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British shootings show need for mental health supports - Globe editorial


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L'épuisement professionnel coûte cher
La Bourse, Google, CNN : mélange peu productif  -  Mathieu Perrault

Mythes tenaces  -  Jacques Hendlisz

Un autre  -  Marie-Claude Lortie

La dépression des moins de 3 ans n’est pas à négliger

Fraudeurs et psychopates : SANS AUCUN REMORDS  -  Martin Croteau

Earl Jones : L’HOMME DERRIÈRE LE MASQUE  -  Catherine Handfield
Voir aussi  Et parlant d'économies, gare aux fraudeurs !...
et Y a-t-il plus grands voleurs que les fraudeurs ?...
LE RIRE SOUS TOUTES LES COUTURES  -  Mathieu Perrault
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Régression (psychanalyse)


Chamanisme et autisme : le garçon cheval 




La Bourse, Google, CNN : mélange peu productif  -  Mathieu Perrault
Ceux qui font plusieurs choses en même temps auraient plus de difficulté à passer d’une tâche à l’autre
Une étude attaque la mode du multitâche, déjà la cible de nombreuses critiques. Des sociologues de l’Université Stanford ont découvert que les adeptes du multitâche ont plus de difficulté que la moyenne à passer d’une tâche à l’autre.
«C’est très ironique», explique Clifford Nass, l’auteur principal de l’étude, publiée dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences. «Le multitâche vise justement à faire plusieurs tâches en même temps, à passer rapidement d’une tâche à l’autre. Si on met plus de temps à regagner notre concentration quand on se tourne vers une nouvelle tâche, c’est contre-productif.»
Le multitâche consiste par exemple à écouter la radio ou la télévision tout en faisant une recherche sur l’internet. «Cette habitude peut être nuisible si elle cause des goulots d’étranglement cognitifs », explique M. Nass
Pour son étude, le sociologue californien a divisé 262 cobayes – des étudiants de Stanford – en deux groupes, selon qu’ils pratiquaient peu ou beaucoup le multitâche. Il a constaté que les fervents du multitâche étaient beaucoup moins bons pour écarter les distractions et qu’ils mettaient beaucoup plus de temps à passer d’une tâche à l’autre. L’expérience qui mesurait ce délai consistait à mettre en ordre des lettres, puis des chiffres. La différence entre les deux groupes atteignait quatre secondes.
Deux explications
Deux explications sont possibles. «Soit le multitâche diminue la capacité de passer d’une tâche à l’autre, dit M. Nass. Soit les gens qui ont des difficultés à passer d’une tâche à l’autre sont, pour une raison mystérieuse, attirés par le multitâche. Peutêtre pensent-ils erronément améliorer leur performance. Quoi qu’il en soit, il faut tenir compte de cet effet pour éviter que certaines catégories de personnes soient désavantagées dans un monde qui met de plus en plus l’accent sur l’efficacité et la flexibilité. La nécessité de répondre rapidement aux courriels oblige les gens à surveiller sans cesse leur boîte de réception. Sacrifier la performance dans notre tâche principale pour pouvoir surveiller d’autres sources d’information n’est pas nécessairement un bon calcul.»
Pour déterminer si ces difficultés cognitives sont causées par le multitâche, ou si les gens qui ont ces difficultés sont plutôt attirés par le multitâche, M. Nass va faire cet automne une expérience par imagerie neurologique. « Nous verrons quelles régions du cerveau sont activées. S’il s’agit de régions qui changent peu à l’âge adulte, on peut considérer que le multitâche n’est pas responsable des difficultés cognitives. Mais s’il s’agit de régions très plastiques, le multitâche est alors coupable et devrait être évité. »


Mythes tenaces  -  Jacques Hendlisz
Dans une lettre publiée le 11 août dans La Presse, une citoyenne de LaSalle fait le récit d’une agression dont elle a été témoin. Elle dénonce un événement déplorable et pose des questions pertinentes.
Elle présume que l’agresseur – surnommé « fou » et « hurluberlu » – souffre d’un problème de santé mentale parce qu’il se trouvait proche de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Elle sous-entendquelespersonnes aux prises avec un problème de santé mentale sont violentes et suggère un coupable: la désinstitutionnalisation.
Encore une fois, nous constatons que les mythes entourant les maladies mentales ont la couenne dure.
Une personne sur cinq souffre ou souffrira d’un problème de santé mentale au courant de sa vie: Alzheimer, anxiété, dépression, anorexie, boulimie, schizophrénie, troubles bipolaires, etc. On ne choisit pas de souffrir d’une maladie mentale comme on ne choisit pas de souffrir d’un cancer. Les personnes malades méritent mieux que de se faire traiter de fou et d’hurluberlu. Elles méritent notre compassion et notre soutien. Les préjugés sont tels qu’une personne malade préférera souffrir en silence et voir sa santé s’aggraver plutôt que d’aller chercher de l’aide.
L’événement regrettable que mentionne l’auteure de la lettre et le rapprochement qu’elle tente de faire avec celui – plus dramatique – de l’homme schizophrène paranoïaque qui a décapité un passager à bord d’un autobus l’année dernière, n’aident en rien à nous débarrasser de cette perception que les personnes souffrant de maladies mentales constituent des risques pour la société. Pourtant, les faits dévoilent une autre réalité.
Moins de 4% des interactions entre les citoyens et les services policiers concernent des personnes ayant des problèmes mentaux graves et, parmi toutes les personnes suspectes d’un délit, seulement 0,7% auraient un problème de santé mentale grave. La plupart du temps, ce sont elles qui sont victimes d’actes d’agressivité. « Le risque que pose la société pour la personne qui a un problème de santé mentale est plus élevé que le risque que pose la personne qui a un problème de santé mentale pour la société », rappelle la chercheuse Anne Crocker, de l’Institut Douglas.
Heureusement, les gens qui souffrent de problèmes de santé mentale ne vivent plus dans les hôpitaux. Grâce aux percées scientifiques et à l’amélioration des thérapies, l’époque asilaire – l’institutionnalisation – est depuis longtemps révolue. Partout dans le monde, ils vivent dans la communauté. Ainsi, ils se portent mieux, ils ont plus de chances de se rétablir, de mener des vies productives et de contribuer à la société.



La dépression des moins de 3 ans n’est pas à négliger
— La dépression chez les enfants de 3 ans n’est pas un état grincheux passager, mais une maladie grave. Une étude américaine montre pour la première fois qu’une dépression profonde peut être chronique, même chez les plus petits, contrairement à l’idée largement admise de la prétendue insouciance de l’enfance.
Jusqu’à très récemment, « les gens ne prêtaient pas vraiment attention aux troubles dépressifs des moins de 6 ans. Ils ne pensaient pas que cela puisse arriver, les enfants de moins de 6 ans étant affectivement trop immatures pour éprouver cela », explique la principale auteure de l’étude, Joan Luby, psychiatre à l’Université de Washington, dont l’équipe de recherche a suivi pendant deux ans 200 enfants âgés de 3 à 6 ans, dont 75 chez lesquels avait été diagnostiquée une dépression grave. Parmi les enfants initialement déprimés, 64% l’étaient toujours ou vivaient un épisode dépressif récurrent six mois plus tard, et 40% connaissaient toujours des problèmes deux ans plus tard. Au total, près de 20% souffraient d’une dépression persistante ou récurrente, au vu des résultats.



Fraudeurs et psychopates : SANS AUCUN REMORDS  -  Martin Croteau
Le criminel en cravate a souvent un profil de psychopathe
Les criminels en cravate sont-ils plus nombreux qu’auparavant ? Chose certaine, les crimes financiers retiennent l’attention des médias et du public plus que jamais. En entrevue avec La Presse, le psychiatre Robert Hare, auteur de Snakes in Suits : When Psychopaths Go to Work, dévoile des détails troublants sur la psychologie des fraudeurs. « Le psychopathe commet des crimes parce que c’est dans sa nature. Et sa nature, essentiellement, est d’utiliser les autres pour son propre avantage. »
QExiste-
t-il un profil type du criminel financier ? R Ils sont tous différents, mais il y a certaines caractéristiques communes, les mêmes qu’on trouve chez d’autres criminels. Un certain égoïsme, un souci de son propre bien-être au détriment de celui des autres, un sentiment qu’on mérite les choses. Le criminel en cravate a le sentiment qu’il est correct d’enfreindre la loi pour satisfaire ses propres besoins. QQu’est-
ce qui pousse un homme d’affaires aisé à commettre ce genre de crime ? R Certaines personnes vont être poussées au crime par un concours de circonstances. Elles peuvent avoir un problème de jeu ou un problème familial et en venir à commettre des crimes. Dans le cas d’individus psychopathes, le sujet de notre livre, il s’agit du type de criminel le plus dangereux et le plus problématique pour la société parce que, pour ces personnes, ça fait partie de leur personnalité d’utiliser et de manipuler les autres pour atteindre leurs fins. QL’actualité
regorge de criminels en cravate par les temps qui courent. S’agit-il de criminels « ordinaires » ou de « psychopathes » ? R Pour déterminer s’ils sont psychopathes ou pas, il faut une évaluation scientifique détaillée. Chose certaine, toutefois, pour manipuler, frauder, détruire des centaines de vies sans la moindre apparence de remords ou de souci, cela est caractéristique des psychopathes. QVotre
livre s’intitule Des serpents en cravate : quand les psychopathes vont au travail. Comment comparez-vous ces individus aux criminels plus « conventionnels », par exemple des braqueurs de banque? R Pour plusieurs criminels ordinaires, le crime est un travail. Ce sont des professionnels qui comprennent les risques, mais qui choisissent de les courir pour profiter d’une manne au bout du compte. Les psychopathes, eux, sont différents. Ce ne sont pas des gens qui vont calculer les risques et les récompenses. Ils croient qu’ils ont droit à l’argent qu’ils pillent. Que les autres humains sont des objets qui n’ont ni sentiments ni droits. Un criminel professionnel peut avoir une conscience, une loyauté face aux autres, par exemple envers sa famille. Un psychopathe n’a de loyauté envers personne sauf lui-même. QDonc,
un criminel psychopathe, tel que vous le décrivez, ne ressent pas le moindre remords par rapport à ses actes ? R Le psychopathe ne commet pas des crimes parce qu’il vit un problème. Il le fait parce que c’est dans sa nature. Et sa nature, essentiellement, est d’utiliser les autres pour son propre avantage. Vous pouvez avoir un criminel en cravate qui pille l’épargne de ses investisseurs. Pour lui, peu importe si ses victimes sont des membres de sa famille, des amis ou de parfaits étrangers. Il peut faire cela sans éprouver le moindre trouble de conscience. Le seul moment où il ressent du remords, c’est lorsqu’il se fait arrêter. QNe
sait-il pas qu’il va se faire prendre ? R Nous faisons tous la même chose. Dans votre vie ordinaire, vous pouvez commettre des actes qui sont, disons, un peu « à la limite », sans nécessairement être illégaux. Vous pouvez faire des choses que vous ne voulez pas que votre femme sache, vous pouvez acheter une bouteille de whisky même si votre médecin vous l’interdit. Normalement, on évalue le risque pour déterminer s’il y a des chances d’être découvert. Dans le cas du psychopathe, des choses qui pourraient arriver dans le futur ne comptent pas vraiment, c’est une abstraction. Ils se disent : « De toute façon, je suis brillant, je peux m’en tirer. » Ils pensent aux récompenses et non au risque qu’ils soient démasqués. QLes
fraudes financières ne datent pas d’hier. Comment cette forme de criminalité évolue-t-elle ? R Je ne sais pas s’il y a plus de psychopathes qu’auparavant, mais c’est devenu beaucoup plus facile pour ces personnes de commettre des crimes. Il est possible de faire toutes vos transactions mobilières ou bancaires par téléphone ou sur l’internet. Il est possible d’envoyer un courriel à 100 000 internautes avec un clic de souris. L’internet procure aux criminels plusieurs nouveaux moyens pour faire de l’argent. Je reçois moi-même une cinquantaine de pourriels chaque jour. Il suffit qu’une ou deux personnes vulnérables répondent pour que le criminel puisse agir.




