Immigration... et racisme...

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


Voir aussi :  Langue..

Tout le monde en parle - Charte des valeurs québécoises - 29 septembre 2013
Louise Mailloux exposant Amir Khadir


Immigration - Plus d'immigrants et mieux intégrés
Une hausse essentielle
Immigration - Le fond du débat
La chambre de commerce de Montréal veut que Québec accélère la cadence
How to stop demographic suicide
Fulfilling Laurier’s vision: a Canada of 100 million
More immigrants are in Canada's national interest


Élèves allophones et apprentissage du français: de véritables éponges
Langues différentes, résultats semblables


Que penser du multiculturalisme ?...
Canadians show ambiguity towards multiculturalism - Globe Editorial

Après le 11-Septembre... -  Chantal Hébert 
Inter/multiculturalism, and what's really at issue
À LA DÉFENSE DU MULTICULTURALISME

Multiculturalism has been Canada’s solution, not its problem
Multiculturalism hasn't failed here

Comment repenser le multiculuralisme ?...
Interculturalism: a model for integration


Quel est donc l'objectif de projeter d'aller nous vendre à l'étranger en tant que prétendue terre d'accueil, pour que les immigrants ainsi attirés ne puissent qu'ensuite réaliser, une fois rendus ici, qu'ils auront en fait été bernés, puisqu'aucune ouverture, et donc aucune véritable perspective d'avenir ne semble s'offirir à eux, en réalité ?... Autrement dit, à qui ce petit jeu d'arnaque est-il donc sensé profiter ?...
Travailleurs qualifiés: le Québec en mode séduction au Mexique

Les immigrants seraient-ils donc traités au Québec comme des citoyens de seconde classe ?...
Travailleurs saisonniers - Les employeurs canadiens contreviennent aux normes du travail
Des emplois au goût amer pour des Guatémaltèques
Embûches pour toucher les prestations parentales

Travailleurs agricoles mexicains: l'employeur résiste

Le Québec se moquerait-il réellement de ses propres immigrants ?...
Immigrants et emploi : le Québec à la queue

Nouvelles embûches pour les médecins diplômés à l'étranger
LE CALVAIRE DES MÉDECINS ÉTRANGERS
Le Québec discrimine les médecins étrangers
Du travail pour les Français ?
Les médecins étrangers peinent toujours à se faire une place dans le réseau du Québec
Diplômé au Canada et sans emploi
Immigration et marché du travail - À scolarité égale, chances inégales
Immigrants au chômage - Lysiane Gagnon
Grossière contradiction - FRÉDÉRIC SFEIR
Des immigrés qualifiés au chômage
Le vrai voile - André Pratte
Immigration - Potentiel élevé
Quebec's welcome mat needs refurbishing

Immigrants qualifiés cherchent emploi

... tout comme d'ailleurs le Canada ?...
Immigrant tech stars face hurdles in quest to start business in Canada
Canada’s neglected (immigrant) seniors
Canadian-born visible minorities earn less
En bref - Canada: peu d'emplois pour les immigrants instruits
Les ouvriers agricoles mexicains se disent victimes exploitation au Canada

Et pourtant, pensons-nous seulement pouvoir nous permettre de négliger nos immigrants ?...
Les travailleurs étrangers désormais indispensables

Our choice: Spend the money or lose the brightest
Le déclin démographique du Québec sous la loupe
Bringing smart people to Canada can only make us better
Why international student scholarships are good for Canada

Immigrants want success now, not tomorrow
Guatemala, P.Q.

Car pouvons-nous vraiment prétendre pouvoir nous passer de l'immigration ?...
Un autre son de cloche

Le poison imaginaire

Et si nous nous trouvons donc à avoir réellement besoin de l'immigration, alors pourquoi ne pas surtout veiller à faciliter celle-ci, plutôt qu'à l'entraver ?...
The Dragon’s Den approach to immigration

Et la véritable question ne devrait-elle pas surtout s'avérer de veiller à sélectionner les immigrants dont nous avons vraiment le plus besoin ?...
Age, language are key to better outcomes for immigrants

Y aurait-il réellement quelque chose qui cloche avec la politique d'immigration du Québec ?...
Immigration: la pointe de l'iceberg

Ces immigrants que l'on choisit mal - Rima Elkouri
Des lacunes dans l'intégration des immigrants

Se pourrait-il donc que le gouvernement Charest ne soit aucunement conscient de la nécessité d'intégrer nos immigrants ?...
Immigration au Québec - Loin de la réalité
Francisation - Québec réinvestit, mais dans des cours différents
Francisation - Courte vue
Merci pour vos bons conseils - Rima Elkouri

Et par ailleurs, un tel constat ne vaut-il pas aussi pour l'ensemble des pays industrialisés ?...
La réunification allemande - L'intégration

... et notamment pour le Canada ?...
Interdit aux idiots


Et surtout, se pourrait-il donc qu'il y ait quelque chose de pourri au Ministère de l'Immigration ?...
Interdit aux idiots

Un fardeau excessif

Et pourtant, notre avenir ne repose-t-il pas justement sur l'immigration, ne serait-ce qu'en partie ?...
La « grande séduction » du maire Gendron

Le Conference Board mesure l'apport de l'immigration - L'immigrant apporte idées et richesse
Attirer les cerveaux
UNE VALEUR AJOUTÉE -  François Munyabagisha
LE QUÉBEC À L’HEURE DE L’INCLUSION
Aller au-delà de la ressource humaine
Voir aussi Faut-il rappeler que l'intégration de la diversité ne s'avère avant tout qu'une des clés premières de la productivité ?....

Pluralism : Muslim leader seeks to make Canada a model for the world

Multiculturel, dites-vous?

À moins que le portrait ne soit peut-être pas si sombre, après tout ?...
Médecins étrangers: les facultés assurent ne pas être des «forteresses»

Étudiants étrangers: les quotas d'entrée haussés
Québec facilitera l'intégration des médecins étrangers
Une entente avantageuse - Lysiane Gagnon

Les diplômes des immigrants plus vite reconnus
Le Québec ouvre la porte aux professionnels de la santé français

Et si l'on commençait à tout simplement nous ouvrir à l'immigration ?...
La « grande séduction » du maire Gendron


Un quartier macédoine
Discussion avec un maudit Français

Les nouvelles couleurs du rire

Un autre visage de Montréal - Rima Elkouri
Montréal comme on l'aime
Forte hausse des unions mixtes au Canada
Le pâté chinois supplante le couscous
L'école de la tolérance
«Elle est où la neige?»

Près du tiers des Canadiens seront nés à l'étranger en 2031


Y a-t-il trop d'immigrants? - Claude Picher
Réfugiés et retraités - Claude Picher


Les conservateurs et l'opposition s'entendent sur la loi sur les réfugiés

Le Canada prêt à accueillir plus de réfugiés

Le système d'admission des réfugiés va être réformé


L'accueil des réfugiés, devrait-il être un prétexte pour que n'importe qui puisse profiter des avantages de vivre au Canada ?...
The Dragon’s Den approach to immigration
RCMP makes arrests in Tamil human-smuggling operations
Is Canada a soft mark?
Don’t outlaw human smugglers – drive them out of business
Migration clandestine - Harper veut des règles plus strictes
La fin de la planque - ARIANE KROL
A sensible attempt to fix the refugee mess
Order out of chaos – why refugee reform makes sense- Jeffrey Simpson
Generous welfare lures dubious migrants to Canada, Minister says


Et par ailleurs, ne pourrait-on pas en dire autant de notre système d'immigration dans son ensemble ?...
Les demandes d’asile en baisse

Immigration au Canada - Les travailleurs qualifiés s'en tirent bien
La main-d'oeuvre qualifiée fait défaut, disent les entreprises
A few frank words about immigration
Seeking immigration review, new centre focuses on 'moral contracts'

Et par ailleurs, les immigrants ne seraient-ils pas les premiers à bénéficier d'une intégration linguistique réussie, que celle-ci résulte du fait que l'on ait rendu plus accessible un ensemble de ressources éducatives à cet effet, ou simplement au fait que l'on ait plus spécifiquement sélectionné nos immigrants en ce sens ?...
The citizenship test doesn't translate


Mais ceci dit, une réforme du système d'admission des réfugiés, et du système d'immigration dans son ensemble, devrait-il pour autant s'avérer un prétexte pour prendre des décisions simplistes, quand ce n'est pas pour carrément faire preuve de discrimination envers certains groupes de la société ?...

Les libéraux rejettent le projet de loi

Comment on fabrique des vagues
La croisière s’amuse
Stopping migrants at sea dramatic but ineffective
Imagine there’s no havens - Globe Editorial
Tamouls canadiens: une communauté tissée serré
Revue de presse - Les portes closes
The ‘impossible’ voyage of a Tamil ghost ship
Une menace venue de la mer ?
Entre la bêtise et la naïveté
Réfugiés tamouls - La fausse invasion
Why we can’t turn away the Tamil ships
Migrants tamouls: des mois de détention à l'horizon

«Nous ne sommes pas des terroristes»
L'exode tamoul - Les terroristes ne sont pas où l'on pense
Il y a une limite à tout...
Réfugiés tamouls: «ils ne m'ont pas paru bien nourris»

Viser juste
Bienvenue au Canada - André Pratte
«J'ai quitté mon pays pour sauver ma vie»
L’information transmise au compte-gouttes

La ligne dure d'Ottawa dérange
Les réfugiés tamouls arrivent à Esquimalt


Réfugiés: le gouvernement menace d'abandonner la réforme
L'illusion des «pays sûrs» - Agnès Gruda
Réfugiés - Pas si efficace

Kenney veers right on refugees?
When it comes to refugee claims, it's pretty easy to ID the ‘safe' countries
La réforme est inéquitable, dit l’opposition - HUGO DE GRANDPRÉ

Mais la présence d'un certain discours plus ou moins xénophobe devrait-il pour autant nous empêcher de faire face aux problèmes de notre système d'immigration dans son ensemble ?...
Missing in electoral action: immigration

How complex the culture of fear

N'y a-t-il pas des moments ou les réactions à l'immigration peuvent pratiquement susciter une certaine honte d'être québécois ?...
L’INSAISISSABLE QUÉBÉCOIS

Denying synagogue expansion reinforces ill will
Vive déception dans la communauté juive
La synagogue de la controverse
‘Intolerance’ divides Hutchison St.

Un réflexe de ceinture fléchée
Villeray district shows its neighbourly side
La peur du propriétaire
Le péril inuit - Rima Elkouri

Et si l'interdiction d'un accessoire tel que la burqa ne s'avérait pas une si mauvaise idée que cela, après tout ?...
La loi officiellement en vigueur
It’s curtains for veils as France rolls out anti-niqab law
Burqa interdite en France: un homme veut payer les amendes

Sous le couvert du "bon sens", le Québec aurait-il en fait franchi la ligne de l'intolérance ?...
Burka a curtain, not a threat
Is government coming to its senses on niqabs?
Le voile ou la porte - Lysianne Gagnon
And another thing ...
Aidez-moi à crier
Niqab ban harkens back to the dark days of Duplessis
Le péril musulman - Lysiane Gagnon
Du bon sens à l'intolérance - Lysiane Gagnon
De juges et de turbans - Yves Boisvert
Unreasoning anxiety elevated to law

Red flag on Quebec niqab ban
Quebec's niqab ban sets up a legal showdown

Accommodements raisonnables - Premières balises
Des balises raisonnables - André Pratte

Enfin, le gros bon sens - Michèle Ouimet

Québec impose des limites au port du voile intégral

Et se pourrait-il que le Québec ne soit peut-être pas si ouvert qu'on aurait pu le croire, après tout ?...
(ou encore : Les Québécois chercheraient-ils donc à faire d'eux-mêmes les nouveaux champions de l'intolérance ?)
‘Intolerance’ divides Hutchison St.

Has intolerance become a Quebec value?
Kirpan ban puts Canada on brink of multiculturalism debate no one wants
Sacro- sainte laïcité
En bref - Kirpan: Julius Grey déçu de l'Assemblée nationale
L’increvable question du kirpan
The kirpan and Canada’s French-English divide

Le chat est sorti du sac - Lysiane Gagnon
Fonction publique: le voile intégral au centre des débats
Interdiction de la burqa en France: réactions mitigées au Québec
When Liberals were liberals - Lysiane Gagnon
Veil ban wins reprieve for struggling Jean Charest
Quebec's view on niqab creates fault line
Quebecers rally to put secularism on agenda

Two solitudes and the niqab
Le Québec et le niqab - Comme des talibans ?
La CBC, le contexte et les sauvages - Patrick Lagacé

Le Congrès juif s'inquiète de la croisade pour la laïcité du Parti québécois
Le voile de la xénophobie

«The Globe», reporting from Mars! - Patrick Lagacé

Just what Quebec needs: a dress code
Entrevue avec Yolande James: en quête de balises

Banni, le niqab
La vie en noir - Michèle Ouimet
Ce que n'a pas compris le gouvernement Charest
Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Le gouvernement Charest trop «accommodant»
Religion: gare à l'intolérance
Démagogues s'abstenir - Rima Elkouri
Manifeste pour un Québec pluraliste
Libre opinion - Le voile, tu ne porteras point
Si proches, si lointains - Lysiane Gagnon
Le mot qui allume le feu - Lysiane Gagnon

... et se pourrait-il d'ailleurs que le Canada ne le soit pas nécessairement davantage ?...
When Liberals were liberals - Lysiane Gagnon
The Canadians who embrace Ann Coulter
No room at the inn for veiled women? Get real, Canada
Voile: le ROC appuie Charest
Projet de loi 94: appui massif dans le ROC
Le niqab des solitudes, vraiment?
Discrimination - L'ONU propose une collecte de données

Et si nous n'étions pas "si racistes que ça", après tout ?...
Le Québec des possibles


Se pourrait-il donc que les questions d'immigration, de langue et de religion donnent parfois lieu à l'écolosion d'un discours pour le moins étrange ?...
Affaiblie, la loi 101 n'est plus d'aucune utilité
Laïcité et droits fondamentaux - Une déclaration teintée d'insouciance
Lutte d’un autre temps - BENJAMIN-HUGO LEBLANC
La laïcité pure et dure - Lysiane Gagnon
Laïcité: une déclaration désolante
Des intellectuels disent non à une laïcité «ouverte»

Pâques et Noël ne disparaîtront pas du calendrier scolaire
Calendrier scolaire: exit Noël, Pâques et la Saint-Jean


Et la défense de la laïcité devrait-elle justifier que l'on en fasse un nouveau motif d'intolérance ?...
Laïcité intolérante

La laïcité serait-elle donc devenue notre nouvelle religion, avec toute la rigidité dogmatique que cela peut impliquer ?
Religious accommodation: A new front in Quebec’s sovereignty battle?


La laïcité ne serait-elle plus devenue qu'un façade pour camoufler un discours essentiellement raciste ?...
NEUTRE, LA LAÏCITÉ?


Mais d'ailleurs, comment pourrait-on garantir le respect de la liberté de religion sans la neutralité qu'une certaine laïcité permet justement de communiquer ?...
Lettres - La laïcité ouverte

Lettres - La laïcité et le drapeau du Québec

Tolérance ou laïcité

Et se pourrait-il donc que l'on ne puisse que donner une portée toujours plus absolue aux droits des minorités, même au dépens de toute la société comme du bon sens, et tout cela seulement de crainte de se voir accusé de racisme ?...
Pourquoi un Tribunal des droits? - Yves Boisvert

Et en fait, n'y a-t-il pas une position à défendre en faveur d'un ordre des choses que les droits des uns ne se fassent pas au détriment de ceux des autres ?...
Peut-on parler d'égalité? - Marie-Claude Lortie

Let's fashion a made-in-Canada approach to the burka

La laïcité ouverte est «un bateau à la coque percée»



Le gouvernement Charest ne serait-il bon qu'à jeter de l'huile sur le dossier déjà brûlant des accomodements raisonnables ?...

Québec finance l'enseignement religieux dans les garderies

Et d'ailleurs, le meilleur moyen de faire exploser une telle marmite n'est-il pas surtout de s'entêter à tenir son couvercle fermé tant bien que mal, même si cela doit être fait de la façon la plus maladroite ?...

Le niqab et le chronomètre - Rima Elkouri

Faites vos balises - Rima Elkouri
La religion à la garderie: Tomassi ne veut pas intervenir
Tomassi approuve les garderies à vocation religieuse
Une politique à visage découvert - Vincent Marissal

L'ouverture à l'immigration devrait-elle pourtant servir de prétexte à la ghettoïsation ?...

Non aux garderies-ghettos - Nathalie Collard

Et ne faut-il pas avouer que certaines pratiques ne mérite rien de moins que d'être interdites ?...
Tentative de meurtre à Dorval: encore un «crime d'honneur»?


Le gouvernement Charest ne serait-il capable que de tenter de gérer à la pièce le dossier des accomodements raisonnables ?...
Garderies religieuses: Tomassi fait volte-face


Et si nous nous mettons nous-mêmes à imposer un code vestimentaire, et qui plus est au nom de la défense liberté, alors ferons-nous vraiment mieux que les cultures fondamentalistes que nous prétendons justement dénoncer ?...
Du calme, du calme - Michèle Ouimet

State has no place in nation's wardrobes
De l’asservissement déguisé - ANTOINETTE LAYOUN L’auteure est d’origine arabe.

Où est le problème? - ANDRÉ LOISELLE L’auteur réside à Saint-Faustin-Lac-Carré.

Et si vraiment nous comptons défendre la liberté, alors ne devrions-nous pas commencer par laisser les citoyens libres de se vêtir comme ils l'entendront, et libres aussi de déterminer par eux-mêmes ce que leur tenue vestimentaire peut bien signifier pour eux, justement ?...
Symbole de libération -
PATRICK SNYDER

Ignorance religieuse - MALAKA ACKAOUI

Port de signes religieux: cibler les fonctions clés

Québec expulse encore la femme au niqab
Québec entend «clarifier» la question du niqab
L'autre côté de la médaille - Michèle Ouimet

Niqab: le cégep Saint-Laurent avait raison

Une police du niqab? Non merci - Michèle Ouimet
EXCLUSIF: une musulmane expulsée d'un cours à cause du niqab

L'«accommodée» déraisonnable - André Pratte

Et à partir de quand un accomodement peut-il devenir déraisonnable ?...
Restricting kirpans would inflict wound on tolerance



Certains accomodements ne peuvent-ils pas s'avérer tout simplement raisonnables ?...

Le niqab et le complexe canadien
La Fédération des femmes veut un cadre plus souple
La croisade laïciste - André Pratte

Et se pourrait-il que d'autres ne le soient tout simplement pas ?...
Accommodements discriminatoires

Burqa et niqab: la RAMQ n'a pas à se plier aux demandes
Accommodement religieux à la RAMQ: Yolande James en désaccord


La Nouvelle-France dans le Plateau-Mont-Royal
Haïti P.Q.




Certains partis québécois seraient-ils en train de dériver d'une façon des plus inquiétantes en ce qui a trait à leur discours sur l'immigration ?...

Wise choice, M. Parizeau, and get better soon

Lettres - Le PQ interdirait le port de la croix
Charest: interdire le hidjab porterait atteinte aux religieuses
En bref - Dieu n'a pas sa place à l'école, même privée, juge le PQ
Travaux parlementaires: l'identité nationale et la langue au menu
Le PQ veut interdire le niqab à l'école
The PQ's dead-end road
La tâche - André Pratte
Lucien Bouchard reproche au PQ son manque d'ouverture
Les signes religieux devraient être interdits dans le secteur public, selon le PQ
Cachez ce signe religieux
Une question de nuances

Une analyse biaisée

PQ et ADQ exigent une révision du cours d'éthique et de culture religieuse
PQ et ADQ exigent une révision du cours d'éthique et de culture religieuse


Voir aussi Le PQ serait-il entré de plein pied dans un processus ne pouvant mener qu'à sa propre marginalisation ?...

Se pourrait-il que l'on se montre soudainement un peu moins inclusif lorsque vient le moment d'embaucher un immigrant ?...
Immigrant cherche désespérément du travail
Les immigrants moins bien payés au Canada


Se pourrait-il d'ailleurs que l'on ne soit pas capables de pleinement protéger nos immigrants contre l'exploitation et les mauvais traitements de toutes sortes ?...
Mme. M. et beaucoup d'autres...
Vancouver, ville ouverte?

Ottawa donne l'heure juste aux immigrants

Guide pour les immigrants: Hérouxville applaudit


Et s'il se trouve une marmite sur laquelle Charest s'empresse de mettre un couvercle, n'est-ce pas sur celle des accomodements raisonnables ?...
Le grand absent - Alain Dubuc



Se pourrait-il donc que certains accomodements puissent s'avérer n'être tout simplement pas raisonnables ?...
Le niqab contre la justice
Port du niqab - Excès de compromis
Niqab decision: doing justice means seeing the face - Globe Editorial


Du nouveau sur les accomodements ?...
Retour dans la cabane à sucre - Yves Boisvert

La ségrégation subventionnée, non merci - Rima Elkouri
2Fik le laïc - Marie-Claude Lortie

Et encore une autre crise ?...
Le retour tranquille de la religion - Michèle Ouimet


Le Québec sur une pente dangereuse  -  AGNÈS GRUDA
Une laïcité à affirmer  -  Jean Hébert

S'accommoder  -  MARIO ROY

1-800-Accommodements  -  Rima Elkouri
Le projet de loi 16 jeté aux oubliettes  -  Denis Lessard

Encore des accomodements ?...
La neige du samedi - Marie-Claude Lortie

1-800-Accommodements  -  Rima Elkouri
N’avons-nous rien appris?  -  ANDRÉ PRATTE
Le bon filon  -  LYSIANNE GAGNON
Les Québécois restent opposés aux accommodements  -  Louise Leduc
Des demandes analysées au cas par cas
Cinq cas soumis à la Commission des droits de la personne -  Louise Leduc

Un manque de leadership politique déploré
Droits indissociables  -  Alexa Conradi
Gare au simplisme  -  André Pratte
Le projet de loi 16 est « une boîte de Pandore »  -  Tommy Chouinard
Un coup de frein  -  André Pratte

Elle portait le voile - Marc Cassivi


La tentation autoritaire  -  Mathieu Bock-Côté

Y aurait-il donc quelque chose qui cloche sérieusement avec nos Ministères de l'Immigration ?...
Immigration: Ottawa veut sévir contre les consultants malhonnêtes
Menacée d'expulsion malgré une grossesse à risque
Une famille risque d'être expulsée au Pakistan
Une famille congolaise réunie au Canada après 5 ans d'attente
« On a froid, on a faim! »  -  André Duchesne
La longue route du Congo au Canada - Agnès Gruda
Quatre ans sans voir leurs six enfants  -  Agnès Gruda
Dans la maison des fous d'Immigration Canada - Rima Elkouri



Et se pourrait-il d'ailleurs que nous ne soyions pas les seuls à se moquer ainsi de ses propres immigrants ?...
Fin tragique pour une famille immigrante

Comment ne pas acceuillir ses immigrants !...
Mauvaise manière


Aurions-nous réussi à exporter notre cher débat sur les accomodements raisonnables ?...
France: l'interdiction totale du niqab jugée contraire à la Constitution
Débats périlleux - Lysiane Gagnon
Un autre cas déraisonnable - Lysiane Gagnon
France: les restaurants Quick prennent un virage halal
France - Nouvelle tempête autour du voile
France - Geste d'éclat contre la burqa
Le casse-tête de la burqa
La France déterminée à bannir la burqa
Maniez avec précaution... - Mario Roy
Le débat sur l'identité culturelle dérape en France
France: nouveau dérapage d'un ministre de Sarkozy sur l'identité nationale
Besson: le champion de «l'identité nationale»
Minarets en France: Sarkozy appelle au respect mutuel
Un regard français - Mario Roy
La France lance un «grand débat sur l'identité nationale»
Accomodements: la Belgique tentée par le modèle québécois
Burqa et crucifix... - Mario Roy


Et pourtant, si l'intolérance pure et simple ne s'est-t-elle pas démontrée capable de croupir partout et de tout temps ?...
France: un débat sur le voile intégral dégénère

La France expulse des Afghans sur fond de polémique

Et se pourrait-il donc que l'heure ne soit plus à l'intolérance, après tout ?...
Europe’s culture wars go Dutch

En bref - Avis défavorable à l'interdiction de la burqa
Le voile démagogique - Yves Boisvert
France: l'interdiction totale du niqab jugée contraire à la Constitution
La montagne accouche d'une souris
La nouvelle épine au pied du gouvernement Sarkozy
Rien à voir - Pierre Foglia
Les tours divines - Mario Roy
La sécurité de la Suisse «n'est plus garantie»

Sus aux minarets! - Lysiane Gagnon
La Suisse galvanise l'extrême droite
L'ONU contre l'interdiction des minarets en Suisse
Minarets: levée de boucliers contre la Suisse


... bien que les apparences s'avèrent pourtant plutôt fortes pour ce qui est de nous faire croire le contraire ?...
France: vote massif en faveur de la loi antiburqa
Élections aux Pays-Bas - À droite toute
Élections aux Pays-Bas: le parti anti-islam crée la surprise
Premier pays occidental à le faire : La Belgique interdit le voile intégral
France: après la burqa, la polygamie

Sarkozy veut bannir la burqa
Le gouvernement français a tranché - Interdiction totale du voile intégral

European burka bans linked to hardening anti-Muslim sentiment
Montréal, Paris, Bruxelles
Le retour de l'extrême droite en Europe
Italie: l'improbable succès d'un parti xénophobe

The scary world of Geert Wilders
L'extrême droite aux Pays-Bas - La peste
«Triste» percée d'un parti xénophobe au Pays-Bas



Doit-on bannir le niqab et la burqa au Canada?  -  Agnès Gruda
Québec n’est pas prêt à donner la primauté à l’égalité des sexes  -  Tommy Chouinard
La laïcité ne peut être ignorée  -  Rima Elkouri


Francisation pour immigrants : Des cours « trop » populaires  -  Marie Allard
Le Québécois, raciste ? Un tabou  -  Pierre Nepveu


La méconnaissance des langues officielles coûte cher  -  RUDY LECOURS


LES MURS ONT GAGNÉ  -  AGNÈS GRUDA
Voir aussi Dossier MURS

Femmes immigrées : Les emplois de qualité sont rares  -   Silvia Galipeau

Levée de boucliers contre l’expulsion des migrants afghans  -  Marc Thibodeau

PARIS 
Tollé autour d’un projet de vol nolisé pour renvoyer des Afghans
Le hijab interdit dans les écoles belges
« C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »  -  Marc Thibodeau

Il ne fait pas bon être noir à Moscou  -  Frédérick Lavoie


Clandestins morts en mer  La ligne dure de Berlusconi critiquée

Un candidat noir à des élections en Russie

Immigration : Un équilibre fragile  -  Gérard Pinsonneault


Elle n'est pas une poupée - Rima Elkouri


Au nom de « l’honneur »  -  Laura -Julie Perrault
Préférer la prison au nom de famille souillé  -  Judith LaChapelle

Crime d'honneur : DES MENTALITÉS À CHANGER  -  Yolande Geadah
Le terrain des superstitions  -  Patrick Lagacé
Voir aussi 
Le terrain des superstitions  -  Patrick Lagacé    et Des meurtres banalisés Les crimes d’honneur ont été exportés en Occident  -  Djemila Benhabib
ainsi que Avant de lancer la pierre...  -  Julie St-Hilaire

Une famille séparée par l’Immigration  -   Laura-Julie Perrault
Les préjugés envers l’islam sont tenace au Québec
Les communautés culturelles boudées par les médias

Immigration : Québec solidaire accuse Charest de ne rien faire
Le nombre de plaintes en forte baisse- Discrimination envers les locataires issus des minorités visibles
« NANNYGATE »  La vulnérabilité des aides familiales venues d’ailleurs mise en lumière
Une femme et sa valise - RIMA ELKOURI

LE VOILE : UN SIGNE DE DOMINATION? -  Alexandra Sicotte-Lévesque

Encore le voile? -  LYSIANNE GAGNON
Port du voile dans la fonction publique : Contre une loi  -  MICHÈLE OUIMET
La ministre St-Pierre en accord avec la Fédération des femmes duQuébec
Port du voile : Un choix démocratique
Le tsunami du foulard, prise 2  -  KATIA GAGNON


En ne voulant voir le voile que de notre point de vue et donc comme un symbole d'oppression, ne nous trouvons-nous pas surtout à faire fi de la liberté des femmes dans cette question, et donc à ne faire nous-mêmes rien d'autre que de l'oppression ?...
Égalité, laïcité, sérénité - Marie-Claude Lortie

Les symboles jamais anodins - Louise Beaudoin
Décriminaliser l’identité nationale -  Mathieu Bock-Côté
Abandonnées à leur sort
Port du voile dans la fonction publique :  La Fédération de qui? -  MARIE-CLAUDE LORTIE
Port du voile dans la fonction publique :  TRAHISON !...
Laïcité : le dur chemin de croix...  -  MARIO ROY


« Burquer » ou pas...  -   Mario Roy

La France songe à interdire la burqa


JUGEMENT DE LA COUR SUPRÊME  Les huttérites devront se doter d’un permis de conduire avec photo

 
Et que dire bien sûr de ces fameux accomodements raisonnables ?...
L'intolérance entraîne un coût économique - Rémi Nadeau
Le malaise généré par certaines pratiques d'accommodement au Québec ne doit pas être confondu avec un malaise face à l'immigration.  - Lia Lévesque
Les craintes face aux accommodements raisonnables ressortent, entre autres choses...
La commission Bouchard-Taylor à l’heure des valeurs québécoises - Norman Delisle
La crise, quelle crise? - Michèle Ouimet
Le feu aux poudres
Avant d'enterrer la Commission - Yves Boisvert
Accueil des immigrants : les régions manquent de moyens - Lia Lévesque

La métamorphose de la question nationale - Mathieu Bock-Côté


Et si l'on parlait simplement de racisme ?...
Tintin au Congo visé par une plainte

Voir aussi Le racisme serait-il encore profondément incrusté en Amérique ?...

Excluons la religion -
SAMI BEBAWI


Le test du voile islamique intégral - Mario Roy

Le ciel est bleu - Pierre Foglia


Peuple québécois, puis-je compter sur ta solidarité?

All aboard the niqab ban



LE DEVOIR

Pluralisme et laïcité : contribution au débat
Réplique à Jacques Beauchemin et Louise Beaudoin - Pourquoi opposer majorité et minorités?
Lettres - Accommodements
Laïcité - La rupture
Lettres - Le défi du clivage entre Montréal et le Québec
À la recherche d'une solution de rechange aux accommodements raisonnables

Rapport sur la burqa en France - Les «accommodements raisonnables» et Charles Taylor épinglés

Et se pourrait-il donc que les questions d'immigration et de religion donnent parfois lieu à l'écolosion d'un discours pour le moins étrange ?...
Des intellectuels disent non à une laïcité «ouverte»

Le catho
Nationalistes ou pluralistes? Faut-il vraiment choisir?
Au Canada de la burqa
Bouchard veut relancer le débat sur l'intégration

THE GAZETTE




TIME MAGAZINE

NATIONAL POST

The reasonable accomodation debate
In Defence Of Herouxville






UNE VALEUR AJOUTÉE -  François Munyabagisha
Sur le plan économique, des immigrants font rentrer au pays plus d’argent neuf qu’ils n’en reçoivent
Des immigrants sont des clés privilégiées d’accès aux marchés étrangers. Et ils ne coûtent pas cher, juste un coup de pouce pour leur intégration.
L’immigrat ion est souvent perçue et présentée comme une source de main-d’oeuvre, une solution à un déficit démographique. Sans être erronée, une telle vision occulte des pans de contributions des immigrants à leur nouvelle société.
Un immigrant, qu’importe sa motivation, est en partant un entrepreneur. Entendons qu’entreprendre, c’est prendre des risques monnayables. Et qui dit risque traduit l’inconnu. En quittant son pays, l’immigrant va vers l’inconnu, à la recherche d’un trésor. C’est toujours dans l’inconnu que se trouve caché, le trésor. L’immigration ouvre à de nouvelles réalités, à des désillusions tout comme à des occasions nouvelles d’accomplissement, en emploi, en art, en entreprise, en politique, etc.
De tout temps, des immigrants ont un apport dont on ne parle pas, sinon à rabais. Culturellement, j’en passe. Sur le plan économique, des immigrants font rentrer au pays plus d’argent «neuf» qu’ils n’en prennent.
En 2009, Mohamed a exporté vers la Tunisie la friperie pour 120 000$. En emploi, il a gagné à peine 40 000$, dont il a investi le tiers dans le démarrage de son entreprise. Mon autre client, Samir, a exporté des rétro-chargeurs et des pelles usagées pour plus de 250 000$. Son revenu d’emploi, réinvesti dans notre économie, était à peine de 27000$. Tandis qu’Ahmed, en affaires à temps plein, a vendu à l’exportation des autos usagées ou accidentées, pour une valeur excédent 500 000$. Ses clients sont tous des immigrants.
La même année, Muhawe a permis à une entreprise de Montréal d’obtenir en Afrique un marché de solutions informatiques, pour plus de 1 million de dollars. Quant à Koné, ré-immigré à LosAngeles après un long séjour d’étude à Montréal, il exporte d’une entreprise de Boucherville des cosmétiques pour 60 000$ trimestriellement.
Ces cas sont vrais. Je peux en fournir plusieurs dizaines autres, dans des domaines aussi variés que la récupération, l’alimentation, les équipements, les services, la finance, l’industrie chimique. Ce n’est là qu’une toute menue fenêtre ouverte devant ma petite cour, et des cas d’immigrants non choisis, rentrés comme réfugiés ou étudiants, donc non-investisseurs à l’arrivée.
Des immigrants sont indéniablement des clés privilégiées d’accès aux marchés étrangers. Et ils ne coûtent pas cher, juste un coup de pouce pour leur intégration. Un nombre non négligeable d’entreprises québécoises ont su trouver dans la ressource immigrante un second poumon, un second souffle. Voire certaines industries en dépendent, à l’exemple la friperie et l’épicerie du quartier, pour les plus visibles.
Cette contribution mérite d’être valorisée, d’autant plus que c’est l’exportation qui nous permet de maintenir ou d’améliorer notre train de vie. Un pays qui exporte, s’enrichit, à moins de n’exporter que la matière brute non renouvelable. Un pays qui importe plus qu’il n’exporte s’appauvrit, à moins de transformer ou réexporter.
Mon grand père disait : « Tu auras beau avoir plusieurs poches dans ton blouson, leur nombre ne t’apportera pas la richesse. Elle est dans la poche d’autrui. » En effet, on ne s’enrichira pas en jouant aux cartes avec les billets verts, plutôt en les faisant transiter par la poche de l’autre.

À plus de 70%, la production des Canadiens est exportée. Bien que les États-Unis constituent la destination première, les autres marchés sont tout autant importants. Ainsi, plus nous avons d’immigrants originels de divers pays, plus nous valoriserons l’esprit d’entrepreneur sommeillant en chacun, plus nous ouvrirons des portes d’accomplissement et d’enrichissement collectif.

LE QUÉBEC À L’HEURE DE L’INCLUSION - Caroline Rodgers
Le mot diversité est sur toutes les lèvres dans les entreprises par les temps qui courent. C’est le branle-bas de combat dans les départements de ressources humaines.
De plus en plus, on veut des employés à l’image de la société dans laquelle on vit : plurielle, composée d’êtres humains de tous les horizons. On recrute du personnel de toutes origines ethniques, religions, âges, sexes et orientations sexuelles.
Dans un contexte où la chasse aux employés prend des allures de véritable guerre des talents, les employeurs ne peuvent plus se permettre de négliger le potentiel présent au sein de ces différentes communautés. Non pour paraître politiquement correct, mais parce que la diversité en entreprise est une réponse à la pénurie de main-d’oeuvre. Elle représente désormais un enjeu stratégique majeur.
Dans toutes les sphères de la société, on retrouve des gens qualifiés et prêts à travailler. Ignorer cette réalité, c’est se priver d’un bassin important de talent et d’expérience.
Alors qu’il n’y a pas si longtemps on parlait encore de discrimination positive, de « donner une chance » aux candidats issus de minorités, le vent est en train de tourner.
C’est au tour de l’entreprise de courtiser le candidat à l’embauche pour le convaincre qu’elle est l’employeur de ses rêves.
L’inclusion
Pour attirer tout ce monde, il faut montrer que l’on favorise l’inclusion, et que tous se sentent les bienvenus.
Il ne suffit pas d’embaucher des employés issus de différents groupes. Encore faut-il qu’ils se sentent pleinement acceptés avec leurs différences et aient le goût de demeurer dans l’entreprise, explique Lynn Lapierre, codirectrice aux ressources humaines chez Ernst& Young.
« S’ils n’arrivent pas à travailler avec les autres et ne se sentent pas acceptés, ils ne peuvent pas être vraiment eux-mêmes au travail, dit-elle. L’organisation n’aura pas atteint ses objectifs, parce que la personne n’aura pas réussi à mettre ses talents à contribution. »
Mais il ne s’agit pas uniquement d’une question de recrutement et de rétention.
Les équipes composées de personnes différentes sont plus créatives et plus performantes. Elles favorisent la compétitivité de l’entreprise et permettent de mieux comprendre les différents marchés.
« Quand on a des gens qui viennent d’horizons différents, i ls approchent les problèmes de façon différente, dit Louise Rainville, coprésidente du Conseil canadien pour la diversité chez Samson, Bélair, Deloitte& Touche. Cela nous aide à innover et à résoudre des problèmes. En plus, un milieu de travail qui reflète mieux la diversité de notre clientèle nous permet de mieux la comprendre et de mieux la servir. »
Les entreprises qui ont compris ces enjeux forment depuis quelques années des départements spéciaux pour gérer la diversité, car celle-ci entraîne son lot de petites frictions et d’incompréhensions, tantôt culturelles, tantôt générationnelles. Ou même les deux.
« À l’ère de la diversité, des gens présentement à la retraite reviendront sur le marché du travail, et vont avoir comme patrons des jeunes de 30 ans, qui ne seront peut-être même pas de leur culture, dit le conférencier Alain Samson. Tout le monde devra s’adapter. »
L’heure est donc à la sensibilisation, aux comités d’employés venant de minorités, aux semaines thématiques et aux accommodements. Car qui dit employés différents dit mentalités, cultures et besoins différents.
Il faudra aussi assouplir l’organisation du travail et la gestion des avantages sociaux pour répondre aux différents besoins des employés.
On se dirige vers une gestion des ressources humaines à la carte, selon M. Samson, qui est aussi l’auteur du livre Mon équipe est multicolore mais je suis daltonien.
En milieu de travail, l’ère des programmes universels est révolue en même temps que celle de l’homme blanc hétérosexuel majoritaire.
« Il faut se débarrasser du mythe égalitaire, dit Alain Samson. Auparavant, l’organisation du travail était simplifiée par l’uniformité. Tout le monde avait les mêmes besoins, alors on pensait que ce serait mieux si on traitait tout le monde de la même façon. Mais ce n’est plus le cas. »


 
Grossière contradiction - FRÉDÉRIC SFEIR
Les pays occidentaux poussent les musulmans à émigrer chez eux… mais adoptent des lois pour les forcer à « s’intégrer »
C’est une psychose. Une obsession incontrôlée. Un détail qui ne passe plus, ou presque plus. C’était récemment au tour de la Belgique d’adopter un projet de loi interdisant le port du voile à l’école, suivant les pas de la France et de l’Allemagne.
Ici, au Québec, l’histoire de cette étudiante d’origine égyptienne, Naema, portant le niqab au cégep SaintLaurent, a monopolisé les médias nationaux pendant plusieurs jours, crispant un peu plus l’atmosphère déjà trop tendue entre les Canadiens de confession non musu lma ne e t le s musulmans.
Ce n’est plus un secret pour personne : le voile n’est plus le bienvenu en Occident.
Mais au-delà des images véhiculées par les médias, au-delà de Naema et de son obsession à cacher son visage, que font nos sociétés occidentales pour briser ces tensions qui commencent déjà à envahir les politiques européennes ?
Il devient flagrant qu’il existe une grossière contradiction entre la politique intérieure et la pol itique extérieure de nos pays de l ’ Ouest . D’un côté, nos sociétés se trouvent confrontées à un nombre important de citoyens de confession musulmane, ne sachant plus quelles lois voter pour les « intégrer » aux us et coutumes d’ici, et de l’autre, les pays occidentaux soutiennent les forces qui poussent ces musulmans à émigrer de leurs pays d’origine pour venir s’installer sous des cieux plus cléments.
Entre le soutien affiché envers plusieurs régimes arabes non démocratiques (Égypte, Jordanie, Arabie Saoudite) et l’appui inconditionnel envers Israël, l’Occident n’améliore pas la situation critique dans laquelle se trouve cette partie du monde en quête de stabilité. La classe moyenne de ces pays à majorité musulmane émigre ainsi vers des régions plus sécuritaires : l’Europe et l’Amérique du Nord (entre autres).
Ce f lot d’émigrés arabes dérange de plus en plus et les médias occidentaux commencent à placer les histoires de mosquées et de voile à la une de l’actualité quotidienne. Ces gens, qui nous paraissent si différents, viennent s’installer chez nous car ils recherchent une vie meilleure, un standard qu’ils n’ont plus chez eux. Leur culture nous est étrangère et leurs traditions nous semblent arriérées.
Pourtant, chez eux, ça fonctionnait très bien avant. Leurs sociétés étaient tolérantes et sécuritaires, il n’y a pas si longtemps. Damas, Bagdad, Téhéran étaient il y a quelques décennies des métropoles prospères et sécuritaires. En ce temps-là, le débat des accommodements raisonnables aurait sonné comme du chinois dans nos pays occidentaux. Soixante ans plus tard, le MoyenOrient est plus déchiré que jamais et la question de l’islam en Occident fait rage. Un hasard ? Que nenni.
C’était à prévoir : le Maghreb, appauvri par la colonisation et les guerres, les dictateurs arabes fortement supportés (pour ne pas dire maintenus) par les États-Unis et leurs alliés, et enfin, le conflit israélo-palestinien qui envenime la sécurité au Proche-Orient avec les puissances occidentales qui affichent obstinément leur soutien économique et politique à l’État hébreu. L’Occident n’a rien fait, politiquement, pour donner aux classes moyennes arabes une raison de demeurer dans leur pays. Il les a même souvent forcées à quitter.
Et aujourd’hui que ces gens demandent exil ici, nos sociétés légifèrent et manipulent l’opinion publique par des images-chocs de femmes portant le fameux voile intégral. Il en résulte une population d’immigrants à forte majorité modérée qui se sentent visée et montrée du doigt, lorsque dans les faits ce n’est qu’une poignée d’individus provocateurs qui profitent de l’excès de liberté pour faire valoir leurs opinions extrémistes.
Attaquer le malaise par sa source
Là est la véritable solution que nous devons courageusement trouver pour mettre fin à ce dangereux crescendo d’islamophobie. Ne pas mettre la minorité intégriste et la majorité modérée et silencieuse dans le même panier, et sur tout , réviser not re politique extérieure vis-à-vis du Moyen-Orient pour qu’il arrête de saigner. Tout le monde en sortirait gagnant, et les affiches de minarets en forme de missiles n’auront plus lieu d’être placardées dans les rues d’Europe.



