d’une médecine à deux vitesses. Sommes-nous plus idiots qu’ailleurs, au Québec, pour qu’on ne sache pas nous aussi mettre en place un système de santé mixte? Sur ce plan, les opposants à la médecine privée se montrent aussi bêtes, dogmatiques et bornés que les républicains qui s’opposent à la réforme de Barack Obama.
Philippe Riondel

Titanic en perdition
Je suis profondément choquée par le décès de M. Pitre et par l’inertie de notre société face à ce problème grave qui semble s’aggraver d’année en année. Le gouvernement a perdu le contrôle du gouvernail qu’est ce Titanic. Les infirmières font des heures supplémentaires, sont mal payées et sont stressées. Elles partent, démissionnent et nous nous retrouvons en pénurie de personnel. Les médecins sont mal payés et doivent faire de la paperasserie sans fin pour répondre aux besoins de nos fonctionnaires de la santé. D’une profession noble et primordiale qu’est la médecine dans une société, le gouvernement a réussi à la mettre à un niveau de métier déprimant où personne n’a le goût de travailler. Les patients sont impatients, irrespectueux et incompréhensifs envers les professionnels de la santé, car ils se sentent mal traités et incompris. On ne parle malheureusement que de l’aspect monétaire, mais le problème à mon avis est beaucoup plus profond que cela. Pourquoi avoir une médecine gratuite si c’est pour y laisser sa peau à cause d’une liste d’attente ou à une urgence débordée ? Si le gouvernement est incapable de prendre ses responsabilités et de mener à bien la santé de sa population, il est maintenant temps que les médecins, médecins spécialistes, infirmières et autres professionnels de la santé se prennent en main pour changer la situation.
Isabel Lapointe

La faute de personne!
Un policier retraité de 65 ans meurt sur une liste d’attente pour une chirurgie cardiaque majeure où il attend depuis sept mois. Une femme meurt dans une salle d’urgence faute de place pour la réanimer dans la salle de réanimation même de l’hôpital. Ce scénario se répète de plus en plus. Sommes-nous vraiment au Québec en 2010? Et ce n’est la faute de personne! Pas des médecins ou des administrateurs qui n’ont pas les ressources. Pas de la Régie régionale qui chapeaute et gère tout le réseau montréalais. Pas du ministre de la Santé qui ne peut faire davantage. Pas du premier ministre ou de son gouvernement qui ont les deux mains sur le volant. Non, ce n’est la faute à personne, ça arrive tout seul, comme cela ! Pardon, j’en oubliais un dernier à qui ce n’est jamais la faute: le citoyen québécois qui refuse de payer davantage de taxes ou d’impôts pour des services publics acceptables. Lui blâme le gouvernement de mal gérer les services qu’il réclame d’une façon insatiable. Non vraiment, pas la faute à personne. Vaut mieux retourner à nos préoccupations du jour : le niqab de Naema, le hockey, Haïti ou la météo. Beaucoup plus confortable ! En espérant que le prochain à mourir de l’incurie du système ne soit pas vous!
Serge Choquette, Magog



CHSLD L’ASSS de Montréal défend son plan  -  Katia Gagnon
Malgré les critiques essuyées par le plan de réorganisation des soins de longue durée aux personnes âgées, l’Agence de santé et services sociaux de Montréal persiste et signe: la réforme ira de l’avant comme prévu. Le directeur général de l’Agence, David Levine, s’est personnellement engagé à ne fermer aucun lit de longue durée dans les hôpitaux sans qu’un nombre équivalent de lits soient ouverts, ailleurs dans le réseau.
Le point de presse de David Levine, directeur général de l’ASSS, n’a pas calmé toutes les inquiétudes. Sur notre photo, Rita Clermont, de la résidence du parc Jarry à Montréal.
«On ne fermera jamais un lit si on n’a pas de lit ouvert ailleurs », a-t-il promis lors d’une rencontre de presse où il a fait le point sur la réforme amorcée au printemps dernier par la fermeture de près de 200 lits de longue durée à l’hôpital Saint-Mary’s et au CHUM. Les nombreux cas problématiques soulevés dans les médias sont anecdotiques et ne représentent pas la réalité généralement vécue par les personnes âgées en perte d’autonomie, croit-il.
Depuis 2007, 456 lits de longue durée ont été fermés par l’Agence. Or, le nombre de places en ressources intermédiaires a été haussé en conséquence, de 628 places. «Très souvent, on prend le cas de Mme X ou de M. Y et on fait l’extrapolation de tels cas à l’ensemble de la population. Ça génère un niveau de nervosité important chez les gens âgés», déplore le directeur général de l’ASSS. M.Levine assure que dès qu’un besoin immédiat se présente, il est comblé en quelques heures, malgré la liste d’attente imposante – près de 1500 noms – de gens qui attendent une place en CHSLD.
David Levine estime qu’il était urgent de fermer les soins de longue durée dans les hôpitaux, où les gens âgés passaient en moyenne près de 133 jours. Or, durant la majeure partie de ce séjour, les gens âgés n’avaient pas besoin de soins aigus. On les gardait à l’hôpital simplement parce qu’on n’avait nulle part où les envoyer.
« L’hôpital, ça n’est pas un environnement plaisant. On est en jaquette toute la journée. On n’a aucune activité. On vous sert à manger dans votre lit. En plus, les gens étaient transférés en moyenne quatre fois à l’intérieur du même hôpital, souligne-t-il. L’hôpital est un cauchemar pour les gens âgés. »
Avec la réforme, plaide-t-il, après en moyenne 40 jours à l’hôpital pour être soignés, les gens âgés séjournent en moyenne 44 jours dans un centre d’hébergement pour une évaluation. Ensuite, ils sont déplacés dans un autre centre d’hébergement, transitoire celui-là, en attente de la résidence qui constitue leur premier choix. Or, 80% des gens décident finalement de rester à la résidence de transition. Seuls 20% des bénéficiaires déménageront trois fois.
Mais la rencontre organisée par David Levine n’a pas calmé toutes les tensions. La Fédération de l’âge d’or du Québec estime que « des inquiétudes demeurent bien présentes ». A n ne-M a rie Drolet, directrice générale de la FADOQ-Montréal, estime « qu’il est impossible de croire qu’en trois ans, on puisse développer suffisamment de ressources intermédiaires pour combler l’ensemble des nouveaux besoins qui seront créés par les fermetures de lits ».
De plus, souligne Frédéric Lalande, conseiller aux dossiers sociaux à la FADOQ, la clientèle qui passe par l’hôpital est souvent beaucoup trop lourde pour les ressources intermédiaires, qui n’acceptent que des gens qui nécessitent moins de trois heures de soins par jour. «Il y a déjà des gens en attente pour les CHLSD et au lieu de régler cette problématique, on l’aggrave, dit-il. Il n’y a pas moins de personnes âgées, il y en a plus. Alors mathématiquement, ça n’arrive pas.»


CHSLD  Processus d’entrée chaotique  -  Katia Gagnon
EXCLUSIF I l y a quelques mois, les enfants de Lucille Dubé, 81 ans, se sont rendus à l’évidence. Ils n’étaient plus capables de garder à son domicile leur mère vieillissante et de plus en plus malade. Il fallait lui trouver un CHSLD. C’est à ce moment que la vieille dame est entrée dans un processus digne de Kafka : celui qu’impose l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal aux gens âgés qui recherchent une – très rare – place dans un centre d’hébergement.
Les démarches de Ginette Lauzon pour trouver une place pour sa mère dans un CHSLD ont été parsemées d’embûches.
Dans un premier temps, Mme Dubé – dont nous avons modifié le nom, à la demande de sa famille – a été dirigée vers une résidence pour une période d’évaluation. Elle pourrait y demeurer au maximum trois mois, a-t-on clairement indiqué aux enfants. D’ici à son placement permanent, elle pourrait devoir déménager encore, dans un centre transitoire. « Déjà, souligne la fille de Mme Dubé, Ginette Lauzon, nous nous questionnions sur la pertinence de faire subir trois déménagements à des personnes en situation de grande vulnérabilité. »
Heureusement, le nom de Mme Dubé a été placé tout en haut de la liste pour l’obtention d’une place en résidence permanente. Quelques semaines plus tard, excellente nouvelle : la travailleuse sociale de la résidence a annoncé à Mme Lauzon que sa mère avait obtenu sa place permanente. La famille nous a également demandé de taire le nom des résidences , t outes sit uées dans le quartier Ahuntsic, à Montréal.
Toutefois, entretemps, la santé de la vieille dame s’était détériorée. « Elle refusait de se nourrir et refusait toute médication », indique Mme Lauzon. Avec l’accord de la famille, les responsables de la résidence d’évaluation ont donc demandé son hospitalisation. Pas de problème, a d’abord indiqué la travailleuse sociale : en l’absence de la vieille dame, ses enfants pouvaient déménager ses effets dans la résidence permanente.
Quelques heures plus tard, un revirement est survenu. « La travailleuse sociale nous a expliqué qu’elle ne pouvait donner suite au transfert parce que ma mère était hospitalisée. Elle nous a expliqué que ma mère devait retourner à la résidence d’évaluation et que son état devait être stabilisé avant qu’on lui offre une place en résidence permanente », raconte M me Lauzon. Bref, en clair, la vieille dame perdait sa place. « Nous étions bouleversés. »
Mais le pire était à venir. La famille a ensuite été informée que, si d’aventure Mme Dubé quittait les urgences pour une chambre à l’hôpital, donc si son séjour s’y prolongeait, elle perdrait non seulement sa place en résidence permanente, mais également la place qu’elle occupait en résidence d’évaluation. À sa sortie de l’hôpital, elle se retrouverait donc dans un tout nouveau centre. « Tout le processus était à reprendre ! J’en ai eu le souffle coupé. Quelle aberration ! » s’exclame Mme Lauzon.
Même les employés du centre d’hébergement semblaient trouver cette situation intenable, souligne Ginette Lauzon. « Mon intervention n’est vraiment pas une attaque contre le personnel des centres, qui fait un travail extraordinaire avec les person nes âgées . C’est contre le système que je m’élève », dit-elle.
Une lettre éloquente
Mme Lauzon a résumé son histoire dans une lettre éloquente, qu’elle a fait parvenir à la ministre des Aînés, Marguerite Blais, ainsi qu’au ministre de la Santé, Yves B olduc . L e c abi net de la ministre Blais s’est contenté de lui envoyer un accusé de réception indiquant que le dossier relevait de la ministre des Services sociaux, Lise Thériault. « On a demandé un topo sur cette situation. Mais la ministre ne veut pas commenter un cas précis », indique Harold Fortin, attaché de presse de Lise Thériault.
Du côté de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, à laquelle nous avons pris l’initiative de faire parvenir la lettre de Ginette Lauzon, on indique que le processus imposé à Mme Dubé est effectivement conforme aux normes. « Madame a été traitée avec beaucoup de considération, dit Louise Massicotte, directrice adjointe de l’ASSS. Notre préoccupation, c’est le moins de déplacement possible pour les personnes. » Mais comme son séjour à l’hôpital devait durer deux semaines, précise-t-elle, « on a laissé sa place à quelqu’un d’autre à la résidence permanente ».
L’agence tiendra d’ailleurs une rencontre de presse ce mati n , a fi n d’ex pliquer à la presse les détails de son controversé plan d’accès aux places en CHSLD. C’est ce plan, adopté au printemps dernier, et en vertu duquel 200 lits de longue durée dans les hôpitaux ont été fermés, qui fait en sorte que la congestion est maximale à l’entrée des centres d’hébergement pour personnes âgées. Pas moins de 1500 personnes sont actuellement en attente d’une place en CHSLD.
Finalement, Lucille Dubé n’est demeurée aux urgences qu’un peu plus de 24 h. Néanmoins, « ce court séjour lui a fait perdre sa place en résidence permanente », souligne M me Lauzon dans sa missive, qu’elle nous a fait parvenir il y a 10 jours.
Cependant, lundi dernier, quelques jours à peine après que nous ayions transmis à l’agence la lettre de Ginette Lauzon, sa mère a de nouveau obtenu sa place en résidence permanente. Simple coïncidence? «Ça n’a aucun lien avec les démarches que M me Lauzon a faites », assure Mme Massicotte.



CHSLD : Réunion au sommet  -  Katia Gagnon
Une réunion au sommet se tiendra d’ici peu sur le dossier brûlant des places en CHLSD dans la région de Montréal. Elle rassemblera les ministres Marguerite Blais, responsable des Aînés, et Lise Thériault, responsable du dossier des Services sociaux. Le président de l’Agence de santé de Montréal, David Levine, sera aussi convoqué pour répondre aux questions des deuxministres.
Les deux ministres refusent de se dire inquiètes quant à la réforme mise en place par l’Agence, qui éliminera d’ici trois ans près de 800 lits de longue durée dans les hôpitaux montréalais. L’impact sera inévitable sur le réseau des CHSLD, où près de 1500 personnes sont en attente d’une place. Or, ces établissements devront désormais réserver une partie de leurs lits à la clientèle qui se retrouvait autrefois à l’hôpital, sous forme de lits de transition ou d’évaluation.
« Il n’est pas question de surseoir à ce plan. Ça va être déployé sur trois ans, et ça va se faire d’une façon correcte. C’est faux de prétendre qu’on va laisser des gens à la rue », dit Lise Thériault. Un hôpital est loin d’être l’endroit idéal où passer des mois, souligne Marguerite Blais. « On a fait une consultation et les aînés veulent vivre chez eux. Personne ne veut vivre à l’hôpital. »
Mme Blais émet toutefois certaines réserves. « Des personnes ballottées d’un endroit à l’autre, je n’en veux pas. Personne ne souhaite que nos aînés soient ballotés. Je veux m’assurer que les conditions de vie des aînés sont adéquates. »
« On va s’assurer, avec M. Levine, que les places planifiées répondent aux besoins de Montréal. Ce sont des questions normales à poser. On veut s’assurer que tout se déroule dans les règles de l’art », dit Lise Thériault.
Mais ces 800 lits fermés n’auront-ils pas un impact important sur la liste d’attente en CHSLD, déjà imposante ? Les CHSLD doivent rester le dernier recours en matière d’hébergement, répond Marguerite Blais « Il faut placer les gens aux bons endroits. » De son côté, Lise Thériault fait observer que la majorité des aînés en transition dans un CHSLD choisissent finalement de rester à cet endroit.
De plus, ajoute - t-el le, l’Agence de Montréal s’engage à créer près de 500 places dans des ressources intermédiaires d’hébergement. « Souvent, les gens ignorent l’existence de ces petites résidences, près de chez eux, où le climat est beaucoup plus familial. »
Lundi , l a déput ée de Crémazie, Lisette Lapointe, ainsi que son collègue de Ma r ie-Vic tor i n, Berna rd Drainville, ont employé des mots très durs pour qualifier la réforme mise de l’avant par l’Agence de santé deMontréal. I ls ont jugé « sauvage » et « inhumaine » la façon dont sont traités les aînés montréalais. La Fédération de la santé et des services sociaux s’est également montrée très critique à l’égard de cette fermeture massive de lits.



Abolition des 
CHSLD de Montréal
EXCLUSIF
« D’ici trois ans, tous les lits de longue durée dans les hôpitaux seront fermés », confirme le président de l’Agence de la santé et des services sociaux.
D’ici trois ans, la totalité des 792 lits de longue durée seront fermés dans les hôpitaux montréalais. La décision de l’Agence de la santé et des services sociaux, qui a commencé à se concrétiser sur le terrain ce printemps avec la fermeture de 200 lits à l’hôpital St. Mary et au CHUM, met en place un nouveau processus pour les aînés en attente d’hébergement : ces derniers pourraient ainsi changer jusqu’à trois fois de lieu de résidence avant d’avoir une place permanente.
« D’ici trois ans, tous les lits de longue durée dans les hôpitaux seront fermés », confirme le président de l’Agence de la santé et des services sociaux, David Levine, en entrevue à La Presse. Ces lits accueillaient des patients âgés qui y attendaient, en moyenne pendant trois mois, une place dans un centre d’hébergement. « Ils étaient dans les chambres les moins intéressantes de l’hôpital. À deux lits, avec salle de bains commune », souligne M. Levine.
Désormais, en l’espace de 72 heures, une fois leur problème de santé physique réglé, les aînés devront quitter l’hôpital. Pour aller où? « On a créé des lits d’évaluation dans nos CHSLD, qui sont un milieu de vie beaucoup mieux adapté aux besoins de ces personnes. » Les personnes âgées demeureront un maximum de trois mois dans ces lits d’évaluation. Ensuite, si elles n’ont pas de place dans le CHSLD de leur choix, on les transférera dans les « lits de transition », toujours en CHSLD. Puis, ultimement, elles iront dans l’établissement de leur choix.
Les aînés pourraient donc déménager trois fois avant de trouver une adresse permanente. Est-ce une bonne chose de déménager autant pour des aînés qui souffrent souvent de troubles cognitifs et perdent un peu de leurs capacités à chaque déplacement ? « Le système va être meilleur pour la clientèle », affirme M. Levine.
3700 personnes en attente pour les CHSLD
Le problème de ce plan, c’est que les places en CHSLD sont très rares. En 2004, le nombre de places en CHSLD a été gelé par l’ancien ministre de la Santé Philippe Couillard. Dans les faits, le nombre de places a diminué de 200 à Montréal depuis cinq ans. Résultat: il y a actuellement 3700 personnes en attente d’une place en CHSLD dans la région de Montréal.
Comment va-t-on éviter l’embouteillage? En créant des places en ressources intermédiaires, une nouvelle étape entre le domicile et le CHSLD, répond M. Levine. Ces ressources se déclinent en diverses formules, de la petite ressource de type familial à l’immeuble où les gens âgés ont chacun leur logement. Les services de soins à domicile sont assurés par les centres de santé locaux.
Depuis cinq ans, l’agence a créé 440 places en ressources intermédiaires et 500 nouvelles places verront le jour d’ici un an. Ces ressources accueillent en général des aînés qui ont besoin de moins de trois heures de soins par jour. On a aussi créé 4300 nouvelles « places » en soins à domicile, fait valoir David Levine. De plus, 6000 des 14 000 places en CHSLD seront transformées pour abolir les chambres multiples et créer des aires de vie commune. Des rénovations qui coûteront 60 millions.
Loin de faire l’unanimité
Mais la décision de l’Agence est loin de faire l’unanimité. « J’ai beaucoup de témoignages de gens qui disent faire face à un système complètement bouché, souligne François Béland, gériatre à l’Université de Montréal. Les administrateurs des CHSLD sont pressés par l’agence d’accueillir des cas. Ils les placent où ils peuvent. »
Quant à l’idée de déplacer des personnes âgées jusqu’à trois fois, « ça n’a aucun sens », tranche M. Béland. « L’objectif de ces unités de transition, ça va être de se débarrasser des personnes âgées, parce que d’autres vont arriver. On ne peut pas fonctionner de cette façon. Ça répond aux seuls besoins de l’Agence et des hôpitaux de courte durée. »
M. B é l a n d p r é vo i t d’ailleurs que cette nouvelle façon de faire augmentera la durée de séjour dans les hôpitaux. « Dans les faits, les personnes âgées vont continuer d’avoir des séjours très longs. Les hôpitaux vont vouloir s’en défaire, mais ils ne le pourront pas. On aura remplacé les unités officielles par des séjours dans les unités régulières des hôpitaux. »
« Il n’y a pas de places dans les CHSLD! Alors on est pris avec l’objectif de trouver des lits qui ne sont pas disponibles », s’insurge Paul Brunet, du Conseil de protection des malades. « On sabre dans les institutions de soins de longue durée et de grands malades se retrouvent en ressources intermédiaires, qui ont du mal à les accueillir. Un moment donné, ça va éclater. Et on va se retrouver avec un problème pire que celui qu’on a voulu régler », dit-il.
« Il ne faut pas paniquer, dit Michel Tremblay, président de l’Association des ressources intermédiaires du Québec. Mais les ressources intermédiaires ont une limite et si on veut dépasser cette limite-là, il va falloir négocier de nouvelles modalités, tant en termes financiers qu’en termes de services fournis. » À l’heure actuelle, les ressources intermédiaires reçoivent en moyenne 75$ par jour pour chaque aîné hébergé. Et les places sont occupées en totalité, précise M. Tremblay.

La réforme des CHSLD connaît des ratés  -  Ariane Lacoursière
Le transfert de patients atteints de troubles psychiatriques cause des maux de tête aux employés
EXCLUSIF
La réforme qui a cours depuis le printempsdanslemilieudel’hébergement pour aînés à Montréal a des conséquencesfâcheuses. Despatientsâgés ayantdestroublespsychiatriquesont récemment été transférés dans des centreshospitaliersdesoinsdelongue durée(CHSLD) conventionnels, oùils ont attaqué sauvagement des membres du personnel. Chaises lancées par la tête, étranglements, coups... Les gestes faits par ces patients ont choquélesemployés, quidisentmanquerdeformationpour accueillirune clientèle aussi lourde.
Depuis le printemps, l’Agence de la santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal a commencé à fermer les 792 lits de longue durée des hôpitaux montréalais. Les patients sont progressivement transférés dans des « lits d’évaluation », dans des CHSLD, et le personnel n’est pas encore formé.
Depuis le printemps, l’Agence de la santé et des services sociaux (ASSS) de Montréal a commencé à fermer les 792 lits de longue durée des hôpitaux montréalais. Les patients qui occupent ces lits sont progressivement transférés dans des « lits d’évaluation », dans des CHSLD.
Récemment, 120 lits de longue durée du Centre hospitalier de l’ Université de Montréal (CHUM) ont ainsi été fermés. Les patients ont été redirigés vers des centres d’hébergement du Centre de santé et de services sociaux (CSSS) Jeanne-Mance.
Le CHSLD Émilie-Gamelin a accueilli une dizaine de ces patients, qui présentaient également de graves problèmes de santé mentale. « En temps normal, ces patients auraient dû se retrouver dans des unités spécifiques, avec des gens formés pour les accueillir. Mais avec la fermeture des lits de longue durée dans les hôpitaux, on se dépêche à sortir les patients et on les dirige tous vers les CHSLD, sans tenir compte de leur profil », dénonce le vice-président régional pour la Fédération de la santé et des services sociaux (CSN), Jean-Philippe Grad.
Incidents violents
L’intégration des nouveaux résidants ne s’est pas faite sans heurts au CHSLD Émilie-Gamelin. Le soir même de son arrivée, un patient a pris à la gorge une employée qui refusait de lui donner une cigarette.
La directrice générale adjointe des services en hébergement du CSSS Jeanne-Mance, Lise Guimond, confirme que cet incident s’est produit. « Depuis, un éducateur et un chef de section ont donné de la formation au groupe d’employés qui doit gérer ces patients, assure-t-elle. Ces patients resteront au CHSLD ÉmilieGamelin jusqu’en octobre. Il seront alors transférés dans des ressources spécifiques dans l’Ouest-de-l’Île qui ne sont pas encore prêtes. »
M. Grad rapporte que le soir du 21 juin, un autre incident violent s’est produit dans un autre établissement: le CHSLD du Manoir de l’âge d’or, qui a lui aussi accueilli des patients expulsés du CHUM.
Ce soir-là, une employée a trouvé un résidant qui dormait à même le sol d’une aire commune. Quand elle lui a demandé de regagner sa chambre, l’homme s’est fâché et s’est mis à lui lancer des chaises et à courir derrière elle. L’employée a dû se barricader.
Ces deux incidents ont abouti à deux plaintes à la Commission de la santé et de la sécurité du travail (CSST). Pour M. Grad, ces situations n’auraient pas dû se produire. « Les CHSLD ne peuvent pas répondre aux besoins très lourds de ces patients pour le moment. Ils ne sont pas outillés », dit-il.
Hier, l ’ASSS-Montréa l a refusé d’accorder une entrevue à La Presse. « On se rend compte que les changements dans l’hébergement des personnes âgées demandent beaucoup d’explications. On va tenir une séance d’information exhaustive là-dessus d’ici quelques semaines. Mais entre-temps, on va refuser toute entrevue à ce sujet », a déclaré la porte-parole de l’Agence, Chantale Huot.
M. Grad estime pour sa part qu’il est urgent de corriger la situation. Selon lui, d’autres incidents pourraient se produire dans des CHSLD de la métropole. Car en plus du CHUM, plusieurs autres lits de longue durée sont en train d’être fermés à Montréal.




PRIS EN OTAGES -  STEEVE GAUTHIER
Forcés de faire des heures supplémentaires, les infirmiers et infirmières sont rendus au bout du rouleau
Comment se fait-il qu’on ait si peu de respect pour les infirmiers et infirmières ?
C’est l’histoire d’une prise d’otages. Dans mon pays, il y a bien peu de prises d’otages. Généralement, elles font beaucoup de fracas. Celle-ci, on ne la remarquera que très peu.
 Dans le contexte actuel, où les conditions de travail sont pour le moins difficiles, comment peut-on attirer des jeunes à devenir infirmières et infirmiers ?
Pourtant, dans mon histoire, il s’agit de la séquestration de 12 otages ; c’est considérable. Peut-être que, ayant été un de ces otages, je suis subjectif dans mon évaluation. Il est vrai que je me sens assez traumatisé à la suite de cet évènement pour le moins déstabilisant.
Samedi dernier, un hôpital universitaire de l’est de Montréal a pris en otages 12 infirmiers et infirmières pendant plus de 10 heures. Ils ont ainsi dû s’occuper des malades dont il avait la charge dans une unité de soins critiques pendant plus de 18 heures. Normalement, une journée de travail dure huit heures, où nos talents, nos compétences et nos valeurs sont mis à l’oeuvre afin de faire ce à quoi on excelle : soigner les malades.
I l est prévu dans le code de déontologie qu’un infirmier ou une infirmière doive s’occuper de ses patients tant qu’une relève n’est pas en mesure de prendre en charge les malades dont il ou elle s’occupe. Ce qui, je crois, fait bien l’affaire du système de santé malade dans lequel on vit, puisque les soignants ne peuvent pas abandonner les soignés sans que d’autres personnes soient disponibles. Dans ce contexte de pénurie, il arrive régulièrement que les professionnels de la santé, infirmiers ou infirmières, soient obligés de demeurer et de faire des heures de plus pour pallier au manque quotidien de personnel.
Nous sommes fatigués, nous sommes au bout de notre rouleau. J’ai parlé des heures supplémentaires obligées, et ce, sans égard aux heures supplémentaires volontaires grâce auxquelles notre système de santé collectif survit depuis maintes années.
On nous demande continuellement de faire notre part, comme si on considérait que faire seulement les heures régulières de travail pour lesquelles on s’est engagé était nettement insuffisant pour considérer qu’on fait déjà notre juste part.
Les infirmiers et infirmières tiennent le système de santé à bout de bras depuis longtemps déjà. Comment se fait-il alors qu’on ait si peu de respect pour ces professionnels ? Il est extrêmement difficile d’être dans un milieu où on te manque continuellement de respect, et de continuer de contribuer positivement à cette organisation. On l’a fait longtemps, mais je crois que les choses se dégradent à vitesse grand V.
Donc, ce samedi vers 16h, voyant qu’ils seraient encore obligés de faire des heures supplémentaires obligées durant la prochaine nuit, le groupe d’infirmiers et infirmières qui devaient prendre la relève du personnel de jour a décidé de ne pas commencer son quart de travail, de demeurer dans la salle de repas afin de manifester son écoeurement face à ce manque de respect récidivant. Il faut comprendre que c’est le groupe le plus sollicité à être pris en otage, car la pénurie est encore plus criante sur le quart de nuit que sur tous les autres quarts de travail.
Il faut savoir que ça fait déjà des années qu’on dénonce ces problèmes, qu’on propose des solutions, mais il ne se passe jamais rien. En fait, il se passe quelque chose: ça va de mal en pis. Pouvez-vous croire que pendant toute la durée de notre prise d’otages, il n’y a personne de l’administration qui a cru bon de venir donner du support à l’équipe séquestrée dans les soins critiques ? Personne.
Pouvez-vous croire aussi que plusieurs solutions ont été proposées, tant par l’équipe en otage que par l’équipe qui refusait de rentrer travailler dans ces conditions encore une fois outrageuses ? L’administration de l’hôpital a refusé toutes nos suggestions, choisissant la ligne dure à la manière de « on ne pliera sur rien »? Comment peut-on attirer des jeunes à devenir des infirmiers et infirmières dans un tel contexte ? On nous en demande toujours plus, nous sommes épuisés. Je me demande sur quel ton, de quelle manière, sur quelle tribune nous pourrions avoir une oreille attentive et qui permettrait aussi de vraiment de changer des choses. J’espère ici entrer au coeur des décideurs, pas les chefs d’unité, pas les coordonnatrices d’activité, pas les chefs de programme ni même les directeurs généraux d’hôpitaux.
Je m’adresse plutôt à la classe politique; c’est à vous de changer les choses. Vous êtes responsables du système de santé, vous pouvez entendre, vous devez prendre des décisions pour améliorer radicalement les conditions de travail des infirmiers et infirmières afin que ça devienne une profession intéressante pour les jeunes en questionnement sur leur avenir professionnel.

On a besoin de renfort, de beaucoup de renfort. Le vieillissement de la population et les boomers devraient en soi vous convaincre qu’on a besoin rapidement d’augmenter le nombre de professionnels soignants
Prenez notre défense, c’est dans votre intérêt
Près de 60 000 infirmiers et infirmières sont pris entre le besoin viscéral d’aider notre prochain et le fait que notre vie professionnelle étouffe notre vie personnelle.
(…) Je m’adresse aussi à la population en général : comment se fait-il qu’on accepte collectivement que les infirmières et infirmiers soient traités de la sorte, de façon irrespectueuse ? Lorsque vous aurez besoin de soins, les infirmiers et infirmières seront en première ligne de l’expérience traumatisante que vous allez vivre. Nous faisons la différence entre l’inhumanité et la souffrance, versus l’empathie et l’humanité.
Au moment, où on se rencontrera, vous serez peut-être en train de traverser l’un des pires moments de votre vie. Il serait plus que justifié que vous preniez notre défense, en manifestant et en vous plaignant. Vous seriez les plus grands gagnants de cette démarche.
Je souhaite atteindre le coeur des gens. Nous sommes des gens de coeur. Hier, lors de notre prise d’otages, quand après 17 heures de travail et la menace qui pesait sur nos têtes de devoir demeurer en poste pendant plus de 32 heures si les choses ne s’arrangeaient pas, j’ai pris conscience encore une fois de ce que veut dire la fameuse expression « avoir la vocation ». Nous étions dans tous nos états, certains pleuraient, d’autres étaient si fatiguées qu’elles tremblaient, d’autres ont eu des vomissements de fatigue. Malgré cela, aucun d’entre nous ne pouvait une seule seconde envisager de quitter ses patients.
Dans cette histoire, il est non seulement question de 12 otages, mais de plus de 60 000 infirmiers et infirmières pris dans un étau entre le besoin viscéral, qui est le nôtre, d’aider notre prochain et le fait que notre vie professionnelle étouffe notre vie personnelle.
Hier, une collègue devait célébrer l’anniversaire de sa plus grande fille, elle devait lui remettre un cadeau lui permettant d’ouvrir sa propre entreprise. Elle n’a pu y assister à cause de la prise d’otages. Le souper a eu lieu en son absence et son conjoint à remis son cadeau à sa fille et ça s’est terminé par un bref remerciement téléphonique, parce que le boulot attendait ma collègue. Et je pourrais vous raconter 11 autres histoires personnelles comme celle-ci.
Il y a de la souffrance, il y a du désespoir aussi dans mon groupe. On pense de plus en plus qu’on ne pourra pas y arriver. Les infirmières et infirmiers quittent massivement la profession et ceux qui restent perdent espoir d’une réalité meilleure. L’élastique a été étiré au maximum; l’État québécois doit cesser d’exercer cette pression insoutenable sur ceux qui sont les seuls dans notre société civile de qui on exige, sous peine de sanctions de l’employeur et de l’ordre professionnel, de continuer à travailler après un quart de travail de huit heures auprès de personnes qui ont besoin de soins.
Dans cette histoire que je voulais vous raconter, il y avait surtout une demande à l’aide, un cri de désespoir.



Une bureaucratie inutile -  Michel Aubé
J’ai lu avec intérêt l’articleintitulé « Tolérance zéro pour les déficits d’hôpitaux », publié le 30 décembre dans La Presse. Je travaille depuis 40 ans dans un CHU, comme médecin spécialiste, et cette initiative – de vouloir contrôler les déficits – demeure un thème récurrent pour l’administration publique. La dernière en date, celle de Lucien Bouchard, avait été une catastrophe, plaçant le système dans un état d’étirement maximal, soutenu à bout de bras par les médecins au détriment des malades, malgré les prétentions contraires. Aucun « gras » n’a été éliminé dans les postes administratifs ; plus encore, une autre strate administrative a été ajoutée avec la fusion des CHU.
L’élimination des déficits dans les hôpitaux est un thème récurrent de l’administration publique. Les coupes de Lucien Bouchard, il y a quelques années, avaient placé le système dans un état d’étirement maximal, soutenu à bout de bras par les médecins au détriment des malades.
Il ne faut pas oublier que ces gouvernements se sont initialement fait élire en promettant une utopie nommée «assurance maladie universelle», sans principes de responsabilisation des administrateurs (nommés à vie) ou des patients (où tout leur est dû, à bon droit). C’est la raison politique du système. Ces gouvernements ne peuvent malheureusement adapter leur promesse au réalisme de la situation déficitaire structurelle du système qu’ils ont engendré. En effet, le courage politique, doublé de sa franchise, ne semble en aucune façon s’imbriquer dans l’éthique de la conservation du pouvoir.
Sans en utiliser le terme, ce déficit structurel du système nous est à nouveau souligné par les fonctionnaires des agences et leurs suppôts.
La première absurdité, parlant de déficits, est précisément mentionnée au paragraphe d’introduction de l’article où il est fait mention d’une « nouvelle équipe engagée » par le MSSS pour redresser la situation. N’est-ce pas la fonction des administrateurs actuels? On débute l’exploration du déficit en allouant des fonds nouveaux pour l’étudier ! Absurde!
Je ne peux que douloureusement me souvenir d’une détérioration sans précédent de la qualité des soins médicaux en coïncidence avec le pouvoir retiré aux médecins dans l’administration des centres hospitaliers au profit de laïcs. Des laïcs plus que souvent ignorants de la chose médicale, mais superbement experts en « problématique », s’inventant un vocabulaire hermétique d’une insignifiance dysfonctionnelle inqualifiable.
En préambule à ce nouvel exercice dit de rationalisation, il m’apparaît opportun de poser quelques questions simples et certainement de basse naïveté lorsque les thèmes de « problématique » sont abordés.
• Quel est le ratio administrateurs/ patients dans les centres hospitaliers et comment se compare-t-il au système privé?
• Pourquoi deux administrateurs pour nos cliniques alors qu’ils étaient inexistants auparavant? Qu’ont-ils modifié de palpable et pourquoi retirent-ils des bonis «secrets de l’administration?» En fonction de quelle performance?
• Pourquoi des programmes d’amélioration de la qualité de l’acte médical ne sont-ils pas appuyés financièrement par l’administration?
• Pourquoi une laïque a-t-elle le pouvoir, pour des raisons budgétaires, de mettre fin à un programme de traitement unique et exclusif au Canada sans consulter les médecins impliqués?
Quelques bien-pensants prétendent que les services à la population ne seront pas modifiés avec les coupes à venir. Les services à la population sont déjà à la limite et sous-optimaux malgré ce que ces gens clament sur tous les toits. Si de telles coupes sont engagées, pourquoi les agences auraientelles alors permis de telles expansions bureaucratiques non productives quant à leur contribution aux services à la population? Évidemment, plusieurs raisons sont évoquées: vieillissement de la population, féminisation de la pratique médicale… mais jamais personne ne blâme l’administration!
D’autres bien-pensants encore, plus au fait de la « problématique », voudraient rapatrier dans les CHUs des services de haute qualité déjà offerts avec plus de célérité en centres périphériques. Ces mêmes services ont déjà des temps d’attente multipliés dans les CHUs. Je présume que les nouveaux concepteurs sauront trouver le personnel nécessaire dans les CHUs après avoir mis en retraite prématurée les infirmières spécialisées et réduit d’au-delà de 30% les entrées en programme de spécialisation il y a de çà quelques décades.
Avant que la population n’exige que ces administrateurs n’alignent leur performance sur le privé, qu’un effort soit fait pour élimer en priorité les « définisseurs» de problématique... et le budget aux malades s’en portera bien mieux.
Lors du dernier exercice de minceur de cette nature, les administrateurs sont demeurés alors que furent honteusement poussés vers la retraite des infirmières et des médecins de carrière.
La désespérance qui émane d’un tel contexte ne requiert aucun nouveau terme, elle se nomme incompétence.

De vieux mythes -  Carole Trempe
Les gestionnaires du réseau de la santé voient à assurer des services et des soins de qualité
La nomination des cadres supérieurs se fait par résolution du conseil d’administration. Leur révocation, leur démission sont entérinées de la même manière. Personne n’est nommé à vie.
L’auteure est directrice générale de l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux (ACSSSS). Elle réagit à l’opinion « Une bureaucratie inutile », signée par le neurologue Michel Aubé et publiée dans nos pages Forum mercredi dernier. La lettre du Dr Aubé me laisse stupéfaite. Il est en effet très étonnant qu’un médecin spécialiste oeuvrant au sein du réseau de la santé depuis 40 ans publie sur une tribune des faits qui s’avèrent totalement faux et non vérifiés. De tels propos ne tendent qu’à raviver de vieux mythes à l’égard des gestionnaires, mythes naguère et à bon droit, bien enterrés.
Les directeurs des services professionnels des établissements de santé sont des médecins omnipraticiens ou spécialistes.
Je me permettrai donc de rétablir les faits pour informer adéquatement la population qui bénéficie des services de santé et de services sociaux et qui a le droit de connaître le travail des directeurs qui occupent des fonctions d’encadrement supérieur dans notre réseau.
La nomination des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux se fait par résolution du conseil d’administration des établissements qui les embauchent. Leur révocation, leur démission sont également entérinées de la même manière. Personne n’est nommé à vie.
Dr Aubé, soyez rassuré sur le pouvoir retiré aux médecins dans l’administration des centres hospitaliers au profit de laïcs « plus que souvent ignorants de la chose médicale » : les directeurs des services professionnels (DSP) des établissements de santé sont des médecins omnipraticiens ou spécialistes.
Par conséquent, vos confrères font partie intégrante de l’équipe de direction des établissements de santé. À ce titre, ils participent également avec les autres directeurs à la prise de décision. Par surcroît, dans le cadre de ses fonctions, le directeur des services professionnels (DSP) est chargé d’assurer la liaison entre l’équipe médicale et la haute direction, assurant la circulation synallagmatique de l’information.
Il n’existe pas non plus de bonis secrets de l’administration. Peut-être faites-vous référence aux bonis au rendement que l’établissement peut octroyer aux équipes de directeurs ou à certains direc t eur s i ndiv iduel le - ment? Dans un cas comme dans l’autre, on parle d’un montant forfaitaire d’environ 2% par année, lorsqu’il est octroyé.
À l’origine, cette mesure a été introduite pour compenser le temps supplémentaire que font les dirigeants. En vertu du décret qui régit leurs conditions de travail, ils sont rémunérés pour 35 heures par semaine, alors qu’il est démontré qu’ils en travaillent minimalement 50.
Au passage, les rapports financiers des établissements de santé et de services sociaux sont publiés et les bonis au rendement sont déclarés, la population peut avoir accès à cette information.
Pour votre information, je me permets de vous référer au site de l’association (www. acssss.qc.ca). Vous y retrouverez une vidéo documentaire d’une quinzaine de minutes qui s’intitule L’influence du coeur. Cette vidéo a été tournée par l’Association des cadres supérieurs de la santé et des services sociaux pour faire connaître la fonction de l’encadrement supérieur. Le scénario a été écrit à partir de rencontres auprès de certains directeurs du CSSS de Laval en collaboration avec le directeur général de cet établissement et en partenariat financier avec le MSSS.
Oh! Avant que je ne l’oublie, ceux que vous appelez les laïcs se nomment gestionnaires. Ces gestionnai res possèdent de très grandes valeurs humaines. Leur priorité: assurer des services et des soins de qualité à la population. Loin d’être incompétents, ils sont l’huile de coude qui fait rouler le système.



Femmes enceintes en Gaspésie : Une situation inconcevable, reconnaît le ministre  -  Pascale Breton
Il est inconcevable que les femmes enceintes de la HauteGaspésie doivent se déplacer constamment à Matane parce qu’elles n’ont pas accès à des services près de chez elles, reconnaît le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
Pierre Pelletier et Stéphanie Lickfold ont dû parcourir 100 kilomètres pour la naissance d’Elsa, en raison du manque de services à l’hôpital de SainteAnne-des-Monts, en Gaspésie.
La Presse a publié hier un reportage sur la réalité des femmes enceintes de la région de Sainte-Anne-des-Monts, en Gaspésie, qui se retrouvent sans médecins accoucheurs.
Certaines doivent parcourir plus de 2000 km durant leur grossesse pour se rendre à leurs rendez-vous de suivi, en plus de devoir accoucher à Matane.
Cette situation risque d’ent ra î ner des compl ications graves, tant pour les mères que pour les bébés, craignent des médecins. D’ailleurs, une femme enceinte s’est endormie au volant en se rendant à l’un de ses rendez-vous, provoquant une collision frontale. Heureusement, elle s’en est tirée indemne, tout comme son bébé.
« On trouve inconcevable qu’elles doivent fa i re des milliers de kilomètres pour avoir des services alors qu’il y a beaucoup de services qui pourraient être donnés localement », a reconnu hier le ministre Bolduc, en réponse à une interpellation au cours de la période de questions à l’Assemblée nationale.
Au printemps, le ministre avait déclaré qu’il était « acceptable » que les femmes enceintes doivent se rendre accoucher à Matane.
Médecins demandés
L’Agence de santé et de services sociaux de la GaspésieÎles-de-la-Madeleine prépare actuellement un avis destiné au ministre concernant une éventuelle réouvertu re du service d’obstétrique et de gynécologie de l’hôpital de Sainte-Anne-des-Monts.
M a is pou r cela , il faut d’abord trouver des omnipraticiens en mesure de pratiquer des accouchements, des chirurgiens et des anesthésistes.
« Nous sommes en mode solution », a tout de même affirmé la porte-pa role du ministère de la Sa nté, Dominique Breton.
De son côté, le député péquiste de l’endroit, Pascal Bérubé, maintient la pression sur le gouvernement afin de ra mener les soins dans la région. Un regroupement de plusieurs centaines de personnes a d’ailleurs été créé sur Facebook pour « sauver le service d’obstétrique de Sainte-Anne-des-Monts ».
« On se retrouve dans une situation incroyable, déclare M. Bérubé. En tout temps, dans la M RC, il devrait y avoir un point de chute qui est l’hôpital des Monts (à Sainte-Anne-des-Monts) où on assure les soins de base. »
Le suivi abandonné
Que les femmes doivent accoucher à Matane, c’est une chose. Mais qu’aucun médecin ne soit en mesure d’assurer les suivis de grossesse en HauteGaspésie, c’est tout à fait déplorable, a dénoncé la porte-parole de l’Association des médecins en périnatalité du Québec, la Dre Andrée Garon.
« C’est vraiment déplorable que les médecins aient même abandonné le suivi de grossesse », lance-t-elle en entrevue à La Presse.
La spécialité de la gynécologie-obstétrique connaît des temps difficiles. Il manque du personnel dans les hôpitaux, sans compter les médecins et les sages-femmes. « Malheureusement, les régions plus éloignées et les petits centres paient la facture », déplore la Dre Garon.
E l le con st ate d ’a i l leu r s qu’un fossé sépare les «beaux discours entourant la politique de la périnatalité au Québec et la réalité sur le terrain ». Les femmes de la Haute-Gaspésie, mais aussi d’autres régions éloignées comme la Côte-Nord, en savent quelque chose.


DES FEMMES SONT LAISSÉES À ENCEINTES ELLES-MÊMES  -  Pascale Breton
Des complications qui n’ont pas été détectées à temps penda nt la grossesse, il risque d’y en avoi r dava ntage maintenant qu’il n’y a plus de services pour les femmes enceintes à Sainte-Anne-des-Monts.

« Ma crainte, c’est qu’on finisse par avoir des bébés mort-nés ou des problèmes parce que les femmes vont se présenter à la dernière minute », déclare la Dre Lorraine Saint-Germain, qui fait partie des omnipraticiens qui pratiquent les accouchements à Matane.
Au cours de la dernière année, une centaine de femmes de la Haute-Gaspésie se sont déplacées pour accoucher à Matane, à une centaine de kilomètres. Depuis cinq mois, deux ont aussi accouché aux urgences de l’hôpital de SainteAnne-des-Monts. Elles n’ont pas eu le temps de se rendre à Matane.
Mais ce qui inquiète le plus les médecins, ce sont les femmes qui ne vont pas à leurs rendez-vous de suivi de grossesse. Certaines n’ont pas de voiture. D’autres n’ont pas assez d’argent pour payer un voisin qui pourrait les y conduire. Elles se rendront à Matane le jour de l’accouchement seulement.
« On recule. C’est le retour à la petite Québécoise des années 1900 qui accouchait toute seule dans sa grange », dénonce la Dre Saint-Germain.
La MRC de Sainte-Anne-desMonts s’étend sur quelque 140 km, de Cap-Chat à Sainte-Madeleine. Une région au panorama magnifique, longeant des falaises et le fleuve en contrebas. Par temps clair, on aperçoit la Côte-Nord, de l’autre côté de la rive.
C’est aussi l’une des régions les plus pauvres du Québec, entre mer et montagnes. Tant la pêche que la forêt connaissent des années difficiles. À l’intérieur de certaines maisons à la peinture écaillée se cachent de nombreux chômeurs, des décrocheurs, des familles vivant de l’aide sociale.
Le service d’obstétrique et de gynécologie a fermé à la fin de 2007, avec le départ du dernier médecin accoucheur. Une fermeture qui devait être temporaire mais qui dure depuis 18 mois.
Jusqu’à récemment, des infirmières offraient au moins certains services à l’hôpital de Sainte-Annedes-Monts. Elles pouvaient écouter le coeur du bébé si nécessaire ou évaluer une femme en travail pour déterminer s’il était temps qu’elle se rende à Matane.
Ce service a été aboli il y a quelques semaines. « Ils épa rgnent sur le dos des femmes enceintes qui, déjà, avaient très peu de services chez elles », déplore la Dre Saint-Germain.
« C’était cher et nous sommes en redressement budgétaire », explique la directrice générale de l’hôpital, Hélène Laprise. « Quand on a cessé le service, il n’y avait aucune maman en demande d’évaluation, à court, moyen ou long terme. »
La volonté de la direction est toutefois de relancer complètement le service. D’ailleurs, les petits lits chauffants de la pouponnière, simplement recouverts d’un drap blanc, sont toujours en place. Aux murs, des affiches prônent l’allaitement tandis que des mobiles colorés sont encore suspendus au plafond.
L’hôpita l peine à atti rer des médecins depuis une dizaine d’années. Il manque la moitié des effectifs, soit une dizaine de médecins généralistes, des chirurgiens et des anesthésistes.
« En tant que CSSS (centre de santé et de services sociaux), on n’a peut-être pas mis tous les éléments en place pour favoriser le recrutement » reconnaît Mme Laprise.
Pour parer au plus urgent, la direction de l’hôpital espère mettre en place un programme pour suivre les femmes jusqu’à leur 26e semaine de grossesse avant de les diriger vers Matane.
Il faudra ensuite un an ou deux pour former une équipe complète en gynécologie et obstétrique afin de rouvrir totalement le service.
Incertitude
Mais rien n’est certain. Au printemps, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a remis en question la nécessité d’un tel service à Sainte-Annedes-Monts. Il estimait alors qu’il était « acceptable » que les femmes fassent la route jusqu’à Matane.
Relancé par le député de l’endroit, le péquiste Pascal Bérubé, le ministre a répété qu’il est préférable que les femmes accouchent à Matane.
« Pour des questions de sécurité pour la femme, pour l’enfant et pour le personnel, l’accouchement devra se faire à un autre endroit, et ça, il va falloir l’accepter parce qu’on n’aura pas le choix, pour une question de sécurité et de qualité des soins », a déclaré le ministre en juin, à l’Assemblée nationale.
L’Agence de santé et de services sociaux de la Haute-Gaspésie doit remettre un avis au ministre dans quelques mois pour réévaluer la question. « Soit qu’on offre le service avec les conditions de sécurité requises, soit qu’on n’offre pas le service », déclare le directeur médical de l’Agence, le Dr Claude Mercier.
Il souligne du même souffle que la Haute-Gaspésie « n’est pas le seul endroit de la province » qui vit une telle situation. Les Inuits et les résidants du Nord-du-Québec doivent aussi se déplacer, dit-il.
En attendant, les femmes enceintes se sentent abandonnées. Dans la rue, au restaurant, sur le quai, le manque de services en HauteGaspésie alimente les discussions.

« Un jour, ça ne s’appellera plus un hôpital, ce sera un gros CLSC. C’est un service essentiel dans un hôpital » dit Stéphanie Lickfold, une jeune maman.

Inquiétudes sur la 132
Kathy Gagné passe doucement la main sur son ventre, consciente qu’elle a failli perdre son bébé. Elle s’est endormie au volant en se rendant à Matane pour son suivi de grossesse et a percuté deux voitures.
« Je n’ai pas senti la fatigue. Je me suis réveillée et j’étais dans la voie inverse », raconte-t-elle.
Elle s’est retrouvée couverte d’ecchymoses, le ventre complètement noir. Des examens ont démontré que tout semble bien aller pour son bébé. « Je vais vraiment être rassurée quand je vais le voir », reconnaît toutefois la femme de 34 ans.
Ses inquiétudes ne sont d’ailleurs pas terminées. L’accouchement est prévu le 22 décembre. En Gaspésie, les tempêtes de neige sont fréquentes à cette période de l’année.
Il n’y a qu’une route pour se rendre à Matane : la 132. Elle n’a rien d’une autoroute. Le vent du large balaie constamment la neige, qui forme des lames sur la chaussée. La route est régulièrement fermée en raison des conditions météorologiques trop difficiles.
« Si je vais accoucher à Matane dans la tempête, je ne suis pas sûre que mon chum soit équipé pour m’accoucher dans l’auto », lance Mme Gagné, une pointe d’inquiétude dans la voix.
Comme plusieurs, elle se sent abandonnée. Comme si la Gaspésie ne pouvait avoir accès aux mêmes services que les autres régions.
« Ici, on se bat constamment pour avoir des services dans nos hôpitaux, on se bat pour nos écoles, on se bat pour avoir un travail », ajoute Mme Gagné.
Éducatrice spécialisée, elle est à même de constater la détresse dans laquelle vivent certaines familles. Elle se compte chanceuse mais sait que ce n’est pas le cas de tous. « On a un travail, mais la réalité n’est pas la même pour tous. Il y a beaucoup de gens qui sont défavorisés ici, qui n’ont pas les ressources pour se battre. »
À quelques rues de là, la petite Elsa, 9 mois, s’amuse avec ses jouets dans le salon, sous le regard de ses parents. Pour eux, il est clair que la venue d’un deuxième enfant sera planifiée. Pas question pour Stéphanie Lickfold d’accoucher en plein hiver.
« Sauf que planifier sa grossesse à cause des conditions météo, je trouve ça plate », déplore Mme Lickfold, qui a parcouru 2000 km pour son suivi de grossesse.
Elle se considère tout de même comme privilégiée. Elle n’a eu aucune complication et elle a évité le pire en accouchant en novembre.
« Je ne voudrais pas vivre la même situation que ma belle-soeur, qui a accouché au mois de janvier. Ils se sont rendus à l’hôpital de Matane de justesse. Quelques heures plus tard, la 132 était fermée », relate Mme Lickfold.
Contrairement aux femmes qui sont enceintes actuellement, la maman d’Elsa a aussi bénéficié de l’expertise des infirmières de Sainte-Anne-desMonts, un service qui a depuis été aboli, déplore-t-elle.
« J ’ava is des contractions, ma is comme c’était mon premier bébé, je n’étais pas trop certaine. L’infirmière m’a confirmé que c’était le vrai travail, mais elle m’a suggéré d’attendre encore avant de me rendre à l’hôpital. Elle m’a beaucoup aidée. »
Même en sachant qu’elle avait encore du temps pour se rendre à Matane, Mme Lickfold a tout de même fait le trajet en comptant ses contractions avec anxiété.
D’ailleurs, la distance est omniprésente dans les pensées des jeunes couples. « Je travaillais à Murdochville, à une heure et demie de route, à cette époque, dit Pierre Pelletier, le conjoint de Mme Lickfold. Tout ce que j’espérais, c’est qu’ils m’appellent assez vite pour qu’on ait ensuite le temps de se rendre à Matane. »
Le couple a l’impression que le gouvernement, l’Agence de santé et l’hôpital ont baissé les bras.
« Je comprends que c’est dur de trouver des médecins, mais ce que je reproche, c’est le manque de volonté pour essayer d’en trouver », lance Mme Lickfold.
Aujourd’hui, Elsa a 9 mois. Elle fait ses premiers pas en s’agrippant aux meubles. Ses parents continuent de se déplacer à Matane : il n’y a pas de médecins pour faire le suivi des bambins en Haute-Gaspésie. C’est aussi un problème.


