Conflits humains divers...

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


Kosovo and Rwanda: Selective Interventionism?
After the Rwandan genocide 20 years ago, we said 'Never Again'. Did we mean it?



Egypt/Sudan: Traffickers Who Torture
Human trafficking in the Sinai: to fight it we need to know it

Rights group: Egypt turns blind eye to human trafficking in Sinai

Review of Human Trafficking in the Sinai: Refugees Between Life and Death
Ransom, Collaborators, Corruption: Sinai Trafficking and Transnational Networks : A Case Study of the Eritrean Migration System from Eritrea to Israel



Syrian violence reaches Assad's doorstep

Syrie - Un attentat frappe Damas
L'armée d'al-Assad est prise comme cible à Deraa - Syrie: Moscou propose une résolution au Conseil de sécurité
Death toll in Syria exceeds 5,000, including 300 children
L'Union européenne sévit de nouveau - La Syrie dénonce les sanctions arabes
L'ONU accuse Damas
Syria's crimes against humanity include sexual torture, electric shock: UN report
Arab League sanctions against Syria are welcome - Globe Editorial

L'ONU rapporte des «crimes contre l’humanité» par les forces syriennes
Syrie - La Ligue arabe adopte des sanctions contre Damas
Damas reste inflexible
Prêt à mourir
Syrie - Riyad presse Damas d'appliquer le plan arabe
Crise syrienne - Assad préfère la mort au départ
La Syrie est au bord de la «guerre civile»
‘Untouchable’ Assad ruled by duty to family
Répression en Syrie - L'abandon
Menace de sanctions économiques - La Ligue arabe donne trois jours à la Syrie pour stopper la violence

Damas s'indigne - Le printemps de la Ligue arabe
The Arab League awakening
Le régime libère 1000 prisonniers - Les pressions sur Damas augmentent
Options dwindling for Assad regime as Arab League suspends Syria
Only two powers can stop Syria’s brutality - Globe Editorial

La Turquie n’a plus confiance dans le régime syrien

Le roi de Jordanie appelle le président Assad à quitter le pouvoir - Damas dénonce un «complot»
La Ligue arabe lâche la Syrie
King of Jordan says Assad should step down

Arab League to Syria: Stop violence or face suspension

Le Conseil national syrien exhorte les pays arabes à le soutenir
En bref - Syrie: l'opposition veut une protection de l'ONU
Une bouée de sauvetage du régime?
Syrie: 20 morts malgré le plan arabe
Sincère, Assad ?

3 reasons why the Libyan war model won't work in Syria

La Turquie s'invite en Syrie - L'abandon
En cas d'action des Occidentaux - Assad parle de «séisme» au Proche-Orient
Syrie : la Ligue arabe se pose en médiateur
The tactics of intervention: Why Syria will never be Libya

LES TENTACULES DU RÉGIME SYRIEN
Massacre à huis clos

Votre silence nous tue
L'ONU craint une guerre civile en Syrie
Syria’s bizarre and brutal plot to silence protests comes to the U.S.

Conflit libyen - Syrte est «presque» conquise
Le régime de Damas met en garde contre toute reconnaissance de l'opposition
Washington est outré - L'Occident dénonce le veto sino-russe sur la Syrie à l'ONU
Death toll in Syria up to 2,900, UN says

Syrian repression knows no bounds
Libya-style warfare is no solution for Syria, activists say

Les affrontements entre militaires et déserteurs se multiplient en Syrie
La pression internationale s'accentue sur la Syrie
Damas accusé de « crimes contre l'humanité » - Dix-sept personnes périssent à Homs
L'Union impose un embargo au pétrole syrien
Les bouchers de Damas
Syrie : la répression persiste
L'armée encercle Rastan - Syrie : les défections augmentent
Al-Assad: backed himself into a corner - Globe editorial

Thousands of Syrians march against Assad, 3 killed

Rapport de l'ONU - Les Syriens ont un besoin «urgent» d'être protégéss
Syrie: encore des dizaines de milliers de manifestants
Syrie - Faire taire le caricaturiste
Déjà 2200 morts en Syrie, selon L’ONU
Un recours à la force en Syrie est voué à l'échec, dit Assad
Répression en Syrie - Les Prussiens d'Orient
Syria’s security forces face a moral choice

Quand la sauvagerie va trop loin

Le régime Assad isolé

L'Occident demande le départ d'Al-Assad
Syrie: le président Barack Obama pousse Bachar al-Assad à quitter le pouvoir
Syrie : à la Pinochet !
Des menaces de mort
Syrians ‘will not kneel’ before the Assad regime
Syrie: au tour de la marine d'ouvrir le feu sur les civils
Harper veut des sanctions plus sévères contre la Syrie
There's no happy ending to Syria’s power struggle

25 morts en Syrie
Syria defies global reproach; launches new military raids

Crackdown intensifies in Syria amid calls to end bloodshed

Syrian tanks pound city, Saudi king condemns violence

Nouvelle vague de répression

Crise en Syrie - Obama, Sarkozy et Merkel «condamnent» la violence
Massacre en Syrie - De la mollesse
At the UN, democracies forget Syria’s democrats - Globe Editorial

Crise en Syrie - L'ONU condamne la répression
Crackdown in Syria continues as death toll rises

Crise en Syrie - Le Conseil de sécurité en conclave
Crise syrienne - L'ONU se réunit d'urgence, toujours divisée
Les pressions internationales sur le régime syrien se multiplient
La répression s’intensifie en Syrie

La troupe fait feu sur la foule à Damas
Photos from the raid in #Banyas, #Syria
Machine à torture

Syrian forces in violent crackdown as thousands protest

Crise en Syrie - Plus d'un million de Syriens manifestent
La vraie nature du régime syrien
Soulèvement en Syrie - Dieu s'invite
Syrie - La répression s'intensifie
Syrie - Damas manie la carotte et le bâton
« Bachar al- Assad est ton seul Dieu »
Syrie - Assiégée, Hama ne se rend pas
La révolution démocratique s'intensifie en Syrie - Plus de 500 000 protestataires dans la seule ville de Hama
Analyse - Damas ou la stratégie de la diversion
Le petit salopard
« Des hommes coupés vivants »

The EU must target Syria's merchant class

Syrie - Le silence du monde arabe
« Notre espoir est plus grand que notre peur »

Des hélicoptères d'al-Assad tirent sur la foule
L’horreur, encore
Où est la blogueuse Amina?

Crise en Syrie - L'armée se serait mutinée dans le nord
Hamza, le visage de la révolution

Le boucher de Damas

SILENCE, ON TUE

Syrie - Damas est sous pression
Washington sévit contre Al-Assad, qui bombarde l'ouest de la Syrie
Sanctions américaines contre Assad

Les pressions de l'étranger augmentent - Syrie : l'opposition appelle à la grève générale
A hard road to Damascus

Massacres en Syrie - Le Pinochet syrien
Offensive contre al-Assad à l'ONU
Pas si simple, la Syrie


Abandonnés en pleinemer

La nouvelle arme de Kadhafi



Why Intervention in Libya was Justified
Gaddafi's last stand: Embattled leader threatens to 'burn all of Libya' if protesters do not cease in their bid to overthrow him


Libya is a disaster we helped create. The west must take responsibility
The Top Ten Myths in the War Against Libya
"Lessons from Libya: How Not to Intervene"

NATO’s War on Libya – Not a Humanitarian Intervention


Bombarder d’abord, poser des questions ensuite
Les rebelles adoptent une position défensive près de Tripoli
L'OTAN refuse de parler d'enlisement en Libye
Arrest warrant for Gadhafi a new complication for NATO

Cracks showing in NATO’s Libya strategy

The Libyan adventure is making action on Syria harder - Globe editorial

Why Elizabeth May refuses to be a rubber stamp in the Commons

NATO’s Libya 'hope' strategy is bombing
As Libyan hostilities escalate, some contradictions take shape

De la responsabilité de protéger
(Et si la communauté internationale se décidait à ne tout simplement pas laisser libre cours à la barbarie ?...)
This may be peace for Canada – it won’t be a lasting calm
Flag-waving aside, Libya mission merits celebration
Obama sends U.S. troops to capture Lord’s Resistance Army chief

... et de ses limites !
Entrevue avec Rory Stewart - Leçons de réalisme

Libye - Le défi de la paix
La dure responsabilité de protéger

On Libya, Harper – and the West – have played their cards well - John Ibbitson

L'après-Kadhafi
Libye - Des manifestants dénoncent l'opacité du CNT
Les Amazighs dans la rue
La paix libyenne sous la menace des violences tribales - «J'ai vu beaucoup de révolutions. Ceci n'en est pas une»

Shariah law declaration raises concerns in new Libya

Mission incomplète

Mort de Kadhafi - Le fardeau de la démocratie
Libye : et maintenant?

La mort d’un dictateur
«Kadhafi a rencontré son destin»
«Ça, c'est Misrata, chien!»
'Moammar Gadhafi has been killed,' Libyan PM says
With Gadhafi's death, Libyans face an unknown rebirth

Moammar Gadhafi killed as Libyan rebels rejoice

Gadhafi’s four-decade descent from revolutionary to crazed tyrant
In quotes: the words of Libya's dictator
Mouammar Kadhafi, un dictateur sanguinaire, imprévisible et incontrôlable
Kadhafi tué dans la chute de Syrte

Les combats sont intenses à Syrte - Voyage éclair de Clinton à Tripoli
Le dernier carré des fidèles de Kadhafi - Chute imminente de Syrte
Lettres - La prostitution légalisée, un bienfait?
Syrte : les derniers pro-Kadhafi sont encerclés
Les combats se poursuivent autour de Syrte - Kadhafi se cacherait non loin de l'Algérie

L'intégration juive, question délicate de l'après-Kadhafi
Une bonne nouvelle
Le CNT veut que l'islam inspire les lois en Libye
Peu de femmes au sein du nouveau pouvoir
La gestion de l'après-Kadhafi - La crédibilité du CNT
L’après- Kadhafi s’organise
Libye - Qui dirige les forces insurgées?
Les périls de l’après- Kadhafi
Many challenges still remain in post-war Libya
L'unité du pays se fera autour du pétrole
Le robinet de l'Europe
Rebel miscommunications incite fear of chaos in Libya

Libyan spring? Not so fast - MARGARET WENTE

Conflit libyen - Les scissions
L’après- Kadhafi

China offered Gadhafi huge stockpiles of arms: Libyan memos
Libye - La crise inquiète les pays voisins
Le contentieux libyen - Algérie honnie
Derrière l'aveu d'Alger
L’Algérie plus embarrassée que jamais


Libye - Sarkozy et Cameron sont accueillis en héros à Benghazi et à Tripoli
Libye: les rebelles entrent à Bani Walid et s’approchent du coeur de la ville
Libye - La bataille de Bani Walid a commencé
Libyan rebels converge on Gadhafi stronghold
Libye – Échec des négociations pour la reddition de Bani Walid
Les rebelles libyens se rapprochent de Syrte; l’ONU envoie 600 tonnes de vivres
Dégel de 15 milliards pour la Libye
Le dirigeant libyen veut lancer une guérilla

'We won't surrender,' Gadhafi says: reports
La traque aux Kadhafi - « Le chef va bien » -- Saïf al-Islam
Libye : les rebelles veulent en finir et lancent un ultimatum - L'ONU autorise Londres à débloquer les avoirs libyens gelés
Les sympathisants kadhafistes forcés de se faire oublier
Gadhafi’s sons take two very different tacks with rebels
Le chef du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés se rend à Doolow - Sécheresse : l'aide doit parvenir en Somalie même
Les rebelles se préparent pour la bataille de Syrte

In Tripoli, the ugly truth about Gadhafi emerges
Le verrou libyen
Conflit en Libye - Syrte est prise en étau
Gadhafi in hiding as wife flees to Algeria: Reports

Des membres de la famille Kadhafi sont en Algérie
Vision d’horreur à Tripoli
Misrata tente de panser ses plaies

Crise ouverte entre Damas et la Ligue arabe
SCÈNES D’HORREUR DANS UN HÔPITAL

Dans le coeur sécuritaire du régime

Libyan rebels fight for major supply road; seize Tunisian border crossing
Layton’s death shows Canada’s hunger for politicians who inspire
Les raisons d’espérer
Doors open on terrible secrets of a crumbling police state in Tripoli

Kadhafi appelle à la résistance

L'OTAN frappe un bunker de Kadhafi
L'OTAN frappe la ville natale de Kadhafi, Syrte
Rebels surround apartment block 'hiding' Gadhafi
Libyan leadership base moving from Benghazi to Tripoli

Les combats se poursuivent à Tripoli, Kadhafi reste introuvable
Dans les ruines du fief de kadhafi
Entre euphorie et soulagement

Kadhafi chassé de son fief
Une Libye libre ?
In Libya, we move toward a more humane world - LLOYD AXWORTHY

Les insurgés sont entrés dans le quartier général de Kadhafi à Tripoli
La bataille de Tripoli

Libye - La bataille de Tripoli fait toujours rage
Gadhafi retreated from Tripoli compound: Libyan TV says

Saïf al Islam, fils de Kadhafi, est toujours en liberté

CHUTE IMMINENTE
Rebels control most of Tripoli; three of Gadhafi's sons arrested

Les heures du régime Kadhafi sont comptées
Éviter un procès à la Saddam Hussein
Quel avenir pour la Libye?

Obama, Harper say Gadhafi era is over

Conflit en Libye - Tripoli est coupée du reste du monde
Libyan rebels storm capital Tripoli with NATO’s aid

Libye : les rebelles, aux portes de Tripoli
Libye - L'optimisme gagne les rangs des rebelles
Libye - Kadhafi défie les rebelles qui cherchent à isoler Tripoli
Révolutionnaire et rappeur
Selon Paris et Washington - Kadhafi pourrait rester en Libye s'il abandonnait le pouvoir
Conflit en Libye - La rébellion affirme avoir pris Brega, le régime dément
NATO forces struggle to find an endgame in Libya
The morning after will be the measure of Libya’s freedom- Doug Saunders
Libye - Des ouvertures politiques après quatre mois de guerre
La France tend une perche à Kadhafi
Crise libyenne - Paris adoucit le ton à l'égard de Kadhafi
Libye - La rébellion se prépare à une offensive
La France arme les rebelles libyens
For NATO, failure is not an option
Mauvais moment pour un départ
Apprendre à protéger
Canada to recognize Libyan rebels
Fin de partie pour Kadhafi? - Un milliard pour les rebelles libyens
Le temps risque demanquer aux alliés
Moscou lâche Kadhafi
Libye : les insurgés veulent avancer vers l'ouest
Gadhafi likely injured and no longer in Tripoli: Italy

Libye - La contestation aurait gagné Tripoli
« Partie terminée » pour Kadhafi, estime le chef de l’OTAN

Libye - Le groupe de contact va se pencher sur l'aide à apporter aux rebelles
Libye - Misrata résiste toujours
Les troupes gouvernementales chassées de Misrata
Misrata, tournant du conflit libyen?
Conflit libyen - Prise 2
Plus divisée que jamais
Conflit libyen - Les insurgés reculent ... et tiennent bon
Military realities bind NATO in continuing Gadhafi fight
Conflit libyen - La chute de Khadafi est l'objectif avoué de l'OTAN
Bombardements des pro-Kadhafi sur Misrata - Les insurgés libyens rejettent le plan de paix africain
Rebels, NATO reject cease-fire proposal; to continue air strikes
Libya stalemate emerging, U.S. general says
Transformer des rebelles en soldats
Libye - Kadhafi semble chercher une issue
Un émissaire de Kadhafi prône l'arrêt des combats
Misrata appelle au secours

Libyan wounded describe Misrata 'massacre'

Quelle « doctrine Obama » ?
Kadhafi perd un ministre clé - Les rebelles, malgré l'aide probable de la CIA, continuent de reculer dans l'est de la Libye
Confusion et déprime à Benghazi

Rencontre de Londres sur la Libye - La coalition accentue la pression sur Kadhafi
Un pays en attente
Libye - La percée des insurgés vers Syrte est stoppée par les forces de Kadhafi
Obama défend l’opération en Libye

Libya says woman who told reporters of rape by armed forces will face charges

World powers keep up pressure as Gadhafi beats back rebels

« Cette fois, c’est pour de bon »
Les rebelles libyens engrangent les victoires
REPRENDRE AJDABIYA
Benghazi residents waiting for their endgame: Gadhafi’s demise
Crise libyenne - La poire en deux
L'OTAN prendra les commandes
Le temps s’est arrêté

Les pro- Kadhafi bombardent un hôpital
La coalition change de cible - Les forces de Kadhafi bombardent un hôpital
Air strikes force Gadhafi to fall back from key Libyan city
La coalition trouve un rôle pour l’OTAN

Opération Aube de l'Odyssée en Libye - Entente sur le rôle de l'OTAN
La responsabilité de protéger
Un objectif simple… et vaste
'Gadhafi is killing civilians,' residents say, as attacks escalate

Les forces loyales au colonel Mouammar Kadhafi bombardent Misrata
Fighting rages as coalition jets pound Libya

Where was Teddy Roosevelt when we needed him? - Neil Reynolds
Une guerre différente?