Lutte d’un autre temps - BENJAMIN-HUGO LEBLANC
Laïcisation ne doit pas rimer avec antireligion
Si la déclaration « Pour un Québec laïque et pluraliste » prétend aux principes de séparation et de neutralité qui fondent effectivement la laïcité, elle en propose toutefois une conception relativement usée, voire surannée.
La laïcité doit-elle vraiment s’ériger en rempart contre la volonté présumée du religieux de s’insinuer dans l’espace public ? Doit-elle se traduire par une forme d’hygiénisme qui chercherait à juguler l’expression religieuse pour assainir ce même espace? Voilà qui évoque les luttes d’un autre temps, lorsque laïcisation rimait avec anticléricalisme et antireligion.
Mais ce temps n’est plus: la séparation de l’État et du religieux est consommée, et la neutralité institutionnelle, pleinement exercée. Bien qu’elle ne soit pas figée dans une charte, la laïcité qui se pratique au Québec est bien réelle; c’en est une qui intègre plus qu’elle n’assimile, en se souciant de l’autonomie morale des individus et de l’expression de leur liberté dans les limites prescrites par la loi.
Ainsi, l’appartenance religieuse n’a pas, pour l’État-arbitre, un statut supérieur ni inférieur à celui d’autres composants de l’identité, tels le sexe, l’âge ou l’ethnie, comme en témoignent les multiples applications de l’accommodement raisonnable ; et il n’appartient pas à ce même État de déterminer la charge symbolique d’un signe religieux.
Or en cela, notre laïcité de reconnaissance évite, précisément, le piège que nous tend cette déclaration. Car à rebours d’une neutralité qui considère désormais le religieux dans sa dimension essentiellement culturelle, les auteurs de ce nouveau manifeste semblent toujours lui conférer une charge symbolique qui, en retour, leur permet d’y voir une menace et d’alimenter leur discours de combat. À les lire, le religieux ne serait pas un élément constitutif, mais plutôt intrusif, de l’espace public.
Mais peut-on encore affirmer, aujourd’hui, que cette singularisation du religieux par vieil antagonisme oeuvre en faveur de la neutralité et, partant, de la laïcité? À titre d’exemple, l’échec à considérer nos propres symboles religieux comme le témoignage d’un héritage historique et culturel, en leur conférant encore aujourd’hui une valeur religieuse qui nous inciterait en retour à les soustraire aux regards, dénote-t-il vraiment une posture laïque? On peut en douter. Comme on peut douter que cette pratique de la dissimulation, proposée par ladite déclaration, soit nécessaire et pertinente.
Ainsi, à moins qu’elle ne concerne la sécurité ou le bon fonctionnement d’une institution, la manifestation d’une adhésion religieuse n’impose rien d’autre à l’environnement social que l’obligation de s’exercer à l’accueil de la diversité. Un exercice nécessairement difficile. Quant aux valeurs de société que cette adhésion ostentatoire pourrait heurter, telle l’égalité des hommes et des femmes, leur respect est déjà assuré par l’appareil législatif. En outre, interdire dans l’espace public l’expression de valeurs perçues comme différentes par la société d’accueil serait démocratiquement périlleux.
Subsiste alors le problème que soulèvent ces manifestations dans la fonction publique. Mais les frapper d’interdiction ne revient-il pas à confondre neutralité apparente et neutralité effective? L’absence de symbole religieux ne garantit qu’une apparence de neutralité, alors que la neutralité effective s’exerce par l’application réelle des normes laïques dans l’exercice d’une fonction, indépendamment des multiples signes d’appartenance – ethnique, culturelle ou religieuse – du fonctionnaire. Contraindre celui-ci à dissimuler son appartenance religieuse, outre de confiner la neutralité à un vain simulacre, suggérerait implicitement l’incapacité de ce fonctionnaire à distinguer sa religion de sa fonction, ou pire: l’incapacité des citoyens euxmêmes à faire cette distinction.
En somme, les tenants d’une charte de la laïcité ne devraient-ils pas s’employer à valoriser l’exercice véritable de la neutralité étatique, plutôt que d’exhorter à la dissimulation d’une altérité religieuse dont le seul crime est de se donner à voir?
Certes, on peut déplorer que certaines pratiques d’accommodement aient pu exercer une contrainte excessive sur la « majorité » et, de toute évidence, de nombreux ajustements devront être apportés. Néanmoins, l’erreur serait d’espérer en faire l’économie par l’application d’une laïcité crispée traitant le religieux en fait d’exception et, conséquemment, sacrifiant la neutralité dont ironiquement elle se réclame.
Depuis plusieurs années, des sociologues français appellent à une « laïcisation de la laïcité ». Plutôt que de s’inspirer d’un ancien modèle désormais en crise, le Québec gagnerait à proposer aujourd’hui le modèle de demain.


ACCOMMODEMENTS RAISONNABLES Le projet de loi sur la glace
QUÉBEC — Tout i ndique que le projet de loi 16 sur les accommodements raisonnables sera tué dans l’oeuf par le gouvernement.
Lors des consultations sur le sujet, début octobre, le projet de loi piloté par la ministre de l’ Immigration, Yolande James, avait soulevé de vives controverses.
Un mois plus tard, la pièce législative devant favoriser la diversité culturelle n’a franchi aucune nouvelle étape, et rien ne figure à l’horaire, a indiqué le cabinet de Mme James, hier.
L’étape suivante normale, soit l’étude article par article, a été reportée sine die.
Officiellement, le projet figure toujours au feuilleton, mais le gouvernement ne se fixe plus aucune échéance pour hâter son adoption avant l’ajournement des Fêtes.
« Il faut prendre le temps qu’il faut», a indiqué l’attaché de presse de la ministre, Luc Fortin.
Rappelons que, le mois dernier, le projet de loi avait suscité beaucoup de méfiance, en raison des menaces qu’il pourrait faire peser sur l’égalité entre les sexes, sous prétexte de satisfaire aux demandes des immigrants et les membres des communautés culturelles.
L’intention de Québec était de forcer les ministères et organismes gouvernementaux à se doter de directives destinées à répondre favorablement aux demandesparticulières des communautés culturelles, incluant celles d’ordre religieux.
L’opposition officielle conclut du silence gouvernemental, depuis la fin des consultations, que le projet de loi tombera aux oubliettes.
« On sent un malaise très, très clair » au gouvernement, commente, en entrevue téléphonique, le député péquiste responsable du dossier, Benoît Charette.
Le cabinet de la ministre James reconnaît que le contenu du projet de loi fait présentement l’objet d’une «analyse».
Pressée de questions par l’opposition lors des consultations sur son projet de loi, Mme James, sur la défensive, avait refusé de donner explicitement préséance aux droits des femmes à l’égalité sur la liberté religieuse.
Pour calmer le jeu, elle avait cependant convenu d’amender son projet dans le sens d’y énumérer trois grandes valeurs de la société québécoise, à savoir la séparation entre l’Église et l’État, la primauté du français et l’égalité entre les sexes.
Le PQ se réjouit donc de voir le gouvernement reculer, mais du même souffle, il lui reproche de ne pas agir de façon responsable pour éviter une nouvelle crise identitaire au Québec.
«Est-ce que je me réjouis que le projet de loi dans sa mouture actuelle soit mis de côté? Certainement. Est-ce que je me réjouis de l’inaction du gouvernement? Non, parce qu’elle est grave en conséquences», selon le député de Deux-Montagnes, qui appréhende «une nouvelle crise sociale».


Une laïcité à affirmer  -  Jean Hébert
Si l’Assemblée nationale ne le fait pas, les tribunaux pourraient alors donner préséance à la suprématie de Dieu
Dans un débat mettant en cause les valeurs rel igieuses et le principe de laïcité, la justice doit-elle convenir de la primauté de Dieu ou donner préséance au caractère laïc des institutions publiques?
Cette délicate question peut resurgir à tout moment dans les litiges où s’emmêlent le multiculturalisme canadien, l’interculturalisme québécois, la diversité culturelle et la liberté religieuse à connotation identitaire.
La liberté de conscience et de religion fait l’objet d’une généreuse interprétation par la Cour suprême. De plus, le préambule de la Charte canadienne des droits et libertés affirme la suprématie de Dieu et la primauté du droit.
Avant l’adoption du texte final de notre charte constitutionnelle en 1982, l’insertion tardive d’une référence à Dieu dans le préambule fut la dernière modification avant le rapatriement de notre constitution. Plutôt réfractaire à cette insertion, et sans trop y croire, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau avait cédé aux pressions de la députation libérale. Selon lui, Dieu n’avait rien à cirer d’être ou de ne pas être dans la constitution.
Pour comprendre l’attachement de plusieurs élus à une reconnaissance explicite de la suprématie de Dieu, un regard dans le rétroviseur de l’histoire s’impose.
En 1960, le premier ministre John Diefenbaker a fait adopter par le Parlement la Déclaration canadienne des droits. Cette loi fédérale reconnaît, dans son préambule, « que la nation canadienne repose sur des principes qui reconnaissent la suprématie de Dieu ». Il est affirmé que « les hommes et les institutions ne demeurent libres que dans la mesure où la liberté s’inspire du respect des valeurs morales et spirituelles et du règne du droit ».
Pendant le second conflit mondial, dans un contexte de fébrilité religieuse, la classe politique occidentale avait lié l’idéal chrétien à la promotion des droits de l’homme. Les élites protestantes et catholiques soutenaient le gouvernement de Mackenzie King pour contrer l’influence païenne du national-socialisme et défendre la civilisation chrétienne.
Plus tard, à l’époque du maccartisme américain, dans la lutte contre le communiste athée, la tradition chrétienne a servi de carburant au modèle démocratique. L’un des architectes de l’OTAN, Lester B. Pearson, alors ministre canadien des Affaires étrangères, a déclaré en 1953 que l’idéal chrétien devait guider la politique et l’action d’un gouvernement démocratique.
En 1959, le climat politique ne se prêtait pas à une révision constitutionnelle. L’ambitieux projet du premier ministre Diefenbaker se mua en peau de chagrin: l’instrument constitutionnel souhaité n’était plus qu’une simple loi fédérale. Des groupes de pression, incluant les églises protestantes et catholiques, montèrent aux barricades. On exigeait que la tradition chrétienne soit reconnue dans le texte de loi.
Au final, la Déclaration canadienne fut unanimement adoptée par les deux chambres du Parlement. Le ministre de la Justice, Davie Fulton, opina que le préambule de cette loi fondamentale consacrait les principes susceptibles de garantir la pérennité d’une démocratie libre et chrétienne.
Nulle part dans notre aménagement constitutionnel , le caractère laïc, séculier ou neutre de l’État (canadien ou québécois) n’est-il affirmé. Ce sont les juges qui, à la pièce, ont façonné la reconnaissance de fait du principe de la séparation de l’Église et de l’État.
Notre charte constitutionnelle fait voir un pôle libéral individualiste: c’est unedéclarationdu citoyen. Ce sont donc les personnes (par opposition aux groupes) qui bénéficient de la liberté de religion. Mais, attention! Vu l’importance de la spiritualité dans une société diversifiée, le concept juridique de Dieu peut prendre du volume.
Dans la mesure où des personnes reliées à un groupe ou une collectivité ne doivent pas être discriminées sur la base de leurs croyances ou pratiques religieuses, la notion protéiforme de Dieu pourrait alimenter des revendications culturelles et identitaires… à connotation religieuse.
Comment savoir si, éventuellement, les tribunaux donneront préséance au principe non écrit de laïcité de l’État sur la suprématie de Dieu (et la liberté religieuse), celle-ci étant burinée dans le bronze de la constitution canadienne?
Au Québec, une affirmation forte du principe de laïcité par l’Assemblée nationale pourrait utilement remplir un vide juridique et orienter la démarche des juges.


Le projet de loi 16 jeté aux oubliettes  -  Denis Lessard
Charest ne veut pas relancer la controverse des accommodements raisonnables
Le projet de loi visait à amener les organismes gouvernementaux à se doter de directives afin de mieux répondre aux différences culturelles des immigrants, en particulier les pratiques liées aux convictions religieuses. Avant de suspendre les travaux de l’Assemblée nationale pour une semaine, pour l’Action de grâce, le gouvernement avait passé plusieurs journées difficiles. L’opposition péquiste et adéquiste avait vite soufflé sur les braises de la controverse à propos des accommodements raisonnables.
Le gouvernement n’aura pas à publiquement annoncer la mort de ce projet controversé, il ne sera tout simplement pas rappelé pour poursuivre le cheminement habituel à l’Assemblée nationale, expliquent plusieurs sources à La Presse.
Les stratèges du PLQ et l’entourage de Jean Charest ont été surpris du caractère encore inflammable de toute intervention dans le terrain miné de la diversité culturelle et des valeurs religieuses. La semaine dernière, relancé par La Presse, le porteparole de la ministre Yolande James avait été catégorique: le projet de loi allait poursuivre les étapes normales menant à l’adoption à l’Assemblée nationale.
Plus récemment, la ministre James a été moins catégorique. « Le projet de loi avait été appuyé unanimement » lors de son dépôt. « Le projet de loi est devant l’Assemblée nationale... Je vais travailler avec les collègues de l’opposition », s’est-elle contentée de dire.
Inoffensif en apparence, ce petit projet de 20 articles avait eu l’effet d’un détonateur il y a deux semaines. La pagaille avait gagné le gouvernement quand la présidente du Conseil du statut de la femme, Christiane Pelchat, avait décrié la législation qui aurait un impact sur les fameux accommodements raisonnables. La ministre James avait traité « d’irresponsable » Mme Pelchat, ex-députée libérale de Vachon. Mais elle avait accepté l’un des amendements proposés par le Conseil, affirmant que les principes de laïcité, d’égalité entre les sexes et de la promotion du fait français devaient éclairer l’interprétation de cette loi. Or, inscrire que les institutions publiques sont laïques constituerait une première dans une loi québécoise, un autre débat que ne veut pas du tout ouvrir le gouvernement Charest.


Des demandes analysées au cas par cas
SERVICE-CONSEIL DE LA COMMISSION DES DROITS DE LA PERSONNE
La Commission des droits de la personne n’a pas fait que recommander à la Société de l’assurance automobile de se plier aux demandes de ses clients qui souhaitent être évalués par une personne de leur sexe à l’examen pratique de conduite. Depuis un an, divers employeurs se sont adressés au service-conseil de la Commission pour savoir comment réagir à des demandes d’accommodements. La Presse a demandé à être informée des recommandations formulées jusqu’ici en privé.
LOUISE LEDUC Un enseignant musulman du secondaire demande à ne jamais travailler le vendredi parce qu’il doit aller prier à la mosquée. Sa commission scolaire doit-elle satisfaire à sa demande? Oui, estime la Commission des droits de la personne.
Ce cas n’est pas théorique. C’est une demande qui a bel et bien été formulée et à laquelle la commission scolaire ne savait que répondre. La Commission des droits de la personne a estimé que l’enseignant devrait, dans un premier temps, utiliser ses congés ; puis, quand il les aura épuisés, il devrait être autorisé à s’absenter sans solde.
Comme les horaires des élèves du secondaire ne sont souvent pas établis sur des calendriers fixes de cinq jours, mais qu’ils courent sur sept, huit ou neuf jours, les cours donnés par cet enseignant ne tombent pas toujours le vendredi. Dans le cas présent, a calculé la Commission des droits de la personne, cela pourrait signifier que les élèves auraient un suppléant six ou sept vendredis par an.
Comme le précise JeanSébastien Imbeault, conseiller en matière d’accommodements raisonnables à la Commission des droits de la personne, cette opinion donnée par la Commission n’est ni un avis juridique ni une opinion coulée dans le béton. « Ce n’est pas non plus un droit donné à vie: on l’accorde tant que la contrainte n’est pas excessive », a-t-il dit.
Cela peut donc vouloir dire que la Commission, qui aurait recommandé d’accéder à la demande d’un individu, suggère ensuite que le privilège lui soit retiré si beaucoup de personnes formulaient la même demande et que la chose devenait impossible à gérer – pour un hôpital ou une commission scolaire, par exemple.
Si un employeur se croit contraint de donner congé tous les vendredis à un adepte d’une religion donnée, ne risque-t-il pas de s’assurer dans l’avenir de ne surtout pas embaucher une personne de la même religion ?
Jean-Sébastien I mbeault admet que « ça peut être là un effet pervers de l’accommodement raisonnable ». Cela dit, cette réaction d’un employeur serait un bien gros raccourci « étant donné que deux personnes d’une même confession n’auront pas le même type de demande ».
De la même façon que certains catholiques vont à la messe le dimanche, plusieurs autres ne f réquentent pas l’église depuis belle lurette. C’est la même chose dans les autres religions.
En un an, le service-conseil de la Commission des droits de la personne a reçu 58 demandes d’accommodements; 66% d’entre elles ont trait à des demandes religieuses, et les autres sont liées à un handicap, à l’orientation sexuelle, à des convictions politiques, à la langue ou à des mesures inclusives.
LesopinionsdelaCommission sont basées sur la jurisprudence, sur la Charte des droits et libertés et sur les avis passés émis par la Commission.
Les questions s oumises par les employeurs sont étudiées par trois personnes à la Commission: une conseillère juridique et deux conseillers en matière d’accommodement raisonnable (l’un ayant une formation en sociologie et l’autre en éducation et en psychologie).
L’opi n i on é mise pa r la Commission n’exc l ut pas q u ’ u n e p e r s o n n e pu i s s e déposer en pa r a l l èle u ne plainte auprès de la même Commission. Si la preuve de discrimination est suffisante, la Commission peut présenter le cas au Tribunal des droits de la personne.
Entre 2000 et 2006, la grande majorité des plaintes présentées à la Commission des droits de la personne émanaient d’adventistes et de protestants de très stricte obédience, précise MarcAndré Dowd, vice-président de la Commission des droits de la personne.
Depuis un an, le serviceconseil de la Commission a reçu 24 demandes liées à l’islam, 10 reliées au judaïsme, quatre reliées au sikhisme, 2 à l’hindouisme, et 2 aux Témoins de Jéhovah.


Cinq cas soumis à la Commission des droits de la personne -  Louise Leduc
Voici des exemples de demandes d’accommodements religieux soumis à la Commission des droits de la personne : 1) La demande : Un enseignant musulman du s e c ondai r e demande à ne pas travailler les vendredis afin de pouvoir se rendre à la mosquée. Opinion de la Commission : La commission scolaire serait bien avisée d’obtempérer à cette demande. L’enseignant utilisera d’abord ses congés, puis pourra ensuite prendre congé sans solde les vendredis. La commission scolaire lui trouvera un suppléant tous les vendredis. Cette entente devra être renouvelée à chaque début d’année scolaire. 2) La demande : Dix employés chrétiens orthodoxes demandent congé en même temps, pour une fête religieuse qui aura lieu dans quelques jours. Opinion de la Commission : La demande n’est pas déraisonnable en soi. Elle a cependant été présentée à la dernière minute. Malgré cela, l’employeur doit évaluer s’il peut y répondre sans nuire à la bonne marche de son entreprise. Certaines personnes pourraient-elles s ’absenter sa ns nuire à la c haîne de mont a ge ? Des e mployé s sur la liste de rappel peuvent-i l s êt re appelés pour fa i re un remplacement ? À la suite de cette évaluation, « l ’ e mployeu r pa r v i e nd r a ainsi à accommoder environ la moitié de ces employés ». 3) La demande : Une directrice de CPE s’est fait demander des repas sans viande pour des enfants musulmans. Opinion de la Commission : Il n’est pas nécessaire d’ajouter un menu, mais on doit prévoir des substituts alimentaires pour les enfants qui ne peuvent pas manger de viande. La Commission suggère aussi de mettre de côté le nombre de portions suffisantes avant d’ajouter de la viande à des mets ( pour des spaghettis, par exemple).
Un CPE peut très bien choisir aussi de ne jamais donner de viande aux enfants.
À noter qu’en entrevue, le personnel de la Commission précise que si des parents exigeaient de la nourriture spécifique (halal ou casher, par exemple), la réponse pourrait être différente, parce que des employés de garderie n’ont pas à magasiner dans des épiceries spécifiques.
Soulignons aussi que des parents végétariens ne pourraient exiger un menu végétarien. La Charte prévoit le respect des droits religieux, pas celui du végéta r i sme. 4) La demande : Dans le cadre de leur programme en santé, des étudiantes musulmanes disent qu’elles ne peuvent pas exercer leur travail avec des collègues masculins et qu’en stage, elles ne pourront s’occuper de patients masculins. Opinion de la Commission : C’est non. Cela porterait atteinte au principe d’égalité entre les sexes. 5) La demande : Des infirmières ou des préposées musulmanes demandent à travailler avec des manches longues. Opinion de la Commission : La Commission étudie présentement ce cas et a demandé l’avis de l’Institut national de santé publique afin de voir la meilleure option du point de vue de l’hygiène.

Un manque de leadership politique déploré
  -  Louise Leduc
Pour 72 % des Québécois, le rapport Bouchard-Taylor n’a rien clarifié du tout.
Même les 18 à 35 ans, dont on dit qu’ils sont généralement plus ouverts, s’opposent à tout accommodement même si c ’est à un degré un peu moindre. Seule exception : va pour le médecin de son propre sexe.
Pas possible non plus de mettre ce repli sur le compte des gens des régions que l’on taxe souvent de fermeture aux autres cultures. Que l’on soit de Montréal ou des régions, on s’oppose aux accommodements dans des proportions très semblables.
Daniel Weinstock, directeur du Centre de recherche en éthique de l’ Université de Montréal, ne s’étonne pas que le rapport Bouchard-Taylor n’ait rien changé. « Le rapport a été enterré. En le publiant à la f i n mai ( 20 08), j uste avant les vacances, déjà, on le condamnait à l’oubli. »
La commission BouchardTaylor est née de l’absence de leadership politique, et le rapport qui en a résulté est tombé dans l’oubli pour la même raison, croit Marie McAndrew, t it ulaire de la chaire en relations ethniques à l’ Université Montréal. Pour qu’il en soit autrement, i l aurait fallu, croit-elle, que le gouvernement Charest se lève aussi bien pour dire non à certains accommodements exagérés que pour réaffirmer par ailleurs que certains droits sont inviolables dans un pays démocratique comme le nôtre.
Non seulement y a-t-il manque de leadership politique, mais il y a en plus confusion dans les concepts, poursuit Mme McAndrew, qui a sursauté en entendant la ministre Christine St-Pierre dire qu’on ne peut pas faire une hiérarchie de droits. « Ce qu’il aurait surtout fallu dire (dans la foulée de la reprise du débat sur la SAAQ), c’est que le respect des droits des uns ne peut pas passer par la violation du droit des autres. »
Autre maladresse du gouvernement, selon Mme McAndrew: le « contrat de citoyenneté » imposé aux immigrants qui doivent promettre d’adhérer aux valeurs du Québec. « Ça, c’est envoyer le signal que les immigrants sont du genre à demander plein d’accommodements, alors que dans le fond, c’est bien plus souvent affaire de communautés implantées ici depuis plus de 100 ans, comme les juifs hassidiques, et qui n’ont rien de particulier contre les Québécois, mais qui vivent tout aussi en marge de leur société en Israël. »
Ce qui est sûr, croit pour sa part la sociologue Annick Germain, professeure et chercheuse à l’ I nstitut national de la recherche scientifique, c’est qu’« on ne peut pas en rester là, nulle part », pas plus qu’il faut espérer qu’une loi, un règlement ou une seule i nst a nce s uprême v i e n ne tout régler d’un coup. « Les milieux les plus concernés ont déjà beaucoup défriché le terrain. Les ministères de l’ Éducation et de la Santé ont déjà regardé ça de très près. À partir de là, chaque quest ion doit être remise dans son contexte. On ne peut pas mettre sur le même pied un examen gynécologique et un examen de conduite. »
Ayant été impliqué de près dans le rapport Proulx qui a fait sortir la catéchèse des écoles, Daniel Weinstock est bien conscient que les grands virages ne peuvent pas se négocier en quelques mois. S’il a fallu 10 ans aux gens pour qu’ils acceptent que l ’école n’est pas un lieu d’évangélisation, sans doute faudra-t-il encore quelques années avant qu’ils intègrent l’idée que certains accommodements ne font pas bien mal, croit-il.
I l faut laisser l’idée faire son chemin, mais une certaine préparation de terrain serait à faire, conclut Mme Germain. « On ne peut pas avoir une politique qui mise sur des cibles toujours plus élevées d’immigration tout en ne faisant à peu près rien pour préparer les opinions. »



N’avons-nous rien appris?  -  ANDRÉ PRATTE
André Drouin, conseiller mu n i c i p a l d ’ Hé - rouxvi l le, vient de publier une nouvelle version de son « code de vie » , ce qui lui a valu l’attention des médias. De nouveaux cas d’accommodements raisonnables font la manchette. Les partis de l’opposition à Québec se font une joie d’enfourcher encore une fois le cheval identitaire. N’avons-nous rien appris de la précédente crise des accommodements ?
Les leçons à tirer étaient pourtant claires. L’enquête de la commission BouchardTaylor sur les affaires ayant fait le plus de vagues en 2006 et 2007 a montré que dans plusieurs cas, les médias et la rumeur avaient véhiculé une version caricaturale des incidents en question. De plus, on sait que le nombre de demandes d’accommodement est petit. En somme, les conflits de valeurs posent effectivement des défis à la société québécoise, mais il n’y a pas de quoi faire une crise sociale à chaque incident.
On aurait dû apprendre aussi que le sujet est extrêmement dél icat . I l n’y a pas loin entre l’inquiétude légitime et l’intolérance, la seconde se cachant souvent sous la première. Médias et politiciens doivent donc faire preuve d’une infinie prudence. Récemment, un reportage télévisé sur un cas d’accommodement raisonnable à Montréal était illustré par des images de femmes portant la burqua... dans un pays arabe. C’est exactement le genre de dérapages qu’il faut éviter.
Certains réclament la tenue d’un débat public sur la laïcité au Québec. Une nouvelle grand-messe à la BouchardTaylor ? Non merc i . Les Québécois de toutes origines et de toutes opinions ont eu des mois pour se défouler. Au gouvernement et autres institutions concernées de prendre les décisions qui s’imposent. Les controverses seraient moins fréquentes si l’État québécois mettait en place des balises claires visant à afficher et à garantir sa laïcité.
Bien des Québécois rêvent d’une solution simple qui réglerait une fois pour toutes la question des accommodements raisonnables. Malheureusement , aucun texte de loi n’empêchera les chocs de valeurs, les décisions difficiles que ceux-ci nécessitent, le défi permanent que représente l’intégration dans la société québécoise de gens aux cultures diverses.
Dans son jugement avalisant la loi française qui interdit le port de « signes religieux ostentatoires » à l’école, la Cour européenne des droits de l’homme a souligné : « Le pluralisme et la démocratie doivent se fonder sur le dialogue et un esprit de compromis, qui impliquent nécessairement de la part des individus des concessions diverses qui se justifient aux fins de la sauvegarde et de la promotion des idéaux et valeurs d’une société démocratique. » Dialogue, esprit de compromis ; outre un État qui affirme les valeurs clés de la société québécoise, la paix sociale et l’intégration harmonieuse passent nécessairement par ces deux exigences de la démocratie.



Droits indissociables  -  Alexa Conradi
Il est possible d’encadrer les pratiques d’accommodement tout en préservant le droit à l’égalité homme-femme
L’auteure est présidente de la Fédération des femmes du Québec. Depuis une semaine, le Québec est replongé dans un grand débat opposant le droit à l’égalité et le droit à la liberté de religion. Les médias ont rendu publiques certaines pratiques d’accommodement qui sont pour le moins troublantes parce qu’elles remettent en cause le principe d’égalité homme-femme et la mixité dans l’espace public.
Pour la Fédération des femmes du Québec ( FFQ), il y a véritablement plusieurs débats qui sont en cours : celui sur les accommodements raisonnables et l’égalité homme-femme, celui sur la laïcité et, finalement, un débat que personne ne veut faire, soit celui sur l’intégration des personnes immigrantes à la société québécoise.
La FFQ est d’accord avec celles et ceux qui pensent que la SAAQ et la Commission des droits de la personne et de la protection de la jeunesse ont erré en permettant à la clientèle de la SAAQ de demander à être évaluée par une personne du même sexe. Ces « accommodements » sont loin d’être raisonnables.
Nous sommes toutefois troublées par l’idée d’hiérarchiser les droits dans la Charte des droits et libertés de la personne, tel que réclamé par certains groupes. Les droits sont interreliés et indissociables. Il nous apparaît possible dans le cadre légal actuel que le gouvernement du Québec adopte une politique visant à encadrer les pratiques d’accommodement de façon à respecter nos choix de société qui accordent une grande importance au droit à l’égalité.
Plus que jamais, le gouvernement du Québec doit ouvrir une vaste consultation publique pour clarifier le modèle de laïcité qui convient à la société québécoise. La FFQ s’engage à participer activement à ce débat dans une perspective féministe et d’inclusion. En l’absence d’un débat global, on le fait à la pièce lorsque l’on discute de l’intégration des personnes immigrantes. Faire le débat dans ce cadre, permet alors de créer systématiquement une opposition « immigration versus laïcité » ce qui est à la fois dangereux et mal avisé. Dangereux, car il crée un climat où l’on se sent menacé par cet « autre » – l’étranger – comme s’il était en porte-à-faux avec les valeurs de la société québécoise. Mal avisé, car la laïcité concerne l’ensemble de la société québécoise quelle que soit notre origine ou nos croyances religieuses. Pensons à la question des cours d’éthique et de cultures religieuses critiqués par des parents catholiques.
Voici le parent pauvre du débat public actuel : l’accès au travail pour les personnes immigrantes et racisées. Malgré qu’elles soient scolarisées ou expérimentées, elles occupent souvent des emplois bien en deçà de leurs qualifications et le taux de chômage de ces populations est bien supérieur à la moyenne. Pourquoi ? Parce que le gouvernement n’a pas fait assez pour reconnaître les diplômes et les acquis des personnes immigrantes, parce que l’on n’applique pas adéquatement les programmes d’accès à l’égalité visant à accroître la participation des personnes d’origines diverses au sein de la fonction publique, parce que, malgré tout, le racisme sévit encore.
C’est pourquoi l a F FQ est en faveur de l’adoption du projet de loi 16 qui requiert de la part de chaque ministère l’obligation de développer un plan d’action visant l’intégration des personnes issues de la diversité culturelle québécoise. La loi doit être modifiée pour donner des lignes directrices en matière d’égalité des sexes : à la fois entre hommes et femmes immigrantes et dans la société dans son ensemble.

À la FFQ, nous pensons qu’il est dans l’intérêt de toute la société de trouver des moyens pour protéger notre droit à l’égalité tout en ouvrant les emplois de la fonction publique et parapublique aux femmes et hommes issus de l’immigration.




Gare au simplisme  -  André Pratte
Avec la reprise du débat sur les accommodements raisonnables, on assiste au retour de l’idée simpliste selon laquelle la question pourrait être réglée par un coup de baguette législative. Par exemple, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, a laissé entendre que si la Charte (québécoise) des droits et libertés de la personne affirmait la « primauté » de l’égalité des sexes, les dérapages bureaucratiques qui ont fait la manchette la semaine dernière n’auraient pas pu se produire.
Bien des gens partagent cette conviction. Toutefois, avant d’aller aussi loin aussi vite, il faut s’arrêter aux conséquences qu’entraînerait une telle primauté. Dans les faits, on créerait une hiérarchie des droits fondamentaux. Cette approche a été rejetée par la jurisprudence partout sur la planète. D’ailleurs, lors du débat sur les dernières modifications à la Charte, péquistes et libéraux s’entendaient sur la nécessité d’éviter une telle hiérarchisation.
U n g r a n d n o mbr e d e Québécois étant aujourd’hui indifférents, voire hostiles aux religions établies, ils seront portés à placer les droits auxquels ils tiennent particulièrement, notamment l’égalité des sexes, au-dessus de la liberté de religion. C’est une erreur.
La liberté religieuse ne paraît peut-être pas importante aux yeux de la majorité québécoise; elle n’en est pas moins un droit fondamental reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Comme l’a souligné la Cour suprême des États-Unis, «le droit de chacun de former sa propre conception de l’existence, de sa finalité, de l’univers et du mystère de la vie humaine constitue un élément essentiel de la liberté».
Si l’égalité des sexes est consacrée supérieure à la liberté religieuse, devrait-elle aussi prédominer sur la liberté d’expression? Sinon, la liberté religieuse serait-elle le seul droit à être ainsi relégué au second rang? Ajouterait-on la liberté de conscience à ces droits de seconde classe? Pourquoi pas? On voit qu’on met là les pieds sur une pente très dangereuse.
Pour régler des problèmes circonscrits, il vaut mieux éviter les énoncés à vaste portée dans la rédaction de nos lois relatives aux droits et libertés. De tels énoncés ne sauraient appréhender la variété et la complexité des situations qui surviendront.
L’État ne doit pas pour autant rester muet ou mou. La récente controverse suscitée par les demandes de certaines personnes souhaitant être servies par quelqu’un d’un sexe donné porte sur des cas concrets dont on connaît les contours. Comme nous l’en avons pressé ici, le gouvernement Charest devrait adopter une politique édictant que de telles requêtes seront dorénavant refusées, sauf lorsque des soins intimes sont en cause. Relisons ce qu’a affirmé l’été dernier la Cour suprême du Canada: «La Charte garantit la liberté de religion, mais ne protège pas les fidèles contre tous les coûts accessoires à la pratique religieuse.»

Le projet de loi 16 est « une boîte de Pandore »  -  Tommy Chouinard
Accommodements raisonnables Le Conseil du statut de la femme se montre inquiet
QUÉBEC — Le Conseil du statut de la femme (CSF) presse le gouvernement Charest de donner prépondérance à l’égalité des sexes avant la liberté de religion. Car « on ouvre une boîte de Pandore » en laissant la SAAQ accéder aux demandes de ses clients qui, pour des motifs religieux, veulent choisir le sexe de leur évaluateur, estime sa présidente, Christiane Pelchat.
S elon ce t te avo c ate et ancienne députée libérale, le projet de loi 16 sur la diversité culturelle, actuellement à l’étude à l’Assemblée nationale, pourrait entraîner la multiplication de ce genre d ’a c c om mo de me nt s d a n s les orga n ismes de l’ État, ce qui brimerait les droits des femmes.
Depuis deux jours, le gouvernement Cha rest est de nouveau embarrassé par la question des accom modements raisonnables en raison de son projet de loi 16 et d’un avis rendu par la Commission des droits de la personne, qui approuve l’accommodement consenti par la Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ).
Hier, à l’Assemblée nationale, Jean Charest a soutenu que seulement six demandes ont été formulées à la SAAQ en six mois alors que 26 000 examens de conduite ont été réalisés. « Chaque fois qu’une fem me est tassée da ns la fonction publique parce que c’est une femme, au nom de la religion, c’est une fois de trop. C’est la même chose pour un homme », a répliqué Mme Pelchat, interrogée par des journalistes.
Christiane Pelchat craint que l’accommodement consenti par la SAAQ n’entraîne des « dérapages ». Des personnes pourraient exiger de ne pas être servies par un homosexuel pour des motifs religieux, a-telle dit à titre d’exemple.
Selon elle, la Commission des droits de la personne a rendu sa décision en fonction du « droit actuel », mais « c’est au gouvernement, pas aux tribunaux », de déterminer ce qui est raisonnable ou pas.
C’est pourquoi, devant la commission parlementaire, elle a demandé au gouvernement d’amender le projet de loi 16 « favorisant l’action de l’administration à l’égard de la diversité culturelle ». Selon ce projet de loi, tous les ministères et les organ ismes dev ra ient adopter une politique de gestion de la d iver sité c u lt u rel le, ce qui les a mènerait à aborder la délicate question des accommodements.
Mme Pelchat déplore que le gouvernement ne fixe aucune balise. Si le projet de loi est adopté, « le port de signes religieux (par les fonctionn a i re s) s e r a - t-i l autor i s é , voire encouragé pour favoriser l’intégration ? » s’est-elle demandé. Elle redoute que des organismes accordent le même genre d’accommodement que la SAAQ. Elle demande que le projet de loi « énonce clairement » des valeurs fondamentales : le respect de l’égalité entre les hommes et les femmes, la laïcité de l’État et la primauté du fait français. Les demandes d’accommodement devraient respecter ces valeurs pour être acceptées.
Aux audiences de la commission parlementaire sur le projet de loi 16, la Régie de l’assurance maladie du Québec a indiqué qu’elle se rend aux demandes des personnes qui, pour des motifs religieux, veulent choisir le sexe du fonctionnaire chargé de prendre la photo qui figurera sur leur carte soleil. Elle reçoit chaque année une dizaine de demandes en ce sens à ses bureaux de Montréal.
Au cours d’un débat houleux à l’Assemblée nationale, Jean Charest a fait valoir que son gouvernement a renforcé le principe de l’égalité des sexes dans la Charte québécoise des droits de la personne. « C’était juste pour permettre au premier ministre d’entretenir son culte de la personnalité en mettant pour des millions de dollars en publicité alors que, da ns les fa its, ça ne veut strictement rien dire », a répliqué Pauline Marois. La chef péquiste demande que la Charte soit de nouveau amendée pour y ajouter une clause interprétative garantissant le respect de l’égalité des sexes.
V isiblement agacé pa r les at t aques de l ’o pp o si - tion, Jean Charest a affirmé que l’A DQ avait « frôlé le racisme » lors d’élections partielles à Montréal et que « le PQ a l’air de vouloir le faire aussi » aujourd’hui.

