Moyen-Orient

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


Quelles seront donc les suites du Printemps Arabe ?
Gadhafi’s demise will do little to help protesters in Syria, Yemen

The ripple effects of Gadhafi’s death


Devrait-on vraiment craindre la prétendue "récupération" des révolutions arabes par les islamistes, ou n'est-ce pas surtout ce genre de craintes qui pourrait justement en venir à représenter un vrai problème ?...
Rachid Ghannouchi l'affirme - Pas de religion dans la Constitution tunisienne?
Régression féconde
Le vote de tous les espoirs et de tous les écueils
Tunisie, la révolution en suspens
Les « Frères » face à l’armée

LE GRAND RETOUR
Crise en Égypte - Les Frères musulmans sont-ils une menace ?
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?


Mais ceci dit, la récupération du Printemps Arabe par les islamistes n'en semble-t-elle pas moins en voie de devenir une réalité ?
La vague islamiste atteint la diaspora
Shariah law declaration raises concerns in new Libya


Et jusqu'à quel point devrait-on s'inquiéter de voir un tel processus déraper ?
Le ciel d’allah

Le spectre iranien

Le printemps arabe se verra-t-il éventuellement donner place à un renouveau islamique ?
Sharia musn't lead to extremism in a free Libya - Globe Editorial

La Tunisie à l'épreuve - Le fanatisme religieux menace-t-il le printemps arabe ?
Élection en Tunisie - Islam modéré?
« Nous ne sommes pas intégristes »

Le G8 au secours du printemps arabe
Printemps arabe au G8 - La fissure

Le monde arabe serait-il donc en plein réveil ?...
(Y aurait-il donc un espoir pour le monde arabe ?...)
La révolution serait-elle donc en train de s'étendre partout dans le monde arabe ?...
The Arab League awakening
Al-Qaeda's zealots of yesteryear turning to politics, democracy - DOUG SAUNDERS
«La révolution d'abord!»
Tossing information grenades over Middle Eastern walls
La saison des révoltes
Le cadeau empoisonné d’Ayman al- Zawahiri
RÉVOLUTIONS DANS L’ANGLE MORT
L'envie de vivre
L’ISLAM BIEN ANCRÉ
Le boulanger du Caire
The Arab world is raising its expectations
Et ailleurs dans le monde arabe
The Middle East’s feminist revolution
La contestation se poursuit au Moyen-Orient
Maghreb et Moyen-Orient: développement de la vague de contestation
Soulèvements populaires - Et si la crise faisait tache d'huile?
Et ailleurs...
Editorial: A flash flood of change sweeps across Arab world
Révolution? Sans aucun doute
Démocratisation: la quatrième vague à l'orée des pays arabes
Une onde de choc frappe le Moyen-Orient
Un petit pas vers le changement?
Confrontation en vue
A new kind of revolution
Le prochain domino?
Le péril jeune
Des pays ébranlés aux profils variés
Le printemps arabe
«On avait besoin d'une étincelle pour que tout explose»
Le monde arabe en ébullition
QUI TOMBERA LE PROCHAIN?
Arabs want change, not Islamism
Three paths to change in the Arab world
A sudden tear in the fabric of the Arab world

À moins que ce ne soit pas demain la veille où le monde arabe basculera soudainement dans la démocratie ?...
The roots of revolution are often shallow

How to turn the Arab Spring into Summer
«La révolution d'abord!»
La saison des révoltes
Ce qui menace le printemps arabe
Dur printemps pour les femmes
Arabie: pas de droit de vote pour les femmes
Libya says woman who told reporters of rape by armed forces will face charges

Libye - Le coût politique de l'intervention
Fausse révolution
Le boulanger du Caire
Les dignitaires religieux saoudiens condamnent les manifestations
How will the Arab Spring reshape the Middle East?
Libya, Yemen open fire on protesters
For Arabs, the challenge of democracy starts with the family
Printemps arabe - Les affrontements s'enveniment
Des pays ébranlés aux profils variés
No democratic tradition, no bright future - Jeffrey Simpson
The easy part of the revolution
Lessons from a revolution (Iran’s, that is)
Une situation lamentable


Et ne faut-il pas avouer que ce ne sont pas nécessairement les défis à relever qui manquent le plus dans le monde arabe ?...
L’économie du monde arabe


Et un tel constat ne s'appliquerait-il pas tout particulièrement aux divisions que l'on peut y retrouver ?...
Soldiers without borders in the Arab world

Saudi Arabia’s inner beast awakens
Vers un conflit régional ?



Lybie
DIRIGEANTS DE FORTUNE

Libya says woman who told reporters of rape by armed forces will face charges
Que veut l’opposition?
Quel rôle jouent les tribus en Libye ?
Le régime libyen contre- attaque
In Libya, the revolution will be tribalized

Libye - Les rebelles auraient repoussé une offre de retrait de Kadhafi
Libyan rebels welcome news of fresh arms and troops
Les rebelles repoussés par les forces de Kadhafi

Black- out dans l’Ouest

Les liaisons dangereuses de Saïf al- Islam
How the Loon of Libya won the West

Gadhafi's troops accused of civilian 'massacre' in Zawiyah

L’opposition progresse vers l’ouest

Libye - Les insurgés gagnent du terrain
Vers la guerre civile
Libyan forces launch powerful attack on rebel-held city

Bloodied and miles from meds, Libya’s rebellion shows its cracks

« Nous allons mourir si nous restons ici ! »

How a onetime friend to Gadhafi became his rival
Libyan warplanes bomb oil regions; International court investigates Gadhafi

Kadhafi contre-attaque

Libye - Kadhafi contre-attaque
Repères - Sauve qui peut
CRISE HUMAINE À LA FRONTIÈRE
Capable de résister
La Libye implosera-t-elle?
« Si on est noir, on est mort »

Libye: l'exode continue - L'Occident prend position autour du pays
L'ONU lance un appel à l'aide devant l'exode des expatriés
Libya’s major opposition forces united beneath tricolour rebel flag
L’opposition gagne du terrain

Tunisie: la rue vient à bout du premier ministre
Apocalypse Kadhafi
Arrêter le massacre
Gadhafi forces abandon parts of Tripoli
The last days of a desert despot

Where could a fleeing Gadhafi run to?

Que le vrai Mouammar Kadhafi se lève !
Les pays arabes sous tension - Le clan Kadhafi est aux abois
La pression s'accentue sur Kadhafi
Le cafouillage
« Ben Laden leur lave le cerveau »

Le rêve d’Abou Sened

Le régime vacille
« Chaos total »

Kadhafi le prophète

Gadhafi blames Osama bin Laden for savage clashes across Libya
Battles rage as rebels seize Libyan towns

Le territoire contrôlé par Kadhafi s'effrite
Libye: le contrôle de Kadhafi sur le pays continue à s’effriter
L’élément déclencheur

Kadhafi implacable

Les leçons de la révolte
LE RÉGIME SE FISSURE

ALLIÉ DE LA RÉVOLTE

The people are powerful in the face of Gadhafi's terror
Crise libyenne - Les signes de désintégration du régime se multiplient
Libye: le colonel Mouammar Kadhafi promet de combattre les manifestants
Gadhafi’s dying dream for African unity

People power stronger than bullets and ideology in Libya
Libya's UN delegates call for Gadhafi to step down

Les affrontements gagnent Tripoli
Libye: la crise s’aggrave
La Libye est au bord de la guerre civile, selon le fils Kadhafi
Libya, Yemen open fire on protesters
Le début de la fin pour Kadhafi?
Kadhafi uses snipers to silence uprising
Soulèvement en Libye - Le féroce
Entrevue - La Libye, c'est « la Corée du Nord du monde arabe »
Libye - Le bilan de la contestation s'alourdit
Libye: heurts sanglants entre manifestants antirégime et forces de l'ordre
Au tour de Kadhafi ?




L'Égypte serait-elle donc en train de faire redécouvrir au monde la voie de la démocratie ?...
Egyptians flock to vote in historic election
Le ressentiment des progressistes
Ne pas céder
La révolutionnaire nue

Nommé premier ministre par l'armée - Ganzouri rejeté par la place Tahrir
Les excuses de l’armée rejetées
A delicate game for Egypt
Révolution ou impasse?
LES HÉROS TRAGIQUES DU CAIRE

Égypte: la colère de la rue continue - L'armée lâche du lest
La deuxième révolution égyptienne

Place Tahrir, prise 2

Egyptian military open to referendum to speed up power transfer
Manifestations au Caire - De l'avidité

Place Tahrir au Caire - Les islamistes se joignent aux manifestants
Vendredi, place Tahrir
La place Tahrir reprend du service
Constitution égyptienne - Une première
Les Égyptiens valident la réforme constitutionnelle
Egyptian constitutional changes are too little, too soon - Globe Editorial
Égypte - Le Caire se donne un gouvernement purgé des partisans de Moubarak
Égypte - Le nouveau premier ministre promet de satisfaire les demandes populaires
Révolution en Égypte - La purge
Les pays arabes sous tension - Et ailleurs...
Égypte - L'armée redit vouloir installer vite un régime civil
La Constitution en révision

Les héros de la révolution veulent rester dans le coup

Cafouillage au palais

L’Égypte, année zéro

Égypte - L'armée inaugure une nouvelle ère
La révolution de tous les Égyptiens
Chapeau, les Égyptiens!
Il est parti !

Egypt's military rulers dissolve parliament, suspend constitution

L'Égypte respire enfin la liberté
Départ de Moubarak - La mutation
Les chemins de la liberté
L'armée égyptienne promet une transition pacifique et le respect des traités
La chute du Sphinx
Le raïs part, les Égyptiens exultent
Une armée aussi puissante que respectée
Egypt’s generals take up an unfamiliar trade - Globe editorial

A dictator's downfall: rage at Mubarak became liability to military

'The people of Egypt have spoken': president steps down

Moubarak: la chute du Sphinx
Hosni Moubarak démissionne
Démission de Moubarak: le reste du monde applaudit
When the bad guy goes
The urgent question is who manages the transition

Et si, après tout, cela ne pouvait manifestement pas non plus se faire du jour au lendemain ?...
L'Égypte en crise - Pas de printemps démocratique sans les coptes
Egypt’s Generals must hand over power to civilians
Égypte: la stratégie du chaos
Un vice-premier ministre a présenté sa démission - Égypte : le pouvoir est critiqué de toutes parts
Les Coptes d'Égypte - Exil en vue
Coup de Jarnac du régime Moubarak ?

Nuages sur la révolution -  François Brousseau
Après les violences du Caire - Craintes pour la transition politique en Égypte

Egyptian liberals should get election ready - Globe Editorial
Le gouvernement agira d’une « main de fer »
La poudrière religieuse
Les islamistes radicaux gagnent du terrain en Égypte
LES LIMITES DE LA LIBERTÉ
Egypt’s revolution is leaving women behind
Egyptian constitutional changes are too little, too soon - Globe Editorial
Quand l’armée égyptienne se livre à la torture
Égypte - Le Conseil militaire maintient cinq ministres de Moubarak à des postes clés
L’impossible défi égyptien

LA FÊTE SERA BRÈVE



Arabie Saoudite
Arabie Saoudite - Riyad tente de prévenir les tensions


Yémen
Vers une sortie de crise au Yémen?
Yémen : Saleh signe
En bref - Saleh prêt à dialoguer
Manifestations pour et contre le retour de Saleh
Yémen: près de 100 000 manifestants dans les rues de Sanaa
Saleh serait gravement blessé
Yemen's president injured in attack during prayers
Arrêt des négociations sur la transition au Yémen
Yemen's Saleh willing to cede power to ‘safe hands’
Saleh durcit le ton
Yemen's leader says he is ready to step down by year-end
Le début de la fin de Saleh ? - Yémen : les défections se multiplient
Le Yémen est sans gouvernement
État d'urgence au Yémen après un carnage
La police yéménite ouvre le feu sur des manifestants: au moins 46 morts
Toutes les régions du pays sont touchées - Les manifestations se poursuivent au Yémen
De nouvelles victimes de la rébellion au Yémen
Yémen - Une nouvelle manifestation est dispersée dans la violence
Forte mobilisation contre Saleh au Yémen
La révolte dans le monde arabe - Le président yéménite céderait à l'opposition
Overturning Yemen regime à la Egypt a long shot
Libya, Yemen open fire on protesters
Manifestations et violences au Yémen et à Bahreïn
En bref - Yémen: violents heurts à Sanaa
Remous dans les rues du Yémen
Yemen’s police beat back protesters intent on overthrowing president
Manifestation monstre au Yémen

Le président du Yémen renonce à un nouveau mandat
La contestation gagne le Yémen

Syrie
La révolution démocratique s'intensifie en Syrie - Plus de 500 000 protestataires dans la seule ville de Hama
Analyse - Damas ou la stratégie de la diversion
La mise au pas des Syriens - Intimidation, arrestations, répression et torture ont cours pour mettre fin à la contestation
Arrestations et manifestations se poursuivent en Syrie
La Maison- Blanche annonce des sanctions
La crise en Syrie - Le plus grand défi d'al-Assad
Après la Libye, pourquoi pas la Syrie?

Massacres en Syrie - Le Prussien
Agonie et espoir en Syrie
Al- Assad veut écraser la révolte
Syrie - «Ils tirent sur tout le monde»
La contestation aura- t- elle raison de Bachar al- Assad ?
Soulèvement en Syrie - Dieu s'invite
Syrie - Damas cherche à apaiser la minorité kurde
Où va Bachar al- Assad?
Régime sous tension
Syria's Assad blames ‘international plot’ for protests against regime
Syrie - Al-Assad s'adressera à la nation aujourd'hui pour annoncer des réformes
Contestation du régime syrien - Damas abroge sa loi d'urgence
Ils en ont pour des années
La crise syrienne - Le courage
Le monde arabe en ébullition - «Du jamais vu dans l'histoire récente de la Syrie»
Les manifestations s'étendent à plusieurs villes en Syrie
Assad cède un peu de terrain
Massacre en Syrie
Vague de contestation sans précédent
Syrie - La muraille de la peur a commencé à se déliter
L'armée est aux abords de Deraa - Syrie: la contestation s'étend

Bahreïn
Bahreïn - Prison à perpétuité confirmée pour huit dirigeants de l'opposition
Le symbole de la contestation rasé
Crise au Moyen-Orient - Kadhafi à Bahreïn
La répression est sanglante - Le conflit à Bahreïn s'internationalise
La police contrôle Manama
À la rescousse du roi de Bahreïn
Le roi de Bahreïn appelle au dialogue
Bahreïn: le peuple reprend la place de la Perle
Bahrain police retreat, protesters retake square
L’armée ouvre le feu sur des manifestants
Bahrain’s crackdown shows the limits of a revolution
Les monarchies du Golfe appuient Bahreïn
Manifestations et violences au Yémen et à Bahreïn
Bahreïn choisit d'utiliser la force face aux manifestants
Bahrain moves swiftly to crush political unrest
Bahreïn: des milliers de manifestants réclament des réformes
Bahreïn : des milliers de manifestants soulignent la mort de deux jeunes chiites
Bahrain demonstrators occupy square in Egyptian-style protest


Maroc
Morocco’s commendable move toward democracy

L’espoir au Maroc
La police réprime une manifestation pacifique au Maroc
Le roi du Maroc promet réforme et référendum
Le Maroc manifeste à son tour

Iraq
Les Marocains dans la rue contre la corruption
Des milliers d'Irakiens descendent dans la rue

Algérie
Algérie - Déflagration anticipée
« Il faut pousser le régime vers la sortie »
LES 18JOURS QUIONT CHANGÉ LEMONDE ARABE

Les Algériens se soulèveront-ils ?
L'Algérie marchera encore samedi
« L’Algérie est un pays bloqué »
Algérie: l'opposition défie le pouvoir

Palestine
Les jeunes Palestiniens à leur tour dans la rue
There’s a light in the Palestinian darkness

Liban
Liban - «La laïcité est la solution

Jordanie
En bref - Manifestations en Jordanie
Premiers affrontements violents en Jordanie
Ces Jordaniens qui regardent vers Londres
Contestation discrète au royaume hachémite

Jordanie - Le roi limoge son premier ministre pour calmer la rue
Des milliers de Jordaniens réclament la démission de leur gouvernement Jordanie

Et puis après ?...
Ailleurs dans le monde arabe
Péninsule arabique - Oman s'enflamme à son tour
En bref - Le Liban manifeste contre le système


La "Révolution de Jasmin" de la Tunisie représenterait-elle donc une lueur d'espoir pour les populations du monde arabe ?...
« Une journée exaltante »
Le vote de tous les espoirs et de tous les écueils
Crise tunisienne - La déstabilisation
Révolte dans les pays arabes - Deux ministres démissionnent en Tunisie; les islamistes peuvent former un parti
La Tunisie à nouveau dans la rue - «Dégage Ghannouchi!»
Hundreds demonstrate for secular Tunisia
Tunis peine à prendre le contrôle du pays
Le parti de Ben Ali suspendu
La rage au coeur
L'exception tunisienne
Une révolution sans islamistes
Tunisie - Tunis tente de rompre avec l'ancien régime
La rue tunisienne manifeste jour et nuit
Le parfum du jasmin
Le « Che Guevara » de la Tunisie

Haro sur les avoirs du clan Ben Ali
La révolution de jasmin - Dégagez !
Un « gouvernement d’unité » controversé

A sudden tear in the fabric of the Arab world
La carte postale en lambeaux

Le test tunisien
La rue tunisienne

TUNIS SUR LES DENTS

... et notamment pour l'Égypte ?...
Douche froide sur la place Tahrir
« Rien ne change, c’estmême une régression »

L’entêtement du vieux Moubarak

Le grand ratage

Révolte en Égypte - Président frondeur
Égypte: Hosni Moubarak annonce qu’il reste en poste jusqu’en septembre
Mubarak confirms he will stay in office

Mubarak likely to quit, opponents fear coup

L’armée prend la direction des opérations en Égypte; Moubarak pourrait quitter
Égypte: les signes du départ imminent d’Hosni Moubarak se multiplient
LES DEUX VISAGES DU CAIRE

Qui aura le plus de souffle?

Biggest protests yet clog Cairo streets
Égypte : la contestation s'intensifie
Égypte: Moubarak offre de nouvelles concessions
LE GRAND RETOUR
Opposition, Mubarak regime to draft ‘road map’ for landmark talks
Vers une sortie de crise en Égypte
Egyptian army marches to the fore
Mubarak supporters emerge as potent force

Egypt's regime makes new concessions

La révolte égyptienne - La pression Obama
Les manifestations continuent en Égypte
LE VENT TOURNE ENCORE
Stuck in Cairo: We deserve better
Anti-Mubarak activists gather in Cairo square for ‘departure day’ protest

Power struggle within Mubarak regime sending mixed signals

LE CAIRE ABANDONNÉ

Après moi, le chaos

L’armée, oui, mais laquelle ?
Gare à la contre- révolution

LE CAIRE BASCULE

La toile de fond

Le Caire sombre dans le chaos
Violences au Caire - Le tournant
Égypte: incendies et échanges de coups de feu au Caire
L'Égypte divisée - Le départ immédiat de Moubarak serait un cadeau empoisonné pour l'opposition
Mubarak fears Egypt chaos if steps down: Interview
Amid clashes, Egyptian government moves to appease opposition

Il ne comprend pas
’Now means yesterday,’ U.S. says of push to get Mubarak to quit

UN MILLION D’ESPOIRS
Qui a peur des Frères musulmans?

Hundreds injured as Mubarak supporters clash with protesters

L’illusion desOccidentaux
Moubarak promet de partir
Un maître espion au service de Moubarak - Le nouvel homme fort du régime égyptien
La révolution inachevée
L’homme de tous les espoirs

En dernier ressort

Manifestations en Égypte - Le sursaut du gradé
Hundreds of thousands converge in Cairo to demand end of Mubarak reign

U.S. sees Mubarak presidency 'at an end:' Obama official

La révolte égyptienne - L'armée ne tirera pas
Les Égyptiens dans la rue
ILS N’ONT PLUS PEUR
L’Égypte n’est pas la Tunisie

Moubarak sur la corde raide

Le pouvoir d’une idée
Mubarak’s choice: resign honourably or leave blood and chaos

Egyptian military 'will not use force' against protesters

Egypt’s vice-president says Mubarak ready to begin dialogue

Egypt’s military behemoth has firepower to crush uprising

L'Égypte vers «une ère nouvelle»
Une révolution arabe
«On avait besoin d'une étincelle pour que tout explose»
Manifestations en Égypte - Les absents
Les Égyptiens bravent le couvre-feu pour exiger le départ de Moubarak
Egyptian protesters defy president’s curfew, hundreds injured or killed

We hear you, envoy says
Les Égyptiens n’ont plus peur
«Un moment critique dans l'histoire de l'Égypte»
Mubarak’s strongman-approach to revolts hardly surprising

Égypte: l’armée se déploie dans les rues pour la première fois de la crise
Israël s'alarme de l'instabilité chez ses voisins
Égypte – Les manifestations se poursuivent; Mohamed el-Baradeï rentre au pays
Will Egypt go the way of Tunisia?

Les manifestants défient la répression

Le web contreMoubarak

How a brutal beating and Facebook led to Egyptian protests
« Nous avons un régime corrompu »
Journée de révolte en Égypte
D’importantes manifestations éclatent en Égypte contre le régime Moubarak

Et ceci dit, que penser des Frères Musulmans ?...
Les « Frères » face à l’armée

LE GRAND RETOUR
Crise en Égypte - Les Frères musulmans sont-ils une menace ?
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?


L’ISLAM BIEN ANCRÉ


Voir aussi La Révolution de Jasmin démontrerait-elle donc que la liberté d'expression serait possible, et ce même dans le monde arabe ?...

Tunisie
Unrest, deadly prison fires hit Tunisia as new leader replaces exiled president
La carte postale en lambeaux

Renversement de Ben Ali - La rue l'emporte
Tunisie: la rue chasse Ben Ali
Ben Ali battu par Facebook
Tunisie : un régime démasqué
Zine el-Abidine Ben Ali - Vingt-trois ans de pouvoir sans partage
Ben Ali quitte sous la pression
Tunisian president flees country; PM promises new elections
Ben Ali promet de partir
Le régime « se fout des gens »
Rébellion en Tunisie - Le dictateur
Analyse - La politique du vide
Tunisie - L'agitation gagne en intensité
Pression sur la Tunisie

Tunisie, la révolution en suspens


Jordanie
Marginalisés mais conciliants


L'Iran serait-il en train de refaire de lui-même la Révolution d'un des pires régimes de la planète ?...
Le président contre l’ayatollah

Guerre iranienne - L'affront

As the Middle East reshuffles, Iran could end up the biggest loser
Jafar Panahi: honte à l’Iran
How do we convince Iran that stoning is barbaric?
Trois randonneurs détenus en Iran: espions ou pions?
Sakineh Mohammadi ne sera pas lapidée, indique Téhéran
Force, fear keep Iran together
L'homme qui défie Téhéran sur YouTube
La révolution inachevée
No returning to Iran’s totalitarian past

Pour Neda - Marc Cassivi
Shirin Ebadi - L'exil pour prendre la parole
L'Iran va vers la dictature militaire, dit Hillary Clinton
Rassemblement contre le régime iranien à Montréal
Iran: David s'en prend à Goliath
Iran - Des célébrations captives
Iran - Où est passé le milliard manquant ?
De vieux fantômes réveillés en Iran
Vague de pendaisons imminente en Iran
Accrochages en vue pour l'anniversaire de la révolution iranienne
Iran: la télévision d'État donne la parole à l'opposition
L'Iran interdit le contact avec 60 ONG occidentales
Washington se prépare à alourdir les sanctions contre l'Iran
Lutter «pour la vérité» en Iran
Iran: l'étau se resserre autour de l'opposition
Les dirigeants de l’opposition les plus visés
Vers la fin de l'Iran tel qu'on le connaît
Nouveaux affrontements en Iran
Droits de l'Homme en Iran: triste retour en arrière
Les nouveaux ayatollahs ?
Quatre mois de torture pour un journaliste canado-iranien
Le mathématicien et l’ayatollah  -  Laura-Julie Perrault
L’opposition iranienne défie de nouveau le pouvoir
Un ancien de Concordia prisonnier d’Ahmadinejad  -  Laura-Julie Perrault
TÉHÉRAN  Les autorités serrent la vis à l’opposition
Madame la ministre islamiste  -  Laura-Julie Perrault
Programme nucléaire : L’Iran prêt à ouvrir le dialogue  -  Laura-Julie Perrault
Dire l’Iran... envers et contre tout  -  Marc-André Lussier
Iran : Les « cerveaux » des manifestations en procès
Bras de fer au Parlement  -  Laura-Julie Perrault
Ahmadinejad inquiète les conservateurs
Les procès de Téhéran  -  MARIO ROY
Iran  Intronisation sur fond de tensions  -  Laura-Julie Perrault
IRAN   Les manifestations de deuil réprimées et dispersées
À la mémoire deNeda  -  Laura-Julie Perrault
LA PRISON DE TOUTES LES TORTURES

IRAN Téhéran libère 140 prisonniers
OPINION Vers une contre-révolution   -  Claude Jacqueline Herdhuin
IRAN  Deux ministres dissidents quittent le gouvernement
Ahmadinejad limoge son vice-président
IRAN Clinton doute
IRAN Le beau-frère de Moussavi arrêté

IRAN Le président contredit
IRAN  L’opposition accusée de semer la discorde
L’homme d’Ahmadinejad fustigé
Téhéran a « perdu la confiance du peuple »

Les manifestations reprennent en Iran  -  Laura-Julie Perrault
L’élection d’Ahmadinejad confirmée
IRAN  Huit employés de l’ambassade britannique sont arrêtés
Les Iraniens de Montréal défilent dans les rues - Violaine Baillivy
IRAN  Mir Hossein Moussavi exige une commission indépendante
IRAN  Une révolte « irrémédiable », selon Amir Khadir
TÉHÉRAN  « Il n’y a eu aucune fraude » affirme le régime

Iran : Le ministre canadien des Affaires étrangères dit avoir les mains liées
L’homme qui défie le pouvoir -  Alexandre Sirois
La répression se durcit en Iran
Le post-islamisme est commencé -  Michel Wieviorka
Des résultats invraisemblables, selon une étude britannique
La révolution iranienne a un visage
Neda, l’immortelle -  Mario Roy

La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants
Ottawa réclame la libération des journalistes et des prisonniers politiques
Protester est un droit, dit Moussavi à ses partisans L’Iran durcit le ton contre l’Occident 
Ignatieff veut que l’ambassade de Téhéran accueille les blessés

TÉHÉRAN Les partisans de l’opposition défient l’interdiction de manifester
Iran: l’épreuve de force -  Agnès Gruda
Pire que Tienanmen -  Lysianne Gagnon

L'Iran à la croisée des chemins - Karim Pakzad
Iran : La mobilisation ne faiblit pas
L’Iran part « à la dérive » -  Alexandre Sirois

IRAN La prudence d’Obama désapprouvée

Le bras de fer s’intensifie en Iran
L’homme qui survit aux bombes et aux tempêtes

Nos yeux iraniens -  Marie -Claude Lortie
Les limites de la « rue » iranienne MARIO ROY

C’est la faute à l’ayatollah
Volte-face de l’ayatollah Khamenei  -  Laura-Julie Perrault
La diaspora dénonce les résultats du vote
LE CANADA DEMANDE DES COMPTES
Le printemps de Téhéran  -  Michèle Ouimet
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad défend sa légitimité
Coup de vieux à Téhéran  -  Mario Roy 
LA CHAPE DE PLOMB APRÈS L’EUPHORIE? -  Laura-Julie Perrault
Un réveil brutal pour Barack Obama
Ahmadinejad crie victoire
Ahmadinejad en mauvaise posture
L’arme secrète en tchador -  Laura-Julie Perrault
LE CHOIXDE L’IRAN -  Laura-Julie Perrault
Les Iraniens de Montréal derrière Moussavi
Mise en garde au guide suprême
L’Iran en quête d’un nouveau visage -  Laura-Julie Perrault
Les droits des femmes s’invitent à la présidentielle iranienne
Facebook devient un enjeu électoral en Iran

Et pourtant, le moins qu'on puisse dire n'est-il pas qu'il reste du chemin à faire avant d'y arriver ?...
Iran - À mort l'opposition !
Affrontements en Iran - Le braquage
Un Iranien en prison, l’autre en promo à Berlin

Iran: des parlementaires demandent la peine de mort pour l’opposition


Washington se prépare à alourdir les sanctions contre l'Iran



Et pourtant, certaines choses ne semblent-elles pas ne pouvoir que rester toujours plus les mêmes ?...
Voir aussi L'Iran est-il vraiment une menace ?...

The paradoxical Arab world


Turquie
Not every Turkish general is a coup plotter
Victoire écrasante d’Erdogan
QUAND LA TURQUIE DONNE LE TON
Ange des Turcs noirs, démon des Turcs blancs
Le paradoxe turc
Référendum limitant le pouvoir de la hiérarchie judiciaire et de l'armée - Oui à une révision constitutionnelle turque
Turks fear reform plan threatens secularism
L'oubli anglais
Turkish Prime Minister represents changing dynamics of Middle East
Le virage de la Turquie
Turkey, leader of the Muslim world?
Arrestations en Turquie - La division


PROCHE ORIENT


Liban
LE TRIBUNAL DE LA DISCORDE

Des représailles possibles au Canada?
Les suspects du Hezbollah courent toujours
Despite warrants, arrests not likely in Lebanese prime minister’s death
Le Hezbollah et ses alliés au pouvoir
« Ils ont déjà pris unemoitié demoi. Qu’ils prennent l’autre ! »
Les partisans d’Hariri indignés
« Incendies » , prise 2?

« Tout dépend du Hezbollah »
Le gouvernement tombe, le Tribunal reste
Hezbollah topples Lebanon’s government over Hariri probe
Malignant Hezbollah sparks another crisis

UN probe into Lebanon PM’s murder criticized
Assassinat d'Hariri - Le Hezbollah et les services secrets libanais impliqués?
Enquête sur l'assassinat d'Hariri: patience, dit le procureur canadien
Liban: les prisonniers dont personne ne veut parler
Liban: une bombe à retardement
LIBAN Hariri renonce à former un gouvernement  -  Laura-Julie Perrault
Voir aussi Le conflit au Proche-Orient n’est pas le plus meurtrier de la planète - Frédéric Ensel
 
Pakistan
A breaking point or a turning point for U.S.-Pakistani relations?
En bref - Crimes pakistanais?
Un acte de guerre

Pakistan’s attitude of deception harmed ‘war on terror,’ former envoy says
Who will be held to account for Saleem Shahzad’s murder?
Moi, Asia Bibi,« blasphématrice»
LE BLASPHÈME QUI TUE
Pakistan's reaction to Osama's killing shows it's a country of contradictions
LA VIE SABOTÉE DE GULZARALAM

Bin Laden given haven by militants linked to Pakistani security forces
Les services secrets pakistanais suscitent la méfiance

Afghanistan vindicated for pointing finger at Pakistan
Bin Laden died in town best known as garrison for Pakistani military
Si proche, si loin
Un ministre tué en pleine rue
Pakistan is paying the price for Arabization
Pakistan must shake its debilitating culture of fatalism
Prêt à exploser
Intolérance islamique
As Pakistan nears bankruptcy, patience of foreign lenders wears thin
L’atome pakistanais
Pakistan and North Korea live on the edge


APRÈS LACOLÈREDES FLOTS, L’ESPOIR À SEC

Déluge au Pakistan
Inondations au Pakistan - Ban demande une «réponse urgente»
Pakistan - Nouvelles évacuations
Pakistan: l'interminable catastrophe - Après les inondations, le défi sanitaire
L'impuissance de l'État révélée au grand jour
Chiches, les Canadiens
Pakistan - 10 millions de sans-abri
Pakistan: «Comme après le génocide au Rwanda»
«On nous a abandonnés», disent des Pakistanais
Women, children most vulnerable in Pakistan crisis
Les Québécois sont moins généreux pour le Pakistan
Hungry flood-hit Pakistanis protest lack of help

Après l'eau, la boue
Il faut aider le Pakistan
Le Pakistan menacé par de nouvelles inondations

En bref - Les récoltes détruites au Pakistan
Le Pakistan vit une catastrophe alimentaire
Pakistan warns of new floods in south
Inondations - Des millions de Pakistanais sont menacés par la faim
In Pakistan, more aid can bring more security
La colère gronde au Pakistan

En bref - Les fournitures de secours d'urgence du Canada arrivent au Pakistan
Le Pakistan dit oui à l'aide indienne
Les dons pour le Pakistan s'accélèrent
Over 4 million homeless from Pakistan floods

Pakistan/inondations: l'appel de fonds de l'ONU financé à 50%

«Je n'ai plus rien pour vivre»
Six millions de Pakistanais sont sans secours - L'aide se fait attendre
Flood’s financial toll a heavy blow to Pakistan’s poor

L'aide se fait toujours attendre au Pakistan
Pakistan desperately needs help -now

Pakistan wins more flood aid

Why Western donors are snubbing Pakistan after giving to Haiti

UN says millions without assistance in Pakistan floods

Après le déluge
Les défis logistiques augmentent la menace des infections par l'eau

3,5 millions d'enfants seraient menacés par la maladie - Les sinistrés pakistanais réclament de l'aide
Pakistan: où est passé notre générosité
Le Pakistan sous les flots: déluge et désolation

Cholera confirmed in flood-ravaged Pakistan

Montrealers chip in for Pakistan flood victims

Quand les terroristes font de l'humanitaire
Pakistan - Appel à l'aide de Ban Ki-moon
Inondations au Pakistan - Plus de sinistrés que pour le tsunami et les séismes du Cachemire et d'Haïti réunis

Pakistan’s drinkers of the dust
Internet - Le Pakistan part en guerre contre les contenus «anti-islam»

La police a fait échouer l'enquête sur la mort de Bhutto

Pakistan - Un président privé de pouvoirs
Pakistan's Chief Justice Takes on its Political Class

PAKISTAN Ratés d’une réforme

Le Pakistan dit oui à l'aide indienne

L'ombre du Pakistan


Arabie Saoudie
« Il n’y aura pas de vacance de pouvoir »

Égypte
UN NOËL SOUS LA MENACE

The prisoners of Egyptian tradition


Et s'il y avait plus que la guerre, au Moyen-Orient ?...
La face cachée de Dubaï




LE DEVOIR
En 2010 : l'Iran

THE GAZETTE

GLOBE AND MAIL

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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE
Iran's Regime and Opposition Brace for the Next Round





Les dirigeants de l’opposition les plus visés
Plusieurs chefs de l’opposition iranienne ont été menacés de sanctions judiciaires ou ont fait l’objet d’intimidations au cours des dernières semaines. Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, deux rivaux du président Mahmoud Ahmadinejad à l’élection de juin, semblent les plus visés.
Mir Hossein Moussavi
67 ans
Cet ancien premier ministre de l’imam Khomeiny durant les huit années de guerre contre l’Irak (1980-1988) est devenu la principale figure de l’opposition. Rival malheureux du président Ahmadinejad au scrutin du 12 juin, cette figure historique de la révolution islamique conteste l’authenticité du scrutin et a dénoncé à plusieurs reprises la répression contre les manifestants anti-gouvernementaux. M. Moussavi, contre qui une centaine de parlementaires conservateurs ont porté plainte, a été nommément attaqué à plusieurs reprises en décembre par de hauts responsables. Il a été physiquement menacé plusieurs fois par des fidèles du régime au cours des dernières semaines, et sa femme a également été attaquée.
Mehdi Karoubi
72 ans
Cet ancien président du Parlement dirige le Parti de la confiance nationale r eg r oupa n t une partie des réformateurs. Candidat à la présidentielle de juin, il conteste aussi la légitimité du président Ahmadinejad. Il a dénoncé au cours des derniers mois les violences contre les manifestants arrêtés dans les prisons. Le procureur général du pays, Gholamhossein Mohseni Ejeie, a affirmé qu’il devait être poursuivi pour ces affirmations. Il a été pris à partie par des fidèles du régime à plusieurs reprises, et sa voiture a été attaquée lundi par des inconnus après qu’il eut critiqué la répression des manifestations de dimanche.
Mohammad Khatami
66 ans
L’ancien président réformateur (19972005) fait partie des trois leaders de l’opposition, avec MM. Moussavi et Karoubi, les plus attaqués par les conservateurs les plus durs qui les présentent comme les « chefs de la conspiration ». Contestant les résultats de la présidentielle de juin, il a demandé l’organisation de nouvelles élections ou d’un référendum. Deux de ses proches collaborateurs ont été arrêtés à la fin du mois de décembre, alors que d’autres avaient été arrêtés après les manifestations de juin.
Akbar Hachemi Rafsandjani
75 ans

L’ancien président (19891997) occupe toujours une position-clé au sein du pouvoir. Il préside l’Assemblée des experts, chargée de nommer, surveiller et éventuellement démettre le guide suprême, et le Conseil de discernement, la plus haute autorité d’arbitrage du pays. Prônant une ligne «modérée», il s’est opposé publiquement à la répression contre l’opposition. Il avait soutenu indirectement les candidats Moussavi et Karoubi à la présidentielle. Ce vétéran de la révolution, dont l’hostilité envers le président Ahmadinejad est de notoriété publique, a fait l’objet de violentes attaques au cours des dernières semaines. Sa fille Faezeh Hachemi et son fils Mehdi Hachemi, régulièrement attaqués par le pouvoir pour leur rôle dans les manifestations de l’opposition, sont sous le coup d’une enquête judiciaire.