KADHAFI ATTAQUÉ

Le ciel libyen

Rebels want Gadhafi ousted, not dead

Objectif Kadhafi

Return of the global policeman
French military jets patrolling skies over Libya
Gadhafi vows Libya will defend itself as U.S., allies, launch air attacks

How to hold the line on Gadhafi - Globe Editorial

La Libye est bombardée
Kadhafi bluffe- t- il ?
Obama warns Gaddafi U.S. will act to stop violence
Feu vert à des frappes aériennes

Explainer: What is Libya’s ‘responsibility to protect’ its citizens?

Gadhafi ceasefire likely halts no-fly first strikes, for now: analysis

La Libye annonce un cessez-le-feu après la résolution des Nations unies
Libye: l'ONU vote pour un recours à la force
Gadhafi’s fate
No-fly zone over Libya gets scant support at UN as time grows short

Kadhafi écarte toute possibilité de réformes - L'armée libyenne sert un ultimatum aux habitants de Benghazi
Les pro- Kadhafi en route vers Benghazi

Souhaitant le départ de Kadhafi - Clinton veut un vote à l'ONU aujourd'hui
Soldiers without borders in the Arab world
Les insurgés libyens en déroute ?
Pendant ce temps, en Libye...
Pas fini, le colonel !

États-Unis - Des sénateurs veulent qu'Obama reconnaisse l'opposition libyenne
L’armée libyenne veut « purger » le pays
A no-fly zone could prevent a Libyan bloodbath
Arab League asks UN to impose no-fly zone over Libya

Crise libyenne - Le mobilisme
« La victoire est en vue » , dit Saïf al- IslamKadhafi
La maison londonienne de Saïf Al- Islam squattée
Les combats se poursuivent, la diplomatie s’active
Quelle suite pour l’insurrection libyenne?

COUPÉE EN DEUX
Libya no-fly zone calls mount as air force strikes again
Le régime libyen contre- attaque

Intervenir - François Brousseau
Libye: la pression monte sur Obama

Le devoir de protéger
Le grand dilemme américain
Libye : faut-il intervenir?
How to intervene in Libya?

Le défi de l’exclusion aérienne

Les Occidentaux discutent d'une zone d'exclusion aérienne en Libye
La Marine canadienne se prépare à envoyer une frégate au large de la Libye
Deter Gadhafi, but keep boots off the ground

Why the Gadhafi case had to go to The Hague
L’OTAN se réunit d’urgence pour discuter de la situation libyenne

Voir aussi  Lybie

Et les critiques qu'on peut entendre à ce niveau peuvent-elles vraiment s'avérer constructives ?...
Canada went into Libya with lofty ideals and little knowledge
LA COALITION DIVISÉE
L'opération «Aube de l'Odyssée» en Libye - Tiraillements au sein de la coalition
Why are we at war in Libya?

Une guerre surréaliste

Russia, China, India and Turkey condemn Libya strikes
Force of international military transforms Libya’s Arab Spring into civil war
Intervention à hauts risques
Le feu s'abat sur la Libye
Afghanistan and the limits of Responsibility to Protect - Gerald Caplan
Intervenir en Libye?

Limited military options in Libya loaded with risks

Mais cela devrait-il pour autant justifier qu'une mission en vienne à s'écarter de son objectif originel ?...
Ending the ad-hockery over Libya’s skies - Globe Editorial

Don’t give in to mission creep
Concern about mission creep grows as more bombs fall on Libya


La communauté internationale serait-elle donc en mesure de réellement influer le cours des choses, du moment qu'elle réussit à parler d'une seule voix, et agir comme une seule entité ?...
Côte d'Ivoire - Ouattara prend la tête d'un pays à la dérive
Côte d'Ivoire - L'après-Gbagbo commence
C’est la fin pour Gbagbo

Vingt ans de lutte pour le pouvoir
Forces capture Ivory Coast strongman Gbagbo in bunker
Gbagbo held after French troops move in

L'UE lève les sanctions contre Abidjan
Situation humanitaire dramatique
Côte d'Ivoire - Gbagbo est cerné
Côte d'Ivoire - Les combattants d'Ouattara se heurtent au bunker de Gbagbo
Côte d'Ivoire - Gbagbo négocierait sa sortie
Gbagbo refuse de reconnaître la défaite
Côte d’Ivoire: le président déchu Laurent Gbagbo négocierait sa reddition
Ivory Coast’s Gbagbo denies surrender talk
L’ONU et la France s’attaquent aux derniers bastions de Gbagbo

Ivory Coast president calls for cease-fire, negotiates surrender

Fin de partie en Côte d'Ivoire
Gbagbo « n’abdiquera pas »
Côte d'Ivoire - Les fidèles de Gbagbo résistent à Abidjan
Conflit ivoirien - La fin de Gbagbo
« Ça ressemble à l’assaut final »
Autopsie d’une chute

Les pro- Ouattara avancent
Côte d'Ivoire - Ouattara donne une dernière chance à Gbagbo
La médiation africaine se donne du temps
La crise politique s'enlise - La Côte d'Ivoire est asphyxiée par les sanctions économiques
To punish dictators, protect their informers
Le symbole africain
How Canada can help end the Ivory Coast standoff
Côte d'Ivoire - Ouattara est prêt à travailler avec les partisans de Gbagbo
Gbagbo agrees to negotiate end to I Coast crisis: Mediators
Nouvelle médiation africaine
Crise ivoirienne - Eux contre nous
Côte d'Ivoire: l'ONU lance un appel au calme aux sympathisants de Gbagbo
Put the screws on Europe’s last dictator
L’historien face à l’Histoire
Côte d'Ivoire - Ultimatum à Gbagbo
UN cites possible mass grave in Ivory Coast
Côte d'Ivoire - Le Conseil des Droits de l'homme de l'ONU condamne Gbagbo
BIENTÔT LA GUERRE?
Pressure mounts on Gbagbo to concede disputed Ivory Coast election
L’ONU augmente la pression sur Gbagbo

Côte d'Ivoire - L'étau se resserre sur Gbagbo

Mais pourquoi l'ONU semble-t-elle donc aussi incapable de faire autrement que de se traîner les pieds ?...
UN resolution seeks sanctions against Ivory Coast

Côte d'Ivoire - Tirs à l'arme lourde malgré les avertissements de Paris
Les voisins de la Côte- d'Ivoire veulent renforcer le mandat des Casques bleus
Les armes lourdes du camp Gbagbo inquiètent l’ONU
Cacao amer
Abidjan se vide
Gbagbo prêt à un dialogue

Et pour avoir ne serait-ce que le moindre impact, ne devrait-elle pas surtout s'assurer de pouvoir mener ses démarches jusqu'au bout ?...
Le statu quo dévastateur



The unfulfilled promise of UN protection


L'administration Obama suit les conseils de chercheurs de Concordia

Et si la montée de l'extrême-droite, et surtout de la xénophobie qui l'accompagne, représentait une réelle menace ?...
Norway's terror, the world's problem - GERALD CAPLAN

Norway shows we must expose dangerous fictions - Doug Saunders
L’extrême droite approuve les idéaux de Breivik
It’s time to confront the ‘counterjihadists’
Un avertissement
Les influences américaines de Breivik

Des liens obscurs entre la Norvège et l’angleterre

Printemps arabe, hiver européen
Suède: des antimusulmans font leur entrée au Parlement
Une percée dimanche en Suède - La montée de l'extrême droite se confirme en Europe
Islamophobie
Pays-Bas: des islamophobes au pouvoir?
Fascisme en Hongrie - La peste

Et cela pourrait-il être rendu plus clair que dans le cas des Roms ?...
Grubb : les Roms tels qu'ils sont
GRUBB EN ROUTE VERS LA DIGNITÉ
« ICI, CE N'EST PAS UNE VIE »



Et d'ailleurs, la ''douce France'' serait-elle donc en train d'adopter une ligne un peu trop dure ?...
Deporting the Roma: an act of populist barbarism

Roma persecution disgraces France
Le sommet de l'UE vire au clash sur les Roms
Roms - Bruxelles menace d'ouvrir une procédure contre Paris
Roms: la France pourrait être poursuivie en justice
Democracies can be as racist as any other state
Des Roms expulsés franchissent volontairement la frontière et font demi-tour
Le parlement européen exige la fin des expulsions de Roms
France: manifestations contre la «mécanique raciste»
Roms expulsés: les troupes de Sarkozy divisées
France - Le gouvernement intensifiera sa politique à l'égard des Roms
Expulsion des Roms - La France de nouveau critiquée par l'ONU
Roms: Sarkozy tente de calmer les critiques
Le président stagne dans les sondages
Expulsion de Roms en France - Des hommes d'Église joignent leurs voix à la gauche
Intraitable, la France continue d'expulser les Roms
Les Roms chassés de France:  partir... pour mieux revenir

Paris renvoie des Roms en Roumanie
Expulsions de Roms - Paris sous la surveillance de Bruxelles et Bucarest
Surenchère sécuritaire en France - L'expulsion
Paris entame les expulsions de Roms
La politique de Sarkozy à l'endroit des Roms décriée même à droite
Sécurité maximum en Sarkozie
France: punir les parents pour les bévues de leurs enfants
Sarkozy à l'assaut des camps roms


Le racisme en France inquiète l'ONU
Traitement des Roms - Un comité de l'ONU dénonce la France

Et par ailleurs, la France serait-elle donc hypocrite ?...
Dossier arménien - Erdogan accuse la France de «génocide» en Algérie
La France barre la route aux réfugiés tunisiens
Harnachement de la rivière Romaine - Chercher le courant met à mal Hydro-Québec
La France secouée par la « révolution du jasmin »
Tunisie - La France lâche Ben Ali

Et au fait, les autres nations peuvent-elles vraiment prétendre faire mieux à ce chapitre ?...
Toronto welcomes Henry Kissinger, accused war criminal - GERALD CAPLAN

De Kadhafi à Téflon Gerry
Les liaisons dangereuses de Saïf al- Islam

The business of doing business in Gadhafi’s oil kingdom
Paris empêtré dans le « printemps arabe »

Un pacte qui revient hanter Londres

What lesson is Washington giving its Arab allies?
Les ficelles cassées de l'Occident
Washington dépassé par le peuple égyptien
La grande désillusion
We’re okay with dictators – until they’re toppled
Le Maroc est aussi une dictature
Mauvaise note pour les démocraties
Arabs want change, not Islamism

Et pense-t-on vraiment arriver à quoi que ce soit en imposant notre volonté à celle des autres peuples, de toute façon ?...
Who’s afraid of the Muslim Brotherhood?


Et si la communauté internationale se faisait tout simplement unanime dans son refus de la dictature ?...
Les États-Unis veulent des réformes

Et si nous commencions par cesser de cautionner une culture d'impunité envers les anciens dictateurs ?...
When justice stands in the way of a dictator’s departure

Unwanted, but not easily removed

Et pourtant, la punition pure et simple des ex-dictateurs ne risque-t-elle pas surtout de prouver aux dictateurs toujours au pouvoir qu'il n'est d'autre espoir pour eux qu'en continuant à  justement s'accrocher d'autant plus à ce dernier ?...
In Egypt, unintended consequences


Comment faire face à la dictature et à la répression qui vient avec ?
The EU must target Syria's merchant class


De la kleptocratie...
Kleptocrats: The dictators' guide to amassing wealth
Perspectives - Kleptocrates

De la dictature...
The China model’s inherent flaw

De Kadhafi à Téflon Gerry
QUAND L’HABIT FAIT LE DICTATEUR
Dans la tête des dictateurs
The staying power of sub-Saharan strongmen
UN MONDE DE DICTATEURS
La fragilité des dictatures
La gestion des déchets dictatoriaux
Voleurs tous azimuts

... et des génocides...

Serions-nous carrément en train de laisser un nouveau génocide nous filer sous les yeux ?...
LES CAMIONS DE LA MORT

L’ultime recours des victimes de Kilwa

Nobel laureates gather in Quebec to campaign against rape

Le projet de loi C-300 défait par six voix
Le témoin décrit les enfants soldats de la milice de M. Bemba
Urgence d’agir : Appuyez une loi qui tiendra les sociétés minières canadiennes responsables des abus commis à l’étranger
Avis de convocation - Activités des compagnies minières canadiennes à l'étranger - 140 000 signataires demandent l'adoption des mécanismes légaux

Solidarité avec le peuple du Congo
1100 viols par jour en RDC
Part 6 of 6: Canada and the call of the Congo
L’armée congolaise commet des viols et des meurtres, selon l’ONU
Marche mondiale des femmes - Une violence infernale dans l'est du Congo
En mission pour les femmes
Repères - Au coeur des ténèbres
UNE FUITE ÉPERDUE
L'ONU évoque un «possible génocide» en RDC
The unfulfilled promise of UN protection
Plus de 240 femmes victimes de viols en RDC
Congo: pour en finir avec l'impunité
Entrevue avec un enquêteur québécois du TPIR - Des crimes sur le «modèle» du génocide rwandais
Huit pays seraient incriminés - Un rapport de l'ONU parlerait de génocide en RDC
RDC - Les viols collectifs recommencent
Stephen Harper, the Security Council and the Congo - Gerald Caplan
Of Blood and Gold: How Canadian Mining Companies Loot the Congo

Canadian Companies Accused of Pillaging Congo — United Nations Report

RDC : les bandes armées contaminent la vie du pays
En bref - L'ONU réduit ses effectifs en RDC
From the Afghan mountains to the jungles of DRC - Gerald Caplan

Hausse des violences d'une «brutalité inimaginable» commises par la LRA
Le Canada ne dirigera pas la mission de l'ONU au Congo

La guerre oubliée en République démocratique du Congo - L'ONU enquête sur un nouveau massacre
Cauchemar dans un décor de rêve

Michaelle Jean qualifie les viols de «crimes contre l'humanité» en RDCongo
Un militaire canadien plaide pour le maintien de la MONUC
Michaëlle Jean aborde le droit des femmes au Congo
Des employés du CICR ont été enlevés en RDC
Une ONG révèle l'existence d'un massacre au Congo

Defining Canada's role in Congo
Congo is a quagmire Canada should avoid


Un esclavage près de chez vous - Ariane Krol

Dallaire plaide la cause des droits de l’homme  -  Laura-Julie Perrault

Louise Arbour : Dans les platebandes des États  -  YVES BOISVERT

LOUISE ARBOUR  LA PAIX, SA NOUVELLE BATAILLE  -  Laura-Julie Perrault


Et qui se préoccupe encore de la Somalie ?
Engagé pour « protéger l’islam »

« Dieu ne permettra pas aux shebabs de revenir »
Repères - La « feuille de route » somalienne
En bref - Une feuille de route pour la Somalie
Somaliland, an oasis of stability, deserves its independence
The toxic politics of famine - Tom Flanagan
Somalie: la famine ravive les combats
Une tâche titanesque
Somali piracy: The solution is on land, not at sea
Somalia: The horror of famine in a failed state

Cruel dilemme somalien

Sortir la Somalie de l’oubli
The dry-land remedy for piracy
Somalie: les shebab fourbissent leurs armes
«La piraterie, symptôme d'un vaste problème»
Somalia, 1992 – Libya, 2011: Are they really as different as we imagine?

SOMALIE  Les navires de guerre ne règlent pas tout - Daphné Dions-Viens
La piraterie communautaire - Daphné Dions-Viens
Corruption : La Somalie, premier de la liste

Et si, encore une fois, c'était d'abord l'impérialisme américain qui s'avérait le premier responsable des maux inqualifiables qui puissent affliger la Somalie, tout comme tant d'autres endroits sur la planète ?..
Global players jockey for power in war-ravaged Somalia
Après l’amnistie aux shebabs, une meilleure distribution de l’aide?
Somalia, 1992 – Libya, 2011: Are they really as different as we imagine?
Le douloureux souvenir de 1992 - Daphné Dions-Viens

Les shebabs, alliés d’Al-Qaeda  -  Judith LaChapelle
SOMALIE Clinton hausse le ton
Somalie : Dans l’enfer de sable  -  Simon Coutu & Alexandra Arbour
Une évasion à la 007 en Somalie ?