Les bons soins ont un prix  -  Hugues Simard Cadieux
Dès qu’un problème de santé se complique, il faut parfois débourser des milliers de dollars... même au Canada
Personne au Canada ne doit s ’e ndet t e r , hypothéquer son avenir ou fa i re faillite pour se soigner, pour rester en vie. Vraiment ? Ayant déboursé entre 10 000 $ et 15 000 $ dans les dernières années afin de retrouver la santé, je ne peux m’empêcher de rester amer face à cette affirmation.
C’est vrai, le système de santé au Canada est gratuit et accessible à tous. Toutefois, cela ne garantit en rien des soins de santé adéquats et satisfaisants pour tous.
Notre système fonctionne bien lorsqu’il est question de soins d’urgence. Le patient qui se présente chez le médecin avec une fracture ou une coupure risque aussi d’être satisfait du traitement qu’il reçoit.
Par contre – et je suis certain que plusieurs personnes seront d’accord et se reconnaîtront ici –, si le problème est plus subtil, plus chronique et qu’il nécessite d’aller plus loin que les si mples tests de routine, c ’e st l à que les vrais problèmes commencent !
D’un spécialiste à l’autre, en passant par la médecine interne, et en retournant chez le médecin de famille (si on en a un) après chaque visite, le parcours est tellement long et lourd qu’il découragerait le malade ayant la détermination la plus inébranlable. On peut facilement se retrouver, quelques années plus tard, sans réponse devant un problème qui continue de prendre de l’ampleur.
Dans mon cas, employé de la SAQ âgé de 23 ans, c’est au moment où je me suis retrouvé incapable de travailler que j’ai réalisé qu’il ne fallait plus compter sur le système de santé public pour m’aider. Consultations au privé, tests, échantillons envoyés aux États-Unis et même en Angleterre pour analyse, rien n’a été laissé de côté. J’ai maintenant des dizaines de livres de médecine qui trônent dans ma bibliothèque et qui ont été très utiles.
C’est finalement un suivi avec un médecin ayant une pratique privée au centre-ville de Toronto qui a permis de mettre le doigt sur le bobo. Il s’agit du « Wilson’s temperature syndrome », un problème métabolique méconnu au Québec. Je ne suis pas encore guéri, mais le simple soulagement de savoir ce qui cloche valait les 400$ l’heure d’honoraires que demande ce médecin.
Cette semaine, une dame de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont appelle chez moi pour dire que mes résultats d’analyse sont complétés, que je peux passer les prendre ou qu’elle peut les faire parvenir à mon médecin. Elle a dû me trouver un peu perdu puisque j’ai mis un certain temps à comprendre qu’il s’agissait d’analyses datant du mois de juillet dernier, donc trois mois plus tôt. Je lui ai dit que je n’irais pas les chercher et que c’était inutile de les envoyer à mon médecin, puisque les choses avaient progressé entre temps.
Je me considère très chanceux d’avoir pu faire toutes ces démarches. Je pouvais compter sur mes parents pour me loger et me nourrir, alors que toutes mes économies y passaient et que j’étais sans revenus depuis un moment. Par contre, tout le monde n’a pas cette chance et les histoires semblables ne sont pas rares. J’entends souvent que des gens vont aux États-Unis et même à Cuba pour se faire opérer. Des parents qui partent en Europe faire soigner leur enfant et qui sacrifient tout le reste. Pour moi, c’est très compréhensible, la santé, c’est le plus important.
Les Américains ont grandement besoin d’un système de santé adéquat et accessible. Toutefois, je leur souhaite de ne pas trop s’inspirer du modèle public canadien.



Un an de congé payé avant la retraite  -  Denis Lessard
Un cadeau de 3 millions par année aux cadres du réseau de la santé
EXCLUSIF QUÉBEC — Un an de salaire en cadeau de retraite. Trop beau pour être vrai ? C’est pourtant le régime dont bénéficient les cadres du réseau de la santé au Québec.
Dès l’âge de 55 ans, les cadres du réseau de la santé au Québec peuvent bénéficier d’un an de salaire en quittant leur emploi.
A i nsi , dès l’âge de 55 a ns, les cad res du ministère d ’ Yve s B olduc qu i démissionnent avant d’avoir atteint le seuil de la retraite ont droit à une indemnité pouva nt at tei nd re u n a n de sa la i re. Une sit uation qui agace depuis plusieurs années le Conseil du Trésor. Et pour cause. Près de 80 % des cadres du réseau de la sa nté pa r tent à quelques mois de la date normale de leur retraite. L’indemnité de départ est si alléchante qu’il est devenu presque automatique qu’ils démissionnent avant leur retraite.
Dans l’actuelle ronde de négociations, le Conseil du Trésor menace d’abolir cette disposition l’a n procha in. Les représentants des cadres ont tenté de la troquer contre le déplafonnement de leur régime de retraite, ce que Québec a refusé.
Conséquence : bon nombre des 600 cadres – directeurs, directeurs adjoints et conseillers cadres (d’anciens patrons mis sur une tablette) du réseau de la santé « ont la main sur la poignée de porte et se préparent à partir avant que cette i ndem n ité soit abolie », confie une source dans le réseau. Cette généreuse indemnité n’a guère d’équivalent dans le secteur privé et reste unique dans le secteur public.
Interrogé en j uin par La Presse, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, avait dit ne pas con na ître le coût de cette mesure. Un recours à la Loi sur l’accès à l’information a cependant forcé son ministère à fournir des chiffres.
Cette disposition a coûté près de 3 millions de dollars en fonds publics en 20072008, la dernière année pour laquelle on a des statistiques. Depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Charest, les coûts de cette indemnité ont augmenté de plus de 25 %.
Liberté 55
Le Ministère a analysé le départ de 124 cadres, directeurs de tous niveaux dans les hôpitaux, les CLSC, les agences rég iona les ou le Ministère. Pour bénéficier de l’indemnité – deux mois de salaire par année de service –, ces employés doivent avoir au moins 55 a ns et compter 15 années de service da ns le secteu r public ou parapublic.
Le constat est embarrassant pour Québec : des 124 c a s , 9 7 sont pa r tis ava nt d ’avoi r at tei nt 35 a n s de service – au-delà de 35 ans, on ne peut plus cotiser à sa caisse de retraite. De plus, pas moins de 80 cadres sont pa rtis ava nt leu r dernière a nnée normale de travail. Le nombre de cadres qui ont opté pour la retraite a fait un bond important, passant de 33 en 2005 à 60 en 2006.
Hier, le ministre Bolduc a expliqué que ces dispositions « font partie d’ententes convention nées » avec les a sso c iation s représent a nt ces cadres.
Cela semble particulier au ministère de la Santé, « mais dans le réseau de l’Éducation, je suis convaincu qu’ils ont aussi des clauses particulières », a-t-il résumé.
Au Conseil du Trésor, où l’on administre ces ind
emnités de départ, l’agacement dure depuis bien longtemps. Pour les syndiqués, le gouvernement serre la vis depuis des années et ne remplace désormais qu’u n seul employé pour deux qui s’en vont.


Santé : Méchant débat  -  MARIO ROY
Barack Obama est-il un nouveau Adolf Hitler ? A-t-il l’intention d’instituer des « tribunaux de la mort » pour départager ceux qui seront soignés de ceux qui ne le seront pas ? Les ÉtatsUnis deviennent-ils « un pays socialiste comme la Russie » ? Et ces trois questions comptent-elles parmi les plus stupides jamais posées?...
De fait, tout cela nourrit quotidiennement le débat sur la réforme du système de santé, aux États-Unis. L’animateur Rush Limbaugh a conscrit Hitler. Les tribunaux de la mort sont une gracieuseté de la républicaine Sarah Palin. Et c’est une citoyenne ordinaire de la Pennsylvanie qui a invité les socialistes russes au town hall meeting (une grosse assemblée de cuisine!) tenu dans son patelin.
Comme on le voit, les arguments et surtout le ton sur lequel ils sont assenés ont depuis longtemps dépassé les limites du raisonnable, atteignant parfois le niveau de la violence physique. Ça n’a rien de neuf. En 1994, alors qu’elle plaidait en public pour une réforme semblable, il était arrivé à Hillary Clinton de devoir porter une veste pare-balles !
Probablement nulle part au monde il n’est possible de discuter santé sans quelques dérapages – nous-mêmes en faisons régulièrement l’expérience ici. Pourquoi? D’abord parce que les soins posent une question de vie ou de mort, de sorte que chacun cède facilement à l’émotion. Ensuite, la résistance au changement est en ce domaine d’un poids pachydermique. Encore, les groupes de pression qui s’agitent dans le champ de la santé sont très puissants. Enfin sévit l’idéologie, d’où cette peur comique du « socialisme à la russe »...
Mais on aurait tort de se moquer.
Le « capitalisme à l’américaine », dont les Canadiens sont menacés chaque fois qu’on évoque ici le rôle du privé, est l’image-miroir du croque-mitaine slave ! Pas plus tard qu’hier, ce spectre a été à nouveau brandi par la Coalition canadienne de la santé ( puissant groupe de pression luttant contre tout changement), qui amorce une campagne auprès des médecins.
En ce sens, qu’elle réussisse ou qu’elle échoue, l’expérience américaine sera instructive pour nous. Elle donnera en effet un embryon de réponse à la question: une société vieillissante, devenue frileuse, portée sur le dogmatisme, « travaillée » par des lobbies bien organisés, peut-el le encore bouger, dans un sens ou dans l’autre ?
On le verra bientôt aux États-Unis. Et on le verra un jour chez nous : notre système de santé, à bien des points de vue supérieur à celui des ÉtatsUnis, n’en a pas moins besoin, lui aussi, d’être soigné.



Le Québec égoïste  -  ANDRÉ PRATTE
Un quart de siècle après que Robert Bourassa eut dénoncé la « médecine de guerre » prévalant au Québec, nous sommes pratiquement au même point.
Les Québécois aiment croire qu’ils forment une société plus juste, plus solidaire que les autres sociétés du continent. En témoigneraient les généreux programmes sociaux qu’ils se sont donnés au cours des ans.
Pourtant, nous tolérons depuis des décennies que des malades soient parqués dans des couloirs d’urgence pendant des heures, voire des jours, sans intimité, sans confort, presque sans soins. Les Québécois acceptent aussi en silence que des milliers de personnes âgées vivotent dans des centres d’hébergement où le personnel est mal formé, ou pas formé du tout, pour s’occuper d’eux. Des quasi-mouroirs où ils sont traités comme des enfants ou des débiles, où personne, surtout pas leur famille, ne vient les voir, leur parler, leur prendre la main.
Ces constats intolérables sont faits à intervalles réguliers par les médias (voir les reportages récents d’Ariane Lacoursière et de Pascale Breton dans La Presse), par le protecteur du citoyen, par la Commission des droits de la personne et combien d’autres. Les partis au pouvoir, les ministres, les comités, les plans d’action se sont succédé ; un quart de siècle après que Robert Bourassa eut dénoncé la « médecine de guerre » prévalant au Québec, nous sommes pratiquement au même point.
En 10 ans, le budget consacré à la santé par le gouvernement du Québec a augmenté de 10 milliards. Dix milliards! L’argent a-til été investi aux bons endroits?
Parlant de la situation dans les urgences et les centres d’hébergement pour personnes âgées, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a dénoncé mardi l’« échec flagrant » du gouvernement libéral. Compte tenu des engagements solennels pris par Jean Charest en 2003, l’expression est trop faible. Néanmoins, Mme Marois aurait mieux fait de s’abstenir. Ministre de la Santé il y a 10 ans, n’avait-elle pas elle-même lancé un « plan d’action global (...) pour trouver une solution définitive à la situation vécue dans plusieurs salles d’urgence » ? Les politiciens devraient cesser de promettre quoi que ce soit en ce domaine ; leur crédibilité est celle des charlatans.
La dure réalité, c’est que les besoins croissent beaucoup plus vite que les ressources qu’on arrive à y consacrer. Il faudrait donc concentrer encore plus les ressources publiques dans les secteurs prioritaires du système de santé. Malheureusement, les Québécois préfèrent éparpiller ces ressources parmi tous ces programmes et avantages dont ils si entichés : centres de la petite enfance à tarif modique, congés parentaux et assurance médicaments particulièrement généreux, droits de scolarité et tarifs d’électricité incroyablement bas. En euxmêmes, ces politiques peuvent avoir des effets bénéfiques. Mais au regard du pénible sort des patients dans les urgences et des vieux dans les centres d’hébergement, peut-on sérieusement considérer toutes ces dépenses comme prioritaires ?
Élus, bureaucrates, soignants et simples citoyens, nous avons le devoir moral de tout faire pour que les malades, les personnes âgées notamment, soient traités avec plus d’efficacité, de compassion et de dignité. À défaut, il faudra conclure que loin d’être solidaires, les Québécois sont plutôt horriblement égoïstes.

 

Anatomie d’une catastrophe 
ALAIN DUBUC
L’absence de standards pour les laboratoires de pathologie et l’absence de contrôles de qualité est tout à fait indéfendable.
Je me souviens d’avoir réagi avec une certaine condescendance quand TerreNeuve a été ébranlée par le scandale des tests de cancer du sein erronés, un drame qui nous rappelait que la province voisine était en quelque sorte le tiers-monde canadien. Eh bien! le tiers-monde, c’est aussi au Québec.
Gaétan Barrette, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec.
Une étude de l’Association des pathologistes affirme que de 15% à 20% des tests de marqueurs hormonaux – qui servent à déterminer le type de traitement pour le cancer du sein – effectués par les laboratoires de la province, seraient erronés. C’est une source d’angoisse terrible pour toutes les femmes qui ont été frappées par cette maladie.
Ce scandale, car c’en est un, nous envoie un signal inquiétant sur l’état de délabrement de notre système de santé. Ce n’est pas un accident, mais le symptôme d’un mal plus profond qui révèle au moins cinq problèmes persistants qui rendent ce système ingérable.
Premièrement, à quoi sert donc le ministère de la Santé? Il y a eu un drame à Terre-Neuve, qui a fait l’objet d’une commission d’enquête. C’est la province d’à côté. Comment se fait-il que personne n’ait allumé, que personne n’ait voulu vérifier l’état de nos laboratoires? Il y a des milliers de fonctionnaires au ministère de la Santé. On a un Institut de santé publique. Et il a fallu que ce grave problème soit révélé grâce à une initiative de l’Association des pathologistes. Voilà une grave anomalie.
Deuxièmement, cela met en relief le retard du Québec dans ce qui devrait être une priorité, une approche intégrée dans le dépistage et le traitement du cancer. Une maladie qui doit être une priorité en raison de ses ravages et de l’angoisse qu’elle peut provoquer. Si un problème aussi criant a pu passer inaperçu, c’est manifestement que le monde de la santé est encore paralysé par sa structure en silo, où chaque composante du système de santé fonctionne en vase clos.
Troisièmement, la déresponsabilisation. On a consacré beaucoup d’encre et de salive au Québec sur la place du privé en santé, un débat stérile, qui fait oublier les véritables enjeux. L’important, ce n’est pas de savoir qui fait quoi, le privé ou le public, mais bien qui décide. C’est l’État qui doit être le garant du système, qui doit définir les standards et les faire respecter. L’absence de standards pour les laboratoires de pathologie et l’absence de contrôles de qualité est tout à fait indéfendable. Dans ce cas précis, l’État n’a pas joué son rôle.
Quatrièmement, la stratégie du pompier. Cette inaction s’explique en partie par le fait que dans ce système au bord de la crise, on pare au plus pressé. Les interventions portent en général sur les enjeux les plus visibles: attentes en chirurgie, urgences. Au détriment des activités de l’ombre, comme la pathologie.
Cinquièmement, la gestion médiatique. Dans un système où tout le monde se bat pour des ressources rares, la meilleure façon d’obtenir des fonds, c’est de passer par les médias, pour faire bouger le ministre. Les pathologistes ont joué ce jeu, en lâchant une étude très partielle dans le public, au lieu de travailler avec le Ministère. Ils ont provoqué une panique. Le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, en a remis. C’est très irresponsable, mais hélas, ça fonctionne. Et ça ajoute au chaos.
Il y a une conclusion à tirer de cette histoire, et elle n’est pas rassurante. Les problèmes de la santé au Québec ne s’expliquent pas seulement par une pénurie de personnel ou un manque d’argent. Ils tiennent au fait que ce système est toujours ingérable.


Les Québécois se tournent vers les cliniques sans rendez-vous
MÉDECINE FAMILIALE
Dans tout le Canada, c’est au Québec que les patients sont les moins nombreux à pouvoir compter sur unmédecin de famille lorsqu’ils sont malades.
Seulement les trois quarts des Québécois ont un médecin régulier qu’ils peuvent consulter en cas de besoin. Cette proportion grimpe à 85% à l’échelle canadienne.

Les Québécois sont également deux fois plus nombreux que les autres Canadiens à se présenter dans une clinique sans rendezvous ou un CLSC lorsqu’ils ont un problème de santé.
Voilà ce que révèle un nouveau rapport publié par l’Institut canadien d’information sur la santé ( ICIS) portant sur l’expérience vécue en soins de santé primaires au Canada.
En ce qui a trait à l’accès à un médecin de famille, « le Québec est assurément distinct comparativement aux autres provinces », analyse Claude Lemay, gestionnaire à l’ICIS.
La nouvelle étude a été réalisée d’après l’Enquête canadienne sur l’expérience des soins de santé primaires, menée en 2008 par Santé Canada et cofinancée par l’ICIS. Cette enquête a permis d’interroger plus de 11 000 Canadiens.
Elle révèle notamment qu’une majorité de Canadiens se tournent généralement vers la même clinique dès qu’ils ont un problème de santé mineur. Une situation qui prévaut aussi au Québec, mais dans une proportion légèrement moindre : 91% comparativement à 85%.
La différence la plus importante entre le Québec et le reste du Canada vient du type d’établ issement visité. Les trois quarts des répondants à l’échelle canadienne ont ainsi affirmé qu’ils consultent généralement dans une cl inique ou un cabinet de médecin. Au Québec, seulement 58% des répondants se tournent vers ce type d’établissements de santé. Le tiers des patients québécois se présentent plutôt dans une clinique sans rendez-vous ou un CLSC.
Malgré ces différences, une for te proport ion de répondants se disent satisfaits des soins reçus. « La question qui demeure est qu’il y a un certain pourcentage de gens qui disent ne pas avoir d’endroit régulier où aller. Il y a aussi un certain pourcentage de gens qui disent ne pas avoir de médecin de famille, et c’est plus élevé au Québec », déclare M. Lemay.
I l serait intéressant , dans une enquête subséquente, de tenter de voir les raisons qui expliquent cet te si t uat ion, ajoute-t-il.
Maladies chroniques
L’étude s’est aussi penchée sur les Canadiens qui souffrent d’une maladie chronique et qui doivent faire l’objet d’un suivi régulier auprès d’un médecin.
Le quart de la population canadienne est atteinte d’un problème de santé chronique, qu’il s’agisse de diabète, d’une maladie cardiaque, d’hypertension artérielle ou encore de quelqu’un qui a été victime d’un AVC.
Pouvoi r compter sur un médecin de famille ou, du moins, avoir une clinique médicale où son dossier est connu est très important, affirme la Dre Sharon Johnston, médecin de famille et professeur à l’Université d’Ottawa.
« Il s’agit d’une mesure fondamentale, car tout le reste en dépend. Avoir un endroit où on peut aller de façon régulière est ainsi associé à moins de visites aux urgences », précise la Dre Johnston.
Bonne nouve l l e, l ’ étude publiée par l’ICIS démontre que la majorité des répondants atteints d’une maladie chronique ont été suivis à leur clinique régulière au cours de la dernière année. Par contre, une proportion importante d’entre eux ont confié ne pas avoir de plan de traitement ou n’avoir pas été suf fisamment conseillés par l’équipe médicale.
« Il faut du temps, reconnaît la Dre Johnston. Ce n’est pas seulement en une visite que nous allons élaborer un plan de traitement et qu’il sera parfait pour les 12 mois à suivre. »
Le concept d’autogestion de la maladie par le patient demande d’ailleurs beaucoup d’ajustements et d’évolution, de la part tant du médecin que du patient. Des changements qui sont longs à implanter.

Urgences : Victimes de leur succès  -  Alain Larouche
La mission première des urgences serait-elle noyée dans une multitude d’autres activités ?
Des centaines de lits pourraient être libérés si on organisait la première ligne de manière adéquate pour les personnes qui souffrent d’une maladie chronique.
L’auteur est médecin du Groupe conseil santé Concerto et expert-conseil en organisation des services médicaux.
Tous les partis politiques ont voulu améliorer la situation dans les urgences en y consacrant des ressources considérables. Mais en essayant de rendre les urgences plus performantes, se pourrait-il qu’on y crée de la congestion?
Depuis 25 ans, l ’ accessibi l ité aux services des urgences fait les manchettes. Tous les partis politiques ont voulu améliorer la situation et, sans l’ombre d’un doute, des ressources considérables y ont été consacrées: construction d’unités spacieuses dernier cri, acquisition d’équipement, équipes d’experts nationales, etc. Mais les améliorations attendues ne sont pas au rendez-vous et parfois, la situation empire. Se pourrait-il que plus on essaie de rendre les urgences performantes, plus on y crée de la congestion? Se pourrait-il que la mission première d’une unité d’urgence, soit de soigner des situations urgentes ou présumées urgentes, se perde dans une multitude d’autres activités, comme celle de répondre à des demandes pour des services qui devraient être accessibles ailleurs? Y aurait-il méprise quant à la nature du problème?
Quand un patient est amené aux urgences pour une situation urgente, il n’y a pas de problème: l’action est immédiate, l’état est stabilisé et l’hospitalisation est rapide. Cependant, certains de ces patients attendent un lit d’hospitalisation depuis les urgences puisque celles-ci sont dotées de capacités de surveillance équivalentes, parfois même supérieures, à celles des étages de l’hôpital. On peut se questionner ici sur la mission de ces urgences. D’autres situations laissent songeurs: • des malades chroniques dont la condition de santé s’est déséquilibrée ou des personnes en perte d’autonomie qui se font traiter aux urgences faute de soins adéquats accessibles ailleurs dans le réseau;
• des personnes qui présentent un problème subaigu et qu’on garde un peu plus longtemps pour compléter une investigation non urgente;
• des personnes alitées par compassion par l’infirmière du triage – celle-ci sachant que si elle renvoie le patient dans la salle d’attente, celui-ci attendra beaucoup plus longtemps (on a observé, dans une des urgences, que 14% des patients étaient de retour à la maison dans un délai maximum de trois heures après avoir été installés sur une civière);
• des patients gardés en observation pour compléter des traitements qui devraient être offerts ailleurs dans l’établissement;
• des visites de relance, voire des visites sur rendez-vous!
La moitié de toutes les journées d’hospitalisation sont le lot de moins de 3% de la population du Québec (sur une période de trois ans). Ces personnes sont hospitalisées trois fois ou plus et pour une majorité d’entre elles, ce sont des personnes porteuses de multiples maladies chroniques. Ces dernières présentent des conditions de santé très sensibles à une bonne organisation des services ambulatoires, des soins proactifs, coordonnés, donnés par des équipes interdisciplinaires en soutien actif au médecin de famille.
Là où ces mesures ont été implantées, on a observé des chutes des taux d’hospitalisation de 50% à 80%. On parle ici de centaines de lits au Québec qui pourraient être libérés si on organisait la première ligne de manière adéquate. À ceux qui diront qu’il faut de l’argent pour cela, je réponds qu’on en dépense bien plus pour opérer comme on opère actuellement. La démonstration se fait facilement.
Il est vrai qu’avec l’âge et le cumul des maladies chroniques, les risques de perte d’autonomie sont élevés. Or, il est connu que lorsqu’une personne est en perte d’autonomie physique, le pire service à lui rendre, c’est de la coucher sur une civière en attendant que… C’est ce que l’on fait lorsque cette personne est amenée aux urgences. Il existe pourtant des modes d’intervention efficaces, connus, évalués nous permettant de maintenir, voire d’améliorer le niveau d’autonomie de ces personnes à l’extérieur du milieu hospitalier.
Y a-t-il de l’espoir? Assurément. La priorité doit être accordée aux soins des malades chroniques, dans la communauté, à l’aide d’équipes interdisciplinaires en soutien aux médecins de famille et avec le patient et ses proches, qui sont dans le coup pour la prise en charge de leurs problèmes de santé. Ah oui, j’oubliais! Manque-t-il de médecins de famille? Certainement, si on continue de fonctionner comme cela.
Une collègue racontait récemment, lors d’une allocution, son expérience de médecin de famille qui fait de tout et qui a une très large clientèle. Elle affirmait ne pas avoir de liste d’attente parce qu’elle s’organise autrement! Plusieurs initiatives existent au Québec. Il s’agit de s’en inspirer et de cesser de miser sur les urgences.




Seulement 2,2 médecins par 1000 habitants en 2007
Le Canada sur un pied d’égalité avec la Pologne
La croissance du nombre de médecins en activité n’a été que de 0,2% au Canada entre 1990 et 1997 alors que la Corée affiche une croissance de 4,5%.
Au palmarès des pays qui comptent le plus de médecins par 1000 habitants, le Canada se classe dans les tout derniers rangs de l’Organisation de coopération etde développement économique (OCDE).
Le Canada se classe beaucoup mieux en ce qui a trait à l’équilibre recherché entre le nombre de spécialistes et de médecins généralistes. En fait, on atteint la parité, laquelle est saluée par l’OCDE qui y voit une bonne façon de réduire les coûts en soins de santé grâce à la prévention.
Seuls la Turquie, la Corée, le Mexique et le Japon font moins bien que nous à ce chapitre.
Le Canada arrive sur un pied d’égalité avec la Pologne, avec 2,2 médecins par 1000 habitants en 2007. La surprise, c’est que les États-Unis n’en ont que 2,4, ce qui les place eux-mêmes assez loin dans le classement, au 23e rang. Les plus performants dans cette catégorie? La Grèce, la Belgique, les Pays-Bas et la Norvège.
Le document Éco-Santé de l’OCDE, publié hier, permet d’établir d’autres comparaisons intéressantes sur les systèmes de santé des différents pays.
Ainsi, le Canada se classe aussi plutôt mal en ce qui a trait à l’évolution du nombre de médecins entre 1990 et 2007. Les pays qui, comme le Canada, comptent peu de médecins – le Mexique et la Corée – font des efforts beaucoup plus considérables pour redresser le tir.
Ainsi, la croissance du nombre de médecins en activité n’a été que de 0,2% au Canada entre 1990 et 1997 alors que la Corée affiche une croissance de 4,5%, le Mexique, de 4,2%, et l’ensemble des pays de l’OCDE, de 2% en moyenne.
Le Canada se classe beaucoup mieux en ce qui a trait à l’équilibre recherché entre le nombre de spécialistes et de médecins généralistes.
Ici, c’est la parité, laquelle est saluée par l’OCDE qui y voit une bonne façon de réduire les coûts en soins de santé grâce à la prévention. Au contraire, la Grèce et la Pologne comptent presque exclusivement des spécialistes.
En moyenne, dans les pays membres de l’OCDE, on recense deux fois plus de généralistes que de spécialistes et cette tendance n’est pas près de s’inverser puisque de façon générale dans ces pays, « la majorité des étudiants en médecine choisissent actuellement de se spécialiser », peut-on lire dans Éco-Santé.
Les médecins sont rares, très rares, et les pays se les arrachent. Aux ÉtatsUnis et au Royaume-Uni, l’augmentation du nombre de médecins ces dernières années a résulté, pour moitié environ, du recrutement de médecins formés à l’étranger.
Enfin, c’est au Royaume-Uni que les médecins ont eu les meilleures augmentations de salaire : les généralistes ont vu leur rémunération croître de 6% entre 1997 et 2007 et les spécialistes, de 3,8% au cours de la même période, si bien qu’aujourd’hui, dans ce pays, généralistes et spécialistes ont des salaires quasi équivalents.
Au cours de la période de référence de 1997 à 2006, tant les généralistes que les spécialistes canadiens ont vu leur rémunération croître de 0,4%. La Suisse et l’Autriche sont les seuls pays où les médecins ont subi des réductions de salaire.



Urgences : TOUJOURS PLUS D’ATTENTE -  Pascale Breton
Le temps passé aux urgences augmente d’année en année. Il atteint maintenant 17h06 en moyenne pour l’ensemble du Québec. La clientèle est vieillissante et malade. La tâche est toujours plus lourde pour le personnel. Et le ministre reconnaît qu’il faudra p
Les difficultés connues dans les urgences touchent l’ensemble de la province, note la présidente de l’Association des médecins d’urgence du Québec, la Dre Geneviève Bécotte. « La situation s’aggrave, mais se généralise surtout », dit-elle.
L’achalandage augmente constamment dans les hôpitaux du Québec . L’attente également. Les malades ont passé en moyenne 17h06 aux urgences l’an dernier, ce qui est encore loin de l’objectif ministériel de 12 heures.
La situation dans les urgences s’est dégradée ou est restée la même dans plus des trois quarts des hôpitaux de la province depuis l’an dernier, révèle le quatrième palmarès des urgences de La Presse. Et les choses ne s’amélioreront pas à court terme, a reconnu le ministre de la Santé, Yves Bolduc : « Il reste encore beaucoup à faire. »
La pat ience est de mise, révèle le quatrième palmarès des urgences de La Presse. La situation s’est dégradée ou est restée la même dans plus des trois quarts des hôpitaux de la province. Seulement un hôpital sur cinq s’est suffisamment amélioré pour obtenir une meilleure note cette année dans notre palmarès.
La situation ne s’améliorera pas à court terme, reconnaît le ministre de la Santé, Yves Bolduc. « En ce qui concerne les urgences, nous avons fait beaucoup au cours des dernières années, mais il reste encore beaucoup à faire », a-t-il déclaré à La Presse dans le cadre d’une entrevue pour réagir au palmarès des urgences (voir autre texte).
Les gens qui se présentent aux urgences sont de plus en plus âgés et malades. Le nombre de patients sur civières augmente, tout comme le nombre de patients qui arrivent par ambulance. Par conséquent, la durée moyenne de séjour (le temps passé aux urgences) augmente aussi.
À Montréal, l’hôpital NotreDame, au CHUM, se retrouve encore une fois en queue de peloton, avec une note de E+.
Il est rejoint par l’hôpital Saint-Françoi s - d’Assi s e , à Québec, qui a connu de grosses difficultés cette année. Le départ récent de plusieurs médecins des urgences n’a pas amélioré la situation, au point où l’hôpital pourrait même faire appel à des médecins dépanneurs pour éviter les ruptures de service cet été.
L’Hôpital d’Arthabaska, considéré par le ministère de la Santé comme un hôpital d’envergure importante, réussit pour sa part à tirer son épingle du jeu. Il obtient une note de A-. Même chose pour l’Institut de cardiologie et de pneumologie de Québec (anciennement appelé Hôpital Laval).
Du côté des hôpitaux de petite taille, ceux de la Gaspésie se distinguent encore une fois. L’Hôpital de Chandler et l’Hôpital de Gaspé obtiennent même la note parfaite de A.
Les 11 salles des urgences en difficulté, ciblées par le ministre de la Santé au moment de sa tournée des urgences au printemps, se retrouvent toutes parmi les dernières de notre classement.
De façon générale, le palmarès révèle que les régions de Montréal, de l’Outaouais, de la Montérégie, des Laurentides et de Lanaudière connaissent des difficultés importantes.
Cette année, les régions de la Capitale-Nationale et de la Mauricie, en raison de la performance du centre hospitalier régional de Trois-Rivières, connaissent aussi des ratés.
En revanche, les hôpitaux de l’Estrie, du Saguenay– Lac-SaintJean, de la Gaspésie et du BasSaint-Laurent se portent mieux de façon générale.
Les difficultés connues dans les urgences et les problèmes d’engorgement touchent l’ensemble de la province, note la présidente de l ’Association des médecins d’urgence du Québec, la Dre Geneviève Bécotte.
« Ce qui est nouveau, c’est qu’il y a de plus en plus de régions touchées . Ce n’est plus seulement Montréal ou Laval, c’est maintenant dans les régions rurales et ça touche de nouveaux milieux urbains comme T r oi s - Ri v i è r e s e t Québec. La situation s’aggrave, mais se généralise surtout », analyse la Dre Bécotte.
Pas d’améliorations à court terme
Et il ne faut pas espérer de changements importants à court terme. La durée moyenne de séjour augmente d’année en année. Il s’agit du temps passé aux urgences, du moment où le patient est vu par le médecin et le personnel, jusqu’à son hospitalisation aux étages ou sa sortie de l’hôpital.
Cette attente a augmenté de plus de 30 minutes depuis l’an dernier. Elle atteint désormais 17h06. C’est bien loin de l’objectif de 12 heures fixé par le ministère.
Le pourcentage de séjour de plus de 4 8 heures au x urgences, donc la proportion de malades qui passent plus de deux jours aux urgences avant d’obtenir leur congé ou d’être hospitalisés aux étages, augmente également constamment. Une situation qui risque de durer pour les prochaines années.
« Malheureusement, ça n’ira pas en s’améliorant à court terme, croit la Dre Bécotte. Les périodes estivales sont toujours très difficiles, avec un roulement de personnel important pendant ces périodes. À court terme, ce serait illusoire de penser que ça va se régler, car i l n’existe pas de solutions faciles. C’est plutôt un ensemble de facteurs qui ont une influence. »
S.O.S. médecins de famille
Les solutions à l’engorgement des urgences ? Les Québécois doivent avoir un meilleur accès à un médecin de famille afin de pouvoir se tourner vers lui avant d’aboutir, en désespoir de cause, aux urgences, explique la présidente de l’AMUQ.
Une opinion que partage la directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis.
Il f aut aus s i déve - lopper plus de services lorsque le patient sort de l’hôpital, que ce soit en mat ière d’hébergement ou de maintien à domicile. « Tant qu’on n’aura pas organisé ces services correctement et mis les investissements qu’il faut, on aura de la difficulté à tendre vers une durée moyenne de séjour de 12 heures », croit Mme Denis.
Dans le contexte, elle se réjouit tout de même de constater que la moitié des hôpitaux se sont maintenus. Pour la directrice générale de l’AQESSS, la situation aurait pu être pire, car la clientèle âgée et le nombre de malades qui requièrent une hospitalisation aux étages ont beaucoup augmenté au cours de la dernière année. « Malgré cette augmentation, les hôpitaux ont réussi à contenir, jusqu’à un certain point, une explosion qui aurait pu se produire au niveau de la durée moyenne de séjour. »


La situation à Montréal demeure la plus difficile
En moyenne, les malades passent 19h48 aux urgences, le pire taux de la province
La gestion des urgences est toujours difficile àMontréal. C’est dans la région qu’on retrouve les pires durées de séjour aux urgences de toute la province.
En moyenne, les malades passent 19h48 aux urgences avant d’obtenir leur congé ou d’être hospitalisés aux étages. C’est tout de même une demi-heure de moins que l’an dernier, s’encourage le président et directeur général de l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, David Levine.
« Ça démontre au moins que notre suivi rigoureux garde tout le monde en alerte et ne permet pas une détérioration importante », déclare-t-il.
Trop de personnes se présentent aux urgences en dernier recours. Même les médecins de famille y envoient leurs patients pour qu’ils voient un médecin spécial iste plus rapidement , affirme M. Levine.
Pour remédier au problème, une infirmière-pivot sera nommée dans chaque hôpital. Les médecins des cliniques pourront lui envoyer des patients. Elle les enverra passer les examens nécessaires avant de leur trouver un rendez-vous avec un spécialiste, ajoute le PDG de l’agence.
Facteurs aggravants
La situation deMontréal est particulière, note pour sa part le chef des urgences de l’Hôpital général juif, le Dr Marc Afilalo. Son hôpital, pourtant reconnu pour sa bonne gestion des urgences, a d’ailleurs vu sa durée moyenne de séjour passer de 13h06 il y a quatre ans à 16h16 cette année.
La région compte pas moins de huit hôpitaux universitaires. La clientèle est de plus en plus âgée et malade. Le volume d’ambulances augmente d’année en année, tout comme le nombre de patients couchés sur civière.
Ce sont des facteurs qui accentuent la lourdeur de la tâche dans les urgences, dit le Dr Afilalo. « C’est plus difficile d’année en année. La clientèle est plus lourde, les maladies chroniques et le cancer sont des entités qui prennent de plus en plus de place dans un hôpital et le resserrement des lits occupés par des gens qui ne devraient pas être là est un problème criant. »
Urgences en difficulté
Dans tout le Québec, c’est à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont que le patient passe le plus de temps aux urgences, avec une moyenne de 34h18.
Au cours de sa tournée de 11 des salles des urgences en difficulté, au printemps, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a ciblé l’un des problèmes : l’hôpital manque de lits de courte durée.
« Le projet est entraitement ence moment et devrait se traduire par l’ouverture d’un certain nombre de lits dans les prochains mois », indique le porte-parole de l’hôpital, Pascal Mailhot. Il souligne du même souffle que les besoins sont croissants. L’hôpital dessert un bassin d’un demi-million de personnes, soit près de 30% de la population de Montréal.
Le temps passé aux urgences est aussi très élevé à l’hôpital Santa Cabrini, avec 29h12 en moyenne. À l’hôpital Notre-Dame et à l’Hôtel-Dieu du CHUM, ce n’est guère mieux. La durée moyenne de séjour y est respectivement de 27h18 et 27h48.
D’année en année, la situation est d’ailleurs toujours très difficile à Notre-Dame, reconnaît le directeur des services professionnels du CHUM, le Dr Charles Bellavance.
« On est bien conscients du problème et il y a bien des choses qu’on a mises de l’avant, mais ça prend du temps. Cela se fait progressivement d’année en année » , explique le Dr Bellavance.

L’hôpital Notre-Dame ne dispose pas de la marge de manoeuvre dont il aurait besoin. Dès qu’il manque de lits aux étages, les urgences s’en ressentent. La direction cherche aussi à replacer à l’extérieur de l’hôpital les patients qui occupent un lit de courte durée alors qu’ils ont plutôt besoin d’une place en hébergement ou en soins de longue durée.

NÉONATALOGIE  Les hôpitaux montréalais débordés

Alors que le département de néonatalogie du Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine est fermé aux transferts depuis six jours, les autres hôpitaux de Montréal sont débordés. La pénurie de lits en néonatalogie au Québec, qui dure depuis environ cinq ans, atteint ces jours-ci des sommets inégalés dans la métropole.
« On est débordés depuis longtemps. Mais plus on avance, pire c’est. On est dans l’eau chaude, et l’eau se réchauffe de plus en plus », explique la chef du département de néonatalogie de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Dre Thérèse Perreault.
Alors que l’Hôpital de Montréal pour enfants n’a le personnel que pour accueillir 18 patients en néonatalogie, l’établissement en traite constamment 20. « Lundi soir, notre infirmière-chef est même restée pour prendre soins des patients. Ce n’est pas tout à fait normal », note la Dre Perreault.
Le département de néonatalogie de l’Hôpital de Montréal pour enfants est si plein que des ventilateurs ont failli manquer cette semaine. « Si on avait eu un seul nouveau patient à ventiler, on n’aurait pas eu le matériel pour le faire », précise la Dre Perreault.
La présidente de l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec, la Dre Corinne Leclercq, confirme que la situation dans les départements de néonatalogie n’est pas unique au CHUSainte-Justine. « C’est dans tous les centres universitaires, assure la Dre Leclercq. Pendant ce temps, les hôpitaux intermédiaires qui doivent transférer des patients perdent un temps fou à leur trouver une place. Et souvent, dans le cas de ces patients, chaque minute compte. »
La pénurie de personnel en néonatalogie force la fermeture de plusieurs lits. Remplis à pleine capacité, les hôpitaux débordent.
La Dre Leclercq dit que les problèmes dans les départements de néonatalogie sont connus du gouvernement depuis longtemps. « Une table sectorielle mère-enfant a été mise sur pied. On a dit qu’on veut un site unique informatisé où les places disponibles dans les hôpitaux universitaires seraient inscrites en temps réel. Ça nous éviterait de faire de longs appels pour transférer des patients », explique-t-elle.
Les centres de néonatalogie de la province ont aussi reçu au cours des derniers mois la visite d’inspecteurs du gouvernement. « On a été évalués. Mais il va falloir voir ce que ça va donner concrètement », dit la Dre Perreault.
En attendant, le CHU SainteJustine compte rouvrir son département de néonatalogie aux transferts dès demain. « Mais il va falloir réévaluer la situation. Car même si on était fermé, on a dû accepter certains cas et là, on est aussi achalandé qu’avant », explique la porte-parole de l’hôpital, Mélanie Dallaire.
La crise dans les départements de néonatalogie risque donc de se poursuivre. « Actuellement, si la néonatalogie continue de rouler au Québec, c’est parce que les gens qui s’en occupent sont pleins de bonne volonté. On a le souci du patient. Sinon, ça tomberait », affirme la Dre Perreault.


Obésité morbide : Des années avant d’être opéré -  Pascale Breton
Québec veut lutter contre l’obésité morbide et améliorer l’accès à la chirurgie bariatrique. Mais il faudra encore des années avant que les changements se fassent sentir. Pendant ce temps, des milliers de personnes attendent. Leur santé se détériore. Elle
Pour les patients obèses qui ne sont pas inscrits sur une liste d’attente, inutile d’espérer subir une opération bariatrique avant de nombreuses années. Sur son site internet, le Dr Nicolas Christou, l’un des spécialistes de la chirurgie bariatrique au Québec, est très clair. « Même avec l’annonce du ministre Bolduc, nous ne sommes pas capables de vous placer sur la liste d’attente avant d’éliminer la liste déjà en place. »
Il faudra encore de trois à cinq ans pour y arriver, ajoute le Dr Christou.
Pourtant, le plan d’action qu’a récemment produit le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a été applaudi comme un pas dans la bonne direction. Québec veut faire passer le nombre d’opérations de 840 cette année à 3000 dans trois ans. Il a désigné deux centres d’excellence, le campus Lachine du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec ( hôpital Laval), pour accueillir le plus fort volume de patients. Le problème, du moins en ce qui concerne le CUSM, c’est qu’il faudra encore quelques années avant que le bloc opératoire du campus Lachine ne soit fonctionnel.
D’ici là, toutes les interventions bariatriques continuent d’être faites à l’hôpital Royal-Victoria, où le temps opératoire est très limité.
En fait, l’équipe de deux chirurgiens de l’hôpital ne dispose que d’une journée par semaine pour opérer les patients. Et encore.
« De 30 à 40% des cas sont annulés à cause d’un manque de lits pour soigner ces patients après l’opération. Il faut faire un choix entre quelqu’un qui a besoin d’une intervention pour un cancer de l’estomac, par exemple, ou pour une dérivation gastrique. C’est toujours l’estomac qui gagne », explique le Dr Christou, directeur du département de chirurgie.
Frustré de ne pas pouvoir opérer davantage de patients, le médecin s’est même retiré du régime d’assurance maladie du Québec au début de l’année. Désormais, les patients qui voudront être opérés par lui devront le consulter au Centre métropolitain de chirurgie plastique.
Il continue néanmoins de travailler à l’hôpital, opérant gratuitement les patients qui sont déjà inscrits sur sa liste lorsqu’il obtient du temps opératoire.
Pour contourner le problème de gestion des salles, il faut que l’hôpital fasse de la chirurgie bariatrique une priorité. Et pour cela, « le ministre doit garantir l’accès à cette chirurgie [après une période d’attente de] six mois ou un an, comme il l’a fait pour les opérations du genou, de la hanche ou de la cataracte », croit le Dr Christou.
Attirer plus de chirurgiens
À l’hôpital Laval, 200 km plus loin, le chef du département de chirurgie générale, le Dr Simon Biron, se considère comme chanceux. Avec son équipe de six chirurgiens, il opère à temps plein. Une nouvelle salle destinée à la chirurgie bariatrique vient même d’être inaugurée dans ce centre d’excellence désigné par le gouvernement.
Depuis plus de 20 ans, le Dr Biron et ses collègues contribuent au rayonnement de la chirurgie bariatrique. Mais aujourd’hui, il n’y a pas suffisamment de chirurgiens qui s’intéressent à ce domaine pour répondre à la demande.
« J’espère que le plan d’action va éveiller des vocations. Nous nous sommes battus pour faire reconnaître la chirurgie bariatrique. Nous avons une belle équipe ici, mais il faut qu’il y ait plus de chirurgiens ailleurs, dans les régions entre autres », croit le Dr Biron.
Il est convaincu des bienfaits de l’opération. Les patients maigrissent et les maladies associées à leur obésité disparaissent dans bien des cas. « Ça reste une intervention, pas un miracle », prévient-il toutefois.
Est-ce que l’opération augmente l’espérance de vie ? Sans doute. « Mais elle redonne avant tout une qualité de vie. C’est ce qui est le plus important », souligne le chirurgien de l’hôpital Laval.
Pour un chirurgien, il est valorisant de travailler auprès de patients qui souffrent d’obésité morbide, indique pour sa part le Dr Denis Gravel, de la Cité de la santé, à Laval.
« Les patients sont reconnaissants et c’est ce qu’il y a de plus beau pour un chirurgien. »
Lui aussi se réjouit du plan d’action. Grâce au budget qui y est associé, l’hôpital pourra opérer plus de patients d’ici à quelques années, et surtout installer plus de bandes gastriques. Québec accepte désormais de rembourser l’anneau, au coût de 5000$.
« Nous vivions une situation très difficile, déclare le Dr Gravel. Nous avions des gens qui devaient choisir la méthode bypass (dérivation gastrique) parce qu’ils n’étaient pas capables de se payer la bande. »
La réduction des listes d’attente est essentielle, croit de son côté la porteparole de la Coalition contre l’obésité morbide, Josée Roy, qui a elle-même été opérée en 2002.
« C’est extrêmement difficile pour le moral d’attendre sur une liste parce que nous savons qu’il existe une solution à notre problème, à notre maladie, mais nous n’y avons pas accès. »

En attente d’une nouvelle vie
« Je base tellement le reste de ma vie sur cette opération. »
« J’élève mes filles en accéléré. Je voudrais tellement qu’elles puissent se débrouiller si je meurs. »
Des larmes glissent sur la joue de Manon avant de tomber sur la table de la cuisine. Elle éponge vivement son visage avec un mouchoir chiffonné.
La réalité la rattrape. Sa mère est morte dans son sommeil à l’âge de 52 ans. Comme Manon, elle souffrait d’obésité morbide.
« J’ai 45 ans. Je le connais, le processus. Je commence à avoir les mêmes bobos qu’elle », dit Manon.
Elle pose son regard sur les deux cadres accrochés au mur du salon. Deux jeunes filles de 10 et 13 ans sont tout sourire pour leur photo d’école.
« Je les prépare du mieux que je le peux. Si je meurs, je ne veux pas qu’elles soient traumatisées », poursuit-elle.
Depuis trois ans, Manon attend de subir une opération bariatrique à la Cité de la santé de Laval. Trois longues années à voir sa qualité de vie s’effriter. Et à sentir le regard des autres constamment posé sur son corps trop gros.
Elle s’accroche à son opération future comme à une bouée de sauvetage. « Je base tellement le reste de ma vie sur cette opération. »
Pendant que les semaines, les mois et les années passent, sa santé file lentement. Conséquence de l’obésité, Manon souffre d’asthme, d’hypertension et de diabète depuis quelques années. Elle se pique chaque jour à l’insuline.
Quand elle est debout trop longtemps, le poids de la graisse accumulée sur son ventre pèse sur ses reins. « Je me sens continuellement comme une femme qui va accoucher dans quatre ou cinq jours et qui n’en peut plus. »
Les activités quotidiennes représentent une montagne pour elle. Elle a de la difficulté à marcher. « J’aimerais tellement aller attendre ma fille à la sortie des classes, comme les autres parents le font. L’école est au coin de la rue, mais je ne suis pas capable de m’y rendre. Le mieux que je peux faire est de m’asseoir dans les escaliers de l’appartement en attendant ma fille. »
Faire l’épicerie est une corvée. D’ailleurs, impossible de se glisser entre les tourniquets. Quand elle est vraiment obligée de faire les emplettes elle-même, Manon ravale son orgueil et se glisse sous la barrière de métal, là où l’on passe généralement le panier.
Le jugement d’autrui
Il y a aussi le regard des autres. Ceux qui jettent un coup d’oeil à peine discret pour évaluer les aliments qu’elle achète. Ceux qui la dévisagent à la caisse parce qu’elle achète un paquet de gomme, se demandant si elle ne prendra pas aussi une barre de chocolat.
Que dire des banquettes au restaurant, où elle est incapable de se glisser ? Ou des ceintures de sécurité dans les voitures, pas assez longues pour être bouclées ?
Elle se sent constamment jugée. « Il n’y a pas de place pour nous. La société n’est pas faite pour nous », affirme Manon.
Faute de pouvoir sortir, elle se connecte à la réalité en naviguant sur l’internet. Que ce soit pour trouver une adresse ou un réparateur, elle est devenue la personne-ressource de ses proches grâce à ses recherches sur le web.
Comme plusieurs personnes qui souffrent d’obésité morbide, Manon a toujours eu un surplus de poids. À l’école, les enfants la surnommaient Badaboum. Ils riaient d’elle parce qu’elle arrivait essoufflée en haut des escaliers. « Je longeais les murs en espérant passer inaperçue », se rappelle-t-elle.
Avec les années et deux grossesses, son problème a empiré. Aujourd’hui, les régimes amaigrissants ne peuvent rien changer. Et que dire du vélo stationnaire installé dans un coin du salon? Manon le regarde en espérant qu’un jour, elle pourra s’y installer et donner quelques coups de pédales.
Pour l’instant, elle attend son tour. « Si je me fais opérer, je vais reprendre la maîtrise de ma vie », souffle-t-elle en espérant qu’il ne soit pas trop tard.

