Jeunesse

LA PRESSE & COMPAGNIE


QUÉBEC Des droits encore bafoués  -   Silvia Galipeau
Regardons juste ici - Marie-Claude Lortie

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Une étiquette contestée - Nathalie Collard
Judo pour s’en tirer et autres bonnes idées  -  Pascale Breton
Extrait de la lettre à David
Faut-il maintenir les liens avec les parents biologiques ?
Sur la piste de danse en fauteuil roulant
 







QUÉBEC Des droits encore bafoués  -   Silvia Galipeau

« Quand une fille autochtone débarque à Montréal et qu’elle est recrutée comme danseuse, même si elle a 15 ans et qu’elle dit qu’elle est consentante, c’est criminel. »
– Nadia Pollaert, Bureau international des droits des enfants
Vingt ans après avoir ratifié la Convention relative aux droits de l’enfant, et en dépit de notre loi sur la protection de la jeunesse, des droits fondamentaux des enfants continuent d’être bafoués, ici même au Québec.
Même si beaucoup d’enfants travaillent – comme cette fillette au Bangladesh –, le nombre ce ceux qui fréquentent l’école a augmenté, selon les chiffres de l’UNICEF. Ainsi, 84% des petits d’âge scolaire seraient maintenant scolarisés.
« La Loi sur la protection de la jeunesse est une loi d’exception ! El le permet d’intervenir quand la sécurité d’un enfant est compromise, expl ique Nadia Pollaert, directrice générale du Bureau i nternat ional des droits des enfants, à Montréal. Or les droits des enfants, c’est beaucoup plus large que cela ! »
Quatre grands principes guident, depuis 20 ans, la Convention relat ive aux droits de l ’enfant : i ntérêt supérieur de l’enfant, non-discrimination, survie et développement, participation de l’enfant. Or ces principes ne visent pas que les situations extrêmes d’enfants soldats, déportés ou battus. À preuve : le Québec est régulièrement montré du doigt pour le non-respect de ces principes, signale la directrice générale.
D’abord, l ’exploitation économique et le travail des enfants est un phénomène fréquent au Québec. Il faut savoir qu’ici, le travail des jeunes est légal (une autorisation parentale suffit pour les jeunes de moins de 14 ans). Résultat, le taux d’emploi des jeunes est l’un des plus élevés de tous les pays de l’OCDE.
Le magazine L’actualité a révélé l’an dernier que les travailleurs âgés de moins de 24 ans ont aussi une fois et demie plus d’accidents que les autres, une proportion probablement bien en deçà de la réalité (combien de jeunes connaissent la CSST ?). Et même si , d’après les normes du travail, un jeune ne devrait pas travailler de nuit, il n’est pas rare que des employeurs se fassent épingler pour violation de cette loi.
Autre enjeu important : la situation des jeunes autochtones. Quand un enfant autochtone est victime de négligence, faute de ressources suffisantes dans les réserves, il est souvent placé dans une famille d’accueil à des kilomètres de sa famille d’origine, ce qui n’est pas nécessairement dans son i ntérêt . « C’est un enjeu important pour le Canada et le Québec. Le Canada est souvent critiqué. »
Troisième enjeu : la traite des enfants. On pense ici à l’exploitation des jeunes par les gangs de rue. « Quand une fille autochtone débarque à Montréal et qu’elle est recrutée comme danseuse, même si elle a 15 ans et qu’elle dit qu’elle est consentante, c’est criminel. Un mineur ne peut pas consentir à se fai re exploiter », rappel le Nadia Pollaert.
Enfin, les j eunes sans abri, souvent victimes d’exploitation et de maltraitance, sont aussi un sujet de préoccupation pour la communauté internationale.
Globalement, le problème réside dans le fait qu’on ne t i ent pa s compt e de l’intérêt supérieur de l’enfant, dénonce la directrice générale. Et cela se produit quotidiennement : pourquoi obliger un enfant à entrer au CPE en septembre alors que sa mère est encore en congé ? Pourquoi tolérer qu’un jeune ait quatre enseignants dans une seule année scolaire ? Comment accepter que, dans de nombreux cas de séparation (90% des séparations se réglant à l’amiable, donc sans médiation), les enfants manquent de stabilité, se retrouvant un jour chez l’un, le lendemain chez l’autre ? « Est-ce que quelqu’un a déjà demandé à un enfant ce qu’il aimerait ? Il faudrait qu’on écoute les enfants », conclut Nadia Pollaert.




