Guerre


AUTRES MÉDIAS


L'humanité pourra-t-ell jamais se défaire de ses vieux réflexes de compétition et d'antipathie ?
L’Asie dans une course à l’espace

La guerre en déclin


Setting the record straight on the war in Afghanistan

Lethal drones strike at our very heart


Quelles leçons pouvont-nous vraiment tirer de la réaction américaine au 9 septembre 2001 ?
Ten years after 9/11, the great power still cowers - Lawrence Martin

The 'war on terror' led us astray - JEFFREY SIMPSON
America's self-inflicted wounds after 9/11 - MARGARET WENTE
Goodbye, good riddance to the global war on terror

Sabrer dans les Forces armées


L'heure de la fin de cette triste aventure aura-t-elle donc enfin sonné ?
France, Germany plan to follow U.S. move to pull troops from Afghanistan

Barack Obama tranche pour un retrait « rapide »
En bref - Retrait d'Afghanistan
Obama to announce Afghanistan withdrawal plans

Tout cela n'aura-il donc servi à rien ?...
Afghanistan - Ce que cela a changé

... sinon à ne faire davantage qu'empirer les choses ?
L’Afghanistan, selon Anne Nivat

En bref - Afghanistan : plus d'insécurité

Tout ça pour se rendre compte que rien de ce qui est construit ne peut vraiment durer que si une telle construction a pu être prise en charge par ceux-là mêmes qui sont sensé en bénéficier en tout premier lieu ?
Afghanistan - « Personne ne croit à une victoire militaire »
LE CUL- DE- SAC AFGHAN

...et si surtout cela est véritablement sensé bénéficier à ces derniers, et non seulement à ceux qui sont supposément là pour les aider ?
Setting the record straight on the war in Afghanistan


Ces guerres qui divisent les républicains

La tentative d'empêcher à tout prix que l'Iran aille de l'avant avec son programme d'enrichissement nucléaire ne tient-elle pas ni plus ni moins de l'impérialisme dans tout ce que celui-ci peut avoir de plus grossier ?
Break the Iranian nuclear deadlock


We’re killing the Afghans we should be speaking to - Doug Saunders


Ben Laden aura coûté cher aux contribuables américains


Ignatieff, le maître d'hôtel de la Maison-Blanche?

Ne faudra-t-il pas un jour se résoudre à admettre que cette guerre ne se sera jamais avéré autre chose qu'un échec ?...
Coup dur pour les forces spéciales américaines
Afghanistan and the limits of Responsibility to Protect - Gerald Caplan

Afghanistan: les écoles financées par le Canada sont moins fréquentées que le disent les chiffres officiels

...et qui plus est, un échec des plus coûteux ?...
Goodbye, good riddance to the global war on terror

Les États- Unis payent encore le prix du 11- Septembre

Devrait-on commencer à parler de la guerre sans fin ?...
Les États-Unis pourraient prolonger leur séjour en Afghanistan
Canada enlists in America’s permanent war for peace - Gerard Caplan

L’INDIFFÉRENCE AMÉRICAINE

Pourquoi donc s'entêter à poursuivre une entreprise aussi absurde qu'inutile, à commencer par le fait qu'elle n'a jamais consisté qu'en un tissu de mensonge, de violence et de colonialisme, et donc d'oppression ?....
Setting the record straight on the war in Afghanistan
Harper-Rae coalition goes back to Afghanistan's future

Se pourrait-il que la violence ne puisse donc que se nourrir elle-même ?...
Since we can’t beat the Taliban, focus on reconciliation

Et comment prétendre à un quelconque succès d'une mission qui n'est même pas la bienvenue chez ceux-là mêmes qui en sont supposément les premiers bénéficiaires ?...
Deadly protests flare up in Kandahar after Koran burning

Sharp rise in Afghans who say insurgent attacks on U.S. forces justified: poll
Cable from Kandahar: You can’t buy peace
Une mission bienvenue ?

Et jusqu'à quel point un gouvernement peut-il faire fi de la volonté de sa propre population, notamment dans la mesure où celle-ci ne veut tout simplement pas d'une guerre étrangère que ce gouvernement s'entête pourtant à poursuivre ?...
Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Les Québécois sont contre la nouvelle mission canadienne en Afghanistan

Et n'éprouve-t-on pas la moindre gêne à sacrifier la santé, sinon la vie de nos soldats, et ce pour une mission qui pourrait difficilement servir à quoi que ce soit dans la mesure où l'on ne sait même pas en partant à quoi elle est sensée mener ?...
Canadian soldiers in Afghanistan suffer high rate of brain trauma


Canada’s post-2011 role: Help Afghan women

On Afghanistan, we’re getting propaganda

L’enfant soldat, « l’arme redoutable »
Enfants soldats - Le Canada dépense 18 millions $ pour réintégrer les Khadr de ce monde
Roméo Dallaire rages against Canada


Afghanistan - L'aide américaine à la reconstruction se perd dans un «labyrinthe»

La guerre? Quelle guerre?



Y a-t-il pourtant plus hypocrite, et en fait absurde, que de chercher à imposer la démocratie par nul autre moyen que la loi du plus fort ?...
A cautionary tale for the liberal interventionist
Pas de démocratie sous occupation

Et si le Canada ne voulait tout simplement pas de cette guerre ?... Et si, en fait, le Canada n'était tout simplement pas une nation guerrière ?...
Nations unies - Reste-t-il un rôle pour le Canada?
Canadians pick peacekeeping over combat
Le merveilleux - Pierre Foglia
L’APRÈS-GUERRE - JOCELYN COULON

Après l'Afghanistan - Le pari onusien
There's a new peace ‘warrior' in town
Forces armées canadiennes - Finie la guerre après 2011?

Mais ceci dit, un simple retour aux "missions de paix", du moins telles qu'on les connaissait, représenterait-il vraiment une solution digne de ce nom ?..
Don’t write off the future of peacekeeping
Désintérêt et lunettes roses

Notre soutien au gouvernement afghan ne se trouverait-il donc à faire rien de plus que nourrir la corruption ?...
Des sacs pleins d’argent venus d’Iran

Somalia, Myanmar and Afghanistan rated most corrupt countries: report


Et si le seul avenir de la mission en Afghanistan ne pouvait en fait passer que par la négociation ?...
Since we can’t beat the Taliban, focus on reconciliation


Should the Commons vote on deploying the Forces?


Privatisation de la guerre - Fin de monopole

Spectateur de l’horreur


Barack Obama reçoit le traitement Bob Woodward

A flawed election, but courageous voters

Iraq war resister marks one year since taking sanctuary in Vancouver church

Silence on Afghan elections a sign of lowered expectations

Will Britain beat Canada out of Afghanistan?

The disconnect between pipelines and transparency


Des membres du gouvernement afghan payés par la CIA


Protecting workers could complicate Afghan withdrawal

La fin des agences de sécurité privées complique la mission canadienne en Afghanistan

U.S. general says he isn't looking for a 'graceful exit' from Afghanistan

Guerre en Afghanistan - Petraeus entrevoit des «zones de progrès»

The war where public opinion marched out the door

Guerre en Afghanistan - Le retrait des troupes américaines en 2011 sera «limité», assure Gates

Karzai pressures Pakistan with veiled remarks on Taliban forces ‘elsewhere’

Une brèche ouverte
Dernières révélations de WikiLeaks - La pression s'accentue sur Washington
WikiLeaks to release another bombshell on war in Afghanistan

WikiLeaks révèle l'horreur ordinaire en Irak
Secrets afghans - Vraie fuite, ou fuite en avant ?
Les fuites d'une guerre en perdition en Afghanistan
We needed WikiLeaks - Globe Editorial

U.S. lawmakers challenge Obama after Afghan leak

Un impact indirect
Les petits papiers du Pentagone

Carnets de guerre - Détails inédits sur la réalité afghane
Washington et la coalition ébranlés par les carnets de guerre afghans
What do the leaked Afghanistan documents tell us?
Islamabad a joué double jeu avec Washington
Pakistani spy agency denounces leaked U.S. intelligence reports


A forceful entrance is easier than a graceful exit

L'échec - André Pratte
Afghanistan, Iraq and the limits of foreign intervention

Vers un consensus

La violence conjugale fait des ravages dans l'armée


La guerre aurait-elle donc fait oublier au Canada les valeurs démocratiques qui sont pourtant sensées lui être si chères ?...
Canadian soldier who shot unarmed Taliban avoids jail term

Quelle direction le Canada est-il donc en train d'emprunter, exactement ?...
Revue de presse - Doutes et histoire
Le Canada n’a pas le choix, estime Bob Rae

Les retombées garanties, un modèle en perdition


Les ratés du F- 35

Election 2011, a dark fiction

L'épreuve des faits - Un contrat pour les F-35?
Does Canada need next-generation stealth fighter jets?
The F-35: Not whether to buy it, but why

Des F- 35 deux fois plus chers que prévu

As the sub saga shows, sticker price is just a starting point - Jeffrey Simpson

There'll be no stealth in touting the F-35 - Jeffrey Simpson

Jeffrey Simpson on the politics of the F-35

L’achat de chasseurs furtifs par Ottawa: mauvaise idée, disent des experts
Stealth jets, brought to you by a spin machine on steroids - Jeffrey Simpson
Pourquoi le F-35?
Tories and Grits are as one on defence policy

The fear factor in national economics
Achat des F-35 - L'intégration militaire
F-35: une décision descendue en flammes
Just what we need: a $16-billion fighter jet - Jeffrey Simpson
Avions de chasse - La bagarre politique commence
The F-35 and our future: We need someone to watch over us


Retrait des troupes de Kandahar - L’armée va-t-elle retrouver son rôle traditionnel?

British PM opens door to Afghan withdrawal by 2011


Serions-nous donc en train de perdre la guerre dans laquelle nous avons pourtant tout investi ?...
Guerre en Afghanistan - 2010, l'année la plus meurtrière
Reports offer conflicting views of war in Afghanistan
La leçon afghane
Le Waterloo de l'OTAN?
L'ONU va favoriser le dialogue en Afghanistan
La mission canadienne: inutile ou essentielle?
La dérive afghane
Le verdict
Attaque désespérée

Afghan opium farming stable despite efforts to curb it: UN
Helicopter crash kills 9, makes 2010 deadliest year of Afghan war
Guerre en Afghanistan - La guérilla islamiste marque des points contre Washington
Guerre en Afghanistan - Pactiser avec le «diable» taliban?
For Canadians and Americans, Afghanistan has become a ‘bad war’
Zardari affirme que l'OTAN a perdu la guerre; la Maison-Blanche le contredit
Afghanistan: bilan mitigé malgré les milliards dépensés
Afghanistan: la grande offensive reportée à l'automne
L’ambassadeur canadien en Afghanistan est sceptique quant à la réconciliation
Le directeur de la CIA fait le point - La guerre en Afghanistan est «plus dure» que ce qui était prévu
Descente aux enfers

Serions-nous donc en train de nous ruiner pour une guerre que nous ne semblons même pas avoir pourtant la moindre chance de gagner ?...
Une note salée... même après le retrait des troupes

Et si la première victime de toute guerre ne pouvait être nulle autre que la population civile ?...
Pakistan - L'autre guerre des États-Unis s'est intensifiée en 2010


Le processus de Kaboul - La légende de Karzaï

Obama’s war hits an IED
Le renvoi du général McChrystal - Fin de partie
Le général McChrystal: une «bombe à retardement»
Stanley McChrystal devra s'expliquer aujourd'hui


Le terrible été afghan - Mario Roy

Just what is it we must see through in Afghanistan? - Jeffrey Simpson

Canadian outpost offers illustration of the Taliban’s grinding insurgency



L'Afghanistan des autres - Jocelyn Coulon


The insurgents will be back

Afghanistan: end of a debacle


En bref - L'OTAN veut responsabiliser les forces afghanes cette année


Le Canada ne répond pas aux besoins de la population afghane

Canada has more choices than all or nothing in Afghanistan


Afghanistan: les partis discutent de la mission canadienne


Mission en Afghanistan: 178 millions en médicaments

Rising tide of insurgency looms as Kandahar election nears

Les talibans plus populaires que jamais


Comment demander à une population d'endurer la guerre dont elle est la première victime, comme on ne fait que le prouver d'une façon toujours plus claire ?...
L'armée américaine admet une bavure


What is the warrior’s code?


L'armée aurait-elle une certaine tendance lourde à démontrer de la brutalité dans tout ce que celle-ci peut avoir de plus grossier ?...
Tuer pour s'amuser
Haschisch, alcool et barbarie
WikiLeaks site fills critically important need
«Regarde ces salauds morts»

... en plus d'avoir apparemment autant de facilité à démontrer la médiocrité dans tout ce qu'elle peut avoir de plus discréditant ?...
Les narco-tentations du «Cannabistan»
Bienvenue chez les Kafards



The Karzai government isn’t really in this fight - Jeffrey Simpson

Harper-Karzai rift reveals PM's deep doubts about Afghanistan

Ottawa prend ses distances avec le président Karzaï

Propos controversés d'Hamid Karzaï: «Inacceptable», pour Ottawa
La Maison-Blanche met Hamid Karzaï en observation

Les responsables de la commission électorale afghane démissionnent

Fraude en Afghanistan: Washington balaie les accusations de Karzaï

Karzai promises to consult tribal leaders ahead of NATO offensive

Torture des prisonniers et guerre en Afghanistan - Le temps de rendre des comptes

L'armée canadienne après 2011 - L'ONU voit le Canada au Congo, les États-Unis, en Afghanistan
Forces canadiennes - Les Canadiens favorables à l'Afghanistan après 2011

Afghanistan: Clinton espère un «soutien» canadien après 2011


Les coquelicots blancs incommodent la Légion royale canadienne

Armement nucléaire et désarmement
What we don’t remember on Remembrance Day - Gerald Caplan

La menace nucléaire pèse lourd
La Vierge Marie atomisée du Japon est devenue un symbole de paix
Pour la première fois, Hiroshima se souvient avec les Américains
Taking disarmament seriously

Comment neutraliser les bombes nucléaires
L'arme nucléaire aux mains des terroristes: «la plus grande menace»
Plaidoyer contre le terrorisme

La menace persiste - Jean Chrétien, Joe Clark, Ed Broadbent, Lloyd Axworthy
Toward a world without nuclear weapons - Jean Chrétien, Joe Clark, Ed Broadbent and Lloyd Axworthy



U.S. to press for Canada to keep troops in Afghanistan

Nouvel An persan: les Afghans souhaitent la paix

Can Canadian perfume help Afghanistan break its poppy habit?



Un rapport de l'UNICEF - Le pire endroit où naître : l'Afghanistan

La dette de l'Afghanistan réduite de moitié

L'arrivée des pays émergents permettrait-il aussi l'émergence d'une nouvelle approche en politique internationale ?...
Nucléaire iranien: double embarras

Brazil and Turkey rush to the middle
Lula entame une visite historique au Proche-Orient


If Ottawa fights a deficit, the military has no allies


Lettres - Vers un virage humanitaire

La recette irakienne fait son effet en Afghanistan

Le compte à rebours est commencé en Afghanistan


La guerre n'est-elle pas la première à démontrer à quel point il peut être vrai que ''l'union fait la force'' ?...
Sarkozy et Cameron inaugurent un partenariat militaire « historique »

Après tout, l'économie ne resterait-elle pas la garantie la plus fiable qu'on puisse encore trouver contre la guerre ?...
Perdant-perdant

The new U.S.-China tug-of-war
En bref - Wen Jiabao: le dialogue sino-américain est «très important»
2010: la Chine ne veut pas de conflit commercial avec les É.-U.

Peut-on vraiment prétendre que le risque d'une nouvelle Guerre Froide soit tout à fait inexistant ?...
Militarily, Beijing says one thing and does another
La Chine songerait à vendre la dette américaine  -  Nicolas Bérubé
États-Unis et Chine: la nouvelle guerre froide?
Pékin suspend ses relations militaires avec Washington

Et si le militarisme représente une réelle menace, les sanctions constituent-elles vraiment le meilleur moyen pour y faire face ?...
Impasse sur l'Iran - Jocelyn Coulon
Les sanctions contre l'Iran en 5 questions
Nucléaire iranien : La stratégie américaine n'est pas efficace, avertit Gates
Nucléaire: les menaces renforcent la détermination de Téhéran
La Corée du Nord n'a rien à craindre si elle renonce au nucléaire

«Il faut répondre à l'Iran par des sanctions politiques»
Les Iraniens écoperont, estiment des experts

... Ou ne risquent-elles pas surtout d'alimenter le cycle de la violence, comme toute mesure de guerre, par ailleurs ?...
L'Iran seule «chance de succès» d'Obama dans la région


Les plus grands espoirs pour un monde sans guerre ne résident-ils pas surtout dans l'émergence d'un nouveau climat de concertation et de dialogue entre les grandes puissances du monde, justement ?...
La Chine s'abstient de condamner le mandat d'arrêt contre Béchir
La Russie perd patience contre l'Iran
Les Occidentaux pensent avoir convaincu Pékin d'agir

Mais justement, pourrons-nous vraiment nous doter d'un ordre mondial digne de ce nom tant que subsisteront nos "petites" rivalités entre superpuissances ?...
Russia’s fuelling a risky Iranian gambit

Analyse - L'éloquent silence de Pékin sur l'Iran
La Chine s'oppose à de nouvelles sanctions contre l'Iran

Le moment serait-il donc venu pour la Chine de se demander si elle pourrait peut-être choisir un peu mieux ses amis ?...
The China-Korea puzzle

China cools toward North Korea as trade with South heats up
Can China keep its balance in East Asia?
Fini la déférence excessive - JACQUES LÉVESQUE
Accrochage entre la Chine et la Corée du Nord


India, surrounded


Hypocrisies afghanes
Le gouvernement néerlandais tombe sur l'Afghanistan

Les achats militaires ont aidé à intervenir en Haïti, dit Harper


«Les progrès sont trop lents» en Afghanistan, affirme Obama

Visite-surprise de Barack Obama en Afghanistan - Des fleurs et le pot pour Karzaï

Visite surprise en Afghanistan: Obama promet la victoire



Marjah n'est que le «prélude» à une vaste opération à Kandahar

Sortir du cercle vicieux afghan

Afghan offensive marred by civilian deaths
NATO's novel battle tactic spawns opposite effects

Offensive majeure dans le sud afghan
Afghanistan - Offensive majeure lancée contre les talibans

Et n'y aurait-t-il pas toujours un espoir pour la paix, en ce monde ?...
L'Inde tend la main au Pakistan





En bout de ligne, l'impérialisme peut-il vraiment mener à quoi que ce soit ?...
Tokyo and Washington bob and weave over shifting Asian order

What can we learn from the U.S. occupation of Haiti?
It's time to set the course for global zero

The dictator, his daughter, and millions in cash


Et se pourrait-il donc que la solution ultime ne puisse passer que par la négociation ?...
Afghanistan: la jirga demande la création d'une commission de paix pour négocier avec les talibans
Getting it right on peace and war
Afghanistan - La politique de la main tendue pourrait nuire aux pays alliés
Afghan endgame: From victory to compromise


Dangereuse ou dissuasive ?


Et pourtant, le désarmement pourrait-il vraiment n'être qu'une utopie ?....
L'avenir du nucléaire? Plus d'armes, moins de centrales



Prisonnier afghan battu: l'armée canadienne exige une enquête

Des bombes rudimentaires... et souvent indétectables


Les femmes kamikazes seront plus nombreuses

La guerre des drones
Les talibans frappent le coeur de Kaboul

Les anges gardiens du Pakistan

Reporters et soldats - Lysiane Gagnon

Des soldats britanniques ont-ils torturé et tué une grand-mère?

Et encore une autre guerre ?...
Le Yémen s’entend avec ses « amis »
Délicat rapprochement avec le Yémen
Le Yémen: un pays au bord de l'explosion
Pas d'envoi de troupes américaines au Yémen ou en Somalie
22 années d'ostracisme - Lysiane Gagnon
Le Yémen, une affaire arabe
Après le Yémen, quel autre pays ? - Jocelyn Coulon
Le Yémen contre Al-Qaeda
Le Yémen, la guerre de demain?
Un pays écartelé entre trois conflits

Et que dire de cette bonne vieille guerre au terrorisme, ainsi que des ratés de cette dernière, justement ?...
Bin Laden died in town best known as garrison for Pakistani military
La fin d’une longue traque
Djihad et lunettes roses
Trop et pas assez

At 7, a terror suspect
Un fouillis «top secret»
Al-Qaïda: dans un magazine près de chez vous
Une «terroriste» près de chez vous - Qui a peur de «Jihad Jane»?
Une loi clé de la lutte antiterroriste invalidée en Allemagne
Sécurité aérienne: Ottawa veut taxer les voyageurs
Sécurité aérienne: Ottawa alloue 1,5 milliard et veut augmenter les frais
Un prix Nobel en colère contre Londres

La lutte au terrorisme devrait-elle donc se faire aux dépens des droits des accusés, et notamment de la présomption d'innocence ? Ou autrement dit, la menace du terrorisme devrait-elle vraiment justifier que l'individu se voit dépouillé de tout recours pour faire face à l'arbitraire des États ?...
End the ordeal of Abousfian Abdelrazik

Abousfian Abdelrazik - Dans ses souliers
Sous l’oeil attentif de Washington
Put restraints on sharing of terror suspects’ names - Globe Editorial
Marqué au fer rouge par Guantánamo

Et que dire du terrorisme tout court, pendant qu'on y est ?...
L'ombre du Pakistan

Terror gives new meaning to neighbourhood watch - Globe editorial
A new threat: homegrown and high-tech

Quand Al-Qaïda recrute sur le web
Les groupes terroristes sont moins organisés qu'on ne le croit

Des sociétés américaines boycottent le pétrole des sables bitumineux d'Alberta
The terrorism arrests’ unlikely suspects

Terror plot would have brought Afghan war home to Canada


Faisal Shahzad: de fils de bonne famille à terroriste
Les aveux d'un terroriste amateur
Attentat raté: les enquêteurs explorent la piste étrangère
Restons calmes - Agnès Gruda


... et par ailleurs, qu'en est-il de la sécurité ?...
Le patron du renseignement américain annonce sa démission


Et si le terrorisme avait tout simplement passé de mode, après tout ?
Al-Qaeda has an image problem, needs a new name, Bin Laden wrote in letter

Le cadeau empoisonné d’Ayman al- Zawahiri

La guerre, no sir! - Lysiane Gagnon
La controverse prend de l’ampleur

D'espion à martyr

Requiem pour une journaliste - Michèle Ouimet
Une journaliste et quatre soldats tués à Kandahar

L'instinct de mort - Mario Roy
Afghanistan: la victoire impossible
Se préparer aux réalités afghanes... en Indiana
«Nous voulons juste aider»

 

Lutte contre les talibans: McChrystal prône la patience
Des renforts américains cette semaine L’insurrection des talibans gagne en intensité
 
Soutenu par Ottawa, aujourd'hui accusé de torture


Washington est «en train de perdre» en Afghanistan
Washington: pas de «protectorat permanent» en Afghanistan
Washington craint qu'Al-Qaïda ne se renforce au Yémen et en Somalie
Le général McChrystal sort de l'ombre - Richard Hétu

Plus réaliste et cohérente -  Justin Massie
Afghanistan: le commandant américain optimiste

Je n'ai pas tout compris - Pierre Foglia

Le pari d'Obama - Jocelyn Coulon
Accueil tiède pour la stratégie d'Obama - Richard Hétu
Plus de soldats, moins d'illusions - Mario Roy
La «bonne stratégie» d'Obama - Richard Hétu
«L'Afghanistan n'est pas perdu» - Richard Hétu
Afghanistan: Ottawa ne bronche pas

Voir aussi Moyen-Orient...
ainsi que  Et que dire de cette bonne vieille "guerre au terrorisme" ?...

Partir ou ne pas partir ?...
Obama ordonne l’application de sa nouvelle stratégie
Afghanistan: jusqu'à 5 000 soldats promis
Obama promet de «finir le boulot» en Afghanistan
Obama lèvera le voile mardi sur sa stratégie afghane


«Des sacs d'or» contre l'insurrection
La femme qui n'a peur de rien - Michèle Ouimet

Obama a la clé de l'avenir du Canada en Afghanistan, croit Hillier
Un président sur le fil du rasoir - Agnès Gruda

Armée américaine: record de suicides pour 2009
De l’armée... à la rue  -  André Duchesne


Secteur minier: le filon afghan

LE SOUS-SOL AFGHAN, UNE MINE D’OR ?

Pertes civiles
« Arrêtez de tuer des civils » , dit Karzaï
Guerre en Afghanistan - Les pertes civiles en augmentation


Karzai accused of trying to rewrite history

Ottawa dénonce une modification à la loi électorale afghane

Les États-Unis demandent des comptes à l'Afghanistan
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE AFGHANS  Des alliés embarrassants mais incontournables
La méfiance envers Karzaï force Obama à réviser ses options
L'Afghanistan dépasse l'Irak en matière de violence
OTTAWA  Le chef d’état-major fixe une échéance  -  Joël-Denis Bellavance
Afghanistan: Obama discutera de quatre options
Le Canada prépare le retrait des troupes  -  Joël-Denis Bellavance
Karzaï déclaré vainqueur. Et maintenant?
Abdullah se retire du second tour  -  Heidi Vogt
Afghanistan : La stratégie d’Obama se précise  -  RICHARD HÉTU
Afghanistan: Obama rencontrera les chefs militaires vendredi
AFGHANISTAN  Hillier s’en prend à l’OTAN
Le silence de Richard Holbrooke étonne
Dix-huit jours pour sauver la démocratie en Afghanistan
Renforts militaires: la décision d'Obama pourrait se faire attendre
Afghanistan: Obama continue à réfléchir
Un deuxième scrutin ne réglera rien  -  Agnès Gruda

Washington veut un partenaire "crédible" en Afghanistan
Élections en Afghanistan : Vers un second tour ?
Afghanistan : La nouvelle stratégie américaine sera connue dans quelques semaines
Rester ? Partir ? Le dilemme afghan  -  AGNÈS GRUDA

Barack Obama seul à décider  -  Laurent Lozano

Levée de boucliers contre l’expulsion des migrants afghans  -  Marc Thibodeau

PARIS 
Tollé autour d’un projet de vol nolisé pour renvoyer des Afghans
Élections en Afghanistan : Retentissant divorce à la mission de l’ONU 
Afghanistan Renforts accrus ?
Afghanistan Les alliés risquent « l’échec » sans renforts

Un bon fixeur  -  MICHÈLE OUIMET

Le poisson ou le poulet ?  -   PIERRE FOGLIA

Afghanistan : L’épine au pied  -  MARIO ROY
KABOUL  Karzaï serait majoritaire, mais le doute subsiste

L’impasse afghane  -  AGNÈS GRUDA
Ottawa ouvre la porte à l’immigration  -  Malorie Beauchemin

Les journalistes épiés en Afghanistan
L’OTAN demande à Ottawa de prolonger sa mission de combat en Afghanistan
N’envoyons plus de pères au front  -  Georges Lesueur

La démocratie afghane à la croisée des chemins  -  Laura-Julie Perrault

Frappe aérienne : L’enquête confiée à un Canadien  -  Laura-Julie Perrault

Le Pentagone « regrette » les pertes civiles
« On est en miettes »

Kandahar pleure ses morts  -  Daphné Cameron

Frappe meurtrière de l’OTAN en Afghanistan

Un chef du renseignement tué

Le taliban à dix   -  MARIO ROY

Afghanistan : « Maintenant, ils visent les gars à pied »

Afghanistan : Profilage journalistique

Afghanistan : 2009, année la plus meurtrière
La situation « se détériore », selon un amiral américain

Afghanistan–Canada, même fouillis? Un succès remarquable ? 
La démocratie progresse en Afghanistan  -  AGNÈS GRUDA


Le danger des urnes  -  MARIO ROY
Droits des femmes : l’Afghanistan a adopté sa loi controversée
Afghanistan : « Notre vie n’a fait qu’empirer »  -  Anne Nivat


Le fantasme afghan  -  Michèle Ouimet


SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN Les deux camps négocient un accord

DES BUREAUX DE VOTE DÉSERTS  -  Agnès Gruda
LES ÉLECTIONS DE TOUS LES DANGERS  - Anne Nivat
DANS L’OMBREDE KARZAÏ  -  Laura-Julie Perrault

La mission « la plus dangereuse »  -  AGNÈS GRUDA

Une farce électorale  -  AGNÈS GRUDA
UN SCRUTIN DÉJÀ TACHÉ DE SANG  -  Laura-Julie Perrault

Élections en Absurdistan  -  Michèle Ouimet

LES TALIBANS GAGNENT DU TERRAIN

LA DÉPUTÉE QUI REFUSE DE SE TAIRE  -  Mali Ilse Paquin

ÉTÉ SANGLANT POUR LES FORCES ALLIÉES  -  Martin Croteau

Le piétinement  ANDRÉ PRATTE


AFGHANISTAN : NOTRE PRESTIGE EN PÉRIL  -  Justin Massie


AFGHANISTAN Mariage et attentats


Y a-t-il vraiment encore des partisans de cette sale guerre ?...
Afghanistan: entre deux pires - Yves Boisvert


Et que se passe-t-il maintenant avec ce cher vieil Iraq ?...
Le dernier convoi
Pullout ‘with honour’ to be determined as Iraq faces future without Americans
Le retrait de l'armée américaine d'Irak - «C'est une réussite extraordinaire»
« Bienvenue au pays »

La Ville de Bagdad veut une indemnisation
Attentat à Bagdad - Le pion de l'Iran
L'accord politique irakien, résultat des influences étrangères
Irak: un gouvernement en vue, mais la sécurité?
Trompe-l'oeil
L'Irak, sept ans après - Triste bilan d'une guerre qui devait être «juste»
L'occupation américaine en Irak, un fiasco total
We’re glad we missed the Ottawa-Baghdad train - Jeffrey Simpson
Sept ans plus tard
En finir avec l'Irak
Guerre en Irak: «Il est temps de tourner la page»
Obama tourne la page en Irak
Barack Obama turns the page in Iraq, sets sights on sour U.S. economy

U.S. ends combat mission in Iraq
Retrait des troupes américaines - Obama sans triomphalisme sur l'Irak
Une guerre sans issue

Irak - La fin d'une guerre sans fin ?
Sans Saddam, mais sans gouvernement
Irak - Les banques privées veulent que l'État se retire du secteur
Attentats en Irak - Le chaos
What went wrong in Iraq? Most things.
Guerre en Irak - Les États-Unis se retirent
L'armée américaine quitte l'Irak: mission accomplie?

Last U.S. combat brigade leaves Iraq
Tensions en Irak - Regain du sectarisme
Irak - L'armée américaine cède sa dernière prison
Crise politique en Irak - La paralysie
Un pays déboussolé: l'Irak
Irak: Maliki échoue à ravir la 1re place des législatives
Imbroglio électoral en Irak : Allaoui songe à réclamer un nouveau scrutin
«Les Irakiens ont l'impression d'être retournés à la case départ»
Le retour du chirurgien irakien
Irak - Le laïc Iyad Allaoui sort vainqueur des élections
Élections en Irak: Iyad Allawi vainqueur

Irak - Le courant sadriste se renforce à la faveur du scrutin
Irak: le premier ministre en tête des élections dans 18 provinces
L'Irak ravive son rêve d'or noir

Iraqi PM leads vote count in Baghdad, election’s top prize
Fraud alleged on Iraq voting commission
Le dévoilement des résultats est retardé
62,4% des Irakiens ont voté
As Iraq's election approaches, the politics of fear dominates
Le courage des électeurs irakiens est salué à l'étranger

Iraqis cast ballots in election that will test fragile democracy
Les Irakiens votent pour en finir avec les violences communautaires
L'unité de l'Irak n'est pas au programme de la campagne électorale
Le retrait des troupes américaines d'Irak se fera selon le calendrier
Moins de 100 000 soldats américains en Irak, une première depuis 2003
Tony Blair, l'insaisissable
Irak: Tony Blair ne regrette rien
Revirement dans l'enquête sur l'Irak: Brown témoignera avant les élections
L'invasion de l'Irak était contraire au droit international
IRAK  Invasion illégitime
Blair continue de défendre l'invasion de l'Irak
«Il y a de la place pour tous» en Irak
GB: La commission sur l'Irak défend son indépendance
Le pire attentat en deux ans en Irak
Les attaques ont fait 15 morts hier en Irak  : La femme et les trois enfants d’un policier kurde assassinés
Bagdad compte ses morts  -  Mehdi Lebouachera
«La lutte pour le pouvoir est sans merci »  -  Alexandre Sirois

Les Irakiens fêtent le départ des Américains de leurs villes
IRAK Les Irakiens « sont prêts » pour le retrait des troupes
IRAQ : L’échéance du 30 juin  -  MARIO ROY
IRAK Retrait américain
 
...et si l'on prenait cette guerre dans son ensemble, en incluant donc ce qui peut se passer du côté du Pakistan ?...

L'autre casse-tête  -  MARIO ROY


Les frappes indisposent Islamabad

Les talibans du Pakistan décapités ?  -  Laura-Julie Perrault

PAKISTAN Offensive « généralisée »
PAKISTAN Éliminer les talibans
PAKISTAN Villageois contre talibans
PAKISTAN Réponse musclée

Le vent tourne contre les talibans du Pakistan - Laura-Julie Perrault
Reconquête de Mingora : L’étau se resserre sur les talibans
Pakistan Vallée de Swat - L’armée regagne du terrain
Pakistan Offensive contre les talibans : L’État vaincra, jure le président
Pakistan Vallée de Swat - Les talibans sont en fuite, selon l’armée
Talibans: Clinton «impressionnée» par les initiatives du Pakistan
PAKISTAN - L’armée passe à l’offensive contre les talibans
Islamabad à l’assaut des talibans
PAKISTAN - Le « traité de paix » boomerang
Baitullah Mehsud, taliban en chef

Voir aussi Peu d’espoir au Pakistan et auMoyen-Orient

Kaboul réécrit sa loi controversée sur le mariage

OFFENSIVE TERRESTRE EN AFGHANISTAN  Épreuve du feu pour la stratégie Obama

En Afghanistan, pas de quoi fêter -  VINCENT MARISSAL
Afghanistan « La position canadienne est claire »

Bombardements Les États-Unis reconnaissent la mort de civils
Afghanistan: 100 morts dans des frappes américaines
Fuir la vallée de Swat, pour ne plus «creuser de tombes»
Washington pourrait tenter de convaincre Ottawa de rester en Afghanistan après 2011


AFGHANISTAN  Appel au boycottage

L’Afghanistan dans une spirale de violences
AFGHANISTAN  Début d’une campagne présidentielle sous la menace des talibans
« Nouvelle réflexion » pour l’Afghanistan
Afghanistan : Les propos deMacKay font bondir l’opposition
Visite-surprise de Harper en Afghanistan
Pakistan : une zone de tempête -  JOCELYIN COULON
AFGHANISTAN  Même en période de crise, la mission est justifiée

Le « dossier Afpak » - MARIO ROY
Le cauchemar pakistanais  -  Michèle Ouimet

Voir aussi Moyen-Orient...

L'Iran est-il vraiment une menace ?...
The Sunni factor in Iran’s nuclear calculus

L'Iran sur le pied de guerre
L'Iran lance sa première centrale nucléaire
Nucléaire: Clinton s'attend à ce que l'Iran «sorte un tour»
Pour l'Occident, le «problème iranien» demeure entier
En bref - Les É.-U. à portée de l'Iran?
L'Iran incontournable
La Chine se rallie du bout des lèvres - Un pas de plus vers des sanctions contre l'Iran
La Chine prête à discuter du nucléaire iranien
Rencontre du G8: l'Iran dans le collimateur
Le G8 fait monter la pression sur Téhéran et Kaboul
Le Canada pour des sanctions contre l'Iran «si nécessaire»

Lula refuse de sanctionner l'Iran à l'ONU
Iran - Paris, Washington et Moscou s'inquiètent
L'Iran bluffe sur le nucléaire, estiment des experts
Les États-Unis renforcent leurs sanctions contre l'Iran
Le nucléaire iranien - L'ambiguïté
L'Iran fait fi des critiques et lance la production d'uranium hautement enrichi
Nucléaire iranien: Ahmadinejad rejette une date butoir
Téhéran défie la menace de sanctions et teste un missile
Nucléaire: des sanctions à l'ONU pour menacer l'Iran
L'Iran défie l'AIEA et produira de l'uranium enrichi
Nucléaire iranien: les États-Unis s'impatientent
Nucléaire: l'AIEA condamne l'Iran
Iran : de la « confrontation à la coopération »
Les Américains demandent, les Russes écoutent  -  Judith LaChapelle
Iran  Une « petite ouverture » saluée
Le nucléaire fait consensus en Iran  -  Laura-Julie Perrault
L’Iran bombe le torse  -  Agnès Gruda
Téhéran souffle le chaud et le froid
Discussion sur le nucléaire civil
Programme nucléaire iranien  ElBaradei se défend d’avoir caché des preuves

Voir aussi Moyen-Orient...

Et si tel est le cas, les sanctions représentent-elles vraiment le meilleur moyen pour y faire face ?...
Les Iraniens écoperont, estiment des experts

Et d'ailleurs, une application véritable des sanctions ne serait-elle pas un bon point de départ pour rendre celles-ci véritablement efficaces ?...
Washington a enrichi des entreprises liées à l'Iran


SOMALIE - Vers un nouveau bain de sang

Et qui a peur de la Corée du Nord ?...
En Corée du Nord, pas d’Internet mais la 3e armée de hackers du monde
The photos North Korea didn’t want you to see

Kim Jong-un’s western education unlikely to result in democracy for N. Korea - Editorial
Kim Jong-il’s death brings new opportunities – and new perils – to the U.S.
Une situation explosive

North Korea mourns dead leader, son hailed as "Great"
North Korean leader Kim Jong-il dead at 69

Vent de changement en Corée du Nord
Le « désastre » annoncé n’a pas eu lieu
Pakistan and North Korea live on the edge
Démonstration de force en mer Jaune
Pyongyang passe à l’attaque
Le spectre de la guerre

Kim Jong-il cleans house
L'ONU doit dénoncer l'attitude «inacceptable» de Pyongyang
Menaces nord-coréennes: l'énigme chinoise
Retour à un climat de guerre froide en mer Jaune
Caging North Korea is a delicate challenge
Grosse crise? Oui. La guerre? Peu probable.
Pyongyang rompt avec Séoul
Les deux Corées à couteaux tirés
La torpille qui a coulé la paix

Hillary Clinton arrive à Séoul en pleine crise coréenne

Séoul sanctionne Pyongyang
Le Nord "va payer le prix"
La preuve qui torpille Pyongyang
Un navire de guerre sud-coréen coule, 46 disparus
Kim Jong Il répète sa volonté de désarmer
Nucléaire: Pyongyang va continuer à coopérer avec Washington
Droits de l'Homme: Pyongyang ignore l'ONU

Le dernier vestige de la guerre froide
Affrontement naval: Washington met en garde la Corée du Nord
CORÉE DU NORD Offre de dialogue
Washington peut faire face à tout tir nord-coréen
La Corée du Nord hausse (encore) le ton
Pyongyang multiplie les provocations
CORÉE-DU-NORD Qui a peur de Kim Jong-Il? - AGNÈS GRUDA
Corée du Nord : Un régime peut-être pas si fou que ça… -  Agnès Gruda
Tirs de nouveaux missiles - DENOUVELLES SANCTIONS SONT INÉVITABLESCONTRE LACORÉEDUNORD

D’autres sanctions envisagées contre l’« État ermite »
La Corée du Nord hausse le ton

CORÉE DUNORD 
De père en fils... en petit-fils !


Or, les provocations de la Corée ne font-elles pas que rappeler le bras-de-fer qui peut avoir lieu entre les États-Unis et la Chine, quoique d'une manière un peu moins visible ?...
À la Chine de jouer

Corée du Nord - Washington rencontrera Séoul et Tokyo, mais pas Pékin
La Corée du Nord, l’alliée qui irrite la Chine
Only China can tame North Korea
Les États- Unis font pression sur la Chine

Et s'il doit y avoir une guerre, se pourrait-il qu'elle se produise plutôt sur le cyber-espace ?...
Les États-Unis seraient vaincus en cas de cyberguerre


... ou dans l'espace tout court ?...
Les ennemis attaqueront dans l'espace, croit un général de l'OTAN


Les journalistes doivent-ils être intégrés dans l'armée? - Michèle Ouimet


Plus de marines meurent dans des accidents de moto qu’en Irak
Un sergent en mission chez Google  -  Nicolas Bérubé

Les Forces canadiennes recrutent parmi d'anciens soldats


La guerre des boutons

Le vertige du néant - Mario Roy

Triturer l’Histoire  -  MARIO ROY
Voir aussi 2eme Guerre Mondiale : De la Russie et de l'art de réécrire l'histoire
2eme GUERRE MONDIALE , 70 ANS APRÈS : LE FRACAS ET LE SILENCE  -  Marc Tison


LE DEVOIR

Prévenir pour moins guérir

Contradictions afghanes
Sheila Fraser est inquiète de ce qu'elle a vu en Afghanistan
Pakistan - Islamabad refuse d'expulser les talibans afghans de son territoire
Mission afghane: Ottawa met 300 jours pour répondre aux demandes d'informations
Al-Qaïda au Yémen - La mutation

Par désespoir

Exclusion des sunnites en Irak - Le sectarisme chiite

Conséquences climatiques d'un éventuel conflit
nucléaire

Une étude canadienne propose une profonde réforme de l'OTAN



THE GAZETTE
Buying off the Taliban is no solution
Yemen needs help - the West should give it

GLOBE AND MAIL
***

L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE








Rooney: What Are We Doing In Iraq?



The U.N.'s Oil-for-Food Program -- and consequences for Iraq's civilian population





L’APRÈS-GUERRE - JOCELYN COULON

LeCanada est prêt à se réengager dans les opérations de paix
Dans un an, les troupes canadiennes vont entamer leur retrait d’Afghanistan après une décennie sur le terrain. L’effort pour rétablir la paix a été considérable: 140 morts et des dizaines de milliers de militaires qui ont acquis une solide expérience de combat, de pacification et de reconstruction. Que feront donc les forces armées après leur retrait? Elles sont prêtes à se réengager dans les opérations de paix, car celles-ci ont considérablement changé depuis 10 ans.
PHOTO KIRSTY WIGGLESWORTH, ARCHIVES AP L’expérience acquise par les troupes canadiennes en Afghanistan pourrait être d’une grande utilité dans ces opérations où la force peut être utilisée, et la mission et ses effectifs mieux défendus qu’auparavant.
Les Canadiens aiment à rappeler qu’ils ont inventé le «maintien de la paix» en 1956 lorsque Lester B. Pearson avait proposé la création d’une force de Casques bleus afin d’accompagner le règlement de la crise de Suez. Toutefois, aumilieu des années 90, le Canada amorce un virage vers des interventions plus robustes qui confinent à l’imposition de la paix. Le Canada fait la guerre. Il se détache de l’ONU pour s’engager dans des missions de l’OTAN.
On peut offrir deux explications à ce changement de politique. Premièrement, les échecs de la Somalie, de la Bosnie et du Rwanda traumatisent les Canadiens et lesOccidentaux qui ne font plus confiance à l’ONU pour gérer ou régler les conflits.
Deuxièmement, l’OTAN, mais aussi l’Union européenne et d’autres organisations, investissent le champ des opérations de paix avec des moyens supérieurs à ceux de l’ONU et la volonté d’utiliser la force pour éviter massacres et génocides.
Les opérations de paix entrent alors dans unepériodede grands bouleversements. L’ONU réagit aux échecs et à ladésaffectiondes Occidentaux en amorçant une vaste réforme de ses missions. Elle se dote d’une nouvelle structure, de nouveauxmoyens, et les États membres n’hésitent plus à confier aux Casques bleus des mandats plus robustes.
Pa ra l lèlement , l ’ ONU, l’OTAN, l’UE et d’autres organisations tissent des liens afin de travailler ensemble pour se partager le fardeau du maintien de la paix. Ce nouvel élan se fait sentir rapidement. En 1999, quelque 20 000 gardiens de la paix sont déployés de par le monde. Aujourd’hui, la transformation du paysage est stupéfiante: près de 200000 soldats de la paix, de différentes organisations internationales, oeuvrent dans 40 missions sur cinq continents.
Compte tenu de ces transformations, il est dans l’intérêt national canadien de se réengager dans les opérations de paix. Une étude de la RAND Corporation, aux États-Unis, portant sur l’expérience de l’ONU dans huit missions de paix complexes, a conclu que sept de ces théâtres d’opérations connaissent la paix. Le Canada a participé, à des degrés divers, à toutes ces missions et est donc en droit d’en partager le succès. Quelques dizaines de millions de personnes vivent désormais en paix: ce n’est pas rien.
Sur le plan international, le Canada en tire un grand prestige en plus d’atteindre un des objectifs fondamentaux de sa politique étrangère: maintenir la paix afin d’assurer sa sécurité et sa prospérité.
Au cours des 10 dernières années, les gouvernements canadiensontpréféréengagerleCanada dans des interventions militaires en dehors du cadre de l’ONU et, dans le cas particulier de l’Afghanistan, dans unemission de lutte anti-insurrectionnelle. Ce choix est parfaitement légitime. Mais les Canadiens et leurs élites doivent aussi se rappeler que Pearson a laissé un héritage dont l’étonnante transformation et la grande vitalité surprennent. Le monde entier fait dorénavant des opérations de paix – ancienne comme nouvelle version – un de ses instruments par excellencepour lagestionoule règlement des conflits.
Le Canada n’a donc plus rien à craindre des nouvelles opérations de paix de l’ONU, d’autant plus que l’expérience acquise par ses troupes en Afghanistan pourrait être d’une grande utilité dans ces opérations où la force peut être utilisée, et la mission et ses effectifs mieux défendus qu’auparavant. Il est temps de se réengager.




Fini la déférence excessive -
JACQUES LÉVESQUE
Obama fait pression sur la Chine pour voter des sanctions contre l’Iran
Obama a réussi à détacher provisoirement Moscou de son partenariat stratégique avec la Chine.
Le Conseil de sécurité de l’ONU pourra-t-il dans les prochaines semaines voter des sanctions paralysantes ( crippling), comme le demande l’administration Obama, pour contraindre l’Iran à finaliser l’accord provisoire d’échange de son uranium enrichi conclu l’automne dernier ? Tout dépend de la Chine.
Jusqu’à maintenant, la Russie et la Chine s’étaient toujours entendues et avaient réussi, grâce à leur droit de véto, à limiter ces sanctions à un strict minimum. Or, sur le dossier iranien, Obama a réussi à détacher provisoirement Moscou de son partenariat stratégique avec la Chine. Un accord américano-russe de réduction des armements nucléaires stratégiques assez favorable pour la Russie est sur le point d’être conclu. Il permettrait à la Russie de maintenir une parité relative qui reste le principal vestige de sa puissance et auquel elle demeure très attachée. De plus, l’extension de l’OTAN à la Géorgie et à l’Ukraine, qui était la principale pomme de discorde entre Washington et Moscou, n’est plus à l’ordre du jour.
Malgré les demandes répétées et publiques adressées par Washington à la Chine pour qu’elle se joigne aux sanctions, celle-ci continue à ce jour de s’y opposer. L’annonce faite à Washington le 31 janvier de l’accord pour une vente d’armements de 6,4 milliards de dollars à Taïwan, suivie de la récente réception du dalaï-lama par Obama malgré les véhémentes protestations de Pékin, ne sont pas des accidents de parcours.
Le Département d’État américain a fait savoir discrètement, mais clairement, qu’il s’agissait là d’envoyer un message de fermeté et de marquer la fin d’une déférence « excessive » à l’endroit de la Chine. La nouvelle fermeté de Washington vise clairement à la pousser à se joindre à des sanctions à l’encontre de l’Iran. À la fin de janvier, Hillary Clinton menaçait publiquement la Chine « d’isolement diplomatique » si elle ne se joignait pas aux sanctions. Il est permis de douter sérieusement que les États-Unis aient désormais les moyens d’y parvenir.
L’Iran est le second fournisseur de pétrole de la Chine. Celle-ci a investi
Il sait fort bien qu’advenant une telle éventualité, l’Iran a les capacités d’aggraver dramatiquement la déstabilisation chez ses voisins immédiats que sont l’Irak et l’Afghanistan, d’où il veut dépêtrer les États-Unis.
Obama sait aussi que des conséquences similaires s’en suivraient au Liban et ailleurs et ruineraient définitivement toutes les chances de succès de la nouvelle politique qu’il voulait mettre de l’avant au ProcheOrient. On est bien conscient de tout cela non seulement à Pékin, mais aussi à Téhéran où on se permet en conséquence de faire monter les enchères pour un accord éventuel avec les États-Unis.
À défaut d’une coopération de la Chine pour des sanctions via l’ONU, on envisage à Washington d’agir en dehors du cadre de celle-ci pour en des milliards dans le secteur pétrolier iranien visé par les sanctions envisagées à Washington. Pour faire pression sur la Chine, Washington lui fait valoir que si elle ne se joint pas à des sanctions, Israël risque fort de procéder unilatéralement à des bombardements sur l’Iran.
La « menace » est pour le moins ironique et paradoxale lorsqu’on sait qu’Obama déploie tous les efforts pour dissuader Israël de le faire et pour obtenir des garanties à cet effet. appliquer de concert avec ses alliés occidentaux.
Sans écarter l’option militaire à laquelle on répugne fortement, on rêve maintenant à Washington, comme à l’époque de Bush, à un changement de régime en Iran. On pense au Département d’État qu’avec la montée de l’opposition dans le pays, des sanctions « paralysantes » et bien ciblées entraîneraient un soulèvement populaire contre le régime… Il reste à voir si on passera du rêve à la réalisation du cauchemar.

La Chine songerait à vendre la dette américaine  -  Nicolas Bérubé
LOS ANGELES — Des généraux de l’armée chinoise ont laissé entendre que leur pays serait prêt à sortir l’artillerie lourde pour défier les ÉtatsUnis: vendre des bons du Trésor américain.
PHOTOSAUL LOEB, ARCHIVES AFP Durant sa visite en Chine l’automne dernier, Barack Obama a montré au monde que les États-Unis avaient bien peu de leviers pour faire valoir leurs intérêts en Chine. LesChinois ont paradé le président américain comme ils l’entendaient, décidant de son horaire, restreignant ses déplacements. Obama avait comme objectif de convaincre le président Hu Jintao de mettre fin à la dévaluation du yuan. Il est rentré lesmains vides.
C’est la vente de 6,4 milliards en armes à Taïwan par Washington qui a soulevé l’enjeu ce mois-ci.
« Notre riposte ne devrait pas être limitée aux aspects militaires, a expliqué Luo Yuan, un officiel de l’Académie des sciences militaires de Pékin, cité par le service de presse gouvernemental Xinhua. Nous devrions adopter une série de mesures économiques, militaires, diplomatiques, qui vont au coeur du problème. Par exemple, nous pourrions sanctionner (les États-Unis) au niveau économique, en liquidant des bons du Trésor. »
Une mise en vente des bons du Trésor pourrait faire baisser la valeur de ceux-ci et les rendre moins attrayants, mettant Washington dans une situation difficile.
Le gouvernement chinois possède 798,9 milliards en bons du Trésor américain, ce qui en fait son créditeur international principal.
Acheter des bons du Trésor (une part de la dette américaine) est traditionnellement perçu comme un investissement sécuritaire. Ces produits financiers sont garantis par le pouvoir de taxation des États-Unis, la première économie mondiale.
Mais la Chine pourrait y penser à deux fois avant de vendre ses bons. Une dépréciation de ceux-ci nuirait en effet aux finances de Pékin.
Discussions « difficiles »
Barack Obama s’est par ailleurs ditprêt, cette semaine, à lancer « de très sérieuses négociations » avec la Chine au sujet de la valeur de sa devise, le yuan.
« Mon but cette année est de convaincre la Chine qu’il est dans son propre intérêt de permettre au yuan de prendre de la valeur car, honnêtement, son économie est potentiellement en train de surchauf fer », a dit le président en entrevue avec Bloomberg News.
Le président a admis que de telles discussions s’annonçaient « difficiles ».


Le Yémen s’entend avec ses « amis »
À Londres, Sanaa promet des réformes économiques en échange de l’appui de la communauté internationale dans sa lutte contre Al-Qaeda.
LONDRES — « Ce qui se passe au Yémen nous touche tous de façon très directe. » Hillary Clinton a résumé ainsi l’importance du sommet sur le Yémen qui s’est tenu hier à Londres. Le pays arabe est devenu la nouvelle ligne de front du terrorisme depuis l’attentat raté contre un vol Amsterdam-Detroit le 25 décembre dernier.
PHOTO BEN STANSALL, AFP Des partisans de l’indépendance du Sud-Yémen ont manifesté hier à Londres tandis que se réunissait le gratin politique.
Une vingtaine de pays, dont le Canada, se sont rencontrés dans la capitale britannique pour préparer avec le Yémen un plan d’attaque contre la menace d’Al-Qaeda. La nébuleuse terroriste compterait jusqu’à 300 combattants dans ce pays.
Une approche globale des causes de l’effervescence extrémiste est la clé de la réussite, a constaté le ministre des Affaires étrangères britannique, David Miliband. L’instabilité sociale, économique et politique du pays le plus pauvre du MoyenOrient en font une véritable poudrière.
« Les dirigeants d’Al-Qaeda cherchent à exploiter l’instabilité où ils le peuvent », a rappelé M. Miliband, en référence notamment à la guerre civile dans le nord du pays et au mouvement souverainiste du Sud.
« Nous reconnaissons que la voie militaire n’est pas la seule solution à tous ses problèmes, a dit de son côté Hillary Clinton. Les Yéménites doivent décider de leur propre avenir. »
Le Yémen a accepté de mettre en oeuvre des réformes économiques proposées par le Fonds monétaire international.
Les pays donateurs du Yémen se réuniront les 22 et 23 février dans le pays voisin, l’Arabie Saoudite. La communauté internationale avait promis plus de 4,7 milliards de dollars américains en 2006. La majeure partie de cette somme se fait toujours attendre.
Environ 45% des 22 millions de Yéménites vivent avec moins de 2$ par jour.
D’autre part, un nouveau groupe de travail baptisé Les Amis du Yémen aidera la république à appliquer ses réformes.
« Le Yémen doit faire plus, a prévenu Mme Clinton. Les États-Unis et les autres pays doivent aussi faire plus, par exemple en l’aidant à sécuriser ses frontières et à promouvoir son unité nationale. »
LeWashington Post a confirmé hier que des unités spéciales de l’armée américaine aident le gouvernement du Yémen à combattre Al-Qaeda. Six des 15 chefs de la cellule auraient été tués.
Clinton et Miliband ont tout de même indiqué hier qu’il n’y avait pas de solution à court terme. « La réunion a été un pas réussi dans ce qui devra être un long chemin », a écrit David Miliband dans son blogue en fin de journée.




La controverse prend de l’ampleur
La controverse entourant la mort de 10 civils, qui auraient été tués par les forces étrangères en Afghanistan, a pris de l’ampleur hier avec la publication d’un rapport officiel confirmant ces accusations, et des manifestations antioccidentales à Kaboul et à Jalalabad. Deux jours après avoir accusé ses alliés occidentaux d’avoir tué 10 civils, dont huit adolescents, le président afghan Hamid Karzaï a enfoncé le clou en publiant un rapport d’enquête donnant quelques détails sur l’incident qui aurait eu lieu samedi dans la province instable et reculée de Kunar. Mais selon un officier américain à Asadabad, la capitale de la province de Kunar, aucune des personnes tuées n’était «innocente»



Afghanistan: la victoire impossible
Les deux tiers des Canadiens jugent impossible une victoire dans la guerre en Afghanistan, malgré l’envoi prochain de 30 000 soldats américains supplémentaires, selon un sondage publié hier. Seulement 34% des répondants sont d’avis contraire, indique ce sondage Ipsos Reid réalisé pour le groupe de presse CanWest et la chaîne de télévision privée Global National. La marge d’erreur du sondage, réalisé les 9 et 10 décembre auprès de 1038 répondants, est d’environ 3,1%.

Le 11 septembre, événement de la décennie
Les attentats terroristes du 11 septembre 2001 à New York et Washington représentent l’événement marquant de la première décennie du XXIe siècle aux yeux des Canadiens, selon une enquête d’opinion. Selon ce sondage La Presse Canadienne-Harris Décima, 43% des Canadiens interrogés ont opté pour cet événement, soit deux fois plus que l’élection du premier président noir aux États-Unis, en 2008. Le sondeur Doug Anderson pense d’ailleurs que la grande majorité des Canadiens se rappellent exactement où ils se trouvaient et ce qu’ils faisaient lors de ces attentats. M. Anderson rappelle que cette tragédie continue d’avoir des répercussions sur la vie des citoyens au pays, puisqu’elle a mené à la guerre en Afghanistan, dans laquelle le Canada est toujours engagé.



Des renforts américains cette semaine L’insurrection des talibans gagne en intensité
KABOUL — Les premiers des 30 000 soldats envoyés en renfort en Afghanistan par le président Barack Obama arriveront cette semaine pour combattre une insurrection de plus en plus liée à Al-Qaeda, a annoncé hier le chef d’état-major intera r mées des Ét ats-Uni s , Michael Mullen.
« Des marines de Camp Lejeune ar r iveront cet t e semaine », a déclaré à la presse l’amiral Michael Mullen, le plus haut gradé de l’armée américaine, en visite à Kaboul.
Située en Carol i ne-duNord, Camp Lejeune est la plus importante base du corps des marines. Un contingent de 1500 marines doit être déployé dans la province du Helmand, bastion des talibans dans le Sud afghan.
Le président américain avait annoncé le 1er décembre l’envoi de 30 000 soldats américains en renfort des plus de 113 000 militaires des forces internationales déjà présents en Afghanistan, afin de tenter d’endiguer l ’ i nsur rection des talibans, qui gagne du terrain et en intensité.
Avec cette escalade, les forces américaines, qui constituent près de 70% des forces i nternationales déployées dans le pays, dépasseront les 100 000 soldats.