L’OBÉSITÉMORBIDE
Pour ceux qui souffrent d’obésité morbide, les régimes ne peuvent plus rien. Seule une opération bariatrique peut les aider à maigrir. Une personne souffre d’obésité morbide lorsque son indice de masse corporelle est de 40 ou plus. Les causes de cet état sont multiples. Les gènes et l’environnement d’aujourd’hui, avec l’abondance d’aliments riches en calories, en seraient responsables. L’intervention bariatrique est une opération de l’estomac. L’une des techniques consiste à réduire l’estomac, soit par une dérivation gastrique ( bypass), soit par l’installation d’une bande gastrique (anneau). La seconde méthode tend à conserver davantage les parties fonctionnelles de l’estomac et limite l’absorption des éléments nutritifs. Il s’agit de la dérivation biliopancréatique. EN CHIFFRES 5 ans: le temps d’attente moyen avant de subir une opération. 300 000 Québécois, soit environ 5% de la population, souffrent d’obésité morbide. Plus de 4800 patients étaient inscrits sur les listes d’attente en mars dernier selon la Coalition contre l’obésité morbide.
Les gens souffrant d’obésité morbide se sentent constamment jugés. « Il n’y a pas de place pour nous. La société n’est pas faite pour nous. »



Le ministre Bolduc demande trois ans
« C’est inacceptable de passer 48 heures aux urgences. »
— Le ministre de la Santé, Yves Bolduc
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, se donne trois ans pour réduire le nombre de séjours de plus de 48 heures aux urgences d’au moins 30%.
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, veut réduire le nombre de séjours de plus de 48 heures aux urgences d’au moins 30% d’ici trois ans.
C’est le nouvel objectif du gouvernement pour améliorer la performance des urgences, a annoncé le ministre en entrevue à La Presse, dans le cadre de la publication du quatrième palmarès des urgences.
Au début de l’année, le ministre Bolduc avait reconnu qu’il était impossible de ramener à zéro d’ici 2010 le nombre de séjours de 48 heures et plus aux urgences. On comptait cette année quelque 64 300 séjours de plus de 48 heures dans les urgences de la province.
« C’est inacceptable de passer 48 heures aux urgences, affirme M. Bolduc. Mon objectif est de les éliminer un jour, mais pour l’instant, l’objectif est de les diminuer de 30% sur trois ans, ce qui voudrait dire une amélioration de 30% du fonctionnement de nos urgences. »
Même chose pour l’attente. Le gouvernement voulait réduire à 12 heures la durée moyenne de séjour (temps passé aux urgences) en 2010. Loin de diminuer, cette donnée a constamment augmenté au fil des ans pour atteindre 17 h 06 cette année. Il est donc utopique de croire que cette cible sera atteinte l’an prochain.
Par contre, une durée moyenne de séjour de 12 heures doit demeurer l’objectif à long terme. Il est même possible de réduire l’attente encore plus, croit le ministre.
C’est ce qui est arrivé à l’Hôpital d’Alma, au Saguenay– LacSaint-Jean, souligne M. Bolduc en parlant du centre hospitalier où il a longtemps travaillé avant d’être ministre. À Alma, la durée moyenne de séjour est de 9h48 cette année.
« On vise un chiffre de 12 heures, mais un hôpital qui se gère extrêmement bien va avoir une durée moyenne de séjour autour de 9,6 (9h48) », soutient M. Bolduc.
Et ce, peu importe qu’il s’agisse d’un hôpital universitaire très fréquenté ou d’un petit hôpital en région. Il n’y a aucune raison, selon le ministre, que certains hôpitaux obtiennent une note de D-ou de E+ en raison de l’attente, comme le démontre le palmarès de La Presse.
« Si un hôpital a une clientèle plus lourde, il faut plus de services pour s’occuper de cette clientèle, mais le patient ne devrait pas passer plus de temps aux urgences », indique le ministre.
Au-delà du constat, il reste que pour améliorer la performance et l’efficacité des urgences de la province, beaucoup de travail doit encore être fait. La situation ne changera pas avant quelques années encore. Pour augmenter l’efficacité des urgences, il faut améliorer les infrastructures. Ajouter des civières pour accueillir plus de patients et rénover les installations. Un travail qui est commencé dans plusieurs urgences.
La méthode Toyota
Il faut aussi améliorer le fonctionnement des urgences selon la méthode Lean (méthode Toyota). Le patient doit passer le moins de temps possible aux urgences, croit le ministre. Le personnel doit travailler de façon plus performante. Cette réorganisation est aussi en cours depuis quelques années.
« Mais le plus important, c’est qu’il faut développer le nombre de ressources nécessaires pour que les patients qui ont besoin d’être admis à l’hôpital puissent être traités », croit le ministre.
Cela signifie créer de nouvelles places en hébergement, notamment dans les CHSLD, mais aussi dans des ressources intermédiaires, comme dans des résidences pour les gens âgés semi-autonomes. Dans beaucoup d’hôpitaux, des malades occupent un lit de courte durée dans une unité de soins alors qu’ils devraient se trouver dans un lit de longue durée. Ce changement est également en cours, mais il faudra plusieurs années avant d’obtenir des résultats probants. Il faut quelques années pour construire de nouvelles installations.
« Je suis convaincu qu’on va réussir, mais ça va prendre encore quelques années avant qu’on développe toutes les ressources nécessaires pour le continuum de services dont nous avons besoin », affirme le ministre.

Des impacts douloureux -  Denis Soulières
La crise des radio-isotopes force le recours à des solutions de rechange parfois non validées, imprécises, souvent plus coûteuses et inaccessibles
Le Canada ne sera plus une figure de proue dans la mise au point de traitements novateurs en oncologie.
L’auteur est hématologue et oncologue médical au CHUM. Tous se souviennent avoir vu ces immenses structures faites de dominos, exigeant que chaque pièce soit en place de façon exacte pour que leur retombée bien ordonnée permette de créer une figure splendide et dont la formation est spectaculaire. Une pièce manque ou est mal placée et l’effet est raté.
L’arrêt du réacteur de Chalk River et de la production de radio-isotopes aura un impact certain sur les diagnostics et les traitements de cancers.
Le système de santé doit avoir la même exactitude, précision et prévision pour dispenser des soins adéquats et en temps opportun à chacun de ceux qui en ont besoin.
Les gestionnaires de la santé et les gouvernements successifs qui lui donnent son orientation devraient, à mon humble avis, s’assurer de bien connaître toutes ses composantes et comprendre leur rôle dans l’organigramme des soins. De plus, ils doivent travailler pour permettre une redondance de procédures afin de garantir la desserte de soins si l’une d’entre elles venait à faire défaut.
La crise des radio-isotopes démontre malheureusement la fragilité des différentes composantes du système de santé canadien et l’absence de prévisions pour assurer les soins actuels et futurs dont devraient profiter les patients canadiens.
Pour les patients qui souffrent d’un cancer, la médecine nucléaire sert à établir le diagnostic de leur condition, à déterminer le stade de la maladie et à choisir le traitement du cancer.
Prenons l’exemple d’une patiente ayant une masse cancéreuse au sein. Plusieurs composantes doivent tomber en place pour qu’un oncologue puisse décider du traitement le plus approprié : un rapport de pathologie adéquat, complet et reproductible (tel que mis en évidence de façon malheureuse et inquiétante récemment au Québec), mais aussi des examens de radiologie et de médecine nucléaire qui doivent être réalisés dans un temps médicalement raisonnable.
La réduction de l’accès à ces investigations entrave et engorge le système. Il oblige à l’utilisation d’autres mesures diagnostiques compensatrices parfois non validées, voire imprécises, souvent plus coûteuses, pour ne pas dire inaccessibles à plusieurs par manque de disponibilité.
La pénurie de radio-isotopes nous force donc à repenser dans un temps beaucoup trop court la façon de traiter une pathologie cancéreuse et d’organiser le système de santé pour permettre un accès raisonnable à tous.
La situation est encore plus troublante quand on pense aux patients dont la pathologie demande un traitement par des radio-isotopes, et pour lequel cette option est la principale source d’une potentielle guérison ou amélioration de l’état de santé. Il semble évident pour toute personne bien avisée qu’il faut définir, spécifier et appliquer les mesures faisant en sorte que RIEN ne pourra entraver la disponibilité de ces soins si spécifiques.
Et un gestionnaire aussi bien conscient de l’évolution de la médecine saurait que l’oncologie s’est investie au cours des dernières années dans le développement de molécules marquées par des radio-isotopes pour toucher spécifiquement les cellules cancéreuses dans un but de plus grande efficacité et de réduction des effets secondaires des traitements traditionnels.
L’arrêt du réacteur de Chalk River et de la production de radio-isotopes fait ressortir deux horreurs. D’abord, les patients souffriront dès à présent de mesures diagnostiques et thérapeutiques réduites. Ensuite, l’impact tout aussi horrible sur la reconsidération donnée aux thérapies nouvelles qu’on ne voudra pas dépendantes d’installations vétustes et sujettes aux imprévisions de gouvernements et gestionnaires qui ne méritent probablement pas de conserver leurs postes.
À la suite de ces événements, le Canada perdra certainement sa primauté dans le domaine de la production de radio-isotopes. Mais avec cela, il y a la perte de toute l’opportunité dont le Canada profitait d’être une figure de proue dans la mise au point de traitements novateurs en oncologie.
Pour les patients d’aujourd’hui qui vivent les délais et l’angoisse, pour l’obligation de repenser à la sauvette l’investigation de milliers de cas de cancer au Canada et ailleurs dans le monde, pour l’arrêt de la recherche de traitements novateurs, il semble clair que quelqu’un ou plusieurs personnes doivent justifier leur inaction ou assumer les conséquences.

Système de santé : Dérapage dangereux
De l’efficacité, oui, mais pas au détriment de la qualité des soins
La pression augmente de mois en mois, on bouscule les patients, on les respecte moins, on va trop vite, on prend des risques...
L’auteure est infirmière bachelière. Elle réside à Vaudreuil-sur-le-Lac.
Je réalise aujourd’hui à quel point le ministère de la Santé envoie un mauvais message aux établissements de santé. On ne parle plus que de durée de séjour aux urgences, sur les unités de soins. Les professionnels de la santé ont changé leur langage. On entend même des phrases horribles du genre «kick himout» (débarrassez-vous de lui), en parlant du patient.
La philosophie des hôpitaux change. La priorité n’est plus de fournir les meilleurs soins aux patients. Nous prenons un chemin dangereux. Nous remplaçons la mentalité de «prendre soin» des patients par celle «d’efficacité à tout prix».
Je travaille dans le milieu et j’ai l’impression, quand je vais au travail, d’avoir à me battre constamment pour que l’on voie les patients dans leur intégralité: physique, psychologique et sociale.
Je sens la pression augmenter de mois en mois, on bouscule les patients, on les respecte moins, on va trop vite, on prend des risques... cela devient de plus en plus dangereux.
Et lorsque j’ose m’opposer à un départ, je dois m’armer, m’allier avec des collègues pour ne pas être seule à m’opposer. Imaginez la pression du patient qui ne se sent pas prêt à partir et qui ne sait s’imposer.
Les professionnels de la santé oublient trop facilement que nos patients ont payé toute leur vie et continuent de payer pour le système de santé, que les établissements sont là pour prendre soin des patients, ce qui inclut l’ensemble de la personne et non pas seulement sa chirurgie, son organe.
Le Ministère développe de plus en plus des mesures d’efficacité pour les hôpitaux, ce qui pousse les administrateurs à faire pression sur les urgences et les unités de soins pour accélérer et précipiter les départs des patients. On oublie la qualité des services, la sécurité des patients, le patient lui-même.
Je travaille dans le milieu depuis déjà 28 ans. Je suis entrée par vocation et j’y reste pour la même raison. Je déplore les décisions actuelles du ministère, je vois les répercussions sur le système et donc sur les soins auxpatients. Ce système nepeut être gouverné comme les autres, il concerne des personnes et leur santé. Vous l’oubliez.
Je me dis que si je ne dénonce pas, c’est comme si je consentais aux décisions du ministère de la Santé et la manière de faire des établissements de santé.
Je crois qu’il faut de l’efficacité, oui, mais pas au détriment de la qualité des soins.



L’ambitieux projet d’informatisation des dossiers médicaux pour tous les Québécois vogue vers la catastrophe

Le Dossier santé vogue vers la catastrophe  -  Denis Lessard
QUÉBEC — L’ambitieux projet d’informatisation des dossiers médicaux pour tous les Québécois vogue vers la catastrophe. Lancé en 2006, le Dossier santé Québec (DSQ), actuellement le plus important mandat informatique dans l’ensemble du gouvernement du Québec, devait s’étendre sur quatre ans, et se terminer en juin 2010.
La base de données était destinée à 95 000 utilisateurs (médecins, infirmières et pharmaciens), dans tout le réseau de la santé, à l’origine. Or, même un an après l’échéance prévue, elle ne rejoindra que 5500 utilisateurs.
À la fin de 2009, le tiers du travail seulement est réalisé – Ottawa devait payer 300 des 563 millions de dollars que coûtera le projet. Or jusqu’ici le fédéral a versé 92 millions des sommes provenant du fonds Infoway, un reflet fidèle de l’état d’avancement du dossier.
Le scepticisme de tout le réseau de la santé par rapport à ce projet est apparu clairement hier matin. Après sa présentation devant les dirigeants d’établissement, au congrès annuel de l’Association québécoise d’établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), le sous-ministre Bernard Lefrançois s’est fait demander publiquement «Y a-t-il un pilote dans l’avion?». «C’est moi maintenant», a-t-il répliqué, surpris.
M. Lefrançois venait d’annoncer que le Ministère avait décidé de reprendre la maîtrise d’oeuvre de ce projet complexe, attribué depuis le début à un groupe, important, de consultants informatiques – plus d’une centaine de « ressources externes » à temps plein, dont les moins bien rétribués gagnent 100$ l’heure, a appris La Presse.
Au surplus, le haut fonctionnaire avait annoncé que le projet qui se voulait «global» à l’origine, allait être scindé en quatre modules distincts, des bases de données moins complexes.
Or, trois ans plus tôt, sur la même tribune, son prédécesseur avait expliqué que c’était précisément pour accélérer les choses que le gouvernement avait décidé de largement faire appel aux consultants privés dans ce dossier.
Mercredi, le sous-ministre de la Santé, Jacques Cotton, avait eu bien du fil à retordre avec le critique péquiste à la Santé, Bernard Drainville, à la commission parlementaire de l’Administration publique réunie pour faire le suivi de la «vigie» décrétée par le vérificateur général pour ce projet problématique.
Fini l’échéancier…
Sans détour, le vérificateur Renaud Lachance a rappelé que la base de données était destinée à 95 000 utilisateurs (médecins, infirmières et pharmaciens), dans tout le réseau de la santé, à l’origine. Or, même un an après l’échéance prévue, elle ne rejoindra que 5500 utilisateurs, dans seulement 5 des 18 régions du Québec.
Le Ministère promet de rejoindre 37 000 professionnels, mais ne donne aucun échéancier pour cette cible, constate le vérificateur. Renaud Lachance souligne aussi que les budgets n’ont jamais été réévalués pour tenir compte des échéanciers transgressés. À Québec, un projet pilote devait être terminé à la fin de juin. Or, rien ne fonctionne comme prévu, et il a fallu ajouter une «seconde phase» à ce projet, qui reporte l’échéance d’un an.
Au début de 2008, La Presse avait révélé des irrégularités dans l’attribution de gigantesques contrats, dans le cadre de ce projet – par exemple, un contrat de plus de 100 millions avait été attribué à une filiale de Bell, seule soumissionnaire après que ses concurrents eurent été éliminés pour des raisons techniques. Par la suite, le vérificateur avait sévèrement blâmé le ministère de Philippe Couillard.
Cet été, après des mois de critiques du vérificateur, le ministre Bolduc a décidé de changer la «gouvernance» du projet. Issus du secteur privé, le consultant André Simard et une demi-douzaine de ses collaborateurs ont été mis sur une voie de garage. Depuis l’été, bon nombre de ces contrats de consultants n’ont pas été renouvelés une fois terminés.
Selon le ministre de la Santé, Yves Bolduc, «le projet va bien... contrairement à la perception». Il contredit le vérificateur général; il était prévu dès le début que le projet pilote serait prolongé. «On se rend compte qu’il y a des retards... j’avais dit 2011, cela peut être à la fin de 2010», précise le ministre.
En commission parlementaire, le sous-ministre avait soutenu que la banque de données serait disponible partout en 2011, mais «selon une géométrie qui pourrait varier selon la région». Pour lui, le niveau de débours d’Ottawa ne témoigne pas de l’avancement du dossier; des débours importants sont à prévoir au moment de la diffusion du logiciel, une opération qui se fera rapidement, explique-t-il.
« On s’en va dans le mur »
Certains des quatre volets ont bien fonctionné, l’informatisation de l’imagerie médicale est avancée. La base de données sur l’utilisation des médicaments est aussi en bonne voie. Devant la commission, mercredi, le sous-ministre Cotton expliquait candidement qu’il était «apparu nécessaire d’inverser l’approche globale» et de présenter plutôt «un portefeuille de projets».
Selon Bernard Drainville, critique péquiste à la Santé, «c’est bien évident que ce projet s’en va direct dans le mur. Bientôt on va parler d’un CHUM informatique». «On nous avait promis une auto fonctionnelle, on se retrouvera avec des pneus et des pièces détachées», résume-t-il. Depuis des mois, M. Drainville soutient que projet va dépasser le milliard, «il n’y a plus d’échéancier précis et, à partir de ce moment, cela devient un bar ouvert», prévient-il. Il salue la décision de «sortir les consultants externes pour reprendre le contrôle du projet».
En entrevue à La Presse, la présidente de l’AQESSS, Lise Denis, a reconnu que tout le réseau était perplexe devant cette aventure. Le DSQ a été lancé essentiellement parce qu’il y avait des fonds fédéraux disponibles, «s’il n’y avait pas eu d’argent fédéral, je ne suis pas certaine qu’on aurait commencé par là. C’est parti d’en haut vers le bas», déplore-t-elle.



CHUM La schizophrénie d’un hôpital universitaire  -  MICHÈLE OUIMET
Le CHUM ne sera pas achevé avant 2018. Si tout va bien. En attendant que le grand hôpital universitaire soit construit et que Saint-Luc, Notre-Dame et l’Hôtel-Dieu se retrouvent sous le même toit, les médecins se promènent entre les trois établissements. Les patients aussi. Un va-et-vient épuisant, absurde. Un médecin a accepté de faire sa ronde avec notre journaliste pendant plusieurs jours. Incognito. Voyage dans le labyrinthe du CHUM*.
Di ma nche mati n , 8 h . E ntrée de l ’hôpit a l Saint-Luc. Une brise légère balaie la poussière de la rue Saint-Denis. Le ciel est lourd, les nuages gris.

Dans le minuscule carré d’asphalte qui sert de cour aux patients, une femme fume, enfoncée dans son fauteuil roulant, deux solutés branchés dans ses bras amaigris. La quarantaine usée, le teint gris, les cheveux décolorés, elle regarde les voitures filer sur le boulevard René-Lévesque d’un air absent.
La ville est calme, les rues presque désertes. J’attends la Dre X. La journée s’annonce calme.
La Dre X fouille dans son sac. Elle cherche un trousseau de clés parmi les cinq qu’elle possède. Deux pour Saint-Luc, deux pour Notre-Dame, un cinquième pour l’Hôtel-Dieu.
Même si les urgences sont calmes, le corridor est transformé en dortoir de fortune: des lits se succèdent, cordés serré. Certains patients, plus chanceux, ont droit à une chambre microscopique.
Comme M. Leblanc. Un vieux, 90 ans. Il vivait seul dans un HLM lorsqu’il est tombé en bas de son lit. Il est resté sur le plancher de sa chambre pendant une quinzaine d’heures, sans personne pour le secourir. C’est son fils qui l’a découvert, inconscient, baignant dans ses selles.
L’ambulance l’a amené à l’urgence de Saint-Luc. Un cas lourd : dépressif, confus, maladie d’Alzheimer, coeur défaillant.
Quelques heures après son admission, M. Leblanc a fait un arrêt cardiaque. L’équipe médicale l’a réanimé. Une intervention lourde. Pourtant, son dossier précise en toutes lettres qu’il refuse ce type de soins. Sauf que le dossier est à l’Hôtel-Dieu et que les médecins ne l’avaient pas entre les mains lorsque le coeur de M. Leblanc a cessé de battre.
M. Leblanc est étendu dans son lit, pâle, fragile. Il se remet douloureusement de son arrêt cardiaque. Un rescapé. Sauvé malgré lui. La Dre X se penche vers lui. – Comment ça va? – Pas pire. – Vous savez où vous êtes? M. Leblanc hésite, ferme les yeux, fronce les sourcils. Il fouille dans sa mémoire trouée.
– J e s a i s pa s , d it-i l en secouant la tête.
M. Leblanc ferme les yeux. Son fils attend, bouleversé. La Dre X l’emmène dans un petit local pour lui parler, loin de l’agitation fiévreuse des urgences.
– Mon père ne veut pas qu’on s’acharne. Il refuse d’être bra nché sur une machine pour vivre.
– S’il refait un arrêt cardiaque, est-ce qu’on intervient ? demande la Dre X.
Le fils secoue la tête, les yeux pleins d’eau.
– C’est dur… Est-ce qu’il pourra retourner chez lui?
– Je ne crois pas. Il faut l’hospitaliser. Deux jours ou deux semaines, difficile à dire… Avez-vous d’autres questions?
– Je ne sa is pas quoi vous demander.
M . Leblanc doit dormir aux urgences en attendant qu’une chambre se libère à l’étage. Quelques heures ou quelques jours.
Mme Pouliot se promène: son coeur est soigné à l’Hôtel-Dieu, sa hanche à Notre-Dame, sa cirrhose à Saint-Luc. Elle a 72 ans: corpulente, cheveux teints en noir plaqués sur le crâne, voix rauque.
Elle a perdu le cardiologue qui l’avait soignée à NotreDame en 2001. Il est parti, comme les 300 médecins qui ont quitté le CHUM depuis 13 ans, c’est-à-dire depuis que l’idée de fusionner les hôpitaux agonise dans les cartons du ministère de la Santé.
La Dre X a les trois dossiers de Mme Pouliot entre les mains, sauf que chaque hôpital a son système de classement: NotreDame utilise l’ordre chronologique, l’Hôtel-Dieu sépare le dossier en deux – une moitié pour les consultations en clinique externe, l’autre pour les interventions réalisées pendant l’hospitalisation. Saint-Luc est à cheval entre les deux.
«Le CHUM, c’est le parlement à l’italienne, dit la Dre X. Depuis 1996, on a eu quatre directeurs généraux, six ministres de la Santé, quatre premiers ministres, deux maires et trois recteurs de l’Université de Montréal.»
M. Tremblay attend la visite du médecin, étendu sur un lit en face de l’îlot où travaillent les infirmières des urgences. Il est arrivé la veille. Essoufflements, douleurs au bras, fatigue subite. Soixante-trois ans. « Je file pesant», dit-il.
La Dre X tire un rideau avant de l’examiner.
– Avez-vous déjà fait une dépression? – C’est quoi, une dépression? Dans le passé, M. Tremblay a été soigné à l’Hôtel-Dieu.
«Si je fais venir son dossier de l’Hôtel-Dieu, ça va prendre 24 heures, explique la Dre X. Dans l’ordinateur, on a les données de base, mais pas le dossier au grand complet avec les notes des médecins.»
La Dre X s’installe devant un ordinateur. Elle hésite quelques secondes avant de taper son mot de passe. Elle en a une dizaine. Des mots à six, huit ou 12 lettres, avec ou sans majuscules, avec ou sans chiffres, qu’elle doit changer aux deux ou trois mois.
«Le système informatique du CHUM, c’est comme le registre des armes à feu à Ottawa, ironise la Dre X: beaucoup d’argent et peu d’efficacité.»
La Dre X passe une semaine dans chaque hôpital : SaintLuc, Hôtel-Dieu, Notre-Dame. Puis elle recommence. Encore et encore. En attendant que le CHUM soit construit. En 2018. Si tout va bien.
L a plupa r t des méde - cins font la navette entre les trois hôpitaux.
« Avant, je travaillais dans un seul hôpital. J’entrais à 7h et j’en sortais à 18 h, raconte la Dre X. Je pouvais consolider mon équipe. Aujourd’hui, les médecins passent d’un hôpital à l’autre. Les infirmières, elles, ne bougent pas. Je vois moins mes patients et l’esprit d’équipe s’effrite.»
Chaque hôpital est spécialisé. «Notre-Dame s’occupe du cerveau (neurologie), l’HôtelDieu, du coeur (cardiologie) et Saint-Luc, du cul (gastroentérologie, urologie, gynécologie), poursuit la Dre X. C’est comme si je décidais de me bâtir une grosse cabane. En attendant que la construction soit finie, je vivrais dans trois maisons. Je mettrais les toilettes dans la première, la cuisine dans la deuxième et les chambres à coucher dans la troisième. Et je passerais mon temps à me promener de l’une à l’autre. C’est ça, le CHUM, un enfant trisomique à trois têtes.»
Les patients aussi se promènent. Souvent. Trop souvent.
Comme M. Tremblay. Le diagnostic n’est pas clair. Son coeur fonctionne, mais la tête… La Dre X connaît de bons psy-
chiatres. Sauf qu’ils travaillent à l’Hôtel-Dieu.
Sixième étage. Mme Beaudoin est étendue dans son lit, pâle, les traits tirés, les cheveux en bataille. Il fait chaud, la fenêtre est ouverte et laisse entrer les bruits assourdissants du boulevard René-Lévesque: coups de klaxon, freins stridents des autobus, sirènes lancinantes des ambulances. Le centre-ville bourdonne dans la chambre.
Le mari de Mme Beaudoin ferme la fenêtre pour étouffer les bruits. La chaleur devient insupportable. Pendant que la Dre X parle à Mme Beaudoin, un préposé nettoie le lit voisin. Enlève le matelas, remet le matelas, ouvre la porte, ferme la porte, passe la vadrouille, nettoie le lit à grands coups de chiffon.
C’est au milieu de cette cacophonie que Mme Beaudoin parle de ses bobos les plus intimes à la Dre X: cancer de l’estomac soigné à Saint-Luc, troubles neurologiques suivis à Notre-Dame, faiblesses cardiaques graves surveillées à l’Hôtel-Dieu. Son dossier, épais comme un bottin de téléphone, est à Notre-Dame.
Mme Beaudoin a 75 ans. Elle est très malade. Fatiguée, usée, épuisée par les traitements de chimiothérapie. Peu importe, elle et son mari doivent se promener d’un hôpital à l’autre.
– C ’e s t d i f f i c i l e ? lui demande la Dre X.
– Oui, parce que je suis malade.

Le syndrome Jean-Pierre Ferland
« J’étais dans le hall de l’hôtel et j’ai senti une faiblesse tota le. L a moitié de mon corps était paralysée. Je suis tombé à genoux. »

C’était le 12 octobre 2006. Jean-Pierre Ferland devait donner le dernier spectacle de sa vie le lendemain au Centre Bell. Il était tendu comme une corde. Trop. Il s’est effondré.
« On m’a étendu sur un lit, a-t-il raconté trois ans plus tard. Je n’avais plus de force dans la jambe et le bras. J’ai dit à mon chauffeur : "Amènemoi à Saint-Luc."»
Jean-Pierre Ferland ne se doutait pas qu’il ferait le tour des trois hôpitaux du CHUM en 24 heures : d’abord SaintLuc, puis Notre-Da me et, enfin, l’Hôtel-Dieu.
« Ferla nd a fait les trois hôpitaux, explique la Dre X. C’est ce que vivent plusieurs de mes patients. Les médecins appellent ça le syndrome Jean-Pierre Ferland. »
À Sa i nt-Luc , Ferla nd subit une batterie de tests. Diagnostic : la carotide, l’artère qui conduit le sang du coeur à la tête, est bloquée à 80 %. La cigarette. Ferland a passé sa vie à fumer.
Beau cas pou r la neurologie. Sau f que la neurologie est à Notre-Da me. Jean-Pierre Ferland est donc t ra n sféré. E n a mbu la nce. Nouveaux examens, nouveau diagnostic. « J’avais le choix, raconte Ferland. On dilatait l’artère ou on m’opérait. J’ai choisi l’opération. »
Beau cas pour la cardiologie. Sauf que la cardiologie est à l’Hôtel-Dieu. Nouveau t ra n sfer t en a mbu la nce. « J’étais dans les vapes, dit Ferland. Je vous avoue que j’en ai perdu des bouts, mais j’ai l’impression d’avoir passé mon temps aux urgences. »
Les médecins ont été « extraordina ires », tient-il à souligner.
Par contre, l’état délabré des hôpitaux l’a renversé.
« L es médec i n s doivent quasiment se mettre en salopette pour travailler, dit-il. Un coup de marteau, un coup de pioche et un coup de bistouri. On n’irait pas manger dans un restaurant en réparation. C’est tellement en mauvais état ! C’est épouvantable ! Tu as l’impression d’entrer dans une maladie. Je trouve que les médecins font pitié. Je les plains. »
Le pire, poursuit-il, c’est Saint-Luc. « Quand j’ouvre une porte, je fais ça. » Et il tire sur la manche de sa chemise pour couvrir sa main. Pas question de toucher à une poignée. En un an, il a attrapé deux gastroentérites.
« À Notre-Da me, ils ont déménagé le bureau de mon médecin dans le sous-sol, à côté de la cafétéria. Ça sent le diable ! »
Jea n-P ier re Ferla nd a retrouvé la forme. Il a cessé de fumer. Mais en l’examinant sous toutes les coutures, les médecins lui ont trouvé de nouveaux bobos. Rien de grave. Aujourd’hui, il doit se rendre régulièrement à Saint-Luc pour des examens de routine, son état général est ausculté à Notre-Dame trois ou quatre fois par année et le chirurgien qui l’a opéré est à l’Hôtel-Dieu. Le grand écartèlement.

Le CHUM écartelé  -  ARIANE KROL
Officiellement,Saint-Luc, Notre-Dame et l’HôtelDieu ne forment qu’un seul beau grand Centre hospitalier universitaire. La réalité de ceux qui le fréquentent est tout autre. Lisez le récit percutant de notre collègue Michèle Ouimet, publié aujourd’hui et demain dans La Presse. On reste sans voix devant les problèmes causés par le saucissonnage du CHUM.
La concentration de la cardiologie à l’Hôtel-Dieu, de la neuro à Notre-Dame et de l’urologie et de la gynéco à Saint-Luc cause une foule de maux de tête. Dossiers incomplets, patients promenés d’un établissement à l’autre, médecins forcés de faire la navette... La perte de temps, d’énergie et d’efficacité dans les soins est ahurissante. Sans oublier les coûts engendrés par le roulement de personnel. Combien de médecins, d’infirmières et d’autres employés ont fui cette situation dysfonctionnelle au cours des dernières années? Et on ne parle même pas des fortunes dépensées en taxis et en ambulances pour transporter les malades, souvent dépassés, d’un bout à l’autre de la ville.
Certains regrettent le temps où chacun des trois hôpitaux était indépendant et offrait une gamme complète de services. C’est oublier que le problème ne vient pas du regroupement des spécialités dans un même CHU, mais de l’absence de toit commun pour les abriter. Si on avait respecté le premier échéancier annoncé en janvier 2000, on ne parlerait plus du futur CHUM, mais d’un hôpital moderne qui accueille déjà les patients.
Au lieu de ça, on a remanié le projet 10 fois, en paniquant chaque fois devant l’escalade des coûts. Sauf qu’il y a des coûts financiers et humains considérables à disperser les soins, les malades et le personnel en trois sites désuets. Ces coûts, on les a toujours sous-estimés. Avec le résultat que cette organisation bancale et contreproductive s’est perpétuée bien au-delà du raisonnable.
Québec nous promet maintenant une livraison finale en 2018. Pour l’instant. Les possibilités de retard demeurent nombreuses. On attend toujours la première vraie pelletée de terre non protocolaire. Pas étonnant qu’autant de Montréalais parlent du futur CHUM comme d’une espèce de gag récurrent, et non comme d’un projet qu’ils verront aboutir de leur vivant.
En attendant, les patients et ceux qui les soignent vont continuer à faire les frais de cet éparpillement sur trois sites. Et l’ensemble des contribuables à en acquitter la facture. Il n’y a pas que la construction qui coûte cher. Le statu quo aussi a un prix. Espérons que Québec va enfin en tenir compte et appuyer sur le champignon. Car chaque nouveau délai contribue à prolonger cet écartèlement intolérable. Ils sont déjà plusieurs à en partager la responsabilité.



Le patient d’abord - ROBERT OUELLET
Le financement des hôpitaux devrait être basé sur leurs activités et non sur un budget global
Ces derniers temps, de multiples exemples ont montré les ratés du système de santé au Québec. Les intervenants du réseau sont à bout de souffle et les conséquences parfois dramatiques qui en découlent doivent nous inciter à repenser notre façon de faire. D’innombrables commissions d’étude ont fait de nombreuses recommandations depuis une décennie. Trop souvent, ces rapports sont restés sur une tablette et ne font qu’accumuler la poussière.
À quand un véritable leadership de nos décideurs?
Nous avons développé une tolérance extrême face à un système qui a institutionnalisé la médecine de corridor. Les patients attendent des heures pour être vus, et parfois des jours pour être hospitalisés. Les médias nous informent quand survient un décès, mais notre société semble résignée face à la souffrance, l’anxiété et aux pertes de revenus personnels occasionnées par ces délais. La population n’a pas à accepter cette situation.
En tant que médecin pratiquant au Québec depuis 35 ans, je demeure convaincu plus que jamais que notre système de santé est un tout qui ne doit pas être géré à la pièce. Pourtant, nos décideurs ont tendance à seulement éteindre les feux attisés par les médias et cela, aux dépens d’une vision d’ensemble. Il est grand temps d’avoir un plan directeur qui tracera l’orientation du système, en fixera les buts et formulera les moyens de parvenir à un système adéquat.
J’ai pu constater sur place lors de rencontres exploratoires en Europe qu’il est possible de faire mieux chez nous. D’ailleurs, mes interlocuteurs me disaient que des temps d’attente tels que ceuxque nous avons ici donneraient lieu à «une révolution» dans leur pays.
Pourquoi ne pas s’inspirer des succès obtenus en Europe et dans d’autres provinces? En Colombie-Britannique, de récentes expériences ont montré qu’une amélioration de 30% dans l’efficacité des urgences avait été atteinte en quelques mois seulement grâce à des mesures d’incitation données aux hôpitaux. L’accès à un médecin de famille y est aussi grandement favorisé par l’entremise d’une méthode de rémunération par mesures d’incitation qui favorise de meilleurs résultats, une meilleure qualité et un meilleur service, tous au bénéfice du patient.
L’Association médicale canadienne (AMC) propose pour les hôpitaux un mode de financement basé sur les activités et non sur un budget global comme à l’heure actuelle. En financement par activités, l’argent suit le patient.
Nous sommes encore très loin de l’application à grande échelle du financement par activités, qui modifierait profondément l’attitude des administrateurs d’hôpitaux. Ils y verraient une mesure d’incitation puissante à améliorer le service aux patients plutôt que d’augmenter la bureaucratie puisque leur budget en dépendrait. Ainsi, le patient serait vu comme une source de revenus et non comme une dépense et un fardeau. Le système serait ainsi centré sur le patient et non sur luimême comme il l’est présentement. Les décideurs du Royaume-Uni ont compris cette dynamique et c’est pourquoi un séjour à l’urgence y est d’une durée maximale de quatre heures avant qu’on décide d’hospitaliser ou non un patient.
Il est grand temps que le Québec fasse un virage pour les patients. Les forces de «l’immobilisme» résisteront à tout changement, car cette approche introduirait une notion d’imputabilité et d’atteinte des résultats. Pourtant, c’est le patient qui en sortirait gagnant.
Un récent sondage IPSOS démontre que la population est d’accord pour investir dans la santé à condition que les résultats soient tangibles. La population ne veut plus voir les impôts augmenter sans qu’il y ait de résultats palpables. Elle a raison.

Il est évident que le premier ministre et le ministre de la Santé n’ont pas à être tenus personnellement responsables de tous les incidents malheureux du système de santé. Par contre, ils doivent faire preuve de leadership, définir les objectifs à atteindre et s’assurer de prendre les bons moyens pour y parvenir. Ces moyens existent et sont connus. D’autres provinces sont en voie d’améliorer leur situation et les Européens sont à des annéeslumière d’avance sur nous. La solution ne réside pas dans de nouvelles commissions, mais bien dans l’action. Le temps est venu d’agir!



N’appliquons pas les freins -  SYLVAIN LANDRY ET MARTIN BEAULIEU
Le réseau québécois de la santé doit continuer de s’inspirer du modèle Toyota malgré ses mésaventures
C’est paradoxalement par l’industrialisation de la santé que l’on peut humaniser davantage les soins.
M. Landry est professeur et directeur associé du pôle santé aux HECMontréal, professeur affilié au BEM– BordeauxManagement School et associé universitaire chez Logi-D Inc. M. Beaulieu est professionnel de recherche aux HEC Montréal. Plusieurs personnes ne sont sans doute pas demeurées indifférentes à la lecture du clin d’oeil de Stéphane Laporte il y a quelques jours. Ce dernier, avec l’humour cinglant qu’on lui connaît, mentionnait que «le ministre Bolduc voulait que le système hospitalier imite le modèle Toyota. C’est l’inverse qui s’est produit». Certains, tant à l’intérieurqu’à l’extérieur du réseau de la santé, pourraient profiter de l’occasion pour jeter aux oubliettes ces pratiques de gestion. Ce serait une grave erreur, d’autant plus qu’au Québec des centres hospitaliers utilisent déjà cette démarche avec succès.
L’approche Toyota appliquée au secteur de la santé permettrait de réduire l’ambiguïté dans les tâches. C’est par des moyens plus efficaces et efficients que l’on peut réduire les erreurs et consacrer du temps de qualité aux soins des patients.
Certes, la société Toyota traverse une période très difficile. Steven Spear, professeur et consultant américain qui a examiné le modèle Toyota sous toutes ses coutures, mentionne que la croissance de Toyota s’est réalisée plus rapidement que la capacité de celle-ci à déployer ses compétences dans un réseau mondial en pleine expansion. Bref, la quête du premier rang mondial des constructeurs automobiles a éloigné Toyota des principes du modèle qu’elle a elle-même créé. Ainsi, il faudrait aujourd’hui distinguer la société Toyota du système de production de Toyota (Toyota Production System).
Quelles leçons pouvons-nous tirer de cette mésaventure? Et surtout, quelles sont les leçons pour le réseau québécois de la santé qui a vu le ministre Yves Bolducmettre, dès son arrivée en poste, l’approche Toyota à l’avant-scène? Tout d’abord, plaçons les choses dans leur contexte. Le Québec n’est pas le premier réseau de la santé à s’intéresser à ce modèle aussi connu sous le vocable de «lean healthcare» ou «lean santé». De très nombreux centres hospitaliers dans le monde s’y intéressent, dont certains depuis près d’une dizaine d’années.
À l’arrivée du ministre, certains se sont montrés inquiets de voir associer le système de production de Toyota à la santé. En effet, dès que l’on parle dans le réseau de santé d’implanter des pratiques novatrices de gestion empruntées au monde industriel, on craint de déshumaniser les soins. Par contre, pour le Dr Marcus Froehling, un chirurgien allemand travaillant en Angleterre, c’est paradoxalement par l’industrialisation de la santé que l’on peut humaniser davantage les soins.
Il nous faut établir des critères, établir des protocoles de soins, réduire impitoyablement le gaspillage de temps et d’énergie, introduire des processus d’amélioration continue afin de trouver des solutions aux problèmes récurrents des centres hospitaliers. Et surtout impliquer les prestataires de soins et tous les travailleurs de la santé et des services sociaux dans les solutions mises de l’avant.
Il faut réduire l’ambiguïté dans les tâches. C’est là l’un des premiers constats de Steven Spear lorsqu’il s’est intéressé à transposer l’approche Toyota au secteur de la santé. C’est par ces moyens plus efficaces et efficients que l’on peut réduire les erreurs et consacrer du temps de qualité aux soins des patients. Le contexte professionnel de la santé n’est pas une excuse pour que chacun fasse les choses à sa manière.
Notre réseau de santé a besoin de normes afin de réduire l’ambiguïté de chacun de ses processus, de supprimer les activités sans valeur ajoutée, de rendre visibles les erreurs et d’introduire des initiatives de résolutions de problèmes pour les éliminer.
Notre réseau doit également s’interroger sur « qui » doit faire « quoi », sur comment modifier l’attitude de tous les intervenants face à leur travail avec la conviction de pouvoir changer les choses.
Cette réflexion n’est ni simple, ni rapide, nimagique et il faut y travailler assidûment en se rappelant les mésaventures de Toyota. Chaque établissement doit s’approprier la démarche et réaliser des projets d’amélioration à son rythme et à sa façon. Cela nécessite un travail de longue haleine.
Comme le dit si bien la société Disney pour expliquer son succès: « It is not the magic that makes it work, it’s the way we work that makes it magic. » Autrement dit, ce n’est pas par magie que les choses se réalisent, c’est par notre façon de travailler que ça devient magique!


Combattre la pénurie de médecins de famille  -  Mathieu Perrault
Un nouveau type de clinique à Montréal permettra d’améliorer l’accès aux soins
Un nouveau type de clinique médicale fera son apparition cet après-midi à Montréal : la clinique réseau intégrée. Une douzaine de professionnels de la santé, dont des infirmières, appuieront une dizaine de médecins. Cela permettra à chaque médecin de prendre 2000 patients, plutôt que 1500, dans un groupe de médecine familiale. D’ici 10 ans, prévoit l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal (ASSS), 60 cliniques réseau intégrées assureront à chacun des 1,8 million d’habitants de l’île l’accès à un médecin de famille attitré.
La première clinique réseau intégrée ouvre ses portes aujourd’hui à l’Hôpital de Verdun. D’ici 10 ans, prévoit l’ASSS de Montréal, 60 cliniques réseau intégrées assureront à chacun des habitants de l’île l’accès à un médecin de famille attitré.
« L’objectif est de réduire les visites aux urgences et d’améliorer le suivi et la qualité de vie des patients », explique David Levine, directeur général de l’ASSS.
La première clinique-réseau intégrée (CRI) ouvre ses portes à l’ Hôpital de Verdun, dans les anciens locaux de la clinique de médecine familiale. Une autre ouvrira cet automne à l’Hôpital général juif. La CRI de Verdun est la suite logique des efforts d’un groupe de médecins qui ont fondé le premier groupe de médecine familiale de la province, en 2003. Les groupes de médecine familiale, proposés par le rapport Clair, offrent à leurs patients des cliniques sans rendez-vous où ils peuvent consulter un collègue de leu r médecin de famille si ce dernier ne peut les recevoir. Il existe à Montréal 4 5 groupes de médecine familiale et cliniques réseau, une variante qui accepte tous les patients sans rendez-vous, pas seulement ceux qui sont inscrits.
À coups de 200 patients
« Nous nous sommes engagés envers l’ASSS à prendre 200 patients vulnérables cette année, et 200 l’an prochain », explique David Dunn, qui dirige la C R I de Verdu n. « Nos médecins, qui occupent l’équivalent de 11 postes à temps plein, ont pour le moment un peu moins de 2 0 0 0 0 patients . Je pense qu’ils vont en fait prendre 4 0 0 nouveaux patients par année avec le soutien supplémentaire. » L a C R I du Dr Dunn est ouverte 12 heures pa r j ou r la sema ine, et 8 heures par j our la fin de semaine.
Les groupes de médecine familiale ont déjà un certain soutien, soit deux infirmières. « L’idée derrière tout ça est de revenir à certains aspects de l’organisation des cliniques avant l’arrivée de l’assurance ma lad ie, d it M . L ev i ne. Beaucoup de médecins se faisaient aider par une infirmière. Mais la Régie de l’assurance maladie ne payait les médecins que s’ils voyaient eux-mêmes les patients. Les cliniques ont remercié les infirmières. Maintenant, l’objectif est la prise en charge du patient, que ce soit par un médecin ou par un autre professionnel de la santé. »
Chaque CRI devra desservir un bassin de population d’environ 30 000 personnes. Avec 60 CR I , espère M . Levine, les patients qui n’ont pas de médecin de famille pourront être inscrits facilement à partir d’une visite sans rendezvous. Pour le moment, les CRI n’inscrivent que les patients « vulnérables », par exemple les femmes enceintes ou les diabétiques.
Si u n secteu r de l’île a déjà son quota de C R I , sera-t-il interdit d’en ouvrir une nouvelle ? « En théorie, oui, dit M. Levine. Mais j e ne m’attends pas à voir ça rapidement. »
La masse critique de médecins de famille d’une CRI facilitera l’accès aux spécialistes. Certains ouvriront même un cabinet dans une CRI, espère M. Levine. La présence d’un programme de formation universitaire en médecine familiale à l’Hôpital de Verdun permettra aussi aux futurs médecins de s’habituer au travail en partenariat, et pourrait rehausser l’attrait de la médecine familiale, branche dans laquelle les postes de résidents ne sont pas tous comblés.





Appui au système de santé public
Une grande majorité de Canadiens et de Québécois, soit plus de 86%, souhaite que le système de santé soit renforcé dans le secteur public plutôt que dans le privé, indique un sondage.
C’est au Québec que l’appui au régime public est le plus fort, à près de 88%, selon la firme Nanos Research, qui a été mandatée par la Coalition canadienne de la santé pour réaliser un sondage pancanadien entre le 23 avril et le 3 mai. Les résultats ont été divulgués hier matin, en prévision du congrès annuel de l’Association médicale canadienne ( AMC), qui débute lundi à Saskatoon.
Michael McBane, coordonnateur national de la Coalition canadienne de la santé, affirme que le président sortant de l’AMC, le Dr Robert Ouellet, veut convaincre les médecins canadiens d’appuyer la privatisation des soins de santé, alors que cette option est rejetée par la population.



Suivre les médecins  -  ARIANE KROL
Pas de panique ! Rien ne permet de croire que la nouvelle entente autorisant la libre circulation des médecins entre le Québec et l’Ontario va entraîner un exode de nos praticiens vers la province voisine. Par contre, il faut se donner les moyens de suivre la situation et de mesurer les impacts futurs de cet accord.
Depuis le 1er août, les médec i n s québé c oi s qu i veulent exercer en Ontario n’ont plus grand paperasse à affronter. S’ils ont un permis de plein exercice et peuvent fourni r un cer t i f icat de bonne condui te professionnel le, leur demande sera acceptée en moins d’un mois. Le chemin i nverse est aussi facile pour les médecins ontar i ens diplômés depuis 1994. Les autres devront attendre quelques semaines encore, le temps que l’Of fice des professions fasse quelques modifications administratives.
Cela dit, il ne faut pas compter sur un afflux de médecins ontariens pour régler nos problèmes de pénurie. Plusieurs facteurs risquent en effet de dissuader les candidats qui pourraient être intéressés à venir exercer ici. La langue, puisqu’il faut parler français pour avoir le droit de pratiquer au Québec. Les tarifs, moins généreux qu’en Ontario, surtout pour les spécialistes. Et les fameux PREM ( plans régionaux d’effectifs médicaux), qui ne permettent pas aux médecins de pratiquer où bon leur semble.
L’entente se soldera-t-elle par une perte nette de médecins québécois ? Si elle leur ouvrait un marché fermé à double tour, on pourrait s’inquiéter. Mais ce n’est pas le cas. En fait, plusieurs Québécois se qualifiaient déjà pour travailler en Ontario. Pourtant, très peu se laissaient tenter. On ne voit pas comment le seul fait d’ouvrir la porte à tout le monde déclencherait une ruée.
Jusqu’à tout récemment, c’est plutôt nos voisins qui s’inquiétaient de l’exil de leurs médecins vers d’autres provinces. Il y a deux ans, l’Association médicale de l’Ontario a réclamé à grands cris des mesures pour retenir ses professionnels. Mais lorsque nous lui avons demandé de commenter cette entente qui pourrait entraîner le départ ou l’arrivée de praticiens, elle n’avait rien à dire. Ça donne une idée du peu d’effets qu’elle en attend!
Il sera toutefois important de suivre l’évolution de la situation. Et pour cela, i l faudrait d’abord la connaître. Savoir combien de professionnels ont a r i ens exe r - çaient au Québec ava nt l ’ entente, et inversement. À temps plein ou à temps partiel ? Aucun des deux collèges de médecins n’a pu nous fournir cette information hier. C’est pourtant essentiel pour témoigner d’éventuels changements.

Il ne s’agit pas, comme le suggère l’opposition officielle, d’envisager le retrait du Québec de cette entente. Moins d’une semaine après son entrée en vigueur, ce serait non seulement prématuré, mais ridicule. Par contre, Québec devra en faire un suivi serré. Autrement, cet accord servira à justifier tout et n’importe quoi, des pénuries de médecins aux salaires qu’il faudrait leur verser pour les garder, sans qu’on sache jamais s’il a le moindre impact.


Les jeunes médecins quittent le Québec  -  Pascale Breton
Insatisfaits des conditions de pratique et de la rémunération
EXCLUSIF
« Il y a un signal d’alarme avec les étudiants qui quittent et, éventuellement, le gouvernement va devoir se réveiller pour réaliser pourquoi. »
La rémunération moins élevée et les conditions de pratique poussent bon nombre de jeunes médecins à quitter le Québec pour faire leur résidence ailleurs. Et les deux tiers ne sont pas certains de revenir par la suite. C’est ce que révèle une enquête menée auprès d’étudiants en médecine qui avaient choisi de quitter la province pour effectuer leur résidence ailleurs au Canada. Elle n’a jamais été rendue publique, mais La Presse l’a obtenue grâce à la Loi d’accès à l’information.
À l’heure où le Québec manque de médecins et où la médecine de famille est en crise, les jeunes médecins sont attirés par le chant des sirènes du Canada anglais. C’est ce que révèle une enquête menée à l’été 2007 à la demande du ministère de la Santé et des Services sociaux, en collaboration avec la Fédération médicale étudiante du Québec.
À l’heure où le Québec manque de médecins et où la médecine de famille est en crise, cette enquête sonne l’alarme, convient le président de la Fédération médicale étudiante du Québec, Marc Beltempo.
« Il y a un signal d’alarme avec les étudiants qui quittent et éventuellement, le gouvernement va devoir se réveiller pour réaliser pourquoi. Cette enquête fait partie des pistes de solutions. Il y a des signaux criants au niveau des conditions de pratique au Québec », souligne-t-il.
Cette année, 72 postes de tère de la Santé et des Services sociaux, en collaboration avec la Fédération médicale étudiante du Québec.
Au total, 77 étudiants qui s ’ apprêtaient à commencer leur résidence à l ’extérieur du Québec ont été contactés. Du nombre, près de la moitié ont accepté de répondre au résidence en médecine n’ont pas trouvé preneur au Québec. De ce nombre, près d’un poste sur cinq en médecine de famille a été laissé vacant. Une situation qui s’aggrave d’année en année.
L’enquête a été menée à l’été 2007 à la demande du minisquestionnaire.
Comme l ’ échant i l lon est petit, les résultats doivent être analysés avec prudence. Mais ils ref lètent bien la situation actuelle, souligne M. Beltempo.
Plus des t rois quar ts des répondants reconnaissent que la quête d’un revenu plus élevé et le fa it d’avoi r moins de restrictions quant au lieu de pratique sont des facteurs qui influencent leur décision.
La rémunération peut varier de 10 000 $ par année entre le Québec et certaines provinces, note le président de la Fédération médicale étudiante du Québec. Un élément qui nuit aussi à l’attractivité du Québec pour les étudiants du reste du Canada.
« La différence de rémunération, pour les étudiants qui sont endettés, est assez importante. Ceux qui font une spécialité de cinq ans vont aller chercher 50 000 $ de plus en cinq ans (à l’extérieur du Québec). C’est quand même non négligeable », déclare M. Beltempo.
L’enquête indique aussi que sept étudiants sur dix sont insatisfaits des perspectives de pratique qui les attendent au Québec, à la fin de leur résidence. Les insatisfaits sont plus nombreux chez les anglophones que les francophones. Plus des deux tiers des répondants ont aussi mentionné qu’ils ne sont pas certains de revenir dans la province au terme de leur résidence.
L’enquête indique par ailleurs que les plans régionaux d’effectifs médicaux ( PREM), qui déterminent où les nouveaux médecins peuvent s’établir au Québec au terme de leurs études, jouent aussi un rôle dans la décision des étudiants.
Le t ier s des répondant s affirme ainsi que les PREM ont été un facteur déterminant dans leur décision de faire leur résidence à l’extérieur de la province. C’est principalement le cas pour les futurs médecins de famille.