Le mathématicien et l’ayatollah  -  Laura-Julie Perrault
Avec ses grandes lunettes, sa voix douce et une médaille d’or remportée aux Olympiades de mathématiques en poche, Mahmoud Vahidnia a plus le profil d’un étudiant modèle que d’un grand rebelle. Pourtant, depuis la semaine dernière, l’étudiant iranien est la nouvelle coqueluche du mouvement d’opposition politique de son pays.
Mahmoud Vahidnia
Le 28 octobre, l’étudiant en mathématiques de l’Université technique Sharif, à Téhéran, a osé faire ce que personne n’a fait depuis l’établissement de la République islamique il y a 30 ans: il a critiqué directement le leader suprême de l’ I ran, l’ayatollah Ali Khamenei.
« Je ne sais pas pourquoi dans ce pays, il n’est pas permis de vous critiquer », a lancé le jeune Iranien, sur un ton calme, à l’homme qui tient les rênes de l’Iran depuis 1989.
Mahmoud Va h idnia a aussi réprimandé l’ayatollah Khamenei pour sa réaction aux manifestations de l’été dernier, manifestations au cours desquelles près de 70 personnes ont été tuées. « Si, vous, qui avez le rôle d’un père, vous agissez ainsi avec vos opposants, vos subordonnés agiront certainement de la même façon, comme nous avons pu le voir dans les prisons », a lancé l’étudiant, faisant référence aux allégations de viol et de torture qui ont fait surface au cours des derniers mois.
Ces accusations, prononcées au visage du leader politique et religieux, en ont laissé plus d’un pantois.
« Il y a déjà au des critiques délavées du guide suprême, mais personne n’avait remis en question son autorité de manière aussi directe. Un des plus grands tabous de la République islamique a été cassé », analysait, hier, Houchang Hassan-Yari, expert de l’Iran du Collège militaire royal de Kingston, notant que le mathématicien en herbe est du coup devenu un symbole de la contestation qui secoue l’ I ran depuis les élections présidentielles controversées de juin.
Trié sur le volet
C’est au cours d’une séance questions/réponses organisée dans le cadre d’un forum réservé à l’élite intellectuelle i ranienne que Mahmoud Vahidnia a interpellé l’ayatollah Khamenei.
Les invités à ce genre d’événements, réglés au quart de tour, sont en règle générale choisis parmi les fidèles du régime islamique, explique le professeur Hassan-Yari. Mahmoud Vahidnia semble avoir échappé à la vigilance de la police des moeurs pour se lancer dans sa longue attaque de 20 minutes à l’endroit du leader de 70 ans.
Les Iraniens qui regardaient la télévision d’État ce jour-là ont pu entendre les premières minutes de la confrontation entre l’étudiant et le numéro 1 du régime. Après quelques minutes, cependant, la diffusion a été interrompue.
L’ayatollah a répondu à certaines des critiques du jeune homme. « Nous sommes ouverts aux critiques. J’en reçois d’ailleurs déjà beaucoup », a assuré le leader politique et religieux iranien.
Dans les jours qui ont suivi, l’intervention de Vahidnia a soulevé beaucoup de questions au sein de l’opposition et des médias iraniens. Est-ce que son coup de gueule avait été planifié par un gouvernement qui veut redorer son blason en se montrant tolérant?
Le fait que le jeune homme n’a pas été arrêté a fait naître des soupçons. Insulter le guide suprême est un crime passible d’emprisonnement. La réaction de surprise de l’ayatollah Khamenei et son départ précipité de la séance questions/réponses ont fait taire plusieurs sceptiques.


L’opposition iranienne défie de nouveau le pouvoir
TÉHÉRAN — Des manifestations de l’opposition ont donné lieu à des violences hier à Téhéran, où l’ex-président Mohammed Khatami a été agressé par des partisans du régime ultraconservateur et des protestataires ont été battus et arrêtés, selon des sites internet et des témoins.
L’ex-président réformiste Mohammed Khatami a été pris à partie par des partisans du régime ultraconservateur, hier, à Téhéran.
Pour sa part, le chef de l’opposition M i r Hossei n Moussavi, arrivé en voiture à l’une des manifestations, a été hué aux cris de « Mort à Moussavi » par des sympathisants du régime, qui se sont ensuite jetés sur le véhicule, le forçant à quitter les lieux.
C’est la première fois depuis près de deux mois et demi que les partisans de l’opposition manifestaient contre la réélection, le 12 juin, du président Mahmoud Ahmadinejad. M. Moussavi, un modéré, accuse les autorités de fraude électorale.
Par ailleurs, à l’Université de Téhéran, M. Ahmadinejad a de nouveau qualifié l’Holocauste de «mythe» et affirmé qu’Israël était «sur le point de s’effondrer».


Un ancien de Concordia prisonnier d’Ahmadinejad  -  Laura-Julie Perrault
Maziar Bahari est correspondant en Iran du magazine Newsweek
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, qui doit prononcer un discours la semaine prochaine aux Nations unies, est attendu de pied ferme à New York, où la contestation se prépare. Au coeur des préoccupations se trouvent les violations des droits de l’Homme en Iran. Au centre des revendications, la libération d’un ancien de l’Université Concordia.
Ceux qui connaissent Maziar Bahari – ses admirateurs, comme ses critiques – s’entendent sur une chose : le journaliste et documentariste canado-iranien, arrêté il y a trois mois à Téhéran, est apolitique. Quand ils l’ont entendu s’accuser à la télévision d’avoir fomenté une « révolution de couleur » contre le régime islamique, ils n’en ont pas cru un mot.
Maziar Bahari, journaliste irano-canadien, est en prison en Iran depuis trois mois. Il travaille là-bas pour Newsweek.
Reporter pour le magazine américain Newsweek pendant la période de tumulte politique qui a suivi la réélection du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, Maziar Bahari n’est pas le seul à avoir fait des « aveux » publics. Des politiciens iraniens et des journalistes locaux ont connu le même sor t . Cependant , Mazia r Bahari est le seul correspondant étranger à avoir été ciblé par les autorités iraniennes.
Depuis le 21 juin, l’homme de 42 ans, qui a à son actif des dizaines de films, des centaines de reportages, plusieurs pièces de théâtre et la publication d’un livre sur la jeunesse iranienne, croupit dans la tristement célèbre prison d’Evin, à Téhéran.
C’est dans ses murs que la photographe montréalaise Zahra Kazemi a été battue à mort et que des milliers de jeunes opposants au régime islamique ont été exécutés dans les années 80.
La détention de Mazia r Bahari a soulevé une immense vague de sympathie dans le monde entier. Des centaines d’écrivains, de cinéastes et de journalistes de renom – dont Paul Auster, Christiane Amanpour (CNN), Margaret Atwood et Wim Wenders – ont signé des pétitions pour demander sa libération immédiate. Les patrons du magazine Newsweek et le gouvernement canadien font aussi pression sur le gouvernement de la République islamique.
Démarches infructueuses
À ce jour, les tirs – médiatiques et diplomatiques – groupés contre Téhéran ont donné peu de résultats. Maziar Bahari n’a pas encore vu d’avocats et on ignore les accusations qui pèsent sur lui.
Les visites consulaires ont été refusées. Des membres de sa famille ont pu le visiter à deux reprises et ils ont dû limiter leurs conversations aux nouvelles touchant la famille. Elles ne sont pas toutes bonnes.
L’épouse de Maziar Bahari, Paola Gourley, est enceinte et a dû être hospitalisée au cours des dernières semaines. « Ce qui arrive à Maziar a un impact sur beaucoup de gens », a dit hier à La Presse, le directeur des pages internationales de Newsweek, Nisid Hajari, avec qui Maziar Bahari était fréquemment en contact avant son arrestation.
De son bureau de New York, M. Hajari peine à comprendre pourquoi son collaborateur a été arrêté.
Après avoir terminé ses études en cinéma à l’Université Concordia dans les années 90, Maziar Bahari a réussi à travailler pendant plus de 10 ans en Iran, son pays d’origine, sans avoir de démêlés avec les autorités. Une rareté dans un pays où le régime fait la vie dure aux journalistes. « Le gouvernement iranien a renouvelé sa carte de presse tous les ans sans rouspéter », dit Nasid Hajari, en notant que deux jours avant son arrestation, Maziar Bahari était parmi les rares journalistes à assister à la prière du vendredi prononcée exceptionnellement par le leader suprême de l’Iran, l’ayatollah Khamenei.
« Nous espérons qu’il sera libéré avant la visite d’Ahmadinejad aux États-Unis. C’est une bonne occasion pour le président de montrer un meilleur visage de l’Iran. »



TÉHÉRAN 
Les autorités serrent la vis à l’opposition
TÉHÉRAN — Les autorités iraniennes ont encore serré la vis, hier, à l’opposition, fermant le bureau de l’un de ses chefs, Mehdi Karoubi, et mettant en garde contre l’utilisation d’une journée propalestinienne pour organiser des manifestations hostiles au pouvoir.
Les bureaux de Mehdi Karoubi – opposant au régime – ont été fouillés hier et la parution de son journal suspendue en août dernier.
« Le bureau de M. Karoubi a été fermé sur ordre du procureur de Téhéran – Abbas Jafari Dolatabadi – après que des agents munis d’un mandat du procureur se furent rendus sur place, près du palais Saadabat, dans le nord de Téhéran », a déclaré un porte-parole du dirigeant réformateur, Esmaïl Gherami Moghaddam.
M. Karoubi et d’autres ont été repoussés hors des locaux penda nt le raid alors que le rédacteur en chef du site internet Etemad Melli de M. Karoubi a été arrêté, a-t-il dit, cité par l’agence de presse Ilna. « Ils ont fouillé les locaux et saisi des documents, des CD, des ordinateurs et des films».
Le quotidien de M. Karoubi, Etemad Melli, a été suspendu en août par la justice.
Candidat malheureux à la présidentielle du 12 juin, M. Karoubi a refusé de reconnaître la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, arguant d’une fraude massive, de même que le réformateur Mir Hossein Moussavi, principal rival de M. Ahmadinejad.
M. Karoubi a surtout provoqué la colère des ultraconservateurs en affirmant que des manifestants arrêtés lors des protestations contre le scrutin avaient été torturés et violés en prison. Les autorités ont démenti.
De son côté, la presse iranienne a fait état de « la saisie, par des agents, de documents et du matériel au bureau » du comité chargé des cas des manifestants en détention.
La contestation de la victoire de M. Ahmadinejad a entraîné des manifestations de masse réprimées par les autorités, qui ont plongé le pays dans sa plus grave crise depuis la révolution islamique de 1979.
Au moins 4000 manifestants avaient été arrêtés, dont quelque 150 restent sous les verrous, et 30 personnes tuées, selon des chiffres officiels. L’opposition parle de 72 morts.




Madame la ministre islamiste  -  Laura-Julie Perrault
Après avoir menacé de lui faire la vie dure, le Parlement iranien a fini par faire une fleur au président Mahmoud Ahmadinejad en acceptant 18 de ses nominations au cabinet des ministres. Seuls trois candidats ont été recalés, dont deux femmes. Une troisième a réussi à passer le test, écrivant du coup une nouvelle page de l’histoire de la République islamique.
Avec son tchador noir qui la recouvre de la tête aux pieds, ne laissant paraître que son visage rond, Marzieh Vahid Dastjerdi a bien peu à voir avec les jeunes Iraniennes qui ont défilé dans les rues de Téhéran au cours des derniers mois. Pourtant, à sa manière, la politicienne iranienne vient de réussir une petite révolution au nom des femmes.
Ayant fréquanté les universités de la République islamique, Marzieh Vahid Dastjerdi est l’incarnation même de la plus importante avancée que les femmes ont faite depuis l’avènement du régime des ayatollahs.
Hier, avec l’approbation des députés du Majlis, le Parlement iranien, elle est devenue la première femme à porter le titre de ministre depuis l’établissement de la République islamiste, en 1979. Gynécologue de formation, elle prendra les rênes de l’immense ministère de la Santé.
Sous la présidence du réformiste Mohammad Khatami, une femme avait assumé la vice-présidence, mais depuis l’arrivée au pouvoir en 2005 de Mahmoud Ahmadinejad, réputé u ltra-conser vateu r, la gent fém inine ava it de nouveau été éclipsée des hautes sphères du pouvoir.
D ’a b o r d p r o p o s é e p a r Mahmoud Ahmadinejad luimême, la nomination de Mme Dastjerdi n’est cependant pas passée comme une lettre à la poste. Des religieux conservateurs ont soulevé des doutes sur la capacité d’une femme d’occuper un poste aussi élevé dans l’appareil étatique.
Au lieu de les prendre à rebrousse-poil, Mme Dastjerdi a utilisé une autre tactique. En public, elle a promis aux religieux de tenir compte de leurs « directives ».
Pas une première
Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que cette politicienne, deux fois élue députée, obtempère avec les éléments les plus conservateu rs du régime islamique. Elle-même fondatrice de l’Association islamiste des médecins, elle a longtemps tenté d’obtenir la ségrégation des sexes dans le système de santé. Selon le projet qu’elle défendait, les hommes médecins se seraient occupés seulement des hommes et les femmes, des femmes. Le projet a échoué après qu’il eut été prouvé qu’il n’y avait pas assez de femmes spécialistes.
Au cours des derniers jours, l’aspirante ministre semble cependant avoir considérablement modifié son discours. « Quand ils travaillent côte à côte, les hommes et les femmes peuvent faire des miracles », a-t-elle dit devant le Majlis, en plaidant la nécessité de nommer des femmes au sein de l’exécutif.
Ayant fréquenté les universités de la République isla m ique – el le a fa it sa médecine à l’ Université de Téhéran avant d’y enseigner –, Marzieh Vahid Dastjerdi est l’incarnation même de la plus importante avancée que les femmes ont faite depuis l’avènement du régime des ayatollahs : elles sont maintenant 27 fois plus nombreuses à obtenir des diplômes universitaires que pendant l’ère du shah.
Cette avancée a cependant été accompagnée d’importants reculs. L’établissement de la charia comme loi du pays désavantage les femmes en matière de divorce, de garde d’enfants et d’héritage. En cour, un témoignage féminin vaut la moitié de celui d’un homme. Le régime islamique a aussi imposé le port du hijab en public et rend difficile la fréquentation entre les sexes en dehors du cercle familial.
En prononçant un discours devant le Majlis, Mme Dastjerdi a promis de représenter la voix des femmes au cabinet des ministres. Mais les Iraniennes savent déjà que cette voix a bien peu de chances d’être dissonante aux oreilles des ayatollahs. – Avec l’AFP et The Guardian




Programme nucléaire : L’Iran prêt à ouvrir le dialogue  -  Laura-Julie Perrault
Mettant de côté la crise politique qui l’afflige depuis le début de l’été, l’Iran a refait apparition dans le grand monde diplomatique, hier. Après des mois de silence dans le dossier nucléaire, la République islamique se dit prête à entamer des négociations avec les grandes puissances étrangères.
La centrale nucléaire iranienne Bushehr. C’est dans une centrale semblable que l’Iran continue à installer des centrifugeuses.
Lors d’une conférence de presse, hier, le négociateur en chef de l’Iran sur la question nucléaire, Saïd Jalili, a annoncé avoir préparé de nouvelles propositions pour ses interlocuteurs, le groupe 5+1, composé des cinq membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU ( États-Unis, Chine, Russie, Grande-Bretagne, France) et de l’Allemagne.
Sans donner de détails, M. Jalili a laissé entendre qu’elles dépassaient grandement la question de l’enrichissement d’uranium, inquiétude principale des pays étrangers et s’attaquaient aussi à des enjeux politiques, économiques et de sécurité. « Nous espérons un round de négociations pour réaliser la justice, le progrès et la paix », a dit M. Jalili.
Cette ouverture de l’Iran, la première depuis un appel de négociations de la part des puissances étrangères en avril dernier, survient à la veille d’une rencontre du groupe 5+1, à Francfort, pour discuter de sanctions additionnelles à imposer à l’Iran. Une date butoir plane au-dessus des deux parties à la négociation: le président américain a demandé à l’Iran de faire des compromis avant la tenue de l’assemblée générale des Nations unies, à New York, le 23 septembre.
« À l’intérieur du régime iranien, il y a une perte de contrôle depuis le début de l’été (à la suite de l’élection présidentielle). En répondant à l’appel d’Obama, le régime veut gagner du temps sur la scène internationale », croit Pierre Pahlavi, professeur au Collège des forces armées canadiennes, à Toronto. Expert de l’Iran, il note aussi que le régime marque des points à l’interne en ramenant la question du nucléaire sur le tapis. Une grande partie de la population iranienne trouve injuste que son pays ne puisse développer un programme nucléaire, alors que des pays comme l’Inde et le Pakistan le font. « La question nucléaire est une arme de persuasion massive en Iran, estime M. Pahlavi. Elle attise la fibre nationaliste. »
En Europe, l’annonce de Jalili a été reçue avec scepticisme. À la tête de l’équipe de négociations du groupe 5+1, Javier Solana a affirmé n’avoir pour le moment rien reçu de son vis-à-vis iranien. « Mais il y a quelqu’un au bureau pour prendre un appel ou recevoir une communication », a dit le no 1 de la diplomatie de l’Union européenne.
Dans un rapport rendu public vendredi dernier, l’AIEA a noté que l’Iran avait continué à installer des centrifugeuses dans son usine de Natanz et refusé de répondre à plusieurs questions. Ces dernières révélations ont amené certains dirigeants, dont Nicolas Sarkozy, à demander un renforcement des sanctions imposées à l’Iran.
Le dernier rapport semble avoir moins inquiété le patron sortant de l’AIEA, Mohamed El Baradei. Dans une entrevue récente à la BBC, ce dernier a remis en contexte la menace nucléai re i ranienne. « Beaucoup de gens disent que le programme nucléaire iranien est la plus grande menace à la sécurité internationale. Je pense que cette menace est grandement exagérée ». Même si sa progression inquiète l’Occident, le projet nucléaire iranien accumule les tuiles depuis quatre ans. Disparition de scientifiques de haut niveau, écrasement de deux avions cargo transportant de précieux équipements, explosions dans des laboratoires... Selon un journaliste israélien réputé, ce ne sont pas des accidents. Il s’agit d’une guerre secrète menée par le Mossad, l’agence d’espionnage israélienne.
« Le Mossad s’est complètement réorganisé depuis 2002 et a redirigé ses efforts sur un objectif unique, l’Iran », explique en entrevue téléphonique Ronen Bergman, journaliste au quotidien israélien Yedioth Ahronoth, qui a publié le livre The Secret War With Iran. « Il y a énormément de pression pour que des opérations de sabotage et d’assassinats soient effectuées contre le programme nucléaire et le soutien iranien au Hamas et au Hezbollah. »
Ce printemps, le journaliste ajoutait, dans un essai publié par le Wall Street Journal, une deuxième conclusion à son livre: l’espionnage israélien est revenu aux plus hauts niveaux et accumule les succès, mais ne parvient pas à diminuer le niveau de danger pour Israël.
« La réalité sur le terrain n’a pas changé. Le Hamas et le Hezbollah sont encore populaires et l’Iran pourrait avoir sa première bombe en 2010. L’espionnage est très important, mais seules les décisions diplomatiques et militaires permettront d’assurer la sécurité d’Israël. De la même façon que les attentats terroristes ne peuvent pas vaincre Israël, l’Iran ne pourra pas être vaincu par le travail de sape du Mossad. »
La renaissance du Mossad a été l’oeuvre du général Meir Dagan, placé à sa tête en 2002 par Ariel Sharon. « Dagan dirigeait dans les années 1970 une unité secrète qui assassinait des hauts dirigeants du Fatah, dit M. Bergman. Il a reçu le mandat de transformer le Mossad, qui était devenu allergique aux risques opérationnels. Sharon voulait "un Mossad avec un couteau entre les dents". Dagan a mis l’accent sur les opérations contre l’Iran et a développé un réseau très étoffé de collaborations avec les agences d’espionnage européennes et du Moyen-Orient, pour compléter la collaboration avec la CIA. »




Dire l’Iran... envers et contre tout  -  Marc-André Lussier
Le cinéaste iranien Jafar Panahi n’avait pas fréquenté de festival de cinéma depuis longtemps. En prenant la parole au nom du peuple de son pays sur la scène internationale, le président du jury du FFM sait bien ce qui l’attend…
Le cinéma de Jafar Panahi a t oujou rs raconté l’ I ra n. L’ancien assistant d’Abbas Kiarostami a été révélé au monde g râce au superbe Ballon blanc, chronique émouvante qui lui a valu à Cannes la Caméra d’or, remise au meilleur premier long métrage, toutes catégories confondues. Depuis, la notoriété de l’auteur cinéaste n’a cessé de croître sur la scène internationale, malgré, parfois, les interdictions qui frappent certains de ses films chez lui.
Le cinéaste iranien Jafar Pahani, président du jury du 33e Festival des films du monde, croit plus que jamais aux vertus du cinéma.
« Je n’ai pu tourner que cinq longs métrages en 15 ans, fait remarquer le cinéaste au cours d’une interview accordée à La Presse. Chaque fois, il m’a fallu me battre et emprunter des voies de contournement pour parvenir à réaliser le film que je voulais faire. »
La censure veille au grain. Panahi refuse pourtant de signer des oeuvres imprimées du sceau du régime. Le cercle, qui évoque la condition des femmes iraniennes, lui vaut le Lion d’or du Festival de Venise en 2000. Son plus récent film, Offside, a été récompensé d’un Ours d’argent à Berlin il y a trois ans. Il n’a rien pu tourner depuis.
« Enfin si, précise-t-il. Je pourrais réaliser des films "approuvés" par les autorités. Cela ne m’intéresse pas. D’autant plus qu’avec tout ce qui se passe en ce moment, mon approche devient encore plus radicale. Il y a tout un pan du cinéma iranien qui se produit désormais dans des réseaux souterrains. Je finirai bien par trouver le moyen de tourner. Ce ne sont pas les idées qui manquent!»
Panahi lui-même a été au coeur de « ce qui se passe en ce moment ». Il fait partie de ceux qui n’ont pas hésité à descendre dans la rue pour exprimer leur indignation à la suite de la « réélection » du président M a h moud A h mad i nejad . « Tout le monde sait que cette réélection n’est pas légitime, souligne-t-il. C’est une véritable insulte à l’intelligence. Le peuple n’est pas dupe. »
Sous arrêt
Le 30 juillet dernier, il est arrêté avec sa femme et sa fille à Téhéran pour avoir assisté dans un cimetière à une cérémonie commémorant les victimes tombées dans les rues. La plus célèbre d’entre elles est Neda Afgha-Soltan, dont l’image a envahi le Net et a fait le tour du monde.
Quand on évoque son courage – exprimer publiquement son opposition demeure un acte à haut risque en Iran –, le cinéaste se rebiffe un peu. « Le vrai courage, c’est celui dont font preuve tous ces protestataires anonymes. Qui, malgré le danger, n’hésitent pas à manifester. De mon côté, la notoriété dont je dispose sur le plan international me confère une certaine immunité. »
Immunité, peut-être. Mais l’auteur cinéaste sait très bien qu’il aura des comptes à rendre en rentrant chez lui. Il n’avait d’ailleurs pas fréquenté un festival de cinéma à l’extérieur de son pays depuis près de deux ans.
« J’ai pu quitter l’Iran sans aucun problème pour venir ici. Je dispose d’un passeport en règle et les autorités canadiennes m’ont délivré un visa en bonne et due forme. Chez nous, ce n’est pas quand on part que les problèmes commencent. C’est quand on revient ! Je sais qu’on m’interrogera à mon retour. Mais je ne veux pas me taire. Je sais ce que je fais. Le mouvement d’opposition est trop important ; la lame de fond trop grande. Les jeunes, qui forment la majorité de la population, sont bien résolus à faire changer les choses. Tôt ou tard, ce genre de régime tombera. C’est inévitable. »
Esprit de solidarité
Jafar Panahi dit être touché par l’esprit de solidarité qu’on lui témoigne depuis son arrivée à Montréal. Le soir de l’ouverture, tous les membres du j ury ont fièrement arboré les écharpes vertes – la couleur de la contestation en Iran – qu’il leur avait distribuées. De jeunes compatriotes – au visage peint en vert – se sont spontanément joints au groupe. La vidéo circule désormais sur YouTube.
De la communauté internationale, Jafar Panahi espère justement ce soutien, cette solidarité, cette sympathie. Il précise toutefois du même souffle que seul le peuple iranien est appelé à forger son propre destin. « Une intervention militaire internationale serait catastrophique et ne ferait qu’empirer les choses, prévient-il. Je préférerais encore le maintien du régime actuel plutôt qu’un gouvernement mis en place par des forces d’occupation étrangères. Chez nous, les protestataires ont l’intelligence de manifester pacifiquement – malgré le danger – parce qu’ils savent très bien qu’une démocratie ne peut pas s’épanouir dans la violence.»
L’auteur cinéaste, issu du documentaire avant de devenir l’un des plus beaux fleurons de la nouvelle vague du cinéma iranien, croit plus que jamais aux vertus du cinéma.
« Un film ne peut pas changer le monde, reconnaît-il. Mais il peut aider à conscientiser, à faire réfléchir, à sensibiliser. À partir du moment où un spectateur entame une réflexion à la sortie d’un film, le cinéma se révèle très utile. »



Les « cerveaux » des manifestations en procès
TÉHÉRAN — Plusieurs personnalités du camp réformateur, dont des proches de l’a ncien président Mohammad Khatami, ont comparu hier devant le Tribunal révolutionnaire de Téhéran, accusées d’être les « cerveau x » des manifestations postélectorales en Iran.
« La quatrième audience du Tribunal révolutionnaire, qui juge les cerveaux des récents incidents, a débuté », a indiqué l’agence iranienne Fars hier
Quelque 140 personnes ont été présentées, depuis le 1er août, devant le Tribunal révolutionnaire pour leur implication dans les manifestations qui ont suivi la réélection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidence, le 12 juin. Ces manifestations ont plongé l’Iran dans sa plus grave crise depuis l’avènement de la République islamique en 1979.
Accusations
H ier, u ne v i ng ta i ne de personnes – dont un ancien ministre, plusieurs personnalités politiques de premier plan, des journalistes et des universitaires – étaient jugées. L’acc usation a reproché à certains groupes politiques d’avoir, « en coopération avec des médias occidentaux et des ambassades colonialistes, semé la confusion et utilisé les partisans des candidats défaits pour mener un coup d’État en douceur ».
Parmi les accusés figurent notamment des proches de M. Khatami, dont trois anciens ministres adjoint et les réformateurs Mohsen Mirdamadi et Abdollah Ramezanzadeh.
Unéminentmembreducamp réformateur, Saeed Hajjarian, a présenté ses excuses, selon l’agence de presse Isna, pour les « énormes erreurs » qu’il a commises », tout comme M. Ramezanzadeh, qui a affirmé que « le résultat de l’élection était correct ».
Les audiences de ces procès, dénoncés par l’opposition et la communauté internationale comme des « procès-spectacles », ne sont pas ouvertes à la presse étrangère et aucun verdict n’a encore été rendu.



Bras de fer au Parlement  -  Laura-Julie Perrault
Après des semaines de protestation et de répression politique, Mahmoud Ahmadinejad a réussi à reprendre les rênes de la présidence iranienne. Il n’est pas tiré d’affaire pour autant. Le choix de son cabinet sème la zizanie parmi les conservateurs iraniens
Un ministre du Commerce t ransformé en expert du pétrole. Une infirmière de 43 ans aux commandes des Affaires sociales. Un suspect recherché par Interpol comme nouveau ministre de la Défense. Le patron d’un organisme de charité à la tête des services secrets.
Mahmoud Ahmadinejad avait à peine terminé d’annoncer la nomination de 21 nouveaux ministres de son gouvernement, mercredi, que déjà, le Majlis, le Parlement iranien, grondait.
Pour deux ra isons : en annonçant le plus tard possible la composition de son gouvernement et en choisissant de le faire à la télévision plutôt que devant les députés, Ahmadinejad a démontré aux élus qu’il se préoccupait peu de leur opinion.
Le curriculum vitæ de certains des ministres désignés a eu l’effet d’une gifle: les députés conservateurs, majoritaires au Parlement, avaient demandé au président de nommer des politiciens d’expérience pour gouverner le pays. Ahmadinejad a plutôt choisi des proches, souvent peu qualifiés pour leurs nouvelles fonctions. Les députés n’ont pas tardé à crier au scandale. « Les postes de ministres ne doivent pas être des bancs d’essai », a tonné Ali Larijani, le président du Parlement avec qui M. Ahmadinejad semble avoir de plus en plus de différends idéologiques.
Aujourd’hui et demain, la branche législative iranienne pourraprendre sa revanche. Elle débattra des 21 nominations du président Ahmadinejad et décidera d’ici demain soir si les personnes désignées méritent leur bénédiction.
En cas de désaveu, le président, déjà ébranlé par la contestation monstre qui a entouré sa réélection, devra ravaler sa salive et retourner à la table à dessin. Il a déjà dû le faire une première fois quand les députés conservateurs se sont opposés à la nomination d’un parent, Esfandiar Rahim Mashaie, au poste de vice-président.
La table semble à nouveau mise pour un bras de fer entre les branches législative et exécutive. Cependant, les experts s’entendent pour dire que le combat de coqs a des règles bien définies. « Le Majlis peut tenir tête à Ahmadinejad sur un ou deux de ses choix, mais pas beaucoup plus. Les députés ne veulent pas dépasser la ligne rouge en affaiblissant le gouvernement qui a l’assentiment de l’ayatollah Khamenei », véritable patron du pays, soutient Mahdi Khalaji, expert de l’Iran au Washington Institute.

Se tenant loin des projecteurs, l’ayatollah Khamenei exerce un pouvoir presque sans limites sur l’État iranien. Il a un droit de regard sur la composition du cabinet, mais aussi sur la nomination du chef de la branche judiciaire du pays. À ce poste, il a récemment nommé Sadegh Larijani, frère du président du Parlement. « Les frères Larijani sont là pour servir de gardefou à Mahmoud Ahmadinejad, qui a utilisé les élections pour asseoir son pouvoir davantage », explique James Devine, membre du Consortium interuniversitaire pour les études arabes et le Moyen-Orient. Il compare aux échecs la relation entre le guide suprême de l’Iran et le président ultraconservateur. Un jeu de pouvoir qui se joue un pion à la fois.

FEMMES, MINISTRES, MAIS PAS FÉMINISTES
Le nom de trois femmes figure sur la liste des ministres choisis par Mahmoud Ahmadinejad, une grande première depuis l’avènement de la république islamique. Le journal réformiste se désole cependant de voir que les heureuses élues sont loin d’être de grandes défenderesses du droit des femmes. Fatemeh Ajorlou, choisie pour diriger le ministère des Affaires sociales, a récemment voté en faveur de la discrimination positive pour les hommes aux examens d’entrée à l’université, réussis pour le moment à 60% par des femmes. Marzieh Vahid Dastjerdi, désignée pour le ministère de la Santé, s’oppose au divorce, au libre choix à l’avortement et aux droits des mères d’obtenir la garde des enfants en cas de séparation. « Les femmes choisies sont plus hommes que des hommes. Ahmadinejad ne les a pas choisies pour leurs compétences, mais pour faire passer un message », estime Houchang Hassan-Yari, professeur de sciences politiques au Collège royal militaire du Canada.


Ahmadinejad inquiète les conservateurs
TÉHÉRAN — Le président Mahmoud Ahmadinejad, dont la réélection contestée a provoqué la plus grave crise en 30 ans en Iran, présentera aujourd’hui son nouveau gouvernement ouvert pour la première fois à des femmes et dont la composition inquiète déjà certains de ses amis conservateurs.
M. Ahmadinejad doit présenter aujourd’hui la liste de son gouvernement au Parlement, qui doit théoriquement la rendre publique dimanche prochain. Mais le président a décidé de justifier son choix à la télévision dès ce soir, et a déjà livré quelques noms dès dimanche. Certains de ces noms sont un défi aux exigences du camp conservateur.
Un des principaux députés de ce camp, Akhmad Tavakoli, souvent critique à l’égard du président , a déclaré hier que « à en juger par les six noms présentés, on peut supposer que le cabinet ne satisfera pas à l’exigence d’un gouvernement efficace et ce n’est pas un bon signe », selon l’agence Isna.
Le président souhaite confirmer à leurs postes les ministres de l’Industrie Ali Akbar Mehrabian et de l’Économie Shamseddine Hosseini.
M. Ahmadinejad avait notamment eu du mal à obtenir un vote de confiance en 2007 pour M. Mehrabian, jugé peu qualifié pour occuper un posteclé, tout comme M. Hosseini à sa nomination en 2008.
Le président a aussi proposé un fidèle pour occuper le poste sensible des Renseignements , Heyda r Moslehi, en remplacement de Gholam Hossein Mohsen Ejeie, limogé au début août.
Un membre influent de la commission de la Sécurité nationale du Parlement, Hassan Sobhaninia, a critiqué ce choix hier. « Selon la loi, le ministre des Renseignements doit être un mojtahed (religieux apte à interpréter la charia), mais le choix du président ne remplit pas cette condition », a dit ce député sur le site du Parlement.
Outre MM. Mehrabian, Hosseini et Moslehi, le président a créé la surprise en annonçant que son futur cabinet comporterait au moins trois femmes. Si elles obtiennent la confiance du Parlement, elles seront les premières femmes ministres de l’histoire du régime.




Les procès de Téhéran  -  MARIO ROY
C’est comme si le régime des mollahs était occupé à tricoter un rideau de fer autour du pays.
Par des procédés à michemin entre la mise en scène des fameux procès de Moscou, instruits sous Staline, et le cérémonial de l’autocritique à la chinoise mis au point sous Mao, Téhéran durcit encore sa réaction aux événements de juin.
Hier, un cadre des Gardiens de la révolution, le bras armé fondamentaliste du régime, ainsi qu’un officier militaire ont réclamé la mise en accusation de l’ancien président réformiste Mohammad Khatami ainsi que de deux candidats de l’opposition à la présidentielle du 12 juin, dont Mir Hossein Moussavi.
Cette menace vient après la comparution de plus d’une centaine d’opposants au régime, eux-mêmes suivis pa r une demi-douzaine d’employés d’ambassades étrangères. Ceux-ci ont grosso modo été accusés, samedi, d’avoir participé à un complot destiné à lancer une « révolution de velours » contre le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, et le président réélu, Mahmoud Ahmadinejad.
Ainsi soupçonnée d’espionnage au bénéfice de l’ambassade de France, une universitaire de 24 ans, Clotilde Reiss, a « avoué » et demandé « pardon au pays, au peuple et au tribunal d’Iran ». D’autres accusés se sont ainsi « confessés », dont un employé iranien de l’ambassade britannique et, il y a dix jours, le journaliste canadien d’origine iranienne Maziar Bahari.
Au même moment, le procureur général iranien a admis que des actes de torture et de mauvais traitement ont été commis contre des citoyens arrêtés lors des manifestations postélectorales de juin; des détenus sont morts. Cette admission a une portée considérable dans un pays où la torture pratiquée sous le shah n’avait pas compté pour peu dans la destitution de celui-ci, en 1979.
Tout ce spectacle son et lumière a eu notamment pour effet de noyer dans le bruit ambiant l’intronisation officielle, mais fort contestée, d’Ahmadinejad à la présidence pour un deuxième mandat.
Cependant, peut-on parler d’une incontestable démonstration de force de la part d’un pouvoir qui aurait repris son équilibre?
Hier, la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a fort justement décrit (à CNN) cette stratégie comme une « démonstration de faiblesse » de la part d’un « régime qui craint sa propre population ». De fait, à l’intention de celle-ci et du monde, le réflexe de Téhéran est de rejeter la faute sur un complot de l’étranger. Une conspiration à laquelle auraient participé la Grande-Bretagne, la France ainsi que les deux Satan – les États-Unis et Israël, bien sûr. Mais aussi des mercenaires, pour ainsi dire: Youtube, Facebook et Twitter... lesquels, de par leur nature même, ont entretenu la communication entre la « rue » iranienne et l’étranger.
Or, cette théorie étatique du complot se révélera peut-être encore plus destructrice que le reste. En quelques jours, elle a réussi à braquer l’Union européenne. Et Hillary Clinton affirme n’avoir plus d’illusions (la « porte ouverte » par les ÉtatsUnis à l’Iran doit se refermer fin septembre).
Bref, c’est comme si le régime des mollahs, ébranlé, était dorénavant occupé à tricoter un rideau de fer autour du pays.