Plus réaliste et cohérente -  Justin Massie
La politique afghane du président Obama tranche avec la position plus ambitieuse du gouvernement Harper
Le discours du président américain Barack Obama explicitant la politique afghane des États-Unis pour les deux prochaines années permet de contraster celle-ci avec celle adoptée par le gouvernement Harper. Par la voie de son ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, le Canada s’est dit « ravi de la complémentarité » entre les objectifs américains et canadiens en Afghanistan. Or la politique afghane des États-Unis se veut beaucoup plus réaliste et cohérente, et définitivement moins ambitieuse que celle du Canada, aussi étonnant que cela puisse paraître.
L’objectif des États-Unis est le même depuis octobre 2001 : « déstabiliser, démanteler et vaincre Al-Qaeda et ses alliés extrémistes », c’està-dire les talibans situés en Afghanistan et au Pakistan. Quant au Canada, il s’agit, toujours selon M. Cannon, de « construire une société stable, démocratique et capable de prendre sa destinée en main ». Notons d’abord l’omission du Pakistan des considérations canadiennes ( Islamabad est pourtant au coeur de la politique américaine), et surtout l’illusion du gouvernement Harper que l’OTAN souhaite et sera en mesure d’établir une démoc ratie autonome en Afghanistan d’ici 2011.
C’est que M. Obama rejette la vision canadienne, qui met l’accent sur la protection des femmes et des enfants, ainsi que sur la reconstruction politique et socioéconomique de l’Afghanistan. Dans les mots du président américain: « Je rejette ce scénario parce qu’il établit des buts qui dépassent ce qui peut se réaliser à un coût raisonnable et ce que nous devons réaliser afin de défendre nos intérêts. »
Car pour atteindre un tel objectif, conforme aux soidisant valeurs humanitaires des Canadiens, il faudrait un engagement politico-militaire indéterminé dans le temps, un investissement économique et des renforts civils et militaires qui dépassent les capacités américaines. Comment le Canada peut-il émettre des tels objectifs alors que même les États-Unis ne sont pas en mesure de les atteindre? La question demeure ouverte, mais l’on peut supposer qu’il s’agit, pour le gouvernement Harper, d’une stratégie de communication plutôt que d’une politique afghane cohérente et articulée comme telle.
Pour atteindre l’objectif de contrer Al-Qaeda et ses sympathisants talibans, le président américain écarte également la stratégie d’empreinte légère, consistant à un retrait du gros des troupes américaines au profit de frappes ciblées contre les insurgés. Il préfère le déploiement rapide de renforts au cours de 18 prochains mois afin d’établir les conditions favorables au retrait éventuel des militaires américains: former l’armée et la police afghanes, sécuriser les principaux foyers de population, ainsi que lutter contre le narcotrafic, principale source de revenu pour les insurgés.
Là où Obama se distingue de George W. Bush et se rapproche du premier ministre canadien, c’est par son désir de fixer une date de retrait des forces américaines. Tout en prenant soin de préciser que les conditions sur le terrain pourraient modifier sa stratégie de retrait et qu’il n’est pas question d’abandonner les Afghans à eux-mêmes ensuite, Obama fixe à juillet 2011 le début de retour à la maison des soldats américains. Il s’agit précisément de la même date prévue pour le début du retrait des Forces canadiennes. Harper avait-il donc raison de rejeter la conclusion de la commission Manley et de faire volte-face en annonçant le retrait des militaires canadiens à partir de l’été 2011 et ce, près de deux ans avant son homologue américain? Une nuance majeure s’impose: Harper ne considère pas que la situation sur le terrain importe pour le retrait des militaires canadiens.
Quant à la nécessité de renforts afin d’atteindre l’objectif que se fixe l’administration Obama, Harper est aussi catégorique : toute augmentation des forces étrangère se fera sans le Canada. Le gouvernement fédéral préconise une stratégie que récusent les États-Unis, qui consiste à espérer que le statu quo se transforme miraculeusement en situation favorable à l’OTAN.




Obama ordonne l’application de sa nouvelle stratégie
WASHINGTON — Ba r a c k Obama a ordonné l’application de sa nouvelle stratégie en Afghanistan sans attendre de dévoiler la décision la plus risquée de sa présidence: l’envoi probable de dizaines de milliers de soldats américains dans une guerre meurtrière.
Dès dimanche, M. Obama « a communiqué sa décision finale dans le bureau Ovale en ce qui concerne la stratégie et a donné ses ordres pour ce qui est de la mise en oeuvre de la stratégie », a dit son porteparole, Robert Gibbs.
Hier et aujourd’hui, il doit passer une bonne part de son temps en vidéoconférence ou au téléphone avec ses partenaires étrangers, jusqu’au grand discours de ce soir, à West Point.
Devant les élèves de la plus prestigieuse école militaire américaine, il devrait alors dire publiquement à 20 h qu’il a fait le choix dangereux de l’escalade.
Le président pour r a i t annoncer l’envoi d’environ 30 000 soldats supplémentaires et appeler les alliés des États-Unis à envoyer eux aussi des renforts. Et il devrait expliquer à des Américains de plus en plus hostiles à cette guerre comment il s’y prendra pour que le déploiement ne tourne pas à l’enlisement.
Il y avait environ 35 000 soldatsaméricainsenAfghanistan quand M. Obama a pris ses fonctions. Ils sont aujourd’hui environ 68 000 après une première augmentation des effectifs en février.
Une « guerre nécessaire »
Il s’agit peut-être de la décision la plus difficile de sa présidence. M. Obama a hérité du conflit, mais c’est pour lui une « guerre nécessaire ». Il a beaucoup plus à y perdre qu’à y gagner, disent les experts.
Le scepticisme est désormais majoritaire chez les Américains quant à la nécessité de cette guerre qui, loin de paraître prendre fin après plus de huit ans, connaît son année la plus meurtrière.



De l’armée... à la rue  -  André Duchesne
Bien au fait de ce que vivent les militaires canadiens sur les routes et dans les villages d’Afghanistan, le gouvernement fédéral perd leur trace lorsqu’ils se retrouvent... à la rue, dans une grande ville canadienne. C’est pourquoi le ministère des Anciens combattants a lancé hier une campagne visant à identifier, retrouver et aider ceux qui seraient devenus sans-abri.
Premier champ de bataille: les rues de Montréal. Mais ce n’est qu’une question de semaines avant que l’initiative ne s’étende à d’autres grandes villes.
En conférence de presse hier matin au café L’Itinéraire, le ministre des Anciens combattants, Greg Thompson, a admis que le phénomène est mal connu. Il a reconnu que son ministère était incapable, pour le moment, d’évaluer le nombre d’anciens soldats qui se retrouvent dans une telle situation.
Lorsque des anciens combattants seront identifiés, ils pourront, s’ils le désirent, être dirigés vers le Ministère pour bénéficier de programmes qui leur sont destinés.



LE SOUS-SOL AFGHAN, UNE MINE D’OR ?
L’Afghanistan, l’un des pays les plus pauvres du monde, a dans son sous-sol des ressources pétrolières et minérales estimées à un millier de milliards de dollars, a affirmé hier son président Hamid Karzaï. Le pays pourrait devenir l’un des plus riches du monde si on l’aidait à exploiter ces gisements, a déclaréM. Karzaï à des journalistes. « J’ai une très bonne nouvelle pour les Afghans. Les premiers chiffres que nous avons montrent que nos gisements valent un millier de milliards de dollars. Pas un millier de millions, mais un millier de milliards », a-t-il dit. Cette estimation, a-t-il indiqué, provient d’une étude réalisée par l’Institut de géophysique américain (USGS), qui doit être achevée « dans deux mois ». – D’après l’AFP



LES SEIGNEURS DE LA GUERRE AFGHANS 
Des alliés embarrassants mais incontournables
LES SEIGNEURS DE LA GUERRE AFGHANS
KABOUL— Ils ont combattu les Soviétiques, renversé les talibans aux côtés des États-Unis, soutenu le gouvernement de Kaboul, mais aussi massacré sans vergogne. Alliés embarrassants du président Karzaï, les tout-puissants chefs de guerre représentent désormais le principal obstacle à la paix et l’éradication de la corruption en Afghanistan.
Le président Karzaï (au centre) a pris deux anciens chefs de guerre pour vice-présidents, malgré l’opposition de Washington: Mohammed Qasim Fahim (à gauche) et Karim Khalili (à droite). Human Rights Watch a recueilli des témoignages accusant des milices aux ordres de Mohammed Qasim Fahim et Karim Khalili de meurtres, pillages et enlèvements dans les années 90.
« On ne peut pas bâtir un nouveau système politique avec une vieille classe politique accusée de crimes de guerre. On ne peut pas avoir la paix sous le contrôle des seigneurs de la guerre», dénonce Ramazan Bashardost, arrivé lointain troisième à l’élection présidentielle de 2009, finalement remportée par Hamid Karzaï.
Choisi en 2002 par les chefs tribaux pour diriger l’administration transitoire posttalibans, puis élu en 2004, le président Karzaï a pris deux anciens chefs de guerre pour vice-présidents, malgré l’opposition de Washington: Mohammed Qasim Fahim et Karim Khalili.
Son chef d’état-major des armées, le général Abdul Rachid Dostom, est quant à lui un puissant seigneur de la guerre ouzbek, accusé notamment d’avoir fait mourir jusqu’à 2000 talibans dans des conteneurs fermés pendant l’invasion de l’Afghanistan fin 2001, selon un rapport du département d’État américain. L’intéressé nie toute responsabilité et a apporté de précieux votes ouzbeks à Karzaï.
Les seigneurs de la guerre se considèrent comme des patriotes qui défendent leur groupe ethnique dans les nombreuses zones du pays que le gouvernement de Kaboul ne contrôle pas, ou mal. S’ils se sont aussi battus entre eux, ils continuent de se présenter comme des moudjahidin menant une guerre sainte, comme du temps de l’invasion soviétique (1979-1989).
Hamid Karzaï, issu de l’ethnie pachtoune majoritaire, a recherché leur soutien pour asseoir son fragile pouvoir, se faire réélire et nouer des alliances avec d’autres groupes ethniques.
Mais Washington et ses alliés s’inquiètent désormais de leur puissance, qui sape l’autorité de Kaboul. Comment demander aux Afghans de respecter la loi, payer leurs impôts et soutenir le gouvernement central quand ce dernier est dominé par des hommes ayant acquis pouvoir et fortune par la violence et les trafics ?
La guerre s’éternisant et les pertes militaires se multipliant en Afghanistan, les Occidentaux exigent de Karzaï qu’il débarrasse son gouvernement de la corruption et des chefs de guerre. « Je ne suis pas prêt à mettre en danger les vies d’hommes et de femmes britanniques pour un gouvernement qui ne combat pas la corruption », prévenait vendredi dernier le premier ministre britannique Gordon Brown. Le président américain Barack Obama a enfoncé le clou en insistant pour que les promesses de réforme soient suivies d’actes.
Impunité
Les Afghans semblent sur la même ligne : 76% d’entre eux estiment que le pays gagnerait en sécurité si les criminels de guerre étaient traduits en justice, contre 8% qui pensent le contraire, selon un sondage de la Commission indépendante afghane des droits de l’homme auprès de 4151 personnes.
L’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch demande que plusieurs hauts responsables du régime Karzaï soient jugés pour crimes de guerre, tout comme le chef taliban le mollah Omar ou le chef insurgé Gulbuddin Hekmatyar. Elle a recueilli des témoignages accusant notamment des milices aux ordres de Mohammed Qasim Fahim et Karim Khalili de meurtres, pillages et enlèvements dans les années 90.
Les choses ne sont pas si simples, rétorque le porteparole de Karzaï, Humayun Hamidzada, affirmant que la participation de tous les acteurs de la société aux plus hautes responsabilités est cruciale pour la stabilité du pays.
Hamid Karzaï a tenté de limiter le pouvoir des chefs de guerre, mais les écarter du gouvernement ou les traduire en justice risquerait d’enflammer les tensions ethniques et de lui aliéner les potentats régionaux dont le soutien est fondamental pour lutter contre l’insurrection.
En outre, selon un rapport du Centre sur la coopération internationale de l’Université de New York, la coalition de l’OTAN s’appuie elle-même sur des milices obéissant à des chefs de guerre locaux, dont certains sont accusés de violations des droits de l’homme et de trafic de drogue.
Ces circonstances alimentent un climat d’impunité qui touche toute la société afghane : soldats et policiers inféodés aux seigneurs de la guerre pratiquent enlèvements, extorsion de fonds, vol ou viol de femmes, fillettes et garçons, selon des organisations de défense des droits de l’homme.


OTTAWA  Le chef d’état-major fixe une échéance  -  Joël-Denis Bellavance
OTTAWA — Faute d’obtenir de nouvelles directives du gouvernement Harper dans les prochains mois, le chef d’état-major des Forces armées canadiennes, le général Walt Natynczyk, rapatriera tous les soldats canadiens actuellement déployés en Afghanistan au plus tard en juillet 2011.
Dans une entrevue diffusée sur le réseau CBC mardi soir, à la veille des cérémonies du jour du Souvenir, le grand patron des Forces armées canadiennes a été on ne peut plus clair.
S’il veut respecter la motion adoptée par la Chambre des communes au printemps 2008, qui a permis de prolonger la mission de combat des troupes canadiennes en Afghanistan jusqu’en 2011, aucun des 2800 soldats qui s’y trouvent ne pourra y demeurer.
« La motion stipule que la mission militaire doit prendre fin en juillet 2011. Ce sont les termes de la motion. Quant à moi, c’est assez clair. Nous, aux Forces armées, nous effectuons des missions militaires », a déclaré le général Natynczyk.
Des ministres du gouvernement Harper, dont le ministre de la Défense, Peter MacKay, ont évoqué la possibilité de maintenir un contingent réduit en Afghanistan après 2011 pour accomplir du travail humanitaire, appuyer les efforts de reconstruction, continuer à former les troupes afghanes ou assurer la protection ou la sécurité des travailleurs humanitaires.
Or, l’Afghanistan demeure un pays dangereux et hostile, et les soldats canadiens peuvent difficilement faire leur travail sans mandat militaire, selon le général Natynczyk.
« Actuellement, nous assurons une protection, nous assurons la sécurité, nous permettons aux autorités de gouverner, nous permettons la croissance, nous formons des troupes. Mais notre mandat est un mandat de sécurité et de protection. C’est une mission militaire», a affirmé le général.
Le gouvernement Harper devra donc faire connaître ses intentions assez rapidement aux commandants des Forces armées si l’on veut maintenir des soldats en sol afghan. Car le rapatriement des troupes et le déménagement de l’équipement militaire risquent de prendre des mois, voire plus d’une année. La planification de ce retour au pays est déjà entamée.
À la lumière des propos du général Natynczyk, les trois partis de l’opposition ont réclamé hier la tenue d’un débat le plus rapidement possible à la Chambre des communes sur le rôle du Canada en Afghanistan après 2011.
Le critique libéral en matière de défense, Ujjal Dosanjh, a accusé les conservateurs de Stephen Harper d’entretenir la confusion et l’ambiguïté au sujet du rôle du Canada au-delà de 2011.
« Le ministre MacKay et d’autres ministres entretiennent la confusion. Ils croient qu’un certain nombre de soldats pourraient devoir demeurer là-bas pour protéger ceux qui font du travail humanitaire et du développement. Si telles sont leurs intentions, ils doivent le dire aux Canadiens. Ils doivent proposer une nouvelle motion pour qu’on puisse en débattre aux Communes. Nous devons bien cela à nos soldats», a dit M. Dosanjh.
Ce débat doit avoir lieu au plus tard au début de 2010, selon le député libéral.
Le député bloquiste Claude Bachand abonde en ce sens: «Nous ne sommes pas contre le fait que des soldats demeurent en Afghanistan après 2011 pour une mission humanitaire ou pour la reconstruction. Mais il faut un débat et je pense que la population est prête à avoir un débat là-dessus.»
Pour sa part, le député du NPD Paul Dewar a affirmé que son parti appuie le retrait total des troupes en 2011. Il a précisé que le Canada devrait mettre plus d’efforts à trouver une solution diplomatique à la guerre actuelle en invitant d’autres pays comme la Russie, la Chine et l’Inde à jouer un rôle.
Depuis 2002, 132 soldats, deux travailleuses humanitaires et un diplomate canadiens ont été tués en Afghanistan.



Le Canada prépare le retrait des troupes  -  Joël-Denis Bellavance
AFGHANISTAN
OTTAWA — Le chef d’étatmajor des Forces armées canadiennes, le général Walt Natynczyk, prépare le retrait des quelque 2800 soldats canadiens qui sont déployés en Afghanistan.
Le grand patron des Forces armées a demandé à ses commandants en août de commencer à planifier le retour au pays des troupes afin de respecter la résolution adoptée en 2008 par la Chambre des communes stipulant que la mission de combat en Afghanistan prendra fin en juillet 2011.
Les contrats pour ramener au Canada tout l’équipement militaire qui se trouve dans la région de Kandahar seront attribués au début de l’année 2010. Le déménagement de tout cet équipement – des camions, des chars d’assaut, des hélicoptères, entre autres – devrait prendre plusieurs mois, voire un an, selon les calculs des commandants de l’armée.
Déménagement coûteux
Ce grand déménagement pour rait coûter au moins 1 milliard de dollars, selon les estimations du ministère de la Défense datant de 2007.
Le général Natynczyk a indiqué que les soldats canadiens disposeront des équipements nécessaires pour faire leur travail jusqu’au 1er juillet 2011.
« J’ai émis une directive pour que les gens puissent commencer à planifier le retrait. En vertu du mandat (du Parlement), nous devons faire les préparatifs nécessaires maintenant, de concert avec nos alliés. Nous avons tellement d’équipement làbas, comme vous pouvez l’imaginer. Cela va prendre plus d’un an à ramener tout cela », a affirmé le général dans une entrevue accordée au quotidien Ottawa Citizen publiée hier.
En point de presse à Ottawa, le ministre de la Défense, Peter MacKay, a réitéré l’intention du gouvernement Harper de mettre fin à la mission militaire dans la région de Kandahar en 2011. Il a ajouté qu’il était donc normal que les commandants des Forces armées planchent d’ores et déjà sur le plan de retrait des troupes.
Jusqu’ici, le gouvernement Harper a évoqué la possibilité de maintenir un certain nombre de soldats en Afghanistan, mais de leur confier une mission davantage axée sur la reconstruction et le développement humanitaire. Il n’a toutefois jamais précisé le nombre de soldats qui pourraient être déployés dans le cadre d’une nouvelle mission.
Depuis 2002, 132 soldats canadiens ont été tués en Afghanistan. En outre, deux travailleuses humanitaires et un diplomate canadiens y ont perdu la vie.



Abdullah se retire du second tour  -  Heidi Vogt
KABOUL— Hamid Karzaï reste seul en lice. Comme on s’y attendait, Abdullah Abdullah a annoncé, hier, son retrait du second tour de la présidentielle afghane prévu pour le 7 novembre, mais il n’a pas appelé ses partisans au boycottage et les a exhortés à ne pas descendre dans les rues.
Abdullah Abdullah a annoncé, dans un dicours rempli d’émotion devant ses partisans réunis à Kaboul, hier, sa décision de se retirer du second tour de l’élection présidentielle afghane du 7 novembre.
La décision de l’ancien chef de la diplomatie afghane porte un nouveau coup à la crédibilité du régime de Kaboul, qui cherchait au contraire à la renforcer, et fait peser l’incertitude sur la tenue du second tour, ce cas de figure étant inédit.
Désormais seul candidat à sa propre succession, le président Karzaï a déclaré, dans un communiqué, qu’il accepterait la décision de la commission électorale indépendante, quelle qu’elle soit.
Son rival a expliqué que ses demandes de changements au sein de la commission électorale avaient été rejetées lors des négociations avec le camp présidentiel. « Je ne participerai pas à l’élection du 7 novembre » car « une élection transparente n’est pas possible », a annoncé le docteur Abdullah.
Il a estimé que la population ne devrait pas accepter un scrutin organisé par la commission électorale actuelle, nommée par le gouvernement en place. Toutefois, lorsque des journalistes lui ont demandé s’il appelait au boycottage, il a répondu: « Je n’ai pas lancé cet appel. » Et il a exhorté la population à « ne pas descendre dans les rues, ne pas manifester ».
Selon son candidat à la viceprésidence, Homayoun Assefy, il revient désormais à la commission de décider s’il y aura bien un second tour samedi prochain. Le président de la commission, Azizullah Lodin, a annoncé qu’il devait consulter des constitutionnalistes avant de prendre une décision, plus tard dans la journée.
Retrait malheureux
Jugeant quant à lui ce retrait « très malheureux », le porte-parole de campagne de M. Karzaï, Wahid Omar, a affirmé que le second tour se déroulerait tout de même comme prévu.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton, en déplacement au Maroc, a affirmé que les États-Unis soutiendront le prochain président afghan et le peuple afghan, « qui cherche et mérite un meilleur avenir ». « Nous allons traiter avec le gouvernement qui est là », a déclaré pour sa part à Washington David Axelrod, un conseiller de Barack Obama.
Abdullah Abdullah avait accusé la commission de cautionner les fraudes lors du premier tour de scrutin le 20 août et avait posé des conditions pour garantir un vote libre et équitable cette fois-ci.
Parmi ses exigences figurait notamment la suspension de plusieurs ministres et le remplacement d’Azizullah Lodin, ainsi que des modifications constitutionnelles qui lui auraient donné un droit de regard dans les nominations de ministres et les grandes décisions politiques, selon un conseiller de la campagne de M. Karzaï.
« Toutes mes conditions aura i ent pu êt r e mi s es en oeuvre en une heure. Malheureusement, nous avons dû attendre jusqu’au dernier moment », a déclaré le Dr Abdullah, lors d’un discours plein d’émotion.
Après le retrait du Dr Abdullah, il s’agit d’« amener ce processus électoral à sa conclusion dans le cadre légal et les meilleurs délais », a estimé le plus haut responsable de l’ONU en Afghanistan, Kai Eide.
Malgré les fraudes massives et l’annulation de nombreux bulletins en sa faveur, Hamid Karzaï est arrivé en tête du premier tour et était favori pour le second.


La stratégie d’Obama se précise  -  RICHARD HÉTU
NEW YORK — Dans une des décisions les plus importantes de sa présidence, Barack Obama donnera le feu vert à l’envoi de renforts militaires en Afghanistan, où ceux-ci seront concentrés dans les 10 zones les plus peuplées du pays, à commencer par Kandahar, la capitale spirituelle des talibans.
Dans le reste de l’A fghanistan, les forces américaines feront appel à des drones de reconnaissance et à des i nfor mateurs l ocau x pour cibler leurs attaques contre les i n s u r gé s t a l i ba n s e t leurs alliés.
La nouvelle stratégie amér i c a i ne, dont l es g r a ndes lignes ont été dévoilées hier dans le New York Times, se veut un mélange des propositions for mulées par le général a méricain Sta nley McChrystal – commandant en chef des troupes alliées en Afghanistan – et par le viceprésident Joseph Biden.
Le général avait récla mé l’envoi de 40 000 soldats supplémentaires en Afghanistan pour combattre les talibans et empêcher Al-Qaeda de reprendre pied dans le pays. Selon le Times, il disposera d’au moins quatre nouvelles brigades de combat, soit environ 18 000 soldats supplémentaires.
Deu x d e c e s b r i g a d e s devraient être déployées dans le sud du pays, dont une à Kandahar. Une troisième serait envoyée dans l’est et une quatrième serait utilisée partout dans le pays, selon les besoins.
Le vice-président Biden, de son côté, s’était opposé à un renforcement massif des effectifs américains en Afghanistan. Il proposait plutôt de restreindre l a mission des forces américaines en concentrant les attaques sur Al-Qaeda et les talibans le long de la frontière pakistanaise.
La solution hybride choisie par le président Obama a été décrite ainsi par un responsable gouvernemental cité par le New York Times : « McChrystal pour la ville, Biden pour la campagne ». I l s’agit d’une reconnaissance implicite que les États-Unis ne peuvent venir à bout de l’insurrection dans l’ensemble de l’Afghanistan.
« À la place, l’objectif serait d’empêcher Al-Qaeda de revenir en force, tout en maîtrisant et en affaiblissant les talibans suffisamment longtemps afin de bâtir des forces de sécurité afghanes qui pourraient à terme reprendre la mission », a résumé le Times.
Spécialiste des questions militaires à l’Université McGill, Desmond Morton réagit avec « un peu de scepticisme » à la nouvelle stratégie américaine. Il craint que les renforts militaires envisagés ne soient pas suffisants pour accomplir la mission qui leur sera confiée, tout particulièrement dans la province de Kandahar, où le Canada compte environ 2000 militaires.
« On don ne au généra l McChrystal une excuse pour perd r e l e c ombat » , a - t - i l déclaré lors d’un entretien téléphonique en faisant allusion au refus du président d’envoyer 4 0 0 0 0 soldats supplémentaires en Afghanistan. « Le message que l’administration Obama envoie aux soldats sur le terrain, c’est qu’elle n’est pas tellement sérieuse. »
L e c hef de l a MaisonBla nc he dev r a i t f i na l i s er le réexamen de sa stratégie afghane demain à l’occasion d’une rencontre avec les chefs d’état-major i nterarmées. I l pourrait faire l’annonce officielle de sa nouvelle approche avant sa tournée en Asie le mois prochain. I l quittera Washington l e 11 novembre pour une tournée qui l e c ondui r a à Si ngapou r , en Chine, en Corée du Sud et au Japon.

Abdullah se fait critique
Abdullah Abdullah, candidat à la présidentielle afghane du 7 novembre, a demandé hier le renvoi du chef de la Commission électorale indépendante (IEC). « Il a ôté toute crédibilité à cette institution » chargée de l’organisation du scrutin et du comptage des voix, selon M. Abdullah, qui a menacé de se retirer de la course. Le chef de l’IEC a notamment été accusé de partialité envers le président Hamid Karzaï par Human Rights Watch. – AFP


AFGHANISTAN  Hillier s’en prend à l’OTAN

OTTAWA — Le bourbier afghan a révélé l’état de « décomposition » de l’OTAN, qui s’est lancée dans ce conflit sans véritable tactique, et, à moins de changements dramatiques, l’Alliance court à sa perte, estime dans un livre pamphlet un général canadien qui a dirigé l’ISAF.
« L’Afghanistan a révélé que l’OTAN avait atteint l’état de cadavre, de décomposition » et, à moins d’un « sauvetage », « l’Alliance va prendre fin », écrit dans son autobiographie Rick Hi l l i er, a ncien chef d’état-major de l’armée canadienne, qui a été à la tête des forces de l’OTAN en Afghanistan (ISAF) de février à août 2004.
Lorsqu’il a pris ses fonctions à l’ISAF, les généraux de l’OTAN à Bruxelles « n’avaient auc u ne s t r a t é g i e , auc u ne idée de ce qu’ils voulaient accomplir, aucune direction politique et très peu de forces militaires », accuse Rick Hillier, qui a pris sa retraite de l’armée l’année dernière.
« C’éta i t c at a st r ophique. L’OTAN avait tracé la voie pour détruire sa crédibilité et perdre le soutien populaire de toutes les nations de l’Alliance », poursuit-il dans son livre intitulé A Soldier First : Bullets, Bureaucrats and Politics of War ( Soldat avant tout : Balles, bureaucrates e t polit i ques de guerre) qui doit paraître à la fin de la semaine et dont l’AFP a obtenu un exemplaire.

« Malheureusement, plusieurs années plus tard, la situation n’a pas changé », affirme le général Hillier, 54 ans, avant d’ajouter avec la franchise qui le caractérise : « L’OTAN n’a toujours aucune idée claire de ce qu’elle fait en Afghanistan. »


Un deuxième scrutin ne réglera rien  -  Agnès Gruda
Selon Democracy International, les signes évidents de fraude ont miné la confiance des électeurs afghans
La tenue d’un deuxième tour du scrutin présidentiel ne permettra pas de rétablir la crédibilité des élections afghanes, estime un responsable de Democracy International.
Dimanche, des étudiants ont brûlé le drapeau américain au cours d’une manifestation dans les rues de Jalalabad, en Afghanistan.
« Je n’ai pas vu de signes i ndiquant qu’une nouvelle élection serait plus crédible que la première », affirme Bill Gallery, qui a passé six semaines en Afghanistan à titre d’observateur électoral pour cette ONG américaine.
Democracy I nternational, qui a toujours une équipe à Kaboul, juge pourtant que ce second tour devra avoir lieu, étant donné que l’enquête sur la fraude, dont les résultats ont été rendus publics hier, refoule le président Hamid Karzaï sous la barre de la majorité des voix.
Selon l ’e n q u ê t e d e la Commission des plaintes électorales, environ un bulletin de vote sur quatre devra être invalidé. La Commission, dirigée par le Canadien Grant Kippen, s’est contentée de transmettre les taux de fraude dans quelque 3000 bureaux de scrutin suspects à la Commission électorale indépendante – l’organe afghan qui devra interpréter ces résultats.
En attendant, Democracy International a fait ses calculs. Selon cet organisme, 1,3 million de bulletins de vote, sur les 5,6 millions recueillis le 20 août, devront être invalidés pour cause de fraude. En vertu de ce décompte, le président Hamid Karzaï n’a plus que 48,3 % des voix, contre 31,5 % pour s on pr i ncipa l r i va l , Abdullah Abdullah.
Les résultats préliminaires attribuaient 54 % des voix à Hamid Karzaï, contre 28 % pour son adversaire.
Commission partiale ?
Le sort des élections afghanes est donc maintenant entre les mains de la Commission indépendante, qui avait été formée par Hamid Karzaï et qui est critiquée pour son absence de neutralité.
Hier, Abdullah Abdullah a r e pr o c hé au gouver ne - ment de faire pression sur la Commission pour qu’elle rejette les résultats de l’enquête. La Commission pourrait décider dès demain de l’opportunité d’un deuxième tour de scrutin.
Légalement, elle est tenue d’accepter les résultats reçus hier. Mais le fera-t-elle ? « La Commission n’est pas en mesure de rejeter ces résultats sur le plan constitutionnel, mais cela ne signifie pas qu’elle ne le fera pas », a noté hier avec scepticisme un diplomate étranger.
La Commission s’est discréditée le mois dernier en publiant des résultats préliminaires accordant la victoire à Hamid Karzaï, alors qu’il y avait déjà des signes évidents de fraude, souligne Bill Gallery.
C’est l’une des raisons qui ont « miné la confiance » des électeurs afghans, estime-t-il. Cette confiance a été ébranlée à un tel point, selon lui, « que même si un deuxième tour devait se dérouler dans de bonnes conditions, les électeurs n’y croiraient pas. »
Issue politique recherchée
Au-delà de la question de la crédibilité du processus électoral se pose aussi celle de la sécurité. Dimanche, des manifestations de soutien à Hamid Karzaï ont eu lieu à Spin Boldak, dans le sud-est du pays. La tenue d’un nouveau vote pourrait exacerber les tensions qui opposent déjà les différents groupes ethniques en Afghanistan.
Et ce c l i mat de t ension pourrait durer longtemps : il sera de plus en plus difficile d’organiser des élections avant l’hiver, qui rend plusieurs régions inaccessibles.
C’est pourquoi de plus en plus de voi x occidenta l es cherchent une issue politique à cet imbroglio. Une des solutions envisagées : convaincre Hamid Karzaï et Abdullah Abdullah de s’allier au sein d’un même gouvernement. Et éviter ainsi un nouveau tour de scrutin… dont les résultats risquent d’ajouter à la confusion.


Vers un second tour ?
WASHINGTON — La commission des plaintes électorales (ECC) qui enquête sur les soupçons de fraude à la présidentielle afghane aurait estimé à 47% le pourcentage de voix obtenu par le président Hamid Karzaï, ce qui obligerait un deuxième tour, selon le Washington Post.
Le principal rival d’Hamid Karzaï, Abdullah Abdullah.
Un responsable non identifié a déclaré au quotidien américain que le pointage fait par l’ECC, organe soutenu par les Nations unies, était « ahurissant ». Ce décompte devait être finalisé hier, près de deux mois après le scrutin.
Selon des résultats préliminaires très contestés de la Commission électorale indépendante, M. Karzaï aurait obtenu 54,6% au premier tour le 20 août, contre 27,8% pour son principal rival, l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah.
Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue, un second tour est nécessaire.
Un haut responsable américain, sous le couvert de l’anonymat, a indiqué que les résultats du premier tour pourraient être connus « dimanche (demain) ou lundi ».
Possible désastre
Jeudi, l’ambassadeur afghan aux États-Unis Said Tayeb Jawad avait affirmé qu’un deuxième tour de l’élection présidentielle était « probable ». C’était la première fois qu’un proche du président Karzaï évoquait ainsi publiquement cette hypothèse.
Selon l ’a mbassadeur, un éventuel second tour devrait intervenir rapidement car un délai compliquerait la tâche des pays qui, à l’instar des ÉtatsUnis, envisagent d’envoyer des renforts en Afghanistan.
« Début novembre est la date limite parce qu’après il fera extrêmement froid, en particulier dans le nord de l’Afghanistan, a-t-il ajouté. Mais si c’est reporté au printemps, cela ouvre la voie au désastre. »
Une source officielle américaine en Afghanistan a indiqué au Washington Post que des bulletins de vote au nom des deux candidats, imprimés à Londres en prévision d’un deuxième tour, avaient déjà été envoyés à la mission de l’ONU à Kaboul.
Par ailleurs, la secrétaire d’ État a méricaine Hilla r y Clinton a esti mé hier que M. Karzaï remporterait très probablement le scrutin présidentiel si un second tour devait avoir lieu. La chef de la diplomatie américaine a cependant souligné qu’elle ne disposait pas d’informations confidentielles sur l’issue de ce premier tour.


La nouvelle stratégie américaine sera connue dans quelques semaines
WASHINGTON — Le président américain Barack Obama a dit, hier, qu’il aurait achevé dans « les prochaines semaines » le réexamen de la stratégie américaine en Afghanistan, en fonction duquel il décidera s’il envoie ou non plusieurs dizaines de milliers de soldats supplémentaires.
Ces propos, t enus à l ’o c c a sion d’entretiens avec le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero, semblent indiquer que M. Obama s’est rapproché de l’une des décisions les plus importantes de sa présidence.
Le porte-parole de M. Obama, Robert Gibbs, disait jusqu’alors qu’il lui faudrait encore plusieurs semaines avant de décider de la stratégie à adopter.
M. Obama a souligné que le processus en cours donnait lieu à des consultations approfondies. Le président américain doit d’ailleurs réunir ce matin son équipe de sécurité nationale pour la cinquième fois et pour un nouveau conseil de guerre de trois heures sur l’Afghanistan et le Pakistan.
Par ailleurs, les finances des talibans sont nettement meilleures que celles d’Al-Qaeda, estime le département du Trésor américain, pour qui le tarissement des ressources du groupe d’Oussama ben Laden est le fruit de la politique combative des États-Unis et de leurs alliés.
Les talibans jouissent « d’une situation financière nettement plus forte que celle d’Al-Qaeda », a déclaré lundi le sous-secrétaire d’État adjoint au Trésor chargé de la lutte contre le financement du terrorisme, David Cohen.
« Aujourd’hui, les talibans financent des attaques contre les forces des ÉtatsUnis et de la coalition en ayant recours à une grande palette d’activités criminelles », a dit M. Cohen. Par comparaison, « nous estimons qu’Al-Qaeda est dans sa situation financière la plus faible depuis plusieurs années ».


Rester ? Partir ? Le dilemme afghan  -  AGNÈS GRUDA
Tout a éclaté il y a deux semaines, avec une scène qui aurait été banale à peu près partout dans le monde – mais pas en Afghanistan.
Sept semaines après l’élection afghane, pendant laquelle les candidats ont joué la carte ethnique et dont les résultats ne sont toujours pas connus, les tensions demeurent vives et l’étau de l’insécurité se resserre autour de Kaboul.
Ce jour-là, une jeune fille marchait dans une rue de Maimana, la capitale de la province de Faryab, dans le nord-ouest du pays. La voyant passer, deux garçons lui ont crié: «Je t’aime!»
Effrayée, la fillette s’est précipitée chez elle pour raconter l’incident à sa fa mille. L’explosion de colère a été d’autant plus forte que la «victime» de cette offense était une Ouzbèke, le groupe ethnique majoritaire dans la région. Les deux garçons, eux, étaient des Pachtounes, l’ethnie du président Hamid Karzaï. Il n’en fallait pas plus pour plonger Maimana dans de violentes émeutes, qui ont fait deux morts et des dizaines de blessés.
Cette histoire n’est qu’un exemple du climat qui règne en Afghanistan sept semaines après la tenue d’un scrutin dont les résultats ne sont toujours pas connus.
Les candidats à l’élection du 20 août ont misé fort sur la carte ethnique, ce qui a exacerbé les tensions à un point tel qu’il a suffi d’un «je t’aime» pour mettre le feu aux poudres, souligne Jean McKenzie, responsable du bureau afghan de l’ I nstitute of Wa r a nd Peace Reporting.
Les tensions demeurent vives à Maimana. Mais le climat est aussi tendu dans d’autres provinces du Nord. Et l’étau de l’insécurité se resserre autour de Kaboul. Il y a encore un an, on pouvait voyager sans problème jusqu’à Wardak, à moins d’une heure de route de la capitale, signale Mme McKenzie. Aujourd’hui, cette ville est très instable et risque de tomber sous le contrôle des talibans…
Devant la dégradation de la situation, certains, comme le général américain Stanley McChrystal, commandant de la Force internationale d’assistance et de sécurité en Afghanistan, appellent à un envoi massif de renforts militaires. D’autres, comme le vice-président Joe Biden, pensent qu’il vaut mieux réduire les effectifs étrangers, ou même se retirer en douce.
L’idée fait aussi du chemin au Canada. «Notre mission est un échec», écrit le sénateur libéral Colin Kenny dans un article publié dans le Toronto Star. Pour cet homme qui préside le comité sénatorial sur la Défense, «il est temps de sonner la retraite».
M a is qu’a r rivera it-il en Afghanistan si les forces étrangères se retiraient après huit ans d’une guerre qui tourne de plus en plus en leur défaveur? «Ce serait très laid, il y aurait rapidement beaucoup de violence», prédit Jean McKenzie, qui vit dans ce pays depuis cinq ans.
«Cela équivaudrait à abandonner le pays à l’insécurité et à une détérioration politique qui permettrait au bout du compte le retour des talibans et d’AlQaeda», opine Mark Schneider, vice-président de l’International Crisis Group.
L’analyste afghan Haroun Mir va plus loin. «Si l’OTAN se retire, les talibans et AlQaeda reprendront rapidement le contrôle du pays. Ils n’ont même pas besoin de combattre pour prendre Kaboul, parce qu’ils ont suffisamment de sympathisants dans les mosquées des grandes villes qui agiraient en leur nom.»
Plus que ça : un tel retrait serait interprété comme une victoire d’Oussama ben Laden contre la plus grande puissance mondiale. « Il deviendrait le nouveau Saladin, plus personne ne pourrait freiner sa popularité», prédit Haroun Mir.
L’envoi massif de troupes est de plus en plus difficile à vendre politiquement à des électeurs de plus en plus opposés à cette guerre. Et le retrait est difficile à envisager. Huit ans après que George W. Bush eut lancé son fameux «La paix et la liberté vaincront», l’Afghanistan ressemble de plus en plus à une trappe sans issue.

PREUVES DE FRAUDE
Un document confidentiel de l’ONU, rendu public hier par le Washington Post, fait état de fraudes massives à l’élection présidentielle afghane. Ces fraudes auraient surtout profité au président sortant Hamid Karzaï qui détient 54,6 % des voix, selon des résultats préliminaires. Exemple : dans la province du Helmand, dans le Sud, 134 804 votes ont été enregistrés, dont 112 873 pour M. Karzaï. Mais la mission de l’ONU en Afghanistan estime que seules 38 000 personnes ont voté le 20 août ! -


Barack Obama seul à décider  -  Laurent Lozano
WA S H I N G TO N — Barack Obama est ressorti hier d’une réunion avec les plus hauts représenta nts du Congrès aussi seul qu’il l’était avant, face à l’une des décisions les plus importantes de sa présidence, à savoir l’envoi ou non de renforts américains en Afghanistan.
Les talibans gagnent du terrain en Afghanistan depuis le début de l’année. Pour renverser la tendance, Barack Obama doit décider s’il envoie des troupes additionnelles pour appuyer les 68 000 soldats déjà sur place.
Ses amis démocrates et ses adversaires républicains du Capitole sont apparus, au terme de la réunion, au moins aussi divisés qu’avant celle-ci.
Barack Obama leur a dit qu’il trancherait avec le « sentiment d’urgence » qu’appelle l’alarmante détérioration de la situation en Afghanistan, a rapporté un responsable de l’Administration sous le couvert de l’anonymat.
Le président américain a lui-même reconnu que « sa décision ne fera pas que des heureux ». Il s’est employé à apaiser un débat de plus en plus passionné en appelant « à laisser de côté les épouvantails consistant à dire qu’il s’agit soit de doubler la mise, soit de partir d’Afghanistan », a dit ce responsable.
M. Obama doit faire un choix de toute façon risqué entre accéder à la demande de ren for t s de son commandant sur le terrain, le général Stanley McChrystal, la décliner ou transiger. Le général McChrystal réclame j u s q u ’à 4 0 0 0 0 h o m mes supplémentaires.
Le président Obama, pressé de toutes parts, recevait les dirigea nts pa rlementa ires pour les associer aux intenses consultations qui doivent aboutir à une décision dans quelques semaines.
Il n’a pas paru emporter l’adhésion de la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui rappelle, depuis un certain temps, la réticence grandissante des Américains à s’impliquer davantage dans une guerre vieille de huit ans et n’offrant aucune perspective de fin.
« Est-ce que nous sommes d’accord, est-ce que nous allons voter pour, cela reste à voir quand. Nous saurons ce que le président propose », at-elle dit.
McCain : oui à des renforts
L e riva l républica in de M. Obama à la présidentielle, John McCain, l’a de nouveau pressé de se rendre aux arguments du général McChrystal et des généraux qui le soutiennent.
« Je suis convaincu que l’a na lyse du généra l McChrystal est non seulement la bonne, mais qu’elle devrait être mise en oeuvre le plus vite possible », a-t-il dit.
« Ce qui m’inquiète, ce sont les demi-mesures », at-il ajouté en invoquant le précédent irakien, quand le manque d’effectifs « menait sur la durée à l’échec et à l’érosion du soutien de l’opinion publique américaine ».
M. Obama, dont l’opposition de la première heure à la guerre en Irak a contribué à la victoire présidentielle, se retrouve avec l’Afghanistan dans une situation présentant des similarités avec celle de son prédécesseur George W. Bush, quand celui-ci avait décidé, en 2007, d’envoyer 30 000 hommes supplémentaires pour empêcher l’Irak de sombrer dans le chaos.
Satisfaire le généra l McChrystal, c’est engager u ne périlleuse esca lade alors que les comparaisons avec le bourbier vietnamien ou la défaite soviétique en Afghanistan commencent à faire florès. C’est aussi heurter la composante antimilitariste de sa base, un an avant les élections de mi-mandat.
Les effectifs américains en Afghanistan approchent les 68 000 hommes.


Levée de boucliers contre l’expulsion des migrants afghans  -  Marc Thibodeau
PARIS — Le gouvernement français fait face à une véritable levée de boucliers en raison de sa volonté déclarée de renvoyer en Afghanistan, par vols nolisés, des dizaines d’immigrants illégaux appréhendés lors d’une opération coup-de-poing à Calais, dans le nord de la France.
Il y a deux semaines, les forces de l’ordre ont démantelé « la jungle », un camp de fortune où séjournaient des centaines de jeunes hommes qui espéraient traverser la Manche pour s’installer en Grande-Bretagne.
De nombreuses opérations ont été menées depuis, loin des caméras. « Il y en a tout le temps. Encore hier, un autre squat a été démantelé... La pression sur les migrants est énorme. Et ils n’ont aucun endroit où aller », dénonce Martine Devries, médecin généraliste de Médecins du monde qui leur offre un soutien médical et sanitaire.
Pas d’accès à l’eau
La pression n’est pas que policière, dit-elle, puisque les autorités locales ont aussi fermé le dernier point d’eau public où ils pouvaient se laver. Plusieurs des migrants devront se rabattre, comme ils le faisaient par le passé, sur l’eau d’évacuation provenant d’une usine chimique voisine.
«Qu’est-ce que ça peut bien faire qu’il n’y ait plus d’eau puisqu’il n’y a plus de migrants?» demande, sarcastique, la militante, qui s’indigne à l’idée que des ressortissants afghans arrêtés au cours des dernières semaines puissent être renvoyés dans leur pays d’origine à bord de vols nolisés.
« Est-ce que l’Afghanistan est un pays en paix ? Ils se foutent du monde... Le gouvernement se conduit comme un bandit qui ne respecte pas les lois », dit-elle.
Après avoir nié que de tels vols étaient envisagés, le ministre de l’ I m migration, Éric Besson, a confirmé mercredi que le gouvernement souhaitait affréter des appareils pour procéder à des expulsions.
Les associations d’aide aux migrants, comme la CIMADE, affirment qu’une telle démarche serait illégale. D’autant plus que les conditions sécuritaires en A fghanistan ne cessent de se dégrader.
La vaste majorité des ressortissants arrêtés dans la jungle de Calais ont été relâchés sur ordre des tribunaux, notamment pa rce que plusieu rs étaient mineurs. Les autres ont été placés dans des centres de rétention.
Selon Mme Devries, l’opération en cours ne changera rien : « Dès qu’ils vont relâcher la pression, les migrants vont revenir dans la ville. »
« L’ E u rope élève de s mu railles. C ’est u n choix politique, mais les murailles, elles vont devoir être de plus en plus hautes. Les gens sont désespérés, ils ne vont pas cesser de venir », ajoute-t-elle.
Le point de vue de Mme Dev r ies est l oi n de fa i re consensus en France, où la question de l’immigration demeure un sujet très délicat.
En témoig nent nota mment les commentaires de lecteurs à la suite d’un texte du journaliste du Figaro Ivan Rioufol, qui presse le ministre de l’Immigration de resserrer les contrôles en matière d’immigration.
Sous le pseudonyme de Zébulon, un lecteur s’inquiète notamment de voir que le paysage de Paris « se transforme à vue d’oeil : « Mon bon vieux quartier bien parisien... De plus en plus de burqas, de voilées qui poussent leurs poussettes... Des boucheries hallal, partout, à tous les coins de rue... Overdose, nausée ! Où suis-je ? » demande-t-il.

PARIS 
Tollé autour d’un projet de vol nolisé pour renvoyer des Afghans
PARIS — L’opposition de gauche, en France, et des associations de défense des droits de la personne ont dénoncé, hier, un projet de vol nolisé que Paris et Londres veulent affréter pour renvoyer des migrants afghans vers leur pays.
Un Afghan, qui attend de passer illégalement en Angleterre, vit dans un campement de fortune, non loin de Lille, dans le nord de la France.
Le ministre fra nçais de l’Immigration, Éric Besson, avait indiqué, lundi, au quotidien Le Monde que des vols seraient organisés « dans les jours qui viennent », à la suite du démantèlement, il y a deux semaines, de la « jungle », vaste campement de migrants du nord de la France.
Son ministère a toutefois assuré qu’« aucun vol retour » vers l’Afghanistan n’aurait lieu hier, contrairement à des informations relayées par une trentaine d’associations de défense des étrangers et des droits humains.
Selon ces a sso c iations , le vol devait partir hier de Londres, faire escale à Lille, dans le nord de la France, et s’envoler pour Kaboul, via Bakou, et concernait, côté français, « 10 personnes ».
« L’Afghanistan est un pays en guerre. Il est inacceptable d’y renvoyer ceux qui s’en sont enfuis à la recherche d’une protection en Europe », estiment dans un communiqué ces organisations. Le Parti socialiste a également dénoncé un « projet scandaleux », qui serait « contraire au respect des droits humains ».
Les verts ont également fustigé une « stratégie immorale », estimant que Paris et Londres franchissaient « avec cette décision une limite très inquiétante ».
La « jungle » de Calais, ce vaste ca mpement sauvage ayant accueilli jusqu’à 800 migrants en situation irrégulière, essentiellement des Afghans, a été démantelée le 22 septembre, lors d’une opération très médiatisée.



Retentissant divorce à la mission de l’ONU  -  Agnès Gruda
Selon la première explication officielle, Peter Galbraith, le numéro 2 de la mission de l’ONU à Kaboul, avait quitté la capitale afghane le temps d’une «mission», à la mi-septembre.
Mercredi, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a publié un com muniqué confirma nt ce que tout le monde soupçonnait déjà: Peter Galbraith était en fait remercié de ses fonctions et ne retournerait plus en Afghanistan. Le communiqué est très laconique sur les raisons de ce congédiement. La décision a été prise « dans le meilleur intérêt de la mission », se contente-t-il de spécifier.
Dans les faits, le différend entre l’ex-représentant spécial adjoint de l’UNAMA, la mission afghane de l’ONU, et son patron, le Norvégien Kai Eide, est un secret de Polichinelle. La nature du conflit avait été révélée par le Times de Londres il y a deux semaines: les deux hommes ne s’entendaient pas sur le traitement réservé à la fraude qui a marqué les élections du 20 août.
Peter Galbraith a été « stupéfait » par son renvoi, rapporte Le Monde da ns son numéro d’hier.
«Je ne suis pas d’accord avec cette décision, pas uniquement pour des raisons personnelles, mais parce que c’est un terrible message que de renvoyer un représentant de l’ONU parce qu’il s’inquiétait des fraudes dans une élection parrainée et payée par l’ONU», explique-til dans une entrevue à la BBC.
Dans la même interview, il confirme avoir eu un « vif désaccord» avec Kai Eide à ce sujet. Il a dit avoir vu « des preuves de fraude très importante » dans le scrutin d’août, et avoir voulu présenter ces informations à la Commission des plaintes électorales pour une enquête plus approfondie.
Attitude laxiste de l’UNAMA
Selon Peter Galbraith, le numéro 1 de la mission de l’ONU ne voulait pas diffuser ces informations. Peter Galbraith va encore plus loin. Selon lui, la fraude avantage le président sortant Hamid Karzaï, qui aurait donc directement bénéficié de l’attitude laxiste de l’UNAMA. Kai Eide a d’abord «refusé de parler de fraude » puis, quand elle est devenue évidente, « il l’a systématiquement minimisée », déplore M. Galbraith.
Accusation rejetée par les Nations unies. Le congédiement de Peter Galbraith fait suite « à des nombreux différends sur un certain nombre de questions », a dit hier Farhan Haq, porte-parole de l’ONU joint à New York.
Des questions comme la fraude ? « Les deux hommes veulent faire face à la fraude, mais pas de la même manière», a précisé M. Haq, ajoutant que Kai Eide préférait laisser la Commission électorale afghane et la Commission des plaintes électorales prendre les mesures de la fraude, sans interférences de la part de l’ONU.
Les résultats officiels du scrutin du 20 août demeurent inconnus. Des données préliminaires accordent 54,6 % des voix à Hamid Karzaï et 27,8 % à son principal rival, Abdullah Abdullah. Si un nouveau dépouillement prenant en compte les bulletins frauduleux devait faire glisser le président sortant sous la barre des 50%, les Afghans seraient appelés à voter dans un deuxième tour. Or, la tenue d’une nouvelle élection soulève des craintes de violences renouvelées.


Afghanistan
Renforts accrus ?
Les États-Unis, qui réexaminent leur stratégie en Afghanistan, pourraient décider d’envoyer jusqu’à 40 000 soldats supplémentaires, a indiqué le sénateur républicain John McCain hier, alors que le commandant en chef des troupes américaines et alliées juge que l’insurrection continue de s’étendre. « Je crois que c’est l’un des secrets les moins bien gardés à Washington», a déclaré hier, sur la chaîne ABC, M. McCain, adversaire républicain de Barack Obama à la présidentielle de 2008.

Afghanistan
Les alliés risquent « l’échec » sans renforts
Le commandant des forces internationales en Afghanistan, le général américain Stanley McChrystal, prévient que sans augmentation des moyens militaires dans ce pays, la coalition risque d’y subir « un échec », dans un document confidentiel révélé hier.
WASHINGTON —
« Si nous ne reprenons pas l’initiative et ne mettons pas un terme à l’actuelle offensive des insurgés à court terme (dans les 12 prochains mois) – en attendant que les capacités de sécurité afghanes se développent – nous risquons de nous trouver dans une situation où il ne serait plus possible de vaincre les insurgés », écrit le général McChrystal, da ns ce docu ment publié pa r le Washington Post sur son site internet.
Le rapport, qui se veut une évaluation stratégique du conflit afghan, a été présenté au secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, le 30 août et est actuellement à la Maison-Blanche.
Dans ce document de 66 pages, le général note que la mission afghane a « ma nqué de ressou rces dès le dépa rt » et « continue d’en ma nquer », mais il ne formule pas de demande chiffrée de renforts.
Faute de moyens supplémentaires, la coalition risque « un conflit plus long, davantage de victimes, des coûts plus élevés et, au final, une érosion cruciale de soutien politique. Chacun de ces risques pourrait conduire à l’échec », écrit le général McChrystal. Le général est l’officier américain du plus haut rang en Afghanistan où il dirige la Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) de l’OTAN et les troupes américaines.
Faiblesse des institutions
Le militaire dénonce aussi « la faiblesse des institutions afghanes », « une corruption rampante et des abus de pouvoir de responsables divers », ainsi « que nos propres erreurs (...) qui ont donné très peu de raisons aux Afghans de soutenir leur gouvernement ».
Les forces internationales, dit-il encore, « ont agi d’une manière qui nous a éloignés – physiquement et psychologiquement – des gens que nous cherchons à protéger ».
« Les insurgés ne peuvent pas nous battre militairement (...), mais nous pouvons nous battre nous-mêmes », ajoute-t-il.

Le président Barack Obama est appelé à dire s’il dépêche encore davantage de troupes en Afghanistan, en plus des 21 000 qu’il a annoncés en début d’année et qui porteront à 68 000 les effectifs américains. Il a cependant promis dimanche sur CNN de se montrer « sceptique » à l’égard des requêtes des généraux.


Un bon fixeur  -  MICHÈLE OUIMET
« On s’en va!»
Akbar me tire par la manche. « Non, je reste! » Ça faisait des jours que j’essayais d’entrer dans la prison de Sarpoza, à Kandahar. Je voulais parler à des talibans qui avaient été capturés par des soldats canadiens. J’approchais du but. Pas question de partir.
Les soldats canadiens remettaient les talibans aux services secrets afghans qui les torturaient et les envoyaient ensuite à la prison de Sarpoza, à l’autre bout de la ville.
Stephen Harper et Hamid Karzaï juraient qu’il n’y avait plus de torture, car ils avaient conclu une entente quelques mois auparavant.
J’avais des doutes. Des gros doutes. Je me disais que la torture n’avait sûrement pas disparu du jour au lendemain, même si deux chefs d’État en avaient décidé autrement en signant un bout de papier.
J e vo u l a i s vé r i f ie r s u r place. D’où mon obsession pour entrer dans la prison de Sarpoza où étaient détenus 200 talibans.
Akbar et moi avons travaillé comme des fous pour entrer dans cette foutue prison : des heures d’attente entrecoupées de longs palabres. On a finalement obtenu le feu vert.
Les lourdes portes de Sarpoza se sont ouvertes en grinçant. Le directeur de la prison était nerveux: «C’est très dangereux, les prisonniers peuvent vous tuer», nous a-t-il avertis.
J’ai rega rdé A kbar, une lueur d’inquiétude dans les yeux. Il a levé un sourcil. J’ai compris. C’était de la frime, le directeur voulait se débarrasser de nous.
Nous avons traversé une cour en terre battue avant de rejoindre le quartier où vivaient, entassés, talibans, terroristes et autres membres d ’A l-Qaeda . L es détenu s étaient hostiles. C’était le jour des visites et notre présence bloquait les familles à l’extérieur de la prison.
Je suis entrée dans une grande cellule où vivaient plusieurs talibans. L’endroit était sinistre : sale, froid, sombre. Les prisonniers m’ignoraient, ils parlaient avec Akbar. Leur ton était dur, agressif.
C’est là qu’Akbar m’a dit : «On part !» Et c’est là que je lui ai répondu: «Non, je reste!»
Pourtant, l’agressivité était palpable, elle saturait l’air. Je me disais que si je partais, je ne pourrais jamais revenir à Sarpoza. Je préférais me fermer les yeux.
En tirant sur ma manche, Akbar m’a sortie de ma bulle. Les regards hostiles et l’atmosphère électrique m’ont sauté au visage.
On est sortis de la prison sous le regard survolté des prisonniers, le coeur battant. Akbar marchait à grandes enjambées. Pendant que j e trottinais à côté de lui en serrant mon foulard sur ma tête, le regard rivé au sol, je maudissais ma tête de cochon.
Je me suis juré que, dorénavant, j’écouterais Akbar.
Il est afghan, il connaît son pays. Il parle le pachtoun, le dari et le tadjik et il sait comment capter l’étincelle hostile qui peut tout faire basculer et mettre notre vie en danger.
Nous sommes retournés à Sarpoza trois jours plus tard. Les prisonniers ont accepté de nous parler. Ils nous ont même offert du thé. J’ai passé des heures avec eux. Akbar a patiemment traduit leurs histoires d’horreur : ongles arrachés, battus avec des câbles électriques, suspendus à un crochet, les bras tordus derrière le dos.
La torture existait bel et bien. L’histoire, publiée dans La Presse, a plongé le gouvernement Harper dans l’embarras.
C’est ça, un bon fixeur.


