Premières Nations

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


What kind of nation is a first nation? We need to decide - DOUG SAUNDERS
9 questions about Idle No More

Chris Hall: Stephen Harper, First Nations and an opportunity lost


«Idle No More», quand les autochtones du Canada prennent leur destin en main

Lettre - Le rééquilibrage de la table de négociation canadienne

Idle No More - Plumes et carrés rouges à Montréal

Canada and its first nations: a long line of false starts, slow progress - Jeffrey Simpson



For first nations, more auditing is not the answer

De la propriété privée et des Premières Nations...
How first nations can own their future - TOM FLANAGAN

Idea of private land ownership on reserves gets mixed reviews
Private property is a native right
Who should own reserve lands?
It makes good sense to study native land use
Natives fear Ottawa aiming to convert reserves to private land ownership

Les autochtones devraient pouvoir acheter des terres

Un dernier cri du coeur

Presque du racisme

Des conditions de vie dignes du tiers- monde, affirme L’ONU
For Kashechewan, read Attawapiskat - JEFFREY SIMPSON

Le règne du mépris
Un mauvais leadership

The greatest moral challenge in Canadian politics

Déménager?
Les leaders autochtones font appel aux Nations unies
«Il y a plusieurs Attawapiskat»
Attawapiskat: les Premières Nations demandent une intervention de l’ONU
Pour l'autonomie gouvernementale des autochtones
Attawapiskat: Harper vise l’autonomie gouvernementale pour les autochtones
Pauvreté et misère extrêmes
Attawapiskat - Peuple invisible
Crise à Attawapiskat - Rien pour la misère

Enseigner au Nunavik: tout un contrat! - Victor-Lévy Beaulieu

LE CRI DU COEUR DES INNUS

Une distribution de chèques « immorale » , dit L’ADQ

Lettres - Plan Nord : l'ours est encore vivant !

Comment le Canada peut-il prétendre être un leader en matière de protection des droits de l'homme tout en traitant les Premières Nations comme des citoyens de seconde classe ?
Réserves autochtones: entassés comme des sardines

Dropout chiefs imperil a generation of kids - John Ibbitson


First Nations chief wants to disband Aboriginal Affairs department

Trying to breathe life into First Nation rights

If we don’t stand in the way, we can help native youth


Plan Nord: les Premières Nations se sentent exclues

A case study on first nations poverty

New ideas to lift aboriginal Canada - Globe Editorial


Combien de temps encore la mauvaise Histoire continuera-t-elle donc de se répéter ?...
Why we try to protect our land: Lessons from Barriere Lake


Déclaration des peuples autochtones - Ottawa signe en catimini, mais conserve ses réserves
En bref - Droits des autochtones: Ottawa confirme son appui

AUTOCHTONES ET AUTONOMES
LA COLOMBIE-BRITANNIQUE, CE LABORATOIRE


De nation à nation

Arctic security means more than Arctic sovereignty

Why aboriginal education is our business


À la recherche des femmes autochtones disparues

Les salaires élevés des chefs autochtones sont dénoncés

Le grand chef, à visage découvert

Québec se porte à la rescousse d'Oka
Oka: Norfolk enterre la hache de guerre
Oka: Mohawks et promoteurs s'affrontent

Oka - Barrage humain face à la pinède
Oka veut racheter la paix
Oka encore sous tension vingt ans plus tard
En bref - Les Mohawks de Kanesatake ne toléreront aucune construction
Un promoteur attise la tension à Oka

Aurions-nous donc collectivement laissé tombé nos Premières Nations ?...
Réserves autochtones: entassés comme des sardines
Libre opinion - Ce qui fait la différence dans la santé des autochtones
‘Do you have running water? I don’t and I live in Canada’
La qualité de l'eau dans les réserves laisse toujours à désirer
La face cachée du Plan Nord
The youthful face of Nunavut expresses hope, despair
If we are a northern nation, support our northern peoples - Globe editorial
AFN chief hopes Tories make grade on native education
Détresse chez les enfants - Tous responsables
Nunavik: le nombre d'enfants en détresse reste élevé
Les Nordiques oubliés
Quand Noah a réparé le monde

Nunavik: des logements surpeuplés
Pénurie de logements: le Nunavik «à bout de patience»

Ottawa must not sell out Tsilhqot’in


Oka, 20 years later: The issues remain - Shawn Atleo
Crise d'Oka: «rien n'a changé»
20 ans après Oka - Les plaies vives

Rien n'a été réglé à Kanesatake
Vingt ans après la crise d'Oka, le vide juridique persiste
Crise d'Oka: «Ils ont fait preuve de racisme», dit Ellen Gabriel
20 ans après Oka - Les plaies vives
L’intransigeance d’Ottawa a prolongé la crise, dit Ciaccia

Jeunes autochtones: un organisme dénonce une situation «inacceptable»

La barricade
Schefferville a vécu, Matimekosh s'accroche

Battling aboriginal tradition - Jeffrey Simpson
Treaty-making in B.C.: noble sentiments, difficult realities - Jeffrey Simpson


The National Chief sees the end of the Indian Act - Globe editorial

To kick their illegal tobacco habit, first nations need other opportunities

Greenland’s success shows Canada's child mortality disgrace

It’s time for us to work together with our aboriginal neighbours



UVic shows there’s a better aboriginal way

Education is the key to aboriginal (and Canadian) potential - Shawn Atleo


For economics and decency's sake, let's help our Indian students

For students both on and off reserves - Globe editorial


An aboriginal G-G would bring glorious closure to painful history


Le gouvernement Harper ne se trouverait-il donc qu'à tout simplement se moquer des Premières Nations ?...

The national shame of aboriginal incarceration

Cinéma - Ottawa porte un coup aux jeunes créateurs autochtones
Nunavut shows the feds are not so tough on crime
Impasse à Kanesatake: Ottawa n'entend pas s'en mêler
How to defeat a needless epidemic - Globe editorial
Aboriginals in Canada face ‘Third World'-level risk of tuberculosis

Rencontre des pays arctiques: les Inuits laissés de côté


La Romaine: injonction demandée contre Hydro

Talisman Energy: un premier pas vers les autochtones

Les Innus se lancent dans l'exploration minière


Et des "réformes" aussi signifiantes ne repréntent-elles pas surtout qu'un affront de plus ?...
Statut autochtone - Ottawa fait tomber une discrimination


Des autochtones pourraient retrouver leur statut d'Indiens
Le racisme au pied du pont Mercier - Rima Elkouri
Kahnawake: pour bientôt, la «police sexuelle»?

Notes sur Kahnawake - Lysiane Gagnon

Race-based policies produce racist results

Suppose there was a place the Charter didn't apply … - Jeffrey Simpson

The Mohawk affair is an affront to all - Lysiane Gagnon

Les expulsions de Kahnawake - Lysiane Gagnon
Le ministre Strahl «ne sait pas de quoi il parle»

L'expulsion des Blancs de Kahnawake indispose Ottawa
Interdit aux blancs: difficile de dire si Kahnawake a tort

Beaucoup d'enfants inuits ne mangent pas à leur faim
Voir aussi Le gouvernement Harper se moquerait-il éperdumment des Premières Nations ?...


Quelques secrets - Yves Boisvert

Et par ailleurs, le gouvernement Charest ne se moquerait-il pas des Premières Nations au moins autant que peut le faire Harper ?
Le nombre d'enfants inuits en détresse explose
Sans les autochtones, «le Plan Nord est un plan mort»
« J’ai hâte d’avoir un toit à moi »  -  Agnès Gruda
Un refus inadmissible  -  Ghislain Picard
Shawn Alteo à la tête de l’Assemblée des Premières Nations  La donne pourrait changer au Québec
Bonne fête quand même, Canada  -  VINCENT MARISSAL
JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES  Les autochtones déçus de l’état des pourparlers avec Québec

À l’écoute des Inuits -  Jean-Jacques Élie

La situation des enfants se dégrade -  Agnès Gruda

... et pourtant...
1,4 million pour enrayer l’insalubrité  -  Agnès Gruda


Crime organisé
Le carré de sable


Nanook fait sourire Resolute Bay
Massacre de chiens d'attelage: Québec et Ottawa doivent des excuses


L'autre visage de Kahnawake

Les Mohawks demandent à Ottawa d’acheter le terrain litigieux  -  Bruno Bisson
ÉLECTIONS DU 4 JUILLET À KAHNAWAKE Dépôt d’une requête en révision judiciaire


PÉROU Indigènes unis
LA VOIE DU PARTENARIAT -  François Bellefleur
Droits de autochtones: le Canada rejette la déclaration de l'ONU
Pensionnats amérindiens - Le pape Benoît XVI évite les excuses officielles
Phil Fontaine réagit au règlement des pensionnatsTamara King
Le sanglot du chef blanc -  LYSIANNE GAGNON

Ottawa présente ses excuses aux Inuits exilés dans l'Arctique

32 Mapuches font la grève de la faim


Le choc du Sud  -  AGNÈS GRUDA


Tekakwitha bientôt sainte?

Amherst mérite-t-il sa rue ?  -  Karim Benassaieh
Voir aussi  Faut-il renommer la rue Amherst?

RETROUVER SON ÂME DANS LA CUISINE  -  Stéphanie Bérubé

La truite d’Ernestine  -  LYSIANNE GAGNON




LE DEVOIR

Libre opinion - Nos enfants inuits laissés pour compte
L'entrevue - La victoire d'une alliée des peuples autochtones
Premières nations - Protéger la Terre-Mère!


THE GAZETTE
The Canadiens lost, but Inuktitut scored a win
'We don't want a second Oka crisis': Kanesatake Mohawks

GLOBE AND MAIL
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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE


