Iran  Intronisation sur fond de tensions  -  Laura-Julie Perrault
Iran La réélection d’Ahmadinejad confirmée par l’ayatollah Khamenei Après presque deux mois de crise politique, à la suite de l’élection présidentielle iranienne du 12 juin dernier, le guide suprême de la révolution a donné son aval officiel à la réélecti
De nombreux poids lourds du pouvoir religieux chiite brillaient par leur absence.
« Je nomme cet homme courageux, travailleur, solide et intelligent à la présidence de la République iranienne. » À la fin d’un discours élogieux hier, le numéro 1 du régime islamique iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a confirmé l’élection de l’ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad, réélu dans la controverse le 12 juin dernier.
« Je nomme cet homme courageux, travailleur, solide et intelligent à la présidence de la République iranienne », a dit hier le numéro 1 du régime islamique iranien, l’ayatollah Ali Khamenei (à gauche), en procédant à l’installation du président ultra-conservateur Mahmoud Ahmadinejad.
« Le vote ferme et sans précédent des Iraniens pour le président reflète leur approbation », a dit le leader suprême, repoussant du coup les allégations de fraude qui ont poussé plus de 3 millions d’Iraniens à manifester dans les rues du pays au cours des dernières semaines.
Mahmoud Ahmadinejad, qui a gauchement embrassé l’épaule de l’ayatollah Khamenei en signe de loyauté, a pour sa part accusé certains pays étrangers d’avoir manipulé le mouvement d’opposition. « Je dis aux gouvernements interventionnistes : vous avez commis une injustice à l’égard du peuple lors de cette élection et vous avez mal utilisé vos moyens politiques et financiers », a-t-il lancé au moment de son discours d’acceptation.
Fissure chez les ayatollahs
L’inauguration qui a eu lieu hier est une formalité prévue par la Constitution iranienne. Elle sera suivie demain de l’assermentation du président par le Parlement iranien, une autre étape obligée. Cependant, selon plusieurs experts de l’Iran, la cérémonie d’hier, malgré les bons mots qui y ont été échangés, a témoigné de la profonde dissension politique au sein du régime des ayatollahs.
De nombreux poids lourds du pouvoir religieux chiite brillaient par leur absence. C’était notamment le cas des anciens présidents Mohammad Khatami et Hachemi Rafsandjani. Les deux hommes, qui avaient assisté à l’intronisation d’Ahmadinejad en 2005, ont ouvertement critiqué le pouvoir iranien au cours des derniers jours, notamment pour le traitement réservé aux prisonniers politiques.
Au di r e du pol i t ologue Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada, leur absence à la cérémonie d’hier constituait un affront à la fois à Ahmadinejad et au leader suprême. « Jusqu’à tout récemment, Khatami était très respectueux à l’égard de Khamenei en public », note-t-il.
Autre absence remarquée : celle du petit-fils de l’ayatollah Khomeinei , principal symbole de la révolution islamique. « La division dans les rangs des islamistes est de plus en plus claire », croit M. Hassan-Yari.
Procès multiples
La cérémonie d’intronisation a eu lieu au lendemain du début des procès de 100 personnes accusées d’avoir organisé ou soutenu le chaos postélectoral. Plusieurs d’entre elles sont des figures de proue du mouvement réformiste iranien, auquel est associé Mir Hossein Moussavi, le candidat défait à l’élection présidentielle. « En choisissant d’ouvrir les procès à la veille de l’intronisation, ceux qui sont au pouvoir en Iran montrent qu’ils n’ont pas l’intention de faire marche arrière. Ce sont deux coups portés à l’opposition », estime James Devine, expert du Moyen-Orient à l’Université Concordia.
Hier, cette opposition, qui réclame plus de démocratie en Iran, s’est d’ailleurs fait entendre. Des manifestations ont eu lieu dans plusieurs villes du monde, dont une à Montréal. Les manifestants demandaient notamment aux pays occidentaux de ne pas reconnaître la présidence de Mahmoud Ahmadinejad. En Iran, Mir Hossein Moussavi a aussi invité ses supporters à manifester devant le Parlement iranien demain, jour de l’assermentation du président.

RETOUR VOULUDES TROIS TOURISTES
La secrétaire d’État des États-Unis, Hillary Clinton, a demandé hier à l’Iran de libérer trois Américains qui y seraient détenus depuis vendredi. Une femme et deux hommes, Shane Bauer et Joshua Fattal, auraient été arrêtés après avoir traversé « par erreur » la frontière entre le Kurdistan irakien et le nord de l’Iran. Les autorités iraniennes ont confirmé les avoir interpellés et affirment que les trois Américains sont des « militaires ». L’un d’eux, Shane Bauer, est journaliste, au dire de ses parents. Hier, Hillary Clinton a demandé des nouvelles des trois disparus. « Naturellement, nous sommes inquiets. Nous voulons que ce soit réglé le plus vite possible », a-t-elle dit.


IRAN   Les manifestations de deuil réprimées et dispersées

— Les autorités iraniennes ont employé la force pour disperser des milliers de partisans de l’opposition rassemblés hier à Téhéran pour rendre hommage aux victimes des troubles consécutifs à la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad.
Plus de 2000 personnes se sont rassemblées hier après-midi au cimetière de Beheshte Zahra, là où les victimes des répressions des dernières semaines ont été enterrées.
Il s’agit des premiers heurts depuis ceux qui avaient opposé le 9 juillet la police à des centaines de personnes commémorant les manifestations étudiantes de 1999.
Plus de 3000 manifestants se sont rassemblés au Grand Mossala, lieu de prière à ciel ouvert du centre de Téhéran où les autorités avaient interdit une cérémonie de deuil en hommage aux victimes de la manifestation particulièrement violente du 20 juin.
« Les manifestants levaient les bras en l’air, faisant le signe de la victoire, tandis que la police tentait de les disperser », a déclaré un témoin.
« Certains manifestants ont incendié des poubelles tandis que des policiers antiémeutes à moto traversaient la foule pour essayer de disperser » les protestataires, at-il ajouté.
La police a également violemment chargé des milliers de protestataires défilant non loin de là, sur l’avenue Vali Asr, une grande artère de la capitale, faisant usage de gaz lacrymogène, ont affirmé d’autres témoins.
« Mort au dictateur », « Libérez les prisonniers politiques » et « Mir Hossein », scandaient-ils en référence au chef de l’opposition, Mir Hossein Moussavi, arrivé deuxième de la présidentielle du 12 juin.
« Avec des milliers de personnes qui marchent dans la rue, le bruit de centaines de klaxons, il y a un immense embouteillage à Vali Asr », a expliqué un témoin.
En soirée, des centaines de policiers antiémeutes et de miliciens islamistes patrouillaient dans la capitale pour dissuader toute nouvelle manifestation, ont observé des témoins.
La presse étrangère n’a pas le droit de couvrir les manifestations de l’opposition, qui affirme que M. Ahmadinejad doit sa réélection à des fraudes massives.
En début d’après-midi, plus de 2000 personnes s’étaient massées au cimetière de Beheshte Zahra, où sont enterrés la plupart des manifestants tués lors des troubles, une trentaine selon les chiffres officiels.
M. Moussavi et Mehdi Karoubi, un autre chef de l’opposition, avaient décidé de s’y rendre après l’interdiction de la cérémonie au Grand Mossala.
M. Karoubi a pu se recueillir sur les tombes, mais M. Moussavi a été contraint de rebrousser chemin par la police.
« Il a été immédiatement encerclé par la police antiémeute qui l’a reconduit vers sa voiture », a expliqué un témoin.
Des fleurs et des bougies ont été déposées sur la tombe de Neda Agha-Soltan, une jeune femme tuée par balle le 20 juin devenue le symbole de la contestation. Des témoins ont affirmé que des dizaines de policiers étaient déployés en soirée dans la rue Kargar, où la jeune femme était morte.
« Nous avons demandé la permission pour une cérémonie silencieuse au Grand Mossala, mais le ministère de l’Intérieur l’a refusée. Nous avons alors pensé que le meilleur endroit pour faire cela et lire le Coran est Beheshte Zahra, sur la tombe des martyrs. Je ne comprends pas ce déploiement policier », a lancé M. Karoubi.
Selon des témoins, plusieurs personnes ont été arrêtées au cimetière, dont le réalisateur Jafar Panahi, un représentant de la Nouvelle Vague du cinéma iranien plusieurs fois primé à l’étranger.
À Washington, le porte-parole du département d’État, Ian Kelly, a jugé « particulièrement perturbante » la réponse policière à ces rassemblements.





À la mémoire deNeda  -  Laura-Julie Perrault
Des Iraniens se préparent à braver l’interdiction de l’État
« Neda est mor te les yeux ouver ts. Nous devons nous aussi continuer de les garder ouverts. » C’est dans ces mots qu’un poster invitait hier les Iraniens à braver le régime islamique et à descendre dans les rues de Téhéran pour souligner le 40e jour suivant la mort de Neda Agha-Soltan.

Assassinée en pleine rue pendant les manifestations postélectorales, Neda Agha-Soltan, 26 ans, est devenue le visage de la résistance iranienne. Demain, des Iraniens prévoient descendre dans les rues de Téhéran pour honorer sa mémoire 40 jours après sa mort, comme le veut la tradition chiite. Sa photo est utilisée dans le monde entier par la diaspora iranienne, ci-dessus à Paris.
Le mois dernier, les images de l’assassinat de la jeune femme de 26 ans, captées en pleine rue par des caméras, ont fait le tour du monde et galvanisé les manifestants, qui dénoncent la fraude entourant les élections présidentielles iraniennes du 12 juin.
Selon la tradition chiite, la mémoire d’un mort doit être honorée après 40 jours. Mardi, les autorités i raniennes ont annoncé par l ’entremise de l’agence de presse Fars qu’elles n’autoriseraient pas de rassemblement pour souligner la disparition de Neda.
Pour contourner l’interdiction, le leader du camp réformiste iranien et candidat défait aux élections présidentielles, Mir Hossein Moussavi, a annoncé qu’il se rendrait sur la tombe des victimes demain. Il priera aussi à la mémoire des autres disparus des dernières semaines, dont le nombre est estimé à 30 par les autorités et à 200 par l’opposition.
Plusieurs des supporters de M. Moussavi ont fait circuler hier sur le Web des invitations à manifester. Un rassemblement serait prévu dans la capitale à 18 h, heure de Téhéran.
Professeur de science politique au Collège royal militaire de Kingston, Houchang HassanYari suit de près l’évolution du mouvement de contestation en I ran. Selon lui , l’opposition est encore très active et multiplie les moyens d’exprimer son mécontentement. « Il y a quelques jours, un appel a été lancé pour que les gens mettent en marche leurs appareils ménagers à la même heure pour faire flancher l’électricité. Ça a fonctionné », notait hier Houchang Hassan-Yari.
Procès annoncé
Le nouveau bras de fer entre le mouvement d’opposition et le régime islamique survient alors que l’agence de presse officielle iranienne, l’IRNA, a annoncé hier que 20 personnes seront jugées dès cette fin de semaine pour leur implication dans les manifestations.
La liste des accusés n’est pas connue, mais les accusations, elles, ont été rendues publiques. Les prévenus seront notamment accusés d’appartenir à des groupes terroristes, d’avoir eu des armes en leur possession et d’avoir envoyé des images aux médias étrangers. L’IRNA précise que « ceux qui ont ordonné les troubles postélectoraux » seront jugés plus tard.
« Le scénario est clair. Le régime veut décapiter le mouvement d’opposition. On va probablement accuser quelques personnes d’avoir tout manipulé. On tentera ainsi de minimiser l’ampleur du mécontentement de la population iranienne », estime M. Hassan-Yari.
Cette semaine, 140 des 2000 personnes appréhendées pendant les manifestations ont été relâchées à la demande du président Mahmoud Ahmadinejad. Cependant, les autorités estiment que 200 autres sont toujours en prison. Parmi elles, un peu plus de 50, tous des membres bien connus du camp réformiste – politiciens, journalistes et intellectuels – sont toujours détenues. « Le directeur de la prison d’Evin (où sont la plupart des prisonniers politiques) ne sait même pas où ils sont. Des membres du Parlement ont visité les prisonniers et ils n’ont pas réussi à les voir », a dit hier à La Presse Omid Memarian, ancien prisonnier politique qui travaille ces jours-ci pour Human Rights Watch.
L’organisation de défense des droits de l’homme s’inquiète tout particulièrement pour Saeed Haj jarian, un réformiste de renom. L’homme de 55 ans aurait subi de violents interrogatoires et serait dans un état critique, selon sa femme, qui a réussi à lui rendre visite. Hier, le ministre de la Justice aurait ordonné sa libération, mais sa famille n’aurait toujours pas reçu de ses nouvelles.


LA PRISON DE TOUTES LES TORTURES
Human Rights Watch (HRW) demande une enquête sur des violations des droits de l’homme dans la prison iranienne de Kahrizak. Des Iraniens qui y ont été détenus ont raconté aux médias y avoir été témoins de séances de torture. Selon ces témoins, des gardes y auraient battu des prisonniers à mort, arraché les ongles d’autres ou encore ordonné à certains de laver les toilettes avec leur langue. Cette semaine, le guide suprême de la République islamique, l’Ayatollah Ali Khamenei, a ordonné la fermeture de cette prison, expliquant que les droits des détenus n’y ont pas été respectés. «Mais fermer une prison, ce n’est pas assez. Il faut traduire en justice ceux qui ont pratiqué la torture», plaidait hier Omid Mermarian, de HRW.




IRAN Téhéran libère 140 prisonniers
L’Iran a libéré hier 140 personnes arrêtées lors des manifestations qui ont suivi l’élection présidentielle du 12 juin. Le guide suprême, Ali Khamenei, a également ordonné la fermeture d’une prison où, selon des défenseurs des droits de l’homme, des manifestants emprisonnés auraient été tués.



OPINION Vers une contre-révolution   -  Claude Jacqueline Herdhuin
La Révolution verte en Iran pourrait être le premier pas vers une dissociation entre la religion et l’État
La main tendue par les États-Unis aux pays
musulmans cache des pièges.
L’auteure est scénariste, assistanteréalisatrice et auteure. Installée au Québec depuis une vingtaine d’années, elle a été élevée en Iran de 1965 à 1979 et prépare un documentaire sur l’avenir de ce pays. Depuis le 12 juin, l’encre n’a cessé de couler au sujet des élections iraniennes. Le président sor t a nt , Mahmoud Ahmadinejad, était donné perdant et a pourtant remporté haut la main les élections devant son adversaire, Mir Hossein Moussavi. En lisant ou en écoutant les médias occidentaux, je ne peux réprimer un moment d’irritation. Les analyses sont toutes le fruit d’une réflexion occidentale, c’est-à-dire incomplète, voire orientée.
L’ I ran nous est systématiquement présenté comme un pays musulman conservateur et menaçant pour notre sécurité. Bizarre que les États-Unis apparaissent comme des sauveurs alors que leur discours ne laisse aucun doute : dominer par tous les moyens. Après l’ère Bush, dont la volonté guerrière a été prouvée, et avant d’entrer dans l’ère Obama, Hillary Clinton avait déclaré en avril 2008 : « si je suis la présidente, nous attaquerons l’Iran. »
Aujourd’hui, le monde vit sous Obama. Le président américain a simplement adopté un discours et une conduite plus politically correct, afin de regagner la confiance des États et de la population de la planète. La main tendue par les États-Unis aux pays musulmans cache des pièges.
Les États-Unis aimeraient récupérer l’Iran, qui occupe une position stratégique au MoyenOrient, à des fins économiques (accès aux ressources pétrolières et gazières d’Asie) et politiques (nous entrons dans une deuxième guerre froide et il est important pour les Américains que l’Iran quitte la Chine et la Russie pour se ranger de son côté).
Avec les élections volées du 12 juin en Iran et la Révolution verte qui a suivi, les Iraniens sont soudain devenus sympathiques au monde et surtout à l’Occident en se battant contre un régime insupportable par sa violence et ses idées. Nous devons toutefois « regarder » ou accueillir le soutien du « monde » au peuple iratend qu’une guerre pour détourner l’attention des Iraniens ainsi que celle du monde entier des problèmes sociaux, économiques, politiques… »
Le peuple iranien est conscient qu’il doit se rapprocher de l’Occident, mais pas à n’importe quel prix. Il a connu la monarchie, la révolution, le pouvoir religieux. S’il décide de faire une contre-révolution, quelles sont les voies qui s’offrent à lui? Une monarchie « modérée », de type espagnol? Ce serait faire marche arrière. Une dictature militaire semble improbable, car aucune des actions des opposants au régime ne va dans ce sens.
Reste la démocratie. Cette dernière peut s’accommoder de la religion en la replaçant dans le domaine de la vie privée. Le peuple iranien est-il prêt à se battre pour la démocratie ? Les derniers évènements semblent l’indiquer. Mais advenant une contre-révolution, l’Iran pourra-t-il se protéger contre l’intervention de l’Occident, et surtout celle des États-Unis?
Au-delà des intérêts économiques et politiques de l’Occident en Iran, l’Occident accueille et récupère les évènements récents à des fins de propagande idéologique. L’Iran est un pays musulman qui se lève contre l’oppression d’un régime islamique. En s’appropriant les évènenien avec la méfiance nécessaire. Le « monde » pourrait facilement faire un amalgame entre le mouvement iranien actuel contre le régime et un mouvement général contre les pays islamiques.
Or, la Révolution verte pourrait être le premier pas vers une contre-révolution qui permettrait de dissocier la religion de l’État. Les jeunes Iraniens et Iraniennes commencent à parler d’un pays où la religion retournerait dans le domaine du privé. Ils ne renient pas l’islam, ils condamnent la place qu’il occupe au sein du gouvernement.
Un ami iranien m’a déclaré: « Ce régime (des mollahs) n’atments postélectoraux, l’Occident donne raison aux États-Unis et à la guerre contre le terrorisme... Demandons aux Iraniens qui ont défilé dans la rue s’ils l’ont fait sous la houlette des États-Unis.

J’ai posé la question à plusieurs Iraniens et Iraniennes et leur réaction a été d’abord la stupéfaction, puis la colère. Pourquoi l’Occident, avec les États unis à sa tête, veut-il faire croire et se persuader qu’il peut tout régenter? Le peuple iranien serait-il trop stupide ou ignorant pour décider par lui-même de ses actes et de son avenir? Certes non, car c’est un peuple extrêmement éduqué et très bien informé.




IRAN  Deux ministres dissidents quittent le gouvernement

— Le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a limogé hier son ministre du Renseignement. Cela constitue la plus récente manifestation de la mésentente entre les conservateurs, qui met en évidence la fragilité d’Ahmadinejad depuis sa réélection contestée du 12 juin. Un autre ministre ayant critiqué le gouvernement Ahmadinejad a également remis sa démission, tandis que l’opposition tentait de reprendre la main avec l’organisation d’une cérémonie pour les victimes des manifestations.
Un peu partout dans le monde, notamment à Paris (notre photo), des manifestations ont eu lieu samedi pour exiger que le régime iranien relâche l’étau sur les manifestants de l’opposition et qu’il libère les protestataires emprisonnés.
Un responsable chargé de l’information au bureau du président, cité par l’agence officielle Irna, a confirmé le limogeage du ministre du Renseignement, Gholamhossein Mohseni Ejeie. Il a démenti en revanche le limogeage d’autres ministres.
L’ex-président iranien Akbar Hachémi Rafsandjani, qui avait soutenu M. Moussavi pendant la campagne, a pour sa part démenti hier toute « lutte pour le pouvoir » avec l’ayatollah Ali Khamenei. M. Rafsandjani, qui dirige deux institutions clés du régime, a indiqué qu’il gardait « espoir dans la capacité du guide suprême à résoudre les problèmes actuels », selon l’agence semi-officielle Mehr.
Le site internet de la télévision d’État ainsi que les agences semi-officielles Mehr et Fars avaient annoncé que quatre membres du gouvernement – Mohseni Ejeie, le ministre de la Culture, Mohammad Hossein Safar Harandi, ainsi que ceux du Travail et de la Santé – avaient été renvoyés.
Selon Mehr, qui cite une « source bien informée » , M. Mohseni Ejeie « a été démis de ses fonctions à la suite d’un affrontement verbal lors d’une réunion du cabinet, mercredi, à propos de la nomination d’Esfandiar Rahim Mashaie en tant que premier vice-président ». L’agence a précisé qu’un ministre par intérim avait été nommé.
En soirée, Fars a publié des extraits de la lettre de démission envoyée hier au président par Safar Harandi.
« En raison malheureusement des annonces récentes (de son limogeage par les médias) qui montrent la faiblesse de ce gouvernement que je respecte, je ne me considère plus comme le ministre de la Culture », écrit-il.
M. Safar Harandi , ancien rédacteur en chef du quotidien ultraconservateur Kahyan, avait également critiqué la nomination de Rahim Mashaie, proche du président.
Cette nomination, annoncée le 17 juillet, a provoqué un tollé parmi les conservateurs et les religieux. Ils ne lui pardonnent pas une entorse à la rhétorique du régime, quand il a affirmé, en juillet 2008, que l’Iran est « l’ami du peuple américain et du peuple israélien ».
Rahim Mashaie a finalement renoncé à son poste de premier vice-président samedi. Mais le président ultraconservateur reste critiqué pour avoir tardé à obéir au guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, qui avait ordonné d’« annuler » sa nomination.
Ce limogeage intervient alors que M. Ahmadinejad doit prêter serment devant le Parlement le 5 août, selon le député Hamid Reza Haji Babaie, membre de la présidence du Parlement. La présentation du gouvernement et son approbation par les députés doivent intervenir peu après.
La polémique concernant Rahim Mashaie a relégué au second plan le mouvement de protestation contre la réélection d’Ahmadinejad le 12 juin. Hier, les dirigeants de l’opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ont demandé au pouvoir l’autorisation d’organiser, jeudi à Téhéran, une cérémonie sans discours en hommage aux personnes tuées au cours des manifestations.
Selon un bilan officiel, au moins 20 personnes ont été tuées en marge de manifestations dans les jours qui ont suivi le scrutin. Les autorités avaient alors interdit les rassemblements dans tout le pays, une interdiction bravée à plusieurs reprises. La presse a rapporté hier la mort en détention d’un deuxième manifestant.



Ahmadinejad limoge son vice-président
— Le président de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, a limogé le premier vice-président du pays, Esfandiar Rahim Mashaie, selon ce que rapporte la BBC, alimentée par l’agence locale de presse iranienne Irna.
Le président aurait donc cédé aux pressions des conservateurs réclamant le départ de l’homme politique qui était considéré comme une figure modérée dans le gouvernement iranien.
Plus tôt dans la journée, le Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, avait ordonné au président Mahmoud Ahmadinejad de renvoyer Esfandiar Rahim Mashaie, dont la nomination comme premier vice-président avait provoqué un tollé au sein de la classe politique iranienne.
«La nomination de M. Esfandiar Rahim Mashaie au poste d’adjoint du président est contraire à votre intérêt et à celui du gouvernement et elle provoquera la division et la frustration de vos partisans», a estimé M. Khamenei dans une lettre à M. Ahmadinejad, citée hier par la télévision publique.
«Il faut annuler cette nomination», a ajouté le Guide suprême dans ce courrier dont la date n’a pas été précisée, mais qui apparaît comme le premier revers pour le président depuis sa réélection controversée le 12 juin.



IRAN Clinton doute
Les États-Unis doutent que Téhéran puisse répondre à leur offre de dialogue à cause de la tension qui règne actuellement en Iran après le résultat controversé de la récente élection présidentielle, a déclaré la secrétaire d’État Hillary Clinton à la BBC. En déplacement en Thaïlande, Mme Clinton avait déclaré mercredi: «Nous allons encore laisser la porte ouverte» à des discussions avec l’Iran, mais «l’horloge nucléaire tourne».

IRAN Le beau-frère de Moussavi arrêté
La femme du chef de l’opposition en Iran, Mir Hossein Moussavi, Zahra Rahnavard, a fait état hier de l’arrestation de son frère dans le cadre de la vagued’arrestationsdemanifestants après la réélection contestée du président Ahmadinejad, a rapporté l’agence Ilna. Zahra Rahnavard a indiqué que son frère, Shahpour Kazemi, un ingénieur en communications de 62 ans, avait été arrêté il y a plus d’un mois et que toutes les tentatives pour obtenir sa libération avaient échoué.


IRAN Le président contredit
Le guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei a infligé un camouflet à Mahmoud Ahmadinejad en lui ordonnant de renoncer à prendre comme premier vice-président le beau-père de son fils, qui avait tenu des propos jugés trop pro-israéliens. De son côté, le président iranien a décidé de persévérer dans son choix. Il a déclaré hier qu’il avait besoin de temps pour expliquer sa décision, prise la semaine dernière, de nommer Esfandiar Rahim Machai à ce poste.




IRAN  L’opposition accusée de semer la discorde

— Le chef de la police iranienne a accusé les dirigeants de l’opposition de créer des tensions dans le pays en semant le doute sur les résultats de l’élection présidentielle du 12 juin, a rapporté hier l’agence officielle Irna.
« Certaines personnes qui n’ont pas atteint leur objectif lors de l’élection sèment le doute et le transforment en complot », a déclaré le général Esmail Ahmadi Moghadam lors d’un discours prononcé à Machhad.
« Les forces de l’ordre doivent agir avec détermination pour défendre la loi » face « à ceux qui veulent semer les graines de la discorde », a-t-il ajouté.
« Si les forces de l’ordre ne défendent pas la loi, les flammes du complot brûleront tout le monde », a-t-il poursuivi en qualifiant de « menteurs » ceux qui propagent le doute sur les résultats de l’élection.
Des opposants au régime ont quand même appelé à manifester hier dans les rues de Téhéran, notamment pour souligner la mort, il y a 30 jours, de Neda Agha Soltan, 27 ans, tuée d’une balle à la tête, le 20 juin dernier, lors des manifestations pour réclamer la tenue d’une nouvelle élection présidentielle.
Selon Reuters, citée par la BBC, un nombre indéterminé de manifestants auraient été arrêtés. Bien évidemment, il n’est pas facile de rendre compte des événements làbas, puisque la presse étrangère a été expulsée du pays.
N’empêche que vendredi dernier, lors de la prière collective de Téhéran, l’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani a affirmé qu’une grande partie des Iraniens avait des doutes sur les résultats de la présidentielle du 12 juin et la réélection du président sortant Mahmoud Ahmadinejad.
Les deux candidats de l’opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, ont remis en cause ces résultats et demandé en vain un nouveau scrutin.
Pour sa pa r t , l ’ ex-président réformateur Mohammad Khatami a demandé l’organisation d’un référendum pour sortir de la crise actuelle.
Mashie veut rester
Le premier vice-président iranien controversé, Esfandiar Rahim Mashaie, a affirmé hier qu’il restait à son poste malgré les critiques dont il fait l’objet.
« Je remercie le président (Mahmoud) Ahmadinejad pour la confiance qu’il m’a accordée », a déclaré M. Rahim Mashaie dans un entretien avec l’agence officielle Irna.
La nomination de M. Rahim Mashaie en tant que premier vice-président a créé un tollé général chez les conservateurs qui lui reprochent d’avoir affirmé, en juillet 2008, que l’Iran était « l’ami du peuple américain et du peuple israélien », contrastant ainsi avec les attaques verbales de Téhéran contre Israël.
Il est considéré commeunfidèle du président Ahmadinejad.



L’homme d’Ahmadinejad fustigé
Les conservateurs de Téhéran ont raison du vice-président
— Cible des critiques du camp conservateur, le nouveau premier vice-président iranien, Esfandiar Rahim Mashaie, a renoncé à ses fonctions. Il venait à peine d’être nommé par Mahmoud Ahmadinejad, dont il est très proche. Le président n’aura pas la tâche facile pour la formation de son futur gouvernement.
En parallèle, l’agence semiofficielle Fars a rapporté hier qu’au moins 40 personnes avaient été arrêtées vendredi, lors des violents affrontements entre les forces de sécurité du régime et les milliers de manifestants de l’opposition, dans la foulée du sermon très attendu – et très critique envers le pouvoir– de l’ancien président Akbar Hachémi Rafsandjani.
Le président ultra-conservateur, dont le fils a épousé la fille de M. Rahim Mashaie, avait essuyé des critiques dans son propre camp pour avoir désigné à ce poste un homme qui avait déclaré que l’Iran était « l’ami du peuple israélien ».
« Il est nécessaire d’annuler la nomination de M. Rahim Mashaie par respect pour le peuple conservateur » fidèle aux principes de la révolution islamique, a écrit Hossein Shariatmadari, directeur du quotidien Kayhan, dans sa livraison d’hier.
Le directeur de ce grand journal conservateur est nommé par le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et soutient le président Ahmadinejad.
« De nombreuses personnes proches du président comme le peuple qui le soutient sont hostiles à la nomination de M. Rahim Mashaie et s’en inquiètent », a ajouté M. Shariatmadari.
Vendredi, un peu plus d’un mois après sa réélection controversée avec 63% des voix, M. Ahmadinejad a annoncé la nomination d’Esfandiar Rahim Mashaie, qui était vice-président chargé du tourisme.
En juillet 2008, il avait affirmé que l’Iran était « l’ami du peuple américain et du peuple israélien », dans une déclaration contrastant avec les attaques verbales de Téhéran contre Israël. « Nous considérons le peuple américain comme l’un des meilleurs peuples du monde », avait-il poursuivi.
Tollé
Ces déclarations avaient provoqué un tollé, notamment chez les dignitaires religieux et parlementaires conservateurs, qui avaient exigé son départ.
L’ayatollah Ali Khamenei, avait désavoué les propos de Rahim Mashaie et demandé la fin de la polémique.
L’Iran ne reconnaît pas l’existence d’Israël. Le président Ahmadinejad a déclaré à plusieurs reprises que l’État hébreu était voué à la disparition et a qualifié de mythe l’Holocauste des juifs pendant la seconde guerre mondiale.
Un religieux conservateur, Ahmad Khatami, un des imams de la prière du vendredi de Téhéran, avait également critiqué la nomination de M. Rahim Mashaie, selon le quotidien Etemad Melli.
« Cette nomination (...) est un défi aux membres de l’Assemblée des experts et du Parlement » qui avait dénoncé les propos de M. Rahim Mashaie à l’époque, a déclaré M. Khatami. « Il semble que cette nomination soit source de tension pour le gouvernement », avait ajouté ce religieux, lui-même proche du gouvernement.
Pour sa part, le chef du groupe des parlementaires qui appartiennent aussi au clergé, Mohammad Taghi Rahbar, avait demandé l’intervention du guide suprême pour le démettre.
M. Ahmadinejad devra ensuite présenter la liste de son cabinet au Parlement pour un vote où chaque ministre devra obtenir individuellement la confiance des députés.
Le premier vice-président n’est en revanche pas soumis au vote de confiance, pas plus que les vice-présidents. Le gouvernement actuel en compte 11.
Samedi, les conservateurs ont également répondu à l’ayatollah Rafsandjani, qui avait pris la parole vendredi pour la première fois depuis le début de la crise, l’accusant de mettre le pays en danger en appelant les partisans de l’opposition à descendre dans la rue.


Téhéran a « perdu la confiance du peuple »
Iran
L’ayatollah Rafsandjani critique le gouvernement
TÉHÉRAN— Lesautoritésontperdu la confiance du peuple après la présidentielle en Iran, a déploré hier l’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani dans un prêche très attendu à Téhéran, suivi par une manifestation de partisans du leader de l’opposition Mir Hossein Moussavi.
Des bassidjis (miliciens pro-Ahmadinejad) ont fait usage de gaz lacrymogène et de balles de peinture pour marquer les manifestants d’hier, à la suite du prêche très attendu de l’ayatollah et ex-président Rafsandjani.
Les forces de sécurité sont intervenues pour disperser les milliers de manifestants dans le secteur de l’Université de Téhéran, procédant selon des témoins à « plusieurs arrestations », lors du premier rassemblement de l’opposition depuis une semaine.
Livrant pour la première fois en public son analyse des semaines houleuses qui ont suivi la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad, M. Rafsandjani, qui dirige deux institutions-clés du régime, a appelé à la libération des Iraniens arrêtés par centaines depuis le scrutin du 12 juin.
« Il n’est pas nécessaire que des gens soient emprisonnés », a-t-il proclamé dans son prêche retransmis par des médias iraniens. Il a également appelé à faire preuve de « compassion » avec « ceux qui ont été touchés dans les incidents ».
« Notre principale mission est de retrouver la confiance que le peuple accordait (au régime) et qui, dans une certaine mesure, est perdue », a déclaré cet ennemi juré de M. Ahmadinejad qui l’avait battu à la présidentielle de 2005.
« Un grand nombre de gens sensés du pays ont dit qu’ils avaient des doutes (quant au résultat du sc rut i n). Nous devrions travailler à répondre à leurs doutes », a-t-il ajouté.
Il a critiqué le Conseil des gardiens de la Constitution. Selon lui, l’instance suprême de validation des suffrages n’a pas « bien utilisé » le délai accordé pour vérifier les votes.
Face à une situation qu’il a qualifiée de « crise », il a dit avoir évoqué ces différents points avec des membres des deux institutions qu’il dirige, l’Assemblée des experts et le Conseil de discernement.
C’était la première fois depuis plus de deux mois que M. Rafsandjani , soutien de M. Moussavi, dirigeait la grande prière hebdomadaire à l’Université de Téhéran.
L’opposition entendait prouver sa force lors de cette prière, à laquelle a assisté M. Moussavi pour sa première apparition publique depuis la validation officielle du scrutin le 29 juin.
Un autre candidat malheureux à la présidentielle, le réformateur Mehdi Karoubi, a été attaqué alors qu’il se rendait au même prêche, selon le site internet de son parti, Etemad Melli.
Les assaillants étaient « des hommes en civil (qui) l’ont attaqué et insulté », a déclaré son fils, Hossein Karoubi. Le terme d’« hommes en civi l » désigne généralement les bassidjis (miliciens islamiques). M. Karoubi a toutefois pu assister à la prière.
Avocate arrêtée
L’avocate Shadi Sadr, spécialisée dans la défense des droits de l’homme, a pour sa part été arrêtée par des « hommes en civil » alors qu’elle se rendait à l’Université, selon son mari.
À l’issue de la prière, plusieurs milliers de partisans de M. Moussavi, rassemblés sur le campus, ont scandé des slogans en sa faveur.
La police, déployée en nombre avec des bassidjis, a fait usage de gaz lacrymogène et de balles de peinture pour marquer les manifestants, et a procédé à « plusieurs » arrestations, selon des témoins.
La ma n i festat i on d’h i er intervient au moment où M. Ahmadinejad constitue sa nouvelle équipe.
Un de ses proches, Esfandiar Rahim Machaie, a été nommé premier vice-président. L’ancien ambassadeur d’Iran auprès de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Ali Akbar Salehi, a été désigné chef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA).



Les manifestations reprennent en Iran  -  Laura-Julie Perrault
À la suite de la répression sanglante des manifestations, suivie d’arrestations massives, le mouvement de contestation populaire s’est fait discret en Iran au cours des deux dernières semaines. Mais hier, les slogans et les bandeaux verts ont fait leur retour dans les rues de la capitale iranienne alors que des milliers d’Iraniens ont bravé les avertissements des autorités.
De petits groupes de protestataires iraniens ont bravé les avertissements des autorités, hier, et ont manifesté autour de l’Université de Téhéran et dans les rues de la capitale. Le 9 juillet coïncidait avec la commémoration du 10e anniversaire de la répression du mouvement de contestation de la jeunesse iranienne.
C’est aux alentours de l’Université de Téhéran que sont apparus les manifestants, massés en divers petits groupes. Le choix du lieu n’était pas anodin. Pour le mouvement étudiant iranien, le 9 juillet est une date marquée d’une croix rouge.
Ce jour-là, il y a 10 ans, des milices pro-islamiques avaient ravagé des résidences étudiantes de l’Université de Téhéran pour mettre fin à un mouvement de contestation qui prenait vite de l’ampleur parmi la jeunesse iranienne. Au moins un jeune homme avait été tué.
Hier, la commémoration de ces événements s’est mêlée à la colère qu’ont suscitée les élections présidentielles du 12 juin et la vague de répression qui a suivi, faisant au moins 20 morts. « À bas le dictateur », criaient hier les manifestants.
Les vidéos des mani festations montrent que plusieurs d’entre eux portaient du vert, couleur associée à Mir Hossein Moussavi, le candidat défait qui conteste la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.
Selon les rapports des agences de presse, les forces de l’ordre, qui étaient sur en état d’alerte partout dans la capitale, sont vite intervenues pour disperser les manifestants à l’aide de gaz lacrymogène et de matraques. Aux dires de témoins, plusieurs manifestants ont été arrêtés.
La thèse du complot étranger
Depuis plusieurs jours, le régime islamique laissait entendre qu’aucune manifestation ne serait tolérée. Le gouverneur de Téhéran, Morteza Tamadon, a émis un avertissement sans équivoque. « Si des individus font des gestes contraires à la sécurité sous l’influence de réseaux contre-révolutionnaires, ils seront piétinés par les pieds de nos gens alertes », a-t-il dit.
M. Tamadon faisait ainsi écho au leader suprême de la République islamique, l’ayatollah Ali Khamenei, qui a accusé lundi des « ennemis » étrangers de tenter de « semer la discorde parmi le peuple » iranien en soutenant le mouvement de contestation.
« En ce moment, les responsables du régime islamique font tout pour prouver la théorie selon laquelle le mouvement de protestation est manipulé de l’extérieur. Mais ils ont bien peu de preuves, alors ils restent très vagues dans leurs énoncés », a dit hier à La Presse Tom Porteous, directeur de Human Rights Watch ( HRW) à Londres.
Dans un document publié mercredi, HRW rapporte que plusieurs individus arrêtés au cours des dernières semaines, puis relâchés, disent avoir été battus par les gardiens qui voulaient leur extirper de fausses confessions.
L es aveu x de plusieu r s intellectuels, réputés proches du mouvement réformi s t e auquel appartient Mir Hossein Moussavi, ont été diffusés à la télévision. C’est notamment le cas de Amir Hossein Mahdavi, le rédacteur en chef du journal Andishe No qui, le 27 juin, a admis que les réformistes avaient planifié un soulèvement populaire avant l’élection du 12 juin.
Militant des droits de l’homme basé à Mont réa l , Hos sein Mahoutiha croit que ce genre d’aveux publics peut être le prélude d’une répression beaucoup plus grande. « On a déjà vu la même situation dans les années 80. Il y a eu des arrestations massives, puis des confessions publiques, puis ensuite, des exécutions par centaines », a noté hier le représentant du Réseau d’activistes i raniens pour la défense des droits de l’homme en Europe et Amérique du Nord.
À Human Rights Watch, on croit qu’il est trop tôt pour envisager un tel scénario. « On ignore pour le moment comment le régime agira. À la suite du mouvement étudiant de 1999, il y a eu des confessions télévisées, mais pas de vagues exécutions sommaires », a tenu à rappeler Tom Porteous.