Feu vert de la Commission des droits de la personne  -  Louise Leduc
Accommodements raisonnables pour les examens de conduite de la SAAQ   -  Louise Leduc
La Société de l’assuranceautomobile doit bel et bien se rendre aux demandes de ses clients qui souhaitent être évalués par une personne de leur sexe à l’examen pratique de conduite automobile. C’est ce que lui a recommandé en janvier la Commission des droits de la personne (CDP) dans un avis qui est passé complètement sous le radar médiatique.
On pourrait croire que la question des accommodements raisonnables est réglée depuis le rapport Bouchard-Taylor, mais la Commission des droits de la personne continue au contraire de travailler très fort là-dessus.
En novembre, elle a mis en place un service-conseil à l’intention des organismes publics et des entreprises qui ne savent trop comment réagir à des demandes d’accommodement. Elle s’apprête aussi à publier un guide pratique en ce sens.
C’est dans ce contexte que la Société de l’assurance automobile du Québec a officiellement demandé à la Commission si sa politique était acceptable.
Lors de l’examen pratique de conduite automobile, la SAAQ refuse que l’apprenti conducteur se fasse accompagner par son conjoint pour éviter de se retrouver seul dans la voiture avec un évaluateur du sexe opposé.
Par contre, la SAAQ accepte de confier un dossier à un évaluateur du sexe demandé par le client pour des motifs religieux.
Cela peut signifier que le demandeur doive patienter un peu plus – notamment quand on demande une inspectrice, puisqu’elles sont moins nombreuses que leurs confrères de sexe masculin. La SAAQ estime qu’elle n’a pas à accéder sur-le-champ à ces demandes ni à chambouler l’horaire des examens et que, au besoin, le demandeur pourra devoir fixer un autre rendez-vous.
Aux yeux de la Commission des droits de la personne, c’est bien là un accommodement raisonnable puisque cela « ne semble pas constituer une contrainte excessive pour la SAAQ».
« Tout autre type d’accommodement qui impliquerait un impact sur les conditions de travail des évaluateurs ou évaluatrices risquerait fort d’être considéré comme non raisonnable notamment parce qu’il pourrait porter atteinte au droit à l’égalité » des sexes.
La Commission des droits de la personne relève que ce genre de demande est extrêmement rare à la SAAQ. «En six mois, sur 26 000 examens, seulement six demandes du genre ont été formulées : deux pour un évaluateur de sexe masculin et quatre pour une évaluatrice », relève en entrevue Marc-André Dowd, viceprésident de la Commission des droits de la personne.
Ces demandes sont si rares, dit-il, qu’elles n’influent en rien sur l’embauche d’évaluateurs d’un sexe donné.
Un avis passé sous silence
C’est pa r u ne let t re du Collectif citoyen pour l’égalité et la laïcité que La Presse a appris l’existence de cet avis de la SAAQ. L’une des signataires de la lettre, Diane Guilbault, est furieuse. « Si quelqu’un exigeait un évaluateur blanc plutôt que noir, ça, ça ne passerait j amais. Pourquoi est-ce toujours différent quand il s’agit de faire respecter l’égalité des sexes ? »
Dans son rapport, la commission Boucha rd-Taylor avait conclu que, a priori, il fallait rejeter toute demande aya nt pou r ef fet d’accorder un statut inférieur à la femme. Elle avait toutefois ajouté que les examens de la SAAQ faisaient partie des situations « où des exceptions s’imposent ».
Mais pourquoi l’avis de la Commission des droits de la personne n’a-t-il jamais été rendu public ? Pourquoi la Commission n’a-t-elle jamais rendu public non plus, il y a un an, un autre avis, sur un petit garçon philippin dont la façon de manger lui avait valu une remarque discriminatoire d’une éducatrice ?
Pour la pla i nte de la famille philippine, M. Dowd souligne que ce genre de dossier n’est jamais rendu public tant qu’il n’est pas devant les tribunaux. Quant à l’avis sur la SA AQ, M. Dowd dit qu’il n’a pas fait l’objet d’u n communiqué de presse, mais qu’il a été placé sur le site internet de la Commission.
D e p u i s n o v e mbr e , la Commission des droits de la personne a reçu 51 demandes d’avis sur des accommodements raisonnables : 35 d’ordre religieux, 11 liées à un handicap, trois relatives à la langue, une sur des convictions politiques et une sur l’orientation sexuelle.
Un coup de frein  -  André Pratte
La Cour suprême vient de restreindre de façon significative la portée de la liberté religieuse garantie par la Charte.
La Cour suprême a rendu vendredi un j ugement complexe et partagé sur la liberté religieuse, notamment sur la notion d’accommodement raisonnable. Au-delà des aspects techniques de ce jugement, le ton est résolument différent de celui qui prévalait lorsque la Cour a tranché d’autres litiges relatifs à la religion. Les juristes semblent s’entendre làdessus : le plus haut tribunal du pays vient de restreindre de façon significative la portée de la liberté religieuse garantie par la Charte canadienne des droits et libertés.
Rappelons brièvement les faits de la cause. Les 250 membres d’une communauté protestante dissidente installée en Alberta, les huttérites, contestaient l’obligation de se faire photographier pour obtenir un permis de conduire. Aux yeux des huttérites, cette exigence va à l’encontre de leurs droits religieux parce qu’elle contrevient au deuxième commandement, ce dernier interdisant « la représentation quelconque des choses ».
Par une majorité de quatre contre trois, la Cour a déclaré que si le règlement du gouvernement de l’Alberta limite bel et bien la liberté de religion des huttérites, cette contrainte est raisonnable et justifiée par l’importance de l’objectif visé, la prévention du vol d’identité. Si les huttérites refusent de se faire photographier pour des motifs religieux, estiment les juges majoritaires, ils n’ont qu’à trouver des solutions de rechange pour leurs déplacements, par exemple se faire conduire par d’autres.
« La Charte garantit la liberté de religion, mais ne protège pas les fidèles contre tous les coûts accessoires à la pratique religieuse », écrit la juge en chef, Beverley McLachlin. On a peine à croire que, il y a cinq ans à peine, ce même tribunal a accordé à des juifs orthodoxes le droit de construire une souccah sur le balcon de leur condo même si la déclaration de copropriété l’interdisait.
Dans l’affaire du kirpan, la Cour suprême a invoqué le multiculturalisme pour rejeter les prétentions de la commission scolaire en cause. Ici, le même multiculturalisme est appelé à la rescousse de la capacité de l’État de légiférer dans l’intérêt de la population dans son ensemble. Bien sûr, disent les juges, il faut examiner chaque restriction à la liberté religieuse dans la perspective du croyant concerné. Mais « cette perspective doit être adoptée dans le contexte d’une société multiculturelle où se côtoient une multitude de religions et dans laquelle l’accomplissement par l’État de son devoir de légiférer pour le bien commun heurte inévitablement les croyances individuelles. »
Ce jugement constitue, à n’en point douter, un coup de frein aux accommodements raisonnables. Le message transmis par la Cour suprême, c’est que la garantie de la liberté religieuse énoncée dans la Charte ne permet pas à un croyant d’échapper à toute contrainte légale. Souhaitons que ce jugement n’entraîne pas un retour du pendule à l’autre extrême et permette plutôt à la société canadienne de trouver un juste équilibre entre la protection des minorités religieuses et les droits de la majorité.



Symbole de libération -
PATRICK SNYDER
Le niqab peut aussi représenter le visage de la lutte des femmes pour prendre une place dans la société des hommes
Je suis abasourdi par l’ampleur médiatique qu’apris le casdeNaema et son niqab. Ce cas isolé devait-il relancer le débat sur les accommodements raisonnables? Que dire de la surcharge médiatique autour de ce symbole que représente pour nous le niqab?
Dans certains pays, les femmes sont confinées à la maison. Sans niqab, elles ne peuvent sortir sous aucun prétexte. La cloison morale du niqab permet aux femmes de conquérir l’espace public, de conquérir l’éducation et le marché du travail, etc.
Mon propos ici n’est pas de condamner qui que ce soit. Je veux simplement souligner que le niqab soulève des enjeux identitaires paradoxaux pour les femmes qui vivent dans des pays intégristes. Dans ces pays, le niqab peut porter deux visages identitaires pour les femmes. Dans ces pays, la question de l’égalité femme-homme est occultée par la domination culturelle et religieuse des hommes.
Le niqab représente une obligation d’ordre divin pour les femmes. Il protège les hommes de l’attrait sexuel qu’exercent les femmes sur eux. Le niqab contribue donc à « désérotiser » la femme et, par le fait même, l’espace public. Son premier visage en est un d’oppression d’un système patriarcal sur les femmes.
Traditionnellement, le niqab a comme fonction de «cloisonner» la femme dans un espace protégé. Il l’enferme dans un monde de pudeur pour la protéger du monde extérieur dominé par la licence. Ce vêtement détermine donc l’appartenance de la femme à l’islamintégriste.
Toutefois, il peut aussi représenter un autre visage, celui de la lutte des femmes pour prendre une place dans la société des hommes.
Sansniqab, les femmes sont confinées à la maison. Elles ne peuvent sortir sous aucun prétexte. La cloison morale du niqab permet aux femmes de conquérir l’espace public, de conquérir l’éducation et le marché du travail, etc.
Dans des pays radicaux, le niqab est devenu, pour certaines femmes, un symbole de libération. Avec un symbole, ici considéré comme radical, elles conquièrent, là-bas, un espace social qui leur est interdit habituellement.
Être cloîtrée ou porter le niqab! Le choix est évident. Ces femmes cherchent à s’émanciper du pouvoir masculin avec les outils qu’elles peuvent utiliser. Elles cherchent à devenir des sujets autonomes plutôt que des objets culturels ou religieux. Leur marche intégralement voilée lesmène, bon anmal an, vers une conquête des nouveaux espaces traditionnellement réservés aux hommes.
Évidemment, mon propos ne règle absolument pas la problématique du Québec. Comme société, qui défend des valeurs d’égalité entre les genres, nous avons le devoir de dire non à toutes formes de discrimination des femmes, quelles soit symboliques, religieuses ou culturelles. Nous avons le devoir de rappeler, haut et fort, que nous luttons pour conquérir l’égalité des genres. Et que cela est non négociable.
Toutefois, face à la femme qui porte le niqab, cela doit se faire d’une façon éthique et respectueuse. Il est utopique de penser qu’elles vont enlever leur niqab du jour au lendemain. Particulièrement si elles adhèrent à l’islam intégriste ou si elles portent le niqab par choix personnel.
Pour certaines de ces femmes, l’émancipation féministe occidentale est un leurre. Elles considèrent que les femmes occidentales s’aliènent en se réduisant à l’état d’objet sexuel ou en voulant devenir des hommes. Ces femmes endossent souvent la notion de différence ou de complémentarité entre les hommes et les femmes.
Le niqab est donc un choc des cultures et des identités culturelles et religieuses. Son interdiction dans les institutions publiques doit se faire dans un dialogue franc et respectueux avec ces femmes, sur leur choix, leurs craintes, leur conception de l’Occident, de l’homme, de la femme et des rapports femme-homme.
L’interdiction pure et dure, sans dialogue et compréhension de l’identité de l’autre devant soi et aussi une forme d’intégrisme à éviter. Il faut faire attention au repli identitaire des personnes que nous accueillons. L’intégrisme se développe par le rejet et l’incompréhension.



De l’asservissement déguisé - ANTOINETTE LAYOUN
L’auteure est d’origine arabe.

Au nom de sa différence et de sa liberté, elle brime la mienne.
J’ai vécu une guerre civile au nom de la religion. J’étais soldate à 13 ans. Mon frère a été tiré et blessé sous mes yeux, au nom de la religion. J’étais prête à donner ma vie, à être une kamikaze, au nom de la religion!
PHOTO ARCHIVES REUTERS
Votre dossier sur l’expulsion d’une étudiante qui portait un niqab au cégep m’a beaucoup touchée. Jusqu’où sommesnous prêts à nous voiler les yeux au nom de la compréhension? En regardant la situation des femmes dans le monde, je ne peux que pleurer. J’ai aussi envie de crier: Arrêtez, arrêtez de faire semblant, ne voyez-vous pas ce qui est en dessous de cette «différence» ? J’ose dire, j’ose dénoncer que c’est l’asservissement déguisé des femmes qui entretient l’humanité dans l’inconscience. Nous sommes en 2010, c’est vraiment triste de voir comment nous trouvons le moyen d’entretenir non seulement les femmes, mais toute l’humanité, dans l’âge de fer!
Respecter la différence de chacun est juste et nécessaire dans une société de conscience. Mais quand la différence de l’autre nous est imposée, quand la différence cache unemanipulation déguisée afin d’entretenir l’asservissement, ceci devient «subir» et non «choisir».
Si je vis au Québec, c’est parce que je choisis la liberté d’être ici avec tout ce qui compose cette société. Je me considère privilégiée de vivre dans cette culture québécoise riche par sa différence et par l’ouverture du coeur du peuple québécois.
Quand nous permettons à une personne d’être notre invitée, qu’on la laisse utiliser notre maison, nos biens et tout notre environnement, c’est parce que nous sommes accueillants. Nous sommes ouverts à agrandir notre famille multiethnique, ce qui fait la beauté de notre différence. Que la personne invitée vive dans sa différence en respectant la nôtre, ceci est équilibré. Mais quand sa différence devient imposée dans des lieux qui sont des aires communes, ceci est inacceptable, car au nomde sa différence et de sa liberté, elle brime la mienne. Je dois me cacher les yeux, éviter son regard, faire semblant qu’elle n’est pas là? Mais voyons donc, elle est chez moi, dans ma maison!
Mon corps de femme est sacré. Je le traite en toute dignité. Je célèbre la femme en moi et je sais qui je suis. Je suis une femme d’origine arabe, fière de mon héritage et fière d’être québécoise!


Où est le problème? - ANDRÉ LOISELLE
L’auteur réside à Saint-Faustin-Lac-Carré.

En quoi le port du voile islamique chez les fonctionnaires vous cause-t-il un préjudice?
L’État n’est pas devenu moins neutre par rapport aux religions : il ne s’en est pas mêlé, c’est tout.
Soyons concret. Vous vous présentez au bureau de la Société d’assurance automobile pour renouveler votre permis de conduire. Arrivé au guichet, la femme qui vous reçoit porte un foulard islamique. Elle recueille les documents que vous lui présentez, en prend connaissance, vérifie leur conformité, vous demande votre adresse actuelle, prend votre photo et fait imprimer le nouveau permis de conduire qu’elle vous remet, le tout avec politesse et efficacité.
Expliquez-moi maintenant en quoi ce voile islamique vous cause un préjudice. Qu’est-ce qui fait qu’il vous dérange, qu’il vous rend mal à l’aise ? Vous alliez renouveler votre permis de conduire; vous avez été servi correctement, vous avez reçu votre nouveau permis, vos droits ont été respectés. Alors, où est le problème ?
Peut-être pensez-vous que le voile islamique est un symbole d’inégalité synonyme de l’oppression des femmes de religion islamique, et que cette pauvre préposée le porte par obéissance servile aux exigences de son mari. C’est possible, en effet, comme il est aussi possible que cette femme souhaite simplement exprimer librement une certaine modestie demandée par sa religion.
Quoi qu’il en soit, à moins de lui demander, vous ne saurez jamais ce que ce voile signifie pour elle. Tout ce qu’on peut dire, c’est que le port de ce voile est une pratique propre à l’islam et à quelques autres religions, tout comme la kippa est portée par certains juifs religieux et le turban par les sikhs.
Ah, ah! me direz-vous. Voilà où le bât blesse. Le Québec est un État laïc et la religion n’a rien à faire dans l’administration publique. L’État doit donner une image de neutralité à l’égard des religions, il doit interdire à ses fonctionnaires d’arborer des symboles religieux ostentatoires, il doit refuser tout accommodement demandé au nom d’une pratique religieuse, il faut légiférer de tout urgence pour éviter d’être envahis de nouveau par la religion quimenace nos valeurs fondamentales d’égalité entre les sexes et de laïcité.
Wo ! Revenons sur Terre. Vous avez eu votre permis de conduire des mains d’une préposée voilée. Poli, vous n’avez pas fait de remarque sur sa tenue vestimentaire ; elle n’en a pas fait sur la vôtre. Elle va continuer de pratiquer sa religion comme elle l’entend, et vous, la vôtre, s’il y a lieu. Vous pouvez continuer à vivre en toute égalité avec les hommes ou les femmes de votre entourage. L’État n’est pas devenu moins neutre par rapport aux religions: il ne s’en est pas mêlé, c’est tout. Alors, encore une fois, expliquez-moi : en quoi cette situation vous a-t-elle dérangé? J’avoue que je ne comprends pas.




Ignorance religieuse - MALAKA ACKAOUI
 Montréal
La controverse sur le niqab m’a laissée avec un sentiment de colère qui revient à chacune de ces controverses au sujet des accommodements religieux. Le gros problème des Québécois et des Canadiens, c’est l’ignorance religieuse! On nous fait gober n’importe quoi au nom de la religion et on l’accepte.
Cette dame égyptienne soutient que le port du voile total fait partie de la pratique religieuse. Saviez-vous que la majorité des musulmanes en Égypte n’étaient pas voilées avant 1980 ? Savez-vous que le port du voile n’est pas une obligation religieuse des musulmanes ? Cette pratique a commencé à apparaître en Égypte après la révolution iranienne et, aux dires de certains, elle est supportée par le régime saoudien.
Ceux qui ont lu le roman égyptien L’immeuble Yacoubian se rappellent certainement de l’épisode du commerçant de vêtements qui a commencé à payer les femmes vêtues en tenues occidentales pour qu’elles lui retournent leurs vêtements en échange d’un vêtement "musulman". Et ici on se laisse avoir avec un discours de droits et libertés, un discours d’ignorance de la vraie religion d’autrui !
Je ne suis pas musulmane, mais j’ai beaucoup d’amies musulmanes. Elles ne portent ni hijab ni niqab. Pourtant, elles croient et pratiquent leur religion, ces femmes se promènent librement dans les rues du Caire et sont respectées. N’avez-vous jamais vu des photos de Mme Moubarak, l’épouse du président égyptien, autrement que bien coiffée et maquillée?
Il est temps que le s Occidentaux se réveillent et agissent avec intelligence dans cette controverse. Il est temps de dire NON au fondamentalisme religieux. Pour ce faire, cependant, il faut être moins ignorant et refuser de croire tout ce qu’on se fait dire au nom de la religion.



La tentation autoritaire  -  Mathieu Bock-Côté
À défaut de le convaincre, l’intelligentsia du multiculturalisme veut censurer le peuple, le temps d’en fabriquer un nouveau
Dans un article proposant une mise à jour du débat sur le multiculturalisme, La Presse ( 2 7 o c t o br e ) n o u s apprend que les Québécois demeurent très majoritairement opposés aux accommodements raisonnables. Cet article aligne aussi une série de déclarations de représentants d’une certaine intelligentsia multiculturaliste manifestant leur exaspération devant une telle réalité. Pour une fois, la langue de bois cède sa place à une franchise qui permet d’apercevoir le caractère radical d’une idéologie en mauvais terme avec la démocratie libérale.
Exiger des immigrés qu’ils prennent le pli identitaire de la majorité serait symptomatique d’une vision anachronique de l’intégration.
Dès les premières lignes de l’article, la table est mise : « Même s’ils admettent n’être que rarement ou même jamais exposés dans la vraie vie à un réel accommodement raisonnable basé sur la religion, 68 % des Québécois estiment qu’il y en a trop. » On connait la thèse : la critique du multiculturalisme reposerait d’abord sur l’ignorance et aurait plus à voir avec un délire fantasmatique qu’avec un constat de l’échec de l’intégration à la société d’accueil. Exiger des immigrés qu’ils prennent le pli identitaire de la majorité serait symptomatique d’une vision anachronique de l’intégration.
Le constat est néanmoins incontournable, on se trouve devant une opposition « de principe » au multiculturalisme, comme le reconnaît Marie McAndrew, qui n’y voit pourtant pas une raison d’en finir avec son application. « Heureusement que les droits sont protégés par les chartes et qu’ils ne sont pas soumis à la volonté de la majorité. » Il s’agit d’une inversion de la démocratie qui repose non plus sur l’expression de la souveraineté populaire, mais sur sa neutralisation. Malgré l’opposition démocratique au multiculturalisme, ce dernier, sacralisé, prend désormais l’allure d’une nouvelle religion d’État et d’un nouveau régime politique qui assimile sa contestation à une manifestation d’intolérance.
On le devine, l’intelligentsia multiculturaliste est encore traumatisée par la crise des accommodements raisonnables. Le nouveau cours Éthique et culture religieuse, de l’aveu même de ses théoriciens, s’inscrit dans cette perspective, et devrait convaincre les Québécois des vertus du pluralisme identitaire. Pour ses défenseurs, si ce cours avait été appliqué auparavant, il n’y aurait jamais eu de crise des accommodements raisonnables, car la conscience collective aurait correctement intériorisé les vertus de la « diversité ».
Il faut donc fabriquer un nouveau peuple, en misant sur les mouvements migratoires pour transformer les Québécois francophones en une communauté parmi d’autres dans une société mosaïque, comme le souhaite Daniel Weinstock. « Quand Montréal comptera un aussi haut pourcentage d’immigrants que Toronto, ces questions ne se poseront plus avec autant d’acuité. »
Une fois accomplie, cette transformation identitaire cessera de contraster à son désavantage l’identité québécoise par rapport à l’identité canadienne, car la première exprimerait encore un héritage historique particulier alors que la seconde aurait été intégralement reprogrammée dans la valorisation de la diversité. « Manifestement, la préoccupation identitaire des Québécois est plus forte que dans le reste du Canada. Le Canadien anglais, c’est déjà un ‘post-ethnique’, une personne qui peut aussi bien être de souche écossaise que polonaise ou sud-américaine. Les Québécois, eux, ont toujours cette idée qu’ils ont un ‘nous’ à protéger. » Tant que les Québécois se considéreront comme porteurs d’un héritage historique distinctif et qu’ils demanderont aux immigrés de se l’approprier pour s’intégrer pleinement à la collectivité, il faut en comprendre qu’ils seront en retard sur le plan de l’évolution identitaire. L’identité nationale est ainsi reléguée à la préhistoire de la modernité.
On doit tirer de cette vision des choses deux grandes conclusions. D’abord, l’intelligentsia pluraliste est de plus en plus isolée dans sa promotion du multiculturalisme et fait le choix de radicaliser son application. À défaut de convaincre le peuple, elle veut le censurer le temps d’en fabriquer un nouveau. Son dérapage idéologique est porteur d’une tentation autoritaire.
Ensuite, elle n’hésitera pas à diaboliser l’immense majorité qui s’entête à définir la société à partir de son héritage fondateur. Le multiculturalisme n’entre plus seulement en contradiction avec l’identité nationale. Il est désormais clairement contradictoire avec la démocratie libérale.



« On a froid, on a faim! »  -  André Duchesne
Des Montréalais d’origine haïtienne prennent d’assaut les bureaux de consultants en immigration
Hier après-midi, face au 1190, rue Saint-Antoine Ouest, des dizaines et des dizaines de Montréalais d’origine haïtienne faisaient la file depuis des heures à la porte d’Immigration internationale 911, une firme privée d’avocats et de consultants en immigration.
Comme plusieurs autres, Esther Cerfrère a attendu en vain hier devant les bureaux d’Immigration internationale 911, rue Saint-Antoine.
Le but de tous ces gens: obtenir les papiers nécessaires pour faire venir d’Haïti un proche parfois blessé, toujours désespéré.
Ils attendaient depuis des heures, entassés les uns sur les autres. Ils étaient massés sur le trottoir et débordaient un peu dans la rue, retenus par des sections de clôture métallique. De l’autre côté de cette clôture improvisée, de nombreux policiers veillaient.
Sans les manteaux, couvertures, chapeaux, tuques, mitaines et foulards qu’ils portaient pour combattre le froid et une impitoyable humidité, la scène aurait ressemblé à celles que vivent leurs parents, devant les points de distributions d’eau et de nourriture, loin au sud, dans l’île dévastée par un tremblement de terre.
Il y avait Soimème Vernet, de Longueuil, arrivée en 2005, qui souhaite faire venir sa petite soeur Hollande, 22 ans.
« Elle a réussi à m’appeler. On a pu se parler deux minutes. Elle a une jambe cassée, a-t-elle raconté.
– Depuis quelle heure attendez-vous ?
– Depuis 7h du matin », a-telle lancé, exaspérée. Il était près de 14 h… « On a froid. On a faim. On a envie. Moi, je ferais pipi dans la rue, mais la policière, là, elle va me donner une contravention », a lancé son voisin, Delicat Herold.
Éclats de rire autour de ce grand monsieur, travailleur de la santé, qui s’est fait porter pâle, le matin, pour essayer d’obtenir les précieux papiers. Et encore, il n’était pas au bout de ses peines.
« Il faut prendre les formulaires, les remplir et les rapporter. Ça signifie qu’il va encore falloir faire la file », a dit l’homme, qui veut faire émigrer sa mère, déjà sinistrée à la suite de deux ouragans qui ont balayé sa ville, Gonaïves, dans les dernières années. Déménagée à Port-au-Prince, la pauvre femme a tout perdu dans le séisme.
À 14h pile, un agent s’est adressé aux gens par le mégaphone d’une voiture de police. En gros, il a dit, tout en s’excusant, que le bureau d’immigration affichait complet pour la journée et qu’il fallait revenir le lendemain.
Des cris. La rage. La colère. La peine. « Injuste! » a crié l’un. « Manque de respect ! » a lancé un autre. « Abus ! Abus! Abus! » ont scandé les gens. Rien à faire, la porte du bureau est demeurée fermée et bien gardée.
Faute de représentant du bureau, les gens ont reporté leur colère sur les policiers. Verbalement.
«J’ai mal au ventre. J’ai mal aux pieds. On m’a poussée», s’est plainte à un policier Esther Cerfrère, enceinte jusqu’aux yeux. «Même dans mon pauvre pays, lorsqu’on est pleine ceinture (grossesse avancée), on l’aurait laissée passer », a glissé Jasmine, une amie d’Esther.
Les deux femmes ont fini par partir. Comme tous les autres. Les policiers ont encaissé. Tout le monde est resté calme. Ce matin, il faudra recommencer.

Quatre ans sans voir leurs six enfants  -  Agnès Gruda
Dans la chambre des enfants, les lits superposés n’ont pas encore été montés. Ils sont encore dans leurs boîtes de carton appuyées contre un mur. Sur une étagère, il y a des jeux de Monopoly, de Scrabble et de bataille navale.
Alphonse Nsumba Balulame et Chantal Nganseke Mbu n’en peuvent plus d’attendre que leurs six enfants viennent les rejoindre à Montréal. Ils ne sont pas les seuls dans cette situation.
Tout ce qui manque dans cette chambre d’enfant, ce sont… les enfants.
« Quand je vois une famille dans l a r ue , j e me dis : pourquoi pas moi ? » confie Chantal Nganseke Mbu d’une voix brisée.
Cette réfugiée politique de 43 ans n’en peut plus d’attendre. Elle a dû quitter son pays, la République démocratique du Congo, en 2005. Son mari, Alphonse Nsumba Balulame, l’attendait à Montréal. Le couple a reçu l’asile politique en décembre de la même année.
Dès que leur situation a été régularisée, Chantal et Alphonse ont entrepris les démarches pour faire venir leurs six enfants, restés à Kinshasa. Après un parcours du combattant dans les dédales de l’Immigration canadienne, ils ne savent toujours pas quand ils pourront voir leurs trois fils et leurs trois filles, maintenant âgés de 11 à 26 ans.
Ce n’est pas faute d’avoir remué ciel et terre. Mais leur dossier est une accumulation d’envois restés sans réponse, de demandes répétées de documents déjà fournis , quand il ne s’agit pas carrément d’erreurs.
En juin dernier, l’ambassade du Canada à Nairobi, où sont traités tous les dossiers congolais, a informé Chantal Nganseke Mbu que sa demande serait traitée dès qu’elle obtiendrait son statut de résidente permanente. Pourtant, elle possède ce statut depuis plus de deux ans!
Chaque nouveau délai crée de nouvelles embûches. Un exemple: les passeports congolais des six enfants sont arrivés à échéance en cours de route. Les parents ont dû jouer du coude pour les renouveler. Ce qui a créé des délais supplémentaires.
À un moment, Chantal et Alphonse étaient convaincus que tout était sur le point de se régler. Ils ont déménagé dans un appartement assez grand pour accueillir leurs enfants. Maintenant, ils tournent en rond dans ces pièces vides.
«Je suis unemèrequi souffre, dit Chantal. Je pourrais mourir sans revoir mes enfants.»
Chantal et Alphonse ne sont pas les seuls dans cette situation. L’ambassade de Nairobi dessert 18 pays africains. Et elle accuse des délais carrément « scandaleux » dans le traitement des demandes de visa, dénonce le Conseil canadien pour les réfugiés dans un rapport publié la semaine dernière.
Les agents d’immigration canadiens à Nairobi sont aux prises avec une charge de travail impossible. Et les demandeurs de visa, eux, subissent « des épreuves considérables sur les plans physique, économique et psychologique » en raison des très longues périodes d’attente, selon le Conseil.
La moitié des demandes de réunification familiale traînent pendant plus de deux ans, alors qu’elles se règlent en 14 mois dans l’ensemble des autres bureaux. Pour la réunification avec des enfants, i l faut compter 25 mois. Ailleurs, c’est six mois.
Ottawa reconnaît que la situation aux bureaux de l’immigration de Nairobi est problématique. « Nous nous affairons à élaborer des solutions visant à réduire les délais de traitement », affirme Kelly Fraser, porte-parole du ministère de l’Immigration, dans un courriel envoyé à
Mme Fraser explique la situation par le volume de dossiers à traiter, et aussi par les tensions politiques au Kenya, qui empêchent Ottawa d’envoyer du personnel temporaire pour désengorger le système.
« Le bureau de Nairobi n’a pas les ressources nécessaires compte tenu de sa tâche », confirme Janet Dench, du Conseil canadien pour les réfugiés. Mais ce bureau est aussi mal géré, selon elle, ce qui explique les pertes de dossiers, par exemple.
Et puis, selon Mme Dench, il y a aussi une question d’attitude. Ce sont les agents d’immigration de Nairobi qui avaient refoulé la Canadienne Suaad Hagi Mohamud, soupçonnée d’usurpation d’identité. Janet Dench n’est pas étonnée que cet incident se soit produit précisément à l’ambassade du Canada au Kenya. « Il y règne un véritable climat de suspicion », dit-elle.
Enattendantqu’Ottawamette de l’ordre dans cette ambassade, Chantal et Alphonse envoient une bonne partie de leurs salaires à leurs enfants. Et ils meurent d’inquiétude.
La violence est omniprésente à Kinshasa. « Nos enfants sont des ados, on ne sait pas à quoi ils peuvent être mêlés », dit Chantal.
Elle se démène depuis trois ans pour que ses enfants la rejoignent dans son logement du quartier HochelagaMa i s on ne uve . J usqu’à maintenant, chaque nouvel espoir l’a conduite à un mur.




Doit-on bannir le niqab et la burqa au Canada?  -  Agnès Gruda
« On commence avec la burqa et on continue avec quoi ? »
Le Congrès musulman canadien, un groupe de musulmans progressistes, demande à Ottawa de voter une loi bannissant le voile intégral.
C ha rle s Taylor, a nc ien coprésident de la Commission sur les accommodements raisonnables, croit que le Canada ne peut pas interdire le port du voile intégral, celui qui couvre les femmes de la tête aux pieds et ne laisse qu’une petite fente pour les yeux.
Cela ne l’empêche pas de critiquer le niqab et la burqa. « Ces vêtements entravent la communication et sont incompatibles avec certaines fonctions publiques, comme celle d’instituteur », dit-il.
Mais de là à les bannir de tous les lieux publics, il y a un pas que Charles Taylor refuse de franchir. « Il y a bien des choses que les gens ne devraient pas faire et qui nuisent à leurs intérêts, mais dans une société comme la nôtre, on se fie à la persuasion au lieu d’interdire », dit-il.
Le philosophe québécois n’était pas le seul, hier, à remettre en question l’appel lancé par le Congrès musulman canadien, un groupe de musulmans progressistes, qui demande à Ottawa de voter une loi bannissant le voile intégral.
Mais le Congrès persiste et signe : la burqa devrait disparaître du paysage canadien, un point c’est tout. « C’est u ne question de séc u rité. Récemment, un homme vêtu d’une burqa a commis un hold-up dans une banque de Mississauga », fait valoir son fondateur, Tarek Fatah.
L’exemple égyptien
Sa prise de position inusitée ne tombait pas du ciel. Quelques jours auparavant, le cheikh égyptien Mohamed Ta ntawi, gra nd patron de l ’u n iver sité isla m ique A l Azhar, au Caire, a déclaré que le niqab n’est pas une obligation de l’islam et l’a banni des écoles affiliées à son établissement. Un peu plus tôt, le gouvernement égyptien a voulu interdire le niqab dans les universités, dans une tentative visant à freiner la montée de l’islam radical en Égypte.
Ces gestes ont fait des vagues en Occident. Le gouvernement italien de Silvio Berlusconi a saisi l’occasion pour présenter un projet de loi interdisant le niqab. La France et le Danemark avaient auparavant envisagé des initiatives semblables.
Et le Congrès musulman ca nadien a mis sa propre proposition su r la t able cette semaine. « Vous savez, Mohamed Tantawi, c’est un peu comme le pape des musulmans sunnites, et l’université Al Azhar, c’est leur Vatican », souligne Tarek Fatah.
Mais c’est loin de convaincre la présidente du Congrès islamique canadien, Wahida Va lia nte. « Ça ne m’i ntéresse pas de savoir ce qui se passe en Égypte. Moi, je vis au Canada, nous avons une charte des droits et libertés, et les gens ont le droit de s’habiller comme ils veulent », plaide-t-elle.
Même son de cloche chez Alia Hogben, présidente du Congrès des femmes musulmanes au Canada. Son organisation s’était battue de toutes ses forces contre l’implantation de tribunaux islamiques, il y a quelques années. Elle prône une vision très modérée de l’islam. Pourtant, Alia Hogben rejette l’idée d’une loi interdisant le niqab.
« Si le Canada interdit le niqab, il ne fera pas mieux que les pays qui obligent les femmes à se couvrir, comme l ’A f g h a n i s t a n e t l’ I ran. Interdire ou obliger, c’est la même chose. C’est encore le gouvernement qui se mêle des droits des femmes. »
Un vieux débat
« Le débat sur le fait de couvrir ou non le visage des femmes dure depuis 1000 ans », dit une théologienne spécialiste de l’islam, Lynda Clarke, professeu re à l’ Un iversité Concordia. « Personnellement, je vis à Montréal et, ici, très peu de femmes portent le niqab. A lors pourquoi les cibler ? » demande-t-elle.
« Une telle interdiction ne passerait jamais le test des droits de la personne, c’est complètement farfelu », renchérit la juriste Pascale Fournier, de l’Université d’Ottawa. « De toute façon, qu’est-ce qu’on ferait avec les femmes qui ne respecteraient pas cet interdit ? On les mettrait en prison ? Ça n’a aucun sens. »
L’avocat Julius Grey croit lui aussi qu’une femme adulte peut s’habiller comme elle veut. « Moi même, je peux sortir habillé en Rigoletto ou porter un chapeau haut de forme. » Mais cette liberté s’arrête quand on atteint des fonctions publiques : « J’ai le droit de voir le visage des gens qui prennent des décisions qui me concernent. »
La demande du Conseil musulman n’a pas soulevé plus d’enthousiasme au sein des gouvernements. Tant à Québec qu’à Ottawa, elle a été accueillie avec une dose de scepticisme. Le Conseil du statut de la femme et la Fédération des femmes du Québec ont préféré ne pas se prononcer, n’ayant pas étudié la question.
Mais pour Alia Hogben, le débat soulevé par le cheikh égyptien n’est pas inutile pour autant : il donne des arguments religieux aux femmes qui doivent porter le niqab contre leur gré.

Québec n’est pas prêt à donner la primauté à l’égalité des sexes  -  Tommy Chouinard
QUÉBEC — Le gouvernement Charest entend amender le projet de loi sur la diversité culturelle pour y « réaffirmer » le principe de l’égalité des sexes, mais il refuse de donner prépondérance à ce droit sur la liberté religieuse comme le demande l’opposition.
«Ce que vous acceptez, c’est qu’il y ait, de fait, discrimination à l’égard des femmes du Québec, et c’est inacceptable», a lancé la chef péquiste Pauline Marois au premier ministre Jean Charest lors de la période des questions, hier. Elle a réitéré sa demande d’ajouter une clause interprétative à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne afin que l’égalité des sexes soit prépondérante.
La ministre de l’Immigration et des Communautés culturelles, Yolande James, n’a contenté ni le PQ ni l’ADQ en acceptant de changer son projet de loi pour inclure trois «valeurs communes»: l’égalité hommes-femmes, la primauté du français et la séparation de l’Église et de l’État.
Lors des audiences publiques, hier, le président de la Commission des droits de la personne, Gaétan Cousineau, a dénoncé le flou du projet de loi 16. Et il a prévenu que «hiérarchiser les droits» serait «compliqué». «Par exemple, vous êtes une femme, mais aussi une musulmane. Qu’est-ce qu’on fait passer avant : le fait que vous soyez une femme ou vos convictions religieuses?» a-t-il demandé aux journalistes.
Donner la primauté à l’égalité des sexes, «ce serait changer complètement les règles du jeu. Au niveau international, le principe de hiérarchisation n’a pas été retenu. On a toujours traité les droits également», a-til ajouté, soulignant que la Cour suprême a établi des règles pour «gérer les conflits» entre différents droits. Il a défendu l’avis de son organisme au sujet d’un accommodement consenti par la SAAQ. La société d’État permet à ses clients qui doivent passer un examen de conduite de choisir le sexe de leur évaluateur pour des motifs religieux.
En vertu du projet de loi 16, tout organisme public devrait adopter une «politique de gestion de la diversité culturelle». Gaétan Cousineau déplore qu’aucune précision ne soit apportée sur ce que devrait comprendre une telle politique.
La présidente du Syndicat de la fonction publique du Québec, Lucie Martineau, réclame le retrait du projet de loi car il «inverse les rôles» en forçant les organismes de l’État à «s’ouvrir davantage aux nouveaux arrivants» au lieu de demander aux immigrants de s’intégrer à la société. Elle souhaite l’adoption d’une charte de la laïcité en vue, notamment, d’interdire le port de signes religieux ostentatoires dans la fonction publique.