LA GRANDE SÉDUCTION DU RECRUTEMENT    -   Pascale Breton
Sortie en mer, vol en hélicoptère, visite des installations high tech de l’hôpital, forfaits de golf. Les hôpitaux qui font face à une pénurie de médecins spécialistes déploient l’artillerie lourde pour les attirer.
« Il y a une lutte féroce pour le recrutement », affirme le directeur général de l’hôpital de Sept-Îles, Martin Beaumont. Dans cet hôpital, comme dans plusieurs autres, une personne travaille à temps plein au recrutement. Les jeunes de la région qui vont étudier la médecine ou les soins infirmiers dans les grandes villes se voient offrir des emplois d’été. Une façon de les convaincre de revenir au bercail, une fois leurs études terminées.
« On est devenus des spécialistes de la grande séduction », renchérit le directeur des services professionnels de l’Hôtel-Dieu de Sorel, le Dr Gérald Désaulniers. Situé en périphérie de Montréal, l’hôpital doit souvent faire appel à des médecins itinérants pour fonctionner. En cinq ans, le Dr Désaulniers a recruté 32 nouveaux médecins, dont seulement six sont partis depuis, explique-til avec un brin de fierté. « Il m’en manque encore une trentaine, dont une dizaine de spécialistes, mais je pense que d’ici deux ou trois ans, on aura réglé notre problème », dit-il, optimiste.
L’idée est de charmer le médecin suffisamment pour qu’il décide de s’installer dans la région de façon définitive. Ainsi, l’hôpital n’a plus besoin de recourir aux lettres d’entente et aux médecins itinérants. Il peut bâtir une véritable équipe dans un service. Pour y arriver, les hôpitaux présentent leur région sous ses plus beaux attraits. Du personnel accompagne le médecin pour l’aider à trouver garderie, maison, école, travail pour le conjoint. « On ne donne pas d’argent en dessous de la table, on n’achète pas les gens, mais on les accompagne », explique le Dr Désaulniers.
Dans les régions éloignées, la clé est d’atteindre une masse critique. Un hôpital doit avoir suffisamment de médecins dans une spécialité s’il veut en attirer d’autres. Sinon, le nouvel arrivant va se décourager, sachant très bien qu’il devra assurer toutes les gardes et que la charge de travail sera très lourde.

Des spécialistes itinérants à la rescousse   -   Pascale Breton
On manque de médecins spécialistes dans une quarantaine d’hôpitaux au Québec. La solution à court terme passe par les « mercenaires » de la médecine : les médecins itinérants. Pour le long terme, certains hôpitaux jouent la carte de la séduction.
Une quarantaine d’hôpitaux de la province font face à une pénurie d’effectifs grave, au point où ils doivent faire appel à des médecins spécialistes itinérants pour éviter des ruptures de service.
« On gère la pauvreté. On choisit où il va y avoir des bris de service parce qu’on n’a pas assez de monde pour tout couvrir partout », déclare le président de l’Association des anesthésiologistes du Québec, le Dr Claude Trépanier.
L’anesthésiologie est l’une des spécialités où la pénurie fait le plus mal. C’est le cas également dans cinq autres spécialités de base, soit la radiologie diagnostique, la chirurgie générale, l’obstétrique-gynécologie, la pédiatrie et la psychiatrie.
Le manque d’effectifs touche les 35 spécialités de la médecine, mais la pénurie qui frappe les spécialités de base a des conséquences importantes. C’est le fonctionnement de l’hôpital au complet qui est mis en péril.
« Un hôpital sans anesthésiologiste s’appelle un CLSC », illustre le Dr Trépanier.
« La pénurie n’est pas égale d’une spécialité à l’autre. Dans notre profession, nous sommes toujours appelés à gérer des crises de service. S’il n’y a pas de radiologie, les urgences menacent de fermer », renchérit le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.
Lettres d’entente
Pour éviter le pire, le ministère de la Santé et des Services sociaux a signé il y a plusieurs années des lettres d’entente avec les diverses associations de médecins.
Dans une douzaine de spécialités, ces ententes permettent aux hôpitaux en difficulté de faire appel à des médecins itinérants qui viennent donner un coup de main de façon temporaire.
En reconnaissant le besoin criant dans une spécialité, le Ministère accepte aussi de verser une rémunération majorée et diverses primes au médecin itinérant. Chaque année, le Ministère débourse environ 67 millions pour éviter des ruptures de service.
Actuellement, une soixantaine d’hôpitaux ont en main de telles lettres d’entente, dont certains à Montréal et Québec, mais leur nombre varie constamment au gré des crises. Le Ministère reconnaît une pénurie grave d’effectifs dans une quarantaine d’entre eux, surtout en région éloignée.
L’hôpital de Sept-Îles en fait partie. Au cours des dernières années, l’établissement a fait appel à des médecins itinérants en chirurgie générale, en obstétrique, en médecine interne, en psychiatrie. Cette fois, la crise touche l’anesthésiologie.
En l’espace de quelques mois, le service est passé de quatre anesthésiologistes à un seul. « La seule façon d’attirer des médecins et de les inciter à rester, ce sont les lettres d’entente. Elles nous aident à acheter du temps pour reconstruire nos services », explique le directeur général de l’hôpital, Martin Beaumont.
Les lettres d’entente agissent comme un cataplasme et permettent de régler les crises majeures. Mais elles ont un effet pervers, souligne le Dr Frédéric Desjardins, radiologiste. « Il est très difficile de les retirer une fois qu’elles ont été accordées, car c’est vu comme une baisse de salaire. Les médecins menacent d’aller ailleurs. »
Au-delà des lettres d’entente, les équipes sont réduites partout, rappelle pour sa part la présidente de l’Association des pédiatres du Québec, la Dre Thérèse CôtéBoileau. Il est difficile d’en demander plus lorsqu’un médecin est déjà de garde un soir sur deux ou sur trois, comme c’est le cas en plusieurs endroits, dit-elle.
« Nos équipes sont tellement restreintes qu’il suffit qu’un seul médecin tombe malade ou parte en congé de maternité pour qu’il y ait une crise de couverture », note la Dre Côté-Boileau.
Avec la hausse du nombre d’admissions en médecine, plusieurs croient que le pire est passé. Mais les jeunes ne veulent plus travailler comme leurs prédécesseurs. Il faudra encore plusieurs années avant de retrouver l’équilibre, estime le président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le Dr Gaétan Barrette.
« Le verre commence à se remplir, mais d’une manière inégale d’une région à l’autre et d’une spécialité à l’autre », dit-il.
Les lettres d’entente ne règlent pas non plus les pénuries dans les autres spécialités, qui ont des conséquences moins désastreuses sur le fonctionnement d’un hôpital mais qui entraînent des désagréments pour la population. Il s’agit de spécialités comme l’ophtalmologie, l’urologie et la dermatologie.
Accès difficile en région
En plusieurs endroits, des médecins spécialisés se déplacent des grandes villes vers les régions à raison d’une fois par mois ou aux deux mois pour voir les patients.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux parle pour sa part d’indice d’accessibilité. Il évalue si la population a accès à des soins, mais également si la région se suffit à elle-même. En périphérie de Montréal, beaucoup de patients doivent ainsi se déplacer vers la métropole pour obtenir des soins ultra-spécialisés.
Dans les régions éloignées, les hôpitaux doivent compter sur un bassin diversifié de médecine spécialisée, sans quoi les patients sont envoyés vers Montréal ou Québec, avec tous les désagréments que cela comporte.
« Quand on est dans une région éloignée, qu’on a un accès en dessous de la moyenne et qu’on a une autosuffisance en dessous de la moyenne, ça veut dire qu’on est en situation de pénurie relative », explique le directeur de la maind’oeuvre médicale au Ministère, Daniel Poirier.

Les nouveaux « mercenaires » de la médecine spécialisée
Comme les omnipraticiens, qui ont leurs médecins suppléants, les spécialistes n’échappent plus au phénomène des médecins qui vont au plus offrant et font de l’itinérance une carrière.
Les médecins spécialistes n’échappent pas au phénomène des médecins qui vont au plus offrant et font de l’itinérance une carrière. Une situation que déplore le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.
Ni le Ministère, ni les associations de médecins ne sont en mesure de préciser combien de spécialistes se trouvent dans cette catégorie émergente. Mais ils sont très mal vus par leurs pairs.
« Malheureusement, dans ma spécialité et dans d’autres, on a maintenant ce que j’appelle des mercenaires. Ils n’ont pas d’attaches, ils ne font que de l’itinérance et vendent leurs services au plus offrant », déplore le président de l’Association des radiologistes du Québec, le Dr Frédéric Desjardins.
Consciente de la situation, la Fédération des médecins spécialistes du Québec veut se pencher sur cette question. « Il y en a de plus en plus, reconnaît le président de la FMSQ, le Dr Gaétan Barrette. C’est une nouvelle race qu’on n’avait pas avant, qu’on a depuis environ cinq ans, et on n’aime pas ça. »
En revanche, les médecins itinérants occasionnels sont essentiels pour faire face à la pénurie dans plusieurs spécialités.
La majorité de ces médecins sont rattachés à une équipe et à un hôpital. Ils vont travailler dans des hôpitaux en difficulté pendant leurs vacances ou de façon périodique, chaque mois.
« C’est une forme de travail social, unemanière d’aider ta profession dans un territoire », explique le Dr Desjardins. Pendant longtemps, l’équipe de radiologie de l’hôpital Sainte-Justine s’est ainsi relayée pour aider les collègues de Chibougamau, où on manquait d’effectifs, ajoute-t-il.
Les remplacements se trouvent souvent de bouche à oreille. Les médecins se connaissent et acceptent de s’entraider lorsqu’un hôpital obtient une lettre d’entente parce qu’il est en situation de crise ou parce qu’un médecin veut prendre des vacances.
« Il s’agit souvent d’ententes amicales qui ne tiennent qu’à un fil. Quand les conditions changent dans un service, l’entente tombe et la crise éclate », dit le Dr Desjardins.
Il est aussi plus facile de trouver des médecins itinérants selon les périodes de l’année. En période estivale, pendant leurs vacances, des médecins vont travailler dans une région où ils emmènent leur famille, pour découvrir de nouveaux endroits. En ce sens, les Îles-de-la-Madeleine n’ont généralement pas de problèmes à trouver des médecins l’été, disent plusieurs.



LE PUBLIC FAIT DE PLUS EN PLUS APPEL AU PRIVÉ -  Pascale Breton
Pour pallier la pénurie d’infirmières, un nombre grandissant d’établissements ont recours à des agences privées. Ce phénomène a pris une telle ampleur que Québec veut désormais y mettre un frein.
Le réseau public fait de plus en plus appel au privé pour répondre à la demande. Près de 60% des établissements de santé ont fait appel aux infirmières des agences l’an dernier.
Près de 7000 infirmières travaillent dans le secteur privé, selon les dernières statistiques compilées par l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec. Environ 3000 d’entre elles travaillent au sein d’agences privées. C’est deux fois plus qu’il y a sept ans.
C’est une formule qui coûte cher. La facture a grimpé à 145 millions l’an dernier pour le recours aux infirmières auxiliaires, techniciennes et cliniciennes provenant des agences privées, indiquent les données du ministère de la Santé et des Services sociaux obtenues par La Presse.
Letravail dupersonneldes agences dans le réseau public demeure marginal. Mais il augmente d’année en année. En 2007-2008, les infirmières indépendantes techniciennes et cliniciennes ont travaillé 2,4 millions d’heures. C’est une proportion de 3,6% du total des heures travaillées par le personnel infirmier dans le réseau public.
L’annéeprécédente, elles avaient travaillé 1,98 million d’heures, pour un total de 2,9% des heures travaillées dans le réseau.
Le recours à cette main-d’oeuvre indépendante s’étendmaintenant à l’ensemble de la province. Auparavant, il se limitait surtout aux régions de Montréal, de Québec et de l’Outaouais, note la directrice générale de l’Association québécoise des établissements de santé et de services sociaux (AQESSS), Lise Denis.
« Les données nous démontrent qu’il y a des régions où, de plus en plus, on n’a pas le choix de recourir aux infirmières privées pour éviter des ruptures de service. Avant, c’était marginal, mais aujourd’hui, c’est plus systématique », constate-t-elle.
Les plus grands employeurs demeurent les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ainsi que les centres de réadaptation. Dans certains établissements, les infirmières des agences privées accomplissent jusqu’à 40% du total d’heures travaillées par le personnel infirmier.
De plus en plus, les hôpitaux font aussi appel aux agences privées pour éviter des ruptures de service aux urgences, aux soins intensifs ou dans les unités de soins. Une situation qui n’est pas idéale.
« Ce n’est pas le choix des établissements parce qu’en termes de qualité professionnelle, de continuité, de connaissance des patients, de connaissance des protocoles, c’est sûr que ces infirmières ne sont pas dans la même situation que les équipes permanentes », souligne Mme Denis.
Des cibles de réduction
La politique face à la maind’oeuvre indépendante varie d’ailleurs d’un établissement à l’autre. Certains hôpitaux ne veulent pas recourir aux agences. C’est le cas du CHUM. En revanche, les équipes en place sont régulièrement appelées à faire des heures supplémentaires pour pallier le manque d’effectifs.
« Nous avons plutôt décidé d’investir dans notre maind’oeuvre à nous », déclare la directrice générale adjointe aux affaires cliniques du CHUM, Esther Leclerc, pour expliquer la décision de son établissement.
« Dans les hôpitaux qui ont recours aux agences, c’est certain qu’il y a moins de pression sur le personnel en place, mais sur le plan du climat de travail, c’est plus fructueux d’investir dans des équipes stables », ajoute-t-elle. D’autres hôpitaux font régulièrement appel à la main-d’oeuvre indépendante, notamment à Québec, à Laval, dans Lanaudière, en Montérégie et ailleurs à Montréal.
C’est le cas de l’hôpital du SacréCoeur où les infirmières indépendantes ont assumé 10,9% des heures travaillées l’an dernier.
« Nous n’avons pas un nombre suffisant d’infirmières pour maintenir l’accessibilité des services. Nous voulons soutenir nos équipes et minimiser l’impact de la pénurie en réduisant le recours aux heures supplémentaires », indique la directrice des soins infirmiers à l’hôpital du Sacré-Coeur, Johanne Salvail.
Le phénomène de la maind’oeuvre indépendante a pris des proportions telles que Québec veut redresser la barre. Le gouvernement a demandé aux établissements de lui soumettre un plan de réduction du recours aux agences privées.
« Nous demandons aux établissements d’avoir des cibles de réduction pour nous assurer qu’il y ait une main-d’oeuvre utilisée qui provient du réseau public. Ce ne sont pas toutes les agences (de santé et de services sociaux) qui ont déposé leur plan de réduction jusqu’à présent, mais nous voulons réduire le recours aux agences privées au minimum », explique la responsable des communications au ministère de la Santé et des Services sociaux, Dominique Breton. Mais dans le contexte de pénurie actuel, où le taux d’absentéisme du personnel infirmier est élevé, la tendance est difficile à renverser.
D’ailleurs, 40% des établissements de santé ont accru leur recours à la main-d’oeuvre indépendante l’an dernier, indiquent les données provinciales.
À la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ), on trouve d’ailleurs que le travail de réorganisation du travail n’avance pas vite. La volonté de changer les choses ne se fait pas toujours sentir sur le terrain, explique Daniel Gilbert, vice-président de la FIQ.
« Il y a peudepistesde solutions en cours. Tout est documenté et a fait l’objet d’un consensus, mais la volonté locale n’est vraiment pas là », ajoute M. Gilbert.


Deux groupes d’infirmières, un même travail -  Pascale Breton
« Il faut penser que l’infirmière qui vient travailler chez nous n’a pas de caisse de retraite et n’a pas les avantages sociaux qui sont accordés dans le réseau. Quand vous calculez tout ça, vous réalisez que la facturation que nous faisons au réseau (...) n’est pas abusive. »
Le nombre d’infirmières qui choisissent de travailler dans le secteur privé a bondi au cours des dernières années. Et avec elles, la multiplication des agences privées, surtout dans la région métropolitaine.
Les hôpitaux font de plus en plus appel aux agences privées pour éviter des ruptures de service aux urgences, aux soins intensifs ou dans les unités de soins.
Près de 7000 infirmières travaillent dans le secteur privé, selon les dernières statistiques compilées par l’Ordre des infirmiers et infirmières du Québec.
Environ 3000 d’entre elles travaillent au sein d’agences privées. C’est deux fois plus qu’il y a sept ans.
La main-d’oeuvre indépendante veut avoir la liberté de choisir son horaire. Elle apprécie la flexibilité qui est offerte dans le privé, estime Monique Richer, présidente et directrice générale de l’agence Accès Services Santé, qui emploie 750 personnes.
Dans le réseau, certains reprochent aux infirmières des agences de choisir les plus beaux quarts de travail, de ne travailler que le jour alors que les besoins sont criants dans les autres quarts de travail. À l’hôpital PierreLe Gardeur, par exemple, de 20 à 30% des infirmières assurant un remplacement de jour proviennent des agences privées.
Pourtant, plusieurs infirmières des agences travaillent aussi le soir, la nuit et les week-ends, affirme Mme Richer. « J’ai des infirmières qui me disent par exemple qu’elles sont prêtes à travailler toutes les fins de semaine, mais en échange, elles veulent qu’on les libère tout l’été. »
La région métropolitaine compterait à elle seule une soixantaine d’agences, mais aucune compilation officielle n’existe à ce sujet.
Certaines sont des agences bien établies, avec un chiffre d’affaires important. D’autres sont des agences intermédiaires qui se spécialisent dans des créneaux particuliers, notamment auprès des immigrants. Les autres sont des agences dites « maison ». Il s’agit souvent de quelques infirmières qui décident de se regrouper.
Les infirmières des agences gagnent davantage que celles qui travaillent exclusivement dans le réseau public. Elles peuvent espérer recevoir de 30 à 50$ l’heure.
Au bout du compte, la facture est élevée pour les établissements de santé qui ont recours aux agences. La somme a atteint 81,28 mi l l ions à Mont réal seulement pour le recours aux infirmières auxiliaires, techniciennes et cliniciennes du privé dans les établissements de santé.
« Oui, le salaire est plus alléchant. Par contre, il faut penser que l’infirmière qui vient travailler chez nous n’a pas de caisse de retraite et n’a pas les avantages sociaux qui sont accordés dans le réseau. Quand vous calculez tout ça, vous réalisez que la facturation que nous faisons au réseau, quand elle est faite correctement, n’est pas abusive », explique Mme Richer.
Certaines agences font toutefois de la surenchère, reconnaît-elle en soulignant que la mise en place d’un code d’éthique serait la bienvenue dans le milieu.
Le gouvernement a demandé aux établissements d’avoi r moins recours aux agences. Mais dans le contexte de pénurie, c’est très difficile.
Difficile de rivaliser avec le privé
Même avec une réorganisation du travail qui permet un peu plus de flexibilité, notamment pour une infirmière qui voudrait retourner aux études, le réseau public peine à rivaliser avec le privé.
« Nous essayons d’aménager des choses, mais nous n’avons sûrement pas encore dans le réseau la souplesse souhaitée par les infirmières d’agences qui magasinent leur quart de travail », reconnaît la directrice générale adjointe des affaires cliniques au CHUM, Esther Leclerc.
La présence des infirmières des agences peut aussi créer des tensions au sein des équipes de travail.
« Il y a un côté pervers à avoir une infirmière qui travaille à côté d’un groupe et qui est payée différemment pour le même travail. C’est un peu pervers parce que ça pourrit le climat. Si les autres infirmières ont l’impression d’avoir un peu moins de pression, on se retrouve tout de même avec deux groupes d’individus pour donner les mêmes soins », déclare Mme Leclerc.
Généralement, ces infirmières indépendantes sont très bien formées, mais connaissent peu les pratiques en place dans un établissement précis. Cela crée une surcharge de travail pour le reste de l’équipe, souligne le vice-président de la Fédération interprofessionnelle du Québec (FIQ), Daniel Gilbert. « Les i nfirmières doivent recommencer à expliquer à chaque quart de travail le fonctionnement de l’unité, soutenir cette main-d’oeuvre des agences privées. À un certain moment, elles en ont assez. »
Pour faciliter l’intégration, certains établ issements, comme l’hôpital du SacréCoeur, ont mis en place un processus de sélection rigoureux. « On n’improvise pas. On n’appelle pas à l’agence pour demander quatre ou cinq infirmières pour le soir même », lance la directrice des soins infirmiers, Johanne Salvail.
La direction étudie d’abord les curriculum vitae des infirmières indépendantes avant d’en convoquer certaines en entrevue. Celles qui seront retenues recevront ensuite deux jours de formation, aux frais de leur agence, dans l’unité de soins où elles seront appelées à travailler. L’hôpital constitue ainsi une banque d’infirmières qu’elle peut joindre pour pallier le manque d’effectifs.


Les primes d’été pourraient renaître avant d’avoir disparu
songe à desmesures incitatives pour le personnel de la Santé
« Nous sommes en train de regarder quelles pourraient être des mesures différentes, peutêtre encore des primes, mais données de façon différente, pour nous éviter des ruptures de service au cours de l’été. »
Pour éviter les ruptures de service dans les hôpitaux cet été, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, songe à rétablir les primes pour le personnel de la santé.
En mars dernier, il avait pourtant annoncé qu’ilmettait fin aux primes d’été. Ces primes étaient versées depuis six ans aux infirmières, aux inhalothérapeutes et aux préposés aux bénéficiaires pour les encourager à offrir des disponibilités supplémentaires pendant les vacances estivales.
Deux mois plus tard, le gouvernement étudie maintenant des moyens pour retenir le personnel dans le réseau cet été, a reconnu le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en n’excluant pas un retour d’une certaine forme de primes.
« Nous sommes en train de regarder quelles pourraient être des mesures différentes, peutêtre encore des primes, mais données de façon différente, pour nous éviter des ruptures de service au cours de l’été », a-t-il répondu à une question de l’opposition officielle à l’Assemblée nationale.
Pour l’année 2007-2008, les primes estivales avaient coûté 10 millions. Cette formule ne donnait toutefois pas le rendement souhaité, estime le ministre.
M. Bolduc rencontre ces jours-ci les syndicats et les dirigeants de certains établissements pour discuter des mesures à prendre.
Il faut ramener des incitatifs, selon la présidente de la Fédérat ion interprofessionnelle du Québec ( FIQ), Lina Bonamie, qui rencontre le ministre ce matin. Les primes d’été « ne donnaient pas plus de personnel en place, sauf que plusieurs infirmières, voyant le surplus d’argent qui pouvait être là, donnaient une disponibilité de plus. »
Cela évitait aux hôpitaux de recourir de façon systématique aux heures supplémentaires obligatoires.
L a Fédérat ion de la santé du Québec, affiliée à la CSQ, a par ailleurs rencontré le ministre la semaine dernière. « On lui a souligné les difficultés qu’il y aurait cet été s’il ne mettait pas de primes en place. Il y a aussi un risque que les employeurs en offrent de leur côté, de façon aléatoire, et qu’il y ait ainsi de l’anarchie dans le réseau », a expliqué la présidente, Monique Bélanger.
Une réorganisation du travail est par ailleurs en cours dans le réseau. Confrontés à la pénurie de personnel, les établissements doivent faire appel au personnel des agences privées et aux heures supplémentaires obligatoires pour combler les quarts de travail.
Des projets pilotes sont en cours, mais comme les effets ne se font pas encore sentir, des difficultés sont à prévoir pour l’été. C’est la raison pour laquelle le ministre est en train de revoir sa décision concernant les primes.
D’ailleurs, des ruptures de service menacent déjà certains hôpitaux, notamment l’hôpital Saint-François-d’Assise, à Québec. Dans ce cas, c’est le départ de huit médecins qui pose un problème.
« Ces huit départs subits ont mis l’équipe en place dans une situation précaire. Ils travaillent très fort, mais ce serait inacceptable qu’il y ait une rupture de service. On regarde si on ne pourrait pas faire appel de façon exceptionnel le – puisque la situation l’est – à des médecins dépanneurs », a indiqué MarieÈve Bédard, l’attachée de presse du ministre.
Deux autres hôpitaux, de plus petite taille, ont pour leur part choisi de fermer leurs urgences la nuit. Il s’agit de l’hôpital Chauveau, à Québec, et de l’hôpital Cloutier-du Rivage, dans la région de Trois-Rivières.


Diversifier l’accès -  ARIANE KROL
L’ Ontario vient de déposer un projet de loi qui permettra à plusieurs professionnels de la santé d’effectuer des tâches autrefois réservées aux médecins de famille. Une stratégie qui devrait aider à réduire l’attente et permettre aux omnipraticiens de se concentrer sur les tâches les plus complexes.
Des infirmières qui posent des plâtres et prescrivent des tests d’imagerie médicale, des pharmaciens qui renouvellent des ordonnances, des sages-femmes qui font des prises de sang, des physiothérapeutes qui demandent des échographies… Les Ontariens pourront bientôt recevoir toute une gamme de services de santé sans avoir à passer par un médecin. Le projet de loi annoncé cette semaine devrait entrer en vigueur au début de 2010, nous dit-on au bureau du ministre de la Santé.
L’Ontario veut améliorer l’accès aux soins pour ses quelque 850 000 citoyens qui n’ont pas de médecin de famille. Un problème bien connu au Québec, où environ deux millions de personnes sont dans cette situation, indique la Fédération des omnipraticiens (FMOQ). Hélas, la solution imaginée par nos voisins ne pourrait pas être implantée ici demain matin.
Car en matière de soins de première ligne, le système ontarien peut compter sur un élément presque absent chez nous: les infirmières praticiennes. Le Québec en a à peine plus d’une centaine, incluant celles en formation. L’Ontario, qui y a cru avant nous, en compte aujourd’hui un millier. Elles effectuent déjà un grand nombre de tâches autrefois réservées auxomnipraticiens, dont les prescriptions et le suivi de patients. Certaines cliniques médicales n’emploient aucun médecin et reposent entièrement sur ces professionnelles. La nouvelle loi leur donnera encore plus de responsabilités.
Ironiquement, les infirmières ontariennes trouvent que ce n’est pas assez. Elles se plaignent notamment de ne pas pouvoir prescrire certains médicaments. N’empêche: le modèle ontarien nous montre à quel point elles peuvent être utiles lorsqu’elles sont assez nombreuses. Le gouvernement québécois devrait étudier l’exemple de son voisin. Cela l’inciterait peut-être à plus d’enthousiasme à l’égard de ces « superinfirmières ».
Sur d’autres plans, par contre, le Québec n’a pas à rougir de la comparaison. Avec le système d’ordonnances collectives implanté au cours des dernières années, les pharmaciens peuvent déjà faire certains des gestes annoncés en Ontario. Mais d’autres améliorations pourraient être apportées. Il paraît tout à fait possible, et souhaitable, de réduire le nombre de situations où les pharmaciens doivent contacter des médecins, ou leur envoyer des patients, pour des formalités. Certains produits et articles sont en vente libre mais doivent, pour être couverts par les assurances, faire l’objet d’une prescription. Pourquoi ne pas permettre aux pharmaciens de la rédiger ? Pendant ce temps, le médecin pourrait voir des cas plus graves qu’il est le seul à pouvoir traiter.
Entre les omnis qui partent à la retraite et les étudiants qui préfèrent les spécialités, la pénurie n’est pas près de se résorber. Il va falloir imaginer d’autres modèles, comme les groupes de médecine familiale, qui reposent sur plusieurs types de professionnels. Car pour la santé du patient, c’est l’accès aux soins, et non à un diplôme particulier, qui est déterminant.


Un nouveau pacte social pour l'enfance : à lire et à méditer -  Rima  Elkouri
Longtemps vu comme un marginal dans le milieu de la santé, le Dr Julien a fini par s’imposer comme un pédiatre visionnaire qu’il valait la peine de suivre.
«Uun enfant. » C’est Pythagore qui le dit. L’image inspirante est citée en exergue du livre Tous responsables de nos enfants, coécrit par le Dr Gilles Julien et sa femme, l’avocate Hélène Sioui Trudel.
Le lancement avait lieu dans Hochelaga-Maisonneuve, hier midi. Un lancement simple et émouvant, où l’on a entre autres vu l’une des jeunes protégées du Dr Julien, devenue adolescente, participer avec grand sérieux à la lecture publique. Le Dr Julien la regardait avec fierté, comme si c’était sa propre fille. « Ce sont MES enfants, confiait-il, avec orgueil. C’est un gros, gros succès de les voir ici. »
Inconnu du grand public il y a à peine quelques années, longtemps vu comme un marginal dans le milieu de la santé, le Dr Julien a fini par s’imposer comme un pédiatre visionnaire qu’il valait la peine de suivre. n homme n’est jamais si grand que lorsqu’il est à genoux pour aider Ceux qui l’ont vu à l’oeuvre avec les enfants embrassent sa mission et saluent son entêtement. Avec le temps, le pédiatre bohème a même su rallier des gens officiellement du camp adverse, ceux de la grande machine étatique qu’il a toujours critiquée. Il est amusant de savoir, par exemple, que la directrice des communications de sa fondation, Caroline Richa rd , t rava i l la it aut refois pour un certain ministre Couillard.
Père de la pédiatrie sociale, le Dr Julien a mis en place dans Hochelaga et dans Côte-desNeiges des centres devenus des références pour ceux qui ont à coeur le bien-être des enfants de milieux défavorisés. Quant à Hélène Sioui Trudel, elle s’est jointe aux centres de pédiatrie sociale en 2006 pour contribuer à la mise en oeuvre de la Convention relative aux droits de l’enfant.
Tous responsables de nos enfants ( Bayard Canada) est un appel à l’action, écrit à quatre mains, où la rigueur de l’avocate vient rejoindre le rêve du pédiatre. Médiatrice, Me Sioui Trudel a notamment travaillé à la mise en oeuvre de ce qu’elle appelle le « cercle de l’enfant » , une pratique s’inspirant de la tradition autochtone, qui consiste à redonner du pouvoir aux familles, de les faire participer à la prise de décision.
L’idée, au coeur du projet de pédiatrie sociale, est dans le fond aussi simple que logique. Il s’agit de ne laisser tomber aucun enfant « entre deux chaises ». Il s’agit de réunir un « village » autour de chacun, de s’assurer que le nid familial et l’entourage soient mobilisés pour le bien-être de l’enfant.
Le principe tout simple en apparence reste difficile à appliquer en raison entre autres de la bureaucratisation excessive de l’appareil étatique. Résultat : l’enfant en difficulté est souvent otage de systèmes aussi fragmentés qu’incohérents. Les meilleures intentions du monde ne suffisent pas. Les interventions restent parcel laires et même peu efficaces à certains égards. « Souvent, les services sont dispensés trop tard, loin des principaux intéressés, par des spécialistes qui ne considèrent qu’un aspect du problème et qui manquent de temps ou de volonté pour travailler ensemble et avec le réseau familial à dresser un plan d’action. C’est l’une des constantes des systèmes qui veulent trop bien faire, mais passent à côté de l’essentiel », écrivent le Dr Julien et Me Sioui Trudel.
Of f iciel lement, le système agit dans le « meilleur intérêt de l’enfant ». Dans les faits, la réalité est tout autre. Comment se fait-il que les droits de tant d’enfants continuent à être bafoués dans un Québec dit « avant-gardiste » et dans un Canada qui promettait en 2002 d’être « digne de ses enfants » ? demandait hier Me Sioui Trudel. « C’est pourtant la triste réalité que nous découvrons, chaque jour, avec les enfants qui fréquentent les deux centres de pédiatrie sociale de Montréal. Ils ont pratiquement tous été victimes d’une forme d’abandon, de laisser-aller, de rejet ou d’exclusion, d’une violation pure et simple de leurs droits fondamentaux reconnus par la Convention relative aux droits de l’enfant », lit-on dans Tous responsables de nos enfants.
Malgré toutes les belles promesses et en dépit de toute notre bonne volonté, la réalité des enfants, surtout ceux issus de mi l ieux défavorisés, n’a malheureusement pas beaucoup changé avec le temps. « Si on ne renverse pas la vapeur, on s’en va vers une catastrophe avec les enfants. Ce n’est pas être pessimiste de le dire. Des constats, des statistiques nous le disent », rappelait hier le Dr Julien.
Que faire ? Interpeller l’État ? Non, nous dit le Dr Julien. La priorité, c’est d’interpeller les communautés, vous, moi, le voisin. C’est le but premier de ce livre. Nous mobiliser dans un véritable pacte social pour l’enfance. À lire et à méditer.


Québec s’attaque au plateau d’hôpital
Moins de sauce brune salée et plus de légumes verts, présentés assez joliment pour qu’ils soient appétissants pour les patients. Fini les frites et les boissons gazeuses servies aux gens qui vont les visiter ou qui les soignent. C’est une petite révolution que veut mener Québec avec son tout premier cadre de référence pour l’alimentation en milieu hospitalier, dévoilé jeudi.
« On souhaite que chaque établissement se donne des règles pour avoir une saine alimentation qui respecte les besoins de leur clientèle », résume le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
La qualité de ce qui se trouve sur le plateau est évidemment ciblée, mais on veut aussi améliorer l’ambiance du repas d’hôpital pour qu’il rappelle au patient un climat familial, plus rassurant. Est-ce la fin de la pomme de terre en purée?
En théorie, oui, puisqu’on recommande d’utiliser plus de produits frais et locaux et d’éliminer les aliments transformés, plus gras et plus salés. Le réconfortant Jell-O, figure emblématique des plateaux d’hôpitaux, est aussi menacé, à moins qu’il ne soit fait avec des jus et des fruits frais afin de répondre aux nouvelles normes provinciales. C’est tout un changement que recommande Québec.
« C’est très bien comme politique. Les recommandations sont exemplaires », estime Denise Ouellet, professeure au département de nutrition de l’Université Laval, spécialiste de la santé en milieu institutionnel.
Le ministère de la Santé et des Services sociaux ne s’intéresse pas qu’aux plateaux des patients, mais à toute la nourriture servie dans les établissements de santé. Cassecroûtes et machines distributrices compris.
« Des gens qui étaient hospitalisés avaient une alimentation validée par des diététistes pour qu’elle convienne à leurs besoins nutritionnels, relate Yves Bolduc. Mais ça ne les empêchait pas de prendre une liqueur et un chip lorsqu’ils descendaient à la cafétéria en soirée. »
Selon Denise Ouellet, c’était précisément le maillon faible de l’alimentation en milieu hospitalier: « Est-ce que c’est possible de manger santé à l’hôpital ? Certainement, mais à la cafétéria. Il faut que la nouvelle politique s’applique partout. Si on sert des repas nutritifs à la cafétéria, mais qu’à quelques corridors de là il y a de la malbouffe, ça n’a pas de sens. »
Les recommandations élaborées par l’équipe du ministère de la Santé s’appliqueront donc aux dépanneurs et autres restosminute, même s’ils sont opérés par une entreprise privée multinationale. Certaines recommandations sont très précises et calculent la quantité de sodium, de glucides ou de gras saturés que doivent contenir les aliments offerts.
Qui va payer la note?
Le grand absent de ce plan d’action, qui était attendu depuis longtemps, est l’enveloppe budgétaire.
Peler des pommes de terre, faire rôtir des poulets ou équeuter des fraises en saison demande évidemment plus de manipulations, donc plus de coûts. De même, le plan recommande d’éliminer la vaisselle jetable. C’est à la fois plus de temps de travail pour laver la vaisselle et plus de coûts pour acheter des nouveaux services et de la coutellerie.
Suzie Pellerin, directrice de la Coalition Poids, se réjouit de ce virage important, mais croit que le ministre Bolduc doit l’appuyer des ressources nécessaires. Sans quoi les recommandations ne sont pas réalistes. « Il y a de très beaux principes dans ce plan, ditelle, mais est-ce que les établissements en auront les moyens? »
Le ministre Bolduc, lui, assure que les établissements de santé ont déjà tout l’argent qu’il faut pour se conformer à la nouvelle politique. Ils doivent déjà consacrer 2% de leur masse salariale à la formation, ce qui devrait permettre à leurs employés d’être mieux outillés pour le virage santé.
« Ce n’est pas parce qu’on demande d’avoir une alimentation saine qu’il faut nécessairement ajouter beaucoup d’argent dans le réseau de la santé », indique le ministre. Chaque établissement doit adapter les recommandations à ses réalités, un établissement de soins de longue durée n’ayant évidemment pas les mêmes besoins qu’un centre des naissances. Les établissements ont jusqu’à mars 2012 pour s’y conformer.




Huit enfants se font heurter chaque semaine à Montréal  -  Isabelle Audet
ACCIDENTS DE LA CIRCULATION
Le Dr Patrick Morency, de la Direction de la santé publique de Montréal, a présenté hier matin des chiffres qu’il qualifie d’« inquiétants » sur le nombre d’enfants heurtés par une voiture depuis neuf ans. Au total, 3771 piétons ou cyclistes de 5 à 17 ans ont été blessés entre 1999 et 2008.
Les statistiques présentées hier par la Direction de la santé publique de Montréal sont alarmantes. Au total, 3771 piétons ou cyclistes de 5 à 17 ans ont été blessés entre 1999 et 2008 dans la région métropolitaine.
« Ça f a i t e nv i r o n hu i t enfants par semaine qui sont transportés en ambulance. Je crois que ces résultats parlent d’eux-mêmes », a déclaré le Dr Morency.
Les quartiers où la population est plus démunie figurent au sommet des secteurs les plus dangereux. C’est dans l’arrondissement de Mercier– Hochelaga-Maisonneuve que le plus grand nombre d’enfants ont été heurtés au cours de la dernière décennie, avec plus de 300 blessés. Suivent les arrondissements de Villeray– Saint-Michel– Parc-Extension, d e Ros e mont – L a P e t i t e - Patrie, de Côte-des-Neiges– Notre-Dame-de-Grâce et de Montréal-Nord.
Le Dr Morency précise que le nombre plus élevé d’enfants combiné à la forte circulation automobile et au manque d’infrastructures de protection font en sorte que ces secteurs sont les plus touchés.
Afin de réduire les accidents, la Coalition pour la réduction et l’apaisement de la ci rc ulation propose des « mesures simples et peu coûteuses », comme l’a ménagement de trottoirs s’élargissant aux intersections. Ainsi, les enfants traversent la rue sur une moins longue distance.
Les dos d’âne et les bacs à fleurs disposés au centre de la rue contribuent aussi à ralentir, voire à limiter la circulation automobile, et à réduire les accidents. « Il y a un problème, et pour le régler, certaines villes et arrondissements ont déjà mis certaines de ces mesures en place. On pourrait le faire de façon systématique lorsqu’on fait la réfection des rues. Ça ne coûte pas si cher que ça à faire, même pour une ville comme Montréal », a indiqué Daniel Bouchard, chargé de projet au Conseil régional de l’environnement.
« On entend souvent parler du fait qu’on veut davantage de transports collectifs, et qu’on veut que les gens marchent, qu’ils utilisent le vélo. Des enjeux comme ceux-ci, on en entend moins souvent parler, ajoute le Dr Morency. Il faut réduire la capacité routière pour éviter d’aggraver le problème. »



RÈGLEMENT SUR LA SÉCURITÉ DES PISCINES  Québec va de l’avant  -  Karim Benessaieh

Trois ans après l’onde de choc qu’avait provoquée la noyade de deux enfants de 4 et 13 ans en 2006, Québec a répondu hier avec un projet de règlement sur la sécurité des piscines résidentielles.
Selon les statistiques les plus récentes diffusées par l’INSPQ, 57 personnes se sont noyées dans une piscine résidentielle auQuébec entre 2000 et 2006. De ce nombre, 23 étaient âgées demoins de 5 ans.
Essentiellement, ce règlement, qui compte une dizaine d’articles, vise à empêcher les enfants d’accéder sans surveillance à la piscine. Selon le type de structure, il obligerait le propriétaire à ériger une clôture ou à empêcher l’accès à l’échelle (voir autre texte). Il ne s’applique qu’aux nouvelles piscines.
Même s’ils y décèlent des lacunes, les deux principaux organismes qui réclamaient un règlement plus musclé, la Société de sauvetage et l’Institut national de la santé publique du Québec, ont bien accueilli le document présenté par le ministre Laurent Lessard. Il sera étudié en commission parlementaire à l’automne, vraisemblablement amendé, et pourrait être adopté à temps pour l’été prochain, indique-t-on au ministère des Affaires municipales.
« C’est une excellente nouvelle, ça fait longtemps qu’on réclamait un règlement uniforme pour tout le Québec », se réjouit Diane Sergerie, conseillère scientifique à l’INSPQ. À la Société de sauvetage, on salue la « volonté politique » derrière ce projet de règlement. « J’aime mieux avoir un règlement imparfait qui part en consultation que d’attendre la perfection, dit Raynald Hawkins, directeur général. Ça fait plus de 20 ans qu’on travaille à ce projet de règlement. À force d’essayer d’avoir le consensus total, on s’est rendu compte qu’on n’avait jamais de règlement. Avec ce règlement-là, on pourra toujours éduquer et sensibiliser. »
Les consultat ions de l’automne seront l’occasion d’exiger des modifications substantielles au projet, précise M. Hawkins. Il regrette en premier lieu le fait qu’il ne s’applique qu’aux nouvelles piscines et croit qu’on devrait forcer les propriétaires à s’adapter d’ici quelques années. « On souhaiterait une zone de transition. Le gouvernement a mis en place des crédits d’impôt pour la rénovation. Est-ce qu’on pourrait donner accès à ces crédits aux propriétaires qui veulent faire les modifications pour se conformer au règlement? »
Diane Sergerie rappelle que l’INSPQ avait également proposé un délai de transition de deux à quatre ans. Elle souligne que le fait d’épargner les installations existantes « enlève beaucoup d’efficacité au règlement ». «Avec la durée de vie d’une piscine hors terre, il faudra attendre de 10 à 15 ans pour que le règlement prenne effet. »
Un choix nocif
Autre faiblesse: le projet de règlement laisse à plusieurs endroits le choix aux propriétaires entre une installation sécuritaire fixe et une autre qu’on peut retirer. Par exemple, dans le cas d’une piscine hors terre, on peut installer une échelle amovible et la retirer après la baignade, ou empêcher l’accès par des portières qui se verrouillent automatiquement.
Même scénario en ce qui concerne les piscines gonflables: on peut les protéger par une clôture ou par une simple couverture. Dans les deux cas, la Société de sauvetage privilégie la solution que les parents ne risquent pas d’oublier accidentellement. « L’échelle amovible, on sait que ce n’est pas une mesure efficace parce que les gens l’oublient ou la laissent là, dit M. Hawkins. Pour une piscine gonflable, c’est sûr que, plutôt que rien, on aime mieux voir une toile de protection. Mais il suffit de l’oublier unmatin et l’enfant peut y avoir accès. On sait que la mesure la plus efficace, c’est le ceinturage. »
La couverture sur une piscine gonflable, « ce n’est pas une mesure qu’on peut qualifier de sécuritaire », renchérit Diane Sergerie.
On trouve plus de 280000 piscines privées au Québec, qu’elles soient creusées, hors terre ou gonflables. Selon les statistiques les plus récentes diffusées par l’INSPQ, 57 personnes se sont noyées dans une piscine résidentielle au Québec entre 2000 et 2006. De ce nombre, 23 étaient âgées de moins de 5 ans.
Entre mai et juin 2006, deux enfants s’étaient noyés en moins de deux semaines, ce qui avait suscité l’émoi et provoqué un débat autour de la sécurité des piscines, surtout les modèles gonflables, mis en cause dans les deux cas. À la mi-mai, un garçon de 4 ans de Saint-Thomas, dans Lanaudière, avait échappé à la surveillance de ses parents pour se retrouver dans la piscine. Début juin, Judy Mirandette-Gaudette, 13 ans, est morte après que ses cheveux se furent coincés dans le système de filtration, trop puissant. Plusieursmunicipalités québécoises ont, dans les mois suivants, encadré d’un règlement plus strict l’installation de piscines gonflables.


Le règlement en bref
> Pour une piscine creusée ou semi-creusée
Elle doit être pourvue d’une échelle et être entourée d’une enceinte haute d’au moins 1,2 m.
L’enceinte doit empêcher tant les voisins que les propriétaires d’accéder à la piscine. Si la cour est déjà clôturée, une autre clôture entre la piscine et la maison est exigée.
Toute porte dans cette enceinte doit comporter un dispositif de fermeture et de verrouillage automatique.
Toute clôture formant une partie de cette enceinte doit empêcher le passage d’une sphère de 10 cm de diamètre.
> Pour une piscine hors terre (de plus de 1,2 m de haut)
Le propriétaire a le choix entre plusieurs dispositifs, notamment :
– Une échelle munie d’une portière de sécurité qui se referme et se verrouille automatiquement ;
– Une échelle amovible qui doit être remisée en dehors des périodes de baignade;
– Une pla t e f o r me ou une terrasse ceinte d’une clôture haute d’au moins 1,2 m dont l’accès est protégé par une porte qui se referme et se verrouille automatiquement.
> Pour une piscine gonflable (de moins de 1,4 m de haut)
Le propriétaire a le choix entre installer une enceinte de 1,2 m tout autour de la piscine ou la couvrir en tout temps.
> Pour toutes les piscines
Le règlement ne s’appl ique qu’aux nouvelles piscines.
Dans le cas du remplacement d’une piscine, sauf si elle est gonf lable, les nouvelles règles s’appliquent et le propriétaire doit demander un permis à sa municipalité. Dans le cas d’une piscine gonflable, on peut la réinstaller au même endroit et dans les mêmes conditions sans permis.
En cas d’infraction, le propriétaire peut écoper d’amendes allant j usqu’à 300 $ pour la première infraction, et jusqu’à 500 $ pour toute infraction subséquente.

SEMAINE DE PRÉVENTION
LA PRESSE CANADIENNE Quelque 75 personnes se noient chaque année au Québec, selon la division québécoise de la Société de sauvetage, qui organise la Semaine nationale de prévention de la noyade, laquelle a lieu du 18 au 25 juillet cette année.
Le nombre de noyades au Québec connaît généralement une hausse durant la première semaine des vacances de la construction.
Le directeur général de la division du Québec de la Société de sauvetage, Raynald Hawkins, soutient que le nombre de noyades dans la province connaît généralement une hausse durant la première semaine des vacances de la construction.
Il indique que la majorité des noyades peuvent être évitées, notamment en portant un gilet de sauvetage ou encore en s’abstenant de consommer de l’alcool.
M. Hawkins souligne que 70% des victimes de noyade qui étaient à bord d’une embarcation ne portaient pas ou portaient mal leur dispositif de flottaison.
Il signale également que 80% des victimes de noyade sont des hommes. Selon M. Hawkins, c’est la témérité de la gent masculine qui explique cette proportion.




TROP JEUNES POUR MOURIR
Ah! La belle époque où les enfants roulaient sans casque à vélo et voyageaient librement sur la banquette arrière de la voiture... Vraiment ? Entre 1970 et 1990, la mortalité liée aux traumatismes chez les moins de 18 ans a diminué de moitié grâce, notamm
Le mythe: tous ces noyades, chutes, empoisonnements, crânes fracturés, bras cassés, moelles épinières sectionnées chez les enfants, sont des accidents. Faux, répond le Dr Pierre Maurice. « Les traumatismes en général peuvent être évités, comme les maladies infectieuses ou d’autres problèmes de santé. Il faut briser ce mythe selon lequel il n’y avait rien à faire. C’est un mythe trop souvent véhiculé dans nos cuisines. »
Le Dr Maurice, de l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ), a dévoilé hier une importante étude sur les traumatismes subis par les moins de 18 ans au Québec, entre 2000 et 2005. Constat : des mesures supplémentaires doivent être adoptées, particulièrement pour prévenir les noyades, les blessures à vélo, celles subies par une collision de la route et les chutes.
Selon l’Organisation mondiale de la santé, « plus de 100 enfants succombent chaque heure de chaque jour du fait d’événements évitables ».
Au Québec, plus de 200 enfants et adolescents meurent chaque année à la suite d’un traumatisme. Les bébés de moins de 1 an meurent plus souvent d’une affection périnatale ou une malformation congénitale. Mais pour ceux qui ont soufflé leur première bougie, les traumatismes sont la première cause de mortalité. Ils représentent aussi la première cause d’hospitalisation chez les jeunes de plus de 10 ans.
Carlo Galli, coordonnateur du programme de prévention des blessures à l’Hôpital de Montréal pour enfants, est d’accord avec l’INSPQ: beaucoup de traumatismes ne sont pas des accidents. « D’ailleurs, sur notre site web consacré aux traumas, on évite de parler d’accidents », dit-il.
Du bébé tombé du lit de ses parents à celui brûlé par le café de la tasse qui s’est renversée, la plupart des blessures auraient pu être évitées. « Si vous avez une tasse de thé et que vous prenez votre enfant dans vos bras, vous
auriez pu prévenir la brûlure en posant la tasse avant. C’est la même chose avec les jeux qui ont des petits morceaux, il faut lire la notice pour ne pas que l’enfant avale un morceau. »
« L’idée n’est pas de culpabiliser les victimes et les parents, précise le Dr Maurice. Il faut être aux aguets et considérer que ce sont des phénomènes qui peuvent être prévenus, comme bien d’autres problèmes de santé. Il faut agir en amont pour ne pas avoir à se consoler à la suite d’un événement malheureux. »
Des règles plus sévères
Chaque été, les noyades dans les piscines résidentielles font les manchettes . Environ 14 enfants et adolescents meurent noyés chaque année et 33 autres sont hospitalisés à la suite d’une quasi-noyade. La grande majorité des quasi-noyades (23 sur 33) surviennent chez les moins de 4 ans.
Pour l’INSPQ, la baisse de la mortalité par noyade passe par une réglementation uniforme pour tout le Québec. L’Institut recommande que les piscines – qu’elles soient creusées, semicreusées ou gonflables – soient entourées d’une clôture infranchissable de quatre côtés avec une porte à fermeture et à verrouillage automatique. Un projet de réglementation est à l’étude à Québec et devra être discuté en commission parlementaire avant d’êt re adopté par le gouvernement.
Pourquoi une clôture à quatre côtés? « La plupart des enfants qui se noient dans une piscine sont ceux qui habitent la maison, pas ceux des voisins, dit le Dr Maurice. Il faut qu’on isole l’aire de la piscine du reste de la maison, et ne pas se servir de l’arrière de la maison comme l’un des côtés. »
Sans mesures coercitives, les comportements ne changent pas. Comme pour le port du casque à vélo. « Sans une loi, le taux de port du casque restera à 40%. En Australie, le taux est de plus de 80%. Ça prend une loi couplée à une campagne de promotion. »
L’INSPQ se préoccupe aussi de la sécur ité des piétons . « Aujourd’hui, on veut encourager les enfants à aller à l’école à pied pour contrer d’autres phénomènes comme l’obésité, et on est tout à fait d’accord avec ça. » Encore faut-il que ces déplacements se fassent en toute sécurité. « Il faut avoir des corridors scolaires sécuritaires. Il faut aussi des mesures d’atténuation du trafic, pour réduire la vitesse, détourner la circulation hors des quartiers résidentiels, et favoriser l’utilisation de transport non motorisé. Il y a beaucoup de travail à faire de ce côté-là. »
Enfin, il faut encore mettre l’accent sur les sièges d’auto pour enfants, dit l’INSPQ. « Au Québec en général, les enfants sont attachés, dit le Dr Maurice. Le problème, c’est qu’ils sont mal attachés. »
Garçons
Une douzaine de jeunes piétons québécois perdent la vie chaque année et 180 autres sont hospitalisés. Pendant la même année, huit cyclistes sont tués, presque tous des garçons.
Plus aventureux et moins prudents, les garçons sont d’ailleurs plus souvent victimes de traumatismes. Ils représentent les deux tiers des noyades, sont plus souvent victimes de chutes entre l’âge de 10 et 14 ans, ainsi que de suicides (qualifiés ici de traumatismes intentionnels).
Dans un rapport mondial sur les traumatismes chez les enfants, l’Organisation mondiale de la santé note également la surreprésentation des garçons victimes des traumatismes. Entre 15 et 17 ans, 86% des victimes par traumatisme dans le monde sont des garçons.