GÉNOCIDES
L'ONU dénonce un crime contre l'humanité en Guinée


Alerte au «gendericide»


Et le génocide qui continue toujours au Rwanda...
Offensive majeure dans le sud afghan

RWANDA
Un réchauffement qui crée un froid

Six proches de Kagame inculpés
Rwanda - Kigali arrête une chef de l'opposition
Amnesty critique les abus de la loi sur l'idéologie du génocide
Le français, un luxe inutile au Rwanda
Paul Kagame demonstrates that power still corrupts
Élections présidentielles lundi au Rwanda - Kagame ou le complexe du sauveur
La paix par les ondes - Agnès Gruda
Le pays qui court plus vite que ses fantômes
Rwanda: un climat politique tendu

Un pays sans histoire - Agnès Gruda
«Le Rwanda a omis de tirer les leçons de l'histoire»
Michaëlle Jean plaide pour une presse libre
Michaëlle Jean au Rwanda: des excuses et une arrestation
Rwanda: le sénateur Dallaire se réjouit des excuses de Michaëlle Jean
Génocide au Rwanda: le Canada s'excuse pour son inaction
Enfin, France does the right thing
De la responsabilité de la France
Génocide au Rwanda: la veuve du président Habyarimana arrêtée
Le Rwanda rentre au Commonwealth et renoue avec Paris
Rwanda : CONDAMNATION HISTORIQUE - André Noël Le sang, l’histoire, la justice - Yves Boisvert
La petite histoire du génocide rwandais -  MICHÈLE OUIMET

Khieu Samphan, chef de l'Etat khmer rouge, inculpé de génocide

BOSNIE
Serbian moderates set to seize the moment
A calm surrender and hordes of angry Mladic supporters
Justice sera rendue...
Le « boucher des Balkans » arrêté

Bosnie: commémorations à Srebrenica, 15 ans après le massacre
Le Parlement serbe condamne le massacre de Srebrenica
La Serbie dépose sa candidature d'entrée dans l'UE

Radovan Karadzic se défile à son procès pour génocide

Le procès d'un «rouage» de l'Holocauste


LE REJET DE L’OCCIDENT -  Jocely Coulon

Et que dire des "excès" de l'impérialisme américain ?...

Chili 129 agents de Pinochet visés par un mandat d’arrêt

DARFOUR
Is there enough political will to stop Sudan atrocities? - GERALD CAPLAN

Darfour - Pékin s'oppose à un rapport de l'ONU
Peindre le Darfour pour s'en libérer
En bref - Le Kenya aurait dû arrêter el-Béchir
Omar el-Béchir réélu à la tête du Soudan
Soudan: le principal opposant de Béchir boycotte la présidentielle
Espoir de paix au Darfour
Le Sud-Soudan dans l'ombre du Darfour

Robert Fowler aurait été vendu à ses ravisseurs  -  Catherine Handfield
DARFOUR Mandat renouvelé
Darfour : La paix par le partage du pétrole  -  Laura-Julie Perrault

Darfour : « J’AI EU PEURDE MOURIR » -  Agnès  Gruda
La menace a changé de visage

DARFOUR  Négociations de paix sur fond de combat




ARMÉNIE
Can Erdogan slay Turkey’s zombies?
Ankara menace d'expulsion 100 000 Arméniens
La diplomatie du ballon rond  -  Laura-Julie Perrault

Les nuages se dissipent sur le mont Ararat : La Turquie et l’Arménie sur la route (sinueuse) de la réconciliation


CONFLITS ETHNIQUES (ET POLITIQUES...)
Voir  Conflit Israélo-palestinien

URUMQI —  L’histoire, l’économie et la culture opposent Ouïgours et Hans - Robert Saiget
Rassemblements interdits à Urumqi   -  Dan Martin

La grand-mère qui fait trembler le régime chinois   -  Laura-Julie Perrault

La différence ouïgoure...  -  Stéphanie Bérubé
 
SRI LANKA

En bref - Possibles crimes de guerre au Sri Lanka
Dérive autoritaire au Sri Lanka
Tamouls canadiens: une communauté tissée serré
Blessures de l'âme au Sri Lanka - Guerre et tsunami ont laissé une lourde empreinte psychologique
Le Sri Lanka défie l'ONU - Ban Ki-moon ferme les bureaux et le centre régional de l'organisation
Le Sri Lanka suivi à la trace par l'ONU
Sri Lanka: le général Fonseka en grève de la faim
Two war heroes square off in Sri Lankan presidential vote
Sri Lanka - Des coffres bancaires de proches de Fonseka sont saisis
Exécutions sommairs au Sri Lanka - Colombo accuse l'ONU de faire «croisade»
Sri Lanka - L'ONU met Colombo sur la sellette
Après les Tigres, la présidence?
Un rapport Goldstone pour le Sri Lanka ?  -  Laura-Julie Perrault
Sri Lanka : Des camps aux allures de prisons  -  Laura-Julie Perrault
SRI LANKA : LES RACINES DUCONFLIT DEMEURENT
SRI LANKA Enquête refusée

La mort des Tigres -  MARIO ROY
SRI LANKA Ni caméras ni bain de sang ?
L’avenir incertain des Tigres tamouls -  Laura- Julie Perrault
Prabhakaran, chef suprême d’une armée rebelle déterminée
LES TIGRES TAMOULS SONT VAINCUS
PLUS DE 25 ANNÉES DE CONFLIT
« C’est un moment émotif et très difficile »


La cause tamoule - MARIO ROY
Ulcéré par l’Occident, Colombo mise sur l’Orient
GUERRE AU SRI LANKA - Les opérations lourdes sont finies, mais les combats se poursuivent
Colombo rejette la trêve des Tigres
Sri Lanka - Après la guerre, le déluge
SRI LANKA Pas de paix, pas de prêt, selon Clinton
Les Tigres tamouls au pied du mur
Les Tigres seraient vaincus


Congo: criants besoins pour les 107 000 réfugiés



DICTATURES ET OPRESSIONS DIVERSES

Myanmar-Birmanie
Birmanie - Dégel véritable ou cosmétique ?
Birmanie - Clinton tend la main à Rangoon
Birmanie - Aung San Suu Kyi sera candidate à la prochaine élection partielle
Hors d'Europe et du printemps arabe - François Brousseau
Calculs birmans
Dégel en Birmanie
Is Myanmar finally changing – or are we being fooled?
En bref - Birmanie : un pouvoir civil ?

Myanmar: Where the generals play and the people pay
Perspectives - Le « pragmatisme » indien
Libération de Suu Kyi - Écran de fumée
« Je suis pour la réconciliation nationale »
Une dame sur le fil de fer

Aung San Suu Kyi est enfin libre - «Ne perdons pas espoir!»
Myanmar frees democracy icon Suu Kyi
Aung San Suu Kyi est libre
Birmanie - « Nous avons toujours su que cette élection ne faisait que légitimer le pouvoir militaire »
Can Aung San Suu Kyi live up to Myanmar's expectations?
« La peur est partout »
Élections demain en Birmanie - Les richesses birmanes font taire les pays voisins
La liberté... pour combien de temps ?
L'armée se réorganise en prévision des élections - La junte birmane veut consolider son pouvoir politique
Ottawa examine la possibité d'une enquête de l'ONU sur la Birmanie
L'opposition birmane en désarroi - Le parti de la junte devrait remporter les élections
La Birmanie ne délivre plus de visas aux touristes
Des élections très contestées
La Birmanie a mis en route un programme nucléaire avec l'aide de la Corée du Nord
Aide humanitaire entravée en Birmanie, selon HRW
Birmanie: le parti d'Aung San Suu Kyi boycotte les élections
Suu Kyi dénonce son exclusion des élections
Birmanie: la cour suprême confirme la détention d'Aung San Suu Kyi
Birmanie: Aung San Suu Kyi entendue par la Cour suprême
Aung San Suu Kyi rencontre des cadres de son parti
Aung San Suu Kyi rencontre la junte birmane
Les Birmans parlent aux Birmans
Obama demande la libération d'Aung San Suu Kyi
Le cauchemar quotidien des Birmans  -  Judith LaChapelle
BIRMANIE Les États-Unis veulent engager un dialogue
ONU et Birmanie : Déclaration édulcorée
Aung San Suu Kyi va faire a
LA BIRMANIE SANS MERCI POUR LE NOBEL DE LAPAIX
Condamner, et après?  -  Agnès Gruda


Tibet
Leaving Fear Behind
The West must unite to resist Chinese bullying against those who meet Tibet’s leaders

Le panchen-lama, version chinoise
Le dalaï lama accuse Pékin de vouloir «éradiquer le bouddhisme»

Tchétchénie
L'«Émirat du Caucase» revendique les attentats de Moscou

Attentat à Moscou: la piste des islamistes du Caucase privilégiée
Contester le pouvoir dans le sang - FRÉDÉRICK LAVOIE

Un réveil brutal - Agnès Gruda
Attentats à Moscou - L'expansion

Zimbabwe
Sanctions prolongées contre le Zimbabwe
Zimbabwe Tsvangirai boycotte le gouvernement d’union


AUTRES CONFLITS
Massacre aux Philippines: la loi martiale décrétée
Philippines Un carnage politique qui défie toutes les règles
La Guinée compte ses morts  -  Judith LaChapelle
Algérie Acte terroriste près d’un chantier de SNC  -  Hugo Fontaine

Comme prévu, Charles Taylor se prétent innocent
Charles Taylor se défend d’avoir été « un Napoléon africain »


CONFLITS HISTORIQUES

CONFLITS PARTIELLEMENT RÉSOLUS

AFRIQUE DU SUD
Les démons du racisme - Mario Roy
Les raisins du changement
Afrique du Sud - Le pouvoir est sur la défensive
Afrique du Sud: porter l'étiquette afrikaner
Les familles mixtes restent l'exception au pays de Mandela
Retour au District 6

Afrique du Sud - Desmond Tutu se retire
Afrique du Sud - Il y a 20 ans, Mandela était libéré

Le « trésor » de Mandela est en vente  -  Judith LaChapelle

Il y a vingt ans, la liberté
Mandela en 20 mots

CAMBODGE
Procès des Khmers rouges - Farce abjecte

CUBA
The Issue of Genocide and Cuba.
Minor Atrocities of the Twentieth Century


CONFLITS EN VOIE DE RÉSOLUTION

Irlande
The Meaning Behind the Nursery Rhyme This Old Man
A quiet atonement for Britain’s role in years of violence in Ireland
Le rapport sur le Bloody Sunday achevé après 12 ans
Accord historique entre catholiques et protestants d'Irlande du Nord
Un pas de plus vers l'autonomie de l'Irlande
IRLANDE DUNORD :  LES MURS DE LA HAINE  -  Isabelle Hachey
Voir aussi Dossier MURS
IRLANDE DU NORD Les milices loyalistes annoncent leur désarmement
ETA  basque :  Cinquante ans et toujours armée -  Pierre Ausseil



ET QUE DIRE DES CRIMES ET DRAMES DU PASSÉ ?...

DEUXIÈME GUERRE MONDIALE
Un portrait de Pétain sème la controverse

CANADA...
Duceppe dénonce le «dogmatisme borné» d'Ottawa

Enfants déportés au Commonwealth: Londres se repent

Londres s'excuse auprès de milliers d'enfants envoyés au Canada
Burning cross ignites racial tension in Nova Scotia

Canada and Mandela: the story behind the myth



LE DEVOIR


THE GAZETTE

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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE



Les dictatures du XXIe siècle








Dallaire plaide la cause des droits de l’homme  -  Laura-Julie Perrault
Le général à la retraite suggère la création d’un superministère de la Sécurité internationale
Il y a 15 ans, le général Roméo Dallaire a regardé, impuissant, le génocide rwandais se dérouler sous ses yeux alors qu’il dirigeait la mission de paix des Nations unies. Pour que l’histoire ne se repète pas, il a proposé hier un plan d’action que les gouvernements canadien et américain devraient adopter au plus vite, croit-il.

Dans un rapport de 184 pages qu’il a cosigné avec le professeur Frank Chalk, de l’Université Concordia, l’ancien officier de haut rang de l’armée canadienne, devenu depuis sénateur libéral, suggère notamment au Canada de créer un « super » ministre de la Sécurité internationale qui aurait comme mandat de sonner l’alarme en cas de signes précurseurs de génocide et de superviser la réponse du gouvernement canadien.
Selon les auteurs, ce nouveau poste, combiné avec une diplomatie plus musclée et une meilleure coordination des forces vives de divers ministères canadiens, permettrait d’éviter les pires violations des droits de l’homme.
« L’idée, ce n’est pas d’envoyer notre armée dans un pays en conf lit pour tout détruire, mais bien de développer des outils qui nous permettraient d’agir dès qu’on voit des points de friction pour les désamorcer », explique Roméo Dallaire, estimant qu’à ce jour les gouvernements canadien et américain n’ont pas réussi à s’acquitter de cette mission. Idem pour les organisations internationales qui sont dépendantes des décisions prises dans les capitales d’États souverains.
C’est d’ailleurs pour comprendre la faible réaction des gouvernements au génocide du Rwanda, qui a fait 800 000 morts, ainsi que la réponse tardive de la communauté internationale aux massacres du Kosovo, que MM. Dallaire et Chalk se sont lancés dans un projet de recherche qu’ils ont intitulé « La volonté d’intervenir ». En un an et demi, ils ont interrogé 80 individus qui tenaient des rôles-clés lors de ces deux crises qui ont marqué les années 90.
« Nous avons constaté qu’il y avait beaucoup de bons renseignements qui étaient fournis par les gens sur le terrain, mais que cette information était enterrée sous une pile et n’était pas acheminée dans les machines gouvernementales canadienne et américaine », a dit Frank Chalk, qui dirige l’Institut montréalais d’études sur les génocides et les droits humains.
Les deux auteurs du rapport croient qu’il est de l’intérêt national du Canada et des États-Unis de se lancer dans la lutte contre le génocide, en ayant d’abord recours au développement et à la diplomatie, puis à l’intervention mi l itaire en cas d’échecs des mesures persuasives. Ils notent que les zones de conflit sont souvent des terreaux fertiles pour la création de groupes terroristes, la propagation de maladies infectieuses ou la déstabilisation d’économies régionales qui peuvent affecter le Canada.
Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique ont approuvé le rapport de MM. Dallaire et Chalk, qui espèrent que les autres partis politiques, dont le Parti conservateur au pouvoir, leur emboîteront le pas.
« La prévention du génocide n’est pas une question de partisanerie » , a dit à ce sujet M. Chalk lors du lancement du rapport, hier, à Ottawa. Parmi les partisans du rapport, on retrouve aussi Robert Fowler, l’ancien diplomate canadien fait captif par un groupe d’insurgés au Niger, l’hiver dernier et relâché en avril.