La laïcité ne peut être ignorée  -  Rima Elkouri
Esqu iver les questions délicates ne les règle pas. Le débat houleux aux airs de déjà-vu qu’a provoqué l’avis de la Commission des droits de la personne sur des accommodements consentis par la SAAQ le montre bien.
En matière de laïcité, le rapport Bouchard-Taylor n’a rien réglé. Pour une raison fort simple : le gouvernement Charest a vite mis au panier ses recommandations prioritaires. Si bien que, lorsqu’on parle de laïcité au Québec, on a l’impression que personne au gouvernement ne sait vraiment de quoi il est question. Le sujet en est même tabou. Au diable la laïcité ! Parlons donc de diversité, sujet plus consensuel sur lequel il fait si bon disserter…
L a laïcité au Québec se construit par tâtonnements. D’importantes zones d’ombre demeurent. Des zones où la religion vient égratigner l’égalité hom mes-fem mes. Des zones qu’il faut tenter d’éclaircir.
En mai 20 08, le rapport Bouchard-Taylor avait recommandé au gouvernement de produire un livre blanc sur la laïcité. Ce livre blanc devait définir la laïcité québécoise et défendre sa conception ouverte. Il devait aussi permettre de clarifier et de soumettre au débat public les questions irrésolues.
Qu’a fait le gouvernement Charest ? De façon tout à fait incohérente, il s’est empressé de réaffirmer la place du crucifix à l’Assemblée nationale, confirmant ainsi le fait que la laïcité demeure un principe bien confus dans la tête de nos dirigeants.
Un an et demi après le rapport Bouchard-Taylor, rien n’est donc réglé. De vieilles h i s t o i r e s d ’a c c o m m o d e - ments ravivent le débat. On recom mence à bra sser la soupe identitaire qui avait moisi. Des démagogues, trop contents de récupérer l’affaire, se remettent à gruger leur os préféré. Alerte rouge ! I l y a deu x ju i fs hassid iques sexistes au bureau de la SAAQ qui veulent passer leu r per m is de condu i re, mettant en péril l’avenir de l’éga l ité hom mes-fem mes dans ce pays…
Je ne suis pas d’accord avec la SA AQ, qui trouve raisonnable qu’un juif ultraorthodoxe ou une musulmane ait le droit de passer son examen de conduite avec un évaluateur du même sexe. Je comprends que, dans les cas bien précis soumis à la Commission des droits de la personne, les demandes ne brimaient techniquement aucun droit et ne désavantagea ient auc u n employé, puisque les clients qui les formulaient devaient simplement attendre qu’un évaluateur se libère ou prendre un autre rendez-vous le cas échéa nt . Ma is au-delà de la stricte question du droit, un malaise demeure. Sur le plan symbolique, sur le plan des valeurs, la SAAQ vient ég ratig ner ic i le pr i nc ipe d’égalité hommes-femmes.
Ironie du sort, cette histoire resurgit au moment où le Congrès musulman canadien demande d’interdire le port de la burqa et du niqab en publ ic , en sou l ig na nt qu’il s’agit d’une pratique méd iéva le et m isog y ne. Cette demande montre bien que les accom modements accordés au nom du respect sont parfois perçus comme des rec u ls au sei n même de communautés dont les demandeurs d’accommodements se réclament.
L a Cha rte des d roits et libertés protège bien sûr le droit à la religion. Mais si des religions sont sexistes, comme cela arrive trop souvent, est-ce à dire que la Charte protège aussi le droit au sex isme ? J ’a i posé la question à Me Marc-André Dowd, vice-président de la Commission des droits de la person ne. « Non ! » me dit-il, tout en reconnaissant que la réponse peut sembler « drôle » dans le contexte de la décision rendue dans le cas de la SAAQ.
La Charte s’intéresse aux c o n f l it s de d r oit s , m ’e xp l i q u e - t - i l . L o r s q u ’e l l e a été a mendée l ’a n d e r - nier pou r ajouter l’éga lité hom mes-fem mes à son préa mbule, l’intention du législateur était claire, selon lui. « Il y a une indication t r è s c l a i r e q u ’e n c a s d e conf lits de droits, on doit porter une attention particulière au respect de l’égalité hommes-femmes. »
Dans le cas de la SAAQ, la Commission a déterminé que la fonc tion na i re, pa r exemple, qu i n’a pas fa it passer l’examen de conduite au j u i f ha ssid ique n’ét a it en rien pénalisée dans son travail. De toute façon, elle n’était même pas au courant de la dema nde du client . On ne peut donc pas parler d’atteinte à la dignité, selon la Commission. Si la même situation se présentait demain et que l’employée visée par l’accommodement était au courant et se sentait insultée, est-ce que ce serait différent ? Peut-être. « C’est jugé au cas par cas », précise Me Dowd.
N’en déplaise à ceux qui voudraient une solution simple à un problème complexe, les lignes ne sont pas si simples à tracer. Les hôpitaux font face tous les jours à ce genre de question, quand il s’agit par exemple de respecter la volonté d’une personne âgée qui préférerait que ce soit une personne du même sexe qui lui donne des soins i nt i me s . C e s pré férence s n’ont souvent rien à voir avec la religion, et le personnel s’en accommode comme il peut, sans en faire une histoire chaque fois.
Cela dit, pour revenir à la question de la laïcité, un fait demeure. On ne peut laisser en suspens toutes ces questions sans réponse en espérant qu’elles sombrent dans l’oubli. On ne peut non plus laisser le champ libre aux marchands de peur identitaire. Au-delà des beaux discours sur la diversité, le débat sur la laïcité que nous voulons pour notre société doit se faire. Mais pour cela, il faudrait que le gouvernement Charest cesse de l’ignorer.



Francisation pour immigrants : Des cours « trop » populaires  -  Marie Allard
La hausse de l’immigration et le chômage alimentent la demande
Les cours de francisation pour immigrants connaissent une popularité grandissante, a appris La Presse. « Il y a une telle augmentation des inscriptions en francisation cette année – et c’est une tendance depuis les deux dernières années – qu’on est à pleine capacité », a dit Claude Fradette, porte-parole du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles (MICC).
EXCLUSIF
Pour réduire les listes d’attente dans les programmes de francisation, le ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles enverra bientôt 440 allophones suivre leurs cours à la Commission scolaire de Montréal.
Alors que 213 classes de francisation à temps complet ont été ouver tes en 2 0 0 7 par le MICC, leur nombre a grimpé à 231 en 2008 et à 250 cette année. À cela s’ajoutent 200 classes à temps partiel.
Et, nouveauté en 20 0 9 : 28 classes de français écrit à temps complet ont été créées, afin de répondre aux besoins de professionnels. Cela « fait suite à un engagement de la ministre Yolande James », a précisé M. Fradette.
La hausse de l’immigration au Québec alimente évidemment la demande. « On sait aussi que les inscriptions à la formation des adultes vont souvent à l’inverse des cycles économiques, a souligné le porte-parole. Quand l’emploi est moins bon, les gens vont faire de la formation. »
Allocation de 115 $ par semaine
Résultat ? « Nous sommes au maximum », a-t-il dit. Pour éviter que les immigra nts désireux d’apprendre le français ne patientent trop longtemps sur la liste d’attente, le MICC a conclu une entente avec la Commission scolaire de Montréal (CS DM). L e Ministère y enverra, pour la première fois, 440 allophones y suivre leur formation.
Grand avantage pour ces immigrants : ils auront droit à une allocation de subsistance du MICC (115 $ par semaine), ce qui n’est normalement pas le cas des élèves de la commission scolaire. Seuls les immigrants d’affaires ou parrainés ne toucheront que 30 $ par semaine, pour couvrir leurs frais de déplacement.
Entente « historique »
L’entente a été qualifiée « d’historique » par la CSDM, qui déplore la perte régulière d’élèves quand ils obtiennent une place dans les cours du MICC. « En tant qu’immigrant, bien sûr, quand on reçoit une lettre du ministère de l’Immigration, on y porte attention », a convenu Alain Perron, porte-pa role de la CSDM. Surtout quand il y a une allocation à la clé... Au total, près de 5300 allophones apprennent le français à la CSDM cette rentrée, en hausse de 13 % par rapport à l’an dernier.
En comparaison, plus de 2 0 0 0 0 i m m igra nts « sont passés par les services de francisation en classe régulière du M ICC » en 20 08 -20 09, selon M. Fradette.

Le Québécois, raciste ? Un tabou  -  Pierre Nepveu
Il semble que le fait que les Québécois aient été longtemps dominés les rendrait essentiellement moins dominateurs, rendrait impossible chez eux toute attitude colonisatrice, tout racisme le moindrement profond.
L’auteur enseigne la littérature québécoise à l’Université de Montréal. Un mythe, c’est que le Québec est une société essentiellement accueillante, généreuse, conviviale, dans laquelle le racisme, la xénophobie et les autres phénomènes apparentés sont des épiphénomènes. Plusieurs sous-affirmations viennent en général étayer cette représentation, de manière plus ou moins explicite.
L’une d’elles concerne notre histoire et affirme que les personnes qui, à diverses époques, ont effectivement exprimé des opinions racistes et antisémites l’ont fait de façon marginale, ponctuellement, ou alors sont revenues sur leurs positions, ont reconnu leur erreur.
Une autre idée découlant de ce mythe, et touchant davantage les populations autochtones, affirme que les Canadiens français ont été moins racistes que les autres colonisateurs des Amériques. Ici, la comparaison sert à se disculper : sous prétexte que nous n’avons pas exterminé activement par les armes les Amérindiens, notre racisme à leur égard serait anodin. Nous aurions occupé un territoire où la présence autochtone était peu importante et, chose certaine, jamais nous n’aurions pu agir avec la violence démontrée par les Américains dans leur expansion vers l’Ouest.
Cette représentation que les Québécois ont d’eux-mêmes en tant que peuple non violent (ou, à la limite, plus violent en paroles qu’en actes) semble confirmée, notamment, par les statistiques concerna nt les incidents antisémites au Canada. Bien que (Mordecai) Richler, critique féroce du nationalisme québécois, ait déclaré dans une entrevue accordée à Radio-Ca nada , en 1991, que les incidents antisémites (profanations de cimetières juifs, graffitis sur des synagogues, etc.) étaient plus nombreux au Québec que dans le reste du Canada, les statistiques publiées par les organismes juifs (Congrès juif canadien, B’nai B’rith) indiquent plutôt le contraire. (…)
Cependant, je pense que le mythe dont je parle, celui qui accorde très peu de place au racisme dans la mentalité québécoise, repose moins sur des chiffres que sur un postulat rarement explicité, le plus souvent latent et même inconscient, selon lequel le peuple c a nad ien-f ra nç a is devenu québécois, ayant été lui-même longtemps colonisé, dominé, méprisé (qui ne connaît les appellations classiques de pea soup, frog, Canuck ?), ne saurait lui-même à son tour dominer, mépriser, ostraciser. Il y aurait ici l’idée qu’un peuple colonisé peut difficilement devenir colonisateur, qu’avoir été ou être dominé enraie tout esprit francophones portent sur les Ju i fs , aujou rd ’hu i établ is en grand nombre en Israël. L’antisionisme de nombreux Québécois, et leur appui souvent inconditionnel et sans nuances à la cause palestinienne, comporte en effet très souvent une indignation devant le fait que les Juifs, qui ont eux-mêmes été l’objet d’un racisme extrême et séculaire jusqu’à être finalement presque exterminés durant la Shoah, en viennent maintenant à leur tour à être des de domination, ou encore qu’un peuple faisant l’objet de racisme ne peut pas être lui-même raciste.
Ce principe, souvent inconscient ou du moins tacite chez beaucoup de Québécois, ne va pas sans contradiction puisque, par exemple, il ne semble pas s’appliquer au regard que de nombreux Québécois dominateurs au Moyen-Orient et qu’ils puissent opprimer le peuple palestinien.
Bref, si l’on semble n’avoir aucun mal à reconnaître que les Juifs dominés puissent devenir dominateurs (cela peut être choquant, mais n’en est pas moins concevable), il semble que le fait que les Québécois aient été longtemps dominés, sans doute de manière bien moins violente, les rendrait essentiellement moins dominateurs, rendrait impossible chez eux toute attitude colonisatrice, tout racisme le moindrement profond.
Ce qui importe ici, avant même d’observer la réalité, c’est ce qui relève de l’ordre du pensable, du concevable. C’est la construction des discours et le poids des mots. Il est frappant, par exemple, de constater à quel point l’usage des termes colon et colonisation a toujours été et demeure aujourd’hui tout à fait euphémique au Québec.
Que la colonisation de certains territoires par les colons canadiens-français ait pu être aussi, dans certains cas, un envahissement comportant une part de domination et d’oppression, cela demeure difficilement pensable dans un discours largement répandu, malgré les efforts de certains spécia listes des questions autochtones. On oublie aisément, en outre, que l’image, apparemment impensable, d’un Québécois dominateur et colonisateur peut surgir dès que l’on se risque dans des régions limitrophes du Québec, en Acadie ou en Ontario français par exemple, où il arrive que le Québécois soit perçu un peu comme l’est le Français débarquant au Québec.


L’aide sociale, mesure de transition  -  Denis Lessard
QUÉBEC — Quand ils arrivent au Québec, les immigrants se tou r nent ma ssivement vers l’aide sociale dans leur prem ière a n née ic i . M a is ils en sortent plus rapidement que l’en semble des Québécois, démontre u ne étude con fidentielle du m inistère de l’ I m m ig ration et des Com munautés culturelles.
Obtenu par La Presse, c’est l’examen le plus récent qu’a fait ce ministère, en collaboration avec la direction de la recherche du ministère de l’ Emploi. Pour les auteurs, le recours des néoQuébécois à l’aide sociale devrait être considéré comme une « transition ».
L’étude « met en évidence l’importance de prévoir une forme d’aide à l’établissement » pour les nouveaux a rriva nts. L’enquête porte sur les 80 000 immigrés toujours résidants du Québec en 2 0 0 6 , da ns la cohor te de s 9 5 0 0 0 « t rava i l leu r s qualifiés » venus de l’étranger entre 1996 et 20 0 4 . Il s’agit du groupe pour lequel l’intégration à l’emploi est théoriquement la plus facile – les deux tiers des nouveaux arrivants environ.
Pas moins de 54 % de tous ces im migrés ont reçu de l’aide sociale ou de l’assistance financière du ministère de l’Immigration.
Pour ce qui est du dernier tiers des immigrés, ils sont venus g râce au pro - gramme de réunification des familles ou pour des raisons humanitaires.
Le Québec ne les a pas sélectionnés et n’a pas de chiffres à leur sujet.
Le résumé de l’étude indique sa ns détou r que « le recours à l’aide sociale des immigrants récents constitue un objet de préoccupation » pour Québec, surtout quand on constate qu’il s’agit de t rava i l leu r s qua l i f ié s , le s plus susceptibles de trouver un emploi – 89 % d’entre eux ont un diplôme postsecondaire et 81 % parlent le fra nçais. De plus, ils sont en plein dans leur période active – 90 % ont entre 24 et 44 ans.
Au cours de la pér iode donnée, le nombre des entrées a augmenté de 276 % – donc presque triplé. L e nombre des immigrés qui ont eu recours à l’aide sociale a augmenté de 186 %, en particulier dans certains groupes précis. Parmi les immigrés de 2 0 0 4 , env i ron 16 0 0 0 personnes – le quart, environ – ont recouru à l’aide sociale cette année-là. Si on compte l’ensemble des bénéficiaires de l’aide de dernier recours, 35 % des immigrés en ont reçu en 2004, et 45 %, par exemple, en 2002.
L es probabi l ités de se ret rouver à l ’a ide s o c ia le dans les 12 mois qui suivent l’a r rivée au Québec va rie énormément selon l’origine. Ainsi 78 % des Algériens, 60 % des Marocains et 55 % des Roumains passent par l’a ide soc ia le du ra nt leu r prem ière a n née. L es ressortissa nts fra nça is sont environ 5 % à le faire, et les Chinois encore moins.
Selon les auteu rs de l’étude, environ 5 0 % des néo-Québécois, toutes origines confondues, parviennent à « s’a ffra nchir » de l’a ide sociale moins d’un an après y être entrés.
« Ce qui nous rassure, làdedans, c’est qu’on se rend compte que leu r pa ssage est temporaire » dit Claude F radette, por te-pa role du ministère de l’Immigration. Seulement 20 % des demand e u r s d ’a i d e s o c i a l e e n reçoivent toujours trois ans plus tard.
Or, qua nd on rega rde les « natifs », des 2 25 0 0 0 personnes nées au Canada qui ont demandé de l’aide sociale entre 1996 et 2005, « on se rend compte qu’il y en a 25 % qui sont toujours là ». Il est clair toutefois que cette cohorte n’a pas du tout le même degré d’instruction que le groupe sélectionné par les fonctionnaires québécois. Chez les « natifs », 78 % n’ont pas dépassé le secondaire, alors que, chez les t rava i l leu rs i m m ig rés qua li fiés, au contra i re, 82 % ont fa it des ét udes postsecondaires.
A p r è s 1 0 m o i s d ’a i d e sociale, les immigrés commencent à s’en libérer plus vite que les Québécois.
La ministre Yolande James n’a pas voulu com menter ces constats.



LES MURS ONT GAGNÉ  -  AGNÈS GRUDA
« Le monde est trop petit pour qu’il y ait des murs », clamait une inscription sur le mur de Berlin. Mais, 20 ans après sa chute, des tas de nouveaux murs ont vu le jour. Il y en a qui servent de bouclier aux terroristes, et d’autres qui protègent les pay
Je suis née du mauvais côté d’un mur. Quand j’étais petite, le monde se divisait en deux. Il y avait ceux qui pouvaient aller à l’Ouest. Et les autres, bien plus nombreux, qui ne le pouvaient pas.
En octobre 1961, un policier de Berlin Ouest se tient devant le mur qui séparera le monde en deux pendant les 28 années suivantes.
Dans notre immeuble, à Varsovie, vivait un pilote d’avion qui survolait régulièrement le rideau de fer. Il rentrait chez lui les valises remplies de babioles qui faisaient rêver tous les enfants de ma cour.
Des paquets de gomme Wrigley avec leur emballage de papier blanc. Des jeans. Ou encore des gougounes en caoutchouc que nous surnommions les japonaises.
« Donne-moi donc une gomme », criait parfois l’une des filles du pilote à sa soeur, restée dans la maison. Une main apparaissait alors à la fenêtre et lançait, mine de rien, l’objet de notre convoitise.
Nous avions le sentiment que les deux soeurs faisaient exprès pour exhiber leur richesse. Et cet étalage nous rendait tous un peu jaloux. Parfois, quand je mordais péniblement dans une gomme polonaise à un zloty, je m’imaginais que moi aussi, un jour, j’aurais des friandises made in USA à lancer par la fenêtre.
Le mur, nous ne le voyions jamais. Pour nous, les enfants, il se manifestait surtout par ces rêves inaccessibles. Et aussi par une carte mentale du monde à l’intérieur duquel nous pouvions circuler sans difficulté. La Roumanie, pour la mer Noire. La Hongrie, pour le lac Balaton.
Ceux, parmi nos amis, qui allaient de l’autre côté du mur avaient tendance à disparaître pour longtemps. Certains ne revenaient jamais. Leurs parents profitaient d’une autorisation de sortie exceptionnelle pour s’éclipser pour de bon. Notre mur n’était pas parfaitement hermétique. Mais pour ceux qui décidaient de s’installer ailleurs, le choix était lourd de conséquences. C’était un voyage sans retour.
Traverser le mur
Partir, rester. C’était l’inlassable débat que les adultes menaient avec leurs amis, toutes fenêtres fermées. Eux qui avaient lu, en cachette, 1984 de George Orwell n’imaginaient pas que l’empire soviétique s’écroulerait à peine cinq ans après cette année mythique…
Bien sûr, quand ils prenaient la décision de brûler les ponts, les adultes nourrissaient d’autres espoirs que celui de mâcher de la gomme Wrigley ou de porter des jeans Levis. Ils voulaient vivre dans un pays où ils auraient le droit de dire ce qu’ils pensent, toutes fenêtres ouvertes. Un pays qui leur permettrait de voyager à leur guise. Mais leur soif de liberté était aussi doublée d’aspirations matérielles : ils espéraient posséder un jour une télé, une auto, un lavevaisselle et, qui sait, peut-être même une maison.
Plus encore, ils rêvaient du jour où ils ne seraient plus obligés de se battre au quotidien pour acheter un morceau de viande, une tomate ou une petite culotte à peu près convenable.
Comme il paraissait improbable qu’un tel jour puisse survenir dans un horizon rapproché de notre côté du mur, ma famille a finalement franchi la frontière un jour d’automne 1968. Nous avions le coeur serré. Derrière nous, il y avait des amis et des proches. Plusieurs pleuraient. Car le problème, avec les murs, c’est qu’on ne sait jamais quand on pourra les retraverser en sens inverse. L’histoire peut nous réserver des surprises, bien sûr. Un régime peut imploser, des barrières peuvent tomber. Mais au moment de franchir la barrière, chaque départ paraît sans retour.
La chute
Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, des dizaines de milliers d’Allemands de l’Est ont fait tomber « mon » mur. À vrai dire, à l’époque, celui-ci était déjà pas mal ébréché. La Hongrie qui, comme d’autres pays du bloc communiste, frôlait alors la faillite économique, avait entrepris de démanteler sa frontière avec l’Autriche, ouvrant ainsi le passage vers l’Ouest. Moscou avait accueilli ce geste avec un haussement d’épaules. À partir de là, la chute du mur n’était plus qu’une question de mois.
J’étais alors jeune journaliste à La Presse, et c’est dans la salle de rédaction que j’ai suivi l’effondrement de cette barrière que j’avais longtemps cru immuable.
« Nuit d’allégresse à Berlin », titraient les journaux, avec des commentaires exaltés. Tel celui-ci, du socialiste français Michel Rocard : « Si le mur tombe, on ne fera plus la guerre… »
Deux jours après la chute du mur, j’ai eu l’occasion d’interviewer le leader syndical Lech Walesa, qui avait fait une visite éclair à Montréal. Prophétique, il a annoncé l’avènement prochain d’« une seule Europe ». Le leader bulgare Todor Jivkov venait tout juste de démissionner. Et à Moscou, Mikhaïl Gorbatchev ouvrait les vannes de son régime.
Le vent de l’Histoire soufflait fort. Et il semblait souffler dans une seule direction: celle qui abat les murs.
Une exception
Vingt ans plus ta rd, le rideau de fer, cette frontière qui a, pendant 28 ans, coupé le monde en deux, n’est plus qu’un souvenir. Selon les guides touristiques, il a cédé la place à un réseau de pistes cyclables qui court sur plus de 6000 km, du nord de la Finlande jusqu’à la mer Noire.
Depuis 20 ans, mes amis polonais ont pu acheter des télés, des autos et des maisons. Ils ont bâti des banlieues et des autoroutes qui ressemblent à celles de l’ancien « Ouest ».
Aujourd’hu i , i l s peuvent voyager à leur guise, à la condition d’en avoir les moyens, bien sûr. Ils peuvent aussi dire tout haut ce qu’ils pensent, acheter des couches jetables, des oranges et des kiwis. Ils peuvent même s’offrir le luxe d’élire des politiciens médiocres, ce dont ils ne se privent pas.
Mais 20 ans après la chute de « mon » mur, d’autres barrières ont pris le relais. En s’effondrant, le mur de Berlin n’a pas créé d’effet domino. Au contraire, de plus en plus de murs balafrent la planète.
« Les murs n’ont jamais été aussi en demande depuis le Moyen Âge », a écrit récemment The Guardian.
« Nous observons aujourd’hui un durcissement des pratiques frontalières », opine le géographe français Michel Foucher.
Spécialiste des frontières, Michel Foucher était à Berlin le jour où le mur s’est effondré. Il se souvient encore avec émotion de cette nuit où il a commenté les événements pour la télévision française, en direct du célèbre Checkpoint Charlie. Depuis, Michel Foucher n’a cessé de suivre l’évolution des murs et des frontières. Pour constater que les événements de 1989 ont constitué non pas le début d’une vague, mais plutôt une exception.
En fait, hors de l’Union européenne, les barrières se sont multipliées à une vitesse phénoménale, surtout depuis le 11 septembre 2001 – date des attentats qui ont agi comme une sorte d’hormone de croissance sur les barrières internationales.
Certaines de ces barrières sont connues : c’est le cas du mur entre le Mexique et les États-Unis, ou celui de la barrière de séparation entre Israël et la Cisjordanie. D’autres le sont moins : le mur entre le Botswana et le Zimbabwe, le « mur de sable » dans le Sahara occidental, ou encore la barrière qui sépare l’Inde du Pakistan.
Selon Michel Foucher, il existe aujourd’hui 17 murs internationaux qui couvrent 7500 km, soit 3% des frontières actuelles. Mais si tous les projets en cours sont menés à terme, la planète comptera 18 000 km de frontières fortifiées.
Et c’est sans compter les frontières intérieures, comme les murs qui séparent les quartiers chiites et sunnites à Bagdad. Ou ceux qui séparent les catholiques des protestants à Belfast, en Irlande du Nord. La ville de Padoue, en Italie, a construit un mur pour isoler un quartier d’immigrés africains. Rio de Janeiro envisage des projets semblables autour de certaines favelas...



Femmes immigrées : Les emplois de qualité sont rares  -   Silvia Galipeau
Même très qualifiées, rares sont les femmes immigrées qui réussissent à trouver un emploi de qualité, révèle une nouvelle étude qui, pour une rare fois, se penche sur le cas spécifique des femmes.
« C’est un gros gaspillage », d é n o n c e M a r ie -T h é r è s e Chicha, professeure titulaire à l’École de relations industrielles de l’ Un iversité de Montréal, et auteure de l’étude « Le mirage de l’égalité : les immigrées hautement qualifiées à Montréal », dont les résultats viennent d’être rendus publics.
Pour son enquête qualitative, la chercheuse a interrogé 44 femmes immigrées parlant français, toutes détentrices de diplômes universitaires, arrivées au pays depuis au moins trois ans (et parfois depuis 15 ans). Résultat ? Les deux tiers se retrouvent soit fortement déqualifiées (à 43 %) ou encore moyennement déqualifiées (à 25 %). On parle ici d’une ingénieure, devenue l iv reu se de j ou r nau x , ou encore d’une chef comptable, qui surveille désormais des écoliers pendant leur pause du dîner. Seulement le tiers des femmes rencontrées ont réussi à décrocher un emploi à la hauteur de leurs qualifications. Mais encore là, le parcours a toujours été long, semé d’embuches, jamais évident, nuance la chercheuse, qui cite le cas d’une ingénieure forcée de faire un stage en Ontario pour faire reconnaître son diplôme au Québec.
L’enquête a voulu éclairer pou rquoi certaines im mig r a nte s p er c e nt , d ’aut re s non. Conclusion ? Celles qui réussissent, « pour la plupart, n’avaient pas d’enfants en arrivant ». Avec pour résultat qu’elles se sont retrouvées tout à fait autonomes pour constituer des réseaux, faire reconnaître leurs diplômes, sans avoir à garder d’enfant ou chercher u ne place en garderie.
À l’inverse, celles qui ont le plus de difficultés sont celles qui arrivent avec de jeunes enfants. « Elles ont une discrimination double, triple, indique la chercheuse, non seulement en tant qu’immigrées, mais en tant que femmes, mères de famille, femmes au travail, etc. Les femmes immigrées cumulent tout cela. »
Le constat final de ces femmes est très dur : « Si c’était à recommencer, elles ne le feraient pas. »
« Ce que j e souhaite avec cette étude, c’est de faire réaliser à quel point le problème est complexe et urgent, conclut la chercheuse. C’est de vies humaines qu’il s’agit. »
À son avis, la commission Bouchard-Taylor a d’ailleurs fait fausse route en se concentra nt su r le s d i f férence s culturelles, religieuses, et les accommodements raisonnables. « Ce n’est pas ça le principal obstacle, dit-elle. Le vrai problème, c’est la discrimination au travail. »
« Cette enquête universitaire illustre clairement qu’il y a un sérieux problème d’intégration des immigrantes dans le milieu de l’emploi et qu’il est temps de réagir », a commenté Ayman Al-Yassini, directeur général de la Fondation canadienne des relations raciales.
Chaque année, le Québec accueille 45 0 0 0 nouveaux arrivants. D’après les dernières données de Statistique Canada, le taux de chômage des immigrés demeure deux fois plus important que celui des Québécois de souche. Selon le Conference Board du Canada, les pertes attribuables à la non-reconnaissance des diplômes pour l’ensemble des travailleurs au pays sont de l’ordre de 4,1 à 5,9 milliards de dollars.


Un prénom pas assez français  -  Judith LaChapelle
Confessions troublantes d’un journaliste du quotidien Le Monde
Au téléphone, il n’ose plus donner son prénom. Il s’en tient à son nom de famille: M. Kessous, «Ça passe mieux: on n’imagine pas que le reporter est rebeu (arabe) », racontait hier ce journaliste du quotidien français Le Monde, dans un long récit à la première personne sur le racisme ordinaire en France.
M. Kessous, Mustapha de son prénom, a beau être journaliste depuis près de 10 ans, il subit toujours le racisme associé à son prénom arabe et sa peau basanée. « Certains n’hésitent pas à appeler (la rédaction) pour signaler qu’un Mustapha se fait passer pour un journaliste du Monde ! »
La sortie du reporter survient deux semaines après les propos controversés du ministre de l’Intérieur, Brice Hortefeux, à l’endroit d’un militant politique d’origine arabe. «Il en faut toujours un, dit le ministre, en parlant du militant. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes.»
Mustapha Kessous dit avoir lui aussi goûté à « l’humour » du ministre Hortefeux en 2008. « Brice Hortefeux arrive, me tend la main, sourit et lâche : "Vous avez vos papiers?"»
Des lecteurs « atterrés »
Difficultés à parler avec des Français lors de reportages, perplexité quant à son identité (« À plusieurs reprises, arrivant pour suivre un procès pour le journal, je me suis vu demander: "Vous êtes le prévenu?"»), attitude méprisante de propriétaires lors d’une visite d’appartement, portiers qui lui barrent l’entrée des bars...
« Que dire de la police ? Combien de fois m’a-t-elle contrôlé (...), plaqué contre le capot de la voiture en plein centre-ville, fouillé jusque dans les chaussettes (...) ? »
En après-midi hier, le récit de Mustapha Kessous avait suscité plus de 400 commentaires de lecteurs. Plusieurs, qui se décrivent comme «Blancs» et « Français », se disent « atterrés» ou «désolés» par ce qu’ils ont lu. D’autres considèrent que le journaliste donne dans la « victimisation » et doutent « de la véracité des faits ».
Mais le témoignage de M. Kessous n’étonne pas Zouhir Bahammou, post-doctorant à la chaire de recherche en i m m igration de l’ UQA M . Au Ca nada , souligne-t-il, le taux de chômage chez les Maghrébins est plus élevé que chez les Noi r s et le s Latino-Américains. « Depuis le 11 septembre 2001, c’est plus d i f ficile pa rce qu’ils sont musulmans et arabes. Et en France, c’est pire à cause de l’histoire coloniale et de la guerre d’Algérie », estime le chercheur qui s’intéresse à l’immigration marocaine.
La sortie de M. Kessous incitera-t-elle d’autres immigrants à dénoncer publiquement le racisme « ordinaire » dont ils sont victimes ? Il faudra voir, croit M. Bahammou. « En 2005, il y a eu des émeutes dans les cités parisiennes, rappelle-t-il. La situation ne s’est pas vraiment améliorée. Sur certains points, elle s’est encore dégradée. »


Le hijab interdit dans les écoles belges
BRUXELLES — Les directions de quelque 700 établissements scolaires publics de langue néerlandaise relevant de la Communauté f lamande en Belgique ont opté hier pour une interdiction générale du port du foulard musulman à l’école.
Cette décision du Conseil de l ’ enseignement de la Communauté flamande intervient alors que la volonté de deux lycées d’Anvers ( Nord) d’interdire à partir du 1er septembre l’accès aux élèves portant un foulard avait été accueillie par des protestations.
À la suite d’une plainte d’une élève contre ce nouveau règlement, l’« auditeur » de la plus haute juridiction administrative belge, le Conseil d’État, avait estimé mardi que les établissements n’avaient pas le droit de prendre isolément ce type de décision.
Seul le Conseil de l’enseignement chapeautant les écoles de la Communauté flamande avait le pouvoir de trancher, selon le magistrat.
Les enseignants de matières dites philosophiques seront les seuls exemptés de même que les élèves, mais uniquement durant ces cours.
Le Conseil d’État ne se prononcera pas avant mardi sur le recours introduit par l’élève qui contestait l’interdiction du foulard par son lycée anversois.

« C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes »  -  Marc Thibodeau
PARIS — Le mi n i st re de l’ Intérieur français, Brice Hortefeux, se trouve dans l’embarras après avoir été enregistré à son insu alors qu’il prononçait des paroles jugées racistes par nombre d’élus de gauche et d’associations militantes.
Brice Hortefeux, proche de Nicolas Sarkozy qui a mené d’une main de fer le ministère français de l’Immigration avant d’être nommé à l’Intérieur, se retrouve au coeur d’une controverse.
L’affaire a éclaté j eudi lorsque le journal Le Monde a diffusé en ligne une vidéo tournée le week-end dernier au cours d’un rassemblement partisan. Elle avait déjà été visionnée hier près de 600 000 fois sur le site de partage Dailymotion.
Le politicien, qui a mené d’une main de fer le ministère de l’Immigration avant d’être nommé à l’Intérieur, tient ses propos controversés alors qu’il pose avec un partisan beur, Amine Benalia-Brouch.
Une femme dans la foule lui lance en riant que le jeune homme, né en France d’un père algérien et d’une mère portugaise, « mange du cochon » et « boit de la bière ».
« Il ne correspond pas du tout au prototype. Non, ce n’est pas du tout ça... Il en faut toujours un. Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes », lance le ministre.
Ces propos ont été largement interprétés comme une référence aux Arabes, ce que dément le principal intéressé.
Le ministre affirme qu’il n’a jamais voulu faire de « référence à une origine ethnique, maghrébine, arabe, africaine et ainsi de suite », mais parlait plutôt des Auvergnats en évoquant la région dont il est lui-même originaire.
Le Monde, loin de partager son point de vue, a affirmé hier dans un article analysant les propos de M. Hortefeux que son démenti ne tenait pas la route.
Plusieurs ténors de la gauche sont montés au front, demandant le renvoi du ministre, un scénario improbable dans la mesure où il s’agit de l’un des plus proches collaborateurs du président Nicolas Sarkozy.
« Xénophobe »
« La question n’est même pas de savoir s’il faut ou pas qu’il démissionne du gouvernement, mais que fait-il encore au gouvernement à cette heure-ci ? » a demandé le porte-parole du Parti socialiste, Benoît Hamon.
L’ancien ministre à l’Égalité des chances, Azouz Begag, qui a déjà croisé le fer par le passé avec Brice Hortefeux, a dénoncé les propos du ministre comme « un vrai bon dérapage franchouillard raciste » venant d’un élu « qui mène une politique xénophobe ».
Tandis que l’Élysée est demeuré muet sur le sujet, les autres membres du gouvernement ont serré les rangs autour du ministre, parlant d’une « campagne de dénigrement assez scandaleuse ».
M. Benalia-Brouch s’est aussi porté à la défense du ministre hier en affichant sur YouTube une vidéo dans laquelle il donne sa version des faits. « On a juste parlé entre amis, sympathisants et militants de l’UMP ( le parti au pouvoir)... Il n’y a eu aucun dérapage de M. Brice Hortefeux », dit le jeune homme, qui se plaint d’être « harcelé » par les médias.
La controverse, justifiée ou non, ne pourrait pas plus mal tomber pour le ministre puisqu’il vient de mettre en retraite forcée un préfet soupçonné d’avoir proféré des propos racistes lors d’un contrôle de sécurité à l’aéroport d’Orly.
Le préfet en question, Paul Girot de Langlade, qui nie tout dérapage, aurait lancé : « On se croirait en Afrique ici » lors du contrôle, déplorant qu’il n’y avait « que des Noirs ». Il fait actuellement l’objet d’une enquête policière pour « injures publiques à caractère racial ».
Dans un communiqué confirmant sa mise à la retraite, M. Hortefeux a déclaré il y a quelques jours qu’il ne tolérerait « jamais que des propos racistes ou discriminatoires soient tenus dans notre pays, d’autant plus par un représentant de l’État ».
M. Girot de Langlade assure de son côté qu’il est victime d’un « plande communication » du ministre, qui tente, selon lui, de se refaire une « virginité antiraciste ». « Le plus raciste des deux, ce n’est pas moi », at-il lancé à la radio, visiblement ravi de la controverse.

Il ne fait pas bon être noir à Moscou  -  Frédérick Lavoie
Plus de la moitié des quelque 10 000 Noirs de Moscou ont déjà été agressés en raison de la couleur de leur peau, selon une étude récente. Le racisme continue de menacer quotidiennement la vie des Africains en Russie.
MOSCOU — Emmanuel et Jalambo grillent des cigarettes avec d’autres amis soudanais dans la cour de l’Université russe de l’amitié entre les peuples de Moscou. « Ici, personne ne nous touche. C’est plus sûr », lance Emmanuel.
Le racisme n’a pas empêché Joaquim Crima, 37 ans, de se présenter au poste de chef de district de Sredneakhtoubinsk (Sud) pour l’élection d’octobre. Il a rapidement été surnommé l’« Obama russe », même si ses chances de succès sont minces.
Même s’il n’étudie plus, l’Africainde27ans, aujourd’hui diplômé en médecine, continue de flâner près de l’institution qui compte 3500 étudiants étrangers.
Son genou le fait encore souffrir. En 2004, il a passé deux mois à l’hôpital après avoir été « salué » par une quinzaine de skinheads à Saratov (à 700 km au sud-est de Moscou). « Je revenais du supermarché et ils m’ont attrapé », raconte Emmanuel, dans un russe presque sans accent.
Son copain Jalambo, 26 ans, finissant en génie électrique, n’a eu quant à lui que des « petits pépins ». Pas question tout de même de se promener seul dans la rue une fois la nuit tombée, et encore moins de prendre le métro sans être accompagné, explique celui qui travaille comme disc-jockey en banlieue de Moscou.
« Pas seulement les skinheads, mais n’importe quelle personne soûle peut nous insulter ou nous demander ton argent. Et même si on nous bat, personne dans la rue ne viendra nous aider. »
Tous les amis de couleur de Jalambo et Emmanuel ont déjà au moins été traités de « singes ». Lorsqu’ils n’ont pas carrément été passés à tabac.
Objet « prioritaire » de la haine
Selon un sondage mené par l’Aumônerie protestante de Moscou, une ONG qui travaille avec les immigrants africains, 60% des Noirs de la capitale ont été agressés depuis qu’ils y habitent. Quatre répondants sur cinq ont affirmé avoir été l’objet de violence verbale.
« Ce n’est pas du tout étonnant », commente Alexander Verkhovski , di recteur du Centre Sova, une ONG qui observe les mouvements nationalistes et racistes en Russie.
La plupart des attaques racistes sont toutefois commises contre des ressortissants des républiques du Caucase russe ou de l’Asie centrale ex-soviétique, souligne-t-il. Les mouvements d’extrême droite les accusent de menacer la suprématie du peuple russe, de vouloir « islamiser » le pays et de voler les emplois des Russes.
La violence cont re les Africains s’explique différemment. « Les groupes néonazis russes imitent les pratiques et la rhétorique de ceux d’Europe occidentale, pour qui les Noirs sont l’objet prioritaire de la haine », note M. Verkhovski.
Lundi, un Camerounais a été poignardé dans le sud de Moscou, vraisemblablement par des néonazis. Une attaque courante. Durant les six premiers mois de l’année, 37 personnes ont été tuées dans 126 attaques xénophobes dans tout le pays. Les Africains forment une très petite communauté de quelques milliers de personnes en Russie, mais ils sont surreprésentés parmi les victimes.
L’Obama russe
Pour obtenir aide et protection, les étrangers hésitent à se tourner vers la police. Les forces de l’ordre font plus souvent parti du problème que de la solution, expliquent les deux Soudanais interrogés. Emmanuel ne compte plus le nombre de fois où des agents contrôlent sans raison son identité, chaque jour.
Alexander Verkhovski note toutefois que les forces de l’ordre ont réellement intensifié la lutte contre les mouvements d’extrême droite depuis deux ans. « Certains [néo-nazis] se cachent, d’autres se sont même suicidés. Ces groupes font face à une sérieuse pression à Moscou. Dans les autres villes par contre, ce n’est pas encore le cas », précise-t-il.
Le racisme n’aura tout de même pas empêché Joaquim Crima, 37 ans, de se présenter au poste de chef de district de Sredneakhtoubinsk (Sud), pour l’élection d’octobre.
Originaire de Guinée-Bissau, il a rapidement été surnommé l’« Obama russe », même si ses chances d’élections sont minces. Un deuxième candidat, de père ghanéen et de mère russe, s’est ensuite lancé dans la course pour le même siège.
« J’ai peur pour lui », dit Emmanuel en parlant de Joaquim Crima. « Peut-être qu’ils vont le zigouiller. » L’élection de Barack Obama en novembre dernier aura créé une certaine vague de respect pour les Noirs en Russie, note Emmanuel. « Mais après un mois, ça s’est dissipé. »



Un candidat noir à des élections en Russie
L’initiative de Joaquim Crima, agriculteur d’origine africaine, lui vaut le surnom d’« Obama russe »
SREDNYAYA AKHTUBA — Joaquim Crima, agriculteur d’origine africaine, va tenter de remporter un mandat local en Russie. Son initiative, très inhabituelle de la part d’un Noir dans ce pays, lui vaut déjà le surnom d’« Obama russe ». Mais contrairement au président américain, ses chances de victoire sont minces, car les préjugés raciaux ont la vie dure en Russie.
Les chances de Joaquim Crima, natif de Guinée-Bissau, de remporter la victoire sont minces. En Russie, les préjugés raciaux sont encore légion.
Cet homme de 37 ans, natif de Guinée-Bissau, s’est installé dans le sud de la Russie, où il a décroché un diplôme universitaire. Il promet de combattre la corruption et de développer sa circonscription, traversée par la Volga.
« J’aime Obama en tant que personne et en tant qu’homme politique, parce qu’il a prouvé au monde ce que chacun croyait impossible. Je pense que je peux apprendre des choses de lui », a commenté Joaquim Crima, assis dans sa véranda ombragée de Srednyaya Akhtuba, ville de 11 000 habitants où il vit avec sa femme Anaït, leur fils de 10 ans et de lointains parents arméniens de souche. Victoire improbable
Dans les faits, il est fortement improbable que Joaquim Crima remporte la circonscription de Srednyaya Akhtuba, non seulement parce qu’il lui manque l’expérience politique et les relations nécessaires, mais aussi parce qu’il doit faire face à la dure réalité d’être un homme noir en Russie.
« Ils sont souvent raillés dans le métro et aux marchés », note Lydia Troncale, membre de l’aumônerie protestante de Moscou, ONG qui travaille avec des immigrés africains.
Joaquim Crima s’entend bien avec ses concitoyens mais, par précaution, il est accompagné presque partout par son musculeux beaufrère. En décembre dernier, un étudiant noir américain avait été poignardé et grièvement blessé à Volgograd, la plus grande ville de la région, dans une attaque considérée comme raciste.
Joaquim Crima, qui est arrivé en Russie en 1989, est diplômé de l’Université pédagogique d’État de Volgograd. Il pense pouvoir régler les problèmes de sa circonscription, où certains habitants n’ont toujours pas accès à l’eau potable. Dans les rues, qui ne sont pas pavées, on peut encore voir des chèvres brouter.
Certains se moquent de ce qu’ils considèrent comme de la naïveté de sa part. Une vendeuse assure même qu’elle ne votera pas pour lui parce qu’elle ne veut pas « vivre en Afrique ». Une autre dit qu’elle ne votera pas pour un « négro ». Des sentiments qui sont encore assez répandus en Russie.