Le poisson ou le poulet ?  -   PIERRE FOGLIA
J’arrive de Berlin. En fait non, j’arrive d’Abercorn. Je suis allé rouler le chemin des Églises Ouest, que j’ai toujours connu en terre et qu’ils viennent d’asphalter. Il relie le mont Pinacle à la montagne de Sutton, et au-dessus d’Abercorn – en devenant le chemin des Églises Est –, il relie la montagne de Sutton à la montagne de Jay, en nous déposant drette au pied de Jay, mais par une route si défoncée, si impraticable même en vélo, que plus personne ne s’y risque. Tenus dans l’isolement, les douaniers américains de ce petit poste champêtre du Vermont ont l’air de ces soldats japonais dans les îlots du Pacifique; les plus vieux se souviendront de leur air hébété quand on les découvrait 10 ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale et qu’on leur disait qu’elle était finie: Hein? La guerre est finie?
Les douaniers américains qui m’ont accueilli étaient dans cet état d’hébétude. D’où sortez-vous donc ? m’ont-ils demandé. J’arrive de Berlin, messieurs. Je leur ai appris que le Mur était tombé, que Harry Truman était mort de la scarlatine, remplacé depuis par Obama.
J’arrive de Berlin, enfin pas exactement. Il y a déjà trois semaines, maintenant. Depuis, j’ai écrit mes papiers qui seront publiés à compter de mardi, tous les jours jusqu’à samedi.
L’automne sera très allemand, avec des élections dans quelques jours qui vont à coup sûr reporter Mme Merkel au pouvoir, mais je n’en parle pas dans mes papiers. Je ne parle pas non plus de l’avenue Kurfürstendamm (leur 5e Avenue); je ne parle pas de Mitte, de l’île des Musées, du Zoo, d’Unter den Linden, du Tiergarten. Pour cela, va falloir que vous achetiez le guide Michelin. Je ne parle même pas des Turcs, même s’il y en a beaucoup. J’ai fait comme les Berlinois, j’ai fait semblant de ne pas les voir.
Je parle du Mur. Samedi prochain, La Presse publie un spécial sur les murs dans le monde: celui de Cisjordanie, celui de Belfast, celui le long de la frontière mexicaine, celui des «gated communities». Ils m’ont donné celui de Berlin... qui n’existe plus.
Anyway, c’est ce que je vous raconte mardi : comment il est tombé. La petite histoire. La grande se résume en un mot : Gorbatchev. Gorby n’a pas fait donner la mitraille, voilà pourquoi.
J’arrive de Berlin, en passant par Bâle à l’aller comme au retour. Bâle qui n’est pas une belle ville, sombre et étriquée, sauf en son milieu, traversée par le Rhin qui lui fait une entaille somptueuse. Un peu partout en ville, je croisais des gens avec des drôles de sacs orange et jaune à l’épaule. C’est en arrivant au Rhin que j’ai compris que c’était des sacs de nage imperméables. Les gens y mettent leurs habits, leurs souliers, se jettent à l’eau, descendent le fleuve en se laissant porter par le courant ; le sac avec leurs habits dedans leur sert de bouée, parfois même de radeau pour leur chien. Quand ils ont assez barboté ils accostent, remettent leurs habits secs, rentrent à la maison à pied ou prennent le tram.
C’était un jour de grande canicule, on se rafraîchissait rien qu’à regarder ces milliers de gens qui descendaient le courant. Il paraît que quelques-uns le font toute l’année. Une journée par semaine, un bateau surveille la baignade, les autres jours non. J’entendais d’ici nos matantes pousser les hauts cris : mais enfin, les accidents ? Il leur arrive d’arriver, ma tante. C’est dans la nature même des accidents.
J’arrive de Berlin et vous le devinez peut-être à mon ton, je n’ai pas très envie d’être ici.
C’est toujours pa reil. Je n’ai pas envie de partir. Pas envie du bébé qui braille dans l’avion, pas envie de leur bouffe de cafétéria de prison. Pas envie du film à la con. Et deux semaines plus tard j’ai pas envie de revenir. Pas envie de l’hiver qui s’en vient. Pas envie de Guy Laliberté dans son costume d’astronono.
Pas envie de la grippe. J’ai la fièvre rien qu’à écouter les niaiseries des conspirationnistes et des illuminés anti-vaccin. Remarquez que je ne me ferai pas vacciner non plus. Pas parce que j e suis anti-vaccin. Parce que j’ai un truc. À la fin de sa vie (il est mort à 96 ans), ce dont mon père était le plus fier, c’était, dans cet ordre, d’avoir survécu à sa femme et d’avoir survécu à la grippe espagnole. Pour sa femme il n’a jamais dit comment ; mais pour la grippe espagnole, il m’a confié son secret : le jus de citron. Rappelle-toi, mon ga rçon : le -j u s - de - c i-t ron . Il en triomphait encore. Je vais faire pareil. Je vais vous regarder mourir en buvant de la limonade.
Savez ce que j ’a i trouvé de plus reposant, à Berlin ? C’est de ne pas comprendre l’allemand. J’ai remarqué ça : quand j e ne comprends pas ce que les gens disent, je les aime. J’adore aussi les Chinois et les Bulgares.
Je n’ai pas envie de ces morts en Afghanistan égrenés au bulletin de nouvelles presque chaque matin de cette semaine. Le caporal Machin a sauté sur une bombe artisanale. Neuf autres ont été blessés. On ne craint pas pour leur vie. C’est sûr, tu peux très bien vivre une jambe en moins.
Toujours la même arithmétique : le pays civilisateur envoie 1000 soldats qui vont régler ça, ce ne sera pas long. Ils ne règlent rien du tout et plusieurs se font tuer. Mille aut res sont envoyés pou r protéger les 1000 premiers. Ça fait 2000. Qui ne règlent rien du tout et se font deux fois plus tuer. C’est normal, sont deu x fois plus nombreux. Alors 2000 autres sont envoyés pou r protéger les 2000 premiers. Ça fait 4000. Et ainsi de suite, on arrive à des centaines de milliers. Et toujours plus de morts.
Je n’ai plus du tout envie des choses, des gens, des concepts qu i n’ont pa s de ma rc he arrière.
Ça n’a pas l’air, j e sais, mais je vous parle, madame la ministre de l’Éducation.

J’arrive de Berlin et vous le devinez peut-être à mon ton, je n’ai pas très envie d’être ici. J’ai comme une petite fatigue d’Amérique.
Je lisais l’autre jour dans la chronique de Patrick Besson ( Le Point) que le plus dur dans la mort était la solitude, on s’en va et tout le monde reste. C’est drôle, moi ce serait plutôt ce que je trouve de bien: au moins, on s’en va tout seul. Pas comme en avion avec un bébé qui braille devant, un film à la con, et l’hôtesse qui vous demande: le poisson ou le poulet?



Afghanistan : L’épine au pied  -  MARIO ROY
L’Afghanistan est devenu une épine au pied : certains ne prévoient-ils pas que ce sera le «Vietnam» de Barack Obama?
Le scepticisme, sinon la franche hostilité, est le sentiment qui domine dans l’opinion publique des nations qui y combattent, y compris chez les Américains. Le Congrès et même la haute gomme de l’appareil militaire des États-Unis, civile et en uniforme, sont divisés sur ce qu’il convient de faire. Au Canada, le cinquième «rapport d’étape», déposé mardi, est plus que circonspect quant aux progrès accomplis. Et, comme on le sait, nous cesserons de combattre en Afghanistan en 2011, mais pour faire quoi et dans quel cadre? Cela reste à déterminer.
Hier, Stephen Harper s’est entretenu avec Barack Obama à la Maison-Blanche.
Les deux hommes ont parlé de l’Afghanistan, bien sûr. Mais de façon visiblement moi ns pressa nte que des échanges transfrontaliers ou des... avions nolisés de la Ligue nationale de hockey! Ni le président ni le premier ministre n’ont évoqué de demandes ou d’intentions nouvelles quant à l’avenir des Forces armées canadiennes en Afghanistan.
Sur un plan plus global, Barack Obama a avoué que la stratégie occidentale dans ce pays n’a pas toujours été «aussi claire qu’elle aurait pu l’être». Et que toute décision – sur l’augmentation des effectifs, par exemple – ne pourra être prise qu’en fonction d’une nouvelle stratégie que l’on attend toujours.
Or, cette stratégie devra être, non seulement nouvelle, mais surtout réaliste et modeste. Réaliste? Cela consiste à se rendre compte que « construire une nation » ( nation building) en Afghanistan est, quels que soient les moyens déployés, hors de portée. « Dans quelques années, l’Afghanistan sera toujours pauvre, corrompu et dysfonctionnel», prévient (dans Newsweek) Fareed Zakaria, l’un des commentateurs les plus respectés aux États-Unis.
Tout près de 1400 soldats occidentaux, dont 130 Canadiens, sont morts en Afghanistan et 108 000 s’y trouvent toujours… en dépit de quoi les talibans gagnent du terrain. La corruption et l’économie fondée sur le pavot se portent mieux que jamais. Le milliard de dollars investi par le Canada dans la reconstruction est évanescent (par exemple, on a construit cinq écoles sur les 50 prévues). Enfin, l’élection présidentielle du 20 août a été, disons-le, un échec : 33 % des bulletins pourraient être des produits de la fraude ; un second tour n’est toujours pas écarté ; le pays est entretemps sans gouvernement fonctionnel. Modeste? Cela consiste largement à revenir à l’objectif d’origine : s’assurer que l’Afghanistan ne sera plus un sanctuaire pour le terrorisme islamiste. Pour cela, ce qu’on pourrait appeler la «diplomatie de terrain» sera la meilleure arme, au service d’une stratégie de compromis nationaux et de négociations locales entre ceux, et avec ceux, qui détiennent de facto le pouvoir.
Que ça plaise ou non, ce sera ultimement le seul moyen d’abaisser le niveau de violence. Et de permettre à l’aide économique ou humanitaire, dont celle du Canada, de vraiment se déployer.


KABOUL 
Karzaï serait majoritaire, mais le doute subsiste
KABOUL — Hamid Karzaï a obtenu la majorité absolue à l’élection présidentielle en Afghanistan selon des résultats préliminaires annoncés hier, mais il ne peut être proclamé réélu avant la fin d’enquêtes sur des fraudes apparemment massives qui pourraient le forcer à un second tour.
Il a recueilli 54 ,6 % des suffrages contre 27,8 % à son pri nc ipa l riva l , Abdu lla h Abdullah, mais ces résultats ne pourront être officiellement validés que dans deux ou trois semaines au mieux, selon les autorités électorales, après l’examen de centaines de milliers de votes suspects.
La participation a été faible, à 38,7 %, a indiqué la Commission électorale indépendante (IEC), qui a annoncé les résultats préliminaires un mois après le scrutin du 20 août. Mais cette institution est accusée de partialité par M. Abdullah, l’opposition et des observateurs étrangers : son président, ancien conseiller de M. Karzaï, a été nommé par le chef de l’État.
L e por te-pa role de M . Abdullah a répété hier soir qu’à ses yeux, les résultats annoncés par l’IEC n’avaient aucune valeur avant l’éventuelle invalidation des votes frauduleux.
Le quart des suffrages suspects
Dans la journée, sur un ton inhabituellement accusateur, les observateurs de l’Union européenne (UE) ont estimé qu’environ 1,5 million de suffrages étaient « suspects », parmi lesquels les trois quarts sont en faveur de M. Karzaï.
L’ONU avait déjà prévenu qu’elle ne cautionnerait pas des irrégularités massives, tout comme nombre de capitales occidentales.
L’estimation de l’UE représente environ un quart du total des suffrages déclarés valides par la commission hier soir mais « non certifiés ».
« Nous ne choisirons pas vo t re pro c h a i n pré sident mais nous refusons d’être les complices d’une quelconque tentative de fraude massive », a asséné le Français Philippe Morillon, qui dirige la mission des observateurs de l’UE.
L’équipe de campagne de M. Karzaï a réagi violemment, qualifiant l’annonce de l’UE de « partiale et irresponsable ». « Nous avons une marge importante de 4,6 % et nous espérons gagner cette élection mais, évidemment, nous attendrons que ces résultats soient certifiés », a déclaré le porte-parole de M. Karzaï.
L’enjeu principa l est de savoir si le chef de l’État, installé au pouvoir il y a huit ans par la communauté internationale dont les troupes venaient de chasser les talibans, sera élu dès le premier tour. Car les Occidentaux le soutiennent toujours mais désormais du bout des lèvres, en raison notamment de la corruption qui ga ngrène son gouvernement et de ses alliances récentes avec certains chefs de guerre au passé sanglant.
Vers un second tour ?
Sur les 1 ,5 m i l l ion de suffrages suspects recensés, 1,1 million ont profité à M. Karzaï, selon les observateurs de l’UE, et quelque 300 000 à Abdullah Abdullah.
Selon les résultats préliminaires d’hier, près de 1,5 million de suffrages séparent les deux hommes. Si une partie importante des votes suspects étaient invalidés, M. Karzaï serait contraint à un second tour.
Ce nouveau scrutin – qu’il soit organisé dans la précipitation avant le rude hiver afghan ou repoussé au printemps – pourrait faire le jeu des talibans, qui ont considérablement intensifié leur insurrection ces derniers mois, malgré la présence de plus de 100 000 soldats des pays occidentaux.



L’impasse afghane  -  AGNÈS GRUDA
Grant Kippen est un homme prévoyant. Avant de s’envoler pour l’Afghanistan, où il dirige la Commission des plaintes électorales, ce Canadien avait pris la peine de mettre un manteau d’hiver dans ses bagages.
« J’espérais ne pas avoir à m’en servir », a-t-il confié au téléphone hier. Mais près d’un mois après les élections du 20 août, les chances que Grant Kippen puisse rentrer chez lui avant l’hiver s’amenuisent de jour en jour.
Le dépouillement des voix se poursuit sous la surveillance de la Commission des plaintes électorales. Plus le décompte avance, plus la majorité du président Hamid Karzaï risque de fondre.
Aux dernières nouvelles, la Commission prévoit analyser les résultats du vote dans environ 2500 des 26 000 bureaux électoraux, ceux où l’on a rapporté les pires aberrations. Et elle doit encore examiner 700 plaintes électorales.
Grant Kippen croit qu’il lui faudra « des semaines » pour terminer son mandat. Or, des voix s’élèvent déjà pour déplorer que les enquêtes sur la fraude électorale n’aillent pas assez loin, au risque d’entériner des résultats qui ne représentent pas la volonté d’une majorité d’Afghans.
Divergences
Le Times de Londres a rapporté hier que Peter Galbraith, principal représentant des États-Unis au sein de la mission de l’ONU en Afghanistan, croit que la fraude est, en fait, beaucoup plus répandue. Et qu’il faudrait invalider les résultats dans 1000 bureaux électoraux et les recompter dans 5000 autres.
La controverse a pris une a mpleu r telle que Peter Galbraith a dû quitter précipitamment l’Afghanistan, dimanche. Selon des diplomates cités anonymement par le Times, c’est son patron, le Norvégien Kai Eide, qui lui a suggéré de prendre un petit congé.
Aux bureaux new-yorkais de l’ONU, on dit que Peter Galbraith est parti « en mission », mais le porte-parole Fa rha n Haq convient que « dans toute élection chaudement disputée, des divergences d’opinions sont inévitables. »
D’autres reportages signalent que deux visions s’affrontent à Kaboul. D’un côté, il y a les Américains qui veulent des résultats électoraux les plus crédibles possible. Et de l’autre, les Européens qui sont prêts à s’accommoder d’une cer ta i ne ma rge de f raude – pourvu que l’Afghanistan retrouve vite un gouvernement fonctionnel.
Majorité moins grande
L es der niers décomptes donnent 54 % de voix au président sortant Hamid Karzaï, mais plus on enquête, plus sa majorité risque de fondre. Et plus on risque de se retrouver dans l’obligation de tenir un deuxième tour de scrutin.
Or, de nouvelles élections pou rraient provoquer une nouvelle vague de violence. Plus que ça : voter en hiver est impossible dans ce pays où de nombreuses régions deviennent alors inaccessibles. Un deuxième tour risque donc de prolonger le vacuum politique afghan jusqu’au printemps. Et à qui profiterait ce vide ? Aux talibans.
En d’autres mots, les élections ont conduit l’Afghanistan à un dilemme insoluble.
Da n s u n plateau de la balance : un président sans véritable légiti m ité. Da ns l’autre : une longue période de vide politique, avec toutes les conséquences que cela peut impliquer dans ce pays ultra fragile.


Ottawa ouvre la porte à l’immigration  -  Malorie Beauchemin
OTTAWA — I m m igrer au Ca nada dev iend ra plus facile pour les habitants de Kandahar qui travaillent en soutien aux forces a rmées canadiennes en Afghanistan.
Le gouvernement conservateur remplit une promesse faite l’an dernier en ouvrant la porte aux Afghans dont la vie serait menacée, notamment parce qu’ils travaillent pour le gouvernement canadien. Le ministre de l’Immigration, Jason Kenney, en a fait l’annonce, hier, au moment où un nouveau rapport indique que le climat de sécurité continue de se détériorer dans le pays en guerre contre les insurgés talibans.
« L a situation séc u rit a i re n ’e st pa s bon ne en A fg ha n ist a n », a concédé hier le président du comité ministériel sur l’Afghanistan, Stockwell Day, en présentant son cinquième rapport trimestriel sur l’engagement canadien sur le terrain.
Entre le 1er avril et le 30 juin 2009, les incidents impliquant des engins explosifs improvisés ont augmenté de 108 % par rapport à l’année précédente. Les attaques des insurgés ont été plus nombreuses, en mai et en juin, qu’à n’importe quel moment depuis la chute du régime taliban en 2001, note le rapport trimestriel.
L’insécurité est telle que la moitié des écoles de la province de Kandahar sont restées fermées au printemps dernier, privant les enfants d’une éducation cruciale pour le développement du pays. Alors que le Canada s’est donné comme objectif de construire, agrandir ou remettre en état 50 écoles dans la région d’ici 2011, seulement cinq projets ont été achevés depuis 2008.
Le Canada a par ailleurs perdu 130 soldats depuis le début du conflit. Le dernier en date, le soldat P atrick Lormand, âgé de 21 ans, a été tué di ma nche der nier dans l’explosion d’une bombe artisanale.
Immigration
Le nouveau progra m me d’immigration simplifiée vient notamment reconnaître le travail de nombreux Afghans qui collaborent avec les troupes de l’OTAN, parfois au péril de leur vie.
La mesure spéciale sera mise en place dès octobre, assure le gouvernement, et se terminera en 2011, en même temps que la mission militaire canadienne. Quelques centaines de Kandaharis tout au plus seraient susceptibles de répondre aux critères et ainsi pouvoir immigrer au pays a estimé le ministre Kenney.
« Les hommes et les femmes qui seront admissibles doivent avoir travaillé pendant au moins 12 mois en soutien à la mission canadienne à Kandahar et doivent démontrer qu’ils font face à un risque accru d’être tué ou blessé par les insurgés parce qu’ils travaillent pour le Canada », a expliqué le ministre, ajoutant que les Afghans blessés en devoir et la famille de ceux qui ont été tués alors qu’ils étaient au service du gouvernement canadien pourront se qualifier pour le programme. Une fois au Canada, les ressortissants afghans auront les mêmes droits que les réfugiés admis au pays.
Trop tard, mais...
Selon le critique du Parti libéral en matière de défense nationa le, Denis Coder re, l’annonce en grande pompe de ce programme envoie un mauvais message.
« Non seulement on augmente le risque, mais on vient de les cibler, a dit M. Coderre. Je pense qu’il faut faire bien attention. Ces gens sont devenus des cibles et il faut les protéger. Mais en voulant les protéger, on en fait davantage des cibles. »
Pour Olivia Chow, députée néo-démocrate, le gouvernement aurait dû agir depuis longtemps. « Ça arrive très tard, mais c’est mieux que rien », a-t-elle déclaré, rappelant que de nombreux pays présents en A fg ha n ist a n ont déjà des progra m mes de protection des employés locaux, dont les États-Unis et l’Australie.
L’annonce de la mise en place d’une telle mesure au Canada survient à la veille d’une rencontre entre le premier ministre Stephen Harper et le président a mér ica i n Barack Obama, à Washington, où il pourrait être question du retrait des troupes canadiennes d’Afghanistan, prévu pour 2011.


Les journalistes épiés en Afghanistan
Les correspondants de guerre couv ra nt le s opérations des Forces canadiennes en Afghanistan sont surveillés de près par le gouvernement canadien. Des documents obtenus par La Presse Canadienne permettent d’apprendre que les questions posées par les journalistes, ce qu’ils écrivent et ce qui leur est dit font l’objet de notes que s’échangent des officiers à Kandahar, leurs commandants à Ottawa ainsi que des responsables civils en contact avec le premier ministre Stephen Harper.


L’OTAN demande à Ottawa de prolonger sa mission de combat en Afghanistan

Le secrétaire général de l’OTAN annule discrètement une visite à Ottawa
OTTAWA — Le secrétaire général de l’OTAN, qui a récemment f roissé les autorités canadiennes en demandant à Ottawa de prolonger sa mission de combat en Afghanistan, a annulé en douce une visite planifiée hier à Ottawa.
La décision d’Anders Fogh Rasmussen de reporter des rencontres prévues avec le gouvernement conservateur survient au moment où le gouvernement américain intensifie la pression sur les Pays-Bas pour que le pays ne rapatrie pas ses troupes d’Afghanistan.
De s r epré s ent a nt s de l’OTAN n’étaient pas disponibles hier pour commenter. Toutefois, des représentants canadiens ont précisé que l’annulation de la visite s’est produite à la dernière minute, après qu’un Challenger des Forces aériennes canadiennes eut été chargé de récupérer le secrétaire général à Norfolk, en Virginie, où il participait à une cérémonie de passation de commandement.
Selon les autorités canadiennes, ces changements de plans auraient peut-être quelque chose à voir avec la reprise des activités au Parlement la semaine prochaine et la possibilité de la tenue d’un scrutin fédéral.
Le représentant permanent des États-Unis auprès de l’OTAN, Ivo Daalder, a fait pression auprès des Pays-Bas il y a quelques jours pour que le pays garde en place ses troupes au-delà de 2010.


N’envoyons plus de pères au front  -  Georges Lesueur
Saint-Ambroise Encore deux soldats tués en Afghanistan. Deux Québécois. Et des pères de fa m i l le. Encore !
En période de guerre, dans tous les pays où le nombre de combattants le justifiait, il était coutumier d’envoyer au front ceux qui n’ont pas d’enfant, les célibataires.
Autrefois, la guerre opposait des armées clairement identi f iées pa r leu r u n iforme. L es soldats éta ient « appelés » et réponda ient à l’urgence de défendre les frontières.
L’Afghanistan sort des normes habituelles en matière de combat. L’ennemi n’est pas clairement identifié… Il est partout. Et il est chez lui.
Les jeunes engagés y sont de leur plein droit, attirés par les avantages qu’on leur fait miroiter d’une carrière pécuniairement avantageuse et d’un avenir assuré au service de leur pays.
Ils y vont comme chacun se rend à son trava il, ca r c’est leur travail à eux. Leur gagne-pain.
Ils ont le sentiment de servir leur pays. Le danger? Oui, bien sûr, mais c’est toujours pour les autres surtout, on sait! Eh puis, ça donne du prestige pour la famille ou la petite amie!
Il est pressant que le gouvernement prenne conscience et fasse pression sur l’état-major canadien pour que les pères de famille ne soient pas envoyés en secteur de combat.
Ce devrait être un préalable d’engagement pour aller en zone de danger.
On sait que bien des métiers comportent des risques. Et que, père de famille ou pas, chaque adulte doit assumer les risques associés à son travail.
Mais la guerre n’est pas un métier. Elle est la conséquence militaire de choix politiques.
Et il est grand temps que les responsables de tout niveau assument à leur tour les conséquences de ces choix.
Permettre que de jeunes pères soient fauchés prématurément et laissent de jeunes enfants orphelins est une erreur et un nonsens. Une décision s’impose.


La démocratie afghane à la croisée des chemins  -  Laura-Julie Perrault
Karzaï passe le cap des 50 % dans la controverse
Depuis le vote du 20 août, alors que les résultats des élections présidentielles afghanes sont annoncées au compte-gouttes, le président Hamid Karzaï attend un chiffre magique qui lui permettrait d’éviter un deuxième tour : 50 % des voix. Ce chiffre, il l’a atteint hier, mais la magie, elle, risque de ne pas opérer.
Des boîtes de scrutin attendent d’être ouvertes, à l’extérieur des locaux de la Commission électorale.
Hier matin, à Kaboul, presque simultanément, les deux pr i nc ipa les orga n isation s responsables des élections, ont tenu deux conférences de presse séparées.
L ors de la prem ière, la Commission indépendante des élections (IEC) a annoncé qu’après avoir compté 91,6 % des votes, le président Karzaï en obtenait 54,1 %. Son plus propre rival, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, récolte pour sa part 28,3 %.
Cependant, dès le deuxième point de presse, organisé par la Commission des plaintes électorales (ECC), la réélection du président sortant semblait loin d’être chose faite.
Preuves de la fraude
L’ E C C , q u i relève du Ca nad ien G ra nt K ippen , affirme qu’elle détient des preuves démontrant que des fraudes électorales ont eu lieu dans près de 600 bureaux de scrutin sur les quelque 7000 qui ont été mis sur pied pour acc uei l l i r les 17 m illions d’électeurs inscrits.
Les provinces de Kandahar, Paktika et Ghazni, toutes trois majoritairement pachtounes (le groupe ethnique auquel appartient d’Hamid Karzaï) sont particulièrement touchées par les allégations. Situées da ns le sud du pays , ces régions sont le théâtre d’une grande partie de l’activité des talibans en Afghanistan.
Dans les 600 bureaux de vote visés par l’ECC, des boîtes de scrutin ont reçu plus de bulletins qu’il n’y avait d’électeurs inscrits sur la liste. La commission des plaintes demande à l’IEC de regarder de plus près ces bulletins et de passer au peigne fin toutes les boîtes dans lesquelles un seul candidat a reçu plus de 95 % des voix.
En cas d’irrégularités, plusieurs de ces votes pourraient être éca rtés. Déjà, l’ I EC a mis de côté quelque 200 000 bulletins.
Advenant un dépouillement de plusieu rs centaines de milliers de votes, le président Hamid Karzaï pourrait voir sa majorité fondre comme neige au soleil d’ici l’annonce des résultats officiels, prévue le 17 septembre. Il devrait alors affronter à nouveau Abdullah Abdullah dans un deuxième scrutin qui se tiendrait au cours de l’automne.
Deuxième tour : salvateur ou dangereux ?
Expert de la politique en Asie du Sud à l’ Université Carleton, Elliot Tepper croit que l’Afghanistan fait maintenant face à un choix difficile, prenant des airs de couteau à double tranchant. Si Karzaï décide de se déclarer vainqueur malgré les allégations de fraude, son gouvernement manquera de légitimité pour les années à venir et compliquera la tâche des pays étrangers qui investissent dans la sécurité du pays et la stabilisation du gouvernement afghan.
« La communauté internationale pousse Karzaï vers un deuxième tour qui serait moins marqué par la fraude. C’est une occasion pour tout le monde, incluant les talibans », raille M. Tepper.
Le second vote, prédit-il, entraînerait la recrudescence de la violence dans un pays meurtri par trois décennies de guerre et qui vit une année particulièrement meurtrière. « Les talibans vont faire de leur mieux pour tuer plus de gens et pour gagner du terrain dans le nord du pays où ils sont de plus en plus présents. »
Convaincu de la victoire d’Hamid Karzaï au bout du compte, M. Tepper est loin d’être certain que l’Afghanistan et ses supporters internationau x gagnera ient au change.


Frappe aérienne : L’enquête confiée à un Canadien  -  Laura-Julie Perrault
Alors qu’une organisation afghane accuse les forces étrangères présentes en Afghanistan d’avoir tué de 60 à 70 civils lors d’une frappe aérienne dans la région de Kunduz, le commandant de l’OTAN en Afghanistan a chargé, hier, un major canadien, C.S. Sullivan, d’ouvrir une enquête sur l’incident survenu la semaine dernière.
Hier, les forces de l’OTAN ont pour la première fois reconnu que des civils avaient péri lors d’un bombardement de deux camions-citernes subtilisés par les talibans aux forces internationales. L’intervention aérienne a été ordonnée par un commandant allemand. Malgré les aveux de l’OTAN hier, la chancelière allemande Angela Merkel affirme qu’il est trop tôt pour conclure que des civils font partie du lourd bilan.
À ce jour, la mort d’au moins six civils a été confirmée par les autorités a fgha nes qui estiment que 82 personnes ont péri lors de l’attaque aérienne. Plus de 45 talibans seraient au nombre des victimes, selon la même source.
Dans un rapport indépendant, le groupe Afghanistan Rights Monitor contredit ces estimations gouvernementales et établit à plus de 60 le nombre de victimes civiles.
Cet incident survient quelques semaines après que le commandant des forces de l’OTAN, le général américain Stanley McChrystal, aient annoncé que la protection des civils est sa principale préoccupation.
Choisi pour faire la lumière sur l’affaire, le major Sullivan a déjà été impliqué dans une enquête d’un tir ami américain il y a trois ans. Un soldat canadien était mort après qu’u n avion milita ire eut ouvert le feu dans la région de Kandahar en septembre 2006.



Le Pentagone « regrette » les pertes civiles
WASHINGTON — Le secrétaire à la Défense américain Robert Gates a estimé que les victimes civiles de frappes de l’OTAN en Afghanistan étaient un «vrai problème» et que de «nouvelles tactiques» étaient «à l’étude» pour tenter d’en limiter le nombre, selon une entrevue diffusée hier sur Al-Jazira.
« Je crois que c’est un vrai problème et le général Stanley McChrystal (commandant des troupes américaines et de l’OTAN en Afghanistan, NDLR) pense également que c’est un vrai problème », a déclaré le chef du Pentagone.
« Bien évidemment, nous regrettons les pertes de civils en Afghanistan », a-t-il ajouté, alors qu’un raid aérien mené par l’OTAN dans la province de Kunduz, dans le nord de l’Afghanistan, a tué vendredi des dizaines de personnes, dont des civils, et suscité une vive émotion de la communauté internationale.
Rebelles responsables
Le secrétaire à la Défense a soutenu les nouvelles consignes mises en place par le général McChrystal pour limiter au maximum ces pertes, tout en soulignant que les rebelles en étaient en partie responsables.
« Une partie du problème vient du fait que les talibans prennent pour cible des civils et qu’ils créent des situations où ils se mêlent aux civils », a-t-il déclaré.


« On est en miettes »
Aujourd’hui, le major Yannick P épi n au ra it célébré ses 37 ans. L’officier canadien du plus haut rang à mourir en Afghanistan laisse dans le deuil ses parents, sa conjointe et deux enfants, qui ont pu compter sur l’appui de leurs proches pendant cette fin de semaine noire qui devait être pleine de réjouissances.
L orsqu’elle a fa it entrer l’aumônier et les deux militaires chez elle, à Victoriaville, Claudette Turcotte savait que les trois hommes ne lui apportaient pas de bonnes nouvelles. La mère de Yannick Pépin s’est assise, à leur demande : ils venaient lui annoncer la mort de son fils, qui aurait célébré son 37e anniversaire aujourd’hui. « Son père, sa soeur et moi, on est en miettes », confie Mme Turcotte.
« Yannick était bien préparé pour cette mission. Il connaissait le danger. Sa mission s’achevait, il devait revenir le 20 octobre », explique la mère du soldat. « Tout semblait bien aller, il était positif dans ses courriels », raconte-t-elle.


Kandahar pleure ses morts  -  Daphné Cameron
Haie d’honneur pour deux soldats québécois morts dimanche en Afghanistan
Les bombes artisanales ont fait de nouvelles victimes dimanche en Afghanistan. Deux soldats québécois sont mor ts et c i nq m i l it a i res ont été blessés lorsque leur véhicule blindé a roulé sur un de ces engins près de Kandahar. Trois travailleurs de l’information de RadioCanada, qui voyageaient avec le convoi militaire, s’en sont tirés indemnes.
Junior Lecours et Alexandre Beaudin-D’Anjou, qui ont subi des blessures mineures dans l’attentat de dimanche, ont versé une larme hier pour leurs deux compagnons tués.
C ’e st ver s m id i (heu re lo c a le) que le véh ic u le du capora l Jea n-F ra nçois Drouin et du Major Yannick P épi n a été renver sé pa r l’ex plosion. L es militaires circulaient sur une route fréquemment empruntée par les patrouilles des Forces armées canadiennes.
Les deux victimes servaient comme ingénieurs de combat dans le Royal 22e Régiment, basé à Valcartier. Leur mort porte à 129 le bilan des militaires canadiens tombés en Afghanistan depuis 2002, et à 23 le nombre de Québécois morts au combat.
Selon le caporal Jocelyn Paul, basé en Afghanistan, leur mort rappelle les dangers qui guettent les troupes au quotidien dans le sud du pays.
« H ier [dimanche], nous avons véc u des moments e xc e s s ive m e n t d i f f ic i le s . Nous avons tous versé quelques larmes », a-t-il confié au reporter québécois JeanF ra nçois Béla nger, qui se déplaçait avec le convoi. Ce qui est arrivé « témoigne du manque de ressources dont nous disposons dans le sud de l’Afghanistan. »
À son avis, il faut déployer davantage de troupes et d’ingénieurs pour désa morcer les engins explosifs et ainsi rendre la zone sécuritaire. Rappelons qu’au moins 74 soldats de la coalition sont morts dans ce pays en juillet seulement. Par ailleurs, 23 militaires basés à Valcartier ont péri en sol afghan depuis le début du conflit.
Les dépouilles de Yannick Pépin, âgé de 36 ans et père de deux enfants, ainsi que de Jean-François Drouin, 31 ans, ont été portées devant u ne ha ie d’hon neu r d’u n millier de soldats hier matin à l’aéroport de Kandahar.
Lors de la cérémonie, le soldat Rock Lacroix a parlé du major Pépin comme d’un homme à la « compassion rema rquable » qu i posséda it de g ra ndes va leu r s humaines. Quant au caporal Drouin, il a été qualifié de « bon vivant ».
Au terme de la cérémonie, leurs corps ont été placés à l’intérieur d’un Hercules C130. L’avion se posera cette semaine à la base militaire de Trenton, en Ontario.
On ne craint pas pour la vie des cinq soldats blessés. Le journaliste Jean-François B éla nger, le réa lisateu r Bruno Bonamigo et le caméraman Sylvain Castonguay ont pu capter des images de l ’o p é r a t io n d e s au ve - t age, qu ’i ls ont qua l i f iée de « profession nel le » et « héroïque ».




Frappe meurtrière de l’OTAN en Afghanistan
Une enquête sera menée puisque plusieurs civils pourraient faire partie des 90 victimes
KUNDUZ — Jusqu’à 90 personnes ont été tuées hier dans le nord de l’Afghanistan dans le bombardement de citernes de carburant par les forces internationales. Le nombre encore i ncer t a i n de c iv i ls pa r m i les victimes pousse l’ON U, l’OTAN et Kaboul à promettre des enquêtes.
Des civils pourraient avoir été tués ou blessés dans le bombardement, les talibans ayant invité des villageois à venir se servir en carburant dans un des camions qui s’était embourbé dans le lit d’une rivière, affirment des porte-parole afghans.
L’a r mée a llema nde, qui dirige les opérations militaires de l’OTAN dans la province de Kunduz où a eu lieu l’attaque aérienne, avait dans un premier temps affirmé n’avoir tué que des insurgés et aucun civil. Puis, un de ses porte-parole à Berlin a tempéré en précisant que la Bundeswehr n’en était pas sûre à « 100 % ».
Les avions de l’OTAN, sur la requête d’un officier allemand, ont bombardé deux camions-citernes d’essence destinés aux forces internationales volés jeudi soir dans une embuscade tendue par des talibans.
Informations contradictoires
À la mi-journée, M a hbubu l la h S aye d i , le p or te - pa r ole du gouve rnement de la province de Kunduz, avait assuré qu’« environ 90 personnes » avaient été tuées, « des talibans pour la plupart ».
Le président Hamid Karzaï, évoquant « 90 morts et blessés », a ordonné une enquête, mais a souligné que « viser des civils, de quelque manière que ce soit, est inacceptable ».
Peu après le bombardement, un responsable de la police locale et le porte-parole du ministère afghan de la Santé avaient laissé entendre que le nombre de civils « tués ou blessés » était important, les talibans ayant invité des villageois à venir se servir en carburant dans un des camions qui s’était embourbé dans le lit d’une rivière.
Entre 200 et 250 villageois s’étaient massés autour de la citerne au moment de la frappe, a assuré à Kaboul le porte-pa role du ministère de la Sa nté, Fa r id R a h il. « Hélas ! un grand nombre de civils ont été tués et blessés », a-t-il ajouté.
Ces décla rations contradictoires illustrent le malaise provoqué pa r cette frappe aérienne en plein processus de dépouillement des bulletins de vote de l’élection présidentielle du 20 août. Le sortant Hamid Karzaï, qui bénéficie du soutien de la communauté internationale depuis qu’elle l’a installé au pouvoir à la fin de 2001, est le grand favori, mais il est accusé de fraudes massives par ses adversaires.
Or, M. Karzaï avait vitupéré au cours des derniers mois contre les forces internationales, essentiellement américaines, après une série de bombardements à l’aveuglette, notamment par les forces américaines, qui avaient fait de nombreuses victimes civiles.
Enquêtes
La Force internationale d’assistance à la sécurité (ISAF) de l’OTAN a été la première à annoncer une enquête hier.
Puis l’ONU, par la voix du no de sa représentation en Afghanistan, Peter Galbraith, l’a réclamée avec insistance et a dépêché une équipe sur place.
Ce bombardement survient au moment où les États-Unis confirment le changement de stratégie annoncé par le président Barack Obama dès son élection, avec pour objectif de gagner la con fia nce des populations.



Un chef du renseignement tué
Un attentat suicide perpétré hier dans l’est de l’Afghanistan a coûté la vie au chef adjoint des services de renseignement afghans. L’attaque, revendiquée par les talibans, a fait au moins 23 morts, selon les autorités.
Sayed Ahmad Safi, porteparole du gouverneur de la province de Laghman, a précisé que le Dr Abdullah Laghmani, no 2 du Directoire national pour la sécurité, faisait une visite dans une mosquée à Mehterlam, à une centaine de kilomètres à l’est de Kaboul. Il devait participer à des discussions en vue de la reconstruction de ce lieu de culte quand l’explosion s’est produite, en pleine foule.
Un porte-parole des taliba ns, Zabiulla h Muja hid , a con firmé à l’A ssoc iated Press que le kamikaze visait Abdullah Laghmani.
Cet attentat, qui frappe à la tête des renseignements afghans, vient souligner la capacité croissante des talibans à perpétrer des attaques toujours plus sophistiquées au coeur même de la sécurité afghane.
Par ailleurs, les puissances présentes en Afghanistan se sont engagées hier à Paris à ne pas s’ingérer dans le processus électoral dans ce pays, malgré les nombreuses accusations de fraudes, et ont réaffirmé leur engagement à sécuriser la région.
Les États-Unis, en particulier, ont souligné ne pas avoir de préférence quant à l’organisation d’un second tour ou une victoire dès le premier tour, et assuré ne soutenir aucun candidat à la présidentielle du 20 août, dont le résultat est encore inconnu.



Le taliban à dix   -  MARIO ROY

De tous les malheurs qui aff ligent l’opérat ion occidentale en Afghanistan, le plus lourd est certainement le revirement de l’opinion publique afghane, qui n’y croit tout simplement plus.
En 2001, les troupes internationales avaient été accueillies avec une réserve prudente, mais teintée d’espoir. Trois ans plus tard, en 2004, un taux élevé de participation à la première élection présidentielle et une certaine collaboration sur le terrain permettaient de croire qu’on roulait sur la bonne voie. Aujourd’hui, les étrangers, en uniforme ou non, sont carrément vus avec hostilité.
La guerre menée du haut des airs – par manque de troupes au sol – qui a tué tant de civils aurait à elle seule suffi à retourner l’opinion. Mais 32 milliardsUS d’aide internationale ont en outre disparu presque sans laisser de traces... La protection et l’aide réelles, le paysan la trouve donc en cultivant le pavot ou en devenant ce qu’on appelle là-bas un « taliban à dix » : 10$ par jour pour se battre, le pactole!
De sorte que, il y a une semaine, l’Afghan moyen est peu allé voter, préférant ( par peur ou par nécessité) pactiser avec ceux qui règnent de facto et seront encore là demain, alors que les troupes de l’OTAN, elles...
C’est ce que fait aussi Hamid Karzaï, peu scrupuleux sur la moralité des hommes de pouvoir dont il s’entoure parce qu’il en a besoin aujourd’hui; prêt à négocier avec les talibans, y compris le mollah Omar, parce qu’il en aura besoin demain.
Si, évidemment, il conserve son fauteuil présidentiel, ce qui n’est pas sûr encore.
Le Time a calculé que verser 20 dollars par jour aux 10 000 à 15 000 « talibans à dix » pour qu’ils restent à la maison ne coûterait presque rien et condamnerait à l’impuissance les véritables, mais peu nombreux, fous de dieu. Simple boutade ? Peut-être. Mais, en Irak, n’a-t-on pas « acheté » de cette façon 100000 insurgés sunnites?
Le simple fait qu’on en soit là montre que plus personne ne sait vraiment ce qu’i l faut faire en Afghanistan. Les constats sont tous, sans exception, pessimistes. Les prospectives sont toutes, sans exception, immatérielles et inquiétantes.
Les unes après les autres, les opinions publiques occidentales décrochent, tout comme s’évaporent les raisons d’être là.
P r iver A l - Qaeda d’un refuge ? C’était nécessaire, mais il faudra en ce cas bloquer aussi le Pakistan, la Somalie, le Soudan, le Yémen, dix autres lieux encore. Aider les Afghans et surtout les Afghanes? Peut-être les pacifistes hardcore avaient-ils raison et vaut-il mieux les abandonner à leur sort. Prévenir la formation d’un trou noir géopolitique qui aspirerait le Pakistan (nucléaire) et déstabiliserait toute la région? C’est la meilleure raison qui subsiste, mais c’est compliqué et on ne fait pas de chansons avec ça.
À la recherche d’une solution miracle, le monde a besoin ici d’un éclair de génie... qu’on ne voit pas venir.


Afghanistan : « Maintenant, ils visent les gars à pied »  -  Pierre-André Normandin
En Afghanistan, les insurgés ont multiplié par trois leurs attaques contre les militaires étrangers cet été. Et ces attaques sont de plus en plus sophistiquées. Les soldats de Valcartier sur le terrain sont par exemple dorénavant confrontés à une nouvelle
— Quelque chose clochait. Peut-être était-ce cet Afghan avec une pelle, parti en courant. Peut-être était-ce un détail sur la route comme de la terre remuée ou des roches étrangement empilées. Peu importe, mieux valait ne pas courir de risque. Après quelques minutes d’inspection, un ingénieur militaire l’a confirmé, un piège avait été tendu. Et pas n’impor te lequel : quatre engins explosifs reliés entre eux, assez pour décimer la patrouille.
Des Afghans de la région de Kandahar déambulent devant l’endroit où une bombe a explosé mardi dernier. Depuis les derniers mois, les bombes se sont raffinées, de l’avis des militaires canadiens.
Fréquemment utilisés en Irak, les dispositifs en chaîne ont récemment fait leur apparition en Afghanistan. Cette nouvelle menace fait surface alors que les insurgés cherchent à adapter leurs stratégies pour maximiser les pertes au sein des troupes étrangères déployées dans le pays.
« Avant, ils visaient beaucoup les véhicules, mais maintenant, ils visent les gars à pied », résume le lieutenant Jonathan Martineau, responsable d’un détachement d’ingénieurs militaires opérant dans Panjwayi. Ceux-ci n’ont pas chômé cet été alors que les insurgés ont facilement multiplié par trois les attaques menées contre les forces étrangères en Afghanistan. Et les soldats de Valcartier, qui forment l’essentiel des troupes de combat canadiennes, n’y ont pas échappé.
Principale menace
Au plus fort de la saison des combats en Afghanistan, l ’ équipe du l i eutena nt Martineau a été appelée à désamorcer plus d’un engin explosif par jour. Les militaires les appellent IED, de leur acronyme en anglais Improvised Explosive Device. Mais ces attaques sont de moins en moins improvisées et de plus en plus le travail de spécialistes, souvent venus de l’extérieur du pays. En témoigne la récente apparition des dispositifs en chaîne.
« C’est plusieurs IED reliés ensemble. Quand un détonne, tous les autres explosent. Ils sont capables de couvrir une grande distance. C’est là qu’on voit qu’ils s’adaptent beaucoup à nous », précise l’adjudant Stéphane Pelletier. À son deuxième séjour en Afghanistan, cet ingénieur militaire dit avoir noté un raffinement des engins posés.
L’armée est très réticente à publier les données sur le nombre d’engins trouvés et sur ceux qui explosent, mais ces deux responsables de la lutte aux engins explosifs assurent que la vaste majorité est désamorcée. Malgré tout, les mines artisanales demeurent la principale menace posée aux soldats patrouillant les routes en terre battue d’Afghanistan. « Les insurgés savent qu’ils ne peuvent gagner les fusillades, alors c’est souvent leur seule façon de nous toucher », poursuit l’adjudant Pelletier.
Pas de remède miracle
Peu de remèdes existent pour prévenir ces attaques. La surveillance demeure la principale façon pour les soldats d’éviter que les IED soient posés sur leur chemin. « Si on a des yeux sur la route, ils ne peuvent pas en poser », dit Stéphane Pelletier.
Mais voilà, comme dans le jeu du chat et de la souris, les techniques pour poser les bombes changent et même la surveillance a ses limites. Récemment, une patrouille a trouvé du câblage non loin d’un ponceau pourtant étroitement surveillé. Si ces fils ne sont pas dangereux en soi, ils restent de mauvais augure. Probablement qu’un Afghan les a déposés discrètement en attendant d’apporter les autres composantes de la bombe. Et puis quelqu’un serait venu assembler le tout une fois toutes les pièces sur place.
Ainsi, même si elles sont plus exposées, les patrouilles restent la meilleure solution pour le lieutenant Martineau. En allant sur le terrain, elles peuvent plus facilement repérer les engins installés et les désamorcer. Évidemment, avec tous les risques que cela comporte.
Durant ces patrouilles, les soldats peuvent parfois trouver des pièces de ces mines en vente libre au bazar. « Je dis aux gars de suivre leur logique. Les Afghans ont des autos, des cellulaires. Bref, ils vivent comme nous. S’ils arrivent à un endroit où il n’y a pratiquement pas d’habitants et qu’ils voient plein de composantes, ils vont les saisir. Mais s’ils arrivent dans la maison d’une petite famille et ils voient une batterie qui sert à allumer une ampoule, on ne peut pas les priver de leur seul confort », expose Jonathan Martineau.



Profilage journalistique
Selon la Fédération internationale des journalistes, les autorités américaines portent atteinte à la liberté de la presse en Afghanistan. L’organisation qui représente 600 000 journalistes dans le monde s’est plainte hier après avoir reçu la confirmation que l’armée américaine demande au Rendon Group, une firme de relations publiques, de dresser un portrait idéologique des journalistes qui demandent une accréditation pour couvrir le conflit afghan sous sa protection. L’armée voudrait notamment savoir si les journalistes sont sympathiques à sa cause.


Afghanistan : 2009, année la plus meurtrière

2009, année de tous les dangers
KABOUL — Frappé par la violence presque quotidiennement, l’Afghanistan a vécu une journée particulièrement rude, hier. Alors qu’un attentat tuait plus de 41 personnes à Kandahar, bastion des talibans, la mort de quatre soldats américains, dans un autre incident, conférait à 2009 le triste titre de l’année la plus meurtrière pour les forces internationales.
L’attentat de Kandahar a fait 41 victimes et 66 blessés, tous des civils afghans. « Une fois encore, ils ont tué des enfants, des femmes, des Afghans innocents. Ce sont des animaux. Vous pouvez constater par vous-même les destructions de cet ennemi », a déclaré Mohammed Sher Shah, chef adjoint de la police de la province.
Dans les deux cas, les cibles des attentats étaient des étrangers, présents en sol afghan depuis le renversement du régime des talibans en 2001.
À K a nda ha r, l ’a t t e n t a t impliquant au moins cinq véh ic u les piégés , qu i ont explosé simultanément dans la soi rée, v isa it v ra isemblablement une entreprise japonaise en bâtiment qui participe à la reconstruction à K a nda ha r. L’ent repr i se avait récemment obtenu un contrat pou r la remise en état d’une route longtemps bloquée par l’insurrection. La déflagration, d’une rare violence, a détruit le siège de la société ainsi que de nombreux bâtiments autour, a constaté sur place un journaliste de l’Associated Press. Un immeuble des services du renseignement se trouve dans le quartier, à environ 4 0 0 mètres des lieux de l’attentat, et un bureau de l’ONU, à 800 métres. Cependant, les employés de l’ONU et de la compagnie de construction ne semblent pas avoir été affectés par l’attentat.
S elon les i n for mation s disponibles hier, les 41 victimes et les 66 blessés étaient des civils afghans. « Une fois encore, ils ont tué des enfants, des femmes, des A fghans innocents. Ce sont des animaux. Vous pouvez constater par vous-même les destructions de cet ennemi », a déclaré Mohammed Sher Shah, chef adjoint de la police de la province. Selon lui, deux voitures piégées et un camion-citerne rempli d’explosifs ont été utilisés pour cet attentat, dont la responsabilité n’a pas été revendiquée dans l’immédiat, mais pour lequel les talibans sont les premiers suspects.
Cet attentat est le plus meurtrier en Afghanistan depuis celui qui avait tué 60 personnes à l’ambassade indienne de Kaboul le 7 juillet 2008.
1000 civils, 295 militaires
Plus tôt dans la j ournée hier, quatre soldats américains ont été tués par une bombe, toujours dans le sud du pays. Leur décès porte à 295 le nombre de militaires étrangers qui ont péri en Afghanistan depuis le début de l’année, contre 294 pour l’ensemble de 2008.
Même si les décès d’hier établissent un nouveau record parmi les forces étrangères, les civils afghans restent néanmoins les premières victimes du conflit afghan : plus de 1000 ont péri sur les six premiers mois de l’année, selon l’ONU.
Le sud du pays, notamment la prov i nce du Hel ma nd , bastion des talibans et productrice d’environ 55 % de l’opium mondial, est la région du pays enregistrant le plus de violence.
Les troupes internationales et afghanes y ont réalisé ces derniers mois de nombreuses opérations d’envergure en prévision du scrutin présidentiel et provinciale de jeudi dernier, perdant des dizaines de soldats, essentiellement victimes de bombes artisanales.
Selon le site indépendant icasualties.org, 63 soldats étrangers ont été tués en août et 295, dont 172 Américains, depuis le début 2009 contre 294, dont 155 Américains, en 2008 qui était jusque-là l’année la plus meurtrière depuis que les forces internationales, emmenées par les États-Unis, avaient chassé les talibans du pouvoir.
L’insurrection des talibans et d’autres isla mistes s’est considérablement intensifiée ces deux dernières années.
Le Canada, qui compte plus de 1200 militaires dans la région de Kandahar, a laissé savoir hier qu’il ne comptait pas y renforcer sa présence. En conférence de presse, le ministre de la Défense, Peter MacKay a suggéré à l’OTAN de regarder ailleurs avant de frapper à la porte du Canada pou r obten i r des ef fec ti fs supplémentaires.




La situation « se détériore », selon un amiral américain
WASHINGTON — La situation en Afghanistan est « sérieuse et se détériore », a affirmé hier l’amiral Mike Mullen, chef d’état-major de l’armée américaine, trois jours après l’élection présidentielle dans le pays.
«Je pense qu’elle est sérieuse et qu’elle se détériore, et j’ai déjà dit, au cours des deux dernières années, que l’insurrection talibane s’est renforcée et s’est raffinée », a déclaré l’amiral Mullen à la radio américaine.
La nouvelle stratégie de l’administration Obama pour l’Afghanistan se met en place au fur et à mesure que les renforts arrivent, a expliqué le chef d’état-major. « On met actuellement les choses en place sur le terrain dans le cadre de la nouvelle stratégie du président », a-t-il dit.
L’amiral Mullen a estimé que l’armée américaine se devait d’inverser la situation d’ici 12 à 18 mois, mais il n’a pas précisé si de nouveaux envois de troupes étaient à l’ordre du jour.
Parallèlement, l’ampleur des accusations de fraude qui pèsent sur les élections présidentielle et provinciales de jeudi en Afghanistan est telle qu’elle pourrait déterminer l’issue des scrutins, a estimé la Commission des plaintes électorales (ECC) hier.
Cette com mission indépendante a reçu 225 plaintes depuis l’ouverture des bureaux de vote jeudi, dont 35 «essentielles pour les résultats des élections », selon le président de l’ECC, le Canadien Grant Kippen. Ces 35 plaintes prioritaires portent principalement sur des bourrages d’urnes, a-t-il précisé, soulignant que la com m ission n’a encore reçu que les contestations soumises à Kaboul et dans les capitales provinciales.
Abdullah Abdullah, le principal rival du président sortant Hamid Karzaï, a accusé celui-ci d’essayer de truquer le résultat de l’élection présidentielle.
« Il y a des irrégularités, fraudes et tentatives de trucages massives », a déclaré l’ancien ministre des Affaires étrangères de M. Karzaï à la presse.
« La légitimité et la crédibilité de l’élection dépendront de la mesure dans laquelle nous serons capables de prévenir cet important truquage, qui est en cours et est conduit par le président sortant et son équipe », a-t-il insisté.
Les irrégularités concerneraient des zones où la participation a été très faible, en général au sud et au sud-est, a-t-il précisé, disant se fonder sur les rapports de ses observateurs sur le terrain.
Faible participation féminine
Les observateurs ont par ailleurs constaté que les femmes ont très peu voté, leur participation frôlant le zéro dans certaines régions du Sud. Une organisation afghane, la Free and Fair Foundation of Afghanistan, a notamment révélé que 650 bureaux de vote réservés aux femmes n’ont tout simplement pas ouvert.
Pour la mission d’observation de l’Union européenne, « l’insécurité », « l’opposition culturelle à la participation des femmes à la vie publique» et «un certain nombre d’attaques » les visant clairement ont freiné la participation féminine aux élections, « en tant que candidates, électrices et organisatrices ».
Les résultats préliminaires de l’élection présidentielle ne sont pas attendus avant demain, et les résultats définitifs certifiés devraient être publiés le mois prochain. Si aucun candidat n’obtient plus de 50% des suffrages, un deuxième tour sera organisé.




Afghanistan–Canada, même fouillis? Un succès remarquable ?  -  VINCENT MARISSAL
Stephen Harper aime-t-il le Canada? Lancée comme ça, sans avertissement, la question peut paraître brutale. À en juger, toutefois, par certaines déclarations de notre premier ministre, il faut bien admettre que celui-ci n’a pas toujours une très haute opinion du pays qu’il dirige.
Dernière déclaration en date: « On sait toujours que le processus démocratique, même au Canada, peut être un fouillis de temps à autre », a déclaré jeudi M. Harper à propos du succès « remarquable », selon lui, du scrutin présidentiel en Afghanistan.
Canada, Afghanistan, même merdier électoral ? Mêmes graves problèmes dans l’exercice démocratique? Voilà qui n’est pas très flatteur pour un pays qui l’a élu deux fois premier ministre!
Que Stephen Harper tente, comme tous ses homologues occidentaux, de minimiser les ratés du scrutin afghan, cela se comprend aisément. Ce scrutin, après tout, n’est pas qu’un test pour la jeune démocratie afghane, c’est d’abord le bulletin des pays de la coalition qui ont promis d’y exporter leur système et leurs valeurs.
Mais que M. Harper compare les rares ratés de notre processus électoral au foutoir afghan, voilà qui est un peu fort de café.
C’est la deuxième fois en quelques jours que M. Harper crache dans sa propre soupe. La semaine dernière, il s’est rendu au Mexique pour expliquer que le Canada doit imposer des visas à nos amigos à cause des graves lacunes de notre système d’immigration. Du coup, le premier ministre a donné raison à tous nos détracteurs, en particulier aux États-Unis, qui affirment que le Canada est une véritable passoire.
Il est plutôt inusité d’entendre un chef de gouvernement critiquer aussi ouvertement son propre pays, surtout à l’étranger. Normalement, on garde ses problèmes domestiques à la maison, pas chez le voisin. Et puis si M. Harper veut proposer des changements, libre à lui, il est premier ministre, après tout.
Les récriminations du chef conservateur à l’égard du Canada ne sont pas nouvelles.
Bien avant de devenir premier ministre, M. Harper avait prononcé, en 1997, une conférence devant un groupe américain de droite réuni à Montréal dans lequel il dépeignait en mots peu élogieux les travers de son pays « socialiste ».
Plus récemment, lors de la campagne électorale de 2006, il avouait aussi ses craintes et ses réticences devant la fonction publique et la magistrature canadienne, beaucoup trop « libérales » à son goût.
On sait aussi que le premier ministre n’est pas un grand fan de la Charte des droits et libertés et des tribunaux, en particulier la Cour suprême, trop interventionnistes, selon les conservateurs.
Malgré les nombreux problèmes le jour du vote, la crainte omniprésente, les allégations de corruption et un taux de participation anémique, Stephen Harper a qualifié le scrutin de jeudi de « remarquable ». Ce qualificatif est sans doute un peu exagéré.
Quoi qu’il en soit, cette deuxième élection présidentielle depuis l’éviction du régime des talibans représente pour nous une belle occasion de faire le bilan de notre mission en Afghanistan. Et de réfléchir sérieusement sur ce que nous voulons accomplir, de façon réaliste, d’ici notre sortie prévue dans 18 mois, en février 2011. Autre sujet de réflexion: que fait-on si l’administration Obama nous demande officiellement de prolonger notre présence pour appuyer ses efforts en Afghanistan?
Ne comptez pas trop, toutefois, sur Stephen Harper et Michael Ignatieff pour débattre de ces questions, eux qui ne veulent absolument pas encombrer la scène électorale d’une telle pelure de banane.
Au dépar t , i l y a sept ans, nous débarquions en Afghanistan pour y chasser les terroristes, pour y établir un climat propice au développement et à la démocratie.
En 200 6 , devant l ’Assemblée générale de l’ONU, Stephen Harper affirmait que la coalition pacifierait le pays en plus d’y établir croissance et démocratie. « Nous réussirons », avait lancé M. Harper en guise de conclusion.
Malgré un excès d’enthousiasme, qui a fait dire au premier ministre que ce scrutin est un succès « remarquable », il faut rester modeste et réaliste: nous sommes très loin d’avoir réussi en Afghanistan.
Le simple fait que la communauté internationale pousse un grand ouf ! parce qu’il n’y a eu « que » 26 morts en dit long sur nos attentes. Le fait, aussi, que l’on se contente d’un taux de participation aussi faible et que l’on ne se formalise pas trop des soupçons de fraudes électorales.
Serions-nous en t rain d’abaisser nos propres critères démocratiques, de couper les coins ronds, juste pour pouvoir dire « Mission accomplie » et ainsi pouvoir nous retirer peinards, avec le sentiment du devoir accompli?
Si tel est le cas, nous pourrons vraiment dire alors que nous y sommes allés pour rien et que nos soldats y ont laissé leur vie en vain.