L’HOMME DERRIÈRE LE MASQUE  -  Catherine Handfield
Après des semaines de recherche, le conseiller financier Earl Jones s’est livré aux policiers lundi. Il a été libéré mardi. Le lendemain, sa société a été mise en faillite. Bientôt, l’homme qui menait jusqu’au printemps un train de vie de luxe sera offici
« Earl se comportait comme s’il n’avait jamais tort. Et malheureusement, nous l’avons tous cru. »
La dernière fois que Bevan Jones a vu son frère Earl, c’était le matin du 9 avril. Earl Jones était passé au domicile de Bevan et de sa conjointe, dans les Laurentides, pour leur demander de l’argent.
Earl Jones à sa sortie du palais de justice mardi dernier. Le conseiller financier a tout perdu en quelques jours : réputation, amis, famille, entreprise...
Earl Jones leur a expliqué qu’un de ses bons amis souhaitait qu’on lui avance quelques milliers de dollars pour s’acheter un bateau. Cet ami attendait un important versement et, bien entendu, il les rembourserait avec un taux d’intérêt appréciable.
Ce matin-là, Bevan Jones, un retraité de 70 ans, a senti que quelque chose clochait. Earl Jones se raclait constamment la gorge, comme il le faisait, enfant, lorsqu’une affaire le tracassait. Mais Bevan a gardé ses doutes pour lui. Et sa femme, Frances Gordon, a remis à Earl Jones les derniers 13 000 $ qu’il lui restait dans son compte. Les seuls dollars qu’elle n’avait pas encore confiés au soi-disant conseiller financier.
Une histoire inventée
Aujourd’hui, Frances Gordon et Bevan Jones réalisent qu’Earl Jones avait inventé de toutes pièces cette histoire de bateau. Et que l’homme charmant, généreux, aimable et volubile qu’ils ont connu n’était peut-être pas le vrai Earl. « Aujourd’hui, nous réalisons que sa vie n’est qu’un tissu de mensonges », résume Bevan Jones, rencontré cette semaine dans sa jolie et modeste maison de Montcalm, dans les Laurentides.
« Jamais, jamais , jamais » Bevan Jones ne s’est douté du présumé stratagème de son frère, accusé cette semaine de vol et de fraude. L’Autorité des marchés financiers (AMF) le soupçonne d’avoir détourné de 30 à 50 millions de dollars grâce à une combine « à la Ponzi », une fraude qui consiste à verser à l’investisseur des rendements fictifs obtenus à même la contribution de nouveaux investisseurs.
Les gens qui l’ont connu sont unanimes : Earl Jones semblait avoir une très grande confiance en lui et ne pouvait qu’inspirer la confiance. « Earl se comportait comme s’il n’avait jamais tort, dit Frances Gordon. Et malheureusement, nous l’avons tous cru. »
Une rapide ascension
Cadet d’une famille composée d’une fille et de trois garçons, Earl Jones a grandi dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, à Montréal, dans un milieu de classe moyenne. Son père était graveur, et sa mère, femme au foyer. Earl Jones était un garçon discret et sportif, selon son frère Bevan.
Il a poursuivi ses études à l’école secondaire West Hill, où il a rencontré Maxine, qui deviendra plus tard sa femme. Earl Jones a ensuite suivi une formation en finances à l’Université Concordia, d’où il a obtenu son diplôme vers 1967.
Le jeune financier a commencé sa carrière au service de gestion de patrimoine de Montréal Trust. Sa femme et lui se sont acheté une maison modeste à Beaconsfield. C’est à cette période que le couple a eu ses deux filles : Kimberley, qui souffre d’une légère déficience intellectuelle et habite à Cape Cod au Massachusetts, et Christine, qui demeure à Montréal.
C’est vers la fin des années 70 qu’Earl Jones a décidé de se lancer à son compte. Dès lors, sa fortune a commencé à croître. Le financier s’est acheté une maison dotée d’une plage privée dans le croissant huppé de Gables Court, à Beaconsfield. Puis un appartement à Boca Raton, en Floride, et un cottage à Mont-Tremblant, situé sur le terrain du club de golf Le Maître.
Le goût du luxe
Earl Jones a pris goût au luxe, selon plusieurs de ses proches. Il possédait une Mercedes qu’il faisait laver et cirer fréquemment. Maxine, elle, voyageait en BMW.
Excellent golfeur, il est membre du club de golf Royal Montréal à L’ Î leBizard, le club privé et prestigieux des hommes d’affaires anglophones où il faut verser 20 000$ pour être membre, sans compter les frais annuels d’environ 6000$. Le mariage de sa fille Christine y a d’ailleurs été célébré avec faste en 2003. Jones est aussi un habitué des pentes de Tremblant.
Earl Jones aime les bons vins et mangeait plusieurs fois par semaine au restaurant. Maxine incitait son mari à verser de généreux pourboires, selon Danielle Octeau-Manouvrier, une des personnes fraudées. « Earl ne regardait jamais les prix, ajoute Frances Gordon. Ce mot ne faisait tout simplement pas partie de son vocabulaire. »
Il n’hésitait pas à payer la tournée à ses proches, selon Charlie Washer, qui aurait également été fraudé. Il y a quelques années, Earl Jones a invité M. Washer à une réception dans une salle de Westmount. « Il avait payé la facture des 10 personnes assises à notre table », se souvient Charlie Washer, qui voyait Earl Jones comme un homme « toujours bien habillé » et « flamboyant ». « Dans la famille Jones, tout le monde parle beaucoup. Mais c’est Earl qui parlait le plus, renchérit Bevan Jones. Il riait et jouait des tours constamment. »
Earl Jones est également réputé être « un homme à femmes », selon Wendy Nelles, une proche de la famille qui lui a également confié ses économies. Le couple s’est déjà séparé pendant quelques mois avant de revenir ensemble.
Un bon père
Au dire de plusieurs, Earl et Maxine Jones aimaient beaucoup voyager. Wendy Nelles se souvient que le couple est allé à Londres en avril, et qu’il revenait d’Acapulco quand le scandale a éclaté. Tous deux voyageaient, surtout en Floride et à Cape Cod, pour visiter leur fille Kimberley qui habite dans une école pour déficients intellectuels.
« Ils allaient la visiter fréquemment, parfois de deux à trois fois par mois », dit Bevan Jones. Au début du mois de juillet, Earl Jones est d’ailleurs allé voir Kimberley au Massachusetts. Était-ce pour s’assurer qu’elle ait tout ce qu’il faut advenant son arrestation?
« Earl adorait ses filles et les trois garçons de Christine. C’est un très bon père, a convenu Bevan Jones. Quand il était introuvable, en juillet, je savais qu’il n’était pas loin. Il n’aurait jamais quitté ses enfants. »
Bevan Jones ignore si Maxine, Christine et Kimberley se doutaient du présumé stratagème d’Earl Jones, qui semblait le rattraper ces dernières années. En 2006, il a hypothéqué son appartement de Dorval et son cottage de Mont-Tremblant pour 800 000 $, a révélé The Gazette cette semaine. Depuis deux ans, il versait moins assidûment les supposés intérêts à ses investisseurs, selon Bevan Jones.

« J’imagine que la crise économique faisait en sorte qu’il trouvait de moins en moins de clients. Earl devait être complètement désespéré », ajoute Bevan, qui n’excuse en rien ses présumés agissements.



LE RIRE SOUS TOUTES LES COUTURES  -  Mathieu Perrault
Les blagues étaient de rigueur lors de la réunion des vendeurs d’une entreprise finlandaise. Le directeur des ventes était toujours celui qui lançait la première blague et ses subordonnés riaient à tout coup. Mais ces derniers se servaient aussi de l’humour pour exprimer leurs insatisfactions – à propos des produits de leur entreprise, des mauvaises habitudes de leur patron ou de leurs collègues. Mais quand des clients potentiels, britanniques, ont joint la réunion, l’atmosphère s’est faite plus sérieuse. Finies les blagues sur les défauts des produits et les moqueries pas toujours gentilles. Seuls subsistaient quelques lieux communs amusants sur les différences culturelles entre les deux pays.
Cette description, faite par une philologue de la faculté d’économie de l’Université d’Helsinki dans la revue académique Negotiation Journal, illustre bien le pouvoir de l’humour. Le rire est une manière d’établir la hiérarchie. Dans plusieurs cultures, les dirigeants (d’une entreprise ou d’une tribu) se servent du rire pour montrer leur dominance: quand ils rient, leurs subordonnés doivent rire aussi. Depuis une vingtaine d’années, les études scientifiques sur le rire se sont multipliées.
« Le rire est un descendant direct des jeux de bataille des animaux, explique Robert Provine, psychologue de l’Université du Maryland qui a publié le livre Le rire, sa vie, son oeuvre. Il est fondamental pour reconnaître les amis des ennemis. Et il joue un rôle central dans le processus de séduction de la femme par l’homme. »
Le psychologue américain avance que le « ha-ha » du rire reflète le halètement durant l’effort physique. Et plus précisément, le halètement durant les jeux de bataille auxquels se livrent tous les animaux, même les hommes, quand ils sont petits.
« Le contact physique qu’ont deux amis qui se chamaillent est fondamental pour leur amitié. On retrouve un peu ce phénomène dans le sport, chez les adultes. On n’a qu’à penser aux chatouillements, qui ne sont agréables que s’ils sont faits par des parents et amis. Comme il est difficile de faire semblant de rire, c’est un mécanisme important pour déterminer l’honnêteté d’une personne. Rire peut servir à inclure ou à exclure. »
Le parallèle entre le rire et les batailles rituelles est d’autant plus évident quand on pense à la séduction. « Les hommes font beaucoup plus rire les femmes que les femmes les hommes, dit M. Provine. Je ne pense pas que ce soit seulement dû à des normes sociales imposant le sérieux aux femmes. Les hommes les plus populaires, les mâles alpha, sont aussi ceux qui font le plus rire les autres. »
Les femmes ont plus tendance à sourire qu’à rire que les hommes, probablement parce que ces derniers utilisent leur présence physique – y compris leur voix et le rire – comme une menace ou un instrument de défense, selon John Moreall, philosophe du College of William and Mary en Virginie qui consacre sa carrière au rire (son cinquième livre sur le sujet, Comic Relief : A Comprehensive Theory of Laughter, sera publié en septembre) et a fondé la Société internationale d’études sur l’humour. « Dans plusieurs cultures, les femmes ne doivent pas rire bruyamment, dit M. Moreall. C’est une expression inacceptable de masculinité. »
Et pourtant, les femmes sont plus susceptibles que les hommes de réagir à l’humour, selon une étude publiée en 2005 par des psychiatres de l’Université Stanford. Placés devant des dessins animés, les hommes utilisaient moins que les femmes la partie du cerveau responsable de la compréhension du langage. Les chercheurs californiens avançaient que les hommes s’attendaient trop à rire, alors que les femmes abordaient les vidéos avec un oeil plus critique qui les rendait paradoxalement plus réceptives à leur humour.
Le rire fascine l’homme depuis l’Antiquité. Platon jugeait qu’il s’agissait trop souvent de moqueries et le bannissait de sa cité idéale, alors qu’Aristote voulait s’en servir pour enseigner les pratiques vertueuses aux masses en humiliant les mauvais citoyens. Darwin estimait au contraire que le rire était toujours signe de joie. « On apprend beaucoup sur une société en étudiant comment elle traite le rire, dit Robert Provine. Dans le film Ridicule de Patrice Leconte, par exemple, rire était vulgaire, même si les mots d’esprit étaient très bien considérés. Les Français de cette époque, sous Louis XVI, avaient d’ailleurs une très mauvaise opinion de l’habitude qu’avaient les Anglais de rire à gorge déployée. »
Cette emphase sur l’humour est de toute façon mal placée. « Seulement 10% à 20% du temps que nous passons à rire est une réponse à des blagues, affirme M. Provine. Le reste du temps, il s’agit de signaux sociaux qu’on envoie à d’autres personnes pour signifier notre désir d’entrer en communication, par exemple quand on rit un peu en disant "quelle belle journée", ou quand on rit par nervosité. Le rire n’est pas toujours lié à l’humour. »