Clandestins morts en mer  La ligne dure de Berlusconi critiquée

ROME — La polémique sur la ligne dure adoptée par le gouvernement Berlusconi face à l’immigration clandestine est repartie hier en Italie, au lendemain du sauvetage de cinq Érythréens qui ont affirmé que 73 de leurs compagnons de voyage étaient morts d’épuisement en route.
Deux des cinq Érythréens recueillis jeudi au large de l’île italienne de Lampedusa. Selon ces clandestins, 73 de leurs compagnons de voyage auraient péri pendant la traversée à partir de la Libye, tandis que leur embarcation aurait croisé de nombreux bateaux sans qu’aucun ne leur porte secours.
Cinq immigrés clandestins, recueillis jeudi au large de l’île italienne de Lampedusa, ont raconté que 73 de leurs compagnons de voyage, tous Érythréens, avaient péri pendant la traversée à partir de la Libye. Leurs corps auraient été jetés à la mer. Des recherches sont en cours pour tenter de les récupérer.
Les autorités maltaises ont émis des doutes quant à cette version. Un porte-parole des forces armées a indiqué hier que les immigrants n’avaient pas été considérés en situation de détresse, mercredi, lorsqu’ i ls avaient refusé l’assistance d’une vedette de la marine maltaise qui les avait abordés lors de leur passage dans la zone de recherche et de secours sous la responsabilité de Malte.
Selon les témoignages des émigrants, l’embarcation, à la dérive pendant 23 jours, aurait croisé de nombreux bateaux sans qu’aucun ne leur porte secours. « Comme si la peur préva la it sur le devoir de porter assistance en mer » , a déclaré L au r a Boldr i ni , por t e - parole du Haut commissariat aux réfugiés des Nations unies ( HCR), jugeant cela « alarmant ». « La lutte contre l’immigration clandestine est une chose ; le manque de respect des droits de l’homme en est une autre », a déclaré Dario Franceschini, secrétaire du Parti démocrate, principal parti de l’opposition.
Le quotidien de l’Église italienne Avvenire a dénoncé « les yeux fermés » de « l’Occident » sur l’immigration clandestine, faisant un parallèle entre l’indifférence montrée pour les drames survenant en mer avec celle aux convois de déportés par les nazis.


Immigration : Un équilibre fragile  -  Gérard Pinsonneault
Le projet de sélection des immigrants économiques semble trahir un empressement à faire du volume
L’auteur est chercheur associé à la Chaire en relations ethniques de l’Université de Montréal. Plus ou moins régulièrement, des événements de l’actualité incitent l’opinion publique à s’interroger sur la pertinence des programmes et pratiques en vigueur en matière de sélection des immigrants.
Il serait souhaitable que l’État québécois attache autant d’importance à la sélection d’un futur résident permanent qu’à l’embauche d’un employé contractuel dont l’emploi ne s’étendra que sur quelques mois ?
Malheureusement, la réflexion dépasse rarement le niveau un peu primaire des origines nationales. Suivant cette « réflexion », l’admission des ressortissants de certains pays serait à favoriser, tandis que celle d’autres contrées serait à éviter, voire à proscrire. Cette approche a heureusement été abandonnée par tous les pays développés où la notion d’égalité des personnes n’est pas un vain mot.
Il n’en demeure pas moins que la gestion des modalités encadrant la sélection et l’admission d’étrangers aux fins de la résidence permanente n’est pas simple, particulièrement pour les immigrants de la composante économique. Ce sont les caractéristiques propres des candidats qui constituent la base sur laquelle doit être fondée la décision de les sélectionner aux fins de la résidence permanente, avec tous les droits, privilèges et obligations que cela comporte.
Pour prendre en compte les caractéristiques garantes d’une intégration réussie, une grille de sélection a été conçue pour les candidats de la catégorie des travailleurs. Ces caractéristiques vont de l’âge du candidat à sa scolarité, en passant par sa profession, le fait qu’il détient ou non une offre d’emploi au Québec, son niveau de connaissance du français et de l’anglais, son domaine de formation et son adaptabilité.
Les autorités québécoises ont souvent modifié cette grille, mais elles ont toujours été guidées par la recherche de l’équilibre. Équilibre entre des objectifs numériques imposés par une évolution démographique inquiétante et une situation économique parfois précaire et aussi, peut-être surtout, la prudence qu’impose le fait que la majorité francophone du Québec n’a encore qu’une expérience assez récente comme société d’accueil.
Or, le projet en cours de modification réglementaire touchant la sélection des immigrants de la catégorie des travailleurs risque de rompre cet équilibre et semble trahir un empressement marqué à faire du volume.
En vertu de ce projet, non seulement l’étape de l’examen préliminaire serait-elle abolie, mais, en abolissant le critère adaptabilité de la grille, le nombre de cas avec entrevue formelle de sélection serait réduit au minimum.
L’examen préliminaire a pour fonction de réaliser un premier tri parmi les candidatures et de ne retenir que celles qui présentent un certain potentiel d’employabilité. Avec son abolition, on rendra possible pour un candidat qui ne passe pas le test de l’employabilité de se qualifier directement en sélection, grâce à des critères comme les connaissances linguistiques de son conjoint ou la présence d’enfants.
Quant à l’entrevue de sélection, sa disparition signifie qu’on éliminerait la possibilité d’effectuer un contrôle effectif, au vu des originaux présentés en personne, de la validité et de l’authenticité des documents présentés à l’appui des demandes. Quiconque connaît un tant soit peu « l’industrie » des faux diplômes et autres documents utilisés aux fins de l’immigration ne peut que s’inquiéter d’une telle approche.
Déjà que les modalités en vigueur pour les candidats investisseurs leur permettent d’être admis pratiquement sur la base de leurs seules ressources financières, s’il faut qu’à son tour la sélection des candidats de la catégorie des travailleurs ne soit plus l’objet d’une évaluation minutieuse, à quoi aura servi leur prise en main par le Québec?
Ne serait-il pas souhaitable que l’État québécois attache au moins autant d’importance à la sélection d’un futur résident permanent qu’à l’embauche d’un employé contractuel dont l’emploi ne s’étendra que sur quelques mois?




Au nom de « l’honneur »  -  Laura -Julie Perrault
L’actualité des derniers jours a fait circuler abondamment la notion de crime d’honneur. L’humiliation est-elle réellement le motif de ce type de meurtres ou cette étiquette n’est-elle qu’une excuse pour des criminels comme les autres ?
«Souvent, ceux qui ont perpétré les meurtres disent qu’ils l’ont fait au nom de l’honneur, mais c’est souvent pour cacher autre chose: un viol, une dispute d’héritage », dit la journaliste jordanienne Rana Husseini.
Journaliste jordanienne, Rana Husseini ne s’est jamais remise de la première histoi re de « crime d’honneur » qu’elle a couverte pour son journal, le Jordan Times. Elle était incapable de comprendre comment, « au nom de l’honneur », une famille avait pu tuer une jeune fille de 16 ans parce qu’elle avait été violée par son frère.
L’exécution d’un crime d’honneur a été invoquée pour expliquer le meurtre des quatre femmes de la famille Shafia. Mohammad Shafia, sa seconde femme et leur fils aîné ont tous les trois été accusés de meurtre prémédité et de complot pour meurtre la semaine dernière à Kingston, en Ontario.
L’article qu’elle avait tiré de cette histoire il y a 15 ans, dans lequel elle citait les oncles qui blâmaient la victime pour son comportement répréhensible, avait soulevé l’ire en Jordanie. I l s’est aussi transformé en croisade pour la journaliste, qui a depuis enquêté sur des dizaines et des dizaines de cas semblables.
Le fruit de ses recherches acharnées a donné lieu à un tout nouveau livre, Meurtre au nom de l’honneur, publié en juin, ainsi qu’à une campagne pour faire changer les choses dans son pays et ailleurs.
« Ce que j’ai trouvé, c’est que les crimes qui sont appelés faussement "crimes d’honneur" sont des crimes comme les autres. Souvent, ceux qui ont perpétré les meurtres disent qu’ils l’ont fait au nom de l’honneur, mais c’est souvent pour cacher autre chose : un viol, une dispute d’héritage », a dit hier à La Presse la journaliste, jointe à Amman.
« Ils pensent que leurs problèmes vont dispa raît re en tuant une femme. La plupart du temps, le crime ne règle rien du tout. Le crime ne s’efface jamais. Ceux qui l’ont perpétré gardent la plupart du temps beaucoup de culpabilité », dit celle qui a interviewé de nombreux meurtriers pour mieux comprendre leurs motivations.
L’un d’eux, qui avait tué sa soeur, souhaitait même que la peine de mort soit appliquée à ceux qui tuent au nom de l’honneur afin que les familles n’incitent plus d’hommes comme lui à commettre l’irréparable.
Or, en ce moment, loin de mener à l’échafaud, le motif « d’honneur » allège la peine imposée au meurtrier dans des dizaines de pays. C’est notamment le cas en Jordanie, au Liban et dans la plupart des provinces i rakiennes. « Les meurtriers sont même parfois excusés », a noté Mme Husseini en ajoutant qu’il faut changer les lois, mais que cela n’est pas suffisant. « Beaucoup de gens ne pensent pas à la punition quand ils commettent un crime. Comme dans tous les cas de violence envers les femmes, il vaut mieux documenter les cas et en parler constamment », croit la journaliste.
Rana Husseini est d’ailleurs convaincue que le chiffre utilisé par les Nations unies – qui estiment que 5000 femmes chaque année sont victimes de crimes commis au nom de l’honneur – n’est que la pointe de l’iceberg. « Souvent, ces meurtres sont signalés comme des accidents ou des suicides », a-t-elle noté.
Dissocier le crime de l’islam
Sur la base de son expérience, Mme Husseini refuse de faire l’équation entre les crimes commis au nom de l’honneur et l’islam. Au fil des ans, elle a répertorié de nombreux cas de meurtres comparables, notamment dans des villages italiens, espagnols et grecs, ou encore dans des familles sikhes. « C’est un phénomène international », fait-elle remarquer.
D’origine pakistanaise, Tahira Khan, qui a elle aussi consacré un livre à la question des crimes perpétrés au nom de l’honneur, abonde dans le même sens. « Il est exact de dire que la plupart des crimes d’honneur ont lieu dans des pays musulmans, mais ils ne sont pas liés directement aux enseignements de l’islam. Une des preuves en est que ce genre de crime n’est pas perpétré partout dans la communauté musulmane, qui compte 1,5 milliard de fidèles. On ne signale pas de "crimes d’honneur" en Indonésie, le plus grand pays musulman du monde. »


Préférer la prison au nom de famille souillé  -  Judith LaChapelle
L’honneur familial est un concept difficile à comprendre pour les Occidentaux. « Pour énormément de gens, les conséquences d’un geste destiné à sauver la famille du déshonneur sont secondaires », dit Marie-Hélène Paré, travailleuse sociale et auteure d’une maîtrise sur les crimes d’honneur au Liban.
Pour certains, il serait donc moins humiliant d’être reconnu coupable de meurtre et envoyé en prison que de voir le nom de sa famille souillé parce qu’une soeur a eu des relations sexuelles avant le mariage ou qu’un frère est homosexuel. « Plus l’honneur a de l’importance pour la famille, plus les mesures pour en conserver l’intégrité seront répressives », observe la chercheuse.
Mme Paré, qui a travaillé au Moyen-Orient pour Médecins sans frontières et achève actuellement undoctorat à l’Université d’Oxford, en Angleterre, a interrogé pour ses travaux une soixantaine de parents libanais pour comprendre comment ils concevaient la question de l’honneur. Pour plus de la moitié d’entre eux, l’honneur familial était une valeur suprême à laquelle les hommes et les femmes de la famille – confinés dans leurs rôles traditionnels – devaient se conformer, sous peine de représailles.
Environ le quart des parents croyaient à l’égalité entre les sexes, mais se souciaient de sauvegarder les apparences en adoptant des « stratégies de tromperie », dit la chercheuse – par exemple, une fille violée sera mariée au violeur avant de divorcer deux semaines plus tard.
Une minorité des parents interrogés plaçaient les droits de la personne en premier et choisissaient, par exemple, de poursuivre un violeur devant la justice pour laver l’honneur de leur fille. Détail important, souligne la chercheuse: ces parents ne faisaient pas nécessairement partie de l’élite. « Ce ne sont pas nécessairement les classes les plus pauvres qui vont tuer », dit Mme Paré.
La religion n’est pas toujours derrière le crime d’honneur, rappelle la chercheuse. « Il s’agit beaucoup de la culture familiale, surtout si le nom de famille a une importance politique, culturelle ou militaire. » Des familles chrétiennes du Liban ont déjà tué pour l’honneur, indique Mme Paré, et des familles afghanes ont refusé que leur fille fréquente un Pakistanais même s’ils étaient tous les deux musulmans.
En Grande-Bretagne, où vivent des communautés moyen-orientales et du sud-est asiatique depuis de nombreuses années, le crime d’honneur est une notion bien connue. Les services sociaux, dit Mme Paré, interviennent très rapidement dans les familles dès que la question de l’honneur est soulevée. Ce qui n’empêche pas des familles bien intégrées d’être menacées par la famille élargie. « Dans les communautés où l’honneur définit tellement la réputation qu’ils ont, les parents ont actuellement très peu de pouvoir relativement, par exemple, à un cousin germain dans la contrée lointaine du Pakistan qui serait offusqué par le comportement de sa cousine et qui arriverait à l’aéroport de Heathrow. On a déjà vu ça. »
Leministère britannique de l’Intérieur a fondé la Forced Marriage Unit, une unité spéciale chargée de recevoir les signalements de mariages forcés. Depuis le début de l’année, l’organisme a reçu 770 signalements. En juin dernier, le gouvernement a demandé aux écoles d’être vigilantes à l’approche de l’été, la saison pendant laquelle des jeunes filles sont emmenées dans leur paysd’origine – le plus souvent le Pakistan – pour y être mariées.
De plus, la police londonienne précise clairement que les signalements de mariages forcés et les crimes d’honneur sont pris en charge par sa division d’enquête sur les crimes haineux et la violence conjugale.
Les immigrants reçoivent-ils toute l’information nécessaire sur les valeurs et les lois en vigueur dans leur pays d’accueil ? se demande Mme Paré. « Il faut revoir le mythe du multiculturalisme, celui qui veut que les gens s’adaptent comme par magie. »





Crime d'honneur : DES MENTALITÉS À CHANGER  -  Yolande Geadah
Autrefois, dans toutes les sociétés patriarcales et pas seulement musulmanes, le père de famille avait droit de vie et de mort sur ses enfants
LL’auteure est essayiste. Elle a publié « Accommodements raisonnables: droits à la différence et non différence des droits » chez VLB éditeur. a t ragédie récente de Kingston, où trois jeunes afghanes et la première épouse de leur père ont été trouvées mortes au fond du canal Rideau, est troublante. Le père, la mère et le frère des trois jeunes filles ont été arrêtés et accusés de meurtre prémédité.
L’hypothèse d’un crime dit d’« honneur » semble sérieuse dans la tragédie de Kingston, où trois soeurs et la première épouse de leur père ont été trouvées mortes au fond du canal Rideau. Ce type de crime fait partie des multiples formes de violence à l’égard des femmes qu’on retrouve dans toutes les cultures.
L’hypothèse d’un crime dit d’« honneur » semble sérieuse. Aussitôt énoncée cette hypothèse, un malaise profond a saisi les membres des communautés musulmanes d’ici. La crainte que ce crime ne contribue à ternir davantage l’image des musulmans dans l’opinion publique est malheureusement justifiée. Les médias ont donc la responsabilité première d’éviter le sensationnalisme et les stéréotypes dans le traitement d’un tel sujet. Cela ne veut pas dire de cesser de réfléchir au contexte particulier entourant ce genre de crime, qui, il faut bien le préciser, fait partie des multiples formes de violence à l’égard des femmes qu’on trouve dans toutes les cultures.
Qu’est-ce qu’un « crime d’honneur » ? Il s’agit d’un crime généralement commis par le mari, le père ou le frère de la victime pour défendre l’honneur de la famille, supposément menacé par l’inconduite de la victime. Les raisons invoquées pour ce crime sont multiples, mais souvent liées à la sexualité des femmes.
Il peut s’agir du fait que la victime décide d’exercer son droit d’épouser l’homme de son choix ou de refuser celui qu’on a choisi pour elle, de demander le divorce, d’avoir des relations sexuelles extraconjugales, bref d’exercer son autonomie en adoptant un mode de vie qui ne respecte pas les plus strictes traditions. À cela se mêlent parfois des questions d’argent, comme la prétention de réclamer sa part d’héritage.
Généralement, l’auteur d’un tel crime est exonéré de tout blâme par sa communauté, qui considère qu’il n’a fait que « laver l’honneur » de sa famille. Son prestige social s’en trouve donc rehaussé et il peut vivre la tête haute, sans avoir à rougir de son crime ni des agissements de sa victime.
Le « crime d’honneur » est une coutume tribale qui précède l’islam. S’il est vrai que le Coran ne promeut pas cette pratique, on ne peut nier qu’elle perdure dans des sociétés musulmanes. En fait, la charia autorise le meurtre des femmes adultères ou qui ont des relations sexuelles avant le mariage. C’est d’ailleurs pourquoi de nombreux musulmans se sont vivement opposés à l’introduction de la charia au Canada.
N’oublions pas qu’autrefois, dans toutes les sociétés patriarcales, et pas seulement musulmanes, le père de famille avait droit de vie et de mort sur ses enfants. Les grandes religions n’ont fait que renforcer ce droit absolu, comme l’illustre l’histoire biblique d’Abraham, qui avait résolu d’immoler son fils unique simplement parce qu’il avait entendu une voix (supposément celle de Dieu) lui ordonnant de le faire. Je me rappelle que, étant petite, cette histoire nous était contée comme un bel exemple d’obéissance à Dieu et non comme un crime potentiel.
Les auteurs d’un crime dit d’« honneur » sont eux aussi convaincus d’obéir à des impératifs moraux supérieurs. Si cette pratique se poursuit encore, à divers degrés, dans les pays musulmans, c’est qu’elle est tolérée dans la culture populaire et renforcée par des lois qui accordent des pénalités plus légères au meurtrier s’il invoque l’impératif de défendre l’honneur de sa famille bafoué par les écarts de conduite de sa victime.
Cette pratique est aussi nourrie par un certain discours religieux, réactionnaire et intégriste, obsédé par la sexualité des femmes. L’insistance sur le port du hidjab ou du niqab, la non-mixité et la virginité des femmes en font partie. C’est pourquoi il est difficile de dissocier l’islam de ce type de crime, même si le Coran ne le justifie pas et que la grande majorité des musulmans le condamnent aujourd’hui.
Qui est responsable du crime d’honneur? La réponse à cette question semble évidente. En premier lieu, la personne qui commet un meurtre et, en second lieu, ceux qui l’ont soutenu dans l’exécution du meurtre. Mais la société qui l’entoure et qui justifie le contrôle des hommes sur la sexualité des femmes au nom de principes moraux supérieurs n’a-t-elle pas sa part de responsabilité aussi dans la perpétuation de ce type de crime ?
Bien qu’il soit erroné de blâmer l’islam pour les crimes commis par des musulmans, on ne peut nier qu’une certaine lecture de l’islam, devenue dominante aujourd’hui, contribue à légitimer diverses formes de violences commises au nom de cette religion. Cela signifie que les personnes qui préconisent une lecture rigoriste et misogyne de l’islam ont leur part de responsabilité dans les violences découlant de cette vision intolérante.
Bien entendu, blâmer la victime pour exonérer son agresseur n’est nullement l’apanage des sociétés musulmanes. Qu’on pense à la défense dans le cadre de procès pour viol, soutenue dans divers pays occidentaux, où le comportement et l’habillement de la victime sont invoqués comme source de provocation. Qu’on pense aussi à la défense dans les cas de crime dits « passionnels », où l’infidélité du conjoint (le plus souvent de la femme) est invoquée comme facteur atténuant. Qu’on pense enfin aux nombreux cas de femmes assassinées, ici comme ailleurs, par un conjoint qu’elles ont décidé de quitter.
Les mouvements féministes ont raison de dénoncer les discours misogynes qui alimentent et perpétuent les violences commises contre les femmes, car il ne s’agit pas uniquement d’une responsabilité individuelle mais aussi collective.
Il faut bien réaliser que nous sommes sur une pente très glissante lorsqu’on se porte à la défense de valeurs patriarcales au nom du respect de la diversité et du multiculturalisme.

Le Canada, signatai re de nombreuses conventions internationales, a non seulement le droit, mais l’obligation de tout mettre en oeuvre pour changer les mentalités qui contribuent à nier les droits fondamentaux des femmes. Comment le faire sans pour autant verser dans le racisme ni marginaliser davantage les membres d’une minorité est une question cruciale qui mérite réflexion.

Le terrain des superstitions  -  Patrick Lagacé
Je suis tombé sur le derrière en entendant ce policier préciser ce qui ne devrait jamais l’être. Bien sûr que ce pays valorise l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de choix.
Un mot sur le chef de la police de Kingston qui a senti le besoin, risible, de dire ceci: les victimes, a dit Stephen Tanner, « partageaient les droits, dans notre grand pays, de vivre sans peur, en sécurité, d’exercer la liberté de choix et d’expression ».
Pourquoi rappeler ça? Pourquoi souligner une évidence? Pourquoi dire que la Terre est ronde?
Ah, parce que ce qui est désormais considéré comme un quadruple meurtre, ce qu’on soupçonne être un « crime d’honneur », a une dimension culturelle. Les accusés sont des gens originaires d’Afghanistan. Musulmans. Pourquoi préciser ça? Juste le dire, juste le fait que le chef d’un corps de police d’une ville canadienne sente le besoin de rappeler ce genre de chose est une concession aux extrémistes, aux illuminés qui vivent en fonction de superstitions rétrogrades. Crime d’honneur? So what! Quatre femmes sont mortes. On a cru à un accident. La police traite l’affaire comme un quadruple meurtre. C’est tout ce qui compte. Et la plus grande taloche à inf liger aux barbares, parce que c’est de la barbarie, de tuer parce que le code de la tribu a été « enfreint », c’est justement que l’appareil judiciaire s’y attarde aussi peu que possible.
À commencer par un flic qui est le bras armé de l’État.
Le Canada a un Code criminel. Dans ce Code criminel, on détaille les crimes que la société n’accepte pas. Et, à côté, on y accole des sanctions: prison, amendes, etc. Le crime le plus grave: tuer quelqu’un, avec préméditation.
Dans ce Code criminel, c’est assez clair, je crois : on ne peut pas tuer sa soeur (ou sa fille ou sa femme ou sa voisine) parce qu’elle désirait avoir un iPhone, coucher avec le laitier, manger du porc ou s’adonner à la danse sociale. Il n’y a pas d’accommodement raisonnable pour cause d’obscurantisme.
Alors, on peut bien expliquer ce qu’est un crime d’honneur. Donner du contexte. Donner des statistiques, c’est très bien, les statistiques et le contexte.
Mais ça n’a pas rappor t . Justement, parce que ce n’est pas l’Afghanistan, le Pakistan ou l’Arabie Saoudite, ici, ce n’est pas un État islamique aux lois et aux coutumes rappelant le Moyen-Âge, on ne devrait pas avoir à le préciser. Surtout pas quand on est chef de police.
Les trois accusés ont-ils comploté pour tuer trois des leurs, trois êtres humains partageant leur sang? Ainsi qu’une femme qui, dit-on, était la première épouse de Mohammad Shafia, femme présentée par la famille comme une cousine?
Oui, et c’est la taule. Non, et c’est la libération.
C’est à peu près aussi simple que cela, désolé. Commencer à chercher à comprendre, à relativiser, c’est embarquer sur le terrain des excités, des extrémistes et des barbares qui ont des systèmes de justice parallèles.
Ce qui compte, c’est la preuve. Est-elle solide ? Les « noyées » avaient-elles de l’eau dans les poumons? Des traces de violence sur le corps? Le volant de la Nissan portait-il les empreintes des accusés? La triangulation des signaux de portables des accusés les place-t-elle près des lieux du crime au moment estimé des faits? Le trio accusé a-t-il tenu des propos incriminants sous écoute électronique?
Des preuves, de la science, des faits. C’est ce qui compte.
C’est pour ça que je suis tombé sur le derrière en entendant ce policier préciser ce qui ne devrait jamais l’être. Bien sûr que ce pays est un pays qui valorise l’égalité entre les hommes et les femmes, la liberté de choix, tout ça.
Mais c’est très canadien, non, de préciser ainsi l’évidence? Surtout en matière multiculturelle. On veut tellement être multiculturel. On s’est tellement fait dire – à mots couverts, bien sûr – que critiquer l’ethnique est par essence raciste, que nous en sommes rendus à voir des chefs de police, en pleine télévision, souligner qu’il n’est pas canadien de tuer des femmes... Donnez-moi 15 coups de bâtons, quelqu’un, je rêve!
Ce n’est pas raciste de dire qu’il y a des « nouveaux Canadiens » qui proviennent de cultures rétrogrades. Ce n’est pas raciste de dire que la charia est une hérésie. Ce n’est pas raciste de dire que l’islam militant, depuis quelques années, veut restreindre la liberté d’expression pour soustraire Mahomet à la critique.
Pourtant, on se fait traiter de raciste quand on ose s’aventurer dans ces eaux.
Le flic qui précise que les femmes, ici, ont les mêmes droits que tout le monde, est un flamboyant symbole de cette mollesse from coast to coast.
Les accusés sont musulmans. Et des musulmans, à les voir, tout ce qu’il y a de plus intégrés. Madame ne porte ni le voile, ni le niqab, ni la burqa. Monsieur est un homme d’affaires prospère qui venait de s’acheter un centre commercial à Laval. Un centre commercial, à Laval! Peut-on être plus « intégré » que ça?
Et pourtant, de toute évidence, non. Ce dont on les accuse témoigne du contraire. Ce qui transpire témoigne d’un siècle qui n’est pas le nôtre.
Le plus beau pied de nez qu’on puisse faire aux obscurantistes, à ceux qui lisent le Coran avec des yeux d’attardés, c’est justement de faire ce procès uniquement sur les faits
C’est le meilleur « message » à leur envoyer: tu tues ta soeur (ou ta fille, ou ta femme, ou ta voisine) parce qu’elle t’a « déshonoré » ?
Le système va te trouver, va recueillir des preuves, va te faire condamner. Ensuite, voici la prison, on y trouve une petite salle de prière, tu pourras y lire tes recueils de superstitions. Pendant 25 ans. DANS LA MÊME VEINE – S’il y a un procès, si ces gens ne plaident pas coupables, il sera aussi très intéressant d’entendre la DPJ et ses représentants témoigner. La DPJ a été impliquée dans la famille, parce que Hamed Mohammed Shafia, 18 ans, le fils, jouait apparemment au matamore avec ses soeurs. Pour une fois, la DPJ ne pourra se réfugier derrière la sacrosainte confidentialité des dossiers pour ne pas expliquer ce qu’elle a fait. Ou pas.


Des meurtres banalisés Les crimes d’honneur ont été exportés en Occident  -  Djemila Benhabib
C’est comme si le sexe des femmes était la propriété exclusive des hommes. Le corps aussi, d’ailleurs.
L’auteure a publié le livre « Ma vie à contreCoran », chez VLB éditeur. Hier, la police de Kingston a fait des révélations troublantes au sujet du meurtre des quatre femmes d’origine afghane de la famille Shafia – trois soeurs de 19, 17 et 13 ans, ainsi que la première épouse du père – trouvées mortes dans le canal Rideau. Le père, la mère et leur fils de 18 ans ont été accusé de meurtre prémédité et de conspiration.
Bien qu’il soit prématuré de qualifier ce meurtre de crime d’honneur, l’hypothèse n’est pas à écarter. Elle est même considérée comme une piste sérieuse à explorer scrupuleusement.
Quiconque connaît un peu la situation des femmes dans les pays musulmans sait que des crimes d’honneur y sont commis. D’ailleurs, l’ONU avance le chiffre de 5000 crimes d’honneur par an perpétrés essentiellement au Pakistan, en Afghanistan, en Iran, en Égypte, en Jordanie, au Liban, en Turquie, au Yémen et au Maroc.
Réduites au silence, enfermées, humiliées, violentées, des femmes sont aussi assassinées par un ou plusieurs membres de leur famille qui jugent leur comportement indécent. C’est comme si l’honneur des hommes se logeait entre les cuisses des femmes. C’est comme si le sexe des femmes était la propriété exclusive des hommes. Le corps aussi, d’ailleurs.
C’est bien pour cela qu’on dissimule « l’objet de la tentation » sous des étoffes moyenâgeuses. Qu’il s’agisse du hidjab ou de la burqa, leur fonction est toujours la même: camoufler le corps des femmes pour contrôler leur sexe. Dans les pays musulmans, le statut des femmes est un enjeu politique considérable. La place qu’on leur accorde dans la société traduit forcément une vision du monde qu’on défend. Les intégristes le savent fort bien.
Le traitement que subissent les femmes dans les pays musulmans n’est malheureusement plus confiné à cette région du monde. La barbarie s’exporte sous couvert de la culture et de la liberté religieuse en Europe, mais également en Amérique du Nord. La guerre des intégristes, en Europe, est aussi une affaire de famille, une intervention interne.
Son objectif? Couper le cordon ombilical qui relie les musulmans à leur pays d’accueil, leur ôter l’envie sincère de devenir français, allemands, britanniques, pour les précipiter dans l’univers émotionnel de la Ouma, la communauté islamique, cette Internationale de la foi qui fait fi des passeports, des langues et des drapeaux. La Ouma exige de vivre selon ses lois, qui nient celles de l’Europe, ou bien les manipulent.
L’exemple britannique
Le 23 janvier 2006, Banaz Mahmoud Bakabir, une jeune femme d’origine kurde, est sauvagement assassinée dans la banlieue de Londres. Étranglée et enterrée dans une malle dans le jardin de la maison familiale, son corps est trouvé le 28 avril. Ses assassins : son père et son oncle. Ce qui est d’autant plus scandaleux dans cette affaire, c ’est l’inaction de la pol ice métropolitaine de Londres à qui Banaz avait exprimé à maintes reprises ses craintes d’être tuée, sans qu’aucune protection ne lui soit offerte.
L’exemple britannique illustre comment une forme relativiste de multiculturalisme peut entrer en conflit avec les droits des femmes et la façon dont les crimes d’honneur, loin de disparaître au fil des générations de migrants qui s’établissent dans de nouveaux pays, est peut-être même à la hausse.
La police britannique est en train de se pencher sur la mort de 117 cas de femmes disparues dans des circonstances mystérieuses ces 15 dernières années. Une étude du Center for Social Cohesion intitulée Crimes of the Community, parue en février 2008, a recueilli de nombreux témoignages de femmes victimes de violences familiales. L’enquête montre également comment la complicité des autorités publiques banalise les crimes d’honneur et sert les chefs religieux intégristes.
Plus proche de nous, le 10 décembre 2007, un crime d’honneur a été commis contre une jeune adolescente de 16 ans, Aqsa Parvez, dans la région de Toronto. Le meurtrier, son père, ne supportait guère la façon d’être, de vivre et de s’habiller de sa fille. Cette dernière avait d’ailleurs inventé toutes sortes de combines pour se débarrasser de ce voile encombrant que lui imposait sa famille. Bien que son assassinat ait fait du bruit d’un bout à l’autre de notre pays, au Québec, on s’est bien gardé de qualifier cet assassinat de crime d’honneur.
Aujourd’hui, bien du chemin a été fait. Il nous est désormais possible d’évoquer ouvertement la piste du crime d’honneur. Pas parce que nous souhaitons stigmatiser une communauté, mais parce que les filles et les femmes, quelle que soit leur culture, ont le droit de vivre leur vie comme elles l’entendent. Il est de notre devoir, en tant que société, de les encourager à le faire.



Une famille séparée par l’Immigration  -   Laura-Julie Perrault
Seule une intervention politique peut éviter l’expulsion des parents
Vêtue d’un t-shirt vert sur lequel on pouvait lire « On m’aime comme je suis », la petite Sabrina Sheikh, 5 ans, ne comprenait pas trop, hier, pourquoi sa famille pleurait à chaudes larmes en sortant de la salle d’audiences de la Commission de l’immigration et du statut des réfugiés (CISR). Mais à moins d’un revirement politique de dernière minute, la fillette, née à Montréal, sera séparée de ses parents dès ce matin.
Les parents, Sabir Mohammed Sheikh et Seema Sheikh, portent un dernier regard vers leurs enfants, lors de leur comparution devant la Commission de l’immigration et du statut des réfugiés.
L’Agence des services frontaliers du Canada a l’ordre d’expulser du pays son père, Sabir Mohammed Sheikh, et sa mère, Seema Sheikh, aujourd’hui.
D’abord acceptés comme réfugiés au Canada en 2001, les Sheikh, qui sont originaires du Pakistan, se sont vu retirer l’asile en 2007 après que les autorités eurent découvert qu’ils avaient fourni de fausses informations à leur arrivée en 2000. Les parents avaient notamment dissimulé avoir vécu à Dubaï pendant 20 ans.
Plaidant que leur vie sera en danger s’ils retournent au Pakistan, où leur famille a de fortes affiliations politiques, les Sheikh, qui se sont refait une vie dans le quartier Parc-Extension au cours de la dernière décennie, ont tenté en vain pendant trois ans d’obtenir un nouveau statut, puis de faire suspendre l’ordre de renvoi du pays.
Dans une décision peu commune, un juge de la Cour fédérale a accepté, la semaine dernière, de mettre en suspens l’ordre d’expulsion qui pèse contre trois des enfants adultes de la famille, mais a donné le feu vert au renvoi des parents. La garde de la petite Sabrina, née au Canada, est confiée à son frère et à ses soeurs aînés.
Vendredi dernier, les parents ont été arrêtés et mis en détention. Hier, craignant que les Sheikh ne cherchent à prendre la fuite, un juge de la Commission de l’immigration et du statut des réfugiés (CISR) a refusé de leur rendre leur liberté pour une dernière nuit avec leurs enfants. Selon les informations fournies au moment de l’audience, les parents seront expulsés ce matin vers les États-Unis, pays par lequel ils ont transité avant de demander l’asile au Canada en 2000.
Le verdict du juge de la CISR a soulevé l’ire des enfants Sheikh et des amis de la famille qui s’étaient déplacés pour l’audience. « C’est une décision complètement inhumaine. Nous pouvons à peine y croire », a dit le fils de la famille, Sami Sheikh, à sa sortie de la salle d’audience.
Justin Trudeau à la rescousse
L’avocat des Sheikh, Stewart Istvanffy, a admis que la famille pakistanaise a épuisé tous les recours prévus par le système canadien et qu’il ne restait qu’un seul espoir : une intervention du ministre de l’Immigration.
À ce chapitre, les Sheikh possèdent un allié. Le député libéral de leur circonscription, Justin Trudeau, a demandé hier au ministre conservateur Jason Kenney de prendre personnellement part à la révision de leur dossier. « Le renvoi de Sabir et de Seema aura des effets dévastateurs sur l’avenir de la famille », expose le député libéral dans une lettre envoyée hier.
Malgré des appels répétés au bureau de M. Kenney, La Presse a été incapable de savoir si le ministre comptait mettre un frein au renvoi des parents ce matin. Le directeur des communications du cabinet du ministre, Alykhan Velshi, a formellement refusé de prendre les appels de La Presse.




 
Les préjugés envers l’islam sont tenace au Québec
Un an après la fin des travaux de la commission Bouchard-Taylor, les Québécois nourrissent toujours beaucoup de préjugés envers certains groupes religieux. Plus de la moitié d’entre eux jugent que les principes fondamentaux de l’islam encouragent la violence, révèle un récent sondage mené par la firme Angus Reid.
« Les Québécois se méfient plus des religions en général que tous les autres Canadiens et leur sentiment est particulièrement fort envers l’islam et le sikhisme », relève l’analyste Jaideep Mukerji.
Ainsi, 45% des Québécois affirment qu’il serait « inacceptable » que l’un de leurs enfants se marie avec un musulman, alors que ce taux n’atteint que 29% dans le reste du pays. Les Québécois sont aussi systématiquement plus nombreux que les autres Canadiens à désapprouver une union avec un sikh, un hindou, un bouddhiste ou un juif, bien que le phénomène soit moins marqué.
Autre cons t a t : 6 8 % des Québécois ont une opinion modérément défavorable ou très défavorable de l’islam, comparativement à 52% au Canada.
Réalisé les 14 et 15 avril derniers pour le compte du magazine Maclean’s auprès de 1004 internautes canadiens, dont 280 Québécois, le sondage a une marge d’erreur appréciable de 6,1% pour les résultats provinciaux. « Mais la tendance et l’écart entre le Québec et le reste du Canada sont significatifs », assure M. Mukerji.
M. Mukerji croit que ces réticences reflètent une méconnaissance des groupes minoritaires religieux. La moitié des Québécois avouent qu’ils ne comprennent pas les croyances de l’islam. « Ils sont très peu nombreux aussi à connaître personnellement des amis qui pratiquent d’autres religions que le christianisme, comparativement aux autres Canadiens », dit-il.
Enfin, c’est aussi dans la province où les accommodements raisonnables ont fait le plus couler d’encre que les réticences y sont les plus fortes: 74% des Québécois croient que les lois et les normes du Canada ne devraient pas être modifiées pour faciliter les pratiques religieuses, soit 17 points de pourcentage de plus que dans le reste du pays.