Judo pour s’en tirer et autres bonnes idées  -  Pascale Breton
Gala Reconnaissance
du réseau de la santé et des services sociaux
Du j udo comme moyen de réinsertion sociale. C’est le pari fait par la Chaumière Jeu nesse, à Rawdon , qui accueille des j eunes à bout de ressources, désemparés et dans la rue.
« Ce n’est pas le ministre qui peut tout faire, la communauté peut se prendre en main dans plusieurs secteurs », explique le ministre de la Santé, Yves Bolduc.
Un projet qui vise à créer un sentiment d’appartenance chez ces j eunes désabusés, que plus rien n’accroche.
« Le judo est quelque chose qu i i nter pelle le s jeu nes , avec des valeurs de respect, de lâc her pr ise, qu i fa it appel à des choses qu’ils ne connaissent pas », explique la directrice générale, Andrée St-Jean.
C’est l’un des projets finalistes du gala Reconnaissance du réseau de la santé et des services sociaux, qui a lieu ce soir.
Malgré sa 28e présentation, le gala est encore méconnu. « Il faut laisser savoir aux usagers qu’il se fait de belles c hoses pou r eu x . O n encourage leur communauté à prendre exemple et à développer de belles choses.
Ce n’est pas le ministre qui peut tout faire, la communauté peut se prendre en ma in da ns plusieu rs secteurs », explique le ministre de la Sa nté, Yves Bolduc, en entrevue.
Le gala honore autant les initiatives sociales pour aider les j eunes mères toxicomanes, par exemple, que celles visant à améliorer la gestion des u rgences. Les bonnes idées sont d’ailleurs imitées ailleurs dans le réseau.
« Tout le monde est important. L’idée des popotes roulantes dans certains milieux est aussi valable qu’un projet de bloc opératoire au x soins intensifs. La force du réseau de santé et de services sociaux est de reconnaître la même valeur peu importe où on t rava i l le », aj oute M. Bolduc.
L’un des honneurs remis c e s o i r e s t d ’a i l l e u r s le pri x I sabel et M ichelle Beauchemin Perreault. Isabel est morte en 1998, à la suite d ’u ne su r méd ic ation au x urgences. Un accident évitable, a conclu le coroner. Sa mère, Michelle Beauchemin Perrault, milite depuis pour attirer l’attention sur l’importa nce de la prévention des accidents évitables dans les hôpitaux.
Le centre de santé et de services sociaux du Grand Littoral, dans la région de Chaudière-Appalaches, est en lice da ns cette catégo - rie. Il propose un projet de « décontention » des personnes âgées.
C’est connu, la contention ent ra î ne des r isques éle - vés pour les usagers. Il y a quelques années, 57 % des résidants des centres d’hébergement du CSSS avaient au moi n s u n moyen de contention, qu’il s’agisse de ridelles de lit ou de barrière à leu r por te de c ha mbre, par exemple. La proportion a chuté à 8 % aujourd’hui, grâce à l’i mpla ntation de mesures alternatives.



Extrait de la lettre à David
Message s’adressant à toi David
J’aimerais que ce message te donne le courage de faire les pas pour revenir chez toi, ici à la maison (...)
Ton départ nous a tous fait réfléchir et fait comprendre qu’il fallait changer notre façon de voir la vie (...)
Je t’ai souvent dit qu’une mère ça sait tout, et bien non. Je ne savais pas que tu partirais.
Je crois que tu crains de revenir à la maison. Pourtant ici c’est ton chez-toi, ici c’est ta maison, ici c’est ton vrai refuge, l’endroit où tu peux être le plus en sécurité.
Nous n’avons rien à te reprocher, nous ne désirons que ton retour, te serrer très fort dans nos bras et te dire que nous t’aimons du plus profond de notre coeur (...)
Tu sais David, ce que j e regrette le plus, c’est de t’avoir remis à l ’école, j ’aurais dû comprendre ta détresse, je te demande pardon.
L’école est terminée David, tu n’iras plus et personne ne m’empêchera de te garder avec moi. Je saurai te défendre et te protéger. Personne ne me fera changer d’idée (...)
Si tu n’es pas prêt à revenir, je le respecterai mais il faut absolument que tu me donnes signe de vie. Appelle-moi, je te promets que je respecterai ton choix. Il faut me faire confiance David, c’est trop difficile de vivre ainsi sans savoir où tu es et si tout va bien (...)
Nous t’attendons pour reprendre un nouveau départ, tous ensemble (...)
À bientôt, très bientôt mon amour, mon fils adoré. Maman, Papa et Marjorie Gros bisous à l’infini