Les usages sociaux du rire intéressent d’ailleurs beaucoup les psychologues. « Il y a de plus en plus d’études sur la contribution du rire à la stabilité familiale et maritale », explique Glenn Weisfeld, psychologue de l’Université Wayne au Michigan. « Certains chercheurs s’inquiètent d’ailleurs que le fait que les enfants passent de moins en moins de temps à jouer de manière non structurée avec des amis mènera à une génération de personnes qui ne savent pas se servir du rire comme d’un instrument d’intégration et de communication. »

LES BIENFAITS DE LA RIGOLADE
Bon pour le coeur, pour le lait maternel, pour le système immunitaire, pour les schizophrènes, mais aussi élément déclencheur de crises d’asthme: le rire a un impact direct sur la santé physique, qui intéresse de plus en plus les chercheurs.
« Rire un bon coup est aussi bon pour le coeur que faire de l’exercice aérobique », affirme Michael Miller, directeur du centre de cardiologie préventive de l’Université du Maryland, qui a publié plusieurs études sur les effets cardiovasculaires du rire. « Rire contrecarre les effets du stress mental, qui rend les parois des vaisseaux sanguins plus rigides. »
Le Dr Miller a montré des extraits de la comédie King Pin, des frères Farrelly, à 20 volontaires, et des scènes violentes de Saving Private Ryan à 20 autres cobayes. Le flot sanguin augmentait en moyenne de 22% après la comédie et décroissait de 35% après le film de guerre.
Le cardiologue américain a eu l’idée de son étude après avoir constaté que les cardiaques avaient moins d’humour dans leur vie quotidienne que la moyenne. « Je voulais vérifier si c’était la maladie qui les rendait sombres, ou le contraire. Il est d’ailleurs possible qu’une partie de l’effet négatif de la dépression sur le coeur soit dû au manque de rire. »
N’est-il pas possible d’avoir une crise cardiaque en riant trop fort? « Non, en général les cardiaques s’arrêtent de rire parce qu’ils manquent de souffle avant de risquer l’infarctus. »
D’autres études ont montré que le rire améliore le système immunitaire en réduisant la production des hormones du stress et en augmentant la production de globules blancs, que les mères japonaises qui regardent une comédie (Charlie Chaplin) avant de donner le sein à leur bébé ont plus de mélatonine dans leur lait, ce qui réduit les symptômes de l’eczéma, que les schizophrènes israéliens sont moins agités quand ils regardent régulièrement des comédies, et que le tiers des crises d’asthme chez les enfants australiens sont dues à des séances prolongées de rires.

DES MILLIONS D’ANNÉES
Quel est l’âge du rire? Probablement 10 à 16 millions d’années, selon des primatologues britanniques, qui ont mis un terme à cette question épineuse en prouvant que le rire humain et celui des grands singes ont un schéma de fréquences similaire. En analysant 11 caractéristiques du rire de 25 jeunes primates, dont 3 bébés humains, les chercheurs de l’Université de Portsmouth ont constaté que plus les singes étaient génétiquement proches de l’homme, plus leurs rires étaient similaires.

LES QUATRE RIRES
Il existe quatre types de rires, ont démontré des psychologues allemands et britanniques : le bonheur, le rire incontrôlable provoqué par un chatouillement, le ricanement agressif et le ricanement qui se réjouit du malheur d’autrui. Cela confirme que le rire est un mécanisme de communication complexe, qui peut transmettre plusieurs émotions en même temps. Les chercheurs ont montré à 24 cobayes des séquences de rires faites par des comédiens professionnels, qui devaient suivre ces quatre catégories. Les émotions étaient reconnues avec justesse dans 37% à 50% des cas, les ricanements agressifs étant les plus faciles à identifier.

UNGAZ HILARANT POUR ARME
Une entreprise américaine d’armements propose de fabriquer des munitions non mortelles moins dures que les balles en caoutchouc, mais qui seraient aussi efficaces parce qu’elles contiendraient un gaz hilarant rendant un soldat ennemi incapable de se défendre parce qu’il serait en train de s’esclaffer. L’objectif est d’avoir une balle qui est sécuritaire même si la cible est proche du soldat – les balles en caoutchouc ordinaire peuvent causer des blessures graves à courte portée. L’entreprise californienne Agentai a reçu 100 000$US de l’armée américaine pour étudier la faisabilité du concept en 2002 et travaille aussi à l’utilisation de « gaz incapacitants » non mortels, hilarants ou malodorants, dans les obus d’artillerie, selon le magazine britannique


QUAND LES VACANCES SONT UNE SOURCE DE STRESS -  Émilie Côté
Vous stressez plus qu’autre chose en voyant les vacances arriver? Vous avez l’impression que vous ne réussirez pas à terminer tout le travail qui traîne sur votre bureau? La Presse s’est entretenue avec différents experts en gestion de temps. Si l’arrivée
Vendredi soir, sortie du bureau à 19h. Vous êtes crevé. Vous voudriez terminer tel dossier pour avoir l’esprit libre, mais vous devez rentrer à la maison. Il faut faire les bagages et remplir la voiture: vous avez promis aux enfants de partir à 5h le lendemain matin en direction des plages du Maine.
Difficile de décrocher du boulot ? Certains acceptent de s’éloigner du travail... à condition de pouvoir rester en contact permanent avec le bureau. Même confortablement installés sur une plage.
Deux semaines de vacances et dépenser 2500$? Et avoir deux fois plus de travail quand ce sera le temps de retourner au boulot? Pour certains parents, l’arrivée des vacances est une source de stress. Pour d’autres, cela n’en vaut même pas la peine.
Un sondage mené au printemps dernier par Expedia indique que 39% des Québécois et 53% des Canadiens ne profitent pas de tous les jours de vacances qui leur sont accordés. Si 28% des Québécois ont du mal à faire fi du stress relié au bureau quand ils sont en vacances, 5% affirment qu’ils ont trop de responsabilités au travail pour s’arrêter. Parmi les Québécois sondés, 17% ont déjà annulé des plans de vacances en raison du travail.
Marie Claude Lamarche, psychologue spécialisée en santé psychologique au travail, cite en exemple le cas hypothétique d’un jeune travailleur qui vient de faire des investissements importants pour ouvrir un bureau et travailler à son compte. « Le concept de vacances pour les travailleurs autonomes, c’est de l’argent qui n’entre pas. Partir deux semaines, c’est 5000$ de dépenses et 5000$ de perte de revenus, donc 10 000$ sur la marge de crédit », souligne-t-elle.
Dans les milieux compétitifs, des gens peuvent craindre d’avoir « un couteau dans le dos » à leur retour, poursuit-elle. Tandis que chez les nouveaux parents, partir loin de la maison peut être synonyme de complications plutôt que de repos.
Quand sa fille avait 4 mois, Mme Lamarche et son conjoint sont partis en voiture vers les plages de la côte Est américaine, comme ils en avaient l’habitude. « Elle a hurlé jusqu’à Kennebunk », raconte Mme Lamarche.
Il existe des formules simples pour décrocher, fait valoir la psychologue. Dans un camping familial situé à 45 minutes de la maison, par exemple. Tout est une question d’organisation et de planification.
Organiser son départ du bureau
Luc-Richard Poirier est le président fondateur d’intelligenceSanté, qui offre aux entreprises une conférence intitulée « Osez se décrocher de vraies belles vacances ». Il remarque que des gens stressent à l’idée d’être en vacances, car ils mettent le pied sur l’accélérateur quand ils sont en congé.
Ils remplissent leur agenda, ce qui les empêche de lâcher prise. « On a tendance à prendre notre modèle professionnel structuré, axé sur la performance, et à l’appliquer à nos vacances. Je dis à ces gens-là : les plus beaux soupers, ce sont les soupers imprévus. »
C’est aussi une question de personnalité, souligne-t-il. « Il y a des gens qui ont de la difficulté à déléguer. Il y a aussi des workaholics, qui ne sont pas capables de décrocher. Je leur dis : votre entreprise va continuer à rouler si vous n’êtes pas là. »
Partir en vacances, ça s’organise au bureau, ajoute M. Poirier. « Avez-vous cherché quelqu’un pour vous remplacer ? Il y a des gens qui disent: je reviens et j’ai 364 courriels. Avez-vous mis une réponse automatique disant que vous êtes en vacances ? Avez-vous averti vos plus importants clients? »
Il faut aussi prévoir du temps pour se reposer pour arriver au bureau frais et dispos. Revenir de voyage le dimanche soir à 23h et retourner au bureau le lundi matin à 7h, ce n’est pas une bonne idée.
Et le BlackBerry ou le cellulaire, on l’emporte avec soi ou on le laisse à la maison? Selon Marie Claude Lamarche, son propriétaire doit se demander si le besoin de décrocher est plus important que la demande du patron ou l’occasion d’avoir un nouveau client. « Physiquement, la personne est à la plage, mais mentalement, elle est revenue au bureau », indique-telle. D’un autre côté, « il y a des gens qui ne partiraient pas s’ils ne pouvaient pas être en contact ».
Mais peut-être que la personne n’a pas vraiment le choix. « Il y a beaucoup de gestionnaires à sensibiliser, signale M. Poirier. L’été est une période à risque pour les entreprises, car les gens sont en vacances et se demandent : " Est-ce que j’aime mon travail ?" »
C’est à l’image d’une personne qui a des doutes sur son couple et part en voyage pour voir si elle s’ennuiera de son conjoint ou non, illustre Marie Claude Lamarche.

« Pour décrocher de ton travail, il faut que tu y sois accroché. Il faut que tu l’aimes », conclut Luc-Richard Poirier.


Avoir du temps : Une question de planification  -  Émilie Côté
« Le monde du travail d’aujourd’hui, où tout va vite, nous empêche d’adopter des comportements qui sont guidés par l’efficacité. Comme si un pompier passait son temps à éteindre des incendies, sans voir qu’il y a un pyromane derrière lui. »
Rares sont les gens qui n’ont jamais l’impression de manquer de temps. Mais ce n’est pas seulement une impression.
Selon une étude de Statistique Canada publiée en avril dernier, le nombre moyen d’heures travaillées des couples canadiens a augmenté de 13% depuis 30 ans.
Une autre étude réalisée il y a deux ans a révélé que le tiers des Canadiens se considèrent comme des bourreaux de travail. Non seulement ils sont plus stressés que les autres travailleurs quand ils manquent de temps (71%, contre 58%), ils regrettent de ne pas passer suffisamment de temps avec leur famille (70%, contre 45%).
« Plus du tiers des Canadiens peuvent être classés dans la catégorie des personnes fortement stressées, principalement à cause de leur travail », peut-on lire dans une troisième étude, que Gilles Pronovost, professeur à l’Université du Québec à Montréal, a réalisée à partir des enquêtes de Statistique Canada. « Tout indique que nous vivons dans une société malade du temps », écrit le chercheur.
François Gamonnet, le fondateur de l’Institut de gestion du temps, a même trouvé un nom pour les gens qui ont l’impression constante que 24 heures ne suffisent pas dans une seule journée: la « tempsdinite ». « On sous-évalue le temps et on surévalue ses capacités », résume celui qui est une sorte de « docteur du temps ».
Pourtant, dit le consultant qui ne jure que par le logiciel Outlook, « une journée est bien assez longue pour une personne organisée ».
À l’ère des BlackBerry et des portables, pourquoi cette obsession du temps? « Ce qui a changé depuis 30 ans, c’est le concept de vitesse des communications. Nous sommes loin de la vitesse de l’homme qui marche, ironise François Gamonnet. Nous avons des outils qui nous permettent d’aller vite. Mais est-ce que nous savons piloter à la vitesse de nos outils? Non. »
« Le monde du travail d’aujourd’hui, où tout va vite, nous empêche d’adopter des comportements qui sont guidés par l’efficacité, poursuit-il. Comme si un pompier passait son temps à éteindre des incendies, sans voir qu’il y a un pyromane derrière lui. »
Cinq symptômes
Selon la méthode Gamonnet, la tempsdinite se traduit par cinq symptômes. Il y a la « lofophilie », soit l’incapacité à réaliser des tâches dans les délais prévus. Il y a aussi la « chronophagie », qui concerne les gens qui se sentent constamment dérangés par les autres et leur environnement. « Le cellulaire, les collègues de travail, les visiteurs, le BlackBerry », énumère François Gamonnet.
Il y aussi la « ouite », qui touche les travailleurs qui disent oui à tout. Le fondateur de l’Institut de gestion du temps leur conseille de négocier avec leurs collègues en leur disant, par exemple : « Je peux remettre cela demain, mais l’autre devra attendre à la semaine prochaine. »
Enfin, il y a la « réunionite » et la « courrielite », qui affectent les gens qui ont l’impression d’être constamment en réunion ou de ne jamais voir le fond de leur boîte de courriels.
Le spécialiste en gestion de temps demande d’abord à ses clients de noter tout ce qu’ils font : 15 minutes de courriels, 5 minutes au téléphone avec tel client, 10 minutes dans le bureau du patron, etc. « Les gens prennent conscience de la durée prévue et de la durée réelle pour accomplir une tâche. Au bout du compte, ils vont récupérer du temps gaspillé en ayant conscience de leur comportement. »
Doit-on nécessairement interrompre une tâche pour répondre à un courriel ? La rédaction de tel document qui n’était pas urgente valait-elle vraiment deux heures de travail ? « Il faut être efficace et efficient, et établir le budget du temps nécessaire et suffisant à telle tâche, et juger si cela est une priorité », résume François Gamonnet.
Il faut même prévoir du temps pour gérer son temps. « Il ne faut pas y passer toutes ses journées, mais ne pas le gérer prend encore plus de temps. »
« Chaque personne peut perdre facilement une heure par jour, dit François Gamonnet . Le travai l est un sport d’équipe, mais les règles du jeu sont individuelles. C’est pour cela que tout le monde court dans tous les sens. »