L’intransigeance d’Ottawa a prolongé la crise, dit Ciaccia

ARIANE LACOURSIÈRE CHARLES CÔTÉ ET TOMMY CHOUINARD
Une entente inédite prévoyait dès lemois d’août la disparition des barricades et
l’achat des terres contestées d’Oka, selon l’ex-ministre des Affaires autochtones
« Je ne comprends pas pourquoi le fédéral a refusé de saisir la perche qui nous était tendue. Cela nous aurait donné des interlocuteurs crédibles, chez lesMohawks, contre lesWarriors. » — L’ancien ministre John Ciaccia
à partir de la page A1 La crise d’Oka aurait pu durermoins longtemps si le fédéral avait fait preuve de plus d’ouverture, affirme aujourd’hui l’ancien ministre des Affaires autochtones du Québec John Ciaccia. Lors d’une ronde de négociations de la dernière chance, en août 1990, M. Ciaccia est parvenu à une entente avec des leaders de la Confédération iroquoise des Six Nations, qui s’opposait aux « Warriors » qui contrôlaient les barricades. L’entente restée inédite à ce jour, que La Presse a obtenue, requérait du gouvernement du Canada qu’il acquière les 97 acres de terrains à l’origine du conflit. Mais le fédéral a dit non, craignant de créer un précédent pour les 600 autres réserves indiennes du pays.
PHOTO PIERRE CÔTÉ, ARCHIVES LA PRESSE « Il n’y avait rien (dans l’entente conclue le 31 août 1990) que le gouvernement du Québec n’aurait pas pu accepter. Mais le fédéral a dit non », raconte avec amertume l’ex-ministre des Affaires autochtones John Ciaccia. «Ils avaient vraiment peur de créer un précédent. » Ci-dessus, John Ciaccia lors d’un point de presse le 6 septembre 1990.
BRUNO BISSON C’était à la fin du mois d’août 1990. La crise d’Oka durait depuis presque 50 jours. L’armée avançait méthodiquement vers les barricades érigées par les Mohawks sur le pont Mercier à Châteauguay et sur la route 344, à Oka. Hanté par l’idée que la crise d’Oka devienne un « Wounded Knee du Québec », le ministre John Ciaccia a tenté une ultime ronde de négociations, dans un hôtel de Dorval, avec des leaders traditionalistes de la Confédération iroquoise des Six Nations. La Confédération s ’opposa i t aux radicaux « Warriors », qui contrôlaient les barricades. Une entente, restée inédite à ce jour, a été conclue et couchée sur papier le 31 août 1990.
Le gouvernement fédéral avait un mot à dire dans cette entente. Et ce mot a été « non ». Vingt ans plus tard, l’ancien ministre délégué aux Affaires autochtones du Québec, John Ciaccia, a remis à La Presse le texte de cette entente. Il estime aujourd’hui que sa négociation, entreprise dans l’une des périodes les plus sombres de la crise d’Oka, a joué un rôle discret, mais décisif, vers le démantèlement des barricades du pont Mercier.
Selon lui, la crise d’Oka, qui s’est étirée sur 78 jours, aurait toutefois duré plusieurs semaines de moins si le gouvernement fédéral avait fait preuve d’une plus grande ouverture, dans une situation presque désespérée, alors que des vies humaines pouvaient être en jeu.
L’entente de Dorval prévoyait le démantèlement paci f ique des bar r icades érigées depuis le 11 juillet par les Mohawks, à Oka et à Châteauguay, ainsi que la destruction « de toutes les armes, y compris leurs composantes, les munitions et les explosi fs actuellement en la possession » des Mohawks de Kanesatake et de Kahnawake.
La proposition était claire : aucune amnistie ne serait accordée aux Mohawks relativement aux incidents de l’été 1990, mais le Québec devait s’engager à ce que les personnes arrêtées aient un accès immédiat, et en tout temps, à un avocat. Elles ne pourraient pas être interrogées sans la présence d’un avocat. Un comité indépendant veillerait au respect de cette procédure, et en ferait rapport.
Pour sa part, le gouvernement du Canada devait s’engager à acquérir les 97 acres de terrains qui sont à l’origine du conf lit, dans la pinède d’Oka, « pour le bénéfice et l’usage de la population mohawk de Kanesatake ».
L’entente prévoyait enfin la création d’un comité mixte chargé de proposer, dans un délai de trois mois, des solutions aux problèmes de l’enclavement des terrains et du partage d’un territoire en damiers, qui empoisonnaient depuis des années les relations entre le village d’Oka et la communauté voisine de Kanesatake.
« Il n’y avait rien, làdedans, que le gouvernement du Québec n’aurait pas pu accepter. Mais le fédéral a dit non », raconte avec amertume l’ex-ministre, en acceptant de revenir avec La Presse sur les événements d’il y a 20 ans, qui l’ont marqué à vie.
« Le gouvernement fédéral ne voulait pas d’entente, dit M. Ciaccia. C’était un principe. Ils ne voulaient pas signer d’entente tant qu’il y aurait une barricade. Ils regardaient derrière eux, il y avait 600 autres réserves indiennes, au Canada, qui attendaient de voir ce qui allait se passer à Oka. Ils avaient vraiment peur de créer un précédent. »
De plus, « le gouvernement fédéral ne reconnaît pas la Confédération iroquoise des Six Nations. C’est comme ça depuis 1924, je ne sais pas pourquoi. Ce n’était pas un obstacle pour moi. Le gouvernement ne les reconnaît pas, mais ils existent, et les Mohawks, eux, les reconnaissent ».
Leur chef, Shenandoah, rappelle M. Ciaccia, avait même écrit au premier ministre Brian Mulroney pour signifier que la Confédération n’approuvait pas les méthodes et les revendications des Warriors.
« Je ne comprends pas pourquoi le fédéral a refusé de sa isirla perche qui nous était tendue, s’étonne encore l ’ancien ministre. Cela nous aurait donné des interlocuteurs c rédibles , chez les Mohawks, contre les Warriors. »
La fracture
Le matin du 11 juillet 1990, la Sûreté du Québec mène un raid pour déloger des manifestants mohawks, qui occupent depuis plusieurs mois un parc municipal, à Oka. Ils s’opposent à l’agrandissement d’un golf, sur des terres qu’ils revendiquent. Une fusillade éclate. Le caporal Marcel Lemay, de la SQ, est touché à mort. Le raid avorte. En quel-
ques minutes, les Mohawks érigent une imposante barricade sur la route 344, au sommet d’une colline qui domine tout le village d’Oka.
Sur la Rive-Sud, les Mohawks de Kahnawake prennent le pont Mercier d’assaut. Ils détournent déjà la circulation. Une barricade bloque bientôt ce lien routier stratégique entre la Rive-Sud et Montréal. La SQprend position et assiège les deux communautés mohawks. La population est stupéfaite. La crise d’Oka vient de commencer.
Après une semaine de négociations derrière les barricades et l’échec d’un premier accord de principe pour libérer le pont Mercier, John Ciaccia sent que le vent tourne à Oka. Les porte-parole desMohawks ne sont plus les mêmes. Leur ton a changé. Leurs revendications aussi. Publiquement, M. Ciaccia reconnaît qu’il ne sait plus avec qui il négocie exactement.
Sur la Rive-Sud, la colère gronde. À cause de la fermeture du pont Mercier, il faut compter jusqu’à trois heures, certains matins, pour aller travailler à Montréal. À la miaoût, de violents affrontements éclatent entre les manifestants et les policiers de la SQ, coincés entre la foule furieuse et les barricades.
Peu après, le premier ministre du Québec, Robert Bourassa, fait appel aux Forces canadiennes pour relever la SQ aux barricades. La crise d’Oka se corse et pour John Ciaccia, il devient assez clair que les décisions à venir ne sont plus de son ressort. C’est à la télévision qu’il suit désormais le fil des événements.
Avec l’appui de son premier ministre, John Ciaccia se rend à Dorval, où il jouera peut-être son rôle le plus crucial depuis le 11 juillet.
La solution de rechange
Au moment où entre en scène la Confédération, le 25 août, à l’hôtel Hilton de Dorval, John Ciaccia multiplie les rencontres avec des groupes de Mohawks de Kahnawake et de Kanesatake qui ont fui leurs communautés, assiégées par la police et l’armée.
Ladélégation d e la Confédération est menée par un chef traditionnel de la communauté d’Akwesasne, Tom Porter. Un des porte-parole de la Confédération est John C. Mohawk, professeur d’histoire à l’Université de Buffalo, dans l’État de New York.
C’est lui qui affirme à John Ciaccia que « les Warriors ne veulent pas d’un règlement négocié. Ils veulent une confrontation avec les militaires, qui ne fera ni vainqueur ni vaincu, mais qui va forcer les gouvernements à négocier avec eux, à partir de leurs priorités ».
« Pour la première fois depuis le début de la crise, raconte M. Ciaccia, des interlocuteurs acceptent enfin de discuter du démantèlement des barricades. »
La rumeur de ces « négoc iat ions de l a dernière chance », entre Québec et les Mohawks, traverse rapidement le lac Saint-Louis, jusqu’à Kahnawake, où on se prépare à un assaut des militaires.
Selon l’ex-ministre, qu’elles aboutissent ou pas, « les négociations avec la Confédération iroquoise ont une importance cruciale sur tout ce qui se passe ensuite à Kahnawake. La communauté est rangée derrière les Warriors parce que, avec l’armée qui avance, elle n’a pas de solution de rechange aux barricades. En ouvrant le dialogue avec les traditionalistes, nous leur en offrons une ».
Le 28 août, dit M. Ciaccia, « tous les éléments sont réunis, nous sommes très près d’une entente ». Et même si aucune entente n’en ressort, « la présence des traditionalistes à la table des négociations mine la position des Warriors à Kahnawake », soutient-il.
De leur côté, les militaires sont en discussion avec les responsables de la défense des Warriors et leur expliquent que le démantèlement de la barricade aura lieu le lendemain, résistance ou pas. UnMohawk bien connu fait la navette – et le courrier – entre les deux réunions, précise le ministre.
Le 29 août, l’armée avance sur le pont Mercier jusqu’à la barricade, où un homme masqué accueille les militaires d’une franche poignée de main avant de commencer, avec eux, le démantèlement de la barricade. L’armée ne rencontre aucune résistance.
À Kahnawake, les Warriors viennent de perdre. En racontant cet épisode de la crise, John Ciaccia sourit un peu.

Les événements, dans les 30 derniers jours de la crise, ont rendu l’entente désuète ou inopérante. Après avoir encerclé les résistants armés qui défendaient les barricades d’Oka, les militaires les ont repoussés vers leur dernier retranchement – un centre de traitement situé en bordure de la route 344 –, où ils soutiendront un long siège d’un mois, devenu sans objet.

LA CRISE D’OKA
EN QUELQUES DATES
11 juillet 1990:
Une fusillade éclate lors d’un raid de la Sûreté du Québec dans un parc d’Oka. Un policier, le caporal Marcel Lemay, est tué. Des Mohawks de Kanesatake érigent une barricade sur la route 344. Par solidarité, les Mohawks de Kahnawake bloquent le pont Mercier, sur la Rive-Sud. La crise commence.
Du 12 au 15 juillet :
Le ministre délégué aux Affaires autochtones du Québec, John Ciaccia, obtient un accord de principe pour la réouverture du pont Mercier, mais l’accord échoue le 15 juillet.
1er août :
Dix mille personnes manifestent dans les rues de Châteauguay pour exiger la levée des barricades.
8 août:
Le premier ministre du Canada, Brian Mulroney, autorise le déploiement de l’armée dans la région de Montréal à la demande de Robert Bourassa, et nomme un médiateur, le juge en chef de la Cour supérieure du Québec, Allan B. Gold.
12 août :
Le juge Gold obtient une entente sur des conditions de négociation des Mohawks. Un homme masqué s’assoit à la table pour la signer, en présence de John Ciaccia, du juge Gold et du ministre des Affaires indiennes et du Nord du Canada, Tom Siddon. Le même jour, la Sûreté du Québec déloge brutalement des manifestants blancs d’un pont de la Voie maritime. De violentes émeutes ont lieu trois soirs de suite, à Châteauguay. Près d’une centaine de personnes sont blessées, dont beaucoup de policiers.
Du 25 au 28 août :
À Dorval, John Ciaccia est en négociations avec la Confédération iroquoise des Six Nations.
29 août :
L’armée avance sur le pont Mercier et commence le démantèlement de l’imposante barricade, sans rencontrer de résistance.
30 août :
La Confédération iroquoise quitte les négociations. Des Warriors tentent d’imposer leur présence à la table. Robert Bourassa met fin aux négociations de Dorval par communiqué.
31 août:
L’entente de Dorval est mise par écrit, mais jamais entérinée.
1er septembre :
L’armée avance sur les barricades d’Oka et de Kanesatake. Les derniers résistants sont encerclés et repoussés dans leur dernier retranchement, en bordure de la route 344. La barricade d’Oka est démolie.
26 septembre :
Les derniers résistants abandonnent le centre de traitement d’Oka et prennent le chemin du village d’Oka sans préavis. Les policiers arrêtent 41 personnes. La crise d’Oka se termine après 78 jours.




1,4 million pour enrayer l’insalubrité  -  Agnès Gruda
Pour les 400 habitants du village algonquin de Kitcisakik, en Abitibi, la journée d’hier peut se résumer en un mot: enfin!
Actuellement, les habitants de Kitcisakik vivent dans des constructions de bois aggloméré privées d’eau et d’électricité, mal isolées et à peine aménagées. Leurs murs dégagent des émanations toxiques.
Le gouvernement du Québec a annoncé, hier, un investissement de 1,4 million de dollars sur trois ans afin que cette communauté de 400 habitants, établie à cinq heures de route de Montréal, accède à un minimum de salubrité.
L’essentiel de cette somme sera consacré à reconstruire l es ma i sons du vi l l age. Actuellement, les habitants de Kitcisakik vivent dans des constructions de bois aggloméré privées d’eau et d’électricité, mal isolées et à peine aménagées. Leurs murs dégagent des émanations toxiques. Leurs résidants doivent charrier de gros bidons d’eau et utiliser le bloc sanitaire communautaire pour se laver.
L’organisation humanitaire Architectes de l’urgence a entrepris de retaper ces abris de fortune l’été dernier, et a d’ailleurs inauguré ses deux premières maisons rénovées hier. Leurs propriétaires « n’en reviennent pas à quel point c’est beau, on n’a jamais eu de maisons comme ça ici ! » s’est réjoui le chef du village, Edmond Brazeau.
Architectes de l’urgence, une ONG qui intervient habituellement dans des zones de crise, sera dorénavant associée à un programme de la Société de l’habitation du Québec, conçu spécialement pour Kitcisakik et doté d’un budget d’un million de dollars.
Les nouvelles maisons seront pourvues de murs isolés, de planchers recouverts d’un revêtement de bois, de lavabos branchés sur des réservoirs d’eau, d’armoires de cuisine et de chambres séparées.
À moyen terme, elles pourraient aussi être pourvues de toilettes sèches, et peut-être même de douches, explique Bernard McNamara, qui dirige le chapitre canadien de cette ONG internationale.
Le grand intérêt de ce projet, c’est qu’il a été conçu en collaboration avec la communauté elle-même, qui participera à la réalisation des travaux. Déjà, une douzaine d’Algonquins ont reçu la formation nécessaire pour couper le bois à l’aide d’un moulin à scie démontable. Ils travailleront sur le chantier de Kitcisakik, en collaboration avec l’ONG d’architectes.
Il y a quelques mois, la communauté s’était fait offrir des maisons mobiles pour remplacer ses cabanes bancales, mais ses leaders avaient rejeté cette offre, préférant continuer à reconstruire leurs habitations.
Boule de neige
Le ministre responsable des Affaires autochtones, Pierre Corbeil, a annoncé ce projet au cours d’une conférence de presse à Val-d’Or. Il espère que l’annonce fera boule de neige et que des entrepreneurs privés contribueront, avec des dons de matériaux, par exemple.
Autre amélioration pour les habitants du village: Québec remplacera la génératrice qui alimente quelques bâtiments publics, et qui était « vétuste et peu fiable », selon le ministre Corbeil. Enfin, le Secrétariat aux affaires autochtones prévoit 195 000$ pour aider cette communauté autochtone à faire progresser son économie.
De son côté, le gouvernement fédéral construira une nouvelle école primaire au village. L’école actuelle est minuscule et, dès la quatrième année, les élèves doivent quitter leurs parents pour déménager à Val-d’Or.
Kitcisakik forme une communauté sans statut, qui a refusé de devenir une réserve. Ses habitants sont considérés comme des squatteurs qui occupent un territoire à cheval entre des terrains d’HydroQuébec et des terres fédérales. La communauté rêve de déménager dans un autre village. Mais en attendant que ce projet se concrétise, elle vit dans des conditions insoutenables.
« Il fallait répondre aux besoins les plus urgents, on ne pouvait pas rester les bras croisés et laisser les gens vivre dans ces conditions », a dit le ministre Corbeil, après l’annonce du projet.
Pourquoi ne pas brancher Kitcisakik au réseau d’HydroQuébec? Des discussions au sujet d’une « électrification plus permanente » sont en cours actuellement avec la société d’État, selon Pierre Corbeil. Le cas échéant, le projet coûterait cher: au moins 10 millions.
Le chef Edmond Brazeau s’est dit très heureux de tous ces projets. La communauté envisage toujours de déménager le village. «Mais en attendant, il faut que nos maisons soient habitables.»



« J’ai hâte d’avoir un toit à moi »  -  Agnès Gruda
Une organisation humanitaire aide les Algonquins de Kitcisakik à reconstruire leur village insalubre
Tous les jours, Doria Papatie va jeter un coup d’oeil sur le chantier de sa maison. Il y a trois ans, elle avait dû la quitter, pour cause d’insalubrité.
Il y a trois semaines, des ouvriers locaux dirigés par les Architectes de l’urgence ont commencé leur premier projet de rénovation : celui de Doria Papatie. La maison sera refaite de fond en comble.
« Il y avait eu une infiltration d’eau, ça sentait le moisi, on ne pouvait plus rester làdeda ns », se souvient-elle. Depuis, la grand-mère de 47 ans se promène d’une famille de Kitcisasik à l’autre dans cet te petite com mu nauté algonquine sans électricité ni eau courante, située à cinq heures de route de Montréal.
Doria Papatie n’en peut plus de dépendre ainsi de ses proches qui vivent, eux aussi, dans des conditions précaires. « J’ai hâte d’avoir un toit à moi », dit-elle.
Son désir est sur le point de se réaliser. L’organisation humanitaire Architectes de l’urgence, en collaboration avec la fondation ontarienne Frontiers, a entrepris un projet de rénovation résidentielle dans ce village de l’Abitibi.
Il y a un an, La Presse avait passé trois j ours dans cette communauté pour constater à quel point les conditions de vie y sont pénibles. La majorité des habitants n’ont ni réfrigérateur ni réservoir d’eau. Les émanations des poêles à bois causent des problèmes respiratoires. La nuit, quand le bloc sanitaire est fermé, il faut utiliser des seaux hygiéniques, faute de toilettes.
Au début de l’été, la fondation F rontiers a a mené deux scieries démontables à Kitcisakik. Puis, elle a formé une trentaine d’Algonquins du village afin qu’ils puissent rénover les maisons du village et les rendre plus habitables. I l y a trois semaines, des ouvriers locaux dirigés par les Architectes de l’urgence ont commencé leur premier projet de rénovation : celui de Doria Papatie.
La maison sera refaite de fond en comble. À Kitcisakik, la plupart des habitations sont fabriquées en bois aggloméré non teint, qui noircit avec le temps. Les émanations de la colle qui scelle les copeaux de bois sont toxiques. Les aliments placés contre les murs mal isolés se préservent mal.
« Nous allons changer ces panneaux, ajouter de l’isolant, nous assurer que les murs seront bien ventilés », explique l’architecte Guillaume Lévesque, qui revient tout juste d’un séjour à Kitcisakik.
Un évier et une douche
Mais en plus de murs assainis et d’un toit mieux ventilé, Doria Papatie aura une « vraie » cuisine, avec un évier et un robinet. Elle aura aussi une douche alimentée par de l’eau de pluie récupérée. Et des toilettes sèches à l’extérieur de la maison, pour ne plus avoir à courir au bloc sanitaire ou à sortir dans le bois.
Un poêle à bois tout neuf dont la cheminée ne fuit pas chauffera son eau, été comme hiver. Du luxe dans cette communauté située à six kilomètres de la route 117 !
« Ce qui dérange surtout les gens de Kitcisakik, c’est de ne pas avoir accès à l’eau et de respirer de l’air de mauvaise qualité. Dans leurs maisons, il fait une chaleur suffocante en été, et on gèle en hiver », dit Guillaume Lévesque.
Les maisons rénovées ne seront toujours pas branchées à un réseau d’égout, ni à HydroQuébec. Le sort de ce village sans statut, dont les habitants sont considérés comme des squatters, n’est toujours pas résolu. Mais au moins, les habitants des maisons rénovées ne vivront plus dans des conditions dignes du tiers-monde.
La première phase du projet prévoit la réfection de cinq maisons grâce à une subvention de 40 000 $ de la fondation Frontiers. Pour le reste, le projet bénéficie de dons de bois, de peinture, de scellant et de membrane pour le toit.
Mais le but des Architectes de l’urgence, c’est surtout de permettre aux Algonquins de Kitcisakik de poursuivre le projet de rénovation euxmêmes, avec leur propre bois et leurs propres ouvriers.