L’élection d’Ahmadinejad confirmée
Cinq employés de l’ambassade britannique libérés
— La police iranienne était déployée en force dans les rues de Téhéran, hier soir, alors que le Conseil des gardiens a validé la réélection de Mahmoud Ahmadinejad sur la foi d’un nouveau dépouillement partiel des urnes rejeté d’avance par les candidats contestataires.
Sur cette photo transmise par l’agence iranienne ISNA, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad visite le chantier de construction d’un tunnel de l’autoroute devant relier Téhéran à Chalous, sur la mer Caspienne.
Parallèlement, l’Iran a libéré cinq des neuf employés locaux de l’ambassade de Grande-Bretagne et assuré qu’il ne souhaitait pas réduire ses relations diplomatiques avec les Occidentaux.
Téhéran accuse Londres d’avoir orchestré la contestation des résultats du scrutin présidentiel, qui a donné lieu aux manifestations les plus violentes de l’histoire de la République islamique, lesquelles ont fait au moins 20 morts.
En soirée, l’ayatollah Ahmad Janati, chef du Conseil des gardiens de la Constitution, organe chargé de valider les élections, a confirmé les résultats de la présidentielle du 12 juin, en se fondant sur le dépouillement de 10% des urnes prises « au hasard » dans tout le pays.
« Nous confirmons le résultat de la 10e élection présidentielle », a déclaré M. Janati, selon le texte d’une lettre au gouvernement lue à la télévision.
« La majorité des objections (que nous avons examinées) n’ont pas été considérées comme des fraudes, mais n’ont été que des irrégularités mineures qui se produisent lors de chaque élection. Elles ne sont pas significatives et les objections sont donc infondées », a estimé M. Janati.
Le sortant Ahmadinejad a officiellement obtenu 63% des voix, contre 34% pour son principal rival, Mir Hossein Moussavi.
Le dépouillement partiel est censé mettre un terme aux accusations de fraude portées par M. Moussavi et les deux autres candidats, Mehdi Karoubi et Mohsen Rezaï. Mais ces derniers ont refusé de déléguer leurs représentants au dépouillement, en mettant en doute l’impartialité du Conseil.
Des témoins ont précisé que des milliers de policiers et de miliciens du Bassidj étaient déployés, hier soir, dans un « quadrillage systématique » des principales places et artères de Téhéran pour dissuader les éventuels manifestants.
Les forces de sécurité effectuaient des contrôles d’identité des automobilistes et fouillaient parfois le coffre des véhicules.
Londres a confirmé, hier, les libérations de cinq employés locaux de son ambassade à Téhéran, le premier ministre Gordon Brown appelant l’Iran à libérer leurs quatre collègues, jugeant leur maintien en détention « inacceptable » et « injustifiable ».
Hassan Ghashghavi, porteparole du ministère des Affaires étrangères, a assuré que ces arrestations n’annonçaient pas « une réduction » des liens diplomatiques, mais signalé qu’elles étaient fondées sur des « preuves ».
« Harcèlement », dit Clinton
L’Iran avait accusé l’ambassade britannique d’envoyer son personnel « parmi les émeutiers pour les guider ».
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a dénoncé hier le « harcèlement déplorable » dont sont victimes les diplomates britanniques.
Le chef du gouvernement italien, Silvio Berlusconi, a laissé entendre que des sanctions contre Téhéran pourraient être votées lors du prochain sommet du G8 à L’Aquila, en Italie, alors que « plus de 2000 personnes » ont été arrêtées en Iran depuis le scrutin, selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH).
Da ns u n c ommu n i qué , Amnistie internationale a dit craindre que des dirigeants de l’opposition soient torturés en prison pour obtenir des « aveux télévisés en prélude à des procès iniques où ils seraient passibles de la peine de mort. »
« Si ces craintes sont avérées, il s’agirait d’une tactique épouvantable des services de sécurité pour faire taire des dirigeants politiques une bonne fois pour toutes et adresser un message clair aux autres », indique le communiqué.




IRAN  Huit employés de l’ambassade britannique sont arrêtés
— L’Iran a annoncé hier l’arrestation de huit employés locaux de l’ambassade de GrandeBretagne à Téhéran dans le cadre de la crise née de la réélection contestée du président Mahmoud Ahmadinejad, mesure qualifiée d’« intimidation » par Londres.
« L’ambassade de GrandeBretagne a joué un rôle important dans les récentes émeutes », qui ont fait au moins 20 morts et ébranlé la République islamique, a accusé le ministre iranien du Renseignement, GholamMohseniEjei, cité par l’agence Irna.
La Grande-Bretagne, par la voix de son ministre des Affaires étrangères David Mi l iband, s’est dite « profondément préoccupée », évoquant du « harcèlement » et de l’« intimidation » de la part Téhéran.
L’Union européenne a annoncé que « le harcèlement et l’intimidation du personnel diplomatique des pays européens recevraient une réponse forte et collective de l’UE ». Les autorités iraniennes accusent les Occidentaux, et au premier chef la Grande-Bretagne, d’avoir planifié et mené la contestation.

Les Iraniens de Montréal défilent dans les rues - Violaine Baillivy
Pour la deuxième semaine d’affilée, des centaines d’Iraniens sont descendus dans les rues de Montréal afin de dénoncer le résultat des élections du 12 juin dernier. Ils ont marché pendant près de trois heures pour réclamer la reprise du vote. Mais aussi pour soutenir moralement un ami blessé dans une manifestation à Téhéran, un proche emprisonné sans raison apparente ou une mère paralysée à l’idée de sortir dans les rues de la capitale tourmentée.
Les manifestants réclament la reprise du vote en Iran.
Mina ne sait pas si elle reverra un jour son cousin en vie. Il a été attaqué la semaine dernière à Téhéran par des partisans d’Ahmadinejad alors qu’il prenait part à un rassemblement de partisans du candidat défait Mir Hossein Moussavi. Les dernières nouvelles qu’elle a de lui ne sont pas rassurantes : « Il est toujours à l’hôpital, dans un état critique. C’est injuste. Il était innocent. Il n’avait rien fait. »
Dans la foule de marcheurs souvent vêtus de noir, hier, son récit n’était pas unique. Quelques enjambées plus loin, Irag racontait que sa mère et ses soeurs n’osent pratiquement plus mettre le pied hors de leur appartement depuis deux semaines. « Elles ont peur d’être prises dans des affrontements entre les partisans des deux camps. Les autorités ne tolèrent aucune contestation. »
La cousinedeBahar a hésité longuement avant d’oser se présenter la semaine dernière à la séance annuelle d’examens d’admission à l’Université de Téhéran. « Elle avait peur que le campus soit la cible d’une attaque des autorités qui ont fait plusieurs descentes, la nuit, dans des dortoirs pour mater les jeunes opposants du régime en place. » Comme Mina, Irag et la plupart des marcheurs interrogés par La Presse, Bahar a préféré taire son patronyme, craignant que sa famille ne soit victime de représailles.
« La liberté a disparu »
Revêtant un chandail à l’effigie de Neda, cette jeune étudiante tuée par balle dans une manifestation à Téhéran qui est devenue le symbole de la contestation, Mina portait un regard très sombre sur la situation: « C’est terrible: la liberté a disparu. »
« L’idée n’est pas de prendre partie pour l’un ou l’autre des candidats, mais il faut que les violences cessent. Des milliers de personnes ont été emprisonnées injustement et on ne leur permet pas de contacter leurs proches », a aussi dénoncé Sahar Moufidi, l’une des organisatrices de la marche.
Scandant « Mort au dictateur! » des manifestants ont aussi réclamé la chute du régime de l’ayatollah Ali Khamenei. « Il faut que la controverse entourant le résultat du scrutin devienne un levier pour permettre un changement de régime. Il faut que les abus cessent », a raconté Bahar.
La manifestation a eu lieu dans le calme à Montréal pendant que de nouveaux affrontements opposaient à Téhéran plusieurs milliers de partisans de Mir Hossein Moussavi aux autorités iraniennes. Des témoins ont déclaré à l’Associated Press que des manifestants ont été frappés par des policiers, mais ces informations n’ont pu être vérifiées de sources indépendantes en raison des restrictions imposées aux journalistes en Iran au cours des derniers jours.




IRAN  Mir Hossein Moussavi exige une commission indépendante

— Le candidat malheureux à la présidentielle iranienne, Mir Hossein Moussavi, a rejeté hier toute participation à une commission qui ne soit pas indépendante pour enquêter sur le scrutin du 12 juin dont il continue à demander l’annulation.
« Le Conseil des gardiens (de la Constitution) et surtout une commission qui est nommée par ce Conseil ne peut parvenir à un jugement équitable », a déclaré M. Moussavi, sur le site internet de son journal Kalemeh.
« J ’ i nsiste à nouveau sur l’annulation (des résultats) de l’élection comme la façon la plus appropriée de trouver une issue au problème », a-t-il ajouté.
Le Conseil des gardiens de la Constitution, l’organe chargé de superviser les élections et d’en valider les résultats, a annoncé vendredi la création d’une commission spéciale devant préparer un rapport sur le scrutin, tout en affirmant qu’il n’y avait pas eu de fraude lors de la réélection du président Ahmadinejad.
Ce conseil a appelé les candidats « Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi à présenter leurs candidats dans 24 heures (pour participer à cette commission) pour qu’il n’y ait plus d’ambiguïtés et de questions sur l’affaire des élections ».
« Je suggère que l’affaire soit renvoyée à un organe (...) respectueux de la charia, légal et indépendant, approuvé par tous les candidats et soutenu par ces hauts responsables religieux qui cherchent à résoudre l’affaire », a répliqué hier M. Moussavi.
LeConseil de discernement, l’organe suprême d’arbitrage iranien présidé par l’ex-président Akbar Hachémi Rafsandjani, avait appelé hier « tous les candidats à coopérer au maximum avec le Conseil des gardiens de la Constitution », selon un communiqué rapporté par l’agence Isna.
Cet organe qui conseille le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, a également demandé au Conseil des gardiens « un examen précis de toutes les plaintes et protestations et des réponses aux ambiguïtés » entourant le scrutin.
Vagues internationales
Sur le plan international, M. Ahmadinejad s’en est de nouveau pris au président américain Barack Obama, qui s’était dit la veille « outré » par la répression des manifestations.
« Il a parlé de réformes et de changement, pourquoi alors intervient-il (dans les affaires intérieures iraniennes) et fait-il des commentaires impolis », a-t-il dit.
Le président iranien a également dénoncé les « propos insultants de certains responsables occidentaux » envers l’Iran, en affirmant qu’il allait désormais profiter de sa présence « dans toutes les instances internationales pour faire le procès » de ces dirigeants.
Réunis à Trieste en Italie, les chefs de diplomatie du G8 avaient demandé vendredi la fin des violences et invité le pouvoir iranien à respecter en particulier « le droit d’expression ».
Deux semaines après la proclamation de la victoire de M. Ahmadinejad avec 63% des voix, le mouvement de contestation s’essouffle et Téhéran était calme hier. Mais aumoins 20 personnes ont été tuées pendant les manifestations.
Les autorités continuent pourtant de faire pression et ont perquisitionné les locaux d’un parti politique ayant soutenu M. Moussavi pendant la campagne.
« Des agents (des forces de sécurité) se sont rendus au siège du parti Kargozaran et ont emporté des documents et des ordinateurs », a rapporté le quotidien réformateur Etemad Melli sans préciser de date.


IRAN  Une révolte « irrémédiable », selon Amir Khadir

LedéputéAmirKhadir a lecoeurdu côtédeTéhérances jours-ci. Unique représentant deQuébec solidaire à l’Assemblée nationale, ce médecin a quitté l’Iran en 1971 pour fuir, avec ses parents, la répression du schah. Depuis l’élection présidentielle du 12juin, il est régulièrement en contact avec des proches restés dans son pays natal. Il leur parle tous les deux, trois jours, question de s’assurer qu’ils vont bien et de « prendre l’air du temps ». Il a partagé sesobservations avecLa Presse hier, à l’occasion d’une conversation téléphonique. QQu’est-
ce qui vous frappe dans les événements récents en Iran? R Ce qui me frappe le plus, c’est la détermination des gens. Tout récemment, la femme d’un cousin me disait qu’ils n’allaient pas laisser tomber. Il y a toujours ces clameurs dans la ville, la nuit, quand les gens montent sur les toits pour crier « Allah Akbar ». L’intimidation et la peur, ça ne marche pas tellement. Pourtant, les milices sont effrayantes, avec leurs motos et leurs armes. QOn
a pourtant l’impression que les manifestants se font moins nombreux, non? R Les gens ne veulent pas mettre la vie des manifestants en danger, ils revoient leur stratégie. Les groupes de jeunes organisent maintenant des manifestations éclair, de façon sporadique et aléatoire. Ils restent pendant 15 minutes à un endroit, le temps que ça prend aux policiers pour arriver. Mais je crois qu’ils sont aussi en train de préparer une démonstration de force plus grande dans quelques jours. QQue
veulent au juste les manifestants ? Réformer le régime ou l’abolir ? R Il y a beaucoup d’éléments dans ce nouveau pouvoir de la rue qui s’est approprié la campagne deMoussavi, mais qui l’a largement dépassé sur sa gauche. Pour ces gens, Moussavi n’est pas un idéal ou un aboutissement, mais plutôt un véhicule pour déjouer le régime et affaiblir de façon durable la structure de pouvoir théocratique. Mais il faut savoir que beaucoup de gens allaient voter non seulement contre le caractère rigoriste du régime, mais à cause du danger d’une intervention armée israélienne en cas de réélection d’Ahmadinejad. Ils voulaient neutraliser le prétexte qu’Ahmadinejad donne à la droite au pouvoir en Israël. QEst-
ce que Moussavi représente aussi un véhicule pour les femmes qui veulent faire avancer leurs droits en Iran? R Vous avez peut-être vu ces images de manifestations où
les des femmes, voyant une caméra, ouvraient leur main droite, où elles avaient inscrit le mot femme et un signe d’égalité, puis leur main gauche, où il y avait le signe d’égalité suivi du mot: homme. Oui, le mouvement des femmes est très présent. QSur
q u o i misent protestataires ? R Il y a beaucoup de rumeurs à Téhéran sur les fissures au sommet du pouvoir. Ça alimente l’espoir et l’audace. Ces rumeurs reposent sur des faits réels. Les voix critiques viennent de partout, de grands ayatollahs comme d’anciens hauts dirigeants du régime. Un ancien gardien de la révolution exilé en Occident dit que, selon ses sources, la moitié desmembres de la direction des Gardiens de la révolution ne veulent pas intervenir contre les manifestants, par exemple. QÀ
quoi doit-on s’attendre maintenant ? R Les manifestations urbaines vont se poursuivre. Il y aura de la répression. Mais à terme, c’est une situation irrémédiable et sans retour. Je ne vois pas comment le régime théocratique et le pouvoir du guide suprême peuvent se sortir indemnes de cette confrontation.


TÉHÉRAN 
« Il n’y a eu aucune fraude » affirme le régime
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE IRANIENNE
TÉHÉRAN — L’organe chargé de superviser les élections et d’en valider les résultats a annoncé la création d’une commission qui devra préparer un rapport sur le scrutin contesté du 12 juin, tout en affirmant qu’il n’y avait pas eu de fraude lors de la réélection du président Ahmadinejad.
Le comité Iran-Montréal a organisé hier soir un vigile de solidarité pour le peuple iranien à la place du Canada, au coin des rues Peel et Sainte-Catherine.
Le G8 a par ailleurs appelé Téhéran à cesser la répression envers les manifestants qui contestent les résultats des élections. Le président américain Barack Obama a prévenu qu’il y aurait un impact sur la diplomatie directe avec l’Iran, soulignant cependant la poursuite des discussions multilatérales.
« Nous pouvons dire avec certitude qu’il n’y a eu aucune fraude », a déclaré Abbasali Kadkhodai, porte-parole du Conseil des gardiens de la Constitution, l’institution chargée de confirmer la validité des scrutins.
Le principal rival d’Ahmadinejad et chef du mouvement de contestation, Mir Hossein Moussavi, et le candidat réformateur Mehdi Karoubi réclament toujours l’annulation du scrutin pour fraude.
« La dernière élection a été la plus propre » de toutes les présidentielles en Iran, a dit M. Kadkhodai. « Les examens faits au cours des 10 derniers jours montrent qu’en dehors d’irrégularités mineures (...), il n’y a pas eu d’irrégularités majeures. »
M. Kadkhodai a annoncé ensuite que le Conseil des gardiens avait décidé de créer une commission spéciale comprenant des personnalités politiques et des représentants des candidats « protestataires » pour préparer un rapport sur le déroulement de la présidentielle, selon l’agence de presse Isna.
M. Kadkhodai a appelé les candidats à la présidentielle « Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi à présenter leurs candidats sous 24 heures (pour participer à cette commission) pour qu’il n’y ait plus d’ambiguïtés et de questions sur l’affaire des élections ».
Il a ajouté que « le dépouillement des voix se fera en présence des médias ».
Des manifestations sans précédent ont suivi l’annonce de la victoire du président Ahmadinejad. Mais le pouvoir est ensuite parvenu à réprimer la contestation dans la rue qui a fait au moins 17 morts selon des médias officiels.
La chaîne publique iranienne Press TV a de son côté fait état de 20 morts, dont huit membres de la milice Bassidj.




Iran : Le ministre canadien des Affaires étrangères dit avoir les mains liées
OTTAWA — Le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon, aux côtés de ses homologues du G8 en Italie, a une fois de plus condamné la violence utilisée par les autorités iraniennes pour réprimer les manifestations des opposants au régime, mais il a admis que la communauté internationale avait « les mains liées » dans ce dossier.
En conférence de presse téléphonique, le ministre Cannon a soutenu que les Iraniens avaient le droit de manifester : « Le peuple iranien mérite de se faire entendre sans crainte d’intimidation ou de violence. »
Malgré tout, M. Cannon est forcé d’admettre que la communauté internationale ne peut s’immiscer dans les affaires de l’Iran car le gouvernement iranien est « souverain dans ses démarches ». « Mais nous le condamnons avec la plus grande force possible », a-t-il ajouté.
Le ministre Cannon s’inquiète par ailleurs que Saeed Mortazavi ait été retenu pour mener une enquête sur les personnes arrêtées lors des manifestations. Il s’agit du même homme chargé du dossier du meurtre de la journaliste canadienne Zahra Kazemi qui a été arrêtée, torturée et tuée en 2003.
« M. Mortazavi, dans ce dossier a fait preuve d’un mépris flagrant des droits de la personne et des libertés fondamentales », a indiqué M. Cannon dans un communiqué de presse.



L’homme qui défie le pouvoir -  Alexandre Sirois
MIR HOSSEIN MOUSSAVI Principal rival de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad à la présidentielle iranienne du 12 juin, Mir Hossein Moussavi persiste et signe. Il continue de défier le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, et de dénoncer « le
L’avenir du mouvement de résistance dépend maintenant en bonne partie de ses actions et décisions.
On dit qu’il souffre d’un cruel manque de charisme. Pourtant Mir Hossein Moussavi se dresse avec conviction face au pouvoir iranien et galvanise les foules depuis l’élection du 12 juin dernier.
Mir Hossein Moussavi veut conserver les valeurs de la révolution islamique: indépendance, liberté et république islamique.
Les moins jeunes en Iran se rappellent que Mir Hossein Moussavi rêvait jadis de répandre la révolution islamique aux quatre coins du monde. Et qu’il voyait d’un bon oeil la prise d’otages américains à Téhéran, à la fin des années 70.
Pourtant, au cours des derniers mois, il a promis de changer l’image de son pays à l’étranger. Et de privilégier le dialogue avec l’Occident. Tout le contraire de son rival et vainqueur officiel de la présidentielle, Mahmoud Ahmadinejad, pour qui la provocation était une seconde nature.
« Il n’a jamais appartenu à la famille réformatrice sur le plan politique », précise cependant Houchang Hassan Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada à Kingston. Mais les circonstances ont fait de lui le candidat de la réforme, dit ce spécialiste de l’Iran.
« Il est conservateur, mais pas dans le sens d’Ahmadinejad. Plutôt parce qu’il veut conserver les valeurs de la révolution iranienne: indépendance, liberté et république islamique. Mais il est réformateur dans le sens où il voulait changer les politiques négatives d’Ahmadinejad », ajoute l’expert.
Son conservatisme n’est pas une surprise. Mi r Hossein Moussavi est issu de l’intérieur même du régime. Né en 1941 dans la province azerbaïdjanaise de l’Iran, il a carrément été l’un des instigateurs du Parti islamique du pays.
Architecte de formation, il aura connu son heure de gloire, en politique, de 1981 à 1989. Il a su brillamment tirer son épingle du jeu comme premier ministre du pays. Ce qui n’était pas une mince affaire puisque l’Iran était en guerre contre l’Irak
Il a été conseiller de deux présidents : Ali Akbar Hachémi Rafsandjani et Mohammad Khatami. Ces alliés ont soutenu avec vigueur sa candidature à la présidence.
Malgré ces appuis, l’heure de vérité a sonné pour Mir Hossein Moussavi. Et l’avenir du mouvement de résistance dépend maintenant en bonne partie de ses actions et décisions.
Mardi, le Conseil des Gardiens de la Constitution a officiellement fait savoir que les jeux sont faits. Rien ne va plus pour les opposants à Mahmoud Ahmadinejad. Il n’y aura pas de nouveau scrutin et le président réélu sera investi d’ici la mi-août, a-t-on statué.
Au pied du mur, Mir Hossein Moussavi a continué de défier les autorités. Il a annoncé qu’il publiera sous peu « un rapport complet sur la fraude électorale et les irrégularités » commises lors de l’élection.
« Il sent profondément qu’une fraude a eu lieu et qu’il faut protéger la révolution de Khomeiny contre les démagogues qui se réclament aujourd’hui de l’héritage de Khomeiny mais ne le respectent pas », explique Houchang Hassan Yari.
« Sur la base de ce qu’il a dit et fait jusqu’à maintenant, à mon avis, il va rester jusqu’au bout. C’est quand même extraordinaire pour quelqu’un qui connaît très bien le système. Et qui sait que ce système, s’il se sent menacé, fera tout pour enlever la menace », dit l’expert.
Mir Hossein Moussavi, en effet, connaît ce système de façon intime. Il sait ce qui risque d’arriver s’il continue d’y résister coûte que coûte. C’est pour cette raison qu’il s’est récemment dit « prêt à mourir en martyr ».




La répression se durcit en Iran
NOUVELLES VIOLENCES À TÉHÉRAN
Les dirigeants iraniens déploient la répression sur tous les fronts pour venir à bout des protestataires qui dénoncent la fraude électorale du 12 juin et appellent à la tenue d’un nouveau scrutin présidentiel.
Des membres du personnel de sécurité sont assis face au parlement iranien, à Téhéran. Les corps d’armée et de police ont été déployés afin de réprimer les manifestations qui contestent la légimité de la dernière élection présidentiuelle dans ce pays.
Le régime mise sur la propagande, dénonçant l’ingérence de gouvernements étrangers et multipliant les confessions publiques d’opposants « repentis ». Mais il joue également la carte de la peur. Des centaines de personnes ont été arrêtées au cours des derniers jours. Et hier, la police a réprimé brutalement une nouvelle manifestation à Téhéran.
La machine répressive s’attaque même à des héros nationaux tels qu’Ali Karimi, le plus célèbre des joueurs de soccer en Iran. Jugé coupable d’avoir arboré un bracelet vert, la couleur qui rallie les opposants du président Mahmoud Ahmadinejad, ce dernier a été banni à vie, hier, de l’équipe nationale. Trois autres joueurs ont connu le même sort.
Ce geste a surtout une valeur symbolique, étant donné la passion que le président sortant, Mahmoud Ahmadinejad, voue à ce sport. Mais de nombreux autres signaux se sont multipliés au cours des derniers jours, annonçant que le régime n’a aucune intention de tolérer ses opposants.
La machine de répression vise les proches du candidat officiellement défait Mir Hossein Moussavi, mais aussi les militants des droits de l’homme et tous ceux qui ont le malheur de s’approcher des lieux des manifestations.
Plus d’un millier de personnes ont été arrêtées depuis le début de la révolte, selon l’organisme Human Rights Watch. Parmi eux, la majorité des proches collaborateurs de Mir Hossein Moussavi, dont 25 journalistes qui écrivaient pour son quotidien de campagne, désormais fermé.
Ces détenus feront face à l’une des figures les plus terrifiantes du système judiciaire iranien, souligne Human Rights Watch dans une analyse publiée mardi. Le procureur Saeed Mortazavi, qui a été chargé des enquêtes sur plusieurs des personnes arrêtées, a été impliqué, dans le passé, dans de nombreux cas de détention illégale, de faux aveux et de torture.
Un massacre
Devant la menace, le mouvement de protestation s’essouff le, et de nombreux habitants de Téhéran n’osent même plus sortir dans la rue. Mir Hossein Moussavi lui-même n’est pas paru en public depuis plusieurs jours. Mais sa femme, Zahra Rahnavard, qui joue un rôle de premier plan dans l’épreuve de force en cours depuis deux semaines, a appelé hier à la poursuite des manifestations. Une cérémonie de deuil pour les victimes des affrontements doit d’ailleurs avoir lieu aujourd’hui.
Dans une déclaration qui ne laisse aucun doute sur sa détermination à écraser la révolte, le guide suprême du pays, l’ayatollah Ali Khamenei, a réitéré hier que « le peuple ne céderait jamais sous la pression. »
Des centaines de personnes ont pourtant participé à un rassemblement dans un square près du Parlement, dans la capitale iranienne.
Les médias étrangers ayant été, pour la plupart, chassés de l’Iran, c’est par des témoignages et des images recueillis directement sur leurs sites internet que l’on peut suivre le fil des événements.
« Tout à coup, au moins 500 hommes armés de bâtons ont surgi d’une mosquée et ont commencé à frapper tout le monde », raconte une femme dont le témoignage a été posté hier sur le site du Guardian.
« Ils essayaient de battre tout le monde sur le pont, puis de jeter les gens en bas du pont, poursuit-elle. Ils ont battu une femme si sauvagement qu’elle baignait dans son sang, c’était un vrai massacre. »
« Ils nous attendaient, avec leurs fusils et leur équipement antiémeutes, raconte un autre témoin à CNN. C’était comme une souricière, je vois partout des gens avec des bras et des jambes cassés, il y a du sang partout. »
Pour la première fois, hier, ce ne sont pas seulement les miliciens pro-Ahmadinejad qui ont attaqué les manifestants, mais aussi les forces des Gardiens de la révolution et la police régulière – faisant fondre l’espoir que les forces de l’ordre penchent en faveur des manifestants.
« Le régime iranien a appris de l’expérience de la révolution de 1979 et fait tout pour empêcher que la vague de protestations s’amplifie », constate Houchang Hassan-Yari, politicologue canadien originaire de l’Iran. Selon lui, à l’époque, le régime du schah avait donné du lest à ses opposants, qui ont fini par le renverser.
Des fissures
Le régime ac t uel recour t d’autant plus à la méthode dure qu’il est loin de présenter un bloc monolithique. Des fissures internes sont apparues au cours des derniers jours, signale M. Hassan-Yari. Ainsi, Ali Larijani, président du Parlement iranien, a accusé de manière à peine voilé le Conseil des gardiens de la Constitution, chargé d’entériner le résultat des élections, de favoriser le président sortant.
Le grand ayatollah Hossein Ali Montazeri, l’un des architectes de la révolution islamique de 1979, a de son côté appelé à trois jours de deuil en mémoire des victimes des violences.
« Il se passe beaucoup de choses der rière les rideaux du pouvoir, et ces fissures ne vont pas disparaître même si le mouvement de protestation est éteint », prévoit Houchang Hassan-Yari.


OPINION Le post-islamisme est commencé -  Michel Wieviorka
La victoire volée d’Ahmadinejad puis la répression de la contestation ont dévoilé à la face du monde entier l’épuisement du régime des ayatollahs
Les ayatollahs ont gagné, ils détiennent le pouvoir, pour l’instant. Mais ils ont perdu toute légitimité, en interne comme face au monde.
AL’auteur est directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. u départ, il y a 30 ans, une révolution religieuse renversait le régime modernisateur et brutal du Shah. La guerre avec l’Irak, soutenu à l’époque par les ÉtatsUnis, lestait la Révolution islamique d’une dimension patriotique forte. Et de plus en plus, le pouvoir des ayatollahs s’est écarté des aspirations populaires ; pour se maintenir, il a alors constamment conjugué la répression à un populisme à fortes connotations nationalistes.
Une bonne part de la jeunesse iranienne se détache non pas de la foi, mais de ceux qui, en son nom, exercent un pouvoir autoritaire, et archaïque culturellement.
En s’affirmant comme puissance régionale incontournable, en prétendant au leadership idéologique dans l’action du monde musulman face à Israël, quitte à tenir un discours purement antisémite, en soutenant le Hezbollah et le Hamas et en développant un programme qui devrait lui apporter la maîtrise du feu nucléaire, le régime a pu faire illusion et conserver une certaine emprise sur la population. Mais la manipulation démagogique, en amont de l’élection présidentielle, la tricherie, la victoire volée, puis la répression de la contestation ont dévoilé à la face du monde entier l’épuisement du régime.
Les vainqueurs politiques et moraux de l’élection présidentielle, ceux qui ont voté pour Mir Hossein Moussavi, n’ont pas rompu avec la religion, ils sont et demeurent croyants. Comme l’a montré Farhad Khosrokhavar ( Avoir vingt ans au pays des ayatollahs, Robert Laffont, 2009), une bonne part de la jeunesse iranienne se détache non pas de la foi, mais de ceux qui, en son nom, exercent un pouvoir autoritaire, et archaïque culturellement. Elle n’est pas antipatriotique, mais elle est désireuse de participer culturellement et économiquement à la globalisation, elle apprécie la musique, le sport, elle veut pouvoir avoir des relations amoureuses et sexuelles, elle déteste les mollahs et des ayatollahs.
L’attachement à la démocratie va bien au-delà de la seule jeunesse, c’est une large partie de la population qui vient de marquer son rejet d’un islamisme devenu dictature violente. Les ayatollahs ont gagné, ils détiennent le pouvoir, pour l’instant. Mais ils ont perdu toute légitimité, en interne comme face au monde.
En déroute idéologique
Cette défaite n’est pas seulement celle d’une élite corrompue, c’est celle de l’islamisme politique, en général. Celui-ci associe un projet politique à un pouvoir religieux: il est en déroute idéologique, et cette fois-ci, il ne peut s’en prendre qu’à lui-même. Ses représentants ne peuvent pas accuser un pouvoir répressif et lui-même antidémocratique, comme ce fut le cas en Algérie; ils ne peuvent pas s’en prendre à l’étranger pour diffuser la thèse d’un quelconque complot extérieur. Et s’ils veulent mettre en cause la modernité culturelle, ils ne peuvent plus l’associer à un régime autoritaire comme l’était celui du Shah: elle est désirée par des pans entiers du peuple lui-même.
Le succès d’Ahmadinejad recouvre ainsi nettement une débâcle politico-idéologique. L’islamisme continuera vraisemblablement à animer des projets terroristes, dans lesquels les protagonistes de la violence agissent sans base réelle, au nom d’une population qui en fait ne se reconnaît guère, ou bien peu dans leurs discours et dans leurs actes. Il n’en a pas moins échoué, cette fois-ci dans son berceau, au pays de la Révolution qu’il avait inspirée.




Des résultats invraisemblables, selon une étude britannique
Les résultats officiels de l’élection présidentielle en Iran montrent des renversements de tendance « hautement invraisemblables » en faveur de Mahmoud Ahmadinejad par rapport aux scrutins précédents, selon une étude réalisée par un institut britannique et rendue publique hier. Selon l’institut indépendant Chatham House, l’analyse des chiffres communiqués par le ministère de l’Intérieur montre que Mahmoud Ahmadinejad n’aurait pas remporté une victoire aussi écrasante sans un changement radical des comportements des ruraux et des électeurs réformateurs. Le basculement concerne 50,9% des voix en faveur du président réélu, qui aurait gagné les suffrages de 47,5% de ceux qui avaient voté pour des candidats réformateurs aux élections de 2005, affirme l’étude. « Cela, plus qu’aucun autre résultat, est hautement invraisemblable », selon l’étude.