Un drame qui aurait pu être évité
Le 17 j u i l l et 2 0 0 5, Judy Mirandette-Gaudette était en visite chez son oncle, à SaintCôme. Elle se baignait avec sa cousine dans une piscine gonflable. Soudainement, ses cheveux, attachés en queue de cheval, ont été aspirés par le drain latéral.
La jeune fille de 13 ans a été maintenue sous l’eau de longues minutes, jusqu’à ce que son frère réussisse à couper sa queue de cheval avec un couteau. Mais il était trop tard. Judy est morte devant sa famille impuissante et horrifiée.
Quatre ans plus tard, la mère de la victime a reconstruit mille fois dans sa tête la série d’événements qui s’est soldée par ce drame. Et Louise Mirandette est convaincue d’une chose: la mort de sa fille aurait pu être évitée.
Elle est bien d’accord avec les conclusions de l’Institut national de santé publique du Québec, dont l’étude publiée hier démontre que les traumatismes peuvent généralement être évités. Jointe hier dans son domicile de Joliette, Mme Mirandette a énuméré les petites choses qui, selon elle, auraient pu sauver sa Judy.
D’abord, la piscine gonflable. Le drain qui a aspiré les cheveux de la victime n’était pas protégé par une grille. Ensuite, les propriétaires de la piscine ne connaissaient pas les manoeuvres de réanimation. « Je ne leur en ai jamais voulu, mais le gouvernement devrait obliger les propriétaires à suivre des cours de secourisme. »
Et finalement, l’ambulance a tardé à venir. Si les premiers répondants sont arrivés rapidement, l’ambulance a mis une vingtaine de minutes avant de parvenir à destination.
Louise Mirandet te mi l ite pour uniformiser les règlements municipaux sur les piscines résidentielles: elle souhaite que le gouvernement oblige tous les propriétaires du Québec à clôturer leurs piscines.
En 2006, elle a remis une pétition de 6000 noms à l’Assemblée nationale pour resserrer la réglementation. Depuis, elle écrit fréquemment à la ministre des Affaires municipales, Nathalie Normandeau.
« En trois ans, il me semble que le gouvernement aurait dû en faire plus », a-t-elle déploré. Québec a adopté un projet de loi sur les piscines à l’automne 2007, mais aucun règlement n’est encore appliqué.
À 4 0 0 km de Jol ie t t e, à Chicoutimi, une autre mère a réagi aux conclusions de l’étude de l’Institut national de santé publique du Québec. Mais Lucie Plante a toutefois un avis différent.
Son fils de 17 ans, PierreÉtienne, est mort en mars 2003 alors qu’il skiait à la station Mont-Bélu, à La Baie. Il a perdu l’équilibre et percuté un arbre en bordure de la piste.
Selon Lucie Plante, il aurait été impossible de prévenir le drame. Pierre-Étienne ne portait pas de casque, certes, mais le choc a été porté à son visage.
« Je pense qu’il y a des fatalités qu’on ne peut empêcher, a-telle dit. Avoir des enfants, c’est accepter que des accidents peuvent arriver, aussi malheureux soient-ils. »


Je suis paranoïaque -  PATRICK LAGACÉ
Je vois partout les dangers qui guettent un enfant de trois ans et demi. Les dangers réels et appréhendés.
Depuis la naissance de mon fils, j’ai changé à deux égards. Primo, je dors beaucoup moins. Deuzio, paranoïaque.
Totalement, complètement, intégralement parano. Je vois partout les dangers qui guettent un enfant de trois ans et demi. Les dangers réels et appréhendés.
J’ai peur que le petit s’électrocute, s’étouffe, se mutile, se noie, se fasse heurter par un cycliste ou une auto, tombe d’une échelle ou d’un balcon, s’empoisonne ou qu’un pitbull le prenne pour un T-bone.
Vous allez penser que cette paranoïa me transforme en véritable arbitre à la maison. Pourtant, non. J’ai assimilé les gestes qui font de moi un exemple pour
j e suis devenu Jeannot Prudent, à la perfection. Une seconde nature, ou presque.
Le manche de la casserole pleine d’eau boui l lante ne dépasse jamais dans le vide. Il est toujours pointé vers l’horloge de la cuisinière. Pas de risque qu’il s’ébouillante en l’agrippant.
Les cordes qui servent à activer les stores ont toutes été coupées pour en faire deux fils pendants, parallèles et inoffensifs. Pas de risque de pendaison accidentelle.
La porte qui garde la cour fermée est dotée du plus gros cadenas que j’ai pu trouver chez Rona. Pas de risque qu’un salopard, de la ruelle, lui demande de venir l’aider à trouver son chien.
Je lui fais même des spectacles pro-sécurité. C’est con, je sais. Mais le procédé est le suivant : quand Zak fait un geste qui peut, potentiellement, devenir dangereux, je pique une sainte colère. Une colère qui est fausse d’un bout à l’autre, répétée dans le miroir et dans la douche. Je veux qu’il en soit marqué, frappé, subjugué.
Tiens, la première fois qu’il a mis le pied dans la rue sans ma permission, je l’ai chicané après l’avoir agrippé par le bras. Fort. C’était, de ma part, complètement prémédité. Peut-être que Zak a été traumatisé. Peut-être ai-je fait un fou de moi auprès du voisinage.
Mais la leçon est assimilée. Le petit ne met plus le pied dans la rue.
Comme je vous disais, je suis un paranoïaque.
Je suis paranoïaque et je m’assume. Pour l’instant, Zak est un enfant. Ma paranoïa constitue l’enclos virtuel dans lequel il évolue. Quand il sera ado, il se rebiffera, il sera influencé par d’autres ados qui n’auront pas eu la chance d’avoir des pères sécuritaires comme je le suis et fatalement, ils tenteront de l’entraîner dans des jeux dangereux.
Comme le skateboard, tiens. Ou le vélo sans casque.
Le premier fait divers que j’ai couvert, c’était dans le millénaire précédent, impliquait une mort d’enfant. Accident de voiture, en Ontario.
Eh oui ! une affaire de siège d’auto. La petite fille était assise dans un pick-up, entre sa mère et sa soeur. Sans siège d’auto, en fait. Elle a été éjectée après un impact et n’a pas bénéficié du miracle qui a sauvé la vie de Pénélope McQuade.
Je n’ai jamais oublié cette affaire.
Étant vraiment parano, j’ai donc acheté le siège d’auto le plus cher de tout le rayon.
Étant vraiment parano, j’étais déçu de constater que la fonction ÉJECTION des sièges de pilote de F18 n’existe pas sur les sièges de bébé.
Étant vraiment , vraiment parano, je ne laisse pas Mme Lagacé attacher le siège dans son auto. L’autre jour, une question de logistique a imposé l’évidence: elle a dû l’installer seule, sans mon aide.
Évidemment, à la première occasion, je suis allé vérifier dans sa Jetta si le siège était solidement ancré.
Il l’était. J’ai profusément félicité la mère de Zak.
J’ai reçu un drôle de regard de sa part. Elle m’a regardé comme on regarde une grenouille hors de son élément naturel.
En voyant ce regard, j’ai pensé : je devrais vraiment me faire soigner.
Mais si je me fais soigner, le psychiatre va me donner des pilules, non? Faudra laisser lesdites pilules dans la pharmacie…
Peut-être que le petit pourrait alors les bouffer, par inadvertance. Et faire une surdose. Même en mourir. Ça se peut. Ça arrive. J’en suis sûr.
Oubliez ça. Je ne me ferai pas soigner. Je préfère être parano. C’est mieux pour la santé de mon enfant.


Un peu de jugement -  NATHALIE COLLARD
Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, songe à déposer un projet de loi visant à interdire aux conducteurs de fumer dans leur voiture en présence de mineurs.
La concentration de fumée dans une auto, soutient une étude, serait 27 fois plus élevée qu’à l’intérieur des murs d’une maison.
Une loi semblable est déjà en vigueur dans plusieurs provinces canadiennes, dont l’Ontario et la Colombie-Britannique, ainsi que dans certains États américains.
À l’origine, on le comprend bien, il y a la volonté de protéger les enfants de la fumée secondaire et, dans une certaine mesure, du manque de jugement des adultes.
Car il f aut s é r i e u s ement manquer de jugement pour fumer dans un si petit espace en présence d’enfants.
La plupart des fumeurs, même les plus invétérés, s’abstiennent généralement d’en griller une lorsqu’il y a des jeunes dans l’auto.
Faut-il adopter une loi pour ceux et celles qui n’ont pas encore compris?
Les militants du Parti libéral estiment que oui. Réunis en conseil général le week-end dernier, ils ont voté une résolution en ce sens.
Cette résolution est malheureusement l’exemple type d’une bonne intention qui va trop loin. Car en voulant protéger la santé des enfants et leur droit à respirer un air non pollué, on s’immisce trop loin dans la vie privée des gens.
Le prédécesseur du ministre Bolduc, Philippe Couillard, l’avait d’ailleurs compris. Il a refusé d’adopter une loi en ce sens.
Il n’avait pas tort. Avant de sévir, utilisons des moyens moins coercitifs. Une bonne campagne de prévention en convaincrait sans doute plusieurs. On peut également penser à une campagne de sensibilisation auprès des parents dans les pouponnières, les centres de la petite enfance et les écoles.
Quand l’État entre dans la voiture des individus et réglemente un comportement qui n’a rien à voir avec la conduite automobile et la sécurité routière, c’est un peu comme s’il mettait le bout du gros orteil dans la maison. Car la fumée de cigarette n’est pas la seule pratique adulte nocive. La consommation d’alcool peut l’être également. Une fête trop arroséequi se terminemal peut aussi avoir des conséquences néfastes pour les enfants. Faudrait-il interdire aux adultes de consommer de l’alcool en leur présence? Poussons cette idée un peu plus loin et prenons l’exemple de la malbouffe, par exemple. Peut-on imaginer un jour qu’une police de l’alimentation viendra fouiller dans notre garde-manger pour vérifier s’il n’y a pas d’aliments qui contiennent des gras trans? Une police de la bonne forme physique nous surveillera-t-elle pour s’assurer que nos enfants bougent au moins 30 minutes par jour (sous peine d’une contravention salée)? Où faut-il tracer la frontière de l’intervention de l’État dans la vie des citoyens ordinaires pour protéger la santé et le bien-être de leurs enfants? Utilisons le gros bon sens avant d’adopter une loi qui grugerait un peu plus les libertés individuelles.






La fin des blockbusters -
DANIEL DUBRÛLE
Se pourrait-il que l’âge d’or des grandes sociétés pharmaceutiques soit terminé ?
  Les sociétés pharmaceutiques ne peuvent conserver l’exclusivité sur les molécules et les produits qu’elles mettent au point dans leurs laboratoires.
C’est une question qui mérite d’être posée, avec l’échéance imminente de plusieurs brevets d’importance pour les entreprises installées au Québec, et qui profitaient de l’exclusivité de la vente des médicaments développés dans leur laboratoire.
Depuis maintenant deux ans, le milieu de la recherche pharmaceutique, et surtout les entreprises qui commercialisent les médicaments, a perdu l’exclusivité de plusieurs de leurs produits phares.
L’industrie du médicament générique a alors récupéré plusieurs de ces produits en les offrant à moindre coût aux patients. L’année 2010 était vue comme le seuil critique par l’industrie. Placées devant ce défi, les sociétés pharmaceutiques « innovantes », dotées d’imposants budgets de recherche et développement, doivent modifier leur approche.
« Contrairement à l’ancien modèle, on ne peut pas bâtir notre avenir avec les ventes de nos blockbusters (les produits les plus populaires) », explique Stan Glezer, directeur principal des stratégies médicales et opérations chez Sanofi-Aventis Canada.
Chez cette société, comme ailleurs, on a modifié, dit-on, l’approche pour se centrer sur les besoins spécifiques des gens. « Ce qui est important pour nous, dit M. Glezer, n’est plus de regarder le nombre de produits disponibles dans notre inventaire traditionnel, mais bien comment on peut toucher le patient directement avec nos produits. Jusqu’à quel point on peut aller dans le traitement global pour une seule et même personne. »
Préserver l’exclusivité
Par la loi (voir encadré), les sociétés pharmaceutiques ne peuvent conserver l’exclusivité sur les molécules et les produits qu’elles mettent au point dans leurs laboratoires.
Lorsqu’il s’agit d’un médicament si mple, l a molécule développée tombe dans le domaine public une quinzaine d’années après son élaboration, et les entreprises de médicaments génériques peuvent amorcer la distribution.
Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’éléments plus complexes, plusieurs éléments de la recherche demeurent la propriété intellectuelle de la société qui l’a mise au point. C’est le cas du lovenox, mis au point par Sanofi-Aventis et utilisé pour prévenir les thromboses.
Pour obtenir le droit de distribuer un produit de ce genre (biosimilaire), le fabricant de médicaments génériques devra alors lui aussi mettre en place des études cliniques qui seront soumises aux organismes de réglementation comme Santé Canada.
L’ère des blockbusters terminée, il semble normal que des médicaments plus spécialisés et, ce faisant, plus complexes soient mis au point. Cela prolonge en quelque sorte l’exclusivité des grandes sociétés pharmaceutiques sur les produits qu’elles développent, puisque les fabricants de médicaments génériques n’auront pas accès à l’ensemble de la documentation clinique à l’échéance des brevets.
Solutions personnalisées
C’est en offrant des solutions personnalisées que les grandes sociétés pharmaceutiques entendent passer au travers de cette « crise des brevets ».
Chez Sonafi-Aventis Canada, on vise une offre intégrée s’adressant directement aux patients-consommateurs.
« On cherche à offrir plus que le produit pharmaceutique, dit Stan Glezer. Nous visons plutôt un service complet. Notamment avec des appareils de diagnostics personnels pour le traitement du diabète, qui ne font pas que calculer le taux de sucre, mais qui suggèrent le bon dosage pour les prochaines injections d’insuline. »
Des entreprises qui ne se contentent plus de produire des médicaments, mais qui offrent aussi des outils de gestion aux utilisateurs.
Autre changement de moeurs, les sociétés continuent de distribuer certains de leurs produits même une fois qu’ils sont rendus dans le domaine public, afin de tabler sur le prestige de la marque. « Par le passé, on a abandonné des produits dont le brevet était expiré, mais nous ne le faisons plus », a rappelé Stan Glezer.
L’avenir de l’industrie passerait vraisemblablement par une personnalisation accrue des traitements, par une interaction avec les patientsconsommateurs. Une pharmacologie 2.0, en quelque sorte.


Désengagement désastreux  -  Francis Beaudry
OPINION Le gouvernement et la Caisse de dépôt doivent secourir l’industrie biopharmaceutique et la recherche biomédicale en péril
La situation de la recherche biomédicale et des compagnies biopharmaceutiques est préoccupante au Québec. Jadis un fleuron québécois, beaucoup d’entreprises ont fermé leurs portes par manque de financement, ce qui engendre des conséquences importantes sur la recherche biomédicale universitaire, car leur avenir est intimement lié.
Le désengagement du gouvernement, de ses instances financières, et en particulier de la Caisse de dépôt et placement, a eu des conséquences désastreuses sur cette industrie. Le déclin a commencé bien avant la crise actuelle et ne peut servir d’excuse, mais ce désengagement, combiné à la faiblesse des marchés, empire une situation déjà périlleuse.
La première conséquence néfaste touche l’avenir de nos jeunes scientifiques spécialisé en recherche biomédicale, car le développement de nouvelles thérapies interpelle des expertises multidisciplinaires (médecine, médecine vétérinaire, pharmacie, pharmacologie, etc.). Nos jeunes en formation au niveau du baccalauréat, de la maîtrise et du doctorat peinent à voir leur avenir au Québec dans cette industrie. Plusieurs choisiront de s’expatrier, en particulier les étudiants chercheurs. Pour l’avenir de notre société, c’est désastreux, et pour eux c’est un choix déchirant, mais aussi une question de survie. Plusieurs veulent entreprendre ou poursuivre leur carrière dans un milieu favorable au développement scientifique et technologique.
Or, les conditions pour développer des compagnies biopharmaceutiques durables ne sont pas réunies. Le développement d’un médicament demande de huit à 12 années de recherche et des investissements variant de 120 à 500 millions de dollars.
La grande majorité des compagnies qui ont commencé leurs activités au milieu des années 90 et au début des années 2000 étaient principalement financées par Investissement Québec, la Caisse de dépôt et la FTQ. Le niveau d’investissement variait de 10 à 15 millions, ce qui peut sembler des montants importants, mais c’est peu considérant les montants réels impliqués dans le développement d’un médicament pour le marché.
Les biopharmaceutiques québécoises sont partiellement responsables de leur sort. Afin de pallier ce sous-financement chronique, des résultats préliminaires se sont transformés en objet de marketing pour mousser la valeur de la compagnie à la bourse. Les gestionnaires de ces compagnies ont réalisé rapidement qu’ils pouvaient s’abreuver rapidement sur ce marché spéculatif auprès d’investisseurs néophytes. Alors, ils ont poussé plusieurs médicaments vers des études cliniques de phase 1 et 2 très coûteuses. Malgré un gain initial sur le marché spéculatif, les résultats se sont souvent avérés négatifs, mettant ces compagnies dans une situation très précaire.
Le Québec n’a pas les moyens de perdre l’expertise de ses scientifiques formés dans nos institutions publiques. Il faut créer une meilleure synergie entre nos institutions de recherche et nos compagnies biopharmaceutiques. Il faut créer des conditions de financement favorable, stable et réaliste.
La Caisse de dépôt et placement peut jouer un rôle central dans ce type de financement. Il est certes risqué; la recherche, c’est risqué. Mais le retour sur l’investissement est potentiellement énorme, et pas seulement du point vue financier. Le gouvernement, à l’image des conditions offertes aux compagnies de conception de jeu vidéo, pourrait offrir des conditions fiscales et de prêt très avantageuses.
Cet engagement ne peut se faire seulement à l’industrie privée. Ce plan d’investissement doit inclure le financement des activités de recherche en milieu universitaire. La recherche fondamentale sous-jacente à plusieurs découvertes en recherche biomédicale est centrale au succès de nos compagnies biopharmaceutiques. De plus, si nous voulons former du personnel hautement qualifié, il faut leur permettre de travailler dans un environnement adéquat incluant des équipements de pointe.
La rémunération moyenne des étudiants aux cycles supérieurs est déficiente au Québec et décourage les jeunes intéressés en recherche.
Le gouvernement doit réinvestir dans nos universités et pas seulement dans le ciment et la brique. Il faut développer une vision, mais agir rapidement. Actuellement, plus de 75% des compagnies biopharmaceutiques de la région de Montréal sont en mode survie. Il n’est pas trop tard pour sauver cette industrie, qui a déjà été une des plus belles réussites de

LA CRISE FRAPPE LES PHARMACEUTIQUES  -  Pascale Breton
Longtemps un fleuron du Québec, l’industrie pharmaceutique vit des moments difficiles, aggravés par la crise économique. Au point où plusieurs petites entreprises de biotechnologies, véritable pipeline des grandes pharmaceutiques, sont en danger.
Un sondage mené par BIOQuébec révélait que 70% des entreprises de biotechnologies n’avaient pas de capitaux disponibles pour survivre plus d’un an.
Jusqu’à tout récemment, le Québec – et Montréal en particulier – était le centre le plus important au Canada dans le domaine de la recherche sur les médicaments innovateurs. Un titre que la province risque de perdre, craignent certains. « La compétition est féroce partout dans le monde et ailleurs au Canada, notamment en Ontario et en Colombie-Britannique. Montréal court le risque de se faire rattraper si on ne prend pas les bonnes décisions », analyse Michel Bouvier, professeur de biochimie à l’Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie (IRIC).
L’industrie pharmaceutique est très présente au Québec. On recense pas moins de 145 entreprises, allant des grandes compagnies pharmaceutiques aux petites entreprises de biotechnologies, ce qui crée environ 20 900 emplois.
Mais il s’agit d’un domaine risqué. Pour un seul médicament qui se retrouve sur les tablettes des pharmacies, des centaines d’essais s’avèrent infructueux. D’autres ne se rendent jamais jusqu’à la mise en marché parce que la molécule s’avère moins efficace que prévu ou parce que les effets toxicologiques sont trop importants.
Il faut compter en moyenne 14 ans entre la découverte d’une molécule et le moment où le produit est commercialisé. Le coût de la mise au point d’un seul médicament : environ 800 millions US.
« Il est très difficile de créer de nouveaux médicaments. Les plus faciles à découvrir – même s’il n’y a rien de facile dans ce domaine – ont été découverts. C’est de plus en plus difficile d’arriver avec de nouvelles molécules, surtout pour les maladies qui ne sont pas encore traitées ou pour lesquelles on n’a pas encore le bon médicament », ajoute M. Bouvier, qui est aussi directeur du Groupe universitaire de recherche sur le médicament (GRUM) à l’Université de Montréal.
L’industrie pharmaceutique est en pleine mutation. De nombreux brevets arrivent à échéance, ce qui représente des pertes de milliards de dollars pour les grandes compagnies pharmaceutiques. Les médicaments innovateurs devront en effet partager le marché avec des médicaments génériques, donc moins coûteux.
Relais
De plus en plus, les grands du secteur pharmaceutique délaissent la recherche à un stade précoce. Ce sont les entreprises de biotechnologies qui prennent le relais. Une découverte importante en recherche fondamentale mène souvent le chercheur à créer une entreprise ou un entrepreneur à en acquérir les droits, ce qui donne naissance à une compagnie de biotechnologies.
Cette entreprise se chargera de faire progresser la découverte jusqu’aux essais précliniques sur les animaux, puis de la validation du concept et des premières études cliniques sur les humains. Le Québec compte une soixantaine d’entreprises biotechnologiques dans le domaine de la santé, qui comptent de 15 à 20 employés en moyenne.
Dans bien des cas, lorsque le produit est arrivé aux phases II ou III des essais cliniques, les grandes entreprises pharmaceutiques rachètent la compagnie ou acquièrent des droits sur les licences.
« Les industries pharmaceutiques utilisent les biotechnologies comme leur pipeline. Elles les achètent à un stade beaucoup plus avancé, ce qui leur coûte beaucoup plus cher, mais elles savent exactement ce qu’elles acquièrent », explique Élie Farah, vice-président, investissements Grand Montréal, chez Montréal International.
Mais voilà, la crise économique rend les choses difficiles pour les petites entreprises. Elles ont dumal à trouver le financement nécessaire pour poursuivre leurs recherches.
Un sondagemené à la fin de 2008 par BIOQuébec révélait que 70% des entreprises de biotechnologies n’avaient pas de capitaux disponibles pour survivre plus d’un an. Le tiers pouvait tenir six mois et le quart d’entre elles, à peine trois mois.
Quelques mois plus tard, qu’en est-il? La prochaine enquête sera menée en juillet. « On n’aura pas beaucoup de compagnies qui vont avoir fermé, mais beaucoup se seront mises en état d’hibernation. Elles vont avoir congédié des employés pour en garder le strict minimum de façon à assurer un minimum de développement et à chercher du financement », croit Frank Béraud, directeur aux politiques et développement stratégique de BIOQuébec.
Les entreprises de biotechnologies appellent à l’aide. Des mesures ont été prévues dans le dernier budget du gouvernement provincial, mais il s’agit de mesures à moyen terme.
« Il faut mettre en place des mesures d’aide temporaires pour aider les entreprises existantes à passer à travers la crise », presse M. Béraud.
Le danger de perdre le savoir-faire ou des propriétés intellectuelles est réel. « L’effritement de la petite entreprise de biotechnologies entraîne l’assèchement du puits dans lequel la grande compagnie pharmaceutique s’abreuve », note la directrice générale de Montréal InVivo, Michelle Savoie. Cet organisme travaille justement à l’arrimage entre les compagnies de biotechnologies et les grandes entreprises pharmaceutiques.
Plusieurs pressent le gouvernement d’intervenir, mais la crise n’aura pas que du négatif, croit pour sa part le directeur de la santé et des biotechnologies au ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation, Roger Marchand.

« La crise économique permet également de faire disparaître ou de restructurer les entreprises de biotechnologies qui sont les plus faibles et de renforcer les autres », croit-il.

Une entreprise spécialisée dans la recherche sur les maladies rares
Sur les murs du hall d’entrée d’Enobia Pharma, à Montréal, des photos de la petite Amy Tinsley sont accrochées comme un signe de victoire.
La petite fille n’était pas encore née qu’elle était déjà condamnée. Elle est atteinte d’hypophosphatasie , une maladie rare qui touche une personne sur 100 000 et pour laquel le i l n’existe encore aucun médicament. Un dérèglement dans le corps rend les os mous. Adultes comme en f a nt s peuvent en ê t r e atteints. Généralement, les bébés meurent dans leurs premiers mois de vie.
Mais la petite Amy a pu fêter son premier anniversaire. Elle a été soignée pendant six mois à Winnipeg, grâce à une technique mise au point par Enobia Pharma, à Montréal. Depuis quelques semaines, elle est de retour chez elle, en Irlande. Elle peut désormais se mouvoir et manger seule. Elle n’a plus besoin de respirateur artificiel.
Fondée en 1997, l’entreprise se spécialise dans la recherche sur les maladies rares. « La technologie consiste en l’ajout de quelque chose sur la protéine manquante afin qu’elle se rende spéci f iquement à l’os », explique Pierre Léonard, vice-président, développement des nouveaux médicaments et gestion de projets.
La compagnie en est rendue à la phase II des essais cliniques. Les succès remportés auprès de bébé Amy sont encourageants. Quatre autres bébés comme el le sont en traitement.
« Les bébés meurent habituellement dans la première année de vie. Nous voulions tester le médicament dans cette population, car ce sont eux qui en ont vraiment besoin. Mais pour une compagnie, il faut évaluer le risque. Certains peuvent dire que les bébés sont tellement malades qu’ils n’ont pas de chance de guérir. Finalement, nous avons décidé d’aller dans la situation la plus difficile », précise M. Léonard.
La crise économique se fait sentir, mais heureusement, Enobia Pharma avait levé des fonds de 40,1 millions en août 2007. « On aura épuisé ce financement au cours de l’été, mais il nous a permis de passer à travers la crise économique. Par contre, l’argent était conditionnel à l’atteinte de certains objectifs », souligne pour sa part Luc Cournoyer, vice-président , f i nance et administration.
Les objectifs ont été atteints. L’entreprise espère maintenant se rendre encore plus loin dans le long processus vers la mise en marché d’un médicament.

RECHERCHE Un modèle en pleine mutation  -  Pascale Breton

« Il faut trouver de nouvelles avenues. Les gens sont un peu surpris que les industriels travaillent ensemble pour financer des projets. Il y a quelques années, ça n’aurait pas été possible », indique le président-directeur général du CQDM, Max Fehlmann.
La recherche pha rmaceut ique est en pleine mutation au Québec. Un écart important sépare le stade précoce de la recherche fondamentale et ce qui intéresse les entreprises pharmaceutiques, soit le stade avancé du médicament près de sa commercialisation.
« Il faut arriver à faire un mei l leur ar rimage entre les deux », croit Michel Bouvier, professeur à l’ Université de Montréal et chercheur à l’Institut de recherche en immunologie et cancérologie ( IRIC).
C’est dans ce contexte que le Consortium québécois sur l a découver t e du médic ament ( CQDM) a vu le jour. L’organisme regroupe à la fois des représentants des grandes compagnies pharmaceutiques et des entreprises de biotechnologies. Ensemble, ils viennent de financer quatre projets de recherche multidisciplinaires qui réunissent à la fois des chercheurs des laboratoires des hôpitaux ou des universités et des représentants de l’industrie pharmaceutique. possible », indique d’ailleurs le président-directeur général du CQDM, Max Fehlmann.
Démarchages
D’autres organisations tentent aussi de mettre en contact les gens de l’industrie pharmaceutique. « Il faut faire beaucoup Savoie, directrice générale de Montréal InVivo.
Mais un problème demeure. Les petites entreprises de biotechnologies, pourtant essentielles au processus, cherchent du financement. « Au Québec, depuis deux ans, il n’y a eu à peu près aucun investissement
« Il faut trouver de nouvelles avenues. Les gens sont un peu surpris que les industriels travaillent ensemble pour financer des projets. Il y a quelques années, ça n’aurait pas été de démarchage auprès des centres académiques. C’est le rôle des grappes in vivo de permettre ce maillage entre les chercheurs académiques et les gens de l’industrie », explique Michelle pour le démarrage », soutient Maxime Ranger, chef d’exploitation et cofondateur de GInova Pharma.
Son entreprise de biotechnologies fondée en 2008 se spécialise dans la mise au point de nouveaux médicaments gastrointestinaux. GInova Pharma compte trois produits qui sont à l’étape des tests précliniques sur les animaux. Elle espère les mener jusqu’à la phase II des essais cliniques. Un processus coûteux puisque la compagnie doit actuellement amasser 20 millions.
À ce jour, peu d’entreprises de biotechnologies québécoises ont franchi avec succès l’étape des essais cliniques des phases II ou I I I. L’exemple récent est celui de Tératechnologie, qui a signé une entente avec EMD Serono pour commercial iser son produit aux États-Unis. La tésamorél ine permet de traiter la lipodystrophie, une condition qui affecte les gens atteints de VIH.






Vers un retour à la normale  -  Pascale Breton
GRIPPE A (H1N1)
Au terme de la vaste campagne de vaccination contre la grippe A ( H1N1) qui se termine aujourd’hui, plus de 55% des Québécois ont été vaccinés.
Les responsables de la santé publique auraient aimé atteindre un taux de 60%, voire davantage, mais se montrent satisfaits.
« Idéalement, ce serait le plus haut possible. Avoir 60%, ce serait très, très bien, et plus c’est haut, mieux c’est. Il va encore y avoir de la vaccination pendant les Fêtes et après, alors on peut encore garder espoir d’atteindre 60%, surtout pour nous protéger en vue d’une troisième vague », a souligné le ministre de la Santé, Yves Bolduc, hier.
Même si les grands centres de vaccination ferment leurs portes aujourd’hui, il sera toujours possible d’obtenir le vaccin pendant la période des Fêtes et même en janvier dans chacun des centres de santé et de services sociaux de la province.
Le taux de vaccination des enfants âgés de 6 mois à 5 ans, qui frôle 80%, est l’un des meilleurs. En revanche, les adultes de 20 à 44 ans sont ceux qui semblent le plus réticents à se faire vacciner, avec un taux de couverture de 40%.
Avec les vacances qui arrivent, la vaccination des écoliers est pratiquement terminée.
Hier, 3420 des 3428 écoles avaient terminé leur campagne. Les jeunes de 5 à 12 ans se sont fait vacciner dans une proportion de 71% tandis que les adolescents ont franchi la barre des 50%.
Depuis le début de la deuxième vague, le 30 août dernier, la grippe A (H1N1) a entraîné 2469 hospitalisations au Québec, dont 354 aux soins intensifs, et 78 décès. Le dernier en date a d’ailleurs été enregistré hier, dans la région de la Capitale-Nationale.
Dans 20% des cas de décès, les patients étaient normalement en bonne santé, a révélé le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
La campagne de vaccination contre la grippe saisonnière commencera par ailleurs dès le 11 janvier. Le vaccin est gratuit pour les personnes à risque, c’est-à-dire les personnes âgées, les malades chroniques et les tout-petits âgés de 6 à 23 mois.



Le pire reste à venir, prévient Ottawa  -  Malorie Beauchemin
OTTAWA — La propagation de la grippe A (H1N1) fait de plus en plus de dommages, mais le pire reste à venir, a prévenu Ottawa.
Ottawa a maintenu qu’il sera possible de vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent avant la période des fêtes de Noël.
« Nous nous attendons à voir davantage de malades, et davantage de décès dans les prochaines semaines, à mesure que progresse la deuxième vague de la pandémie, a estimé hier l’administrateur en chef de la santé publique, le Dr David Butler-Jones, lors de la mise au point hebdomadaire du gouvernement fédéral. Il faut s’y préparer. Et c’est pourquoi la prévention demeure notre meilleur atout. »
De plus en plus de régions au pays sont touchées par le virus, a soutenu Ottawa.
«Nous assistons à une intensification de l’activité grippale, a ajouté le Dr Butler-Jones. Le nombre d’hospitalisations, de recours aux soins intensifs et de décès a été cette semaine environ trois fois plus élevé que la semaine dernière.»
En date d’aujourd’hui , 6 573 900 doses auront été distribuées aux provinces et territoires par le fédéral. Près de 2 millions de plus seront envoyés la semaine prochaine, a répété la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.
La responsabilité des provinces
Quant aux femmes enceintes, elles peuvent dorénavant recevoir le vaccin sans adjuvant, disponible dès maintenant, a annoncé Ottawa. Mais le gouvernement conservateur a dû, de nouveau, défendre sa gestion de la pandémie, alors que le quotidien Globe and Mail a rapporté hier que plus de la moitié des doses envoyées aux provinces et territoires étaient actuellement entreposées plutôt que d’être administrées à la population.
Le premier ministre Stephen Harper n’a pas hésité à rejeter la responsabilité sur les gouvernements provinciaux et territoriaux, qui sont en charge des campagnes de vaccination.
« L’approvisionnement du vaccin est maintenant beaucoup plus rapide que la capacité des provinces à le livrer (à la population)», a-t-il répliqué, en Chambre, face aux attaques de ses adversaires.
Ottawa a maintenu qu’il sera possible de vacciner tous les Canadiens qui le souhaitent avant la période des fêtes de Noël.
Pour le Parti libéral et le NPD, il est toutefois inconcevable que le fédéral ne participe pas davantage aux campagnes de vaccination, étant donné la confusion, les files d’attente et les pénuries temporaires constatées dans certains coins du pays.
«Nous savons que le pic de l’épidémie va venir à la fin du mois de novembre, pas à Noël. Il ne faut pas attendre jusqu’à Noël pour accomplir cette tâche importante », a souligné le député libéral Bob Rae, sommant le gouvernement d’intervenir, même si la santé demeure de compétence provinciale.
«Ce qui est vraiment important, c’est que le gouvernement fédéral s’assure qu’il y a un système de distribution qui fait en sorte que les vaccins sont administrés à la population, a souligné pour sa part le chef du NPD, Jack Layton. Les municipalités, les autorités de la santé et les provinces n’ont pas les ressources pour ouvrir suffisamment de cliniques, ce qui serait la meilleure solution.»
Alors que le gouvernement se targue depuis des jours d’avoir distribué davantage de doses par habitant que partout dans le monde, les libéraux ont démontré hier que l’Australie était largement en avance sur le Canada.
Selon les chiffres du ministère australien de la Santé, 5,5 millions de doses avaient été distribuées dans le pays en date du 30 septembre, pour une population totale de 22 millions. La vaste campagne de vaccination au Canada n’a commencé que le 26 octobre.
Les autorités de la santé ont réitéré, hier, l’importance de respecter les listes de priorité, établies par le fédéral et les provinces, alors qu’on a appris, dans les derniers jours, que les joueurs de deux équipes de la Ligue nationale de hockey, les Flames de Calgary et les Maple Leafs de Toronto, ont été immunisés avant certains groupes jugés prioritaires.
«On aime notre hockey, mais les joueurs ne sont pas considérés comme des groupes plus à risque, sauf s’ils ont des problèmes de diabète ou d’autres conditions médicales particulières, a souligné le Dr ButlerJones. Ça démontre de l’intérêt pour le vaccin. Mais s’il vous plaît, attendez votre tour. Il y aura des vaccins disponibles pour tout le monde.»

L’ABC DE LA GRIPPE  -  Mathieu Perrault



GRIPPE SAISONNIÈRE Des experts recommandent le vaccin dès que possible
TORONTO — I l n’est pas nécessaire de retarder l’administration du vaccin contre la grippe saisonnière sous prétexte qu’il pourrait augmenter le risque de contracter la grippe porcine.
Cette recommandation a été émise hier par le Comité consultatif national de l’immunisation (CCNI), un groupe d’experts canadiens en immunisation.
Le CCNI suggère aussi que les provinces et territoires offrent cette immunisation contre la grippe saisonnière dès que possible.
Il n’avait pas critiqué la décision prise par la plupart des provinces et territoires de ne pas l’offrir avant le début de l’année prochaine. Cette décision était en partie basée sur des études canadiennes non publiées selon lesquelles les personnes ayant déjà reçu l’immunisation contre la grippe saisonnière risqueraient davantage de contracter la grippe porcine.
Mais le CCNI soutient que même si les conclusions de ces études se vérifiaient, les risques auxquels une personne s’expose en n’étant pas vaccinée contre la grippe saisonnière sont plus importants que ceux évoqués dans les études.
Le comité presse les provinces et les territoires de lancer leur campagne de vaccination contre la grippe saisonnière dès que possible. Il est même favorable à l’idée d’administrer les deux vaccins au même moment, si la chose est possible.
La présidente du CCNI, la Dre Joanne Langley, a expliqué que le vaccin contre la grippe saisonnière peut être administré avant celui contre la grippe A(H1N1), après ou simultanément.
La Nouvelle-Écosse, qui avait prévu de reporter la vaccination contre la grippe saisonnière, sauf pour les aînés, a changé d’idée et offre maintenant les deux immunisations aux personnes qui en font la demande, a cité en exemple la Dre Langley.
Au moins deux membres du CCNI figurent parmi les auteurs des études non publiées à l’origine des inquiétudes concernant la double vaccination.
Mais Mme Langley n’a pas voulu préciser si les Dres Danuta Skowronski , du Centre d’épidémiologie de la Colombie-Britannique, et Natasha Crowcroft, de l’Agence ontarienne de protection et de promotion de la santé, avaient participé au vote pour la recommandation d’hier.


En attendant le vaccin  -  Stéphane Laporte
Je ne suis pas un bébé. Je ne suis pas une personne âgée. Je ne suis pas une personne malade. Je ne suis pas un travailleur de la santé. Je ne suis pas une femme enceinte, non plus. Bref, je ne fa is partie d’aucun des groupes qui doivent recevoir de façon prioritaire le vaccin contre la grippe A ( H1N1).
Si j a ma i s il reste des doses, je devrais donc pouvoir me faire piquer avant la fin de la construction du nouveau CHUM. En attendant, qu’est-ce que je fais ? J’arrête de respirer ? Je rentre chez les moines trappistes ? Je m’habille en homme-grenouille ? La deuxième vague sévit, comment fa i re pour surfer dessus ?
À défaut de me donner le vaccin, le gouvernement m’off r e une brochu r e. Ça s ’ i nt i t u l e Grippe A ( H1N1) – Ce que vous devez savoir, ce que vous devez faire. On y apprend d’abord que c e g uide est très i mportant et qu’il faut le conserver précieusement. On nous explique ce qu’est la grippe : une infection très contagieuse des voies respiratoires. On nous dresse la liste des personnes à risques. Et on rappelle combien il est important de se faire vacciner. J’veux bien...
Photos à l’appui, on nous montre comment se laver les mains en six étapes : mouiller, s avon ner, f r ot t e r , r i ncer, sécher, fermer. Enfin, je sais ! On dit aussi que si on se sent faible, il faut se reposer. Un peu plus, on nous enseignerait comment dormir en trois étapes : s’allonger, se fermer les yeux, et ne penser à rien.
On nous indique que si on est confus, il faut aller aux urgences. Le problème, c’est que lorsque je serai confus, je risque de ne me plus me rappeler ce qui est écrit dans la brochure.
D’ailleurs, je suis peut-être déjà confus car j ’a i relu la phrase suivante 10 fois avant d’en comprendre l e sens : « Si vos symptômes durent plus de sept jours, vous pouvez reprendre vos activités quand votre état général vous le permet. »
Ça veut dire quoi ? Plus vague que ça, tu tousses. Si ça fait sept jours que je suis malade, je peux reprendre mes activités pourvu que j ’aille mieux ? ? ? Bref, si je me sens bien, je peux recommencer à t ravailler. À moins qu’il faille aborder cette directive a contrario. Si ça fait moins de sept jours que mes symptômes durent, il est préférable de ne pas reprendre mes activités, parce que je suis toujours contagieux. Plus ça fait longtemps que tu es malade, plus que tu peux retourner travailler parce que tu n’es plus un danger. Au fond le gouvernement se fout que tu sois malade comme un chien depuis un mois, pourvu que tu ne contamines personne. C’est ça le bien commun.
Je me moque mais j e ne devrais pas. Écrire un guide de 16 pages sur la grippe, faut le faire. Au fond, tout tient en trois phrases...
Lavez-vous les mains, ne touchez pas aux autres, faitesvous vacciner. Si ça ne file pas, restez chez vous. Si ça va plus mal, appelez le docteur. Si vous êtes en train de crever, allez aux urgences. Pas besoin de compliquer ça comme un manuel IKEA.
Aussi vilaine soit-elle, une grippe, ça reste une grippe. Ce n’e s t pas l a pa r a l ysie supranucléaire progressive, la myopathie de Duchenne ou la leucodystrophie. Une grippe, tu fais de la fièvre, t’as mal partout, pis tu ne files pas. Normalement, ça dure une semaine, si tu te soignes, et ça dure sept jours, si tu ne te soignes pas. Normalement quand t’as la grippe, personne ne te plaint. Personne ne te donne de cadeau non plus. Ceux qui vainquent la grippe ne deviennent pas des héros, n’écrivent pas de livre, et ne vont pas à la télé raconter leur combat. La grippe, c’est à peine une maladie, c’est banal, comme les pellicules. Il y a bien eu la grippe espagnole, mais personne ne s’en souvient. Pour la majorité des gens, la grippe espagnole, c’est ce qui explique la voix de Julio Iglesias.
La grippe a toujours été le moindre de nos soucis. Toutes les alertes à la pandémie nous pa r a i s s a i ent pat hétiques . Ben oui, ben oui, la grippe aviaire... Ben oui, ben oui, la grippe porcine... On n’y croyait pas. Tellement que la plupart des Québécois ne souhaitaient pas se faire vacciner.
Ça, c ’é t a it ava nt . Avant lundi. Lundi, jour un de la grande vaccination, un jeune Ontarien en santé est décédé de la grippe A ( H1N1). Tout a viré de bord. La file pour aller voir le film de Michael Jackson a changé d’idée et s’est précipitée vers le centre où on pouvait se faire vacciner. On ne veut pas ressembler à Thriller.
Depuis lundi, c’est l’opér a t i o n p i q u e z - moi . R u e S a i nt-Den i s , de s pushers chuchoteraient : pote, coke, vaccin anti-grippe A ( H1N1), ils feraient fortune. Tout le monde veut sa dose. Un renversement de situation qui prend les autorités de cours. On ne s’attendait pas à une telle ferveur pour le vaccin. Le beaujolais nouveau songe à ajouter de l’adjuvant tellement c’est populaire.
Certaines personnes devront at t endre encore au moins un mois avant de recevoir la potion magique. Que fait-on ? La brochure a beau avoir 16 pages, elle se lit en un quart d’heure. Pour ne pas que les patients cessent de l’être, le gouvernement devrait nous occuper. Distribuer des masques et des gants dans nos boîtes aux lettres. Ou pourquoi pas une bonne soupe maison ? Un petit geste rassurant pour ne pas que l’on cède à la panique. Juste pour sentir que même si on n’est pas bébé, âgé ou enceinte, on est quand même important à leurs yeux.
Bon vaccin tout le monde, profitez-en, c’est sur le bras de l’État. Et sur le vôtre, aussi !


Gare aux faux prophètes  -  Jean Barreau
Magiciens de la recherche, ces opposants à la vaccination détournent l’attention vers des faits invérifiés et souvent invérifiables
Je me lève le matin et je me demande quelle baliverne tombera sur mon bureau ou dans ma boîte courriel au sujet de la vaccination A(H1N1). Puis, je tombe parfois sur un prophète, intellectuel autoproclamé, qui arpente le Québec pour nous délivrer d’une vaste conspiration de savants fous.
Je prends la peine parfois de les écouter, ces intellectuels. Je me dis qu’il faudrait au moins que je prête une petite oreille à un homme qui prétend passer 26 heures par jour et huit jours par semaine à faire des recherches théoriques sur des complots, pour voir ce qu’il en est de ces vantardises.
Je me surprends parfois à perdre du temps sur le site internet de certains de ces prophètes pour aller y chercher les références et la source des accablantes preuves qu’ils détiennent. Et je ne trouve rien! Que des pages blanches qui poudroient, et quelques très édifiants courriels, qui ont le mérite, au moins, de me divertir. Mais, quand même, lorsqu’on prétend avoir ce qu’il faut pour abattre le réseau de santé publique mondiale, on doit faire plus que de parler des diplômes que l’on a commencés sans les finir.
Ces prophètes parlent bien, ont un discours qui – en apparence – semble articulé, et que des gens vont se laisser convaincre. Que de questions j’aimerais leur poser à ces « débusqueurs » de complot!
Trouver des liens et des rapports obscurs est à la portée de quiconque possède un ordinateur. Comprendre ce qu’on lit, être critique est une autre paire de manches. Si ces magiciens de la recherche passaient moins de temps plongés dans leurs lectures et plus de temps sur le terrain, dans le vrai monde, à vérifier qu’ils ont bien compris ce qu’ils ont lu, nous perdrions moins de temps à chasser des mouches.
Mais, hélas! On les voit partout ces prophètes. Ils pourrissent les débats, congestionnent les boîtes de courriel, détournent l’attention vers des faits invérifiés et souvent invérifiables, et nous forcent à leur consacrer du temps et de l’énergie qui seraient diablement plus utiles ailleurs. Ce faisant, nous leur donnons une légitimité qu’ils ne méritent pas.
Lorsque quelqu’un m’annonce, preuve à l’appui que la Terre est plate, je me dis : « Bien, merci pour cette information utile », et je balaye le dossier dans la filière ronde sous mon bureau. Personne ne va en mourir, la santé publique n’est pas menacée. Mais lorsqu’un expert autoproclamé tente, et réussit, à convaincre des gens d’arrêter leur traitement ou de ne pas recevoir un vaccin sécuritaire qui leur épargnerait des problèmes, je dis: « Commencez par nous démontrer que vous savez de quoi vous parlez – et non comment vous parlez – et arrivez-nous avec autre chose que de belles ballounes mauves ficelées avec des lacets de bottine. Si vous voulez contredire des experts qui ont consacré leur vie à trouver des moyens pour améliorer la santé de leurs semblables (et je ne parle pas de moi), il vous faudra plus que nous dire que vous êtes des intellectuels surdoués. »
Comment un expert peut-il, de façon convaincante, réfuter une série d’énormités sans y perdre un temps fou? Le voilà qui se débat, qui cite ses connaissances, la littérature, son expérience de terrain et sa logique. Et le débat s’enlise dans les détails techniques. Ce qui laisse croire, faussement, que l’expert s’adresse à un autre expert. Peu importe l’issue, le faux prophète aura gagné, au moins, d’être traité d’égal à égal. Et les conséquences peuvent être démesurées.
Le virus pandémique est bénin et vous vous en sortirez avec deux ou trois jours de repos, nous disent certains bien-pensants, le sourire narquois. La belle affaire que voilà! La grippe A (H1N1) tue des jeunes comparativement à ce qu’on voit avec la grippe saisonnière. C’est un fait, solide comme une cloison d’acier. Pas à la tonne, il n’y a pas d’hécatombe; mais on ne se bat pas contre la vaccination en essayant d’entraîner le plus gens possible parce qu’il n’y a pas encore assez de décès qui le justifie. C’est une énormité. Chaque décès est un décès de trop s’il peut être évité.
Le vaccin est là, il ne coûte presque rien et il est sûr. Et quand bien même elle ne sauverait que 200 vies au Québec, la vaccination de la population aura eu un sens.


La santé publique lance un appel au calme  -  Pascale Breton
Alors qu’il suscitait la méfiance il y a quelques jours à peine, le vaccin contre la grippe A ( H1N1) entraîne maintenant une course contre la montre. À tel point que la santé publique lance un appel au calme.

« On offrira la vaccination à tout le monde, je pense qu’il faut se calmer », déclare le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
La mort d’un adolescent en apparente bonne sa nté en Ontario, plus t ôt cette semaine, a provoqué une vive inquiétude, notamment parmi les parents. Les files d’attente s’allongent devant les centres de vaccination de masse. Plusieurs se présentent alors qu’ils ne font pas partie des catégories qui doivent être vaccinées en priorité.
Il y a quelques jours à peine, des sondages montraient pourtant que les Québécois étaient réticents à se faire vacciner. Pour espérer atteindre un plus haut taux de vaccination dans la population, la santé publique avait alors indiqué que, tout en faisant appel au bon sens de la population pour respecter les dates de vaccination, personne ne serait refusé.
Face à l’affluence des derniers j ours, l e message a changé. La santé publique demande maintena nt au x agences régionales de resserrer les consignes. « Nous allons insister un peu plus sur le fait que les gens doivent respecter les consignes d’appel. Nous pensions que ça se ferait un peu plus dans l’ordre », reconnaît le Dr Poirier.
Parmi les gens qui réclament le vaccin, il y a beaucoup de parents inquiets. « Si une mère vient faire vacciner son enfant de 3 ans, on va tenter de la vacciner du même coup, plutôt que de lui demander de revenir lorsque ce sera son tour », explique le Dr Poirier.
Le problème, souligne-t-il, ce sont les autres, notamment les personnes âgées. « Elles n’ont aucune ra i son, elles débarquent même en autobus d’une région voisine pour se faire vacciner. (...) On a beaucoup de gens qui ne regardent pas t rop comment ça fonctionne. Là, on en a trop. »
Les personnes âgées ont été les moins touchées par la première vague de grippe A ( H1 N1) au pr i ntemps . I l semble qu’elles aient été exposées à des souches du virus au cours de leur vie et qu’elles aient développé une immunité.
Ac t uel l e ment , le v i r us H1N1 semble affecter les plus jeunes en plus grand nombre. Par conséquent, ils sont plus nombreux à développer des complications graves. C’est ce qui explique que les personnes âgées figurent dans les catégories de personnes qui seront vaccinées plus ta rd, explique le Dr Poirier.
Pas de vaccin dans les cabinets privés
Face à l’affluence dans les centres de vaccination, plusieurs réclament par ailleurs que le vaccin soit accessible dans les cabinets de médecin et les écoles. Pour le moment, ce ne sera pas le cas.
Certaines régions peuvent choisir de faire une vaccination dans les écoles, mais ce n’est pas possible à grande échelle. I l faut le consentement des parents, d’abord, mais il y a aussi une question de logistique, explique le Dr Poirier.
Dans des régions comme Mon t r é a l , L a v a l o u la Montérégie, où l’on compte des centaines d’écoles, il est i mpossible de vacciner un nombre suffisant de personnes en peu de temps.
En outre, toutes les doses ne sont pas disponibles actuellement. C’est aussi la raison pour laquelle les cabinets de médecins n’offrent pas le vaccin, contrairement à ce qui se produit avec la vaccination contre la grippe saisonnière, où l ’on peut généralement recevoir le vaccin chez son médecin ou sur son lieu de travail.
« Avec le vaccin saisonnier, nous avons beaucoup moins de doses et beaucoup plus de temps pour procéder à la vaccination », explique le Dr Poirier.
Pour le moment, même si la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est bel et bien commencée, la situation est toujours maîtrisée, rappelle la santé publique.
Les urgences sont plus achalandées ces jours-ci, mais les cas ne sont pas plus graves, constate d’ailleurs le Dr Bruno Ber na r di n , s pécia l i s t e de médecine d’urgence à l’Hôpital général de Montréal.
« J ’a i vu plus de cas de grippe en trois jours qu’en une saison normale. Ce ne sont pas des gens très malades, ils sont surtout inquiets », relate-t-il.
L’inquiétude vient notamment des décès récents chez des j eunes. Mais la grippe saisonnière entraîne aussi, chaque année, quelques rares décès subits chez des jeunes, souligne le Dr Bernardin.
La différence avec la grippe A (H1N1), outre le fait qu’elle semble t oucher dava ntage les jeunes, est qu’elle semble aussi plus contagieuse.
Si plus de personnes sont touchées, il est normal qu’un plus grand nombre d’entre elles développent des compl i c a t i ons g r aves , c e qui risque d’entraîner plus d’hospitalisations, notamment aux soins i ntensifs. D’où l ’ i mportance de la vaccination pour prévenir cette situation, rappelle-t-il.