Un refus inadmissible  -  Ghislain Picard
Le Canada persiste à ne pas adhérer à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones
La survie et le bien-être de nos communautés sont quotidiennement menacés par de graves et de persistantes violations de leurs droits fondamentaux.
L’auteur est chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. Il y a 15 ans hier, l’Assemblée générale des Nations unies consacrait le 9 août Journée internationale des peuples autochtones. Célébrée annuellement par la communauté internationale, cette journée est cruciale pour l’ensemble des peuples autochtones de la planète.
La situation des Premières nations au Canada est toujours préoccupante. Dans les collectivités, le taux de chômage, la mortalité infantile, la sous-scolarisation et les problèmes de logement sont plus élevés que partout ailleurs au pays.
Il s’agit non seulement du moment de prendre conscience de la richesse culturelle des peuples autochtones et de la diversité qu’ils représentent, mais aussi de l’occasion d’aborder les questions de discrimination, de pauvreté et de marginalisation qui façonnent le quotidien de la plupart des communautés.
Si le 15e anniversaire de cette journée permet de souligner les progrès réalisés au cours des dernières années, notamment en ce qui concerne la reconnaissance des droits fondamentaux des peuples autochtones sur la scène internationale, il met surtout en lumière tout le chemin qu’il reste à parcourir en matière de reconnaissance, de justice et d’égalité vis-à-vis des peuples autochtones.
Au Canada, les peuples autochtones représentent 4% de la population, ce qui équivaut à plus d’un million d’individus. Parmi les collectivités, le taux de chômage, la mortalité infantile, la sous-scolarisation et les problèmes de logement sont plus élevés que partout ailleurs au pays.
Cette triste réalité est le résultat d’une politique colonialiste (dont la pierre angulaire est la Loi sur les Indiens), qui perdure depuis trop longtemps, notamment en matière d’éducation, de services sociaux et de développement économique. Au Québec tout comme au Canada, ce triste constat est d’autant plus évident qu’il s’inscrit dans une situation où l’écart entre les conditions de vie des Autochtones et des nonautochtones est incontestable et inacceptable.
En effet, la survie et le bienêtre de nos communautés sont quotidiennement menacés par de graves et de persistantes violations de leurs droits fondamentaux. L’adhésion du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones constitue en ce sens un impératif incontournable pour assurer la survie de nos peuples. Nous sommes indignés par le refus du Canada d’y adhérer. À l’heure actuelle, le Canada est l’un des trois pays qui persistent (aux côtés des États-Unis et de la Nouvelle-Zélande) à refuser de reconnaître l’importance vitale du précieux document. Nous sommes d’avis que cette attitude ne reflète pas la volonté citoyenne. Nous invitons en ce sens tous les Québécois à manifester leur appui aux Premières Nations en signant la pétition à cet effet ( apnql-afnql.com).
Nous nous interrogeons sur les réelles intentions du gouvernement canadien et sur sa prétendue volonté de respecter et honorer sans discrimination les droits des peuples autochtones. Il est grand temps que les deux ordres de gouvernement prennent leurs responsabilités envers les Premières Nations. Il est grand temps pour eux de reconnaître notre droit à l’autonomie gouvernementale en vertu des nouveaux standards établis par la Déclaration. Nous, Premières Nations du Québec et du Labrador, formons des nations distinctes possédant le droit à notre propre statut politique afin d’assurer librement le développement économique, social et culturel de nos communautés.

Nous sommes présents, fiers et incontournables.


Shawn Alteo à la tête de l’Assemblée des Premières Nations
  La donne pourrait changer au Québec
L’élection jeudi du grand chef Shawn Alteo à la tête de l’Assemblée des Premières Nations pourrait marquer un tournant dans les relations entre les Autochtones du Québec et les gouvernements fédéral et provincial, ont souligné plusieurs observateurs joints par La Presse hier.
Pour la première fois depuis 30 ans, le grand chef des 700 000 Autochtones du pays, Shawn Alteo, vient d’une nation qui n’a jamais signé de traité et qui, par conséquent, appuie ses revendications sur ses droits ancestraux. Ce qui est le cas de la plupart des nations autochtones du Québec.
« Le ton n’était pas assez haut au temps de Phil Fontaine, a affirmé Ghislain Picard, chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador. M. Alteo dit qu’il veut plus d’action. »
Pour la première fois depuis 30 ans, le grand chef des 700 000 Autochtones du pays vient d’une nation qui n’a jamais signé de traité et qui, par conséquent, appuie ses revendications sur ses droits ancestraux. Ce qui est le cas de la plupart des nations autochtones du Québec.
« Il y a un clivage historique entre les nations qui ont signé un traité et celles qui sont sans traité, dit M. Picard. M. Alteo va avoir une très bonne lecture de notre situation et des enjeux au Québec. Il va condamner l’attitude fédérale à l’égard des droits ancestraux. Alors que traditionnellement, l’APN a voulu tout faire conjointement avec le gouvernement fédéral, ce qui a donné des résultats très minces. »
Shawn Alteo, 42 ans, est le chef héréditaire de la nation Ahousaht, au nord de Tofino, dans l’île de Vancouver. Il a fait sa marque à titre de chef régional pour la ColombieBritannique, affirme Me Renée Dupuis, spécialiste de la question autochtone.
« Plusieurs organismes se font concurrence pour représenter les Autochtones dans cette province, dit-elle. Il avait réussi à s’imposer. Il a été aussi présent sur la scène médiatique à la suite d’un jugement de la Cour suprême sur les droits de pêche dans le Pacifique. Il a répliqué au premier ministre Stephen Harper, qui estimait que ce jugement était raciste. »
M. Alteo s’est aussi fait connaître quand il a pris la défense de Luna, un épaulard qui fréquentait un port de pêche de la côte Pacifique et que les autorités voulaient déplacer parce qu’il s’approchait trop des bateaux. Les Autochtones affirmaient que Luna était une réincarnation d’un de leurs anciens chefs. Luna est finalement mort en 2006 après une collision avec un remorqueur.
Le chef Gilbert Whiteduck de la communauté de Kitigan Zibi, en Outaouais, se réjouit de l’élection de M. Alteo, devant son adversaire le chef Perry Bellegarde, de la Saskatchewan. L’élection qui se déroulait à Calgary s’est décidée au huitième tour, le vainqueur devant obtenir 60% des suffrages.
« C’est une personne qui s’exprime très bien, qui est bien éduquée, et pour qui les traditions sont très importantes, dit M. Whiteduck. Au Québec, on a revendiqué très fermement nos droits ancestraux. Maintenant, il faut de l’action devant les tribunaux et sur le terrain. Et M. Alteo est un homme d’action. Il nous a dit qu’il ne resterait pas à Ottawa et qu’il viendrait sur place pour donner des messages et nous appuyer. Il dit: “Our time is now.” Et c’est vrai, quand on regarde nos jeunes, nos populations, on n’a plus le temps d’attendre. J’ose espérer que le Canada ne peut plus attendre non plus. Il faut provoquer le dialogue. »
« Shawn Alteo est un jeune qui est formé à une nouvelle école, dit Éric Cardinal, un autre spécialiste de la question. C’est la première fois qu’un chef national est assez jeune pour s’être imprégné pendant ses études de la question des droits ancestraux. Et il a réussi à faire prendre un virage à 180 degrés au gouvernement de la ColombieBritannique sur la reconnaissance des droits des Premières Nations. »
« Pour les Autochtones du Québec, où il n’y a jamais eu de traité historique, c’est une très bonne nouvelle, poursuit M. Cardinal. Peut-être qu’il va pouvoir donner un coup de main aux Premières Nations du Québec pour relancer les relations avec le gouvernement provincial. C’est ce qu’il a réussi en Colombie-Britannique. »



Bonne fête quand même, Canada  -  VINCENT MARISSAL
Le cas particulier de la propagation de la grippe A (H1N1) est l’illustration absurde de l’échec de nos politiques autochtones.
Le Canada fête demain les 143 ans d’une expérience humaine et politique qui aura façonné un pays imparfait certes, mais qui, malgré toutes les récriminations, se classe parmi les meilleurs endroits où vivre sur cette petite planète.
Pourtant, nous ne sommes pas encore, comme disait Jean Chrétien, le « plus meilleur » pays du monde. Et nous ne pourrons prétendre à ce titre tant que nous n’aurons pas réglé, ou à tout le moins attaqué sérieusement, le « problème » autochtone.
Encore aujourd’hui, le bilan du Canada en matière autochtone est une véritable honte nationale.
Heureusement pour nous, la communauté internationale est 100 fois plus préoccupée par le sort des pauvres phoques sur la banquise que par celui du million d’autochtones qui vivent trop souvent dans des conditions misérables. Des conditions tiersmondistes, pour tout dire.
Constat alarmiste? Conclusion sensationnaliste ? Jugez-en par vous-mêmes.
La semaine dernière, on a appris que des communautés autochtones du nord du Manitoba, durement touchées par la grippe A (H1N1), avaient été privées pendant des jours de désinfectant à main parce que ces produits contiennent de l’alcool.
C’est ce qu’a révélé la sousministre adjointe au ministère fédéral de la Santé, Anne-Marie Robinson, lors d’une audience d’un comité du Sénat. « Nous avons eu quelques cas de vol d’antiseptiques dans le passé dans certaines communautés. Le taux d’alcoolisme est parfois très élevé dans ces communautés et nous craignions de créer un danger (avec des produits contenants de l’alcool). »
Après plusieurs jours de tergiversations au ministère de la Santé à Ottawa, les bouteilles de désinfectant (l’une des mesures les plus élémentaires de prévention de propagation de la maladie) ont finalement été expédiées.
Pourtant, le taux de propagation atteint des proportions alarmantes dans ces communautés et la vulnérabilité historique des autochtones aux maladies infectieuses est connue et documentée depuis près de 100 ans.
Au Manitoba, on estime que deux tiers des 460 personnes infectées par la grippe A (H1N1) sont des autochtones, dont 25% habitent le nord de la province, dans des villages éloignés (les autochtones ne comptent que pour 10% de la population de la province).
Tous les jours depuis des semaines, des avions transportent des malades de ces coins reculés vers des hôpitaux de Winnipeg, à 500, 600 kilomètres au sud, parfois plus. Évidemment, les communautés autochtones du Nord n’ont ni les moyens ni le matériel ni le personnel pour soigner leurs malades sur place. Elles n’arrivent même pas à avoir le strict minimumde l’arsenal de prévention, comme des masques ou une bouteille de Purell.
La situation est tellement grave que les chefs de cette immense région ont décrété l’état d’urgence la semaine dernière, ce qui leur permet ainsi d’avoir accès à des fonds fédéraux et provinciaux d’urgence.
Les cris d’alarme des chefs se sont pourtant multipliés au cours des dernières semaines.
À Garden Hill (un nom dont la poésie détonne de façon spectaculaire avec la réalité), le chef, David Harper, en a eu marre d’attendre l’aide d’Ottawa et il s’est rendu lui-même à Winnipeg pour acheter pour quelques centaines de dollars de masques et de désinfectant.
De guerre lasse, les chefs ont finalement débarqué à Ottawa il y a quelques jours pour sonner l’alarme au Parlement même.
Cela n’a pas semblé émouvoir beaucoup le gouvernement Harper. Selon la ministre de la Santé, Leona Aglukkaq, tout est sous contrôle. « Le Canada est bien préparé pour la situation, a-t-elle affirmé la semaine dernière. Nous avons un plan national et nous le suivons ». Pourtant, Mme Aglukkaq est ellemême autochtone du Nord. Elle doit bien savoir que son « spin » positif est bien loin de la réalité.
Selon un médecin qui travaille sur le terrain, Kim Barker, du service de santé public du Manitoba, le gouvernement fédéral ne semble pas réaliser que l’état de santé des autochtones dans plusieurs communautés est pire qu’ailleurs au pays et que les risques de propagations sont plus élevés. « Nous risquons de nous retrouver avec le même problème qu’au Mexique », a déclaré le Dr Barker la semaine dernière.
Comment un pays moderne et riche comme le Canada peut-il fermer les yeux sur une telle situation? Lorsqu’un tremblement de terre ou un tsunami frappe une région du globe, nous sommes toujours parmi les premiers à envoyer des avions Hercules pleins de vivres et de matériel, du personnel militaire même, pour venir en aide aux sinistrés. Voilà qui est très bien, mais que faiton des nôtres, autochtones du Nord, des grandes villes ou des réserves, qui moisissent dans la misère?
La réponse courte, c’est que l’on s’en fout.
Théoriquement, la question autochtone est toujours une priorité pour tous les partis politiques. En réalité, ils ont toujours plus urgent (et, surtout, plus payant électoralement) à régler.
La réponse longue, et tellement canadienne, c’est que les autochtones sont pris dans des chicanes de compétences absurdes : les soins de santé pour les autochtones sont de compétence fédérale, l’envoi de personnel médical, relève du provincial. Ensuite, il faut aussi déterminer qui paye quoi.
Le cas particulier de la propagation de la grippe A (H1N1) n’est pas qu’anecdotique. Il est l’illustration absurde de l’échec de nos politiques autochtones. Et l’illustration parfaite du manque de volonté politique en la matière.
Encore aujourd’hui, des milliers d’autochtones vivent dans des conditions pitoyables, sans eau courante ni services de santé dignes de ce nom, dans des taudis et, surtout, dans l’indifférence générale.
Au Québec, les communautés autochtones ne semblent pas (selon les statistiques du ministère de la Santé) particulièrement touchées par la grippe A ( H1N1), mais d’autres problèmes perdurent ici aussi.
Pensez seulement au cri de désespoir lancé dans nos pages il y a 10 jours par les intervenants sociaux engagés auprès des enfants du Nunavik.