La révolution iranienne a un visage
Neda, abattue samedi à Téhéran
Jusque-là, c’était une foule de manifestants anonymes. Depuis hier, la résistance iranienne a un visage, celui de Neda, morte par balle samedi à Téhéran et dont on a vu l’agonie comme si on y était, dans une vidéo largement diffusée sur l’internet.
Des policiers motards antiémeute iraniens escortent un véhicule pour le chasser du centre de Téhéran.
En début de journée, hier, Neda Agha-Soltan était donc une image, celle d’une jeune femme de 26 ans dont on voit d’abord les yeux. Des yeux révulsés qui bientôt s’éteindront alors qu’autour d’elle des gens appuient désespérément sur sa poitrine pour tenter de stopper l’hémorragie. C’est déjà trop tard. S’écoulant à grands flots de sa bouche et de son nez, son sang se répand partout sur le pavé, le tout capté par un téléphone cellulaire.
Pour les uns, Neda, c’est la Jeanne d’Arc iranienne; pour les autres, la martyre de la résistance, une martyre 2.0, a même titré l’hebdomadaire français L’Express pour bien illustrer sa fin très publique et démultipliée dans tous les sites internet. Une martyre qui porte le jean et le foulard noir imposé aux femmes dans le régime islamiste iranien.
Dans une déclaration très sentie, hier, Reza Pahlavi, le fils de l’ancien shah d’Iran, a dit qu’il considérait désormais Neda comme l’une de ses filles. « Je garderai pour toujours une photo d’elle avec moi, dans mon portefeuille. »
Selon les agences de presse, les autorités, conscientes de la force de ce nouveau symbole, ont exigé de la famille qu’elle ne tienne aucune cérémonie funèbre, qu’elle ne parle pas publiquement et qu’elle retire les bannières noires de deuil à l’extérieur de la maison. Les amis de Neda ne se sont pas tus pour autant.
Avec trois de ses amis, la jeune Iranienne se rendait donc manifester peu après 18 h 30, samedi. Comme ils étaient pris dans un gros bouchon de circulation, Hamid Panahi, qui était le professeur de musique de Neda, est sorti de la voiture pour prendre un peu d’air et se délier les jambes. Il a alors entendu un bruit, s’est retourné et il a vu Neda, effondrée par terre. « Elle n’avait pas le moindre caillou dans la main, mais ils l’ont abattue. Il a suffi d’une seule balle », a-t-il dit.
Sur la vidéo, on entend un homme aux cheveux gris – possiblement Panahi – répéter et répéter : « N’aie pas peur, n’aie pas peur, n’aie pas peur, Neda chérie, n’aie pas peur ». Neda aurait tout juste eu le temps de dire que ça lui brûlait, que ça lui brûlait terriblement. On aurait tenté de la transporter à l’hôpital, mais elle était déjà morte.
Récupération?
Selon le Los Angeles Times , Neda Agha-Soltan serait née à Téhéran, d’un père qui travaille au gouvernement et d’une mère au foyer. Deuxième de trois enfants, elle avait étudié la philosophie islamique à l’Université Azad de Téhéran et travaillait dans l’industrie touristique. Elle avait un peu voyagé. Il y a à peine deux mois, elle était en Turquie, profitant de vacances au bord de la Méditerranée. Elle adorait la musique populaire perse et était elle-même une excellente chanteuse.
Elle était fiancée à Kaspeen Makan, qui a tenu hier à rectifier quelques faits. Neda n’était pas une activiste, a-t-il insisté. C’était une électrice qui militait pour la liberté, tout simplement. M. Makan a dénoncé la récupération qui a été faite de la mort de sa fiancée, alléguant que la photo la montrant portant le bandeau vert caractéristique des partisans du candidat Mir Hossein Mousavi était truquée. « Elle ne militait pour aucun camp. Elle était pour son pays, pour que son pays fasse un pas en avant. »

Un Iranien en exil, un certain Hamed, s’est présenté au journal britannique The Guardian comme étant celui qui aurait posté la vidéo sur l’internet. Il discutait dans le site Facebook avec un ami qui lui aurait raconté que sa femme venait tout juste de rentrer à la maison, les vêtements couverts du sang d’une jeune femme. D’appels en courriels, Hamed aurait été mis en contact avec un Iranien qui possédait la vidéo et qui lui aurait demandé de la poster sur l’internet. Pour visionner la vidéo: http://www.cyberpresse.ca/video


Neda, l’immortelle -  Mario Roy
D’un côté, un État placé sous la protect ion d’une divinité vengeresse et gouverné par des hommes pétris dans la culture religieuse, la plupart âgés, puissants et accrochés au pouvoir, sévères et impitoyables. De l’autre, une jeune femme ordinaire, vêtue de jeans à l’occidentale, tombée sous les balles au milieu de l’avenue Karegar, à Téhéran, lors des manifestations contre l’élection présidentielle du 12 juin, en Iran. Elle s’appelait Neda. Plusieurs versions existent quant à son identité et aux circonstances de son décès puisque, on le sait, la presse internationale est menottée. Néanmoins, les informations diffusées par la BBC, hier, paraissent fiables. Ainsi, il s’agirait de Neda Agha-Soltan, 26 ou 27 ans, qui s’est retrouvée plus ou moins par hasard au milieu d’une foule fuyant un assaut de la police. Elle aurait été abattue par un milicien. Elle est morte en moins de deux minutes, après que son dernier regard se soit tourné vers l’appareil, probablement un téléphone portable, avec lequel quelqu’un captait la scène.
Cela s’est passé, samedi, peu avant midi (heure de Montréal).
Le soir même, la vidéo avait déjà circulé dans le monde entier. Et Neda était devenue le symbole du soulèvement des I raniens – on a le goût de dire: surtout des Iraniennes – contre une théocratie dorénavant tombée dans le discrédit le plus total.
Un tel régime ne se remet pas d’une telle image: c’est Neda qui est toute-puissante, maintenant.
Probablement la substance de tous les grands événements de l’histoire se concentre-t-elle en une image iconique – c’est fréquent, en tout cas.
Le j eune homme debout devant un char d’assaut de l’armée chinoise, place Tiananmen. Boris Eltsine grimpé sur un char d’assaut – un autre ! – devant le parlement russe. Les premières briques arrachées du mur de Berlin, une nuit de novembre. Les puits de pétrole enflammés rougissant les sables du désert, lors de la première guerre du Golfe. La fillette nue, brûlée, en pleurs, fuyant les bombes qui tombent sur son village, au Vietnam...
Il est en outre remarquable que la portée de ces événements soit tributaire d’une technologie qui les définit aussi. Les presses rotatives et la guerre hispano-américaine de 1898. La radioet l’ascension d’Adolf Hitler. Le film d’actualité et la Seconde Guerre mondiale. La télé diffusant (en différé) les images du Vietnam. La première guerre du Golfe montrée (en direct) par la télé d’info continue, inventée par CNN...
Ainsi, les événements de juin 2009 en Iran sont ceux de l’internet 2.0. Du web «social». Du portable planétairement branché, de Facebook (où existe déjà une page «Neda»), de YouTube et de Twitter.
Jadis, on craignait le Big Brother orwellien à la solde d’un pouvoir totalitaire. C’est le contraire qui se produit. Des millions de little brothers grignotent, image par image, les pouvoirs absolus
L’immortalité désormais acquise de la jeune Neda est un monument à la modernité sculpté dans l’atelier médiéval des vieux ayatollahs.




La police tire des gaz lacrymogènes sur les manifestants
IRAN
TÉHÉRAN— La police antiémeute a tiré, hier, des gaz lacrymogènes sur un millier de partisans de l’opposition qui manifestaient à Téhéran malgré un avertissement de l’armée idéologique du régime islamique d’écraser toute protestation contre l’élection présidentielle controversée.
Au dizième jour d’une crise sans précédent depuis 30 ans en Iran, provoquée par la réélection contestée du président ultraconservateur MahmoudAhmadinejad le 12 juin, le ton est encore monté entre le pouvoir iranien et l’Occident, l’Union européenne jugeant « inacceptables » les accusations iraniennes d’ingérence.
La Grande-Bretagne, visée particulièrement par ces accusations, va rapatrier les familles du personnel de son ambassade à Téhéran, où une manifestation d’étudiants proches du pouvoir est prévue aujourd’hui.
LaMaison-Blanche a pour sa part déploré la manière injuste dont est traité le peuple iranien, après l’appel lancé samedi par le président Barack Obama au gouvernement de Téhéran pour qu’il mette fin aux violences et aux injustices.
Dans l’après-midi, un millier de partisans du mouvement de contestation, qui accuse le pouvoir de fraude et réclame un nouveau scrutin, se sont rassemblés sur la place Haft-é Tir quadrillée par 500 policiers appuyés par des bassidjis, miliciens islamiques.
La police a tiré des gaz lacrymogènes, ont indiqué des témoins en faisant état de l’arrestation d’une soixantaine de personnes. Des bassidjis, armés de bâtons, matraques et câbles d’acier poursuivaient des manifestants, dont certains étaient ensuite emmenés par la police, ont précisé les témoins alors que les médias étrangers sont toujours interdits de couvrir ces manifestations.
Riposte « révolutionnaire »
L’appel au rassemblement avait été lancé entre autres sur le site de microblogues Twitter en hommage à Neda, cette jeune manifestante tuée samedi d’une balle à la poitrine. Les manifestants ont ainsi bravé un avertissement des Gardiens de la révolution, le corps d’élite du régime, qui ont menacé les protestataires d’une riposte « décisive et révolutionnaire ».
C’est la première fois que les Gardiens lancent un tel avertissement depuis le début, le 13 juin, du mouvement de contestation populaire dirigé par le principal rival de M. Ahmadinejad à la présidentielle, Mir Hossein Moussavi.
Ce dernier avait appelé la veille à la poursuite du mouvement, estimant que « protester contre le mensonge et la fraude » était un « droit ». Mais il avait engagé les manifestants à éviter toute provocation et la police et l’armée à ne pas agir « de manière irréparable ».
Dix personnes ont été tuées et plus de 100 blessées dans les violences samedi, selon la télévision d’État, portant à au moins 17 le nombre de morts dans la capitale depuis le début des troubles. Près de 460 personnes ont été arrêtées, selon la télévision.
Le réformateur Mehdi Karoubi, l’un des candidats malheureux à la présidentielle, a appelé à une cérémonie de deuil, jeudi, en mémoire des manifestants tués et demandé aux autorités de relâcher les personnes arrêtées.
Le Conseil des gardiens de la Constitution, qui doit se prononcer d’ici à demain sur les plaintes pour irrégularités déposées par les adversaires de M. Ahmadinejad, a reconnu qu’il y avait eu plus de votes que d’électeurs potentiels dans 50 districts (sur 366). Mais il a affirmé que cela n’influerait pas sur les résultats de l’élection.
De nombreuses voix se sont élevées à l’étranger pour dénoncer la validité du scrutin et les violences, poussant Téhéran à lancer une nouvelle charge contre cette « ingérence » de l’Occident.
Le porte-parole de la MaisonBlanche, Robert Gibbs, a estimé qu’il était évident, après les récentes violences, que « la justice n’avait pas été respectée », ajoutant que le président Obama avait été ému par le courage des manifestants et en particulier par la passion des femmes défendant leur liberté d’expression.

Ottawa réclame la libération des journalistes et des prisonniers politiques
— Le premier ministre canadien Stephen Harper a appelé Téhéran à remettre en liberté tous les prisonniers politiques et journalistes, y compris canadiens, et jugé « inacceptable » le recours à « la brutalité et à l’intimidation » contre les manifestants.
« Le Canada exhorte les autorités iraniennes à mettre fin immédiatement aux actes de violence contre ses propres citoyens, à remettre en liberté tous les journalistes et prisonniers politiques – y compris les ressortissants canadiens – qui sont détenus injustement » , a décla ré M. Harper dans un communiqué.
Il a aussi appelé Téhéran « à permettre aux journalistes iraniens et étrangers de couvrir librement ces événements historiques et à mener une enquête transparente et complète sur les allégations de fraude à l’élection présidentielle ».
Un journaliste canadien travaillant en Iran pour l’hebdomadaire américain Newsweek, Maziar Bahari , a été arrêté dimanche par les autorités iraniennes. On est sans nouvelles de lui depuis.
Inacceptable
Le premier ministre a en outre demandé au ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, de convoquer le chargé d’affaires iranien à Ottawa pour lui communiquer le point de vue du Canada. Les deux pays, dont les relations sont tendues, n’ont pas d’ambassadeurs actuellement.
« La réaction des autorités iraniennes aux manifestations en Iran est tout à fait inacceptable. Le régime a choisi le recours à la brutalité et à l’intimidation pour contrer l’opposition pacifique déclenchée par les allégations graves et légitimes de fraude électorale », a poursuivi M. Harper.
« Le Canada continue d’appeler d’une voix forte et cohérente le régime iranien à respecter ses obligations internationales, en droit et en pratique, en matière de droits humains », a encore fait valoir M. Harper en soulignant que depuis six ans, le Canada parraine une résolution sur la situation des droits de l’homme en Iran à l’Assemblée générale des Nations unies.





Protester est un droit, dit Moussavi à ses partisans L’Iran durcit le ton contre l’Occident
— Mi r H o s s ei n Moussavi, rival malheureux de Mahmoud Ahmadinejad à la présidentielle en Iran, a affirmé hier que la contestation contre la fraude était un droit, tout en appelant ses partisans à la « retenue », après la mort d’au moins 10 personnes dans une manifestation.
Les manifestations contre le résultat de l’élection présidentielle continuent en Iran, comme on peut le voir sur cette photo captée sur l’internet. Le candidat défait Mir Hossein Moussavi a cependant appelé ses partisans à faire preuve de retenue.
Plus tôt, Téhéran a durci le ton contre l’Occident et en particulier contre la Grande-Bretagne, accusée d’avoir voulu saboter le scrutin présidentiel du 12 juin, alors que la crise la plus grave depuis la fondation de la République islamique en 1979 est entrée dans sa deuxième semaine.
« En t a nt que personne endeuillée » par les morts de la mani festation de samedi , « j’invite mon cher peuple à la retenue », écrit M. Moussavi, un ancien premier ministre, dans un communiqué publié par le site internet de son journal Kalemeh.
« Protester contre le mensonge et la fraude est votre droit », poursuit M. Moussavi qui conteste les résultats de l’élection et réclame son annulation.
« Espérez obtenir vos droits et ne permettez pas que ceux qui veulent vous met tre en colère réussissent », déclare le candidat conservateur modéré, disant aussi souhaiter « que la police et l’armée n’agissent pas de manière irréparable envers le peuple ».
La télévision d’État a affirmé que 10 personnes avaient été tuées et plus de 100 blessées samedi dans des mani festations, mettant en cause des « agents terroristes » munis d’armes à feu et d’explosifs, qu’elle n’a pas identifiés. La chaîne de télévision publique en anglais Press-TV a fait état de 13 morts.
Ces décès portent à au moins 17 le nombre de personnes tuées depuis lundi dernier lors des manifestations contre la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad.
Cesser les « ingérences »
De son côté, le président ultraconservateur a demandé à Londres, mais aussi àWashington, de cesser leurs « ingérences » dans les affaires iraniennes.
« Ce n’est pas en tenant des propos hâtifs que vous entrerez dans le cercle des amis de la nation iranienne », a déclaré Mahmoud Ahmadinejad sur son site internet. « Pour cette raison, je vous demande de cesser vos ingérences. »
Peu auparavant, son ministre des Af fai res étrangères, Manouchehr Mottaki, a accusé Londres de complot contre l’Iran, affirmant que « des éléments liés aux services secrets britanniques » avaient afflué en Iran avant l’élection.
À Londres, ces accusations ont été balayées. « Je rejette catégoriquement l’idée que les manifestants en Iran sont manipulés ou motivés par des pays étrangers », a déclaré le secrétaire britannique au Affaires étrangères, David Miliband.
De même, à Washington, la démocrate Dianne Feinstein, qui dirige la commission du Renseignement au Sénat, a déclaré que les services de renseignement américains n’avaient que peu de prise sur ce qui se passe en Iran.
Expulsion
Au-delà des simples déclarations, les autorités iraniennes ont aussi décidé d’expulser le correspondant permanent de la BBC à Téhéran, JonLeyne, sommédequitter le pays avant 24 heures pour avoir « soutenu » les émeutiers, selon l’agence Fars, proche du gouvernement.
Le ministère iranien de la Culture a en outre menacé les médias britanniques de « mesures de rétorsion » s’ils continuaient « d’interférer dans les affaires intérieures de notre pays en diffusant des informations mensongères ou inexactes sur l’Iran ».
Selon l’organisation Reporters sans frontières, trois journalistes iraniens ont été arrêtés et incarcérés depuis samedi, portant à 33 le nombre de journalistes et cyberdissidents iraniens derrière les barreaux.
La chaîne de télévision d’informations en continu à capitaux saoudiens, Al-Arabiya, a annoncé que la fermeture de son bureau de Téhéran, en vigueur depuis le 14 juin, avait été prolongée « jusqu’à nouvel ordre ».
Et le gouvernement iranien a convoqué les ambassadeurs et représentants des 27 pays européens en poste à Téhéran, selon le ministre tchèque des Affaires étrangères, Jan Kohout, dont le pays assure la présidence de l’Union européenne.
Le président français Nicolas Sarkozy et la chancelière allemande Angela Merkel ont pris hier la tête des critiques contre les autorités iraniennes, le premier réclamant « que la lumière soit faite » sur l’élection présidentielle, la seconde appelant à « un nouveau décompte des voix ».
Tous deux ont réclamé la fin de la répression et des violences contre les manifestants.

UN JOURNALISTE CANADIEN DE NEWSWEEK ARRÊTÉ
Un journaliste canadien qui travaille en Iran pour l’hebdomadaire américain Newsweek, Maziar Bahari, a été arrêté hier par les autorités iraniennes, a annoncé Newsweek. M. Bahari, qui vit en Iran et couvre l’actualité du pays pour Newsweek depuis une dizaine d’années, a été « arrêté sans chef d’accusation par les autorités iraniennes et n’a pas donné de ses nouvelles depuis », indique le journal dans un communiqué. « Newsweek condamne fermement cette détention injustifiée et appelle le gouvernement iranien à le libérer immédiatement », ajoute l’hebdomadaire, dont le siège est à New York. « La couverture de l’Iran par M. Bahari, pour le compte de Newsweek et d’autres publications, a toujours été équitable et nuancée », et il traite « tous les aspects des sujets » sur lesquels il travaille, insiste Newsweek, rappelant que le journaliste avait travaillé sous « plusieurs gouvernements à Téhéran, y compris l’actuel ». Newsweek demande « à la communauté internationale de faire jouer toute l’influence dont elle dispose auprès du gouvernement de Téhéran pour lui faire comprendre clairement que cette détention est injustifiée et inacceptable et pour exiger la libération de M. Bahari ».

La fille de Rafsandjani remise en liberté
La télévision d’État a annoncé hier l’interpellation samedi soir de Faezeh Hachémi, fille aînée de l’ancien président iranien Hachémi Rafsandjani, l’un des hommes les plus influents d’Iran, et de quatre autres membres de sa famille non identifiés, pour avoir participé à des manifestations qui n’avaient pas reçu le feu vert des autorités. Par la suite, la télévision d’État a annoncé la remise en liberté des quatre autres personnes, puis dans la soirée, après plusieurs heures en garde à vue, celle de Faezeh Hachémi, ex-parlementaire âgée de 46 ans. La télévision d’État avait diffusé des imagesmontrant la fille de Rafsandjani s’adresser à des centaines de partisans de Moussavi. Aujourd’hui à la tête de la puissante Assemblée des experts – qui peut désigner et destituer le guide suprême –, Hachémi Rafsandjani, 75 ans, n’a jamais fait mystère de son antipathie pour l’ultraradical Mahmoud Ahmadinejad, lequel l’a accusé de corruption.

Les Iraniens dans la rue à Montréal
EN BREF
Le vent de protestation contre les résultats de l’élection présidentielle en Iran s’est fait sentir jusque dans les rues de Montréal, hier. Quelques centaines de personnes ont répondu à l’appel lancé par de jeunes membres de la communauté iranienne de Montréal et ont manifesté en mi-journée dans le centre-ville pour réclamer la tenue d’un nouveau scrutin. Dénonçant sévèrement le travail des autorités iraniennes et la mort de 17 personnes depuis le début des manifestations à Téhéran la semaine dernière, des marcheurs s’étaient habillés de noir en signe de deuil ou de vert, la couleur fétiche des partisans du candidat Mir Hossein Moussavi. Des manifestations ont eu lieu presque tous les jours à la place du Canada depuis l’annonce de la réélection du président Ahmadinejad, le 12 juin dernier.

Ambassades sollicitées
Plusieurs ambassades en Iran ont reçu des courriels leur demandant d’ouvrir leurs portes aux manifestants de l’opposition pour qu’ils puissent s’y réfugier, mais aucun cas de demande effective d’asile n’a été confirmé, a-t-on appris hier de sources diplomatiques. « Si la décision devait être prise, ce serait un geste très fort à l’égard du gouvernement iranien », a souligné la directrice du service de presse du ministère suédois des Affaires étrangères, Cecilia Julin. « Je ne sais pas d’où venaient ces courriels, mais personne ne s’est présenté pour demander asile », a déclaré à l’AFP un responsable du ministère finlandais des Affaires étrangères spécialiste du Golfe, Anssi Leino. Selon Stockholm, les ambassades à Téhéran des pays de l’UE ont discuté entre elles de cette question, mais aucune information quant à une position commune n’était connue hier en début de soirée. Une liste d’ambassades présentées comme acceptant des blessés circule sur l’internet. Elle comprend notamment l’Allemagne, l’Australie, la Belgique, la Finlande, la France et le Mexique.

Ignatieff veut que l’ambassade de Téhéran accueille les blessés
OTTAWA— Le chef du Parti libéral, Michael Ignatieff, demande qu’Ottawa vienne en aide aux blessés à son ambassade à Téhéran, mais le ministère des Affaires étrangères réplique qu’il peut seulement offrir un refuge à des personnes en des circonstances exceptionnelles.
M. Ignatieff a fait cette demande dans un communiqué diffusé tard en soirée samedi. Il y dénonce également le recours à la violence par le gouvernement iranien pour réprimer une manifestation pacifique dont les participants appelaient à des élections démocratiques.
Des informations contradictoires circulent au sujet de l’accueil de blessés, samedi, à l’ambassade canadienne à Téhéran. Mais la porte-parole du ministère des Af faires étrangères, Simone MacAndrew, a démenti cellesci, affirmant que l’établissement était fermé et qu’il n’avait donc pas pu servir de refuge.
L’ambassade est située à l’endroit où se sont tenues les plus récentes manifestations et a été fermée tôt afin de permettre au personnel de se rendre à la maison, a ajouté Mme MacAndrew.
Elle a également précisé que le Canada n’offrait pas l’asile à des citoyens dans ses ambassades à l’étranger, sauf dans des cas exceptionnels.
Le Canada condamne la violence
Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a également diffusé un communiqué hier dans lequel il affirme que le Canada condamne la décision des autorités iraniennes de recourir à la violence et à la force contre leurs propres citoyens.
« Le gouvernement a réagi en essayant de réduire brutalement ses citoyens au silence », a-t-il dit, ajoutant que le peuple iranien méritait de se faire entendre sans crainte d’être soumis à l’intimidation ou à la violence.
« Nous continuons d’exhorter l’ Iran à respecter pleinement toutes ses obligations envers les droits de la personne, à la fois sur le plan juridique et sur le plan pratique, et à mener une enquête rigoureuse et transparente sur les allégations de fraude. »
Des sentiments partagés par M. Ignatieff. « Le gouvernement iranien ne peut cacher la vérité, ni à son peuple ni au reste du monde. En répondant à l’appel à des élections libres et transparentes par la violation des droits de ses citoyens, le gouvernement iranien s’éloigne davantage de la communauté internationale », pouvait-on lire sur le communiqué du chef libéral.



TÉHÉRAN Les partisans de l’opposition défient l’interdiction de manifester

TÉHÉRAN— La police antiémeute a réprimé à la matraque, au canon à eau et au gaz lacrymogène des milliers de manifestants qui bravaient hier à Téhéran l’interdiction de protester contre la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, au huitième jour du bras de fer entre le pouvoir et l’opposition.
La contestation populaire de l’élection présidentielle du 12 juin, sans précédent depuis la révolution islamique de 1979, s’est poursuivie hier à Téhéran, alors que plusieurs milliers de personnes sont descendues dans les rues, bravant les autorités qui avaient averti qu’elles « réprimeraient fermement » toutes les manifestations.
D’après des témoins, des dizaines de personnes ont été frappées et hospitalisées, alors que le candidat de l’opposition Mir Hossein Moussavi a une nouvelle fois demandé l’annulation de l’élection du 12 juin.
Un « terroriste » a par ailleurs fait détoner la bombe qu’il transportait au mausolée de l’imam Khomeiny, père de la révolution islamique, à Téhéran, blessant un pèlerin, a déclaré le chef adjoint de la police, cité par des médias locaux.
La contestation populaire, sans précédent depuis la révolution islamique de 1979, s’est poursuivie hier, bien que les autorités eurent averti qu’elles « réprimeraient fermement » toutes les manifestations, au lendemain de l’appel du guide suprême Ali Khamenei à y mettre fin.
Dans l’après-midi, la police antiémeute a affronté des milliers de manifestants qui tentaient d’atteindre la place Enqelab, dans le centre de Téhéran, où était prévue la manifestation, selon des témoins.
« La police interdit aux gens d’approcher » de la place Enqelab et « bloque les gens sur les trottoirs, les pousse sur la chaussée et les frappe », a dit un témoin.
Un autre témoin a indiqué que de 1000 à 2000 manifestants se trouvaient devant l’Université de Téhéran, près de cette place, « et que la police a utilisé des canons à eau et des gaz lacrymogènes » pour les disperser. Selon un troisième témoin, des milliers d’autres manifestants se trouvaient près de la place Azadi, à environ 4 kmde la place Enqelab.
Les manifestants se rassemblaient en groupes généralement silencieux, selon ce témoin. Mais on entendait des slogans comme « Mort au dictateur », en référence à M. Ahmadinejad, un ultraconservateur.
Selondes témoignages recueillis par l’Associated Press, entre 50 et 60 protestataires ont été sérieusement frappés par la police et des miliciens et transportés à l’hôpital Imam Khomeini.
Bras de fer dans la rue
La légitimité de la victoire de M. Ahmadinejad à la présidentielle du 12 juin est contestée par les autres candidats, notamment son principal rival Mir Hossein Moussavi, qui réclame l’annulation du scrutin et une nouvelle élection.
Vendredi, l’ayatollah Khamenei avait mis l’opposition devant le choix d’accepter la réélection de M. Ahmadinejad ou de risquer l’épreuve de force si elle continuait à manifester pour réclamer un nouveau scrutin.
« Le bras de fer dans la rue est une erreur, je veux qu’il y soit mis fin », a lancé la plus haute autorité de l’État, avertissant qu’il « ne cèdera pas à la rue ». Il a fait porter la responsabilité de tout dérapage sur les dirigeants de l’opposition.
Depuis l’annonce le 13 juin de la victoire de M. Ahmadinejad, les partisans de M. Moussavi ont organisé d’imposantes manifestations quasi quotidiennes, principalement à Téhéran, dont l’une avait dégénéré lundi avec la mort, selon une radio officielle, de sept manifestants.

OBAMA HAUSSE LE TON
Barack Obama a appelé hier le gouvernement iranien à cesser sa répression « violente et injuste » des manifestations, la réaction la plus ferme à ce jour du président américain face aux actions menées par le régime de Téhéran après l’élection contestée du 12 juin. « La répression des idées ne réussit jamais à les faire disparaître », a noté le président dans un communiqué. « Si le gouvernement iranien cherche le respect de la communauté internationale, il doit respecter la dignité de son propre peuple et gouverner par l’assentiment, et non la coercition », a souligné Barack Obama.


Iran: l’épreuve de force -  Agnès Gruda
Le régime écrasera-t-il les protestataires ou cédera-t-il sous leur pression ?
« Si Ahmadinejad reste au pouvoir sans un scrutin légitime, l’ulcère ne peut que s’infecter. »
Les prochains jours seront cruciaux dans l’épreuve de force qui oppose le régime iranien à Téhéran aux manifestants qui estiment s’être fait « voler » l’élection présidentielle du 12 juin, jugent les analystes.
Au cours d’une cérémonie religieuse qui s’est déroulée hier, à l’Université de Téhéran, un Iranien tient dans ses mains un tableau encadré contenant un montage de photographies qui place le président Mahmoud Ahmadinejad (au centre) sous la protection de l’actuel guide suprême iranien, Ali Khamenei (à gauche), et du grand chef de la révolution de 1979 que fut l’ayatollah Rouhollah Khomeiny.
« Le bras de fer dans la rue est une erreur, je veux qu’il y soit mis fin », a clamé hier le guide suprême iranien, Ali Khamenei. Réitérant la victoire du président Mahmoud Ahmadinejad, il a affirmé que celui-ci a remporté l’élection avec 24 millions de voix.
Dans sa première apparition publique depuis le jour du vote, Ali Khamenei, qui détient les véritables rênes du pouvoir en Iran, a assuré que la présidentielle a « témoigné de la confiance du peuple dans le régime ».
Désormais, tout rassemblement de protestation est interdit et la responsabilité de nouvelles manifestations sera attribuée à leurs « organisateurs », a-t-il averti, visant les candidats réformateurs Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi.
Des messages de défi ont aussitôt été postés sur Twitter, le réseau internet qui a été pris d’assaut par les opposants de Mahmoud Ahmadinejad.
« Khamenei n’a toujours pas repris le contrôle, continuez à chanter Allah Akbar (Allah est grand) toute la nuit », suggérait l’un d’entre eux hier, faisant référence au cri de ralliement des manifestants.
« Si Ahmadinejad reste au pouvoir sans un scrutin légitime, l’ulcère ne peut que s’infecter », prévoyait un autre internaute.
Les protestataires appellent à une nouvelle manifestation aujourd’hui à Téhéran. S’ils craignent un durcissement de la répression qui a fait une dizaine de morts jusqu’à maintenant, ils misent sur la force du nombre pour inciter les forces armées à faire preuve de retenue, révèlent des témoignages recueillis par la BBC.
« Ils peuvent nous faire peur si nous sommes 2000, mais que pourront-ils contre un million? » demandait Behrooz, un étudiant de la capitale.
« Ce qui m’inquiète, c’est que le discours de Khamenei n’incite les basijis (milices prorégime) à massacrer l’opposition », a écrit un autre correspondant de la BBC.
L’appel à manifester sera-t-il entendu ? Ou le mouvement de protestation se dégonf lera-t-il sous la menace ? Le régime écrasera-t-il les protestataires ou cédera-t-il sous leur pression?
Tout est possible
« En Iran, tout est possible, mais il ne faut jamais écarter les hypothèses les plus dures », pense Houchang Hassan-Yari, politicologue au Collègue militaire du Canada.
D’origine iranienne, ce dernier croit que l’étau se resserre autour des leaders opposés au courant politique dominant.
« Plusieurs personnalités importantes ont été arrêtées et il y aura une accélération des arrestations dans les jours qui viennent » , prévoit-il.
Et puisque le « guide suprême » a mis la responsabilité des manifestations sur leurs épaules, cette vague pourrait atteindre Moussavi et Karoubi, les deux candidats officiellement défaits le 12 juin.
M. Hassan-Yari cite une anecdote qui montre bien l’étendue des protestations: des agents de la sécurité ont investi un immeuble de l’ouest de Téhéran, à la poursuite de manifestants. Ils y ont trouvé… des enfants de députés qui siègent au Parlement.
Car les manifestations ne forment que la partie visible d’une partie de bras de fer qui se joue dans les coulisses du pouvoir clérical iranien.
L’un des acteurs de cette confrontation est l’ayatollah Hachemi Rafsanjani, qui a présidé la république islamique au début des années 90. Et qui est proche des réformateurs.
Des dissidences ?
Le régime actuel n’ose pas s’en prendre à cette figure emblématique. Mais va-t-il s’attaquer à sa famille ? se demande Houchang Hassan-Yari. Déjà, les enfants de l’ayatollah Rafsanjani se sont fait interdire de quitter l’Iran.
« La grande inconnue, actuellement, c ’est la réaction de l’establishment religieux, dit M. Hassan-Yari. Si la situation se corse, y aura-t-il des dissidences? »
C’est également ce que se demande Mark LeVine, spécialiste de l’histoire moderne du Moyen-Orient à l’Université California Irvine.
Ce dernier constate que les manifestants deviennent de plus en plus audacieux. Et que plusieurs remettent en question tout le système politique iranien.
Selon M. LeVine, la république islamique repose sur une sorte d’entente tacite entre le pouvoir et le peuple : « Tant que vous n’envahissez pas la rue, nous vous laissons faire ce que vous voulez derrière les portes de vos maisons », disent les dirigeants.
C’est cette entente qui est en train de craquer. Si la pression monte, les leaders religieux pourraient décider de « sacrifier Ahmadinejad pour sauver le système », pense-t-il.
Il rappelle que Mir Hossein Moussavi est un réformateur modéré, pas un révolutionnaire. Et que le pouvoir religieux pourrait décider de lui céder la présidence pour éviter un bain de sang.

« Empêchez la violence », demande Shirin Ebadi
L’avocate iranienne Shirin Ebadi, prix Nobel de la Paix, appelle la communauté internationale à tout faire pour empêcher que les manifestations en Iran ne soient réprimées dans la violence.
« J’attends de la communauté internationale qu’elle empêche la poursuite de la violence de la part du gouvernement. J’attends qu’elle empêche de tirer sur le peuple », a dit Mme Ebadi dans une entrevue avec l’Agence France-Presse.
Jeudi, dans un texte paru sur le site Huffington Post, elle a réclamé l’annulation du scrutin du 12 juin et la tenue d’une nouvelle élection.
Selon elle, le nombre de participants à une nouvelle manifestation prévue aujourd’hui « sera le reflet de ce que pense le peuple de ce qu’a dit M. Khamenei ».

Pire que Tienanmen -  Lysianne Gagnon
En Iran, la soif du pouvoir absolu se double d’un fanatisme religieux de type médiéval.
Inévitablement, on pense à Tienanmen. Ces foules gigantesques qui ont défilé toute la semaine dans les principales villes iraniennes, le courage inouï de ces millions de citoyens désarmés défiant la dictature… Oui, Tienanmen… mais ce pourrait être encore pire. En Chine, la répression était l’oeuvre d’un gouvernement cynique et corrompu qui ne croyait qu’au pouvoir, tant il est vrai que l’idéal communiste des débuts était depuis longtemps enseveli sous les privilèges dont jouissait la nomenklatura. La répression, en Chine, n’avait aucun relent religieux. Ses exécutants étaient des militaires et des policiers disciplinés, aux ordres d’un État cruel, mais laïc.
Manifestation d’appui au président réélu dans la controverse, Mahmoud Ahmadinejad.
En Iran, par contre, la soif du pouvoir absolu se double d’un fanatisme religieux de type médiéval. Ahmadinejad est un croyant. Les bassidjis, ces dangereuses milices populaires qui sont le bras fou de la théocratie (ce sont eux qui cette semaine tiraient à volonté sur la foule), sont des croyants – des illettrés sortis des couches les plus démunies. Ils se croient les glorieux héritiers des « martyrs » – ces milliers de jeunes sans formation militaire qu’on envoya aux premières lignes dans la guerre contre l’Irak, préfigurant les cohortes de kamikazes qu’allaient plus tard créer le Hamas et le Hezbollah, deux mouvements largement financés par Téhéran (c’est d’Iran et de Syrie que viennent les armes).
C’est d’ailleurs pourquoi la réélection d’Ahmadinejad est une catastrophe pour tous ceux qui souhaitent un règlement au Proche-Orient. Il continuera de menacer Israël à coup de discours violemment antisémites et de subventionner le terrorisme, qui est l’un des obstacles à la création d’un État palestinien autonome. Et comme le gouvernement israélien est aux mains de faucons, on ne peut exclure totalement la possibilité d’une attaque nucléaire préventive contre l’Iran.
Que se passera-t-il dans l’ancien Empire perse? La conjugaison d’un pouvoir dictatorial qui ne tolère aucune dissidence et de ces hordes d’illuminés à qui Ahmadinejad semble laisser la bride sur le cou annonce le pire.
À la télé en tout cas, le contraste est saisissant. D’un côté le parti du changement, des gens de toutes conditions et de tous âges, femmes et hommes confondus, qui semblent toutefois avoir en commun une certaine scolarité et une relative aisance matérielle. De l’autre, des masses presque entièrement masculines parsemées d’essaims de femmes en tchador, voilées de noir de la tête aux pieds, statues mobiles enterrées vivantes, sombres corbeaux présages de mort…
Allez donc dire à ces opposants qui manifestent au péril de leur vie que « la différence entre Ahmadinejad et Moussavi, en termes de politique réelle, n’est peut-être pas aussi grande qu’on l’a présentée » !
C’est ce que déclarait Barack Obama, dans une réaction qui choque à première vue, mais qui, à la réflexion, est sans doute sage et réaliste.
Comment pouvait-il, lui, le champion des libertés, lâcher à leur sort les Iraniens assoiffés de démocratie? En plus, son affirmation était fausse, car il y a effectivement des différences majeures entre les deux camps, non seulement sur le plan intérieur, mais aussi quant au degré d’ouverture à l’Occident.
Mais c’est vrai, compte tenu de l’histoire calamiteuse des rapports entre les deux pays, il serait « contreproductif » que les réformateurs iraniens paraissent soutenus par les États-Unis. Obama s’est donc contenté de souhaiter que l’« on écoute la voix du peuple et non qu’on la réprime ». Il ne pouvait aller plus loin, car il sait qu’il devra négocier, le cas échéant, avec Ahmadinejad. D’où cette manifestation de « realpolitik », à mille lieues de l’idéalisme naïf de Bush. Henry Kissinger applaudirait…




L'Iran à la croisée des chemins - Karim Pakzad
L’autorité du Guide suprême et le caractère républicain du régime iranien sont désormais remis en cause
Soit le Guide suprême se désavoue et invalide le résultat. Soit il impose Ahmadinejad contre la volonté de la majorité de la population en réprimant dans le sang la volonté populaire.
L’auteur est chercheur associé à l’Institut de recherches internationales et stratégiques (IRIS), à Paris. La République islamique d’Iran traverse aujourd’hui la crise la plus importante de son histoire. Elle se trouve à la croisée des chemins. Bien évidemment, aucun des candidats au scrutin du 12 juin ne remettait en cause l’existence d’un régime fondé sur la primauté d’un guide religieux sur toutes les institutions, y compris sur celles dont les membres sont élus au suffrage universel. C’est le caractère théocratique et autoritaire du régime iranien.
Quoi qu’il arrive dans les jours ou les mois qui viennent, une période importante de l’histoire de l’Iran s’achève avec la contestation massive par la population du résultat tronqué des élections.
Mais n’oublions pas que l’Iran est aussi une république. D’où l’importance de l’élection d’un président de la République qui a un rôle non négligeable dans la conduite des affaires de la nation. Pour ceux qui ont suivi la situation politique de l’Iran depuis 1997, la politique de réformes à l’intérieur et la détente et le dialogue à l’extérieur mené par l’ancien président Mohammad Khatami est à mille lieues de celle de Mahmoud Ahmadinejad fondée sur le populisme à l’intérieur du pays et la provocation envers le monde occidental.
En regardant de plus près la situation créée avant et après l’élection présidentielle du 12 juin, on ne peut que constater que les deux éléments constitutifs de la République islamique, l’autorité d’un guide islamique, qui a abandonné son rôle d’arbitre, et le caractère républicain du régime symbolisé par l’élection d’un président de la République au suffrage universel sont désormais remis en cause par la tournure des événements.
Quoi qu’il arrive dans les jours ou les mois qui viennent, une période importante de l’histoire de l’Iran, qui a débuté avec la révolution islamique de février 1979, s’achève avec la contestation massive par la population du résultat tronqué des élections, hâtivement validé par le Guide suprême Ali Khamenei.
Dès lors, même si les contestataires mènent leurs actions dans le cadre du système actuel, c’est bien l’autorité du guide, qui a donné sa bénédiction à l’élection d’Ahmadinejad qui est contestée et non simplement la « réélection » de ce dernier.
Ali Khamenei s’est mis dans une situation difficile et n’a en pratique que deux avenues devant lui. Soit il se désavoue et invalide le résultat; cette décision sera saluée par les Iraniens, mais affaiblira à long terme son autorité et sa légitimité, lui qui a été le seul véritable soutien d’Ahmadinejad. Soit il impose Ahmadinejad contre la volonté de la majorité de la population iranienne en réprimant dans le sang la volonté populaire. Dans ce cas, la fonction de la présidence de la république sera affaiblie et sans légitimité.
N’oublions pas que la République islamique d’aujourd’hui ne ressemble en rien à celle du début de la révolution. La candidature d’Ahmadinejad n’a pas été soutenue par la majorité des membres du clergé et n’est apparue que comme le candidat du Guide suprême. Il ne pouvait en réalité compter que sur le soutien de ses électeurs traditionnels (pas plus de 15% de la population) des quartiers populaires et des villages reculés.
Le régime islamique s’appuie de plus en plus sur les forces de répression comme les Gardiens de la révolution ou des milices islamiques, plutôt que sur les religieux. Ces derniers ont majoritairement soutenu la candidature de Mir Hussein Moussavi ou celle de MehdiKaroubi. La plus grande force de Moussavi a été la mobilisation de près de 30% d’électeurs supplémentaires par rapport au scrutin de 2005, au cours des 10 derniers jours précédant le vote, majoritairement des jeunes et des femmes.
Aujourd’hui, plusieurs grands ayatollahs, inquiets de la perte de légitimité du régime, ont adressé une injonction au pouvoir pour qu’il examine avec soin les plaintes des candidats qui contestent le résultat. Certains d’entre eux, comme le grand ayatollah Al Montaezeri, soutiennent les manifestants. Or, ceux qui connaissent le monde chiite savent que l’autorité religieuse et morale de ces grands ayatollahs est supérieure à celles du guide. C’est la raison pour laquelle la situation actuelle marque incontestablement une crise du régime davantage qu’une simple fraude électorale.