Louise Arbour : Dans les platebandes des États  -  YVES BOISVERT
Notre temps était compté et déjà Louise Arbour s’était levée. Une dernière question, Mme Arbour… Vous dites que la guerre ellemême a changé depuis qu’on a créé des tribunaux pénaux i nternationaux. Vous voulez dire qu’on ne fait plus la guerre comme avant, qu’elle est moins barbare en somme ?
« La méthodologie de l a guerre elle-même a changé, parce que les militaires et les dirigeants politiques sont conscients qu’ils engagent leur responsabilité personnelle ; ils peuvent être poursuivis pour crimes de guerre. Je peux vous dire qu’avant 1993 (création du Tribunal pénal i nternational sur l’ex-Yougoslavie), aucun général ne partait à la guerre avec la Convention de Genève. Aujourd’hui, ils ont tous un conseiller juridique à leurs côtés. Quand on pense à l’obligation de proportionnalité, par exemple… »
Justement, le juge Richard Goldstone vient de déposer un rapport accusant Israël et le Hamas de crimes de guerre. Le Hamas pour les roquettes lancées sur les civils israéliens, Israël pour avoir attaqué de manière disproportionnée la population dans la bande de Gaza. Où voyez-vous une grande avancée ?
Elle était rendue à la porte, où l’attendaient impatiemment les gens du Centre d’étude et de recherche i nternationale de l’ Université de Montréal (CERIUM), pour un atelier avec une trentaine d’experts et de chercheurs. Elle m’a regardé avec un sourire.
« Malheureusement, l’entrevue est terminée ! »
Après ce qu’on lui a fait subir quand elle était hautcommissaire de l’ON U aux droits de l’homme, elle était manifestement contente de reporter cette discussion.
Quand Israël a riposté aux tirs de roquettes du Hezbollah et à l’enlèvement de deux de ses soldats en bombardant le Liban, en 2006, Louise Arbour a envoyé un communiqué blâmant les deux parties. Soudainement, plusieurs amis d’Israël l’ont accusée d’avoir un parti pris anti-israélien. Au Canada, le criminaliste Eddie Greenspan s’est fendu d’un long commentaire part i c u l i èr ement mécha nt et gratuit, allant j usqu’à dire qu’elle devrait retourner à la faculté de droit. Elle l’a dit souvent depuis : elle récrirait le même communiqué. Mais on a fait comme si elle n’avait blâmé qu’Israël, ce qui est totalement faux.
Qu’importe, le dénigrement a porté ses fruits amers et quand, l’an dernier, elle a quitté son poste de haut-commissaire, les États membres l’ont tous saluée, y compris les États-Unis, qui avaient eu quelques acc r oc hages . Le Canada n’a rien dit. Le ministre Vic Toews, à la Chambre des communes, est allé jusqu’à dire qu’elle était une « honte pour le Canada », sans jamais s’expliquer, sans jamais s’excuser.
C ’ é t a i t p r o f o n d é me n t injuste, mais tout ça est passé, et Louise Arbour est tenue en assez haute estime dans la communauté i nternationale pour avoir été nommée présidente de l’ International Crisis Group (crisisgroup.org), l’été dernier.
Son conseil d’administration comprend d’anciens diplomates prestigieux de nombreux pays, de Kofi Annan à Wesley Clark et Zbigniew Brzezinski, en passant par l’ancien président du Parlement européen et des anciens ministres russe, israélien, allemand, chilien, etc.
Cette organisation privée jouit d’un budget de 16 millions et emploie 130 personnes partout dans le monde. Ces gens sont sur le terrain pour documenter les conflits et les analyser. Souvent, ses représentants sont présents là où la presse, les diplomates et l’ONU ne peuvent pas se rendre.
« Quand j’étais employée des Nations unies, j’étais soumise aux règles de sécurité de l’ONU. Vous débarquez avec toute votre équipe dans un Land Rover aux vitres teintées et vous n’êtes pas nécessairement bienvenus. Si l’ONU vous dit non, vous n’y allez pas. Nous ne sommes pas soumis à cela. Et c’est très rafraîchissant. »
En même temps, la juriste se trouve maintenant dans un job essentiellement politique. Le Crisis Group ne se contente pas de produire des rapports (tenus en haute estime) et de faire des recommandations pour résoudre des conflits. Il faut tenter de convaincre les forces en présence de les appliquer. Cela veut dire rencontrer les chefs d’État régulièrement.
« Nous sommes la première organisation privée qui s’attaque à la chasse gardée des États : la paix et la sécurité. »
Le Crisis Group est par exemple à documenter les élections en Afghanistan. « Va-t-on avoir un président très affaibli politiquement ou très renforcé, mais par une élection inadéquate ? Dans les deux cas, ce n’est pas fameux. Pour nous, il est clair qu’il faut des efforts de reconstruction plus importants. »
Le groupe se prononce de manière concise, dans des rapports brefs et très pragmatiques. « Nous tentons d’être très ciblés. Nous sommes guidés par un concept assez nébuleux que j’appellerais l’intérêt public international. Nous ne sommes pas liés par les intérêts nationaux particuliers. Je peux vous dire que nous avons des discussions extrêmement robustes, pas mal plus que ce que j’ai connu dans la magistrature! Nous sommes en train de nous demander si nous ne devons pas intervenir dans le débat public plus rapidement, mais nous voulons préserver notre réputation, basée sur une documentation impeccable des situations sur le terrain. »
Dans sa conférence mercredi à l ’ Un iver sité de Montréal , L ouise Arbour a pris le contre-pied de la c r o y a n c e p o pu l a i r e : les conflits armés dans le monde ont eu tendance à diminuer et à faire moins de victimes depuis la f i n de la guerre froide. Par contre, le nombre de victimes civiles et indirectes (les réfugiés) a augmenté dramatiquement.
Elle explique la diminution du nombre de conflits au mi l i t a nt i s me i nter nat ional pour l a paix et les droits de la personne. Elle a déploré une sorte d’incohérence des missions de paix, qui paraissent parfois une fin en soi.
Son rôle maintenant est d’aider à construire une paix durable. I l semble toujours plus facile de dégager des budgets militaires que les budgets humanitaires dans les missions de paix.
La voici donc dans une prolongation de son travail de haut-commissaire, mais dans une perspective totalement différente. Ça tombe bien : elle n’aime rien ta nt qu’être déstabilisée. « J’aime ça quand j e ne comprends pas encore tout… Sinon, je perds de l’intérêt. »



LOUISE ARBOUR 
LA PAIX, SA NOUVELLE BATAILLE  -  Laura-Julie Perrault
SÉRIE
/ FEMMES DE COMBAT/ 3.  Elles ont un passé et des horizons différents, mais leur envie de faire bouger les choses est la même. La Presse vous présente trois femmes de combat. Aujourd’hui, rencontre avec la Québécoise Louise Arbour qui,
Louise Arbour a l’habitude des grandes batailles et des champs minés. Tour à tour juge à la Cour suprême du Canada, procureure dans divers tribunaux pénaux internationaux et haute commissaire des Nations unies aux droits de l’homme – un mandat secoué par la controverse –, laMontréalaise de naissance a longtemps fait de la justice son fer de lance.
Louise Arbour a pris les rênes de l’International Crisis Group la semaine dernière.
À 62 ans, celle dont la carrière internationale a été reconnue par une panoplie de décorations aurait pu se la couler douce. Mais au lieu de contempler ses lauriers, elle a décidé de repartir à la guerre: cette fois, pour la paix.
La semaine dernière, elle a pris les rênes de l’International Crisis Group ( ICG), un prestigieux groupe de recherche au conseil d’administration duquel siègent des vedettes de la diplomatie et de la politique internationale, dont l’ancien secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, le milliardaire George Soros et l’ex-général américain Wesley Clark.
L’International Crisis Group, qui possède des bureaux partout dans le nonde, rédige des rapports sur diverses situations de conflits et émet des recommandations. Le but: éteindre les étincelles avant qu’elles ne mettent le feu aux poudres.
Jointe par La Presse dans les bureaux de Bruxelles qu’elle occupedepuisàpeineune semaine, la nouvelle présidente explique que l’une de ses priorités sera de s’assurer que les rapports, largement utilisés par les médias du monde, ne restent pas lettre morte du côté politique. « Notre organisation fait d’excellents rapports, mais on doit les prendre en main et aller voir les personnes concernées pour que les choses changent », dit-elle.
Louise Arbour sait d’ores et déjà que ce travail ne sera pas de tout repos. Comme haute commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, ses rapports ne passaient pas comme lettre à la poste. Lorsque, en 2008, elle a décidé de ne pas briguer de second mandat, elle a admis dans des entrevues médiatiques que plusieurs pays, dont la Chine et la Russie, lui avaient donné du fil à retordre.
« Les gens ont souvent l’impression que les Nations unies ont énormément de pouvoir et que l’organisation peut aller là où elle veut, mais il y a beaucoup de contraintes politiques, administratives et de sécurité. Comme haute commissaire, il y a plusieurs pays où je ne pouvais pas me rendre, alors que l’ICG était présent sur le terrain », se rappelle-t-elle.
Louise Arbour profitera-t-elle de ce qu’elle appelle son « nouveau champ de liberté » pour reprendre d’anciens dossiers laissés en suspens lors de son mandat onusien? « Pas vraiment. Ça va être important pour moi de couper les ponts. Je ne vais pas renoncer à mes opinions en matière des droits de l’homme, mais la mission première de l’ICG est différente. Il y a des conflits où la priorité absolue n’est pas les droits de l’homme, mais plutôt la gestion politique des conflits. »
Quand on l’interroge sur les conflits qui la préoccupent le plus, on comprend vite que son coeur est toujours du côté de la population civile. La situation de la minorité tamoule du Sri Lanka après la victoire militaire, en mai, de l’armée contre les Tigres tamouls l’inquiète. « Ce n’est pas tout (pour le gouvernement sri-lankais) de gagner la guerre, il faut aussi gagner la paix. La communauté internationale doit rester très vigilante pour s’assurer que les droits fondamentaux des minorités soient respectés. Il y a encore beaucoup de réfugiés dans des camps pour lesquels le gouvernement n’accorde pas suffisamment d’accès aux organisations humanitaires », expose la nouvelle présidente de l’ICG, fidèle à ses anciennes batailles.





SOMALIE  Les navires de guerre ne règlent pas tout - Daphné Dions-Viens

La mission menée par les navires de l’OTAN ne donnera des résultats que si les puissances étrangères s’en prennent à la racine du mal, estiment plusieurs experts.
Roland Marchal est reconnu comme étant l’un des meilleurs spécialistes de la Somalie. En entrevue téléphonique de Paris, il affirme que les navires de guerre présents dans le secteur ont contribué à une escalade de la violence. «Plus la réponse militaire est forte, plus les pirates somaliens se conduisent violemment. On assiste à une militarisation croissante de la piraterie», dit-il.
Sans aller jusqu’à affirmer que l’envoi d’une force maritime est inutile, M. Marchal estime qu’elle doit plutôt servir de complément à des actions plus structurées en sol somalien, ce qui passe par l’amélioration de la gouvernance du pays. Les investisseurs, ceux qui profitent des millions de dollars obtenus en rançon, doivent aussi être pourchassés, qu’ils soient au Yémen, à Dubaï ou à Nairobi, ajoute-t-il. «L’intervention militaire maritime ne doit pas être l’épine dorsale de l’approche.»
M. Marchal est loin d’être le seul à partager ce point de vue. Éric Frécon, auteur du livre Histoire d’une résurgence de la piraterie maritime, est du même avis. «C’est en remettant l’État somalien en marche qu’on y arrivera. Il faut travailler sur la mise sur pied d’un système de police et d’un système de justice. Pour l’instant, l’OTAN n’a pas les outils juridiques pour traîner les pirates en justice », a-t-il expliqué au Soleil, en entrevue téléphonique de Singapour.
Même l’OTAN commence à reconnaître la nécessité d’une action plus globale, peut-on lire sur son site internet. En novembre, plusieurs intervenants ont plaidé en ce sens à l’Assemblée parlementaire, affirmant que «toute initiative durable et efficace contre les pirates du golfe d’Aden passe par l’amélioration de la gouvernance en Somalie», peut-on lire dans un communiqué de presse de l’OTAN.
Des pirates à la solde des islamistes ?
Au cours de la même rencontre, un haut responsable du commandement maritime de l’OTAN a rappelé que l’existence d’un lien entre les pirates somaliens et Al-Qaeda n’avait pas été démontrée. Des enquêtes sont toujours en cours afin de savoir si les actes de piraterie servent à financer directement des groupes terroristes, comme le mouvement Al-Shabab. Mais, selon Roland Marchal, il n’y a aucun lien direct entre les pirates et les mouvements islamistes. « Les pirates sont des laïcs, ils n’ont rien à foutre de l’islam. Ce sont des bandits qui veulent faire de l’argent. Ils n’ont pas de liens structurels » avec les mouvements islamistes. Pendant les deux prochaines semaines, Le Soleil sera à bord du NCSM Fredericton, une frégate de la marine canadienne qui patrouille le golfe d’Aden et l’océan Indien pour sécuriser les lieux, tout comme d’autres navires de guerre de l’OTAN.


La piraterie communautaire - Daphné Dions-Viens
Dans la petite ville côtière de Haradheere, en Somalie, la population peut « investir » dans une coopérative qui finance les activités des pirates au large des côtes.
C’est du moins ce que rapporte l’agence de presse Reuters dans une dépêche publiée au début décembre. Un riche pirate y explique comment la piraterie est devenue une activité à laquelle collabore toute la communauté. Tout le monde peut y contribuer, en participant directement à des attaques en mer ou en donnant de l’argent, des armes ou tout autre matériel utile.
Une jeune femme de 22 ans, qui faisait la file pour obtenir sa part de la rançon après que les pirates eurent libéré un navire de pêche espagnol, a expliqué à Reuters qu’elle allait récolter 75 000$ après avoir fourni aux pirates des armes qu’elle s’était procurées grâce à son ancien mari.
Le district reçoit même un pourcentage sur chaque rançon obtenue. L’argent est ainsi réinvesti dans les infrastructures publiques, comme l’hôpital et les écoles, explique un élu municipal. « La piraterie est devenue la principale activité économique dans notre région », a expliqué Mohamed Adam à l’agence de presse.
Les pirates somal i ens détiendraient actuellement j usqu’à 250 otages . Avec autant de bouches à nourrir, pas étonnant que toute la communauté soit mobilisée, souligne Éric Frécon, spécialiste de la piraterie maritime, en entrevue au Soleil. « Les pirates peuvent aussi compter sur un réseau d’informateurs dans les ports des pays voisins, qui leur permettent d’en savoir plus sur le trafic maritime », explique-t-il.

Le douloureux souvenir de 1992 - Daphné Dions-Viens
En 1992, plus d’un millier de soldats canadiens sont dépêchés en Somalie dans le cadre d’une mission de maintien de la paix des Nations Unies. Quelques mois plus tard, le scandale éclate.
En mars 1993, des militaires battent à mort un garçon de 16 ans qui s’était introduit dans le campement des Forces canadiennes. Le gouvernement ordonne la mise sur pied d’une commission d’enquête sur la Somalie, qui documente d’autres actes de brutalité perpétrés contre des civils somaliens. « La population canadienne a été profondément choquée par cette "affaire somalienne", considérée comme la période la plus sombre de l’histoire militaire du Canada depuis la Seconde Guerre mondiale », écrit le professeur David J. Bercuson, directeur du Centre des études militaires et stratégiques de l’Université de Calgary, dans la Revue militaire canadienne.
Dans les années qui ont suivi, les Forces canadiennes ont déployé plusieurs effor ts pour redorer leur image aux yeux de la population canadienne, souligne Thierry Giasson, spécialiste de l’image au département de communication de l’Université Laval. Depuis le début de la mission en Afghanistan, en 2001, un nombre croissant de journalistes ont été intégrés aux opérations de l’armée. « L’armée a toujours été perçue comme un bras plus ou moins opaque de l’appareil étatique. En intégrant des journalistes, on veut laisser croire qu’on est plus transparent », ajoute M. Giasson.
Dans la marine canadienne, le programme d’intégration de journalistes, auquel participe
Le Soleil, existe officiellement depuis 2006. Mais l’armée a toujours facilité l’intégration des journalistes à ses opérations, affirme-t-on au quartier général, à Ottawa.
« L’armée est probablement en train de préparer l’aprèsAfghanistan », indique de son côté Thierry Giasson, rappelant que le Canada s’est engagé à retirer ses troupes en 2011.