La démocratie progresse en Afghanistan  -  AGNÈS GRUDA
Le Canadien Grant Kippen, président de la Commission des plaintes électorales à Kaboul, reste optimiste
C’est vrai que les talibans ont menacé les électeurs de représailles, a reconnu M. Grant, que La Presse a joint à Kaboul hier. Mais cette menace est loin d’être omniprésente, selon lui.

En revanche, les élections de jeudi suscitent beaucoup d’intérêt : « Les candidats, leurs supporters, les observateurs, beaucoup de gens veulent ces élections et croient qu’elles sont importantes. »
Grant Kippen n’en est pas à ses premières armes en Afghanistan. Il y était en 2004, lors de la première présidentielle. Et il a présidé la Commission des plaintes lors des parlementaires de 2005.
En quoi les élections de 2009 d i f f èrent-el les des scrutins précédents? « Les conditions de sécurité étaient bien meilleures à l’époque », répond-il sans hésiter.
Contrairement aux élections passées, qui étaient organisées avec l’aide de la communauté internationale, ce scrutin est organisé par les Afghans seuls – Grant Kippen est d’ailleurs l’un des seuls Occidentaux à y jouer un rôle-clé.
Mais surtout, souligne-t-il, les médias jouent cette fois un rôle de premier plan. « Les Afghans ont accès à beaucoup d’information électorale à la télévision, à la radio, dans les journaux. Et ça génère énormément d’intérêt pour ces élections. » nombreux bureaux de vote pourraient être incapables d’ouvrir leurs portes?
Selon Grant Kippen, ces zones de grande insécurité se trouvent surtout dans des régions rurales éloignées. Au cours des dernières semaines, M. Kippen s’est rendu à Kandahar et à Jalalabad. Il y a rencontré des candidats aux élections provinciales. « Certains m’ont mentionné qu’ils étaient incapables de faire campagne dans les villages reculés. Mais ils menaient une campagne très visible dans ces deux villes. »
Et puis, la participation au vote pourrait être plus g rande que ce que l ’ on imagine, malgré les menaces , croit Grant Kippen. « C’est peut-être difficile à comprendre de loin, mais les Afghans vivent dans l ’ i nsécur ité depuis t rois décennies. Pour eux, elle fait partie de leur vie. »
L’un des enjeux du vote de jeudi est la légitimité du gagnant, et cette légitimité dépend du nombre d’électeurs qui braveront les menaces et se rendront aux urnes.
À pa rt i r de quel t aux d’absentéisme le prochain président ne pourra-t-il pas prétendre représenter l’ensemble des électeurs? « Bonne question, dit Grant Kippen, mais je ne possède pas la réponse. »


Le danger des urnes  -  MARIO ROY
Fin de la campagne électorale afghane, hier. Le dernier acte s’est joué dans le stade de Kaboul, ce lugubre lieu d’exécution sous les talibans. C’est là qu’un candidat ( parmi une quarantaine) à la présidence, Abdullah Abdul lah, ex-ministre et principal adversaire d’Hamid Karzaï, a tenu une ultime assemblée publique.
Dans 48 heures, les Afghans devront élire un président et 420 conseillers provinciaux en se présentant dans l’un ou l’autre des 7000 bureaux de vote semés dans les 34 000 villes et villages du pays. C’est le premier scrutin organisé par les Afghans eux-mêmes. Et on n’a pas la moindre idée de la façon dont tout ça va se passer. Si les gens iront voter. Ou si la journée se terminera dans le sang.
Posée simplement, laquestion est: peut-on, devant la situation qui prévaut en Afghanistan, avoir encore la foi?
Et d’abord, les Afghans eux-mêmes croient-ils encore aujourd’hui à cette démocratie, dont les élections sont le premier symbole et la première nécessité? Autour des élections de jeudi règne une telle confusion qu’on ne sait plus très bien si, a posteriori, elles seront vues par la population comme une avancée ou un recul.
Plus ou moins 15% des 17 mil l i ons d’é l e c t eu r s inscrits pourraient être des « électeurs » frauduleusement inscrits – et personne n’ose se prononcer sur la façon dont se fera le décompte des voix. Jeudi, entre 8 et 12% des bureaux de scrutin n’ouvriront vraisemblablement pas, parce que les bulletins n’y seront pas parvenus ou parce que la sécurité sera insuffisante. Même là où ce sera ouvert, peut-être les bureaux resteront-ils déserts parce que les talibans auront réussi à terroriser, notamment en menaçant de couper le doigt encré de ceux qui auront voté.
Ou parce que les Afghans n’y croient plus, justement.
La déception qu’ils éprouvent à l’endroit d’Hamid Karzaï est grande... et justifiée. En huit ans, sous sa présidence intérimaire puis officielle, l’État s’est peu construit. La corruption a fleuri, tout comme l’économie fondée sur le pavot ( un tiers du PIB afghan). Des chefs de guerre au passé douteux gravitent plus que j ama i s dans l’orbite du pouvoir. Loin de reculer, l’insécurité s’est accrue (133 des 356 districts sont aujourd’hui « à haut risque » ou carrément contrôlés par les talibans). Même la situation de la femme demeure scandaleuse (la répugnante loi dite du « viol domestique » est entrée en vigueur, il y a quelques jours).
Pourtant, Karzaï sera à n’en pas douter réélu, même s’il faut pour cela un second tour de scrutin, début octobre.
Lorsqu’on saura comment les choses se seront déroulées, jeudi, et ce que ça annonce pour l’avenir, la communauté internationale devra revoir de façon réaliste ses objectifs et ses projets en ce qui concerne l’Afghanistan. Ce pays qui, de toute son histoire, n’a à peu près jamais connu la paix.




Droits des femmes : l’Afghanistan a adopté sa loi controversée
KABOUL — L’Afghanistan a adopté une loi « légalisant la discrimination » à l’encontre des femmes de la minorité chiite, stipulant notamment qu’elles peuvent être privées de nourriture si elles refusent les relations sexuelles, a affirmé hier Human Rights Watch (HRW).
Selon l ’organisation de défense des droits de l’Homme, qui dénonce une manoeuvre électoraliste du président Hamid Karzaï, candidat à sa réélection le 20 août, la loi a été publiée dans le Journal officiel d’Afghanistan le 27 juillet.
Aucune annonce officielle n’a été faite sur le sujet, et le gouvernement afghan n’était pas joignable pour confirmer cette information hier.
Cette loi est, selon HRW, une nouvelle version de celle qui avait été adoptée en mars par les parlementaires afghans et signée par le président Hamid Karzaï, mais qui n’était pas entrée en vigueur après avoir soulevé un tollé en Occident, où l’on évoquait une légalisation du viol domestique.
HRW explique avoir vu une version définitive de la loi, qui contient « de nombreux articles régressifs » pour les droits des femmes, même s’ils ne sont plus aussi restrictifs que dans le projet initial.
Le nouveau texte prévoit notamment qu’un mari a le droit de retirer tout soutien matériel à sa femme, y compris la nourriture, si celle-ci refuse de satisfaire ses demandes sexuelles. Il stipule également que les enfants sont toujours placés légalement sous la garde des pères et grands-pères.
Il ordonne aussi que les femmes demandent la permission à leur mari pour travailler, et permet à un violeur d’échapper à toute poursuite s’il paie « l’argent du sang » à la femme violée, indique HRW.
En avril, le président Karzaï avait demandé au ministère de la Justice de revoir le projet de loi qu’il avait signé en mars, après les protestations d’organisations afghanes et internationales l’accusant de légaliser une loi appliquant aux femmes chiites des restrictions dignes du régime des talibans.


« Notre vie n’a fait qu’empirer »  -  Anne Nivat
Kandahar livré au chaos à l’approche de l’élection présidentielle En Afghanistan, le statut de la femme n’est pas particulièrement ouvert et moderne. Depuis la « libération » du pays il y a huit ans, à Kandahar, où sont stationnées les troupes canadiennes
KANDAHAR — « Loin de s’être améliorée, en huit ans, notre vie quotidienne n’a fait qu’empirer, jusqu’à devenir un enfer », n’hésite pas à dénoncer Youssif (ce n’est pas son vrai nom), 38 ans, un homme d’affaires de Kandahar, l’ex-capitale des talibans et ville natale du mollah Omar, dont la luxueuse maison a été transformée en quartier général de l’antenne locale de la CIA.
À Kandahar, des femmes faisaient la file au début du mois d’août pour assister à une séance d’information sur le processus de vote, en prévision de l’élection présidentielle jeudi en Afghanistan.
« Chaque personne refusant de reverser un pourcentage de son chiffre d’affaires devient l’objet d’un harcèlement quasi quotidien des fonctionnaires de la ville et de la région de Kandahar qui, à tous les niveaux, quel que soit leur grade, sont tous terrorisés par AhmedWali Karzaï (le frère du président) et ses sbires », dit-il.
« Ils ont conclu une entente avec les talibans: on vous laisse tranquilles si vous dénoncez ceux que l’on rackettera. Tout le monde courbe l’échine », ajoute l’homme d’affaires.
Étrange ambiance à Kandahar où, il y a un an exactement, 1500 talibans parvenaient à s’enfuir de la prison de la ville pour s’évaporer dans la nature (l’enquête n’a jamais établi les responsabilités). Une ville où, à la fin du mois de juin dernier, une fusillade a éclaté en plein centre-ville, en plein jour, entre des policiers afghans et des employés d’une société de sécurité privée sous contrat avec l’armée américaine. Policiers responsables de la protection, justement, du bâtiment de la CIA.
Résultat: quatre morts, dont le chef de la police, et une atmosphère chargée de peur pour les Kandaharis.
Attaquées à l’acide
Afin d’échapper à des représailles, Youssif a installé sa famille à Dubaï, à deux heures d’avion plus au sud, et limite ses allers et retours sous bonne escorte. « Au lieu de créer des emplois, comme tous le promettent pendant cette campagne, on en détruit. C’est la terreur. »
C’est bien l’avis de Nasifa, 26 ans, une jeune productrice radio pour la BBC service pachtou, qui doit cacher ses activités professionnelles à ses voisins et même à sa famille. Elle et ses parents ont dû déménager après des menaces sur sa porte d’entrée la dénonçant comme « travaillant pour des étrangers ».
« On a dû aussi vendre notre voiture, car on surveillait mes allées et venues. Je voyage exclusivement en taxi et je cache mon matériel chez moi », regrette-t-elle. Un léger voile rose sur les épaules, le visage cerclé d’un voile noir, sans un cheveu qui dépasse, Nasifa a abandonné sa burqa sur la table le temps de notre entretien.
C’est elle qui, en novembre 2008, avait été la première sur les lieux où deux criminels avaient jeté de l’acide sur six jeunes filles qui revenaient de leur école. « Leurs visages étaient cachés sous la burqa, bien évidemment », précise Nasifa. « Aujourd’hui, ces filles sont terrées chez elles ; même moi, j’ai peur dans la rue, j’y suis le moins possible. »
À son tour, Nasifa incrimine la faiblesse du gouvernement central, qualifié de « bande d’incapables qui s’est laissée déborder par des mafieux auto proclamés talibans ».
Spirale de l’enfer
Les six jeunes filles défigurées sont aujourd’hui éduquées à domicile par Yasmina, une institutrice qui a le courage de se rendre chez elles trois fois par semaine en sus de ses heures de cours, pour un salaire mensuel de 80$.
« Ce que l’on ne dit pas, c’est que, souvent, les parents envoient leurs filles à l’école uniquement pour recevoir de la nourriture ou d’autres bénéfices en nature (distribués par des organisations non gouvernementales occidentales et afghanes), et non pas pour leur assurer un avenir, car, de toute façon, elles stopperont toute étude dès qu’elles se marieront, vers 15-16 ans, parfois 13 ou 14. »
Déçue par ces huit années post-talibanes qui ne lui ont apporté aucune aisance matérielle, Yasmina ne changerait de travail pour rien au monde, parce qu’elle se sent utile. Venue accompagnée de sa soeur et de son fils de 4 ans pour se faire moins remarquer dans la rue, au moment du départ, elle passe dans une autre pièce enfiler sa burqa bleue qui la rend invisible.
« Demain, si je dois sortir, j’en mettrai une marron, ainsi les voisins et autres hommes dans la rue ne pourront pas forcément savoir que je sors et comptabiliser ainsi mes allées et venues... » Dans l’Afghanistan post-talibans, c’est le triste stratagème inventé par les femmes pour échapper à la spirale de l’enfer.



Le fantasme afghan  -  Michèle Ouimet
Tout va bien, ont répété l ’ OTAN et le président Hamid Ka rzaï . Washington a même parlé de succès: les Afghans ont voté, le taux de participation a oscillé autour de 50% et les talibans se sont tenus relativement tranquilles. Il n’y a eu qu’une cinquantaine de morts, une broutille dans ce pays où on s’entretue depuis 30 ans.
Même Kaboul a échappé à la fièvre électorale. Les rues de la capitale étaient désertes. Ci-dessus, un policier afghan se repose sur sa moto tandis que des femmes attendent qu’un bureau de vote de Kaboul rouvre après avoir été réapprovisionné en ballots.
Tout va bien donc, tout va très bien.
Ça, c’est le fantasme. La réalité est plus complexe, plus difficile à cerner. Les bureaux de vote venaient à peine de fermer que le président Karzaï et l’OTAN parlaient d’un taux de participation de 50%. Au Canada, ce chiffre sort plusieurs heures après la fin du scrutin.
Cinquante pour cent . Permettez-moi d’en douter. L’Afghanistan est en guerre, une bonne partie de la population vit dans des villages reculés, les moyens de communication sont minimalistes et une partie des boîtes de scrutin voyage à dos d’âne. Impossible d’estimer le taux de participation avec une telle rapidité.
Les journalistes sur le terrain à Kaboul ont raconté que les rues étaient vides. Je regardais les images à Radio-Canada: bureaux de vote quasi déserts, magasins fermés, ville fantôme. Je ne reconnaissais pas Kaboul toujours si agité, si fébrile avec ses échoppes en désordre, ses marchands ambulants et sa circulation hystérique.
Il fallait vraiment que les Afghans aient peur pour se barricader de la sorte. Les journalistes du Monde, de Libération, du New York Times, du Guardian, des réseaux anglais et français de Radio-Canada racontaient la même histoire: les électeurs sortaient au compte-gouttes.
La perception des journalistes a été confirmée par Jean McKenzie du IWPR, un organisme spécialisé dans les zones de guerre qui a des correspondants partout en Afghanistan.
Impossible d’estimer le taux de participation, a-t-elle expliqué à ma collègue Agnès Gruda. « Je serais extrêmement choquée d’apprendre qu’il y a eu 50% de participation ou plus. Si c’est le cas, ça ne pourrait signifier qu’une chose: qu’il y a eu de la fraude massive. »
Personne ne sait vraiment ce qui s’est passé, hier, en Afghanistan. Les résultats préliminaires ne sortiront que demain et le score final ne sera connu que dans deux semaines. Si tout va bien. Et si les ânes trottinent assez vite.
Et il ne faut pas oublier la fraude qui a entaché tout le processus. Il n’y avait même pas de liste électorale. L’électeur se présentait avec sa carte dans le bureau de son choix. Selon le Guardian, environ 3 millions de fausses cartes électorales circulaient dans le pays. Sur un total de 17 millions.
L’encre indélébile a aussi fait jaser. Tous les électeurs devaient tremper leur doigt dans l’encre. Difficile de voter deux fois avec une tache sur le doigt. Dans plusieurs endroits, l’encre n’était pas indélébile. Les gens réussissaient à l’enlever avec du simple détergent. D’autres enduisaient leur doigt d’huile avant de voter pour empêcher l’encre de tacher. Fiez-vous aux Afghans pour trouver des trucs, ils sont très ingénieux.
En 2004, les gens étaient enthousiastes. Un vent d’optimisme balayait l’Afghanistan et des électeurs formaient de longues files devant les bureaux de vote. Le taux de participation a atteint 75%. Cinq ans plus tard, la peur et la désillusion ont sapé le moral des Afghans. Pourquoi risquer sa vie pour élire un gouvernement corrompu à l’os et incapable de remettre le pays sur les rails?
Il y a une limite au courage.
Serge Marcoux a été ambassadeur du Canada en BosnieHerzégovine de 1996 à 1999. Il a vécu entre Serbes, Croates et Bosniaques dans « une situation exactement similaire à celle que vous décrivez » en Afghanistan, m’a-t-il écrit.
« Ce ne sont pas des élections qui créent la démocratie, mais la démocratie qui permet des élections libres et équitables », a-t-il dit.

Hier, les élections n’étaient ni libres ni équitables. Une conclusion s’impose : la démocratie n’existe pas encore en Afghanistan.



SCRUTIN PRÉSIDENTIEL AFGHAN Les deux camps négocient un accord

Les résultats officiels du scrutin présidentiel afghan sont attendus dans un mois. Cependant, la commission électorale afghane compte dès ce matin révéler des résultats préliminaires. Pendant ce temps, les deux principaux candidats se tiennent tête devant les caméras, mais négocient en coulisse.
C’était un épisode comme il y en a eu plusieurs au cours des derniers jours en Afghanistan. Dans une entrevue au New York Times, le ministre des Finances du gouvernement sortant a annoncé la réélection du président afghan, Hamid Karzaï, avec 68 % des votes. Le camp du principal rival de M. Karzaï, Abdullah Abdullah, conteste.
La Commission électorale afghane dévoilera des résultats préliminaires du scrutin présidentiel aujourd’hui. Hier, des employés de la Commission vérifiaient les bulletins de vote pour s’assurer de leur validité.
Depuis le scrutin du 20 août, Hamid Karzaï et son ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, se mènent une guerre des nerfs, clamant tour à tour avoir remporté la victoire et ce, même si aucun résultat officiel n’a encore été rendu public. Tout ça changera ce matin alors que la Commission électorale afghane dévoilera des résultats préliminaires.
Hier, en déclarant la victoire du président Karzaï au premier tour, le ministre Hazrat Omar Zakhilwal disait faire référence à ces résultats toujours secrets, mais dont il aurait été mis au parfum.
Selon le ministre, des 5 millions de personnes qui auraient voté – soit moins de 33 % de l’électorat établi à 17 millions – plus de 3 millions auraient choisi Hamid Ka rzaï et 1,5 million , M . Abdullah. Le député hazara Ra mazan Bashardost arriverait troisième avec 4,5 % des voix. Il resterait environ 500 000 bulletins de vote à dépouiller.
Une affirmation du portepa role de la Com m ission électorale indépendante vient mettre ces données en doute. Seulement « 10 à 11 % des résultats » seraient disponibles pour le moment.
Le premier résultat national est attendu entre le 3 et le 7 septembre. Ce décompte ne sera pas définitif puisqu’il dépendra des résultats d’enquête sur 225 allégations de fraudes électorales, dont 35 sont j ugées prioritaires. Ce n’est que le 17 septembre que le verdict final de l’élection afghane devrait être connu.
Hier, le représentant spécial des Nations u nies en A fgha n ista n , K a i Eide, a demandé à toutes les parties de respecter le processus électoral en faisant preuve de « patience ».
Tractations secrètes
Selon l’ A gence F ra ncePresse, les regards sont tournés ces jours-ci vers Abdullah Abdullah, installé dans une position de sérieux challenger. Les experts évoquent deux scénarios possibles.
En cas de victoire de Karzaï au premier tour, avec un score honorable d’Abdu lla h , ce dernier s’installerait comme le pr i nc ipa l opposa nt au président et en bonne position pour le prochain scrutin présidentiel.
L’autre hypothèse est un second tour entre les deux hommes avec, selon plusieurs experts et des sources diplomatiques, le risque d’une défaite plus cuisante pour Abdullah, qui pourrait donc ne pas vouloir prendre ce risque.
Les accusations de fraudes massives, la pa rticipation moyenne, voire faible, et le manque d’observateurs dans certaines régions font douter de la crédibilité du scrutin et renforcent, selon certaines sou rces, l’hy pothèse d’u n règlement à l’amiable.
« Les deux hommes sont à la recherche d’un gentlemen’s agreement », selon un diplomate occidental interrogé par l’AFP. Officiellement, les deux camps nient toutes négociations.
En coulisse, « les tractations vont bon train pour qu’Abdullah accepte une défaite au premier tour », explique un diplomate occidental, selon qui son acceptation « peut dépendre de ce qu’il obtient en échange ».
Les Occidentaux poussent depuis plusieurs mois le gouvernement afghan à créer un poste de premier ministre. Au printemps, M. Abdullah avait affirmé à l’AFP que M. Karzaï lui avait proposé ce poste s’il acceptait de se retirer du scrutin.
« L es prem iers résu ltats ( pa r tiels) com mu n iqués aujourd’hui par la Commission électorale indépendante pourraient refléter le résultat de ces tractations », estime le diplomate.



DES BUREAUX DE VOTE DÉSERTS  -  Agnès Gruda
Quelque 17 millions d’Afghans étaient invités à se rendre aux urnes hier pour le deuxième scrutin présidentiel de l’histoire du pays. Malgré les menaces des talibans et des violences qui ont fait une cinquantaine de morts, aucun incident majeur n’a pertur
Officiellement, tout s’est bien passé, les violences sporadiques n’ont fait qu’une cinquantaine de morts et le taux de participation au vote avoisine 50%.
Mais officieusement, des journalistes et observateurs postés sur le terrain parlent de bureaux de scrutin déserts et d’un nombre d’électeurs parfois famélique.
Des informations contradictoires émergeaient, hier, à l’issue du scrutin au cours duquel 17 millions d’électeurs afghans étaient appelés à élire leur président et leurs représentants à des conseils provinciaux.
Chez les optimistes, on retrouve le président sortant Hamid Karzaï : « C’était une très bonne journée, le peuple afghan a défié les roquettes, les intimidations et les bombes », s’est-il félicité.
« Le vote a été clairement transparent », a dit Richard C. Holbrooke, émissai re américain pour l’Afghanistan et le Pakistan. Des sons de cloche semblables émanaient de l’ONU et de l’OTAN.
Mais cet optimisme était tempéré par des témoignages recueillis sur le terrain, hier. Exception faite du nord du pays, la participation au vote est très basse, constate Jean McKenzie, responsable du bureau du Institute for War and Peace Reporting à Kaboul.
Cette organisation a des correspondants locaux un peu partout en Afghanistan. « Peu de gens ont voté dans la province de Helmand, da n s l e Sud. Da n s u n bureau, on attendait 4200 électeurs. Plus de trois heures après l’ouverture, il n’en était venu que 83 », raconte Mme McKenzie. À Kandahar, une ville de plus 700 000 habi t ants , on a recensé 40 000 bulletins de vote. « C’est très peu », estime Mme McKenzie.
« Il est impossible d’estimer avec précision le taux de participation, mais je serais extrêmement choquée d’apprendre qu’il était de 50%. Car ça ne pourrait signifier qu’une chose : la présence massive de fraude », dit-elle.
L’observateur québécois Jacques Paquette a passé la journée entre une dizaine de bureaux de vote de Jalalabad. « Le vote a commencé à 7h, mais les électeurs n’ont commencé à arriver qu’à 10h, et il y avait très peu de femmes », dit-il. Dans certains des bureaux de scrutin de Jalalabad, moins de 30% des électeurs ont exercé leur droit de vote.
La Commission électorale indépendante de l’Afghanistan a décidé hier de rallonger d’une heure la période de votation. Mais au bureau où M. Paquette devait surveiller
le décompte des voix, ce n’était pas nécessaire : il n’y avait plus un chat.
En raison de consignes de sécurité, l’observateur québécois craignait de ne pas pouvoir rester jusqu’à la fin du dépouillement des voix. Mais il s’inquiétait pour rien : les 181 bulletins de vote ont été vite comptés.
Même Kaboul a échappé à la fièvre électorale. Les rues de la capitale étaient désertes. Le Canadien Grant Kippen, qui préside la Commission des plaintes électorales (il en a recueilli une centaine hier), a passé la journée dans un bureau en face d’un lieu de vote. « Je n’y ai jamais vu de gens faire la queue. »
Violences sporadiques
Plus d’une cinquantaine de personnes ont perdu la vie hier dans une série d’explosions de violence, qui ont épargné la majorité des bureaux de vote. À l’échelle afghane, c’est un succès.
Ainsi, plus de 20 roquettes sont tombées dans la capitale de la province de Helmand, Lashkar Gah. L’une d’entre elles a atterri sur une file d’électeurs et a tué un enfant.
À Kandahar, les insurgés ont pendu deux personnes qui avaient les doigts tachés d’encre, signe qu’ils étaient allés voter. À Kaboul, la journée a été marquée par une longue fusillade qui a coûté la vie à deux insurgés.
Au total , le gouvernement a recensé 135 attaques d’insurgés qui ont coûté la vie à 26 civils et policiers afghans, et à une trentaine d’insurgés. Mais les autorités assurent que 95% des bureaux de vote ont pu fonctionner normalement.
Et dans ces bureaux, il y avait des gens convaincus de faire un geste important pour leur avenir. Selon Jean McKenzie, ceux qui s’étaient déplacés pour voter se montraient très optimistes. Ils disaient des choses comme: « Je veux changer la destinée de mon pays. »

« REMARQUABLE », SELON HARPER
De passage dans le Grand Nord canadien, hier, le premier ministre Stephen Harper a tenu à souligner, malgré les difficultés, le bon déroulement de l’élection présidentielle en Afghanistan. « Pour un pays qui a connu la guerre civile pendant près de 30 ans et qui n’a jamais vraiment eu d’historique de gouvernance démocratique, ce qui se passe en Afghanistan, malgré tous les défis, est remarquable », a dit M. Harper. Le premier ministre a par ailleurs salué le travail du personnel canadien en Afghanistan; les militaires, les civils, les diplomates et ceux qui travaillent au développement du pays, ainsi que leurs alliés, qui ont selon lui une énorme part du mérite « pour les progrès réalisés, qui ont permis le déroulement d’un processus comme celui-ci ».


Une pluie de roquettes sur Kandahar  -  Pierre-André Normandin
KANDAHAR — Les talibans ont tenté d’empêcher les habitants de Kandahar de voter à l’élection présidentielle d’hier en faisant pleuvoir les roquettes sur la ville et en piégeant ses routes avec des engins explosifs. Signe des craintes suscitées dans la population, les responsables du scrutin disent avoi r observé une diminution du taux de participation par rapport à l’élection précédente.
Exception faite du nord du pays (ci-dessus, à Mazar-e-Charif), la participation au vote a été très basse, selon Jean McKenzie, du bureau du Institute for War and Peace Reporting à Kaboul. « Il est impossible d’estimer avec précision le taux de participation, mais je serais extrêmement choquée d’apprendre qu’il était de 50% », dit-elle.
Plus d’une quinzaine de mines artisanales ont été enfouies sous les routes de Kandahar, a rapporté le général Abdul Bashir Salihzai, commandant de l ’ a r mée afghane dans la province. Pendant que les militaires s’affairaient à désamorcer ces engins, deux groupes d’insurgés ont pris position au nord et au sud de la ville pour y faire pleuvoir des roquettes.
Pendant une partie de la journée, des explosions ont pu se faire entendre sporadiquement dans Kandahar, où Le Soleil se trouvait. « Les talibans ont multiplié les attaques pour essayer d’empêcher les gens de voter », a résumé le général.
Les roquet t es l ancées sur Kandahar ont fait deux morts en matinée, dont une femme qui se trouvait dans sa maison. L’obus qui l’a fauchée a également blessé ses deux enfants.
Chef de la police dans la province, le général Noorzai Mirwais a tenté de minimiser l’impact des attaques qu’ont menées les insurgés. « Les Afghans ont subi 30 ans de guerre, ils sont habitués à ça », a-t-il dit en montrant son doigt couvert d’encre bleue, preuve de sa participation à l’élection.
Il reste que la Commission électorale appréhende un taux de participation en baisse, même si aucun résultat ne devrait être disponible avant plusieurs jours. « Les gens entendent depuis des mois les talibans dire que s’ils attrapent des personnes avec un doigt bleu, ils vont les tuer. C’est pourquoi les gens sont plus réticents à venir voter. Oui, il y a moins de personnes qu’à la dernière élection », a confirmé Toryalai Ghaznavi, porte-parole de la Commission élec tora le i ndépenda nte d’Afghanistan dans Kandahar.

Les bureaux de vote de la ville sont restés bien peu visités durant la matinée, les électeurs ayant probablement voulu attendre de voir si les talibans passeraient de la parole aux actes en cette journée électorale. Même si quelques déflagrations se faisaient toujours entendre à l’heure du dîner, les électeurs ont profité de l’après-midi pour se rendre aux urnes en plus grand nombre, a indiqué M. Ghaznavi, rencontré non loin du palais du gouverneur.






LES ÉLECTIONS DE TOUS LES DANGERS  - Anne Nivat
Après huit ans, des milliards de dollars en aide humanitaire et une coalition internationale militaire renforcée, on aurait pu croire que l’Afghanistan allait commencer à s’en sortir. À une semaine de la seconde élection présidentielle « libre » depuis 20
KABOUL — « Si les étrangers quittaient le pays, ce serait Mad Max en moins de 24 heures… Mais s’ils restent, on s’enfonce aussi en enfer, car plus personne ne contrôle rien », ironiseQasim, un policier municipal de 35 ans, sur le seuil de sa porte dans le quartier de Shar-i-Naw.
Des partisans d’Abdullah Abdullah arrivent à Mazar-i-Sharif. Le candidat a de bonnes chances d’affronter le président sortant dans un éventuel deuxième tour.
Cette attitude désabusée témoigne de l’embarras d’une population qui ne croit plus en l’indépendance d’un scrutin: au final, c’est le président sortant Hamid Karzaï qui restera au pouvoir.
À quelques jours de l’élection présidentielle, la seconde depuis la « libération » de 2001, les violences se multiplient et bon nombre de bureaux de vote n’ouvriront pas. Ce qui ne semble gêner personne. « Que voulez-vous, reprend Qasim, ici, rien ne marche comme chez vous, il faut cesser de tout comparer. Iront voter ceux qui en ont le courage, ou qui y croient encore. Les autres sont indifférents, la vie est trop dure… »
En 2004, un Pachtoune totalement inconnu d’une tribu influente du Sud dont la famille avait fait fortune dans une chaîne de restauration aux États-Unis est élu chef de l’État afghan. Aujourd’hui, même critiqué et affaibli, Hamid Karzaï est en passe d’être réélu, tant les ressources gouvernementales et les moyens d’influence à tous les échelons de la pyramide étatique, dont il a usé et abusé en campagne, sont imparables.
Seuls deux candidats pourraient le forcer à un second tour : Ashraf Ghani, ministre des Finances de 2002 à 2004, et Abdullah Abdullah, ancien ministre des Affaires étrangères.
Atmosphère de terreur
« Afin de rester au pouvoir, notre président a conclu de trop dangereuses alliances », note, également désabusé, Hafiz, un boulanger hazara de 32 ans de Kaboul, qui n’est pas rentré dans sa région du Wardak (des montagnes à 50 km au sud de la capitale) depuis deux ans par peur des talibans qui la dominent.
« Nous, on rêve d’autre chose: on voudrait un pays tranquille, dans lequel on peut se déplacer sans peur, où les règles ancestrales prévaudraient, et non pas cet incompréhensible chaos ! »
C’est que le peuple voit revenir, d’un mauvais oeil, d’anciens chefs de guerre réputés violents et corrompus sur le « ticket » présidentiel d’Hamid Karzaï. Comme le maréchal Fahim, déjà vice-président.

Quant à la hausse constante du degré d’insécurité, l’activité croissante des « talibans » et autres groupes mafieux ainsi que la faiblesse de l’influence gouvernementale contribuent à faire de ce scrutin une « bombe à retardement ».
Des femmes assistent à un événement en faveur du candidat Ashraf Ghani, à Kaboul. Un climat de peur règne dans le pays à quelques jours des élections.
Il faut dire qu’en cinq ans, Hamid Karzaï n’a pas montré le bon exemple: son frère cadet, Ahmed Wali Karzaï, qu’il a contribué à faire nommer chef du conseil provincial de Kandahar, la seconde ville du pays, ex-lieu de résidence du mollah Omar toujours en fuite, est régulièrement accusé d’implications dans les juteux trafics de drogue de la région.
Depuis des mois, les hommes d’affaires kandaharis se plaignent d’escroqueries permanentes orchestrées par ses hommes. Selon eux, l’atmosphère de terreur aurait atteint le niveau de celle de l’époque des talibans, pourtant officiellement détrônés en 2001.
Comme en Iran?
À quelques jours du vote, « ce n’est pas d’élections dont il s’agit, mais bien d’un marché aux bestiaux », ajoute, cynique, un observateur de la scène politique afghane, conseiller d’un des candidats.
« On négocie le prix des lots de bovins, voilà tout. » Selon lui, des négociations iraient bon train autour du meilleur candidat, à la seule condition que soit prise en compte pour les autres une compensation financière de 200 000 à 500 000$ US! « Le mien a reçu ce qu’il voulait, il s’est retiré… »
Dans le cas où les résultats du 20 août (qui ne seront pas connus immédiatement) annonceraient le président Hamid Karzaï gagnant, le mécontentement de la population pourraitil se muer en émeutes, voire en journées d’insurrection comme en Iran, le grand voisin souvent cité en exemple positif par les Afghans?
Beaucoup le craignent , même si rien n’est moins sûr, étant donné le piètre état de la société civile huit ans après la « libération ».
« Pour descendre dans la rue, note Nader Naderi, membre de la Commission indépendante afghane des droits de l’homme, il faut avoir de l’argent de côté pourvoirvenir… Or, ici, les gens se battent au quotidien pour leur survie: une majorité de la population ne vit qu’avec 1$ par jour! Pas assez pour se permettre le luxe d’aller manifester… » Anne Nivat est une journal iste indépendante réputée qui sillonne la région depuis 2001. Elle est l’auteure d’une récente bande dessinée intitulée

LES TROIS PRINCIPAUX CANDIDATS
HAMID KARZAÏ
Le président sortant Hamid Karzaï a toutes les chances d’être réélu à son poste, mais peut-être pas dès le premier tour. Ce polyglotte de 52 ans a fréquenté les écoles du Pakistan, de l’Inde et de la France. Appartenant à l’ethnie pachtoune, il a combattu aux côtés des moudjahidin contre l’occupation soviétique, avant de collaborer brièvement avec les talibans. Accusé d’être une marionnette de Washington, il s’est récemment allié à des personnages controversés, comme Mohammad Qasim Fahim, accusé de crimes de guerre, ou le seigneur de la guerre Abdul Rashid Dostom.
ABDULLAH ABDULLAH
Ophtalmologiste de 49 ans, cet homme à l’héritage mixte – mi-pachtoune, mi-tadjik – faisait partie de la garde rapprochée du commandant Ahmad Shah Massoud, assassiné le 9 septembre 2001. Ministre des Affaires étrangères au sein du gouvernement d’Hamid Karzaï, il a été limogé en 2005. Les sondages lui attribuent 15% des intentions de vote et il a de bonnes de chances de faire face au président sortant au cours d’un éventuel deuxième tour.
ASHRAF GHANI

Cet économiste de 60 ans a longtemps vécu à l’extérieur de l’Afghanistan. Il a enseigné en Europe et en Amérique du Nord, avant de travailler pour la Banque mondiale. Il a laissé cet employeur après les attentats du 11 septembre 2001, pour commenter l’actualité afghane dans plusieurs grands médias. Il a occupé jusqu’en 2004 le poste de ministre des Finances. Ce Pachtoune possède la double nationalité afghane et américaine.



DANS L’OMBREDE KARZAÏ  -  Laura-Julie Perrault
Entrevue avec Mutasim Billah Mazhabi, candidat à l’élection afghane Escalade de la violence, menaces aux électeurs, allégations de fraude : plusieurs nuages planent au-dessus de la deuxième élection présidentielle de l’Afghanistan post-talibans. Mais ces
Pas facile de rivaliser avec le président afghan sortant Hamid Karzaï. Un des 29 candidats à l’élection présidentielle d’aujourd’hui, Mutasim Billah Mazhabi, a été l’un des premiers à annoncer qu’il affronterait le chef d’État. Il a vite réalisé que l’ancien protégé de l’administration Bush partait avec plusieurs longueurs d’avance.
Les violences ont continué hier en Afghanistan, à la veille de l’élection présidentielle. Six personnes engagées dans la préparation du scrutin sont mortes dans des attentats, en plus de trois soldats américains.
Au bout du fil, l’Afghan de 45 ans rit quand on lui demande s’il a trouvé la campagne électorale ardue à la suite des menaces répétées des talibans, qui promettaient de s’en prendre aux candidats, aux organisateurs du scrutin et aux électeurs. Son problème était ailleurs.
« C’était très difficile de faire campagne, mais pas nécessairement à cause de la sécurité. Il fallait se rendre aux quatre coins du pays pour assister à des rassemblements politiques. Malheureusement, quand je me suis présenté à l’aéroport de Kaboul pour aller voir des milliers de partisans qui m’attendaient à Herat ou à Kandahar, on m’a dit que mon vol était annulé. »
Problèmes de sécurité ? Danger d’attentat ? « Non, je pense que c’était du sabotage, avance M. Mazhabi. Mon avion n’a pas décollé, mais celui du président Karzaï, lui, a décollé sans problème. »
Mutasim Billah Mazhabi n’est pas le seul à croire que le président Karzaï n’a pas toujours joué franc jeu dans cette seconde course à la présidence depuis le renversement du régime taliban. Dans un communiqué de presse diffusé mardi, Human Rights Watch remet en doute l’indépendance de la Commission électorale... indépendante, chargée d’organiser le scrutin.
« Le pr é s i dent Hamid Karzaï a insisté pour nommer lui-même le chef de la commission sans vérification par le Parlement », écrit l’organisme international. Toujours selon Human Rights Watch, l’homme de Karzaï, Azizullah Ludin, « a clairement démontré de la subjectivité à l’égard de certains candidats de l’opposition », tentant d’en disqualifier certains et mettant en doute la santé mentale ou le calibre politique d’autres.
Malgré les doutes qu’il entretient sur la légitimité des élections d’aujourd’hui et les derniers sondages d’opinion qui lui accordent moins de 1% des intentions de vote, Mutasim Bi l lah Mazhabi croit à la nécessité d’aller jusqu’au bout, contrairement à près de 12 des candidats inscrits à la course qui ont jeté la serviette avant le scrutin d’aujourd’hui.
Fils d’un intellectuel afghan, lui-même directeur d’une université à caractère religieux, M. Mazhabi a mis fin à 10 ans d’exil aux États-Unis pour briguer les suffrages. Sa femme a fait campagne à ses côtés. « L’histoire de ma famille est faite de batailles pour l’Afghanistan. Mon père s’est battu pour obtenir une république. Moi, je veux me battre pour la justice et la croissance dans mon pays », soutient celui qui prêche la réconciliation des différentes régions et ethnies du pays.
Il craint d’ailleurs des soulèvements populaires si le président sortant est réélu au premier tour. « Les gens du nord du pays (principalement Tadjiks) pensent qu’Hamid Karzaï ( un Pachtoune) a dépensé beaucoup de l’argent qui appartient aux Afghans. Il y a des armes qui circulent et il y a un véritable danger d’éclatement aux lendemains de l’élection », soutient-il.
La solution qu’il propose ? « L’Afghanistan a besoin d’un sauveur. Moi. »

La mission « la plus dangereuse »  -  AGNÈS GRUDA
En 17 ans de carrière à titre d’obser vateur élec tora l , Jacques Paquette a fait plus d’une vingtaine de missions, dans des pays qui figurent parmi les plus mal en point de la planète. Mais pour lui, les élections afghanes, c’est du jamais vu.
L’insécur ité compl ique énormément le travail des observateurs. « Nous circulons dans des voitures blindées et on ne voit pas grand-chose », a confié cet avocat québécois dans une entrevue téléphonique, hier.
Jacques Paquette fait partie de la mission d’observation de l’Union européenne. Accompagné d’un collègue suisse, il est posté à Jalalabad, dans le nord-est du pays.
Cette région voisine du Pakistan constitue l’un des fiefs des talibans. Depuis que des candidats aux élections ont été attaqués sur la route qui mène vers la province de Kounar, au nord de Jalalabad, les observateurs internationaux ne quittent plus la ville. Et même à Jalalabad, ils doivent se soumettre à des règles de sécurité ultra strictes. En fait, ils évitent de mettre le pied dans la rue.
« C’est sûr qu’on ne peut pas en faire autant que ce qu’on fait ailleurs », a résumé laconiquement Jacques Paquette.
Un rassemblement partisan a eu lieu, récemment, dans un stade voisin de son bureau. « Nous n’avons pas pu nous y rendre, on a dû envoyer des interprètes. »
Pourtant, Jacques Paquette se rappelle avoir facilement assisté à des rassemblements du Hamas, lors d’élections palestiniennes.
La situation sera encore plus volatile aujourd’hui, jour du vote, alors que les talibans menacent d’attaquer des bureaux de scrutin. Habituellement, les observateurs internationaux assistent jusqu’à la fin du dépouillement des bulletins de vote et suivent le responsable du scrutin jusqu’au bureau du directeur des élections.
Mais aujourd’hui, pour des raisons de sécurité, Jacques Paquette et ses collègues devront quitter les bureaux de scrutin à 18h30 – soit à peine deux heure et demie après la fin du vote.
Le décompte des voix pour la présidentielle se poursuivra sans eux. Et ils ne reviendront que demain matin pour suivre le dépouillement des votes pour les élections provinciales.
Jacques Paquette a observé le déroulement d’élections au Liban, au Pakistan, en Palestine et en République démocratique du Congo, pour ne citer que ces pays. « Cette mission est la plus dangereuse », a-t-il confié.
Cela ne signifie pas qu’il ne puisse rien documenter du tout. Ainsi, mardi, il a pris note de la plainte d’une candidate qui a eu de la difficulté à obtenir la surveillance policière gratuite à laquelle elle devait avoir droit.
Mais globalement, a-t-il déploré, « on ne voit pas grandchose du pays, et on reste enfermés entre quatre murs ». Comment les observateurs feront-ils pour bien documenter le déroulement du scrutin? « On fait avec ce qu’on a », a conclu M. Paquette avec philosophie.

CHAUDE JOURNÉE À LAVEILLE DES ÉLECTIONS
La menace que représentent les talibans pour les élections présidentielle et provinciales afghanes d’aujourd’hui n’a pas faibli hier. À la veille du vote, la police a tué trois insurgés qui avaient attaqué une banque à Kaboul malgré un renforcement du dispositif de sécurité, tandis que six personnes engagées dans la préparation du scrutin sont mortes dans l’explosion de bombes dans le nord et le sud du pays. Des attaques ont par ailleurs coûté la vie à trois soldats américains au cours de la journée. Une autre bataille, sans armes celle-là, a aussi retenu l’attention, hier, à Kaboul. Les journalistes afghans et étrangers ont refusé en bloc d’obéir à une directive du gouvernement afghan. Mardi, ce dernier leur avait ordonné de ne pas publier d’information sur la violence entourant l’élection de ce matin afin de ne pas effrayer les électeurs.
– Avec AP et l’AFP



Une farce électorale  -  AGNÈS GRUDA
  Il y a quelques jours, un jeune journaliste afghan qui, pour des raisons de sécurité, travaille dans l’anonymat, s’est rendu dans un village de la région d’Herat, une grande ville de l’ouest du pays.
Accompagné d’un guide armé, il a roulé pendant 70 km sur des routes poussiéreuses. En chemin, il n’a pas vu l’ombre d’une affiche électorale. Aucun signe, non plus, de quelque surveillance policière que ce soit.
Une fois au village, le journaliste s’est rendu dans une mosquée remplie d’hommes vêtus comme des talibans, et de quelques mollahs coiffés d’un turban blanc. « Il y avait des armes partout », relatet-il dans son article publié cette semaine sur le site de l’Institute of War and Peace Reporting, une organisation spécialisée dans les reportages en zone de conflit.
Après les prières, un des mollahs s’est lancé dans un prêche. « Quiconque participe aux élections se couvre de honte devant Allah et son prophète », a-t-il averti.
Depuis le début de la campagne électorale, pas moins de 200 séances semblables de propagande anti-électorale ont eu lieu dans la seule région d’Herat ! Ces élections sont une imposture, ceux qui y participent se livrent à un acte criminel et s’exposent à des représailles, menacent les mollahs.
Et ils réussissent à faire peur.
Lors des dernières élections, en octobre 2004, les insurgés avaient aussi appelé leurs compatriotes à boycotter le scrutin. Mais à l’époque, leur influence était limitée à quelques fiefs. Cette fois, exception faite des plus grandes villes, ils font sentir leur présence pratiquement partout.
« Beaucoup de gens craignent d’aller voter », constate Jean MacKenzie, la patronne de notre jeune journaliste d’Herat. Elle explique que ce qui augmente les réticences des électeurs, c’est que pour voter, ils devront tremper un doigt dans une encre qui ne s’effacera pas avant plusieurs jours. La trace de leur « acte criminel » risque de leur coller à la peau, les rendant facilement repérables.
Si, au moins, les électeurs croyaient que ça vaut la peine de s’exposer ainsi. Mais c’est de moins en moins le cas.
Journal iste américaine, Jean MacKenzie est arrivée à Kaboul une semaine après les élections de 2004. « À l’époque, il y avait de l’euphorie dans l’air, les gens espéraient construire leur pays et étaient prêts à risquer leur vie. »
Cinq ans plus tard, c’est la désillusion. « Les gens ont le sentiment que les élections sont jouées d’avance. Et ils n’ont pas envie de risquer leur vie pour ça. »
C’est aussi ce que constate le caméraman franco-afghan Karim Amin, qui vient de rentrer à Kaboul après un séjour dans la région de Kunduz, dans le nord-est de l’Afghanistan. « La population est très sceptique. Son sentiment le plus fort, c’est la peur », dit-il.
Et il y a de quoi. Pas loin d’une dizaine de personnes – candidats ou travailleurs d’élections – ont été assassinées durant le seul mois de juillet, un des plus sanglants depuis la chute des talibans. C’est sans compter les enlèvements, menaces de mort et tentatives d’assassinats infructueuses reliées aux élections.
Résultat : dans une partie importante du pays, les candidats hésitent à faire campagne, les logisticiens n’arrivent pas à organiser le scrutin, et les électeurs risquent de ne pas pouvoir se rendre aux urnes, résume un rapport de la Commission afghane indépendante des droits humains, publié cette semaine.
L’insécurité est telle qu’exception faite des grandes villes, les élections afghanes relèvent d’une parodie de la démocratie. Des électeurs n’iront pas voter, dans des bureaux qui seront peut-être fermés, pour des candidats qui n’ont même pas osé faire campagne dans leur patelin!
À quoi donc sert cette farce électorale ? Les talibans sont en voie de gagner la guerre, a dit la semaine dernière nul autre que le commandant des troupes américaines, le général Stanley McChrystal. Et le scrutin du 20 août est le terrain d’une bataille politique cruciale.
Plus les insurgés réussissent à faire peur aux gens, plus ils empêchent les gens de voter, plus ils ébrèchent la légitimité du prochain président – et plus ils renforcent leur position.



UN SCRUTIN DÉJÀ TACHÉ DE SANG  -  Laura-Julie Perrault
rebelles islamistes ont aussi propulsé des roquettes sur le quartier général de la police et sur le palais présidentiel, sans faire beaucoup de dégâts.
Le plus meurtrier des attentats d’hier a tué au moins sept personnes et en a blessé cinquante autres. Les autorités afghanes craignent que les violences perpétrées par les talibans découragent les électeurs de se rendre aux urnes.
Le reste du pays n’a pas été épargné. Un candidat aux élections régionales a été assassiné dans le nord du pays. Trois travailleurs élec toraux ont aussi été tués par une bombe dans la région montagneuse du Badakhshan.
Menaces multiples
Cetteescaladede laviolence fait suite aux menaces ouvertes qu’a proférées dimanche un porte-parole des talibans, Qari Mohammed Yousouf. Il a recommandé aux Afghans de se tenir loin des forces de sécurité afghanes et internationales, contre qui les insurgés comptent multiplier les attaques. Les talibans ont aussi menacé de « couper les doigts » tachés d’encre indélébile et de « trancher la gorge » à ceux qui oseront se présenter à l’un des 7000 bureaux de vote. « Ne vous laissez pas abuser par les infidèles, par leurs valets et par les Américains, et ne vous rendez pas aux urnes », a d i t Qa r i Mohammed Yousouf.
Pour sa par t , la Force internationale d’assistance à la sécurité, qui regroupe les ef fec t i fs des a r mées étrangères, a annoncé hier qu’elle cesserait ses actions militaires contre les talibans dans le sud du pays pour se concentrer sur la protection des civils pendant le scrutin.
Les autori tés ont déjà annoncé des mesures de sécurité beaucoup plus importantes que lors des élections précédentes de 2004 et 2005. Demain, tout déplacement en automobile sera notamment interdit au pays.
Malgré des mois de juillet et d’août exceptionnellement meurtriers, le président sortant, Hamid Karzaï, se disait hier opt i miste quant au déroulement des élections de demain. Protégé des ÉtatsUnis après le renversement du régime taliban, Hamid Karzaï récolte, selon les sondages, 45% des intentions de vote. S’il n’obtient pas la majorité demain, il devra affronter dans un deuxième tour son plus proche rival parmi les 40 autres candidats. Les résultats du premier tour seront connus le 17 septembre.

Un âne porte une boîte de scrutin, dans une région éloignée au nord de Kaboul. Dans les sondages, le président sortant Hamid Karzaï récolte 45% des intentions de vote.

Élections en Absurdistan  -  Michèle Ouimet
La maison de Ramazan Bashardost à Kaboul est située dans une rue tellement étroite que les autos ne peuvent pas circuler. De chaque côté, une eau sale coule dans des caniveaux.
Bashardost affronte Hamid Karzaï dans l’élection présidentielle de demain, une opération à haut risque que les talibans ont promis de faire dérailler.
Bashardost est pauvre. Je l’ai rencontré chez lui en février 2007. Il m’a accueillie dans une pièce froide et nue en m’offrant du thé. Assise par terre, j’ai serré la tasse dans mes mains pour me réchauffer.
Bashardost parle un excellent français. Il a passé 22 ans en France, où il a décroché un doctorat en droit et en sciences politiques. Comme plusieurs Afghans, il a fui son pays envahi par les Soviétiques. Il est revenu en 2003, deux ans après la chute des talibans, rempli d’espoir, prêt à participer à la reconstruction.
En mars 2004, Hamid Karzaï l’a nommé ministre de la Planification. Bashardost a passé les 2355 ONG du pays au peigne fin. Sa conclusion: la plupart sont corrompues. Il a demandé à Karzaï de les traîner devant les tribunaux. Karzaï a refusé. En décembre 2004, neuf mois après sa nomination, il a démissionné.
Cinq a ns plus t a r d, Bashardost a décidé de se présenter contre Karzaï pour dénoncer la corruption. Il fait partie des 41 candidats qui briguent la présidence. Même s’il se classe parmi les cinq plus sérieux, il n’a aucune chance de gagner.
Karzaï est le grand favori. Dans le dernier sondage, il récoltait 45% des voix. Mais les gens iront-ils voter? Le taux de participation sera-t-il suffisamment élevé pour que l’élection soit crédible ? Toute la question est là.
Les Afghans ont peur. Les talibans ont multiplié les attentats : bombes, voitures piégées qui tuent soldats, travailleurs de l’ONU, civils. Les talibans ont aussi menacé de couper le doigt des électeurs : pour voter, ils doivent le tremper dans l’encre et il reste taché pendant des jours.
Les talibans visent surtout le Sud, où vivent les Pachtounes, l’ethnie majoritaire. Karzaï est pachtoune et le Sud forme sa base électorale. S’il n’obtient pas 50% des voix, il y aura un deuxième tour de scrutin. Karzaï est prêt à tout pour éviter ce scénario. Il a donc demandé à Rachid Dostom, un homme à la réputation sulfureuse, de l’appuyer ouvertement.
Dostom est la quintessence du seigneur de guerre. Un Ouzbek qui contrôle une partie du nord de l’Afghanistan. Un homme riche, sans scrupule, qui carbure au whisky et qui a mangé à tous les râteliers: il a appuyé les Soviétiques, puis les talibans.
Je l’ai rencontré à Kaboul en 2003. Un homme fait d’une seule pièce. Son costume était taché et une barbe mal taillée mangeait son visage. Sa maison était surveillée par une douzaine d’hommes armés. Des voitures aux vitres teintées défilaient devant sa porte et déversaient des hommes tirés à quatre épingles.
Son a ppui à Karzaï inquiète les Occidentaux, car Dostom n’est pas un cas isolé. Karzaï s’entoure de seigneurs de guerre qui ont plongé le pays dans le chaos dans les années 90.
On est loin de la démocratie que les Occidentaux essaient d’enfoncer dans la gorge des Afghans en les obligeant à tenir des élections. Un exercice périlleux dans un pays impossible. Un pays que les Occidentaux ne comprennent pas.
La communauté internationale finance à coups de millions un scrutin pour qu’un président soit élu. Un président qui va s’empresser de négocier avec les talibans. Des talibans qui tuent les soldats de la communauté internationale. On tourne douloureusement en rond. Absurde.
En 2001, les Occidentaux ont chassé les talibans et installé Karzaï à la tête du gouvernement. Huit ans plus tard, les progrès sont infinitésimaux: la démocratie est chancelante, le pays s’enlise dans la corruption, les talibans sont plus forts que jamais et Karzaï se pavane avec d’anciens seigneurs de guerre. Comme Dostom. Peu protestent. Il n’y a pas beaucoup de Ramazan Bashardost dans le pays.
Les Afghans, eux, désespèrent. Comme le souligne le journal britannique Guardian, il y a trois types d’individus en Afghanistan: les al-qaida (les combattants), les al-faida (ceux qui se sont enrichis) et les al-gaida (ceux qui se sont fait avoir). La plupart, conclut le journal, font partie des al-gaida.
Demain plus que jamais.




LES TALIBANS GAGNENT DU TERRAIN
Malgré près de huit ans d’intervention militaire occidentale en Afghanistan, les talibans y ont repris le haut du pavé, selon le général Stanley McChrystal qui y commande les forces armées américaines. À l’approche des élections du 20 août, le général américain note que les talibans, en plus d’imposer leur loi sur le sud du pays, sont en train de gagner du terrain dans le nord et dans l’ouest, deux zones où ils ne sont pas traditionnellement présents. « (Les talibans) sont des ennemis très agressifs en ce moment. Nous devons freiner leur lancée. Arrêter leur initiative », a dit le général en entrevue au Wall Street Journal. Selon lui, le seul remède est de renforcer la présence américaine dans des régions-clés, dont Kandahar, où les forces canadiennes sont actuellement responsables de la sécurité.


LA DÉPUTÉE QUI REFUSE DE SE TAIRE  -  Mali Ilse Paquin
Elles ont un passé et des horizons différents, mais leur envie de faire bouger les choses est la même. La Presse vous présente trois femmes de combat. Aujourd’hui, rencontre avec Malalaï Joya, « la femme la plus courageuse de l’Afghanistan ». Cette député
« Les écoles se vident à cause des kidnappings d’écolières. Et des mères affamées vendent leur bébé pour 10$ », déplore Malalaï Joya.
— Malalaï Joya ne se déplace plus sans gardes du corps. La jeune Afghane a déjà échappé à cinq tentatives d’assassinat. Son crime ? Avoir traité des députés de « criminels de guerre ».
Récompensée par plusieurs prix internationaux, Malalaï Joya est entrée en politique grâce à son travail humanitaire. Son projet de fonder une clinique dans sa province l’a menée jusqu’au Parlement en 2005. Elle y a ouvert son premier discours en offrant ses condoléances aux Afghans pour les tyrans qui les représentent. Furieux, des parlementaires hurlaient qu’ils allaient la violer et la tuer.
C’était au Parlement de Kaboul, en mai 2005. Malalaï Joya, élue dans la province de Farah, n’avait pas encore 30 ans.
La « femme la plus courageuse de l’Afghanistan » était de passage à Londres à quelques semaines des élections afghanes, prévues le 20 août.
Infatigable, elle donne des entrevues dans le monde entier pour dénoncer Hamid Karzaï et son gouvernement « mafieux ». Mais aussi pour exiger le départ des troupes de l’OTAN.
La « libération » de l’Afghanistan n’est que de la poudre aux yeux, répète-t-elle.
« Pou rquoi l a guer re en Afghanistan serait-elle plus j uste que cel le en I rak ? » demande-t-elle à La Presse.
La députée féministe a fait circuler des photos de bébés brûlés par des explosions, mardi dernier, à une assemblée d’admirateurs et de journalistes. « Voici la vraie vie en Afghanistan », dit-elle, la gorge nouée.
La situation ne s’est-elle pas améliorée depuis l’arrivée des troupes de l’OTAN? « Les écoles se vident à cause des kidnappings d’écolières. Et des mères af famées vendent leur bébé pour 10$ », répond la femme de 31 ans.
Récompensée par plusieurs prix internationaux, Malalaï Joya est entrée en politique grâce à son travail humanitaire. Son projet de fonder une clinique dans sa province l’a menée jusqu’au Parlement en 2005.
Là, elle s’est rendu compte qu’elle siégeait en compagnie de loups : d’anciens talibans et seigneurs de la guerre civile qui a secoué le pays entre 1992 et 1996. « Ce sont des meurtriers, aussi intégristes les uns que les autres », dit-elle.
Elle a ouvert son premier discours en offrant ses condoléances aux Afghans pour les tyrans qui les représentent. Furieux, des parlementaires hurlaient qu’ils allaient la violer et la tuer.
Une féministe en burqa
Stephen Harper était de passage à Kandahar lorsque la députée s’est fait expulser du Parlement, en mai 2007. L’Assemblée venait de voter une loi qui interdisait aux membres de se critiquer entre eux.
Malgré les pressions de députés canadiens et du chef du NPD, Jack Layton, Stephen Harper n’a jamais condamné l’expulsion de Malalaï Joya.
Menacée de mort , el le ne dor t j amai s deux nuits au même endroit.
Elle ne va plus dans sa province natale. Trop dangereux. Elle se couvre d’une burqa pour échapper à ses bourreaux.
Comparée à la Birmane Aung San Suu Kyi , Malalaï Joya déplore le changement de ton de Hamid Karzaï face aux talibans. Le président afghan et le chef de la diplomatie britannique, David Miliband, ont suggéré cette semaine qu’il était temps « de parler aux talibans modérés ».
« Qui décide quels talibans sont modérés ou non? C’est la preuve que les puissances occidentales ont gaspillé tout cet argent et ce sang », dit-elle. Et les élections qui approchent? Elle s’insurge du fait que Karzaï ait dépensé environ 2 millions de dollars canadiens en deux semaines de campagne alors que sa victoire semble assurée.
« Nous avons un dicton en Afghanistan: L’important, ce n’est pas qui vote mais qui compte les bulletins de vote. » L’autobiographie de Malalaï Joya sera publiée au mois d’octobre.