Alerte aux surdoués -  Youri  Courmier
Qualifier un enfant de « génie » peut avoir des conséquences négatives sur son développement intellectuel et social
Dire à un enfant « tu es capable de tout, tu es un génie » peut être aussi grave que de lui dire « tu n’es capable de rien, tu es imbécile ».
L’auteur est doctorant au King’s College de Londres et ancien professeur de relations internationales au Center for Talented Youth, à l’Université Johns Hopkins, à Baltimore.
Brandon Yepez, âgé de 12 ans, a des aptitudes disons particulières pour résoudre le cube Rubik. Il est venu à bout du casse-tête en 1m27:68.
Jean-Jacques Rousseau était d’abord et avant tout un gourmand paresseux qui dormait à longueur de journée, mais qui avait parfois des élans de génie sur papier. Wayne Gretzky est un génie sur la glace, pas nécessairement dans la cuisine. Un politicien moyen, au QI moyen, offrant une vision de société parfois inférieure à la moyenne, peut tout de même être génie de la rhétorique.
Pour la même raison que savoir lire à 3 ans ne fait pas de quelqu’un le futur Nobel de la littérature, le fait d’être propre à 8 mois ne devrait pas être pris pour une prédisposition à devenir médecin ou avocat.
Donc, si l’on peut être génial sans être génie et avoir du génie sans être génial, à quoi sert le terme? Àforcede qualifier un enfant de surdoué, est-ce qu’on lui rend service? Aumême titre que de catégoriser les gens d’idiots ou d’imbéciles peut dépersonnaliser des troubles de l’apprentissage, utiliser des superlatifs positifs comme «génie» peut avoir des conséquences négatives sur le développement intellectuel et social d’un enfant.
Ayant enseigné les relations internationales aux Center for Talented Youth (CTY) de l’Université Johns Hopkins de 2006 à 2007, des enfants dits surdoués, j’en ai vu. La majorité de mes étudiants étaient curieux, motivés et surtout, se moquaient d’être « talentueux » et comprenait la différence entre ce qu’ils ressentent et perçoivent, et ce que les tests peuvent bien en dire.
D’autres, moins chanceux, vivaient mal l’expérience: burn-out à 14 ans sous la pression de performance provenant des parents; sinon, perte de confiance soudaine, dès qu’un concept difficile venait bousiller l’attente que tout doit être facile quand on est « génial ».
Dire à un enfant « tu es capable de tout, tu es un génie » peut être aussi grave que de lui dire « tu n’es capable de rien, tu es imbécile ». D’abord, l’un ou l’autre implique qu’on lui impose un cadre analytique extérieur, impersonnel et universel, qui le définit, plutôt que de créer un espace dans lequel l’enfant peut se définir lui-même. Mais plus grave encore, on entre dans un système de pensée circulaire, par lequel les attentes et les exigences sont conçues pour valider ad absurdum une prémisse boiteuse. Ainsi, le con déconne et le brillant brille.
Au-delà des effets de l’étiquetage, posons-nous la question plus fondamentale : si aucun d’entre nous n’arrive à définir de manière crédible le phénomène de l’intelligence, pourquoi autant de personnes croient-elles pouvoir le mesurer? La réponse est simple: il n’y pas de mesure véritable, seulement une décision d’accorder à certaines capacités intellectuelles le statut de « preuve » du génie.
Par exemple, pour être admis au Ivy League ou au CTY, il faut performer sur les tests standardisés SAT, qui vérifient les connaissances en mathématiques et le vocabulaire des jeunes. Aucune garantie que l’un ou l’autre de ces talents alimentera nécessairement un bon travail en relations internationales.
Avec ces tests, on ne mesure pas l’intuition, l’imagination, la persévérance, l’aptitude en recherche ou la créativité. Les tentatives de comptabiliser le génie n’obéissent aucunement les trois plus importants piliers de la science: il faut une hypothèse claire pouvant être prouvée fausse, il faut des données mesurables se rapportant directement à l’hypothèse, et la règle d’or, il ne faut jamais baser de grandes généralisations sur les résultats.
Avant même de chercher le génie, ceux qui écrivent les tests se disent l’avoir déjà trouvé. Ensuite, on calcule des données disparates généralement tachées par des prédispositions culturelles et de classe sociale, et finalement on utilise cette pseudo-science pour prédire (et valider à coup de beaux diplômes) l’avenir et les compétences des jeunes.
Le génie n’existe pas à l’état pur, en suspension dans quelques neurones attentives. Quant à moi, un enfant qui peut réciter une vignette entière des Têtes à claques est aussi brillant que celui qui régurgite une longue liste de mots à quatre syllabes ou des expressions latines comme ad absurdum. Mais bon, ce n’est pas moi qui écris les tests. D’ailleurs, si j’avais un tel luxe, je ne choisirais que des questions auxquelles je saurais répondre. Preuve ultime que le concept est ridicule.





Des jeunes (pas tout à fait) comme les autres - Sylvia Galipeau
C’est clair, votre fils est un génie. Qui sait, peut-être deviendra-t-il astronaute et succédera-t-il à David StJacques? Il a une imagination débordante, c’est le prochain Xavier Dolan ? La Presse est allée investiguer du côté de l’enfance de quelques sur
Pascale Lefrançois avait à peine 3 ans quand, assise auprès de sa mère qui lui lisait une histoire, elle a lancé: « Maman, lis pas! » Et la petite puce haute comme trois pommes a continué la lecture. Toute seule. Comme une grande.
Colin, 12 ans, Renaud, 10 ans, et Élise, 7 ans, font leurs devoirs sous le regard de leur petit frère. Les trois enfants vont à l’école Fernand-Seguin, une école publique de la CSDM pour enfants doués. Ils sont imbattables aux échecs, dévorent les romans (à raison de 900 pages par semaine chacun !), et Renaud est même le plus fort de son équipe de soccer.
« Je ne sais pas comment elle a fait son affaire, mais elle est arrivée en maternelle et elle savait déjà lire! » s’éblouit encore son père, René Lefrançois, rencontré dans sa chic demeure de Cartierville.
C’est la même petite bonne femme qui, 13 ans plus tard, allait émerveiller le Québec en gagnant, à 16 ans, la dictée de Bernard Pivot.
Les experts le confirment, un enfant qui apprend tout seul à lire a de bonnes chances d’être parmi les 2 à 10% (selon les estimations) de jeunes doués. Car qu’est-ce que l’intelligence, sinon « la facilité à apprendre », rappelle Françoys Gagné, professeur à la retraite du département de psychologie de l’UQAM et auteur d’une théorie sur les fondements de la douance et du talent.
Évidemment, quand c’est notre enfant, le seul de surcroît, comment savoir s’il est précoce ou non? « Tout le monde nous disait qu’elle n’était pas comme les autres ! » Pensez-y: toute petite, vers 2 ans, Pascale Lefrançois entrait dans le cabinet de dentiste de son père et chantait l’hymne national. Tous les couplets. Sans faute.
Bien sûr, c’était aussi une enfant comme les autres. Le samedi matin, elle regardait Le Petit Castor à la télé. Son père, de son côté, l’accompagnait en feuilletant des livres d’art. Très vite, c’est toutefois la fillette qui s’est mise à accompagner son père : « Papa, on va regarder la Pinacothèque de Munich? » Elle connaissait le titre des oeuvres par coeur. « Tout était un jeu pour elle », confie-til : apprendre le nom des capitales de l’Afrique à 6 ans, tout comme les dynasties des rois de France à 10 ans. Une vraie éponge.
Résultat, il a fallu alimenter sa curiosité. Nourrir sa soif d’apprendre. Par souci pédagogique, mais aussi par nécessité. « Elle avait une longueur d’avance sur les autres, alors il fallait l’occuper ailleurs. » En maternelle, ses parents l’inscrivent donc à des cours de piano. Sans surprise, elle excelle.
Une forme de « handicap »
Pour en avoir le coeur net, ils lui font passer un test d’intelligence. Mais ils ne lui diront pas le résultat. Jamais. « On ne le lui a jamais dit parce qu’on voulait qu’elle soit une fille comme les autres. On ne voulait pas la pousser. Surtout, ne pas faire d’elle un chien savant, dit son père. Surtout pas ça: un chien savant. »
Car au risque de « se plaindre le ventre plein », oui, la douance est une forme de « handicap », croit-il. « Il y a d’autres exigences, mais il faut tout autant les satisfaire. »
À noter, la petite, par ailleurs si éveillée intellectuellement, a toujours été discrète, timide et surtout très sensible. « Quand on lui chantait bon anniversaire, ça la bouleversait. À tel point qu’on est allés consulter. On pensait qu’elle avait un acouphène ! »
De là à conclure que tous les enfants doués sont ainsi timides et sensibles, il y a un pas que plusieurs dénoncent. Au contraire, il n’y a pas de profil type, précise Serge Larivée, professeur de psychoéducation à l’Université de Montréal et auteur d’un livre sur le quotient intellectuel. Et tant qu’à déboulonner certains mythes, ce ne sont pas non plus des jeunes mal dans leur peau, des décrocheurs asociaux, et ils n’ont pas plus de problèmes de comportement que la moyenne des enfants de leur âge, ajoute-t-il. « Ce sont des enfants comme les autres ! »
Des enfants comme les autres qui ont le don de surprendre leurs parents. Suzanne Savignac se souvient encore du jour où son fils Renaud, aujourd’hui âgé de 10 ans, lui a demandé: « Maman, trois fois deux, ça fait six? » Il avait 4 ans. Deux ans plus tard, dans une Rôtisserie St-Hubert, sa mère commande trois menus pour enfants à 4,95$ et deux assiettes pour les parents. « Maman, s’il y avait juste nous trois, ça coûterait 14,85 $ ? »
« À ça, on ne sait pas trop quoi répondre », confie-t-elle. Pourtant, son aîné, Colin, avait déjà préparé le terrain. À 8 mois, il prononçait ses premiers mots; à 18, des phrases complètes; et à deux ans et demi, il connaissait la moitié de l’alphabet. « Mais on ne l’a jamais poussé! Il jouait avec les lettres aimantées sur le frigo ! »
Aujourd’hui, les deux garçons, tout comme leur petite soeur Él i s e , vont à l ’ école Fernand-Seguin, une école publ ique de la CSDM pour enfants doués. Ils sont imbattables aux échecs, dévorent les romans ( à raison de 900 pages par semaine chacun!), et Renaud est même le plus fort de son équipe de soccer.
« C’est sûr que ça me donne un peu le vertige, confie la mère, ingénieure, qui a arrêté de travailler à la naissance de son quatrième enfant. Je me questionne tout le temps : est-ce que je leur permets d’exploiter leur plein potentiel ? »