JOURNÉE NATIONALE DES AUTOCHTONES  Les autochtones déçus de l’état des pourparlers avec Québec

Les pourparlers entre le gouvernement Charest et les communautés autochtones sur la gestion des ressources naturelles et l’occupation du territoire ne donnent pas les résultats escomptés. Il y a un an très exactement, Québec avait pourtant promis une reprise du dialogue sur ces enjeux délicats.
« Les développements m’ont donné raison, nous n’avons pas avancé », a dit le président de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, un an après la promesse de dialogue du gouvernement sur des enjeux délicats.
« On attend toujours des propositions précises et recevables. Nous n’avons aucune indication claire que Québec est prêt à s’attaquer de front à ces problèmes », a déclaré en entrevue à La Presse hier le président de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, en marge des célébrations de la Journée nationale des autochtones.
I l faut di re que Ghislain Picard avait accueilli avec une bonne dose de scepticisme la main tendue par le ministre Benoît Pelletier à pareille date l’an dernier. « Les développements m’ont donné raison, nous n’avons pas avancé. Québec af f i rme qu’i l veut discuter mais évite systématiquement d’aborder les questions taboues et fondamentales des droits ancestraux, du développement des ressources naturelles et du partage des revenus. »
Pire, Ghislain Picard affirme qu’il a plus de raisons d’être insatisfait aujourd’hui qu’il y a 12 mois. Le gouvernement Charest a dévoilé depuis son fameux Plan Nord qui vise à développer la région située au-delà du 49e parallèle où l’on retrouve les territoires ancestraux de plusieurs communautés. Québec assure depuis le début que le projet sera défini en partenariat avec les autochtones. « Mais nous n’en savons pratiquement rien pour le moment et ça nous inquiète. »
L’APNQL a créé le mois dernier un nouveau comité de gestion des terres et des ressources naturelles, formé de représentants de chacune des 11 communautés du Québec. « On verra quelles mesures il faut mettre en place pour accentuer la pression sur le gouvernement pour faire enfin avancer ces dossiers », dit M. Picard.
Réplique
Le ministre responsable des Affaires autochtones, Pierre Corbeil, réplique que si Québec n’a pas encore jeté les bases d’une entente globale avec les représentants des 11 communautés autochtones – tel que demandé par l’APNQL –, des progrès importants ont été réalisés avec cer taines d’entre el les. Des conventions signées avec les Cris, les Inuits et les Naskapis en sont à l’étape de la mise en oeuvre, par exemple. « Il y a beaucoup de dossiers qui ont cours présentement », a-t-il insisté en entrevue à La Presse.
Quant au Plan Nord, les véritables pourparlers commenceront sous peu, a-t-il indiqué. « J’ai fait une première tournée l’an dernier sur la base d’invitations et du bon vouloir des participants, qui nous a permis de cibler quatre enjeux prioritaires, comme la desserte du territoire et la formation de la main-d’oeuvre. Mais les prochaines consultations seront plus formelles. »


À l’écoute des Inuits -  Jean-Jacques Élie
Seuls le respect et l’empathie des Blancs pourront venir à bout des préjugés tenaces à leur endroit
Pourquoi y a-t-il toujours autant d’enfants encore négligés, maltraités
et agressés ?
L’auteur est cofondateur et directeur général de Réseau Qajaq Network, organisation communautaire régionale qui intervient auprès des hommes et des familles en difficulté.
Àla suite de la parution récente de l’article « Grand Nord, la situation des enfants se dégrade » d’Agnès Gruda, j’aimerais apporter mon grain de glace fondante. Je suis en contact direct avec la réalité du Nunavik depuis près de sept ans. Comment cela se fait-il qu’il y ait toujours autant d’enfants encore négligés, maltraités et agressés? J’ai de la difficulté avec la sempiternelle réponse: « On manque de ressources. » Oui, peut-être, mais qu’en est-il des autres dimensions de ce problème complexe?
Comment se fait-il que l’on soit encore si englué dans le mode intervention en ce qui concerne les enfants? C’est sûr que l’intervention, c’est fondamental. Et les familles? Qu’est-ce que l’on fait de la prévention? J’entends rarement le mot « prévention » dans les comités. La « comitite », vous connaissez? La bonne volonté et l’engagement personnel putréfiés en je-remets-ça-à-plus-tard.
Qu’est-ce que l’on fait réellement sur le terrain? Comment cela se fait-il qu’il n’y a pas de programme permanent d’éducation populaire ? Des programmes conçus par des Inuits donnés par des Inuits sur des thèmes touchant à la tenue de maison, aux habiletés parentales...
Que fait-on de la mobilisation communautaire ? Ce n’est pas spontané, la préoccupation communautaire, c’est un processus qui s’inscrit dans la durée avec beaucoup de sensibilité, de créativité et même de combativité.
Qu’est-ce que l’on fait de l’éradication de la drogue (de plus en plus dure) – un fléau –, et de la contrebande de l’alcool? Ici à Kuujjuaq, c’est tout simplement dévastateur, je vois des familles dysfonctionnelles, des mères et des pères ravagés ayant perdu tout point de repère dans leur vie.
Il y a des Blancs, des qallunats, qui devraient descendre de leur piédestal. Un bac, une maîtrise ou même un doctorat, ça n’autorise pas à prendre les personnes de haut. Nous avons tous affaire à des êtres humains. L’essence de notre travail comme habitant du Sud devrait être avant tout un rôle d’accompagnateur, de révélateur de l’autre.
Le respect, l’empathie et l’écoute viennent à bout des plus tenaces préjugés, cela est aussi vrai pour les deux solitudes nordiques. Et comme le prêchaient Jésus, Bouddha, Gandhi et les Beatles, All you need is love. Vraiment !



La situation des enfants se dégrade -  Agnès Gruda
GRAND NORD Deux ans après la publication d’un rapport sur la situation des enfants du Nunavik, les services sociaux du Grand Nord sont de nouveau en crise.
Rien ne va plus dans les services sociauxduGrandNordquébécois. Aux prises avec des cas de plus en plus lourds et à des ressources faméliques, une dizaine d’intervenants sociaux du Nunavik sont sur le point de craquer. Avec l’appui de leurs patrons, ils appellent Québec à l’aide.
Les intervenants sociaux du Grand Nord ne répondent plus à la demande devant le grand nombre de cas d’enfants en situation de risque signalés. « Actuellement, il y a 82 dossiers en évaluation, on s’entend que c’est inadmissible », déplore André Leblon.
« La situation est fragile et inquiétante, nous lançons un cri de désespoir », dit un responsable de la Protection de la jeunesse à Kuujjuaq, André Lebon.
« La situation est dramatique, il y a eu une dégradation qui rend impérative une intervention concertée et immédiate », confirme la vice-présidente de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, Sylvie Godin, qui a été alertée la semaine dernière.
Il y a deux ans, la Commission a publié un rapport alarmant sur les conditions de vie des enfants dans les 14 villages du Nunavik. L’an dernier, une équipe spéciale y a été dépêchée pour remettre le système de la protection de la jeunesse sur les rails.
Au début, il y a eu des signaux encourageants, dit Mme Godin. Mais aujourd’hui, « la Loi sur la Protection de la jeunesse n’est pas respectée et les droits des enfants sont compromis », selon elle.
Le problème, c’est que le blitz de l’automne a multiplié les signalements d’enfants en situation de risque. Mais qu’il n’y a pas assez de personnel pour traiter leurs dossiers.
Dans la baie d’Ungava, les intervenants sociaux sont au bout du rouleau.
« Nous avons des cas très lourds, des enfants négligés à plusieurs niveaux, mais nous ne pouvons que panser les blessures en surface, puis on passe à un autre appel », confie l’un d’entre eux, joint par La Presse.
« Je promets aux familles que je leur donnerai des services, mais je n’y arrive pas », dit un autre intervenant.
Deux villages de la baie d’Ungava n’ont actuellement aucun intervenant social. Les deux préposés au signalement sont partis. Des trois personnes chargées de faire l’évaluation des cas signalés, deux sont parties et la troisième s’en va le mois prochain. « Actuellement, il y a 82 dossiers en évaluation, on s’entend que c’est inadmissible ! » déplore André Lebon.
Au bout du rouleau
Dans une lettre envoyée cette semaine au Directeur de la Protection de la jeunesse pour la région de l’Ungava, Daniel Michaud, la dizaine d’intervenants se disent incapables de faire correctement leur travail. « Nous ne croyons plus qu’il soit sain pour notre santé mentale et physique d’exercer notre travail dans de telles circonstances », écrivent-ils.
Dans les témoignages qu’ils ont donnés anonymement à La Presse, ils se disent au bout du rouleau. « Nos conditions de travail ont atteint un seuil critique », dit un intervenant.
« J’aime ma job, mais à force de me voir stressée, fatiguée, je pense à démissionner », dit sa collègue.
C’est le cercle vicieux: plus leurs conditions de travail sont pénibles, plus les gens quittent le Nord. Et plus ils partent, plus ceux qui restent en arrachent.
« Les intervenants ont les yeux qui roulent dans l’eau, ils vont craquer ou ils vont partir », s’inquiète leur représentante syndicale, Michelle Audy.
La situation a un impact sur les enfants du Nunavik. Certains sont retirés de leur famille sans que l’on sache quoi en faire. D’autres sont placés dans une famille d’accueil que l’on n’a pas pu évaluer. Avec la période de vacances, ça risque de se dégrader.
André Lebon était responsable de l’équipe spéciale qui est « montée dans le Nord » il y a un an pour réorganiser les services de protection de la jeunesse. Mais la meilleure réorganisation ne peut rien contre le manque chronique de ressources.
En ce moment, les foyers de groupe débordent au Nunavik. « Il n’y a plus aucune place pour les filles ou pour les garçons de 6 à 12 ans », énumère André Lebon.
« Nous sommes solidaires de la lettre syndicale, dit-il. Si nous continuons à assommer notre personnel, les gens vont quitter ou tomber malades. » Que faire? Le problème, c’est que le Grand Nord est incapable de recruter et de retenir ses intervenants sociaux.
Il y a trois semaines, André Lebon croyait avoir trouvé cinq perles rares pour combler autant de postes. « Quand ils ont su quelles seraient exactement leurs conditions de vie, les candidats se sont tous désistés », dit-il.
Le syndicat qui regroupe les intervenants sociaux du Grand Nord a mis sur papier huit demandes qui, selon lui, faciliteraient le recrutement de Blancs et d’Inuits pour combler les postes vacants. Leurs patrons appuient cette « liste d’épicerie » à cent pour cent.
Les intervenants réclament une prime d’éloignement et de risque qui hausserait leur salaire d’environ 22 000$. D’autres mesures touchent la possibilité, pour des travailleurs sociaux du Sud, de travailler temporairement dans le Nord sans perdre leurs avantages sociaux. De meilleures conditions de logement. Ou encore de meilleures communications téléphoniques.
« Actuellement, nous n’avons même pas de programme d’aide aux employés », déplore Michelle Audy. Or, les conditions de travail dans le Grand Nord sont dures. Plusieurs intervenants travaillent dans des villages isolés et doivent répondre à des urgences la nuit. « S’ils ne sont pas mieux rémunérés, pourquoi accepteraient-ils cette misère-là? »




Les Mohawks demandent à Ottawa d’acheter le terrain litigieux  -  Bruno Bisson
« J’ose croire que les autorités gouvernementales ont appris de la crise de 1990 et que, 20 ans plus tard, on pourra régler nos différends une fois pour toutes pour que de tels événements ne se reproduisent plus », a affirmé Sohenrise Paul Nicholas, grand chef de Kanesatake.
Le conseil de bande de Kanesatake, près d’Oka, demande au gouvernement fédéral d’acheter le terrain de la Financière Norfolk, en bordure de la route 344, afin d’éviter une dispute territoriale semblable à celle qui avait mené à la crise d’Oka en 1990.
Dans un communiqué publié hier, le grand chef de Kanesatake, Sohenrise Paul Nicholas, a fait savoir que les Mohawks « ne veulent pas d’une deuxième crise d’Oka » et a invité les gouvernements provincial et fédéral à reprendre, une fois de plus, les négociations visant le règlement des revendications territoriales de Kanesatake.
« J’ose croire que les autorités gouvernementales ont appris de la crise de 1990 et que, 20 ans plus tard, on pourra régler nos différends une fois pour toutes pour que de tels événements ne se reproduisent plus », a affirmé M. Nicholas.
La crise de 1990
En 1990, une d ispute relativement banale à propos d’un projet de condos et d’agrandissement gol f sur des terrains voisins de Kanesatake avait dégénéré en conflit armé.
Ironiquement, ces terrains étaient situés en bordure de la route 344, juste en face du terrain de la société Norfolk qui soulève actuellement la contestation. Comme à l’époque, les terrains en litige sont clairement situés dans le territoire de la municipalité d’Oka et leurs propriétaires peuvent en faire ce qu’ils veulent.
LesMohawksdeKanesatake estiment toutefois que ces terrains, comme d’ailleurs l’ensemble du territoire de l’ancienne seigneurie des Deux-Montagnes, font partie de leurs terres ancestrales.
Le 18 janvier dernier, des Mohawks ont forcé une équipe de travailleurs embauchés par Norfolk à fermer un chantier et à quitter le terrain. Ils ont annoncé au propriétaire qu’aucun lotissement n’irait de l’avant sur ces terres.
Dans un entretien avec La Presse hier, le porte-parole de Norfolk, Norman Ducharme, a affirmé que l’entreprise n’avait pas l’intention d’attiser le feu. « Il vaut mieux laisser retomber la poussière un peu », at-il dit.
M. Ducharme a toutefois tenu à préciser que les démarches pour obtenir les autorisations de la municipalité d’Oka et procéder au lotissement du terrain vont se poursuivre. Norfolk estime que le lot actuel pourrait accueillir trois maisons.
« Mais le plus pressant en ce moment, a-t-il insisté, ce sont les trois arbres qu’il faut couper. L’équipe que nous avions envoyée à Oka était là pour tailler trois arbres brisés qui menacent de tomber sur la maison voisine de notre terrain. Ça, c’est notre responsabilité, et si le conseil ne nous autorise pas à le faire, nous voulons que quelqu’un d’autre le fasse parce que c’est dangereux. »
M. Ducharme a déclaré que l’entreprise pourrait intenter des recours pour forcer la municipalité d’Oka à délivrer les permis de lotissement. Norfolk songe aussi à enjoindre au ministère de la Sécurité publique du Québec, responsable de la sécurité civile, de faire réaliser les travaux jugés nécessaires pour la sécurité des voisins de Norfolk.
À plus long terme, si toute mise en valeur de sa propriété était impossible, M. Ducharme a précisé que Norfolk pourrait poursuivre le gouvernement fédéral en sa qualité de responsable des relations avec les autochtones.