Faut-il maintenir les liens avec les parents biologiques ?
Une chercheuse se penche sur le cas des enfants placés en foyer d’accueil Quand un enfant est retiré de sa famille trop malsaine et placé dans un foyer d’accueil, la Direction de la protection de la jeunesse et ses travailleurs sociaux doivent-ils favoris
« Ma mère va venir me chercher vendredi! Ma mère va venir me chercher vendredi! »
Quand Ariane* doit voir sa mère, c’est pour elle un tel événement qu’elle se sait un peu « achalante » avec son décompte des jours qui la séparent des retrouvailles. « J’ai tout le temps hâte de la voir. Je m’ennuie souvent d’elle. Je me sens excitée de la voir. »
À l’inverse, il y a Guillaume, dont l’expérience est tout autre. « Quand j’allais chez ma mère, elle m’ignorait, elle faisait comme si je n’étais pas là. » Alors fini les visites pour Guillaume. « Je trouve ça facile, maintenant. Elle m’ignore, mais au moins je ne suis plus là. »
Ces témoignages ont été recueillis par Louise Carignan, professeure au département de sciences humaines à l’UniversitéduQuébecàChicoutimi, dans le cadre d’une étude qu’elle présentera cette semaine au congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS).
Les propos des jeunes illustrent bien, comme l’écrit Mme Carignan, à quel point « protéger les enfants est un art difficile et une science inexacte ».
En 2007, le Québec a promulgué une loi visant à accélérer le processus d’adoption afin d’éviter que des jeunes soient ballottés d’une famille d’accueil à une autre pendant de nombreuses années.
La question du maintien ou non des liens avec les parents biologiques demeure pourtant entière et a fait l’objet, comme l’indique Mme Carignan, de maints débats entre les chercheurs.
Mme Carignan, qui a travaillé pendant plus de 20 ans comme travailleuse sociale, avait l’intuition que ces visites et ces retours épisodiques dans la famille biologique faisaient peut-être plus de tort que de bien aux jeunes. Pour savoir si son intuition était juste, elle a interrogé, en 2006, 43 jeunes placés jusqu’à leur majorité, sans possibilité de retour permanent dans leur famille biologique.
La lecture des témoignages démontre bien, tout d’abord, combien ces visites brassent beaucoup d’émotions, de l’excitation au malaise jusqu’à la déception, souvent.
« Vu que je ne la connaissais pas beaucoup, j’étais mal à l’aise des fois d’être avec elle. Ce n’était pas un étranger mais un peu », a dit l’un à propos de sa mère.
« Une fin de semaine, c’était trop long. Une journée, ça aurait été correct… Nous étions laissés à nousmêmes », a dit un autre.
« Je me sentais nerveuse mais j’avais hâte de la voir en même temps, raconte une adolescente. Je voulais savoir ce qu’elle avait l’air, si elle avait changé. Nerveuse de savoir comment s’y prendre… Ça allait mal et on pleurait. »
« Je l’aime beaucoup, ma mère, a dit une autre. J’aime ça être avec elle. Elle est drôle, elle me fait rire. On sort, elle m’achète plein d’affaires, elle essaie de reprendre tout ce qu’elle a manqué dans toute l’année. »
Assurément, pendant ces visites occasionnelles, les jeunes doivent se blinder. Ainsi, l’un d’eux a raconté à Mme Carignan que sa mère lui avait répété qu’il était une erreur. « Dans le fond de moi-même, je le savais, mais de l’entendre dire, ça m’a fait mal. J’aurais mieux aimé la voir à jeun que sous les drogues. »
Certains aiment partager le quotidien de leurs parents, tout simplement. Aller à la pêche avec leur père ou recevoir un petit cadeau de temps à autre. Pour d’autres, il s’agit surtout de ne pas tomber dans l’oubli.
« Je dois mettre des efforts pour prendre contact car mon père travaille beaucoup d’heures et il n’a pas beaucoup le temps de m’appeler. Sinon, il pourrait facilement m’oublier », croit un jeune.
Que conclut Mme Carignan? D’abord et avant tout, qu’on ferait erreur en établissant une règle universelle. Les visites doivent être planifiées en fonction des besoins changeants des jeunes et de la capacité du système de les accompagner dans cette démarche. Elles doivent « être l’objet d’une révision rigoureuse, de façon périodique afin de s’assurer de réduire les obstacles ou les irritants ».
Malgré tout, même quand des problèmes surviennent, il ne faut surtout pas jeter l’éponge trop vite. Parce que, aussi souffrantes que puissent parfois être ces visites, quand elles demeurent possibles, tout indique que le maintien d’un lien avec au moins un des deux parents « favoriserait à l’adolescence une meilleure adaptation sociale et personnelle », conclut Mme Carignan. *Tous les prénoms des jeunes sont fictifs.