Gare à la surstimulation, prévient toutefois Serge Larivée. « Ma crainte, dit-il, c’est qu’on vole leur enfance à ces enfants. Laissons-les être des enfants. Cela fait de meilleurs adultes. »



COMPRENDRE LA DOUANCE  Les experts ne s’entendent pas - Mathieu Perrault
Mozart n’avait aucun talent particulier. Il était simplement très travailleur, notamment grâce à son père, qui lui imposait un régime de piano extrêmement exigeant.
Telle est la thèse d’Anders Ericsson, psychologue de l’Université d’État de Floride, qui divise le monde de la recherche sur les surdoués depuis une décennie. Sa théorie selon laquelle l’excellence ne dépend que de l’effort, pas des aptitudes intellectuelles, vient de séduire la presse grand public. Un journaliste du New York Times, Daniel Coyle, et un autre de la revue Fortune, Geoff Colvin, viennent de publier deux livres basés sur les thèses d’Ericsson, respectivement The Talent Code et Talent is Overrated.
Les critiques n’ont pas tardé à fuser. « Je pense que l’analyse des données est trop limitée », explique Ellen Winner, psychologue de l’Université de Boston qui a publié une critique de cette théorie dans un livre édité par M. Ericsson. « Personne ne nie que l’intelligence ne suffit pas, qu’il faut aussi travailler. Mais dire que le travail suffit, c’est absurde. Ça montre qu’on n’a jamais rencontré un surdoué et qu’on n’a jamais essayé d’enseigner le piano cinq heures par jour à un enfant normal. »
L’explication de Mme Winner et des aut re s c r i t iques de M. Ericsson est simple : les surdoués travaillent davantage que les autres parce qu’ils ont facilement des succès. « Travailler cinq heures de temps au piano n’est possible que si on a de la facilité et donc du plaisir, dit Mme Winner. Statistiquement, une association n’est pas nécessairement causale: si la douance et le travail sont associés, ça peut aussi bien signifier que la douance pousse à travailler. Personnellement, je trouve que c’est beaucoup plus probable. »
M. Ericsson n’en démord pas. « Ellen et moi sommes d’accord qu’un travail acharné est essentiel pour le succès international. Mais je n’ai jamais vu de preuve que les aptitudes intellectuelles facilitent ce type de travail. À part la taille et la masse dans plusieurs sports, je ne connais aucun trait génétique qui limite l’atteinte des plus hauts sommets dans un domaine. »
Mme Winner a indiqué à La Presse que des équipes sont en train d’analyser plus finement les données de M. Ericsson, pour montrer que le lien entre le travail et le succès n’est pas proportionnel – et donc qu’il est douteux.
D’autres inf luences, notamment familiales, entrent en jeu pour comprendre la douance. « Pour atteindre les sommets dans une discipline, particulièrement quand il s’agit de créativité et de compétences sociales, il faut être né ou bien dans une fami l le except ionnel lement intellectuelle, ou alors dans un milieu très difficile », estime un autre critique de M. Ericsson, Miha ly Csi kszentmiha lyi , psychologue à l ’ Université Cla r emont en Ca l i f ornie . « Même si on est surdoué, si on n’a pas des parents qui nous poussent à aller au bout de nos capacités, ou alors un milieu dont on veut s’échapper à tout prix, on ne fera généralement pas les efforts nécessaires pour atteindre le sommet. »

L’ÉCOLE DES SURDOUÉS
Les multiplications à trois chiffres à 5 ans, les équations du second degré à 10, un cours de mathématiques pour les 3 ans: la clientèle du Center for Talented Youth de l’Université John Hopkins, à Baltimore, est vraiment exceptionnelle. Près de 10 000 personnes suivent les cours par internet et ont accès à des tuteurs qui peuvent les aider en ligne. Chaque été, un camp de deux semaines à Baltimore permet de passer aux expériences pratiques. La clientèle est surtout américaine mais s’étend à l’ensemble des pays où il existe suffisamment d’anglophones (aucun Québécois n’est inscrit). Lors d’une visite, La Presse a demandé comment les enfants de 3 ans pouvaient suivre un cours par internet. « Tous nos élèves lisent, écrivent et savent utiliser l’ordinateur pour copier/coller, attacher des fichiers aux courriels », a répondu le relationniste. — Mathieu Perreault

UN QI DE 228
Elle a un nom prédestiné. Marilyn vos Savant, une Américaine née de parents d’origine allemande et italienne, a le plus haut QI au monde, 228. Les résultats de son premier test de QI, passé à l’âge de 10 ans (son âge mental correspondant était alors de 23 ans), lui a ouvert les portes du Livre Guinness des records. Maintenant âgée de 62 ans, elle a trouvé une curieuse application à son intelligence : depuis plus de 20 ans, elle écrit un courrier des lecteurs pour plus de 400 journaux et magazines américains, « Ask Marilyn ». Elle est mariée à Robert Jarvik, l’inventeur du coeur artificiel, qui a décidé de lui faire la cour en 1985, après voir vu un article sur son intelligence dans un magazine. La presse de la Grosse Pomme les avait alors surnommés « le couple le plus intelligent de New York ». — Mathieu Perreault

COMBIENDE SURDOUÉS?
Quelle proportion de la population est surdouée ? Les études ne s’entendent pas sur cette question, les réponses allant de 2% à 10%. L’Association nationale des enfants doués des États-Unis a démontré l’an dernier que ce flou laisse probablement des milliers d’enfants sans aide. Les données par État vont de 1,1 % des enfants au Vermont à 13,9% en Carolinedu-Sud. Même en regroupant les États par région, pour effacer les différences de gouvernement, la proportion allait de 3,34% dans le nord-est des États-Unis à 7,46% dans le Sud. Au Canada, il n’existe pas de données provinciales à ce sujet. — Mathieu Perreault


TROUBLES ENVAHISSANTS DU DÉVELOPPEMENT Québec augmente ses services - Ariane Lacoursière

EXCLUSIF
Les enfants qui souffrent de troubles envahissants du développement (TED) pourront, sous peu, profiter de meilleurs services grâce à la création du Centre d’excellence en troubles envahissants du développement de l’Université de Montréal (CETEDUM).
Au Québec, entre 0,2% et 1,1% de la population souffre de TED, dont le plus fréquent reste l’autisme. Le nombre de cas n’est pas en hausse dans la province, selon le directeur scientifique du CETEDUM, le Dr Laurent Mottron, mais la demande pour de meilleurs services est forte.
« Dans nos conseils d’administration, qui sont publics, plus de 50% des questions du public touchent l’autisme et les services offerts », confirme le président de l’Agence de la santé et des services sociaux de Montréal, David Levine.
En plus de faire de la recherche et de l’enseignement sur les TED, le CETEDUM offrira des soins cliniques. La création d’un guichet unique, dont le numéro de téléphone sera connu sous peu, permettra entre autres aux familles d’obtenir des services plus rapidement.
Le CETEDUM veut aussi analyser des problèmes qui touchent les personnes vivant avec un TED comme le logement, la résolution de crises et l’hospitalisation.
Le centre d’excellence est déjà en train d’uniformiser les protocoles de détection des TED chez les enfants de 0 à 5 ans. « Avant, chaque établissement avait ses méthodes d’évaluation, explique le Dr Mottron. On uniformise le tout pour corriger les biais dans les diagnostics. »
LeCETEDUMsera situé dans les deux lieux, à l’hôpital de Rivièredes-Prairies et au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine. Les régions pourront aussi profiter de services améliorés. « Notre but est qu’un enfant deGaspé qui souffre d’un TED reçoive d’aussi bons services que s’il était à Montréal », dit le doyen de la faculté de médecine de l’Université de Montréal, Jean-Lucien Rouleau.




Diagnostic des enfants autistes ou atteints de TED  Les psychologues critiquent la directive

Les psychologues québécois sont les seuls en Amérique du Nord à ne pas pouvoir diagnostiquer si un enfant est atteint de troubles envahissants du développement ( TED). Le diagnostic d’un pédopsychiatre pour obtenir des services spécialisés est impératif. La Presse a appris que le gouvernement s’apprête à émettre une directive pour que l’évaluation d’un psychologue soit suffisante. Mais ce n’est qu’« un diachylon sur le bobo », dénoncent certains. Le Québec est le seul endroit en Amérique du Nord où les psychologues ne peuvent diagnostiquer un enfant atteint de troubles envahissants du développement (TED). Le Réseau d’action Autisme/TED a lancé une pétition – signée 5000 fois – pour que le projet de loi 21, qui prévoit une révision du Code des professions, leur donne ce droit réservé aux pédopsychiatres.
Bientôt, les parents d’un enfant autiste n’auront plus besoin d’un diagnostic médical pour obtenir les services d’un centre de réadaptation spécialisé.
À l’heure actuelle, le Réseau estime que, seulement à Montréal, 600 familles se morfondent sur une liste d’attente pour rencontrer un pédopsychiatre et obtenir un diagnostic TED. Ensuite, ils doivent patienter entre six mois et deux ans pour avoir les soins intensifs appropriés dans un centre de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED).
Mais bientôt , les parents n’auront plus besoin d’un diagnostic médical pour obtenir des services pour leur enfant. L’évaluation d’un psychologue suffira, a annoncé à La Presse Harold Fortin, attaché de presse de Lise Thériault, ministre déléguée aux Services sociaux.
Déjà trois centres de réadaptation acceptent des enfants « évalués » et non « diagnostiqués » TED, a-t-il précisé. Une « directive administrative » sera émise sous peu par le Ministère.
« C’est en processus. Ce n’est pas encore partagé dans le réseau », confirmeBrigitteBédard, conseillère en communication à la Fédération québécoise des centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (FQCRDITED).
Mais pour les psychologues et des organismes comme le Réseau d’action Autisme/TED, ce n’est pas assez. Ils réclament que le projet de loi 21 (voir capsule), déposé en mars dernier, soit amendé de façon à donner aux psychologues spécialisés en troubles envahissants du développement le droit de le diagnostiquer.
Québec ne compte pas aller jusque-là. Pourquoi? Le gouvernement s’appuie sur le rapport Trudeau sur la santé mentale, déposé en 2005, qui définit clairement les champs d’exercices des professionnels des différentes disciplines, répond Harold Fortin.
Le Dr Martin Drapeau, vice-président de l’Ordre des psychologues du Québec, précise que l’autisme n’est jamais diagnostiqué par un seul spécialiste. Mais il ne croit pas que l’on doive aller jusqu’à modifier le projet de loi afin que les psychologues puissent « entériner » ou « endosser » un diagnostic.
Pour les psychologues dont la clientèle est TED, c’est une évidence. « Le diagnostic TED est un diagnostic psychologique et fonctionnel, et non médical », plaide Katherine Moxness, directrice des services professionnels aux centres de réadaptation Lisette-Dupras et de l’ouest de Montréal.
Des représentants du ministère de la Santé et des Services sociaux ont par ailleurs dit à la psychologue qu’avec la nouvelle directive, les enfants « évalués » TED auront droit à moins de services que les enfants « diagnostiqués » TED. « Le fait qu’on accélère la procédure ne change rien au fait que l’enfant doit faire l’objet d’un diagnostic pour avoir le traitement approprié », confirme Harold Fortin, attaché de presse au ministère de la Santé et des Services sociaux.
Pour Nathalie Garcin, directrice des services professionnels au service de réadaptation L’Intégrale, le gouvernement ne fait que mettre « un diachylon sur une partie du bobo ». L’enfant simplement TED n’aura pas accès à l’Intervention comportementale intensive (ICI) de 20 heures par semaine, tel que recommandé en 2003 par le gouvernement de Jean Charest. Et ses parents n’auront pas droit à la prestation de la Régie des rentes de 171$ par mois.
Pour Diane Guerrera, coprésidente du Réseau d’action Autisme/ TED, c’est inadmissible. « Donnera-t-on juste un peu de chimiothérapie à quelqu’un qui a le cancer? lance-t-elle. Les enfants doivent pouvoir recevoir immédiatement tous les soins nécessaires. »
« La littérature démontre l’importance de l’intervention précoce pour les enfants TED », renchérit la psychologue Katherine Moxness.
Patience et angoisse
En 2003, le gouvernement Charest a lancé la politique Un geste porteur d’avenir, pour développer des services prioritaires aux enfants âgés de 0 à 5 ans. Six ans plus tard, « la liste d’attente demeure un défi à relever », dit le communiqué de presse de la Fédération québécoise des centres de réadaptation en déficience intellectuelle.
En date du 31 mars dernier, le délai d’attente moyen pour un premier service était de 160 jours pour les enfants âgés de 0 à 4 ans. Mais les listes d’attente sont beaucoup plus longues pour que l’enfant TED puisse avoir le service d’ICI. Cela peut prendre jusqu’à deux ans, estime le Réseau d’action Autisme/TED.
Catherine Kozminski, dont la fille de 5 ans est autiste, a passé des journées au téléphone pour obtenir des rendez-vous. D’abord pour avoir un diagnostic, puis pour des services en centre de réadaptation. En attendant, le parent se meurt d’angoisse, dénonce-t-elle. « Même au privé, il y a des listes d’attente. J’étais prête à payer 200$ l’heure pour que ma fille voie un orthophoniste », raconte la coauteure de L’autisme un jour à la fois. « Le système a des lacunes et les parents n’en peuvent plus », conclut-elle.