135 000$ pour avoir été exclu des élections à Kahnawake  -  Daphné Cameron
Keith Myiow, candidat exclu du bu l le t i n de vo te au x élections de Kahnawake en juillet dernier, recevra une compensation de 135 000 $ du conseil de bande.
Cette entente en médiation, qui possède la même portée qu’u n j ugement, a été approuvée à la fois par la Cour fédérale et la cour de Kahnawake, vendredi.
K eit h My iow, de s t it ué du conseil de bande pour une allégation de violation de confidentialité en 2007, avait été écarté du scrutin malgré une injonction de la Cour fédérale lui permettant de briguer les suffrages.
Le porte-parole du conseil, Joe Delaronde, avait alors indiqué à La Presse que la communauté n’avait pas à obéir à une instance fédérale.
Deu x semaines après les élec tion s , le s avo c a t s de Myiow ont déposé une requête en révision judiciaire à la Cour fédérale, notamment pour faire annuler le résultat du scrutin ainsi que toutes les décisions prises par le conseil de bande depuis les élections du 4 juillet.
L es deu x pa r ties sont finalement parvenues à une entente à l’amiable vendredi. Le conseil de bande, dirigé par le grand chef Michael Delisle Jr, a accepté de verser u ne compensation fina ncière à Myiow en plus de lui permettre de se présenter à des élections futures. Keith Myiow a pour sa part accepté de reconnaître la légitimité de l’administration et de son grand chef.
Près de 10 000 personnes vivent dans la communauté mohawk de Kahnawake.



ÉLECTIONS DU 4 JUILLET À KAHNAWAKE Dépôt d’une requête en révision judiciaire

Keith Myiow, un candidat exclu du bulletin de vote aux élections de Kahnawake du 4 juillet, entreprend un recours judiciaire pour faire déclarer nul le résultat du scrutin.
L’avocat de M. Myiow, Me Gérard Morency, a déposé une requête en révision judiciaire en ce sens, jeudi, aux bureaux de la Cour fédérale, dans le Vieux-Montréal. La Presse a obtenu le document d’une vingtaine de pages.
Les demandes de Keith Myiow sont multiples. Il souhaite notamment que la Cour retire d’office tous les élus, annule toutes les décisions prises par le conseil de bande depuis le 4 juillet, fixe une autre date d’élections et ordonne que son nom figure sur le bulletin de vote.
« Quant à nous, les dernières élections étaient illégales », a déclaré Me Gérard Morency, en entrevue avec La Presse.
Selon lui, l’administration de la communauté mohawk de Kahnawake a commis un outrage au tribunal en refusant à Keith Myiow le droit de se présenter aux élections de juillet, qui ont porté au pouvoir le grand chef Michael Delisle pour un troisième mandat.
En effet, quatre jours avant le scrutin, la Cour fédérale avait prononcé une injonction ordonnant au conseil de bande d’ajouter sur le bulletin de vote le nom de M. Myiow, qui souhaitait briguer le poste de grand chef.
Le conseil a refusé publiquement de se plier à l’ordre de la Cour, préférant suivre ses propres règlements. Selon la loi électorale de Kahnawake, M. Myiow n’était pas éligible puisqu’il avait déjà été destitué du conseil de bande, en 2007, pour avoir rompu une entente de confidentialité. Il siégeait alors comme conseiller.
« L’administration de la communauté a ouvertement défié la Cour fédérale », a déclaré Me Morency. Dans sa requête, Keith Myiow demande également qu’on déclare illégaux les règlements locaux qui l’ont empêché d’exercer son droit. Finalement, le candidat exclu demande à la Cour fédérale de le rétablir dans les fonctions qu’il occupait en 2007, et ce, jusqu’à la tenue de nouvelles élections.
Joint par La Presse, le porteparoleduconseil, JoeDelaronde, a indiqué que le grand chef était « très déçu » que M. Myiow ait décidé de s’adresser ainsi à la Cour fédérale.
Spéculations
« Nous avons notre propre cour et nos propres lois », a-t-il réitéré.
Si la Cour fédérale rend un nouveau jugement en faveur de Keith Myiow, le conseil de bande va-t-il le respecter et recommencer les élections ?
« Je préfère ne pas spéculer làdessus », a répondu Joe Delaronde.




PÉROU Indigènes unis
Le quatrième sommet des communautés indigènes des Amériques s’est achevé hier à Puno, dans le sud-ouest du Pérou, sur une proposition de création d’une Union mondiale des nations indigènes, sorte de «Nations unies» des autochtones. Cette organisation sera destinée à diffuser leur vision du monde et défendre leur identité. Son principe a été approuvé par les près de 5000 délégués d’ethnies natives du continent.



LA VOIE DU PARTENARIAT -  François Bellefleur
Les Innus de Nutaskuan sont fiers de leur entente avec le gouvernement Charest dans le dossier de la Romaine
Il y a de la place pour tout le monde, il y a de la place pour le partage des terres et des ressources pourvu qu’on respecte ce que nous sommes.
L’auteur est chef de la communauté innue de Nutaskuan, sur la Côte-Nord. Nous publions un extrait de son intervention devant l’instance permanente sur les questions autochtones des Nations unies.
La Première Nation innue de Nutaskuan, sur la Côte-Nord du Québec, a décidé, il y a quelques années, d’abandonner la confrontation pour adopter résolument la voie du partenariat d’égal à égal avec les Québécois.
Il y a de la place pour tout le monde, il y a de la place pour le partage des terres et des ressources pourvu qu’on respecte ce que nous sommes. Voilà l’essentiel du message que m’ont livré les aînés de ma communauté lorsque j’en suis devenu le chef. Nous sommes capables ensemble, Innus comme Québécois, tous les peuples autochtones et non autochtones, de développer des amitiés et de véritables partenariats. Et c’est ce que nous avons fait.
Ces partenariats, nous les avons d’abord développés, en moins de deux ans, avec le gouvernement du Québec et particulièrement avec le premier ministre du Québec, Jean Charest, qui a fait preuve d’une grande ouverture à l’égard de nos ambitions. Par l’entremise de la société d’État Hydro-Québec, nous avons négocié pendant un an une entente autour de la réalisation du complexe hydroélectrique sur la rivière Romaine.
Nous voyons dans ce projet une occas i on f o r mid abl e de bâtir un avenir meilleur pour nos enfants et de raffermi r leur f ier té d’appartenir à une g r a nde n a t i o n . L’entente entourant la réalisation de ce projet, avec ses 145 millions de dollars versés sur 50 ans, nous permettra de soutenir notre développement et d’améliorer substantiellement l’éducation et la formation professionnelle des membres de notre communauté, particulièrement nos jeunes, dans le secteur de la foresterie, du camionnage et de la construction des infrastructures; de leur réserver un avenir meilleur et digne; de briser le cercle vicieux de la dépendance, de la pauvreté et du chômage.
Nous éprouvons le besoin viscéral de « marcher les terres » de nos ancêtres, la Terre-Mère qui a vu grandir depuis le début des temps, les enfants de la grande nation innue.
Et nous sommes également fiers comme membres du peuple innu de contribuer, par la production d’une énergie propre, à la préservation de la planète. L’énergie électrique de la Romaine pourrait contribuer à réduire la production de gaz à effet de serre de neuf mégatonnes annuellement.
Nous avons également, dans la foulée du projet Romaine, acquis une scierie, en partenariat avec des entreprises privées québécoises, scierie où les Innus de Nutaskuan sont actionnaires majoritaires. Le gouvernement du Québec nous a octroyé les 115 000 mètres cubes de bois qui découleront du défrichement des zones inondables liées au projet de la Romaine.
Raffermir notre autonomie et notre identité, par une personnalité économique renforcée, nous réapproprier notre territoire, protéger la planète, tout en conservant nos droits fondamentaux comme Première Nation, voilà quels sont les objectifs que nous poursuivons.
Parallèlement à cette embellie sur le plan économique, les Innus de Nutaskuan sont une des trois Premières Nations assises à la table de négociations avec le gouvernement du Québec et le gouvernement fédéral afin de finaliser une entente, l’approche commune, qui exprimera notre droit inhérent à l’autonomie gouvernementale et notre volonté de réaliser un partage réel du territoire, de Nitassinan, avec nos partenaires québécois.
Nous avons décidé de prendre toute notre place, la nôtre, aujourd’hui, comme dans les sillons de l’histoire, avec ténacité, enthousiasme et intelligence. Nous allons faire mentir le destin tragique imaginé et dessiné par d’autres, destin qui nous dépouillait de nos terres, de notre âme et de notre coeur.


 
AMÉNAGEMENT DES RIVIÈRES DU NORD - Charest devra composer avec les Premières Nations
« Non, vous ne ferez pas une autre Baie-James sans convenir avec nous d’ententes reconnaissant nos droits au territoire. »
— Bombardé « Grand Bâtisseur » par ses militants la fin de semaine dernière, le premier ministre Jean Charest risque de trouver un obstacle sur sa route vers les rivières Romaine et PetitMécatina. Les Premières Nations se promettent de faire respecter leurs droits ancestraux sur ces territoires de la Côte-Nord.
« Soyez assuré que les premières nations ne se laisseront pas bulldozer », écrit Ghislain Picard, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec, dans une lettre ouverte au premier ministre Charest. Les Premières Nations « ne resteront pas immobiles et muettes face à vos projets qui ne tiennent aucunement compte de nos droits sur le territoire », poursuit-il, dans la lettre publiée aujourd’hui dans les pages Forum de La Presse.
L’intention de Québec d’appuyer sur l’accélérateur pour l’aménagement des rivières du Nord n’émeut pas le chef Picard. En avril dernier, les chefs des Premières Nations avaient décidé de créer un « comité des terres et des ressources » et c’est avec ce comité que le gouvernement Charest « devra dorénavant composer pour tout projet de développement du territoire », prévient-il.
M. Picard avait plongé sa plume dans l’acide pour critiquer l’annonce unilatérale du premier ministre au cours de la fin de semaine. Des premiers ministres, tous partis confondus, ont su dans le passé prendre en compte la présence « immémoriale » des autochtones sur ces territoires, rappelle le chef Picard. « C’est ce qu’exigeait leur rôle de chef de gouvernement, au-delà de l’ambition de briller », poursuit-il. Pour lui, faire du Québec « la première puissance mondiale des énergies renouvelables est un objectif très ambitieux ». On peut « s’interroger sur cette ambition de briller parmi les premiers » quand la planète est aux prises avec des enjeux cruciaux en matière de développement durable, selon lui.
La fin de semaine dernière, M. Charest, devant le conseil général des libéraux à Laval, avait épilogué sur les retombées du projet de la Romaine, mis en chantier il y a deux semaines. En outre, il avait annoncé qu’il demandait à Hydro-Québec de commencer, dès cette année, les études de faisabilité pour le chantier Petit-Mécatina, 100 kilomètres plus loin, une décision qui devrait devancer d’un an ou deux la mise en chantier, prévue pour 2018.
« Non, vous ne ferez pas une autre Baie-James sans convenir avec nous d’ententes reconnaissant nos droits au territoire », prévient M. Picard.
Robert Bourassa, avant de faire la Baie-James, avait eu le mérite de reconnaître les droits des « premiers occupants ». Le territoire « sur lequel vous comptez développer vos projets de barrage se nommeNitassinan. Il s’agit du territoire ancestral de la nation Innu qui y détient, que cela vous plaise ou non, des droits ainsi qu’un titre aborigène conférant un droit au territoire lui-même », renchérit M. Picard, sans appel.
Les Innus « n’ont jamais été conquis, ils n’ont jamais cédé leurs territoires et, surtout, n’ont jamais abdiqué leur souveraineté sur ces territoires », lance le chef Picard. Les gouvernements, depuis 30 ans, ont fait peu de cas de ces droits, « c’est là une grave erreur et une immense injustice ». La lettre de Ghislain Picard est publiée en page A25