Des hôpitaux pédiatriques congestionnés Le service Info-Santé répond à trois fois plus d’appels qu’à l’habitude
Les urgences de l’ Hôpital de Montréal pour enfants et du centre hospitalier universitaire Sainte-Justine débordent. En raison de la deuxième vague de la pandémie de grippe A ( H1N1), les deux établissements fonctionnent à 180 % de leur capacité.
En conférence de presse hier matin, les directeurs des urgences des deux hôpitaux ont la ncé un message aux parents : si les enfants présentent des symptômes de grippe bénins, ils doivent demeurer à la maison. « Les urgences sont réservées aux cas urgents », ont-ils répété.
« Comme l a maladie est bénigne, je pense qu’on fait face, à ce stade-ci aujourd’hui, à une psychose du H1N1 », a dit le Dr Michael Arsenault, directeur médical des serv i c e s d ’ u r ge nc e a u C H U Sainte-Justine.
I l estime que près de la moitié des enfa nts qui se présentent aux urgences de s on ét abl i s s ement depuis une semaine présentent des symptômes d’allure grippale. Puisque plusieurs cas sont « bénins », a-t-il souligné, son équipe pourrait avoir du mal à soigner promptement les enfants les plus souffrants.
« Le mécanisme pour dépister ceux qui sont plus malades dépend du triage. Et si le triage est débordé par des cas de personnes moins malades, ça rend le travail au triage très difficile et c’est ça qui pourrait causer des problèmes », a-t-il expliqué.
La mort subite d’un garçon de 13 ans en Ontario de symptômes s’apparentant à la grippe A ( H1N1) suscite l’inquiétude chez beaucoup de parents dont l’enfant est fiévreux. La direction des deux hôpitaux comprend les préoccupations des parents. Elles leur demande toutefois, s’ils sont i nquiets, de consulter d’abord un médecin de famille ou encore le personnel d’une clinique sans rendez-vous de leur quartier.
Il est avisé de se rendre à l ’ hôpital seulement en cas d’urgence ou de symptômes de grippe chez un enfant atteint d’une maladie chronique.
Info-Santé
Avant de consulter un médecin avec un enfant, beaucoup de parents consultent d’abord I nfo-Santé. À Montréal, le service a d’ailleurs détaché une partie de son personnel pour répondre uniquement à des questions au sujet de la grippe. « Si l’on regarde le nombre total d’appels, on est passé du simple au triple en une semaine » , c a l c ule Marcelle Raymond, coordonnatrice qualité et partenariat au service régional Info-Santé de Montréal.
Dans la seule journée de mercredi , les i n f i r mières d’Info-Santé à Montréal ont répondu à 841 appels à propos de la grippe. Près de la moitié des appels concernent des enfants. Mme Raymond assure toutefois que les infirmières ne dirigent qu’une mi nor i t é de c a s ver s urgences.
« Des appels reçus mercredi à propos de la grippe, nous n’en avons dirigé que 4,3 % dans les urgences, tous âges c onfondus. Normalement , pour l’ensemble de nos appels, on en di r i ge 9 % vers les urgences. Il y a malheureusement un mythe qui dit que nous dirigeons tout le monde vers l’hôpital. »
Le débordement est toutefois palpable au service InfoSanté de Montréal depuis lundi. Le temps d’attente au téléphone peut atteindre 30 minutes selon les moments de la journée.
« Info-Santé fait face à un i mportant volume d’appels, c’est tout à fait observable. Nous t ravaillons pour voir ce qu’il est possible de faire pour rehausser le nombre d’appels auxquels on répond, mais c’est un défi quotidien », assure Dominique Breton, porte-parole du ministère de la Santé.
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Les centres de vaccination de la région doivent refuser des gens
Affluence dans les Laurentides
Victi me de son succès, l a région des Laurentides doit maintenant restreindre la vaccination aux seules personnes qui figurent parmi les catégories jugées prioritaires.
Hier, le centre de vaccination de Sa i nt-Eustache reflétait bien l’état de panique qui règne chez certains. En après-midi, plus de 2000 personnes attendaient d’être vaccinées, selon les estimations. Or, il est possible d’en vacciner de 800 à 1000 en une journée.
« On ne pensait jamais qu’il y aurait une telle affluence », a reconnu la Dre Blandine Piquet-Gauthier, directrice de l a s a nté publ i que des Laurentides.
La région des Laurentides a amorcé sa campagne de vaccination plus tôt que d’autres. Dès lundi, les travailleurs de la santé, les pompiers, les policiers, mais aussi les enfants en bas âge et les malades chroniques de moins de 65 ans étaient attendus pour la vaccination.
Résu l t a t , des r é s i da nt s d’autres régions, notamment de Montréal, sont venus gonf ler les files d’attente dans les Laurentides. Il y a aussi plusieurs parents très anxieux qui souhaitent faire vacciner leurs petits rapidement, surtout depuis le décès d’un jeune garçon survenu en Ontario plus tôt cette semaine, a noté la Dre Piquet-Gauthier.
« I l y avait beaucoup de parents antivaccin, mais ils ont changé d’idée avec ce qui s’est passé en Ontario. Nous sommes obligés de faire un appel au calme. La situation actuelle n’est pas dramatique. »
Tension
Mais en fin d’après-midi, la tension était palpable chez ceux qui attendaient leur tour, dans le stationnement face au centre de vaccination.
« C’est pathét ique, c ’est une désorganisation totale ! » pestait Louise Baillargeon, 61 ans, de Montréal. Dans la file depuis plus de deux heures, elle n’était même pas encore à mi-c hemin de l a porte d’entrée du bâtiment. « J ’a i passé quatre mois à l ’ hôpital et j ’ai été opérée pou r l e c oeur l a s e maine dernière. Pour moi, i l n’y a auc u ne c ha nce à prendre » , a-t-el le pla idé pour justifier sa présence dans le stationnement.
Pour gérer la foule, deux employés du centre de santé et de services sociaux de DeuxMontagnes, responsable de la vaccination à Saint-Eustache, écumaient le stationnement en répondant aux questions. Des policiers étaient également postés tout près.
La responsable des communications au CSSS de DeuxMontagnes, Line Gendron, reconnaît que la situation a pris une ampleur inattendue.
« On f a i t appel au s ens civique, mais évidemment, ce n’est pas écrit dans le front d’une personne qu’elle a une maladie chronique ou pas. »
Elle s ’est tout de même réjouie de voir que le message sur l’importance de la vaccination semble avoir passé. Au terme de sa campagne, l ’ a gence des L au r e nt i des espère avoir rejoint au moins 4 4 0 0 0 0 des 525 0 0 0 résidants de la région.




« Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner »  -  Pascale Breton &  Isabelle Audet
Depuis la rentrée scolaire, 16 écoles de Montréal ont rapporté que plus de 10 % des élèves d’un même niveau présentaient des symptômes d’allure grippale. La moitié de ces foyers d’éclosion ont été signalés mardi, a rapporté hier l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal.
La situation n’est pas hors de contrôle dans les écoles, estime la direction de la santé publique à Montréal, qui surveille de près les foyers d’éclosion de la grippe A (H1N1).
Sur le lot, 12 des institutions touchées par la grippe sont des écoles primaires, et quatre des écoles secondaires. Malgré l’augmentation récente des cas présumés de grippe, le directeur de la santé publique à l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal, le Dr Richard Lessard, s’est fait rassurant.
« I l y a des éclosions de grippe dans les écoles chaque année. (…) et on n’arrête pas le système scolaire pour autant. Pour l’instant, on attache une attention particulière aux éclosions dans les écoles parce qu’on suit ce qui se passe avec le H1N1, mais on est loin d’une situation qui est hors contrôle. Les écoles peuvent très bien continuer à fonctionner même s’il manque quelques enfants. »
Il a ajouté qu’il n’est pas nécessaire que les parents gardent les enfants à la maison si plusieurs camarades présentent des symptômes de la grippe. Selon lui, les parents peuvent aussi contracter la grippe dans leur milieu de travail et « ramener le virus à la maison ».
Le responsable des communications à la Commission scolaire de Montréal, Alain Perron , t enait l ui aussi à relativiser la situation. « Oui, c’est vrai, ça (l’évolution de la pandémie) va vite. Mais habituellement, en février, le taux d’absence à cause des rhumes est plus grand qu’en ce moment. On ne se cache pas la tête dans le sable, la grippe est là, mais on veut juste mettre les choses en perspective. »
Le ministère de l’ Éducation suit lui aussi quotidiennement la situation dans les écoles du Québec. Chaque jour, la direction des établissements où plus de 10 % des élèves et du personnel ne se présentent pas (toutes maladies confondues) en avisent le ministère. D’après Santé Ca nada , c e t au x de 10 % représente un signal d’une situation « à suivre ».
Priorité aussi aux élèves ?
Le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, s’est interrogé publiquement hier sur l’ordre prioritaire dans la campagne de vaccination. Il a rapporté l’inquiétude des travailleurs de l’éducation, dont plusieurs réclament d’être vaccinés dès maintenant, comme le personnel du secteur de la santé.
« Certains de nos membres se demandent pourquoi nous ne sommes pas dans un secteur prioritaire étant donné qu’on est dans des espaces restreints et qu’on est un lieu de propagation aisé », a-t-il déclaré.
L’Agence de sa nté et de services sociaux de Montréal a toutefois précisé que, pour le moment, l’ordre prioritaire n’allait pas changer.

Femmes enceintes : Les obstétriciens et gynécologues sont inquiets  -  Pascale Breton
Les craintes et les réticences d’un grand nombre de femmes enceintes à se faire vacciner inquiète l’Association des obstétriciens et gynécologues du Québec.
« On demande à ce qu’elles soient vaccinées en premier, mais surtout, qu’elles soient rassurées de le faire », explique la présidente de l’Association, la Dre Corinne Leclercq.
Dès l a 14 e s e mai ne de grossesse, soit le début du deuxième trimestre, les femmes peuvent recevoir le vaccin avec adjuvant. Et elles devraient le faire, puisque la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est bel et bien commencée, i nsiste l a Dre Leclercq.
Les femmes enceintes ne sont pas plus à r i sque de contracter le virus, mais plus s usceptibles de s ubir des complications si elles sont infectées.
Si, au départ, la recommandation était d’utiliser un vaccin sans adjuvant pour les femmes enceintes, il semble maintenant qu’il soit efficace et sécuritaire d’utiliser le vaccin avec adjuvant pour ce groupe de population. es bénéfices seraient supérieurs aux risques.
D’ailleurs, il existe certains désavantages à utiliser le vaccin sans adjuvant, souligne aussi la Dre Leclercq. Il semble moins efficace, donc il pourrait nécessiter plus d’une dose, sans compter que la charge virale qu’il contient est plus élevée.
Les femmes enceintes de moins de trois mois sont plus c raintives puisque c ’est la période où le foetus se forme. « La communauté scientifique ne peut pas prouver hors de tout doute qu’effectivement, il n’y a aucun risque de malformation », indique la présidente de l’Association.
Pour ces femmes, un vaccin sans adjuvant sera disponible d’ici une semaine ou deux.

Le vaccin se fait attendre  -  Pascale Breton
L’augmentation des cas de grippe A (H1N1) laisse présager que le pire pourrait survenir dès la mi-novembre, alors que la majorité de la population ne sera pas immunisée. Les foyers d’infection sont nombreux en Montérégie, en Mauricie et en Outaouais.
La grippe A (H1N1) pourrait prendre de vitesse le programme national de vaccination. Le pire pourrait d’ailleurs survenir dès la mi-novembre, alors que la majorité de la population ne sera pas immunisée. Faisant partie des groupes prioritaires, Julie Lefebvre, infirmière à LaSalle, s’est présentée hier à la clinique de vaccination du CLSC Dorval-Lachine pour recevoir le vaccin.
Une trentaine d’écoles de la Montérégie, une trentaine en Mauricie et 26 en Outaouais r apportaient hier un t aux d’absentéisme de plus de 10 % parmi les élèves et le personnel, notamment pour des symptômes d’allure grippale.
« Tous nos indicateurs du virus sont en augmentation », confirme le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
Pas question toutefois de changer l’ordre de vaccination, comme en Ontario, qui a pris cette décision après le décès d’un hockeyeur de 13 ans. Certaines personnes n’auront pas été vaccinées quand le pire de la grippe va frapper, reconnaît le Dr Poirier.
« À mesure que le vaccin arrive, on va leur offrir, dans l’ordre de ce qui nous apparaît le plus préoccupant. (…) Il va falloir que certains attendent », explique-t-il.
La plus r écente c apsule d’information diffusée par la santé publique indique qu’au pire de la deuxième vague, de 50 à 200 lits de soins critiques pourraient être requis pour soigner les enfants malades.
Chez les adultes, i l faut prévoir de 250 à 1000 l its pendant la semaine la plus critique, probablement quelque part à la fin novembre. Des salles de réveil et des salles de chirurgie pourraient alors être réquisitionnées pour hospitaliser les malades.
Des ratés à Montréal
Pour l’heure, ce sont toutefois des ratés dans la distribution des doses de vaccins dans certains hôpitaux de Montréal qui suscitent l’inquiétude. En fin de journée hier, les deux plus gros centres hospitaliers universitaires, le CHUM et le CUSM, n’avaient pas encore reçu les doses pour vacciner les travailleurs de la santé.
Da n s les cou loi rs des u r ge nc e s du C H U M, les interrogations quant au début de la vaccination alimentent les conversations.
« Les gens en parlent beaucoup. Ils sont un peu fâchés et un peu inquiets. Ils se demandent pourquoi nous n’avons pas encore le vaccin alors que dans d’autres hôpitaux, la vaccination est commencée », raconte la chef des urgences du CHUM, la Dre Emmanuelle Jourdenais.
L a di r ec t i on du CH UM multipliait les efforts hier pour obtenir quelques doses. Dès qu’elles arriveront, les médecins et le personnel qui travaillent directement auprès des malades, notamment aux urgences, aux soins intensifs et en dialyse, seront vaccinés en priorité.
Hier, l’Agence de santé et de services sociaux de Montréal ne pouvait expliquer ces différences dans la distribution des vaccins. Une conférence de presse est prévue ce matin.
« C’est tout un déploiement. Il y a des hôpitaux qui ont reçu leurs doses, d’autres qui ne les ont pas reçues, ça va rentrer au fur et à mesure cette semaine », explique Monique Laganière, du ser vice des communications.
Pourtant, plusieurs hôpitaux ont commencé la vaccination de leur personnel, notamment sur la Rive-Sud. À Montréal, l ’ h ô p i t a l Ma i s o n n e u v e - Rosemont c o mmencera à vacciner ses employés en fin de journée jeudi. À l’hôpital du Sacré-Coeur, un premier lot de vaccins est arrivé. La vaccination du personnel en contact avec les patients les plus malades, notamment aux urgences et aux soins intensifs, a donc commencé hier.
La direction de l’hôpital du Sacré-Coeur espère que les employés et les médecins se feront vacciner en grand nombre.
« Nous avons organisé des rencontres d’information avec tous les employés pour expliquer en quoi consiste le vaccin et pourquoi on pense important de se faire vacciner », souligne la porte-parole de l’hôpital, Josée-Michelle Simard.
Réaction des microbiologistes
L’hésitation de plusieurs à se faire vacciner a par ailleurs fait réagir l’Association des microbiologistes du Québec. Elle presse la population de se faire vacciner.
« Nous prenons ra rement position, mais là, c’est une situation qu’on jugeait particulièrement choquante, de voir à quel point les gens, sans aucune i nformation réelle, doutent du vaccin. (…) C’est de la démagogie qui se produit sur l’internet, avec les chaînes de courriels et les blogues », affirme le président de l’Association, Stéphane Bourget.

Adversaires en politique, unis contre la grippe  -  Pascale Breton
Qu’ont en commun le ministre de la Santé Yves Bolduc, le député péquiste Bernard Drainville et le député de Québec s ol i da i r e Amir Khadir ? Tous trois se sont fait vacciner contre la grippe A( H1N1) hier, à l’hôpital Pierre-Boucher de Longueuil.
Bernard Drainville, député Parti québécois
Ce coup d’éclat se voulait avant tout un geste symbolique. Face à une menace comme celle de la pandémie, il n’y a plus d’esprit partisan qui tienne, a expliqué le ministre Bolduc à La Presse. Seul le député adéquiste Éric Caire était absent car il avait un empêchement.
Cette vaccination de politiciens était aussi une façon de montrer l’exemple. « Recevoir un vaccin est bénin comme geste, mais en même temps, c’est un geste tellement important parce que ça peut éviter un risque de complications », a déclaré le ministre.
Les doutes qui subsistent encore chez certains concernant le vaccin vont se dissiper avec le début de la campagne, croit aussi M. Bolduc.
« On comprend que les gens, avant qu’ils aient à faire le geste, aient un doute, aient des questionnements, c’est normal. Mais là, on est rendu dans la réalité où ils doivent prendre une décision. »
Selon lui, c’est un noyau dur de 5 à 10 % de la population qui tente d’influencer les autres en soutenant que la vaccination est nocive.

Le ministre s’attend par ailleurs à ce que l’approvisionnement en vaccins se déroule bien. La campagne de vaccination a débuté deux semaines plus tôt que ce qui était prévu initialement, rappelle M. Bolduc. « À l’intérieur de cinq ou six semaines, on devrait être capable de vacciner l’ensemble de la population. »

Grippe et questionnement à travers le monde
Le personnel médical sceptique  -  Marc Thibodeau
FRANCE
PARIS — « En tout cas, moi, il n’est pas question que je me fasse vacciner », lance à La Presse un médecin à l’issue d’une consultation survenue il y a quelques jours dans un cabinet privé du 19e arrondissement de Paris.
Un récent sondage montre qu’en France, à peine la moitié des médecins en pratique libérale souhaitent se faire vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de participation prévu tombe à 35 %. Ci-dessus, un membre du personnel hospitalier reçoit le vaccin à Paris.
La défiance de la praticienne face à la campagne lancée pour endiguer la progression du virus (H1N1) n’a rien d’original en France, où la communauté médicale se montre plus que réticente à l’idée de se faire vacciner malgré les appels insistants du gouvernement.
Un récent sondage montre qu’à peine la moitié des médecins en pratique libérale souhaitent se faire vacciner. Du côté du personnel infirmier, le taux de participation prévu tombe à 35%.
« Il y a plus de risques à se faire vacciner qu’à affronter le H1N1 sans vaccination. On en fait trop et on fait prendre des risques à la population », répète aux médias Thierry Amouroux, secrétaire général du syndicat des professionnels infirmiers.
Dans un récent communiqué au ton alarmiste, l’organisation affirme que les adjuvants utilisés dans les vaccins pour amplifier leur effet peuvent influencer leur sécurité « de façon complètement imprévisible ».
Signe des temps, divers établissements ont indiqué cette semaine que moins de 10 % du personnel s’était i nscrit pour recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1), soit bien moins que pour le vaccin contre la grippe saisonnière.
La ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, multiplie les interventions pour tenter de rassurer le personnel. Les adjuvants sont « connus et utilisés » depuis longtemps, souligne la politicienne, qui parle de la vaccination comme étant un « acte de responsabilité vers soi, mais aussi et surtout pour autrui ».
Les autorités auront aussi fort à faire pour convaincre la population de participer à la campagne de vaccination, qui doit débuter formellement pour le grand public au retour des vacances de la Toussaint, dans deux semaines.
Bien que la grippe A (H1N1) soit présente dans tous les esprits, notamment en raison de la forte couverture médiatique du sujet, nombre de Français sont sceptiques face à la nécessité d’un vaccin, voire carrément hostiles à l’idée. « Moi, je suis contre les vaccins en général », a commenté Séverine Van Wersch, croisée jeudi dans une rue du 3e arrondissement avec son jeune enfant de 4 mois.
Pas question, dit-elle, de vacciner le bébé ou sa soeur de 6 ans. « On l’avait fait vacciner contre le tétanos et elle a développé une réaction allergique. Alors moi, les vaccins, vous savez... » a lancé la Parisienne avant de reprendre son chemin.
Le scepticisme de la population est alimenté par un florilège d’écrits sur le web qui colportent une foule de rumeurs non vérifiées.
Mais aussi par les mises en garde d’intervenants plus sérieux, qui questionnent l’innocuité des vaccins, la vitesse à laquelle ils ont été approuvés par les autorités sanitaires et la pertinence d’une campagne massive alors que le nombre de décès demeure de loin inférieur à celui normalement associé à la grippe saisonnière.

La confusion règne chez les femmes enceintes
  -  Mali Ilse Paquin
GRANDE-BRETAGNE Un Gordon Brown victorieux a déclaré la Grande-Bretagne en avance sur le reste du monde pour son programme de vaccination cette semaine. Le pays ayant été durement touché, avec 122 morts, l’arrivée des vaccins a été accueillie avec soulage
LONDRES — Le gouvernement britannique n’y est pas allé de main morte pour ses provisions de vaccins : 132 millions de doses de Pandemrix et de Celvapan. Un nombre suffisant pour vacciner deux fois l’ensemble de la population.
La première phase de la vaccination a démarré en grande pompe merc r e d i der n i e r . Objectif : l’inoculation de 11 millions de personnes à risque, soit les femmes enceintes, les personnes souffrant de diverses maladies et le personnel hospitalier.
« Les premiers volontaires font preuve de leadership, i l s e nvoient l e bon message », a affirmé le ministre de la Santé, Andy Burnham, mercredi dernier à l’hôpital University College London.
Quelques poches de résistance font toutefois craqueler le vernis du consensus face au vaccin. Pas moins de 47 % des i nfi r mières n’ont pas l’intention de se faire immuniser, selon un sondage du Nursing Times. Les directeurs d’hôpitaux prévoient la participation de seulement 20 % de leurs effectifs médicaux. L’efficacité et la sécurité du vaccin sont en cause.
Du côté des fem mes enceintes, la con f usion r è g ne, c omme en fa it f oi le populaire site pa renta l Mumsnet. Une discussion en ligne cette semaine a révélé une grande inquiétude chez les futures mères.
« Je suis tellement déchirée, écrit " louii ", une femme enceinte depuis 25 semaines. J u s qu’à l a s e mai ne dernière, il n’était pas question que j e me f a s s e vacci ner. Maintenant, je ne sais plus quelle résolution prendre. »
L’objet de cette angoisse ? L e s a dj uva nt s à ba s e de squalène présents dans le Pandemrix, produit par GSK. Les effets secondaires de ces ingrédients, dont la fonction est de sti muler le système immunitaire, sont encore peu connus sur les futures mères. L’Organisation mondiale de la santé a suggéré l’été dernier qu’elles devraient les éviter dans la mesure du possible.
Par ailleurs, les États-Unis n’ont toujours pas approuvé l ’ u s a g e d e v a c c i n s a ve c adjuvants.
Or, la Grande-Bretagne a commandé deux fois plus de Pandemrix que de Celvapan, sa ns adjuvant. Sur le site Mumsnet , qui c ompte un million d’usagers par j our, une pa r t i c i pa nte nommée « laurawantsababy » a soumis une pétition au gouvernement exigeant un plus grand accès au Celvapan pour les femmes enceintes. Elle a été rejetée.
« Je pense sérieusement me rendre aux États-Unis pour éviter une i nj ec t i on avec des adjuvants », écrit « oremstango ».
Cette « panique » est injust i f iée, selon un expert en conception de vaccin, Tarit Mukhopadhyay. « Je comprends que les futures mères aimeraient avoir un "oui" ou un "non" catégorique sur les risques du Pandemrix, dit le professeur de l’ Univeristy College London. Toutefois, plus de 40 000 personnes ont été testées avec succès et il n’y a aucune raison pour que les femmes enceintes soient plus vulnérables au vaccin. »

Le dilemme des parents new-yorkais
  -  Richard Hétu
ÉTATS-UNIS
NEW YORK — À partir de mercredi, les écoles publiques de New York lanceront une campagne de vaccination contre la grippe A ( H1N1) qui vise à vacciner plus d’un million d’enfants d’ici à décembre. Mais Amanda Castillo, une fillette de 8 ans, ne sera pas du nombre. Ainsi en a décidé sa mère.
À New York, les élèves pourront recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1) sous forme de vaporisateur nasal ou par injection intramusculaire, selon la réponse qu’auront donnée leurs parents dans un formulaire de consentement offert en 10 langues, dont l’ourdou et le bengali. Sur notre photo, une jeune élève reçoit le vaccin en vaporisateur nasal dans son école de Miami.
« Je dois avouer que les ef fets secondaires du vaccin me font plus peur que la grippe elle-même », déclare Maria Casti l l o e n a l l a nt cueillir sa fille dans une école primaire du quartier East Village, à Manhattan. « J’ai lu tous les articles du New York Times sur le sujet et aucun ne m’a rassurée. »
Sa m Si nger, père d ’ u n enfant d’âge scolaire, a une o pi n i o n d i a mét r a l e ment opposée à cel l e de Maria Castillo. Il entend ainsi profiter de l’initiative de la Ville de New York, qui offrira gratuitement le vaccin contre la grippe A ( H1N1) aux élèves des écoles primaires d’abord et à ceux des écoles secondaires ensuite.
« C’est vraiment la meilleure façon de protéger mon fils », dit Sam Singer, dont le garçon de 6 ans fréquente le même établissement qu’Amanda Castillo. « J’ai fait des recherches sur les vaccins en général et sur celui contre le virus A ( H1N1) en particulier et je ne vois aucune raison d’avoir peur. »
Aucun sondage n’a été réalisé à New York pour déterminer l e pourcentage des parents qui se retrouvent dans le camp de Maria Castillo ou dans celui de Sam Singer. Une étude nationale a cependant révélé cette semaine que 52 % des parents américains veulent que leurs enfants soient vaccinés contre la grippe A (H1N1). En r eva nche, plus de si x adultes sur dix refuseront de se faire vacciner eux-mêmes, selon le sondage publié dans le Washington Post.
À New York, les élèves pourront recevoir le vaccin contre la grippe A (H1N1) sous forme de vaporisateur nasal ou par injection intramusculaire, selon la réponse qu’auront donnée leurs parents dans un formulaire de consentement offert en 10 la ngues, dont l’ourdou et le bengali.
Comme plusieurs autres grandes villes américaines, New York doit échelonner sa campagne de vaccination sur plusieurs semaines en raison d’u ne pénurie de vacci ns contre le virus A ( H1N1) aux États-Unis, un problème que les laboratoires pharmaceutiques ne devraient pas pouvoir résoudre avant le mois de décembre. « En ce moment, nous en sommes à un stade où la demande est plus forte que la production », a déclaré la sec réta ire à l a S a nt é , Kathleen Sebelius.
La demande est également plus forte que la controverse au sujet de la campagne de vaccination aux États-Unis, où 30 % des gens ne font pas confiance à la sécurité des vaccins contre le virus A ( H1N1), selon le sondage du Washington Post. Manuela Ruiz, une mère new-yorkaise, fait partie de ce groupe. Elle fera néanmoins vacciner sa fille de 7 ans.
« Je ne suis pas en faveur de la vaccination, mais j ’ai l’impression de ne pas avoir le choix, dit-elle à l’extérieure de l’école de sa fille. Quand j’ai appris que le vaccin serait of fer t gratuitement, j e me suis dit que tous les enfants le recevraient. Je ne veux pas que ma fille soit la seule à ne pas être vaccinée. »


A ( H1N1) 
5000 morts dans le monde, selon l’OMS
GENÈVE — L a grippe A ( H1N1) a tué au moins 5000 person nes da ns 195 pays et territoires de la planète depuis s on appa r i t i on en mars-av r i l , s elon l e dernier bilan de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) publié hier.
L e pr é c é de nt bi l a n de l’OMS, diffusé le 16 octobre, faisait état d’« au moins 4735 morts », soit une hausse de 265 décès en une semaine.
En Amérique du Nord, le nombre de décès a attei nt 3539 personnes.
La région Asie-Pacifique compte 1028 morts, contre « au moins 261 » en Europe.
L’ I sla nde, l e Soudan et Trinité-et-Tobago ont enregistré leurs premiers décès liés à la grippe A ( H1N1), t a nd i s que l a Mongol i e , le Rwanda et São Tomé et Principe ont signalé leurs premiers cas de personnes infectées.
L a malad i e a t oute f oi s commencé à reculer dans les régions t ropicales, hormis à Cuba, en Colombie et au Salvador.
« En général, l’activité grippale dans l’hémisphère Nord est la même que la dernière semaine, bien que les maladies respiratoires continuent de se propager et de voir leur intensité progresser », selon un communiqué de l’OMS.
En recul net dans l’hémisphère Sud, le nouveau virus a affecté au moins 414 945 personnes dans le monde, selon les dernières données de l’OMS, qui souligne que ce chiffre est bien en deçà de la réalité étant donné que nombre de pays ne comptabilisent plus tous les cas.

La grippe en questions - Isabelle Audet

QUE CONTIENT LE VACCIN?
Principalement, le vaccin qui sera administré aux Canadiens contient trois ingrédients : > LE VIRUS TUÉ ET FRAGMENTÉ Pour fabriquer le vaccin contre la grippe A (H1N1), l’industrie pharmaceutique dépose le virus dans des oeufs. Dans cet environnement, le virus se multiplie rapidement. Ensuite, le virus est extrait, puis tué avec un dérivé du chlore. Enfin, il est fragmenté pour qu’on ne puisse utiliser que les parties qui permettront à l’organisme de fabriquer des anticorps. > L’ADJUVANT Puisque les fragments du virus sont très petits, les fabricants du vaccin utilisent un « artifice » pour les rendre plus attrayants pour le système immunitaire. L’adjuvant est un dérivé de la vitamine E. Huileux, il forme des billes microscopiques dans le vaccin. Les fragments se collent à ces billes et semblent plus gros. La réponse immunitaire est alors plus rapide. > LE THIMÉROSAL Le vaccin sera offert en fioles contenant chacune 10 doses. Afin d’éviter que le vaccin soit contaminé d’une utilisation à l’autre, le fabricant y ajoute du thimérosal. Il s’agit d’une forme de mercure « éliminée rapidement par le corps », précise le Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins. Il ne s’agit pas du méthylmercure, une forme qui peut être nocive pour l’organisme. Explications : Dr Yves Robert, secrétaire du Collège des médecins du Québec

ET LA GRIPPE AVIAIRE ?
Le virus de l’influenza prend naissance chez les animaux. En 1998, l’Organisation mondiale de la santé a craint qu’une souche présente chez les oiseaux mute et se transforme en grippe transmissible entre humains. Cette grippe aviaire a préoccupé les autorités lorsque des personnes en contact avec des volailles ont attrapé la maladie en 2003. À ce jour, le virus ne s’est toutefois pas encore transmis entre humains. « Est-ce que la grippe aviaire est oubliée ? Non. On surveille toujours son évolution, mais depuis 11 ans, elle est devenue moins préoccupante », explique le Dr Yves Robert.
LES ENFANTS, IMMUNISÉS DÈS LE PREMIER VACCIN?
Les enfants de 6 mois à 9 ans devront recevoir deux demi-doses du vaccin contre la grippe A (H1N1) à trois semaines d’intervalle. Serontils totalement immunisés dès la première injection ? Pas tout à fait. Dès la première dose, le système immunitaire des enfants se prépare à combattre le virus. Le nombre d’anticorps n’atteint toutefois pas le niveau optimal pour les protéger complètement. Voilà pourquoi la deuxième dose est nécessaire. Il est donc possible qu’un enfant contracte la maladie entre la première et la deuxième dose. Cependant, pour la grande majorité des enfants, le premier vaccin diminue les risques de complications, assure le Dr Yves Robert.
LES RISQUES ASSOCIÉS
> POUR 10% DES PERSONNES VACCINÉES Maux de tête, fatigue, douleur locale, bosse dure au site d’injection et douleurs articulaires. > ENTRE 1 ET 10% DES CAS Sensation de chaleur, démangeaison ou ecchymose au site d’injection, sueurs ou grelottement accrus, symptômes grippaux, enflure des glandes du cou, des aisselles ou de l’aine. > ENTRE 0,1 ET 1 % DES CAS Picotement ou engourdissement des mains ou des pieds, somnolence, insomnie, étourdissements, diarrhée, vomissements, maux d’estomac, sensation d’être malade, démangeaisons ou éruptions cutanées. Source : Santé Canada
LE VIRUS À MONTRÉAL
> Nombre total de cas confirmés et probables :
1287 > Nombre total de morts : 12 > Nombre de Montréalais hospitalisés : 232
(18 % des cas déclarés) > La proportion de Montréalais hospitalisés est plus élevée chez les enfants de moins de 5 ans et chez les adultes de 60 ans et plus. *Depuis le début de la première vague,
et jusqu’au 10 octobre. Source : Agence de la santé et des services sociaux
de Montréal

POURQUOI LES JEUNES SONT-ILS PLUS TOUCHÉS?
Le virus de l’influenza mute fréquemment. Plus une personne est âgée, plus son système immunitaire a combattu de souches différentes de la maladie. Les personnes de plus de 60 ans sont susceptibles d’avoir rencontré une forme analogue de la grippe A (H1N1) dans les années 50. Les jeunes de 15 à 45 ans sont les plus touchés par la présente grippe car leur système immunitaire ne connaît pas cette souche. « Le virus influenza nous réserve toujours des surprises parce qu’il a toujours la capacité de décider par lui-même quand il se met un nouveau masque. Il n’attend pas l’Halloween », vulgarise le Dr Yves Robert. Ce sont les personnes atteintes de maladies chroniques qui risquent de souffrir des complications du virus.


Désinformation inquiétante  -  Christian Dufour
L’auteur est politicologue à l’ École nationale d’administration publique (ENAP).
On a appris avec stupeur que 67% des Québécois – 67%! – refuseraient de se fa i re vacciner contre la grippe A(H1N1). En cette ère d’hyper-information liée à la révolution technologique, cela révèle quelque chose de troublant sur l’état de notre société.
On est confronté à une régression collective à un stade préscientifique, relativement à un enjeu – se faire ou non vacciner – que l’on croyait naïvement réglé depuis les années 1770. Le roi de France Louis XV étant mort de la petite vérole, Louis XVI s’était alors fait vacciner publiquement contre cette maladie, comme on avait commencé à le faire en Angleterre, pour calmer les craintes irrationnelles à ce sujet.
On a l’habitude de dire que l’information, c’est le pouvoir, et que plus les citoyens auront accès à de multiples sources d’information, mieux ce sera pour tout le monde. On voit pourtant dans cette affaire qu’il ne suffit pas que les gens soient informés, encore faut-il qu’ils disposent du minimum de jugement ou de formation leur permettant d’évaluer les diverses informations qu’ils obtiennent, en ne mettant pas tout sur le même pied.
Ce qu’il y a de nouveau, c’est que beaucoup de ceux qui ne veulent pas se faire vacciner ont l’impression d’être très bien informés: ils ont pris euxmêmes connaissance sur internet d’un tas d’informations sur le sujet, sans l’intermédiaire des filtres traditionnels comme les autorités gouvernementales ou les grands médias.
Disposer de trop d’information sans avoir le support nécessaire peut être pire que de ne pas être informé du tout, les gens qui s’estiment bien informés ayant tendance à manifester une assurance que les autres n’auront pas.
La nouvelle hyper-i nformation résultant d’internet camoufle mal une inquiétante désinformation. En effet, à moins d’adhérer aux théories du complot ou à l’idéologie du risque zéro, il suffit de savoir qu’il est probable qu’une pandémie arrive et que le vaccin offert par le système a toutes les chances d’être efficace pour adopter un comportement rationnel dans l’affaire du A(H1N1).
Un grand nombre de gens vous diront pourtant – gravement – que c’est beaucoup plus compliqué que cela et qu’ils ont lu ou entendu un tas de choses troublantes sur le sujet.
Le trop plein d’informations douteuses condamne une partie de la population à l’impuissance, provoquant une régression à un stade que l’on croyait révolu depuis deux siècles.
On voit clairement les limites de l’approche citoyenne en matière d’information à l’ère d’internet. Cela rappelle l’importance de disposer d’élites véritablement formées et informées, comme les fonctionnaires de la santé et les journalistes. On n’ose penser à ce que cela sera si les journaux traditionnels disparaissent, comme on nous le promet.
L’individualisme exacerbé de nos sociétés, où le citoyen-roi a la conviction de pouvoir juger de tout, y compris de ce qu’il ne connaît pas, est dangereux. Car non seulement monsieur et madame Tout-le-monde ont-ils individuellement accès à un nombre illimité d’informations pas toujours fiables, ils se méfient maintenant de tout système d’autorité quel qu’il soit.
C’est la recette pour la catastrophe alors qu’on croit dur comme fer en son droit imaginaire à une vie sans aucun risque.


La campagne en dix questions  -  Isabelle Audet
La campagne de vaccination s’amorcera lundi. Dès samedi, l’information au sujet des cliniques de vaccination régionales sera accessible sur le site internet
(ou encore au 1-877-644-4545). Le site, constamment mis à jour, contiendra les détails de la campagne pour toutes les régions du Québec, assure le ministère de la Santé. Tous les Québécois pourront recevoir le vaccin c e t autom ne. Cependa nt , puisque la province ne dispose pas encore de toutes les doses, certaines personnes jugées « à risque » seront vaccinées en priorité. I l s’agit des travailleurs de la santé, des personnes atteintes de maladies chroniques comme l’asthme, des femmes enceintes, des enfants de 6 mois à 5 ans moins un jour, et des Québécois sit ués dans les régions éloignées (où l’accessibilité aux services de santé est plus complexe).
RPersonne ne vérifiera si ceux qui demandent le vaccin dans la première vague font partie de la population à risque. « Évidemment, le principe général, c’est qu’on ne renvoie pas les gens (à la maison). Mais ne vous présentez pas tous la première journée ! Faisons l’hypothèse q ue s e u l e ment 3 0 % de s Québécois sont intéressés à la vaccination, ça fait quand même 2 millions de doses. On n’a pas ça présentement, ni même à l’intérieur des deux premières semaines », a indiqué le docteur Alain Poirier, directeur national de la santé publique.
ROui. L’adjuvant est ajouté au vaccin pour accélérer la réponse immunitaire et rendre le produit plus efficace. Il s’agit essentiellement de vitamine E. Cependant, le vaccin avec adjuvant n’a pas été testé auprès des femmes enceintes. Bien que la Santé publique recommande aux futures mères de se faire vacciner dès maintenant, celles qui demeurent inquiètes pourront obtenir un vaccin sans adjuvant au cours des prochaines semaines. Non. Il faut attendre entre 7 et 14 jours avant que le corps ait produit suffisamment d’anticorps protecteurs. D’après la Santé publique, le vaccin contre la grippe A (H1N1) est efficace dans une proportion variant de 95 à 98 % après cette période. Pour les adultes, oui. Les enfants de 6 mois à 9 ans devront toutefois recevoir deux demi-doses du vaccin avec adjuvant, dans un intervalle d’au moins trois semaines. Les nourrissons de moins de 6 mois ne sont pas autorisés à recevoir le vaccin.
RL a Sa nté publique demande à ceux qui se sentent malades d’attendre d’être guéris avant de se présenter dans une clinique de vaccination. De plus, les personnes allergiques aux oeufs doivent recevoir le vaccin sous surveillance médicale. Elles doivent se faire vacciner à l’extérieur de la campagne destinée au grand public. Enfin, ceux qui ont déjà souffert de la grippe A ( H1N1) sont immunisés. Inutile pour eux de recevoir ce vaccin.
RAlain Poirier espère qu’un maximum de personnes recevront le vaccin. « Si 80 % des Québécois se faisaient vacciner, ce serait très bien, mais nous n’avons pas fixé de pourcentage idéal, a-t-il dit. Tout de même, chaque personne qui recevra le vaccin contribuera à diminuer le risque de maladie pour elle-même, et pour ses proches. »
RQuébec n’envisage aucune mesure pour forcer la population à se faire vacciner. Au besoin, le ministère de la Santé diffusera de nouveau l’information relative au vaccin et aux moyens de se protéger de la grippe A (H1N1). Il planifie d’ailleurs une campagne publicitaire qui sera lancée au cours des prochaines semaines.
RSur l e s s i t e s w w w. pa ndemiequebec. gouv. qc. ca et www. combattezlagrippe.ca, ou encore par téléphone, au 1-877-64 4-4545 (Service Québec) et 1-800-O CANADA.

La vaccination pourrait débuter dès lundi  -  Ariane Lacoursière
La plus grande campagne de vaccination de l’histoire du Canada est sur le point de commencer. Le ministre de la Santé du Québec, Yves Bolduc, a confirmé hier que les provinces n’attendent plus que le feu vert d’Ottawa pour distribuer les premières doses. « D’ici les deux ou trois prochains jours, nous ferons une annonce officielle », a dit M. Bolduc.
Si le vaccin est homologué rapidement cette semaine, M. Bolduc n’écarte pas l’idée que la campagne puisse commencer dès lundi prochain.
Comme prév u , les travailleurs du milieu de la santé seront vaccinés en premier, de même que les personnes à risque telles que les femmes enceintes, les jeunes enfants et les personnes atteintes de maladies chroniques.
Plus tôt hier matin, la ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a indiqué que deux millions de doses de vaccins ont déjà été acheminées aux provinces, qui n’attendent que l’homologation. Selon elle, le processus qui doit déterminer si le vaccin est sûr ou non suit son cours et devrait être terminé rapidement.
Mme Aglukkaq a aussi promis que des vaccins sans adjuvant seront bientôt disponibles pour les femmes enceintes. L’adjuvant est un produit qui rehausse l’efficacité d’un vaccin pour qu’une dose plus faible puisse être utilisée. Ottawa, qui n’avait pas prévu au départ acheter de vaccins sans adjuvant, s’est finalement ravisé et en a acheté 1,8 million de doses.
Le ministre Bolduc a précisé que ces vaccins sans adjuvant seront disponibles un peu après les autres et que la campagne de vaccination pour ces produits sera « un peu décalée », sans pouvoir préciser de combien de jours.
Et les bébés ?
Québec et Ottawa ne s’entendent pas pour savoir si les jeunes enfants, tout comme les femmes enceintes, devraient recevoir le vaccin avec ou sans adjuvant. Hier matin, l’administrateur en chef de la santé publique du Canada, le Dr David ButlerJones, a affirmé que le vaccin avec adjuvant est recommandé dès l’âge de 6 mois.
Pourtant, au cours des dernières semaines, le gouvernement du Québec a déclaré qu’il préférait donner la version sans adjuvant aux enfants de moins de 2 ans. « On continue de recommander le vaccin sans adjuvant pour les enfants de 6 à 23 mois », a affirmé le ministre Bolduc en ajoutant que si les autorités fédérales émettent des directives différentes, Québec rajustera le tir.
Le ministre Bolduc a aussi confirmé que le gouvernement pourrait avoir recours à une loi spéciale modifiant les conditions de travail du personnel du réseau de la santé si l’épidémie de grippe faisait des ravages. « La loi prévoit qu’on peut adopter un décret en temps de catastrophe. C’est-à-dire si 30% ou plus de la population est touchée », a dit M. Bolduc. La semaine dernière, M. Bolduc avait écarté la possibilité de recourir à un décret. Advenant que l’épidémie soit très sévère, les infirmières à la retraite depuis quelques années et les étudiantes en soins infirmiers pourront être appelées en renfort. Leur contribution se fera de façon volontaire.

Le front du refus  -  Alain Dubuc
Une grippe dangereuse est à nos portes. Dangereuse à cause de sa propagation, et à cause de ses victimes, souvent des jeunes. Nous avons heureusement un outil pour combattre la grippe porcine : un vaccin. Mais la résistance est forte.
Un puissant mouvement anti-vaccination balaie le Québec, tout comme le reste du monde industrialisé. Des parents, prêts à bannir la malbouffe pour la santé de leurs enfants, ne savent pas si, oui ou non, ils feront vacciner les membres de leur famille contre le virus H1N1. L’expression « majeur et vacciné » est en train de perdre son sens.
C’est un symptôme de la crise de confiance qui touche nos sociétés. Face à la science, et plus particulièrement la science médicale. Face au pouvoir, ce qui a été encouragé par l’absence de leaderhip des autorités politiques et sanitaires.
Il n’y a pas que les folkloriques adeptes du complot. Le refus prend des formes sophistiquées qui n’épargnent pas les citoyens éduqués et éclairés. On peut peut-être y voir un effet pervers de la pensée verte, quand on applique la saine méfiance des médicaments et de la médecine officielle au cas de la pandémie de grippe. Quelle erreur. S’il y a un endroit où la médecine s’est montrée irremplaçable, c’est bien avec la vaccination.
Mais sur ce terreau déjà fertile s’est ajouté le doute. Nous assistons à la première pandémie en temps réel de notre histoire. Nous sommes bombardés d’informations, contradictoires, parce que la médecine n’est pas une science exacte, et que le virus de cette grippe porcine est une nouvelle bibitte dont on sait peu de choses. Paradoxalement, les gens, qui se méfient pourtant de la médecine, sont décontenancés parce que celle-ci ne leur assène pas des vérités d’Évangile.
On ne sait pas quand la grippe va frapper. Ni quelle sera l’ampleur de la pandémie. Ni dans quelle proportion ceux qui l’attraperont souffriront de complications graves. Ajoutons à cela le fait que le vaccin est nouveau, quoique c’est le cas chaque année avec l’influenza traditionnelle.
Le doute est d’autant plus grand que l’épidémiologie est une science statistique, dont l’approche probabiliste, difficile à comprendre, horripile les gens. On mesure les risques pour des populations, tandis que les gens pensent à leur risque personnel.
Le risque d’attraper la grippe est relativement faible, celui d’être atteint d’une forme grave encore plus. Pourquoi alors se faire vacciner? Pour la même raison qu’on s’attache en automobile, même si la probabilité d’avoir besoin de la ceinture de sécurité est très faible. Les effets négatifs d’un tel vaccin sont quasi nuls, tandis que la grippe A(H1N1) peut, dans certains cas, avoir des effets dévastateurs.
Mais le message ne passe pas. C’est en partie la faute des organismes de santé publique. On se souvient qu’ils ont crié au loup au printemps dernier. Depuis, la stratégie de l’Agence de la santé publique du Canada n’a pas été facile à suivre, sur le choix du type de vaccin, sur le calendrier.
Une lacune qui n’a pas été comblée par le leadership politique. Le ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc, n’a pas été très présent. C’est le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, dont le message a été le plus efficace sur YouTube, quand il a dit pourquoi lui et sa famille se feraient vacciner.
Mais la palme revient au premier ministre Stephen Harper, qui a dit qu’il prendrait le vaccin si c’était la recommandation générale, ne semblant pas être au courant que son gouvernement multiplie les efforts pour promouvoir la vaccination. Pour mémoire, le président Obama, en conférence de presse, a personnellement recommandé aux Américains de se faire vacciner.


Pis, le vaccin?  -  Marie-Claude Lortie
En ce moment, dans les fêtes, dans les soirées, le midi au lunch, autour de la machine à café au bureau, à la sortie de l’école, la question est partout : « Allez-vous faire vacciner vos enfants contre le H1N1?»
Vous l’avez sûrement entendue durant le long week-end. « Pis, le vaccin ? » Con na issez-vous u n parent qui ne se l’est pas fait demander?
Sauf que même si la question est dans toutes les bouches, les réponses, elles, ne sont pas exactement limpides et précises. « Pas encore décidé. » «Pense pas… Bien que…» « Ouain. » «Ben…» Des t on nes de gens ne savent pas quoi faire.
E t c e n ’e s t p a s p a r c e qu’ils sont décrochés et pas informés. Au contraire. Ils savent très bien que la grippe existe et de quoi elle retourne. Ils comprennent qu’il y a parfois des compl ic ations a ig uës . I ls saisissent l’importance des vaccins comme mesure de santé publique non seulement pour prévenir les cas particuliers mais aussi pour limiter la propagation… Mais ils n’ont quand même pas arrêté leur verdict.
On nage actuellement dans un flou décisionnel.
Et ce n’est pas du tout parce que tous ces parents adhèrent aux théories du complot farfelues qui se baladent sur l’internet… Ils hésitent parce qu’ils ont de la difficulté à évaluer la probabilité que la maladie soit vraiment grave pour eux.
Cela n’a rien d’étonnant. Même les experts ont de la difficulté à mesurer le danger de cette foutue grippe.
Car oui, il y a eu morts d’enfants, et oui, les femmes enceintes semblent particulièrement vulnérables. Et oui, cette grippe dérape parfois de façon virulente et ça s’est vu chez les petits… Mais la H1N1 demeure, malgré tout, quand même très « normale » comparativement aux grippes saisonnières que l’on voit chaque année. Pour la vaste majorité des gens, c’est tout simplement… une grippe !
D’ailleurs, saviez-vous que Montréal a été une des villes les plus touchées au monde par la maladie ?
On ne peut pas dire que cette grippe soit terrifiante.
Personnellement, je préférerais ne pas avoir à faire vacciner mes enfants. Pourquoi? Pour les mêmes raisons que vous.
D’abord, en gros, parce que le vaccin est tout neuf et que j’ai envie de faire comme les enfants devant un plat nouveau : attendre que les autres y goûtent avant d’y plonger ma fourchette. Toutefois, je sais très bien que c’est une réac tion i r rationnelle. Un médecin m’a fait remarquer hier que je n’hésite pas à les faire immuniser contre la grippe saisonnière avec des vaccins mis au point dans le même genre de délai…
Et puis il est vrai que si je mets dans une balance, d’un côté, mes hésitations au sujet du vaccin et, de l’autre, mes craintes face à la grippe et à ses complications, les histoires d’horreur de la H1N1 sont imbattables. Mais il y a autre chose. Une bonne partie de l’hésitation face au vaccin vient, je crois, du sentiment qu’ont beaucoup de gens, à tort ou à raison, d’avoir déjà été frappés par la grippe.
À la fin du printemps et durant l’été, on le sait, des milliers de familles québécoises ont été malades. Grippe hippopotamesque. Rien de subtil. Maladie tout en grosseur : grosse fièvre, grosse toux, grosse nausée, gros malaise généralisé...
Sauf que dans la très, très vaste majorité des cas, le diagnostic n’a jamais été confirmé par test. Il y en avait trop dans les hôpitaux à ce moment-là. Cela aurait coûté trop cher et causé trop de délais inutiles.
Mais cette décision de ne pas identifier automatiquement tous les cas de H1N1 fait que, aujourd’hui, on pense avoir eu le virus, on n’est pas certain… Cela met tous ces gens devant une situation mitigée face au vaccin. Leur est-il réellement nécessaire ?
Cette situation ne pourraitelle pas se régler si Québec acceptait d’offrir à ceux qui le demandent des tests sanguins pour déterminer la présence des anticorps de H1N1 ? Vous savez, un peu comme pour la rubéole…
J’entends déjà les responsables de la santé publique dire : « Trop cher. » Et quand on sait à quel point les hôpitaux ont besoin de tous leurs moyens pour se préparer à recevoir les cas les plus graves, aux unités de soins intensifs notamment, on s’incline.
Mais ne serait-ce quand même pas une option intéressante à offrir aux incertains ? Pour faire fondre une partie de l’incrédulité ?
Car croyez-vous vraiment qu’une campagne de vaccination antigrippe peut marcher si on ne prend pas au sérieux les hésitants et leurs hésitations ?