Autisme : DES ENFANTS AUX SENS FRAGILES -  Émilie Côté
LE NOMBRE D’ENFANTS QUÉBÉCOIS SOUFFRANT DE TROUBLES ENVAHISSANTS DU DÉVELOPPEMENT (TED) A AUGMENTÉ EN CINQANS DE 143% AU SECONDAIRE ET DE 92% AU PRIMAIRE. LEURS PARENTS MANQUENT DE RESSOURCES, COMME EN TÉMOIGNENT LES 600 JEUNES AUTISTES QUI SONT SUR LA LI
L’inconnu effraie ces petits êtres anxieux. C’est pourquoi ils doivent constamment être rassurés sur l’horaire de la journée et le déroulement des activités.
Àl’école À pas de géant, dans CôteSaint-Luc, les enfants ne voient pas le monde comme les autres. Le regard hagard, ils semblent parfois perdus dans leurs pensées, mais c’est plutôt leurs sens qui sont trop sensibles à tout ce qui les entoure. Quand ils vivent un trop-plein d’informations, ils crient ou se mettent en boule dans un coin.
Chez les enfants autistes, les messages que les sens transmettent au cerveau sont mal interprétés, ce qui entraîne une sorte de « trop-plein » d’informations.
L’inconnu effraie ces petits êtres anxieux. C’est pourquoi ils doivent constamment être rassurés sur l’horaire de la journée et le déroulement des activités.
Âgés de 4 à 21 ans, anglophones ou francophones, les élèves qui fréquentent À pas de géant sont autistes. « J’ai plus de personnel que d’élèves : 100 employés pour 70 enfants, indique la directrice générale, Jocelyne Lecompte. Chaque élève a son éducateur, sans compter les orthophonistes, les musicothérapeutes, les spécialistes en développement des habiletés sociales ou en gestion des comportements. »
« Notre programme est hautement individualisé. Il n’y a pas deux élèves qui ont le même programme et le même horaire », souligne la directrice.
Jocelyne Lecompte est pédiatre de formation, spécialisée dans la toxicomanie périnatale. Son fils, John, a fréquenté l’école À pas de géant. Comme tous les parents d’enfants autistes, Mme Lecompte a été atterrée d’apprendre que son fils ne serait jamais comme les autres. « J’ai même pensé à me tuer avec mon enfant, mais j’avais un autre bébé », confie-t-elle.
« Il y a des parents, surtout des mères, qui se suicident, souligne la directrice, en poste depuis cinq ans. Il y a le choc, la peine, l’inquiétude pour l’avenir, mais surtout la culpabilité. Même s’il n’y a pas de base rationnelle, tu ne peux pas t’empêcher de te dire : "Qu’est-ce que j’ai fait ?" »
À 3 ans, le fils de Jocelyne Lecompte était capable de faire un casse-tête de 100 pièces en deux minutes et demie. Mais l’évaluation faite à l’époque par un neuropsychiatre n’était pas aussi encourageante : John ne parlerait jamais, ne serait jamais propre et ne pourrait pas aller plus loin que la troisième année du primaire.
Le médecin n’avait pas vu juste. Aujourd’hui, John a 17 ans. Il a remporté plusieurs honneurs scolaires, et même gagné des prix d’art oratoire. « Mais si John étudie en physique nucléaire, il n’est pas capable de s’acheter des souliers. Il n’est pas capable de faire du vélo, mais il pratique le karaté », explique sa mère.
Collation et atelier en mouvement
Lundi, 10 h 30. C’est l’heure de la collation à l’école À pas de géant. Philippe, petit blond aux yeux bleus, couvre constamment ses yeux avec son avantbras. « C’est une façon pour lui de faire un shut-down de tout ce qui se passe », explique son éducatrice.
Son voisin, Laurent, 10 ans, a l’air d’un petit ange à lunettes. Mais subitement, il se met à donner des coups sur la table. Dans le jargon, on dit qu’il est un « non-verbal ». « Il ne parle pas, mais il fait du vélo de montagne, du ski et du catamaran », indique son éducatrice.
De son côté, Charles-Édouard est loin de ne pas pouvoir s’exprimer. Avec son accent français et sa voix bien portante, on dirait même qu’il est dans une pièce de théâtre. « C’est pas vrai, c’est pas vrai, j’ai perdu mon sang-froid, lance-t-il. Estce qu’on va jouer au cricket? Tu frappes avec un marteau et ça passe à travers un tunnel. »
Charles-Édouard est atteint du syndrome d’Asperger qui, comme l’autisme, fait partie des troubles envahissants du développement ( TED). Son intelligence et son langage se développent normalement – même de façon trop poussée –, mais il a des problèmes de socialisation.
Les jumelles Zoé et Hélène ont 6 ans. Assises devant leur enseignante, elles doivent faire une série d’exercices, dont chanter Frère Jacques en massant leur poitrine et reconnaître leur visage sur une photo. L’éducatrice Andréanne O’Brien est émue de voir Hélène serrer Zoé pendant une comptine en chantant « Est-ce que ça va bien? ». « Au début de l’année, elles n’avaient pas vraiment conscience l’une de l’autre », note l’éducatrice.
Hélène se met alors à fixer la table en récitant l’alphabet machinalement. C’est de l’écholalie, nous explique-t-on. L’enfant répète des choses entendues précédemment.
Il faut constamment capter, et capter de nouveau l’attention des jumelles. « C’est comme s’il y avait tellement de choses dans leur tête qu’elles ne sont pas capables de se concentrer sur une seule, illustre Andréanne O’ Brien. Elles perçoivent toutes les informations de leur environnement. Nous, il faut les allumer. »
Le prochain atelier s’intitule « Atelier en mouvement ». Les jumelles passent à travers des cerceaux et des cylindres, roulent sur elle-mêmes ou sur un tabouret, puis elles doivent coller sur un dessin les lettres et les chiffres appropriés. « Le but, c’est de leur apprendre à rester concentrées en bougeant » , explique Andréanne.
Des jeux fermés
Chez les enfants atteints de TED, les messages que les sens transmettent au cerveau sont mal interprétés. Leur vision de l’environnement est confuse. « L’autiste peut piquer une crise parce que quelqu’un a éternué. Ils peuvent même percevoir les ultrasons d’un système de sécurité », souligne Jocelyne Lecompte.
Dans 80% des cas, l’intelligence des enfants TED est normale et peut même être supérieure à la moyenne.
Ce sont des êtres très anxieux. Ils doivent connaître les tenants et aboutissants d’une situation : le début et la fin, et les différentes étapes entre les deux. Quand vient le temps de jouer, oubliez les mises en situation du genre: « Tu fais le papa et je fais la maman. » « Les enfants aiment faire des jeux fermés comme des mathématiques, car c’est prévisible. Sinon, ça les rend anxieux, explique Jenny Haines, qui supervise l’atelier de jeux et de socialisation. Ils peuvent avoir peur que le jeu dure toute la journée. »
Le jeu préféré des élèves de Mme Haines : celui de la carte de métro de Montréal, que la spécialiste a créé. Avec des billets et des correspondances, les enfants doivent déterminer quelles stations séparent un point A d’un point B. « Des enfants connaissent tous les noms de stations par coeur, souligne-t-elle. C’est un jeu qu’ils aiment, car il a du sens et un but. »
Jessie et Paul en musicothérapie
Un petit garçon accourt vers nous. Avec ses oreilles légèrement décollées, ses longs cils et ses fossettes, impossible de ne pas être attendri. « As-tu vu mon chandail de Spider-Man ? » lance-t-il avec fierté.
Paul, 4 ans, et Jessie, 5 ans, sont à leur atelier de musicothérapie. « La différence entre la musique et la musicothérapie, c’est le fait d’être en lien et d’ouvrir un canal de communication avec l’autre », nous explique leur enseignante, Marianne Béchard.

Pour le premier exercice, Paul et Jessie doivent répéter le « né-na-na-na » d’une chanson jazz manouche. Ensuite, les deux bambins doivent chanter une comptine en tapant sur un tambour à tour de rôle au moment approprié. « Il y a comme objectif que le corps et la voix soient dynamiques. Il y a aussi l’anticipation,
savoir quand c’est son tour. »
Les jumelles Zoé et Hélène développent leur rapport à l’autre pendant leur atelier de musicothérapie.
Peu de temps après, Jessie se met à crier, car elle ne veut pas s’asseoir. Son éducatrice lui demande d’exprimer son mécontentement au « je ». – Je ne veux pas cet oreiller. – Je ne veux pas ce plancher. Son éducatrice lui demande de souf f ler pour se calmer. Après, c’est Paul qui est turbulent, au point de devoir sortir de la classe. Quelques minutes plus tard, il revient en pleurant. « Désolé, je veux de la musique », chigne-t-il, déçu que l’atelier soit terminé.
Stacey Scourse, son éducatrice, écrit sur une petite feuille les dessins des événements qui ont causé son expulsion.
– Paul, regarde-moi. Est-ce que Stacey est contente?
– Non, répond le garçon, qui retrouve rapidement le sourire.
Manque de ressources
En avril dernier, Catherine Kozminski, auteure du livre L’autisme, un jour à la fois, déplorait dans nos pages Forum les « listes d’attente interminables » qui angoissent les parents d’enfants autistes.
Selon les chiffres dévoilés en mars dernier par le ministère de l’Éducation, le nombre d’enfants souffrant de troubles envahissants du développement ( TED) a augmenté en cinq ans de 92% au primaire et de 143% au secondaire. De 2003-2004 à 2007-2008, le nombre de cas a bondi de 1721 à 3307 au primaire, et de 805 à 1957 au secondaire. Au Ministère, on explique ces hausses importantes par le fait que le dépistage est plus précis qu’auparavant.
À l’école À pas de géant, la liste d’attente est de 600 enfants. « Je n’appelle pas ça une liste d’attente, mais un stationnement », se désole Jocelyne Lecompte.
À pas de géant est un établissement privé pleinement subventionné. Le gouvernement verse environ 25 000 $ par élève, la fondation de l’école 15 000$ (grâce à plusieurs campagnes de financement) et le parent doit débourser 5000 $. « Jamais on ne refuse un enfant sur la base du revenu de ses parents », dit la directrice.
Quand la pédiatre a pris la direction de l’école, À pas de géant/Giant Steps avait la réputation d’être « fermée sur elle-même ». Elle a alors voulu inculquer sa philosophie de médecin en centre hospitalier universitaire. « Je voulais miser sur le transfert d’expertise. Ici, nos enfants sont chanceux et la communauté est généreuse avec nous. Nous avons une mission sociale et je voulais nous donner une raison autre d’exister. »
Mme Lecompte a fait de l’école une unité pédiatrique universitaire, qui a des partenariats de recherche avec les universités montréalaises. Un centre de ressources a également été mis sur pied, « où toute l’expertise de l’école est concentrée ». Les écoles, les commissions scolaires, les enseignants et même les parents qui viennent d’apprendre que leur enfant est autiste peuvent joindre la coordonnatrice, Marla Cable. « Nous pouvons nous déplacer pour des consultations, des ateliers et des formations, indique-t-elle. Nous pouvons aussi prêter des livres ou organiser des activités. »
Les services du centre de ressources sont gratuits. Il en va de même quand l’enfant commence à réintégrer son école régulière quelques jours par semaine avec son éducateur. « L’école reçoit toute l’expertise À pas de géant. L’enfant n’est pas un poids additionnel, car il vient avec une ressource », souligne Mme Lecompte.
À pas de géant accueille des enfants et adolescents autistes de tous les niveaux, mais pas ceux qui ont une déf icience intel lectuel le sévère. « Il faut que l’enfant ait déjà développé un peu d’attention et de réciprocité. Il faut qu’on sente qu’on va faire une différence pour l’enfant. Le but ultime est que l’enfant réintègre complètement son école de quartier. »
Mais Jocelyne Lecompte n’a pas fini de refaire la réputation de son école. Une mère très engagée dans la cause de l’autisme au Québec a affirmé à La Presse que « Giant Steps ne choisit que les beaux cas ».
Si À pas de géant ne fait pas l’unanimité, plusieurs experts louangent l’établissement privé dont les cas sont notamment recommandés par les commissions scolaires. En fait, nous avons constaté qu’il y a plusieurs écoles de pensée – voire plusieurs camps – concernant l’autisme au Québec. « C’est certainement le domaine de la médecine où il y a le plus de conf lits et de désaccords », souligne le Dr Laurent Mottron, médecin psychiatre qui dirige une chaire de recherche sur l’autisme à l’ Université de Montréal.
Quoi qu’ i l en s oit , Mme Lecompte plaide en faveur de l’union des forces. « Il faut une interdisciplinarité, un lien entre la science fondamentale et le plan clinique. Il faut enlever les barrières entre les anglophones et les francophones, entre le privé et le public. Il faut travailler ensemble », conclut la directrice générale d’À pas de géant.