ÉTÉ SANGLANT POUR LES FORCES ALLIÉES  -  Martin Croteau
Les forces alliées en Afghanistan viennentde traverser lemois leplus sanglant depuis le début de leur mission, et l’escalade de violence continue. L’armée canadienne a confirmé hier que deux soldats de la base de Valcartier sont morts. Et les analystes militaires croient que les prochaines semaines seront tout aussi meurtrières, sinon plus encore.

Le caporal Christian Bobbitt, 23 ans, a été fauché samedi avec un collègue par une bombe artisanale. Leur mort porte à sept le nombre de soldats canadiens tués depuis le début du mois de juillet.
Au total, en juillet, les forces de la coalition ont perdu de 74 militaires en sol afghan. C’est le plus grand nombre de victimes en un mois depuis le déploiement des forces étrangères en 2001.
« Je ne pense pas qu’on ait atteint le point le plus critique, estime Michel Drapeau, colonel à la retraite et avocat. Ça pourrait arriver ce mois-ci ou le mois prochain, mais les pertes vont aller en s’accentuant. »
Le mois d’août n’a que deux jours et neuf soldats alliés sont morts.
Les morts et les blessés se multiplient depuis que les ÉtatsUnis et la Grande-Bretagne ont lancé une vaste offensive dans le Helmand, au sud du pays. L’opération vise une province considérée comme un fief des talibans et un centre du commerce de l’opium.
Les États-Unis ont doublé leurs effectifs dans le pays depuis l’élection de Barack Obama, qui a promis de faire du conflit « sa » guerre. On compte maintenant près de 100 000 soldats de l’OTAN en Afghanistan, dont 70 000 Américains et 2800 Canadiens.
En poste depuis le mois de mai, le nouveau dirigeant des forces américaines en Afghanistan, le général Stanley McChrystal, a imposé un important changement de cap. Il veut que ses soldats se mêlent davantage à la population locale, qu’ils attaquent les insurgés de front et réduisent le recours aux frappes aériennes, qui ont fait des centaines de victimes civiles par le passé.
Cette nouvelle approche, qui ressemble à celle des Canadiens à Kandahar, expose les troupes à davantage de risques, disent toutefois les analystes. Mais, selon Michel Drapeau, il n’y a pas d’autre moyen pour venir à bout des talibans.
« Si l’on veut diminuer leur nombre et diminuer leur capacité tactique, c’est la seule façon de s’y prendre, tranche-t-il. C’est pour ça qu’on est là : on n’a pas envoyé des Casques bleus. On a envoyé des troupes pour combattre les insurgés. »
Selon Rémi Landry, analyste militaire rattaché à l’Université de Montréal, le regain de violence est aussi lié aux élections présidentielles prévues le 20 août.
« C’est à l’avantage des talibans de chercher par tous les moyens possibles à déstabiliser le processus électoral, ne serait-ce que pour chercher à discréditer son résultat en bout de piste », affirme-t-il.
Des fuites dans les médias portent à croire que les États-Unis sont sur le point d’envoyer jusqu’à 20 000 soldats supplémentaires pour contenir l’insurrection, une version afghane du surge lancé pour imposer la paix en Irak.
Cet te stratégie sera-t-el le payante ? En tout cas, pas pour la cohésion entre les alliés, estime M. Landry. Plusieurs pays européens hésitent déjà à engager leurs troupes dans les zones les plus violentes. Et l’ajout massif de troupes américaines contribuera à créer une alliance « à géométrie variable ».
« Le danger que je vois, c’est que ça va affaiblir à moyen et à long terme la coalition de l’OTAN, dit-il. Les gens veulent que les Américains viennent, mais ils ne veulent pas qu’ils prennent toute la place. »
Un échec pour le Canada?
La mission afghane sème déjà la controverse en Grande-Bretagne. Un comité parlementai re a affirmé la semaine dernière que le déploiement des troupes avait été « miné par une planification irréaliste aux échelons supérieurs, une mauvaise coordination et, surtout, un manque de directive claire aux militaires ».
Et tout indique qu’un autre débat déchi rant se t rame à l’OTAN alors que le Canada s’apprête à quitter Kandahar en juillet 2011. Ottawa s’est engagé à retirer ses troupes à cette date, et les alliés ne se pressent pas aux portes pour les remplacer.
Le brigadier-général Jonathan Vance, qui dirige les forces canadiennes en Afghanistan, a d’ailleurs affirmé au Devoir que les forces militaires et policières afghanes ne seront pas prêtes à prendre le relais au départ du Canada. C’était pourtant l’un des principaux objectifs du gouvernement Harper.
Mi s sion i mpossible, l’Afghanistan? Rémi Landry parle plutôt d’une « année de transition ». Il estime qu’il faut attendre encore quelques mois avant de savoir si la nouvelle stratégie alliée porte ses fruits.
« On sera mieux en mesure de voir ce qui se passe à partir de la fin 2009 ou du début 2010 », dit-il.
Michel Drapeau craint pour sa part que la flambée de violence mine le moral des soldats canadiens.

« C’est une arme sournoise contre laquelle il n’y a aucune défense, explique-t-il. Les jeunes sont là, ils vont reprendre le combat demain matin en espérant que la chance leur sourira. Dans leur esprit, l’appui à la mission va s’effriter au fur et à mesure que la fatalité frappe. C’est ça qui nous guette dans les mois qui viennent. »

Deux soldats de Valcartier meurent en mission 
La première explosion n’a pas réussi à transpercer le véhicule. Mais lorsqu’un groupe de soldats est sorti pour en faire l’inspection, les insurgés ont fait exploser une autre bombe, qui a tué les deux soldats.
LE SOLEIL Les dépouilles mortelles de deux autres soldats de Valcartier tués par une bombe artisanale, en fin de semaine près de Kandahar, étaient en route vers le Canada hier, deux jours après la fin du mois le plus meurtrier pour les forces de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) en Afghanistan.
Le caporal Christian Bobbitt, 23 ans, de Sept-Îles, et un autre jeune soldat dont l’identité n’a pas encore été révélée étaient en mission d’approvisionnement à 15 km à l’ouest de Kandahar, samedi, lorsque vers 15h20 ( heure locale) leur véhicule blindé a été atteint par deux engins explosifs artisanaux.
La première explosion n’a pas réussi à transpercer le véhicule. Mais lorsqu’un groupe de soldats est sorti pour en faire l’inspection, les insurgés ont fait exploser une autre bombe, qui a tué les deux jeunes soldats et en a blessé un troisième, dont l’identité n’a pas encore été dévoilée. Ce dernier a été transporté à l’hôpital de l’aérodrome de Kandahar. Il souffre de graves blessures, mais son état a été jugé stable.
M. Bobbitt faisait partie du 5e Régiment du génie de combat, basé à Valcartier. Issus du 2e Bataillon du Royal 22e Régiment, son camarade et lui se trouvaient à Kandahar depuis le mois de mars.
Le commandant des forces canadiennes en Afghanistan, le brigadier-général Jonathan Vance, a souligné que leur travail, qui consistait à trouver et à désamorcer les bombes artisanales dissimulées au bord des routes, avait permis de protéger la vie des troupes canadiennes et des citoyens afghans.
Avec au moins 74 soldats tués, dont cinq Canadiens, le mois de juillet a été le plus meurtrier pour les forces de la coalition en Afghanistan depuis le début de la guerre, en 2002.
La mort du caporal Bobbitt et de son camarade, le 1er août, porte à 127 le nombre de soldats canadiens tués dans ce pays. Neuf soldats de Valcartier sont morts depuis le début de la deuxième rotation de la base québécoise à Kandahar, le 1er avril.
Malgré ce bilan, le brigadiergénéral Vance a demandé aux Canadiens de continuer de croire aux bienfaits de la mission là-bas : « Même s’il y a eu beaucoup d’attention médiatique accordée aux pertes des troupes canadiennes en Afghanistan dans les dernières semaines, je vous demande de ne pas succomber à la tentation de considérer cette mission comme un échec. »
Hier après-midi, des centaines de soldats canadiens et d’autres nations se sont réunis à l’aérodrome de Kandahar lors d’une cérémonie en l’honneur des deux soldats disparus, dont les cercueils ont été embarqués dans un avion en direction du Canada.
Le ministère de la Défense a indiqué hier que les proches du deuxième soldat tué ont été avisés de sa mort, mais ils ont demandé de taire son nom, le temps d’en informer d’autres membres de la famille. Son identité devrait être révélée aujourd’hui.

«IL NE M’ENRESTE QUEDEUX À FAIRE»
Quelques heures avant de partir pour sa dernière mission, le caporal Christian Bobbitt a rédigé un court message sur sa page Facebook que sa cousine a lu peu de temps après avoir appris sa mort. « Il avait écrit : " Merci mon Dieu… le mois de juillet est fini. Il m’en reste rien que deux à faire" », se souvient Karine Bobbitt, 29 ans, jointe hier après-midi à Sept-Îles. Éprouvé par la mort de cinq soldats de Valcartier en juillet et récemment blessé à la main, Christian Bobbitt, 23 ans, était devenu de plus en plus inquiet en Afghanistan et avait hâte de revenir au Québec, a confié Karine Bobbitt, qui se souvient de son cousin comme d’un jeune homme dynamique et boute-en-train qui la faisait beaucoup rire.

MILITAIRES DE VALCARTIER MORTS EN 2009 EN AFGHANISTAN
Caporale Karine Blais, 21 ans, morte le 13 avril lorsque le véhicule dans lequel elle se trouvait a roulé sur un engin explosif lors d’une patrouille de sécurité dans le district de Shah Wali Kowt. Soldat Alexandre Péloquin, 20 ans, mort le 8 juin dans l’explosion d’une bombe artisanale dans le district de Panjwayi alors qu’il patrouillait à pied. Caporal Martin Dubé, 35 ans, mort le 14 juin dans l’explosion de deux bombes artisanales pendant une opération de déminage dans le district de Panjwayi. Caporal-chef Charles-Philippe Michaud, 28 ans, mort le 4 juillet à l’hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec, où il a succombé à ses blessures après avoir marché sur une mine deux semaines plus tôt dans le district de Panjwayi. Caporal-chef Pat Audet, 38 ans, mort le 6 juillet dans l’écrasement accidentel d’un hélicoptère CH146 Griffon des Forces canadiennes près d’une base dans la province de Zaboul. Caporal Martin Joanette, 25 ans, mort le 6 juillet dans le même écrasement d’hélicoptère. Soldat Sébastien Courcy, 26 ans, mort le 16 juillet pendant un combat contre des insurgés du district de Panjwayi. Il est tombé de la position qu’il occupait, en terrain escarpé. Caporal Christian Bobbitt, 23 ans, mort le 1er août dans l’explosion de deux engins explosifs artisanaux dans le district de Zhari, où ils étaient en mission de ravitaillement. Un autre soldat a été blessé. Soldat dont l’identité n’a pas encore été divulguée, mort le 1er août dans les mêmes circonstances que le caporal Bobbitt.


Le piétinement  ANDRÉ PRATTE
L’appui à la mission de l’OTAN en Afghanistan s’effrite dans la plupart des pays participants.
Dans une entrevue accordée au Devoir, le patron des Forces armées canadiennes en Afghanistan a confié que, à son avis, l’armée afghane ne sera pas en mesure d’assurer la sécurité dans la province de Kandahar en 2011, date à laquelle la mission militaire du Canada doit prendre fin. Selon le brigadier général Jon Vance, « il n’y a aucune manière d’arriver » à l’objectif que s’était fixé le gouvernement de Stephen Harper au moment où la mission a été prolongée de deux ans.
Cet aveu s’ajoute à des informations de diverses provenances indiquant que les pays de l’OTAN ne sont pas près de stabiliser l’Afghanistan et que le gouvernement Karzaï ne sera pas de sitôt en mesure de contrôler le pays sans leur soutien. Les Occidentaux sont donc en Afghanistan pour plusieurs années encore.
Il serait excessif de parler d’enlisement. Des progrès substantiels ont été réalisés. L’Armée nationale afghane, bâtie « à partir de rien » (dixit Jon Vance), compte aujourd’hui cinq bataillons. Dans le secteur de l’éducation, six millions d’enfants, garçons et filles, sont inscrits à l’école, contre à peine 500 000, garçons seulement, sous le régime taliban. Les soins médicaux de base sont davantage accessibles. Le pays dispose de meilleures infrastructures.
Toutefois, les difficultés restent énormes, de sorte qu’on a la nette impression que le pays piétine. Le nombre de morts, militaires comme civils, ne cesse d’augmenter. Le mois dernier a été le plus meurtrier pour la coalition depuis le début de la guerre ; 75 soldats tués, dont cinq Canadiens. Selon l’ONU, 1013 civils ont perdu la vie en raison des combats au cours des six premiers mois de l’année. C’est 200 de plus qu’au cours de la même période en 2008, et 330 de plus qu’au cours des six premiers mois de 2007.
Le régime de Hamid Karzaï demeure fragile, même si le président sera sans doute réélu le 20 août. La police est corrompue, impopulaire et particulièrement ciblée par les insurgés. Hier, à Herat, dans l’ouest du pays, 12 personnes sont mortes dans un attentat visant un convoi de policiers.
À Londres, le comité des Affaires étrangères des Communes vient de publier un rapport concluant que « l’effort international en Afghanistan a produit des résultats bien en deçà de ce qui avait été promis ». Convaincus qu’« il ne saurait être question que la communauté i nternat ionale abandonne l’Afghanistan », les députés britanniques pressent le gouvernement Brown de mieux définir et expliquer les objectifs de la mission, à défaut de quoi l’appui populaire s’effritera. On sait qu’au Canada, en France et en Allemagne, cet effritement s’est déjà produit.
Au cours des dernières semaines, les alliés ont modifié leur stratégie militaire de façon à se gagner l’appui de la population locale. De plus, des milliers de soldats américains supplémentaires ont été dépêchés dans le pays. Il faut espérer que ces changements produiront rapidement des progrès tangibles. Si ce n’est pas le cas, la mission en Afghanistan deviendra politiquement et moralement intenable pour les gouvernements des pays participants.




NOTRE PRESTIGE EN PÉRIL  -  Justin Massie
Si le Canada retire ses troupes d’Afghanistan en 2011, sa contribution à la sécurité internationale sera mince
L’auteur est doctorant à l’Université Queen’s et chercheur associé à la Chaire de recherche du Canada en politiques étrangère et de défense canadiennes de l’UQAM. Le Canada a contribué plus que sa part en Afghanistan. Voilà l’argument que le gouvernement Harper invoque à Washington, Bruxelles et Kaboul depuis plus d’un an afin de justifier la décision de retirer le gros du contingent militaire canadien de Kandahar en 2011. Ceci ne peut que créer des tensions avec ses alliés.
Avec un total de 3200 militaires déployés partout dans le monde, dont près de 90% sont en Afghanistan, le Canada fait piètre figure comparativement à des pays de même envergure internationale.
L’argument est certainement fondé. Après tout, les Canadiens ont proportionnellement perdu un plus grand nombre de soldats au combat que n’importe quel autre pays combattant en Afghanistan. Mais le fardeau militaire qu’assume le Canada doit être relativisé. Avec un total de 3200 militaires déployés partout dans le monde (dont près de 90% sont en Afghanistan), le Canada fait piètre figure comparativement à des pays de même envergure internationale.
Par exemple, l’Italie déploie plus de 8000 soldats à l’étranger, alors que la Pologne, avec une population légèrement supérieure à celle du Canada et malgré un environnement géopolitique beaucoup moins sécuritaire que l’Amérique du Nord, déploie actuellement des centaines de soldats de plus que le Canada à l’extérieur de ses frontières.
Ce qui explique ce décalage est simple: le Canada ne s’investit militairement que dans un seul pays, et ce, au détriment des opérations de paix en Europe, au Proche-Orient et en Afrique. La contribution militaire canadienne est donc proportionnelle au niveau international. Ce n’est que parce que le Canada a volontairement pris la responsabilité sécuritaire d’une des provinces les plus dangereuses d’Afghanistan que ses soldats courent davantage de risques que leurs alliés italiens et polonais. Bref, il est hasardeux d’affirmer sans ambages que le Canada assume davantage que sa « juste » part du fardeau militaire international.
Cette constatation permet de qualifier les appels, de plus en plus fréquents et insistants au pays comme en Europe, à ce que le gouvernement Harper dévoile la stratégie mi l itaire canadienne post-2011. En effet, si le Canada retire son groupement tactique de Kandahar (celui qui mène l’essentiel des opérations offensives) et ses hélicoptères de combat, ne maintenant ainsi qu’une présence humanitaire minimale ( les équipes de mentorat et de reconstruction), la contribution du Canada à la sécurité internationale serait équivalente à celle de la Nouvelle-Zélande, un pays presque 10 fois moins populeux que le Canada.
En se retirant d’Afghanistan sans engagement ailleurs dans le monde, le Canada aurait ainsi légitimement droit à la même critique qu’il martèle à ses alliés européens depuis des années: augmentez votre contribution militaire internationale.
Un tel scénario représenterait d’ailleurs une exception historique. Depuis 1991, le Canada déploie en moyenne plus de 4000 soldats à l’étranger. L’engagement mi l itaire actuel en Afghanistan constitue donc une exception : le Canada contribue moins, en termes de nombre de soldats sur le terrain, que par le passé.
I l s ’ agi ra i t éga lement d’une exception en termes des raisons qui motivent les décideurs politiques canadiens à engager le pays dans des conflits internationaux. Trois motifs ont été évoqués tour à tour jusqu’à présent. Le Canada s’est investi en Afghanistan soit pour des raisons de sécurité (empêcher que l’Afghanistan ne redevienne un refuge pour le terrorisme international), humanitaires et idéologiques (aider la population a fghane et i nstaurer un régime démocratique), ou de prestige. C’est ce dernier argument qui se révèle le plus convaincant.
Comme l’indiquait le rappor t Manley en 2008, le rôle de leader que le Canada s’est acquis à Kandahar lui « confère une inf luence et une crédibilité notables ». S’il abdiquait cette responsabilité, le Canada perdrait sa « réputation de fiabilité qu’il s’est taillée sur la scène internationale » ainsi que « sa capacité d’influer sur le règlement des crises à l’avenir ».
Puisqu’il est assuré que les autorités politiques fédérales ne souhaitent pas que le Canada perde de sa réputation internationale, durement gagnée grâce au sacrifice de jeunes hommes et femmes, il est possible de prédire que la stratégie post-2011 du Canada inclura un engagement militaire significatif en Afghanistan ou ailleurs. Toutefois, préciser aujourd’hui où dans le monde le Canada pourra préserver sinon accroître son prestige international demeure illusoire. Tout dépend d’où l’attention de Bruxelles et de Washington convergera.






AFGHANISTAN Mariage et attentats
Dix-sept personnes, dont cinq soldats américains et cinq civils qui se rendaient à un mariage, ont été tuées dans des attentats en Afghanistan. Cette recrudescence de la violence intervient à deux semaines des élections présidentielles et provinciales du 20 août. Elle survient aussi au moment où le nouveau secrétaire général de l’OTAN, le Danois Anders Fogh Rasmussen, fait sa première visite au pays.




IRAK  Invasion illégitime

L’invasion de l’Irak par les ÉtatsUnis en mars 2003 était illégitime au regard du droit international, selon une commission d’enquête indépendante néerlandaise qui a remis en cause hier le bien-fondé du soutien politique de La Haye à cette opération militaire.

Les attaques ont fait 15 morts hier en Irak  : La femme et les trois enfants d’un policier kurde assassinés

KIRKUK — Quinze personnes ont été tuées dans des attaques hier en Irak, dont une mère et ses trois jeunes enfants abattus durant leur sommeil à Kirkuk (nord), ont indiqué des sources policières et médicales.
Des hommes armés ont pénétré avant l’aube dans le domicile de la mère à Banja – un quartier où sont venues s’installer des familles kurdes chassées par Saddam Hussein – et tué d’une balle dans la tête les enfants âgés de 3, 6, et 9 ans et leur mère, selon le colonel de police Chirzad Moufri.
Le père, Omid Abdel Hamid, un policier de Kirkuk, se trouvait à son travail quand l’attaque a eu lieu, a précisé le colonel, indiquant qu’une enquête avait «été ouverte pour connaître les raisons de ce crime».
Quatre soldats ont été tués lors de combats avec des insurgés dans la région à majorité sunnite de Riyadh, à 35 km au sud-ouest de Kirkuk, ont indiqué la police et l’armée. Deux insurgés ont aussi été tués.
À Kirkuk, un lieutenant de l’armée a été tué dans l’explosion d’une bombe contre son véhicule.
Kirkuk est une province riche en pétrole que se disputent Ku rdes, A rabes et Turkmènes. Les autorités régionales du Kurdistan souhaitent le rattachement de la province et de la ville du même nom à leur région autonome, ce que les deux autres communautés refusent.
La province est le théâtre de tensions et de violences perpétrées par les différents groupes armés, dont Al-Qaeda.
Par ailleurs, à Mouqdadiya, à 90 km au nord-est de Bagdad, deux personnes ont été tuées et 12 blessées dans un attentat à la voiture piégée commis sur un marché, selon le centre de commandement militaire de la ville et le Dr Firas al-Doulaïmi, de l’hôpital de Baquba, où ont été transportées les victimes.
Au sud de Mossoul, quatre personnes ont été tuées dans un règlement de comptes entre les membres d’une tribu à la suite de la mort d’un des membres, selon une source policière.
Enfin, la police de la province de Kirkuk a annoncé la mort dans des affrontements avec les forces de sécurité irakiennes d’un chef d’Ansar al-Sunna, un groupe salafiste qui a commis de nombreux attentats.
Le chef de la police de la province, Sarhad Qadir, a affirmé à l’AFP que Rafiq Mahmoud alJaouali, l’émir du groupe pour Kirkuk, avait été tué dans une opération organisée par les forces de sécurité irakiennes après avoir reçu des renseignements sur l’emplacement de sa cache.
Un des adjoints de l’émir, Ghanim al-Azaoui, a été blessé dans l’opération et arrêté, a-t-il ajouté.

Bagdad compte ses morts  -  Mehdi Lebouachera
Deux attentats au coeur de la ville ont tué au moins 95 personnes
BAGDAD — Un double attentat au camion piégé en plein coeur de Bagdad a fait hier au moins 95 morts. Le premier ministre Nouri al-Maliki doit donc réévaluer le plan de sécurité mis en place après le retrait américain des villes d’Irak, il y a six semaines.
Avec au moins 95 morts, la journée d’hier a été la plus sanglante à Bagdad depuis le 1er février 2008, où 98 personnes avaient été fauchées par une attaque sur un marché.
Les deux attentats ont visé à quelques minutes d’intervalle les ministères des Affaires étrangères et des Finances, dans le centre de Bagdad. Ils ont également blessé environ 600 personnes et détruit les lieux : voitures en flammes, toits effondrés, vitres explosées et arbres calcinés.
Il s’agit de la journée la plus sanglante à Bagdad depuis le 1er février 2008, où 98 personnes avaient été fauchées par une attaque sur un marché.
Le Conseil de sécurité de l’ONU a condamné « dans les termes les plus forts les attentats terroristes » . L’Union européenne les a qualifiés de « brutaux » et les ÉtatsUnis, qui déploient toujours 130 000 soldats en Irak, ont dénoncé des « actes de violence absurdes ».
Mai s l e Pent agone a a f f i rmé que le projet de retrait des forces américaines d’Irak d’ici à la fin de 2011 reste inchangé après le redéploiement en juin des troupes américaines hors des villes, dont Bagdad.
M. Maliki a convoqué les principaux chefs de la sécurité en vue de réévaluer « les plans de sécurité et les moyens pour affronter les groupes terroristes ». « Il a été décidé de prendre des mesures rapides pour assurer la sécurité à Bagdad afin de contrer les plans terroristes visant à ranimer la violence avant les élections » législatives de janvier, selon le bureau du premier ministre.
L’attentat le plus sanglant s’est produit en face du ministère des Affaires étrangères, près de la zone verte, qui abrite le siège du gouvernement irakien et l’ambassade des États-Unis.
Un camion piégé a explosé à une heure de grande affluence ; un journaliste de l’AFP a vu plusieurs corps carbonisés enchevêtrés dans leurs voitures devant le Ministère.
« C’est une attaque délibérée pour empêcher le retour à la vie normale », a dit le chef de la diplomatie, Hoshyar Zebari. « Il y a eu de sérieux manquements à la sécurité et le mode opératoire est celui d’Al-Qaeda. »
Quelques minutes plus tôt, un kamikaze avait fait sauter son camion frigorifique avec 1,5 tonne d’explosifs à proximité du ministère des Finances, selon le Ministère.
« Dans les deux attaques, 95 personnes ont été tuées et 563 ont été blessées », selon le ministère de l’Intérieur.
Les habitants ont manifesté leur colère face à l’incapacité du gouvernement à juguler la violence.
Il y a deux semaines, pour montrer aux Irakiens le retour des beaux jours, M. Maliki avait demandé aux forces de sécurité de retirer les murs de protection en béton qui obstruaient les rues de Bagdad. Il n’y avait plus aucun mur devant ce ministère.


«La lutte pour le pouvoir est sans merci »  -  Alexandre Sirois
Sans projet de réconciliation nationale en Irak, il n’y aura pas de sécurité, estime l’ancien envoyé spécial de la Ligue arabe dans ce pays, Mokhtar Lamani. Dans une entrevue à La Presse, ce chercheur au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale de Waterloo en Ontario s’est dit déçu à la fois des politiciens irakiens au pouvoir et de l’administration américaine de Barack Obama. QQu’est-
ce que ces attentats meurtriers nous révèlent sur la situation actuelle en Irak, alors que l’armée américaine vient de se retirer des villes du pays? R Il y a trois questions pour moi inséparables. On ne peut pas traiter l’une sans les autres. La première, c’est la reconstruction. On a tellement parlé des efforts des Américains, qui ont injecté des centaines de milliards de dollars. Mais il ne peut y avoir de reconstruction de l’Irak sans la sécurité. Et il ne peut y avoir de sécurité sans un vrai projet politique de réconciliation nationale qui englobe tous les Irakiens. QPour
les autorités irakiennes, la conclusion semble simple. Elles montrent du doigt les « nostalgiques de Saddam Hussein« et les « extrémistes d’Al-Qaeda », qu’elles jugent responsables des attentats. R Ils sont un peu comme des boucs émissaires. Je n’excuse pas Al-Qaeda et les nostalgiques de Saddam Hussein. Mais je ne pense pas qu’AlQaeda ait les moyens de faire ce genre de choses. Surtout ce qui s’est passé aujourd’hui. C’est tellement bien coordonné, tellement bien fait... QPourquoi
la réconciliation nationale tarde-t-elle tant ? Qui n’a pas intérêt à ce qu’elle se fasse ? R L’une des premières conditions de la réconciliation nationale est que les seigneurs de guerre doivent être fatigués de s’entretuer, ce qui ne semble pas être le cas en Irak. J’ai écrit un article en arabe sur la réconciliation nationale. Tout le monde m’a dit qu’il était très bon. Mais aucun groupe irakien ne l’a di f fusé sur son site web. Les chiites, les sunnites, ceux qui sont à l’intérieur du processus politique, ceux qui sont à l’extérieur... Euxmêmes ne sont pas fatigués de s’entretuer. Je n’écarte pas la possibilité que les gens qui sont au pouvoir soient à la source de beaucoup de problèmes et d’assassinats. La lutte pour le pouvoir est sans merci. QWashington
souhaite toujours officiellement retirer ses troupes du pays en 2011. Estce que les plans de Barack Obama pourraient être compromis par la hausse de la violence ? R Les Américains se désengagent de façon choquante. Je suis déçu. J’avais rencontré pendant la campagne des proches d’Obama qui s’occupaient de l’Irak. On en avait beaucoup discuté. Ce que je constate, c’est que les priorités ont changé pour l’administration. Avec la crise financière, l’ Irak n’a plus autant d’importance.



Les Irakiens fêtent le départ des Américains de leurs villes
BAGDAD— Les Irakiens ont célébré, hier, le retrait des troupes américaines des villes et agglomérations au milieu de mesures de sécurité exceptionnelles pour éviter que des attentats gâchent la fête.
À compter d’aujourd’hui, la police iranienne prend le contrôle de la sécurité dans les villes du pays, avec le soutien de l’armée nationale.
Des dizaines de milliers d’Irakiens se sont pressés dans l’immense parc Zawra, à Bagdad, pour fêter l’événement. Dans une atmosphère bon enfant, ils se prêtaient volontiers à trois fouilles de la police avant de gagner le jardin pour écouter les plus célèbres chanteurs et groupes de musique irakiens.
Des nombreux drapeaux irakiens se mêlaient à des banderoles sur lesquelles étaient inscrits notamment « Bagdad a traversé des moments difficiles, mais aujourd’hui c’est le jour où il retrouve sa souveraineté et son indépendance ».
L’oubli...
« Depuis 2003, je n’avais jamais été à une fête et aujourd’hui je viens écouter les chanteurs que j’adore », assure Ahmed Ali, 20 ans
Quand le premier chanteur Salah Hassan interprète « l’Irak est loyal à son peuple », c’est le délire. En voyant devant eux ce chanteur qui vit à l’étranger, les jeunes crient leur bonheur et les policiers dansent en se déhanchant.
Cette foule cherche manifestement à oublier les jours où des dizaines de milliers d’Irakiens étaient enlevés, torturés, égorgés, abattus ou massacrés par des voitures piégées.
« Aujourd’hui, je sens que mon pays m’appartient à nouveau. Je suis venu écouter les chanteurs que je n’ai pas vus depuis 2003. C’est vraiment très sympa de les voir de retour au pays », assure Salem Mohammad, 25 ans, du quartier chiite de Sadr City.
Dans la matinée a eu lieu la passation de la dernière des 86 positions américaines à Bagdad. Les Irakiens ont repris possession de l’ancien ministère de la Défense, construit en 1938 et occupé depuis 2003 par les forces américaines.
« C’est le symbole de sa souveraineté que s’approprie à nouveau notre peuple et ce moment marque la fin de la domination de la Force multinationale », a affirmé le général Abboud Qambar, commandant de la chambre d’opérations de Bagdad.
Le retrait américain des villes, aujourd’hui, s’inscritdans l’accord de sécurité signé en novembre par Bagdad et Washington et qui doit aboutir fin 2011 au départ de toutes les troupes d’Irak. Désormais ce sont les 500 000 policiers et 250 000 militaires irakiens qui prennent en charge la sécurité.



IRAK Les Irakiens « sont prêts » pour le retrait des troupes
Les Irakiens « sont prêts » à assumer la sécurité des villes après le retrait des troupes américaines demain, a affirmé hier le chef des troupes américaines dans ce pays, Ray Odierno, sur CNN. « Je pense qu’ils sont prêts. Ils ont travaillé à cela depuis fort longtemps », a affirmé le général. « La sécurité reste bonne, nous avons vu une amélioration constante des forces de sécurité et une amélioration constante de la gouvernance », a-t-il ajouté.


IRAQ : L’échéance du 30 juin  -  MARIO ROY
Dans deux jours, les soldats américains se seront presque entièrementretirésdes villes irakiennes, laissant le fardeau de la sécurité urbaine, à Bagdad, à Mossoul, à Najaf et ailleurs, aux 750 000 militaires et policiers irakiens. Cette étape importante dans le retrait complet des troupes américaines, fin 2011, était prévue dans l’entente (dite SOFA, pour Status of Forces Agreement) signée le 27 novembre dernier entre les deux gouvernements.
C’est peut-être aussi l’étape la plus dangereuse: alors que le 30 juin approche, le niveau de violence a recommencé à monter alors que le mois de mai avait été le plus paisible depuis 2003.
Deux des événements les plus meurtriers – et les plus répugnants – sont survenus depuis 10 jours dans un marché public de Sadr City, un quartier chiite et pauvre de Bagdad; ainsi qu’à l’extérieur d’une mosquée de Kirkouk. Près de 150 personnes, dont beaucoup de femmes et d’enfants, ont ainsi été tuées à l’explosif. D’autres attentats encore ont eu lieu au cours des derniers jours.
Il s’agit d’une escalade dont l’objectif est clair: mettre sous pression les forces de l’ordre irakiennes. Et, peut-être, forcer les Américains à demeurer sur place, ce qui aurait pour effet d’alimenter le ressentiment envers eux.
Sur le premier point, la tactique pourrait fonctionner... à demi.
Lors de l’attentat de Sadr City, la police locale accourue sur place a bel et bien été accueillie par des roches et des injures lancées par une population s’estimant laissée à elle-même. « Les forces de sécurité irakiennes ne sont pas capables de protéger le peuple », a dit un résidant de 20 ans à l’AFP. L’encadrement policier en Irak est quatre fois plus élevé qu’au Canada (un par 134 citoyens contre un par 537), ce qui ne plaide pas en faveur de leur efficacité. Quant aux militaires, ils sont sous-équipés et très inégalement formés. Tout cela sans parler des allégeances sectaires, surtout chez les policiers, qui suscitent la méfiance en particulier de la part de la minorité sunnite.
Par contre, la population a aujourd’hui beaucoup moins de sympathie envers les insurgés de toutes obédiences et elle ne leur offre plus le même soutien logistique. C’est un facteur de sécurité aussi important que l’action de la police et de l’armée.
Pour sa part, Washington a catégoriquement rejeté l’idée de surseoir au retrait de ses troupes des zones urbaines.
La question demeure : que va-til se passer après le 30 juin? Les 30 millions de citoyens irakiens, qui n’ont pas demandé à être débarrassés de leur dictateur par une force étrangère, pour ensuite se voir plongés pendant six ans dans une quasi-guerre civile, peuvent-ils aspirer à une paix au moins relative ?
Il n’est peut-être pas exagéré de dire que leur avenir se jouera en bonne partie entre ce 30 juin et janvier 2010, alors que doivent avoir lieu des élections parlementaires. Une période au cours de laquelle leur sort dépendra de plus en plus d’eux-mêmes, de leur gouvernement, de leurs forces de sécurité.
C’est un test capital.



IRAK Retrait américain
L’armée américaine a pratiquement achevé son retrait des villes irakiennes, une étape majeure depuis le début de la guerre en Irak en 2003 et qui ouvre la voie au désengagement total du pays fin 2011. Le porte-parole du ministère irakien de la Défense, Mohammad al-Askari, avait annoncé samedi que « les forces américaines avaient déjà remis 120 des 157 bases qu’elles doivent céder aux forces irakiennes », car elles se trouvent dans les villes.


Les frappes indisposent Islamabad
— Le ministre pakistanais de l’Intérieur, Rehman Malik, a réclamé hier l’arrêt des frappes aériennes de drones (avions sans pilote) américains contre des positions d’Al-Qaïda ou des talibans au Pakistan, qui ont fait des centaines de victimes civiles selon la presse pakistanaise.
« Nous avons dit aux ÉtatsUnis : "Vous êtes un grand défenseur de la démocratie et nous sommes un petit pays démocratique qui vous demande d’arrêter les drones." Les États-Unis doivent nous écouter et cesser » les tirs de ces engins, a déclaré M. Malik sur France 24.



Les talibans du Pakistan décapités ?  -  Laura-Julie Perrault
Les États-Unis et le Pakistan se disent presque certains d’avoir éliminé le chef des talibans pakistanais, Baitullah Mehsud. Mais de l’aveu même du commandant des forces américaines en Afghanistan, les talibans, s’ils ont perdu quelques batailles, sont en
Soupçonné de la planification du meurtre de Benazir Bhutto et de dizaines d’attentats, le chef des talibans du Pakistan, Baitul lah Mehsud, était depuis des années l’homme le plus recherché du Pakistan. Selon toute vraisemblance, sa fuite s’est terminée mercredi dernier alors qu’il prenait un moment de répit chez son beau-père.

Selon des sources américaines, citées par CNN hier, l’homme dans la trentaine qui dirigeait depuis 2007 le mouvement des talibans du Pakistan a été repéré par des avions sans pilote pendant qu’il se faisait masser les jambes par sa femme sur le toit d’une maison du village de Zanghara, dans le Waziristan du Sud. La chaleur aurait poussé le no1 des talibans, dont le diabète était connu des services secrets, à se réfugier sur le toit pour recevoir des soins.
Selon les mêmes sources, le président américain Barack Obama aurait préalablement approuvé une attaque contre M. Mehsud, qui, avant de mener une guerre ouverte cont re le gouvernement pakistanais, a gagné ses galons en combattant en Afghanistan.
Les missiles qui se sont abattus sur la maison de campagne auraient tué le chef de guerre, son épouse, ses beauxparents et sept gardes du corps, selon des combattants talibans qui ont accordé une entrevue au New York Times.
Malgré les récits concordants et le fait que Baitullah Mehsud n’ait pas donné signe de vie depuis six jours, des porte-parole des talibans ont affirmé hier que leur chef est malade, mais en vie.
Prudentes, les autorités pakistanaises et américaines refusent pour leur part d’affirmer avec certitude qu’elles ont atteint leur cible. Le ministre de l’Intérieur du Pakistan, Rehman Malik, a noté hier qu’il disposait d’« informations crédibles » selon lesquelles M. Mehsud serait mort, mais a promis de fournir une preuve d’ADN dans les prochains jours. Aux États-Unis, le conseiller du président Obama en matière de sécurité, Jim Jones, a dit en conférence de presse qu’il y avait « 90% de chances » qu’il soit mort. Guerre à la succession
Malgré l’incertitude qui l’entoure, le récit de la mort de Baitullah Mehsud est, au dire des experts, une preuve flagrante de la collaboration accrue entre les services secrets pakistanais et américains. « Ça montre aussi qu’ils sont capables de s’approcher de la tête du mouvement », a expliqué hier Marc Schneider, vice-président de l’International Crisis Group, un groupe de recherche qui surveille de près les situations de conflit dans le monde.
Selon M. Schneider, la mort présumée de Baitullah Mehsud, qui était à la tête d’une constellation d’organismes indépendants des talibans d’Afghanistan, est loin de régler la question de l’extrémisme musulman armé au Pakistan. « Même si la mort du leader se confirme, il y a plusieurs commandants de deuxième rang qui sont déjà prêts à commettre des attentats » , a-t-il souligné. D’ailleurs, hier, deux des successeurs pressentis de Baitullah Mehsud ont joint les médias. Ils ont nié les rumeurs selon lesquelles ils se seraient entretués lors d’une réunion convoquée pour choisir un nouveau chef.





PAKISTAN Offensive « généralisée »
Le Pakistan a intensifié son offensive dans le nord-ouest contre les talibans alliés à AlQaeda, après avoir annoncé qu’elle serait désormais généralisée et ne s’arrêterait qu’avec l’« élimination » des combattants islamistes. L’opération militaire, lancée fin avril, était jusqu’alors cantonnée à la vallée de Swat et ses environs. Les autorités ont précisé leur objectif : « Baïtullah Mehsud », chef du Mouvement des talibans du Pakistan « et ses partisans ».




PAKISTAN Éliminer les talibans
Le Pakistan a ordonné hier à son armée d’« éliminer » les talibans dans la région de Swat rompant ainsi offic iel lement un accord de paix très controversé et déjà rendu caduc par une offensive militaire lancée il y a 12 jours. Parallèlement, le Pentagone a fait savoir hier que le budget américain consacré à la guerre en Afghanistan va pour la première fois en 2010 dépasser le coût de la guerre en Irak.

 


PAKISTAN Villageois contre talibans
Des centaines de Pakistanais ont attaqué des villages tenus par les talibans et tué 11 d’entre eux dans le nord-ouest du pays, en représailles à un attentat-suicide qui a fait 33 morts dans une mosquée à Haya Gai vendredi dans le district du Haut-Dir, voisin du Swat, ont affirmé hier les autorités. Environ 400 villageois des alentours d’Haya Gai ont formé une milice pour attaquer cinq villages de la région voisine de Dhok Darra, a déclaré Atif-ur-Rehman, officier local de la coordination.

PAKISTAN Réponse musclée
L’armée pakistanaise a poursuivi ses opérations militaires dans le nord-ouest, pilonnant notamment le Waziristan du Sud, zone tribale frontalière de l’Afghanistan où elle préparerait une offensive de grande ampleur selon un responsable américain. L’armée annonce dans un communiqué avoir visé « deux repaires terroristes à Makeen, dans le Waziristan du Sud », une zone tribale semi-autonome considérée comme un repaire des talibans pakistanais alliés d’Al-Qaeda et une base arrière des talibans afghans, sans préciser le nombre de victimes. Ces bombardements sont selon elle « une réponse à l’attentat » de vendredi à Lahore (Est).



Le vent tourne contre les talibans du Pakistan - Laura-Julie Perrault
Hors de leur zone de confort, les islamistes pachtounes ne sont pas les bienvenus
Depuis 30 jours, 15 000 soldats pakistanais essaient tant bien que mal de déloger 5000 militants talibans du nord du Pakistan. Les combats font des ravages dans la région et déjà, 1,5 million de personnes ont dû fuir. Mais dans tout ce branle-bas de comba
Les talibans ne sont pas nos amis, nos alliés. Ce sont des ennemis, des bandits, des malfaiteurs. »
Habitués au climat frais des montagnes, des centaines de milliers de personnes sont actuellement entassées dans les camps de Mardan et de Swabi.
La citation, relayée par la BBC, ne provient pas d’un soldat pakistanais armé jusqu’aux dents. C’est plutôt l’indignation d’un paysan pakistanais qui laissent exploser son exaspération à l’égard des talibans qui dominent la région qu’il habite, Buner.
« J’ai enterré de mes propres mains au moins huit personnes que les talibans ont décapitées. Il y avait des enfants là-dedans », continue l’homme qui, pendant toute l’entrevue qu’il accorde au média étranger, demande de garder l’anonymat.
Des témoignages de ras-le-bol du genre, les journalistes qui travaillent dans le nord du Pakistan et dans les camps de réfugiés en recueillent à la pelle. Les civils dénoncent les exécutions arbitraires, les meurtres de policiers, les flagellations publiques, les taxes perçues par les islamistes pachtounes. Ils demandent au gouvernement pakistanais de tout faire pour venir à bout du mouvement djihadiste.
Hors de la zone de confort
Pour donner un coup de main aux autorités, des civils ouvrent leurs maisons à des parents obligés de fuir la zone de conflit. À ce jour, ils sont plus de 1,5 million à avoir connu ce sort, selon les Nations unies, qui qualifient la situation de « plus importante crise de réfugiés depuis le génocide du Rwanda ».
Grand spécialiste de l’Asie centrale, Olivier Roy croit que cette nouvelle opposition populaire aux talibans était prévisible. « Depuis 20 ans, les talibans du Pakistan luttaient pour établir la charia (loi islamique) dans les zones tribales où les gens sont de la même ethnie qu’eux. Mais là, ils ont changé leur politique en essayant d’étendre leur influence à d’autres zones, comme Buner. Dans ces régions, ils sont vus comme des envahisseurs », note le politologue, joint à l’Université de Californie à Berkeley hier.
Un appui fragile
Un des journaux principaux du Pakistan, le Daily Times, dans un éditorial publié cette semaine, met cependant en garde le gouvernement d’Islamabad contre la volatilité de cet appui populaire. Si les civils qui sont redirigés vers les camps de réfugiés, bâtis à la va-vite, y sont gardés dans la misère, les talibans gagneront vite leur coeur et, du coup, la guerre, plaide le quotidien.
Habitués au climat frais des montagnes, des centaines de milliers de personnes sont actuellement entassées dans les camps de Mardan et de Swabi. Il y règne une chaleur étouffante. On y rapporte aussi de graves pénuries d’eau.
L’argument avancé par le Daily Times était aussi celui du gouvernement pakistanais, hier, lors d’une réunion avec des pays donateurs à laquelle le Canada a participé. « Le Pakistan se bat pour sa survie », a plaidé le premier ministre du pays, Yousuf Raza Gilani. Cette rencontre a permis aux autorités pakistanaises d’amasser une cagnotte de 224 millions de dollars américains. Certains de ces montants avaient déjà fait l’objet d’une annonce au cours de la dernière semaine. Les États-Unis ont notamment promis l’infusion de 110 millions. Le Canada a pour sa part promis 5 millions de dollars canadiens additionnels, alloués à la Croix-Rouge et au Programme alimentaire mondial.
Il reste à voir l’efficacité avec laquelle l’aide humanitaire sera redistribuée parmi les populations déracinées. Déjà, le gouvernement pakistanais est critiqué parce qu’il n’a pas prévu en aval l’afflux de centaines de milliers de réfugiés en entreprenant sa grande campagne militaire dans le nord du pays. Un manque de calcul qui réjouit fort probablement les talibans.


Reconquête de Mingora : L’étau se resserre sur les talibans
L’armée pakistanaise se prépare à chasser le « noyau dur » des talibans de la vallée de Swat ( Nord-Ouest) après avoir repris Mingora, chef-lieu du district et étape essentielle dans son offensive contre les islamistes.
Ces hommes déplacés jouent du coude pour obtenir leur ration de nourriture dans un camp de réfugiés de Swabi, dans le nord-ouest du Pakistan. Selon les autorités, les combats entre l’armée et les talibans ont contraint environ trois millions de personnes à fuir la région.
« Nous allons courir après les têtes dirigeantes et nous occuper de tous les militants dans la vallée », a affirmé hier le général Athar Abbas à la BBC.
Les combats se poursuivent dans le district montagneux de Swat, où les forces gouvernementales affrontent les talibans, mais « la bataille de Mingora est terminée », a déclaré plus tôt en conférence de presse ce porte-parole de l’armée. Selon lui, les services essentiels ont été restaurés dans cette ville d’ordinaire peuplée de quelque 300 000 personnes, mais vidée de la presque totalité de ses habitants au cours des deux dernières semaines.
Des médecins sont sur les lieux en vue de rouvrir le principal hôpital, et le réseau d’eau sera redémar ré grâce à des génératrices, toujours d’après l’armée. Deux semaines seront nécessaires pour rétablir l’électricité. Des comités de défense seront mis sur place afin de stopper le retour éventuel d’insurgés.
Ces informations n’ont pu toutefois être confirmées de source indépendante, les zones des combats étant interdites d’accès.
Quelque 3 millions de personnes ont fui leur maison depuis le début de l’opération militaire d’Islamabad dans Swat, il y a plus d’un mois.
« Nous avons été en mesure de bloquer les principales routes ainsi que les points d’entrée et de sortie de la vallée, a poursuivi le général Abbas. Alors nous sommes en meilleure position pour chasser, éliminer le noyau dur des militants. »
Selon l a BBC, l es t roupes pakistanaises ont désormais dans leur ligne de mire Charbagh, fief taliban situé à 32 km au nord de la vallée de Swat. Des hélicoptères de l’armée y ont largué des tracts invitant ses habitants à quitter les lieux.
À Mingora, des patrouilles si l lonnaient hier des r ues désertes.
Dans l’intervalle, les autorités ont promis une récompense de 50 millions de roupies ( plus de 600 000 $ US) pour la capture mort ou vif du chef de la rébellion talibane dans la vallée de Swat. La tête du maulana Fazlullah, ce dignitaire religieux maître d’oeuvre d’un soulèvement entamé il y a près de deux ans dans cette région en vue d’y renforcer l’application de la charia (la loi coranique), était jusqu’alors mise à prix à hauteur de cinq millions de roupies, soit 10 fois moins.
Représailles
En représailles, les talibans menacent de commettre des attentats dans d’autres villes du pays. Ils ont par exemple revendiqué la responsabilité de l’explosion d’une voiture piégée qui a fait au moins 30 morts mercredi à Lahore ( Est). La veille, trois attentats-suicide avaient tué au moins 14 personnes dans deux villes du nord-ouest.
L’armée a déclenché une vaste offensive le 26 avril pour « nettoyer » la vallée de Swat et ses environs, autrefois le site le plus touristique du pays, des talibans qui s’en étaient progressivement emparés depuis deux ans.
Les autorités pakistanaises ont annoncé que 15 000 soldats y font face à 2000 talibans. L’armée a assuré avoir tué 1217 insurgés depuis le début de l’offensive dans les districts de Lower Dir, Buner, puis Swat, tandis que 81 seulement de ses soldats ont perdu la vie. Mais elle n’évoque jamais aucune perte civile; elle se contente de dire qu’elle fait tout pour les limiter mais que de telles pertes sont parfois « inévitables ».
Une crise humaine ou de trop nombreuses morts civiles risqueraient de saper le soutien de l’opinion publique pakistanaise à l’opération en cours. Plus de 190 000 hommes, femmes et enfants s’entassent dans des camps de réfugiés bondés au sud de la zone de combats, le reste des déplacés étant accueillis par leurs familles ou aidés par les habitants de la région.
La campagne militaire pakistanaise est soutenue par les ÉtatsUnis et les alliés occidentaux d’Islamabad, qui y voient un test sur la détermination du gouvernement pakistanais à lutter contre l’extrémisme musulman armé.


 
Pakistan Vallée de Swat - L’armée regagne du terrain
PESHAWAR ET ISLAMABAD— L’armée pakistanaise a assuré hier avoir étendu son emprise sur plusieurs quartiers clés à Mingora, chef-lieu de la vallée de Swat, durcissant son offensive pour reprendre aux talibans cette région instable dans le nordouest du pays. Parallèlement, des recherches étaient menées dans le sud-ouest du pays pour tenter de retrouver un touriste français enlevé la veille.
Les forces pakistanaises affirment avoir repris aux talibans plusieurs intersections et trois places publiques de Mingora, tuant cinq rebelles dans des combats de rue. « Au cours des 24 dernières heures, 10 militants ont été tués dans différentes parties de Swat lors d’échanges de tirs, tandis que 14 ont été arrêtés », a par ailleurs affirmé l’armée dans un communiqué. De son côté, l’armée a déploré trois morts et six blessés dans ses rangs.
« Les forces de sécurité nettoient la zone des mines antipersonnel. Elles mènent égalementdes opérations de recherche dans les zones qu’elles contrôlent », a déclaré hier un responsable de sécurité sous le couvert de l’anonymat.
Un autre responsable militaire a indiqué à l’AFP que les combats de rue continuaient à faire rage dans Mingora et ses environs, où, selon des témoins terrorisés, des talibans lourdement armés patrouillaient encore tout récemment. « Les affrontements se poursuivent entre forces de sécurité et militants dans le quartier de Nawa Kilay, à Mingora, et dans sa banlieue ouest, à Qambar », a précisé le responsable également sous le couvert de l’anonymat.
Le couvre-feu restait en vigueur dans la ville et des tirs ont été entendus, a-t-il ajouté. Il était par ailleurs impossible de joindre au téléphone des habitants de Mingora.
« Mingora est vitale à la fois pour les talibans et pour l’armée. Les talibans ont fait beaucoup d’efforts pour y placer dumatériel. Ils ont creusé, enfoui des mines dans toute la ville et pris les zones commerciales, souligne un expert des questions de sécurité, Ikram Sehgal. C’est la capitale de Swat et elle a une valeur psychologique. Une victoire serait un gros coup de pouce pour l’armée. »
Toutefois, l’inquiétude grandit pour les 10 000 à 20 000 civils que l’armée dit bloqués dans Mingora et qui se terrent chez eux sans vivres.
Plus de 1,7 million de personnes ont déjà fui l’offensive militaire, qui a commencé il y a quatre semaines dans le district de Lower Dir, puis s’est étendue à celui de Buner et maintenant à Swat.
Ressortissant français
Plus au sud, un ressortissant français de 40 ans a été kidnappé samedi par des inconnus armés dans la province du Balouchistan, une région où talibans et militants d’Al-Qaeda sont actifs et où il est fortement déconseillé aux Occidentaux de s’aventurer.
Selon Mohammad Yasine, chef de la police du district de Dalbandin, les ravisseurs n’ont enlevé qu’une personne après avoir arrêté un groupe de touristes qui circulait à bord de deux véhicules dans le village de Dadarlandy. L’enlèvement n’avait toujours pas été revendiqué hier soir.
Le Balouchistan, province frontalière avec l’Afghanistan et l’Iran, est en proie depuis de longues années à une insurrection de base intensité de la part de groupes nationalistes balouches qui cherchent à obtenir une plus large autonomie politique et une meilleure répartition des richesses, dans une région riche en ressources minières, également voie de passage des gazoducs et oléoducs d’Asie centrale.



 
VALLÉEDE SWAT - Islamabad et talibans se disputent une ville-clé
— Des soldats pakistanais sont entrés dans la principale villedelavalléedeSwat, danslenordouestdupays, oùdescombatsderue acharnés lesopposaientauxtalibans, a annoncé hier un porte-parole de l’armée, le général Athar Abbas.
L’assaut contre Mingora, une ville dont la population était estimée à environ 300 000 personnes avant que la plupart ne fuient les combats, est une étape cruciale de l’offensive menée dans cette vallée pittoresque, autrefois le premier site touristique du Pakistan. Cette bataille pourrait également tenir lieu de test pour une armée habituée à la guerre conventionnelle dans les plaines et peu rompue à la guérilla urbaine, rue après rue et maison après maison.
Selon le général Abbas, l’armée a chassé les insurgés de plusieurs quartiers de Mingora, chef-lieu du district de Swat, et 17 rebelles, dont un important commandant, ont été tués au cours des 24 dernières heures, près d’un mois après le début de l’offensive de l’armée. Une autre ville importante de la vallée, Matta, a selon lui été « nettoyée », mais il resterait de 1500 à 2000 talibans, combattants aguerris, dans la vallée.
L’armée entend faire de son mieux pour éviter de faire des victimes innocentes. « Les terroristes vont les utiliser comme boucliers humains, les prendre en otages, donc nous avançons avec beaucoup deprécautions, a souligné le général Abbas. L’allure de l’opération sera très lente. Alors, soyez patients. Mais elle a commencé et, si Dieu le veut, nous allons la mener à sa conclusion logique. »
Victimes civiles
L’armée a assuré avoir tué plus de 1100 talibans en presque quatre semaines d’offensive et reconnu avoir perdu seulement 58 soldats. Mais cette information est impossible à vérifier, car la zone des combats est bouclée par les militaires. De nombreux témoignages de personnes déplacées font cependant état de bombardements sans discernement qui ont fait de nombreuses victimes civiles, les militaires n’ayant engagé les combats au sol que depuis quelques jours.
« Aujourd’hui (hier), la phase la plus importante de l’opération de dégagement de Mingora a commencé », a affirmé l’armée dans un communiqué en anglais publié sur son site internet.
L’armée a fait état d’échanges de tirs nourris et affirmé qu’un kamikaze avait été tué et qu’un autre véhicule piégé avait été détruit. Elle a progressivement resserré son étau autour de la ville, jusqu’à couper hier l’approvisionnement des insurgés, selon le général Abbas.
« Mingora a été encerclée et le ravitaillement coupé », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse.
L’offensive, conduite principalement dans la vallée de Swat, mais également dans certains districts environnants, a jeté sur les routes près de 1,9 million de personnes, dont plus de 160 000 ont trouvé refuge dans les camps de déplacés.
Extension de l’offensive?
En revanche, le premier ministre pakistanais, Yousuf Raza Gilani, a repoussé hier l’idée d’une extension de l’offensive aux zones tribales le long de la frontière afghane, qui abritent depuis des années des bastions d’AlQaeda et des talibans afghans. Les informations selon lesquelles le président Asif Ali Zardari préparerait un tel passage à la vitesse supérieure ont déjà poussé à l’exode des familles du SudWaziristan, base du chef taliban pakistanais Baitullah Mehsud.
« Ça ne fonctionne pas comme ça », a déclaré M. Gilani à un journaliste qui l’interrogeait sur l’éventuelle ouverture d’un nouveau front.