Des Canadiens traquent les pirates
Au large de la Somalie, les pirates multiplient les attaques. Au cours de la dernière année, ils se sont emparés de dizaines de bateaux et ont capturé des centaines d’otages. La journaliste Daphné DionViens, du Soleil, est à bord de la frégate canadienne
Le navire canadien NCSM Fredericton, qui compte 250 marins, patrouille dans les dangereuses eaux somaliennes.
NCSM Fredericton, qui patrouille le golfe d’Aden et l’océan Indien pour sécuriser ces eaux dangereuses.
SALALAH, OMAN — À partir du centre-ville de Salalah, on se rend au port par une route poussiéreuse, sous un soleil de plomb. À l’entrée, des gardiens de sécurité contrôlent rigoureusement les allées et venues. Ne circule pas qui veut derrière les barbelés. Près de la guérite, des hommes au teint basané lavent leurs vêtements dans une petite cuve.
« Le port de Salalah ressemble à tous les autres. Mêmes grues, mêmes conteneurs, mêmes i nstal lations. Peu importe les ports, ils se ressemblent tous », lance l’officier d’affaires publiques Brian Owens. Au loin, on aperçoit le
NCSM Fredericton à l’un des quais, son drapeau canadien flottant au vent. Après presque un mois en mer, l’équipage s’est arrêté à Salalah pour procéder au ravitaillement du navire. Avec 250 marins à nourrir, les réserves faites lors du précédent arrêt, le 19 novembre au port de Haïfa, en Israël, ont diminué rapidement. Depuis le début décembre, il était impossible de mettre la main sur des légumes ou des fruits frais à bord, où la consommation de lait peut atteindre jusqu’à... 120 litres par jour.
« Nous essayons de faire escale toutes les deux ou trois semaines, c’est mieux pour le moral des troupes, explique l’officier Owens. Mais ce n’est pas toujours possible. »
Sur le pont, l’ambiance est décontractée. Pour la majorité des marins, c’est jour de repos. Plusieurs en profitent pour découvrir la ville ou aller à la plage. D’autres préfèrent rester sur le navire. Dans le mess des officiers, les marins font la file pour essayer la console Wii qui vient d’être installée.
Une collaboration unique
Le NCSM Fredericton est loin d’être le seul navire de guerre au port de Salalah. On y aperçoit aussi des navires battant pavillon chinois, indien et yéménite. « C’est une collaboration unique, affirme l’officier Owen. Il y a 25 nations qui travaillent ensemble dans un même objectif : sécuriser le couloir maritime du golfe d’Aden. Ça s’était rarement vu avant. » En plus de l’OTAN et de l’Union européenne, la Malaisie, l’Iran et la Russie envoient des bateaux dans le secteur, souvent pour protéger leurs propres cargos.
L’autre jour, poursuit l’officier, le NCSM Fredericton était en contact à la fois avec un hélicoptère japonais et un navire indien. « On n’a pas le choix de se parler. Chacun surveille sa propre zone et il faut coordonner le tout », ajoute-t-il.
Ces efforts semblent porter leurs fruits puisque les pirates somaliens n’ont commis aucune attaque depuis l’arrivée de la frégate canadienne. Mais les pirates, bien au fait de la présence de ces navires de guerre, ne font qu’étendre leur zone de prédilection et frappent encore plus loin, dans l’océan Indien.
Dans quelques heures, les militaires canadiens reprendront la mer. Le soleil descend tranquillement sur le port de Salalah. Mais sur les ponts inférieurs du navire, il n’y a ni hublots ni lumière du jour. Que des couloirs métalliques éclairés au néon qui font rapidement oublier que, dehors, il fait 31°C.


Corruption : La Somalie, premier de la liste
BERLIN — L’Irak et l’Afghanistan font partie des cinq pays les plus corrompus de la planète, selon le classement publié hier par l’organisation Transparency International.
«Les résultats montrent que les pays perçus comme étant les plus corrompus sont aussi ceux qui sont meurtris par de longs conflits qui ont détruit leurs institutions», peut-on lire dans le rapport.
Transparency International a mené des études auprès d’entreprises et d’experts dans 180 pays afin d’y mesurer la corruption du secteur public.
La Somalie arrive en dernière position, avec une note de confiance de 1,1, tandis que la Nouvelle-Zélande se place en tête du classement avec 9,4.
Parmi les mauvais élèves, l’Irak se classe 176e avec une note de 1,5, le Soudan 177e (1,5), la Birmanie 178e (1,4) et l’Afghanistan 179e (1,3).
Parmi les bons élèves, le Danemark arrive 2e (9,3), Singapour 3e (9,2), la Suède 4e (9,2) et la Suisse 5e (9,0). En ce qui concerne les pays francophones, après la Suisse au 5e rang, on trouve le Canada au 9e (8,7), le Luxembourg au 13e (8,2), la Belgique au 21e (7,1) et la France au 24e rang (6,9).

Les shebabs, alliés d’Al-Qaeda  -  Judith LaChapelle
Dans le pays le plus dangereux du monde, les shebabs imposent leur islamisme radical jusqu’aux portes de la capitale. Malgré un raid américain réussi lundi pour tuer l’un des terroristes les plus recherchés en Somalie, toute intervention étrangère doit être minutieusement dosée, pour éviter que les shebabs ne prennent du galon.
Un soldat gouvernemental, qui patrouille dans les rues de la capitale Mogadiscio, montre à des enfants somaliens comment fonctionne sa kalachnikov.
Le kényan Saleh Ali Saleh Nabhan a été tué lundi avec d’autres combattants shebabs dans le sud de la Somalie, da n s u ne zone cont rôlée par ces militants islamistes ouvertement liés à Al-Qaeda. L’attaque ciblée – des hélicoptères américains ont attaqué le convoi – aurait été préparée pour limiter les pertes civiles et éviter d’alimenter la colère de la population.
Car Al-Shebab, la « jeunesse », a su se nourrir du nationalisme somalien contre l’envahisseur. Pour sortir le pays du chaos dans lequel il était plongé à la fin des années 90 – après le départ des Américains et des soldats de l’ON U –, des organisations islamistes se sont unies autour de l’Union des tribunaux islamiques, qui allait plus tard donner naissance à Al-Shebab.
« L’Union n’avait pas d’ambition politique », dit Ahmed Hussei n , le président du Congrès Somalie-Ca nada. « Elle ne visait qu’à instaurer partout la loi et l’ordre pour que les gens soient en sécurité. »
Popularité
L’Union est devenue « très populaire » à Mogadiscio et dans les régions du Sud, où elle était présente. Les Américains, inquiets de ce pouvoir islamiste, ont alors financé des seigneu rs de guer re pou r combattre l’Union. Mal leur en a pris : la population s’est rangée du côté de l’Union, qui en est sortie plus forte. En juin 2006, elle prenait le pouvoir à Mogadiscio. Pendant les six mois suivant, la capitale allait connaître un calme relatif.
À ce moment, Al-Shebab n ’ét a it qu ’u ne fac tion de l’Union, précise M. Hussein. Des combattants radicaux, mais pas encore les « fous » qu ’i ls a l la ient deven i r. « Plusieurs combattants ont alors commencé à se sentir trop confiants, invincibles, idéalistes », explique Grant Dawson, auteur d’un livre sur l’engagement canadien en Somalie, aujourd’hui rattaché à l’Université Aberystwyth, au Royaume-Uni.
Encore plus radicaux
En 2007, l’Éthiopie, appuyée par les États-Unis, envahit la Somalie pour y chasser l’Union des tribunaux islamiques. L’Union ne fait pas le poids face à l’armée éthiopienne. « Al-Shabab se disperse, mais ne disparaît pas, dit M. Dawson. Ses combattants deviennent encore plus radicaux. »
Aujourd’hui, l’actuel gouver nement soma l ien , qu i a conclu une alliance avec l’Union des tribunaux islamiques, « ne contrôle plus rien », ajoute M. Dawson, si ce n’est une enclave de la capitale gardée par des soldats des forces de l’ Union africaine. Par ailleurs, une intervention étra ngère en sol somalien risque de renforcer l’appui aux shebabs, précise Grant Dawson. « Cela pourrait les pousser vers le terrorisme, les convaincre qu’il s’agit de la solution. »
Plus inquiétant encore est l’a ff lu x d’étra ngers, venus d’Afghanistan, du Pakistan et même de Grande-Bretagne, sou l ig na it The Independent dimanche dernier, qui viennent combattre aux côtés des shebabs somaliens. « Les shebabs sont liés à Al-Qaeda », dit Ahmed Hussein, et promettent de se battre jusqu’au bout pour avoir une Somalie islamiste. Et la population ? « Lorsque les shebabs arrivent, la population est soulagée parce qu’ils mettent de l’ordre, ajoute-t-il, mais rapidement, on se met à les haïr quand ils imposent leur vision. »

UN COUPEGORGE
Plus que l’Afghanistan ou l’Irak, la Somalie est aujourd’hui réputée être l’endroit le plus dangereux du monde. Repaire de bandits, de pirates, d’islamistes fanatiques, le pays est peu fréquenté par les journalistes — la Canadienne Amanda Lindhout et l’Australien Nigel Brennan y sont retenus en otages depuis plus d’un an.




SOMALIE Clinton hausse le ton
Hillary Clinton a appelé, hier à Nairobi, l’Érythrée à cesser de soutenir les insurgés islamistes radicaux somaliens des shebab, les qualifiant d’organisation terroriste menaçant la sécurité internationale. La secrétaire d’État a ensuite quitté le Kenya pour Johannesburg, deuxième étape de sa première tournée africaine. Elle doit notamment rencontrer Nelson Mandela.


Somalie : Dans l’enfer de sable  -  Simon Coutu & Alexandra Arbour
Depuis l’effondrement du gouvernement central, en 1991, la Somalie connaît une violence inouïe. Après plusieurs tentatives de reconstitution du gouvernement, les espoirs des habitants s’amenuisent. Attentats, bombardements, décapitations et lapidations gu
« Tant qu’à crever ici, je veux retourner en Somalie pour mourir de faim avec mes enfants. Je veux entendre siffler les balles et les bombes avec eux. »
Lorsque les éléments se déchaînent dans cette région du Kenya, les réfugiés somaliens du camp de Dadaab sont livrés à eux-mêmes et à la poussière.
— À Dadaab, seuls les marabouts, d’immenses oiseaux charognards, mangent à leur faim. La misère est si grande dans cet immense camp du Kenya que certains réfugiés somaliens, qui ont tout risqué pour fuir leur pays, décident de le regagner par leurs propres moyens.
En Somalie, un des endroits les plus dangereux sur terre, le sang coule depuis 1991. Le pays est toujours en proie à une guerre qui oppose les milices islamiques et les forces gouvernementales. Plus de 250 civils y sont morts le mois dernier dans les combats.
Plus de 280 000 personnes sont donc venues chercher la paix au Kenya. Les réfugiés s’empilent dans un amas d’abris de fortune, à une centaine de kilomètres à l’ouest de la frontière de la Somalie. C’est plus de trois fois la capacité initiale du camp.
Plutôt « mourir de faim »
Le soleil plombe et le mercure peut monter jusqu’à 50°C. Lorsqu’il pleut, le territoire se transforme en mer de boue. Pour Dahabo Youssouf Ali, la situation dans le camp de Dadaab est devenue insoutenable. Il y a un an, son voisin lui a payé le voyage de Mogadiscio jusqu’au Kenya pour sauver un de ses fils, blessé par une balle perdue. Plusieurs de ses enfants sont restés derrière elle en Somalie, faute d’argent.
« Je ne reçois pas d’aide et la vie est mauvaise, accuse-t-elle. Tant qu’à crever ici, je veux retourner en Somalie pour mourir de faim avec mes enfants. Je veux entendre siffler les balles et les bombes avec eux. »
La frontière kényane est officiellement fermée depuis 2008. Pourtant, plus de 5000 réfugiés arrivent chaque mois dans cet environnement hostile où l’eau, la nourriture et l’espace font défaut.
Raha Abdi Aden a fui la ville de Kismayo au mois de mai. La jeune femme de 20 ans au long voile noir a marché 10 jours dans le désert pour atteindre la frontière kényane. Elle vit maintenant dans une tente construite à l’aide de branches, de sacs de plastique et de guenilles.
« Mes parents et mes grandsparents sont morts en Somalie, dit-elle. Ils ne pouvaient pas courir. Les milices d’Al-Shabaab sont ar r ivées chez moi . I ls tuent ceux qui refusent de les appuyer. »
Trois fois trop de monde
Dadaab est const i t ué de trois énormes camps érigés par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés ( HCR) en 1991, après la chute du gouvernement de Siad Bar re. Depuis, une génération a vu le jour dans ces fournaises, qui avaient été conçues pour recevoir 90 000 personnes.
« La terre, l’eau, la nourriture, tout était prévu pour ce nombre, affirme le porte-parole du HCR, Andy Needham. Il est urgent que le gouvernement kényan nous accorde de nouvelles terres pour ouvrir un quatrième camp. »
À un comptoir de distribution, les réfugiés se bousculent pour obtenir leur ration de farine, d’huile, de petits pois et de savon. Des policiers calment la foule à coups de bâton. « Il y a la paix ici, mais il n’y a pas assez de nourriture ! » s’exclame Hassen Mohamed I ndaya r, venue rejoindre ses enfants à Dadaab en 2008.
Au mois d’avril, des pirates somaliens ont pillé un bateau du Programme alimentaire mondial destiné au camp. Lorsque la nourriture arrive à bon port, les distributions sont explosives.
À quelques mètres, deux enfants traînent d’immenses bidons jaunes remplis d’eau. L’or bleu est aussi une source de conflit. Le HCR estime que chaque réfugié a accès à environ 15 litres d’eau par jour. Toutefois, cette quantité s’évapore à mesure que les nouveaux arrivants prennent le camp d’assaut.
« Les nouveaux réfugiés se battent avec les anciens pour avoir de l’eau, affirme Sofia Sheik Ali, qui habite à Dadaab depuis moins d’un mois. Étant donné que les anciens se privent déjà, les nouveaux, eux, se retrouvent avec un galon d’eau par famille ! »
« Emprisonnés »
Depuis août dernier, le HCR n’a tout simplement plus de terre à offrir à ceux qui arrivent à Dadaab. « Nous leur demandons d’habiter avec des amis ou des membres de leur famille, dit Andy Needham. Mais certains s’installent n’importe où sur des terres aux extrémités du camp qui ne nous sont pas désignées. »

Dans ces camps informels, il n’y a pas de services. Les réfugiés n’ont droit qu’à leur carte de ration. « Nous sommes emprisonnés, proteste Mohammed Farah Ahmoud, qui habite ce no man’s land depuis août dernier. Impossible d’avoir une place dans le camp. La Somalie est trop dangereuse et le Kenya ne veut pas de nous. Nous avons fui notre pays pour aboutir dans cette prison. »


Une évasion à la 007 en Somalie ?
Un agent secret français raconte avoir échappé à ses geôliers
L’histoire est digne de James Bond. Un agent secret français, enlevé par des insurgés islamistes radicaux le 14 juillet, aurait profité de la fatigue de ses geôliers, affaiblis par le ramadan, pour s’échapper.
L’agent secret français Marc Aubrière, enlevé à Mogadiscio en Somalie en juillet, dit avoir faussé compagnie pendant la nuit à ses ravisseurs et avoir marché pendant cinq heures pour atteindre la sûreté. Il est ici soutenu par des agents somaliens alors qu’il descend d’une ambulance pour prendre un avion.
C ’est du moins ce qu’a raconté hier à la BBC et à Radio France Internationale ( R F I) l’otage en question, Ma rc Aubrière. Ava nt de se retrouver à l’abri dans le palais présidentiel somalien, l’homme dit avoir marché pendant cinq heures dans la capitale somalienne qui a la triste réputation d’être une des villes les plus dangereuses au monde.
« Mardi soir, aux environs de minuit, j’ai profité du sommeil de mes geôliers fatigués par le ramadan. J’ai vu que ma cellule était mal fermée, alors je me suis fait la belle sans violence. De toute façon, si j’avais tiré un coup de feu, d’autres gardes m’auraient descendu », a-t-il dit selon les propos rapportés par un journaliste de RFI entré en contact avec lui alors que l’agent se trouvait à Mogadiscio sur la base de la force de paix de l’Union africaine en Somalie (AMISOM).
« Puis j’ai marché dans la nuit pendant près de cinq heures en me guidant avec les étoiles pour rejoindre la zone que j’espérais atteindre. Mogadiscio la nuit est déserte et les seuls hommes que l’on croise sont armés. On m’a tiré dessus, j’ai couru, je me suis caché et par chance on m’a raté », a-t-il raconté.
Tout héroïque soit-elle, la version fournie par l’otage français a été niée par ses ravisseurs. Un porte-parole de l’organisation islamiste Hezb al-Islam a affirmé hier avoir libéré l’otage après avoir reçu une importante rançon. L’organisation aurait remis l’otage aux autorités somaliennes à 4h du matin. M. Aubrière aurait alors été amené au palais présidentiel, selon des sources somaliennes de l’AFP.
Pour sa part, le ministère français des Affaires étrangères a assuré que l’agent s’était échappé par ses propres moyens, sans qu’un sou n’ait été versé.
Marc Aubrière avait été enlevé avec un de ses collègues par des miliciens à son hôtel, en plein centre de Mogadiscio.
Les deu x hom mes relevant du ministère français de la Défense étaient depuis détenus sépa rément , l’u n aux mains des combattants islamistes shebab, et l’autre, de miliciens du parti Hezb alIslam, un groupe plus politique dirigé par cheikh Hassan Dahir Aweys.
Des étrangers sont régulièrement enlevés en Somalie, en guerre civile depuis 1991, et des rançons sont demandées.
Hezb al-Islam et les Shebab ont lancé au début du mois de mai une offensive sans précédent contre le gouvernement du président islamiste modéré Sharif Cheikh Ahmed, soutenu par la communauté internationale.