Les communautés culturelles boudées par les médias
SONDAGE LÉGER MARKETING
Plus du tiers des Québécois « issus de la diversité culturelle » estiment qu’ils sont sous-représentés à la télévision. Certains considèrent qu’ils sont décrits de façon négative, d’autres de façon stéréotypée.
C’est ce qui ressort d’un sondage Léger Marketing réalisé auprès de 2030 personnes, à la demande du Conseil des relations interculturelles. Environ la moitié des répondants sont des Québécois de souche et l’autre moitié représente des immigrants de première, deuxième ou troisième génération.
« La télévision est censée être le miroir de la société. Quand on ne se voit pas, c’est comme si on n’existait pas », lance Patricia Rimok, présidente du Conseil des relations interculturelles. Il faut reconnaître la transformation de notre tissu social. »
Le sondage révèle que 17% desQuébécois issus des communautés culturelles trouvent que leur traitement médiatique est inadéquat à la télévision. Ils sont moins nombreux à reprocher aux journaux de ne pas assez parler d’eux (13%, contre 36% pour la télévision), mais ils sont néanmoins 15% à penser que leur image n’est pas fidèle à la réalité dans les quotidiens.
Près de 6 répondants sur 10 sont par ailleurs d’accord avec l’idée que « les journalistes issus de communautés culturelles sont habituellement nés au Québec, et qu’ils ont l’accent québécois ». « C’est surprenant. Il y a 20 ans, il y avait tout un mouvement avec la Fédération professionnelle des journalistes du Québec pour mettre des mesures. Bien, 20 ans plus tard, on se retrouve avec le même constat », rappelle Fo Niemi, directeur général du Centre de rechercheaction sur les relations raciales (CRARR).
Les télédiffuseurs mettent surtout à l’écran des « enfants de la loi 101 », souligne Fo Niemi. Je crois que les gens veulent voir la diversité, mais à la québécoise. Cela remet en question ce que l’on veut dire par diversité et différence. »
Depuis 20 ans, les nouveaux immigrants sont moins « caucasiens » et plus « colorés ». Ils ne viennent pas majoritairement de l’Europe, mais plutôt de l’Afrique, de l’Asie et des Antilles. Le sondage révèle justement que plus une personne est d’immigration récente et que plus sa minorité est « visible », plus elle se considère mal représentée dans les médias.
Rachad Antonius, professeur de sociologie à l’UQAM et directeur adjoint de la chaire de recherche en immigration, ethnicité et citoyenneté, n’est pas étonné des résultats du sondage. « Regarder la télévision et prendre le métro, ce sont deux mondes différents », illustre-t-il.
Pourquoi pas une série télévisée qui serait une version 2009 de Ces enfants d’ailleurs, avec une famille musulmane en vedette? C’est l’idée que le sociologue lance, faisant référence à la minisérie réalisée d’après le roman d’Arlette Cousture, qui racontait la vie d’immigrants polonais.
« Si on va voir occasionnellement une famille musulmane pour parler du ramadan, ce n’est pas du quotidien », plaide-t-il.
Avec tous les constats du sondage – mené dans l’année suivant la commission Bouchard-Taylor et les émeutes de MontréalNord –, Mme Rimok espère pouvoir en discuter avec les associations et les propriétaires de médias. Car ultimement, la sousreprésentation des communautés culturelles créera « des tensions sociales », craint-elle.
Le sondage a été réalisé auprès de 2030 Québécois, dont 1004 issus de la diversité culturelle. Du 13 au 25 février derniers, les participants ont été invités à remplir le questionnaire sur un site web sécurité de Léger Marketing. Selon les groupes de répondants, les marges d’erreur vont de 2,18% à 3,09%.



Immigration : Québec solidaire accuse Charest de ne rien faire
Un an après la commission Bouchard-Taylor
La commission Bouchard-Taylor a remis depuis un an son rapport sur les accommodements raisonnables, mais le gouvernement n’a rien fait pour faciliter l’intégration des personnes immigrées, accuse le parti Québec solidaire.
Francoise David, porte-parole de Québec solidaire, déplore l’inaction du gouvernement pour améliorer la situation des immigrés au Québec.
« Le gouvernement a extrêmement peur d’avancer dans ce dossier. Il a fait un peu de saupoudrage d’argent. Mais aucune mesure réelle n’a été prise pour diminuer le taux de chômage des immigrés. Pourtant, la situation est loin d’être rose », affirme la porte-parole du parti, Françoise David.
Québec solidaire rappelle que 30% des immigrés maghrébins en âge de travailler sont au chômage, alors que seulement 7% des Québécois d’origine le sont. « Pourtant, 68% des immigrés arabes ont un diplôme d’études postsecondaires ! » dit Mme David. Même constat chez les Haïtiens, dont 20% sont sans emploi.
« Les immigrés sont aussi surreprésentés dans les emplois mal payés. Beaucoup de professionnels se retrouvent avec des emplois pour lesquels ils sont surqualifiés, affirme Mme David. Des mesures d’urgence s’imposent ! »
Selon Québec solidaire, le gouvernement doit accélérer la reconnaissance de l’équivalence des expériences de travail et des diplômes acquis à l’étranger. Le gouvernement doit aussi augmenter l’embauche d’immigrés dans la fonction publique et mettre en branle une campagne sérieuse contre le racisme à l’embauche, estime Mme David.
Le directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, Stephan Reichhold, croit lui aussi que Québec doit agir. « Malgré les mesures annoncées, on ne sent aucun redressement sur le terrain par rapport à l’intégration à l’emploi des immigrés, dit-il. On rencontre toujours les mêmes barrières qu’il y a trois ans. »
Chaque année, le Québec accueille 45 000 nouveaux arrivants. Pour Mme David, la province se doit d’aider ces personnes à trouver du travail. Mme David ne croit pas que la crise économique actuelle soit une raison valable pour ne pas venir en aide aux immigrés. « Oui, il y a une crise au Québec. Mais eux (les immigrés) sont en crise depuis des années! Ça ne bouge pas! » lance-t-elle.


 
« NANNYGATE »  La vulnérabilité des aides familiales venues d’ailleurs mise en lumière
D’un côté, deux femmes originaires des Philippines qui accusent la députée libérale Ruby Dhalla d’avoir abusé d’elles alors qu’elles travaillaient à son service comme aides familiales.
De l’autre, la députée elle-même qui assure que les deux dames ont eu droit à tous les égards, y compris des repas préparés par sa propre mère dont elles devaient prendre soin.
Qui a raison? Qui a tort? Peu importe, répondent des organisations qui s’intéressent au sort des domestiques immigrantes au Canada. Vraie ou colorée, l’histoire de Magdalene Gordo et Richelyn Tongson met au jour la vulnérabilité de milliers de femmes qui entrent au Canada par le truchement du Programme d’aides familiaux résidants (PAFR).
« Ce que ces femmes racontent ne représente pas un incident isolé, c’est ce que nous dénonçons depuis des années », a dit hier Joanne Vasquez, de l’Association des femmes philippines du Québec, qui a réclamé l’abolition de ce programme.
Magdalene Gordon et Richelyn Tongson, deux femmes originaires des Philippines, affirment avoir été exploitées par la famille Dhalla, qui les aurait embauchées illégalement pour prendre soin de la mère de la députée ontarienne.
Ruby Dhalla répond qu’elle n’était pas vraiment leur patronne et qu’elle les a toujours traitées avec « amour, considération, compassion et respect. »
Ce « nannygate » a ravivé le débat sur le programme d’aides familiaux qui permet à des milliers de femmes d’immigrer au Canada, après avoir cumulé 24 mois de travail d’aide familiale « au pair ».
Environ 13 000 personnes détiennent ce statut au Canada, dont 1500 au Québec. Il s’agit presque exclusivement de femmes. Elles viennent, en grande majorité, des Philippines.
Défaillances
« Ce programme a d’énormes défaillances », dénonce Alexandra Pierre, directrice de l’Association des aides familiales du Québec.
L’association reçoit chaque année un demi-millier d’appels de femmes qui se plaignent de ne pas pouvoir prendre de jours de congé, d’avoir de la difficulté à faire rémunérer leurs heures supplémentaires, ou de subir du harcèlement psychologique de la part de leurs employeurs.
Le problème, c’est que les aides familiales doivent accumuler 24 mois de travai l en trois ans, avant de pouvoir faire une demande de résidence permanente. Et que pendant cette période, elles sont tenues de vivre chez leur employeur.
Quand les choses tournent mal, elles se retrouvent dans une situation de grande précarité: non seulement elles risquent de perdre leur emploi et leur maison, mais elles mettent aussi en péril leurs chances d’immigrer au Canada.
« Pendant deux ans, elles ne peuvent pas trop chialer », dit Louise Langevin, juriste de l’Université Laval, auteure d’un rapport sur la situation des aides familiales.
Elle aussi plaide en faveur de l’abolition du programme adopté en 1992 pour répondre à une pénurie de main-d’oeuvre.
Le Canada avait alors conclu avec les aides domestiques une sorte d’échange de bons procédés : vous vous engagez à rester deux ans chez votre employeur, et vous aurez droit de vous établir au Canada.
Le programme canadien marque un progrès sur les pratiques en vigueur ailleurs sur la planète, admet Louise Langevin, selon qui il est rare que des pays industrialisés permettent à ces travailleuses de devenir des citoyennes à part entière.
Mais elle ne comprend pas pour autant sa raison d’être. « S’il y a une pénurie de personnel domestique, on n’a qu’à les faire entrer par la porte d’en avant, comme d’autres immigrants », soutient-elle.
Dans la situation actuelle, ces femmes dépendent de leurs employeurs et constituent des proies faciles pour ceux qui décident d’abuser de leur vulnérabilité, souligne-t-elle.
Il y a cinq ans, le Québec a étendu la protection des normes minimales aux aides familiales, dont les conditions de travail sont maintenant encadrées. Le problème, c’est que personne ne va sur les lieux de travail vérifier si ces conditions sont respectées, signale Alexandra Pierre. « Ces femmes sont isolées et elles ne sont pas enclines à porter plainte. »
Le comité permanent sur la citoyenneté et la sécurité, qui se penche cette semaine sur le « nannygate » de Ruby Dhalla, a d’ailleurs reçu la semaine dernière un rapport qui recommande d’assouplir les exigences imposées aux aides familiales venues de l’étranger.


Une femme et sa valise - RIMA ELKOURI
« C’est un des cas les plus tristes que j’ai vus », m’a dit celle qui travaille auprès des femmes victimes de violence depuis 20 ans. « Même des agents formés pour avoir le coeur dur pleuraient. »
Est-i l normal qu’une femme qui prend son courage à deux mains pour dénoncer une situation de violence conjugale soit punie par les autorités canadiennes pour l’avoir fait? C’est pourtant ce qui arrive à Sylvie Mendo Me Ntyam, condamnée à être expulsée du pays, loin de ses enfants, après qu’elle eut quitté l’homme qui promettait faussement de la parrainer.
Originaire du Cameroun, Sylvie Mendo Me Ntyam est arrivée à Montréal en mai 2003. Elle a été condamnée à être expulsée du pays, loin de ses enfants, après qu’elle eut quitté l’homme qui promettait faussement de la parrainer.
Or iginaire du Cameroun, Sylvie est arrivée à Montréal en mai 2003. Elle est tombée amoureuse d’un homme, réfugié africain lui aussi, rencontré dans un cours d’anglais. « Il m’avait dit qu’il avait été marié et divorcé et qu’il voulait une femme avec qui vivre le reste de ses jours », m’a-telle raconté tout doucement.
J’ai rencontré Sylvie au centre de détention d’Immigration Canada à Laval. C’était la veille de son expulsion. L’endroit, sinistre, sous haute surveillance, est entouré de barbelés. J’y accompagnais Blandine Tongkalo, directrice de la maison d’hébergement Transit 24, où Sylvie s’était réfugiée depuis janvier, fuyant son conjoint violent. Elle était venue lui porter sa valise noire et son sac à main. C’est tout ce qui lui reste de son aventure canadienne.
Sylvie nous attendait, assise bien droite, dans sa robe de tulle rose et son veston noir. Une belle femme de 40 ans, regard sombre, lèvres charnues, cheveux soigneusement rangés dans un chignon tressé. Elle n’avait pas l’air en colère. Elle avait surtout l’air triste, dépossédée. « La journée est trop longue, la nuit est trop longue, tout est long », a-t-elle murmuré. Blandine, qui l’avait vue la veille, au moment où elle avait dû faire ses adieux à ses enfants, ne l’a pas reconnue. « On dirait qu’elle a vieilli tout d’un coup. »
Sylvie m’a raconté son histoire d’un ton monocorde. Le plan, c’était qu’ils se marient et qu’ils aient des enfants. « Sois tranquille, je vais te parrainer », lui disait-il. Il ne l’a jamais parrainée. Ils ne se sont jamais mariés. Et ils ont eu trois enfants. Deux filles et un garçon, aujourd’hui âgés de 4 ans, 3 ans et 1 an.
Sylvie dit que son conjoint la harcelait pour qu’ils aient des enfants. Et les promesses de mariage et de parrainage? Des promesses en l’air. Tout en la nourrissant d’espoir, l’homme qu’elle aimait trouvait toujours des prétextes pour se défiler. Elle s’est donc retrouvée à vivre pendant toutes ces années dans la clandestinité, sa demande de statut de réfugié ayant été rejetée. Sans statut, sans droit, dans un foyer violent, à la merci d’un conjoint qui menaçait toujours de la dénoncer pour mieux la garder sous son emprise.
Avec le temps, la situation est devenue invivable. Violence, i nt i midat ion, menaces. À bout de forces, Sylvie a fini par se réfugier dans un centre pour femmes battues avec ses trois enfants. Elle a fait une dénonciation à la police, dans laquelle elle a tout raconté : les fausses promesses, l’humiliation, les insultes, la fois où il a menacé de la tuer et où il a cassé la porte de la chambre des enfants où elle s’était réfugiée, les coups qui ont suivi, les nuits passées dehors après avoir été chassée de la maison. « Un soir, il a mis mes effets personnels dehors. J’ai passé la nuit dans un abri d’autobus. J’avais très peur de lui, il me disait : "Si tu appelles la police, ils vont t’expulser au Cameroun, dans ton pays." J’avais très peur aussi de la police. »
Il y eut plusieurs épisodes de ruptures et de réconciliations. Et puis un jour, en faisant le ménage, Sylvie a découvert des papiers de Western Union lui laissant croire que son conjoint avait envoyé 900$ en Afrique pour parrainer une autre femme. Elle a finalement compris que son plan était de se débarrasser d’elle comme d’une vulgaire marchandise, de la séparer de ses enfants et de faire venir cette autre femme pour la remplacer. C’en était trop. Elle a décidé de le quitter une fois pour toutes. Et il a fini par mettre sa menace à exécution: elle a été livrée aux autorités.
C’est ainsi que Sylvie s’est retrouvée en détention avant d’être expulsée vers les États-Unis, jeudi. Elle ne sait pas où elle ira, comment elle survivra, comment elle arrivera à revoir ses enfants, qui sont toute sa vie. Mardi, elle a tenu à les voir pour la dernière fois au centre de détention. Sa fille de 4 ans voyait bien qu’il se passait quelque chose d’anormal dans cet édifice entouré de barbelés. Elle disait : « J’ai besoin de ma maman. » Sylvie a serré ses trois petits dans ses bras. « Les mots me manquaient », m’a-telle dit, encore en état de choc. Les enfants pleuraient à chaudes larmes. Blandine, qui les accompagnait, pleurait aussi. « C’est un des cas les plus tristes que j’aie vus », m’a dit celle qui travaille auprès des femmes victimes de violence depuis 20 ans. « Même des agents formés pour avoir le coeur dur pleuraient. »
J’en reviens à ma question du départ. Est-il normal qu’une femme qui prend son courage à deux mains pour dénoncer une situation de violence conjugale soit ainsi punie par les autorités canadiennes? N’y a-t-il pas un devoir de protéger les femmes aux prises avec cette violence? Cette expulsion est-elle vraiment dans l’intérêt des trois enfants arrachés à leur mère ? Comment la mère pourra-t-elle honorer sa garde partagée dans une telle situation?
Dans les cas de parrainages qui ouvrent la porte à des abus, ImmigrationCanada tient compte de la nécessité de protéger les victimes de violence familiale. Il existe aussi des mécanismes pour protéger les immigrées qui travaillent dans l’illégalité et qui osent dénoncer les abus de leurs employeurs. Pourquoi ces mêmes mécanismes n’ont-ils pas été mis en place ici ?
J’ai appelé l’avocate de l’exconjoint pour obtenir sa version. Elle ne m’a pas rappelée. À Citoyenneté et Immigration Ca nada , l a por t e - pa r ole , Jacqueline Roby, reconnaît que la situation est aussi absurde que difficile. Mais elle prétend que son ministère n’a pas été mis au courant de la situation et que, s’il avait su, il aurait pu agir. « C’est au requérant de faire valoir ses arguments. »
Or, l’avocat de Sylvie, Stewart Istvanffy, a bel et bien demandé un sursis administratif pour motifs humanitaires à l’Agence des services frontaliers, qui t ravaille en collaboration avec Immigration Canada. La demande est restée sans réponse. L’Agence a refusé de répondre à mes questions, prétextant la confidentialité du dossier.
Au final, le message troublant que les autorités canadiennes envoient aux femmes sans papiers qui vivent le même cauchemar, c’est qu’elles feraient mieux de continuer à subir les coups sans rouspéter. Pendant ce temps, quelque part à la frontière des États-Unis, une femme seule, anéantie, une valise noire à ses pieds, pleure ses trois enfants.




LE VOILE : UN SIGNE DE DOMINATION? -  Alexandra Sicotte-Lévesque
Vu du Soudan, je suis estomaquée qu’on tienne encore un tel discours sur le port du voile au Québec
Au Soudan, je travaille avec des femmes fortes, qui se font entendre, qui se font respecter.
Québécoise, l’auteure travaille présentement au Soudan.
Ilyaquelquesannées, je me préparais pour mon premier séjour au Soudan. Mes nuits étaient remplies de cauchemars. Ce serait mon premier séjour dans un pays majoritairement musulman (au nord) où la charia est imposée par le gouvernement. Je ne savais à quoi m’attendre. Je ne pensais qu’au pire : un régime comme celui des talibans, devoir me couvrir de la tête aux pieds et ne pas pouvoir être libre de mes allers et venues.
Voilà maintenant plus d’un an que je vis à Khartoum, capitale du Soudan. Mes amis québécois me posent souvent cette question: dois-tu porter le voile ? Non, absolument pas. Bien que je vive sous la charia, un « outil » surtout politique plutôt que religieux au Soudan, pas une fois ne m’a-t-on imposé de porter le voile. M’a-t-on dévisagée parce que je n’étais évidemment pas musulmane, ou m’a-t-on tenu des propos discriminatoires? Jamais. Certes, le Soudan est un pays coupé de l’extérieur, éprouvé par une guerre désastreuse au Darfour et qui se relève à peine d’une guerre civile entre le Nord et le Sud qui a duré 20 ans. Mais j’y rencontre quotidiennement un peuple incroyablement tolérant et accueillant.
Amal Baher est une jeune Soudanaise de 27 ans. Elle est responsable des finances d’un organisme international réputé ayant son siège à Khartoum. Elle prend sa tâche au sérieux et s’assure d’une main de fer que toutes les dépenses de l’organisme soient comptabilisées sans erreur, sans fraude. Ses collègues, surtout des hommes, la font rire lorsqu’ils racontent qu’ils craignent sa grande autorité. Pour moi, Amal est devenue une soeur avec qui je partage mes espoirs et inquiétudes.
Pourtant, Amal porte le voile. Mais cela ne me gêne pas.
À Khartoum, ce ne sont pas toutes les femmes qui portent le voile. Certaines le portent bien serré encadrant leur visage, ne dévoilant pas un cheveu. D’autres semblent l’avoir enroulé un peu par mégarde, à la dépêche en sortant de la maison. Super pour cacher quelques cheveux rebelles, m’a-t-on dit un jour, en me faisant un clin d’oeil. Jamais n’ai-je vu une femme soudanaise se cacher le visage. Parmi une vingtaine d’étudiants que j’ai formés en journalisme à l’Université de Khartoum, la grande majorité étaient de jeunes femmes qui portaient le voile.
À des milliers de kilomètres du Québec, je suis surprise de lire les propos tenus par Pauline Marois récemment à l’Assemblée nationale ou par Denise Bombardier dans Le Devoir. Moi qui me sens le plus souvent privilégiée d’être Québécoise, d’avoir eu la chance de vivre dans un pays pacifique et interethnique, je suis estomaquée de voir qu’on puisse tenir encore aujourd’hui un tel discours. Le foulard, un signe de domination? Des femmes qui viennent au Québec « pour fuir les affres de systèmes moyenâgeux » ? Je ne nie pas qu’il existe des extrémistes musulmans, qui sans doute désirent voir la femme dominée dans un monde patriarcal. Et c’est bien sûr le cas aussi chez certains chrétiens.
Au Soudan, je travaille avec des femmes fortes, qui se font entendre, qui occupent des postes importants dans la société et surtout qui se font respecter. Le voile, qui est devenu un symbole si fort pour nous, est le moindre des obstacles auxquels elles font face. Comme toutes les autres femmes du monde, ce sont elles qui portent les pires fardeaux associés à la pauvreté et à la guerre. Ces voiles de toutes les couleurs, si étincelants, font partie de leur identité. Pour cela, je n’oserais jamais leur imposer mes préjudices de privilégiée occidentale.
Je ne voudrais pas à avoir à hésiter à inviter au Québec mon amie Amal; elle serait peut-être questionnée quant à son « soi-disant » choix. Mais je sais avec certitude que je serais fière d’inviter quiconque à Khartoum pour leur présenter les femmes exceptionnelles que je côtoie et qui choisissent de porter le voile, ou non.



Encore le voile? -  LYSIANNE GAGNON
Combien de femmes en burka ont postulé un emploi dans la fonction publique du Québec?
Quoi ? Encore le voile ? Quand en aura-t-on terminé avec ce sujet qu’on croyait épuisé depuis la commission Bouchard-Taylor ? Pour faire court, je dirais que la Fédération des femmes du Québec a raison, même si je n’ignore pas qu’elle a été infiltrée par quelques apôtres islamistes et qu’à cause de ses dissensions internes, sa position est tombée comme un cheveu sur la soupe, des mois après la fin du débat public.
Exclure du service public celles qui portent un foulard les marginaliserait encore davantage.
Mieux vaut quand même être du côté de la tolérance.
Moi non plus je n’aime pas le voile. Moi aussi je comprends l’émoi des musulmanes qui ont lutté contre l’islam radical dans leur propre pays et qui se sentent trahies par le principe de tolérance, mais le Québec n’est pas l’Algérie. La solidarité qu’on leur doit n’exige pas que l’on transplante leurs combats ici même, cela serait renier la culture et la réalité du Québec, qui sont celles d’une démocratie libérale.
Bien sûr qu’il serait intolérable d’être accueilli, dans les bureaux de l’administration publique, par des personnes recouvertes de la burka afghane ou du niqab qui ne laisse voir que les yeux. Mais c’est un non-problème: combien de femmes en burka ont postulé un emploi dans la fonction publique du Québec?
Ce dont on parle ici est le hidjab, un foulard qui ne recouvre que les cheveux et laisse le visage entièrement découvert. Et l’on parle d’une infime minorité, l’immense majorité des musulmanes québécoises ne portant pas le foulard. Or, les chartes des droits ne sont pas faites pour protéger la majorité féminine, mais pour protéger les minorités.
Qu’est-ce qui peut bien pousser l’ADQ et le PQ à réclamer l’interdiction du foulard islamique dans les services publics? La démagogie, bien sûr. La ministre Christine St-Pierre a parfaitement raison de leur tenir tête et de leur rappeler en douce que si l’on bannit le hidjab, il faudra aussi interdire partout la kippa juive et les pendentifs en forme de croix. Même la France, grande championne de la laïcité, ne va pas aussi loin! La loi française n’interdit les signes religieux ostentatoires que dans les écoles et les lycées publics; dans la fonction publique, le port du voile est permis sauf dans certains cas tenant à la sécurité ou au contact avec la clientèle.
Si le PQ et l’ADQ avaient gain de cause, le Québec deviendrait la seule démocratie au monde à se donner des politiques aussi répressives... pendant le temps qu’il faudrait pour que la cause remonte jusqu’à la Cour suprême, laquelle donnerait fort probablement raison aux contestataires au nom de la liberté de religion.
La commission Bouchard-Taylor avait suggéré une solution intelligente et modérée : l’interdiction des signes religieux ostentatoires pour un nombre restreint de fonctions – celles, précisément, qui sont tenues à la neutralité parce qu’elles incarnent l’autorité de l’État: juges, procureurs de la Couronne, policiers, gardiens de prison… Cela suffit, en effet. Et si l’on veut de l’action, c’est sur ce point-là que le gouvernement devrait légiférer.
Les femmes immigrées ont déjà du mal à trouver du travail au Québec. Exclure du service public celles qui portent un foulard les marginaliserait encore davantage, et cela aurait inévitablement un effet d’entraînement dans l’entreprise privée. Pour celles qui sont forcées de se voiler par leur mari ou leur famille, la possibilité de gagner leur vie constitue la seule porte de sortie, la seule chance d’échapper à l’oppression. Quant à celles qui ont décidé librement de se voiler, c’est un choix qu’une société tolérante doit respecter.
Calmons-nous. Dans une société remplie de gens défigurés par des tatouages et d’adolescents rongés par des piercings jusque sur la langue, la vue d’une femme en hijab, franchement, ce n’est pas la fin du monde!



Port du voile dans la fonction publique : Contre une loi  -  MICHÈLE OUIMET
Montréal ne brûle pas, loin de là, et la plupart des demandes d’accommodements raisonnables se règlent sans heurt. Pourquoi adopter une loi, alors que les musulmans ne sont qu’une petite minorité?
Une loi pour interdire le voile au Québec? Non merci. Si on bannit le voile, on met le doigt dans un engrenage, car il faudra aussi interdire les autres signes religieux: la kippa, le kirpan, la croix…
Une musulmane témoignant devant la commission Bouchard-Taylor, il y a deux ans.
Imaginez, un seul instant, les avocats du gouvernement en train de coucher sur papier les modalités de la loi. Qu’est-ce qui est permis ? Est-ce qu’une croix au bout d’une chaîne est un signe religieux ? Les petites croix seraient permises, mais les grosses interdites ? La dictature du ruban à mesurer.
Que ferait-on du crucifix qui orne l’Assemblée nationale ? Et la croix qui domiine le mont Royal? Demandera-t-on aux juifs, aux musulmans et aux catholiques de laisser leur kippa, leur voile et leur croix au vestiaire avant de rentrer dans un hôpital ? Absurde. C’est la Fédération des femmes du Québec (FFQ) qui a relancé le débat – Dieu sait pourquoi ! – en déclarant, samedi, qu’elle s’opposait à l’adoption d’une loi qui interdirait les signes religieux dans la fonction publique. Pourquoi une telle demande deux ans après la commission Bouchard-Taylor, alors que personne au gouvernement ne planche là-dessus?
Parce que la FFQ devait réfléchir et qu’elle a accouché de sa proposition samedi, a répondu la présidente, Michèle Asselin. Toute une réflexion.
Hier, Mme Asselin était très occupée, elle a donné une dizaine d’entrevues. Le voile est un sujet délicat qui réveille le vieux fond xénophobe des Québécois.
Pas de loi, donc, demande Mme Asselin. Tout à fait d’accord.
Montréal n’est pas Paris, où les musulmans, mal intégrés, sont refoulés dans des banlieues pauvres prêtes à flamber à la première provocation. Et Montréal n’est pas Londres, où des groupuscules extrémistes s’infiltrent dans certains quartiers.
Montréal ne brûle pas, loin de là, et la plupart des demandes d’accommodements raisonnables se règlent sans heurt.
Pourquoi adopter une loi , alors que les musulmans ne sont qu’une petite minorité ? Voici quelques chiffres* qui dégonflent le mythe de la musulmane voilée qui envahit l’espace public.
Au Québec, 83,2% de la population est catholique, 4,7% protestante, 1,5% musulmane, 1,3% juive… Sur les 1,5%, combien portent le voile?
Les musulmanes ne passent pas leur temps à revendiquer le droit de porter le voile. Bien au contraire. Seulement 2% des 5482 plaintes déposées devant la Commission des droits de la personne, entre 2000 et 2005, avaient un motif religieux. Et la majorité des plaintes religieuses provenaient des protestants.
Il ne faut pas dire oui à tout. La burqa et le niqab sont inacceptables. L’image de la femme voilée de la tête aux pieds choque et envoie un message intolérable de soumission. Mais le hijab qui ne couvre que les cheveux? Pourquoi pas? Il ne menace pas le caractère laïque de nos institutions. Ce qui compte, ce n’est pas la poignée de filles qui portent un foulard en classe, mais le fait que la religion ne soit pas dans les écoles.
Pas besoin de loi, seulement de gros bon sens. * Chiffres tirés du livre de Yolande Geadah sur les accommodements raisonnables, publié en 2007.


La ministre St-Pierre en accord avec la Fédération des femmes duQuébec
Port de signes religieux dans la fonction publique
« L’important, c’est qu’il y ait séparation de l’Église et de l’État. La grande valeur, c’est l’égalité entre les hommes et les femmes », que le gouvernement a renforcée dans la charte québécoise des droits et libertés.
— La ministre de la Condition féminine, Christine St-Pierre, partage la position de la Fédération des femmes du Québec et refuse d’interdire le port du voile islamique ou d’autres signes religieux chez les employés de l’État.
La ministre de la Condition féminine Christine St-Pierre s’est prononcée contre l’interdiction du port des signes religieux dans la fonction publique.
Le spectre du débat sur les accommodements raisonnables est revenu hanter le gouvernement Charest lors de la période des questions à l’Assemblée nationale, hier. Une position adoptée par la Fédération des femmes du Québec ( FFQ) le week-end dernier a soulevé la controverse.
Samedi, la FFQ s’est prononcée contre l’interdiction du port de signes religieux comme le voile islamique au sein de la fonction publique, dans les écoles et les hôpitaux. Elle juge que « cette interdiction pourrait provoquer un repli sur soi de la part de certains groupes minoritaires. Ce repli isolerait les femmes et compromettrait leurs tentatives d’intégration à la société, intégration qui passe par le marché du travail ». Le PQ et l’ADQ condamnent cette prise de position.
La chef intérimaire de l’ADQ, Sylvie Roy, et la leader péquiste Pauline Marois ont demandé tour à tour à la ministre si elle partageait l’avis de la FFQ, en particulier au sujet du voile islamique. « La question est beaucoup plus large que celle-là, a répondu la ministre. Ça peut être une croix dans le cou. Ça peut être des signes religieux. L’important, c’est qu’il y ait séparation de l’Église et de l’État. La grande valeur, c’est l’égalité entre les hommes et les femmes », que le gouvernement a renforcée dans la charte québécoise des droits et libertés.
Accusée de « manquer de courage »
Mmes Marois et Roy ont reproché à la ministre d’esquiver les questions, de « manquer de courage ». En entrevue à La Presse, Christine St-Pierre a précisé sa pensée. La ministre a confirmé qu’elle partage la position de la FFQ et n’a pas l’intention d’interdire aux employés de l’État de porter des signes religieux comme le voile islamique. « Il n’y a pas de problème à l’heure actuelle. Il n’y a pas de situation dramatique », a-t-elle expliqué.
Selon elle, une enseignante a le droit de porter le voile islamique, tout comme un professeur d’université peut se coiffer de la kippa. La ministre constate qu’« il n’y a pas de consensus » sur l’idée d’interdire le port de signes religieux chez les fonctionnaires.
Interdire seulement le voile islamique, « je ne suis pas sûr que ça passerait le test des tribunaux », a-t-elle indiqué. Et statuer sur le port de signes religieux au sein de la fonction publique ouvrirait selon elle un large débat, sur la pertinence du crucifix placé au-dessus du trône du président à l’Assemblée nationale par exemple.
Dans un avis rendu public en septembre 2007, lors de la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables, le Conseil du statut de la femme (CSF) a recommandé que « les représentants et fonctionnaires de l’État ne puissent arborer ni manifester des signes religieux ostentatoires (voile, kippa, turban, kirpan) dans le cadre de leur travail ». Il invoque la neutralité de l’État pour justifier sa position.
« Je n’ai pas eu de réponse du gouvernement au sujet de notre recommandation », a affirmé sa présidente, Christiane Pelchat, une ancienne députée libérale. Le CSF a pour mandat de conseiller le gouvernement.
« La position de la Fédération des femmes nous a surpris », a lancé Mme Pelchat. Selon elle, cette position nuit aux musulmanes et à leur combat pour l’égalité. La Presse l’a interrogée avant que la ministre StPierre ne précise sa position en entrevue.
Pauline Marois s’est dite « estomaquée » que la ministre de la Condition féminine n’ait pas désavoué la position de la Fédération des femmes à la première occasion. « Le foulard est un signe de domination. En ce sens, relativement à l’égalité entre les hommes et les femmes, ce n’est pas un signal que nous souhaitons voir donné à nos enfants, ni au public », a-t-elle affirmé.
Selon l’adéquiste Sylvie Roy, « il y a plusieurs femmes qui se battent à travers le monde pour éviter d’être obligées de porter le voile. Les signes religieux dans la fonction publique, ça envoie un message que l’État n’est pas laïque. Et nous ne sommes pas d’accord avec ça ».
De son côté, Québec solidaire appuie la position de la FFQ. « Le voile est un symbole de soumission, mais on peut être contre le voile sans isoler davantage et faire une chasse aux sorcières aux musulmanes qui veulent intégrer la société québécoise, a affirmé son député, Amir Khadir. L’égalité entre les hommes et les femmes au Québec passe par bien d’autres choses qu’une question d’apparence et de port vestimentaire. »
Dans leur rapport rendu public l’an dernier, Gérard Bouchard et Charles Taylor ont proposé que les signes religieux soient interdits aux juges, aux procureurs de la Couronne, aux policiers, aux gardiens de prison, aux président et vice-président de l’Assemblée nationale, mais permis aux enseignants, aux professionnels de la santé et aux autres agents de l’État.

Port du voile : Un choix démocratique
En appuyant le port du voile, la Fédération des femmes du Québec oeuvre au nom de la réelle diversité
Accuser une personne ou un groupe d’« islamisme » est devenu le moyen privilégié de taire tout débat : coupable !
L’auteure est porte-parole de Présence musulmane Montréal.
La FFQ a pris position plus tôt cette semaine contre l’interdiction du port de signes religieux au sein de la fonction publique et des services publics québécois.
Dans un article paru dans La Presse le 12 mai, Djemila Benhabib s’en prend à la Fédération des femmes du Québec (FFQ) dont les membres ont voté contre l’interdiction du port des signes religieux ostentatoires par les employées de la fonction publique québécoise. Mme Benhabib y cite « l’alliance » entre la FFQ et certaines associations musulmanes locales, dont Présence musulmane Montréal (PMM).
Évidemment, Présence musulmane Montréal appuie la position prise par la FFQ. Cependant, les membres de PPM présentes à l’assemblée extraordinaire de la FFQ s’y trouvaient à titre individuel. Elles étaient là aussi, et surtout, en tant que femmes, en tant que féministes et en tant que citoyennes québécoises dont l’avenir est indissociable de celui de la société. Accuser la FFQ, comme le fait Mme Benhabib, d’une « compromission avec des mouvements politiques des plus rétrogrades… » relève de la fumisterie.
Ainsi, traite-t-elle les membres de PMM présentes à Québec de « militantes islamistes ». De tels propos témoignent d’une grande ignorance quant au travail de PMM, qui oeuvre sur le terrain social et politique québécois depuis plusieurs années maintenant.
Tel qu’indiqué sur notre site (www. presencemusulmane.org), PPM est un collectif de musulmanes et musulmans qui promeut une citoyenneté participative nourrie d’une compréhension contextualisée de l’islam et d’une identité ouverte, tout en cultivant un vivre-ensemble harmonieux dans notre société.
D’ailleurs, PMM s’est donné comme objectif prioritaire de susciter et de contribuer au dialogue, et de participer aux débats publics tout en prenant position sur les questions sociales et les problématiques touchant tant les Québécois de confession musulmane que la société québécoise dans son ensemble.
N’en déplaise à Mme Benhabib (« … seule la propagande des femmes islamistes dominait… »), les voix des femmes musulmanes, associées à PMMet autres, étaient peu nombreuses à s’exprimer lors de cette assemblée extraordinaire. La grande majorité des interventions en faveur de la proposition de la FFQ venaient des femmes québécoises dites « de souche » et non pas de musulmanes.
Par ailleurs, comme elle le dit ellemême dans son article (« Sur ce chapitre, heureusement que trois femmes iraniennes ont rappelé le cauchemar que vivent leurs compatriotes depuis l’imposition du voile islamique par Khomeiny d’ « islamisme » est devenu le moyen privilégié de taire tout débat: coupable!
Ainsi, Mme Benhabib s’emploie à cacher son mépris pour les femmes et les associations membres qui étaient présentes le 9 mai à l’assemblée de la Fédération des femmes du Québec en insinuant qu’elles ont été « dupées » par les « islamistes ». Toutes les femmes qui ont voté en faveur de la proposition faite par le CA de la FFQ seraient-elles des autoaliénées, privées du libre-arbitre et à la solde de dangereuses extrémistes que sont les femmes musulmanes? Si la démarche n’était pas si insultante, elle serait totalement risible.
En effet, au lieu de reconnaître que la résolution adoptée par la FFQ est l’expression même de la liberté de conscience et de choix, des valeurs québécoises dont nous sommes tous et toutes si fiers, et un exercice profondément démocratique, Mme Benhabib s’en fait l’unique garante. Elle menace et insulte ainsi celles qui oeuvrent au nom de la réelle diversité, du respect et du vivre – et de l’agir – ensemble, du droit à l’emploi et à l’égalité devant la loi. et sa révolution islamique, en 1979. »), Mme Benhabib et plusieurs autres femmes qui s’opposent au port du foulard dans la fonction publique ont pris la parole à de nombreuses reprises afin de faire valoir leur point de vue.
Maisoùest le vrai débat? MmeBenhabib voudra peut-être détourner notre attention en évoquant le spectre de l’islamisme. En effet, accuser une personne ou un groupe


Le tsunami du foulard, prise 2  -  KATIA GAGNON
Certains commerces à Montréal en vendent par dizaines, de toutes les couleurs, de tous les prix, ornés des motifs les plus variés. Le foulard. S’il est pour certaines un accessoire de mode, dès qu’on l’associe aux mots « musulman » ou « islamique », soudain, le débat prend feu. La Fédération des femmes du Québec en a fait l’expérience cette semaine. Sa présidente, Michèle Asselin, a accordé des dizaines d’entrevues après que son organisme eut adopté, à la fin de la semaine dernière, une résolution selon laquelle la FFQ s’opposait à l’interdiction du foulard islamique dans les services publics.
La résolution litigieuse a fait couler des litres d’encre et de salive toute la semaine. Mais pourquoi diable avoir soulevé ce débat, qui s’était pratiquement éteint depuis la fin de la commission Bouchard-Taylor ? « Le Conseil du statut de la femme avait pris position sur cette question. Nous devions clarifier notre propre position. Balayez sous le tapis les questions difficiles et elles vont inévitablement ressurgir », dit-elle. Le CSF milite, pour sa part, pour l’interdiction des signes religieux dans la fonction publique.
La présidente de la FFQ se défend d’abdiquer dans la défense des droits des musulmanes. « Nous n’abdiquons pas notre solidarité envers les femmes qui vivent dans les pays musulmans. Mais ici, on est au Québec, pas en Iran, explique Mme Asselin. Des femmes d’origine arabo-musulmane qui ne portent pas nécessairement le foulard nous ont expliqué que oui, dans certains cas, c’est un symbole d’oppression, quand les femmes sont obligées de le porter. Mais elles nous ont dit aussi qu’il faut faire attention pour ne pas en faire un symbole d’exclusion. »
Et c’est au nom de cette inclusion dans le marché du travail que la FFQ a adopté cette position. À posteriori, on peut cependant se demander si le débat enflammé de cette semaine n’a pas nui plus qu’aidé. C’est l’avis de Djamila Benhabib, auteure deMa vie à contre-Coran, elle aussi très sollicitée par la presse, qui a vivement dénoncé ce débat « totalement contre-productif » de la FFQ.
« On a encouragé les préjugés et alimenté les craintes des employeurs face aux musulmans, qui, en majorité, ne réclament aucun accommodement raisonnable, dit Mme Benhabib. Moi, je viens de loin. J’ai vu sombrer un pays que j’aime. Et je ne veux pas que des glissements se produisent dans les sociétés d’accueil. » D’origine algérienne, l’auteure, qui est fonctionnaire fédérale, a été la première à avancer que la FFQ avait été « noyautée » par les groupes de pression islamistes. « Il y avait un nombre important de femmes de différentes organisations, qui ne s’engagent jamais normalement dans les organismes féministes. »
Faux, rétorque Samia Bouzourène, qui a assisté elle aussi à la rencontre. Mme Bouzourène, qui porte elle-même le hijab, est membre du comité de direction de Présence musulmane, l’un des groupes fustigés par Mme Benhabib. « Oui, c’est la première fois que j’assiste à l’assemblée générale de la FFQ. Mais ce sujet nous a interpellées directement. Sur 120 personnes, nous étions tout au plus une dizaine de femmes musulmanes, dont la moitié étaient observatrices et n’avaient donc pas le droit de vote. Nous n’avions aucun poids! »
Mme Bouzourène se définit comme une « féministe islamique ». Pour bien des gens, ces deux termes ne vont pas ensemble, lui fait-on observer. « Nous militons pour une relecture des textes fondateurs de l’islam, qui ont fait l’objet au fil des ans d’une lecture biaisée. On ne croit pas qu’il y ait contradiction entre les valeurs de l’islam et les luttes des femmes. »
Samia Bouzourène a vécu le weekend dernier avec énormément d’émotion. « J’avais les larmes aux yeux. J’étais tellement fière de faire partie d’un tel moment de dialogue. On a eu l’impression d’être entendues, sans pour autant que toutes les femmes qui sont là comprennent pourquoi on porte le voile. »



Les symboles jamais anodins - Louise Beaudoin
LE PORT DU VOILE PAR LES EMPLOYÉES DE L’ÉTAT Tout recul de la laïcité se traduit en un recul pour le droit des femmes
L’auteure est députée de Rosemont et porte-parole de l’opposition officielle en matière de Relations internationales et de Francophonie. Mme Lysiane Gagnon, dans votre chronique de samedi, vous donniez votre appui à la Fédération des femmes du Québec qui s’est prononcée contre l’interdiction du port du foulard par les agents de l’État dans les secteurs public et parapublic. Pour vous, le symbole semble anodin.
C’est votre droit le plus absolu d’exprimer cette opinion, même si votre prise de position me navre en tant que femme solidaire des autres femmes spoliées ou assujetties par la politique, les traditions ou les religions ailleurs dans le monde.
Pour moi, en tout cas, les symboles ne sont jamais anodins.
Là où je m’insurge, c’est quand vous affirmez péremptoirement que c’est par démagogie que le Parti québécois a dénoncé la prise de position de la FFQ pour appuyer celle du Conseil du statut de la femme, organisme paragouvernemental dont la mission est de conseiller le gouvernement, notamment sur ces questions.
Non, ce n’est pas de la démagogie; c’est par conviction que nous avons pris cette position et c’est par une conviction profonde et ancienne que j’ai signé avec Marie Malavoy et Carole Poirier la lettre publiée dans Le Devoir de samedi et intitulée : « Non au nom de l’inclusion et de l’intégration ». Les idées que nous y exprimons résument nos plus récentes discussions et, j’en suis convaincue, reflètent l’opinion d’une grande partie de la population du Québec.
La laïcité et l’égalité entre les hommes et les femmes sont les principes mis à mal dans le cas qui nous occupe. Or ils font partie des dénominateurs communs de la nation québécoise moderne et j’entends avec Pauline Marois et tous mes collègues les défendre chaque fois que des promoteurs de la nouvelle religion du multiculturalisme argumenteront que les particularismes priment la laïcité de l’État et que l’égalité homme femme est une notion que l’on doit relativiser ou carrément mettre sous le tapis pour des motifs culturels, religieux ou autres.
Vous écrivez aussi que la FFQ a raison et que même si elle est infiltrée par quelques apôtres islamistes, mieux vaut être du côté de la tolérance. Je n’en croyais pas mes yeux! La laïcité comme ferment de la démocratie et de l’égalité conduirait à l’intolérance? Au contraire, je crois que l’histoire la plus contemporaine comme la plus ancienne démontre que tout recul de la laïcité se traduit invariablement en un recul pour le droit des femmes.
Pour boucler votre raisonnement, vous ajoutez: « Si le PQet l’ADQavaient gain de cause, le Québec deviendrait la seule démocratie au monde à se donner des politiques aussi répressives… » Vous affirmez d’un même souffle que, même en France, le port du voile est permis dans la fonction publique. Eh bien non, vous êtes mal renseignée!
Je vous cite un avis du Conseil d’État repris dans plusieurs jugements récents de nombreux tribunaux administratifs un peu partout en France concernant le port de signes religieux ostentatoires par des agents publics en contact ou non avec les usagers: « Si tous les agents des services publics bénéficient de la liberté de conscience, le principe de laïcité fait obstacle à ce qu’ils disposent, dans le cadre du service public, du droit de manifester leurs croyances religieuses ». Et une Charte de la laïcité affichée dans tous les services publics réitère ce principe: « Le fait pour un agent public de manifester ses convictions religieuses dans l’exercice de ses fonctions constitue un manquement à ses obligations. »
Comme nous l’indiquions dans notre lettre, nous croyons à la nécessaire intégration des femmes (comme des hommes) du Québec, quelles que soient leurs origines ou leurs croyances. Toutefois, nous ne pensons pas que cette intégration se fera en permettant, dans les services de l’État, des pratiques symboliques affirmant l’infériorité des femmes et leur soumission, mais plutôt en les accueillant personnellement dès leur arrivée, en leur permettant de se franciser le mieux et le plus rapidement possible. Et, enfin, en faisant en sorte que leurs diplômes et leurs acquis professionnels soient reconnus à leur juste valeur.