Non à une autre Baie-James
Les Premières Nations ne se laisseront pas « bulldozer » par les projets de barrages hydroélectriques sur ses terres  -  Ghislain Picard
Le gouvernement devra composer avec le Comité des terres et ressources des Premières Nations pour tout projet de développement du territoire et de ses ressources.
ML’auteur est chef de l’Assemblée des premières nations du Québec et du Labrador (APNQL). Il signe une lettre adressée au premier ministre du Québec, Jean Charest. onsieur le premier ministre, faire du Québec la première puissance mondiale des énergies renouvelables est un objectif très ambitieux. On peut s’interroger sur cette ambition de briller parmi les premiers, au moment où la planète est avant tout confrontée à des enjeux cruciaux de développement durable.
Pour réaliser le projet de la Baie-James, le gouvernement de Robert Bourassa a négocié et conclu un traité avec les Cris, les Naskapis et les Inuits, la Convention de la Baie-James. Pourquoi en serait-il différemment aujourd’hui sur les territoires des Innu ?
Parmi les premiers ministres du Québec qui ont contribué au développement de grands projets, les Premières Nations reconnaissent ceux, quel que soit le parti politique, qui ont su prendre en compte la présence immémoriale des Premières Nations sur le territoire et les droits sur ce territoire qui sont les nôtres et qui continueront d’être au coeur de ce que sont les Premières Nations. C’est ce qu’exigeait leur rôle de chef de gouvernement, au-delà de l’ambition de briller.
On peut choisir d’ignorer, de contourner les droits des uns et des autres. Je constate que c’est là la position de votre gouvernement. De l’exploitation d’une rivière sur un territoire qui n’est pas vraiment le vôtre, vous êtes prêt à sauter à une autre, dans les mêmes conditions d’irrespect des droits des Premières Nations. Permettez-moi de l’affirmer le plus clairement possible, cela est inacceptable. Je ne cherche pas à dissimuler ma déception, ni ma colère, et je la sais partagée par plusieurs.
Soyez assuré, M. Charest, que les Premières Nations ne se laisseront pas « bulldozer », qu’elles ne resteront pas immobiles et muettes face à vos projets qui ne tiennent aucunement compte de nos droits sur le territoire. Non, vous ne ferez pas une autre Baie-James sans convenir avec nous d’ententes reconnaissant nos droits au territoire.
Pour réaliser le projet de la BaieJames, le gouvernement de Robert Bourassa a négocié et conclu un traité moderne avec les Cris, les Naskapis et les Inuits. Bien qu’imparfaite, cette Convention de la Baie-James avait le mérite de reconnaître les droits des premiers occupants du territoire. Pourquoi en serait-il différemment aujourd’hui sur les territoires des Innu?
Le territoire sur lequel vous comptez développer vos projets de barrages hydroélectriques se nomme Nitassinan; il s’agit du territoire ancestral de la nation Innu qui y détient, que cela vous plaise ou non, des droits ainsi qu’un titre aborigène conférant un droit au territoire lui-même.
De plus, les Innus n’ont jamais été conquis, ils n’ont jamais cédé leurs territoires et, surtout, n’ont jamais abdiqué leur souveraineté sur ces territoires. Malgré des discussions et des négociations qui durent depuis plus de 30 ans pour la conclusion d’un traité, les gouvernements continuent d’agir sur ce territoire comme si les droits des Innus n’existaient pas. C’est là une grave erreur et une immense injustice.
En novembre dernier, l’Assemblée des chefs a adopté une déclaration portant sur un mécanisme d’affirmation de la souveraineté des Premières Nations. Il ne s’agit pas d’un geste de rupture, mais d’un geste de clarté, d’un rappel de ce qu’ont toujours été, de ce que sont et de ce que continueront d’être les Premières Nations : des nations souveraines que l’on a trop longtemps laissées de côté. Conséquemment, le gouvernement du Québec ne peut pas agir comme s’il était seul propriétaire du territoire ; la propriété est à tout le moins partagée avec les nations autochtones concernées.
Dans un plan d’action adopté en avril dernier, les chefs ont donné le feu vert à la création d’un Comité des terres et ressources, composé de représentants des Premières Nations ayant pour mandat de proposer des solutions à la problématique actuelle de la gestion des territoires ancestraux et des ressources. De façon prioritaire, ce comité aura la responsabilité de proposer aux Premières Nations une position en réaction à votre fameux Plan Nord, dont nous ne connaissons aucunement les détails et la portée.
Je vous annonce donc, ainsi qu’à la population québécoise du même coup, la création de ce Comité des terres et ressources des Premières Nations, avec lequel le gouvernement devra dorénavant composer pour tout projet de développement du territoire et de ses ressources. Entre autres projets de ce Comité: création et adoption de politiques d’aménagement du territoire, d’émission de permis d’exploitation, d’une procédure d’évaluation d’impacts sociaux et environnementaux, ainsi que les conditions pour le partage des redevances.
Je compte sur vous et votre sens de l’État pour donner suite à ces normes internationales et convenir avec nous de l’avenir de nos territoires.

Paix dans l’Arctique !
Des communautés florissantes auront une voix plus forte que toutes les flottes de brise-glaces pour assurer notre souveraineté
Au lieu de s’attaquer vigoureusement au problème des changements climatiques, le Canada défend sa souveraineté en faisant appel aux militaires.
L’auteure a été candidate au prix Nobel de la paix 2007 et présidente internationale du Conseil circumpolaire inuit. Ce texte est extrait de la 9e Conférence LaFontaine-Baldwin, qu’elle a prononcée vendredi à Iqaluit. La Conférence LaFontaine-Baldwin, présidée par John Ralston Saul, est un partenariat de l’Institut de la citoyenneté canadienne et de l’Institut du Dominion.
Alors que le monde entier se tourne encore une fois vers les ressources de l’Arctique, les décisions de notre gouvernement ne sont pas sans affecter les Inuits.
La banquise du passage du NordOuest se morcelle et le Canada est appelé à défendre sa souveraineté sur ce célèbre passage. Comme le savent les Inuits, la banquise, y compris les glaces de rive qui recouvrent en grande partie le passage, a procuré à plusieurs générations une plateforme stable pour la pratique de la chasse, un élément essentiel de notre culture. Ces glaces sont aussi notre meilleure défense contre les navires cherchant une voie plus rapide.
Le ralentissement du phénomène des changements climatiques serait la meilleure solution à long terme pour renforcer la souveraineté du Canada dans l’Arctique. Mais au lieu de s’attaquer vigoureusement au problème des changements climatiques et de faire preuve de leadership international sur la question, le Canada a décidé que la meilleure façon de défendre sa souveraineté contre les navires qui franchissent le passage, c’était de faire appel aux militaires et à une nouvelle flotte de brise-glaces armés.
Désormais, le Canada, un pays où règne la paix, « défendra » l’Arctique. Nous nous donnerons des airs et menacerons même les navires qui tenteront de se faufiler librement entre nos îles.
Le Canada devrait prendre une autre approche – une approche plus humaine fondée sur des principes. Comme le préconise mon bon ami Lloyd Axworthy, un grand Canadien, et comme je l’ai déjà suggéré, le Canada devrait faire preuve de leadership et adopter une approche axée sur la paix et sur la gestion coopérative de l’Arctique, peut-être par l’entremise de nouvelles institutions multilatérales ou par un plus grand rôle à être confié au Conseil de l’Arctique.
Je crois que nous devons déployer de grands efforts afin d’éviter de créer une autre région où pourraient s’établir des relations tendues entre les pays, imbues de peur et de conflits. L’Arctique est l’un des derniers lieux au monde où règne la paix dans un environnement d’une grande pureté. Nous devons tous nous rendre compte que des communautés humaines florissantes auront une voix plus forte que toutes les flottes de briseglaces et que toutes les casernes remplies de soldats pour assurer notre souveraineté dans l’Arctique. (…)
Prenant conscience de l’importance de l’Arctique pour la planète tout entière et du rôle historique d’intendants environnementaux des peuples autochtones dans les écosystèmes de l’Arctique, il faut songer à élaborer un traité sur l’Arctique qui donnerait aux peuples autochtones une fonction d’intendance environnementale de l’Arctique pour le bien de l’humanité, et ce, avec un modèle de cogestion. (…)
Je ne propose pas de freiner le développement économique dans l’Arctique ou ailleurs dans le monde. Plutôt, nous devons reprendre un contrôle véritable sur le développement en insistant pour que chaque occasion, chaque programme soit analysé systématiquement selon ses impacts: les émissions de gaz à effet de serre, les cycles non renouvelables qu’ils pourraient entraîner et les effets à long terme sur notre paysage fragile et sur la santé de nos gens.
Lorsque nous prenons des décisions en matière de notre développement, nous devrions toujours considérer toutes les incidences de nos actions, non seulement pour nous-mêmes et pour les générations futures, mais pour tous ceux aussi auxquels nous sommes unis, que ce soit par la voie de l’eau ou par la voix des airs.


Encore de vives tensions à Kanesatake
Les tensions semblent toujours aussi vives au seindelacommunautémohawkdeKanesatake. Le conseil de bande a accusé les policiers de la Sûreté duQuébec (SQ), hier, de ne pas faire leur travail de façon adéquate.
« Ils travaillent pour avoir leur chèque de paie, mais en réalité, ils ne font rien », a lancé le grand chef du conseil, Sohenrise Nicholas, lors d’un entretien téléphonique avec La Presse.
M. Nicholas a décidé de faire cette sortie publique à la suite d’un incident survenu dans la nuit de dimanche à lundi. Vers 2h, un conflit entre des membres de la communauté a dégénéré, dans le rang SaintePhilomène. Résultat : une maison a été incendiée et un camion, embouti.
Sohenrise Nicholas estime que la SQ n’a pas fait le nécessaire pour prévenir la dispute, au cours de laquelle personne n’a été blessé. Des patrouilleurs ont visité la maison à deux reprises dimanche soir pour répondre à des appels signalant des voies de fait.
« S’ils avaient réagi plus tôt, rien de cela ne serait arrivé », a poursuivi M. Nicholas. Les agents de la SQ sont présents sur le territoire, mais ils tardent trop souvent à intervenir, estime le grand chef.
La SQ a réfuté hier les accusations du conseil de bande, affirmant « assumer pleinement la sécurité sur le territoire de Kanesatake ». Personne n’a encore été arrêté relativement aux incidents du début de la semaine, mais l’enquête suit son cours, a assuré la porte-parole Martine Isabelle.
Cet incident rappelle les tensions qui subsistent entre certains membres de la communauté et la police provinciale, chargée de patrouiller sur le territoire depuis l’incendie de la résidence de l’ancien grand chef James Gabriel, en janvier 2004.
L’été dernier, des Mohawks ont saccagé deux véhicules de la SQ et dressé une barricade sur la route 344. Le retour d’une police autochtone a été l’un des principaux enjeux de la campagne électorale de l’an dernier. Sohenrise Nicholas, le chef élu, n’en faisait toutefois pas un objectif prioritaire.
Le conseil de bande sonde actuellement les membres de la communauté pour connaître leur avis sur le sujet. Des discussions ont cours entre la communauté et les ministères de la Sécurité publique provincial et fédéral, a souligné M. Nicholas.
La population de Kanesatake est divisée sur la possibilité du retour des Peace Keepers, selon Steve Bonspiel, un membre de la communauté. « Une partie souhaite les voir revenir, mais l’autre partie est encore échaudée par les événements de 2004 », a-t-il dit.



 
ARMEMENT DES DOUANIERS À AKWESASNE Les Mohawks pressent Ottawa de reculer
— Des Mohawks d’Akwesasne qui manifestent tous les jours depuis un mois devant la frontière canado-américaine affirment que leur contestation pourrait devenir « plus musclée » dans les prochains jours si l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) ne revient pas sur sa décision d’armer ses douaniers, qui doit devenir effective demain.
Les Mohawks d’Akwesasne craignent que l’armement des douaniers exacerbe les tensions et engendre la multiplication ou le dérapage des épisodes d’abus de pouvoir et de profilage racial dont ils se disent victimes depuis une dizaine d’années.
Les habitants d’Akwesasne – une réserve de 12 000 personnes qui chevauche les frontières du Québec, de l’Ontario et de l’État de New York – soutiennent que leurs rapports avec les douaniers du poste de Cornwal l , situé au coeur de leur territoire, en Ontario, sont déjà pénibles, notamment parce que le trafic de drogue et la contrebande de tabac sont des pratiques répandues à la f rontière. I ls craignent que l’armement des douaniers exacerbe les tensions et engendre la multiplication ou le dérapage des épisodes d’abus de pouvoir et de profilage racial dont ils se disent victimes depuis une dizaine année.
« Tous les Mohawks, peut importe leur sexe, leur profession ou leur âge, sont traités comme des trafiquants de drogue » , résume l’un des chefs de la communauté, Joe Lazore. Il n’y a rien de rassurant dans le fait que des gens qui nous traitent comme des terroristes se voient confier des armes à feu. J’ai surtout peur qu’un agent dégaine son arme et que ça se termine de façon tragique. »
Le grand chef de la nation d’Akwesasne, Tim Thompson, concède que tous les douaniers n’ont pas un comportement répréhensible.
300 plaintes
« Mais nous avons porté plus de 300 plaintes depuis deux ans contre des douaniers de Cornwall qui ont violé des droits fondamentaux, précise-t-il. Elles n’ont jamais été traitées; tout ce que nous avons reçu ce sont des accusés de réception. Et maintenant on veut armer les douaniers? C’est de la pure provocation. » Depuis que le gouvernement conservateur a annoncé l’armement des 4800 agents des services frontaliers du Canada d’ici à 2016, les Mohawks d’Akwesasne ont demandé à maintes reprises une rencontre formelle avec le ministre de la Sécurité publique, Peter Van Loan. Deux jours avant l’implantation de la nouvelle mesure, ils n’y étaient toujours pas parvenus.
« La frustration est à son comble dans la communauté, a expliqué le grand chef. Ils sont en train de nous pousser à bout. C’est une question de souveraineté territoriale et de respect. La douane est sur notre territoire, notre opinion devrait être considérée. »
La porte-parole de l’ASFC, Patrizia Giolti, a refusé d’accorder une entrevue téléphonique à La Presse hier.
Dans un communiqué émis par l’agence fédérale, le directeur général régional de la région du Nord de l’Ontario, Rick Comerford, a toutefois souligné qu’il avait eu des rencontres avec le conseil des Mohawks d’Akwesasne et qu’il s’engage « à maintenir ce dialogue avec eux ».
« Il n’y a pas de dialogue en ce moment, dit Tim Thompson. On a demandé au président de l’ ASFC, Stephen Rigby, de suspendre la décision pour poursuivre la discussion et il nous a répondu que la situation "est ce qu’elle est". Ce à quoi j’ai répondu: "Notre réponse sera ce qu’elle sera." »
Le rassemblement pacifique se poursuivra devant le poste frontalier de Cornwall aujourd’hui. Au cours de la semaine, des actions plus spectaculaires pourraient être envisagées, ont affirmé plusieurs leaders de la communauté. « Ce sera une décision votée par la communauté, précise Tim Thompson. Mais il se peut que certaines personnes perdent patience. »




Droits de autochtones: le Canada rejette la déclaration de l'ONU

Le principal leader autochtone canadien a exprimé sa «déception» jeudi face à la décision du Canada de voter contre la déclaration des Nations unies sur les droits des autochtones, qui devait être soumise le même jour à l'Assemblée générale de l'ONU.
«Nous sommes très déçus de l'opposition du Canada à la déclaration sur les droits des peuples autochtones», a déclaré Phil Fontaine, chef de l'Assemblée des Premières nations, à la chaîne CBC.
Ce document est «un symbole important», a ajouté M. Fontaine qui se trouvait à New York pour assister au vote.
Le gouvernement canadien a confirmé qu'il voterait contre l'adoption de la version actuelle de la déclaration, estimant qu'elle comporte «des lacunes fondamentales».
«Le Canada est favorable à l'esprit et à l'intention de la Déclaration (...) mais est d'avis qu'il faut poursuivre les négociations afin de produire un texte qui méritera son appui et permettra de protéger véritablement les intérêts des peuples autochtones et non autochtones du Canada et du monde entier», ont souligné dans un communiqué les ministres des Affaires indiennes Chuck Strahl et des Affaires étrangères Maxime Bernier.
Ils soulignent que les Etats-Unis, l'Australie et la Nouvelle-Zélande ont également exprimé des réserves sur le texte.
Les autorités canadiennes craignent notamment que la déclaration ne soit utilisée par les autochtones pour appuyer des revendications territoriales ou sur les ressources naturelles.
Plusieurs associations de défense des droits des autochtones du Canada, et Amnesty International ont dénoncé la position d'Ottawa.
Amnesty international avait souligné lors d'une manifestation à Montréal la semaine dernière que l'adoption de cette déclaration est «une nécessité urgente pour établir des normes internationales minimales» pour la protection des peuples autochtones.
Il y a quelque 370 millions d'autochtones dans le monde, dont environ 1,3 million au Canada sur une population de 32,7 millions.