De la responsabilité de la France

L’organisation Survie, qui critique depuis des années le rôle de la France dans le génocide au Rwanda, affirme que le rapprochement en cours vise d’abord à replacer Paris au coeur des partenariats économiques se développant dans la région. Et qu’il ne saurait faire oublier la responsabilité du pays dans les massacres. « Le soutien politique, militaire et financier de la France à un gouvernement génocidaire ne peut se dissoudre dans de quelconques excuses », soulignent les dirigeants de Survie.


CONDAMNATION HISTORIQUE - André Noël

Pour la première fois dans l’histoire du Canada, une personne est condamnée en vertu de la Loi sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre. Le verdict est tombé hier: Désiré Munyaneza est coupable.
Le juge André Denis a commencé le résumé de son jugement en citant un survivant du génocide qui est venu témoigner à Montréal et qui a déclaré ceci : « Même si je me taisais, l’air, la terre et le vent hurleraient ce qui s’est passé au Rwanda. »
Dans une décision historique, hier, le juge André Denis a déclaré le Rwandais Désiré Munyaneza coupable de crime de génocide, de crime contre l’humanité et de crime de guerre. C’est la première fois qu’une personne est condamnée au Canada en vertu de la Loi sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre, entrée en vigueur en 2000.
Le juge Denis, de la Cour supérieure du Québec, a commencé le résumé de son jugement en citant un survivant du génocide qui est venu témoigner à Montréal et qui a déclaré ceci: « Même si je me taisais, l’air, la terre et le vent hurleraient ce qui s’est passé au Rwanda. »
Ce même témoin, un jeune Tutsi nommé « C-18 » par la Cour pour le protéger contre d’éventuelles représailles, a identifié Munyaneza, 42 ans, comme un dirigeant local des Interahamwe, une milice génocidaire formée par le parti gouvernemental hutu. D’avril à juillet 1994, 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés dans ce petit pays d’Afrique centrale.
« La preuve montre qu’aucun Rwandais n’est sorti indemne des événements du printemps de 1994, a dit M. Denis, devant une salle tellement bondée qu’une autre salle du Palais de justice de Montréal a dû être ouverte pour une transmission vidéo. Près de 15 ans après le génocide, les Rwandais ont peur… Leurblessure est immense, actuelle, insupportable et indélébile. »
Reconnaître l’existence du génocide est une chose. Établir hors de tout doute raisonnable la culpabilité de Munyaneza dans les massacres qui se sont déroulés à Butare, une ville située au sud du pays, en était une autre. Munyaneza a déménagé au Canada après le génocide. Il a été reconnu par des survivants du génocide, qui ont alerté la police.
Arrêté chez lui le 19 octobre 2005, en banlieue de Toronto, il a comparu devant le juge Denis le lendemain et se trouve détenu depuis. Sept chefs d’accusation ont été portés contre lui. Son procès a commencé en mars 2007. Soixantesix témoins ont été entendus, non seulement à Montréal, mais aussi en France, au Rwanda et en Tanzanie.
Le défi le plus important auquel faisait face le juge était de jauger la crédibilité des témoins, dont la plupart parlaient seulement le kinyarwanda et qui relataient des événements survenus il y a 15 ans. Le principal avocat de la défense, Me Richard Perras, a tenté de montrer que plusieurs témoins de la poursuite se contredisaient, et ne pouvaient avoir vu ce qu’ils prétendaient avoir vu. Il a lui-même fait témoigner 36 personnes.
Mais d’entrée de jeu, le juge Denis a déclaré ceci: « La plupart des témoins de la poursuite parlent de ce qu’ils ont vu et vécu. Ils parlent aussi de l’accusé. Leur crédibilité et la pertinence de leurs propos sont supérieures à celles des témoins de la défense. La plupart des témoins de la défense n’ont pas vu l’accusé pendant le génocide. À en croire plusieurs, il n’y a eu ni viols, ni meurtres, ni cadavres à Butare. De fait, il n’y a pas eu de génocide. »
Puis le juge a résumé les témoignages de 22 Rwandais, hommes et femmes, qui ont déclaré à la Cour avoir vu Munyaneza, fils d’un riche commerçant et membre de la bourgeoisie hutue de Butare, participer aux massacres et aux viols des Tutsis. À quelques reprises, Munyaneza, vêtu d’une chemise rose et d’un complet gris, à demi dissimulé derrière un panneau de verre en partie opaque, s’est pris la tête entre les deux mains.
« Je crois RCW-2 (la Cour a donné des noms de code à presque tous les témoins rwandais) quand il dit qu’il a vu l’accusé distribuer des uniformes et des armes aux Interahamwe. Je crois RCW-3 (une femme âgée) qui affirme que l’accusé est venu à la tête d’un groupe à trois reprises à sa maison pour la piller et tenter de trouver ses filles. L’accusé l’a frappée en lui reprochant d’être tutsie et l’a dénudée. Il portait arme et grenades.
« Je crois RCW-8 (Un Hutu) qui affirme que l’accusé a distribué aux Interahamwe les armes nécessaires aux tueries des Tutsis. L’accusé lui a remis personnellement une grenade et de l’essence avec laquelle il incendie les maisons tutsies. Les Tutsis capturés aux barrages sont remis à l’accusé et conduits à la mort. Je crois RCW-10 qui affirme que l’accusé était responsable de la barrière où les Tutsis sont tués... Il était l’un des dirigeants de la chasse aux Tutsis à Butare.
« Je crois C-17 qui affirme que des groupes d’Interahamwe dont fait partie l’accusé viennent chercher des réfugiés tutsis à la préfecture, les chargent dans des camionnettes et les amènent à la mort. L’accusé et son groupe violent à répétition les femmes tutsies réfugiées à la préfecture. Armé, l’accusé viole C-17 à plusieurs reprises. Elle voit l’accusé tuer deux hommes avec une machette pendant un transport de réfugiés. Je crois C-20 qui affirme (que) l’accusé tue des enfants enfermés dans des sacs.
« La preuve montre hors de tout doute raisonnable que l’accusé a participé à la traque des Tutsis, a conclu le juge. Fils instruit d’une des grandes familles bourgeoises de Butare, Désiré Munyaneza a été à l’avant-scène dumouvement génocidaire… Il a distribué des armes et des uniformes aux Interahamwe pour qu’ils s’attaquent aux Tutsis… Il a fait partie des assaillants qui ont tué des centaines de réfugiés tutsis à l’église de Ngoma. Il a violé et participé à l’agression sexuelle de dizaines de femmes tutsies…
« Il a existé au Rwanda dès le 7 avril 1994 un projet prévu de détruire l’ethnie tutsie. Ce projet a été supporté par le président, les membres du gouvernement, l’armée, les Interahamwe et une partie de la population civile. L’accusé, de par son statut social et de par sa volonté, a participé de façon active à ce projet comme dirigeant Interahamwe et comme membre de l’élite locale qui a mis en oeuvre les éléments de ce qui allait devenir un génocide. »
Levant les yeux, M. Denis a regardé Munyaneza. « Levezvous! lui a-t-il ordonné. Désiré Munyaneza, je vous trouve coupable des sept chefs d’accusation qui pèsent contre vous. » Les représentations sur la sentence se feront en septembre. Munyaneza est passible de la condamnation à vie pour chacun des crimes.
Désemparé, il a tenté de parler avec sa femme et les autres membres de sa famille, en larmes, présents dans la salle. Le gardien lui a mis les menottes et l’a dirigé vers la sortie. Son avocat, Me Perras, a annoncé qu’il allait porter le jugement en appel. Il a dit qu’il ne comprenait pas comment le juge avait pu accorder foi à plusieurs témoins.


 Un jugement qui fait date -  Agnès Gruda

Le verdict de culpabilité rendu hier contre Désiré Munyaneza, ce Rwandais accusé d’avoir participé au génocide de 1994, ouvre la porte à d’autres procès de ce genre au Canada, estiment des juristes spécialisés en droit international
Un survivant du génocide visite le mémorial de Gisozi à Kigali, la capitale du Rwanda. D’avril à juillet 1994, 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été massacrés dans ce pays d’Afrique centrale.
Désiré Munyaneza est le premier criminel de guerre poursuivi au Canada en vertu d’une loi sur les crimes contre l’humanité, adoptée il y a neuf ans.
« Nous avons de bonnes raisons de croire qu’il n’est pas le dernier », dit Bruce Broomhall, professeur de droit pénal international à l’UQAM.
Ces procès ne viendront pas par dizaines, ne serait-ce que parce qu’ils coûteraient une fortune, avertit René Provost, directeur du Centre sur les droits de la personne de l’Université McGill.
N’empêche: la condamnation de Désiré Munyaneza était loin d’être acquise, croit René Provost. Et ce verdict montre que malgré les difficultés inhérentes à de tels procès, des criminels de guerre peuvent être jugés au Canada.
« C’est une décision extrêmement importante, qui montre le sérieux des engagements du Canada en matière de justice internationale », souligne René Provost.
Pendant longtemps, seuls les criminels de guerre nazis pouvaient être jugés au Canada. Mais la Deuxième Guerre mondiale est loin, et les nazis en fuite au Canada se font de plus en plus rares.
C’est en 2000 que le gouvernement a adopté une loi ouvrant la porte des tribunaux canadiens à tous les suspects de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité, peu importe l’endroit et le moment où ils ont sévi.
Ces procès ne sont pas faciles: les enquêteurs doivent se déplacer à l’étranger, convaincre des témoins qui ont peur, tenir compte des différences culturelles. Mais ces embûches rendent le verdict d’hier d’autant plus significatif, croit René Provost.
Quelque 1500 criminels de guerre vivent au Canada, selon le Centre canadien pour la justice internationale. Jusqu’à maintenant, le ministère de la Justice consacrait l’essentiel de ses efforts à les sortir du pays. Maintenant, il pourra aussi les traduire en justice, se réjouit Jayne Stoyle, porte-parole du Centre.
Dans lecasdegénocidaires rwandais, c’est d’autant plus important que les processus judiciaires en cours sont en train de s’essouffler. Le Tribunal pénal international sur le Rwanda (TPIR) est en train de boucler ses dossiers. Quant aux tribunaux rwandais, ils débordent. D’où l’importance pour « un système judiciaire global » de prendre le relais, note Mme Stoyle.
Au ministère de la Justice, on hésitait à confirmer que le verdict d’hier allait changer l’approche canadienne face aux criminels de guerre qui se terrent au pays. « Nous avons une soixantaine de causes qui font l’objet d’une enquête et n’importe laquelle de ces causes peut donner lieu à des poursuites », s’est contenté de dire Terry Beitner, directeur de la Section canadienne sur les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre.
Il se réjouit néanmoins du jugement d’hier. « Il envoie clairement le message que le Canada n’est pas un refuge pour des gens impliqués dans des génocides ou des crimes de guerre. »


Un verdict accueilli avec soulagement
COMMUNAUTÉ RWANDAISE
« La nouvelle s’est rendue très, très vite au Rwanda. Là-bas aussi, les gens attendaient le verdict avec impatience. »
La communauté rwandaise du Canada a accueilli le verdict de culpabilité rendu contre Désiré Munyaneza avec soulagement, hier, après des mois d’attente où elle craignait que l’homme accusé de crimes de guerre ne soit acquitté.
La femme de Désiré Munyaneza, Solange, est sortie hier du palais de justice accompagnée d’un ami qui l’a dérobée aux regards des médias.
« Si le jugement avait été en faveur de l’accusé, les victimes n’y auraient pas survécu. Elles ont été violées une première fois durant le génocide. Elles ont revécu le pire cauchemar de leur vie en témoignant contre lui. L’acquittement, ça aurait été comme un troisième viol », a décrit le président de la diaspora rwandaise du Canada, le Dr Jean Kamanzi.
Le Dr Kamanzi venait de terminer une entrevue téléphonique avec un animateur d’une station de radio de Kigali quand il a parlé à La Presse, hier aprèsmidi. « La nouvelle s’est rendue très, très vite au Rwanda. Là-bas aussi, les gens attendaient le verdict avec impatience », a-t-il dit.
Pour la communauté rwandaise, le Canada envoie un message d’une importance capitale au reste du monde. « Le Canada ne peut servir de terre d’asile aux criminels de guerre. C’est arrivé dans le passé que des victimes du génocide réfugiées ici se retrouvent face à face avec leurs bourreaux », raconte le président de la diaspora rwandaise du Canada qui représente quelque 10 000 personnes.
« I l y en a d’autres ( Munyaneza) au Canada. J’espère que les recherches sont très avancées et que d’autres procès se feront », a dit pour sa part César Gashabizi de Page-Rwanda, une association de survivants du génocide de 1994, au cours duquel près de 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été tués.
Le Congrès jui f québécois s’est aussi réjoui du verdict du juge André Denis, rendu après six mois de délibérations. « Il est important de se souvenir des victimes du génocide au Rwanda, ce qui inclut les familles dont il n’existe aucun témoin du jugement rendu aujourd’hui (hier) », a affirmé le président du Congrès, Adam Atlas.


Le sang, l’histoire, la justice - Yves Boisvert
Désormais, d’où que vienne l’accusé et quel que soit le lieu de son crime, il peut être jugé au Canada.
Des enfants décapités, des chiens qui dévorent des cadavres empilés, des femmes violées, des hommes traqués, torturés, mutilés, tués… Des rivières de sang, la haine et la peur partout, la fureur à un degré qu’on n’imagine pas.
Avant d’être la conclusion du procès Munyaneza, avant d’être un jugement historique, la décision d’André Denis est le récit désespérant du massacre de 800 000 êtres humains en quatre petits mois.
C’était le Rwanda et le génocide de l’ethnie minoritaire tutsie, ainsi que de Hutus modérés. C’était aussi un test raté pour la communauté internationale, incapable de faire cesser les massacres, malgré les appels à l’aide désespérés.
À défaut de se mobiliser pour sauver des vies, la communauté internationale s’est mobilisée pour punir les responsables. Un tribunal pénal international spécial a été créé (il achève son travail). D’autres allaient suivre, pour ensuite créer une Cour pénale internationale permanente qui peut juger les criminels de guerre et auteurs de tion au principe qu’un pays ne juge que les crimes commis sur son territoire, ou ceux commis par ses citoyens en territoire étranger. Désormais, d’où que vienne l’accusé et quel que soit le lieu de son crime (de cette catégorie), il peut être jugé au Canada.
Ce n’était pas une première. En 1986, une commission présidée par le juge Jules Deschênes concluait qu’il y avait 774 criminels de guerre réfugiés au Canada. Essentiellement, des criminels de guerre nazis de la Seconde Guerre mondiale. On a modifié le Code criminel pour permettre de les juger au Canada. crimes contre l’humanité – des pays signataires.
C’est dans ce mouvement que le Canada, comme plusieurs autres pays, a adopté une loi permettant de juger chez lui les auteurs de tels crimes.
Il faut voir à quel point cette loi défie les mentalités juridiques traditionnelles. C’est une excep-
Un Imre Finta, accusé d’avoir participé aux camps de la mort en Hongrie, a été le premier – et le dernier – accusé selon ces dispositions. Il a été acquitté à Toronto par un jury, plus de 40 ans après les faits. La Cour suprême a confirmé cet acquittement.
Après cette déconvenue, plus aucun criminel de guerre n’a été accusé en vertu de cette loi. Les coûts sont immenses, la preuve difficile à faire, les acquittements trop risqués. Par la suite, on a plutôt révoqué la nationalité de certains criminels de guerre présumés ou facilité leur extradition.
On voit donc pourquoi le jugement Denis est historique. Un échec du ministère public risquait de condamner ce genre de procès. Il aurait été facile, en effet, de conclure que de juger des gens parlant une langue étrangère pour des crimes commis il y a 15 ans à 10 000 kmd’ici est une entreprise vouée à l’échec, malgré le bel idéalisme qui l’anime.
Au contraire, ce jugement inaugure une nouvelle ère. Il n’y aura pas 15 procès de ce genre chaque année au Canada. Mais cet outil contre l’impunité vient de gagner en crédibilité. Il est possible de faire condamner des criminels de guerre au Canada, avis en soit donné.
C’est un signal envoyé aussi bien aux tyrans et aux bourreaux qu’aux autres pays. Il n’y a plus d’excuse, d’une certaine manière, pour ne pas mettre en oeuvre des mesures semblables, même si elles sont coûteuses.
Ce n’est pas un « bon jugement » parce qu’il conclut à la culpabilité. C’est un bon jugement, je dirais même un grand jugement parce qu’il est bien fait et convaincant. Chaque conclusion est appuyée par une analyse factuelle détaillée et une appréciation des témoignages. Le propos est clair, pédagogique même (on voit que le juge a conscience de s’adresser à un auditoire international). Le juge Denis était à la hauteur de cette tâche colossale – encore une fois.
Le tout reposant essentiellement sur l’appréciation des faits, je serais étonné que la Cour d’appel casse ce verdict.
La suite ? La suite sera multiple. On pourrait mettre sur la liste le présumé génocidaire Léon Mugesera (il en est question dans le jugement), qui fait face à un jugement d’extradition depuis quatre ans, mais qui est encore au Canada vu les dangers que lui ferait courir un retour au Rwanda – on n’envoie pas des gens qui risquent la torture dans leur pays.
Ce serait la suite logique des choses.