La critique du multiculturalisme ne devrait pas être assimilée à une manifestation de xénophobie ou de racisme
Décriminaliser l’identité nationale -  Mathieu Bock-Côté
Au sommet de notre société, et surtout dans les milieux qui se disent évolués, le multiculturalisme a la valeur d’un dogme, d’une évidence.
L’auteur est candidat au doctorat en sociologie à l’UQAM. L a que s t i on du voile ferait resurgir le « vieux fond xénophobe » des Québécois. C’est ainsi que Michèle Ouimet a réagi au débat très vif qui a suivi la récente prise de position de la Fédération des femmes du Québec sur la question ( La Presse, 12 mai).
Cette formule, aussi banale que virulente, est symptomatique du préjugé médiatique contre l’identité nationale, qui assimile systématiquement la critique du multiculturalisme à une manifestation de xénophobie, voire, de racisme.
S’il ne s’agissait que d’une déclaration un peu gauche et malheureuse, il n’y aurait nul besoin de s’y attarder. Mais tel n’est justement pas le cas tant cette formule est révélatrice de la rupture entre certaines élites et les classes moyenne et populaire autour de la question de l’identité nationale.
Au sommet de notre société, et surtout dans les milieux qui se disent évolués, le multiculturalisme a la valeur d’un dogme, d’une évidence. Au nom de la diversité, on célèbre un Québec pluriel où l’héritage historique majoritaire n’en serait plus qu’un parmi d’autres dans une nouvelle synthèse identitaire s’accomplissant dans les chartes de droits et l’universalisme progressiste qu’elles incarneraient.
Cette vision s’accompagne d’un rapport pénitentiel à l’histoire occidentale, et par là, de l’histoire québécoise. Jusqu’aux années 60, cette histoire aurait été traversée par le démon de l’intolérance, du refus de l’autre – de là le vieux fond xénophobe qu’il faudrait liquider. Mais le multiculturalisme, à la manière d’un génie rédempteur, réaffirmerait la promesse égalitaire des sociétés modernes et devrait pour cela être assimilé à une dynamique émancipatrice.
C’est à partir de cette sensibilité que l’intelligentsia se permet de disqualifier moralement ceux qui ne célèbrent pas l’avènement du multiculturalisme d’État. On l’a vu avec la controverse des accommodements raisonnables, l’immense majorité de la population entretient un rapport critique envers le multiculturalisme et souhaite une restauration de l’identité nationale comme norme d’intégration pour les nouveaux arrivants.
De ce point de vue, le Québec n’est pas une page blanche et l’intégration des immigrants à l’identité nationale relève moins des chartes de droits que de l’adhésion à une communauté de mémoire et de culture. De ce point de vue, surtout, tous les symboles religieux ne sont pas équivalents dans l’ordre symbolique et la conjugaison d’une certaine laïcité avec la défense du patrimoine historique du Québec ne doit pas être perçue comme une mesure discriminatoire envers les communautés culturelles.
La tension entre le multiculturalisme des élites et le nationalisme de sens commun des classes moyenne et populaire est constitutive de l’espace politique des sociétés contemporaines. Devant cette réalité, les élites ont deux choix. Elles peuvent reconnaître la distance exagérée de leur sensibilité idéologique avec celle de la société qu’elles prétendent éclairer et se questionner sur leurs préjugés contre l’identité nationale.
Elles peuvent aussi assimiler la persistance du sentiment national à une pathologie identitaire et en appeler, à grand renfort de politiques de « lutte au racisme » et « d’éducation à la différence », à la reconstruction multiculturelle de l’identité collective pour l’évider de son particularisme historique. C’est évidemment ce second choix qui est privilégié de manière systématique.

L’espace public québécois est enfermé dans le dispositif du politiquement correct, qui traduit systématiquement le malaise populaire devant l’enthousiasme hypermoderne des élites dans le langage de l’intolérance. Il serait temps d’assainir le langage politique pour que cesse la criminalisation de l’identité nationale. Ceux qui se réclament du multiculturalisme permettraient ainsi un débat raisonnable sur la question qui n’est quand même pas vaine ni illégitime de la perpétuation de l’identité nationale sans crier toujours à la xénophobie ou au racisme.




Abandonnées à leur sort
Pourquoi les musulmanes voilées ne devraient-elles pas respecter le code vestimentaire établi au Québec ?
Si la FFQ décide d’aider les militantes voilées, c’est que, malheureusement, elle fait le
choix de défendre les droits religieux, qu’elle déguise sous le
nom de « droit au travail ».
L’auteure habite à Montréal.
La F é d é r a t i on des femmes du Québec ( FFQ) a fait son choix. Elle a choisi de défendre les femmes musulmanes qui portent le voile. Elle aurait pu choisir de défendre celles qui refusent de le porter. Le choix n’est pas anodin.
J’ai enseigné le français de nombreuses années à des femmes musulmanes nouvellement arrivées au Québec. La plupart d’entre elles refusent de porter le voile et se réjouissent de la grande libération dans l’égalité que leur offre notre société. Une minorité continue à se voiler, le plus souvent sous la pression du mari ou de la communauté islamique locale, très présente. Bien sûr, certaines femmes sont des religieuses militantes, voilées par choix, mais c’est l’infime minorité.
Qui d’entre ces femmes a besoin d’aide? À mon avis, ce sont celles qui cherchent à s’émanciper ; notre société les laisse tomber si elle accepte le voile, renvoyant ces femmes à une guerre personnelle contre leur communauté. Si la FFQ décide d’aider les militantes voilées, c’est que, malheureusement, elle fait le choix de défendre les droits religieux, qu’elle déguise sous le nom de « droit au travail ».
Parlons-en des droits au travail: j’ai travaillé pendant 16 ans pour le ministère de l’Immigration et des communautés culturelles (MICC) et j’ai été témoin durant ma carrière de pressions d’organismes musulmans recevant les services du MICC, pour que les professeurs féminins portent la jupe longue, que les immigrants masculins aient le droit de choisir des professeurs de leur sexe. Tout cela a heureusement été écarté par les autorités ministérielles, mais les pressions actuelles remettent la question sur le tapis. Le risque sera dans l’avenir que les femmes non-musulmanes écopent.
Les femmes musulmanes ne peuvent pas t rava i l ler voilées. Croyez-vous que les professeurs travaillant pour le MICC peuvent aller travailler en affichant des symboles religieux catholiques, ou autres ? Non. Et des symboles athées ? Non. Peuvent-ils ou peuvent-elles se montrer presque nus si cela leur chante? Oh, que non. Il y a un code vestimentaire établi, et pas toujours tacite. Pourquoi les musulmanes seraient-elles à l’écart de ce code? La Fédération des femmes veut-elle en réalité réhabiliter la religion dans les écoles en faisant la promotion de l’affichage de symboles religieux ? C’est bien ce qui risque de se produire.
On dit, pour dénigrer les opposants au voile, qu’ils cherchent à imposer leurs valeurs occidentales à des femmes d’autres cultures. Mais les valeurs d’égalité et de justice sont universelles. Dans tous les pays musulmans, des femmes se battent contre le port du voile. Dans tous les pays du monde, des gens se battent contre l’obscurantisme. Les valeurs québécoises ne sont pas réactionnaires du simple fait qu’elles sont québécoises. Autrefois, nous étions à genoux devant les valeurs étrangères, mais c’est fini, le colonialisme des idées. Nous ne nous laisserons pas leurrer.





Port du voile dans la fonction publique :  La Fédération de qui? -  MARIE-CLAUDE LORTIE
La Fédération des femmes du Québec (FFQ) a pris position samedi contre l’interdiction du port des signes religieux au sein de la fonction publique et des services publics québécois. Voici deux chroniques, deux points de vue sur ce sujet sensible.
« En Iran, on peut être fouettée pour quelques mèches qui dépassent. Les féministes du Québec doivent être connectées avec ce qui se passe ailleurs. Si on accepte le voile, on abandonne les jeunes filles à leur sort. »
Je me demande ce que penserait Aqsa Parvez de la décision de la Fédération des femmes du Québec – prise ce week-end sans qu’il y ait législation imminente la rendant essentielle – de s’opposer à toute interdiction du port de signes religieux ostentatoires dans la fonction et les services publics.
Je ne le saurai jamais car Aqsa est morte.
Adolescente musulmane de 16 ans de Mississauga, elle a été étranglée en 2007. Son père a été accusé du meurtre. Son frère d’entrave à la justice. Motif du crime : collision frontale entre les valeurs familiales et celles de cette élève qui enlevait son voile islamique lorsqu’elle arrivait à l’école.
Porter un voile, pour bien des musulmanes, n’est pas un choix. Des pays entiers l’imposent. Des familles aussi. Ici même, au Québec et au Canada.
Cette réalité, on ne peut l’ignorer. Tout comme on ne peut ignorer les gens qui, à la lumière de telles tragédies, sont mal à l’aise, incertains, devant le sens symbolique du voile islamique. Dans une démocratie égalitaire, cela fait même partie des réactions normales. Et un organisme féministe qui se dit « la voix de toutes les femmes », ne peut y faire la sourde oreille. Ne peut faire semblant que la question se clôt aisément.
Pourtant, c’est ce qu’a fait FFQ – l’organisme fondé en 1966 par Thérèse Casgrain pour défendre les droits des femmes et lutter contre la violence, les inégalités et la discrimination – en adoptant sa position hautement controversée. Tant pis pour les arguments de féministes comme la Québécoise Djemila Benhabib ou la Franco-Iranienne Chahdortt Djavann, qui sont farouchement opposées au voile dans les institutions publiques. Tant pis pour les silencieuses obligatoires. Tant pis pour les laïques agacées.
En adoptant sa position « nous on n’est pas contre », la FFQ a fait savoir qu’à ses yeux, cet autre discours ne comptait pas autant que celui sur la tolérance religieuse.
La présidente de la FFQ, Michèle Asselin, défend ainsi sa position: si on interdit le voile, les femmes musulmanes seront plus discriminées que jamais. Si on veut les défendre et les intégrer, il faut leur permettre de porter le voile partout.
Est-ce que des recherches ont démontré que le voile – plutôt que son interdiction – accélère l’intégration? Mme Asselin ne peut en citer. Mais cela n’empêche pas l’abondance de bons sentiments. « Souvent , percevoir le voile comme un symbole d’inégalité relève du préjugé, dit-elle. Il ne faut pas penser que parce que les femmes portent le voile, elles n’ont pas des valeurs égalitaires. »
Ce genre d’affirmation fait bondi r Djemi la Benhabib, auteure de Ma vie à contre-Coran, dénonce l’organisme hier dans une lettre intitulée « J’accuse la FFQ de trahir le combat des femmes » ( publiée en page A23).
Selon elle, le voile charrie l ’oppression et les inégalités vécues par trop de musulmanes, partout dans le monde. Point à la ligne. « En Iran, on peut être fouettée pour quelques mèches qui dépassent , dit-el le. Les féministes du Québec doivent être connectées avec ce qui se passe ailleurs. » Accepter le voile dans les fonctions publiques, c’est accepter de prolonger la hiérarchie traditionnelle de la famille, dit-elle. « On ne doit pas accepter de reproduire un système rétrograde. Si on accepte le voile, on abandonne les jeunes filles à leur sort. »
Vouloir ouvrir les bras très grands aux différences culturelles, c’est louable. « Mais toutes les cultures ne sont pas respectables, ajoute l’auteure. Et tout n’est pas respectable dans les cultures. »



Port du voile dans la fonction publique :  TRAHISON!
En appuyant le port du voile islamique dans les institutions publiques, la Fédération des femmes du Québec a tourné le dos à la cause historique des femmes
Il y a des alliances et des prises de position qui minent les principes. Avec cette dernière, la crédibilité de la FFQ est sérieusement entachée.
L’auteure a publié récemment « Ma vie à contre-Coran », aux Éditions Voix Parallèles.
En adoptant une résolution pour le port du voile islamique dans les institutions publiques québécoises, la FFQ trahit la lutte des femmes d’ici, en plus de mettre un bâillon sur la bouche de toutes ces femmes dans le monde qui subissent la barbarie des régimes oppressifs musulmans, accuse l’auteure Djemila Benhabib.
Fortement épaulée par des représentantes du Conseil islamique canadien et de Présence musulmane, la Fédération des femmes du Québec ( FFQ) vient d’adopter une résolution banalisant le port du voile islamique dans les institutions publiques québécoises lors d’une assemblée générale spéciale qui s’est déroulée à l’Université Laval, vendredi dernier, et à laquelle j’ai assisté en qualité d’observatrice. Il y a des alliances et des prises de position qui minent les principes. Avec cette dernière, la crédibilité de la FFQ est sérieusement entachée. Pour une poignée de militantes islamistes, la FFQ a sacrifié des millions de femmes musulmanes qui se battent au péril de leur vie. Aujourd’hui, il n’y a qu’un verbe qui tourne en boucle dans ma tête : j’accuse !
J’accuse la FFQ de trahir la lutte historique des femmes d’ici pour se débarrasser de l’hégémonie de l’Église catholique.
J’accuse la FFQ de mettre un bâillon (encore un!) sur la bouche de toutes celles qui, dans le monde, subissent dans leur chair la barbarie des régimes oppressifs musulmans qui les obligent à porter ce linceul de la mort.
J’accuse la FFQ de compromission avec des mouvements politiques des plus rétrogrades tels que le Conseil islamique canadien qui a mené une campagne acharnée pour l’instauration des tribunaux islamiques en Ontario, ou encore, Présence musulmane qui fait la promotion des thèses de Tarik Ramadan qui prône un « moratoire » sur la lapidation des femmes adultères, un châtiment préconisé par la charia islamique. Un moratoire !
Le 28 février 1994, Katia Bengana, une jeune lycéenne de 17 ans, fut sauvagement assassinée par le Groupe islamique armé (GIA) qui avait imposé aux femmes de mon pays, l’Algérie, l’obligation de porter le voile islamique. Katia était de cette trempe de femmes qui ne courbent pas l’échine et c’était en connaissance de cause qu’elle sortit de chez elle la tête nue. Ce jour-là, j’ai compris qu’être femme avait un prix. J’avais 21 ans. Alors qu’à cet âge en général, on rêve de mille et une fantaisies, moi, je ne rêvais que de sauver ma peau. Ce jourlà, j’ai compris aussi que le combat pour la liberté et l’émancipation des femmes était l’un des plus périlleux. Cependant, j’étais loin de m’imaginer que cet engagement, aussi ardu soit-il, allait être aussi solitaire.
Vendredi dernier, lorsque j’ai rappelé l’assassinat de Katia et celui de Aqsa Parvez à Toronto, cette jeune fille de 16 ans assassinée par son père le 11 décembre 2007 parce qu’elle refusait le port du voile islamique, on me signifia que mon combat était émotif. Certaines participantes m’ont même accusé de venir me faire du capital politique. C’est bien étrange, mais personne ne fit la même remarque à des participantes du NPD et de Québec solidaire, candidates aux dernières élections. Personne ne trouva rien à dire quant à la participation de Présence musulmane ni à celle du Congrès islamique canadien. Bref, personne n’était là pour des raisons politiques… sauf moi. Combien de Aqsa Parvez faudra-t-il encore pour qu’enfin la FFQ comprenne que la bataille pour la liberté se déroule aussi, ici même, dans notre pays au sein de nombreuses familles musulmanes ? Que vaut le sang de ces jeunes filles et de ces femmes ? Pour la FFQ, certainement pas grand-chose.


Laïcité : le dur chemin de croix...  -  MARIO ROY
(NDE : Tu dis quoi, toi, au juste, là ?...)
Le problème du statut sociopolitique des divers dieux n’est pas résolu au Québec.
Au moindre nuage, l’orage éclate. Il aura suffi d’une sortie de la Fédération des femmes du Québec, un corps militant au sujet duquel on se bat rarement dans les autobus, pour redémarrer le débat sur la place de la religion dans la société. La FFQ traitait spécifiquement du port d’accessoires religieux dans la fonction publique; grosso modo, elle est pour.
De cela, onpeut tirer unepremière conclusion: le problème du statut sociopolitique des divers dieux n’est pas résolu au Québec. La commission Bouchard-Taylor n’a rien réglé, le gouvernement Charest non plus.
On peut même plaider que la première n’a fait que véhiculer les positions de la classe intellectuelle dominante, par définition titulaire des positions correctes, tout en évitant soigneusement les questions de fond. Et que le second a opacifié le flou artistique sévissant en ce domaine en endossant l’avis de la FFQ après avoir ramené, dans les écoles, un corpus panthéiste devenu l’objet d’avocasseries sans fin.
C’est en substance ce qu’a signalé, hier, le Mouvement laïque québécois. Celui-ci réclame l’attention immédiate de l’Assemblée nationale à ce sujet ainsi qu’une charte québécoise de la laïcité.
Sous trois rapports, la position du MLQ repose sur de solides arguments.
Un: le débat ne porte pas sur l’immigration, mais sur le fondamentalisme religieux. Les immigrants sont globalement moins dévots que les « de souche », selon une étude de la Commission des droits de la personne. Aussi, parler de xénophobie est ridicule: la nation québécoise n’est ni plus ni moins xénophobe que d’autres... certainement moins que celles où le statut d’étranger, étranger religieux ou étranger ethnique, peut vous valoir des funérailles.
Deux (et les huit femmes animant la présentation du MLQ étaient là pour le prouver): nul besoin d’être féministe pour constater que toutes les religions s’en sont toujours pris d’abord aux femmes, infailliblement « malmenées, humiliées, infériorisées, niées par les religieux ». Ce sont les mots de Djemila Benhabib, auteure de l’ouvrage Ma vie à contre-Coran, dorénavant menacée de mort.
Trois: le voile islamique polarise en effet l’attention davantage que les autres sémaphores religieux. Pourquoi? Parce que le fondamentalisme islamiste est actuellement dans le monde l’entreprise religieuse la plus prosélyte, la plus violente, la plus déterminée à se gruger une place dans l’arène politique. Aussi simple que ça.
Maintenant, que faut-il faire ?
En revendiquant une charte, le MLQ montre le large chemin politico-légaliste qu’il sait être semé d’embûches. Or, avant d’en venir là, pourrait-on encore une fois tester le sentier tortueux de l’accommodement... mais en transférant le fardeau du compromis de la société laïque au demandeur religieux? Si ça devait ne pas fonctionner, on pourra alors en passer par la politique et la loi, hélas, après avoir pris soin de bâtir un solide support populaire.
Notamment chez ces braves prolétaires qui s’informent en regardant les nouvelles à TQS ou à TVA, dont Gérard Bouchard s’était à l’époque beaucoup inquiété.

« Burquer » ou pas...  -   Mario Roy
De l’examen critique du foulard islamique, la France est maintenant passée à celui de la burqa. Mandatée par l’Assemblée nationale, une mission d’information « sur le port de la burqa ou du niqab » a en effet commencé ses travaux, cette semaine. Elle a pour tâche de déterminer s’il faut les tolérer ou les bannir, non seulement dans l’administration ou à l’école (où le foulard a été interdit), mais dans tous les lieux publics. Il a 10 jours, Nicolas Sarkozy a déclaré que la « burqa n’est pas bienvenue sur notre territoire ». Le débat fait rage depuis.
Décidément, i l n’y a pas qu’au Québec que les accessoires vestimentaires associés – théoriquement – à la religion créent inconfort et malaise, division et polarisation...
Cependant, la France prend la chose au sérieux, bien davantage que d’aut re s nations. Son admirable tradition de laïcité y est pour quelque chose. Tout comme la présence de quatre à cinq millions de musulmans, une communauté que les mouvances extrêmes troublent de plus en plus.
Ainsi, l’affaire de la burqa est née dans la banlieue lyonnaise: à Vénissieux, le salafisme, version radicale et politique de l’islam, est populaire. C’est le maire de l’endroit qui a sonné l’alarme en notant que, chez lui, la burqa et le niqab posent des problèmes non seulement phi losophiques , ma i s pratico-pratiques.
De là, l’affaire a gagné toute la France ( où il y aurait de 30 000 à 50 000 salafistes) et s’est rendue jusqu’au président de la République.
Elle a même voyagé jusqu’au New York Times, qui a ouvert ses pages, hier, à un débat sur le sujet. « Il faut bannir la burqa: elle n’a rien à voir avec l’islam, mais tout à voir avec la haine de la femme », y écrit une féministe musulmane, Mona Eltahawy. « Ma burqa, ce n’est pas de vos affaires », réplique Robert Sokol, un avocat d’Aix-en-Provence.
Un jeune musulman français reprend comiquement cette thèse du chacun-pour-soi: « Si la femme veut burquer, elle burque. Si elle veut pas, elle burque pas ! » (dans Le Figaro)
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Burquer ou pas? Peu de gens croient que les choses sont aussi simples.
Et il y en tout aussi peu pour croire que, lorsqu’ils sont portés en Occident ( par opposition aux pays où ils sont obligatoires), la burqa et le niqab sont strictement des signes religieux.
Ce sont des entraves physiques, à peine moins paralysantes que des camisoles de force, destinées à un seul des deux sexes. Ce sont des placards politiques t ransformant cel les qui les portent en femmes-sandwiches publicisant une cause – de fait, la branche maghrébine d’AlQaeda a menacé les Français de représailles s’ils interdisaient ces vêtements.
Comment la France se sortira-t-elle de tout ça? On verra bien. Mais on peut se réjouir de constater qu’elle comprend les enjeux. Et qu’elle ne manque pas de cran.




La France songe à interdire la burqa
Des députés d’allégeances politiques diverses réclament une commission d’enquête parlementaire sur le sujet
« Ça ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas donner le sentiment que les pouvoirs publics sont indifférents ou aveugles. »
PARIS — Après avoir soulevé des vagues dans le monde musulman en interdisant le port du voile à l’école, la France songe maintenant à légiférer pour interdire la burqa sur son territoire.
Le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, a indiqué hier que l’Assemblée nationale pourrait procéder en ce sens si « on s’apercevait, très clairement, que le port de la burqa (est) subi et contraire aux principes républicains ».
M. Chatel a donné du même coup un appui tacite à la démarche d’un groupe d’une soixantaine de députés d’allégeances politiques diverses qui réclament la création d’une commission d’enquête parlementaire sur le sujet.
« Une prison ambulante »
L’initiative, qui reçoit un large écho dans les médias français, a été mise de l’avant par le député communiste André Gerin.
Il compare la burqa, qui cache complètement la tête et le corps, à une « prison ambulante en tissu ». « La vision de ces femmes emprisonnées... est totalement inacceptable sur le sol de la République française », estime l’élu.
M. Gerin relève que les administrations publiques éprouvent de plus en plus souvent des difficultés avec des femmes qui refusent de montrer leur visage pour procéder aux formalités requises au moment de la production de documents officiels.
« Ça ne peut pas continuer comme ça, on ne peut pas donner le sentiment que les pouvoirs publics sont indifférents ou aveugles », a confié au quotidien Le Parisien le politicien, qui présente son geste comme une « main tendue » à l’islam et aux femmes.
Certains spécialistes de l’islam avancent que le port de la burqa toucherait au plus quelques milliers de femmes en France, mais aucune donnée précise n’est disponible.
« Le cercueil qui tue »
Depuis deux jours, plusieurs membres du gouvernement sont intervenus en appui aux députés, y compris la secrétaire d’État à la Ville, Fadela Amara, qui a longuement milité au sein de l’association féministe Ni putes ni soumises.
« Je suis pour l’interdiction de ce cercueil qui tue les libertés fondamentales » , a-t-el le indiqué, en relevant qu’il fallait à tout prix une loi « pour protéger les femmes ».
Le ministre de l’Immigration, Éric Besson, a souligné de son côté qu’il lui semblait risqué de « toucher à l’équilibre » existant en légiférant sur une question aussi sensible.
Une pratique marginale
Le président du Conseil français du culte musulman, Mohammed Moussaoui, estime qu’il est « choquant » que des députés veuillent amener l’Assemblée nationale à se pencher sur une pratique aussi « marginale ». Le port de la burqa ne découle aucunement d’une « prescription religieuse », a précisé M. Moussaoui, qui accuse les élus de « stigmatiser l’islam et les musulmans » par leur démarche.
La première secrétaire du Parti socialiste, Martine Aubry, a prévenu le gouvernement de ne pas se laisser tenter par une solution « simpliste ».
« Si une loi interdit la burqa, ces femmes auront toujours la burqa, mais elles resteront chez elles et on ne les verra plus », dit-elle, évoquant un argument de stigmatisation qui avait souvent été avancé il y a cinq ans avant l’adoption de la loi interdisant le port du voile à l’école. Le président français Nicolas Sarkozy, qui ne s’est pas prononcé cette semaine sur l’opportunité d’une commission d’enquête, avait soulevé des vagues au pays il y a quelques semaines en appuyant une intervention de son homologue américain, Barack Obama, sur la question de la liberté religieuse.
Le président des États-Unis avait souligné, au cours d’une allocution prononcée au Caire, que cette liberté devait s’étendre aux pratiques vestimentaires, incluant le voile.





Le nombre de plaintes en forte baisse
Discrimination envers les locataires issus des minorités visibles
« Quand le taux d’inoccupation augmente, les cas de discrimination diminuent. Les propriétaires ont besoin de louer leur logement. »
C’est peut-être un signe que la crise du logement se résorbe à Montréal: la discrimination à l’égard des locataires issus des minorités visibles semble en baisse. Le nombre de plaintes reçues par la Commission des droits de la personne a chuté de moitié depuis 2001, au plus fort de la crise, selon des chiffres obtenus par La Presse.
Au cours des dernières années, le nombre de plaintes pour discrimination a baissé en même temps que le taux d’inoccupation des logements a augmenté. Mais la valeur des loyers demeure élevée à Montréal, et les familles immigrantes sont les premières à en payer le prix.
Le nombre de plaintes liées à la race, à la couleur ou à l’origine ethnique des locataires québécois est passé de 36 en 2001-2002 à 17 en 2007-2008. Pendant la même période, le taux d’inoccupation des logements est passé de 0,6% à 2,4% dans la grande région montréalaise, où se concentrent la majorité des immigrants.
D’autres facteurs peuvent expliquer la diminution du nombre de plaintes à la Commission. Mais sur le terrain, on le constate: « Quand le taux d’inoccupation augmente, les cas de discrimination diminuent », dit Mazen Houdeib, directeur du Regroupement des organisations du Montréal ethnique pour le logement (ROMEL). « Les propriétaires ont besoin de louer leur logement. » Il leur est donc plus difficile de laisser leurs préjugés dicter leurs choix.
Il reste que la valeur des loyers demeure élevée à Montréal, et les familles immigrantes sont les premières à en payer le prix. « Le marché reste très difficile dès qu’on parle de logements de deux chambres à coucher et plus », explique Damaris Rose, professeure à l’INRS Urbanisation.
Or, les familles immigrantes ont tendance à avoir de nombreux enfants. « En plus du problème de longue date de la discrimination, il y a beaucoup de propriétaires réticents à louer à de grandes familles, immigrantes ou pas, de peur que les enfants ne causent des dommages ou ne dérangent la vieille dame d’en bas. »
La pénurie a forcé le ROMEL et d’autres organismes à faire une croix sur leurs banques de logements. « Désormais, on répond aux annonces des journaux, comme tout le monde. Dès que les propriétaires entendent un accent, leur appartementn’est plus louable tout à coup », dénonce Juan-José Fernandez, de l’organisme PROMIS.
Le quart des immigrants refusés
Il y a un mois, le maire Gérald Tremblay a proclamé Montréal « zone libre de racisme » et invité les citoyens à signer un registre qui les engage à combattre le racisme et la discrimination dans la ville. Mais il faudra plus que des signatures pour régler un problème encore bien ancré à Montréal, selon les observateurs.
En fait, il est difficile d’obtenir une vue d’ensemble du problème. La plupart des propriétaires n’étalent pas leurs préjugés au grand jour, usant plutôt de prétextes pour refuser un logement à des immigrants, soulignent les chercheurs.
La mesure de discrimination la plus précise est sans doute le testing, qui consiste à embaucher des acteurs issus des minorités visibles pour les lancer à la recherche d’appartements. Bref, à leurrer les propriétaires. « Les chercheurs ne peuvent plus faire ce genre d’exercice pour des raisons d’éthique », dit Maryse Potvin, du Centre d’études ethniques des universités montréalaises. « Désormais, il faut obtenir le consentement écrit des personnes que l’on soumet à une recherche. »
Cela dit, « tous les anciens testings ont démontré qu’environ 25% des personnes issues des minorités visibles sont refusées par les propriétaires, soit au téléphone, à cause du nom ou de l’accent, soit au moment de la visite, ajoute Mme Potvin. Les études en Europe sont assez récentes pour démontrer que c’est encore vrai aujourd’hui. »
ÀMontréal, le dernier testing remonte à 1988. À l’époque, 24% des acteurs haïtiens s’étaient fait exclure l’accès à un logement mis en location. Un loyer plus élevé a été exigé des Haïtiens dans 7% des logements visités. En fait, toute trace de discrimination était absente dans seulement quatre logements sur dix.
Vingt ans plus tard, le problème est encore criant, selon M. Fernandez. « Trouver un logement, c’est la plus grande difficulté des nouveaux arrivants. Ils dépensent des fortunes dans des hôtels parce que personne ne veut d’eux. Ils peuvent y passer une ou deux semaines facilement, et voir toutes leurs économies s’y envoler. »
Discrimination subtile
En général, la discrimination est subtile. « Parfois, on demande des sommes faramineuses aux immigrants, jusqu’à trois ou quatre mois de loyer à l’avance. C’est carrément illégal. Ou alors, on leur demande d’avoir un garant, alors qu’ils ne connaissent personne ici », dit M. Fernandez.
Certains propriétaires ne se gênent pas pour afficher leurs préjugés. Il y a deux mois, M. Houdeib, du ROMEL, a consulté un contrat signé entre un concierge et un propriétaire. « Dans la politique de location, c’était écrit noir sur blanc: pas de Noirs, pas d’Arabes! »



JUGEMENT DE LA COUR SUPRÊME  Les huttérites devront se doter d’un permis de conduire avec photo

OTTAWA — Le plus récent jugement de la Cour suprême du Canada touchant les minorités religieuses pourrait avoir un impact considérable dans le dossier des accommodements raisonnables au pays.
La petite communauté huttérite albertaine a dû essuyer un revers, hier, la Cour jugeant qu’elle ne pouvait exiger d’obtenir un permis de conduire sans photo, un accommodement que le gouvernement de l’Alberta consentait traditionnellement à lui accorder.
Les adeptes de cette secte d’origine chrétienne croient qu’il est interdit de se faire prendre en photo, puisque cela viole à leur avis le deuxième commandement biblique qui prohibe l’idolâtrie.
Dans un jugement serré de quatre contre trois, les magistrats du plus haut tribunal du pays ont conclu que l’Alberta pouvait forcer cette communauté à se doter d’un permis de conduire avec photo.
Ils y font valoir que la lutte contre le vol d’identité est un objectif public important et que le permis avec photo ne brime pas fondamentalement la liberté de religion des huttérites.
La Cour semble ainsi mettre l’accent sur le bien-être de la majorité plutôt que sur les droits des minorités.
« Donner suite à chacune de ces revendications religieuses pourrait nuire gravement à l’universalité de nombreux programmes réglementaires (...) au détriment de l’ensemble de la population », a écrit la juge en chef Beverley McLachlin, se prononçant pour la majorité.
Avec ce jugement, la Cour suprême va à l’encontre des jugements des tribunaux inférieurs, où l ’on considérait qu’exiger une photo contrevenait à la Charte canadienne des droits et libertés.
« La mesure législative vise un obj e c t i f soc i a l i mpor - tant – maintenir un système de délivrance des permis de conduire qui soit efficace et qui réduise au minimum le risque de fraude pour l’ensemble des citoyens. Cet objectif ne doit pas être sacrifié à la légère », peut-on notamment lire dans le jugement.




La commission Bouchard-Taylor à l’heure des valeurs québécoises - Norman Delisle
Presse Canadienne,  Saguenay
Il y a des valeurs québécoises non négociables que tous les citoyens du Québec doivent respecter, ont plaidé plusieurs intervenants mercredi soir devant la commission sur les accommodements raisonnables.
La langue française et l'égalité entre les hommes et les femmes font partie de ces valeurs, a plaidé Dominique Dufour devant la commission qui siégeait à Saguenay.
La commission a fait salle comble au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Quelque 300 personnes s'entassaient dans une salle d'un hôtel de l'arrondissement Jonquière de Saguenay et ont écouté avec respect une cinquantaine d'intervenants.
Michel Potvin, un syndicaliste, a plaidé pour l'abolition de la prière à l'ouverture des séances du conseil municipal local. «Cela m'agace», a-t-il dit, tout en plaidant pour le maintien du crucifix «qui fait partie de l'histoire du Québec». Un autre citoyen, Christian Joncas, a plaidé lui aussi pour la laïcité dans l'espace public. «L'espace public doit être neutre», a-t-il dit.
D'autres par contre, comme l'ex-professeur de théologie Florent Villeneuve, ont au contraire exprimé le souhait que l'on se rappelle du rôle historique que l'Eglise catholique a joué au Québec.
Une jeune femme, Kate Primeau, a plaidé pour une meilleure égalité entre les femmes et les hommes et pour qu'on facilite l'emploi des immigrants.
Le retraité Maurice Tremblay a raconté son expérience avec les autochtones dans la préparation des fourrures, mais le coprésident de la commission, Gérard Bouchard, a rappelé que même si les interventions sur les problèmes autochtones étaient les bienvenues, la commission devait laisser de côté ce dossier qui fera plutôt l'objet de négociations de nation à nation.
Un Chicoutimien né à l'étranger, Greiss Michel, s'est attiré une ovation de la foule en rappelant la nécessité pour les immigrants d'apprendre l'histoire du Québec et les habitudes locales. «Il faut savoir ce que sont la tourtière et les gourganes», a-t-il dit avec un accent savoureux.
Un Jonquiérois qui a vécu longtemps en Ontario et épousé une anglaise, Marcel Couture, a rappelé que «pour vivre en Ontario, l'accommodement raisonnable consiste à parler anglais». «Au Québec, il doivent avoir de la bonne volonté pour s'ajuster à nos traditions et à nos valeurs», a dit M. Couture.
La première soirée des travaux de la commission dans la région consistait à entendre des témoignages des citoyens.
Jeudi, le commissaire Bouchard ü son collègue Charles Taylor est absent pour cause de maladie ü entendra une vingtaine de mémoires, dont celui du maire de Saguenay, Jean Tremblay.