Décidément, ces épidémies sont vraiment trop pleines de flous…


QUI A PEUR DE LA GRIPPE A (H1N1) ?  -  Pascale Breton
D’un côté, les responsables de la santé publique affirment qu’il faut prendre la menace au sérieux. De l’autre, plusieurs les accusent de crier au loup. Entre les deux, une majorité de la population ne sait plus ce qu’elle doit penser de la grippe A (H1N1).
Les passa nts du centre-ville me j ettent un bref coup d’oeil avant de détourner rapidement le regard. Dans leur voiture, les automobilistes se permettent de me dévisager plus longuement. Pas de doute, je ne passe pas inaperçue.
Certaines entreprises vendent sur l’internet des ensembles individuels de protection contre la grippe A (H1N1). Notre journaliste Pascale Breton s’en est procuré un.
Ce n’est pas surprenant. Je me promène vêtue de la tête aux pieds d’une combinaison blanche en tissu, les mains protégées par des gants de chirurgien, le visage camouflé par un masque et des lunettes de protection.
L’idée est de voir la réaction des gens et leurs craintes face à la grippe A (H1N1).
Le nouveau virus est LE sujet de discussion de l’automne. Plusieurs traînent une petite bouteille de Purell dans leur sac. Les masques ont repris leur place dans les présentoirs des pharmacies. Et certaines entreprises, surtout aux ÉtatsUnis et en France, vendent par internet des trousses de protection contre la grippe porcine.
Je m’en suis procuré une, et me voilà donc au coeur du centre-ville, dans la foule compacte de l’heure du midi.
Il y a quelques semaines, le New York Times a tenté une expérience du genre. Voyons mai ntena nt comment les Montréalais réagissent de leur côté.
Dans les couloirs du métro, certains font un grand détour pour m’éviter. D’autres m’interpellent directement : « Estce que je dois avoir peur ? » me demande quelqu’un. « Est-ce que la deuxième vague de grippe A ( H1N1) est arrivée ? », me demande un autre.
Non, la grippe A (H1N1) ne laisse personne indifférent. Mais faut-il en faire autant pour se protéger? Bien sûr que non.
Le virus se transmet par les gouttelettes de salive en suspension. Il peut rester cinq minutes sur les mains, de 8 à 12 heures sur les vêtements et de 24 à 48 heures sur les surfaces dures.
Mais de là à ce qu’il colle à la peau et que le reste de la maisonnée soit contaminé, il y a un pas, explique le Dr Gaston De Serres, médecinconseil à l’Institut national de santé publique du Québec.
« Ces combinaisons sont exclusivement réservées aux travailleurs de la santé qui sont en contact avec des gens très malades», précise le Dr De Serres.
Généralement, un bon lavage des mains suffit. Pour ceux qui toussent, le port d’un masque est aussi recommandé.
Le problème avec la grippe A (H1N1), c’est que les gens ne savent plus quoi penser. Les avis sont contradictoires. À preuve, cette étude publiée il y a quelques jours dans le Journal de l’Association médicale canadienne, qui affirme que le lavage des mains n’est pas suffisant pour se protéger du virus. Une information aussitôt contredite par les responsables de la santé publique, qui affirment le contraire.
Faut-il craindre une deuxième vague de grippe porcine cet automne? Que penser des vaccins fabriqués en quatrième vitesse ? Sont-ils vraiment inoffensifs ? Et surtout, la grippe A (H1N1) est-elle vraiment plus dangereuse que la grippe saisonnière ?
En date du 6 octobre, le nouveau virus avait tué 78 Canadiens, dont 27 Québécois, à une période de l’année où l’on ne voit plus de cas de grippe, indique le directeur national de la santé publique du Québec, le Dr Alain Poirier, pour expliquer l’inquiétude des autorités.
Les victimes sont relativement jeunes et souvent en bonne santé. Ce ne sont pas des personnes généralement à risque face à la grippe saisonnière.
D’ailleurs, les personnes âgées de plus de 55 ans semblent même avoir une certaine protection naturelle contre le nouveau virus, probablement parce qu’elles ont été en contact avec des souches de H1N1 qui ont déjà circulé. Ce n’est pas le cas des plus jeunes, qui sont donc plus fragiles.
« On s’attend à ce que la deuxième vague de grippe A (H1N1) frappe plus durement que celle du printemps. Mais est-ce qu’elle sera plus grave que la grippe saisonnière ? C’est difficile à évaluer », résume le Dr Poirier.
L’Agence de santé publique du Canada prévoit que le tiers de la population pourrait être touché dans cette seconde vague. Et la seule protection efficace reste le vaccin, soutiennent les autorités.
Chaque automne, le pays connaît d’ailleurs une campagne de vaccination contre la grippe sa isonnière. L a différence, cette année, c’est qu’au lieu d’offrir le vaccin gratuitement à certains groupes jugés plus vulnérables, on vise toute la population.
C’est ce qui dérange. Même des médecins croient qu’une ca mpagne de vaccination massive est inutile, ce qui ajoute à la confusion.
Le défi de communication est énorme. Il faut redoubler d’efforts, a d’ailleurs dit le ministre de la Santé, Yves Bolduc, la semaine dernière en entrevue à La Presse. Il entend d’ailleu rs se fa i re vacciner, question de donner l’exemple.
I l r e s t e q ue l a g r i ppe A (H1N1) est le sujet parfait pour relancer le débat sur la vaccination. Ses opposants ne sont pas à court d’arguments, d’autant plus que les essais cliniques visant à déterminer l’innocuité et l’efficacité du vaccin ne seront terminés que dans plusieurs mois, soit bien après que l’ensemble de la population aura été vacciné.
R i e n p o u r c a l mer les inquiétudes.

Les personnes atteintes du VIH laissées pour compte  -  Pascale Breton
Les personnes atteintes du VIH vivent dans la crainte d’attraper la grippe A (H1N1) e t s e s e nt e nt to t a le ment oubliées par les responsables de la santé publique.
« I l existe u n t rès haut niveau d’anxiété. Tous nos malades nous pa rlent de leu rs i nqu i é t u d e s , ma i s nous ne savons pas quoi leur répondre. Nous avons très peu d’information de la part de la sa nté publique », dénonce le Dr Réjean T h o ma s , d e la cl i n ique médicale L’Actuel.
Pas moins de 2500 patients sont suivis à cette clinique. La plupart souffrent de comorbidité, c’est-à-dire qu’ils ont plu s d ’u ne malad ie . Dans bien des cas, leur système immunitaire est déjà affaibli.
Mais leurs questions ne trouvent pas de réponses. Doivent-ils se faire vacciner ? Si oui, recevront-ils le vaccin en premier, comme c’est le cas pour les groupes à r i sque ? C ’e st u n vér it a ble c a s s e - tê te pou r médecins.
« On attend. Mais on le voit, ça crée une panique chez nos patients, davantage que chez le reste de la population. Ce sont des personnes qui ont déjà un système immunitaire affaibli. On ne voit jamais cette panique-là avec la grippe saisonnière », a j o ut e le Dr T homas , en
les rappelant que tous les ans, les personnes vivant avec le VIH sont invitées à se faire vacciner contre la g r ippe saisonnière.
La santé publique se veut pou r t a nt ra ssu ra nte. L es personnes séropositives ne sont pas considérées comme plus à risque de contracter la grippe A (H1N1), explique le Dr Horacio Arruda, directeur de la protection de la santé publique du Québec.
« Elles vont être vaccinées au même titre que la population en général. Nous recommandons le vaccin, comme c’est le cas pour la grippe saisonnière, mais il n’y a pas de complications plus sévères qui ont été décelées », indique le Dr Arruda.
L a c ra i nte d’attraper la grippe A (H1N1) frappe plus durement ceux dont le système immunitaire est affaibli, ou encore ceux qui souffrent d’un fort niveau d’anxiété.
Les gens qui souffrent de troubles obsessifs compulsi fs , pa r exemple, v ivent constamment dans la peur d’attraper une maladie. Le nouveau virus en circulation n’y fait pas exception.
« Ça fait des années qu’ils ont déjà cette crainte, pour la grippe, pour les rhumes, le s pneu monies », ex pl ique le Dr Martin Tremblay, porte-parole scientifique de la Fondation des maladies mentales.
Ces personnes ne resteront pas pou r auta nt recluses à la maison. Pour elles, la menace est la même qu’avant la pa ndémie, ajoute le Dr Tremblay.
« La plupart de ces personnes vont fonctionner en apparence normalement, au prix de grands efforts pour tout surmonter, tout contourner, pour se laver les mains 75 fois dans la journée », explique le Dr Tremblay.
En revanche, les personnes qui souffrent d’anxiété maladive ou de troubles obsessifs compulsifs ont l’impression que le reste de la population comprend désormais mieux leur angoisse, ajoute-t-il.


Grippe A cherche plan B  -  Rima Elkouri
Face à la pa ndémie de g r ippe A ( H 1 N 1) , le Québec et l’ Onta rio sont comme la cigale et la fourmi, ai-je écrit mardi. Je venais de m’entretenir avec le Dr Redouane Bouali, exchef des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu, qui a désormais un pied en Ontario et l’autre au Québec. Il s’inquiétait du manque de planification des autorités québécoises. Il me disait que, si une seconde vague de grippe frappa it, il préférera it être du côté ontarien.
Le Dr Bouali s’inquiètet-il pour rien ? Pas du tout, me con firme le Dr T udor Costachescu, chef des soins i ntensi fs au Cent re hospitalier de l’ Université de Montréal. « Au CHUM, on est prêt. Mais on sera rapidement débordé. Et si on est débordé, il n’y a pas de plan B. »
On prévoit que le quart de s pat ient s ho s pit a l i sé s avec un diagnostic de H1N1 au ront besoin de soins intensifs et de ventilation mécanique. Or, il suffirait de huit patients atteints du virus aux soins intensifs du CHUM pour qu’on atteigne un seuil critique, avertit le chef des soins intensifs. Cela pourrait prendre moins de deux semaines. « Au CHUM, nous serons très, très rapidement saturés. Moi, après huit patients, il est certain que je ne serai plus en mesure de faire quoi que ce soit d’autre. Et on parle d’activités qui ne peuvent être faites qu’ici : neu roc h i r u rgie, c h i r u rgie cardiaque, greffes, etc. »
Le CHUM a bien sûr son propre plan local pour faire face à la pandémie. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de plan cohérent à l’échelle du réseau , souligne le Dr Costachescu. « La différence, en O nt a r io, c ’est que les plans ne sont pas seulement propres à chaque hôpital. On sait à l’avance que des hôpitaux désignés vont préférentiellement prendre ces patients ».
Le Dr Costachescu trouve affligeant que nos gestionnaires n’aient rien appris de la crise du SRAS. Leurs homologues ontariens ont démontré beaucoup plus de leadership, observe-t-il. « Chez nous, au début de l’été, l’Agence de la santé et des services sociaux s’est contentée de pelleter le problème dans la cour des directeurs des services professionnels des hôpitaux en leur disant de faire un plan d’urgence local. Mais il n’y a pas de leadership global à l’échelle de la province. »
Et la pénurie de personnel, dans tout ça ? « C’est une autre catastrophe ! » dit le chef des soins intensifs du CHUM. Il s’attend à un taux d’absentéisme de 30 %. C’est ce qui s’est passé en Australie, où la grippe A (H1N1) a frappé fort cet été. C’est ce qui s’est aussi passé au Manitoba, dont les com munautés autochtones ont été durement touchées durant l’été. « Si ça arrive chez nous, on est vraiment dans le trouble », avertit-il.
Au ministère de la Santé, on nous assure que l’on aura les ressources appropriées. Le Dr Costachescu est pour le moins sceptique, le CHUM étant déjà en pénurie d’infirmières spécialisées. « La c a r a c tér i st iq ue de s s oi n s intensifs de tous les centres universitaires, c’est que nous fonctionnons sur la lame du couteau, sans aucune marge de ma n oe uv re. Nos tau x d’occupation sont toujours de 10 0 %, c’est-à-dire que toutes nos infirmières sont occ upées en per ma nence. Alors qu’en Ontario, on fonctionne avec des taux d’occupation avoisinant les 85 %. Il y a toujours une infirmière et demie qui peut être dégagée pour autre chose. Nous n’avons pas ce luxe. »
L a prem ière vag ue de H1N1 en juin aurait dû servir d’avertissement aux gestionnaires de la santé. « Il a suffi de deux patients au début de l’été pour qu’on ne soit plus capable de faire de chirurgie cardiaque pendant plus de deux semaines à l’hôpital Notre-Dame. Ça nous a littéralement paralysés », souligne le Dr Costachescu.
Pourquoi ? Parce que même si la mortalité associée au H1N1 demeure très basse, ceux qui sont malades sont très malades, ils le demeurent longtemps et mobilisent des ressources monstres.
Au moment où la première vague a frappé, au CHUM, on a sonné l’alarme auprès de l’Agence de santé et des services sociaux, raconte le Dr Costachescu. « On leur a dit : on a un sérieux problème. Non seulement un problème de ressou rces , mais aussi des problèmes éthiques. Si on a un transplanté et un patient H1N1, lequel on va prioriser ? »
Qu’a fait l’Agence ? « Elle a traîné les pieds tout l’été », dit le chef des soins intensifs, qui précise qu’on l’a finalement invité à participer hier après-midi à une conférence téléphon ique su r la pa ndémie. « Mais écoutez , on est en octobre ! » Si le virus respecte le cycle épidémique habituel, la deuxième vague devrait frapper de plein fouet fin octobre, début novembre, avertit-il. Est-il possible de monter un plan cohérent en si peu de temps ? Il en doute. « On est pas mal sous les 12 coups de minuit. »
J ’a i t e n t é d ’a vo i r d e s éclaircissements de la part de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal. Réponse : « Nous ne sommes pas prêts à donner l’information », m’a dit la porte-parole, en précisant qu’il y aura une conférence de presse dans une semaine ou peut-être même deux. Mais qu’en est-il de votre plan régional ? « Le plan est en marche depuis plusieurs années », m’a-t-on dit. Tellement « en marche » qu’on semble l’avoir perdu en chemin.

La cigale et la fourmi, version pandémie  -  Rima Elkouri
J’ étais de ceux qui pensa ient que l’on s ’i nquiète un peu trop pour rien avec la grippe A (H1N1). C’était avant d’interviewer le Dr Redouane Bouali.
Le Dr Bouali était jusqu’en 2005 chef des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu du CHUM. Lassé de notre système de santé, il a quitté Montréal pour Ottawa. En Ontario, il dirige maintenant le Réseau local intégré de soins de la région de Champlain, qui regroupe 18 hôpitaux. Mais il garde encore un pied au CHUM, où il vient faire des gardes plusieurs semaines par année.
Or, quand le Dr Bouali vient travailler à Montréal, il est étonné de voir les différences entre l’approche québécoise, plutôt relaxe, et l’approche ontarienne, plus méticuleuse, face à la pandémie de grippe A ( H1 N1) . « E n Onta r io, peut-être parce qu’il y a eu le SRAS, les gens sont beaucoup plus craintifs de ce qui va arriver », me dit-il.
En écoutant ce spécialiste en soins intensifs comparer deux systèmes de santé qu’il connaît parfaitement, j’avais l’impression d’être plongée dans la fable de la cigale et de la fourmi, version pandémie. Chez nos voisins ontariens, en cas de recrudescence de la grippe A ( H1N1), t out est prévu da ns les moind res déta ils , m’ex pliquet-il. Pendant ce temps, au Québec, on est beaucoup plus serein. « Quand je traverse la frontière pour venir faire ma garde au CHUM, j ’a i l ’ i mpr e s s i o n q u ’o n en fa it peut-êt re t rop en Ontario parce que, ici, les gens vivent normalement. » Mais tout en louant notre attitude « sereine » et en se disant qu’il est peut-être un peu trop parano, le Dr Bouali ne peut s’empêcher d’être inquiet. Si, soudainement, on a un afflux de patients extrêmement malades qui ont besoin de techniques de ventilation ava ncées da ns les lits de soins intensifs d u C H U M, q u ’a r r i ve r a - t-i l ? « C’est là qu’est ma crainte. »
Selon l’Organisation mondiale de la santé, le problème le plus urgent auquel les hôpitaux risquent de devoir fa i re face sera d’a r river à placer les nombreux patients gravement atteints pa r le virus H1N1 aux soins intensifs. Pour mieux se préparer à un tel scénario, le Dr Bouali a appelé au début du mois de juillet ses collègues austra liens, qui ont été pris au dépourvu par la grippe A (H1N1) en juin, en plein hiver austral. « Ils m’ont dit qu’en l’espace de 10 semaines ils ont eu 300 patients intubés, ventilés, gravement malades, qui ont eu besoin de lits aux soins intensifs. » C’est donc ce qui pourrait arriver ici entre novembre et fin janvier, observe-t-il. « Est-ce que vous pensez qu’à Montréal, avec la pénurie de personnel, vous arriverez à faire face à ça ? Vous serez en face d’une crise grave. C’est ça, mon inquiétude. »
Ce qui a étonné les médecins australiens, c’est que les patients les plus gravement atteints étaient relativement jeunes, souvent âgés de 20 à 40 ans. Et ce qui a le plus surpris le Dr Bouali, c’est la rapidité avec laquelle l’état de certains patients s’est détérioré, d’où la nécessité de faire appel à des techniques de traitement très sophistiquées. « Ils m’ont décrit la situation d’une jeune de 15 ans qui était à l’école le mercredi et qui, le vendredi, était sous système d’échanges extramembranaires pour être oxygénée. »
L’expérience australienne ne change rien au fait que la grippe A (H1N1) reste une maladie mineure avec une mortalité très basse, précise le Dr Bouali. « Mais ceux qui étaient malades sur le plan respiratoire l’ont été très gravement. C’est ce qui nous a surpris. »
Le métier du Dr Bouali, c’est bien sûr de penser au pire des scénarios et de s’assurer d’y être bien préparé. « J’aime bien le principe qui dit : plan for the worst and hope for the best. » Prévoir le pire en espérant le meilleur. Est-ce ce qu’on fait au Québec ? « Mes craintes, c’est quand je vois ce qui s’est passé en Australie. Si la même chose se produisait ici, j’aimerais être du côté de l’Ontario. »
Pour se préparer au pire, le Dr Bouali s’est intéressé à l’i mpact de la f la mbée sur le personnel hospitalier en Australie. « Il y a eu un manque de 25 à 30 % du personnel. Les gens ne se présentaient pas au travail. Alors imaginez-vous, vous avez déjà une pénurie de personnel et vous perdez 30 % du personnel ! Qu’est-ce qui va arriver ? »
En Ontario, on a déjà prévu le coup en recrutant des infirmières aux soins intensifs à la retraite ou du personnel des salles de réveil ou des urgences qui ont déjà certaines compétences. « On s’est dit que peut-être ces gens auraient besoin d’un rafraîchissement de leurs connaissances, alors on est en train de mettre sur pied un cours. » Et ici ? Au cabinet du ministre québécois de la Santé, la porte-parole m’assure que l’on aura, au besoin, les ressources humaines appropriées, mais qu’il serait « un peu prématuré » de faire comme les Ontariens.
Un autre grand défi en cas de crise, c’est la coordination des ressources hospitalières dans les différentes régions de la province. En Ontario, à la suite de la crise du SRAS, on a créé le Secrétariat des soins critiques, qui fait ce travail, avec des leaders qui ont des tâches précises. Au Québec, la coordination semble beaucoup plus floue. « Nous sommes en train de peaufiner », me dit le Dr Pierre Savard, directeur des urgences au ministère de la Santé, qui reconnaît l’importance de travailler « en interrégional ».
Le Dr Savard m’assure que le Québec est prêt. « Les plans ont été faits depuis 2006. Les directions d’hôpital ont le plan entre les mains. »
« Si le plan existe, il aurait besoin d’être communiqué », c onst a te pou r s a pa r t le Dr Bouali. Sur le terrain, le personnel de première ligne ne sait pas exactement ce qu’on attend de lui. Vu de l’intérieur, au CHUM, bien des questions demeurent sans réponse, notet-il. « Qui va prendre le lead pour commencer à annuler des opérations et reporter des opérations électives ? Qui sera responsable d’ouvrir plus de lits ? Qu’est-ce qui va arriver par rapport au personnel qui est à risque d’être contaminé ? Comment peut-on rassurer ces gens ? »
Le Dr Bouali invite ses collègues intéressés à voir ce qui se fait en Ontario afin de partager le savoir-faire en temps de crise. Et il croise les doigts. « J’espère que ça n’arrivera pas et que tout le monde sera content. » Il ajoute : « J’espère aussi me tromper. » Je l’espère aussi. Car son inquiétude m’inquiète.

Les autorités inquiètes... du manque d’inquiétude  -  Pascale Breton
Les mises en garde alarmistes qui circulent contre le vaccin de la grippe A (H1N1), à l’approche d’une campagne de vaccination massive, préoccupent la santé publique du Québec au plus haut point.
Préoccupé par le scepticisme au sujet de la grippe A (H1N1), le ministre de la Santé, Yves Bolduc, mise sur un élément : mieux informer la population.
« Chacun peut dire n’importe quoi, ce qui n’est pas nécessairement basé sur des données scientifiques. La meilleure façon de bloquer des dossiers est de créer le doute, de semer l’incertitude et d’utiliser la règle "on ne sait pas à 100 %" », a reconnu le ministre de la Santé, Yves Bolduc, en entrevue avec La Presse.
Mais voilà , Québec ne dispose pas de beaucoup de pouvoir pour contrer cette campagne négative. Chacun a droit à la liberté d’opinion. La santé publique mise donc sur un élément : mieux informer la population.
« La seule arme contre ça est la communication et l’information », ajoute M. Bolduc, en précisant que le Ministère devra redoubler d’efforts en ce sens.
« On veut que notre population soit protégée. On va lui fournir les moyens de l’être, on va essayer de lui donner la meilleure information possible. Ce qui n’empêche pas que des gens vont déformer le propos et créer le doute. »
Vaccination : mi-novembre
La campagne de vaccination massive doit se mettre en branle à la mi-novembre dans tout le Canada. Les travailleurs de la santé, les femmes enceintes, les jeunes enfants et les malades chroniques figurent parmi les groupes à risque qui devraient être vaccinés en premier, selon les responsables de la santé publique.
Mais des sondages menés tant au Canada qu’ailleurs dans le monde révèlent beaucoup de scepticisme face aux dangers réels de la grippe A (H1N1). Au point où plusieurs ne comptent pas se faire vacciner.
C’est souvent le cas lors de campagnes de vaccination massives, souligne le ministre Bolduc. Au début des années 90, quand Québec a entrepris de
vacciner quelque 1,5 million de jeunes âgés de 6 mois à 20 ans contre la méningite, les vaccins n’avaient pas la cote. Jusqu’à ce qu’il y ait des morts. À ce moment, «tout le monde a voulu avoir le vaccin, sauf des groupes qui disaient que ça allait faire mourir les enfants», rappelle le ministre.
Deuxième vague à venir ?
Pour l’instant, le virus ne semble pas avoir repris beaucoup de vigueur au Québec. En revanche, on a signalé des cas en Colombie-Britannique, si bien que la santé publique s’attend à une deuxième vague dans les semaines à venir.
À ce moment, le plan d’action mis en place par Québec sera prêt, assure le ministre.
« Ce n’est pas du jour au lendemain que la grippe apparaît. Ça se fait en quelques jours, alors on va le voir. Et tous nos plans sont prêts. On peut ouvrir 3000 lits supplémentaires en 24 ou 48 heures », assure M. Bolduc.
Si les hôpitaux sont trop engorgés, on recourra à des centres de soins non traditionnels. Les cas jugés moins u rgents , pa r exemple u n patient qui fait vérifier sa tension artérielle chaque semaine, pourraient être repoussés afin de concentrer le personnel soignant dans les urgences, ajoute le ministre.
« Dans le système de santé, la majorité des soins sont électifs et, lorsqu’arrive une grosse urgence, on met la priorité là-dessus. »
La santé publique a cessé depuis plusieurs semaines déjà de faire des tests auprès des malades pour vérifier s’il s’agit bel et bien du virus A (H1N1). Cela n’était plus nécessa ire lorsqu’il a été confirmé que l’épidémie avait vraiment gagné le Québec au printemps dernier.
Ces tests pourront êt re repris dès que l’on soupçonnera une deuxième vague, afin de déterminer que c’est bien le cas.

Les infirmières réclament un retrait préventif
  -  Catherine Handfield
La Fédération interprofession nel le de la s a nté du Québec (FIQ), qui représente 58 000 infirmières et inhalothépareutes, demande que ses membres enceintes soient immédiatement retirées de leur milieu de travail pour éviter qu’elles contractent la grippe A (H1N1).
La présidente de la FIQ, Régine Laurent, concède que cette demande est radicale. Mais l’« abus » de certains employeurs la rend maintenant nécessaire, dit-elle.
Au Québec, les femmes enceintes qui craignent de contracter le virus au travail doivent s’adresser à leur médecin traitant. Ce dernier peut recommander à l’employeur d’affecter sa patiente à un poste sans danger ou de la retirer de façon préventive. La CSST administre ce programme depuis 1981.
« Le problème, c’est que certains employeurs ne respectent pas les recommandations des médecins », affirme Régi ne L au rent . D’autres affectent leurs employées à des postes inappropriés, dit-elle. Le syndicat aurait reçu « plusieurs dizaines » de plaintes à ce sujet.
Les femmes enceintes ne sont pas plus susceptibles de contracter le virus, mais elles risquent davantage de souffrir de complications, selon les études.
Le ministre ne pliera pas
Le ministre de la Santé, Yves Bolduc, n’entend pas donner suite à la demande de la FIQ. Il avait également refusé en septembre d’ordonner le retrait préventif des enseignantes enceintes. « Le ministre s’en remet au programme de la CSST », a dit son attachée de presse, MarieÈve Bédard.
À ce j ou r, 91 2 fe mmes enceintes se sont adressées à la CSST de peur de contracter la grippe A (H1N1) dans leur milieu de travail. La CSST n’a pu préciser hier combien d’entre elles ont été retirées ou affectées à d’autres tâches.
Pas de problème... pour l’instant
L e r e t r a i t de s femmes enceintes ne compromet pas encore la capacité des hôpitaux à pourvoir les postes, selon les directions d’établissement interrogées hier. C’est le cas à l’hôpital MaisonneuveRosemont, au CHUM et au CUSM. À la Commission scolaire de Montréa l , qu i a reç u 90 demandes de retrait préventif d’employées enceintes en lien avec la grippe A (H1N1), « les suppléants comblent a mplement les retraits », assure le porteparole Alain Perron.
La donne pourrait toutefois changer si une deuxième vague du virus se manifeste. « Dans les prochains mois, on pourrait avoir des problèmes », a reconnu Rebecca Burns, coordonnatrice des communications du CUSM.

Je suis du bord du consensus  -  PATRICK LAGACÉ
Une c onfession , en ce début d’octobre 2009: je suis tanné d’avoir peur. Voilà. C’est dit. Je n’ai plus peur, dès aujourd’hui. Ça commence ce matin. Enfin, hier soir, puisque j’ai écrit ce texte hier soir.
J’ai eu très peur, ces dernières années. Le bacille du charbon. Le virus du Nil occidental. L’autre cochonnerie, dont j’oublie le nom, là, qui nous forçait à nous essuyer les pieds en descendant d’avion. La grippe aviaire. Est-ce que j’en oublie? Ah, oui, le SRAS. J’ai décidé que, non, il y a quand même une sacrée limite, je ne vais pas avoir peur, en plus, de la grippe porcine, cette grippe qui a muté, au chapitre terminologique, en grippe A (H1N1).
Parce que c’est pas des farces, quand même. Il ne faut plus se serrer la main, il faut traîner son Purell. Tout ça pour éviter la propagation du virus, qu’on dit plus virulent que celui de l’influenza, qui cause la grippe normale et qui assomme, comme chacun le sait, sept jours ou une semaine, selon sa virulence.
Des églises ont même banni l’eau bénite pour éviter la propagation du virus. Heureusement, je ne vais pas à l’église...
Donc, bref, je n’ai pas peur de la grippe A (H1N1).
Et je n’ai pas peur des vaccins. Voilà. C’est dit.
Vous pouvez m’en l e ver i mmédiatement des l i stes d’envois de vos courriels qui « révèlent » la « vérité » au sujet du lien secret entre les États, le virus et les grands laboratoires pharmaceutiques.
Je sais, je sais. Il y a des courriels qui circulent. Ils proclament la vérité : les vaccins, c’est de la merde, une invention de Big Pharma pour faire du fric et, accessoirement, peut-être, qui sait, réduire la population mondiale.
Tenez, au moment où j’écris ces lignes, ma messagerie clignote: un courriel qui m’incite urgemment à regarder le documentaire Silence, on vaccine, de l’Office national du film (ONF), sur Google Vidéo.
Avec ce message quasiment haletant : « L’ONF a permis la sortie du documentaire sous condition qu’aucune personne, aucun commerce, ne puisse acquérir le film pour la revente. De plus, aucune publicité ne sera faite pour faire connaître la sortie DVD... »
Il n’y a pas eu plus, ou moins, de publicité faite par l’ONF pour ce documentaire. Et si l’ONF veut « cacher » ce docu, pourquoi l’avoir financé? Pourquoi l’ONF offre-t-il, sur son site, des extraits du film? Un lien vers la boutique virtuelle où on peut acheter le DVD de Silence, on vaccine?
Pour une société d’État qui veut cacher la « vérité », on a déjà vu mieux...
Écoutez, je me souviens encore de mes notes dans les rares cours de science que j’ai suivis : ça me pousse à un peu d’humilité quand j’aborde le sujet. Je suis loin d’être docteur en physique quantique, disons.
C’est pourquoi, en science, je suis un mouton. Je suis la majorité.
Le cl i mat, par exemple. Bien sûr, il y a une poignée de scientifiques qui doutent du réchauffement climatique. Mais l’immense majorité des experts qui font métier d’étudier le climat disent qu’il se réchauffe. Et que c’est la faute de l’homme. Je suis de leur bord. Autre exemple: l’évolution. Oui, il y a des biologistes qui pensent que l’homme a été créé par le « dessein intelligent » de Dieu. Mais l’immense majorité des biologistes sont convaincus que l’homme descend du singe, dont la naissance est une sorte d’accident de la nature mais qui s’est si bien adapté qu’il peut désormais, ce singe, regarder Occupation double sans faire de crise d’épilepsie...
Je suis de leur bord. Du bord du consensus.
Et c’est la même chose avec les vaccins. Je suis du bord du consensus. Et le consensus dit que, sans être 100% inoffensive, la vaccination est un plus pour l’homme.
La vaccination massive a éradiqué une nuée de maladies infectieuses mortelles et débilitantes. Ne plus mourir en bas âge de la poliomyélite, par exemple? Pardonnez-moi de croire que c’est une avancée formidable.
Chaque époque a ses psychoses. À 15 ans, ma mère me traînait dans des conférences de conspirationnistes. Je me souviens, un dimanche d’été, à l’ UQAM, un conférencier nous assurait, rétroprojecteur en renfort, que le sida était une création du gouvernement américain. C’était en 1987. Et, pour lui, c’était clair: le sida, c’est la CIA qui l’a disséminé, à travers le Coke diète... Ben quoi? Le Coke diète et le sida sont apparus aux États-Unis à peu près en même temps. Avouez que c’est louche...
Aujourd’hui, le sida n’est plus à la mode au supermarché de la peur. La peur, c’est comme les poires: ça ne reste pas frais longtemps. À chaque époque ses angoisses, intimement liées à l’actualité. Aujourd’hui, la psychose, c’est la grippe et les vaccins.
Autre époque, mêmes conférences qui carburent à la peur. Ma collègue Pascale Breton a parlé à l’un de ces Einstein du complot grippal, qui dissémine son message de sceptique dans des conférences à 20$ le ticket.
J’en retiens que la conférence, comme la pilule, c’est une industrie...
Antoine Vitkine, dans son livre Les nouveaux imposteurs, a superbement décortiqué la mécanique des t héories du complot et les tactiques de leurs adeptes. À L’Express, il a déclaré, en 2008, en parlant du 11 septembre: « La théorie du complot apporte un certain confort à ceux qui y adhèrent, parce qu’elle donne une explication simpliste. Il est plus rassurant de rationaliser le mal, de se dire que le mal est le fruit des manigances du gouvernement américain et non des agissements de terroristes radicaux. »
Répétez après moi: il est rassurant de rationaliser le mal. J’aime cette phrase. Toute la psychose de notre époque est là, dans ces sept petits mots. Un peu de notre crédulité, aussi.

L’opposition au vaccin inquiète les autorités canadiennes  -  Malorie Beauchemin
OTTAWA — Le scepticisme grandissant dans la population à l’égard du vaccin contre la grippe A ( H1N1) inquiète les autorités de la santé publique, qui c ra ignent que l a pandémie ne soit aggravée parce que trop de Canadiens refusent l’injection. « L’idée que des gens pou r r a i e nt choisir de ne pas être immunisés est préoccupante », a estimé hier l’administrateur en chef de l’Agence de santé publ i q u e du Ca n a d a , le Dr David Butler-Jones.
Depuis plusieurs semaines, des pétitions contre une vaccination de masse, des doutes sur les effets secondaires du vaccin ainsi que des allégations de complot au profit des sociétés pharmaceutiques se sont multipliés et ont malmené les efforts du gouvernement à convaincre la population de l’importance de se faire vacciner contre le virus de la grippe A (H1N1).
Or, le Dr Butler-Jones met la population en garde: « Moins de gens immunisés, ça va vouloir dire plus de gens aux soins intensifs, plus de gens dans les hôpitaux et plus de gens infectés par le virus contraints de se soigner à la maison. »
« Si davantage de gens sont immunisés, ça protégera non seulement eux-mêmes, mais les autres autour, a-t-il ajouté. Éventuellement, la seule façon d’enrayer complètement la pandémie, c’est soit d’être tous infectés, ou tous immunisés. Je préfère la deuxième option. »
Au début du mois, un sondage Harris-Décima pour La Presse Canadienne avait révélé que 45% des Canadiens seulement affirmaient avoir l’intention de se faire vacciner contre la grippe A (H1N1).
« Personnellement, je ne voudrais pas conseiller à ma famille de refuser un vaccin qui les protégerait et assister ensuite à la mort d’un de mes enfants », a tranché le Dr Butler-Jones, qui estime, à la veille d’une possible deuxième vague de la pandémie, que la population ne devrait pas craindre le vaccin tant attendu.
Deux vaccins
Par ailleurs, les analyses du ministère de la Santé ont révélé que le fait d’être immunisé contre l’influenza saisonnière n’augmenterait pas le risque de contracter une forme sévère du virus de la grippe A (H1N1). Ottawa recommande donc aux personnes à risque de se faire vacciner, comme chaque année, contre le virus de la grippe saisonnière, en plus du vaccin contre la pandémie actuelle, qui doit être disponible au Canada à partir de la mi-novembre.

Complot ou menace réelle?  -  Pascale Breton
La menace d’une pandémie de grippe A (H1N1) – et surtout la vaccination massive qui se mettra en branle cet automne– suscite une suspicion et des questionnements grandissants.
Jean-Jacques Crèvecoeur et Cyrinne ben Mamou dénoncent le complot des compagnies pharmaceutiques, des gouvernements et de l’OMS dans le but d’organiser une campagne de vaccination obligatoire contre la grippe A(H1N1).
Certains crient à la théorie du complot. D’autres multiplient les mises en garde alarmistes dans les boîtes de courriel.
À les croire, c’est une pandémie inventée par les compagnies pharmaceutiques pour s’en mettre plein les poches. Le vaccin est dangereux; il a été volontairement contaminé pour provoquer un génocide de masse. Les gouvernements vont obliger la population à se faire vacciner, à la pointe du fusil s’il le faut.
« Je veux réveiller les gens sur le fait que nous sommes en train d’être manipulés. » Jean-Jacques Crèvecoeur s’est, quant à lui, donné pour mission d’alerter la population québécoise sur les dessous de la grippe A (H1N1) en organisant une quinzaine de conférences dans cinq villes du Québec, dont Montréal, cet automne.
Spécialisé en philosophie et en physique quantique, une branche de la physique moderne, M. Crèvecoeur ne croit pas les discours officiels. Tant l’Organisation mondiale de la santé que les gouvernements et les médias sont à la solde des compagnies pharmaceutiques, dit-il.
Dans ses conférences – il faut débourser 20$ pour y assister –, il se questionne sur la menace réelle de pandémie et met en doute le bien-fondé des vaccins. Mais il se défend de vouloir faire peur à la population: « Moi, je préviens les gens qu’ils sont en train de se faire avoir. »
Ce qu’il craint par-dessus tout? « Que les gouvernements obligent les gens à se faire vacciner. » Comme plusieurs autres, il est persuadé que c’est ce qui va se produire.
La Loi sur la santé publique du Québec prévoit que le gouvernement peut « ordonner la vaccination obligatoire de toute la population ou d’une certaine partie de celle-ci contre la variole ou contre une autre maladie contagieuse menaçant gravement la santé de la population » en cas d’urgence sanitaire.
« C’est un pouvoir qui existe, qu’on s’est donné pour une situation très particulière, où le taux de mortalité serait très élevé, pour la variole par exemple, mais on est très loin de ça. C’est plus théorique que réel », assure pour sa part le directeur de la protection de la santé publique du Québec, le Dr Horacio Arruda.
Même lorsque le Ministère envisageait un taux d’attaque de 35% de la grippe et prévoyait un taux de mortalité supérieur à ce qu’il est actuellement, il n’a jamais été question d’une vaccination obligatoire.
« Ça demeure une vaccination volontaire, fortement recommandée surtout aux personnes à risque », affirme le Dr Arruda.
Théorie du complot
La grippe A ( H1N1) semble un sujet de prédilection pour les adeptes de la théorie du complot. L’un des nombreux documents qui circulent affirme, références à l’appui, qu’une journaliste scientifique autrichienne aurait intenté des recours judiciaires notamment contre l’OMS, qu’elle accuserait de génocide planifié à l’aide de vaccins contaminés.
« Les théories du complot ont toujours été appuyées sur des citations d’apparence scientifique. Pourtant, ça ne repose sur aucune base. Ce sont des experts autoproclamés. Je peux trouver plein de gens qui pensent que la Terre est plate », commente André-A. Lafrance, professeur au département de communication de l’Université de Montréal.
Le dossier de la grippe A (H1N1) est très complexe alors que tout le monde a besoin de simplifier les choses. « Quelle merveilleuse façon de simplifier les choses que de croire qu’il y a un complot! » ajoute-t-il.
Titulaire de la chaire de recherche en relations publiques et communications marketing à l’Université du Québec à Montréal, Bernard Motulsky abonde dans son sens. « Ce n’est pas nouveau comme attitude de penser que des forces occultes gouvernent le monde. »
« L’internet permet à n’importe qui d’émettre à peu près n’importe quelle idée. La force vient du fait que ça se dissémine très rapidement, et plus il y a de gens qui y croient, plus les médias s’en mêlent », déclare M. Motulsky.
Comment faire la part des choses ? Les Sceptiques du Québec affirment qu’il faut se baser sur la méthode scientifique avant tout. Mettre en opposition les experts dans le dossier de la grippe A (H1N1) apporte aussi un éclairage intéressant, souligne le porteparole, Pierre Cloutier.
« Les gens voient deux experts, mais il y en a un qui représente des milliers de scientifiques, si ce n’est pas des millions, alors que l’autre représente un petit groupe de quelques personnes, mais qui sont très volubiles. »

Le point sur le vaccin
Même si les responsables de la santé publique rappellent l’importance de la vaccination, la population demeure divisée à ce sujet.
En fait , il n’y aura pas un, mais plusieurs vaccins contre la grippe A ( H1N1). Chaque compagnie pharmaceutique a travaillé à partir de la même souche du virus, mais pour produire un vaccin propre à chacune des compagnies, selon ses procédés de fabrication.
Au Canada, GlaxoSmithKline ( GSK) a le contrat d’exclusivité. « Le procédé de fabrication sera strictement identique à celui du vaccin contre la grippe saisonnière » , explique le Dr Philippe De Wals, président du comité sur l’immunisation du Québec et médecin-conseil à l’Institut national de santé publique du Québec.
Le vaccin pandémique disponible au Canada contient un adjuvant et un agent conservateur. Le premier est ajouté pour stimuler la réponse immunitaire. L’adjuvant retenu par GSK est le AS03.
Il s’agit « essentiellement de vitamine E » qui crée de petites gouttelettes de liquide dans le vaccin, indique le Dr De Wals, également professeur à l’Université Laval.
Cet adjuvant est l’un des moins connus sur le marché, reconnaît-il. Mais il s’apparente au squalène, utilisé de longue date en Europe.
Ce produit a été mis en cause dans une étude qui révélait que d’anciens combattants de la guerre du Golfe avaient eu des séquelles après avoir reçu un vaccin qui en contenait.
L’Organisation mondiale de la santé a par la suite indiqué que cette étude avait « des faiblesses techniques » et rappelé que cet adjuvant est utilisé depuis longtemps dans la production de vaccins antigrippaux. Administré à plus de 22 millions de doses, il n’a pas provoqué « de manifestations postvaccinales indésirables », dit l’OMS.
Au Québec, un vaccin sans adjuvant sera administré aux femmes enceintes et aux bambins parce que le vaccin avec adjuvant n’a pas été testé pour ces deux groupes de population, précise le Dr De Wals.
Quant au conservateur contenu dans le vaccin de GSK, il s’agit de thiomersal. Il est nécessaire pour éviter les contaminations bactériennes avec les vaccins multidoses.
« C’est un produit utilisé depuis des dizaines d’années, notamment dans le vaccin saisonnier, qui n’a jamais donné l’autisme », bien que des études aient tenté de démontrer le contraire, souligne le Dr DeWals.


Deux campagnes de vaccination
La campagne de vaccination contre l’influenza saisonnière sera repoussée au mois de janvier pour laisser toute la place à celle contre la grippe A (H1N1), a confirmé hier la direction de la santé publique du Québec. Si les dernières analyses sont concluantes, les premières doses pourront être administrées à partir du 15 novembre.
La vaccination contre la grippe A (H1N1) pourrait commencer le 15 novembre. Celle contre l’influenza saisonnière sera repoussée à janvier.
« Com me la menace de la grippe A ( H1 N1) est à l’automne, on préfère conserver nos énergies », a expliqué hier le directeur de la protection publique du Québec, le Dr Horracio Arruda. « Mais si l’on se rend compte que la souche de la grippe saisonnière circule avant son pic normal, qui survient généralement après le temps des Fêtes, là on pourrait rendre des doses disponibles pour les gens plus susceptibles de l’attraper. »
Les résultats de récentes études canadiennes qui semblent indiquer que le fait d’être vacciné contre la grippe saisonnière augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1) ont été pris en considération dans la décision de repousser la vaccination contre la grippe saisonnière, a indiqué le Dr Arruda.
Hier, les autorités québécoises et canadiennes se sont toutefois empressées de mentionner que ces résultats étaient préliminaires car ils n’ont pas franchi l’étape de la validation aux fins de publication.
« Nous sommes au courant des études mentionnées dans les médias qui pourraient montrer un lien entre la vaccination contre la grippe saisonnière et la susceptibilité de contracter le virus de la grippe A (H1N1) et nous les examinons attentivement », a affirmé la Dre Patricia Huston de la Direction générale des maladies infectieuses et des mesures d’urgence de l’Agence de la santé publique du Canada.
« Ce sont des observations surprenantes car nous savons aussi qu’il existe des études si m ila i res réa lisées da ns d’autres pays qui n’appuient pas les observations faites au Canada, a-t-elle poursuivi. Pour le moment, nous ne pouvons pas dire pourquoi les résultats des études sont différents. Mais un examen i ndépenda nt des d iverses méthodologies est en cours pour en déterminer la cause. »
Le gouvernement du Canada a commandé 50,4 millions de doses du vaccin contre la grippe A (H1N1). Comme le recommande l’Organisation mondiale de la santé, les vaccins contiendront de l’adjuvant, une substance composée d’huile et d’eau qui permet de renforcer le système immunitaire, mais qui cause parfois des effets secondaires.
En conséquence, 1,8 million de doses sans adjuvant ont été commandées pour les femmes enceintes et les enfants âgés de moins de 3 ans.
«La vaccination est l’une des mesures efficaces de l’histoire moderne pour prévenir les pandémies, a souligné le Dr Arruda. Il demeure encore clair que les bénéfices de la vaccination dépassent les inconvénients des effets secondaires.»
Selon le gouvernement canadien, 78 personnes sont décédées depuis l’éclosion du virus en avril. Par ailleurs, 16 personnes atteintes de la maladie seraient actuellement hospitalisées au pays. De 2000 à 8000 personnes meurent chaque année au pays de l’influenza.


Grippe saisonnière / La campagne de vaccination mise sur la glace  -  Pascale Breton
La direction de la santé publique du Québec remet en question la campagne de vaccination contre la grippe saisonnière cette année, au point de la mettre sur la glace pour les prochains mois, a appris La Presse.
Des études préliminaires, en cours de validation, semblent montrer que le fait d’avoir été vacciné contre la grippe saisonnière augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1).
Les provinces tergiversent depuis quelques semaines déjà à savoir si elles doivent lancer deux campagnes de vaccination simultanément, l’une contre la grippe A (H1N1) et l’autre contre l’influenza saisonnière.
De nouvelles études menées au Canada, notamment au Québec, en Ontario et en Colombie-Britannique, donnent maintenant du poids à leur hésitation. Les études semblent montrer que le fait d’avoir été vacciné contre la grippe saisonnière augmente le risque de contracter la grippe A (H1N1).
Il s’agit toutefois de résultats préliminaires puisque les études n’ont pas encore franchi le cap de la validation aux fins de publication. Les chercheurs refusent d’ailleurs de faire part officiellement de leurs conclusions.
«Actuellement, c’est en évaluation par les pairs. Les autres scientifiques regardent nos données pour évaluer la qualité de la méthodologie. Tant qu’on n’a pas les résultats de cette évaluation, on ne peut pas parler des résultats », a indiqué le Dr Gaston De Serres, médecin épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), l’un des auteurs d’une étude.
« Aucun résultat ne peut être considéré comme concluant ava nt la fin du processus d’examens par les pairs », at-on par ailleurs indiqué à l’Agence de santé publique du Canada. D’autres études similaires menées ailleurs dans le monde n’ont d’ailleurs pas donné les mêmes résultats, ajoute-t-on.
Pou r le m inistère de la Santé et des Services sociaux du Québec, les informations disponibles semblent toutefois suffisantes pour mettre la campagne de vaccination saisonnière sur la glace, du moins momentanément.
Selon ce qu’il a été possible d’apprendre, la campagne sera retardée pour laisser toute la place à la campagne de vaccination contre la grippe A (H1N1) qui doit débuter à la mi-novembre. Le directeur de la protection publique du Québec, le Dr Horacio Arruda, devrait en faire l’annonce en conférence de presse cet après-midi.
Hier, l’Ontario a pris une décision en ce sens, modifiant son calendrier de vaccination habituel.
Au Q uébec , plu sieu rs cliniques médicales annonçaient pourtant depuis quelques semaines déjà les dates de vaccination contre l’influenza saisonnière, principalement pour les personnes à risque, soit dans ce cas les personnes âgées, les malades chroniques et les jeunes enfants.
La décision de retarder la campagnehabituelle automnale donnera le temps nécessaire aux experts de la santé publique pour étudier l’évolution du virus dans la société. La vaccination contre la grippe saisonnière pourrait ensuite débuter, au début de l’année prochaine probablement, explique le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
Québec a pris une sage décision, croit-il. « Il faut probablement donner la priorité au virus H1N1 parce qu’on sait que c’est ce qui circule actuellement. »
Il est rare que deux virus de la grippe circulent en même temps, précise aussi le Dr Weiss. Lorsqu’une majorité de Québécois qui le souhaitent auront été vaccinés, les responsables de la santé publique pourraient peut-être envisager une vaccination contre la grippe saisonnière, d’autant plus qu’elle semble circuler plus tard depuis quelques années, apparaissant souvent en janvier.
Québec doit par ailleurs apporter d’autres précisions concer na nt la vacc i nation contre la grippe A (H1N1). À la suite d’un avis des experts de l’INSPQ, la santé publique devrait ainsi recommander aux femmes enceintes et aux jeunes enfants d’opter pour le vaccin sans adjuvant.
L’adjuvant est un produit ajouté au vaccin afin de stimuler une meilleure réponse immunitaire et produire plus de doses. Ce type de vaccin peut toutefois entraîner des effets secondaires et n’a pas été testé sur les deux groupes à risque.

Même la traditionnelle bise est menacée  -  Marc Thibodeau
Psychose de la grippe A (H1N1) en France
La campagne actuelle de sensibilisation à la grippe A (H1N1) en France risque-t-elle de « rendre fous » les citoyens de l’Hexagone ? La question a été posée publiquement alors que des gestes quotidiens comme la bise sont maintenant proscrits. Et parfois remplacés par des coeurs en papier.
PARIS — Le virus de la grippe A (H1N1) fait peur en France, au point de compromettre des pratiques culturelles apparemment immuables comme la bise.
Aux Mathes, dans l’ouest de la France, 86 élèves et leurs enseignants ont été retenus dans un camp de vacances à la fin du mois d’août après que deux cas de grippe A (H1N1) eurent été détectés parmi le groupe.
C’est le cas notamment à l’école maternelle Jea n-Le Brun, à Guilvinec, où la direction a décidé d’interdire aux enfants cette salutation rituelle dans l’espoir de limiter les risques de contagion.
«On a mis en place un système de boîtes à bisous. Les enfants, plutôt que de faire la bise à leurs instituteurs ou leurs petits copains, leur donnent des petits coeurs en papier», a expliqué hier à La Presse une adjointe administrative de l’établissement, Brigitte Le Goff.
«Nous leur faisons aussi préparer des coffrets à bisous qu’ils vont pouvoir mettre dans leurs casiers», a ajouté la porte-parole, qui dit avoir obtenu une excellente collaboration des élèves.
Bien qu’elle n’ait pas connu de large écho dans le réseau d’éducation national, l’initiative de Guilvinec reflète les précautions prises par plusieurs entreprises du secteur privé, qui mettent en garde leurs employés contre les contacts «inutiles».
C’est le cas notamment de la firme d’assurances Axa, qui a mis en place une ligne téléphonique pour que les salariés puissent s’informer sur la maladie et les comportements à éviter.
Dans les rencontres publiques, il est désormais courant d’éviter la bise. Une journaliste rapporte que lors d’une récente conférence de presse, ses collègues se saluaient par un léger hochement de tête à la japonaise.
Ces marques de prudence, justifiées ou pas, dépriment le j ournaliste Pascal Riché, du site Rue89, qui ironise sur le fait que les « êtres humains ne se rendaient pas compte jusque-là des risques qu’ils prenaient en se touchant ». « La campagne actuelle (de sensibilisation) risque de nous rendre fous. Dans les entreprises, on commande des masques par dizaines de milliers... On surnettoie les poignées de porte, on espace les chaises dans les cantines, on barbote dans le gel hydroalcoolique, on se lingette, on se virucide, on s’aseptise », déplore-t-il.
Mutation dangereuse ?
Les médias alimentent largement les préoccupations de la population en multipliant les reportages sur le virus, qui a fait moins d’une demi-douzaine de morts dans l’Hexagone j usqu’à maintenant. Le quotidien Le Parisien, commentant le « choc » causé par la mort « foudroyante » d’un homme d’une trentaine d’années qui n’avait aucune ma ladie con nue ava nt de contracter le virus, souligne dans un récent numéro que « personne n’est à l’abri ».
Le Monde, plus posé, met en opposition deux chercheurs qui ne s’entendent pas sur les risques que pose le virus. L’un parle d’une grippe « unique » qui aurait peut-être connu récemment une mutation dangereuse. L’autre rappelle que la mortalité liée au virus reste sensiblement inférieure à celle de la grippe saisonnière.