La petite histoire du génocide rwandais -  MICHÈLE OUIMET
« Quinze ans après le génocide, conclut le juge Denis, les Rwandais ont peur. Les Rwandais se méfient les uns des autres. Ils se taisent et la plupart ne veulent ou ne peuvent parler du génocide. Leur blessure est immense, actuelle, insupportable et indélébile. Victimes et bourreaux confondus. »
Je ne peux penser au Rwanda sans avoir le coeur à l’envers. J’ai vu les premières images du génocide à la télévision: des centaines de cadavres flottaient dans les eaux agitées d’une rivière qui traversait le pays.
Je suis arrivée au Rwanda à la fin d’avril 1994, trois semaines après le début des massacres, qui se sont étirés jusqu’à la mi-juillet. Pour entrer au pays, je suis passée par l’Ouganda. À la frontière, j’ai croisé deux journalistes étrangers. Ils m’ont prévenue: « Il y a de cadavres partout, on se croirait au Cambodge à l’époque de Pol Pot. »
Je savais qu’ils me disaient la vérité, car je pouvais lire l’horreur dans leurs yeux.
À la fin du mois d’avril, on parlait de 100 000 morts, 200 000 peut-être. Certains commençaient à parler de génocide, mais le mot semblait énorme, obscène. Personne ne voulait y croire.
Je suis partie sur les routes défoncées du Rwanda à bord d’une jeep de l’ONU. Il était 17h. Nous nous sommes perdus. Nous avons tourné en rond pendant des heures, paniqués à l’idée de tomber sur des miliciens, les Interahamwe, qui massacraient les Tutsis et les Hutus modérés.
Plus rien ne fonctionnait dans le pays, il n’y avait pas d’électricité, pratiquement plus d’eau potable. À une quinzaine de kilomètres de la capitale, Kigali, nous sommes tombés sur un hôpital qui a accepté de nous héberger. J’ai dormi sur un vieux matelas jeté dans un coin.
C’est là que j ’ai rencontré Jérôme, un enfant de 3 ans que l’armée tutsie avait trouvé sous une pile de cadavres. Il avait survécu pendant deux jours, accroché au cadavre de sa mère. Jérôme vivait à l’hôpital depuis une semaine. Ombre silencieuse, il refusait de parler et luttait contre le sommeil, ses yeux immenses fixés dans le vide. La peur des cauchemars.
Des soldats de l’armée tutsie m’ont emmenée à Rukara, un village où la population avait été massacrée. Comment vous décrire les dizaines de cadavres alignés côte à côte au bord de la route, hommes, femmes, enfants, tués, massacrés ? Des cadavres qui gisaient là depuis deux semaines, à moitié décomposés. L’odeur âcre qui donnait des hauts le coeur. Le silence assourdissant. Et les mouches, grosses, d’un noir bleuté.
Dans l’église, des centaines de cadavres étaient empilés. Même massacre, même odeur insupportable, mêmes corps emmêlés, démembrés.
J’ai compris qu’il n’y avait pas de hasard et que les gens avaient été assassinés selon un plan précis. Et, pour la première fois, l’hypothèse du génocide m’a semblé crédible.
Quinze ans plus tard, le juge André Denis, de la Cour supérieure du Québec, a confirmé le génocide. En mai, il a conclu que Désiré Munyaneza, un Rwandais qui s’était réfugié au Canada, était coupable de génocide, de crimes contre l’humanité et de crimes de guerre.
La plainte contre Munyaneza a été déposée en 1997 par un citoyen. Il a fallu 12 ans pour arriver à un verdict de culpabilité. Douze longues années de travail entre le dépôt de la plainte et la décision du juge Denis.
Tout a commencé par une longue et méticuleuse enquête de la GRC – l’enquêteur a dû se rendre au Rwanda une quinzaine de fois –, suivie par quatre ans de procédure, dont deux ans de procès où ont témoigné 66 personnes éparpillées entre Montréal, l’Afrique et la France, le tout consigné dans 16 000 pages de notes sténographiées.
Une affaire extrêmement complexe. « Toute la preuve était à l’extérieur du pays », explique Pascale Ledoux, la procureure qui a tenu à bout de bras le dossier de Désiré Munyaneza. Elle était épaulée par deux collègues.
Je l’ai rencontrée cette semaine à son bureau, juché au neuvième étage du complexe Guy-Favreau. Une pluie forte fouettait les fenêtres qui donnent sur le centre-ville. Son bureau est petit, encombré. Les tablettes de sa bibliothèque craquent sous le poids des dossiers. Un peu partout, des photos de ses enfants. Accroché au mur, son diplôme de l’Université de Montréal: baccalauréat en droit obtenu en 1985.
Cheveux courts légèrement bouclés, petites lunettes posées sur le nez, collier africain au cou. Pascale Ledoux ne s’enfarge pas dans les détails et va droit au but. La poursuite contre Désiré Munyaneza représentait un défi colossal. Avocate au ministère fédéral de la Justice depuis 1995, elle était habituée à des dossiers costauds qui touchaient le crime organisé, les stupéfiants ou la contrebande. Mais un génocide? Jamais.
Elle est allée trois fois au Rwanda, des séjours qui variaient entre trois semaines et deux mois. Du temps passé loin de ses jeunes enfants. Elle n’avait jamais mis les pieds dans un pays du tiers-monde, encore moins en Afrique. « Le Rwanda est un pays magnifique, dit-elle, mais j’y ai entendu les pires choses de ma vie. C’est nécessairement bouleversant. Je faisais un travail cartésien avec un objectif précis, je devais garder mon objectivité. »
Les témoignages étaient crève-coeur: viols, meurtres, hommes et femmes massacrés à la machette, maisons pillées, incendiées; l’humiliation, la peur.
Les plaies sont encore vives. « Quinze ans après le génocide, conclut le juge Denis, les Rwandais ont peur. Les Rwandais se méfient les uns des autres. Ils se taisent et la plupart ne veulent ou ne peuvent parler du génocide. Leur blessure est immense, actuelle, insupportable et indélébile. Victimes et bourreaux confondus. »
L’avocat de Désiré Munyaneza a déjà déclaré qu’il interjetterait appel. Pascale Ledoux n’en a pas fini avec le Rwanda.



Radovan Karadzic se défile à son procès pour génocide
TRIBUNAL PÉNAL INTERNATIONAL
LA HAYE — Le procès pour génocide de l’ex-chef politique des Serbes de Bosnie, Radovan Karadzic, a pris hier un faux départ en raison de l’absence de l’accusé, qui a contraint les juges du Tribunal pénal international (TPI) de La Haye à le reporter à aujourd’hui.
Radovan Karadzic, qui se défend seul, « ne comparaîtra pas » non plus à cette nouvelle audience, a déclaré Marco Sladojevic, l’un de ses avocats, après avoir rencontré l’accusé. « Il demande plus de temps pour se préparer », a-t-il précisé.
Le juge sud-coréen O-Gon Kwon a ajourné le procès un quart d’heure après son ouverture, en constatant « l’absence de l’accusé et d’un avocat pour le représenter ».
I l a appelé M. Karadzic, qui avait en vain réclamé en septembre 10 mois supplémentaires pour se préparer, à « être là » aujourd’hui, sans préciser ce qui se passerait s’il était toujours absent. Le procès doit reprendre en après-midi aux Pays-Bas avec la présentation par le procureur Alan Tieger des charges de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre commis durant la guerre de Bosnie (1992-1995).
Actes d’accusation
Radovan Karadzic, 64 ans, est notamment accusé du massacre de Srebrenica, au cours duquel plus de 7000 hommes et garçons musulmans ont été tués en juillet 1995, ainsi que du bombardement de Sarajevo, qui a fait 10 000 morts civils en 44 mois. Il plaide non coupable.
L’accusé risque la prison à vie pour avoir, selon l’accusation, voulu « chasser à jamais » des millions de Musulmans et Croates des territoires de Bosnie convoités par les Serbes, en orchestrant une campagne de « nettoyage » ethnique.
L’acte d’accusation détaille deux charges de génocide, lors des premiers mois de la guerre, et pour le massacre de Srebrenica, le plus sanglant commis en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale.
L’ajournement du procès a provoqué la colère de mères de victimes venues de Bosnie à La Haye. « C’est comme si on était tués une seconde fois », a lancé Munira Subasic, 62 ans, qui a perdu des proches lors du massacre de Srebrenica.
Lors de la guerre, Radovan Karadzic, alors président de la République autoproclamée des Serbes de Bosnie, voulait, avec l’ex-président yougoslave Slobodan Milosevic, une « Grande Serbie » comprenant 60 % de la Bosnie.
M. Karadzic, arrêté en juillet 2008 à Belgrade, est le plus haut responsable du conflit bosniaque à être jugé par le TPI. M. Milosevic est mort à La Haye en 2006 avant la fin de son procès et le chef militaire des Serbes de Bosnie, le général Ratko Mladic, est toujours en fuite.




LE REJET DE L’OCCIDENT -  Jocely Coulon
Le Sri Lanka, le Soudan et la Birmanie résistent très bien aux sanctions et pressions diplomatiques occidentales
Cessons de nous écouter parler et trouvons une avenue de dialogue avec le reste du monde.
QL’auteur ( j.coulon@ cerium.ca) est directeur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié au CERIUM. Il a séjourné au Sri Lanka en janvier dernier. u’ont en commun le Sri Lanka, le Soudan et la Birmanie? Ces trois pays, comme d’autres d’ailleurs, défient de plus en plus les appels de la « communauté internationale », de l’Occident en fait, à faire cesser les crimes commis chez eux. Et ils résistent très bien aux sanctions et aux pressions diplomatiques occidentales grâce à leurs amis. Il est temps que l’Occident revoie sa méthode.
Aux Occidentaux qui croient pouvoir convaincre le Sri Lanka de cesser les combats contre la rébellion, la réponse du président Mahinda Rajapakse se fait virulente : « Allez voir ce qu’ils font en Irak et en Afghanistan. »
Le Soudan et la Birmanie sont des États voyous qui se sont placés au ban des nations depuis plusieurs années, le premier en raison de son horrible guerre au Darfour et le deuxième en raison de la sanglante répression qu’il exerce contre les forces démocratiques et de l’emprisonnement de la charismatique Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la paix.
Le Sri Lanka quant à lui n’est pas considéré comme un État voyou. Héritier d’une solide tradition démocratique, champion de la décolonisation et du non-alignement, il lutte toutefois contre une rébellion aux aspirations que certains considèrent légitimes, mais qui est devenue avec le temps un mouvement terroriste banni dans le monde. Cette guerre de 30 ans sert malheureusement aujourd’hui de prétexte pour justifier une dérive autoritaire du gouvernement sri lankais: opposants et journalistes assassinés ou en fuite, restriction de la liberté d’expression et, maintenant, bombardements sans merci des zones rebelles où se trouvent pris en otages des milliers de civils.
Des sanctions économiques sont imposées aux régimes birman et soudanais, mais elles n’ébranlent pas les gens au pouvoir. Les interventions diplomatiques restent elles aussi sans effet. Ces régimes résistent d’autant plus aux pressions occidentales qu’ils comptent dorénavant sur une aide généreuse d’amis comme le Japon, l’Inde, la Chine, le monde arabe, etc.
Au Sri Lanka, les Occidentaux croient pouvoir convaincre le régime de cesser les combats avec la rébellion. Mal leur enprend. La réponse du gouvernement est virulente. Le président Mahinda Rajapakse fustige ceux qui font la leçon à son pays sur le sauvetage des civils en leur demandant « d’aller voir ce qu’ils font en Irak et enAfghanistan». Et les exemples sont bien choisis. L’invasion de l’Irak par les forces américano-britanniques a entraîné la mort de 300000 civils irakiens et les «bavures» en Afghanistan et au Pakistan tuent régulièrement des dizaines, sinon des centaines de civils au nomde la lutte contre le terrorisme.
Les Africains, les Arabes, les Asiatiques estiment que les exactions commises ou tolérées par les Occidentaux leur enlèvent la crédibilité nécessaire pour chapitrer le reste du monde sur le respect des droits les plus fondamentaux.
En fait, lorsqu’un leader occidental déclare que « la communauté internationale est indignée » face à telle question, il provoque la plupart du temps la moquerie sinon le rejet généralisé partout dans le monde.
Comment interpréter autrement la solidarité unanime de la Ligue arabe et de l’Union africaine envers le président soudanais depuis son inculpation pour crimes contre l’humanité au Darfour? Ou les applaudissements de plus d’une centaine de délégations aux déclarations anti-Israël du président iranien lors de la réunion de la Commission des droits de l’homme de l’ONU? Ces attitudes sont répugnantes, mais elles sont la réalité.
Je suis actuellement au Burkina Faso où j’ai rencontré le médiateur africain sur le Darfour, le ministre burkinabé Djibill Bassolé. Il n’y a pas de solution miracle à ce conflit, dit-il. Il tient simplement à souligner la nécessité pour toutes les parties de reconnaître leurs torts et de dialoguer de bonne foi. Et si, en Occident, on changeait de méthode ? Notre impératif moral n’est-il pas de nous demander pourquoi nous n’arrivons plus à convaincre du bien-fondé de nos idéaux et de nos actions plutôt que d’imposer notre loi? Cessons de nous écouter parler et trouvons une avenue de dialogue avec le reste du monde afin que les droits les plus fondamentaux deviennent un bien universel.



Chili 129 agents de Pinochet visés par un mandat d’arrêt

Violations des droits de la personne sous le régime militaire
La dictature d’Augusto Pinochet a peut-être pris fin en 1990, mais les traces qu’elle a laissées sur la société chilienne n’ont pas toutes été effacées. Dans le plus grand coup de filet de la justice chilienne à ce jour, un juge a délivré hier 129 mandats d’arrêt contre des anciens agents de la junte militaire pour de graves violations des droits de la personne commises il y a près de 30 ans.
Tantôt officiers de l’armée chilienne, tantôt chauffeurs ou policiers, les individus visés par le juge Victor Montiglio dans ses mandats d’arrêt appartenaient tous à la police secrète du régime militaire, la direction nationale du renseignement, connue sous le nom de DINA par les Chiliens qui l’ont redoutée pendant les 17 années du régime Pinochet.
Les accusations qui pèsent su r les agents de la ju nte incluent plusieurs cas d’enlèvement, d’assassinat et de torture. L’enquête qu’a menée le juge Montiglio visait particulièrement l’opération Condor, au cours de laquelle des agents de la DINA ont collaboré avec le Paraguay, le Brésil, la Bolivie et l’Uruguay pour éliminer des dissidents politiques, les pourchassant parfois jusqu’aux États-Unis.
D’autres mandats d’arrêt sont aussi liés à l’opération Colombo, lancée en 1975 et au cours de laquelle 119 opposants chiliens furent portés disparus ou assassinés.
«C’estunevagued’arrestations très significative. Elle démontre qu’aucun individu, peu importe ses contacts, n’est à l’abri de la justice», a dit hier à La Presse Jose Miguel Vivanco, directeur de l’organisation Human Rights Watch en Amérique latine, joint au Mexique.
P rofesseu r d’histoire de l’Amérique latine à l’Université du Québec à Montréal, José Del Pozo rappelle pour sa part que le coup de théâtre du juge Montiglio s’inscrit dans une longue croisade du Chili pour faire la lumière sur le lourd héritage de l’ère Pinochet, un processus entamé au lendemain de la chute du régime militaire.
Depuis 19 91, la justice chilienne tente tant bien que mal de faire la lumière sur des violations des droits de l’homme qui ont entraîné la mort ou la disparition de plus de 3300 personnes, dont un grand nombre d’opposants politiques. À ce jour, plus de 505 personnes ont été formellement accusées. De ce nombre, 277 ont été reconnues coupables, dont 42 généraux. À la fin du mois de juillet, 53 d’entre eux étaient toujours derrière les barreaux.
Lui-même arrivé au Québec pendant la répression Pinochet, M. Del Pozo déplore cependant que plusieurs sentences imposées aux tortionnaires chiliens reconnus coupables de crimes abominables ont maintes fois été commuées par des cours d’appel. «Ça transforme le processus judiciaire en farce. De longues peines d’emprisonnement pour des crimes horribles se transforment en peines à servir à la maison», dénonce-t-il.
Autre accroc à la crédibilité de la justice chilienne, le journal Nacion a révélé le week-end dernier que certains des militaires emprisonnés reçoivent toujours un salaire de l’armée chilienne.
« Malgré quelques scandales, on peut facilement dire que le Chili est le pays d’Amérique latine qui a fait le plus de progrès pour punir des violations passées des droits de l’homme. Ça ne veut pas dire qu’il ne reste pas de travail à faire », soutient Jose Miguel Vivanco. Les familles de 1000 disparus espèrent comprendre un jour ce qui est arrivé aux leurs.