Iran : La mobilisation ne faiblit pas
La couverture par les médias étrangers des manifestations « illégales » ou de tout événement ne figurant pas « au programme » du ministère de la Culture est interdite, le ministère des Affaires étrangères accusant des médias occidentaux non identifiés d’être les « porte-parole » des « émeutiers ».
— Une nouvelle manifestation de l’opposition s’est tenue hier à Téhéran, en présence de dizaines de milliers de personnes et de son chef Mir Hossein Moussavi, signe que la mobilisation ne faiblit pas dans le bras de fer avec le pouvoir, dont l’unité semble se lézarder.
Des milliers d’Iraniens, partisans de Mir Hossein Moussavi, candidat défait à l’élection présidentielle iranienne, ont défilé hier dans les rues de Téhéran. Ils portaient des vêtements noir et vert ainsi que des chandelles en mémoire des sept personnes tuées lundi par les bassidjis, des miliciens islamistes.
Il s’agit de la sixième journée consécutive de protestations, un mouvement sans précédent depuis la révolution islamique de 1979.
Comme lors des deux jours précédents, les participants ont défilé en silence, ont indiqué à l’AFP des témoins. Ils étaient pour la plupart vêtus de noir et tenaient une fleur blanche à la main, en mémoire des sept personnes tuées lundi lors d’incidents avec les bassidjis, des miliciens islamistes.
Ils arboraient de nombreux portraits de M. Moussavi ainsi que des brassards verts, couleur choisie par ce dernier lors de la campagne électorale.
M. Moussavi, accompagné de sa femme Zahra Rahnavard, s’est joint au cortège et a parlé à la foule, selon des témoins.
« Nous avons écrit amour (en votant), ils ont lu dictature », pouvait-on lire sur une pancarte, selon les mêmes sources.
En soirée, après cinq heures de rassemblement, la foule a commencé à se disperser dans le calme. Aucun incident n’a été signalé.
Depuis mardi, la couverture par les médias étrangers des manifestations « illégales » ou de tout événement ne figurant pas « au programme » du ministère de la Culture est interdite, le ministère des Affaires étrangères accusant des médias occ identaux non ident i f iés d’être les « porte-parole » des « émeutiers ».
Les manifestants réclament l’annulation de la présidentielle du 12 juin, qui a vu la réélection de l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, selon des chiffres officiels contestés par M. Moussavi et les deux autres candidats, Mehdi Karoubi et Moshen Rezaï.
Le Conseil des gardiens de la constitution, qui examine les contestations des trois candidats, a indiqué que les plaintes concernaient au total 646 irrégularités.
L’institution a fait savoir qu’elle entendrait les trois protestataires samedi. Elle doit rendre au plus tard dimanche un avis sur un nouveau décompte.
Jeudi, le quotidien réformateur iranien Etemad Melli a consacré sa une au « mouvement silencieux à Téhéran » pour l’annulation du scrutin, avec trois photos du cortège de la veille en pleine page.
La milice Bassidj, dévouée à la cause du président Ahmadinejad, a appelé ses membres à participer à la prière du vendredi à Téhéran, qui sera menée par le guide suprême Ali Khamenei.
Face au défi que représente le mouvement, l’unité de façade du régime a commencé à se lézarder.
L’Assemblée des experts, qui compte 86 religieux, chargés notamment de superviser l’activité du guide suprême l’ayatollah Ali Khamenei, s’est « félicitée de la présence enthousiaste, épique et alerte de 85% du peuple révolutionnaire » le jour du scrutin, mais n’a pas eu un mot sur son résultat.
Akbar Hachémi Rafsandjani , qui dirige cet te Assemblée, a été accusé par M. Ahmadinejad d’orchestrer la campagne de M. Moussavi.
L e g r a nd aya t ol l a h Abdolka r i m Moussav i Ardabi l i avait demandé mercredi « aux responsables concernés » de traiter les contestations des candidats « de manière impartiale » et de parvenir à « un verdict convaincant ».
C’est le quatrième responsable religieux de ce rang, le plus élevé dans le clergé chiite iranien, à lancer un tel appel depuis samedi.


L’Iran part « à la dérive » -  Alexandre Sirois
ENTREVUE AVEC YANN RICHARD Où s’en va l’Iran ? Quel sera le dénouement de ce drame qui se déroule sous nos yeux depuis l’élection présidentielle controversée du 12 juin ? La Presse a interrogé à ce sujet Yann Richard, professeur d’études iraniennes à la S
QLes
partisans de Mir Hossein Moussavi, principal rival du président réélu Mahmoud Ahmadinejad, persistent et signent. Chaque jour, de nouvelles manifestations d’envergure sont organisées. Quelle est selon vous l’ampleur du mouvement de contestation auquel le régime fait face ? R L’ampleur est effectivement immense. (…) Il y a une société assez occidentalisée, moderne en tout cas, avec des aspirations de liberté. Mais il y en a une autre qui se reconnaît mieux dans le président sortant, Ahmadinejad. Il y a certainement des manipulations de sa part pour mobiliser les troupes, mais on ne peut nier qu’il a des partisans dans les milieux moins occidentalisés. Du temps de la révolution, il y a 30 ans, le schah était incapable de mobiliser des manifestants pour donner l’illusion d’une base sociale. Alors qu’Ahmadinejad n’a aucun problème lorsqu’il s’agit de mobiliser des foules. QLe
régime semble enclin à jeter du lest. On annonce maintenant que Mir Hossein Moussavi et les deux autres candidats battus seront reçus demain par le Conseil des gardiens de la Constitution. Que signifie véritablement cette nouvelle tentative de conciliation ? R D’une part, je pense qu’on essaie actuellement de trouver des mesures – qui n’aboutiront à rien – pour éviter aux opposants qui ont perdu l’élection de perdre complètement la face. On peut même dire que, dans une certaine mesure, le deuil qui a été proclamé (hier) par Moussavi n’est pas seulement le deuil des gens qui ont été tués mais aussi celui d’une victoire qu’on ne lui a pas reconnue. Par ailleurs, d’autres scénarios sont maintenant évoqués. Des manoeuvres que le numéro 2 du régime, Rafsandjani, qui est plutôt favorable aux réformateurs, pourrait entreprendre pour destituer (le guide suprême) Khamenei et faire annuler l’élection d’Ahmadinejad. QMoussavi
peut donc encore devenir président du pays ?
RTout est possible. Mais je crois que ce qui nous attend plus probablement, ce n’est pas ça. C’est plutôt une prise de pouvoir militaire par les gardiens de la révolution qui sont autour d’Ahmadinejad. Ils ont déjà des postes très importants. Ils sont gouverneurs des provinces, dirigent les grosses industries comme celle du pétrole, du nucléaire, de l’armement… Ce sont des gens qualifiés et très bien organisés. Et il est impensable à mon avis que ces gardiens de la révolution abandonnent le pouvoir aux ennemis d’Ahmadinejad. QAvez-
vous personnellement l’impression que la fraude était la seule façon pour Mahmoud Ahmadinejad de triompher? R J’ai un doute. Parce que je me dis qu’Ahmadinejad aurait peut-être eu autour de 50%. Il risquait alors d’avoir eu un deuxième tour. Et au deuxième tour, il risquait de ne pas être élu. Je pense qu’ils ont absolument voulu éviter le deuxième tour. Et la meilleure manière pour ça, c’était de truquer le résultat. C’était la fraude. QVous
avez récemment écrit dans le journal Le Monde que l’Iran se retrouvera à la dérive, en proie au déchirement interne. Vous êtes pessimiste quant à l’avenir du pays ? R Je suis pessimiste. (…) L’Iran a eu dans l’histoire récente, depuis le début du XXe siècle, des épisodes d’aspiration très forte à la liberté et de révolte populaire pour exiger des concessions du pouvoir autoritaire central. En même temps, l’Iran a connu des retours très douloureux : suspension de la Constitution et des libertés, coup d’État… Et ce que nous voyons aujourd’hui ressemble à un recul des avancées démocratiques – même si elles étaient un peu inégales – que la république islamique laissait espérer.

IRAN La prudence d’Obama désapprouvée

« Il doit prendre la parole et dire que cette élection est une falsification, une supercherie, une mascarade.
Malgré les critiques des néoconservateurs et de certains républicains, le chef de la Maison-Blanche estime qu’il ne serait pas productif que le président américain paraisse se mêler de l’élection iranienne.
— Les critiques des néoconservateurs et de certains républicains étaient prévisibles : à leurs yeux, Barack Obama a été beaucoup trop prudent dans ses premières déclarations sur la situation iranienne.
« Il doit prendre la parole et dire que cette élection est une falsification, une supercherie, une mascarade, a déclaré mardi John McCain, candidat républicain lors de l’élection présidentielle de 2008, à la chaîne NBC. Le peuple iranien a été privé de ses droits. »
Depuis deux jours, cependant, des spécialistes de l’Iran et même des responsables américains expriment leur propre déception ou inquiétude à la suite d’un des commentaires du président américain sur les deux principaux candidats lors de la présidentielle iranienne.
« La di f férence ent re M. Ahmadinejad et M. Moussavi en termes de politique pourrait ne pas être aussi grande que ce qui a été dit, a déclaré mercredi Barack Obama à la chaîne CNBC. D’un côté comme de l’autre, nous allons traiter avec un régime iranien historiquement hostile aux États-Unis. »
Le président américain faisait notamment allusion au fait que Mahmoud Ahmadinejad et Mir Hossein Moussavi partagent la même position sur le programme nucléaire iranien. Mais son commentaire donnait également à entendre que les deux hommes ne divergeaient pas tant sur d’autres questions et que les changements réclamés par les manifestants iraniens étaient, tout compte fait, illusoires.
« Ce n’est pas ce qu’il voulait, mais Obama a témoigné de l’irrespect envers le processus en cours en Iran, a commenté Steve Clemmons, expert du groupe de recherche New American Foundation. Ce qu’Obama et les autres responsables de la sécurité nationale doivent comprendre, c’est que l’élection iranienne n’est pas finie. »
Selon le New York Times, des membres de l’administration Obama, dont le vice-président Joseph Biden et la secrétaire d’État Hillary Clinton, voudraient que le président exprime un appui plus vigoureux à l’égard des manifestants iraniens. Le chef de la Maison-Blanche a cependant précisé dès mardi qu’il n’entendait pas s’ingérer dans les affaires iraniennes.
« Il ne serait pas productif, étant donné l’histoire des relations entre les États-Unis et l’Iran, que le président américain paraisse se mêler des élections iraniennes », a-t-il déclaré.
John Kerry, président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, a défendu hier la retenue du président Obama. Il a justement fait allusion au rôle des États-Unis dans le coup d’État qui a renversé le gouvernement du premier ministre iranien Mohammad Mossadegh en 1953.
« La dernière chose que nous devons faire est de donner à M. Ahmadinejad l’occasion d’évoquer le coup d’État parrainé par les États-Unis en 1953 », a écrit le sénateur du Massachusetts dans une tribune publiée dans le New York Times. « Cela lui permettrait de se présenter comme la version moderne de Mossadegh, celui qui se bat par principe contre la marionnette de l’Ouest. »
La retenue de BarackObama n’a évidemment pas empêché l’Iran d’accuser mercredi les États-Unis d’ingérence. Et cette accusation iranienne n’a pas empêché le commentateur néoconservateur Charles Krauthamer de décrier « l’appui implicite » du président américain au « régime tyrannique et répressif » des ayatollahs.





Le bras de fer s’intensifie en Iran
« Nous voulons un rassemblement pacifique pour protester contre la tendance malsaine de cette élection et pour atteindre notre objectif d’annulation des résultats », a dit Moussavi.
— Le bras de fer se poursuit en Iran entre le pouvoir et l’opposition. Alors que les manifestations continuaient hier à Téhéran, Mir Hossein Moussavi, le candidat réformiste défait à l’élection présidentielle controversé du 12 juin, a lancé un défi au régime en appelant à un grand rassemblement aujourd’hui dans la capitale.
Les manifestations en appui à Mir Hossein Moussavi se poursuivaient hier, à Téhéran, malgré la répression et l’arrestation de plusieurs dirigeants de l’opposition, intellectuels et journalistes, selon l’ONG International Campaign for Human Rights.
Lançant son appel sur l’internet, Mir Hossein Moussavi a directement défié les Gardiens de la révolution, la plus puissante force armée iranienne. La milice islamiste a exigé que les sites et blogues iraniens retirent tout matériel susceptible de « créer des tensions », sous peine sinon de s’exposer à des poursuites.
Pendant ce temps, la répression contre les dissidents qui déplorent la réélection du président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad se poursuivait, avec l’arrestation de plusieurs dirigeants de l’opposition, intellectuels et journalistes, selon l’ONG International Campaign for Human Rights. Pour leur part, les médias étrangers ont reçu l’interdiction mardi de couvrir les manifestations. Hier, seule la télévision nationale iranienne a pu filmer officiellement la manifestation qui s’est déroulée au centre de Téhéran.
Appels au calme
Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a demandé à Mir Hossein Moussavi de soumettre ses allégations de fraudes électorales par la procédure établie et a appelé les Iraniens à s’unir derrière leur gouvernement. Mais cette requête ne semble pas avoir atteint Mir Hossein Moussavi.
« Nous voulons un rassemblement pacifique pour protester contre la tendance malsaine de cette élection et pour atteindre notre objectif d’annulation des résultats », a déclaré l’ancien premier ministre, exigeant « une nouvelle élection dent pas de rôle politique direct. Il a envoyé une lettre à un influent ayatollah libéral, Youssef Sanei, qui s’est montré encourageant en diffusant un communiqué en faveur « des droits et du respect du vote du peuple ».
Les manifestations de partisans de Moussavi et celles des pro-Ahmadinejad se succèdent à Téhéran depuis vendredi, plongeant l’Iran dans l’une de ses pires crises politiques depuis l’avènement de la République islamique en 1979.
Le Conseil des gardiens de la révolution s’est déclaré prêt lundi à recompter une partie des bulleprésidentielle qui ne verra pas se répéter la honteuse fraude du précédent scrutin ».
Alors que le vert est la couleur adoptée par les réformateurs, il a demandé à ses partisans de porter des vêtements noirs en signe de deuil après la mort de manifestants – au moins sept lundi soir, selon les autorités.
M. Moussavi cherche également le soutien des grands ayatollahs d’Iran, même si ceux-ci ne possètins de vote et a convoqué les trois candidats défaits à une rencontre samedi. Ce conseil, composé de 12 religieux, doit rendre un bilan du nouveau dépouillement dimanche.
Brassard vert
Les tensions politiques se sont même étendues au monde du sport. Cinq joueurs de l’équipe nationale de football iranienne, dont le capitaine Ali Karimi, portaient des brassards verts en signe de soutien à M. Moussavi lors d’un match de qualification pour la Coupe du monde disputée en Corée du Sud.
Des supporters iraniens avaient déployé une banderole sur laquelle on pouvait lire à l’intention de Mahmoud Ahmadinejad « Va en enfer, dictateur », et brandissaient des drapeaux iraniens portant l’inscription « Iran libre ».
Les violences de ces derniers jours ont fait au moins sept morts, selon les médias publics iraniens, mais des vidéos et des photos diffusées par des gens en Iran montrent des scènes de violence qui n’ont pas été mentionnées par les canaux officiels.
La communauté internationale a exprimé son inquiétude sur la situation en Iran à la suite de la réélection contestée de M. Ahmadinejad (63% au 1er tour).
Si Londres a précisé que les Occidentaux ne voulaient pas « choisir le gouvernement iranien », l’Allemagne a estimé qu’il y avait eu des « irrégularités » et qu’une vérification des résultats serait justifiée.
Le ton est monté entre Téhéran et les États-Unis, avec l’annonce de la convocation de l’ambassadeur de Suisse, qui représente les intérêts américains en Iran, afin de dénoncer les « ingérences » américaines. La Maison-Blanche a rétorqué que le président Barack Obama continuerait de s’exprimer sur la crise.

L’homme qui survit aux bombes et aux tempêtes - Laura-Julie Perrault
Le mouvement de protestation post-électoral secoue les fondements de la République islamique d’Iran depuis près d’une semaine. Mais l’homme qui est aux commandes, l’ayatollah Ali Khamenei, en a vu d’autres. Portrait d’un leader improbable qui a traversé p
Sur des centaines d’édifices de la capitale iranienne, deux visages ont été peints à répétition par les peintres de la république islamique. Au premier plan, on discerne toujours le grand chef de la révolution de 1979, l’ayatollah Rouhollah Khomeiny. Tout juste derrière, son successeur, l’ayatollah Ali Khamenei.
Cette hiérarchie iconographique résume à elle seule la place qu’occupe dans l’imaginaire iranien l’actuel Guide suprême de la révolution. Même s’il dirige la destinée politique et religieuse de l’Iran depuis 20 ans, soit 10 de plus que son prédécesseur et père spirituel, Ali Khamenei entretient toujours l’image du second violon.
« Il est enclin à rester loin desprojecteurs, cela fait partie de son style de leadership. Il n’y a pas de leader dans le monde qui tient un rôle aussi central dans l’actualité et qui est aussi peu connu que l’ayatollah Khamenei », peut-on lire dans une étude de 35 pages que la Fondation Carnegie pour la paix internationale lui a consacrée l’an dernier. « Il est pourtant l’individu le plus puissant d’un régime autocratique hautement divisé », écrit Karim Sadjadpour, l’auteur de l’étude.
Ce rôle central est mis en lumière ces jours-ci alors que les manifestations se multiplient en Iran au lendemain de la réélection contestée de Mahmoud Ahmadinejad. L’ayatollah Khamenei a le pouvoir de demander un nouveau scrutin. Il a aussi le contrôle des milices qui s’en prennent aux protestataires.
Rien ne prédestinait pourtant ce fils de religieux, né en avril 1939 à Mechhed, à grimper les échelons de la hiérarchie chiite.
Il s’est cependant tôt fait aimer de l’ayatollah Khomeiny, son professeur, dont il est devenu le confident pendant la révolution islamique. Sa loyauté au leader religieux lui a d’ailleurs valu six séjours dans les prisons du schah au cours desquels il a été victime de torture.
En 1981, Ali Khamenei est devenu célèbre en survivant à un attentat à la bombe organisé par les Moujahidines du peuple, un mouvement islamiste marxiste. Il y a perdu l’usage d’une main. Quelques mois plus tard, il est devenu le troisième président de la nouvelle république.
En 1989, à la veille de sa mort, l’ayatollah Khomeiny, en brouille avec son successeur désigné, l’ayatollah Montazeri, a fait amender la Constitution pour permettre à Ali Khamenei d’occuper le plus haut poste du pays.
À la fois leader religieux et politique, Khamenei est le commandant en chef de l’armée et le principal responsable de la politique étrangère du pays. « Même s’il est vu comme faible ou hésitant par certains de ses adversaires, quand on étudie ses discours, on discerne un leader déterminé, avec une vision du monde cohérente et constante, bien que hautement cynique et teintée par la théorie d’un complot (de l’Occident contre l’Iran), conclut le rapport de la Fondation Carnegie. Il est temps que le monde accorde moins d’attention à Mahmoud Ahmadinejad et plus à l’ayatollah. »



Nos yeux iraniens -  Marie -Claude Lortie
Samedi, fin de journée au fin fond de la campagne. Pas de télé. Pas d’internet. Pas de radio. Juste un cellulaire. Un cellulaire qui permet de jeter un regard sur le site web Twitter, une fois de temps en temps : les manchettes du New York Times et de Cyberpresse, la météo de Mitsou…
On est samedi, donc, et je m’attends à ce que Ruth Reichl, rédactrice en chef de Gourmet – que je « suis » parce qu’elle ponctue le site de ses réflexions gastronomiques et sur Twitter, on choisit qui on « suit » – nous fasse un commentaire sur une soupe aux carottes rouges ou une nouvelle sorte de bacon bio. Sur ce site, on parle de tout et de rien en 140 caractères. Une tragédie, un nouveau disque, une réflexion rigolote sur une aberration de la vie en ville.
Sauf que samedi, Reichl change de cap et réachemine d’un coup à tous ses « suiveurs » – et c’est là l’essence même de l’utilité de Twitter – un message provenant d’un journaliste du réseau américain ABC à Téhéran: « La police a confisqué notre caméra et nos cassettes. Nous filmons les manifestations et la violence policière avec nos téléphones cellulaires. »
En si peu de frappes, il n’y a pas grand-place pour la nuance. Mais il y a amplement d’espace pour l’essentiel.
Et perdue au fin fond de ma campagne, j’étais soudainement un peu dans les rues de Téhéran.
Depuis samedi, le dossier « iranelection » sur Twitter n’a pas dérougi. Lorsqu’on va sur le site et qu’on embarque sur ce sujet, on découvre un univers où les messages entrent à la pelletée. Des photos des manifs – du sang, des masses de gens marchant en paix densément, de la violence policière – des vidéos, des liens sur des blogues.
Pour garder le cap, on cherche les sources sûres, les journalistes des grands médias, qui étampent de leur sceau professionnel les informations diffusées. On part aussi en quête des sources officielles. Rapidement, on constate qu’un intervenant appelé persiankiwi, par exemple, relaie abondamment l’information du camp des manifestants antigouvernementaux et semble fiable pour ce côté du débat. On lit aussi des messages communiquant aux gens sur place des adresses de serveurs relais permettant de contourner les blocages des censeurs. Et puis on reçoit d’autres mots enjoignant à tous les « twitteurs » de se déclarer basés en Iran, histoire de rendre la tâche plus difficile à ceux qui tentent de retracer les dissidents.
Twitter ne fournit pas de reportage. On y trouve des morceaux d’un puzzle à assembler. Un puzzle que les journalistes mettront ensemble un peu plus tard dans leurs topos et articles, que les analystes et les commentateurs nous aideront à terminer.
On a dit que la révolte contre la victoire des communistes en Moldavie, en avril, a été la première « révolution Twitter », ou encore la première grande action collective post-cellulaire et postSMS, Twitter fournissant une meilleure toile de réseautage pour informer en un seul clic. Aujourd’hui , les événements moldaves ont l’air de répétition générale comparé à ce qui arrive en Iran.
Twitter permet d’informer les Iraniens entre eux – notamment pour les appeler à manifester – et de diffuser l’information à l’extérieur du pays, en contournant la censure locale. Au moment d’écrire ces lignes, les journalistes étrangers n’avaient plus le droit de couvrir les manifestations. Son importance est telle que même le département d’État américain est intervenu auprès des administrateurs du site. Il a demandé qu’une mise à niveau, prévue pendant la nuit de lundi à mardi en Amérique, mais en plein jour en Iran, et qui aurait eu pour effet de créer une panne d’une heure, soit reportée à un moment creux, heure de Téhéran (en plein après-midi à San Francisco). Trop essentiel pour les communications là-bas, a-t-on dit au site.
« Nos vies sont en réel danger maintenant » , pouvait-on lire hier soir sur un « tweet » de persiankiwi.

« Nous sommes les yeux – ils doivent nous arrêter. »


Les limites de la « rue » iranienne MARIO ROY

Après trois jours de mobilisation de la « rue » iranienne, après plus d’une demi-douzaine de victimes et des entraves à la transmission de l’information de plus en plus lourdes (et futiles), il est maintenant clair que le pouvoir des mollahs est ébranlé. Davantage et plus profondément qu’il ne l’a été depuis l’installation de la complexe machinerie politique de la théocratie khomeinienne après la chute du shah d’Iran, en 1979.
Pour la première fois, en effet, ce pouvoir a affiché – presque télégraphié – ses faiblesses.
Avoi r aussi grossièrement manipulélescrutin qui a mené à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad fut le premier aveu d’inconfort de la part d’un État devenant graduellement étranger à une large partie de sa population.
Aussi révélatrice est la « concession » faite par le Conseil des gardiens de la constitution: celle de recompter les voix dans certains districts. Mir Hossein Moussavi, figure de proue de l’opposition, a évidemment refusé cette mesure cosmétique. Laquelle a surtout réussi à attirer l’attention sur le statut fragile des élus par rapport au pouvoir religieux – même chancelant, comme l’a été depuis dimanche le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei.
Troisième aveu de faiblesse: n’avoir pas réagi avec la plus grande brutalité à la grogne populaire, comme l’État iranien l’a prestement fait dans le passé (et pourrait encore le faire au cours des heures ou des jours qui viennent). Il est vrai que c’est devenu gênant à l’ère du portable et de YouTube. Mais, en général, les régimes autoritaires ne se maintiennent pas autrement.
Enfin, le pouvoir a fait cet aveu de faiblesse qu’est la censure claire et nette. Hier, les journalistes en poste à Téhéran ont été confinés à leur hôtel ou leur bureau pendant que défilaient deux manifestations, pro et anti-Ahmadinejad. Ce fut l’étape ultime, après les débranchements ciblés de la téléphonie, de la télé satellitaire et de l’internet. Les réseaux de socialisation ont plus ou moins pris le relais, moins fiables, mais impossibles à stopper.
Malgré tout cela, rares sont ceux qui croient que la théocratie iranienne va s’effondrer.
Pour l’instant, la « rue », fût-elle pétrie d’idéalisme et de courage, n’a vraisemblablement pas ce pouvoir.
En outre, la véritable lutte se fait à l’intérieur même des structures entre conservateurs d e d i ve r s e s teintes et réformistes. Deux establishments, en somme. C’est une lutte dont l’enjeu consiste à déterminer dans quelle direction naviguera le bâtiment existant. Repli fondamentaliste et antagonisme vis-à-vis les ennemis traditionnels, Israël et les États-Unis (position tartinée dans la presse officielle et gagnante pour l’instant). Ou libéralisation interne, réforme économique et ouverture au monde... toutes trois relatives, bien entendu.
Quoi qu’il arrive, l’Iran, candidat à l’atome et commanditaire du Hezbollah, ne disparaîtra pas. C’est ce qui explique l’extrême prudence dont a fait preuve jusqu’ici le président des États-Unis, Barack Obama, dans ses commentaires sur l’élection iranienne et ses suites.

Un État perse affaibli, avec lequel il faudra un jour négocier, n’en sera pas pour autant plus facile à manier.




C’est la faute à l’ayatollah
Entrevue avec le premier président de la République islamique, Abolhassan Banisadr
PremierprésidentdelaRépublique islamique d’Iran, Abolhassan Banisadr est convaincu que les élections du 12 juin, dans son pays d’origine, ont été frauduleuses, mais il refuse de faire porter le fardeau à Mahmoud Ahmadinejad. Selon le politicien iranien, il faut plutôt regarder du côté du Guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei.
Selon un ancien président de l’Iran, le vrai coupable de la manipulation des urnes, c’est le Guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei.
Joint à Paris par La Presse hier, l’ancien chef du gouvernement iranien n’hésite pas une seconde avant d’accuser le leader politique et religieux de la théocratie iranienne. « L’ayatollah Khamenei a organisé directement cette fraude », a dit à La Presse l’expoliticien iranien qui vit en exil depuis 1981.
Selon Abolhassan Banisadr, l’implication de l’ayatollah dans le scrutin controversé qui a permis au président sortant d’être réélu avec 63% des voix est indéniable. « Il n’a même pas attendu que les vérifications en règle soient terminées avant de féliciter Mahmoud Ahmadinejad. Il a instantanément demandé aux trois candidats malheureux de baisser les bras. Depuis, il intervient tous les jours pour calmer le jeu », avance M. Banisadr.
Ayant lui-même occupé la présidence iranienne avant de se faire virer par l’ayatollah Khomeiny – le prédécesseur de l’ayatollah Khamenei –, M. Banisadr rappelle que les pouvoirs du président sont excessivement limités à l’intérieur de la Constitution ac t uel le de l a Républ ique islamique.
Le Guide suprême a notamment le contrôle des Gardiens de la révolution ( pasdaran) et des milices volontaires bassiji, tous deux impliqués dans la répression des manifestants au cours des derniers jours.
L’ayatollah a aussi un droit de veto sur toutes les décisions du gouvernement et la responsabilité de nommer les membres du Conseil des gardiens de la Constitution. C’est d’ailleurs à ce comité composé de religieux qui lui sont fidèles que l’ayatollah Khamenei a confié le mandat d’enquêter sur les allégations de fraude.
« L’erreur que font beaucoup d’observateurs et de journalistes est de penser que le président est responsable de tout, au lieu de se demander qui incarne le véritable pouvoir en Iran », ajoute l’ex-président.
La succession
Les motivations du leader religieux sont simples, selon lui. En remettant Ahmadinejad au pouvoir, le Guide suprême n’a pas à composer avec un président réformiste qui voudrait donner un nouveau tournant à la politique iranienne. Il a aussi les coudées franches pour préparer sa succession. « C’est un homme excessivement intelligent. Au cours des ans, il a réussi à écarter ses rivaux les plus sérieux », continue-t-il.
Abolhassan Banisadr croit cependant que le Guide suprême commet un faux pas en ne prêtant pas assez attention à la grogne populaire qui s’exprime depuis dimanche par des manifestations monstres. « Les Iraniens réalisent que même s’ils votent pour un des quatre hommes qui a été choisi par le régime islamique, leur voix n’est pas respectée. Pour une des premières fois en 30 ans, les électeurs iraniens remettent en cause la légitimité même du régime islamique », estime M. Banisadr.
Interdit de territoire en Iran depuis qu’il a tenu tête à l’ayatollah Khomeiny, notamment sur la question des droits de la personne, Abolhassan Banisadr doit aujourd’hui se contenter de regarder les manifestations iraniennes à la télévision. Les images qu’il voit au petit écran le ramènent 30 ans en arrière. Il dit discerner dans les protestataires une ferveur comparable à celle qui a animé la révolution de 1979.
Lors des premières élections présidentielles qui ont suivi la chute du régime du chah d’Iran, Abolhassan Banisadr a reçu 79% des voix. Il a été à la tête du gouvernement pendant seulement un an et demi. Depuis, il s’oppose au régime des ayatollahs.


DEUX ARTISTES CONTRE UN « COUP D’ÉTAT »
Les artistes iraniens Marjane Satrapi et Mohsen Makhmalbaf, de passage au Parlement européen, ont appelé la communauté internationale à ne pas reconnaître l’élection du président Mahmoud Ahmadinejad.« Ce qui s’est passé en Iran n’est même pas une fraude, c’est un coup d’État », a lancé Mme Satrapi, auteure de la bande dessinée Persepolis.
OTTAWA S’INQUIÈTE POUR LA LIBERTÉ DE LA PRESSE
— D’après l’Agence France-Presse Le Canada a demandé aux autorités iraniennes de lever les restrictions frappant les médias nationaux et étrangers et réitéré sa condamnation de l’utilisation « inacceptable » de la force contre les manifestants. Ottawa a jugé « profondément inquiétante » l’annonce par l’Iran de l’annulation de l’accréditation pour les médias étrangers, a indiqué une porte-parole du ministère des affaires étrangères. Ces préoccupations, ainsi que l’inquiétude sur le traitement d’un journaliste canadien interpellé en Iran, ont été transmises au chargé d’affaires iranien convoqué au ministère, a poursuivi la porte-parole.

LACITATIONDU JOUR
« L’ampleur de la fraude est proportionnelle à la violence de la réaction » — Le président français Nicolas Sarkozy. La France devenait donc le premier pays occidental à parler d’une vaste fraude au scrutin présidentiel iranien de vendredi.

LABOMBE EN 2014?
Le chef des services israéliens de renseignement extérieur (Mossad), MeïrDagan, a affirmé hier que l’Iran disposerait d’une bombe atomique « prête à l’emploi » en 2014 si son programme nucléaire n’était pas entravé. Le ministre des Affaires étrangères du pays, Avigdor Lieberman, avait déclaré un peu plus tôt qu’Israël attendait de la communauté internationale des « décisions contre le programme nucléaire iranien comme celles qui ont été imposées à la Corée du Nord ».



Volte-face de l’ayatollah Khamenei  -  Laura-Julie Perrault
Une enquête se penchera sur les allégations de fraude
Selon le candidat réformateur Mir Hossein Moussavi, les manifestations sont loin d’être terminées. Hier, il a annoncé que 20 marches pacifiques devraient avoir lieu aujourd’hui, dans une vingtaine de villes iraniennes.
Le leader suprême de l’Iran a-t-il été ébranlé par les critiques de l’élection présidentielle ? Hier, dans une volte-face peu commune, l’ayatollah Ali Khamenei, qui avait d’abord accordé sa bénédiction à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad, a donné son feu vert à la tenue d’une enquête sur d’éventuelles fraudes électorales, une première dans l’histoire de la République islamique.
Des partisans du candidat défait Mir Hossein Moussavi ont manifesté leur colère encore hier.
Le Conseil des gardiens de la révolution, composé de 12 membres du clergé chiite, aura la responsabilité de revoir le processus électoral qui s’est soldé par l’annonce vendredi soir de la victoire du président sortant dès le premier tour, avec près de 63% des voix.
En changeant sa position, le leader religieux et politique iranien a cependant demandé au principal adversaire de M. Ahmadinejad, le réformiste Mir Hossein Moussavi, de limiter sa contestation aux « voies légales ».
La concession de l’ayatollah Khamenei au camp réformiste n’a pas empêché des centaines de milliers – voire, selon l’AFP, plus d’un million – de partisans de M. Moussavi de déverser à nouveau leur mécontentement dans les rues de Téhéran hier et ce, malgré l’interdiction formelle de rassemblement émise par les autorités.
Muni d’un porte-voix, M. Moussavi, qui n’était pas apparu en public depuis le jour du scrutin, s’est joint à ses partisans. « Nous sommes prêts à participer à une autre élection », a-t-il dit sous les acclamations. Ses partisans ont répondu avec des « Allahu Akbar ( Dieu est grand) » et des « Moussavi , reprend notre vote », aux dires de témoins.
Les forces de l’ordre sont intervenues pour disperser les manifestants. Des vidéos qui circulent dans l’internet montrent des agents à moto, armés de matraques, fonçant sur les protestataires.
Un mort et des blessés
Un photographe de l’Associated Press, qui se trouvait près de la place de la Liberté (Azadi) lors de la manifestation, rapporte aussi avoir été témoin de coups de feu. Selon le photojournaliste, au moins une personne a été tuée par balle et plusieurs autres ont été blessées grièvement.
D’autres Iraniens ont remis au goût du jour une technique de protestation popularisée par l’ayatollah Khomeiny pendant la révolution islamique de 1979 afin de détourner la police du shah. Ils sont sortis sur leurs toits pour hurler leur mécontentement, se tenant ainsi loin des matraques.
Selon Mir Hossein Moussavi, les mani festations sont loin d’être terminées. Hier, il annonçait que 20 marches pacifiques devraient avoir lieu aujourd’hui, dans une vingtaine de villes iraniennes. Cet ancien premier ministre de l’Iran, qui a obtenu 34% des voix selon le décompte rendu public par le ministère de l’Intérieur, soutient notamment que le dépouillement des bulletins – deux heures pour 39 millions de votes – a été trop rapide pour être exhaustif.
Réactions internationales
Les réactions aux événements des derniers jours en Iran ont fusé des quatre coins du monde.
Le secrétaire général de l’Organisation des Nations unies, Ban Ki-moon, a affirmé pour sa part qu’il suivra de près l’enquête qu’a commandé l’ayatollah Khamenei. « Dans n’importe quel pays, quand il y a une élection, la volonté véritable du peuple doit être reflétée et respectée de la manière la plus transparente, juste et objective », a-t-il insisté lors d’un point de presse.
Au Canada, le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, s’est dit « profondément inquiet » de la situation en Iran et tout particulièrement du « traitement brutal » réservé aux manifestants « par les forces de sécurité dans l’ensemble du pays » et à des membres de médias étrangers.
Les 27 ministres des Af fa i res ét rangères de l’Union européenne, en réunion hier, ont abondé dans le même sens et demandé une enquête transparente.
La France et l’Allemagne ont convoqué leurs ambassadeurs respectifs afin que ces derniers fassent rapport sur les événements des derniers jours. Des partisans de Mahmoud Ahmadinejad y ont lu de l’interférence dans les affaires iraniennes et ont manifesté bruyamment devant l’ambassade française.