Pensionnats amérindiens - Le pape Benoît XVI évite les excuses officielles
« Tout ce que le pape a dit, c’est qu’il était triste de ce qui s’était passé. C’est bien peu quand on pense à tout ce qu’on a subi dans ces pensionnats. »
Le pape Benoît XVI n’a pas offert d’excuses officielles, mais il a « exprimé son chagrin » et « offert sa sympathie et sa solidarité dans la prière » à l’égard des « enfants indigènes » victimes d’assimilation et d’agressions sexuelles dans les pensionnats canadiens.
Le chef de l’Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, quelques minutes avant d’être reçu par le pape Benoît XVI, hier à Rome.
De telles agressions « ne peuvent être tolérées », a ajouté le pape hier au cours d’une audience au Vatican avec des représentants autochtones.
Le chef de l’Assemblée des premières nations, Phil Fontaine, qui avait précisé avant son départ pour Rome que cette rencontre avait été précédée de « nombreux mois de diplomatie discrète mais constante », a déclaré hier que les propos du pape allaient permettre aux autochtones de « tourner la page » sur ce triste chapitre.
« Le fait que le mot "excuse" n’ait pas été utilisé ne devrait pas diminuer [l’importance] de ce moment d’aucune façon », a-t-il dit en entrevue à CBC hier.
Ce n’est pas du tout l’opinion de Richard Kistabish. Cet Algonquin de Vald’Or, qui a passé 10 ans dans un de ces pensionnats mis sur pied pour assimiler les autochtones, avait été beaucoup plus touché par les excuses présentées par le gouvernement canadien, le 11 juin dernier. « Je trouve honorable la démarche de Phil Fontaine, mais je doute qu’il ait obtenu ce qu’il souhaitait vraiment. Tout ce que le pape a dit, c’est qu’il était triste de ce qui s’était passé. C’est bien peu quand on pense à tout ce qu’on a subi dans ces pensionnats. »
De la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 70, environ 150 000 enfants indiens, métis et inuits, ont été coupés de leurs familles et parqués dans des pensionnats où on s’est employé à leur faire perdre leur langue, leur identité et leur dignité. Environ 80 000 d’entre eux sont toujours vivants et se partagent des compensations du gouvernement du Canada qui pourront s’élever jusqu’à 6 milliards.
« Encore aujourd’hui, mes frères, mes soeurs et moi avons du mal à parler de cet épisode, dit M. Kistabish. C’est par bribes que nous racontons ou que nous apprenons ce que chacun a vécu là-bas. »
Des regrets insuffisants
Face à tant de souffrances, Ghislain Picard, président de la section québécoise de l’Assemblée des premières nations, croit aussi que ces regrets papaux du bout des lèvres sont insuffisants. « C’est aux victimes de se prononcer, mais il me semble pour ma part que si les églises anglicane, presbytérienne et unie ont été capables de présenter leurs excuses au cours des dernières années, l’Église catholique devrait être capable d’en faire autant. »
Ellen Gabriel, présidente de Femmes autochtones du Québec, ne se montrait pas surprise du peu que Phil Fontaine ait pu arracher au pape. « Le Vatican continue manifestement de redouter des poursuites reliées à l’épisode des pensionnats », a-t-elle dit. Pour Bruno Roy, président du Comité des orphelins de Duplessis qui n’a jamais obtenu quelque excuse que ce soit de l’Église – « pas même une simple rencontre » – Phil Fontaine aurait dû éviter de se prêter « à cette mascarade, à cette opération de marketing » du Saint-Siège.
Gilles Routhier, professeur à la faculté de théologie et de sciences religieuses à l’Université Laval, est plus positif. Contrairement à Jean-Paul II qui a présenté des excuses à maintes reprises – pour les croisades, l’Inquisition, la colonisation, etc. – Benoît XVI en présente très peu. Dans un langage codé, Benoît XVI a tout de même exprimé de réels regrets qui s’inscrivent dans un début de démarche de réconciliation. Mais sur le fond, dit-il, « étant donné la relative autonomie des congrégations religieuses et des églises locales, la réelle responsabilité du Vatican reste à être démontrée. ( Pour les pensionnats), ce sont des évêques qui ont pris la décision, et non le pape. »


Phil Fontaine réagit au règlement des pensionnatsTamara King

Les anciens élèves de pensionnats autochtones victimes d'agressions physiques et sexuelles sont toujours la cible de racisme, même en ces jours où ils commencent à demander les compensations promises par le gouvernement, a déploré mercredi le chef national de l'Assemblée des Premières Nations.
Phil Fontaine a indiqué qu'il sentait des pointes de racisme dans divers commentaires sur la façon dont les ex-élèves dépenseront le montant qui leur sera versé en vertu des indemnités prévues par Ottawa.
Des premiers répondants ont estimé que les compensations entraîneraient certains effets négatifs et que des communautés pourraient voir d'importantes hausses de consommation de drogue et d'alcool, de violence familiale et d'exploitation.
«Cet argent appartient aux survivants. Ce qu'ils font avec cet argent est de leurs affaires», a déclaré M. Fontaine lors d'une conférence de presse soulignant le lancement formel du processus d'indemnisation.
«Je ne critique personne, mais c'est simplement quelque chose que j'entends et que je trouve déconcertant.»
Néanmoins, M. Fontaine a estimé que l'entrée en vigueur du règlement constituait un motif de réjouissances.
«C'est peut-être même un point tournant dans l'histoire de cette nation, a-t-il ajouté. À compter d'aujourd'hui, un long périple de 150 ans tire à sa fin (...) Le règlement souligne le succès de ce périple.»
Environ 150 000 enfants ont fréquenté les pensionnats dans toutes les provinces du pays ü sauf au Nouveau-Brunswick et à l'Ile-du-Prince-Edouard ü entre 1870 et 1970. Bien que plusieurs anciens élèves estiment y avoir reçu une bonne éducation, Ottawa a admis il y a près de 10 ans que les agressions physiques et sexuelles y étaient courantes.
Environ 80 000 anciens élèves peuvent réclamer une compensation en fonction du temps qu'ils ont passé dans les pensionnats. La valeur des chèques devrait atteindre en moyenne 28 000 $. En tout, le règlement pourrait coûter jusqu'à 2 milliards $ au gouvernement fédéral.
Les premières indemnités devraient être mises à la poste dans environ un mois.




Le sanglot du chef blanc -  LYSIANNE GAGNON
Espérons que M. Ignatieff respectera assez les autochtones pour les considérer comme des adultes responsables de leurs actes.
Il y a des faits divers particulièrement dérangeants. L’autre jour, un père de famille a abandonné son enfant en pleine nuit pendant des heures, dans une forêt des Cantons-de-l’Est où il aurait pu être la proie de bêtes sauvages. Le petit avait un an et n’était vêtu que d’un pyjama. Il était en position foetale quand un policier l’a retrouvé.
L’alcool ? La drogue ? Probablement, mais cela n’excuse rien. Les animaux n’ont pas de conscience et pourtant ils protègent instinctivement leurs enfants.
Cela rappelle un autre fait divers, dont le dénouement fut effroyable. L’hiver dernier, Christopher Pauchay, un autochtone de la réserve de Yellow Quill, en Saskatchewan, est sorti par une nuit où le blizzard soufflait à pleine force pour aller rendre visite à des parents, en emmenant avec lui ses deux filles (15 mois et 3 ans), vêtues seulement de couches et de t-shirt. Pauchay, qui était dans un état d’ébriété avancé, a perdu son chemin et laissé tomber ses enfants dans la neige. Ce n’est qu’une fois rendu chez ses proches qu’il s’est rappelé leur existence. Les deux enfants ont été retrouvées mortes, gelées. Pauchay avait déjà été condamné à 52 reprises pour divers délits.
Son procès s’est soldé par une peine de trois ans de prison. Trois ans pour deux morts, c’est peu, mais là n’est pas mon propos.
Il y a une suite à cette histoire, et elle est politique. Dans son dernier livre ( par ailleurs fort intéressant), le chef libéral Michael Ignatieff revient sur ce fait divers. Voici comment il le raconte. Lisez bien, son récit est surréaliste.
« Imaginer un pays, ce n’est pas seulement l’imaginer comme il nous apparaît à nous seuls. C’est l’imaginer comme l’Inuit peut le voir… c’est l’imaginer comme un habitant de la réserve de Yellow Quill en Saskatchewan, qui voit un Canada où deux enfants à moitié nus sont morts de froid dans les ténèbres subarct i ques, à c i nqua nte mè t r e s de leur cabane, pa rce que leur père a voulu les emmener chez ses parents, mais qu’il s’est perdu et n’est jamais arrivé à destination (…). Et nous, Canadiens, comment penser notre pays le lendemain matin, en apprenant que des enfants sont morts de cette façon? C’est indubitablement plus que l’histoire d’une famille frappée par la tragédie. C’est une histoire qui parle de nous tous. »
Ceux qui ignoreraient la véritable histoire croiraient que ces pauvres enfants sont mortes par un coup du destin, sans que personne ne soit responsable. Sous la plume d’Ignatieff, Pauchay est une victime – qui plus est, une victime du Canada blanc ! C’est la version canadienne du « sanglot de l’Homme blanc » si bien décrit par Pascal Bruckner.
Ce lyrisme larmoyant , qui travestit complètement une histoi re qui avait pourtant été décrite en détail dans tous les journaux, est de mauvais augure. Cela laisse croire que le nouveau chef libéral pourrait enfiler les mocassins de Paul Martin, qui a cédé à l’Assemblée des premières nations tout ce qu’elle réclamait – plus spécifiquement le retrait d’un projet de loi présenté par l’ancien ministre Robert Nault.
Ce projet de loi était pourtant nécessaire. Il aurait rendu les chefs des réserves autochtones redevables à leurs commettants, quant à l’utilisation des fonds considérables qui leur sont alloués par Ottawa, tout en les soumettant à un minimum de contrôles démocratiques.
Sitôt au pouvoir, M. Martin a jeté aux oubliettes ce projet de loi, avec ce résultat que la corruption endémique et l’arbitraire politique ont continué de sévir dans les réserves. Espérons que l’histoire ne se répétera pas, et que M. Ignatieff respectera assez les autochtones pour les considérer comme des adultes responsables de leurs actes.




Le choc du Sud  -  AGNÈS GRUDA
Ils s’appellent Josie, Aisa, Samuel ou Amanda. Ils ont entre 17 et 22 ans. Ils sont nés dans des villages aux noms difficiles à épeler : Puvirnituq, Kuuj juaq ou Kangiqsualujjuaq. Et ils rêvent de travailler un jour en environnement, en administration ou dans une garderie.
Les filles : Caroline Tulugak, Lisa Louie Ittukalak, Susan Nulukie et Amanda Baron. Les gars : Samuel Lagacé, Aisa Pirti et Josie Amamatuak. Au total, une douzaine de jeunes du Nunavik étudieront cette année au cégep Marie-Victorin.
Chaque année, une dizaine de jeunes du Nunavik arrivent au cégep Marie-Victorin, « leur » cégep dans le Sud. Et ils travaillent fort pour ne pas perdre le nord.
« Le plus difficile, c’est le temps. À Montréal, les gens passent vite sans nous dire bonjour. »
Aisa Pirti , 22 ans, qui vient d’Akulivik, dans la baie d’Hudson, est le vétéran du groupe d’étudiants que nous avons rencontrés, cette semaine, dans une classe du collège.
À titre de « vieux routier » du cégep, il a le recul nécessaire pour exprimer ce que l’on vit quand on quitte une communauté de 500 habitants pour se retrouver dans une ville qui en compte 3 millions.
« Chez nous, tout le monde se connaît . En arrivant à Montréal, je pensais me faire des amis facilement, mais j’ai eu un choc », raconte-t-il.
Au fil des sessions, Aisa a vu plusieurs copains faire leurs bagages pour rentrer à la maison. « Ils s’ennuyaient trop. » Encore cette semaine, deux cégépiennes ont pris le chemin du retour. L’une s’ennuyait de sa fami l le. L’autre avait un niveau académique trop faible pour continuer. C’est le coeur gros que leur conseiller, Jacques Laplante, les a reconduites à l’aéroport.
« Un jeune Gaspésien a aussi un choc en arrivant à Montréal. Mais au moins, il y vit dans sa propre langue », souligne-t-il.
Ce n’est pas le cas des jeunes du Grand Nord. Pour eux, le français est une langue étrangère. Une embûche de plus.
L’adaptation
Dans les écoles du Nunavik, les élèves étudient en inuktitut jusqu’en quatrième année. Ensuite, ils ont le choix entre le français et l’anglais. Les anglophones poursuivent leurs études au cégep John Abbott. Les francophones, plus rares, se retrouvent au cégep Marie-Victorin.
Un programme administré depuis 1991 par la commission scolaire Kativik leur permet d’atterrir en douceur avant de se retrouver dans une classe régulière.
Ces élèves – une douzaine cette année – forment l’élite du Nunavik, où peu de jeunes finissent leur secondaire. Mais compte tenu du décalage linguistique et académique, ils ont besoin d’un bon coup de pouce.
Au cégep, ces jeunes du Nord ont tendance à rester entre eux et se mêlent difficilement aux autres étudiants. Et quand ils le font, c’est souvent pour se buter à des préjugés.
« La question qui m’écoeure le plus, c’est : est-ce que vous vivez encore dans des igloos ? » dit Amanda Baron, de Kuujjuaq.
Résister aux tentations
Il y a d’autres défis. Ces jeunes habitués à l’unique coop du village doivent résister à la tentation de dépenser leur allocation dans les magasins de Montréal. Résister, aussi, à la tentation de « consommer » : à Montréal, l’alcool est plus accessible et moins cher que dans le Nord.
Pas évident, non plus, de vivre au milieu d’immeubles qui cachent la ligne d’horizon. L’espace, la vie en plein air leur manquent.
Dix jours après son arrivée à Montréal, Josie Amamatuak, amateur de chasse au phoque et au caribou, a vu une marmotte sur le campus. Il a essayé de tirer dessus avec un fusil à air comprimé. La marmotte s’en est tirée indemne…
Comme plusieurs autres étudiants, Josie a bien l’intention de rentrer travailler – et chasser – dans le Nord, quand il aura fini ses études.