Pakistan Offensive contre les talibans : L’État vaincra, jure le président
« Est-ce que l’État pakistanais va s’effondrer? Non. Nous sommes 180 millions, la population est beaucoup plus nombreuse que les rebelles. »
— Le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a fermement rejeté hier l’idée que l’État pakistanais risque de s’effondrer face à l’insurrection talibane, dans une interview à la chaîne américaine NBC.
« Est-ce que l’État pakistanais va s’effondrer ? Non. Nous sommes 180 millions, la population est beaucoup, beaucoup plus nombreuse que les rebelles », at-il dit, répondant à des inquiétudes soulevées par des analystes militaires américains qui craignent un écroulement de l’État pakistanais encore fragilisé par la rébellion talibane.
Les États-Unis ont confiance dans la sécurité de l’arsenal nucléaire pakistanais, a déclaré de son côté hier le général David Petraeus, commandant des forces américaines dans la région.
« Nous avons confiance dans la sécurité de leurs procédures », a déclaré le général sur la chaîne de télévision Fox.
Hier, les civils continuaient à fuir par milliers la vallée de Swat, dans le nord-ouest du Pakistan.
Encouragés par les États-Unis, les dirigeants pakistanais ont lancé cette semaine une offensive de grande ampleur pour éradiquer les bastions insurgés alors que les combattants talibans, grignotant district sur district, se sont rapprochés à une centaine de kilomètres seulement de la capitale, Islamabad.
M. Zardari a reconnu hier que son pays avait « un problème » avec les talibans mais a plaidé pour une approche internationale. « Je pense que nous avons besoin d’une stratégie dans laquelle le monde s’unit contre cette menace, car elle n’est pas spécifique au Pakistan », a-t-il souligné.
« Il y a eu des attentats en Espagne, en Grande-Bretagne, en Amérique, en Afrique, en Arabie Saoudite », a-t-il énuméré. « C’est pourquoi je crois que le monde doit comprendre qu’il s’agit du nouveau défi du XXIe siècle et que c’est une nouvelle guerre ».
M. Zardari a reconnu qu’il aurait besoin de l’aide américaine pour combattre les talibans. « Nous ne pouvons pas résoudre ce problème si le Pakistan, l’Afghanistan et les États-Unis ne sont pas sur la même longueur d’onde », a dit M. Zardari, qui a été reçu ces jours derniers avec son homologue afghan, Hamid Karzaï, par le président américain, Barack Obama.
À propos de ces entretiens, le général Petraeus s’est dit satisfait de ce qu’il a décrit comme le nouvel état d’esprit du président pakistanais. Il a estimé qu’il y avait « maintenant unanimité en faveur de ce qui doit être une action rapide et efficace contre les talibans au Pakistan », notant un récent transfert de troupes pakistanaises de la frontière indienne vers la frontière afghane.
Le Congrès américain doit se prononcer sur une loi qui triplerait l’aide civile au Pakistan, à 1,5 milliard de dollars par an au cours des cinq prochaines années.

 
Pakistan Vallée de Swat - Les talibans sont en fuite, selon l’armée
— L’armée pakistanaise a affirmé hier avoir « mis en fuite » les talibans dans la vallée de Swat, dans le nord-ouest du pays, où elle mène depuis deux semaines une offensive de grande ampleur. Aux yeux du premier ministre Yousuf Raza Gilani, il s’agit ni plus ni moins d’une « guerre pour la survie du pays ».
Des centaines de milliers de civils terrorisés ont fui la région des combats, dans la vallée de Swat. Ils s’entassent dans des camps de réfugiés où l’aide se révèle insuffisante. Juste au sud de la zone de conflit, autour de la ville de Mardan (photo), des camps rudimentaires ont poussé comme des champignons.
Selon un bilan officiel, au moins 55 insurgés ont été tués hier au cours de diverses opérations dans la vallée. Vendredi, l’armée a assuré avoir mis hors d’état de nuire près de 160 talibans en 24 heures dans la même zone .
Appuyés par l’aviation, des milliers de soldats sont déployés dans la vallée de Swat avec pour mission d’« éliminer » les combattants islamistes. Des centaines de milliers de civils – jusqu’à un million, selon l’ONU– ont dû abandonner leurs ma isons à cause de la violence des bombardements.
En outre, certains de ces civils sont pris au piège des combats, ce qui fait craindre une catastrophe humaine. Islamabad a commencé à acheminer dans la région une aide de plusieurs millions de dollars destinée aux habitants, en plus de lancer un appel à l’aide internationale pour améliorer les conditions de vie de ces masses de déplacés.
L’armée a accusé les talibans de prendre « des civils innocents en otages ».
« Ils s’efforcent de bloquer l’exode et d’empêcher leur départ par la force, en minant les routes et en dressant des barrages avec des arbres », selon un communiqué.
D’après des témoignages de réfugiés, des civils ont été également victimes des bombardements intensifs de l’aviation pakistanaise.
Lors d’une conférence de presse, hier, le premier ministre Yousuf Raza Gilani a souligné que les forces armées étaient « déterminées » à éviter au maximum les pertes civiles et à boucler l’offensive « dès que possible ». Mais « l’opération se poursuivra jusqu’à l’éradication des extrémistes », a ajouté le premier ministre pakistanais.
Sur le terrain, « des hélicoptères ont attaqué tôt ce matin (hier) des caches d’insurgés à Mingora. Quinze insurgés auraient été tués au cours de cette opération », a précisé un autre communiqué militaire.
Plusieurs repaires des insurgés étaient visés et leur principal quartier général aurait été détruit. Des caches rebelles à Matta ont également été visées dans cette attaque.
« Des repai res d’insurgés ont aussi été pris pour cible notamment à Peochar, Qambar, Banababa, Ziarat, Mushkomai et Chamtalai. De 30 à 40 insurgés auraient été tués », a ajouté ce communiqué.
Il est impossible de vérifier ces bilans de source indépendante en raison de la situation sur le terrain. « L’offensive bat toujours son plein », a affirmé un haut gradé pakistanais.
Pressions américaines
En visite cette semaine à Washington, le président pakistanais, Asif Ali Zardari, a juré que l’offensive de l’armée dans la vallée de Swat se poursuivrait jusqu’à un retour à la normale.
Ce discours tranche avec la stratégie d’apaisement envers les talibans jusque-là suivie par le président Zardari.
Le président pakistanais, de plus en plus impopulaire, est sous la pression des États-Unis, qui redoutent la progression sans obstacle des intégristes dans la seule puissance militaire nucléaire du monde musulman.
Le Pakistan a toutefois payé un lourd tribut à son alliance avec les États-Unis depuis la fin de 2001.
L’armée pakistanaise a perdu plus de 2000 hommes dans les zones tribales du nord-ouest et, en moins de deux ans, plus de 1800 personnes ont été tuées dans tout le pays dans des attentats perpétrés par les talibans pakistanais, après qu’Oussama ben Laden a déclaré le jihad (la « guerre sainte ») contre Islamabad.



Talibans: Clinton «impressionnée» par les initiatives du Pakistan
La secrétaire d'État américaine Hillary Clinton a reconnu mercredi être «impressionnée» par les récentes initiatives du Pakistan pour combattre l'extrémisme, lors d'un compte-rendu très positif de ses rencontres avec les dirigeants pakistanais et afghan dans la matinée.
«Je suis à vrai dire très impressionnée par les actions entreprises actuellement par le gouvernement pakistanais», a déclaré Mme Clinton, estimant qu'Islamabad faisait preuve d'une «détermination à aller de l'avant» pour combattre les talibans.
Ces propos contrastent fortement avec ceux que Mme Clinton avait tenus le mois dernier, jugeant que le Pakistan «abdiquait» face aux extrémistes en laissant les talibans imposer leur loi sur certaines parties du pays.
Le Pakistan a lancé il y a 10 jours sous la pression des États-Unis des offensives dans les districts de Buner et Lower Dir, dans le nord-est du pays, pour en déloger les talibans.
Le gouvernement pakistanais a été sévèrement critiqué après un accord conclu en février avec les talibans qui a conduit à l'imposition de la charia sur trois millions de personnes dans le nord-ouest du pays. Cette initiative, loin de mettre fin à l'insurrection, a été suivie d'une avancée des talibans jusqu'à 100 km de la capitale, Islamabad.
La chef de la diplomatie américaine a fait un compte-rendu très positif de ses rencontres dans la matinée avec les présidents pakistanais Asif Ali Zardari et afghan Hamid Karzaï. Le président américain Barack Obama devait ensuite recevoir les deux hommes en tête à tête puis dans un sommet tripartite.
«Ce processus montre de premiers signes très prometteurs», a dit la secrétaire d'État américaine, au cours d'une apparition surprise dans la salle de presse de la Maison-Blanche, estimant que ses entretiens avaient constitué, «par certains aspects, une percée».
«Je suis très optimiste dans le fait que ce processus fait une différence», a insisté Mme Clinton, tout en reconnaissant que quelques rencontres de ce type ne suffiraient pas à résoudre l'ensemble des problèmes rencontrés par le Pakistan et l'Afghanistan.
«Les deux présidents ont parlé de manière très émouvante de la menace et des dangers du terrorisme», a ajouté Mme Clinton, se disant aussi «extrêmement impressionnée» par la sincérité des échanges entre les deux dirigeants et leurs délégations.
M. Zardari s'est engagé mercredi à Washington à coopérer avec son «frère» Hamid Karzaï, pour lutter contre le «cancer» que représente le terrorisme dans leurs deux pays.

 
PAKISTAN -  L’offensive à Swat s’intensifie
— L’armée pakistanaise a assuré hier avoir tué près de 160 talibans en 24 heures et être passée à une offensive « de grande ampleur » dans la région de Swat où il lui a été ordonné la veille d’« éliminer » ces combattants liés à Al-Qaeda.
Mais des témoignages, parmi les dizaines de milliers d’habitants qui ont fui cette région du nord-ouest du Pakistan et afflué dans des camps de déplacés, se multiplient pour accuser l’armée, comme les talibans, de tuer des civils en bombardant les villages sans discrimination.
« L’armée est maintenant engagée dans une opération de grande ampleur, a déclaré le porte-parole de l’armée, le général Athar Abbas.
Selon lui, 143 talibans ont été tués en divers endroits dans le district de Swat, six dans celui, voisin, de Buner et 10 dans celui du Lower Dir.
Les habitants de ces districts très peuplés, pris entre deux feux, ont fui les combats par dizaines de milliers depuis 13 jours.
Le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés a annoncé que jusqu’à un million de personnes avaient été déplacées dans le nord-ouest du Pakistan, quittant par dizaines de milliers Buner, Lower Dir et Swat, pour se faire enregistrer dans des camps ou se réfugier chez des parents.



PAKISTAN - L’armée passe à l’offensive contre les talibans

— Le Pakistan vient de lancer une offensive contre les talibans sur plusieurs fronts, dans le Nord-Ouest, après avoir essuyé une salve de critiques nationales et internationales, américaines notamment, pour avoir laissé les rebelles avancer après un accord de cessez-le-feu.
Après une contre-attaque lancée dimanche dans le district du Lower Dir, l’armée a annoncé qu’elle avait entamé hier la reconquête de Buner.
Après une contre-attaque lancée dimanche dans le district du Lower Dir, la première contre les talibans du district voisin de Swat depuis la signature controversée de l’accord de cessez-le-feu, mi-février, l’armée a annoncé qu’elle avait entamé hier la reconquête de Buner, un autre lieu hautement symbolique.
La semaine dernière, la prise de Buner, situé à une centaine de kilomètres d’Islamabad seulement, par ces combattants islamistes liés à Al-Qaeda, avait réveillé une opinion publique jusqu’alors apathique, qui avait dénoncé la « capitulation » du gouvernement et de l’armée. Elle avait également provoqué les foudres de Washington, principal bailleur de fonds du Pakistan, son allié clé dans sa « lutte contre le terrorisme » lancée contre les islamistes à la suite des attentats du 11 septembre 2001.
L’opération militaire à Buner a été annoncée hier soir par le général Athar Abbas, porte-parole de l’armée pakistanaise. « L’objectif est l’élimination ou l’expulsion » des 400 à 500 « combattants islamistes », a-t-il poursuivi.
Les talibans s’étaient emparé de la vallée de Swat, jusqu’alors le site le plus touristique du pays, à l’été 2007. L’armée avait tenté deux années durant, de les déloger, en vain.
Mi-février, face aux exactions commises à Swat par les combattants islamistes qui décapitaient le moindre opposant et détruisaient les écoles accueillant des filles, le gouvernement provincial avait signé un accord de cessez-le-feu. Entériné le 14 avril par le président Asif Ali Zardari, il concédait aux extrémistes la création de tribunaux islamiques dans les sept districts de la région de Malakand, dont Swat, Buner et Lower Dir.
Depuis, loin de déposer les armes comme le leur imposait l’accord, les talibans avaient profité du retrait de l’armée pour pousser leur avantage sur le terrain au-delà de Swat.
L’offensive a été qualifiée de « réponse adéquate » face à l’avancée des rebelles par le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell, disant espérer que ces efforts seraient « durables », alors que le Congrès étudie la possibilité de fournir une aide financière d’urgence au Pakistan.


Islamabad à l’assaut des talibans
PESHAWAR— Le Pakistan a lancé hier une offensive contre les talibans dans le nord-ouest du pays, marquée par des violents combats dans lesquels de nombreux talibans et un soldat pakistanais ont été tués, a annoncé l’armée.
Les combats se sont déroulés à Lower Dir, l’un des sept districts de Malakand où les autorités pakistanaises ont conclu un accord pour l’application de la charia afin de mettre fin aux attaques menées par les talibans dans la vallée de Swat.
« À la demande du gouvernement provincial et de la population de Dir », les forces de sécurité ont lancé une opération contre de « présumés insurgés cachés à Islampura et Lal Qila, selon un communiqué de l’armée. De violents échanges de coups de feu ont eu lieu à Kaladag et des dizaines d’insurgés ont été tués, dont un important commandant ».
Aux dires d’un responsable de la sécurité pakistanaise, il s’agit de Maulana Shahid, responsable des talibans à Dir, tué avec huit autres talibans quand l’armée à bombardé le collège islamique (madrasa) où il se trouvait. Un soldat a également été tué et quatre blessés, a affirmé l’armée dans le communiqué.
Auparavant, un responsable des forces de sécurité avait signalé qu’« un soldat (avait) été tué et cinq blessés dans une attaque » des talibans, précisant qu’un convoi militaire était tombé dans une embuscade. Des responsables militaires à Peshawar ont confirmé l’incident.
Selon des responsables, des soldats pakistanais ont été envoyés à Dir pour faire face à l’augmentation de la présence des talibans.
« Accord violé »
Le principal porte-parole des talibans dans le nord-ouest du Pakistan a vivement condamné l’offensive de l’armée pakistanaise, estimant qu’elle violait l’accord pour l’application de la charia dans la vallée du Swat et qu’elle menaçait de transformer le pays en un « nouvel Afghanistan ».
Le Pakistan est soumis à de fortes pressions occidentales pour annuler cet accordqui a eupour conséquence de permettre aux talibans d’accroître leur influence dans la région.
« C’est assez. Nous avons décidé de les déloger (les taibans), a déclaré un responsable du ministère de l’Intérieur, Rehman Malik. L’accord de paix supposait la paix. S’il n’y a pas de paix, l’accord est inutile. J’appelle les talibans à déposer les armes. Ils n’ont pas d’autre option. »
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a lancé une mise en garde la semaine dernière en affirmant que le Pakistan « avait pratiquement abdiqué devant les talibans et les extrémistes » tandis que le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a appelé les leaders pakistanais à prendre des mesures.


PAKISTAN - Le « traité de paix » boomerang
Deux mois après avoir fait la paix avec les talibans, le gouvernement pakistanais déchante Lorsque le gouvernement pakistanais a signé une entente « de paix » avec les talibans en février, leur permettant de contrôler la vallée du Swat dans le nordouest d
QDeDes femmes pakistanaises, couvertes d’une burqa, fuient le nord-ouest du Pakistan avec leurs enfants. L’armée pakistanaise y mène depuis mercredi une offensive militaire contre les talibans pakistanais. Ces derniers ont violé les termes d’un pacte de paix signé avec le gouvernement central. Les tensions entre le groupe islamiste et l’armée ont entraîné le déplacement de près d’un million de personnes.
l’Occident, on a l’impression que les talibans sont en train de prendre le contrôle du Pakistan. Hier, notamment, le département d’État américain écrivait dans une note interne que les talibans pakistanais ont aidé Al-Qaeda, « menace terroriste no 1 », à se refaire des forces. Quelle est votre perception ? R La société civile est très inquiète de la perte de contrôle très rapide des autorités pakistanaises dans le nord-ouest du pays. Le Pakistan a la septième armée du monde. Comment peut-on expliquer que l’État ait dûsignerunpacte avec un groupe de militants armés pour amener la paix dans le nord du pays? Depuis deux ou trois jours, on voit qu’ils essaient de reprendre le contrôle grâce à des opérations militaires. Malheureusement, ça se fait dans la violence plutôt que la négociation. Les civils sont les premiers à payer le prix. QPouvez-
vous nous décrire la situation sur le terrain ? R Elle est pire qu’au lendemain du tremblement de terre de 2005. Il y a au moins unmillion de déplacés. Dans les derniers jours seulement, des dizaines de milliers de personnes ont dû fuir leurs maisons pour échapper aux opérations militaires. Dans la vallée du Swat (où les talibans pakistanais font la loi), plus de 7000 maisons ont été brûlées. Les champs ont été ravagés et les écoles détruites. La vie des gens a été saccagée. QBeaucoup
de gens ont fui la vallée, mais d’autres y vivent toujours, dans quelles conditions ? R Les militants des droits de l’homme qui y travaillent ont peur pour leur vie. On leur dit tous les jours que s’ils font mal paraître les talibans, ils devront payer pour. Des centaines d’élus locaux ont été tués au cours des derniers mois. La population, elle, fait face à la même situation que sous le régime taliban de l’Afghanistan des années 90. Les hommes doivent laisser leur barbe pousser, les femmes ne peuvent plus sortir de chez elles. Les minorités religieuses doivent payer une taxe. Rien de tout cela ne va: nous sommes tous des citoyens pakistanais, l’État doit faire respecter la même loi pour tous. QAvant
la signature du traité de paix, la population vivait dans le chaos. Le conflit entre l’armée et les groupes insurgés allaient de mal en pis. Le gouvernement avait-il d’autres choix que de signer le traité de paix avec les talibans pakistanais ? R Il y avait beaucoup d’autres options. Ce « traité » n’a pas amené la paix, mais a permis aux insurgés de se regrouper. Ils essaient depuis d’étendre leur pouvoir. Au lieu de signer un traité, le gouvernement central aurait dû écouter depuis longtemps les gouvernements locaux et aurait dû leur donner les moyens de soutenir la sécurité des communautés. Ils auraient dû s’inquiéter quand des représentants locaux ont été tués les uns après les autres. En temps de crise, il faut mettre les différences politiques de côté et travailler main dans la main.


Baitullah Mehsud, taliban en chef
Le Pakistan attribue aux fidèles de Baitullah Mehsud la plupart des attentats terroristes qui ont secoué le Pakistan depuis l’assaut qu’a donné le gouvernement sur la Mosquée rouge en 2007.
Le gouvernement américain offre cinq millions de dollars de récompense à quiconque lui donnera des informations utiles pour capturer les deux hommes les plus recherchés de la planète. Le premier, Oussama ben Laden, n’a plus besoin de présentation. Le second, Baitullah Mehsud, est on ne peut plus énigmatique.
Depuis 20 jours, l’armée pakistanaise mène une opération militaire pour déloger les talibans du nord-ouest du pays. En guise de représailles, des talibans ont incendié ce poste de police dans la vallée du Swat.
Et pour cause. Contrairement au grand patron d’Al-Qaeda, qui s’adresse fréquemment au monde entier dans des clips vidéo, le chef du mouvement taliban du Pakistan (Tehrik-e-Taliban), une alliance de 13 factions créée en 2007, fuit la publicité.
Lorsqu’il accorde une (rare) entrevue, Baitul lah Mehsud demande aux caméras de lui faire dos. Sur les fils de presse, il ne circule que deux photos de lui, mais aucune n’a été authentifiée. Ceux qui l’ont rencontré disent qu’il est dans la mi-trentaine et qu’il ne mesure pas plus de 1,58 m (cinq pieds, deux pouces).
Sa mince présence médiatique ne l’empêche pas de faire trembler tout le Pakistan et plus spécifiquement la zone tribale et la province de la Frontièredu-Nord-Ouest. À lui seul, il dispose d’une armée de plus de 20 000 rebelles armés et kamikazes, principalement basés dans le Waziristan, région dont sa tribu est originaire et dont il dirige de facto la destinée depuis 2005.
Dans sa zone d’influence, il inspire la terreur. Il a la réputation d’envoyer un linceul, du fil et des aiguilles à ceux qu’il compte éliminer dans les 24 heures. On dit aussi de lui qu’il cautionne les exécutions publiques, est allergique à la musique et aux écoles destinées aux petites filles, tout comme le chef des talibans d’Afghanistan, le mollah Omar, avec qui il dit entretenir « de bonnes relations ».
Le « nouveau » ben Laden »
Depuis 2007, ses activités dépassent les frontières des provinces frontalières de l’Afghanistan. Le Pakistan attribue aux fidèles de Baitullah Mehsud la plupart des attentats terroristes qui ont secoué le pays depuis l’assaut qu’a donné le gouvernement sur la Mosquée rouge en 2007. Cet événement a marqué un tournant dans la stratégie du chef de guerre taliban. Depuis, Baitullah Mehsud a déclaré une guerre ouverte aux autorités.
Le Pakistan l’accuse notamment d’avoir ordonné l’assassinat de l’ex-première ministre Benazir Bhutto à Rawalpindi en décembre 2007 et d’avoir fomenté l’attentat contre l’hôtel Marriott d’Islamabad en septembre 2008.
Cependant, Baitullah Mehsud n’a revendiqué qu’un seul coup d’éclat: l’opération guérilla contre l’académie de police de Lahore, en mars, qui a fait 18 victimes. Pour l’occasion, le chef taliban a appelé lui-même la BBC et quelques autres médias étrangers. « C’est ma revanche pour les avions sans pilote américains qui ont bombardé le nord-ouest du Pakistan. Notre réponse va se passer à l’intérieur des États-Unis et va épater tout le monde », a-t-il alors prévenu.
Cette menace a suffi à faire de Baitullah Mehsud l’ennemi public no 1 des États-Unis aux côtés du chef d’AlQaeda. Dans son palmarès des 100 personnes les plus influentes du monde, le magazine Time lui a accordé une place de choix, le mettant dans le même club qu’Ashfaq Kayani, chef de l’armée pakistanaise, à qui il donne ces jours-ci (beaucoup) de fil à retordre.

TÉLÉPHÉRIQUE VERS LE POUVOIR : LE MAULANA FAZLULLAH
Baitullah Mehsud n’est pas le seul taliban du Pakistan à faire couler de l’encre. Dans la vallée du Swat, le Maulana Fazlullah est lui aussi au coeur des préoccupations de l’armée pakistanaise qui y mène présentement une opération. Rien ne prédestinait pourtant Fazle Hayat (son nom original) à gravir les échelons du djihad islamique pakistanais. Pauvre villageois, il a longtemps exploité un téléphérique manuel qui permettait à des vacanciers de traverser la rivière Swat. Dans les années 90, il a étudié dans la madrasa du Moulana Sufi Mohammad, qui est devenu son mentor. Ancien combattant en Afghanistan, il s’est imposé comme leader à son retour de la guerre. Il a marié la fille du Sufi Mohammad et chaussé les souliers de son beaupère alors que ce dernier était en prison. Il s’est fait connaître dans le Swat en mettant sur pied la « Radio Mollah » par l’entremise de laquelle il a prêché l’établissement de la charia.


Kaboul réécrit sa loi controversée sur le mariage
— Le gouvernement afghan a annoncé hier qu’il avait réécrit la controversée loi sur le mariage, dont des dispositions semblant autoriser le viol conjugal avaient suscité une vague de protestations internationales.
Cette révisiondu texte intervient à l’issue d’un examen de trois mois par le ministère de la Justice ordonné par le président Hamid Karzaï. La nouvelle version devra être soumise au Parlement, a précisé un porte-parole du ministère.
Le président Karzaï avait promulgué le texte en mars dernier, avant d’en suspendre rapidement l’entrée en vigueur devant les condamnations venues des capitales du monde entier. Si cette loi n’est censée s’appliquer qu’à la minorité musulmane chiite du pays, beaucoup y avaient vu un retour à l’oppression des femmes caractéristique du régime fondamentaliste des talibans.
D’après les documents fournis par le ministère de la Justice, deux des articles les plus controversés ont été modifiés en profondeur. L’article qui stipulait qu’une épouse se devait d’accepter des relations sexuelles avec son mari tous les quatre jours précise désormais seulement qu’une femme a l’obligation d’exécuter tous les travaux ménagers décidés par le couple au moment du mariage.
Le paragraphe qui précisait qu’une femme devait demander à son époux la permission de quitter la maison a également été supprimé. Il a été remplacé par un article qui précise qu’une femme est « propriétaire de ses biens et peut les utiliser sans la permission de son époux ».





OFFENSIVE TERRESTRE EN AFGHANISTAN  Épreuve du feu pour la stratégie Obama

 « L’important pour nous est d’entrer en contact avec les leaders locaux, pour entendre leurs principaux besoins et connaître leurs priorités. »
Quatre mille marines américains, transportés par des hélicoptères et des dizaines de véhicules blindés, participent depuis lundi à la plus vaste offensive terrestre de l’armée américainedepuis2001 dans le sud de l’Afghanistan.
Leur mission : prendre le contrôle de la province d’Helmand, fief des rebelles talibans et centre névralgique mondial de la production d’opium.
Leur principal défi : maintenir leurs positions en gagnant l’appui de la population. Pour ce faire, les militaires n’ont jusqu’à présent fait aucun bombardement aérien et ont limité au maximum l’usage de l’artillerie, selon les agences de presse.
Baptisée Coup de sabre ( Strike of the Sword), l’opération est la première attaque d’envergure depuis que le président Obama a édicté sa nouvelle « stratégie régionale » pour stabiliser la région. Le haut commandement américain souhaite ainsi éradiquer l’influence des talibans de l’Afghanistan et du Pakistan en convainquant la population qu’elle se porterait mieux sans eux. « L’important pour nous est d’entrer en contact avec les leaders locaux, pour entendre leurs principaux besoins et connaître leurs priorités », a résumé hier à l’Associated Press le capitaine William Pelletier, porte-parole des marines.
À en croire une entrevue accordée au National Post par le colonel Greg Julian, principal porte-parole de l’armée américaine en Afghanistan, les citoyens afghans seraient même désormais considérés comme le « centre de gravité » des opérations. « Dans certains cas, cela implique que nous permettions aux insurgés de s’échapper des combats si un commandant juge qu’ils peuvent le faire sans mettre en péril les troupes » et la population, a-t-il déclaré.
Menée en collaboration avec 650 membres de l’armée afghane, l’opération a jusqu’à maintenant fait un mort et plusieurs blessés parmi les troupes américaines. Sous un mercure atteignant près de 40 degrés, les soldats ont cependant rencontré peu de résistance dans la vallée de l’Helmand jusqu’à maintenant, mais s’attendent à des affrontements plus musclés à mesure que les rebelles talibans organiseront leur stratégie de guérilla.
La nouvelle stratégie américaine se met en branle alors que plusieurs villageois du sud de l’Afghanistan ont spontanément pris les armes contre l’armée américaine après avoir perdu des proches ou leurs maisons dans des raids aériens, a fait savoir hier le New York Times. « Cela fait deux ans que le président Hamid Ka rzaï dénonce ces raids aériens », a souligné Jocelyn Coulon, directeur du réseau francophone de recherche sur les opérations de paix du CERIUM.
« Cible de haute valeur »
En août dernier, l’émission 60 Minutes avait révélé que le haut commandement de l’armée de l’air des États-Unis pouvait tolérer jusqu’à 30 morts parmi les civils pour abattre une seule « cible de haute valeur » dans des bomb a r d e me n t s aériens. « Les A mé r i c a i n s veulent maintenant éviter ces bombardements aveugles, qui causent tellement de dommages à la population et au gouvernement afghan. Bombarder une cible à 30 000 pieds d’altitude, cela permet à l’armée américaine de protéger la vie de ses soldats, mais c’est rarement une stratégie efficace. La seule façon de faire, c ’est d’envoyer des troupes à pied sur le terrain et d’occuper le territoire », a noté M. Coulon.
« Le problème, c’est qu’avec leur nouvelle stratégie, les Américains repoussent les talibans, mais on ne sait pas trop où. Leur offensive peut les forcer à se replier vers le Pakistan (au sud), ce qui n’aidera pas à stabiliser la région. Certains rapports de presse laissent aussi croire que les talibans ont commencé à s’infiltrer au nord, en Asie centrale. Ce n’est certainement pas quelque chose d’intéressant pour ces pays qui sont fragiles. Cela pourrait provoquer des problèmes de stabilité politique », a-t-il ajouté.
Pour le spécialiste, cette situation démontre qu’une stratégie militaire seule risque de se révéler totalement inutile. « Des opérations militaires, il y en a dans ce secteur depuis maintenant sept ans. Or, on ne peut pas régler ce problème sans mettre simultanément de l’avant une stratégie politique. Pour régler le problème, les Américains devront faire preuve d’une plus grande ouverture à l’égard des talibans ouverts au processus politique », a conclu M. Coulon.




En Afghanistan, pas de quoi fêter -  VINCENT MARISSAL
Que l’on se retrouve encore une fois à se demander si nous resterons ou non en Afghanistan, sept ans après que l’ex-premier ministre Jean Chrétien eut engagé le Canada dans cette mission, est en soi une preuve de l’échec de nos politiciens.
«Nous réfléchissons à la sagesse de nos ancêtres qui ont bâti ce grand pays, et nous disons merci aux courageux Canadiens et Canadiennes qui risquent leur vie pour nous défendre, ici au pays et dans le monde entier. »
— Stephen Harper, dans son message officiel à l’occasion de la fête du Canada.
« Nous sommes en train de perdre en Afghanistan et nos jeunes soldats meurent là-bas parce que nos politiciens sont incapables d’accoucher d’une stratégie cohérente. »
— Paddy Ashdown, spécialiste britannique en affaires militaires et de sécurité, membre de la British Security Strategy, ancien envoyé spécial en Bosnie, ancien commando d’élite et exchef du Parti libéral démocrate britannique.
Hier, fête du Canada, les éloges de nos politiciens aux militaires canadiens morts en service étaient de mise.
Belle occasion, en effet, peu importe les allégeances politiques ou les sentiments par rapport à la guerre, pour honorer la mémoire de ces jeunes gens fauchés, notamment, sur les plages de Normandie, en Corée ou, ces dernières années, en Afghanistan.
Mais une fois les solennels moments de silence terminés dans les cérémonies officielles, que reste-t-il de ces morts? Saiton seulement pour quoi ils sont morts en Afghanistan?
La question est de nouveau d’actualité à Ottawa parce que l’administration Obama mène apparemment une campagne diplomatique ces temps-ci pour tenter de nous convaincre de prolonger notre mission.
I l n’y a pas eu encore de demandes formelles, mais elles viendront. Les États-Unis sont en train de plier bagage en Irak et l’Afghanistan, clairement, constitue la nouvelle priorité du président Obama.
Pour le moment , Ottawa répond que nous nous retirerons, comme prévu, en 2011. Mais comment notre gouvernement (d’ailleurs, quel gouvernement en 2011, celui de Stephen Harper ou celui de Michael Ignatieff?) pourra-t-il dire non au président Obama ?
Avant d’aller plus loin dans l’aventure afghane, une lecture attentive du rapport de 143 pages de la nouvelle British Security Strategy ( branche du prestigieux Institute for Public Policy Research de Londres) serait certes utile à nos dirigeants.
En bref, voici ce que nous disent Lord Ashdown et ses comparses: « Tous les pays impliqués en Afghanistan tirent dans des directions opposées et c’est là la pire menace en ce moment pour nous. Si nous ne rectifions pas cette situation de manque presque total de coordination, nous ne ferons que des progrès marginaux et nous continuerons de payer le prix en vies militaires et civiles. »
Difficile d’être en désaccord. Cette guerre aux objectifs vagues semble effectivement vouée à l’échec, le rapport de la British Security Strategy n’est pas le premier à le dire. Nous ne savons pas très bien ce que nous faisons en Afghanistan, ce que nous cherchons à accomplir.
Que l’on se retrouve encore une fois à se demander si nous resterons ou non en Afghanistan, sept ans après que l’ex-premier ministre Jean Chrétien eut engagé le Canada dans cette mission, est en soi une preuve de l’échec de nos politiciens.
Quel rôle veut-on jouer sur la scène internationale ? Quelle est la politique étrangère de ce pays ? Qui décide ? Ottawa, les États-Unis, l’ONU? Qu’avonsnous vraiment accompli en Afghanistan?
Il s’est fait beaucoup de politique sur la question de notre présence en Afghanistan depuis sept ans, mais pas de débat de fond.
Jean Chrétien a autorisé le premier déploiement . Par la suite (dans ses mémoires), il a reproché à Paul Martin d’avoir tellement tergiversé que nos troupes se sont retrouvées dans la zone la plus dangereuse, près de Kandahar.
Sous le régime Harper, la question afghane est revenue deux fois sur le parquet de la Chambre des communes. Les deux fois, Stephen Harper a obtenu ce qu’il recherchait, dont la dernière fois, avec la prolongation de la mission canadienne jusqu’en 2011.
À défaut d’avoir une vision claire de ce qu’il veut faire sur la scène internationale, notamment en zone de guerre, Stephen Harper a démontré qu’il sait gagner ses petites batailles sur le front politique.
On n’en sait pas beaucoup plus sur les véritables intentions de Michael Ignatieff, plus faucon que colombe en matière de lutte contre le terrorisme. Dans les rangs libéraux, là-dessus comme sur une foule d’autres sujets, on nage en plein brouillard. Certains députés et stratèges libéraux affirment que c’est Michael Ignatieff, et non l’ancien chef Stéphane Dion, qui a négocié en coulisse la prolongation de mandat de nos troupes jusqu’en 2011. On s’entend aussi généralement pour dire que M. Ignatieff serait plutôt favorable à une autre prolongation, question de répondre favorablement au président Barack Obama.
Par ailleurs, M. Ignatieff est de l’école « il faut finir le job ». La question, on y revient encore, est toujours de savoir: quel job? Quels résultats ? Quels délais ?
Les conservateurs, clairement, ont décidé de pousser le sujet sous le tapis, craignant de se prendre les pieds dedans en campagne électorale.
Voilà pourquoi le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a déclaré cette semaine qu’il n’y aura pas de prolongation. Cela n’empêchera pas les Américains de poursuivre leur campagne de persuasion.
Le président vient de nommer un nouvel ambassadeur à Ottawa, David Jacobson, un ami personnel en qui il a toute confiance. Outre les sempiternels litiges commerciaux qui épicent périodiquement les relations canado-américaines, le premier dossier de l’ambassadeur Jacobson sera sans contredit le plan Obama pour l’Afghanistan.
Il semble, selon les rapports de presse des derniers jours, que la Maison-Blanche s’explique mal nos réticences à rester plus longtemps (indéfiniment ?) en Afghanistan.
Une réponse simple : 119 morts. Avec, en complément de réponse, les conclusions de la British Security Strategy.
Barack Obama, qui s’est opposé dès le premier jour à l’invasion américaine en Irak, notamment parce que le plan de George Bush était vague, sans échéancier, sans plan de sortie ni possibilité de victoire, devrait comprendre les réticences canadiennes à étirer l’expérience afghane.
Cela dit, les Américains nous comprendraient probablement mieux si notre gouvernement, et l’opposition, étaient capables d’énoncer une position claire basée sur une véritable politique étrangère plutôt que sur de petites joutes politiques improvisées au fil des crises parlementaires et électorales.


« La position canadienne est claire »
Lawrence Cannon répète que la mission en Afghanistan n’ira pas au-delà de 2011
— Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, ferme la porte à double tour à une prolongation de la mission des quelque 2500 soldats canadiens en Afghanistan après 2011.
Lawrence Cannon et John McNee, représentant du Canada aux Nations unies, ont assisté mardi à une rencontre du Conseil de sécurité, à New York.
De passage à New York , mardi, le chef de la diplomatie canadienne a indiqué que le gouvernement canadien a pris la décision de rapatrier ses troupes dans deux ans et il avait la ferme intention de la respecter.
« Le gouvernement du Canada va se conformer en tout point à la décision qui a été prise par le Parlement. C’est notre feuille de route. Dans ce dossier, la porte est fermée. La position canadienne est claire. Il n’y pas d’équivoque » , a indiqué le ministre Cannon dans une entrevue accordée à La Presse.
La Presse Canadienne a rapporté plus tôt cette semaine que les membres de l’administration de Barack Obama avaient discrètement entrepris de sonder le terrain auprès des autorités canadiennes afin de savoir s’il était possible de prolonger la mission des troupes canadiennes au-delà de 2011.
L’administrat ion Obama a décidé de faire de la guerre en Afghanistan le point de mire de sa lutte contre le terrorisme. Les États-Unis ont commencé à y déployer environ 20 000 soldats de plus en sol afghan afin de venir à bout des insurgés talibans.
Le Canada participe à la mission de l’OTAN en Afghanistan, sanctionnée par l’ONU, depuis 2002. En tout, 120 soldats canadiens ont été tués depuis le début de la mission.
En entrevue, M. Cannon a indiqué n’avoir aucunement discuté de cette question avec ses homologues américains au cours des derniers mois. « Je n’ai eu aucune demande à cet égard. J’ai rencontré Hillary Clinton il y a deux semaines. Cette question n’a pas été abordée. On a parlé de " Buy America", de plein de choses, mais pas de cela », a dit M. Cannon.
M. Cannon était à New York afin de participer à une réunion du Conseil de sécurité des Nations unies portant sur la mission en Afghanistan. Dans un discours, le chef de la diplomatie canadienne a exhorté l’organisation internationale à augmenter sa présence en Afghanistan.
« Nous voulons nous assurer que les Nations unies continuent davantage leur implication en Afghanistan, de sortir de Kaboul afin de dispenser des services également dans les régions », a indiqué le ministre Cannon.
Le ministre a aussi souligné l’importance des élections présidentielles qui auront lieu en août. Il a affirmé que l’objectif du Canada était de permettre aux autorités afghanes d’assurer leur propre sécurité.



Bombardements Les États-Unis reconnaissent la mort de civils
en Afghanistan
— Les États-Unis ont reconnu hier dans un rapport d’enquête préliminai re très attendu que des civils avaient été tués lors de bombardements et de combats avec les talibans lundi et mardi en Afghanistan, sans donner de chiffres ni admettre de responsabilité.
Le rapport préliminaire de l’armée américaine et des autorités afghanes ne donne pas de bilan précis et n’indique pas si les victimes ont été tuées lors d’affrontements ou par des frappes aériennes. La commission ne chiffre pas le nombre de civils tués, se disant « incapable de déterminer avec certitude l’identité des morts, parmi lesquels des talibans et des non-combattants, car tous les corps ont été enterrés ».
« La commission d’enquête s’est rendue sur trois lieux où avaient été enterrés les corps de sept personnes et aux abords de deux fosses communes contenant un nombre indéterminé de corps », selon le rapport. Les forces américaines et afghanes continuent d’enquêter.
L’enquête a également obtenu des preuves selon lesquelles « des talibans ont tué des civils », a indiqué l’armée américaine dans un communiqué.
Un responsable des Nations unies a toutefois rejeté l’idée avancée par l’armée américaine que des talibans auraient jeté des grenades sur les villageois. « Il devient clair qu’un grand nombre de victimes ont été causées par les bombardements », selon ce responsable, qui a exprimé des doutes sur l’indépendance de la commission d’enquête afghano-américaine.
De violents combats avaient opposé des talibans aux forces afghanes et internationales dans le district de Bala Buluk de la province de Farah, dans l’ouest du pays. Les autorités afghanes avaient rapidement fait état de plus de 100 morts, dont une majorité de civils, des chiffres qualifiés d’« exagérés » par certains responsables américains. Des centaines de personnes avaient manifesté en signe de protestation à Farah.
Au début des combats, les talibans « ont exécuté trois civils pour obtenir une réaction de la police afghane afin de pouvoir tendre une embuscade », selon le communiqué de l’armée américaine.
Vendredi, le président afghan Hamid Karzaï a affirmé sur la chaîne américaine CNN que de 125 à 130 civils, dont des femmes et des enfants, avaient été tués et en a imputé la responsabilité exclusive aux bombardements américains. Si ce bilan était confirmé, il s’agirait de la bavure la plus meurtrière depuis le renversement du régime des talibans fin 2001.
M. Karzaï, qui brigue un second mandat en août, a réclamé l’arrêt des frappes aériennes américaines. Mais un haut responsable américain à Kaboul a jugé impossible de priver de soutien aérien les troupes afghanes au sol.

 
Mission en Afghanistan -  Les Afghans canadiens sont partagés
— La mission canadienne en Afghanistan crée des sentiments partagés parmi les Canadiens d’origine afghane, un fort appui à l’effort militaire étant tempéré par la tristesse et la colère devant l’escalade du nombre de victimes civiles.
Ils sont plusieurs à déplorer que les objectifs de reconstruction aient subi un recul par rapport à l’expression d’une force brutale et sanglante en dépit des prétentions contraires du gouvernement canadien.
Le directeur de l’Association afghane de l’Ontario, Jamal Kakar, a soutenu que beaucoup de gens avaient été déçus de voir les combats prendre le pas sur la reconstruction dans la mission militaire, car cela risquait de causer davantage de souffrances dans le pays.
M. Kakar a ajouté que, à titre personnel, il préfère que les troupes canadiennes restent en Afghanistan, mais qu’ils devraient avoir une mission de reconstruction du pays.
Au cours d’une visite àKandahar la semaine dernière, le premier ministre Stephen Harper a soutenu que l’ajout de milliers de soldats américains au cours des prochains mois allait aider le Canada à recentrer son action sur des « objectifs civils » mieux définis. M. Harper a affirmé que le Canada travaillait à transformer la mission pour se concentrer sur la reconstruction et le développement.
Le Comité international de la Croix-Rouge, à Kaboul, a signalé la semaine dernière la mort de dizaines de civils dans des raids américains contre de présumés insurgés talibans dans l’ouest de l’Afghanistan.
C’est ce genre de « dommage collatéral » qui ébranle le soutien des Afghans du Canada à la mission qui a coûté la vie à 118 militaires canadiens – le plus lourd bilan parmi les forces étrangères dans le pays en guerre.




Des soldats canadiens tuent une fillette enAfghanistan
— Une fillette afghane a été tuée par des soldats canadiens, mardi, dans la province de Kandahar.
Hier, des porte-parole militaires ont raconté que des soldats étaient descendus de leurs véhicules dans le dangereux district de Panjwaii lorsqu’ils ont aperçu une motocyclette filant droit vers eux à toute vitesse.
Voyant que le conducteur n’obtempérait pas à leurs signaux d’arrêt, ils ont tiré un coup de semonce. Le motocycliste a ensuite changé de direction.
Peu après, les soldats ont remarqué qu’une foule s’était rassemblée et ils ont découvert qu’une fillette, dont l’âge n’a pas été dévoilé, avait été blessée par balle. Les tentatives pour la sauver ont été vaines.
Une heure plus tard, lors d’un autre incident, trois policiers afghans ont été blessés après que des soldats canadiens qui inspectaient un possible engin explosif artisanal dans le district de Dand eurent ouvert le feu sur un véhicule qui s’approchait dans le noir, tous phares éteints.
« Un coup de semonce a été tiré vers le sol, comme on le fait habituellement, pour attirer l’attention du conducteur du véhicule, a relaté le porte-parole militaire, Mario Couture. Cela n’a pas été suffisant, et les soldats ont ouvert le feu sur le véhicule, blessant trois hommes qui étaient à bord. »
Deux membres de la police nationale afghane ont été blessés légèrement, alors que le troisième a été hospitalisé.
La police nationale afghane et le Service national des enquêtes des Forces canadiennes ont ouvert une enquête.
Selon M. Couture, le comportement du motocycliste à l’endroit où la fillette a été tuée mardi était suspect.
« Nous savons que les insurgés veulent braquer la population contre les forces de la coalition, a dit le porte-parole. Alors s’ils parviennent à nous faire commettre des erreurs, cela sert leur cause. Si nous tirons, cela joue en leur faveur. Nous en avons conscience. »
Selon M. Couture, les insurgés jaugent les réactions des soldats dans de telles situations.
Les incidents de mardi s’ajoutent à une série de fusillades impliquant des soldats canadiens survenues au cours des dernières semaines.
Vendredi dernier, des militaires canadiens ont tué un Afghan à Kandahar et en ont blessé trois autres après avoir ouvert le feu sur une automobile dont le conducteur avait passé outre aux avertissements et aux coups de semonce. Le véhicule, qui roulait à tombeau ouvert, avait pénétré à l’intérieur d’un périmètre de sécurité qui avait été érigé par les soldats.
Le Nord s’embrase
Par ailleurs, au moins une vingtaine de personnes, dont une dizaine de civils, ont péri mardi dans des attaques dans le nord de l’Afghanistan, une région jusqu’à récemment plutôt épargnée par les violences, ont indiqué hier les autorités et les médias locaux.
Quatorze civils ont été « tués ou blessés » dans une attaque des talibans, qui ont tiré mardi une roquette dans une maison où s’étaient réunis des étudiants dans la province de Kunduz, où les forces afghanes ont récemment lancé une offensive pour déloger les rebelles, a affirmé le gouverneur provincial, Mohammad Omar.
« La sécurité s’est détériorée à Kunduz, car les terroristes tentent d’étendre les violences aux régions du nord », a déclaré le gouverneur à l’AFP. Selon lui, quelque 20 combattants étrangers liés à Al-Qaeda et 300 talibans ont afflué dans sa province, une région stratégique frontalière du Tadjikistan.
« C’est réellement une menace pour la stabilité des provinces du nord. Si on n’y prend pas garde, les choses vont empirer », a-t-il prévenu.





Afghanistan: 100 morts dans des frappes américaines

Afghanistan: 100 morts dans des frappes
                    américaines
Un enfant blessé par des bombardements américains.

Plus de 100 personnes, parmi lesquelles une majorité de civils, dont des femmes et des enfants, ont été tuées lundi selon les autorités locales dans l'ouest de l'Afghanistan, dans des combats et bombardements des forces américaines, qui ont ouvert une enquête.
De violents combats opposant des talibans aux forces afghanes et internationales ont éclaté lundi dans le district de Bala Buluk de la province de Farah, où les insurgés sont bien implantés, provoquant des frappes aériennes américaines.
«Je me suis rendu à Farah. Au cours des combats et des bombardements, plus de 100 personnes ont été tuées. Parmi elles figurent de 25 à 30 talibans et les autres sont des civils, parmi lesquels des femmes et des enfants», a déclaré mercredi Abdul Rauf Ahmadi, porte-parole de la police afghane dans l'ouest du pays.
Dans la matinée, le chef de la police de la province, Abdul Ghafar Watandar, avait assuré avoir vu les cadavres de 30 civils apportés en camion par des villageois.
Des délégations du ministère de l'Intérieur, de l'ONU et de l'armée américaine se sont rendues sur place pour enquêter, a-t-il précisé.
Une porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a indiqué que plusieurs dizaines de personnes, dont des femmes et des enfants, avaient été tuées à Bala Buluk.
«Notre équipe a vu mardi sur place les corps de dizaines de personnes tuées, parmi lesquelles des femmes et des enfants. La plupart des maisons de la zone visée ont été réduites en ruines», a déclaré à l'AFP cette porte-parole, Jessica Barry.
«L'un de nos collègues du Croissant-Rouge afghan local a péri dans les bombardements, de même que 13 membres de sa famille», a-t-elle poursuivi.
Le gouverneur de Farah, Rohul Amin, n'était pas en mesure de confirmer le nombre de victimes. «La zone bombardée est sous le contrôle des talibans et nous ne sommes pas capables d'en savoir plus pour le moment», a-t-il déclaré.
Dans un premier temps, le gouverneur avait dit qu'une trentaine d'insurgés ainsi que des civils avaient été tués.
Une élue du conseil provincial de Farah, Balqis Roshan, a affirmé à l'AFP que plus de 150 civils avaient été tués dans les combats et bombardements.
Il n'était pas possible de vérifier ces divers bilans de source indépendante.
A Kaboul, l'envoyé spécial de l'ONU en Afghanistan, Kai Eide, a déclaré qu'il était «sérieusement préoccupé» par les informations faisant état de nombreuses victimes civiles et qu'il était en étroit contact avec le commandement des forces américaines en Afghanistan, le général David McKiernan.
Le président afghan Hamid Karzaï, en visite à Washington, a ordonné l'ouverture d'une enquête et promis d'évoquer le sujet avec le président américain Barack Obama qu'il devait rencontrer dans la journée de mercredi, lors d'un mini-sommet auquel devait également participer le président pakistanais Asif Ali Zardari.
Lors d'une déclaration à Washington aux côtés de MM. Karzaï et Zardari, la secrétaire d'Etat Hillary Clinton a exprimé ses «regrets personnels» et «la sympathie» de l'administration américaine «à propos des pertes en vies humaines en Afghanistan». «Nous les regrettons profondément», a-t-elle dit.
L'armée américaine a annoncé mardi soir l'ouverture d'une enquête conjointe avec les autorités afghanes.
Les affrontements ont été déclenchés par une attaque menée par des insurgés contre deux villages, au cours de laquelle ces derniers ont tué trois policiers et assassiné trois civils accusés de travailler pour le gouvernement, provoquant l'intervention des forces afghanes et américaines.
«Les talibans utilisaient des maisons de civils comme abris, à partir desquelles ils tiraient» sur les forces régulières, a indiqué le gouverneur.
«Selon les informations dont nous disposons, certaines maisons ont malheureusement été touchées lors des raids aériens, causant des pertes civiles», a-t-il ajouté.
Les forces étrangères en Afghanistan tuent régulièrement des civils lors des combats et des bombardements contre les insurgés. Ces erreurs provoquent la colère de la population et des autorités afghanes.

 
PAKISTAN : Près d’un million de personnes déplacées
GENÈVE— Le nombre de civils forcés de fuir les combats au Pakistan au cours des deux dernières semaines a presque atteint un million, a déclaré hier l’ONU, qui se prépare à mobiliser des centaines de millions de dollars pour leur venir en aide
En date d’hier, plus de 987 000 personnes ont été enregistrées comme déplacées depuis le 2 mai, a indiqué devant la presse un porte-parole du HautCommissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), William Spindler.
Le flot de personnes fuyant les combats ne semble pas devoir se tarir, a ajouté M. Spindler, selon qui le total de personnes déplacées au Pakistan s’élève désormais à 1,5 million.
Ce nouveau flux vient en effet s’ajouter aux 500 000 personnes déplacées avant cette offensive, en provenance des zones tribales frontalières avec l’Afghanistan, où l’armée combat depuis 2002 les talibans pakistanais, afghans et les combattants étrangers d’Al-Qaeda.
« Chaque heure, des milliers de gens arrivent à nos points d’accueil pour y être enregistrés comme déplacés internes », a affirmé M. Spindler.
« Il s’agit essentiellement des populations entières de certaines régions de la vallée de Swat », a affirmé Martin Mogwanja, chef adjoint par intérim du Bureau de l’ONU pour la coordination de l’aide humanitaire (OCHA) au Pakistan, au cours d’une conférence téléphonique.
Plus de la moitié sont des enfants, a-t-il ajouté.
Les agences humanitaires de l’ONU ont relevé que les déplacés étaient plutôt en bonne condition, plus de 80 % d’entre eux ayant fui depuis peu et ayant trouvé refuge dans des familles d’accueil.
Mais l’ONU remarque aussi que ces mêmes familles d’accueil sont souvent pauvres et que le fardeau supplémentaire que représentent les réfugiés risquait de se faire sentir dès les semaines à venir.
Selon le haut-commissaire de l’ONU pour les réfugiés, Antonio Guterres, actuellement en visite au Pakistan, « la crise pourrait considérablement déstabiliser les populations affectées » si une aide massive ne se mobilise pas immédiatement.


Attentat à Peshawar, où les déplacés affluent
— Un attentat à la voiture piégée a fait 11 morts et blessé 31 personnes hier dans la ville de Peshawar, où de nombreux civils se sont réfugiés récemment pour échapper à l’offensive menée par l’armée contre les talibans, alliés à Al-Qaeda, dans le nord-ouest du Pakistan.
Parmi les victimes de l’attentat de Peshawar figurent notamment deux femmes, cinq hommes et quatre enfants âgés de 9 à 17 ans.
La bombe a également endommagé un café internet situé à proximité. Des membres déchiquetés ont été projetés sur le site de l’attentat, a constaté un journaliste de l’AFP. Selon la police, l’explosion a eu lieu au passage d’un autocar de ramassage scolaire à Kashkal, un quartier animé et densément peuplé.
Une seconde bombe a explosé en fin d’après-midi à Saddar, un marché très fréquenté de la ville, blessant légèrement trois personnes, selon la police.
Par ailleurs, plus d’un million de personnes ont fui les combats au cours des deux dernières semaines, a annoncé hier le haut commissaire des Nations unies pour les réfugiés, alors que l’armée était toujours aux portes de Mingora, chef-lieu de la vallée de Swat.
Les familles continuaient de fuir les trois districts concernés à pied ou en s’entassant sur des camions et des tracteurs pour venir se réfugier dans des camps de fortune.
Quelque 500 000 déplacés avaient déjà fui le nord-ouest du pays l’an dernier face aux avancées des rebelles talibans, venus imposer par la force une version fondamentaliste de la loi islamique.
« En ajoutant les plus de 500 000 déplacés d’avant mai, on arrive à un chiffre impressionnant, sachant que chacun d’eux est un cas (à traiter) », a souligné le chef du HCR, Antonio Guterres, à l’issue d’une visite de trois jours.
Le HCR a réitéré son appel aux donateurs, alors que son agence estime que plusieurs centaines de millions de dollars d’aide internationale sont nécessaires pour financer l’assistance à ces déplacés. « Ce n’est pas le moment de faire des gestes symboliques. C’est le moment d’apporter un soutien massif » à ces personnes, a-t-il insisté.
Selon des associations de défense des droits de l’homme, l’actuel déplacement de population est le plus important au Pakistan depuis la partition d’avec l’Inde en 1947.




Fuir la vallée de Swat, pour ne plus «creuser de tombes»
Saeed Khan a déjà enterré un de ses fils, tué dans les combats entre les talibans et l'armée dans le nord-ouest du Pakistan. Pour ne plus avoir à «creuser de tombes», il a poussé sa famille dans le premier bus pour Peshawar.
Réfugié dans la grande ville de la région, comme des milliers d'autres civils, ce petit commerçant de 50 ans ne peut supporter l'idée de perdre encore un enfant.
«Mon fils était un policier de Swat, il est mort en début d'année dans un attentat-suicide à Mingora», le chef-lieu de ce district devenu depuis deux ans un bastion des talibans, explique Saeed.
«Je l'ai enterré devant ma maison, je ne veux pas creuser de tombe pour ma fille ou mon autre fils», confie-t-il, en pleurs.
Depuis mardi, plus de 40.000 civils ont fui Mingora, selon les autorités provinciales, qui assurent préparer des abris pour un demi-million d'habitants de la vallée de Swat susceptibles de fuir dans les prochains jours.
Depuis dix jours, les militaires ont lancé une offensive contre les talibans dans les districts voisins de Buner et Lower Dir, après que ces derniers eurent profité d'un accord de cessez-le-feu signé mi-février pour gagner du terrain au-delà de Swat, à une centaine de kilomètres seulement au nord-ouest d'Islamabad.
Et depuis quelques jours, des combats sporadiques éclatent dans la vallée de Swat, dont les talibans avaient pris le contrôle il y a près de deux ans.
Depuis mardi, les télévisions pakistanaises montrent ces flots de déplacés, poussant, pour certains, chèvres et vaches pour fuir cette vallée au paysage paradisiaque, autrefois le site le plus touristique du Pakistan, dans la crainte d'une attaque imminente de l'armée.
«Je quitte la ville immédiatement avec ma femme, ma mère et mes quatre enfants», témoignait au téléphone mardi Ali Rehman, un chauffeur de taxi de Mingora. «Je ne sais pas où nous allons, ni ce que nous allons devenir, mais je dois protéger ma famille».
Au terminal des bus à Peshawar, la tentaculaire capitale de la province du nord-ouest pakistanais, des habitants de Swat, épuisés, manifestement nerveux, racontent leur calvaire en sortant des véhicules où s'entassent sacs, couvertures et ballots de vêtements.
Chancelante à sa sortie du bus, Zarina Begum, 40 ans, supplie qu'on lui vienne en aide. «Ma maison a été touchée par un tir de mortier et j'ai perdu la vue. S'il vous plaît, emmenez-moi à l'hôpital», adjure-t-elle.
«Ils (les talibans) ont tué mon mari, ils lui ont tranché la gorge après l'avoir accusé d'espionnage. J'ai fui Swat parce que je ne veux pas que mon fils soit tué de la même façon. Je ne veux pas recevoir un corps décapité», dit-elle.
Salman Mutjaba a perdu des membres de sa famille lors d'une attaque suicide près de Mingora et il ne compte pas remettre les pieds à Swat.
«J'ai vraiment peur d'y retourner. Dès que je vois des talibans, je trouve qu'ils ressemblent à des vampires», explique ce commerçant de 25 ans.
Et de lancer: «Je ne retournerai jamais à Swat. Cet endroit a perdu sa beauté».




Washington pourrait tenter de convaincre Ottawa de rester en Afghanistan après 2011
— Les démocrates de Barack Obama ont discrètement consulté des conseillers à Ottawa afin de voir de quelle façon ils pourraient convaincre le gouvernement fédéral de maintenir les Forces canadiennes en Afghanistan après 2011.
Au fait de l’opposition manifestée au sujet du prolongement de la mission canadienne sur le sol afghan, les responsables américains – pol itiques et militaires – peinent à comprendre les préoccupations des Canadiens et à trouver les bons arguments pour convaincre le gouvernement de Stephen Harper de garder des troupes en Afghanistan, selon des sources issues des milieux de la défense.
Les États-Unis n’ont pas demandé off iciellement – ni même o f f i c i eu s ement – à Ottawa de prolonger la présence canadienne en Afghanistan. Les questions visent cependant à préparer le terrain en vue d’une éventuelle requête en ce sens, que l’administration du président Obama pourrait formuler plus tard cette année ou au début de 2010, selon une source familière avec le dossier.



AFGHANISTAN  Appel au boycottage
Les talibans ont appelé hier les Afghans à boycotter les élections présidentielles et provinciales du 20 août et à « rejoindre les rangs du jihad » pour « libérer leur pays occupé par des envahisseurs », dans un communiqué diffusé par courriel. « En tant qu’Afghans et en tant que musulmans, tous les Afghans doivent boycotter ce processus américain mensonger », déclarent-ils à propos des élections. « Prendre part à ces élections signifie sympathiser avec les envahisseurs américains et les soutenir, et donc donner une légitimité à l’invasion américaine », poursuit le message.