La diaspora dénonce les résultats du vote
Cynisme chez les Irano-Américains
— Les I ranoAméricains sont cyniques face aux résultats du vote de vendredi dernier, et appellent le président Barack Obama à demander un nouveau dépouillement des bulletins de vote, ou une nouvelle élection en Iran.
La région de L. A. ne compte pas moins de 10 journaux iraniens.
« Les gens en Iran veulent du changement, et le temps est venu de passer à l’action, explique Armando Hormoz, un Iranien d’origine qui habite Los Angeles. Je n’accorde aucune valeur aux résultats du vote. En Iran, les élections ne sont ni libres, ni justes. »
Da ns l e qua r t i e r L i t t l e Teheran, hier à Los Angeles, tout le monde ne parlait que des élections iraniennes. La région de L. A. compte l’un des plus grandes diasporas iraniennes du monde : entre 300 000 et 600 000 Iraniens exilés lors de la révolution islamique de 1979 y habitent. La région ne compte pas moins de 10 journaux iraniens, et plusieurs postes de télé et de radio.
Hier, personne ne semblait accorder la moindre crédibilité aux résultats officiels.
« En Iran, c’est le gouvernement qui s’occupe de compter les bulletins de vote, alors on ne peut pas faire confiance aux résultats », explique Ali Zahiri, étudiant de UCLA qui faisait ses emplettes à l’épicerie Tochal, dans le quartier Westwood, le coeur de la diaspora perse.
« Le problème, c’est l’éducation populaire, dit-il. Bien des gens appuient le régime en place parce qu’ils sont peu instruits, et qu’ils ont peur de voir les choses changer. »
Selon lui, le candidat de l’opposition, Hossein Moussavi, aurait fait un meilleur président. Mais son arrivée au pouvoir n’aurait pas été une panacée.
« Moussavi est plus progressiste, mais il est issu de la même culture politique qu’Ahmadinejad. Je crois que l’Iran doit changer plus radicalement que cela. »
Obama « profondément troublé »
Depuis le vote de vendredi, les étudiants et les manifestants en Iran appellent le président américain Barack Obama à soutenir leur cause et à dénoncer les irrégularités observées durant les élections.
Or, plusieurs observateurs ont signalé qu’un appui direct d’Obama au parti de l’opposition pourrait nuire à ses chances d’inf luencer le régime de Téhéran.
Hier, M. Obama a signalé qu’il incombait aux Iraniens de choisir leurs dirigeants. Le président a ajouté du même souffle être « profondément troublé » par les images qu’il a vues au cours des derniers jours.
« Il serait malavisé de ma part de rester silencieux face aux images retransmises par la télé, a dit M. Obama. Je crois que le processus démocratique, la liberté d’expression et la liberté de manifester dans la paix sont des valeurs universelles qui doivent être reconnues. »
Le président américain a ajouté: « Chaque fois que je vois de la violence perpétrée à l’endroit de citoyens qui manifestent pacifiquement, et chaque fois que le peuple américain voit cela, je crois qu’il est troublé, et avec raison. »
M. Obama a dit souhaiter que toute enquête sur des irrégularités électorales soit conduite « sans qu’il n’y ait de bain de sang », et a ajouté que le monde entier est inspiré par les manifestants iraniens.


LE CANADA DEMANDE DES COMPTES
Depuis l’assassinat dans une prison iranienne de la photographe montréalaise Zahra Kazemi, l’Iran et le Canada entretiennent des relations glaciales. Hier, le sort d’un journaliste canadien est à nouveau devenu une pomme de discorde entre les deux pays. Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a convoqué le chargé d’affaires iranien pour que ce dernier réponde des mauvais traitements qu’a subis un journaliste pigiste canadien aux mains des autorités de la République islamique. Collaborateur du Globe and Mail, George McLeod rapporte avoir été battu, puis arrêté dimanche par des représentants du ministère de l’Intérieur iranien. Il a passé quelques heures dans les dédales du Ministère, où des hordes de manifestants subissaient des interrogatoires musclés. « Pendant quelques heures terrifiantes, on m’a pris par erreur pour un manifestant antigouvernemental, me permettant de voir comment des centaines de manifestants arrêtés pendant la fin de semaine étaient traités par les autorités », a écrit à la une du quotidien torontois M. McLeod, rappelant que la disparition des dissidents est chose fréquente en Iran. Dans un communiqué de presse, le ministre Cannon a qualifié hier cet incident « d’inacceptable ».

Le printemps de Téhéran  -  Michèle Ouimet
Moussavi catalyse les frustrations des Iraniens. La vraie révolution se passe dans la rue. Le régime survivra-t-il?
Un journaliste canadien, George McLeod, a été arrêté à Téhéran dimanche. La police l’a pris pour un manifestant. Une a r restat ion musclée : poussé contre une camionnette, frappé à la tête, le bras tordu derrière le dos. Il a été détenu au quartier général du ministère de l’Intérieur pendant « quelques heures terrifiantes ».
Les manifestations ont pris de l’ampleur hier en Iran. Des centaines de milliers de personnes sont descendues dans les rues de Téhéran pour protester contre le résultat des élections de vendredi.
« À l’intérieur d’une salle en béton, a-t-il écrit, hier, dans le Globe and Mail, j’ai vu plus d’une cinquantaine de manifestants (…) les mains derrière la tête. Certains étaient couverts de sang, et les policiers, armés de bâtons, patrouillaient les rangs, frappant certains détenus sur les épaules. »
Il a eu droit au même traitement que les centaines d’Iraniens arrêtés pendant les manifestations qui secouent Téhéran depuis trois jours.
Vendredi, le président sortant Mahmoud Ahmadinejad a été réélu avec 63% des voix, battant son plus proche rival, Hossein Moussavi qui, lui, n’a récolté que 33% des voix. Des élections frauduleuses ? « Absolument, répond sans hésiter Houchang Hassan-Yari, professeur au Collège militaire royal du Canada. Moussavi n’est pas arrivé premier dans sa province, ce qui est incroyable. De plus, on n’a même pas accès aux données. »
Le peuple iranien n’a pas été dupe. Depuis trois jours, il ne décolère pas. Hier, affirme le correspondant de la BBC à Téhéran, des centaines de milliers de gens sont descendus dans la rue pour protester, du jamais vu depuis l’arrivée des mollahs au pouvoir en 1979. L’équivalent d’un tremblement de terre politique.
Et tout ce monde appuie Moussavi. La colère des Iraniens est facile à comprendre. Ils étouffent dans ce régime théocratique où tout est contrôlé, où l’économie est en faillite, où le quart des Iraniens sont sans travail. Ahmadinejad, un homme à la personnalité agressive, est à couteaux tirés avec l’Occident. Il a même menacé de rayer Israël de la carte.
La société iranienne est jeune, instruite, branchée sur l’internet. Les femmes veulent davantage de liberté. Plus de la moitié des Iraniens ont moins de 30 ans. Ils sont nés après la révolution de 1979.
En Iran, la séparation des sexes est une obsession. Les hommes et les femmes sont séparés. Partout. Dans les autobus, les femmes en arrière, les hommes en avant; même en ski, une pente pour les hommes, une pente pour les femmes.
Des interdits qui frisent la névrose. Dans son livre Lire Lolita à Téhéran, Azar Nafisi raconte l’histoire d’un garçon de 10 ans qui réveille ses parents le matin. Il est horrifié, car il a fait un « rêve illégal ». « Il était à la plage avec des hommes et des femmes qui s’embrassaient et il ne savait pas comment réagir, raconte Azar Nafisi. Et il répétait sans cesse ‘‘Je fais des rêves illégaux! ’’ ».
En 1997, les Iraniens ont voté pour un réformateur, Mohammad Khatami. Le régime a lâché du lest et la presse a connu une certaine liberté. C’était le printemps de Téhéran.
Cette période euphorique a été de courte durée. Les mollahs ont rapidement étouffé ces bulles de liberté. Téhéran s’est révolté, les manifestants sont descendus dans la rue. Pendant cinq jours, la ville s’est transformée en champ de bataille. Le pouvoir a été ébranlé, mais il a vite écrasé la révolte.
Khatami a soulevé beaucoup d’espoir, mais il n’a pas fait grand-chose. Et pour cause : le président a peu de pouvoir en Iran. Le vrai pouvoir repose entre les mains du guide suprême, Ali Khamenei. Il était là en 1997. Il est toujours en poste aujourd’hui. Il soutient Ahmadinejad. Samedi, il l’a félicité pour sa réélection.
Aujourd’hui, Khatami appuie Moussavi. Mais Moussavi, tout comme Khatami, n’est pas un révolutionnaire. C’est un réformateur qui ne remet pas en question les mollahs.
Bien au contraire, il a été premier ministre de l’Iran de 1981 à 1989. Il veut réformer le régime, lui donner de l’oxygène, pas le transformer radicalement, encore moins le renverser.
Ahmadinejad est un ultraconservateur. Moussavi, lui, est un conservateur réformateur.
Les manifestations monstres qui ont déferlé sur Téhéran depuis quelques jours montrent à quel point les Iraniens en ont ras-lebol. Un gigantesque ras-le-bol. Le guide suprême Khamenei a d’ailleurs été ébranlé. Hier, il a annoncé qu’il y aurait une enquête sur les élections du 12 juin.
Moussavi catalyse les frustrations des Iraniens. La vraie révolution se passe dans la rue. Le régime survivra-t-il ?
« Ça dépend, répond Houchang Hassan-Yar i . Peut-être, si les manifestants persistent, s’ils se répandent à travers le pays et si des membres influents du clergé sortent pour les appuyer. »
Et le journaliste du Globe and Mail? Il a été libéré après quelques heures de détention. Avec des excuses, un sourire et une tasse de thé.
Mais pendant qu’il sort de prison la tête haute, des centaines d’autres attendent dans la peur. Ils savent qu’ils peuvent disparaître pendant des mois.
C’est ça, l’Iran d’Ahmadinejad.



« Les élections les plus propres »
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad défend sa légitimité
« Certains pensaient qu’ils allaient gagner, alors cela les a rendus furieux. Cela n’a aucune crédibilité légale. C’est comme les passions (qui se déchaînent) après un match de football. »
— Le président iranien, MahmoudAhmadinejad, adéfendu hier la légitimité de sa réélection devant une foule de partisans à Téhéran, tandis que son principal rival réclamait l’annulation du résultat du scrutinetqueWashington exprimait des doutes sur la régularité.
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, hier, lors de sa première conférence de presse depuis l’élection controversée de vendredi.
Pour la deuxième journée consécutive, des affrontements ont opposé des partisans du candidat malheureux à la présidentielle, Mir Hossein Moussavi, aux forces de l’ordre dans la capitale, et plusieurs journalistes étrangers ont été priés de quitter le pays.
« Les élections en Iran sont les plus propres » du monde, a dit M. Ahmadinejad devant plusieurs milliers de partisans enthousiastes. Il a assuré qu’« aucune irrégularité » n’avait entaché le scrutin de vendredi. Lors d’une conférence de presse, la première depuis l’annonce de sa victoire, le président sortant ultraconservateur a affirmé que sa réélection ne pouvait être mise en doute. « L’élection était une élection réelle et libre, les résultats sont légitimes. »
Son principal rival, le conservateur modéré Mi r Hossein Moussavi, crédité officiellement de seulement 34% des voix contre 63% à M. Ahmadinejad, a demandé à l’instance compétente, le Conseil des gardiens de la Constitution, d’annuler les résultats. Il aurait même rencontré le guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, pour en parler. Mais ses chances paraissent faibles, ce dernier s’étant réjoui dès samedi de l’issue de la présidentielle.
M. Moussavi a en outre appelé ses partisans à continuer à s’« opposer pacifiquement » aux résultats après avoir dénoncé la veille « les irrégularités visibles et nombreuses ».
Le candida t r é forma teu r Mehdi Karoubi a affirmé pour sa part qu’il ne reconnaissait pas M. Ahmadinejad comme président.
Médias étrangers
Le président ultraconservateur a accusé ses adversaires d’avoir des liens avec l’étranger et les médias étrangers de se livrer à une « guerre psychologique » contre son gouvernement.
Les autorités iraniennes ont demandé à certains journalistes étrangers – présents en Iran pour la couverture de la présidentielle – à se préparer à quitter le pays. Nabil Khatib, correspondant de la chaîne Al-Arabiya à Téhéran, dit avoir été informé hier par les autorités de la fermeture du bureau pendant une semaine. L’équipe de France-3 dit que des policiers en civil ont confisqué une caméra alors qu’elle filmait des violences dans la capitale.
Plusieurs médias étrangers ont d’ailleurs accusé les autorités iraniennes d’avoir empêché leurs journalistes de couvrir les manifestations de samedi.
Manifestations
À Téhéran, qui n’avait pas connu de telles violences depuis les émeutes estudiantines de juillet 1999, la police a annoncé avoir arrêté 170 personnes samedi , dont au moins 70 « organisateurs ».
Si des dizaines de milliers de partisans du président sortant ont défilé hier dans la rue Vali Asr à Téhéran, agitant des drapeaux et criant son nom – là même où les partisans de Moussavi avaient organisé un i mmense rassemblement la semaine dernière –, des incidents se sont produits à moins de 2km du lieu de la conférence de presse d’Ahmadinejad. Des jeunes gens ont mis le feu à des poubelles et à des pneus, provoquant l’intervention de policiers armés de matraques.
Les forces de l’ordre ont tiré en l’air pour repousser des manifestations, mais les protestations n’ont pas eu l’ampleur de celles de la veille. Le réseau de téléphonie mobile, coupé samedi soir, a été rétabli.
Mahmoud Ahmadinejad a estimé hier que les violences qui ont éclaté à Téhéran après l’annonce de sa victoire n’étaient « pas importantes » de son point de vue, les comparant à l’intensité relevée après un match de football. « Certains pensaient qu’i ls al laient gagner, alors cela les a rendus furieux », a-til commenté. « Cela n’a aucune crédibilité légale. C’est comme les passions (qui se déchaînent) après un match de football. L’écart entre les voix que j’ai obtenues et celles des autres est trop important et personne ne peut le mettre en doute ».
Réactions
Le vice-président américain, Joe Biden, a déclaré que, « vu la façon dont ils répriment la liberté d’expression, la façon dont ils répriment la foule, la manière dont les gens sont traités, il y a de vrais doutes » sur la légitimité de la réélection du président Ahmadinejad.
M. Ahmadinejad a qualifié le scrutin de « camouflet » pour les « oppresseurs » du monde, en allusion à l’Occident.
En Israël, le premier ministre Benyamin Nétanyahou a affirmé qu’un Iran doté de l’arme nucléaire constituerait « la plus grande menace pour Israël, le Proche-Orient et le monde entier. C’est la rencontre entre l’arme nucléaire et l’islam radical », a-til dit.
M. Ahmadinejad a répété que le dossier du nucléaire iranien appartenait « au passé ».
Le représentant spécial de la France pour l’Afghanistan et le Pakistan, Pierre Lellouche, a pour sa part redouté que la réélection de M. Ahmadinejad « donne une bonne excuse » aux partisans en Israël d’une attaque.
Tout en exprimant ses « doutes » sur la validité de la réélection de M. Ahmadinejad, M. Lellouche a craint une « réaction en chaîne » dans la région.
Les Pays-Bas ont estimé qu’il « semble certain » que la présidentielle a été « influencée » alors que l’Italie a dit suivre « avec attention et inquiétude » la situation.
L’Allemagne a condamné les violences policières à l’encontre de manifestants et demandé la lumière sur les irrégularités présumées.
Amnistie internationale a appelé les autorités iraniennes à ouvrir immédiatement une enquête sur la répression et demandé que les responsables d’atteintes aux droits de l’homme soient traduits en justice.
Le président irakien, Jalal Talabani, a été l’un des rares hier à féliciter M. Ahmadinejad pour sa victoire.




Coup de vieux à Téhéran  -  Mario Roy
Secoué par la jeunesse, l’édifice iranien vacille, mais ne s’écroule pas.
Bien sûr, le mot-clé est : déception. Après le discours historique de BarackObama au Caire, après les élections parlementaires libanaises qui ont rabroué la coalition pro-iranienne et pro-syrienne, on cultivait l’espoir que le scrutin présidentiel iranien allait lui aussi souffler un vent d’ouverture et de conciliation. Ça n’a pas été le cas. Et, pire encore, on ne saura sans doute jamais dans quelle mesure la réélection de Mahmoud Ahmadinejad aura été usurpée.
Il semble extrêmement douteux qu’il puisse se féliciter d’un « appui populaire » égal à 63%, en effet, sans que la mécanique électorale ait été sabotée. (Il est certain, par exemple, que la circulation de l’information électronique – télévision, téléphonie, internet – a été trafiquée.) C’est ce que retient une bonne partie de l’opinion internationale, exprimée notamment par le vice-président américain, Joe Biden, et le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. En même temps, la marge qui sépare le président réélu de son principal opposant, Mir Hossein Moussavi (34% des voix), est si considérable qu’on se demande si une fraude, mêmemassive, pourrait entièrement l’expliquer.
Ainsi donc, les formidables images d’une jeunesse iranienne – surtout féminine – avide de réformes et de liberté, diffusées partout dans le monde pendant la campagne électorale, auront été trompeuses. Ça s’est déjà vu ailleurs. Comme sont probablement trompeuses aussi les escarmouches de rue qui ont lieu à Téhéran depuis vendredi soir, les plus considérables depuis les émeutes étudiantes de 1999, ou peut-être même depuis les soubresauts de la révolution islamique de 1979.
Bien entendu, cette rébellion « verte » est durement réprimée. Hier, elle a été médiatiquement ensevelie sous les sons et lumières d’un gigantesque rassemblement pro-Ahmadinejad portant la signature du téléguidage étatique. Hier également, des journaux étaient fermés; les communications toujours perturbées; les rues quadrillées par la police, l’armée et les milices du pouvoir; des dizaines d’opposants emprisonnés; Moussavi placé sous surveillance.
L’édifice vacille mais ne s’écroule pas.
Qu’en retenir? Insuffisance de l’élan progressiste, ou puissance inaltérée et brutale du régime, ou les deux? Le résultat est le même. L’ I r a n du pré s i dent Ahmadinejad, dont la victoire a été dûment reconnue par le Guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, demeure en l’état: hostile à l’Occident et à Israël, commanditaire de la violence politicoreligieuse, imprévisible sur le plan nucléaire, idéologiquement figé et économiquement handicapé sur le plan intérieur.
Tout de suite, on voit une sorte de cercle vicieux se refermer.
Dans son premier discours à la nation en matière de politique extérieure, hier, le premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, a évoqué des négociations de paix inscrites dans un contexte rigide: un éventuel État palestinien est possible, certes, mais privé de maints attributs de la souveraineté... y compris, expressément, la possibilité de nouer des relations avec l’Iran.
En 48 heures, les belles et grandes paroles du Caire ont décidément pris un coup de vieux.




LACHAPE DE PLOMB APRÈS L’EUPHORIE? -  Laura-Julie Perrault

Le dépouillement des voix s’est fait derrière des portes closes.
Pendant quelques heures la semaine dernière, alors que des images d’électeurs en liesse émergeaient de l’Iran, la République islamique a pris le visage d’une démocratie. Mais pour des millions d’Iraniens, hier, l’euphorie a fait place à la désillusion alors que le président ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad était réélu dans la controverse et la violence.
Tout avait pourtant si bien commencé. La liberté d’expression, habituellement sous haute surveillance dans le pays des ayatollahs, semblait avoir gagné beaucoup de terrain à la veille de l’élection présidentielle.
Vêtus de vert, les centaines de milliers de partisans du principal candidat réformiste, Mir Hossein Moussavi, croyaient déjà à leur victoire contre le président Ahmadinejad. Poussant leurs foulards vers l’arrière pour dévoiler des cheveux blonds, roux ou noisette, de jeunes femmes de Téhéran accordaient des entrevues aux médias étrangers. À la télévision nationale, les trois candidats rivaux du président sortant s’en donnaient à coeur joie pour critiquer le bilan des quatre dernières années.
Tout ça sentait le printemps de Prague ou la révolution orange ukrainienne. D’ailleurs, la majorité des Iraniens semblait avoir été gagnée par la fièvre électorale. Alors que l’élection présidentielle de 2005 avait été largement boycottée, le scrutin de vendredi a attiré 85% des électeurs. Les bureaux de scrutin, qui ont parfois manqué de bulletins, sont restés ouverts six heures de plus que prévu.
Avec une telle participation, le résultat du vote promettait de donner le pouls de la population iranienne : qu’allaient préférer les électeurs entre un président provocateur qui tient tête à l’Occident, défend l’enrichissement de l’uranium, nie l’Holocauste mais promet de redistribuer les richesses du pétrole, et un ancien premier ministre fidèle au souvenir de l’ayatollah Khomeini mais favorable aux libertés individuelles et au dialogue avec l’Ouest?
Un bien court printemps
Plusieurs attendaient la réponse sur le bout de leur chaise. Mais il semble maintenant clair qu’ils ne l’obtiendront jamais.
Quelques heures à peine après la fin du vote, un responsable du ministère de l’Intérieur a annoncé la victoire écrasante de Mahmoud Ahmadinejad au premier tour de scrutin. Selon le décompte officiel, ce dernier a obtenu plus de 62,6% des voix et Mir Hossein Moussavi, 34%. Les deux autres candidats se sont contentés de grenailles.
 
Les jours qui suivront seront cruciaux pour l’avenir de la République islamique.
Le dépouillement des voix s’est fait derrière des portes closes, sans grande transparence et sans aucune supervision internationale.
À gauche, des partisans en colère brandissent la photo du candidat réformateur Mir Hossein Moussavi dans les rues de Téhéran. À droite, un émeutier accueilli par les policiers à coups de matraque.
Moins de deux heures après le début de l’opération, l’agence de presse de la République islamique, l’IRNA, contrôlée par le gouvernement, a annoncé les résultats. Comment les autorités ont-elles pu dépouiller en deux heures des boîtes de scrutin provenant parfois de l’étranger ou de coins reculés de l’Iran? ont alors demandé les critiques.
M. Moussavi a vite dénoncé les irrégularités du vote, rejeté la validité du résultat et demandé au guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, d’intervenir pour rétablir la justice.
Quali fiant les résultats de l’élection de « mensonge, d’hypocrisie et de fraude », le réformiste défait a demandé à ses partisans de le soutenir.
Même s’il a exhorté ses partisans au calme, la grogne ne s’est pas fait attendre. Des milliers de personnes – parmi les mêmes qui avaient manifesté pacifiquement la semaine dernière – sont à nouveau sorties dans les rues. Ces manifestations ont vite tourné au vinaigre quand la police anti-émeute les a dispersées à coup de matraques et de gaz lacrymogène. Des affrontements violents ont eu lieu aux quatre coins de la capitale.
« Àbas la dictature »
Les forces de l’ordre, qui étaient restées passives pendant les rassemblements politiques préélectoraux, ont vite montré de quoi elles étaient capables : au moins une personne a été tuée dans les émeutes et des dizaines d’autres ont été blessées. Le réseau cellulaire, qui permettait aux partisans de M. Moussavi de s’organiser, a été verrouillé et l’Université de Téhéran, siège du mouvement étudiant, bouclée.
La réaction des policiers n’a pas empêché les manifestants de hausser le ton. « À bas la dictature », « À bas le gouvernement du coup d’État » sont parmi les slogans qui ont retenti dans Téhéran. Ces coups de gueule témoignent d’un durcissement de la dissidence parmi les jeunes Iraniens, largement majoritaires dans le pays.
À eux seuls, les Iraniens de moins de 30 ans forment 70% des 67 millions de citoyens que compte le pays. Durement frappée par le chômage – évalué à près de 25% –, cette génération, née après la Révolution, est un baril de poudre prêt à exploser, selon bien des experts de l’Iran.
Les jours qui suivront seront cruciaux pour l’avenir de la République islamique. Le régime chiite, dont l’ayatollah Khamenei tient les rênes, répondra-t-il politiquement à la colère des partisans de Moussavi ou aura-t-il recours à la violence, aux exécutions arbitraires et à la terreur politique comme il l’a si souvent fait dans le passé pour écraser la dissidence ?
Le court printemps électoral se terminera-t-il comme celui de Prague, avec l’imposition d’une chape de plomb, ou la participation massive aux élections aurat-elle prouvé au pouvoir religieux que l’Iran doit composer avec une nouvelle force vive : sa jeunesse ?
De l a réponse dépend ra l’image que le monde entier aura du pays le plus puissant du Moyen-Orient et, du coup, la place qui lui sera accordée à la table des nations. Il y a fort à parier que Barack Obama ne sera pas intéressé à renouer des liens avec un État sanguinaire.
« Où sont passés leurs votes? »
L’élection vue par des Iraniens de Montréal
Sanam n’a pas voté vendredi aux élections présidentielles iraniennes. Elle était convaincue que son geste serait inutile parce que, se disait-elle, le candidat de son choix, le réformateur Mir Hossein Moussavi, obtiendrait assez d’appuis pour forcer la tenue d’un deuxième tour le 19 juin. Le choc a été terrible hier matin quand elle a appris la victoire haut la main du président sortant, Mahmoud Ahmadinejad. Comme plusieurs Iraniens rencontrés hier par elle crie à la fraude.
« Je savais qu’il y aurait des irrégularités, mais pas à ce point-là! On a vu les images à la télévision de ces millions de gens qui allaient voter pour Moussavi. Où sont passés leurs votes? On essaie de nous faire croire qu’ils se sont miraculeusement transformés en appuis pour Ahmadinejad? N’importe quoi! » lance la jeune femme, qui préfère taire son patronyme pour éviter les ennuis avec les autorités iraniennes.
La Presse,
Rouzbeh Maleki partage la colère de Sanam. Il était en Iran, il y a un mois, alors que la campagne présidentielle battait son plein. « Personne ne parlait d’Ahmadinejad. Les gens n’en avaient que pour Moussavi, et vendredi, les sondages à la sortie des urnes lui donnaient un appui très fort. Personne ne doit croire les chiffres officiels. On nous ment », affirme le jeune homme, responsable d’un site internet destiné à promouvoir la culture iranienne à Montréal.
« C’est la gouvernement laissera jamais le peuple avoir droit de parole. Il manipule tout », estime Hassan Rajaei, déçu mais nullement surpris de la tournure des événements. « Aussi longtemps que l’ayatollah Ali Khameini sera en place, rien ne changera. Il a le pouvoir de tout décider dans ce pays. Cette élection, ce n’était rien de plus qu’une pièce de théâtre », approuve Siavash Saberi. preuve que
corrompu ce ne le
Ne pas sauter aux conclusions
Rencontré au supermarché iranien Akhavan, rue Sherbrooke Ouest, Ali Tavakolrastani fait entendre un autre son de cloche. « Tant qu’on ne nous aura pas fait la preuve qu’il y a eu fraude, il ne faut pas sauter aux conclusions », soutient-il.
Contrairement à la plupart des Iraniens interrogés hier, il croit que ses compatriotes devraient se réjouir du résultat du scrutin. « Les gens ont voté librement, et la technologie en place était adéquate pour contrer la falsification », affirme-t-il. Mieux : le résultat est d’autant plus valable que le taux de participation a été des plus élevés, à 85%.
Mais Abbas, 32 ans, ne croit pas que les jeunes Iraniens seront du même avis. Il craint que les prochains jours ne soient sanglants dans son pays natal. « Ils n’accepteront pas le résultat et les autorités vont répliquer s’ils protestent. »

LE VRAI PATRON, L’AYATOLLAH KHAMENEI
Si, aux yeux du monde, le président est le visage de l’Iran, personne à l’intérieur de la République islamique ne doute de l’identité du vrai patron du pays : l’ayatollah Khamenei. Guide suprême de la Révolution islamique, le religieux chiite qui a remplacé l’ayatollah Khomeini est à la fois le chef politique et religieux du pays. Il dispose d’un droit de veto sur toutes les décisions du président. Il a le pouvoir de pourvoir les postes influents non élus. Le pouvoir de reconnaître le président lui revient. Hier, il a pris le parti de Mahmoud Ahmadinehad, demandant aux trois autres candidats de baisser les bras. Ses prises de position sont habituellement sans appel.





Ahmadinejad crie victoire
— Le président sortant de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, filait vers la réélection à l’issue du scrutin présidentiel d’hier en Iran, selon les résultats fournis par les autorités au terme d’une journée de mobilisation inédite.
Des Iraniennes font la file pour voter, dans un bureau de scrutin de Téhéran, hier.
Au moment de mettre sous presse, sur près de 90% des urnes ouvertes, soit l’équivalent de quelque 29 millions de bulletins, M. Ahmadinejad était crédité de 65% des voix, selon le président de la commission électorale au ministère de l’Intérieur, Kamran Daneshjoo, qui a précisé que les votes comptabilisés jusque-là concernaient l’ensemble du pays.
Son principal rival, le conservateur modéré Mi r Hossein Moussavi, qui avait clamé sa victoire à la clôture du scrutin, obtenait 32%.
Depuis l’annonce des premiers résultats partiels, le Ministère n’a fourni aucun chiffre sur le taux de participation. M. Daneshjou a dit penser que le taux de participation « sera de plus de 35 millions de votes, soit un taux de 75% à 80% ».
Le président ultraconservateur avait plus de 9,5 millions de voix d’avance.
« La différence entre le nombre de votes obtenus parAhmadinejad et ceux recueillis par ses rivaux est telle que tout doute sur sa victoire sera interprété comme une forme d’humour par l’opinion publique », a dit son directeur de campagne, Mojtaba Samareh Hachémi, cité par l’agence Fars.
M. Samareh Hachémi a ridiculisé l’annonce de M. Moussavi en ces termes : « L’annonce théâtrale d’une victoire par ceux qui ont perdu l’élection est le dernier épisode d’un projet de propagande irréelle et négative mené depuis trois mois. »
M. Moussavi et ses partisans ont dénoncé une manipulation du scrutin et des violations dans son déroulement, alors que la participation record constatée par les autorités était censée favoriser sa candidature.
Des supporters se sont rendus dans les rues de Téhéran au milieu de la nuit pour célébrer la victoire.
Mahmoud Ahmadinejad « est un génie », clamaient certains. « Je suis heureux de la victoire de mon candidat. Il aide les pauvres et attrape les voleurs », a expliqué Kamra Mohammadi, 22 ans.
Les deux autres candidats, le réformateur Mehdi Karoubi et le conservateur Mohsen Rezaï, ont obtenu moins de 2% des voix.
Le résultat officiel devait être annoncé ce matin par le ministère de l’Intérieur.
Pour être élu au premier tour, tout candidat doit obtenir au moins 50% des voix plus une.
Après l’annonce de la fermeture des bureaux de vote, en soirée, M. Moussavi, 67 ans, avait revendiqué une large victoire.
Mais, peu après, l ’agence officielle I rna avait annoncé un net succès de Mahmoud Ahmadinejad.
Dans le communiqué lu à la presse, M. Moussavi a par ailleurs affirmé que ses équipes avaient « constaté dans certaines villes comme Shiraz, Ispahan et Téhéran un nombre insuffisant de bulletins de vote ».
« Certains de nos QG ont été attaqués. Je poursuivrai, avec le soutien du peuple, les personnes à l’origine de ces actes illégaux », a-t-il assuré.
Avec une mobilisation « sans précédent », selon le ministère de l’Intérieur, l’heure de clôture du scrutin n’a cessé d’être repoussée. Dans un communiqué, le ministère de l’Intérieur a fini par annoncer la fermeture des bureaux à 22 h. Mais il a ajouté que tout électeur faisant la queue devait pouvoir déposer son bulletin.
La campagne électorale s’est déroulée dans un climat acerbe entre candidats mais aussi dans une atmosphère festive, à un degré jamais vu en 30 ans de république islamique.
Elle a aussi reflété des divisions profondes sur l’avenir de l’Iran après quatre ans de mandat Ahmadinejad.




Ahmadinejad en mauvaise posture
L’économie en ruine coulera-t-elle le président iranien?
Ahmadinejad pourrait devenir le premier président iranien à ne pas être réélu.
L’auteur est chercheur associé au groupe d’étude et de recherche sur la sécurité internationale et à la chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques. Il séjourne présentement en Iran. En ce 20e anniversaire de la mort de l’ayatollah Khomeini, le régime iranien vit l’une des plus importantes campagnes électorales, étant donné le mécontentement d’une majorité de citoyens à l’égard du président Mahmoud Ahmadinejad.
Contrairement aux idées reçues en Occident, les Iraniens ne votent que rarement sur les questions de politique étrangère. Avec une inflation avoisinant les 30%, un taux de chômage estimé à 20% et une corruption rampante, la frustration gronde dans les rues du pays.
Les doléances au sujet du prix de la nourriture et des logements arrivent au premier rang. Le programme nucléaire, l’ouverture du président Obama et la situation chez les voisins irakien et afghan font rarement l’objet de débats. Pour les électeurs, cette situation reflète la mauvaise gestion, devenue incontestable, d’Ahmadinejad. Pour plusieurs, les mauvaises décisions du président ont presque ruiné l’économie. Même l’immobilier, seul refuge économique dans l’Iran sous sanctions américaines, vit son premier ralentissement en plus de 15 ans.
Derrière Ahmadinejad se tient le mouvement des conservateurs. Ces derniers prônent un retour aux idéaux islamiques de la révolution de 1979, en prêchant des politiques allant d’un habillement plus traditionnel pour les femmes à un ton combatif face à l’Occident, particulièrement les États-Unis. La masse de leur soutien provient de la classe défavorisée et pieuse du sud de Téhéran, des régions rurales et de l’armée.
À l’instar de sa campagne de 2005, Ahmadinejad a choisi le thème du combat contre la corruption comme principal cheval de bataille. Lors d’un récent débat télévisé, il est allé jusqu’à accuser de corruption d’importants membres de l’establishment politico-religieux – dont un ancien président. En matière de politique étrangère, il persiste à jouer sur la fibre nationaliste alors qu’il affirme son « refus d’accepter les insultes des grandes puissances » tout en réitérant son appui inébranlable au programme nucléaire.
Un autre candidat conservateur, Mohsen Rezaï, l’ancien chef des Gardiens de la Révolution, est présent dans la course, même si ses chances de gagner – ou même de passer au deuxième tour – sont minces.
Les réformateurs ont aussi deux candidats: Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karroubi. Leur principal soutien vient de la classe moyenne et riche des grandes villes, de la majorité des femmes, des minorités ethniques et surtout des jeunes – qui représentent 60% des 70 millions d’habitants.
Les réformateurs prônent des changements tels que la démocratisation des institutions, davantage de droits pour les femmes et une politique étrangère plus conciliante. Mir Hossein Moussavi, architecte de formation et premier ministre lors de la guerre Iran–Irak (19801988), avait quitté le monde politique à la suite de l’abolition de son poste en 1989. Les cheveux et la barbe blanchis, il répète sans cesse qu’il est de retour pour « venir à la défense de son pays qu’Ahmadinejad a mis en danger ».
Moussavi tente d’amener le débat sur un terrain glissant pour l’actuel président : l’économie et la politique étrangère. Il propose certaines réformes pour contrôler le fléau inflationniste et reproche à Ahmadinejad ses diatribes irresponsables au sujet de l’Holocauste, Israël et l’Occident.
L’autre candidat réformateur, Mehdi Karroubi, est un clerc modéré et ancien président du Parlement. Il vient de faire une récente remontée dans les sondages grâce à un discours populiste. Karroubi pourrait empiéter sur les chances de Moussavi de passer au deuxième tour.
Étant donné l’hyper mobilisation des conservateurs dans les milieux démunis et pieux, Ahmadinejad est presque assuré de passer au deuxième tour. La question est donc quel réformateur l’opposera: Moussavi ou Karroubi?
Le meilleur moyen pour les réformateurs de faire sortir leur électorat de leur torpeur est de répéter: « Êtes-vous mieux maintenant qu’il y a quatre ans? ». Si la réponse est aussi claire pour la population qu’elle semble l’être pour les observateurs, Ahmadinejad pourrait devenir le premier président de la République islamique à ne pas être réélu.