RETROUVER SON ÂME DANS LA CUISINE  -  Stéphanie Bérubé
ALIMENTATION DES PREMIÈRES NATIONS Manuel Kak’wa Kurtness est un chef autochtone. Pas celui qui dirige une bande, celui qui dirige une cuisine. Et c’est par la cuisine qu’il veut faire une différence chez lui. En ramenant sur les tables autochtones les pl
«Les gens n’ont pas nécessairement quitté la bouffe traditionnelle, explique Manuel Kak’wa Kurtness. Ceux qui sont proches de la nature chassent encore l’orignal et pêchent le poisson. Ils sont restés attachés à leurs racines. En même temps, ça ne les a pas empêché d’ajouter des aliments sucrés et salés dans leur alimentation. »
Manuel Kak’wa Kurtness veut ramener l’alimentation traditionnelle des Premières Nations. Et cela commence par une visite dans le plus beau garde-manger du monde : le bois.
Les statistiques sur la santé des autochtones sont accablantes : un taux d’obésité nettement au-dessus de la moyenne canadienne qui est déjà très élevée. Les jeunes femmes autochtones sont particulièrement enclines à l’embonpoint. Elles consomment plus d’aliments gras et ont une alimentation pauvre en fibres et certains minéraux et vitamines.
Pourtant, explique le chef, l’alimentation traditionnelle des Premières Nations est très riche. Elle suit les saisons, alors elle ne peut être que diversifiée, dit-il. « Et le bio, chez nous, ça existe depuis des lustres ! lance-t-il. Manger du gibier a toujours fait partie de notre alimentation. »
Le chef s ’est donné une véritable mission: transmettre le savoir de ses ancêtres. Son premier livre, Pachamama, qui sera en librairie mardi, présente 12 communautés du Québec et de l’est de l’Ontario. Kurtness raconte leurs traditions culinaires et a concocté des recettes pour chaque communauté, d’après leur histoire, mais adaptées au monde moderne.
« Notre mode de vie actuel nous éloigne de ce que la nature nous a enseigné et, peu à peu, le savoir de nos ancêtres se perd », dit celui qui est aussi chasseur et professeur.
Manuel Kak’wa Kurtness enseigne à l’école secondaire de Mashteuiatsh, au Lac-SaintJean, où il vit. Au début du mois, il a invité 12 élèves à l’accompagner à la chasse. Les jeunes ont passé une semaine dans le bois, souvent sous la pluie. La plupart n’avaient jamais tué d’orignal. La chasse a été bonne. Les jeunes ont appris à débiter, selon les traditions.
« À la base, il ne faut pas leur montrer à cuisiner, dit Manuel. Il faut leur montrer l’animal. C’est la nature qui s’offre à eux. »
Plus qu’une leçon de boucherie, les jeunes ont appris à chasser comme leurs ancêtres. I l s savent maintenant que l’orignal aura un goût plus prononcé s’il est abattu autour de la deuxième lune d’automne, parce que c’est la période de rut, et que le castor aura un goût différent s’il vient d’une forêt de bouleaux ou d’une forêt de trembles. Manuel leur a parlé de la nature comme leurs parents ont rarement le temps de le faire.
« Le mode de vie traditionnel et les valeurs autochtones, ce n’est pas un retour en arrière, à vivre uniquement de chasse et de pêche, écrit-il, dans son livre. L’idée n’est pas de se déplacer en canot ou à raquettes, de cuire les aliments directement sur le feu et de se vêtir de peaux d’animaux.
« Reprendre contact avec nos racines, c’est beaucoup plus prendre conscience que nous ne sommes pas au-dessus de la nature, mais que nous faisons partie du cercle de la vie, au même titre que les autres créatures, explique aussi Manuel Kak’wa Kurtness. C’est réaliser que le territoire ne nous appartient pas, mais que c’est nous qui lui appartenons. C’est refaire connaissance avec notre environnement, un garde-manger à la richesse insoupçonnée qui se trouve juste à côté de nous. »
Il n’est pas le seul à croire que la réappropriation de la nourriture traditionnelle par les Premières Nations ne peut qu’être bénéfique.
Le Centre pour la nutrition et l’environnement des populations indigènes de l’Université McGill, en collaboration avec l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, vient de publier les premiers résultats d’une importante étude menée sur cinq continents. Le groupe lie clairement le retrait de la nourriture traditionnelle du quotidien des peuples autochtones à l’obésité. Partout sur la planète. Les chercheurs ont toutefois observé un groupe d’Inuits de l’île de Baffin qui, justement, retournait vers une alimentation traditionnelle, pour des raisons de santé publique évidentes. Plus de 40 % de leurs calories quotidiennes proviennent maintenant de la nourriture traditionnelle, alors que cette proportion avait glissé à 31%, il y a 10 ans.
Pour encourager le mouvement, Santé Canada a publié pour la première fois une version « Premières Nations, Inuits et Métis » du Guide alimentaire canadien, en 2007. Il y est notamment question d’huile de phoque, de pain banique, de plantes et de viandes sauvages, afin que chacun puisse adapter les recommandations officielles à son assiette.







Amherst mérite-t-il sa rue ?  -  Karim Benassaieh
Facebook réussira-t-il là où la politique municipale a échoué ? Moins de deux mois après qu’un conseiller municipal indépendant de Montréal eut tenté en vain de débaptiser la rue Amherst, un groupe Facebook va plus loin et propose de lui donner le nom de Pierre Falardeau. En moins d’une semaine, l’initiative a attiré plus de 6000 supporteurs. Mais Amherst, ce mal-aimé de l’histoire du Canada décrit comme le « père de la guerre bactériologique », mérite-t-il de perdre sa rue ? Non, tranchent deux historiens.
Jef f rey A m herst est sa ns contredit un mal-aimé de l’histoire du Canada. On lui a accolé le titre peu honorable de « père de la guerre bactériologique », ses victoires militaires ont marqué le départ des troupes françaises de NouvelleFrance, il a laissé l’image d’un homme froid et peu attachant.
La rue Ahmerst traverse le quartier Centre-Sud de Montréal de la rue Notre-Dame à la rue Sherbrooke, où elle change de nom pour Parc-La Fontaine. Elle est l’objet d’une attention particulière depuis qu’un conseiller municipal indépendant a réclamé qu’on en change le nom. Sera-t-elle un jour la rue Pierre-Falardeau ?
Sans les croisades demandant le changement de nom de la rue Amherst, depuis deux mois, on n’en parlerait presque jamais, estiment les historiens.
J e f f r e y A m h e r s t , c ’e s t d ’abord et ava nt tout u n intendant de la guerre avant d’être un brillant stratège. « Il organise, il fait tout lentement, il ne se bat à peu près j amais, résume Denis Vaugeois, auteur et historien. C’est un drôle de personnage, il n’est pas attachant, il n’est pas sympathique. Il a une vie familiale difficile, sa femme est plutôt malade, neurasthénique. »
Son premier titre de gloire, il l’obtient en 1758 en s’empa ra nt de la forteresse de Louisbourg, un petit port de pêche à la morue dans l’île Royale – devenue l ’ î le du Cap-Breton – à l’entrée du golfe du Saint-Lau rent. I l fallut six semaines de siège et un débarquement hasardeux pour venir à bout des Français.
Il rate de peu la bataille des plaines d’Abraham en 1759 mais organise de façon méthodique la prise de Montréal, en 1760, qui marque la fin de la présence militaire française en Nouvelle-France.
C’est dans les mois suivants que se jouera un épisode peu glorieux de la vie d’Amherst. Accla mé en A ngleterre pour ses succès militaires, i l con st ate ave c i r r it ation qu’u ne poignée de t r ibu s indiennes des Grands Lacs, unies sous le commandement du chef Pontiac, se soulèvent et malmènent le s troupes britanniques.
« Amherst se rend compte qu’il est en train de perdre sa crédibilité, que son image va être ternie, raconte Denis Vaugeois. En plus, il a horreur des Indiens. Il les méprise, il les déteste. »
A m herst envisage d’éliminer les Indiens rebelles en leur inoculant la variole, ex t rêmement cont ag ieu se et qui tuait près de 9 0 % des autochtones atteints. Le nouveau gouverneur de la Nouvel le - F ra nce o cc upée écrit à son subalterne Henry Bouquet : « Vous feriez bien d’essayer de contaminer les Indiens avec des couvertures, ainsi que par tous les moyens pouvant servir à éradiquer cette race exécrable. »
Il semble que Bouquet n’appliquera jamais cette consigne de son supérieur. Quoi qu’il en soit, Amherst n’était vraisemblablement pas le seul ni le premier à envisager cette méthode qu’on qualifierait aujourd’hui d’horrible, assure M. Vaugeois.
« Il faut se replacer dans le contexte d’il y a 250 ans, et se demander ce qu’étaient les lois de la guerre à l’époque, ajoute Gaston Deschênes, historien qui a passé près de 30 ans au service de l’Assemblée nationale. Aujourd’hui, c’est bien facile de dire que c’était un écoeurant. Pour Moncton, par exemple, la déportation à l’époque n’était pas un acte contraire aux lois de la guerre.»
Révisionnisme ?
S’il faut juger les acteurs de l’époque, James Wolfe serait une cible nettement plus facile qu’A mherst, estime Denis Vaugeois. « S’il y avait eu à l’époque la notion de crime de guerre, il aurait comparu devant un tribunal. Avant 1759, il s’est attaqué à la population civile, il a incendié un millier de fermes, et il l’avait dans la tête, ce n’était pas un accident. »
Doit-on débaptiser la rue du centre-ville de Montréal qui porte le nom d’Amherst ? Non, répondent les deux historiens. D’abord parce que les noms de lieu x, ava nt d’être des hommages, sont de formidables outils d’apprentissage de l’histoire. « Je n’aime pas ça, c’est du révisionnisme, tranche Denis Vaugeois. Avoir des repères pour l’histoire telle qu’elle s’est déroulée, c’est très commode. S’il n’y avait pas de rue Amherst, on ne parlerait pas d’Amherst, des épidémies, des drames qu’ont vécus les Indiens. »
Son collègue Gaston Deschênes estime que « s’il fallait débaptiser tous les lieux nommés d’après des gens qui ont des taches dans leur histoire, on n’en finirait plus ». Il rappelle le bon mot du premier ministre du Québec en 1912, Lomer Gouin, au moment d’inaugurer un monument en mémoire d’Honoré Mercier – critiqué par plusieurs. « S’il faut élever des monuments seulement aux gens qui sont sans aucune tache, nos places publiques vont rester désertes. »


La truite d’Ernestine  -  LYSIANNE GAGNON
J’avais été éblouie en voya nt, il y a une dizaine d’années, à Vancouver, Dry lips oughta move to Kapuskasing, de Tomson Highway, alors je n’allais pas rater Une truite pour Ernestine Shuswap, que présente L’Espace Go, dans une mise en scène époustouflante d’André Brassard.
Quel plaisir! Ce n’est pas par hasard que cette pièce m’a rappelé Les bellessoeurs, de Tremblay, qui fut d’ailleurs l’une des inspirations de Highway. Ici aussi, c’est un spectacle de femmes où la misère et la beauté d’une culture menacée affleurent à travers les papotages, les petites querelles et l’humble train-train quotidien de ces femmes qui s’affairent, dans la Colombie-Britannique de 1910, à cuisiner un banquet pour le «grand Kahuna», le Grand Chef Wilfrid Laurier. Brassard, qui le premier monta Les belles-soeurs, était dans son élément.
De récitations en conversations, soutenues par quatre formidables comédiennes (dont Pierrette Robitaille, admirable dans le rôle-titre), l’action bondit librement, échevelée, sans plan précis dirait-on – mais ce rythme décalé convient bien à l’esprit fantaisiste et onirique de Tomson Highway, 11e enfant d’une famille de trappeurs cris du nord du Manitoba devenu un dramaturge à la fine pointe de la modernité.
Les décors sont beaux, avec la naïveté requise, et la traduction de Tremblay est impeccable, mélange coloré et imagé de langue familière et de langue soutenue. Il y a des répliques qui vous font crouler de rire, d’autres qui rendent un son d’autant plus triste que l’on connaît, aujourd’hui, la suite de l’histoire de cette dépossession. Une dépossession qui a pris des dimensions de plus en plus tragiques à mesure que la colonisation pénétrait dans l’Ouest, car elle s’y manifestait plus tard, 300 ans après la colonisation du Québec, à des époques où les Blancs n’avaient plus besoin, comme les premiers colons isolés, d’amadouer les autochtones et de signer des traités.
Seul bémol, le petit laïus, à la fin, qui fait prêchi-prêcha comme dans une pièce à thèse. Ce n’était pas nécessaire, on avait compris.
Tomson Highway n’a pourtant rien de l’Amérindien ressassant les vieux griefs. Loin d’entretenir la nostalgie d’une culture perdue, son théâtre contient en filigrane l’éloge du métissage. Et lui-même s’écarte spectaculairement du discours militant des Premières Nations.
Interviewé récemment par Nathalie Petrowski, il refusait de peindre en noir le pensionnat religieux où il a passé son enfance : « Arrêtez-moi ces histoires d’abus! Je ne suis pas une victime, je suis un diplômé de l’école privée, comme les fils de la reine. C’est à l’école privée que j’ai appris à lire, à écrire et à parler anglais. Le plus grand agresseur, ce ne sont pas les prêtres ni les soeurs, c’est la religion catholique qui interdit le plaisir… »
Mais n’a-t-il pas été arraché à sa famille ? « Quand je suis monté dans l’hydravion, le message émotionnel de mon père était: le monde est en train de changer, mon fils. Va à l’école, étudie, sois heureux, aventureux et reviensnous avec tout ce que tu auras appris!»
Mais le déracinement? «Quel déracinement? Chaque été, je revenais passer deux mois avec ma famille au Nunavut. Tous les jours, je partais en canot avec mon père pour pêcher pendant 14 heures. En connaissez-vous beaucoup des petits garçons qui passent 14 heures par jour avec leur père pendant deux mois? Toute ma vie a été un miracle…»
Voilà un exemple dont devraient s’inspirer certains Québécois englués dans la culture du ressentiment.
Contrairement à ce que j’ai écrit dans ma chronique du 15 septembre, il n’y a pas de soupçons de fraude qui pèsent sur le sénateur Patrick Brazeau.