 
Voici Joseph S’il prend ses médicaments et est bien suivi, un schizophrène peut être fonctionnel sans être dangereux
Malheureusement, il arrive que, dans les médias, l’image de la schizophrénie soit éloignée de la réalité.
L’auteure réside à Sherbrooke.
Esther Charrette est stagiaire en technique de travail social dans une résidence pour personnes atteintes de schizophrénie.
Je vous présente Joseph. À 18 ans, le médecin lui a annoncé qu’il souffrait d’une maladie incurable. Quatre fois par jour, il doit prendre plusieurs types de médicaments afin de ne pas trop ressentir les effets de sa maladie. Oui, il a déjà essayé d’arrêter sa médication, mais chaque fois il a dû être hospitalisé d’urgence, ce qui fait qu’il a appris sa leçon.
Présentement, Joseph travaille 18 heures par semaine sur un plateau de travail au CHUS. Il s’occupe de la récupération du papier. Il réalise aussi plusieurs autres tâches connexes.
Là où il habite, on l’a embauché pour tondre la pelouse l’été, pour pelleter l’hiver et pour aider à tout autre travail d’entretien. À plusieurs reprises, on l’a invité à parler de sa maladie au cégep ainsi qu’à l’université.
Parfois, il lui arrive de se fatiguer plus rapidement que d’autres. Il doit alors se reposer et faire une sieste. Néanmoins, son ménage est toujours fait, il est propre, les ordures sont au chemin toutes les semaines, le chat est nourri et la litière est nettoyée. Sans oublier le lavage et toutes les autres tâches domestiques qu’il effectue sans difficulté et avec entrain.
Bien que toutes ces activités occupent beaucoup Joseph, il trouve le temps de se détendre en s’adonnant à plusieurs passe-temps. Il dessine des portraits, cuisine, fait de la marche, mange au restaurant, va à la piscine et visite sa famille. a eu plusieurs expériences de travail qui ont été très positives selon moi, comme la conciergerie ou l’entretien des terrains.
Bien que cet homme ait un peu de difficulté à articuler, si un jour vous cognez à sa porte, il s’empressera de faire connaissance avec vous. Qu’est-ce que Joseph pourrait bien vous raconter durant cette discussion?
Si on lui demande un service, il s’empresse d’offrir son aide. Son plus cher désir est de travailler à temps plein et de s’intégrer totalement dans la société. De plus, Joseph
Il serait possible qu’il vous explique que, malgré tout ce qu’il fait, il souffre d’une maladie mentale. En fait, il est atteint de schizophrénie.
Surpris ? Est-ce à cela que vous vous attendiez ?
Je suis stagiaire en technique de travail social dans une résidence pour personnes atteintes de schizophrénie. Vous avez lu le fait vécu d’une personne atteinte de ce trouble de santé mentale. Chaque jour, cet homme prend ses médicaments et il est suivi par des psycho-éducateurs, des psychiatres et des travailleurs sociaux. Contrairement à certaines croyances, il n’est pas dangereux pour la population et il n’est pas un clochard. La santé mentale peut prendre bien des visages, dont celui d’une personne tout à fait fonctionnelle. Malheureusement, il arrive que, dans les médias, l’image de la schizophrénie soit éloignée de la réalité. Pensons au cas de Vice Li, qui a décapité un passager dans un autocar au Manitoba. Ces faits sont véridiques, mais auraiton omis de mentionner que, dans ces situations extrêmes et tragiques, ces gens ne prenaient pas leur médication et qu’ils étaient laissés à eux-mêmes, sans encadrement adéquat ?
J’espère que cette lettre vous aura permis de jeter un nouveau regard sur la schizophrénie et que d’autres actions concrètes seront prises pour valoriser ces personnes en soulignant leurs bons coups et leurs réussites. L’auteure de la lettre de la semaine, Esther Charrette, recevra une copie laminée de cette page.





Toxicomanie et maladie mentale sont liées
REMISEDES PRIX DE LA FONDATIONKAISER
Quand Gilbert (nom fictif) s’est présenté à sa première thérapie de groupe pour combattre sa dépendance aux drogues, il a été incapable de prendre la parole.
Les lauréats des prix de la fondation Kaiser (de gauche à droite, rang du haut) : Terry McGurk (directeur de COAST, Ontario), Karen Minden (PDG de l’Institut Pine River, Ontario), André Picard ( journaliste au Globe and Mail), Dre Liz Whynot (ancienne présidente de l’hôpital des femmes de la Colombie-Britannique) Michel Perron (PDG du Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies, Ontario), Loryn Marcellus (membre du AADAC, Alberta). Rang du bas : Cherill Greening, Rena Alec et Shannon Alec (Spirits of Burns Lake, Colombie-Britannique).
Gilbert voulait pourtant « se prendre en main », comme lui répétaient sans cesse ses proches. Mais, en plus de sa toxicomanie, il souffrait de troubles psychotiques qui le rendaient méfiant envers les autres. La thérapie de groupe n’était pas adaptée à sa condition. Il n’y est plus jamais retourné.
Le cas de Gilbert n’est pas unique. Entre 50% et 70% des gens qui souffrent de problèmes de santé mentale ont aussi un problème de toxicomanie, selon les observations rapportées par les cliniciens québécois. Ces gens ont souvent besoin d’un traitement adapté pour s’en sortir. Et surtout, ces malades ont besoin que l’on reconnaisse leur toxicomanie comme un véritable problème de santé.
Hier soir, ceux qui travaillent pour faire avancer les causes de la toxicomanie et de la maladie mentale étaient à l’honneur à l’hôtel Fairmont Reine-Elizabeth.
Fondation Kaiser
Montréal a été choisi cette année pour accueillir la quatrième remise des prix de la Fondation Kaiser, seuls honneurs nationaux qui récompensent le travail réalisé dans ces deux domaines.
Sept personnes et organisations de partout au Canada ont été honorées, dont Michel Perron, le président-directeur général du Centre canadien de lutte contre l’alcoolisme et les toxicomanies. André Picard, journaliste au Globe and Mail, a également été récompensé pour des articles sur la maladie mentale publiés en juin 2008.
« Ces gens nous aident à atteindre le but que nous nous sommes fixé il y a 25 ans: faire reconnaître la toxicomanie et la santé mentale comme des problèmes de santé publique, et non comme de simples problèmes moraux », a dit hier Edgar F. Kaiser, président de la Fondation Kaiser.
En effet, la toxicomanie est étroitement liée à la santé mentale, selon Rémi Quirion, vice-doyen à la recherche de la faculté de médecine de l’Université McGill et membre du conseil d’administration de la Fondation Kaiser.
« Les recherches démontrent de plus en plus de liens entre les deux domaines », a expliqué le Dr Quirion, hier, en marge de la cérémonie. Les gens qui souffrent de dépression, de schizophrénie et d’anxiété ont davantage de risques de présenter des dépendances, souligne-t-il.
Comment expliquer ce lien? Selon une théorie, les gens affectés mentalement tentent d’atténuer leurs symptômes avec de l’alcool ou des drogues. L’hypothèse socio-économique suggère quant à elle que les gens qui souffrent de problèmes psychologiques proviennent plus souvent de milieux défavorisés, où l’accès aux drogues est plus facile.
Certains chercheurs vont plus loin: ils considèrent la toxicomanie comme une maladie mentale à laquelle les gens sont prédisposés génétiquement.
Mais peu importe les causes, les gens qui souffrent des deux problèmes ont souvent besoin de ressources spécialisées pour les aider. Et à ce chapitre, il reste encore du travail à faire, estime Rémi Quirion.



Percée québécoise en insomnie
« Après un suivi d’un an, plus de 80% des patients ont des améliorations, et 68% n’ont plus d’insomnie chronique. »
Des psychologues de l ’ Université Laval ont mis au point un traitement révolutionnaire contre l’insomnie. Un an après le traitement, plus des deux tiers des patients sont guéris.
Ce t t e ava ncée c on f i r me qu’utiliser à long terme des somnifères ne règle pas ce type de problème. Pendant six semaines, le patient prend un somnifère tous les soirs et suit une fois par semaine une séance de groupe de psychothérapie comportementale ; puis durant cinq mois, il rencontre le psychothérapeute individuellement chaque mois, sans prendre de somnifères.
« Les résultats sont très intéressants », a expliqué l’auteur principal de l’étude parue dans le Journal de l’association médicale américaine, Charles Morin. « Après un suivi d’un an, plus de 80% des patients ont des améliorations, et 68% n’ont plus d’insomnie chronique. Ce sont des taux de succès qui commencent à avoir de l’allure. Peut-être que ça va convaincre les gouvernements d’allouer davantage de ressources aux traitements non pharmacologiques. »
L’étude visait au départ à évaluer l’utilisation de somnifères en combinaison avec la psychothérapie. Des études antérieures, notamment certaines de M. Morin, montrent qu’un traitement comportant seulement des somnifères n’était pas efficace.
Les chercheurs de Québec ont recruté 160 adultes souff rant d’insomnie chronique qui avaient consulté l’hôpital universitaire. Ils devaient mettre plus de 30 minutes à s’endormir, ou rester 30 minutes éveillés au milieu de la nuit, au moins trois nuits par semaine. Leur problème devait perdurer depuis plus de six mois, mais en moyenne il datait d’au moins 10 ans.
La psychothérapie comportementale leur enseignait l’ABC du sommeil – par exemple, il faut dormir dans un endroit sombre et calme, faire des activités calmes avant le coucher, et ne pas se servir de son lit pour autre chose que la sexualité et le sommeil, même pas regarder la télé.
La moitié des adultes ont suivi la psychothérapie de six semaines, et l’autre moitié la combinaison psychothérapie-somnifères de six semaines. Par la suite, la moitié du premier groupe n’a plus reçu de traitement, et l’autre moitié a eu la psychothérapie mensuelle. Le deuxième groupe, qui recevait toujours la psychothérapie mensuelle, a aussi été séparé en deux: une quarantaine de cobayes ne prenaient plus du tout de somnifères, et les autres recevaient une dizaine de somnifères par mois qu’ils pouvaient utiliser n’importe quand. À la fin de chaque mois, ils devaient remettre les somnifères non utilisés et en recevaient 10 autres. Tous les traitements cessaient après six mois.
Après six autre mois sans traitement – donc un an après le début de l’intervention – les résultats ont été évalués. Le groupe ayant eu le plus de succès était de loin celui qui avait eu la thérapie combinée suivie par la psychothérapie mensuelle sans somnifère: 81% avaient des améliorations significatives de leur insomnie, et 68% n’en faisaient plus du tout. Les insomniaques ayant eu seulement la psychothérapie hebdomadaire, puis la psychothérapie mensuelle, avaient des résultats comparables à ceux qui avaient eu la thérapie combinée, puis des somnifères occasionnels : 63% d’amélioration, et 44% de rémission complète.
« Nous pensons que s’ils n’ont plus du tout de somnifères, les patients mettent plus d’énergie dans les changements à leur comportement », estime M. Morin.