L’arme secrète en tchador -  Laura-Julie Perrault
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE IRANIENNE Aujourd’hui, en passant aux urnes pour choisir un président, les Iraniens mettront fin à la campagne électorale la plus enlevante que la République islamique ait connue depuis des décennies. Les candidats ont rivalisé d’i
« Sa présence a tout changé dans la campagne présidentielle. Elle a permis à Mir Hossein Moussavi de devenir le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad (le président sortant) et de reléguer l’autre candidat réformiste, Mehdi Karroubi, au second rang. »
Quand l’un des candidats à la présidence iranienne s’est présenté avec sa femme lors d’un rassemblement politique à Tabriz le mois dernier, beaucoup d’Iraniens se sont frotté les yeux pour s’assurer qu’ils ne rêvaient pas. Jamais, depuis la révolution islamique de 1979, une épouse d’aspirant président n’avait été mise de l’avant.
Zahra Rahnavard, la femme du candidat Mir Hossein Moussavi, a bousculé les traditions. Jamais, depuis la révolution islamique de 1979, une épouse d’aspirant président n’avait été mise de l’avant.
Principal candidat réformiste à l’élection d’aujourd’hui, Mir Hossein Moussavi ne s’est pas contenté de présenter sa conjointe, Zahra Rahnavard, à la foule. Il lui a tenu la main et donné la parole.
Âgée de 64 ans, Mme Rahnavard est bien connue en Iran. Ancienne doyenne de l’Université féminine de Téhéran, elle est aussi une sculptrice accomplie. Les Iraniens de plus de 40 ans voient en elle un symbole de la révolution islamique : laïque dans les années 70, la détentrice d’un doctorat a choisi de son plein gré, pour des raisons politiques, de mettre le voile en 1979.
Bien qu’elle porte le tchador – le long voile noir qu’arborent habituellement les femmes les plus conservatrices en Iran –, Mme Rahnavard n’a pas la langue dans sa poche. « Éliminer la différence entre les hommes et les femmes est ma priorité absolue », s’est-elle exclamée lors d’un récent discours. Si son mari est élu président de l’Iran, elle promet qu’elle veillera personnellement à ce qu’il se batte pour permettre aux femmes de s’habiller comme bon leur semble et pour faire abolir les lois discriminatoires.
« Sa présence a tout changé dans la campagne présidentielle. Elle a permis à Mir Hossein Moussavi de devenir le principal rival de Mahmoud Ahmadinejad (le président sortant) et de reléguer l’autre candidat réformiste, Mehdi Karroubi, au second rang », note Roksana Bahramitash, professeure au programme d’études iraniennes à l’Université Concordia.
En avant, toutes !
Les adversaires de M. Moussavi n’ont pas tardé à réagir à l’apparition surprise de Mme Rahnavard. Lor s d’un débat t é l év i sé, Mahmoud Ahmadinejad a remis en cause le doctorat de l’épouse de M. Moussavi, un coup sous la ceinture qui a été tourné en ridicule par les réformistes.
Quelques jours plus tard, alors qu’il faisait campagne dans l’Iran rural, le politicien conservateur était accompagné de sa propre épouse. Au pouvoir depuis 2005, il ne l’avait jamais présentée en public.
L’autre candidat conservateur, Mohsen Rezaï, est embarqué dans la danse. Il a convoqué la presse lorsque sa femme s’est inscrite sur la liste électorale. Le réformiste Mehdi Karroubi, qui met de l’avant un agenda profemmes, a pour sa part confié la gestion de sa campagne dans la capitale iranienne à son épouse, Fatemeh, 63 ans, éditrice d’une revue féminine influente.
Place primordiale
Cette nouveauté dans la campagne électorale a attiré tantôt des louanges des médias, tantôt des critiques des religieux, mais elle a changé la donne en propulsant la question du droit des femmes au premier plan.
En Iran, plusieurs lois religieuses maintiennent les femmes dans des positions inférieures. En cas de divorce, elles ont peu de chance de conserver la garde des enfants ou d’obtenir une pension alimentaire. En cour, leur témoignage vaut la moitié de celui d’un homme.
L’espoir de changement à ce chapitre a attiré beaucoup de jeunes femmes iraniennes dans les rues cette semaine. Drapées de vert, elles ont scandé le nom de Mir Hossein Moussavi. Et à l’occasion, celui de sa femme. Aujourd’hui, elles voteront.



LE CHOIXDE L’IRAN -  Laura-Julie Perrault
Manifestations monstres, bataille épique sur Facebook, débats télévisés enlevants. La campagne pour la présidence soulève les passions en Iran et dans la grande diaspora perse. Parmi les enjeux, l’économie, les libertés individuelles, mais surtout l’image
Portant du vert, les supporteurs de Mir Hossein Moussavi ont envahi les rues de Téhéran cette semaine. Le candidat réformiste est populaire auprès des jeunes et des femmes. Ancien premier ministre de l’Iran, il espère ravir la présidence à l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad.

Rock star « révolutionnaire »
Avec ses cheveux blancs, ses lunettes et sa barbichette, Mir Hossein Moussavi, 67 ans, n’a pas vraiment les airs d’une « rock star ». Pourtant, depuis un mois, une partie de la jeunesse iranienne a fait de l’ancien premier ministre iranien son icône. Portant les couleurs de sa campagne, le vert – à la fois symbole d’espoir et de l’islam –, ses jeunes supporteurs scandent son nom dans les rues. Sur les affiches qu’ils brandissent, on peut lire une inscription en anglais : « Un nouveau bonjour au monde. » Sur d’autres, on peut voir le candidat réformiste tenir son épouse, l’intellectuelle Zahra Rahnavard, par la main, un geste osé dans l’espace public iranien où les contacts entre sexes opposés sont surveillés de près.
On peut dire avec certitude que Mir Hossein Moussavi est un candidat « révolutionnaire ». Proche de l’ayatollah Khomeiny lors de la révolution islamique de 1979, cet architecte de formation, originaire de la province azerbaïdjanaise de l’Iran, a occupé de nombreux postes au sein du régime islamiste, dont il ne remet pas l’existence en question.
Les Iraniens de plus de 30 ans se souviennent de son passage au poste de premier ministre de 1980 à 1989, date à laquelle ce poste a été aboli. Au cours de la guerre Iran-Irak, il a été le premier à mettre sur pied un filet social pour les plus démunis.
Depuis, il a surtout occupé des postes dans les coulisses du pouvoir. De 1989 à 2005, il a été parmi les proches conseillers du président réformiste Mohammad Khatami. En mars, ce dernier s’est d’ailleurs retiré de la course présidentielle afin de faire plus de place à son collaborateur de longue date. Comme M. Khatami, Mir Hossein Moussavi prône l’élargissement des libertés individuelles en Iran. Il promet aussi de travailler très fort pour faire abroger les lois discriminatoires à l’égard des femmes.
Mais c’est son désir d’engager le dialogue avec les États-Unis et le reste du monde qui semble lui gagner le plus de soutien. Plusieurs Iraniens voient dans celui qui a, jusqu’à tout récemment, présidé l’Académie des arts de l’Iran, un homme de culture, parlant l’anglais et l’arabe en plus du farsi. Ils savent depuis tout récemment qu’il utilise habilement Facebook et Twitter pour véhiculer ses idées, un atout de taille dans un pays où la liberté d’expression passe d’abord et avant tout par le web.


De fils de forgeron à protégé des ayatollahs
« Ahmadinéquoi? » Quand il a été élu à la présidence iranienne en 2005, Mahmoud Ahmadinejad, alors âgé de 48 ans, était un illustre inconnu sur la scène internationale et dans beaucoup de milieux iraniens.

Sa victoire contre l’ancien président, le richissime Hachémi Rafsandjani, a rappelé aux experts de l’Iran, qui ne prédisaient en rien le plébiscite de l’ancien maire de Téhéran, que les campagnes iraniennes et les pauvres des villes n’avaient pas dit leur dernier mot.
Filsdeforgeron, MahmoudAhmadinejad est né Mahmoud Saborjhian dans un village du nord de l’Iran. Sa famille aurait adopté le nom Ahmadinejad, qui fait référence à la lignée du prophète Mahomet, lors d’un déménagement à Téhéran. Le milieu modeste dont il est issu n’a pas empêché Mahmoud Ahmadinejad de faire de longues études pour obtenir un doctorat en génie civil après avoir pris part à la guerre entre l’Iran et l’Irak dans les années 80.
Malgré sa fulgurante ascension sociale, le président iranien se dit encore aujourd’hui près des préoccupations du peuple. C’est d’ailleurs sa promesse de mettre « l’argent du pétrole iranien sur les tables des familles » qui l’a porté à la présidence en 2005. Pendant la campagne qui s’est terminée hier, il a promis de redistribuer encore plus de richesses s’il est reporté au pouvoir. Pour prouver ses bonnes intentions, il a distribué des chèques de voyage d’une valeur de 50$ et des pommes de terre aux paysans qui constituent une partie importante de son électorat. Les deux tactiques populistes ont soulevé l’ire de ses adversaires.
Lors de sa première élection en 2005, un autre élément de sa biographie a surpris: jamais avant lui, un laïc n’a réussi à remporter la présidence. S’il ne porte pas le turban des mollahs, Mahmoud Ahmadinejad ne dissimule pas ses profondes croyances religieuses. Sur son blogue, traduit en plusieurs langues, il cite copieusement les penseurs chiites les plus conservateurs. Il est le disciple de l’ayatollah Mohammad Yazdi, qui prône le strict respect des préceptes de l’islam chiite même à l’étranger et recommande aux diplomates iraniens de ne pas adresser la parole aux femmes ne portant pas le hijab. Alors qu’il était maire de Téhéran de 2003 à 2005, Ahmadinejad avait proposé d’affecter certains trottoirs aux femmes et d’autres aux hommes.
À l’étranger, il est surtout connu pour ses attaques virulentes contre Israël et ses bravades sur le dossier nucléaire. Peu populaires auprès du public occidental, ses opinions en matière de politique étrangère lui ont donné un statut de héros dans les milieux les plus conservateurs de l’Iran et de certains pays arabes. Il est d’ailleurs dans les bonnes grâces de l’ayatollah Khamenei et de l’armée iranienne.

TOUS DES HOMMES BARBUS
Ne devient pas candidat à l’élection présidentielle qui veut en Iran. Au printemps, les Iraniens intéressés par l’emploi ont dû soumettre leur candidature au Conseil des gardiens. Ce comité de 12 religieux a le pouvoir d’établir si les aspirants sont assez fidèles aux principes de la République islamique et assez pieux pour occuper le plus haut poste élu du pays. Cette année, des 450 appelés, dont 42 femmes, il n’y a eu que 4 élus : tous des hommes barbus. Demain, tous les Iraniens de 18 ans et plus seront appelés à choisir l’un des quatre candidats autorisés. Les résultats de ce premier tour seront annoncés samedi. Si aucun des candidats n’a obtenu la majorité absolue, un second tour de scrutin se tiendra dans les deux prochaines semaines. Avant de pouvoir prendre les rênes de la présidence en août, l’élu devra recevoir l’assentiment du guide suprême de la révolution, l’ayatollah Ali Khamenei, véritable détenteur du pouvoir en Iran.


Les Iraniens de Montréal derrière Moussavi
UNE CAMPAGNE SUIVIE DE PRÈS
« On ne peut être confiant en la victoire de Moussavi. Des gens disent qu’Ahmadinejad va tricher. Mais si on vote très nombreux, il ne peut pas tricher. »
Niloufar Sadr n’a pas exercé son droit de vote aux dernières élections iraniennes, mais elle le regrette. Demain, rien ne l’empêchera de se rendre à Ottawa pour choisir qui sera le prochain président de la Républ ique islamique. « J’y vais avec mes enfants et tous les amis que je connais. Après, on espère qu’on va fêter pour Moussavi, dit-elle. On ne veut pas avoir quatre ans de plus avec Ahmadinejad. »
Les partisans de Mir Hossein Moussavi, sérieux adversaire au président sortant, se sont rassemblés dans le stade de Téhéran avant-hier pour marquer leur soutien à leur candidat.
La communauté iranienne de Montréal prend à coeur la campagne pour la présidence dont les organisateurs attendent une participation record. La plupart des Montréalais d’origine iranienne interviewés par La Presse souhaitent voir Mir Hossein Moussavi, du camp réformiste, l ’ empo r t e r su r Ma hmoud Ahmadinejad, le président sortant ultraconservateur.
« On veut refaire la réput at ion de l ’ I ran à l ’ i ntern a t i ona l » , di t Mme Sad r , responsable de la galerie d’art et la librairie Mekic, située sur le Plateau-Mont-Royal.
Confiante en la victoire de Moussavi ? « Non. On ne sait jamais, répond la femme de 50 ans. Des gens disent qu’Ahmadinejad va tricher. Mais si on vote très nombreux, il ne peut pas tricher. »
Le père de Mme Sadr a été ministre sous le gouvernement de Bazargan, tout juste après la révolution. L’homme de 92 ans est toujours en Iran. Il milite toujours pour son pays, explique sa fille.
Les éle c t ions de dema i n soulèvent les passions. Pour Behrooz Salemi, croisé hier à l’épicerie iranienne Akhavan, rue Sherbrooke Ouest, Moussavi représente la liberté. Son discours est plus modéré. « Il est plus instruit et ouvert sur le monde », indique-t-il.
L’homme de 50 ans lance à la blague que ce sont les « fanatiques » qui votent pourMahmoud Ahmadinejad. Il veut taquiner un autre client pour qui c’est le cas. « Ahmadinejad croit et il fait la parole de Dieu », explique Ali Askhat Mohammadi pour justifier son choix.
Avec Barack Obama au pouvoir aux États-Unis, M. Haj Ali croit aussi que c’est mieux que Moussavi soit le prochain président. Mais le caissier de l’épicerie Akhavan a de bons mots pour Ahmadinejad.
« Il a osé se tenir devant les États-Unis, explique-t-il. Il y est allé plusieurs fois. Je n’étais pas d’accord avec son discours, mais il a osé aller le défendre à Larry King et dans les universités. »
« Il a triplé les salaires des plus pauvres et il a haussé les pensions des plus vieux », ajoute-t-il.
Mais pour M. Salemi, « il a fait ça pour des raisons politiques » . Les experts disent qu’Ahmadinejad l’a emporté à cause de l’appui des gens plus pauvres et des populations rurales, rappelle-t-il. « Moussavi est plus instruit et moins populiste. »
Si les Iraniens de Montréal fondent beaucoup d’espoi r en la victoire de Mir Hossein Moussavi, encore faut-il que les élections se déroulent en bonne et due forme. « Dans les villages, les gens ne sont pas enregistrés. Ils n’ont pas de certificat de naissance », rappelle M. Haj Ali.

Mise en garde au guide suprême
La campagne présidentielle a pris hier un tour polémique en Iran avec l’avertissement sans précédent de l’ex-président Rafsandjani au guide suprême Ali Khamenei sur de possibles troubles s’il reste silencieux dans le conf lit l’opposant au président sortant Mahmoud Ahmadinejad.
Ce dernier a accusé M. Rafsandjani et son fils Mohsen de corruption au cours d’un récent débat télévisé contre Mir Hossein Moussavi, son principal adversaire pour le scrutin de vendredi.
M. Rafsandjani s’est vu refuser un droit de réponse par la télévision d’État, dont le directeur est nommé par le guide suprême, au motif qu’il n’est pas candidat à l’élection.
En revanche, le président Ahmadinejad a obtenu un temps d’antenne mercredi soir pour démentir les « allégations » de ses adversaires qui contestaient notamment son bilan économique.




L’Iran en quête d’un nouveau visage -  Laura-Julie Perrault
ÉLECTION PRÉSIDENTIELLE VENDREDI Vendredi, 46 millions d’électeurs iraniens sont appelés à choisir le président de la République islamique. Les organisateurs du scrutin prévoient une participation record, signe de l’importance que revêt cette élection à l
« Celui qui remportera la présidence va contrôler le dialogue avec les États-Unis. »
Habituellement emplies du vacarme des voitures et des klaxons hyperactifs, les rues de la capitale iranienne sont le théâtre d’un autre genre de tintamarre ces jours-ci. Quotidiennement, des centaines de milliers de manifestants envahissent les rues de Téhéran pour faire entendre leur voix... et celle du candidat qu’ils cautionnent.
Populaire auprès des étudiants, l’ancien premier ministre Mir Hossein Moussavi tentera de battre l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, lors de l’élection présidentielle iranienne vendredi. Ses supporters, dont cette jeune femme de Téhéran, n’hésitent pas à porter du vert, la couleur de la campagne de M. Moussavi, pour montrer leur soutien. Hier, des centaines de milliers de personnes ont participé à des manifestations dans la capitale iranienne.
Une partie d’entre eux y sont pour défendre le président actuel du pays, Mahmoud Ahmadinejad, qui espère se faire réélire vendredi. En scandant « Ahmadi, bye-bye! » des centaines de milliers d’autres veulent l’en empêcher.
Selon les journalistes qui les ont abordés, ces derniers soutiennent majoritairement la candidature de Mir Hossein Moussavi, le principal candidat du camp réformiste dans cette course présidentielle qui attise les passions.
Ancien premier ministre de l’Iran, M. Moussavi veut obtenir assez de voix vendredi pour affronter à nouveau Ahmadinejad lors d’un second tour. Sa réussite ne serait pas banale: depuis l’établissement de la République islamique, les présidents iraniens n’ont jamais eu de difficulté à obtenir un second (et dernier) mandat. Mahmoud Ahmadinejad pourrait devenir l’exception à la règle.
Bonnet blanc, blanc bonnet ?
Mais que changerait exactement l’élection d’un nouveau président en Iran?
À l’interne, l’économie est l’un des principaux enjeux du scrutin: le chômage dépasse les 10% et l’inflation frôle 30%.
C’est en promettant une meilleure redistribution des richesses découlant de la vente du pétrole iranien que Mahmoud Ahmadinejad a réussi à ravir la présidence, en 2005. Cette fois, il est attaqué par ses rivaux qui l’accusent de ne pas avoir rempli ses engagements, malgré le prix du pétrole qui a atteint son zénith pendant le mandat qui s’achève. M. Moussavi joue dans les platebandes du président actuel en promettant d’être encore plus généreux envers les plus démunis du pays.
Dans le dossier nucléaire, qui isole l’Iran sur la scène internationale, tous les candidats tiennent à peu près le même discours : l’Iran, puissance régionale, a le droit d’avoir un programme nucléaire et d’enrichir de l’uranium.
« Il est très, très peu probable qu’un nouveau président change de cap à ce chapitre », estime Pierre Pahlavi , expert de la politique étrangère iranienne au Collège des forces canadiennes, à Toronto. Il note d’ailleurs que le guide suprême de la révolution, l’ayatollah Khamenei, tient les rênes en matière de politique étrangère.
Les électeurs iraniens sont très conscients de la marge de manoeuvre limitée du président, toujours soumis au veto du guide suprême, mais ils n’ignorent pas que l’homme qu’ils choisissent est le visage de l’Iran à l’étranger.
C’est d’ailleurs sur l’image qu’ils projettent que les deux principaux candidats se démarquent le plus. Ultraconservateur religieusement et politiquement, Mahmoud Ahmadinejad est connu à l’international pour ses effusions contre les États-Unis et Israël, ainsi que pour son déni de l’Holocauste. Longtemps à la tête de l’Académie des arts de l’Iran, Mir Hossein Moussavi fait campagne avec sa femme à ses côtés (du jamais vu!) et promet de tenir un discours beaucoup plus modéré à l’étranger.
Ces différences sont exacerbées par les événements des derniers mois. Depuis qu’il a pris les rênes de la présidence américaine, Barack Obama a proposé à maintes repr ises aux Iraniens de mettre de côté 30 ans de relations hostiles. L’ Irak, l’Afghanistan, la paix au Proche-Orient et le dossier nucléaire sont quelques-uns des sujets sur lesquels le géant américain aimerait engager des négociations avec l’Iran.
« Celui qui remportera la présidence va contrôler le dialogue avec les États-Unis. Et celui qui va contrôler ce dialogue aura beaucoup de pouvoir » , croit James Devine, professeur en science politique à l’Université Concordia. Les I raniens, qui manifestent bruyamment dans les rues ces jours-ci, semblent l’avoir très bien compris. À LIRE DEMAIN: LE PORTRAIT DES QUATRE PRINCIPAUX CANDIDATS À LA PRÉSIDENCE IRANIENNE.


Les droits des femmes s’invitent à la présidentielle iranienne
— Le candidat à la présidentiel le en I ran, Mi r Hossein Moussavi, s’est engagé hier à réviser les lois « injustes » à l’égard des femmes s’il est élu le 12 juin.
Dans un discours devant environ 1500 femmes dans un centre sportif à Téhéran, M. Moussavi a déclaré qu’il « réviserait toutes les lois considérées comme discriminatoires et injustes à l’égard des femmes en introduisant les projets nécessaires au Parlement ».
Le candidat, soutenu par les partis réformateurs, a assuré la foule qu’il oeuvrerait en vue de retirer des rues les patrouilles de « la police des moeurs », qui veille au strict respect du code vestimentaire qui contraint les femmes à porter le voile.
Cette police fait régulièrement la chasse aux jeunes femmes qui laissent s’échapper trop de mèches de cheveux ou portent le manteau obligatoire trop serré à la taille. Elles sont normalement emmenées par la police et tenues de signer un engagement à ne pas répéter leur acte.
Les Iraniennes ne peuvent travailler ou obtenir un passeport qu’avec l’accord de leur mari. La charia, la loi islamique, fait qu’en justice leur témoignage vaut la moitié de celui d’un homme. Elle les désavantage aussi pour l’héritage, le divorce et la garde des enfants.
M. Moussavi est considéré comme le principal concurrent du président Mahmoud Ahmadinejad, qui se présente pour un second mandat de quatre ans.
Sa femme, Zahra Rahnavard, s’est également adressée à la foule, qui criait « Retirez la police des moeurs ».
« Nous devons préparer le terrain pour que les femmes soient traitées sans discrimination, a-telle dit. Nous devons réviser les lois qui traitent les femmes de manière inégale. Elles doivent pouvoir choisir leur profession suivant leur mérite et accéder aux postes de décision politique. »
Pendaisons
Par ailleurs, trois hommes reconnus coupables de complicité dans l’attentat qui a fait 25 morts et 125 blessés dans une mosquée chiite, jeudi à Zahedan (SudEst), ont été pendus en public hier, dans une forme de justice expéditive.
D’après un responsable du pouvoir judiciaire local, Ebrahim Hamidi, les condamnés avaient introduit en Iran les explosifs utilisés et les avaient fournis au responsable de l’attentat suicide.
La télévision a montré hier des milliers d’habitants de la ville, vêtus de noir en signe de deuil et rassemblés devant la mosquée. Certains criaient « je tuerai celui qui a tué mon frère » et d’autres « mort aux wahhabites » . Le wahhabisme est un courant fondamentaliste de l’islam sunnite.
Selon la radio-télévision publique iranienne, le groupe rebelle sunnite Joundallah, actif au sein de la minorité baloutche iranienne, a revendiqué l’attentat dans un appel au bureau de la chaîne de télévision Al-Arabiya au Pakistan.
L’ambassadeur pakistanais à Téhéran, Mohammad Bakhsh Abbasi, a été convoqué au ministère iranien des Affaires étrangères, selon l’agence officielle Irna.
Le chef d’état-major des forces armées iraniennes, le général Hassan Firouzabadi, a déclaré hier que l’Iran avait « localisé la base du chef du groupe (au Pakistan) et en avait informé Islamabad pour son arrestation ».
L a province du Si s t a nBaloutchistan, dont Zahedan est la capitale, est le théâtre depuis plusieurs années d’attentats attribués à Joundallah.
Le groupe revendique une plus grande autonomie pour la minorité baloutche sunnite de la province. Cette population s’étend aussi au Pakistan voisin.

Dès vendredi, des responsables iraniens ont attribué la responsabilité de l’attentat à des extrémistes sunnites, tout en assurant qu’ils agissaient pour le compte des États-Unis et d’Israël.




Facebook devient un enjeu électoral en Iran
Les candidats à la présidence se livrent une bataille high-tech
Un électeur iranien sur deux, invité à choisir un nouveau président le 12 juin, a moins de 30 ans. Ce fait n’a pas échappé aux candidats qui se livrent ces jours-ci une bataille sans merci sur le web. Depuis le week-end dernier, le site Facebook est au coeur de la lutte électorale.
Le président sortant de l’Iran, Mahmoud Ahmadinejad, au cours d’une tournée électorale à Semnan, ville située à 210 km de Téhéran. Les questions de liberté d’expression et de l’utilisation des nouveaux forums de discussion internet ont pris une importance relative dans la présente campagne présidentielle.
Du 23 au 26 mai, les internautes iraniens qui tentaient d’accéder au site de réseautage social recevaient un message en perse leur indiquant que l’accès au site n’était « pas possible ».
Les médias réformistes du pays ont rapidement accusé le président actuel, l’ultraconservateur Mahmoud Ahmadinejad, d’être à l’origine de la « panne » touchant le populaire site. L’ancien maire de Téhéran, qui revendique un second mandat de quatre ans à la présidence iranienne, a souvent été critiqué pour ses tentatives de censure des médias. Sous son règne, plusieurs journaux ont été interdits et nombre de journalistes et blogueurs ont été emprisonnés.
Les critiques d’Ahmadinejad estiment que ce dernier s’en est pris à Facebook pour nuire à son principal adversaire, Mir Hossein Moussavi. Ancien premier ministre de l’Iran – il a servi pendant la guerre Iran-Irak –, ce dernier a gagné beaucoup de terrain auprès des jeunes, en obtenant notamment le soutien de l’ancien président iranien réformiste, Mohammad Khatami, qui a longtemps été le politicien chouchou des jeunes, des femmes et des artistes. Signe de sa popularité, M. Moussavi a récolté 72% des voix lors d’un vote fictif tenu à l’Université de Téhéran. M. Ahmadinejad est arrivé deuxième avec 16% des voix.
En conférence de presse, le président Ahmadinejad a nié avoir orchestré l’interdiction du site. « Notre politique est de donner un maximum de liberté. Plusieurs sites et journaux écrivent des choses défavorables à notre sujet. Un site ne ferait pas la différence », a dit le président.
La réplique à ses explications ne s’est pas fait attendre sur Facebook. Hier, sur les multiples pages consacrées à la politique iranienne, les jeunes internautes s’en donnaient à coeur joie. « Allez, libérez Facebook! Longue vie à la liberté! » peut-on lire en perse sur une page Facebook consacrée aux partisans de Mohammad Khatami.
À la suite de l’incident sur Facebook, Mir Hossein Moussavi a redoublé d’efforts sur la Toile. Le candidat est aussi présent sur Twitter, un autre outil de réseautage mis à profit par Barack Obama au cours de sa campagne électorale.
Les Iraniens, qui ont un accès limité à des médias traditionnels indépendants à l’intérieur de la république islamique, sont particulièrement friands de l’internet. On compte 23 millions d’usagers de la Toile en Iran sur une population de 71 millions.







Hariri renonce à former un gouvernement  -  Laura-Julie Perrault
Former un gouvernement au Liban, pays multiconfessionnel par excellence, n’est pas une sinécure. Cette tâche, le jeune premier ministre désigné, Saad Hariri, se l’est vu confier il y a 10 semaines, au lendemain des élections de juin. Hier, exaspéré, il a jeté l’éponge. Survol des enjeux pour le Liban, qui peine à mettre fin à cinq ans de crise politique. QQui
Après 10 semaines, exaspéré, le jeune premier ministre désigné Saad Hariri a jeté l’éponge hier.
est Saad Hariri ? R Homme d’affaires milliardaire et musulman sunnite, Saad Hariri, 39 ans, est le fils de l’ancien premier ministre libanais Rafic Hariri, assassiné en 2005 lors d’un attentat à la voiture piégée. Après l’attentat qui a plongé le pays dans une crise politique, Saad Hariri est rentré de l’étranger pour diriger le parti créé par son père, le Courant du futur. Il s’est allié à d’autres partis pro-occidentaux pour créer l’Alliance du 14 mars. Cette coalition a remporté haut la main les élections de juin 2009. À la suite de ce scrutin, le président libanais, le chrétien Michel Suleiman, a demandé à Saad Hariri de créer un gouvernement. Selon la Constitution, ce poste revient toujours à un musulman sunnite. QPourquoi
Saad Hariri ne réussit-il pas à former un gouvernement? R Même si son alliance détient la majorité parlementaire, Saad Hariri ne peut pas pour autant former le gouvernement qu’il entend. Une entente signée avec le Hezbollah en 2008 l’oblige à faire de la place pour l’opposition dans l’exécutif. Selon la proposition d’Hariri, sur les 30 postes de ministres, 15 reviendraient à la majorité parlementaire, 10 à l’opposition contrôlée par le Hezbollah et 5 seraient redistribués par le président Suleiman. La dernière liste qu’Hariri a présentée n’a pas été acceptée par l’opposition. QQu’est-
ce qui bloque? R Le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, a ouvertement c r it iqué les choix de M. Hariri, mais ce serait le politicien chrétien, Michel Aoun, qui aurait fait dérailler les négociations. Ce dernier, à la tête du plus grand bloc de députés chrétiens au Parlement, veut que son gendre, Gibral Bassil, devienne ministre des Communications. Ce ministère est crucial en ce moment, puisqu’il a juridiction sur des archives qui sont au coeur de l’enquête sur l’assassinat de Raf ik Hariri. Puisque la Syrie et le Hezbollah sont soupçonnés d’avoir participé au meurtre, Saad Hariri n’a aucun intérêt à ce que ce ministère soit contrôlé par le clan adverse. QComment
la crise politique libanaise s’inscrit-elle dans la dynamique régionale? R À travers les luttes de pouvoir au Liban, on distingue la plupart du temps le poids politique d’autres grandes puissances. L’Alliance du 14 mars de Saad Hariri est soutenue par les ÉtatsUnis et l’Arabie Saoudite. L’opposition, elle, est très proche de la Syrie et de l’Iran. QQue
signifie la démission de Saad Hariri pour la suite des choses? R Unnouveaupremierministre devra être nommé. Selon Sami Aoun, professeur de sciences politiques à l’Université de Sherbrooke, ce pourrait être de nouveau Saad Hariri, qui pourrait alors décider de nommer un gouvernement de technocrates apolitiques qui géreraient l’État. Ou l’ancien premier ministre Fouad Siniora, pas très apprécié du Hezbollah. Selon M. Aoun, l’impasse politique dans laquelle se trouve le Liban démontre que le système de gouvernance par consensus établi à la fin de la guerre civile, « qui est en fait de la gestion confessionnelle », a atteint ses limites. « Le Liban envoie le message qu’il n’est pas autogouvernable. »


Saad Hariri travaille à l’union nationale au gouvernement
NOMINATION DU PREMIER MINISTRE LIBANAIS
BEYROUTH — Le chef de la majorité libanaise Saad Hariri a été chargé hier par le président du Liban Michel Sleimane de former le prochain gouvernement. Le nouveau premier ministre s’est engagé à rassembler les forces libanaises rivales, y compris le Hezbollah, dans un cabinet d’union nationale « harmonieux et opérationnel ».
Michel Sleimane (à gauche), président du Liban, a nommé hier Saad Hariri (à droite) premier ministre.
« Nous allons entamer des consultations avec tous les blocs parlementaires sur la base de notre engagement en faveur d’un gouvernement d’union nationale dans lequel tous les principaux blocs seraient représentés, et qui soit harmonieux, opérationnel, et protégé de toute forme d’obstruction et de paralysie », a déclaré M. Hariri au palais présidentiel de Beyrouth.
La nomination de Saad Hariri, 39 ans, en tant que premier ministre était attendue depuis qu’une majorité des députés l’avait choisi, vendredi, comme candidat pour cette fonction.
Sa Coalition du 14-mars, soutenue par les capitales occidentales, a enlevé 71 voix sur 128 lors des législatives du 7 juin, contre 57 pour le camp mené par le Hezbollah et appuyé par la Syrie et l’Iran.
Soutenu pour le poste de premier ministre par tous les députés de son camp, M. Hariri a également reçu l’appui des députés du mouvement chiite Amal (minorité parlementaire) que dirige le président du Parlement Nabih Berri.
En revanche, le Hezbollah chiite et le mouvement de son allié chrétien Michel Aoun se sont abstenus.
Selon le système de partage du pouvoir au Liban, le poste de premier ministre est réservé à un sunnite, celui de président de la République à un chrétien et celui de président du Parlement à un chiite.
Chef du Courant du futur, M. Hariri a exhorté ses partisans à ne pas manifester leur joie par des tirs en l’air, mais de nombreux feux d’artifice ont pu être entendus dans Beyrouth à l’annonce de sa désignation.
Saad Hariri a désormais la lourde tâche de constituer un gouvernement qui satisfasse la majorité comme ses rivaux de la Coalition du 8-mars, menée par le Hezbollah.
M. Berri, qui a été reconduit jeudi à la présidence du Parlement, a déclaré avoir appuyé la candidature de M. Hariri à la condition qu’il forme un gouvernement d’union nationale. « Je veux voir un gouvernement où se mélangent le 14-mars et le 8-mars », a-t-il dit à l’AFP.
La composition du gouvernement a été abordée jeudi par M. Hariri et le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, lors de leur première rencontre depuis octobre.
La majorité refuse que la minorité dispose d’un droit de blocage, comme c’est le cas dans l’actuel gouvernement d’union.
Le bras de fer qui dure depuis quatre ans entre les deux camps avait provoqué en mai 2008 des affrontements qui ont fait une centaine de morts et fait craindre un retour à la guerre civile (1975-1990).
Le minist re f rançais des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, a fait part hier à M. Hariri de ses « voeux ardents de réussite ». « Le climat d’apaisement qui prévaut actuellement doit être maintenu et consolidé », a-t-il souligné.
Dès vendredi soir, les ÉtatsUnis avaient aussi félicité M. Hariri. « Nous serons heureux de travailler avec lui et son gouvernement », a ainsi déclaré un porteparole du département d’État, Philip Crowley.


Saad Hariri, l’héritier à l’ascension fulgurante
PORTRAIT
Peu attiré dans sa jeunesse par la politique, Saad Hariri, fils et héritier politique de l’ex-premier ministre libanais assassiné Rafic Hariri, vient pourtant de s’atteler à la délicate tâche de former un gouvernement d’union nationale au Pays du Cèdre.
Cet homme grand à la barbiche noire était, avant 2005, un chef d’entreprise établi à Ryad.
Mais après l’assassinat de Rafic Hariri, son père et premier ministre du Liban, dans un attentat qui a tué 22 autres personnes à Beyrouth en février 2005, il a repris le flambeau politique. Son camp a arraché depuis deux victoires aux législatives libanaises.
Outre ses qualités de diplomate et son charisme, le jeune leader a hérité en 2005 d’une formidable machine politique et de l’énorme capital de ferveur populaire qui s’est manifestée au Liban après l’assassinat de son père.
Quand, en juin 2005, son mouvement gagne les législatives, il décline le poste de premier ministre et se contente d’être chef de la majorité parlementaire.
Il devient l’un des plus critiques envers le président libanais d’alors, Emile Lahoud, dont des proches collaborateurs, en prison pendant presque quatre ans puis libérés en avril 2009, sont soupçonnés par une commission d’enquête de l’ONU d’avoir participé aux préparatifs de l’assassinat de février 2005.
Laissant la gestion du pouvoir au premier ministre Fouad Siniora, un fidèle collaborateur de son père, il parcourt le monde où il est reçu par les dirigeants, notamment américains, comme un chef d’État.
Depuis le meurtre de son père, Saad Hariri a investi toute son énergie dans la recherche des auteurs de l’attaque, qualifiant d’« historique » l’ouverture en mars du tribunal spécial pour le Liban (TSL) chargé de l’affaire.
Il n’hésitera pas à traiter le pouvoir syrien de « régime d’assassins », dans des attaques qui lui vaudront d’être taxé de « valet » des Occidentaux par le président syrien Bachar al-Assad.
En mars 2008, Saad Hariri a été l’un des principaux négociateurs dans la formation du gouvernement d’union nationale qui a permis au Liban de sortir d’une crise meurtrière.
Saad Hariri, qui a également la nationalité saoudienne, dirigeait à Ryad Saudi-Oger, l’entreprise de travaux publics grâce à laquelle Rafic Hariri avait fait fortune.
Licencié en économie de l’université américaine de Georgetown (Washington), il est marié à Lara Bachir Azm, qui appartient à une famille syrienne ayant exercé le pouvoir en Syrie dans les années 50. Le couple a trois enfants.
Le magazine Forbes a évalué en 2009 la fortune de Saad Hariri à 1,4 milliard de dollars.


PAKISTAN Ratés d’une réforme
Le Pa k i stan a échoué à réformer, comme il s’y était engagé en 2002, ses milliers de madrasas considérées pour certaines comme des écoles du « jihad » , Islamabad se heurtant à la résistance des milieux islamistes. Grâce à l’appui des États-Unis, « nous disposions d’un budget colossal de 5,76 milliards de roupies (70 millions de dollars) pour apporter aux étudiants en séminaires des enseignements classiques, mais nous n’avons pas pu utiliser l’argent » , admet à l’AFP le porte-parole du ministère de l’Éducation, Atiq-ur-Rehman.