Sur la piste de danse en fauteuil roulant
À la veille de la Semaine québécoise des familles, La Presse vous raconte une soirée pas tout à fait comme les autres pour des ados pas si différents des autres.
Un samedi soir du mois dernier, marqué de plusieurs traits dans bien des calendriers. Pour cause: c’est LA soirée annuelle du Papillon Rock Café, une fête pour ados.
Une fois par année, la soirée Papillon Rock Café permet à des jeunes handicapés de faire la fête et de se sentir comme n’importe quel adolescent.
Il est 19h. Les premiers fêtards sont déjà arrivés. Personne ne s’est encore aventuré sur la piste de danse. Mais il y a de l’ambiance: ça bavarde ici, ça rigole là. Un début de soirée bien ordinaire, quoi.
Non, pas ordinaire. Car ces jeunes ne sont pas tout à fait comme les autres : la plupart ont du mal à s’exprimer; plusieurs communiquent à l’aide de tableaux installés sur des plateaux; tous, ou presque, sont en fauteuil roulant ; certains le déplacent à l’aide d’une manette située à la portée de la main; quant à ceux qui n’ont pas la maîtrise de leurs mains, ils font avancer leur fauteuil à l’aide d’une manette au niveau du menton.
Mais même si le visiteur non averti pourrait être surpris (apitoyé?) par le tableau, manifestement, l’ambiance est à la fête. Les jeunes sont là pour s’amuser, point. Plusieurs se sont d’ailleurs habillés chic pour la soirée: ici, une jeune fille s’est fait peindre les ongles en mauve, là, un garçon a enfilé une belle chemise propre. Les souliers brillants, hauts sans manches et autres décollés sont de mise.
Émilie Forest, 13 ans, arrive en applaudissant, le sourire fendu jusqu’aux oreilles. Son sourire ne la quittera pas de la soirée. Et ses applaudissements retentiront souvent. Car malgré sa paralysie cérébrale, elle a « parlé » de la soirée toute la journée, confie sa mère, Sophie Grenier, en la déposant avant de filer souper avec son amoureux. « Émilie aime beaucoup ses amis. Pour dire "amis", elle fait des becs. Et aujourd’hui, elle a fait des becs toute la journée. »
« C’est un moment de liberté et d’amusement que je n’ai pas autrement », confie à son tour Julie de l’Étoile Lapointe, 20 ans, souriante et chic comme une reine.
C’est d’ailleurs précisément l’objectif de la soirée. Offrir à ces jeunes une vraie activité sociale, en toute légèreté. « Nous, si on veut sortir, on sort, explique Chantale Théroux, directrice des relations communautaires de la Société pour les enfants handicapés du Québec et instigatrice du projet. Mais pour eux, c’est toujours plus compliqué : il faut réserver le transport adapté 48 heures à l’avance, et souvent, ils ont besoin d’un parent. » Bref, les choses sont rarement spontanées.
Sauf ici. Une fois dans l’année, grâce au Papillon Rock Café, tout est conçu pour ces jeunes. Au besoin, leur transport est assuré. Surtout : les parents ne sont pas invités. « On voulait leur permettre de vivre ce que tout ado peut vivre », résumeChantale Théroux. Bref, un minimum d’intimité.
Les jeunes peuvent donc inviter leurs amis, handicapés ou non. C’est le cas de Guillaume Boisvert Goyette, 14 ans, qui arrive dans son fauteuil, poussé par Marianne Laplante, 17 ans, une amie. « Je trouve que c’est une bonne idée de faire ça pour eux, dit la jeune fille. Ils se sentent valorisés. Ils se sentent comme tout le monde. » Elle passera d’ailleurs toute la soirée à danser avec le garçon en le tenant par les mains pour faire tourner et tourner encore son fauteuil.
C’est aussi la technique utilisée par plusieurs responsables de la Société, présents pour animer la soirée. Certains choisiront de prendre carrément les jeunes dans leurs bras pour les faire danser. « Ce sont des beaux moments pour eux, conf ie Catherine Gaudreault, une responsable de la résidence Papillon, le centre de répit de la Société. Parce que, audelà de la musique, ce qui est bon pour eux, c’est de sortir de leur fauteuil. » Une chose plutôt rare dans le quotidien de leurs journées. Et à les voir ainsi s’abandonner et rire aux éclats, c’est clair : ils aiment ça.