La crise, quelle crise? - Michèle Ouimet
J'ai toujours pensé qu'il fallait dire oui à certaines demandes, comme la souccah sur les balcons ou le voile à l'école. Et j'ai toujours cru que le Québec était assez mature pour accepter ces compromis et absorber ces différences sans heurt.
Pourquoi, par exemple, ne pas dire oui à la souccah, une hutte où les juifs prennent leurs repas pour commémorer une fête? En 2004, les propriétaires des condos du Sanctuaire avaient protesté. Ils étaient horrifiés de voir des souccah - une cabane affreuse, j'en conviens - pousser sur les balcons de leur chic complexe immobilier.
Construire une souccah sur un bout de balcon et s'y entasser pendant une semaine pour prendre ses repas peut sembler absurde pour les non-initiés. Mais, pour les juifs, cette tradition est profondément ancrée dans leur religion.
Cette position ne fait pas l'unanimité, je l'admets.
Des amis m'ont souvent dit: «Quand tu allais en Iran, tu étais obligée de te voiler. Quand on est à Rome, on fait comme les Romains. Que les immigrés s'adaptent!»
Je leur répondais: «L'Iran est une dictature, pas le Québec.»
Il ne faut pas dire oui à tout. C'est une évidence. Certaines demandes sont absurdes, comme les vitres que le YMCA a givrées parce qu'elles donnaient sur une synagogue. Les hassidim ne supportaient pas la vue de femmes en short. Sauf que ce n'était pas au Y de givrer ses vitres, mais aux juifs de s'acheter des rideaux.
Donc, on évalue au cas par cas. Oui, pour certaines demandes, non à d'autres. On les soupèse, les évalue. Parfois ce sont les tribunaux qui tranchent mais, la plupart du temps, les ententes se concluent à l'amiable.
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Un livre de 95 pages a bousculé mes certitudes et réveillé mon vieux fond laïque: Accommodements raisonnables, de Yolande Geadah, une Égyptienne de naissance qui vit au Québec depuis 40 ans.
Mme Geadah a le sens du timing. Elle a écrit un essai sur le voile en 1996. Quelques mois auparavant, une jeune fille s'était présentée dans une école secondaire coiffée d'un hidjab. Le Québec avait alors vécu sa première crise du voile, son premier choc musulman.
J'ai lu d'une traite son livre sur les accommodements. J'ai rencontré Mme Geadah dans son bureau du centre-ville, où elle s'occupe de développement international. Une femme effacée qui parle doucement, ses lunettes perchées sur le nez.
«L'Université du Caire ne permet pas le port du niqab. Pourtant, 90% de la population égyptienne est musulmane», m'a-t-elle dit d'emblée.
Le ton était lancé. Mme Geadah est laïque jusqu'au bout des ongles.
L'espace public doit être laïque, affirme-t-elle. Si on y permet l'introduction de signes religieux, on sème la confusion. La même règle doit s'appliquer pour tous. Il faut donc dire non aux salles de prière exigées par certains musulmans, car ces demandes ouvrent la porte à une «surenchère de revendications».
«L'enjeu soulevé ici n'est pas la liberté de conscience, mais une tentative du religieux d'empiéter sur l'espace public, écrit-elle. Il ne s'agit pas là d'un droit fondamental, mais d'un privilège que rien ne justifie réellement dans un modèle de société pluraliste et séculier.»
Mme Geadah critique les chartes québécoise et canadienne des droits. Elles ont été conçues avant la montée des intégrismes religieux «qui se réclament des libertés inscrites dans les chartes pour imposer une idéologie qui tend à nier des libertés fondamentales».
La démonstration est brillante, mais elle ne me convainc pas. À cause des chiffres que j'ai dénichés dans le livre de Mme Geadah.
Seulement 2% des plaintes portées à la Commission des droits de la personne de 2000 à 2005 touchaient la religion. De ce nombre, à peine le tiers comportait une demande d'accommodement raisonnable. Soit 30 cas à tout casser. De plus, les plaintes provenaient majoritairement de protestants, non de juifs ou de musulmans.
Les motifs les plus fréquents de discrimination étaient le handicap (24%), la race (15%), l'âge (12%), la condition sociale (6%) et le sexe (5%).
De quoi replacer les yeux en face des trous.
Le Québec peut gérer quelques cas d'accommodements sans verser dans le drame ou la peur irrationnelle de perdre son identité.
La Commission sur les accommodements raisonnables, qui va se balader au Québec au cours des prochains mois, nous laisse l'impression que les institutions publiques sont noyées par des demandes provenant d'intégristes qui se promènent le couteau entre les dents.
À force d'entendre les lamentations de gens qui ne peuvent pas supporter la vue d'une kippa ou d'un voile, on va finir par se convaincre qu'il y a péril en la demeure. Il n'y a pas de crise, mais la Commission est peut-être en train d'en créer une.


L'intolérance entraîne un coût économique - Rémi Nadeau
La création de richesse du Québec passe par son ouverture aux immigrants, selon le gouvernement Charest, qui met en garde contre le coût économique qu'entraînerait une attitude d'intolérance.
Jean Charest a accusé le Parti québécois et l'Action démocratique «d'exploiter la méfiance des Québécois» sur la question identitaire, lors du discours de clôture du conseil général du Parti libéral du Québec, dimanche à Montréal.
Après avoir annoncé son intention de faire une plus grande place à la main-d'oeuvre étrangère, le premier ministre a signalé que l'attitude de ses adversaires constitue une menace.
«Au lieu de mettre l'accent sur nos différences, on va travailler ensemble pour bâtir le Québec et accueillir du monde», a martelé M. Charest, qui prévient que la croissance économique doit s'appuyer sur la croissance démographique.
Pour illustrer son propos, il a cité l'exemple d'un épicier du Lac Saint-Jean aux prises avec une pénurie de travailleurs.
«On a ce marchand qui nous demande de l'aide pour recruter de la main-d'oeuvre et Mario Dumont, lui, nous dit que nous avons atteint la limite (en immigration). Il nous dit que c'est fini, que nous n'avons pas besoin de plus de monde», a analysé M. Charest, selon qui «les Québécois voient là-dedans des choix bien clairs».
Au côté de son chef, le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, a ajouté «qu'il y a un coût économique à l'intolérance».
Jean Charest a signifié dans son discours que la création de richesse et la croissance démographique constituaient des éléments clé des orientations qui le guideront cet automne.
Ainsi, le gouvernement libéral entend présenter une stratégie manufacturière, favoriser l'intégration de plus de main-d'oeuvre étrangère et soutenir les familles afin que plus d'enfants naissent au Québec.
«Si on veut avoir plus de monde au Québec, il nous faut une économie qui roule. On a besoin de plus de bras et de plus de cerveaux pour que le Québec puisse atteindre son plein potentiel économique», a insisté le chef libéral.
Etayant sa vision, M. Charest a aussi plaidé pour la création «d'un nouvel espace» qui favoriserait la libre-circulation de la main-d'oeuvre, faisant référence à son souhait de voir se multiplier des ententes de libre-échange entre le Québec et ses partenaires commerciaux.
Il a soutenu que le Québec était toujours sorti gagnant, chaque fois qu'il avait privilégié l'ouverture plutôt que le repli.
Sur le plan économique, Jean Charest a rappelé que son gouvernement a déjà annoncé des investissements de 30 milliards $ sur cinq ans dans la réfection des infrastructures et de 31 milliards $ dans la poursuite du développement hydro-électrique au Québec.
«Ce n'est pas le travail qui va manquer, c'est des travailleurs», a-t-il conclu.


Avant d'enterrer la Commission - Yves Boisvert
Difficile de se réjouir quand on voit sourdre la xénophobie devant la commission Bouchard-Taylor. A-t-on fourni, à grands frais, une tribune à tous les intolérants?
Je ne le crois pas. Je ne partage pas le pessimisme de certains de mes collègues sur l'issue de cette aventure. Malgré tous ses défauts, risques et périls.
J'y crois. D'abord par pur volontarisme: j'y crois parce qu'elle existe, et comme elle existe, il faut qu'elle fonctionne. Il est trop tard pour dire qu'elle est inutile. Elle est là. Faut-il l'annuler? Évidemment non. Rien ne nuirait plus aux relations interculturelles, sans parler de la réputation du Québec, qu'un avortement de commission. Tous ceux qui cherchent des preuves d'un problème de racisme spécifiquement québécois, ou de l'impossibilité de s'accommoder, y verraient un argument, sinon une preuve irréfutable de notre immaturité politique.
Nous avons donc une sorte d'obligation morale de résultat.
Mais plus profondément, j'y crois parce que je pense que quand on aura tout entendu, quand on aura fait la part des choses, on trouvera justement beaucoup plus de sagesse collective qu'on ne le pense. Et une capacité, au bout du compte, de gérer les extrêmes - ce que le Québec a plutôt bien accompli historiquement.
Je mets un petit deux là-dessus.
D'ailleurs, il ne se dit pas que des âneries et des impertinences. Il se dit plein de choses tout à fait sensées et nuancées qui, évidemment, ne font pas de très bonnes manchettes.
J'étais de ceux qui estimaient, et qui estiment encore, qu'on a charrié largement sur cette question. Il n'y a pas de véritable crise des accommodements raisonnables au Québec à mon avis, mais des ratés, des bêtises et surtout des exagérations.
Alors une commission d'enquête? Allons donc!
Sauf que dans la chasse médiatique aux accommodements fous, on trouvait tous les deux jours un nouveau cas. Et on tirait dessus. Parfois avec raison. Parfois non.
Jean Charest a commencé par dire qu'il n'y avait rien là, d'arrêter de s'énerver pour une histoire de vitres givrées ou pour des incidents gonflés à l'hélium médiatique. André Boisclair était à peu près du même ton. On va changer de sujet!
Mais on ne changeait pas de sujet. Il y avait un autre cas. Une autre manchette, une autre petite crise.
Et chaque fois, Mario Dumont en rajoutait. Il faut que le gouvernement se tienne debout! Il faut une Constitution du Québec! Il faut dire aux immigrants qu'il y a des règles, ici, et pour tout le monde!
Et au bout de quelques semaines, il a fini par convaincre insidieusement une large partie de l'opinion que le Québec croule sous les accommodements stupides. Et que Jean Charest était trop mou.
Ainsi est né Hérouxville, dans l'ennui de la fin janvier, avec son ineffable «code de vie». Et plein de gens pour le prendre au sérieux, même si cela reste un morceau comique grandiose.
Dumont a été tellement habile qu'il a coupé l'herbe sous le pied du Parti québécois, qui ne sait plus très bien ce que «nous» veut dire.
Et le ballon gonflait, gonflait, en même temps que les intentions de vote pour l'ADQ. Jean Charest cherchait une réponse à la veille des élections. Les accommodements déraisonnables paraissaient le seul obstacle sur le chemin du gouvernement majoritaire. D'où la Commission.
C'est donc en effet largement par opportunisme politique que le premier ministre l'a déclenchée. Mais quelle commission d'enquête n'a pas été créée pour des raisons politiques? Toutes, elles répondent à une préoccupation urgente ou perçue telle par l'opinion publique, à un scandale à différer ou à déterrer ou à repousser, ainsi de suite.
Ça ne veut pas dire qu'elles ne produisent rien de bon. Le mandat de celle-ci est triple: faire un état de la situation (y a-t-il tant de problèmes? Lesquels?), consulter les Québécois et faire des recommandations pour l'avenir, de manière à ce que les accommodements du futur respectent les «valeurs communes» des Québécois.
La commission a commandé des recherches, ce qui est tout à fait normal, pour connaître l'état des lieux et comparer le «cas» québécois avec d'autres démocraties constitutionnelles.
Oh, bien entendu, il se dit et il se dira de vilaines choses. Devant la visite, ça ne fait pas toujours chic. Mais n'allons pas penser que ce sont des réunions de propagandistes haineux. Les propos sont très diversifiés.
Quoi, après avoir reproché à Gérard Bouchard d'être élitiste, craint-on qu'il ne sombre dans le populisme crasse? Je lui fais confiance, à lui et à Charles Taylor, jusqu'à preuve du contraire pour écarter ce qui doit l'être et exprimer sa réprobation.
Rien ne me permet, en tout cas, après seulement une semaine de travaux, de prétendre qu'on assistera à un dérapage terrible. Je parie au contraire qu'on saura trier dans ce fatras d'états d'âme, de mémoires et de recherches de quoi produire un rapport pertinent.
Je ne le déchirerais donc pas avant la rédaction.


Accueil des immigrants : les régions manquent de moyens - Lia Lévesque
Presse Canadienne , Rouyn-Noranda
Le manque de moyens pour accueillir et intégrer les immigrants en région est ressorti, jeudi à Rouyn-Noranda, devant la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.
«On est prêt à en accueillir plus mais, pour réussir à le faire, il faudrait absolument avoir des structures d'accueil adéquates», a déploré la rectrice de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, Johanne Jean.
«On a peu de structures d'accueil pour les personnes immigrantes, ici, en Abitibi-Témiscamingue», a-t-elle ajouté, citant notamment les besoins en francisation.
Un autre participant a abondé dans le même sens, avec coeur et conviction, dénonçant la politique canadienne en matière d'immigration. «Il y a manque de justice et d'équité dans les millions de dollars qu'on dépense pour recruter un quart de million de nouveaux arrivants en moyenne, à chaque année, au Canada pour les débarquer dans cinq ou six villes choisies. Ca donne un biais urbain permanent à l'immigration. Et c'est pour ça que l'Abitibi-Témiscamingue a peu d'immigrants», s'est exclamé Enrique Colombino, membre fondateur de l'Association interculturelle La Mosaïque et originaire de l'Argentine.
La rectrice Johanne Jean s'est aussi opposée à l'offre de locaux de l'université pour en faire des salles de prière, comme cela a été le cas à l'Ecole de technologie supérieure à Montréal. «On a fait le choix, comme société au Québec, d'avoir des institutions qui sont laïques et on s'inscrit tout à fait dans ce choix-là. La pratique religieuse devrait normalement se faire à l'intérieur de la communauté, pas nécessairement à l'intérieur des murs de l'institution d'enseignement», a-t-elle dit.
Toutefois, lorsque interrogée par le coprésident Gérard Bouchard, elle a nuancé ses propos, affirmant que des étudiants qui voudraient utiliser des locaux pour prier pourraient le faire, à la condition qu'il y ait des locaux libres, ce qui ne semble guère possible dans la situation actuelle de son université.
Distinguer le facultatif de l'obligatoire
La commission a également entendu une suggestion intéressante, celle de faire déterminer, avant d'accorder un accommodement, s'il s'agit d'une prescription religieuse obligatoire ou facultative.
«Le problème, c'est que certaines catégories de musulmans, qu'on appelle islamistes ou intégristes, érigent ces petites choses qui ne sont pas obligatoires en obligations», a déploré Driss Boukhissimi, professeur de mathématiques à l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, lui-même musulman d'origine marocaine.
«Je ne demanderai jamais et, même si on me l'offrait en disant «au nom de la religion, on va t'accommoder, te donner un local pour prier», je le refuserais. On n'a pas besoin de tout cela pour être musulman», a-t-il ajouté.
M. Boukhissimi a ainsi suggéré que les autorités fassent appel à des experts dans une religion donnée avant de décider d'accorder ou non l'accommodement demandé. Si la religion n'oblige pas véritablement son fidèle à adopter tel comportement et qu'il ne s'agit que d'une façon de faire, l'accommodement ne serait pas accordé. «En tant que professeur d'université, je refuse qu'un étudiant me dise «il est l'heure de la prière, je vais faire la prière». Ce n'est pas obligatoire de faire la prière à ce temps», a-t-il donné en exemple.
Gérard Laquerre, un retraité de Rouyn, est venu dire à la commission que «quand c'est mal géré, la diversité culturelle, c'est une source de problèmes et ce n'est pas un actif pour un pays. Si c'est bien géré, ça peut devenir une richesse.»
«Ca prend des immigrants qui veulent s'intégrer», a-t-il lancé, ajoutant que «peut-être qu'on ne sélectionne pas bien» ceux-ci avant de les accepter en terre québécoise.
Après Gatineau et Rouyn-Noranda, la Commission Bouchard-Taylor se rendra à Sept-Iles et Saguenay, la semaine prochaine.

Le feu aux poudres
Mais qu'est-ce qui a piqué le directeur général des élections du Canada, Marc Mayrand?
Hier, il a annoncé qu'une femme portant le niqab, un voile qui cache entièrement le visage sauf les yeux, peut voter si elle présente deux cartes d'identité. Une décision hautement controversée qu'il nous a balancée en pleine figure, comme ça, à la veille du vote par anticipation qui commence aujourd'hui.
Il n'y a eu ni débat ni discussion. Rien. À peine un petit communiqué chenu qui est tombé en fin de journée.
Le 17 septembre, il y aura trois élections partielles fédérales, dont une dans Outremont, une circonscription multiethnique.
Pourtant le Québec s'est déjà payé un psychodrame avec une histoire de niqab et de vote. C'était en mars, à la veille des élections provinciales. Le directeur général des élections du Québec, Marcel Blanchet, avait décrété que les femmes voilées pouvaient voter.
Le bureau de Me Blanchet avait été inondé d'appels et de courriels indignés. Sur Internet, des gens affirmaient qu'ils se présenteraient dans des bureaux de vote avec un masque.
Pour préserver la «sérénité du processus électoral», Marcel Blanchet avait finalement reculé et interdit le port du niqab. Les libéraux, les péquistes et les adéquistes avaient unanimement appuyé sa décision.
Visiblement, Marc Mayrand n'a pas retenu la leçon. Il était peut-être en voyage intergalactique lorsque la controverse a éclaté.
Le pire, c'est que l'histoire se présente de la même façon. En mars, un journaliste avait posé une question hypothétique au bureau de Marcel Blanchet: une femme voilée peut-elle voter?
Même scénario cette semaine. Mardi, un journaliste de CJAD a appelé au bureau du directeur des élections du Canada. Il n'y avait ni plainte ni demande provenant des musulmans, qu'une simple question de journaliste.
Me Mayrand a rapidement examiné la chose et hier, il a tranché, benoîtement, comme si la question n'avait aucune charge émotive.
Selon les organisations musulmanes, très peu de femmes portent le niqab au Québec. Alors pourquoi cette décision qui arrive comme un cheveu sur la soupe? Le directeur général cherche le trouble? Il n'a pas assez de travail? Il s'ennuie? Si oui, il risque d'être drôlement occupé dans les prochains jours. Il vient de créer une crise de toutes pièces.
Parlons du fond de la question maintenant. Je suis généralement en faveur des accommodements raisonnables. J'étais d'accord avec le port du kirpan à l'école, l'érouv dans Outremont, la souccah sur les balcons des condos. C'est pour vous dire.
Mais le niqab? Non, c'est trop. Tout simplement trop. Le niqab n'est pas un simple bout de tissu. Au contraire. Il nous jette en pleine figure l'inégalité entre les hommes et les femmes et il rappelle la charia, la loi islamique où les femmes sont traitées comme des mineures.
Si des musulmanes veulent se promener dans la rue avec leur niqab, libre à elles, mais les institutions publiques ne doivent pas céder un pouce. Donc pas de niqab à l'école, dans les tribunaux, les bureaux de vote, les aéroports.
Cette controverse autour du niqab arrive à un bien mauvais moment. Lundi soir, la commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables commence ses travaux à Gatineau. Au menu, des audiences où le grand public pourra prendre le micro et dire ce qu'il pense. Il n'y aura aucun filtre. Ça promet. Tout est en place pour des dérapages. Certains risquent d'en profiter pour se vider le coeur et vociférer contre les «maudits» immigrants.
Le feu couve et, avec cette histoire de niqab, le directeur général des élections vient de fournir l'huile.


Accommodements, immigration: l'Outaouais s'exprime

Presse Canadienne , Gatineau
Le malaise généré par certaines pratiques d'accommodement au Québec ne doit pas être confondu avec un malaise face à l'immigration.  - Lia Lévesque
C'est ce qu'un groupe de 12 citoyens se décrivant comme des professionnels universitaires est venu dire, mardi à Gatineau, à la Commission Bouchard-Taylor sur les accommodements raisonnables.
La Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles a tenu lundi soir son premier forum de citoyens dans les régions et, mardi, elle a entendu des témoignages plus élaborés et reçu des mémoires, toujours à Gatineau.
La porte-parole de ces 12 citoyens, Yohanna Loucheur, a décrit l'immigration comme une source inépuisable d'enrichissement collectif pour le Québec.
Elle a tout de même demandé que l'on adopte des règles générales concernant les accommodements pour éviter l'arbitraire. «Nous croyons qu'il faut adopter des règles générales pour éviter la multiplication des exceptions, le cas par cas et l'arbitraire», a-t-elle plaidé.
Le groupe a aussi demandé que lors de l'examen d'une demande d'accommodement, l'on analyse la portée idéologique de la demande plutôt que le coût qu'elle représente ou un autre critère. «Si les valeurs véhiculées par les demandes contredisent celles que désire se donner le Québec, alors ces demandes devraient être refusées.»
Mme Loucheur a cité comme valeur à respecter, par exemple, la mixité dans l'espace public québécois ainsi que le fait que les hommes et les femmes puissent se côtoyer.
De son côté, le professeur de sociologie Yao Assogba, de l'Université du Québec en Outaouais, a déploré la médiatisation de certains accommodements raisonnables qui, selon lui, n'en sont pas.
Il a soutenu que les demandes des protestants, par exemple, sont plus grandes que celles des musulmans, dont on parle davantage. «Les demandes des musulmans et des juifs sont moindres, mais ce sont ces demandes-là qu'on médiatise. Ce que moi je pense, en considérant l'histoire du Québec et le contexte actuel, ce serait une laïcité où on interdit sur la place publique des manifestations religieuses», a plaidé M. Assogba.
De son côté, Gilles Lagacé, qui oeuvre dans le milieu communautaire, a proposé sa définition personnelle d'un accommodement raisonnable. «Un accommodement raisonnable, c'est quand on fait quelque chose de différent pour permettre à quelqu'un de différent de venir manger à notre table avec nous. Un accommodement déraisonnable, c'est quand on fait quelque chose de différent pour que la personne différente continue à manger toute seule à sa table», a-t-il dit.
Denise Forget a carrément demandé l'abolition des accommodements pour des motifs religieux. «Arrêtons la machine à dérapage avant qu'il ne soit trop tard», a-t-elle dit.
Cette citoyenne a lié les voiles comme le niqab et la burqa à l'intégrisme religieux, à de la quasi provocation. Elle s'est également plainte de ceux qui tiennent à prier à la cabane à sucre, alors qu'ils peuvent le faire ailleurs. «Ils sont en train de nous tester. Dans dix ans, où ça va aller, si on les laisse aller?» a-t-elle demandé.
Philippe Boucher, qui vient de Lac-aux-Sables, près d'Hérouxville - célèbre pour son code de vie proscrivant la lapidation et l'excision - a dénoncé l'extrémisme qui, selon lui, existe dans toutes les religions.
L'Association des parents catholiques est venue se plaindre du manque d'enseignement religieux au Québec, réclamant le «droit à l'option» dans l'école publique.
Études non publiées
De son côté, le groupe Impératif français a articulé son mémoire autour de la nécessaire francisation du Québec.
Charles Castonguay, de ce groupe, a dénoncé le fait que la commission ait refusé de rendre publiques certaines études qu'elle a commandées à des experts pour étayer sa réflexion.
Le coprésident Gérard Bouchard a fait valoir que «les études ne sont pas rendues publiques parce que certaines sont encore partielles, d'autres méritent d'être complétées, validées».
«En particulier, il y a certaines données qui, présentement, revêtent un caractère assez politique, donc nous évitons de les rendre publiques au stade actuel, a ajouté M. Bouchard. Quant aux autres, nous n'avons même pas voulu identifier le nom des chercheurs pour les soustraire à l'attention et à la pression médiatiques pour qu'ils puissent finir leur travail.»
La Commission se déplacera à Rouyn-Noranda mercredi et jeudi.

Les craintes face aux accommodements raisonnables ressortent, entre autres choses...
Les craintes face aux accommodements pour des raisons religieuses, mais aussi les craintes pour des motifs linguistiques, sont ressorties du premier forum des citoyens que la Commission Bouchard-Taylor a tenu à Gatineau, lundi soir.
Quelque 120 participants se sont présentés au premier rassemblement de la tournée régionale de cette commission sur les accommodements raisonnables.
«Je ne pense pas qu'il y ait lieu d'avoir des accommodements religieux», a lancé Mme Jocelyne Ladouceur, affirmant que quand on donne des «privilèges» à certains, «on brime des gens», et cela, on l'oublie trop souvent, a-t-elle déploré.
«Je suis très inquiète de voir qu'il y a de plus en plus de signes religieux partout dans la société», a affirmé Mme Elodie Audet, qui se dit pourtant croyante et protestante. «Je vois la montée des intégristes», a-t-elle dénoncé, ajoutant que dans certains cas, on donne moins de poids à la parole d'une femme devant un tribunal.
«Moi, je veux que mes petits-enfants se sentent Canadiens et Québécois. Je suis pour l'immigration, mais on est chez nous et quand on adopte un pays, on adopte sa façon de vivre», a commenté Mme Nicole Mailloux.
D'autres citoyens de l'Outaouais ont évoqué la fragilité du français et le choix de s'intégrer par la langue française.
Avant que ne commencent les échanges, le coprésident Gérard Bouchard s'est excusé pour ses propos tenus dans une entrevue au Devoir, le 17 août, sur les téléspectateurs des réseaux TVA et TQS. Il les avait apparentés à des gens qui n'étaient pas des intellectuels et qui n'avaient donc pas le jugement critique nécessaire pour faire la part des choses dans ce débat émotif sur les accommodements raisonnables.
Lundi soir, M. Bouchard a lui-même parlé de «faux pas», de propos «maladroits» et «déplacés» qu'il avait tenus, en assurant qu'il pensait l'inverse de ce qu'il avait pu laisser entendre dans cette entrevue.
L'autre coprésident, Charles Taylor, est absent du premier forum des citoyens pour des raisons de santé. Il a néanmoins lu un message enregistré avant que les échanges ne commencent vers 19h30.


In Defence Of Herouxville
Quebec isn't swinging right. Muscular mono-culturalism is swinging left
Tuesday, October 30, 2007 
© National Post 2007
MONTREAL -Nativism is supposed to be a right-wing creed. So why is Quebec, the most socially liberal province in the country, the only place where Canadians are candidly discussing how far we should go to "accommodate" immigrants? Why are Canadian cartoonists putting KKK costumes on the hotheads of Herouxville instead of, say, Calgary or Red Deer? And why is it the PQ-- not some cowboy-hat party out on the Prairies -- that's proposing a two-tier citizenship system?
It's not because Quebec is swinging right. It's because mono-culturalism is swinging left. Having decisively vanquished traditional Christians in the culture wars, feminists, gay activists and other progressives are no longer willing to risk their winnings by pledging multicultural solidarity with traditional Muslims, Hasidic Jews and other socially conservative immigrant groups.
This is a new phenomenon in Canada, but it's been going on for years in Europe. The old face of nativism used to be Jean-Marie Le Pen, a right-wing Gaullist and old-school bigot who complains crankily about Jews and Blacks. Le Pen is still around. (His National Front party got 10% of the vote in this year's French presidential election.) But today's young voters are drawn more to those cast in the mold of Dutch politician Pim Fortuyn.
When Fortuyn was assassinated in 2002, he was described in the Western media as a "right-wing" politician because of his scathing remarks about Muslims. But the label never fit: Fortuyn was a lusty, openly gay populist who championed euthanasia, liberal drug policies and same-sex marriage. He opposed traditional Muslim culture precisely because it conflicted with the Netherlands' any-thing-goes ethos.
In other words, muscular monoculturalism is no longer the purview of the right. Having been liberated from the odour of racism, it's becoming a mainstream ideology, even a fashionable one, on the left.
With his infamous 1995 comments about "money and the ethnic vote," Jacques Parizeau came off as a sort of Quebecois Le Pen (as do many of today's separatists, which is why the PQ's two-tier citizenship gambit will ultimately backfire). Mario Dumont and Herouxville's councillors, on the other hand, sound more like followers of Fortuyn. In this regard, I would urge all those outraged Canadian pundits who are taking Herouxville as a byword for bigotry to actually read the town's 14-page submission to Quebec's commission on reasonable accommodation, in which the authors approvingly cite Turkey's militantly secularist founder, Mustafa Kemal Ataturk; celebrate Quebec's rejection of the Catholic "theocracy" of the Duplessis era; champion the rights of women and gays; and openly mock Christian fundamentalism ("Recently, the National Assembly allowed the opening of retail stores on Sundays. [God] accommodated us once again, sparing Hell to the faithful.")
What these people are doing is claiming Quebec in the name of state-of-the-art European-style secular liberalism. The idea that "Herouxville is old Quebec, old Canada" -- which appeared in a Globe and Mail editorial last week--is not only wrong: It is the exact opposite of the truth.
Left-wing political trends aside, there are other reasons to have expected that Quebec would be the first part of Canada to decisively challenge multiculturalism, a doctrine that tends to thrive in wealthy nations beset by weak identities and postcolonial guilt. Compared to anglo-Canada, Quebec has a relatively strong sense of collective self. And for obvious historical reasons, Quebecers are more inclined to see themselves as history's victims rather than exploiters.
That's why multiculturalism has been a tough sell in Quebec from the get go. The doctrine became official Canadian government policy largely because Pierre Trudeau was looking to downplay the unique status of French culture by pretending it was just one of many filaments in a rich national tapestry. Even before the word burka entered the popular parlance, many Quebecers rightly saw it as a scam.
But what starts in Quebec won't end here. The debate will spread, and we should be glad of that. For all the rhetorical stock Canadians have put in multiculturalism over the years, the fact remains that it is fundamentally incoherent:How do you intellectually defend a doctrine that preaches "tolerance" toward imported cultures that, themselves, are fundamentally intolerant toward women, gays, heretics and infidels?
Giggle all you like at the bumpkins of Herouxville. At least, they're smart enough to know this question can't be answered. Maybe when the rest of us anglos get over our own guilty Western hangups, we'll come to the same realization.
jkay@nationalpost.com



Tintin au Congo visé par une plainte
Un Congolais souhaite que l’album soit interdit de vente en France
BienvenuMbutuMondondo, 41 ans, avait déjà déposé plainte en Belgique en 2007 en vertu de la loi belge de 1981 réprimant le racisme. Il avait exigé l’interdiction de l’ouvrage d’Hergé, publié en 1930-1931, alors que la Belgique colonisait l’actuelle République démocratique du Congo (RDC). L’album est encore vendu à plusieurs dizaines de milliers d’exemplaires chaque année.
Mais après deux ans, l’enquête confiée à un juge d’instruction bruxellois est au point mort, a expliqué l’un des avocats du plaignant, Jean-Claude Ndjakanyi.
BienvenuMbutuMondondo a donc décidé de se tourner vers la j ustice française et a « demandé à Me Gilbert Collard d’examiner les voies légales pour déposer une plainte en France dans les prochains jours», a ajouté Me Ndjakanyi.
Cette plainte, au civil, « pourrait prendre la forme d’u ne action en cessation visant l’interdiction de la vente de l’ouvrage » en France, a précisé Me Ndjakanyi.
« Il n’est pas admissible que Tintin puisse crier sur des villageois qui sont forcés de travailler à la construction d’une voie de chemin de fer ou que son chien Milou les traite de paresseux », avait expliqué M. Mbutu Mondondo lors du dépôt de sa plainte en Belgique.
La société Moulinsart, qui exploite commercialement l’oeuvre d’Hergé, mais qui n’est pas l’éditeur des albums, juge «ridicules» les accusations de racisme ou de colonialisme envers Hergé.
« Juger le contenu d’une oeuvre ne vaut que si on la replace dans le contexte de l’époqueoùelleaétépubliée», a souligné Moulinsart dans un communiqué.
« Dès 1946, Hergé avait déjà revu Tintin au Congo à l’occasion de la mise en couleurs de l’album. Il y avait supprimé ou transformé les passages dénigrants pour les Congolais. En cela, il faisait oeuvre de pionnier dans le domaine des droits de l’homme et du respect des populations et civilisations du globe », ajoute le communiqué.
Le livre reste toutefois controversé. En 2007, la Commission britannique pour l’égalité raciale (CRE) avait j ugé que la vente de Tintin au Congo « dépassait l’entendement », estimant qu’il contenait «des images et des dialogues porteurs de préjugés racistes abominables, où les « indigènes sauvages» ressemblent à des singes et parlent comme des imbéciles».
Depuis, des libra iries, notamment aux États-Unis, ont déplacé l’album vers le rayon des livres pour adultes ou l’ont carrément retiré du marché.



Excluons la religion -
SAMI BEBAWI
Dans le débat sur le niqab, le gouvernement a le devoir de faire face aux défis et d’adopter des directives
L’auteur est un ingénieur d’origine égyptienne qui réside à Montréal. Est-il dans l’intérêt public qu’une personne qui couvre son visage puisse fonctionner d’une façon normale et sécuritaire en public ?
Encore une fois, nous sommes plongés dans un débat émotif entourant le port du niqab par une femme musulmane, une histoire qui mobilise l’attention de toutes les parties dans le forum public.
 Le gouvernement a le devoir d’établir de façon ferme et claire les règles du jeu en ce qui concerne le niqab, et de les faire connaître.
Je suis moi-même un immigré d’origine égyptienne, ayant choisi ce pays il y a 34 ans. Je ne suis pas un musulman, mais j’ai un profond respect ainsi que des connaissances raisonnables de cette religion. Dans une société ouverte comme la nôtre, ici au Québec, je suis fier de faire partie d’une société mature et capable de laisser chacun exprimer son « côté de la médaille ». Cependant, chaque débat doit arriver à une fin et une conclusion doit en être tirée. Voici mes réflexions sur le débat actuel :
• Comme principe de base, la religion ne devrait jamais fai re par t ie de ce débat . L’histoire de la race humaine a toujours démontré que des individus hautement intellectuels et intelligents peuvent devenir très passionnés et peuvent même perdre leur sagesse lorsque la religion devient le coeur d’un débat. La grande majorité d’entre nous ne sommes ni connaisseurs ni experts des multiples croyances et religions des citoyens de notre société. Le livre de l’histoire du christianisme est rempli de contradictions et les « connaisseurs » n’ont jamais cessé de publier différentes interprétations d’un seul texte qui est parmi nous depuis plus de 2000 ans. Chaque tentative d’interprétation des écrits sacrés est destinée à échouer et doit être abandonnée dès le départ.
• Dans une société démocratique, les projets de loi sont soumis à plusieurs discussions parmi les citoyens avant d’être présentés à l’assemblée des représentants du peuple. Une fois votés par la simple majorité, ces projets de loi deviennent les lois du pays. Le rôle du gouvernement est de faire appliquer ces lois tout en assurant la protection des minorités. Néanmoins, tous les citoyens sont obligés de respecter ces règlements, indépendamment de leurs origines et leurs croyances.
• Le débat actuel devrait donc être examiné avec une approche simple. La question que nous devrions nous poser est la suivante: est-il dans l’intérêt public qu’une personne qui couvre son visage puisse fonctionner d’une façon normale et sécuritaire en public ? Est-elle capable de pratiquer des fonctions comme aller à l’école, communiquer avec les élèves, prendre le métro, l’avion, utiliser les services médicaux, se présenter à la cour, etc... Si la réponse à une telle question est « non », donc un projet de loi doit être présenté à l’Assemblée nationale et s’il devient une loi, nous serons tous obligés de la respecter, indépendamment de notre race et de notre religion.
Nous ne pouvons pas gouverner et s’attendre à maintenir une société démocratique saine si nous essayons d’éviter de faire face aux défis, comme dans le cas présent, et de créer de multiples compromis à chaque fois qu’une telle situation se présente. Le gouvernement et l’Assemblée nationale ont l’obligation de base d’établir des directives et des règlements pour ses citoyens. En agissant d’une telle manière, il établit de façon ferme et claire les règles du jeu et il ne laisse pas cette tâche à l’administration d’une école ou au maire d’une ville.
• Notre pays a été bâti par des immigrants. La moindre des obligations que nous avons face aux immigrants qui ont choisi d’établir leur famille ici, c’est de les informer à l’avance de leurs droits et obligations en tant que citoyens, ainsi que des principes fondamentaux de leur nouvelle communauté. C’est pourquoi les immigrants devra ient l ire, comprendre et accepter ce « contrat » avant que ne leur soit donné le feu vert.
La force de notre société est d’établir des objectifs bien définis et d’évaluer de façon régulière les nouvelles conditions qui peuvent nous obliger à modifier le chemin, sans changer le but.



Tolérer l’intolérable - MATHIEU BOCK-CÔTÉ
 
L’affaire du niqab révèle comment la culture des « droits et libertés » s’est retournée contre la société québécoise
« L’affaire du niqab » confirme un fait bien connu: le militantisme des franges de certaines communautés culturelles ou religieuses qui contraignent la société d’accueil à accommoder les revendications identitaires les plus contradictoires avec son identité.
PHOTO ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE Si les nouveaux arrivants adhèrent à la culture des chartes, il est loin d’être certain qu’ils fassent de même avec la culture nationale. Comment leur reprocher alors que l’État québécois a renoncé lui-même à en faire la norme et à la transmettre.
Ils seront nombreux, avec raison, à voir là une autremanifestation du «pluralisme identitaire » qui n’est qu’une autre manière de nommer le multiculturalisme. Il faut pourtant pousser plus loin la réflexion pour comprendre ce dont cette affaire est révélatrice.
La première chose qui étonne est la disposition systématiquement favorable de l’administration du cégep Saint-Laurent envers les accommodements les plus déraisonnables. On sent bien que l’administration, soit par bon sentiment, soit par crainte de subir un procès en xénophobie, a toléré l’intolérable.
L’intériorisation du multiculturalisme par les institutions publiques entraîne l’effondrement de leur système immunitaire sur le plan identitaire. Elle leur fait perdre aussi la notion du simple bon sens. Un tel problème n’aurait jamais dû aboutir au bureau de la ministre de l’Immigration, Yolande James, qui doit éviter de verser dans le micromanagement identitaire. Voyons-y le signe de la déresponsabilisation radicale entraînée par la rectitude politique.
On nous annonce que le gouvernement a fait le choix de la fermeté. Mais c’est une fermeté illusoire qui laisse croire que seules des situations aussi radicales que celle révélée par l’affaire du niqab sont symptomatiques d’une faillite de l’intégration.
Même l’intelligentsia pluraliste trouvera ici l’occasion de démontrer qu’elle ne tolère pas tous les accommodements. Dans les faits, l’affaire du niqab est aussi caricaturale que marginale et sert à masquer la faillite plus profonde de l’intégration nationale, qui n’a pas toujours un caractère aussi dramatique.
Car on ne s’intègre pas à une société en se contentant d’adhérer à ses « valeurs communes », souvent associées aux chartes des droits, qui fournissent une définition anémiée de l’identité québécoise. Si les nouveaux arrivants adhèrent à la culture des chartes, il est loin d’être certain qu’ils fassent de même avec la culture nationale.
Il ne faut aucunement leur reprocher dans la mesure où l’État québécois a renoncé lui-même à en faire la norme et à la transmettre, comme on le voit clairement avec le cours « Éthique et culture religieuse ». C’est l’État québécois lui-même qui considère que la majorité historique doit désormais s’intégrer dans une nouvelle identite fondée sur la Charte des droits. C’est l’État québécois qui s’est converti au multiculturalisme.
En fait, l’affaire du niqab révèle surtout comment la culture des « droits et libertés » s’est retournée contre la société québécoise. Certains communautarismes militants transforment les droits de la personne en instruments neutralisant les processus sociologiques qui devraient mener à l’intégration nationale. On voit là le caractère pervers de la sociologie victimaire, qui fait passer pour discriminatoires toutes les incitations à prendre le pli de la société d’accueil.
Si dans une société libérale, les individus sont libres de leur accoutrement, que cela soit au nom de la liberté de religion ou d’autre chose, ils devraient aussi être responsables des conséquences de l’exercice de leur liberté. Sans quoi nous assisterons à une falsification radicale de la liberté libérale, vidée de toute signification.
Toutes les sociétés occidentales subissent actuellement une critique virulente au nom d’une diversité sacralisée. L’erreur serait de faire du refus du voile intégral le test du courage politique dans la lutte contre un multiculturalisme qui s’est placé en contradiction fondamentale avec l’identité nationale et la démocratie libérale.
Le Québec n’est pas une page blanche et l’affirmation de sa culture et de ses propres normes identitaires et sociales doit être décriminalisée. On s’est beaucoup moqué de cette formule, apparemment simpliste, mais il vaut la peine de la rappeler: à Rome, fais comme les Romains.