LE VACCIN INQUIÈTE
En France, le débat s’étend aussi à la campagne de vaccination qu’entend lancer sous peu le gouvernement pour tenter d’endiguer la progression du virus. Dans une lettre ouverte, une députée européenne écologiste, Michèle Rivasi, s’inquiète des effets secondaires potentiels du vaccin qui sera utilisé et somme la ministre de la Santé, Roselyne Bachelot, de ne pas se « précipiter » dans ce dossier. Mme Bachelot précise pour sa part que le vaccin ne pose aucun risque et écarte les critiques qui l’accusent d’apeurer les Français en multipliant les mises en garde.

A (H1N1)  20 % des Canadiens vaccinés en priorité  -  Catherine Handfield
Au Canada, six groupes seront vaccinés en priorité contre la grippe A (H1N1) : les personnes atteintes de maladie chronique, les femmes enceintes, les enfants d’âge préscolaire, les résidants des communautés éloignées ou isolées, les travailleurs de la santé et les gens qui habitent avec des personnes à risque élevé.
C’est ce qu’a annoncé hier l’Agence de la santé publique du Canada, qui a produit à l’intention des provinces et des territoires un document d’orientation sur la séquence de la vaccination.
E nv i ron 7 m i l l ion s de Canadiens entrent dans l’une ou l ’au t r e d e s c a t é go r ie s visées, soit le cinquième de la population totale. Les catégories ne sont pas classées selon un ordre de priorité, a précisé David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada.
« Chaque groupe est important, a-t-il déclaré au cours d’un point de presse à Ottawa. Les provinces et les territoires vont utiliser le guide dans leurs opérations de planification, mais ils sont libres de les interpréter en fonction de la situation et des circonstances locales. » Québec expliquera les détails de son plan de vaccination cet après-midi en conférence de presse.
Les gens qui n’entrent pas da ns les catégories déterminées pourront également recevoir le vaccin en début de campagne, a indiqué David Butler-Jones.
Lancement en novembre
« Au Canada, nous n’avons pas besoin d’un programme de rationalisation, a-t-il assuré. Nous n’allons pas renvoyer les gens. Le but est plutôt d’encourager les gens à risque à se présenter rapidement pour recevoir le vaccin. »
GlaxoSmithKline, à qui le gouvernement fédéral a commandé 50,4 millions de doses de vaccins, commencera ses essais cliniques au Canada à la fin de ce mois-ci ou au début du mois d’octobre, a indiqué Marie-Christine Beauchemin, responsable des communications de la société. Les essais se feront sur 2000 Canadiens dans 30 endroits différents.
Santé Canada devra approuver le vaccin avant le lancement de la campagne, qui commencera au début du mois de novembre, prévoit David Butler-Jones. À la mi-octobre, le gouvernement fédéral devrait avoir reçu entre sept et 10 millions de doses. La production se fait au rythme de 3,5 millions de doses par semaine.
Une seule injection pourra it êt re su f f isa nte, selon les premiers résultats d’essa is cl i n iques menés pa r GlaxoSmithKline en Europe.
« Nous espérons que les Canadiens vont retrousser leurs manches et recevoir le vaccin, une procédure simple qui peut réellement faire une différence », a dit le Dr Butler-Jones.
Par ailleurs, l’activité grippale est demeurée « relativement basse » cette semaine. Deux Canadiens sont morts, portant le bilan des victimes à 76 depuis l’éclosion du virus, en avril.

A (H1N1) 
OTTAWA ENVOIE DES SACS À CADAVRES À DES RÉSERVES DU MANITOBA
Santé Canada a envoyé des sacs mortuaires à des communautés autochtones du Manitoba dans le cadre des mesures de prévention contre la grippe A (H1N1). La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a demandé à son sous-ministre d’enquêter. Des réserves du nord de la province ont reçu des dizaines de sacs à cadavres, livrés en même temps que du désinfectant et des masques. C’est Santé Canada qui a envoyé ce matériel en vue d’une deuxième éclosion du virus, a indiqué le grand chef David Harper. L’affaire a suscité l’indignation des chefs autochtones du Manitoba et de nombreuses questions. « Je me demande si les responsables de la Santé savent des choses que nous ignorons », a dit David Harper, qui se dit « horrifié » par la situation. La ministre Aglukkaq, qui a ordonné une « enquête immédiate » dans ses services, affirme ignorer les circonstances de l’envoi. « Présentement, je me pose les mêmes questions que vous », a-telle dit. Les réserves du Manitoba ont été frappées durement lors de l’éclosion de la grippe au printemps, avec un taux d’infection 20 fois plus élevé que la population générale, selon les données des autorités locales.



La grippe A(H1N1) contagieuse pendant plus d’une semaine  -  Pascale Breton
Au moins 15% des personnes infectées par le virus de la grippe A ( H1N1) sont toujours contagieuses plus d’une semaine après l’apparition des premiers symptômes, révèle une nouvelle étude québécoise.
Les autorités de santé publique considéraient jusqu’à aujourd’hui qu’un isolement d’une semaine était suffisant dans le cas de la grippe A(H1N1).
Présentée ce matin dans le cadre de l’Interscience Conference in Antimicrobial and Chemotherapy, un congrès international qui se tient à San Francisco, l’étude indique en revanche qu’aucun sujet n’était toujours contagieux au bout de 10 jours.
Ces nouvel les informations concernant la grippe A (H1N1) pourraient changer la donne. À ce jour, la directive des autorités de santé publique préconisait de rester en isolement pendant sept jours si l’on développait des symptômes grippaux.
Or, les chercheurs savent maintenant que 15% des participants à l’étude étaient toujours contagieux au huitième jour.
« Ça sera aux autorités de santé publique de prendre en considération cette étude, à la lumière d’autres études faites en ce moment à travers le monde, afin de voir s’il y a lieu ou pas de changer les recommandations en ce qui a trait à l’isolement des sujets atteints », indique le Dr Guy Boivin, du Centre hospitalier universitaire de Québec, l’un des chercheurs principaux de l’étude.
Le projet de recherche a réunit une quinzaine de chercheurs québécois d’horizon aussi divers que l’épidémiologie, la virologie ou l’infectiologie. L’initiative a été lancée au printemps par le Fonds de la recherche en santé du Québec (FRSQ), avec la collaboration de l’Institut national de santé publique du Québec. Une subvention de 250 000$ a été accordée aux chercheurs pour leurs travaux.
Cette étude « montre la capacité des chercheurs au Québec de réagir rapidement à des défis de santé », s’est réjoui le président et directeur général du FRSQ, Yves Joanette.
Dans un premier temps, les chercheurs voulaient évaluer la contagiosité du virus. Ils ont rencontré 65 familles québécoises dont au moins une personne avait été infectée par le virus. Au total, près de 200 participants ont été rencontrés.
Des analyses sanguines ont aussi été prélevées chez les participants afin de déterminer quelle proportion de la population est infectée sans pour autant développer de symptômes grippaux. Ces résultats devraient être connus d’ici quatre à six semaines.
Après avoir présenté un abrégé de leurs travaux, le groupe de chercheurs tentera maintenant de publier son étude dans une revue spécialisée.
D’ici là, ils continuent de suivre les derniers développements du virus. Il en est d’ailleurs beaucoup question lors du congrès qui se tient à San Francisco. Ce qui se passe actuellement dans le sud des États-Unis, où la saison grippale est revenue avec plus de vigueur, est un bon indicateur de ce à quoi il faut se préparer au Québec, croit d’ailleurs le Dr Boivin.
« C’est une question de temps, de mois ou de semaines, avant qu’on ne soit frappé de nouveau par une deuxième vague de H1N1 » , croit le chercheur.
Les dernières données disponibles concernant la grippe A (H1N1) révèle que le virus a fait 74 morts au Canada, dont 26 au Québec.


Les femmes enceintes devraient se tenir loin des grandes foules  -  Catherine Handfield
L’Agence de la santé publique du Canada lance une campagne publicitaire pour rappeler les précautions visant à prévenir et à réduire la propagation de la grippe A ( H1N1). Par ailleurs, les personnes à risque, dont les femmes enceintes, devraient songer à ne pas prendre part à de grands rassemblements.
La ministre fédérale de la Santé, Leona Aglukkaq, a annoncé hier le lancement d’une campagne publicitaire à l’approche d’une seconde vague du virus. Dès le 14 septembre, les Canadiens pourront entendre des publicités à la radio et les voir dans les transports en commun et sur l’internet.
La campagne durera quatre semaines, a précisé l’administrateur en chef de la santé publique du Canada, David Butler-Jones, qui prête sa voix à certaines publicités radio.
Les publicités rappellent de se laver les mains, de tousser dans sa manche et de désinfecter les poignées de porte et autres surfaces fréquemment touchées. On conseille aussi aux gens atteints du virus de rester à la maison et aux personnes à risque de joindre leur médecin si elles présentent des symptômes grippaux.
Une étude publiée hier dans la revue américaine Science suggère que les campagnes intensives de vaccinationdevraientcommencer au moins unmois avant l’apogée de la pandémie, puisque deux doses du vaccin administrées à trois semaines d’intervalle pourraient être nécessaires.
Que fera le Canada si l’épidémie commence en octobre? « Nous aurions déjà en notre possession plusieurs doses disponibles », a répondu le Dr Butler-Jones, soulignant que la production s’élève à 3,5 millions de doses par semaine. Les clientèles à risque seraient vaccinées en priorité.
Des précautions
Par ailleurs, l’Agence de santé publique a publié hier deux nouveaux feui l lets de direc tives qu’on peut consulter sur son site web (www. santepublique. gc. ca).
Le premier est une version plus détaillée des consignes d’hygiène généra les . Le second s’adresse aux organisateurs et participants à de grands rassemblements, comme les manifestations sportives, les concerts ou les remises de diplômes, par exemple.
Les autorités conseillent aux personnes à risque, soit les femmes enceintes et les personnes immunodéficitaires, « d’envisager de ne pas assister à ce genre de rassemblement ». Les personnes atteintes du virus, quant à elles, ne devraient pas s’y présenter.


Grippe A (H1N1) : les femmes enceintes pourront opter pour un vaccin sans adjuvant
TORONTO — Le Canada offrira des vaccins sans adjuvant contre la grippe A (H1N1) aux femmes enceintes qui, autrement, auraient pu choisir de ne pas se faire vacciner, a indiqué le premier administrateur en chef de la santé publique du Canada.
Le docteur David Butler-Jones a confirmé à La Presse Canadienne que le Canada achètera 1,2 million de doses du vaccin sans adjuvant. Celles-ci seront réservées aux femmes enceintes, qui courent de plus gra nds risques d’être malades et même de mourir si elles contractent le virus.
Un adjuvant est un composé qui stimule la réaction du système immunitaire au vaccin, permettant d’utiliser de moindres doses pour chaque personne. Le Canada a choisi de s’approvisionner en vaccins avec adjuvant à la suite des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, qui a suggéré aux pays populeux d’utiliser des techniques de vaccination favorisant « l’économie d’antigènes » afin de maximiser l’approvisionnement mondial.
Alors que quelques pays européens utilisent des vaccins avec adjuvant depuis plusieurs années, aucun des vaccins homologués au Canada ne contient un adjuvant. Et il n’existe aucune donnée relative à l’utilisation d’un vaccin avec adjuvant pour les femmes enceintes – une situation qui en fait hésiter plus d’une à faire usage de toute forme de médicament ou de thérapie.


A (H1N1) SOMMES-NOUS PRÊTS AU PIRE ?  -  Pascale Breton
Le virus de la grippe A (H1N1) a déjà fait 2185 victimes et infecté près de 210 000 personnes dans le monde. Alors que plusieurs pays se préparent à combattre ce fléau, des voix s’élèvent pour affirmer que le Canada fait preuve de lenteur. Sera-t-il prêt
Le Canada se prépare depuis plusieurs années à affronter une pandémie, stockant antiviraux, masques et gels antibactériens. Mais tout pourrait basculer si la deuxième vague attendue de grippe A (H1N1) frappe trop tôt cet automne, avant que le vaccin ne soit prêt
Le fédéral et les provinces se préparent à une campagne de vaccination massive à compter de la mi-novembre. Le vaccin ne sera pas obligatoire, mais 50 millions de doses seront disponibles au pays. Les autorités estiment que jusqu’à 30% de la population pourrait être touchée par la maladie.
Si l’apogée de la grippe survient en janvier, comme c’est le cas depuis quelques années avec l’influenza saisonnière, tout pourrait bien se passer.
« Ce serait un scénario idéal parce qu’on aurait le temps de vacciner tout notre monde avant que le virus ne commence à circuler. Et avec une bonne vaccination, on réduirait considérablement l’impact de la maladie », estime le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec et professeur en épidémiologie à l’Université Laval.
Le problème est que la deuxième vague de grippe A(H1N1) pourrait aussi frapper dès le mois de novembre, comme ce fut souvent le cas avec la grippe saisonnière par le passé.
Dans ce cas, le Canada n’est pas prêt, estime le Dr Paul Hébert, éditeur du Journal de l’Association médicale canadienne, qui signe un éditorial cette semaine pressant le gouvernement de vacciner plus rapidement les personnes à risque.
« Idéalement, il faudrait pouvoir vacciner les gens deux mois avant que le virus ne frappe, de façon à protéger le plus de monde possible », explique le Dr Hébert.
À ce jour, il estime que tant le fédéral que les provinces se sont bien préparés pour faire face à la pandémie. Les plans d’action semblent complets et sont mis à jour régulièrement.
Mais malgré toute la préparation possible, il n’existe que deux façons de prévenir la crise : l’accès à des antiviraux pour les personnes vulnérables et la vaccination. « On était prêts, mais tout à coup, il faut attendre jusqu’en novembre pour avoir le vaccin », déplore le Dr Hébert.
Tous les pays sont engagés dans la course à la production d’un vaccin. Des essais cliniques ont débuté au cours de l’été. Mais dans le meilleur des cas, il serait surprenant qu’un vaccin soit disponible avant octobre, estiment plusieurs. Stocks de masques, d’antiviraux et de gels antibactériens
Au Québec, tant les hôpitaux que les écoles, les universités, les établissements publics et de nombreuses entreprises disposent d’un plan d’action pour agir face à une pandémie.
Au cours des dernières semaines, une trentaine de collèges ont ainsi fait affaire avec la firme Prudent, un groupe-conseil spécialisé dans la gestion des risques et la planification des mesures d’urgence, expliquait récemment le président-directeur général de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher, en rencontre à La Presse.
Comme plusieurs, l’Université de Montréal a fait installer 200 distributrices de gel antibactérien sur son campus. À l’entrée des hôpitaux, des agents de sécurité rappellent aux visiteurs de se désinfecter les mains.
Chaque hôpital dispose aussi d’une réserve de masques N-95 pour une semaine. Par la suite, en cas de besoin, ils pourront s’approvisionner dans la réserve nationale constituée par Québec.
« Nous sommes constamment en train de mettre nos lignes directrices à jour pour adapter nos pratiques selon les avancées médicales », souligne la porte-parole du ministère de la Santé et des Services sociaux, Dominique Breton.
Difficile toutefois de s’assurer que toutes les mesures mises en place seront les bonnes. Ce n’est qu’une fois la crise passée, rétrospectivement, qu’on le saura, rappelle le Dr Brian Ward, directeur adjoint du Centre de recherche en maladies infectieuses et microbiologie du Centre universitaire de santé McGill.
« Nous sommes beaucoup mieux préparés que la grande majorité des pays et ce, malgré un délai très court », croit le Dr Ward. Il y a déjà plusieurs années que le Canada a signé un contrat avec la compagnie GlaxoSmithKl ine, l’assurant ainsi d’avoir accès à des doses suffisantes de vaccin lorsque cela serait nécessaire, rappelle-t-il.
Cet après-midi, des partenaires du Ministère de la Santé feront le point sur la situation au Québec.

Faut-il craindre le vaccin?  -  Pascale Breton
Pétition contre une vaccination de masse, rumeurs de complot des grandes pharmaceutiques, doutes quant à l’innocuité du vaccin, les allégations circulent allègrement au sujet de la grippe A (H1N1).
Selon sondageLaPresseCanadienneHarris-Décima, seulement 45 % des répondants au Canada (48% au Québec) ont affirmé avoir l’intention de se faire vacciner.
Faut-il craindre le vaccin en préparation? Non, répondent les experts consultés. Même s’il est vrai que le vaccin peut entraîner des effets secondaires inconnus à ce jour, qui n’auraient pas été décelés lors des essais cliniques.
Ces effets secondaires sont théoriques, rappelle le Dr Gaston de Serres, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec et professeur en épidémiologie à l’Université Laval.
« Le risque d’être malade avec le virus H1N1, lui, n’est pas théorique, il est tout à fait réel. Avec ce qui va arriver à l’automne, ceux qui ne seront pas vaccinés vont avoir une forte probabilité d’attraper le virus H1N1. S’ils l’attrapent, plusieurs vont être hospitalisés et quelques-uns vont en décéder », explique le Dr de Serres.
Comme l’Organisation mondiale de la santé le suggère en cas de pandémie, le vaccin en préparation contient un adjuvant. Il s’agit d’un produit qu’on ajoute au vaccin afin de stimuler une meilleure réponse immunitaire et de produire plus de doses.
Àce jour, rien n’indique que l’adjuvant pose problème, bien qu’il n’ait pas été testé spécifiquement sur certains groupes vulnérables, notamment les femmes enceintes, indique le Dr de Serres.
Chacun doit peser le pour et le contre, se questionner sur les bénéfices et les inconvénients de se faire vacciner ou non, croit pour sa part le Dr Brian Ward, directeur adjoint du centre de recherche en maladies infectieuses et microbiologie du Centre universitaire de santé McGill.
Après avoir subi les désagréments de la grippe A (H1N1) en juin dernier, lui-même n’hésitera pas à recommander à ses proches de se faire vacciner.
« Il n’y a aucune personne qui sera forcée de prendre le vaccin. Il s’agit de trouver un équilibre entre les craintes de la maladie et les craintes du vaccin », déclare le Dr Ward.
Les craintes face au vaccin viennent peut-être du fait que toute la population est aujourd’hui visée. Généralement, le vaccin contre l’influenza saisonnière cible plutôt des groupes précis, suggère de son côté le Dr Guy Boivin, microbiologiste et infectiologue au Centre hospitalier de l’Université Laval.
Certains se rappellent aussi cet épisode survenu en 1976, alors que des militaires américains basés au New Jersey avaient été frappés par un virus H1N1 de souche porcine, mais différente de la souche actuelle.
Les autorités avaient procédé en catastrophe à une vaccination de masse avant de se rendre compte qu’il n’y avait pas de pandémie et que le vaccin provoquait une paralysie chez certains, rappelle le Dr Boivin.
La situation est différente aujourd’hui, ajoute-t-il. « Je crois personnellement que les craintes ne sont pas justifiées. Avant de rendre un vaccin disponible, on fait des tests de sécurité et d’efficacité. »



Vaccin trouble  -  ARIANE KROL
Ot t awa of f r i ra - t-i l le vaccin contre la grippe A (H1N1) assez tôt cet automne ? La ministre fédérale de la Santé a beau répéter que oui, elle ne convainc personne. Leona Aglukkaq doit s’expliquer sur la stratégie canadienne.
La ministre Aglukkaq, qui participe à une importante conférence sur la prévention de la grippe à Winnipeg, est sur la défensive depuis mardi. Et elle se défend très mal. Nier que le Canada soit en retard, comme elle l’a fait à plusieurs reprises, n’avance à rien. Nous savons que d’autres pays comme les États-Unis, la Grande-Bretagne et l’Australie commenceront à offrir leur vaccin environ un mois avant le Canada. Pourquoi ? Pour l’instant, on n’a pas reçu l’ombre d’une explication.
Le Journal de l’A ssociation médicale canadienne a dénoncé la situation en éditorial lundi. Le Canada doit commencer à vacciner les groupes à risque plus tôt, réclament les cosignataires du texte. Une demande simple qui exige une réponse claire. Car si la grippe A (H1N1) s’est révélée moins féroce qu’on le craignait au départ, elle s’est aussi montrée d’une grande virulence envers certains groupes. Les femmes enceintes et les autochtones, par exemple, risquent beaucoup plus de souffrir de complications graves. La ministre, pourtant, n’a donné aucune garantie à leur sujet.
Mme Aglukkaq doit comprendre que la controverse ne s’éteindra pas d’elle-même. L’éditorial du Journal n’est qu’un avant-goût. Vers la mioctobre, on commencera à voir des images d’Américains et de Britanniques qui se font vacciner. Peut-être même des Australiens avant la fin de septembre. Les Canadiens vont poser des questions. Que leur répondra la ministre ? Que tout baigne puisque leur gouvernement s’occupera d’eux un mois plus tard ? Bonne chance !
Pourtant, d’après les informations que nous avons obtenues, Ottawa serait capable d’offrir le vaccin plus tôt à certains groupes à risque. C ’e s t m ê m e u n s c é n a r io envisagé pour les femmes enceintes. Par ailleurs, notre calendrier de vaccination plus tardif découlerait de certains c hoi x j u s t i f ia ble s – l ’éva - luation préalable du vaccin et la quantité commandée, entre autres. Bref, il y aurait des arguments défendables à l’appui de la stratégie canadienne. Pourquoi ne pas nous les présenter au lieu de répéter des phrases creuses qui ne rassurent personne ?
La ministre peut se compter chanceuse. Pour l’instant, les Canadiens semblent se méfier davantage du vaccin que de la grippe. Plus de la moitié n’ont pas l’intention de se faire immuniser, révélait un sondage cette semaine. Mais le vent peut tourner. Si le virus frappe tôt et, surtout, beaucoup plus gravement qu’au printemps, le vaccin risque de devenir très demandé. Si Ottawa n’est pas encore prêt à l’offrir, il va devoir s’expliquer.


La lenteur d’Ottawa critiquée  -  Mathieu Perrault
L e gouver nement fédér a l devrait commencer la vaccination contre le virus de la grippe A (H1N1) plus tôt que prévu, réclame le Journal de l’Association médicale canadienne. Sinon, des victimes inutiles dans des groupes à risque, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants, pourraient en souffrir et créer des goulots d’étranglement dans le réseau de la santé.
« Beaucoup de pays ont décidé de faire les choses de manière différente du Canada, explique Paul Hébert, l’éditeur du Journal, qui a signé l’éditorial. La manière dont Santé Canada a décidé d’approuver le vaccin fait en sorte qu’on commencera à vacciner au début décembre plutôt qu’au début octobre. Or, tout porte à penser que le pic de la grippe A (H1N1) cet automne aura lieu à la mi-décembre. Pour bien protéger les clientèles à risque, comme les femmes enceintes, les autochtones et les jeunes enfants, il faut commencer à vacciner début octobre. »
Des tests nécessaires
Selon le Dr Hébert, Santé Canada a décidé de procéder à des tests plus poussés que pour le vaccin de la grippe ordinaire. Ces tests sont nécessaires parce que le virus H1N1 de la grippe porcine n’a pas circulé depuis longtemps dans la population, ce qui fait que le vaccin est considéré comme un nouveau médicament. De plus, il doit être administré avec un adjuvant qui augmente son efficacité. Le Dr Hébert propose que le vaccin seul soit approuvé en version accélérée pour les clientèles à risque, et que le vaccin avec adjuvant soit approuvé selon les plans actuels pour le reste de la population.
« Ça ferait toute la différence pour les groupes à risque, dit le Dr Hébert. Et ça éviterait des embouteillages dans notre système de santé. Le Canada est l’un des pays les mieux placés pour répondre à la pandémie actuelle parce qu’il a une bonne capacité de production de vaccin, mais il faut bien se servir de cet atout. »
À Santé Canada, le relationniste Gary Scott Holub assure que l’approbation du vaccin sera accélérée si nécessaire et qu’elle « peut être rapidement ajustée pour répondre aux besoins en santé du public ». « Santé Canada sera en mesure d’approuver rapidement un vaccin antigrippal avec adjuvant ou sans adjuvant dès qu’un vaccin sera disponible et qu’une décision de santé publique autorisera l’utilisation d’un vaccin. »



« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire »
2,7 millions de plus pour la recherche  -  Pascale Breton
Au moment où plusieurs mettent en doute la pertinence de se faire vacciner contre la grippe A ( H1N1), l’Agence de santé publique du Canada débloque des sommes supplémentaires pour étudier l’innocuité du vaccin.
Le gouvernement fédéral a ajouté hier 2,7 millions pour la recherche sur le vaccin, une somme qui s’ajoute au fonds de 10,8 millions annoncé au début de l’été.
« Ce fonds sera utilisé pour évaluer la sécurité et l’efficacité du vaccin pour lutter contre pour la pandémie », a annoncé hier la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq.
Des études cliniques seront menées en 10 endroits différents au pays. La vaccination devrait ensuite débuter à la mi-novembre. À ce moment, le Canada devrait disposer de 12 millions de doses sur les 50 millions prévues au total.
La capacité de production est en effet de 3,4 millions de doses par semaine et à la mi-novembre, la production devrait être commencée depuis quelques semaines.
« Au Canada, la vaccination n’est pas obligatoire », a rappelé l’administrateur en chef de l’Agence de santé publique du Canada, le Dr David Butler-Jones, voulant du coup mettre fin à certaines rumeurs qui circulent.
« Nous espérons que les gens vont faire le choix d’être immunisés (de se faire vacciner), mais ça reste leur choix. »
Depuis quelques semaines, beaucoup d’information circule, particulièrement sur l’internet, afin de dénoncer les campagnes de vaccination et de mettre en garde la population.
Des études menées auprès de médecins et d’infirmières montrent aussi les réticences de plusieurs à se faire vacciner. Un sondage publié cette semaine dans la revue BMJ (anciennement le British Medical Journal) révèle que moins de 50% des infirmières et médecins chinois qui avaient répondu au sondage avaient l ’ intention de se faire vacciner.


Vaccination à la chaîne contre la grippe  -  Pascale Breton
Québec espère ainsi contourner la pénurie anticipée de personnel en santé
Les autorités de santé publique craignent de manquer d’infirmières ou de médecins. Un certain nombre d’entre eux pourraient devoir s’absenter du travail, soit parce qu’ils seront malades ou parce qu’ils devront s’occuper de leurs proches.
Québec mise sur une campagne de vaccination massive, où 300 personnes seront vaccinées à l’heure dans chaque point de service, pour lutter contre la pandémie de grippe A (H1N1).
Jusqu’à 300 personnes à l’heure pourraient être vaccinées dans chaque point de service au Québec. Ce modèle à la chaîne a déjà été testé dans certaines régions lors de campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière.
Ce modèle de vaccination à la chaîne permettra de vacciner la population plus rapidement, mais aussi de faire face à un taux d’absentéisme plus élevé qu’à l’habitude dans le réseau de la santé.
« Certaines tâches seraient réservées au x in firmières, mais il y aurait aussi d’autres ressources, comme des personnes retraitées, pour aider à l’organisation de l’administration des vaccins », explique la porte-parole du ministère de la Santé, Dominique Breton.
Ce modèle de vaccination à la chaîne a déjà été testé dans certaines régions – notamment la région de la CapitaleNationale – lors de campagnes de vaccination contre la grippe saisonnière.
Au Québec, on ne semble d’ailleurs pas craindre une pénurie de personnel. Ailleurs au pays, l’inquiétude commence à poindre à ce sujet. Les autorités de santé publique craignent de manquer d’infirmières ou de médecins. Un certain nombre d’entre eux pourraient devoir s’absenter du travail, parce qu’ils seront malades ou parce qu’ils devront s’occuper de leurs proches.
Banques de ressources
Selon le Globe and Mail d’hier, des provinces comme la Colombie-Britannique et l’Alberta songent même à faire appel aux pharmaciens pour vacciner la population afin de compenser un éventuel manque de main-d’oeuvre.
« Au Québec, précise Dominique Breton, la vaccination n’est pas un acte autorisé pour les pharmaciens. Seuls les médecins, les infirmières et infirmières auxiliaires peuvent administrer les vaccins. »
En plus du personnel en place, le gouvernement estime mières et infirmières auxiliaires se concentrent uniquement sur la vaccination.
Des infirmières à la retraite pou rraient aussi être rappelé e s . D e pu i s plu sieu r s
Ces banques de ressources vont permettre de pallier le ma nque de person nel , c roit la présidente de la Fédération interprofessionnelle du Québec , Régi ne qu’il peut compter sur un bassin de 40 000 étudiants et 9000 fonctionnaires qui pourraient s’occuper de l’inscription et de la préparation des personnes afin que les infirannées déjà, on tient à jour des listes de disponibilités des professionnels retraités ou qui vaquent à d’autres activités, notamment dans les syndicats. Laurent. « Notre âme d’infirmière demeure. C’est sûr que tout le monde va s’empresser d’offrir son aide pour aller vacciner. »
L’apport des infirmières au x ilia i res pou r ra it êt re i mpor t a nt , aj oute - t-el le . « C’est une main-d’oeuvre de plus si on a besoin d’une vacc i nation ma ssive et urgente. »
Les autorités de santé publique du Québec doivent par ailleurs faire le point sur la question de la vaccination cette semaine. On s’attend à ce que la campagne commence en novembre et que deux doses soient administrées, mais tout reste encore à préciser. Québec doit aussi faire le point sur la question des travailleuses enceintes quand il aura reçu l’avis de l’Institut national de santé publique.




La rentrée scolaire aura lieu comme prévu  -  Pascale Breton
La première vague de grippe A (H1N1), qui a atteint un sommet au début du mois de juin, est derrière nous. Mais les autorités de la santé publique se préparent à une deuxième vague, plus tard à l’automne. À la veille de la rentrée scolaire, la vigilance est de mise. La rentrée scolaire aura lieu comme prévu la semaine prochaine. Il n’est pas question de fermer les écoles de manière préventive ou de retirer systématiquement les travailleuses enceintes.
Le ministre québécois de la Santé, le Dr Yves Bolduc, en compagnie du directeur de la protection de la Santé publique du Québec, le Dr A (H1N1) à la veille de la rentrée scolaire. Arruda, ont fait le point hier sur la grippe
En fait, rien ne change dans le plan prévu à ce jour. Les autorités fédérales comme provinciales ont fait le point hier pour rassurer les parents et rappeler qu’il n’a pas lieu de fermer les écoles actuellement.
Mais la vigilance reste de mise et tout le monde se tient prêt. « On ne néglige aucun détail. S’il n’arrive rien, tant mieux. Mais s’il arrive quelque chose, on est prêts à tous les scénarios », a déclaré le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
La première vague de grippe A ( H1N1), qui a frappé au printemps, a atteint son sommet pendant la deuxième semaine de juin. À ce moment, jusqu’à 107 cas ont été signalés en une seule journée. Mais depuis, l’indice grippal est en constante diminution, a expliqué le directeur de la protection de la santé publique, Horacio Arruda.
Si une deuxième vague de grippe frappait avec virulence, la décision de garder certaines écoles ouvertes pourrait être revue.
« Si la situation épidémiologique changeait et qu’on avait l’impression qu’il était nécessaire ( de fermer les écoles) parce que la sévérité est plus importante, les autorités de santé publique reviendraient pour prendre une décision », a précisé le Dr Arruda.
La question des travailleuses enceintes demeure toutefois en suspens. La situation est suffisamment préoccupante pour qu’un avis sur le sujet ait été demandé à l’Institut national de santé publique du Québec. La réponse devrait arriver dans les prochains jours.
La semaine dernière, une jeune mère de 23 ans est morte à Montréal à la suite de complications dues à la grippe A (H1N1) qu’elle a contractée en juin. Son bébé, né par césarienne, a survécu et se porte bien.
Une étude publiée dans la revue The Lancet plus tôt cet été a démontré que les femmes enceintes risquent davantage d’avoir des complications, d’être hospitalisées ou de mourir à cause de la grippe porcine.
Cette situation suscite des inquiétudes particulières dans les écoles, reconnues comme un foyer de propagation de la maladie.
Pour l’instant, c’est le programme en place qui s’applique, à savoir que le médecin traitant recommande le retrait préventif de la travailleuse enceinte s’il le juge nécessaire. Plusieurs enseignantes en bénéficient déjà puisqu’elles ne sont pas immunisées contre le parvarovirus B19, responsable de la « cinquième maladie », qui peut être dangereuse pour le foetus.
Selon l’avis qu’il aura reçu de ses experts, le ministère de la Santé pourrait recommander le retrait préventif des travailleuses enceintes, principalement dans les écoles et les services de garde.
Au moment où élèves et professeurs s’apprêtent à reprendre le chemin des classes, c’est la vigilance qui est de mise. Il faut rappeler les mesures de protection contre la grippe, notamment le lavage des mains. Si un enfant est malade, il devrait rester à la maison. Même chose pour le personnel enseignant, ont rappelé les autorités hier.
Nul besoin de courir acheter du désinfectant pour les mains. « Dans toutes les écoles du Québec, il y a de l’eau et du savon et ça suffit. Le Purell peut être une mesure de plus, mais le Ministère ne recommandera pas aux écoles et aux parents d’en acheter », a précisé Bruno Faucher, du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport en rappelant que ce produit, qui contient de l’alcool, peut même être contre-indiqué pour les jeunes enfants.
Les écoles se tiennent prêtes à faire face à une recrudescence de la grippe plus tard à l’automne. Une mise à jour du plan de préparation sera prête d’ici à quelques semaines. Au début du mois de septembre, toutes les organisations du réseau doivent aussi tenir une rencontre.
Même si on se trouve en pleine pandémie, les cas de grippe A ( H1N1) sont moins graves que ce qui avait été appréhendé.
Par contre, la maladie peut être dangereuse pour certaines catégories de personnes. C’est le cas des bambins de moins de 2 ans, des femmes enceintes, des personnes atteintes de maladies chroniques (diabète, maladie respiratoire) et des personnes âgées de plus de 60 ans.

« On ne doit pas faire peur, mais dans certaines situations, il peut y avoir des conséquences très graves », a rappelé Horacio Arruda. Ces personnes devraient consulter leur médecin dès l’apparition de symptômes grippaux.

Les syndicats réclament des directives claires
  -  Catherine Handfield
Les syndicats des milieux scolaire et médical ont accueilli le point de presse d’hier de façon mitigée. Plusieurs ont dénoncé le fait qu’il n’y ait pas de directives claires en cas de deuxième vague de grippe A (H1N1).
Le président de la centrale de l’enseignement du Québec (CSQ), Réjean Parent, s’est dit déçu du point de presse d’Yves Bolduc.
Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec, s’est dit « très déçu » des recommandations faites hier par les autorités. « On laisse planer une incertitude, une confusion », a-t-il déploré.
Réjean Parent, dont le syndicat représente 90 000 travailleurs du réseau scolaire québécois, aurait souhaité que les autorités de la santé publique lancent un plan d’action uniforme pour toutes les écoles du Québec.
M. Parent espérait aussi que le gouvernement mette sur pied une veille qui comptabiliserait les absences des élèves liées à la grippe, question d’assurer un suivi adéquat.
Même son de cloche du côté de Manon Bernard, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement. Elle apprécie que le ministère de l’Éducation ait envoyé des directives aux commissions scolaires, hier, concernant les mesures d’hygiène à adopter pour éviter la propagation du virus. « Mais concrètement, quel sera le suivi des autorités ? »
À l’opposé, Josée Bouchard, présidente de la Fédération des commissions scolaires du Québec, s’est dite « très satisfaite » du point de presse. « On connaît les règles d’hygiène à suivre, et on sera prêt à faire en sorte que tout fonctionne bien », a dit Mme Bouchard.
Le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Louis Godin, a déploré le fait que les médecins de famille qui travaillent en cabinet privé n’aient pas reçu de directives claires.
Actuellement, la communicationaveclesautoritésest « difficile » et « déficiente », selon le Dr Godin. Contrairement à leurs collègues du milieu hospitalier, les omnipraticiens qui travaillent en clinique sont laissés à eux-mêmes, dit-il.
« Plusieurs questions restent en suspens. En cas de pandémie, qui travaillerait en clinique? Doit-on faire vacciner le personnel? Où peut-on se procurer des gants et des masques? »
« S’il y avait une deuxième vague de grippe demain matin, ce serait difficile », a-til conclu.

Ottawa déconseille la fermeture d’écoles
  -  Malorie Beauchemin
Même si les écoles et garderies représentent des lieux propices à la propagation des virus, et que les vaccins adéquats ne seront pas disponibles avant le mois de novembre, le gouvernement fédéral déconseille aux établissements scolaires de fermer leurs portes de façon préventive.
La direction de la santé publique n’envisage pas de recommander la fermeture des écoles comme ce fut le cas en Argentine plus tôt cette année.
La ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, a présenté hier les lignes directrices pour aider les écoles, garderies et établissements d’éducation postsecondaire à se préparer à une possible recrudescence des cas de grippe H1N1 à l’aube d’une saison habituellement propice à l’influenza.
Alors que la fermeture préventive d’écoles peut sembler un bon moyen de prévenir la propagation du virus, les autorités canadiennes rejettent cette mesure, expérimentée dans d’autres pays, dont l’Argentine.
« Les écoles représentent des situations contrôlées. On peut y superviser le lavage des mains, l’enseignement des mesures d’hygiène, l’information aux parents », a estimé le Dr David Butler-Jones, administrateur en chef de la santé publique du Canada.
Fermer les écoles aurait selon lui davantage d’effets négatifs : certains parents seraient contraints de s’absenter du travail, des enfants sans supervision pourraient propager le virus dans des endroits publics, comme des centres commerciaux, f réquentés notamment par des personnes âgées.
« Si les circonstances changent dramat iquement, et qu’on voit, par exemple, un taux de mortalité élevé chez les enfants, à ce moment-là on pourra reconsidérer la mesure », a-t-il ajouté.
Les autorités canadiennes recommandent plutôt des mesures d’hygiène, mais suggèrent aussi aux écoles et aux commissions scolaires de préparer des « protocoles d’isolement » , à mettre en place rapidement si des cas de grippe H1N1 surviennent.
Selon M. Butler-Jones, les vagues d’influenza surviennent habituellement vers la fin de l’automne, avec un sommet entre janvier et mars.
« À ce moment-là, tous ceux qui le souhaitent auront pu avoir au moins une dose de vaccin, voire deux si nécessaire », a-t-il ajouté. Le gouvernement fédéral a commandé il y a deux semaines 50 millions de doses de vaccins pour pallier une possible deuxième vague de grippe H1N1 dans les prochains mois.


Les PME doivent y voir
Le virus A (H1N1) est l’occasion d’adopter un plan d’urgence - Victor Pellegrino
Les autorités sanitaires du Canada se préparent en prévision d’une éventuelle épidémie de grippe A (H1N1) à l’automne, pendant que les organismes de santé provinciaux et fédéraux s’efforcent de mettre en place une stratégie pour affronter le virus.
Les problèmes de ce genre peuvent être inhabituels ou rares, mais ils n’ont pas à être imprévus. Pour les propriétaires d’entreprises du Canada, il peut s’agir d’une occasion idéale pour réfléchir à leurs plans d’urgence – qu’ils soient conçus pour le virus A (H1N1) ou pour toute autre éventualité.
Selon un sondage Harris/ Decima commandité par BMO Groupe financier, les propriétaires de PME du Canada qui disposent d’un plan d’urgence sont bien conscients de l’importance d’un tel plan. En fait, ceux qui en ont un le considèrent comme un important facteur de succès lors des périodes économiques difficiles.
Et c’est logique. Car les entreprises doivent pouvoir faire face à toutes sortes de situations susceptibles d’avoir des répercussions directes sur leur personnel et sur leur façon de faire des affaires, que ces situations soient liées à des problèmes sanitaires ou qu’elles résultent d’un ralentissement économique.
Mais pour ce qui est des problèmes de santé comme la grippe A (H1N1), la majorité des propriétaires de PME n’ont aucun plan. Selon le sondage mené auprès de propriétaires d’entreprises le mois dernier, seulement une entreprise sur 10 possède un plan de continuité des activités conçu spécialement pour affronter le virus A (H1N1).
Les propriétaires de microentreprises (moins de cinq employés) sont parmi les moins préparés. Les conséquences peuvent être importantes: si un seul employé d’une de ces petites entreprises tombe malade, cela peut représenter plus de 20% de son effectif.
Lorsqu’on prépare un plan d’urgence, il faut considérer plusieurs éléments.
• Envisager d i f férentes situations susceptibles d’avoir des répercussions sur votre entreprise, et en particulier la façon dont elles pourraient influer sur vous. Il peut s’agir, par exemple, d’une maladie et de la peur d’une pandémie qui inciteraient les employés et les clients à rester chez eux, de pannes d’électricité ou encore de conflits de travail. Les propriétaires d’entreprises devraient agir dès maintenant, notamment en organisant des séances de remue-méninges avec leurs gestionnaires pour s’assurer, autant que possible, que rien n’a été négligé.
• Dresser une l iste des mesures à prendre pour chaque scénario envisagé et les mettre par écrit afin que tous les employés-clés comprennent bien quelles sont leurs responsabilités dans chacun des scénarios.
• Élaborer un plan de communication, comprenant notamment un arbre d’appel et un schéma des communications, pour s’assurer que tous les employés peuvent être contactés en cas d’événement majeur et qu’ils peuvent ensuite exécuter les tâches qui leur ont été spécifiquement attribuées.
Un plan d’urgence devrait aussi comporter certains éléments propres aux urgences sanitaires. Par exemple, indiquer les services et les opérations prioritaires, former des employés pour qu’ils puissent assumer les responsabilités de leurs collègues absents, établir des lignes directrices en matière d’hygiène et prévoir des politiques d’horaires flexibles et de rémunération alternative.
Enf i n , un plan n’aura aucune valeur tant qu’i l n’aura pas été diffusé largement parmi les employés, afin qu’ils puissent prendre les mesures appropriées le moment venu.
Aujourd’hui, la menace de la grippe porcine inquiète les gens, mais d’une certaine façon, elle pourrait avoir quelque chose de bon. Nous avons parfois besoin d’une menace comme celle-là pour passer à l’action. En fait, si les autorités sanitaires canadiennes sont aujourd’hui relativement bien préparées à affronter le virus de la grippe A ( H1N1), c’est en grande partie parce qu’elles ont déjà vécu la crise du SRAS il y a six ans à peine et qu’elles en ont tiré des leçons.




Cette mort doit convaincre de mieux protéger les femmes enceintes  -  Ariane Lacoursière
Fatiha Idrissi Kaitouni, une Montréalaise de 23 ans qui était atteinte de la grippe A (H1N1), est morte hier matin à l’hôpital du Sacré-Coeur. Pour les proches de la jeune femme, ce décès doit convaincre les autorités de l’importance de protéger les femmes enceintes contre cette nouvelle épidémie.
Fatiha Idrissi Kaitouni était maintenue en vie artificiellement depuis la naissance de son fils Yassine.
Mme Kaitouni avait contracté la grippe A(H1N1) il y a deux mois, alors qu’elle était enceinte. Présentant une forte fièvre, elle s’était rendue à l’hôpital SainteJustine le 7 juin. Dans les jours suivants, elle a commencé à souffrir de graves problèmes respiratoires, à un point tel que les médecins ont dû ordonner son transfert à l’hôpital du Sacré-Coeur, où elle a subi une césarienne.
Dès sa naissance, son fils Yassine a été transféré à l’Hôpital de Montréal pour enfants où on l’a traité pour des problèmes respiratoires. Là-bas, il a reçu des antiviraux de façon préventive. « Le petit n’a jamais eu la grippe. Ce n’est pas le cas de sa mère, qui n’a pas eu de traitement rapidement même si on savait qu’elle était atteinte! » a dénoncé Hajar Rougui, une bonne amie de Mme Kaitouni.
À la suite de son accouchement, Mme Kaitouni a été plongée dans un coma artificiel. Dans les jours qui ont suivi, son état n’a fait que se détériorer. Souffrant de nombreuses hémorragies, elle a perdu beaucoup de sang. « Elle avait huit drains! Elle perdait 1,8 litre de sang à l’heure! Elle se faisait transfuser 34 sacs de sang par jour! » a dit Mme Rougui.
MmeKaitounin’a jamais repris totalement connaissance. « Juste une fois, elle s’est mise à parler un peu, a raconté Mme Rougui. Elle a juste dit: "Mon bébé... Mon bébé..." Elle avait tellement hâte de voir son bébé... »
Mme Kaitouni est morte tôt, hier matin. « Les médecins ont appelé son mari vers minuit et lui ont dit de venir à l’hôpital, car la pression artérielle de sa femme diminuait énormément. Il s’est rendu à son chevet. Elle est morte vers 4h45 du matin », a raconté Mme Rougui.
Le mari de Mme Kaitouni, Mohammed Idrissi, n’a pas voulu parler à La Presse, hier. « Pas aujourd’hui... Je suis si fatigué », a-t-il soufflé. L’hôpital du Sacré-Coeur n’a pas voulu commenter la situation. Le ministère de la Santé duQuébec a dit attendre des résultats d’analyses avant de parler des causes du décès. Le Ministère a confirmé queMme Kaitouni était bel et bien atteinte de la grippe A(H1N1), mais il reste à déterminer si sa mort a réellement été causée par le virus.
M. Idrissi a porté plainte à l’hôpital Sainte-Justine, car il estime que sa femme n’a pas été traitée assez rapidement. Mais il n’a pas l’intention d’entamerune poursuite, selon Mme Rougui. « Notre objectif est simplement que les autres femmes enceintes ne vivent pas pareille situation », a-t-elle assuré.
Si les femmes enceintes ne sont pas plus à risque de contracter la grippe A(H1N1), elles risquent davantage de subir des complications, puisque leur système immunitaire est affaibli. Les femmes enceintes ont quatre fois plus de risques que la moyenne d’être hospitalisées, selon une étude américaine publiée en juillet.
D’a i l leurs, une femme enceinte espagnole de 31 ans est morte hier, à l’hôpital de Castellon, des suites de complications liées à la grippe A (H1N1).
L’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal conseille d’ailleurs aux médecins de traiter les femmes enceintes dès l’apparition de symptômes grippaux.






GRIPPE A(H1N1) Faut-il craindre la rentrée scolaire ?  - Pascale Breton & Louise Leduc

« Si une forte propagation de personne à personne devait survenir, des établissements d’enseignement pourraient être exceptionnellement fermés »
Pendant que l’Europe se demande si des écoles devraient fermer leurs portes cet automne pour limiter la propagation de la grippe A (H1N1), la rentréescolairedevrait avoir lieu comme prévu à la fin du mois au Québec.
Pour l’instant, il n’est pas question de fermer les écoles, affirme le directeur national de la santé publique, le Dr Alain Poirier.
« Selon ce qu’on sait du virus, il y aura probablement plus de désavantages à fermer les écoles et les garderies. »
L’inquiétude vient du fait que le virus se propage facilement chez les jeunes. Mais il semble aussi moins virulent dans cette catégorie de la population. Fermer les écoles n’est pas la solution, poursuit le Dr Poirier.
« Est-ce que ce sont les parents qui vont devoir s’occuper des enfants et délaisser le travail? Est-ce que ces enfants seront confinés à la maison? La réponse est non. Ces enfants vont sortir, iront au cinéma, au centre commercial, vont se retrouver en groupe et transmettre le virus. »
Le Ministère compte plutôt sur la collaboration des écoles et des parents pour recenser les cas de grippe et rappeler les règles d’hygiène comme le lavage des mains.
C’est d’ailleurs la politique qui a été appliquée en avril, lorsque les premiers cas de grippe A( H1N1) ont été signalés au Québec. Des élèves ont été contaminés au collège Charlemagne, à l’école primaire de Dollard-desOrmeaux et au collège SaintBernard, à Drummondville.
Les écoles n’ont pas fermé leurs portes. Seul l’établissement de Drummondville a fermé sa section primaire pendant une journée, le temps de procéder à une désinfection.
Comme les municipalités, les hôpitaux et plusieurs entreprises, les écoles disposent d’un plan de préparation à une pandémie depuis 2006.
« Si une forte propagation de personne à personne devait survenir, des établissements d’enseignement pourraient être exceptionnellement fermés » , peut-on lire dans ce plan aux lignes plutôt générales.
Une mise à jour du plan est en cours et sera prête cet automne, précise le porte-parole du ministère de l’Éducation, des Loisirs et du Sport, Pierre Noël. Mais rien n’indique pour le moment que l es recomma ndat i ons vont changer.
« La rentrée aura lieu comme prévu, le 27 août, i ndique d’ailleurs Nathalie Roberge, porte-parole de la Commission scolaire de Montréal . Nous avons un comité de pandémie en place et nous sommes toujours en lien avec les autorités de la santé publique pour évaluer la situation. »
Plutôt que la fermeture systématique des écoles, le plan québécois préconise de maintenir le plus possible les services en place, tant les services éducatifs, administratifs que de garde.
Si un trop grand nombre de travailleurs manquent à l’appel pour cause de maladie, les services essentiels devront être maintenus. Même grippées, certaines personnes pourraient devoir travailler, précise le plan.
De leur côté, les syndicats suivent également la situation de près. « Pour le moment, nous n’envisageons pas d’action particulière à la rentrée, sinon de surveiller les actions ministérielles s’il en est », indique Claude Girard, porte-parole de la Centrale des syndicats du Québec, qui représente la majorité des enseignants.
Situation différente en Europe
La situation est fort différente de l’autre côté de l’océan. La propagation de la grippe A( H1N1) préoccupe les autorités au point où certains pays songent à fermer des écoles.
L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a récemment indiqué que des pays pourraient retarder la rentrée scolaire. Il revient à chaque gouvernement d’évaluer la situation qui lui est propre, selon l’ampleur de la pandémie, a signalé en entrevue Aphaluck Bhatiaseve, porteparole de l’OMS.
En France, par exemple, les autorités pourraient hausser le degré d’alerte à 6 en septembre, ce qui pourrait entraîner des fermetures d’école.
Ju squ’à ma i ntena nt , le Québec a adopté une stratégie bien différente de celle des autres pays en ne confinant pas les personnes malades, note le Dr Karl Weiss, microbiologiste et infectiologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont.
« Il faut faire attention à la façon dont on est perçu. Le Canada est considéré, de l’extérieur, comme une zone chaude. Si ça se mettait à déraper, ce serait problématique », croit le Dr Weiss, qui cite notamment le risque que des citoyens canadiens soient mis en quarantaine à l’étranger.
D’ailleurs, il considère que la stratégie de communication mise en place par les autorités canadiennes et québécoises tend à banaliser la maladie. « Je tiens à le souligner. Ce n’est pas une maladie bénigne. »
Au printemps, le Mexique avait été le premier pays touché par la grippe A( H1N1). Il a aussi été le premier à confiner la population. Pendant une semaine, écoles, universités, garderies, gyms et restaurants ont fermé leurs portes pour endiguer la propagation du virus.
Par la suite, les États-Unis ont à leur tour fermé 533 écol