ÀUNMOIS DE L’ÉLECTIONPRÉSIDENTIELLE  L’Afghanistan dans une spirale de violences
— Redoublement des attaques, nombre record de soldats étrangers tués: la flambéede violence laisse craindre le pire à quelques semaines de l’élection présidentielle en Afghanistan, que les talibans se sont juré de faire dérailler.
« Depuis le début, nous avons dit que nous nous attendions à ce que les rebelles profitent de cette période électorale pour faire passer leur message. Ils ne veulent pas voir ce gouvernement réussir, ils ne veulent pas que les gens aillent voter », a averti le contreamiral Gregory Smith, porteparole du commandant des forces américaines en Afghanistan, le général Stanley McChrystal.
À un mois des élections présidentielle et provinciales du 20 août, les violences ont atteint des niveaux inégalés depuis que les talibans ont été chassés du pouvoir à la fin de 2001 par une coalition internationale menée par les États-Unis.
Malgré la présence de près de 90 000 soldats étrangers dans le pays, les insurgés parviennent toujours à mener des attaques et à infliger de lourdes pertes, civiles et militaires.
Une vague de violences liée à la rébellion talibane a encore fait 22 morts samedi et hier, parmi lesquels un soldat de l’OTAN, deux soldats afghans et 16 rebelles, ont annoncé les autorités hier.
« De nouveau, de très graves problèmes de sécurité se font jour dans le sud et l’est de l’Afghanistan », souligne HarounMir, expert auprès du Centre afghan de recherche et d’études politiques à Kaboul.
Ces attentats démontrent que « des éléments issus des rangs d’Al-Qaeda ou des talibans veulent perturber les élections », dit-il.
Selon le site indépendant www. icasualties.org, qui recense les pertes militaires en Irak et en Afghanistan, 67 soldats étrangers sont morts depuis le début du mois de juillet sur le sol afghan, un nombre jamais égalé depuis 2001.
La quasi-totalité des victimes de juillet ont été tuées par des engins explosifs artisanaux.
L’envoyé spécial des États-Unis pour le Pakistan et l’Afghanistan, Richard Holbrooke, avait admis, samedi à Kaboul, l’ampleur de la tâche et le fait que l’organisation des élections serait « extraordinairement difficile ».
Des élections « sont difficiles à organiser en toute circonstance, et les tenir pendant une guerre est extraordinaire. Aucune élection ne peut être parfaite et cette élection est confrontée à des défis nombreux et complexes », a-t-il dit.
Car même dans les districts où les forces étrangères ont réussi à déloger les talibans, la tenue d’un scrutin ne va pas de soi.
« Ce secteur a été longtemps aux mains des talibans », a par exemple fait remarquer le ministre afghan chargé de la lutte contre le trafic de drogue, le général Khodaidad, lors d’un déplacement dans le district de Garmsir (province du Helmand).
« Je pense que ce sera difficile de faire participer les gens au vote, en particulier dans les zones les plus instables », a-t-il ajouté.
« Il y aura 7000 centres de vote en Afghanistan mais je pense que ni le gouvernement afghan ni les forces de la coalition n’ont assez de personnel pour assurer la sécurité de chaque centre », estime Haroun Mir.





AFGHANISTAN  Début d’une campagne présidentielle sous la menace des talibans

— La campagne pour l’élection présidentielle afghane du 20 août a commencé officiellement hier, placée sous le signe des violences des talibans, dont le président Hamid Karzaï n’est pas parvenu à endiguer la flambée malgré l’aide des forces internationales.
Les affiches couvrent dorénavant arbres, poteaux, véhicules et panneaux de signalisation à Kaboul, où 30 véhicules tapissés d’affiches de Mirwais Yasini, président adjoint du Parlement, parcouraient les rues au son de haut-parleurs exhortant à voter pour leur champion.
À l’opposé, aucun portrait de candidats n’était visible à Kandahar, bastion des talibans dans le sud. Haji Agha Lalai, membre du consei l provincial, a évoqué « des raisons de sécurité ».
L’ex-ministre de l’Économie, Ashraf Ghani, un des principaux adversaires du sortant Hamid Karzaï, a rencontré un millier de personnes dans sa maison de Kaboul.
Un autre poids lourd, l’ancien ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah, devait tenir une réunion demain.
Quant à l’équipe de M. Karzaï, elle a rejeté toute baisse de popularité du président, martelant que « Karzaï devance tous les autres ».
Certains l’accusent d’utiliser les ressources gouvernementales pour sa campagne. Un représentant de la Commission électorale indépendante, Daoud Ali Najafi, a indiqué que le président avait accepté de ne pas utiliser les moyens étatiques.
Violence record
Au total, 41 candidats, dont deux femmes, se présentent à la seconde présidentielle au suffrage universel direct de l’histoire du pays.
La campagne des élections prov i nc i a l e s a éga l ement débuté hier : 3196 candidats concourent pour 420 sièges dans les 34 conseils provinciaux. Deux candidats ont été tués récemment.
La campagne s’achèvera le 17 août, trois jours avant le scrutin.
M. Karzaï, déjà vainqueur en 2004 avec 55,4% des voix, reste favori malgré son exécrable bilan en matière de sécurité.
Après une aggravation ces deux dernières années, la première semaine de juin a connu « le plus haut niveau d’incidents » violents depuis la chute des talibans, fin 2001, selon le général David Petraeus, commandant des forces américaines en Irak et en Afghanistan.
Et la semaine dernière, renchérit le ministre de l’Intérieur, Mohammad Anif Atmar, les attaques ont encore augmenté de 40% par rapport à la semaine précédente, malgré la présence de 90 000 soldats étrangers des deux forces internationales, celle de l’OTAN et celle menée par les États-Unis.
Les observateurs s’attendent à une nouvelle détérioration, les opérations des forces étrangères et afghanes s’intensifiant.
« Des mois difficiles s’annoncent » et les violences « vont augmenter », prédit le général Petraeus.
On craint l’abstention massive
Malgré cette situation alarmante, Hamid Karzaï a réussi à diviser l’opposition.
Le Pachtoune (première ethnie du pays) s’est rallié différents leaders: celui du principal parti d’opposition, le sulfureux chef de guerre tadjik (deuxième ethnie), Mohammad Qasim Fahim, ainsi que l’Ouzbek Abdul Rashid Dostam (10% des voix à la présidentielle en 2004) et le hazara Haji Mohammed Mohaqiq (11,7% en 2004).
Le représentant de l’ONU en Afghanistan, Kai Eide, a appelé dans un communiqué les candidats à « faire campagne avec dignité et équité » et à éviter « l’intimidation, les discours provocateurs et la violence ».
Cela « est d’une importance cruciale pour s’assurer que les élections seront crédibles », a conjuré M. Eide.
Les observateurs craignent néanmoins une abstention massive motivée par la peur de violences et une désillusion croissante de la population vis-à-vis de la classe politique.



« Nouvelle réflexion » pour l’Afghanistan
— Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, a estimé hier qu’une « nouvel le réf lexion » éta i t nécessaire concernant la guerre en Afghanistan, après avoir annoncé peu avant le remplacement du commandant des forces américaines dans le pays, le général David McKiernan.
M. Gates a choisi pour le remplacer le général Stanley McChrystal, actuel directeur de l’état-major inter-armées.
Le président Obama a réor ienté la pr ior ité mi l ita i re des États-Unis de l’Irak vers l’Afghanistan. La nouvelle stratégie américaine en Afghanistan met notamment l’accent sur le rôle des forces spéciales pour lutter contre l’insurrection des talibans.

 
PRÉSIDENTIELLE AFGHANE Feu l’Alliance du Nord
— L’Alliance du Nord, ex-coalition militaire en majorité tadjike ayant renversé les talibans, est entrée dans l’histoire de l’Afghanistan mais n’a pas résisté aux ambitions politiques de ses grands barons, divisés entre soutien et opposition au président pachtoun Hamid Karzaï.
Ce dernier a tout fait pour diviser la coalition, acteur essentiel de la chute des talibans à la fin de 2001.
Le premier gouvernement transitoire était dominé par l’Alliance, essentiellement par les commandants de la faction du Jamiat, originaire de la vallée du Panshir, imprenable fief du commandant Ahmad ShahMassoud, assassiné le 9 septembre 2001 par Al-Qaeda.
Pour l’ancien ministre des Affaires étrangères Abdullah Abdullah, baron du Jamiat candidat à la présidentielle du 20 août, « ce qui s’appelait l’Alliance du Nord était une alliance militaropolitique. Aujourd’hui, la situation est politique et non militaire, et pour ça, nous avons le Front national ».
Abdullah est un dirigeant du Front national, aile politique de l’Alliance regroupant l’opposition à M. Karzaï, favori du prochain scrutin malgré son échec à endiguer la montée de la violence et la corruption
Le Front a essuyé un revers de taille: un autre baron du Jamiat, Mohammad Qas i m Fahim, figure-clé du parti, s’est rallié à M. Karzaï, qui lui a proposé la vice-présidence s’il était réélu. La candidature de Qasim Fahim a révulsé la communauté internationale, qui l’accuse de crimes de guerre et d’être toujours impliqué dans des activités criminelles.
Fahim, lieutenant du « héros national » Massoud pendant la guerre contre les Soviétiques (19791989), la guerre civile (1992-1996) et la lutte contre les talibans (19962001), pourrait néanmoins ne pas participer à la campagne à cause de graves problèmes de santé, selon M. Abdullah.
Pour la présidentielle de 2004, Hamid Karzaï avait entretenu le flou jusqu’au bout avant de prendre comme vice-président un frère du « héros national », Zia Massoud, et d’écarter Qasim Fahim, consommant la rupture avec l’Alliance.
Quant à Abdullah, il est soutenu pour le scrutin du 20 août par un autre frère Massoud, Wali. « Si l’Alliance du Nord s’organisait mieux, dit-il, si ses membres étaient unis, ils pourraient avoir le pouvoir. Mais Karzaï a tout fait pour diviser, isoler, trahir l’Alliance du Nord, humilier les moudjahidine. »







Afghanistan :
Les propos deMacKay font bondir l’opposition
En visite en Afghanistan, le ministre de la Défense évoque la prolongation de la mission
Une déclaration faite hier par le ministre de la Défense, Peter MacKay, selon laquelle le Canada pourrait rester en Afghanistan après 2011 a fait bondir les partis de l’opposition. Ils craignent que derrière les propos « ambigus » du ministre conservateur se cache la volonté de prolonger la mission militaire au-delà de l’échéance fixée par la Chambre des communes.
Le ministre de la Défense Peter MacKay s’est adressé aux troupes canadiennes dimanche à Kandahar. Ses propos sur la présence canadienne en Afghanistan après 2011 ont été jugés ambigus et peu rassurants par les partis de l’opposition.
Dans le cadre d’une visite de deux jours à la base aérienne de Kandahar, le ministre a affirmé hier matin que le « Canada peut jouer bien d’autres rôles dans l’avenir » en sol afghan.
Il a rappelé que son gouvernement allait respecter la volonté de la Chambre des communes sur cette question car il serait impossible d’« aider l’Afghanistan à bâtir sa démocratie, sans respecter la démocratie » au Canada.
L’évocation d’une prolongation du rôle mi l itai re en Afghanistan a toutefois choqué l’opposition.
« Ce n’est pas très rassurant », a affirmé le leader du Bloc québécois, Gilles Duceppe. « Si le ministre ne clarifie pas sa position d’ici la reprise des travaux en Chambre le 25 mai, vous pouvez être sûr que je vais lui poser la question. »
Selon Gi l les Duceppe, ce n’est pas la première fois que les conservateurs jouent avec les mots en ce qui a trait à la participation militaire du Canada en Afghanistan.
« La résolution qu’ils ont adoptée au printemps sur la fin de la mission permet également d’être interprétée, a-t-il expliqué. Elle dit que le Canada va se retirer militairement de Kandahar en 2011, mais pas des autres zones. Pourtant, dans l’esprit de la population, juillet 2011 correspond à la date du retrait des troupes. »
Au Parti libéral du Canada, le porte-parole en matière de défense, Denis Coderre, trouve également que les déclarations du ministre MacKay manquent de clarté.
« Peut-être qu’il tentait de justifier sa présence là-bas avec des déclarations ambiguës », a dit le député québécois.
Après 10 ans, a-t-il poursuivi, les troupes sont essoufflées et il commence à y avoir une pénurie de sous-officiers supérieurs sur le terrain. Il serait donc irresponsable de poursuivre la mission armée.
Même son de cloche du côté du Nouveau Parti démocratique. « L’inquiétude, c’est qu’il y ait quelque chose de caché dans ces mots-là, a lancé Jack Layton. Nos troupes ont fait leur job. Nous avons maintenant des responsabilités ailleurs dans le monde, d’autres choses à faire avec l’ONU dans la poursuite de la paix. »
Hier, le ministre de la Défense s’est envolé vers le Pakistan où il a rencontré son homologue aux Affaires étrangères. Rappelons qu’il y a quelques jours, Peter MacKay a affirmé que l’instabilité constante du Pakistan en faisait peut-être « le pays le plus dangereux du monde ».



Visite-surprise de Harper en Afghanistan
« La mission en Afghanistan est en train de changer. Nous formons beaucoup plus les forces afghanes pour qu’elles assurent de plus en plus la sécurité du territoire. »
KANDAHAR— L’envoi de quelque 21 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan permettra aux troupes canadiennes de se concentrer davantage sur l’aide humanitaire et le développement à Kandahar et de former les forces afghanes au lieu de monter au front pour combattre les insurgés talibans.
Le premier ministre Stephen Harper s’est rendu hier au barrage Dahla, le plus grand de la région de Kandahar, pour voir son système d’irrigation. Le gouvernement canadien a annoncé qu’il investira 50 millions de dollars au cours des trois prochaines années afin de remettre en état ce barrage.
Faisant une visite-surprise à la base militaire de Kandahar, hier, le premier ministre Stephen Harper a soutenu que la mission des soldats canadiens est en train de changer considérablement avec l’arrivée des renforts américains dans la province de Kandahar.
Ces changements sont déjà visibles sur le terrain, a affirmé M. Harper, qui s’est rendu au barrage Dahla, le plus grand de la région de Kandahar, et a vu son système d’irrigation.
Le gouvernement canadien a annoncé qu’il investira 50 millions de dollars au cours des trois prochaines années afin de remettre en état ce barrage, qui a subi des dommages importants après des années de négligence. M. Harper s’est rendu sur les lieux en hélicoptère afin de constater les progrès réalisés jusqu’ici.
« La mission en Afghanistan est en train de changer. Nous formons beaucoup plus les forces afghanes pour qu’elles assurent de plus en plus la sécurité du territoire. Nous avons aussi des objectifs civils mieux définis. Le personnel civil a plus que doublé ici. Et nous avons des projets de développement bien concrets en marche. C’est l’avenir de la mission », a affirmé M. Harper, qui faisait hier sa troisième visite à Kandahar depuis son arrivée au pouvoir en 2006.
« Évidemment, l’arrivée des soldats américains va changer la dynamique. Il s’agit d’une force importante qui va nous permettre de faire plusieurs tâches à la fois, soit combattre les insurgés, former les forces afghanes et mettre en chantier des projets. Tous ces changements sont très positifs », a ajouté le premier ministre en conférence de presse.
M. Harper a soutenu que les soldats canadiens ont fait des miracles depuis qu’ils sont sur les lieux, mais il a convenu que le nombre insuffisant de troupes a quand même nui aux efforts visant à mater les insurrections des talibans.
Les nouveaux soldats américains ont commencé à arriver sur la base de Kandahar à raison d’environ 300 par semaine depuis le mois dernier. En principe, les renforts américains promis par le président Barack Obama devraient être tous arrivés au plus tard en août.
Le ton change
Mais il n’y a pas que la mission canadienne qui est en train de changer. Le ton du premier ministre change aussi.
Durant sa première visite, en 2006, M. Harper s’était adressé aux soldats canadiens sur un ton fort combatif. Il était hors de question que les soldats rentrent à la course au Canada ( cut and run, en anglais) malgré les dangers.
Mais dans son discours devant les soldats, hier, M. Harper avait beaucoup moins l’air d’un faucon guerrier qu’il y a trois ans. « En tant que pays prospère et libre, nous avons l’obligation morale de partager notre chance, nos libertés et nos opportunités avec les citoyens du monde qui ont trop longtemps dû endurer la violence, l’oppression et la privation », a dit le premier ministre.
M. Harper a salué à nombreuses reprises le travail « noble » des soldats et leurs sacrifices.
« Vous êtes venus ici pour défendre nos intérêts nationaux, nos libertés et nos valeurs. Vous êtes ici pour protéger le pays et le monde entier contre le terrorisme et la barbarie. Vous êtes ici pour aider la population afghane à rebâtir ce pays trop longtemps ravagé par la guerre. Vos défis sont nombreux. Votre travail est extrêmement dangereux. Vous faites d’énormes sacrifices. Je tiens à vous remercier et à vous dire que l’ensemble de la population canadienne est très fière de vous », a dit M. Harper devant les troupes canadiennes.
Le premier ministre a affirmé que des progrès énormes ont été réalisés au fil des ans. « La démocratie s’installe, les activés économiques reprennent. Les libertés fondamentales reviennent, les enfants retournent à l’école, le système de santé s’organise et les infrastructures se développent », a-t-il affirmé.
Après son discours, M. Harper a tenu à servir du café Tim Hortons à des soldats en guise d’appréciation. Le commandant en chef des Forces armées canadiennes, le chef d’état-major Walter Natynczyk, a accompagné le premier ministre durant cette visite surprise et lui a donné un coup de main dans la distribution des cafés aux troupes.
En tout, 118 soldats canadiens ont été tués depuis que les troupes canadiennes sont déployées en Afghanistan. Le gouvernement canadien compte rapatrier en 2011 les 2500 soldats enmission dans la région de Kandahar.
Cette troisième visite de M. Harper en Afghanistan, gardée secrète pour des raisons de sécurité jusqu’à ce qu’il quitte la base de Kandahar, a été minutieusement planifiée. M. Harper s’est rendu à Kandahar après avoir participé mercredi au sommet entre le Canada et l’Union européenne à Prague.


Zone de tempête -  JOCELYIN COULON
Il faut absolument aider le Pakistan à retrouver une certaine stabilité.
L’auteur est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM de l’Université de Montréal ( j.coulon@cerium.ca)
Un résident de Buner, dans le nord-ouest du Pakistan, ne peut que constater les dégâts causés par l’affrontement entre les talibans et les forces de sécurité pakistanaises. Depuis son indépendance, le pays est miné par les violences tribales et religieuses et par l’instabilité politique.
Le premier ministre Stephen Harper vient d’effectuer une visite éclair en Afghanistan afin de prendre la mesure de la situation sur place. Les choses s’améliorent, a-t-il dit en substance, et il n’a pas tort. Pour consolider les acquis toutefois, il faut absolument aider le pays voisin, le Pakistan, à retrouver une certaine stabilité, car ce qui se passe là a des conséquences de l’autre côté de la frontière. La violence progresse, et le pouvoir civil demeure fragile. Malgré cela, le Pakistan n’est pas un État failli et ses armes nucléaires ne tomberont pas aux mains de n’importe qui comme on nous l’annonce chaque jour.
Le Pakistan est depuis son indépendance un pays miné par les violences tribales et religieuses et par l’instabilité politique. Tous les gouvernements élus, sauf celui d’Ali Bhutto dans les années 70, ont été empêchés de terminer leur mandat par un coup d’État militaire. Des provinces entières échappent au contrôle direct du gouvernement central. Malgré cette situation, le Pakistan est loin d’être au bord de la désintégration et sa population résiste courageusement aux violences terroristes et autres, à la corruption et auxmanipulations politiques. La révolte du corps judiciaire – magistrats et avocats – en 2007, qui a provoqué le départ précipité du général Pervez Musharaff de la présidence, n’est pas le symbole d’un État faible, bien au contraire. La diversité ethnique, religieuse, sociale et politique du Pakistan est une force qui lui a permis d’affronter bien des tempêtes depuis 60 ans. La société civile est florissante, l’arène politique pluraliste, la jeunesse dynamique et ouverte sur le monde. L’institution militaire est un socle solide et cohérent et peut très bien affronter les extrémistes radicaux qui fomentent des troubles depuis des années. Quant aux armes nucléaires pakistanaises, elles font l’objet de mesures de protection spéciales mises au point par les autorités nationales avec une aide substantielle des États-Unis et d’autres pays. Le scénario du mollah fou s’emparant de la bombe pakistanaise est une fantaisie médiatique alimentée par des experts excités et ignorants.
Cela dit, le Pakistan connaît de nombreux problèmes sécuritaires et économiques, et ces problèmes ont et auront des incidences sur sa stabilité comme sur celles de ses voisins. Au cours des 10 dernières années, l’aide occidentale a été essentiellement dirigée vers le règlement des questions de sécurité au détriment de l’économie. L’administration Obama en a conscience et veut rectifier le tir avec son programme visant à offrir au Pakistan une enveloppe non militaire de quelque 8milliards US au cours des cinq prochaines années. Cela ne sera pas suffisant, comme l’indiquait cette semaine l’analyste Ahmed Rashid dans un article publié par le Washington Post. Les autres donateurs, en particulier les institutions financières internationales, doivent faire plus.
L’Occident, mais aussi l’Inde, l’Iran et les pays de la région doivent soutenir les efforts de rapprochement entre le Pakistan et l’Afghanistan. Il en va de l’avenir de l’Afghanistan, mais aussi de la sécurité de la région et de la présence internationale dans ce pays. Il semble bien que la rencontre de mercredi et jeudi entre les présidents afghan et pakistanais à Washington ait jeté les bases d’une relation plus cordiale qu’au temps où Hamid Karzaï accusait son vis-à-vis pakistanais, le général Musharaff, d’alimenter les talibans et de miner son gouvernement.
Restons tout demême prudents. Cette région reste une zone de tempêtes. Les causes des conflits et des inimitiés dans cette partie du monde sont profondes et ne trouveront pas de solutions miracles et immédiates, si elles n’en trouvent jamais. Ce n’est pas une raison pour jeter l’éponge. Nous devons rester engagés, mais les yeux grands ouverts.

AFGHANISTAN  Même en période de crise, la mission est justifiée

OTTAWA — Malgré la crise économique et les dépenses colossales qu’elle représente pour le gouvernement fédéral, la mission canadienne en Afghanistan doit continuer tel quel, a affirmé hier le ministre du Commerce international, Stockwell Day.
« Les coûts sont considérables, a admis M. Day, président du comité ministériel sur l’Afghanistan. Mais on ne peut pas se permettre de ne pas continuer. Il faut se rappeler que cette partie du monde, l’Afghanistan, était le terrain d’entraînement et d’exportation de terroristes. Le prix des attaques terroristes dépasse très rapidement les sommes que nous et d’autres injectons actuellement dans la sécurité en Afghanistan et dans l’aide aux Afghans. »
Le gouvernement canadien chiffre à 11,3 mi l l iards les dépenses totales de la mission en Afghanistan de 2001 à 2011. Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, avait plutôt estimé en octobre dernier que la mission coûterait sur 10 ans entre 13,9 et 18,3 milliards.
Le ministre Day a déposé, hier, son quatrième rapport trimestriel de l’engagement canadien en Afghanistan, qui indique notamment que les progrès sur le terrain se font au compte-gouttes. Entre autres, les forces canadiennes ont terminé la construction de deux nouvelles écoles cet hiver, portant à cinq le nombre total d’écoles remises en état, alors que l’objectif est d’en avoir retapé 50 en 2011. Le ministre a par ailleurs admis qu’il était difficile d’assurer la sécurité des écoliers fréquentant les établissements.



Le « dossier Afpak » - MARIO ROY

Ce sontdeuxgouvernements faibles, plus ou moins corrompus, administrant des armées rudimentaire dans un cas et modérément loyale dans l’autre, qui doivent aujourd’hui stopper une offensive talibane devenue beaucoup plus préoccupante au Pakistan qu’elle ne l’est en Afghanistan.
Cette faiblesse structurelle est peut-être l’élément central de ce qui est maintenant connu comme le « dossier Afpak ». Celui qui, en matière de politique étrangère, définira sans nul doute la présidence de Barack Obama comme l’Irak a défini celle de GeorgeW. Bush.
Or, après 100 jours à la Maison-Blanche, Obama doit prendre ce dossier à bras le corps.
Hier, des combats de forte intensité faisaient rage dans la vallée de Swat, au Pakistan, entre les talibans et les forces militaires. Une large partie de la population fuyait la région (on en serait à 500 000déplacés) et laCroix-Rouge annonçait un désastre humanitaire imminent.
Dans le même temps, les présidents de l’Afghanistan et du Pakistan, Hamid Karzaï et Asif Ali Zardari, se trouvaient àWashington où, pour parler franc, ni l’un ni l’autre n’inspire une très grande confiance. Le discours officiel a été lénifiant, bien sûr, comme il se doit de l’être. Mais on soupçonne que l’administration américaine, qui s’apprête à verser à nouveau des sommes d’argent importantes (1 milliard$ US immédiatement puis 7,5 milliards en cinq ans) à Islamabad, a dû cette fois exiger un retour plus sûr sur son investissement – les 10 milliards ainsi engloutis depuis sept ans se sont à peu près évaporés.
Enfait, c’estpresque de la décomposition d’un État que l’on parle.
Depuis 2001, autant sous le général Pervez Musharraf que sous Zardari, le gouvernement central s’est considérablement affaibli. Et ce, alors même que les combats perdus (un taux d’échec de 70% pour l’armée à ce jour) et les compromis douteux ne réussissaient qu’à accélérer la « talibanisation » du pays. Sans parler de la hausse de la violence, y compris la plus barbare: Benazir Bhutto assassinée; 120 attentats-suicide depuis deux ans; 180 écoles non islamistes détruites; des centaines de fonctionnaires et de soldats égorgés ou pendus à des lampadaires, notamment dans ce qui est maintenant appelé le « Square du sang » à Mingora, principale ville du district cédé il y a quelques semaines aux talibans...
Au total, le « front » pakistanais est officiellement ouvert.
Signe d’un changement de perspective découlant autant de l’ouverture de ce « front » que du débarquement imminent de 21 000 soldats américains supplémentaires en Afghanistan: en visite à Kandahar, hier, le premier ministre Stephen Harper, délesté de sa rhétorique guerrière, a noté que « la mission en Afghanistan est en train de changer. Nous formons beaucoup plus les forces afghanes (et) avons aussi des objectifs civils mieux définis ».
Au surplus, les Canadiens n’auront vraisemblablement aucun rôle – militaire, à tout le moins – à jouer dans ce qui s’annonce comme étant la vraie bataille, celle consistant à freiner la terrifiante décomposition de l’État pakistanais.

Le cauchemar pakistanais  -  Michèle Ouimet
C’était écrit dans le ciel: le feu allait embraser la vallée de Swat. Le feu a pris. Depuis trois semaines, l’armée se bat contre les talibans.
L’hôpital de la vallée de Swat n’a plus de médecins ni d’infirmières. Ils ont fui les combats qui opposent l’armée pakistanaise aux talibans. Les blessés ont été abandonnés.
« Depuis huit jours, on n’avait plus d’électricité ni de carburant pour faire tourner les génératrices, a expliqué un médecin à l’AFP. Je demandais sans cesse aux autorités de nous protéger, mais en vain. »
« Des blessés, qui avaient réussi à se frayer un chemin jusqu’à l’hôpital, m’ont raconté que des gens agonisaient dans leurs maisons, hurlant à l’aide », a ajouté, de son côté, le directeur de l’hôpital, Lal Noor.
C’était écrit dans le ciel: le feu allait embraser la vallée de Swat. Le feu a pris. Depuis trois semaines, l’armée se bat contre les talibans. Résultat: des centaines de milliers de Pakistanais quittent la vallée à pied ou entassés dans des camions de fortune. Ils fuient sous le feu croisé des belligérants.
Un sauve-qui-peut déchirant. Le Pakistan f rôle la crise humanitaire.
« Les talibans empêchent les habitants de s’enfuir. Ils s’en servent comme bouclier humain et l’armée bombarde les zones habitées », a affirmé l’organisme Human Rights Watch.
Les réfugiés s’entassent dans des camps improvisés. Les conditions sont catastrophiques: chaleur accablante, manque d’eau potable et d’équipements médicaux. Le Pakistan a même rouvert le camp de Jalozai qui a accueilli des Afghans pendant des années. Un camp à moitié abandonné, noyauté par Al-Qaeda. Un camp de fin du monde que j’ai visité l’année dernière, noyé sous la pluie.
C’est le gouvernement pakistanais qui a déclenché cette crise. Les politiciens ont joué avec le feu. D’ailleurs, pas un seul d’entre eux n’a pris la peine de visiter les camps, de crainte de voir l’ampleur du gâchis que leur incompétence a provoqué.
C’était écrit dans le ciel. Lorsque le gouvernement a signé un cessez-le-feu avec les talibans en février, les experts savaient que le pays fonçait droit sur un mur. Le Pakistan abandonnait une partie de son territoire, la vallée de Swat, entre les mains des talibans qui se sont empressés de proclamer la loi islamique, la charia.
Une capitulation qui avait consterné l’Occident.
Le gouvernement d’Asif Zardari s’est mis la tête dans le sable. Pourtant, il savait que les talibans de Swat n’étaient pas des enfants de choeur. Depuis deux ans, ils imposent un régime de terreur : exécutions publiques, assassinats, flagellation.
L’armée pakistanaise a essayé de les déloger. En vain. En février, le gouvernement a baissé les bras. En signant un accord de paix, il a créé un sanctuaire intégriste. Il a cru que les talibans se contenteraient de la vallée de Swat. C’était mal les connaître.
Asif Zardari, un homme corrompu, veuf de l’ex-première ministre Benazir Bhutto. À l’époque où Bhutto était au pouvoir, Zardari restait dans l’ombre et s’emplissait les poches en acceptant des pots-de-vin. Les Pakistanais le surnommaient Monsieur 10%. À la fin des années 1990, près d’une centaine de chefs d’accusation ont été portés contre le couple Bhutto-Zardari parce qu’il avait détourné des centaines de millions de dollars.
Et c’est cet homme mou et corrompu qui dirige le Pakistan à l’heure où il vit une des crises les plus graves de son histoire.
Le Pakistan joue avec le feu. C’est un pays pratiquement ingouvernable, dirigé depuis des années par une élite corrompue ; un pays qui détient l’arme nucléaire et qui partage une frontière de 2500 kilomètres avec l’Afghanistan; un pays qui a une zone tribale que le gouvernement est incapable de contrôler et qui est devenu le quartier général des extrémistes de tout acabit: AlQaeda, les talibans afghans et les talibans pakistanais dirigés par Baitullah Mehsud.
C’est lui, Mehsud, qui aurait fomenté l’assassinat de Benazir Bhutto et planifié une vingtaine d’attentats suicide, sans oublier l’explosion d’une bombe au chic hôtel Marriott à Islamabad où 60 personnes sont mortes. Un pur et dur.
Les talibans s’enhardissent : pas question de se contenter de la vallée de Swat et de la zone tribale. Ils veulent créer un royaume taliban en Afghanistan et au Pakistan.
La guerre en Afghanistan empêche les Occidentaux de dormir. Aujourd’hui, c’est l’instabilité du Pakistan qui les tient éveillés. Faut-il être inquiet ? La réponse est oui. Je n’ai aucun doute là-dessus.





Iran : de la « confrontation à la coopération »

« Coopération » au menu
Mahmoud Ahmadinejad a estimé hier que les relations entre l’Iran et l’Occident étaient passées de la « confrontation à la coopération » sur le nucléaire et s’est dit prêt à un échange d’uranium, alors que l’Iran a transmis sa réponse à l’Agence internationale de l’énergie atomique sans en rendre public le contenu. Un accord entre l’Iran et les puissances nucléaires est considéré comme crucial pour apaiser les tensions.

Changements réclamés
L’Iran accepte le « cadre » du projet d’accord international prévoyant le transfert à l’étranger d’une partie de son uranium faiblement enrichi pour obtenir du combustible, mais réclame d’« importants changements ». Selon une source proche des négociations, l’ Iran donnera sa réponse officielle « dans les prochaines 48 heures » au projet d’accord qui vise à apaiser les inquiétudes sur la nature des activités nucléaires iraniennes. – AFP

Uranium : l’Iran pourrait accepter une entente
VIENNE — Des négociateurs iraniens ont donné hier leur soutien à un projet d’accord qui, s’il est accepté par les dirigeants des quatre pays concernés, retarderait la possibilité pour Téhéran de se doter de l’arme atomique, en envoyant en Russie la majeure partie de ses stocks existants d’uranium enrichi, ont annoncé des diplomates. Il n’y a toutefois pas de garantie que les dirigeants iraniens à Téhéran signeront le projet.
Après trois jours de pourparlers, le directeur de l’Agence i nternationale de l ’énergie atomique (AIEA), Mohamed El Baradei, a confirmé à Vienne que les représentants de l’Iran et de ses trois interlocuteurs (les États-Unis, la Russie et la France) avaient accepté le projet d’accord. Il a dit espérer qu’il soit approuvé d’ici demain par les quatre capitales, en ajoutant : « Je me croise les doigts. »
« J’ai fait circuler un projet d’accord qui, selon moi, reflète une approche équilibrée sur la manière d’aller de l’avant », a déclaré Mohamed El Baradei, suggérant que les parties avaient travaillé dur pour surmonter les divergences, exacerbées par les soupçons pesant sur l’Iran quant à sa possible intention de se doter d’armes nucléaires.
Ni Ali Asghar Soltanieh, chef de la délégation iranienne, ni Mohamed ElBaradei n’ont fourni de précisions sur la teneur exacte du projet d’accord. Mais des diplomates ont confié à l’Associated Press qu’il était essentiellement constitué de la proposition originale conçue par l’AIEA, qui contraindrait Téhéran à envoyer 75% de son stock d’uranium faiblement enrichi en Russie pour qu’il y soit enrichi davantage. Une fois cet uranium transformé en barres de combustible, il serait renvoyé en I ran pour alimenter son petit réacteur de recherche à Téhéran, selon le projet d’accord.

Iran 
Une « petite ouverture » saluée
Iran L’inspection du nouveau site nucléaire fixée au 25 octobre
TÉHERAN — Le bras de fer entre l’Iran et la communauté internationale est à un « tournant critique », s’il faut en croire Mohamed El Baradei. Le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique a annoncé hier que le nouveau site du programme nucléaire iranien pourra être inspecté le 25 octobre, tout en faisant part de ses inquiétudes persistantes sur les intentions de Téhéran.
« Le cas de l’Iran peut être réglé par le dialogue, a dit M. El Baradei, selon l’agence officielle iranienne Irna, après un entretien avec le président iranien Mahmoud Ahmadinejad. «À présent, nous passons de la confrontation à la coopération et je demande à l’Iran de maintenir la transparence. Nous sommes à présent sur une voie adéquate. L’agence, la communauté internationale et l’Iran ont commencé des discussions constructives. »
En parallèle, le conseiller américain pour la sécurité nationale, le général James Jones, s’est félicité du fait que l’Iran était « désormais prêt à s’asseoir à la table des négociations », dans une entrevue à CNN. Paris a de son côté salué le «mouvement, la petite ouverture» de Téhéran.
Selon M . A hmadinejad, «grâce à la bonne coopération entre l’Iran et l’Agence, des questions importantes ont été résolues et il n’y a plus de question ambiguë entre l’Iran et l’Agence ».
Mais M. El Baradei a ajouté à la presse qu’il restait « des inquiétudes quant aux intentions de l’Iran, et ça, ce n’est pas une question de vérification ». « Il s’agit de bâtir la confiance et c’est la raison pour laquelle il y a maintenant des discussions à six », a-t-il noté.
La construction du nouveau site d’enrichissement d’uranium, près de Qom (centre), révélée le 25 septembre, a suscité l’inquiétude des capitales occidentales.
« Il est important de nous assurer que celle-ci (l’usine) est construite pour des raisons pacifiques», a poursuivi Mohamed El Baradei, en conférence de presse aux côtés du responsable du programme nucléaire iranien, Ali Akbar Salehi.
Informations démenties
M. El Baradei a par ailleurs démenti des informations du New York Times selon lesquelles l’AIEA disposait d’un document confidentiel prouvant que l’Iran avait acquis « suffisamment de connaissances pour pouvoir élaborer et fabriquer » une bombe atomique «fonctionnelle». «Nous avons des inquiétudes, mais nous ne sommes pas paniqués à propos du programme nucléaire iranien », a-t-il relevé.
Même son de cloche du côté du général James Jones, qui se montre prudent quant aux chances de Téhéran de mettre au point une telle bombe.
L’ Iran, les États-Unis, la France et la Russie se réuniront le 19 octobre à Vienne pour discuter des possibilités de faire enrichir l’uranium iranien par un pays tiers, comme le demande Téhéran, a en outre annoncé le chef de l’AIEA.
L’accord qui se dessine permettra un meilleur contrôle du stock d’uranium enrichi de l’Iran, source d’inquiétude des Occidentaux et d’Israël, qui craignent que Téhéran ne l’utilise pour fabriquer l’arme atomique, ce que le régime iranien nie.
Selon des experts, l’Iran possède suffisamment d’uranium enrichi à moins de 5 % lui permettant de fabriquer une bombe atomique, s’il poussait le niveau d’enrichissement à plus de 90 %.
À en croire un responsable américain, un accord pourrait intervenir pour que l’Iran fournisse l’uranium à la Russie qui le ferait enrichir à 20 % avant que la France ne le transforme en combustible pour le réacteur de recherche de Téhéran, qui est sous contrôle de l’AIEA.
« Ce réacteur est destiné à produ i re des isotopes médicaux pour les malades atteints de cancer », a souligné Mohamed El Baradei.

Le nucléaire fait consensus en Iran  -  Laura-Julie Perrault
Reprise des négociations sur le programme nucléaire de Téhéran
97 % des Iraniens se disent favorables à un programme nucléaire civil dans leur pays
L’Iran et les six grandes puissances chargées des discussions sur le programme nucléaire de la République islamique se rencontrent aujourd’hui à Genève. Objectif : remettre en marche les négociations sur le programme nucléaire iranien. Les pourparlers s’annoncent difficiles. Les grandes puissances sont plus méfiantes que jamais et le régime de Téhéran, comme la majorité des Iraniens, est convaincu de son droit à enrichir de l’uranium.
« Expliquez-moiquelquechose: pou r quoi u ne r épubl i que bananière comme le Pakistan aurait-elle le droit d’avoir une bombe nucléaire alors que l’Iran, qui est une puissance régionale, ne pourrait pas enrichir de l’uranium ? »
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad lors d’une visite au site d’enrichissement d’uranium de Natanz, au sud de Téhéran, en avril 2008.
La question n’est pas celle d’un analyste politique iranien favorable au gouvernement du président ultraconservateur Mahmoud A h madi nej a d , mais celle d’une adolescente de 17 ans, rencontrée dans l’un des restaurants les plus en vogue à Ispahan, lors d’un séjour en Iran.
Avec son voile poussé loin sur son f ront, révélant des mèches blondes da ns s e s c heveux, l ’é t udia nte avait dava ntage l ’a i r d’u ne des manifestantes qui a pris part à la contestation des élections présidentielles cet été qu’à une disciple de l’ayatollah Khomeyni.
À elle seule, cette j eune I ranienne démontre que le programme nucléaire iranien a des partisans même dans les couches les plus libérales de la société i ranienne. Un constat que confirme un tout récent sondage réalisé par WorldPublicOpinion.org, un institut lié à l’ Université du Maryland aux États-Unis.
Enrichir et inspecter
Après avoir interrogé plus de 1000 Iraniens âgés de plus de 18 ans au début du mois de septembre, les chercheurs ont constaté que 97 % des personnes sondées sont favorables à la mise au point d’un programme nucléaire civil dans leur pays.
Si seulement un I ra nien sur trois considère que l’obt ention d’u ne bombe ato - mique devrait être l’objectif du gouvernement, plus des deux tiers des adultes qui ont répondu au sondage estiment que l’ Iran a le droit d’enrichir de l’uranium. Plus de six Iraniens sur dix ne s’opposent cependant pas à la présence des inspecteurs de l’Agence i nternationale de l ’énergie atomique (AIEA).
Les affiliations politiques semblent avoir peu d’impact sur l’opinion des sondés, et ce, malgré le tumulte politique qu’a récemment traversé l’ I ran. « Ceux qui soutiennent Ahmadinejad ou son principal rival, Mir Hossein Moussavi, ont à peu près les mêmes opinions. Sur de la rges pans de la question nucléaire, il y a un consensus en I ran », note le directeur de WorldPublicOpinion.org, Stephen Kull.
Pou rquoi ? « Beaucoup d’Iraniens croient que le progra mme nucléaire devrait d’abord donner une nouvelle source d’énergie au pays, mais plusieurs pensent que c’est aussi une bonne chose d’être un pas plus près de l’obtention d’une bombe. L’Iran pourrait ainsi obtenir plus de prestige, de respect. Il y a aussi l’effet dissuasif pour les pays qui songeraient à attaquer l’Iran », note le chercheur, qui a rencontré par petits groupes des citoyens iraniens pour mieux comprendre leur raisonnement.
Nourri par la censure
Conscient du nationalisme que réveille parmi sa population le programme nucléaire, le gouvernement iranien a plus d’une fois testé des missiles ou plaidé son droit à enrichir de l’uranium lorsque sa popula rité était ébranlée à l’i nterne. Par ailleurs, le régime de Téhéran a pris les grands moyens pour que la question reste consensuelle. « Par ordre du Conseil suprême de la sécurité nationale, les médias iraniens peuvent seulement publier la position du gouvernement », explique Houchang Hassan-Yari, expert de l’ I ran au Collège royal militaire de Kingston. Une absence de débat qui sert les intérêts des négociateurs iraniens qui reprendront du service aujourd’hui à Genève, forts d’une opinion publique quasi monolithique.

Négociations en terrain miné  -  Laura-Julie Perrault
Q Pourquoi
la réunion qui aura lieu aujourd’hui à Genève est-elle importante ? R C’est la première fois en 14 mois que le négociateur de l’ Iran dans le dossier nucléaire, Saïd Jalili, rencontrera les représentants des grandes puissances, soit les cinq membres permanents du Conseil de sécurité ( ÉtatsUnis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni) et l’A l lemagne. En jargon diplomatique, ce groupe est appelé le P5+1. L e s enjeu x s ont majeu r s . De récents tests de missiles menés par l’ Iran, en plus de la mise à jour d’une installation d’enrichissement d’uranium dans les montagnes près de la ville de Qom, ont mis les grandes puissances sur les dents. Q Que
demandent les grandes puissances ? R Les États-Unis en tête, elles adoptent l’approche de la carotte et du bâton. Si l’Iran accepte de mettre un frein à ses activités d’enrichissement d’uranium et de se soumettre aux inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique, le P5+1 promet de lui donner de l’aide pour mettre au point son programme nucléaire civil. Si l’Iran ne coopère pas, de nouvelles sanctions sont prévues. Il est notamment question de mettre un terme à toutes les exportations vers l’Iran de produits dérivés du pétrole, une mesure qui aurait un impact direct sur les civils. À ce jour, il y a déjà un embargo sur la vente à l’Iran d’armes et de composantes qui pourraient servir à construire une bombe atomique. Q Que
dit l’Iran ? R L’ I ran soutient que ses s eules a mbitions s ont c iv i les , pas militaires. Le pays maintient qu’il veut enrichir de l’uranium dans cette optique. I l accepte de parler nucléaire, mais veut négocier une entente beaucoup plus large avec les grandes puissances, touchant à la fois le commerce, l’économie et les relations diplomatiques. Hier, cependant, le président i ranien a dévoilé une nouvelle position de Téhéran en affirmant que l’ Iran est prêt à fournir de l’uranium faiblement enrichi à un tiers pays en échange de combustible pour une centrale nucléaire de recherche.




L’Iran bombe le torse  -  Agnès Gruda
« Nous accueillerons chaleureusement de nouvelles sanctions contre l’Iran, ça nous permettra de rendre notre pays encore plus autonome ! »
L’Iran a procédé hier au tir d’un missile capable d’atteindre Tel-Aviv, en Israël, ou Riyad, en Arabie Saoudite.
L e président Ma h moud Ahmadinejad a lancé cette phrase de défi dans un dîner précéda nt son a l lo c ution devant l’Assemblée générale de l’ONU, à New York, mercredi dernier.
Deux jours plus tard, l’Iran a dû admettre qu’il construisa it u ne deu x ième u si ne d’enrichissement d’uranium, près de la ville sainte de Qom. Dimanche, il a testé des missiles de courte portée. Et, hier, dans de nouveaux exercices militaires, il a procédé au lancement de missiles qui pourraient facilement atteindre Tel-Aviv et Riyad.
Cette escalade dans l’étalage des capacités militaires iraniennes n’est pas fortuite, croient les experts. « Avec cette démonstration de capacité nucléaire, l’Iran veut se positionner pour les négociations du 1er octobre », dit la politologue Marie-Joëlle Zahar, spécialiste du Moyen-Orient.
Jeudi prochain, les représentants des cinq pays dotés du droit de veto au Conseil de sécurité, en plus de ceux de l’Allemagne, doivent rencontrer leurs homologues iraniens à Genève. But de la rencontre : faire monter la pression sur Téhéran et inciter le gouvernement iranien à respecter le traité de non-prolifération nucléaire, faute de quoi il s’exposera à des sanctions.
« Les Iraniens veulent entrer da ns cette négociation en position de force », renchérit Houchang Hassan-Yari, du Collège militaire royal du Canada. Signataire du traité de non-prolifération, l’Iran avait l’obligation de révéler tout nouveau projet nucléaire, ce qu’il n’a finalement fait que lorsqu’il a été acculé au mur par Washington, explique M. Hassan-Yari. Comme chaque fois qu’il se retrouve dans l’embarras, Téhéran bombe le torse et exhibe sa puissance.
Les événements des derniers jours relèvent d’« une forme de gesticulation politique », note M ichel Fortmann, spécialiste des questions nucléaires à l’ Université de Montréal. Mais en même temps, fait-il valoir, l’Iran s’est dit ouvert à accueillir des inspecteurs internationaux, dans un avenir rapproché, dans sa nouvelle usine. D’une certaine manière, Téhéran souffle un peu le chaud et le froid, note M. Fortmann. « Il veut montrer qu’il n’est pas menaçant, mais qu’il peut se défendre. »
L e s m i s si le s Sh a h a b -3 testés hier ont une portée de 2000 km. Ils pourraient atteindre Tel-Aviv ou encore l’Arabie Saoudite et les bases a méricaines da ns le golfe Persique.
Fait à ne pas oublier, le message de Téhéran ne vise pas seulement la communauté internationale ; il s’adresse aussi à la société iranienne elle-même, tient à souligner Marie-Joëlle Zahar. Pour ce régime fragilisé par des élections contestées, la question nucléaire est une véritable auba i ne pol it ique : « P eu importe leur allégeance, les Iraniens croient que leur pays devrait avoir le droit de mettre en place un programme nucléaire au même titre que d’autres nations. »

Téhéran atteint un point de nonretour
Le programme nucléaire iranien a atteint un point de nonretour. Dans 15 ans, Téhéran pourrait détenir la capacité d’« inf liger des dommages i mpor ta nts à u ne gra nde puissance », estime le spécialiste des questions nucléaires Michel Fortmann.
Sauf que l’événement le plus révélateur des progrès technologiques iraniens ne s’est pas produit cette semaine, mais au début du mois de février quand Téhéran a mis en orbite son tout premier satellite, souligne ce professeur de l’Université de Montréal.
L’Iran s’est alors j oint au club très sélect des neuf pays capables de lancer un satellite. Et même si le satellite Omid ( Espoir) n’était qu’un engin de télécommunication, cette capacité inquiète. Car la technologie utilisée pour la propulsion d’un satellite à des fins civiles pourrait tout aussi bien servir à propulser des missiles nucléaires.
L’Iran pourrait produire une bombe atomique dans deux ou trois ans, prévoit Michel Fortmann. Le cas échéant, ditil, « il s’agirait d’une bombe de première génération, qui pèserait une tonne, comme les bombes de Nagasaki et d’Hiroshima ».
Les capacités balistiques actuelles ne permettent pas de propulser un tel poids lourd, mais dans les 15 prochaines années, les Iraniens pourraient progresser suffisamment pour produire des bombes plus efficaces et plus légères.
L a découver te d ’u ne deuxième usine d’enrichissement d’uranium n’est pas vraiment une surprise aux yeux de Michel Fortmann. Selon lui, l’Iran met progressivement en place une infrastructure qui lui permettra de mettre au point une arme nucléaire dans un avenir pas trop lointain.
« On n’en est plus au stade de la recherche et du développement, mais plutôt de la mise en oeuvre », estime-t-il. Il ajoute que, à cet égard, on a probablement atteint un point de non-retour : « On ne peut plus imaginer dénucléariser l’Iran, il faut penser à gérer ses capacités nucléaires. »




TÉHÉRAN 
Téhéran souffle le chaud et le froid
TÉHÉRAN — L’Iran a de nouveau tenté hier de rassurer les Occidentaux sur le caractère pacifique de son nouveau site nucléaire, quelques heures après avoir montré sa force de frappe en réalisant des tirs de missiles au cours d’exercices militaires. Sceptique, Washington estime que Téhéran s’expose à des sanctions plus sévères des Nations unies.
L’Iran a tiré trois types de missiles de courte portée hier matin au début d’exercices militaires appelés « Grand prophète 4 », selon la télévision en langue anglaise Press-TV.
« Je ne c rois pa s qu’i ls puissent présenter des preuves convaincantes que leur programme est uniquement pacifique, mais nous allons les mettre à l’épreuve », a dit la chef de la diplomatie américaine, Hillary Clinton, sur la chaîne CBS, à quatre jours de l’ouverture de nouvelles négociations, à Genève.
L’Iran aurait révélé l’existence du deu xième centre d’enrichissement d’uranium « si celui-ci avait un usage pacifique », estime aussi Mme Clinton.
« Ils disent aujourd’hui avec insistance que ce centre a un usage pacifique (...). Ne l’affirmez pas. Prouvez-le », assène la ministre, souvent classée parmi les durs de l’administration Obama en matière de politique étrangère.
Dans une entrevue parallèle à CNN, son collègue à la Défense Robert Gates a fait valoir que de nouvelles sanctions économiques contre l’Iran pourraient être plus efficaces qu’une intervention militaire, du fait des profondes divisions sociales et politiques du pays.
« L a r é a l it é , c ’e s t q u ’ i l n’existe aucune option militaire plus efficace que le fait de gagner du temps », a déclaré le chef du Pentagone sur CNN. Selon lui, la révélation vendredi de l’existence d’une deuxième centrale iranienne d’enrichissement d’uranium affaiblit Téhéran.
« Les Iraniens sont dans une très mauvaise posture face à toutes les grandes puissances, à cause de cette duplicité. Et il y a évidemment une occasion pour des sanctions supplémentaires sévères », a-t-il expliqué. Le soutien de la Chine, alliée de l’ I ra n , est « clairement important » pour obtenir ces sanctions aux Nations unies, estime M. Gates.
Tensions politiques
Selon l u i , de nouvelles sanctions pourraient convaincre Téhéran de revenir sur ses choix nucléaires, car le pays fait déjà face à des difficultés économiques. Les tensions politiques nées de la réélection controversée de Mahmoud Ahmadinejad sont toujours « latentes », et le chômage des jeunes tourne autour de 40 %, a-t-il noté.
« Il est clair qu’à la suite des élections il existe des fissures relativement profondes dans la société et la classe politique iraniennes, et probablement même au sein du pouvoir, a a ffirmé Robert Gates. Franchement, je pense que c ’est u ne des raisons pour lesquelles des sanctions économiques supplémentaires et spécialement sévères pourraient avoir un véritable impact. »
E ncore h ier, le c hef de l’Organisation iranienne de l’énergie atomique (OIEA) Ali Akbar Salehi a soutenu que son pays n’avait pas l’intention d’enrichir à plus de 5 % d’uranium 235, soit un taux compatible avec des activités nucléaires civiles, dans une nouvelle usine en construction près de Qom (centre). L’Iran dispose déjà d’une usine d’enrichissement à Natanz (centre). « Si nous avions voulu faire de l’enrichissement à un niveau élevé, nous n’aurions pas annoncé » l’existence de cette usine à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a-t-il soutenu.
Le programme actuel de l ’ I r a n p e r m e t d ’e n r i c h i r l’uranium à 5 %. Il faut du combustible composé à 90 % d ’u r a n iu m 2 35 (f i s sible) pour fabriquer une bombe atomique.
Pou r sa pa r t , le repré - senta nt de l’ I ra n auprès de l’agence onusienne, Ali Asghar Soltanieh a répondu aux critiques des pays occidentaux, qui ont sommé l’Iran de s’expliquer sur cette usine, assurant avoir informé le 21 septembre l’AIEA de l’existence du second site qui sera opérationnel dans 540 jours, alors que Téhéran n’était légalement pas tenu de le faire.
Missiles
Sur le plan militaire, l’Iran a tiré trois types de missiles de courte portée hier matin au début d’exercices militaires appelés « Grand prophète 4 », selon la télévision en langue anglaise Press-TV.
Selon la chaîne, il s’agit de missiles Tondar (portée de 150 km), Fateh 110 (200 km) et Zelzal (jusqu’à 400 km).
Le commandant des forces aériennes des Gardiens de la révolution, Hossein Salami, a précisé que des tirs de missiles Shahab-1 et 2 (de portée moyenne) seraient effectués hier soir, avant des tirs de Shahab-3 lundi. Le Shahab-3, d’une portée d’environ 2000 km, est capable d’atteindre Israël.
« Nos missiles ne représentent pas de menaces pour nos voisins », a-t-il toutefois souligné.
Obama lance un ultimatum à l’Iran  -  Malorie Beauchemin
MALORIE BEAUCHEMIN PITTSBURGH — Le président américain Barack Obama a lancé, en fin d’après-midi hier, un ultimatum à l’Iran, exhortant le président Mahmoud Ahmadinejad à choisir entre la confrontation, ou la paix, la sécurité et le respect des règles internationales.
«L’Iran est prévenu, quand nous rencontrerons ses dirigeants le 1er octobre, ils devront faire preuve de transparence», a lancé le chef d’État américain, à l’issue du sommet du G20 à Pittsburgh, en Pennsylvanie.
En matinée, le président Obama, le premier ministre britannique Gordon Brown et le président français Nicolas Sarkozy avaient manifesté leur inquiétude, lors d’une conférence de presse conjointe, et réclamé que l’Iran ouvre aux inspecteurs internationaux les portes du nouveau centre d’enrichissement nucléaire, dont l’existence a été révélée tout récemment.
Le président Ahmadinejad a rétorqué en après-midi que le site en construction était «parfaitement légal» et que l’Iran avait respecté ses engagements en avisant l’Agence internationale de l’énergie atomique. Le président Obama a conclu, en fin de journée, en refusant d’écarter l’option militaire face à l’Iran.

Discussion sur le nucléaire civil
Le président iranien Mahmoud Ahmadinejad a répété hier être ouvert à la discussion sur le nucléaire, mais a réaffirmé les droits de l’Iran en matière de nucléaire civil. «La technologie nucléaire pacifique est le droit légal de la nation iranienne et l’Iran ne négociera avec personne ses droits indéniables. Mais nous sommes prêts à discuter de la coopération internationale pour régler les problèmes économiques et de sécurité dans le monde», a-t-il dit.

Programme nucléaire iranien  ElBaradei se défend d’avoir caché des preuves

VIENNE — Le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique, Mohamed El Ba radei , s’est v ivement défendu hier des récentes accusations de dissimulation de preuves dans le dossier nucléaire iranien controversé, à l’ouverture de la session de septembre du conseil des gouverneurs.
P a ra llèlement , le pré sident i ra n ien , M a h moud Ahmadinejad, a déclaré hier que « la question nucléaire était close» à ses yeux et que l’Iran ne discuterait pas de ses droits «indéniables» en matière nucléaire, tout en n’écartant pas un dialogue «juste» avec le groupe des grandes puissances 5+1.
Accusé récemment par Israël et la France d’avoir dissimulé des documents qui permettraient de prouver cette composante militaire du programme nucléaire iranien, que Téhéran a toujours niée, M. ElBaradei a affirmé: «Je suis consterné par les accusations de certains États membres, qui ont été livrées aux médias, que des informations n’aient pas été communiquées au conseil» des gouverneurs.
«Ces accusations sont motivées politiquement et absolument sans fondement. De telles tentatives d’influencer le travail du secrétariat sont une attaque contre son indépendance et son objectivité (...) et devraient cesser sur-le-champ », a-t-il affirmé.
Le chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner, avait ainsi réclamé la semaine dernière la publication d’annexes au rapport de l’AIEA concernant l’Iran, alors que plusieurs diplomates de l’agence onusienne doutent de l’existence de telles annexes.
Le ministère de M. Kouchner a maintenu hier ses accusations en indiquant que la France avait eu à l’AIEA «un briefing technique ouvert à l’ensemble des États membres», selon la porte-parole adjointe Christine Pages. «Toutes ces informations ne sont pas reflétées dans le rapport au Conseil des gouverneurs», selon elle.
«La seule motivation de la France est le plein respect par l’Iran de ses obligations internationales», a-t-elle dit.
L’Iran, de son côté, avait à nouveau accusé les services secrets américains d’avoir produit des documents falsifiés pour prouver cette composante militaire présumée de son programme qui ne vise, selon Téhéran, qu’à produire de l’électricité.
« L e gouver nement de s États-Unis n’a pas transmis à l’agence des doc u ments authentiques car il ne dispose pas de documents crédibles et tous les documents ont été falsifiés », a écrit l’ambassadeur iranien auprès de l’AIEA, Ali Asghar Soltanieh dans une lettre à M. ElBaradei.
M. Soltanieh avait aussi accusé «les ambassadeurs des États-Unis, de France et du Royaume Uni (...) de poursuivre des motivations politiques».
À Washington, un responsable a méricain a qualifié samedi les accusations de falsification de « sans fondement ». «L’AIEA elle-même a accepté ces documents comme crédibles », a-t-il dit sous couvert de l’anonymat.
Ces prétendues études réfutées par les Iraniens émanent de plusieurs services de renseignement et suggèrent que l’Iran tente de fabriquer des ogives nucléaires, qu’il enrichit de l’uranium à cette fin et effectue des essais de missiles.
Par ailleurs, M. ElBaradei a regretté le « blocage » de l’enquête de son agence après six années de travaux intensifs et alors que Téhéran ne se plie à aucune des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, notamment celle de suspendre ses activités liées à l’enrichissement de l’uranium.