Cela signifie que les médecins qui donnent à leurs patients des somnifères à utiliser au besoin font fausse route. « C’est approprié si l’insomnie est passagère, par exemple lors d’un divorce, d’une mise à pied, dit M. Morin. Mais en présence d’insomnie chronique, il faut absolument commencer par les changements comportementaux. »


Un mal nécessaire
Les familles aux prises avec la maladie mentale doivent pouvoir intervenir devant l’imminence du danger.
L’auteure est directrice générale de la Fédération des familles et amis de la personne atteinte de maladie mentale (FFAPAMM). Au Québec, dans le régime actuel, lorsque quelqu’un a des motifs sérieux de croire que l’état mental d’une personne présente un danger pour elle-même ou pour autrui, il peut avoir recours à Loi P-38.001. Il s’agit de la Loi sur la protection des personnes dont l’état mental présente un danger pour elles-mêmes ou pour autrui.
Lorsque les familles se voient contraintes d’utiliser cette loi pour amener contre son gré un proche atteint de maladie mentale, c’est qu’il y a là assurément une notion d’urgence. La famille, par différents moyens, a tenté d’obtenir sans succès la collaboration et le consentement de la personne afin de la conduire dans un centre de santé et de services sociaux.
Dans une telle situation, deux scénarios sont envisageables : la garde provisoire ou la garde préventive. Dans un cas comme dans l’autre, il est important de mentionner que les membres de l’entourage font ces démarches à contrecoeur. Ils s’y résignent afin d’éviter de voir leur proche s’enfoncer dans la psychose et ainsi aggraver sa maladie mentale. Il s’agit de démarches éprouvantes, au point où les familles ont le sentiment que la terre s’effrite sous leurs pieds, la détresse de l’un s’entremêlant à celle de l’autre.
Les parents utilisent le système judiciaire après avoir épuisé tous les moyens pour convaincre leur proche de se faire traiter. Ils ne s’ingèrent pas de gaieté de coeur dans la vie de la personne et ne la considèrent pas non plus comme un adversaire. Les membres de l’entourage qui accompagnent une personne atteinte de maladie mentale sont souvent médusés devant l’alliance obligée du système juridique et de celui de la santé.
L’application de la Loi est certes problématique à plusieurs égards mais chose certaine, ce n’est pas en restreignant la définition de la dangerosité que l’on favorisera le rétablissement de la personne qui vit une crise. Il faut maintenir cette notion dans un sens large et préciser les critères afin que les professionnels basent leur évaluation sur des critères objectifs. Par ailleurs, la notion d’immédiateté du danger devrait laisser place à l’imminence du danger, en raison d’une intervention préventive qui permettrait d’intervenir lorsque la personne en désorganisation manifeste des symptômes avant-coureurs d’une crise.
Les familles aux prises avec la maladie mentale luttent pour l’amélioration de la qualité de vie de leur proche. Loin d’elles l’idée de revenir au système asilaire où l’individu « subissait » souvent à outrance un traitement qui lui était infligé.
Aujourd’hui, les nouveaux traitements médicaux et les services de soutien dans la communauté permettent d’aspirer au rétablissement. Cependant, il y a des jours où rien ne va plus et malgré le fait que la Loi soit contraignante, elle devra toujours être disponible et accessible pour pallier des situations ambiguës et ainsi protéger la personne et son environnement; elle est malheureusement un mal nécessaire.


Bon courage !  -  Liliane Laverdière
Il faut beaucoup de patience pour changer la mentalité d’un itinérant atteint de maladie mentale
L’auteure est la mère d’un fils schizophrène et habite à Montréal.
Ce ne sera pas facile de motiver les gens atteints de maladie mentale à rester en appartement et éviter de se retrouver dans la rue.
Pour faire suite à l’article de Katia Gagnon intitulé « 300 sans-abri bientôt maîtres de leur logis » (lundi 24 août), je suis abasourdie par cette nouvelle. Non pas parce que plusieurs millions de dollars seront octroyés à un projet de recherche pour sauver ces personnes atteintes de maladie mentale qui vivent dans la rue, mais plutôt de la façon dont cela se fera.
Mon fils est schizophrène depuis 8 ans. Sa maladie a débuté à l’âge de 17 ans. Vous ne pouvez imaginer par où ma famille est passée.
Premièrement, cela a pris un an pour avoir le diagnostic que peut-être il souffrait de maladie mentale. La médication a été prescrite sans information pour la famille alors que mon fils ne savait même plus comment il s’appelait à l’époque.
Il devait se trouver un toit : il est passé de la rue à chez nous. Pendant quatre ans, j’ai essayé de trouver de l’aide pour lui et pour moi. Les intervenants de la santé se relançaient la balle. Il a habité pendant un an dans des appartements supervisés. C’est à ces endroits qu’il a commencé à consommer bières et drogues. On l’a jeté dehors parce qu’il ne cadrait pas avec le groupe.
E n su ite, j ’a i t rouvé u n organisme qui soutient les personnes atteintes de maladie mentale pour que mon fils retrouve sa dignité en travaillant, même si c’était une ou deux journées par semaine. Cet organisme nous a aidés et nous aide encore, bravo !
Puis j’ai aidé mon fils à se trouver un appartement convenable. La famille lui a donné un coup de main pour lui dénicher des meubles et tout le reste. Cela n’a pas marché: après trois ans en appartement, il est revenu chez nous pour quatre mois.
Aujourd’hui, il est de retour dans un appartement, mais il ne va pas bien. Je le motive pour qu’il trouve de l’aide afin qu’il ne se retrouve pas à la rue encore une fois. Je lui paie ses médicaments tous les mois pour m’assurer qu’il les prend!
Alors, je suis sceptique que cette nouvelle façon de faire du milieu avec les itinérants portera ses fruits ! Si la famille n’avait pas été là pour mon fils, il serait déjà mort. Depuis 8 ans, je m’efforce de le comprendre, de l’aimer, de le soutenir dans ses démarches avec l’équipe en santé mentale. Avec 0 $ en poche (toutes mes économies y passent).
Vous allez sans doute me dire que mon fils a de la chance d’avoir une famille qui l’aide, donc qu’il n’a pas besoin de plus, car les personnes à la rue sont souvent seules. C’est vrai, mais si l’aide financière et psychologique avait été donnée à ces familles au moment où elles en avaient besoin pour leur fils ou leur fille, il y aurait sans doute moins d’itinérance dans notre ville.
Certaines familles n’en peuvent plus d’essayer de trouver des solutions pour leur fils ou leur fille atteint de maladie mentale. Parfois, elles n’ont pas d’argent, car elles vivent sous le seuil de la pauvreté. Après plusieurs tentatives pour l’aider, elles lâchent et laissent leur enfant à lui-même. Il se retrouve ainsi à la rue et débute un long processus d’itinérance. Sans médicament parfois, c’est difficile de retrouver sa dignité et ses idées!
Je souhaite bonne chance et bon courage à l’équipe qui sera choisie pour essayer de changer les choses. Vous en avez de la chance, car vous débutez avec plusieurs millions de dollars en poche! Tout cela pour cacher l’itinérance d’une ville avec ses problèmes. Il vous faudra avoir beaucoup de patience pour changer la mentalité d’une personne atteinte de maladie mentale, vivant dans la rue, seule, sans travail, sans lien social, et l’inciter à demeurer dans un appartement.




Le pouvoir des potins  -  Mathieu Perrault
Ceux qui vivent difficilement avec les potins manquent souvent d’intelligence sociale, de « puissance douce ».
« Si elle s’imagine que nous allons respecter ses diktats, elle se trompe. » Pendant plus d’un an, le sociologue Tim Hallett, de l’Université de l’Indiana, a épié les potins dans une école primaire de cet État. En échange de l’anonymat de l’école, il a pu disséquer des dizaines de réunions officielles et informelles dans l’école qui ont montré la puissance des potins dans les relations entre la directrice et les enseignants.
« Les potins jouent un rôle crucial dans les organisations, explique M. Hallett en entrevue téléphonique. C’est une manifestation de la "puissance douce" des subordonnés quand ils ont épuisé les canaux officiels de protestation contre l’autorité. Ils peuvent miner l’autorité légitime impunément. D’autres chercheurs ont avancé que les potins sont simplement un outil de coercition sociale, de conformisme. Je pense plutôt qu’ils servent aux faibles contre les plus forts, même quand ces derniers ont raison et sont dans leur bon droit. »
L’école où a travaillé le sociologue américain avait une nouvelle directrice qui devait mettre de l’ordre dans les pratiques administratives – le budget de photocopies était incontrôlable – et d’enseignement – les élèves en difficulté n’étaient pas suivis de manière systématique. Mais son style dictatorial a rapidement suscité une levée de boucliers. Les enseignants ont déposé une plainte formelle contre la directrice, qui a été rejetée après enquête de la commission scolaire. Impuissants, les enseignants ont alors décidé de se traîner les pieds et ont multiplié les commentaires assassins en apparence anodins.
« La directrice a décidé d’adoucir son ton après l’enquête, mais les enseignants pensaient qu’elle était simplement hypocrite, dit M. Hallett. Il a fallu la nomination d’un directeur adjoint d’expérience, qui partageait les objectifs de la directrice mais savait comment se faire accepter et apprécier par les enseignants, pour que les réformes s’accomplissent. »
Néfastes?
Cela signifie-t-il que les potins sont néfastes ? Dans le New York Times, cet automne, une employée d’une i mprimerie du Montana , PrintingForLess, a vanté les mérites de la politique interne interdisant les potins. « À mon dernier travail, les potins étaient nombreux, a-t-elle écrit. Cela permettait aux gens qui avaient une attitude négative de répandre leurs mauvaises ondes. »
Tim Hallett pense qu’une telle approche est contre-productive. « Les potins ne sont pas seulement nuisibles, ils constituent également une source d’information pour qui sait les lire, ainsi qu’une manière pour les gens qui se sentent muselés de communiquer leurs sentiments réprimés en public. Ceux qui vivent difficilement avec les potins manquent souvent d’intel l igence sociale, de "puissance douce". Il ne suffit pas d’être plus élevé dans la hiérarchie pour se faire obéir, mais également de convaincre que nos instructions méritent le respect. Dans l’école que j’ai étudiée, certains enseignants se plaignaient du temps que leur faisaient perdre les potins dans les réunions. Mais il s’agissait de gens qui auraient préféré faire leur travail sans interactions avec autrui, sans interactions autres que professionnelles, à tout le moins. Or, il est très rare que seules les compétences professionnelles comptent quand il s’agit de travail d’équipe. La personnalité des gens de l’équipe compte aussi. »

POURQUOI LES POTINS SUR LES CÉLÉBRITÉS SONTILS SI POPULAIRES ?
Parce que l’omniprésence des vedettes nous donne l’impression qu’on les connaît bien et qu’un réflexe ancestral nous pousse à chercher à acquérir le plus d’information possible sur nos proches. Cette théorie du psychologue Robin Dunbar, de l’Université de Liverpool en Angleterre, expliquée dans son livre Grooming, Gossip and
the Evolution of Language, explique que dans la préhistoire, les contacts sociaux se limitaient souvent aux membres d’une même tribu, qu’il fallait chercher à connaître le mieux possible afin de survivre dans un environnement sauvage et hostile. En quelque sorte, les potins sont l’ancêtre de l’« intelligence sociale » décrite comme l’un des principaux atouts des bons gestionnaires et des personnes qui connaissent du succès dans leur carrière.