 
SOMALIE - Vers un nouveau bain de sang
— Les forces pro-gouvernementales somaliennes, soutenues par le contingent africain, et les insurgés islamistes se préparent à une bataille décisive à Mogadiscio, où un chef islamiste a exhorté hier le chef de l’État à démissionner pour éviter un nouveau bain de sang.
Des insurgés islamistes somaliens, parmi lesquels se trouvent plusieurs adolescents, défendent leurs positions près d’une route menant au palais présidentiel, à Mogadiscio.
Des dizaines de personnes ont été tuées dans la capitale depuis le lancement d’une offensive contre le président Sharif Sheikh Ahmed, un islamiste modéré, par les insurgés islamistes radicaux, avec à leur tête les combattants de cheik Hassan Dahir Aweys et le groupe des shebab.
« J’appelle cheik Sharif Sheikh Ahmed à abandonner son poste autoproclamé de président afin d’épargner les vies des Somaliens », a déclaré cheikh Hassan Dahir Aweys par téléphone à l’AFP.
« Nous n’avons pour ainsi dire pas de vrai gouvernement, mais des marionnettes étrangères qui se proclament responsables de la Somalie », a-t-il ajouté.
L’envoyé spécial de l’ONU pour la Somalie, Ahmedou Ould-Abdallah, a accusé hier ce chef islamiste radical d’avoir mené « une tentative de coup d’État » ces derniers jours.
Le gouvernement ne contrôle que quelques rues et immeubles de Mogadiscio, ainsi que des points stratégiques comme la présidence, des bâtiments administratifs, le port et l’aéroport.
Hier, les insurgés se sont déployés à proximité du palais présidentiel et d’institutions publiques, dans un face-à-face tendu avec les forces gouvernementales et la mission de paix de l’Union africaine en Somalie.
« Nous savons qu’ils ( les insurgés) ont déployé beaucoup de combattants et qu’ils se préparent à leur attaque finale, mais ils ne gagneront jamais », a déclaré à l’AFP le colonel Ahmed Dahir, des forces gouvernementales.




Washington peut faire face à tout tir nord-coréen
— Le président américain Barack Obama a affirmé que les États-Unis étaient pleinement préparés « à toutes les éventualités » découlant d’un tir de missile nord-coréen contre leur territoire, dans une interview qui doit être diffusée aujourd’hui.
« Cette administration – et nos militaires – est pleinement préparée à toutes les éventualités », a déclaré M. Obama à la chaîne de télévision CBS News, qui l’interrogeait sur la possibilité d’un tir de missile nord-coréen contre Hawaii, archipel américain situé au milieu de l’océan Pacifique.
Interrogé pour savoir si ce propos signifiait un « avertissement » adressé à Pyongyang sur une « réponse militaire » à un tel tir, M. Obama a répondu: « Non. Cela veut juste dire que nous sommes préparés à toutes les éventualités. »
« Je ne veux pas me lancer dans des spéculations sur des hypothèses. Mais je veux donner au peuple américain l’assurance que les points sont mis sur les i quant à ce qui pourrait se produire », a-t-il ajouté.
Jeudi, le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, avait déclaré à lapressequeWashington s’inquiétait d’un éventuel tir de missile nord-coréen sur Hawaii, tout en assurant que des mesures avaient été prises pour protéger cet État américain.
M. Gates avait précisé qu’il avait approuvé le déploiement sur l’archipel d’un dispositif de défense antimissile et de radars pour « fournir un soutien » militaire en cas d’attaque nord-coréenne.
« Je pense que nous sommes en bonne position s’il devient nécessaire de protéger le territoire américain », a ajouté le ministre.
Des termes repris pratiquement mot à mot par M. Obama dans l’interview de CBS: « Je dirais juste que nous sommes dans une bonne position s’il devenait nécessaire de protéger le territoire américain. »
M. Obama a aussi souligné qu’il y avait un consensus international fort au sujet de la position à prendre envers Pyongyang, après un deuxième test nucléaire mené le 25 mai par le régime de Kim Jong-il, qui a entraîné un durcissement des sanctions internationales contre la Corée du Nord.
« Cela envoie un signal » à Pyongyang « d’une unité au sein de la communauté internationale que nous n’avons pas vue depuis quelque temps », a relevé le président américain.
« Nous avons été très clairs au sujet d’une chose, à savoir que la Corée du Nord a une voie pour rejoindre la communauté internationale. Et nous espérons qu’elle emprunte cette voie. Ce que nous ne ferons pas, c’est récompenser la belligérance et la provocation de la manière dont cela a été fait dans le passé », a-t-il averti.
Selon un rapport du ministère japonais de la Défense, cité jeudi par le journal japonais Yomiuri Shimbun, Pyongyang pourrait tirer un missile de type Taepodong-2 en direction de l’île japonaise d’Okinawa, de Guam ou d’Hawaii. La Corée du Nord a déjà tiré trois missiles de longue portée, en 1998, en 2006 et cette année.
La Corée du Nord accuse
La Corée du Nord a par ailleurs accusé le président américain Barack Obama de fomenter une guerre nucléaire contre le régime communiste en réaffirmant son engagement envers son allié sudcoréen, a rapporté la presse d’État nord-coréenne.
Le président Obama et son allié sud-coréen, le président Lee Myung-bak « tentent de déclencher une guerre nucléaire », a rapporté l’hebdomadaire nordcoréen Tongil Sinbo, dans son édition de samedi, dans la première réponse officielle au sommet États-Unis/Corée du Sud de la semaine dernière.

« Ce n’est pas une coïncidence si les États-Unis ont transféré un certain nombre d’équipements nucléaires en Corée du Sud et dans la région et mené des exercices militaires pour saisir la moindre chance d’envahir la Corée du Nord », a encore rapporté le journal.


CORÉE DU NORD Offre de dialogue
La Corée du Nord entend ouvrir de nouvelles négociations pour dissiper les tensions autour de sonprogramme d’armes nucléaires, a annoncé ce matin le ministère des Affaires étrangères de Pyongyang, une allusion présumée à des négociations directes avec les États-Unis. Vendredi, le représentant de Pyongyang aux Nations unies avait fait part de l’intérêt de son pays à tenir des pourparlers bilatéraux avec Washington.




La Corée du Nord hausse (encore) le ton
Pyongyang juge qu’il lui est impossible de renoncer au nucléaire
— La Corée du Nord a réagi hier avec une extrême virulence à sa condamnation la veille par l’ONU pour son récent essai nucléaire, menaçant de ne pas abdiquer ses ambitions atomiques et d’utiliser son plutonium à des fins militaires.
Tout blocus imposé à la Corée du Nord sera assimilé à un acte de guerre, a averti hier Pyongyang. Ci-dessus, un soldat nord-coréen aux aguets à la frontière sino-coréenne, il y a une dizaine de jours.
« L’option consistant à abandonner nos armes nucléaires est devenue parfaitement impossible, et peu nous importe que certains nous autorisent ou non à en détenir », indique un communiqué du ministère nord-coréen des Affaires étrangères, qui qualifie de « méprisables » les sanctions destinées à désarmer le pays et à l’« asphyxier économiquement ».
« Premièrement, tout le plutonium extrait sera utilisé à des fins militaires, ajoute le texte. Deuxièmement, nous allons commencer l’enrichissement d’uranium », poursuit le Ministère, selon lequel le pays dispose de la technologie nécessaire grâce à la construction de réacteurs à eau légère.
Tout blocus imposé à la Corée du Nord sera assimilé à un acte de guerre, a averti Pyongyang.
C’est la première fois que Pyongyang évoque un programme à base d’uranium. Le régime stalinien a toujours repoussé les accusations américaines sur un présumé programme clandestin en la matière.
Quant au plutonium, le réacteur de Yongbyon (100 km au nord de Pyongyang) en produisait jusqu’en 2007, date à laquelle le régime s’était engagé à le fermer. Sa remise en service a cependant été récemment annoncée en rétorsion à la condamnation par l’ONU, à la mi-avril, d’un tir de fusée balistique au dessus du Japon. Selon les experts, le stock de matériau fissile nord-coréen permettrait de fabriquer entre cinq et huit bombes.
« Quelles que soient les tentatives d’isolement et de blocus fomentées par les forces hostiles menées par les États-Unis, la RPDC, une puissance nucléaire fière, ne capitulera pas », assure Pyongyang.
Sanctions
Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé vendredi, à l’unanimité, d’alourdir son régime de sanctions, notamment financières, en réponse à l’essai nucléaire du 25 mai. La résolution 1874 instaure un système renforcé d’inspection des cargaisons aériennes, maritimes et terrestres à destination ou en provenance de la Corée du Nord et un élargissement de l’embargo sur les armes. Un « message clair et fort », s’est félicité le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon.
Pyongyang est déjà sous le coup de sanctions prévues par la résolution 1718 du Conseil, adoptée en octobre 2006 après son premier essai nucléaire.
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, a jugé hier « extrêmement regrettables » les « provocations continues » des Nord-Coréens. Du même souffle, elle a assuré que les États-Unis feraient « tout leur possible » pour empêcher la prolifération des armes nucléaires.
« Ils (les Nord-Coréens) ont été dénoncés par tout le monde. Ils sont de plus en plus isolés. Et il n’est pas dans l’intérêt du peuple nord-coréen que cet isolement se poursuive », a-t-elle affirmé lors d’une visite au Canada.
« Grave menace »
La Corée du Sud, qui a déployé plusieurs centaines de militaires supplémentaires à sa frontière maritime avec le Nord, a qualifié la réaction de Pyongyang de « grave menace » contre les efforts de paix dans la région.
« Le gouvernement, en lien étroit avec la communauté internationale, va s’occuper très sérieusement du programme nord-coréen d’enrichissement de l’uranium et du plutonium », indique un communiqué du ministère des Affaires étrangères sud-coréen.
Le président sud-coréen, Lee Myung-Bak, doit rencontrer mardi à Washington son homologue américain, Barack Obama. Celui-ci devrait lui donner l’assurance que Washington se tient prêt à réagir si Pyongyang menace son allié en Asie. Quelque 28 000 militaires américains sont stationnés en Corée du Sud.
« La politique américaine pour désarmer le Nord à coups de sanctions n’a tout simplement pas fonctionné. La Corée du Nord n’est pas un pays sensible aux craintes d’isolement et aux représailles », a estimé le professeur Yang-Moo-Jin de l’Université des études nord-coréennes à Séoul.




Pyongyangmultiplie les provocations
Tout en pressant le Conseil de sécurité d’approuver des sanctions musclées, les États-Unis veulent calmer le jeu.
Les États-Unis ont confirmé, hier, que la Corée du Nord se prépare à un autre test de missile à longue portée, comme celui du début avril.
Une soldate nord-coréenne patrouille le long du fleuve Yalu, qui tient lieu de frontière avec la province chinoise du Liaoning.
Cette multiplication sans précédent des provocations, de la part de Pyongyang, répond à des négociations serrées à l’ONU sur de nouvelles sanctions.
Pour la première fois, la Chine semble disposée à resserrer l’étau économique sur son voisin. La réaction chinoise au test nucléaire de la semaine dernière a été immédiate, contrairement au premier test nucléaire, en 2006, et au test de missile d’avril.
Et les médias couvrant de près les travaux du Conseil de sécurité de l’ONU rapportent que les nouvelles sanctions nommeraient directement des dirigeants nord-coréens, rétabliraient les interdictions bancaires partiellement levées en 2008 et, surtout, comporteraient des inspections presque systématiques des navires nord-coréens à destination de pays susceptibles d’être impliqués dans le trafic d’armes de destruction massive.
La semaine dernière, des médias sud-coréens ont rapporté que des bateaux de pêche chinois ont massivement quitté les ports nord-coréens, ce qui a mené à des spéculations qu’ils pourraient être visés par les autorités nord-coréennes.
La Corée du Nord a par le passé attaqué des navires de pêche sudcoréens se trouvant près de la frontière maritime, dont l’emplacement n’a jamais été formellement arrêté par les deux pays.
La Chine craint d’autant plus l’opposition de la Corée du Nord qu’un exode de centaines de milliers de réfugiés économiques, en cas d’écroulement du régime de Kim Jong-il, est fort probable.
LesÉtats-Unis tempèrent
Tout en pressant le Conseil de sécurité d’approuver des sanctions musclées, les États-Unis veulent calmer le jeu.
Le secrétaire à la Défense, Robert Gates, a déclaré qu’un test de missile à longue portée n’aurait pas lieu avant plusieurs semaines et que les satellites espions n’ont pas détecté de mouvements de troupes importants en Corée du Nord, malgré le ton incendiaire des médias officiels du « pays ermite ». Les troupes américaines en Corée du Sud sont tout de même en état d’alerte.
Les deux provocations les plus spectaculaires dont Pyongyang est capable sont le lancement d’un missile à longue portée par-dessus le Japon et un essai nucléaire. La dernière fois qu’elles avaient été conjuguées, en 2006, l’administration Bush avait accepté de revenir à la table de négociations et un accord avait été annoncé en 2007.
Cet accord s’est écroulé au début de l’année, les deux parties s’accusant mutuellement de ne pas le respecter – certains observateurs notent que le libellé vague ouvrait la porte à des manipulations.
Provocation
Un nouveau test de missile à longue portée serait ainsi inusité, note Peter Hayes, le directeur du forum Nautilus sur la sécurité dans le Pacifique, qui est généralement sympathique aux revendications nord-coréennes. M. Hayes prévoit qu’un nouveau test nucléaire, probablement de faible puissance, est probable parce que la Corée du Nord veut absolument de nouvelles négociations avec l’administration Obama.
Les tests ont été jusqu’à maintenant mitigés. Les deux tests de missiles à longue portée, théoriquement capables de mettre un satellite en orbite ou de bombarder l’Alaska et le nord-ouest du Canada, n’ont pas fonctionné parce que le troisième étage de la fusée a fait long feu.
Le premier test nucléaire, en 2006, n’avait qu’une kilotonne de puissance, contre les 15 d’Hiroshima. Ce test a aussi montré que les installations souterraines de tests nord-coréennes sont déficientes, parce qu’elles n’ont pas réussi à contenir les retombées radioactives de l’explosion. Le test nucléaire de la semaine dernière semble plus puissant, mais les analyses officielles ne sont pas terminées.





CORÉE-DU-NORD Qui a peur de Kim Jong-Il? - AGNÈS GRUDA

Kim Jong-Il est-il un bluffeur qui utilise la menace nucléaire pour se donner une légitimité et assurer la survie de son régime? Ou s’agit-il plutôt d’un leader aux abois qui a perdu le contrôle de son pays et de lui-même?
Au lendemain de l ’ essa i nucléaire nord-coréen, lundi, la plupart des analystes penchaient en faveur du premier de ces deux scénarios. Celui-ci paraissait d’autant plus plausible qu’il reproduisait une séquence d’événements familière. D’abord, un lancement de missile. Ensuite, une détonation nucléaire. C’est ce qui s’était passé en 2006 avant la reprise des pourparlers internationaux.
Mais cette fois, la « souris » nord-coréenne n’en finit plus de rugir. En cinq jours, le pays a lancé pas moins de six missiles, se hissant d’un cran dans les degrés d’alerte internationaux.
Cette série de provocations annonce-t-elle un changement de scénario? Sommes-nous en train d’assister à un dérapage?
C’est l’hypothèse que soulève John McCreary, ancien analyste du ministère américain de la Défense, qui va jusqu’à se demander s’il ne s’agirait pas d’un effet secondaire de l’accident vasculaire cérébral qui a terrassé le dictateur nord-coréen en août 2008.
« Depuis 40 ans, les chefs nordcoréens ont eu tendance à éviter le risque. Ils n’ont rien fait qui eût pu mettre en péril la survie de leur État – jusqu’à maintenant », écrit-il dans son blogue Nightwatch.
Ce comportement a changé après la maladie de Kim Jong-Il, poursuit l’auteur, qui ajoute que, si le « cher leader » des Nord-Coréens est responsable de cette multiplication de menaces un brin suicidaire, c’est peut-être parce qu’il a connu un « changement de personnalité » comme il en survient parfois à la suite d’un AVC…
Ce ne sont bien sûr que des spéculations, impossibles à confirmer dans un pays aussi fermé. Et fondées sur l’hypothèse d’un régime engagé dans une spirale irrationnelle.
Nouvelles craintes
Mais même si l’homme connu pour ses souliers plates-formes et son goût du luxe avait encore toute sa tête, même si sa démarche poursuivait des objectifs rationnels, les événements des derniers jours soulèvent de nouvelles craintes.
Car la Corée-du-Nord n’est pas seule dans le désert. Elle a des voisins. Et la réaction de ces voisins aux menaces de Pyongyang inquiète les analystes.
« Nous n’allons pas rester assis en attendant la mort », a averti il y a quelques jours Gen Nakatani, ancien ministre de la Défense du Japon, qui dirige un comité sur la possibilité de frappes préventives contre la Corée-du-Nord.
Ces propos tranchent avec la politique pacifiste d’un pays qui, depuis la fin de la Deuxième Guerre mondiale, se contente d’une armée d’autodéfense.
La Corée-du-Sud change de ton elle aussi. « Nous avons désormais besoin d’une arme de dissuasion nucléaire », a écrit un quotidien sud-coréen pendant que la Corée-du-Nord faisait voler ses missiles.
Autrement dit, Kim Jong-Il se livre peut-être à un exercice d’esbroufe destiné à attirer l’attention internationale. Ses gestes n’en font pas moins sursauter ses voisins. Et ils risquent d’entraîner une surenchère régionale.
C’est le Japon qui inquiète le plus Julian Schofield, politologue spécialiste des questions nucléaires à l’Université Concordia. Si ce pays entreprend de s’armer jusqu’aux dents, la Chine et la Corée-du-Sud vont réagir. « Ça risque de changer tout l’équilibre du monde et de conduire à un désastre » , prévient-il.
Car, comme le dit joliment son collègue T.V. Paul, de l’Université McGill, la Corée-du-Nord « en fait peut-être plus que ce qu’elle est en mesure de mâcher ». Les conséquences de ses gestes peuvent dépasser les intentions de Kim Jong-Il, qu’il soit atteint de démence ou pas…

UN TEST DE MISSILE À LONGUE PORTÉE?
La Corée-du-Nord semble se préparer à lancer un engin balistique de longue portée, s’il faut en croire sa voisine du Sud. En parallèle, le secrétaire d’État américain, Robert Gates, a lancé hier une ferme mise en garde au régime communiste de Pyongyang : Washington ne restera pas « les bras croisés » face à la menace. Des images prises par des satellites espions américains ont montré des signes d’activité accrue, a assuré sous le couvert de l’anonymat un responsable du ministère sud-coréen de la Défense. Selon cette source, les militaires nord-coréens s’apprêtent à transporter par train un missile à longue portée à partir d’une usine proche de la capitale, Pyongyang, vers son pas de tir de Musudan-ni, dans le nord-est du pays. Selon un responsable du renseignement cité par l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, deux semaines environ seront nécessaires pour achever les préparatifs. Le missile pourrait être testé aux alentours du 16 juin, lorsque les présidents américain et sud-coréen se rencontreront à Washington. Selon les spécialistes, il pourrait s’agir d’une fusée à trois étages d’une portée possible de 6700 km, donc capable d’atteindre par exemple l’Alaska. L’engin serait d’une taille similaire au missile balistique testé par Pyongyang en avril.




Corée du Nord : Un régime peut-être pas si fou que ça… -  Agnès Gruda
Selon un spécialiste, la Corée du Nord utilise son « pouvoir de harcèlement » car c’est le seul pouvoir qu’elle possède.
Quand il a appris que la Corée du Nord avait procédé à un test de missile, en avril dernier, Erich Weingartner s’est dit : « Tiens, tiens, on se dirige vers un nouvel essai nucléaire. »
Les Japonais, comme le reste du monde, ont appris avec consternation, hier, la réalisation du second essai nucléaire de la Corée du Nord. Les spécialistes interrogés par notre analyste, Agnès Gruda, ne donnent toutefois pas un caractère dramatique à l’événement, y voyant notamment une stratégie pour attirer l’attention du président Barack Obama.
Sa prédiction s’est réalisée hier, avec une puissante déflagration dont l’onde de choc a été ressentie jusqu’en Chine, relançant l’escalade diplomatique et les menaces de sanctions à l’endroit de Pyongyang.
Plusieurs voient dans cet étalage de puissance nucléaire une perspective d’autant plus effrayante qu’elle provient d’un régime perçu comme irrationnel, fermé au monde et fragilisé par d’éventuelles luttes de succession.
Mais Erich Weingartner, lui, croit qu’il n’y a pas de quoi avoir peur.
Ce consultant ontarien a vécu plus de deux ans en Corée du Nord, dans les années 90. Il y est retourné une bonne dizaine de fois depuis. Sa spécialité : l’aide humanitaire à ce pays affamé, opprimé et retranché derrière des frontières hermétiques.
Erich Weingartner connaît la Corée du Nord aussi bien qu’on peut connaître un pays où l’on ne fait que des rencontres supervisées, avec des gens soigneusement choisis par nos « guides ».
Mais cette connaissance, avec toutes les limites qu’elle impose, l’amenait hier à conclure que non, la Corée du Nord n’est pas dirigée par des leaders suicidaires qui tirent sur tout ce qui bouge. Au contraire, il est convaincu que ceux-ci poursuivent un but précis. Et se servent de leurs capacités nucléaires pour atteindre cet objectif.
Quel est ce but au juste? « La Corée du Nord veut attirer l’attention du président Barack Obama et négocier directement avec lui. »
C’est un peu ce qui est arrivé il y a trois ans, quand le régime nord-coréen cherchait à forcer la main d’un autre président, George W. Bush, qui l’avait inclus dans son fameux « axe du mal ». À ce moment aussi il y avait eu un lancement de fusée, suivi d’une explosion nucléaire, de protestations internationales et de menaces de sanctions.
Puis, les États-Unis ont ouvert une porte au dialogue et la Corée du Nord a jeté du lest. L’automne dernier, tout allait tellement bien que Washington a retiré ce pays de la fameuse liste des États voyous.
Que s’est-il passé depuis ? Essentiellement, l’arrivée d’un Barack Obama qui avait des dizaines d’autres chats à fouetter. Crise économique. Iran. Proche-Orient.
Des livraisons de pétrole promises à la belle époque à la Corée du Nord auraient même cessé, laissant ce pays sans ressources abandonné à son sort. Bref, le « royaume ermite » est tombé sous le radar.
Les Nord-Coréens ne voulaient pas « attendre huit ans de plus pour éduquer un nouveau président », dit à la blague Erich Weingartner. Leçon numéro un: on lance un missile. Leçon numéro deux: un essai nucléaire. Comme en 2006.
Cela ne signifie pas que la Corée du Nord ne représente aucune menace. Parlez-en à des Sud-Coréens, comme ce pasteur établi à Montréal dont les parents vivent à Iksan, à 300 kilomètres de la frontière nord-coréenne. « J’ai peur pour eux », confiait-il hier. Un dérapage nucléaire est vite arrivé...
Mais d’une certaine façon, la démonstration de puissance de la Corée du Nord est d’abord et avant tout un aveu de faiblesse, note un autre spécialiste, T.V. Paul, de l’Université McGill. Ce pays utilise son « pouvoir de harcèlement » car c’est le seul pouvoir qu’il possède.
L’explosion d’hier visait aussi, bien sûr, un public interne. Car Kim Jong-il, ce « cher leader » nord-coréen, est gravement malade. Réapparu en public le mois dernier pour la première fois depuis un probable accident cérébro-vasculaire, il était amaigri et vacillant.
Qui va prendre le relais à sa disparition? Même si son régime n’a laissé transparaître aucune fissure, « il a besoin d’assurer sa légitimité interne et externe », dit T.V. Paul.
Erich Weingartner jure qu’il y a, à Pyongyang, des investisseurs qui n’attendent qu’un signe d’assouplissement du régime pour lancer des projets et rayonner dans le monde. Et qu’ils n’espèrent qu’une chose : vivre dans un pays qui a des relations à peu près normales avec le reste de la planète.
Comme leurs dirigeants, ils ont eux aussi les yeux tournés vers Washington.


Tirs de nouveaux missiles - DENOUVELLES SANCTIONS SONT INÉVITABLESCONTRE LACORÉEDUNORD

— Après l’annonce lundi d’un deuxième essai nucléaire condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU, la Corée du Nord a procédé hier, selon des sources sud-coréennes, à des tirs de missiles, confortant les appels internationaux à de nouvelles sanctions contre elle.
Les Coréens du Nord vouent un culte inconditionnel à leur défunt président Kim Sung-il, père de Kim Jong-il, l’actuel président. Le régime continue de défier l’autorité des Nations unies en procédant à des tirs de missiles. D’autres sanctions économiques lui seront d’ailleurs imposées dans les prochains jours.
Pyongyang, qui avait déjà testé trois missiles lundi, parallèlement à son essai nucléaire, a lancé deux nouveaux engins, un missile solair et un autre sol-mer, d’une portée de 130 km, a indiqué l’agence de presse sud-coréenne Yonhap, citant une source gouvernementale. « Les services de renseignement analysent les motivations de ce tir », a ajouté cette source.
L’essai nucléaire de lundi, bien plus puissant qu’un premier fait en octobre 2006, selon Tokyo et Moscou, a été condamné par le Conseil de sécurité de l’ONU. Le Conseil prépare une résolution devant comporter de nouvelles sanctions à l’égard du régime communiste de Pyongyang, a déclaré son président pour le mois de mai, l’ambassadeur de Russie, Vitaly Tchourkine.
« J’espère sincèrement que le Conseil de sécurité sera capable de prendre les mesures nécessaires correspondant à la gravité de la situation », a déclaré, à Helsinki, le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon.
Les États-Unis ont particulièrement haussé le ton. Dans la journée, la secrétaire d’État, Hillary Clinton, a appelé son homologue russe Serguei Lavrov pour lui demandé une réponse « rapide et unifiée » de la communauté internationale à la Corée du Nord, a annoncé le département d’État.
Nouvelles sanctions
Le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates, participera samedi, à Singapour, à une réunion avec ses homologues japonais et sud-coréen, au cours de laquelle le dossier nord-coréen sera évoqué.
Plusieurs diplomates occidentaux ont appelé au vote d’une résolution comportant de nouvelles sanctions contre le régime nord-coréen.
« Nous sommes ouverts à toutes les possibilités de renforcement, d’élargissement des sanctions », a ainsi déclaré le porte-parole adjoint du ministère français des Affaires étrangères, Frédéric Desagneaux.
« L’adoption d’une résolution dure par le Conseil de sécurité de l’ONU est inévitable », a ajouté hier une source diplomatique russe, tout en précisant que « la porte des négociations doit toujours rester ouverte ».
Le ministère allemand des Affaires étrangères a annoncé avoir convoqué l’ambassadeur de Corée du Nord à Berlin pour lui faire part de ses « vives critiques ».
Réunis à Hanoi, les chefs de la diplomatie de l’Union européenne et d’Asie ont eux aussi condamné l’essai mené par la Corée du Nord, en appelant cette dernière à « ne mener aucun essai nucléaire supplémentaire et à respecter pleinement les résolutions et décisions du Conseil de sécurité des Nations unies ».
Un j ou r na l f avorable à Pyongyang, le Chosun Sibo, a répondu que des sanctions contre la Corée du Nord ne feront qu’attiser les tensions. « Peu importe le degré de pression », la Corée du Nord « ne changera jamais de cap », a affirmé le Chosun Sibo.
Le Conseil de sécurité avait déjà condamné, le 13 avril, un tir de fusée balistique mené par la Corée du Nord et renforcé le régime de sanctions mis en place en 2006. En réponse à cette condamnation, Pyongyang avait annoncé son retrait des négociations à six ( Russie, Corée du Nord et Corée du Sud, États-Unis, Japon et Chine), l’arrêt de sa coopération avec l’Agence internationale de l’énergie atomique et la réactivation de ses installations nucléaires.




D’autres sanctions envisagées contre l’« État ermite »
La Corée du Nord vient de faire un nouveau pied de nez nucléaire au reste du monde, condamné sans réserve d’un bout à l’autre de la planète. Pourquoi la Corée du Nord cherche-telle à ce point à faire peur? Probablement pour prouver que le pays n’est pas a
Les États-Unis ont initialement rapporté une explosion d’environ 1 kilotonne, ce qui signifierait un deuxième échec.
La Corée du Nord a procédé dimanche soir à un nouvel essai nucléaire, son deuxième depuis 2006. Le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni d’urgence hier soir pour envisager de nouvelles sanctions contre l’« État ermite ».
Des manifestants nord-coréens ont brûlé, hier, le simulacre d’un missile nord-coréen sur lequel il y avait des photos du leader de l’«État ermite», Kim Jong-il. La Corée du Nord a procédé, dimanche soir, à un essai nucléaire condamné par le reste du monde.
À Ottawa, le premier ministre Stephen Harper a qualifié le test d’« action dangereuse et inutilement provocatrice ». Le président américain Barack Obama a réclamé une « réponse de la communauté internationale » devant cette « action téméraire ». La Chine et la Russie ont aussi dénoncé l’essai, la Russie affirmant qu’il pourrait « sérieusement déstabiliser l’Asie du Nord-Est ».
Les tests ont été annoncés par les Nord-Coréens et confirmés par des bureaux de mesure des tremblements de terre de différents pays. Le premier test, en 2006, avait été un pétard mouillé de seulement 0,8 kilotonne. Les estimations du test de dimanche varient entre 1 et 20 kilotonnes. La bombe atomique d’Hiroshima atteignait 15 kilotonnes.
L’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires a indiqué avoir enregistré des vibrations de 4,52 à l’échelle de Richter, contre 4,1 en 2006. Les États-Unis ont initialement rapporté une explosion d’environ 1 kilotonne, ce qui signifierait un deuxième échec.
Le test survient un mois après un lancement raté de satellite qui avait aussi provoqué la controverse. La fusée du satellite peut en effet être utilisée comme missile intercontinental. Le lanvernement nord-coréen menaçait de procéder à un test nucléaire si les sanctions n’étaient pas levées.
La communauté internationale est à court de mots face à la Corée du Nord. Depuis 1994, quand le programme nucléaire nord-coréen a été découvert par l’Agence internationale de l’énergie atomique, les négociations ont progressé, puis ont été rompues à plusieurs reprises. En désespoir de cause, certains cement avait échoué, le troisième étage de la fusée n’ayant pas fonctionné. C’était le troisième échec de cette fusée capable d’atteindre l’Alaska en version militaire.
À la fin avril, le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé, après trois semaines de négociations ardues avec la Chine qui veut protéger son allié et voisin, d’ajouter trois nouveaux noms à la liste déjà longue de firmes nord-coréennes interdites de commerce international parce qu’elles participent aux programmes nucléaires et balistiques. Quelques heures plus tard, le gouexperts suggèrent de nouvelles approches. Sur le forum Nautilus, consacré à la sécurité dans le Pacifique Nord, un économiste de l’Université de Vienne, Rudiger Frank, vient d’avancer que qualifier les tests nucléaires et balistiques d’« échecs » pousse la Corée du Nord à la surenchère. Mieux vaudrait saluer ces tests avec « respect », selon M. Rudiger.
Les motivations de la Corée du Nord sont nébuleuses. Le test nucléaire pourrait faire partie d’une stratégie de passation de pouvoirs du président nord-coréen Kim Jong-il, qui a été gravement malade l’an dernier. Il s’agirait d’une manière de rappeler que la Corée-du-Nord n’est pas affaiblie par sa maladie.
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, n’a pas hésité à mettre en doute la capacité de M. Kim à diriger son pays après sa maladie, lors d’une visite en Asie en février. Mais il est extrêmement difficile d’identifier une ligne de succession. Beaucoup d’encre a coulé depuis avril chez les spécialistes quand un beau-frère du président nordcoréen, Jang Seong-taek, a été nommé à la toute-puissante Commission nationale de la défense. M. Jang a longtemps été écarté du pouvoir parce que le père de Kim Jong-il s’opposait à son mariage avec sa fille, rapportait le Wall Street Journal cette fin de semaine. Mais il a récemment été vu dans des photos officielles en compagnie de Kim Jong-il. Des médias sud-coréens ont aussi mentionné que le troisième fils de Kim Jong-il, Kim Jong-un, 26 ans, a été nommé en secret à la Commission de la défense. Selon le Wall Street Journal, sa mère, morte en 2004 dans un accident de voiture, était particulièrement proche du président nord-coréen.


La Corée du Nord hausse le ton
— La Corée du Nord a haussé le ton hier en menaçant d’attaquer militairement sa voisine du Sud, que Washington s’est dit prêt à défendre, signe de l’escalade des tensions deux jours après l’annonce par Pyongyang d’un essai nucléaire unanimement réprouvé.
Le régime communiste a affirmé qu’il considérait la décision annoncée la veille par Séoul de se joindre à l’initiative d’antiprolifération ( PSI) comme « une déclaration de guerre », dans un communiqué de l’armée cité par l’agence nord-coréenne KCNA.
Appel au calme
Le président sud-coréen Lee Myung-bak a appelé à « des réactions calmes » face aux menaces. Selon le ministère de la Défense, aucun renfortmilitaire sud-coréen n’a été envoyé dans l’immédiat à la frontière intercoréenne.
Les États-Unis ont répondu par la voix de la secrétaire d’État, Hillary Clinton, qu’ils honoreraient leur engagement à défendre la Corée du Sud.
Les menaces proférées par la Corée du Nord ne feront que renforcer davantage son « isolement », a de son côté averti la Maison-Blanche.
Après l’annonce lundi d’un deuxième essai nucléaire depuis 2006, condamné par le Conseil de sécurité, la Corée du Nord a procédé hier à un nouveau tir de missile à courte portée, portant à cinq le nombre d’engins tirés depuis lundi, selon le ministère sud-coréen de la Défense.

SUCCESSION À LA TÊTEDE LA

CORÉEDUNORD 
De père en fils... en petit-fils !
La nouvelle est maintenant presque officielle. Kim Jong-il, le président de la Corée du Nord, a nommé son fils de 24 ans, Kim Jong-un, comme son successeur. Il serait au départ supervisé par son oncle
Des manifestants sud-coréens brûlent des photos du leader nord-coréen et de son fils Kim Jong-un, son successeur éventuel.
« L’agence d’espionnage sudcoréenne a confirmé la succession dans les journaux d’hier », indique Daniel Pinkston, l’analyse de l’ONG européenne International Crisis Group, à Séoul. « Et j’ai rencontré vendredi dernier un Allemand qui travaille pour une ONG et se rend souvent en Corée du Nord, et qui m’a confirmé que Kim Jong-un serait le successeur. Il m’a même dit que ses interlocuteurs espéraient que la succession n’ait pas lieu dans les prochaines semaines ou les prochains mois. Le plan serait d’attribuer à Kim Jong-un la responsabilité du test nucléaire de la semaine dernière et d’un récent programme national de 150 jours d’amélioration de la productivité. »
Kim Jong-il, qui a 67 ans, a eu un accident vasculaire cérébral l’année dernière. Cela l’a grandement affaibli. Il n’a pas été vu en public pendant six mois, malgré les tentatives des autorités nord-coréennes de publier des photos montrant qu’il était toujours actif et qu’il n’avait jamais été malade.
Les inquiétudes sur la succession en corée du Nord sont avivées par le fait que Kim Jongil a été nommé successeur de son père en 1974, 20 ans avant d’accéder au pouvoir. M. Kim a eu ses enfants sur le tard et son fils aîné s’est disqualifié de la succession en 2001, quand il s’est fait arrêter à la frontière du Japon avec un faux passeport dominicain. Selon les médias nippons, il voyageait avec deux femmes et son fils de 4 ans, sous un patronyme chinois, dans le but de visiter Disneyland Tokyo.
La succession est aussi une affaire de femmes. Les médias nippons, s’appuyant sur le témoignage d’un cuisinier italien qui a travaillé pour Kim Jong-il, rapportent que la mère de Kim Jong-un, qui est la troisième des quatre épouses de Kim Jong-il, a été son épouse préférée (son épouse actuelle est sa secrétaire de longue date). De plus, le dictateur nord-coréen était particulièrement proche de sa soeur Kim Kyung Hee, qui est l’épouse du « tuteur » Jang Seong-taek. Leur père aurait exilé M. Jang à Moscou parce qu’il était opposé au mariage, mais Kim Jong-il l’a réhabilité quand il est arrivé au pouvoir. M. Jang a été nommé en avril à un poste de bas niveau de la toute-puissante Commission nationale de la défense.
Les médias sud-coréens et japonais, friands de potins sur la famille Kim, se sont rapidement emparés de Kim Jong-un. On a rapporté que des écussons à son image, un instrument du culte de la personnalité particulièrement utilisé en Corée du Nord, sont déjà distribués et qu’une chanson en son honneur est enseignée aux écoliers. Par ailleurs, comme son père, il souffrirait de diabète et aimerait le basketball de la NBA.




Plus de marines meurent dans des accidents de moto qu’en Irak
Ils survivent au stress, aux échanges de coups de feu et aux engins explosifs improvisés. Mais certains soldats américains ne survivent pas à… la vitesse. En 2008, un plus grand nombre de marines ont perdu la vie à moto sur les routes américaines qu’en faisant des patrouilles en Irak.
Des statistiques rendues publiques mardi par le corps des marines font état de 25 soldats ayant péri à moto durant l’année 2008. Au cours de la même période, 22 marines ont été tués en Irak et 21 en Afghanistan. Des chiffres qui ont été largement repris hier dans les médias américains.
« Ces données nous mettent la puce à l’oreille. Ils nous permettent de concent rer not re at tention sur les enjeux réels », a déclaré le contre-amiral Arthur Johnson, commandant du Naval Safety Center de l’armée américaine, dans un article du USA Today.
L’article publié hier cite également un marine, propriétaire d’une rutilante motocyclette, selon qui les soldats, au retour d’Irak, pratiquent la moto de façon trop audacieuse pour brûler leur tropplein d’adrénaline.
Afin de faire échec au phénomène, les dirigeants des marines forcent les soldats à prendre des cours de conduite dont le contenu va bien au-delà des niveaux d’enseignement donnés aux civils. Près de 18 000 marines seraient des conducteurs de moto et jusqu’à maintenant, 700 ont suivi le cours.
En 2004, seulement sept marines avaient péri à moto. La hausse des taux de décès a aussi été observée dans l’armée de terre des États-Unis. L’an dernier, 51 soldats ont perdu la vie à motocyclette, comparativement à 22 en 2004.


Un sergent en mission chez Google  -  Nicolas Bérubé
Un sergent de l’armée américaine habitué aux rues dangereuses de Bagdad travaille maintenant chez Google. Le choc culturel ne pourrait être plus grand, rapporte notre correspondant.
LOS ANGELES— La journée du 20 avril restera gravée dans la mémoire du sergent Dale Sweetnam. C’est le jour où il est arrivé chez Google.
« La première chose qui m’a frappé, c’est la façon dont les gens étaient habillés, dit-il. Tout le monde avait l’air cool. Je me suis dit "Oh boy, je vais devoir aller magasiner ce soir." »
Durant ses quatre années passées dans l’armée, dont t reize mois en I rak, M. Sweetnam a dû vivre avec la présence d’un ennemi invisible, traverser des tempêtes de sable, et patrouiller au-dessus de Bagdad et de Bassora à bord d’hélicoptères Black Hawk. Ces jours-ci, le sergent Sweetnam relève un nouveau type de défi. Durant sa première semaine chez Google, il s’est battu à mains nues contre une lampe « lava » qui refusait de s’allumer. Il s’est familiarisé avec les matchs de ballon chasseur en fin d’après-midi. Il a découvert qu’il n’avait pas besoin de répondre « Roger » quand on lui demandait d’accomplir une tâche.
M. Sweetnam a aussi dû réapprendre à sourire, un trait de caractère qui n’est pas encouragé dans l’armée. « J’avais une attitude très directe, très efficace, expliquet-il. Au bout de quelques jours, les gens m’ont dit: "Hé, tu peux relaxer. C’est correct."»
Pendant la prochaine année, M. Sweetnamtravaillera dans le département des relations publiques de Google, au Googleplex de Washington. Son rôle est de tout assimiler « comme une éponge » et d’appliquer ses nouvelles connaissances à son retour dans l’armée.
Cet été, M. Sweetnam travaille sur le projet Google Voice, un programme qui permet aux usagers d’obtenir un numéro de téléphone Google qui les suit au travail, sur la route, ou à la maison. L’usager possède ainsi un seul numéro, et une seule boîte vocale dont les messages peuvent être entendus via l’internet, ou même retranscrits automatiquement en format texte, comme un courriel.
Ce nouveau service est offert en priorité aux familles de militaires déployés outre-mer, pour qui rester en contact est complexe. « J’ai vécu la frustration de ne pas pouvoir joindre mes proches quand j’étais en Irak. Je sais que les petites choses peuvent faire la différence. »
Habitué à se lever à 6h du matin et à avoir une journée planifiée à l’avance, M. Sweetnam vit désormais dans un monde qui lui semble parfois irréel, dit-il.
« L’armée vous prépare à faire face à tout. Cela dit, la culture de Google est à l’opposé de celle de l’armée. Comme soldat, on nous apprend à vivre selon des règles. Chez Google, tout ça fout le camp. Les tâches changent continuellement. Les objectifs sont plus abstraits. Au début, ça peut être étourdissant. »

Depuis son arrivée chez Google, M. Sweetnamfait part de ses réflexions dans son blogue, The Army Journalist. On peut y saisir la mesure de son étonnement. « Aujourd’hui, vendredi, nous avons eu du temps de récréation au travail, écrit-il, incrédule. Le chef cuisinier de Google a apporté des pizzas, des croquettes de poulet, des boîtes de jus. Nous avons joué au ballon chasseur. Ensuite, nous avons écouté des vidéos de Michael Jackson. Incroyable. »



La guerre des boutons
Au départ de mon petit-fils pour l’Afghanistan, pas d’accueil, pas de chaleur etmême pas de décorum
Après à peine 19 mois d’entraînement, Karl est déjà prêt à aller défendre les autres, se défendre, ou encore se battre, ou aller se faire tuer.
L’auteure réside à Montréal. En 1961, le cinéaste français Yves Robert présentait son film La guerre des boutons. En 2009, le titre de ce film pourrait encore servir à présenter l’histoire des 200 jeunes, le visage encore marqué par l’acné, qui se sont envolés mercredi dernier vers l’Afghanistan. Mon petit-fils, âgé de 21 ans, fait partie de ceux-là.
Âgé de 21 ans, Karl Pépin est parti pour l’Afghanistan mercredi dernier. On le voit ici avec sa grand-mère, Louise Bureau.
À 19 ans, Karl décide qu’il veut acquérir de la discipline et préparer son avenir. Il s’enrôle donc dans les Forces armées canadiennes.
Après à peine 19 mois d’entraînement, il est déjà prêt à aller défendre les autres, se défendre, ou encore se battre, ou aller se faire tuer, dépendamment où il pose le pied ou sur quelle route passe leur véhicule « blindé ».
Mais c’est son choix. Il est fier et certain qu’il ne lui arrivera rien de malheureux.
Le coeur serré, papa, maman, le frère aîné, la jeune soeur, pépé et mémé, nous sommes allés assister au grand départ à la base militaire de Valcartier. Arrivés sur place, on se rend dans un hangar. Sur les lieux, se trouvent un immense jeu gonflable pour petits, des tables de réfectoire, chaises pliantes, kiosque d’objets en vente, machines distributrices de boissons et chips.
Au mur, un écran géant, sur lequel est projeté le message, j’imagine de « bonne chance », du premier ministre Jean Charest et du ministre de la Défense nationale, Peter MacKay. Je dis bien « j’imagine », car nous avons eu droit à une projection muette. Aucun son. Image floue, et pas de représentant des deux gouvernements pour nous « consoler » ou nous rassurer.
Quant aux jeunes soldats, une soldate leur a donné les instructions sur le déroulement du départ. Encore là, nous n’entendions que des bribes de phrases perdues dans l’immense hangar de béton et de métal froid, inodore, incolore.
Bref, pas d’accueil, pas de chaleur et même pas de décorum. J’ai vu un petit de 4 ans s’incruster au pantalon camouflage de son père en pleurant et réclamant de ne pas partir. Une jeune maman nourrir de lait maternel et de larmes son bébé de 1 mois. Mais j’ai surtout vu ma famille étouffer de chagrin et mon « petit » prendre le chemin de la guerre, confiant et plein de belles promesses faites par ses dirigeants.
Aujourd’hui, je me remets de mes émotions, mais en garde un goût amer. Plein de questions trottent dans ma tête. N’y a-t-il pas un minimum de protocole militaire à suivre lors des départs de nos enfants ? Les hauts gradés, les grands dirigeants politiques sont-ils à ce point indifférents pour ne pas venir les encourager et nous serrer la main?
Mais ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est pourquoi nous sommes en Afghanistan. Il y a des années et des années, les Anglais ont échoué, ensuite la Russie. Et maintenant, nous essayons de nous montrer les plus forts. Foutaise ! Qu’on me donne une seule raison positive et valable d’aller sacrifier la vie de nos jeunes.
Bref, j’éprouve de la fierté d’avoir un petit-fils aussi courageux, mais de la colère envers ceux qui dorment confortablement et en sécurité rue Sussex.



Triturer l’Histoire  -  MARIO ROY
En moins de 72 heures, les troupes d’Adolf Hitler ont envahi la Pologne ; la Grande-Bretagne et la France ont déclaré la guerre à l’Allemagne. C’est de cette façon qu’a débuté, il y a 70 ans, la Seconde Guerre mondiale. Quelques jours plus tard, le 9 septembre 1939, The Economist opinait : « Il est difficile de voir comment un historien du futur pourrait douter que c’est Hitler qui, délibérément et sans raison, a déclenché ce conflit ».
Pourtant, l’histoire de ces six ans d’enfer ne cesse d’être réécrite sur un mode qui, parfois, frôle le révisionnisme.
Hier, à Gdansk, les leaders d’une vingtaine de nations ont commémoré l’événement dans une ambiance fort peu sereine. On a assisté, en effet, à un chassé-croisé d’accusations ayant pour objectif de rejeter sur autrui la part maximale de blâme. À telle enseigne que le premier ministre polonais, Donald Tusk, a dû rappeler que, « sans mémoire honnête, ni l’Europe, ni la Pologne, ni le monde ne vivront jamais en sécurité ».
On connaissait déjà les négationnistes de l’Holocauste et les conspirationnistes de Pearl Harbor (les Américains auraient provoqué ou laissé porter l’attaque japonaise). Dorénavant, il faut compter aussi avec les thèses russes dont certaines ont été endossées, encore hier, par le premier ministre Poutine. Un: par son rapprochement de 1934 avec les nazis, la Pologne creusa sa propre tombe. Deux: les accords de Munich (1938) donnèrent à la France et à la Grande-Bretagne une large responsabilité dans le déclenchement du conflit. Trois: le pacte germano-soviétique du 23 août 1939 ne compta que fort peu dans la décision d’Hitler de lâcher ses troupes huit jours plus tard.
Pour faire bonne mesure, le chef de la diplomatie russe, Sergueï Lavrov, a qualifié de « comble du révisionnisme historique » le fait de comparer les politiques de Staline et d’Hitler...
Or, de façon sûre, l’Histoire enseigne ceci.
À beaucoup d’égards, les deux potentats sont bel et bien comparables. Le pacte Ribbentrop-Molotov libéra Hitler de tout souci à l’Est, lui pavant la voie vers le reste de l’Europe. Munich fut un aveu de faiblesse de Londres et de Paris, mais pas un pacte avec le diable. Il est extraordinairement indélicat de jeter le blâme sur la Pologne, tour à tour malmenée par les deux tyrans avant de se retrouver cadenassée par Moscou.
Cer tes, Poutine et son entourage ont des raisons de réécrire l’Histoire à leur convenance – politique intérieure et orgueil national, bien entendu. Cependant, contrairement à ce qui est le cas pour d’autres événements historiques, les tenants et aboutissants de la Seconde Guerre mondiale sont connus, avérés, irréfutables (à lire: le blogue de l’édito sur Cyberpresse).
Aussi, voir la vérité historique triturée de cette façon aux plus hauts niveaux constitue une leçon de malhonnêteté et de cynisme dont le commun des mortels pourrait bien se passer.



2eme GUERRE MONDIALE , 70 ANS APRÈS : LE FRACAS ET LE SILENCE  -  Marc Tison

LE FRACAS ET LE SILENCE  -  Marc Tison
Depuis 70 ans, les anciens combattants gardent pour eux les traumatismes, les affections, les afflictions. L’an dernier, 400 d’entre eux sont décédés au Québec. Avec leur départ, une page d’histoire s’efface. Entre la douleur et les remords, souvenirs de
C’est d’abord le ruban bicolore qui a accroché le regard. Puis l’étoile qui y était suspendue. Une médaille militaire, épinglée sur le revers d’un complet gris. L’homme était assis seul, sur une petite esplanade intérieure des Galeries d’Anjou.
Oui, a-t-il dit, il avait été soldat. Il avait combattu en France, lors de la Seconde Guerre mondiale. Nous étions le 6 juin, 65e anniversaire du débarquement de Normandie, et il commémorait ainsi l’événement, en solitaire. Enmoins de deux minutes de conversation, Eldric Wilfred Roy avait déjà évoqué les deux grandes raisons pour lesquelles ces anciens combattants restent si discrets sur leurs expériences.
Les souvenirs trop douloureux, d’abord. Il a suffi de cette simple évocation pour que les yeux bleus d’Eldric Roy se mouillent. L’Acadien du Nouveau-Brunswick n’assiste plus aux réunions d’anciens combattants. « Je ne suis plus capable d’entendre la cornemuse jouer la retraite », dit-il.
Les remords, ensuite… Il n’a jamais compris, ni accepté, d’avoir survécu alors que tant de camarades sont tombés.
Le 1er septembre 1939, il y a 70 ans, l’Allemagne nazie envahissait la Pologne. Neuf jours plus tard, le Canada entrait à son tour dans le conflit.
Parce qu’il en reste bien peu comme lui pour témoigner, Eldric Roy a accepté, ce 6 juin, de laisser son numéro de téléphone pour un entretien. Puis il a raconté une anecdote.
À Calais, en 1944, lors de combats de rue – une des épreuves de feu les plus difficiles –, il était entré dans une maison où un gros crucifix était suspendu. Il l’a décroché et l’a mis contre sa poitrine, sous sa vareuse, en guise de scapulaire géant, dont il espérait les bénédictions proportionnelles au format. Peu de temps après, il essuyait le tir d’une mitrailleuse lourde. Il s’est jeté sur le ventre. Mais il est difficile de s’aplatir quand les genoux saillants du Christ en croix vous vrillent le sternum. « Je ne l’ai pas gardé longtemps. »
L’officier
Souvent, ils n’en ont jamais parlé à leurs propres enfants. Leurs conjointes connaissent les regards fixes, les sursauts, les cauchemars. Plus rarement leurs causes.
« On aime mieux se rappeler les bons souvenirs que les mauvais », explique le lieutenant-général Gilles Turcot, dans sa grande maison, près du lac Memphrémagog.
Lui-même est un pan d’histoire. Âgé de 91 ans, il est un des deux derniers officiers du Royal 22e Régiment en fonction en 1939 à être encore vivant. Il commandait le régiment lors de ses dernières opérations en Europe du Nord, à la fin de la guerre.
Après quatre ans d’attente, il a vu l’action pour la première fois en Sicile, le 10 juillet 1943. Il est tombé 16 jours plus tard. « On avançait, les bombardements ont commencé, et un morceau de shrapnel m’est passé au travers de la jambe », décrit-il sobrement.
C’était le matin. Son unité était bloquée loin en avant, les communications étaient coupées. « J’ai décidé de déployer ma compagnie, de prendre une position défensive, et je suis resté avec eux jusqu’au soir. » La nuit venue, il a demandé à deux de ses hommes de l’aider à revenir à l’arrière jusqu’au poste de secours. Mais la distance était plus longue que prévu. « J’ai dit aux gars: laissez-moi ici, je ne suis plus capable. Rendez-vous au bataillon et revenez me chercherdemainmatinavec unâne. » L’armée réquisitionnait les ânes, qui passaient sans encombre dans les sentiers impraticables pour les camions. Gilles Turcot s’est endormi seul, dans la nuit. « Le lendemain matin, je les ai vus arriver avec l’âne. »
Il a été embarqué sur un bateau-hôpital en direction de Tripoli. Il était sale, il portait les mêmes vêtements et ne s’était pas rasé depuis sept jours. « Vous voulez un rasage? » lui a proposé un infirmier indien. « You bet! »
« Je n’ai rien senti. Ça m’a tellement fait de bien », narre-til, avec encore une satisfaction rétrospective dans la voix…
Ce sont ces souvenirs-là qu’ils aiment évoquer. Des souvenirs de simples contacts humains.
La première action fait craindre la mort, beaucoup, mais plus encore de ne pas être à la hauteur et de laisser tomber ses compagnons. Malgré un long et dur entraînement, personne n’est certain de la façon dont il va réagir sous le feu véritable.
« Quand on tire sur toi, c’est différent », explique Charles Forbes, un grand gaillard de 88 ans, gouailleur, dans sa coquette maison de SaintFerréol-les-Neiges, près de Québec. Officier dans le régiment de Maisonneuve, Charles Forbes est débarqué en France en juillet 1944, pour prendre part à la campagne de Normandie. La division canadienne dont il faisait partie avait pour mission de prendre la ville de Caen, dans le Calvados. Elle aurait dû tomber le lendemain du débarquement, un mois plus tôt. C’est dire la rigueur des combats et la résistance acharnée des Allemands, qui tiraient avantage de chacune des hautes haies qui quadrillaient le bocage normand.
Sur la péniche qui traversait la Manche pour l’amener au port artificiel d’Arromanches, Charles Forbes était anxieux. « Comme je n’avais pas connu la guerre, mon appréhension était de partir en peur sur le champ de bataille. Jamais je n’avais testé ma capacité de résistance et ma réaction. »
Il entre en ligne à SaintAndré-sur-Orne, en banlieue de Caen, défendue par la 12e Division blindée SS. « À 9h30 du matin commence un bombardement de mortiers intense, concentré, précis. »
L’orage de feu dure 15 minutes. « J’ai un blessé à mes côtés dont la jambe est à moitié arrachée. J’appelle les brancardiers. » Un brancardier arrive, saoul. « Les gars étaient tombés sur une cave remplie de calvados. »
Charlie Forbes prend les choses en main, empoigne son pistolet par le canon et anesthésie le blessé d’un coup de crosse en plein front. « Ce sontmes premières réactions. Je m’installe à côté du blessé, le sang me pisse dans le visage. Avec d’autres hommes, on réussit à lui faire un garrot, à arrêter l’hémorragie, à ramasser un brancard, et à le sortir de là. Je suis tout énervé, il faut que je replace mes hommes dans leurs trous et qu’on reprenne une position qui a du sens. »
Le soir venu, épuisé, il se découvre poisseux de sang. Il se tâte. Aucune blessure. « Je m’aperçois tout à coup que je suis cool. Ce dont j’avais peur, je ne l’avais pas. Je réagissais, nerveusement peut-être, mais intelligemment. Ça m’a satisfait. À partir de ce moment-là, j’ai pu prendre en charge mes hommes, contrôler monaffaire sans perdre les nerfs, et avoir confiance. »
Les images
« À la guerre, lance Eldric Roy, tun’aspas le tempsd’avoirpeur. » Assis sur le bout de son fauteuil, dans son appartement, il cite cet obus qui a sifflé au-dessus de sa tête, quand le blindé semi-chenillé où il prenait place a piqué dans un fossé. Un souffle, et le danger était passé. L’enfer, c’est plus tard, après, à la maison.
« Sur le champ de bataille, chaque incident est pour le moment une expérience que tu n’avais jamais eue, qui te reste dans la tête, décrit-il. Quand tu reviens chez toi, tu as une vision panoramique de toutes ces choses qui s’étaient passées en quelques secondes. C’est ça qui est la maudite affaire. On vit avec ça toute notre vie. Au retour de l’armée, je priais à genoux une partie de la nuit. Je suis allé voir le curé pour de l’aide. Il ne pouvait pas m’aider. La guerre, c’est un chapitre. C’est l’aprèsguerre qui est le pire. »
Et revoilà les images qui défilent, anciennes, mais toujours vivantes, à mesure qu’il les énumère. L’homme qui s’élève en l’air, soufflé par une explosion, « comme une poupée de chiffon, c’était ça mon impression ». Et cette Française, la jambe droite presque entièrement sectionnée sous la hanche. « Elle tenait seulement par un nerf. Je voulais la trancher au couteau, mais ils nem’ont pas laissé faire. Les Allemands avaient tiré un obus. C’était terrible. Elle pleurait et insultait les Canadiens: vous auriez dû rester chez vous, on n’avait pas de problèmes avant que vous arriviez. »
La campagne de Normandie a fait 35 000 morts chez les civils français.
Une main devant les yeux, il raconte l’herbe noircie, la puanteur des animaux morts, au ventre gonflé. « Tu es pris avec ça, ça ne te laisse jamais. J’ai 90 ans. J’avais 21 ans, dans le temps… »
À la toute fin, il dira: « C’est la première fois que je m’ouvre comme ça. Je ne sais pas pourquoi. Ils disaient que ça fait du bien. » Il n’en a pas l’air convaincu. Mais il ajoute: « Je pensais que ça ferait plus mal d’en parler... »