Robert Fowler aurait été vendu à ses ravisseurs  -  Catherine Handfield
Enlèvement de deux Canadiens au Niger
L’ancien diplomate canadien Robert Fowler, enlevé par Al-Qaeda et retenu en otage pendant plus de quatre mois au Niger, croit que ses ravisseurs ont un informateur à l’ONU ou au gouvernement nigérien. Selon Robert Fowler, sa présence irritait les autorités nigériennes, qui « haïssaient » sa mission. Le président Mamdou Tandja semblait « offensé, ennuyé et embarrassé » par la décision de l’ONU d’envoyer un émissaire dans son pays.
« Je sais que quelqu’un m’a vendu », a-t-il déclaré lors d’une entrevue diffusée hier soir au réseau CBC, la première qu’il accorde depuis sa libération, en avril.
Robert Fowler (à droite), son assistant Louis Guay (à gauche) et leur chauffeur ont été enlevés en décembre 2008 dans l’ouest du Niger. Ils retournaient à la capitale, Niamey, après avoir visité une mine d’or exploitée par une entreprise canadienne.
Robert Fowler, son assistant Louis Guay et leur chauffeur ont été enlevés en décembre dans l’ouest du Niger. Ils retournaient à la capitale, Niamey, après avoir visité une mine d’or exploitée pa r une entreprise canadienne.
Les trois hommes ont été enlevés sur l’autoroute, dans un coin que l’ONU considère pourtant comme sûr, selon M. Fowler.
Le rapt a été d’abord revendiqué par des groupes rebelles, puis par l’organisation « Al-Qaeda au Maghreb islamique ».
Robert Fowler croit que ses ravisseurs ont été prévenus de ses déplacements. Le personnel de l’ONU et le gouvernement du Niger, qui était chargé d’assurer sa sécurité, connaissaient son itinéraire de voyage, dit-il.
« De qui pourrait-il s’agir ? a-t-il demandé. Ce pourrait être le gouvernement du Niger. Ce pourrait être un sympathisant d’Al-Qaeda au bureau de l’ON U au Niger, au bureau de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest ou à la tour du secrétariat à New York. »
Un porte-parole des Nations unies s’est distancié des spéculations de Robert Fowler, répliquant que, à ce stade-ci, rien ne laisse croire à une fuite du côté de l’ONU.
« Nous n’avons aucune information solide qui nous permettrait de mener une enquête interne », a dit à La Presse Farhan Haq, soulignant que M. Fowler n’émet que des hypothèses dans l’entrevue qu’il a accordée à l’émission The National. La deuxième partie sera diffusée ce soir.
« M a is c ’est cer t a i nement u ne source de préoccupation pour nous, a ajouté M. Haq. Nous aimerions recevoir toute information pertinente en lien avec cela. »
Selon Robert Fowler, sa présence irritait les autorités nigériennes, qui « haïssaient » sa mission.
Le président Mamdou Tandja semblait « offensé, ennuyé et embarrassé » par la décision de l’ONU d’envoyer un émissaire dans son pays. Le Canadien était chargé d’aider le gouvernement à faire la paix avec les rebelles touaregs du nord du pays, qui exigent une plus grande part des revenus d’extraction de l’uranium.
Autre indice qui laisse croire à l’implication d’un informateur : les membres du groupe qui le séquestraient – une vingtaine d’hommes et d’enfants – semblaient savoir qui il était, a ajouté M. Fowler. Ils n’étaient « pas surpris » quand l’ex-diplomate leur a confirmé son identité.
Une captivité de 130 jours
Robert Fowler a cru qu’il ne sortirait pas vivant de sa captivité de 130 jours.
Il se souvient qu’une camionnette leur a barré la route et que deux hommes à bord les ont visés avec leurs AK-47. À l’intérieur du camion, les trois otages ont été couverts d’une « couverture huileuse et malodorante », et deux hommes se sont assis sur eux pour les maintenir en place.
Le voyage qui les a menés dans un camp au nord du Mali a duré 56 heures. Robert Fowler s’est fracturé une vertèbre, tandis que Louis Guay a été frappé au visage avec un fusil.
Les ravisseurs ont forcé M. Fowler à en registrer quatre vidéos, bien qu’aucune n’ait été rendue publique. Dans l’une d’elles, on lui avait bandé les yeux et attaché les mains dans le dos, tandis que l’un de ses bourreaux parlait lentement en arabe en faisant référence au djihad et à Al-Qaeda.
L’ex-diplomate ca nadien devait également assister à des « soirées vidéo » au cours desquelles ses ravisseurs se rassemblaient autour d’un ordinateur pour regarder des soldats de la coalition se faire abattre en Irak et en Afghanistan.
Joint par courriel par La Presse, Robert Fowler a signifié qu’il n’accorderait plus d’entrevue jusqu’à nouvel ordre.



DARFOUR Mandat renouvelé
Le Conseil de sécurité de l’ONU a décidé hier à l’unanimité de prolonger d’un an le mandat de la mission de la force de maintien de la paix ONU-Union africaine au Darfour (MINUAD), région du Soudan en proie à la guerre civile. Le Conseil a adopté une résolution rédigée par les Britanniques qui décide « d’étendre le mandat de la MINUAD (...) pour encore 12 mois jusqu’au 31 juillet 2010 » et incite la force à faire le plein usage de ses capacités pour protéger les civils au Darfour et garantir « un accès humanitaire sûr, en temps adéquat et sans entraves ».


La paix par le partage du pétrole  -  Laura-Julie Perrault
Une cour d’arbitrage redessine les frontières du « Cachemire soudanais »
Lorsque, en 2005, au Soudan, le gouvernement de Khartoum et le plus puissant groupe de rebelles du Sud-Soudan ont signé un accord mettant fin à 22 ans d’un conflit meurtrier, plus d’un litige est resté en suspens. Au coeur des questions non réglées se trouvait le sort d’Abyei, le « Cachemire soudanais ». Hier, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a tenté de mettre fin à la dispute en redessinant les frontières de cette région riche en pétrole. Survol des enjeux en quatre questions. QQu’a
Des Soudanais sont sortis dans les rues hier, pour célébrer la décision de la Cour permanente d’arbitrage de La Haye, qui a déplacé la frontière orientale de la région d’Abyei, accordant, somme toute, la majorité des gisements pétroliers au gouvernement fédéral du Soudan.
décidé la Cour permanente d’arbitrage de La Haye? R Dans un arrêt de 286 pages, la Cour permanente d’arbitrage de La Haye a redessiné les frontières de la région d’Abyei. Les arbitres ont déplacé la frontière orientale de la région, accordant du coup la majorité des gisements pétroliers, dont celui de Heglig, au gouvernement fédéral du Soudan, à Khartoum, dans le nord du pays. Ils ont aussi accordé quelques gisements au Sud-Soudan en plus de terres ancestrales réclamées par la tribu Ngok Dinka, proche du Mouvement de libération du sud du Soudan (SPLM), l’ancien groupe de rebelles qui représentent le Sud-Soudan à la table des négociations de paix. En d’autres termes, la Cour a coupé la poire en deux. QComment
les deux anciens belligérants ont-ils réagi ? R Même si la décision est surtout à l’avantage du gouvernement de Khartoum, les deux parties au litige ont affirmé qu’elles respecteront la décision de la Cour d’arbitrage. Cette dernière devrait être en vigueur jusqu’à la tenue d’un référendum en 2011. Selon les ententes entre les anciens belligérants, la population d’Abyei devra alors décider si la région sera rattachée au Nord ou au Sud-Soudan. Le même jour, la population du Sud-Soudan choisira si elle désire créer un État indépendant. QQuel
est l’impact de la décision sur les populations civiles ? R C’est en quelque sorte la grande inconnue de cette décision. La région abrite plus de 50 tribus. Certains nomades arabes craignent que la redéfinition de la frontière leur nuise en coupant leur accès à d’importantes terres de pâturage. QPourquoi
la région d’Abyei revêt-elle une telle importance pour les deux groupes ? R Premièrement, cette région compte plus de 60% des ressources pétrolières soudanaises. Cependant, selon Fabienne Hara, de l’International Crisis Group, le pétrole n’explique pas tout. « La question d’Abyei cristallise d’autres problèmes qui existent entre le nord et le sud du pays », expose l’experte de la question soudanaise. Chevauchant les deux parties du Soudan, on y trouve à la fois des Arabes du nord du pays, principalement musulmans, et des Africains du Sud, chrétiens ou animistes. L’ascendant des Arabes du Nord sur la population du Sud a été à la base du conflit soudanais, et cette région ne fait pas exception à la règle. Cette guerre civile, la plus longue que l’Afrique ait connue, a fait plus d’un million de morts. Par ailleurs, l’an dernier, l’Abyei a été le théâtre d’importantes violences. À la suite des affrontements, qui ont fait plus de 100 morts, le gouvernement de Khartoum et le SPLM ont décidé de s’adresser à la Cour permanente d’arbitrage de La Haye.





Darfour : « J’AI EU PEURDE MOURIR » -  Agnès  Gruda
ENLEVÉE LE 4 AVRIL DERNIER DANS UN VILLAGE DU DARFOUR, LA TRAVAILLEUSE HUMANITAIRE STÉPHANIE JODOIN A PASSÉ 25 JOURS DANS LE DÉSERT, SOUS LA GARDE D’UNE DOUZAINE D’HOMMES ARMÉS. ELLE A PARLÉ AVEC EUX, A PARTAGÉ LEURS PLATS DE MANIOC ET PARFOIS MÊME QUELQU
Que faisaient les deux femmes de leurs journées interminables ? Elles se racontaient leurs vies, de A à Z.
Parler la langue de vos ravisseurs procure certains avantages. Mais ça peut aussi représenter une malédiction. Car il y a des conversations qu’il vaut mieux ne pas entendre. Surtout quand on parle de vous. Et de votre éventuel assassinat…
« N’oublie pas que chacun de ces hommes peut nous tuer s’il le faut », a souvent répété Stéphanie Jodoin, 31 ans, à sa compagne d’infortune. Mais jamais la menace ne lui avait paru aussi concrète que le jour où elle a entendu ses ravisseurs évoquer l’hypothèse de sa propre mort.
Pendant une journée entière, Stéphanie Jodoin a entendu ses gardiens soudanais discuter, en arabe, de l’opportunité de tuer « la Canadienne ».
« Je crois qu’à ce moment-là, les négociations étaient bloquées et qu’ils imaginaient différents scénarios », suppose la jeune femme, qui a été enlevée le 4 avril avec sa collègue française, Claire Dubois, à Ed el Fursan, un village dans le sud du Darfour.
« N’oublie pas que chacun de ces hommes peut nous tuer s’il le faut », a souvent répété la Québécoise de 31 ans à sa compagne d’infortune. Mais jamais la menace ne lui avait paru aussi concrète que le jour où elle a entendu ses ravisseurs évoquer l’hypothèse de sa propre mort.
À son arrivée au Soudan au printemps, Stéphanie Jodoin avait patienté pendant plusieurs jours à Nyala, la capitale du SudDarfour, en attendant les permis nécessaires pour se rendre dans les villages où son ONG, Aide médicale internationale, tenait une poignée de dispensaires.
Depui s l ’ en l èvement de quatre employés de Médecins sans frontières, capturés puis relâchés à la mi-mars, le travail de coopérant au Darfour est devenu un métier à haut risque.
Mais le village d’Ed el Fursan sembla i t épa rgné , « c ’ éta i t une poche de sécurité », selon Stéphanie Jodoin. Le soir du 4 avril, les deux jeunes femmes discutaient donc tranquillement avant d’aller se coucher quand un homme armé est entré dans leur maison. Il les a conduites vers un camion où elles ont passé plus de deux jours couchées par terre, sous des couvertures.
Qui étaient leurs ravisseurs? Où les conduisaient-ils ? Pourquoi ? Elles n’en savaient rien. « Ce n’était pas rassurant du tout. »
Conversations dans le désert
Le camion s’est finalement arrêté dans un wadi, vallée creusée par une rivière desséchée où les deux travailleuses humanitaires ont dormi pendant plus de 20 nuits. Le jour, elles s’installaient sous un arbre couvert de lianes qui formaient un abri de fortune autour d’elles.
Leurs ravisseurs les nourrissaient avec le plat traditionnel soudanais: une pâte à base de farine de manioc trempée dans
une sauce. Parfois, du riz au lait. Elles n’ont pas été maltraitées et n’ont pas souffert de la faim. L’eau était plus problématique : le plus souvent, elles devaient se contenter d’un liquide brunâtre peu inspirant. « Nous avons été chanceuses, nous n’avons pas été malades » , se réjouit Stéphanie Jodoin.
C’est elle, pourtant, qui avait annoncé que sa compagne Claire Dubois était gravement malade lors d’un de ses appels téléphoniques supervisés par les ravisseurs. C’était faux mais elle n’avait pas le choix: ils voulaient faire monter les enchères.
Que faisaient les deux femmes de leurs journées interminables? Elles se sont raconté leurs vies, de A à Z. Et elles ont tué l’ennui comme elles le pouvaient. En vérifiant la température sur leur briquet-thermomètre, par exemple. « Une fois, il faisait 48 degrés au soleil », se souvient Stéphanie Jodoin.
Elles parlaient aussi avec leurs ravisseurs. « De nos sociétés, de religion, de politique. » Évidemment, les deux jeunes femmes filaient doux : quand votre interlocuteur est armé d’une kalachnikov, on n’argumente pas trop. Même quand il finit par vous appeler par votre prénom.
Il y a eu quelques échanges surréalistes. Un jour, l’un des gardiens a reproché à Stéphanie Jodoin ses cheveux courts. « Il m’accusait de ne pas vouloir être belle et féminine, et en déduisait que j’étais une espionne de la CIA. » Elle en a profité pour lui expliquer qu’au Canada, tous les enfants, même les plus pauvres, peuvent espérer devenir médecins s’ils travaillent bien à l’école. « Wow, c’est un bon pays » , a répondu le ravisseur…
Les bourreaux
Elles ont pu avoir de tels échanges avec tous leurs gardiens… sauf un. Celui-là leur a été présenté sous le nom de zaganiotek – Stéphanie Jodoin n’a jamais su exactement ce que cela signifiait, mais elle a bien compris son rôle. C’était le bourreau, qui ne communiquait d’aucune façon avec les otages. Il détournait même les yeux pour ne pas croiser leur regard.
« On nous a dit que si ça devait tourner mal, le zaganiotek allait nous tuer », raconte Stéphanie Jodoin.
Âgé d’une quarantaine d’années, vêtu d’un habit militaire, le bourreau cultivait un sens de l’humour particulier... Quelques heures avant l’expiration d’un des ultimatums des ravisseurs, il s’est pointé dans leur prison à ciel ouvert en demandant, en arabe : « Claire n’est donc pas encore morte ? »
Tous les autres gars se sont mis à rire. « Pourquoi ils se marrent ? » a demandé Claire, qui ne comprend pas l’arabe. Stéphanie a attendu deux jours avant de lui traduire la blague…
Une autre fois, les jeunes femmes discutaient de l’incidence du suicide chez les ex-otages. « Ne te suicide pas, on va t’envoyer zaganiotek tout de suite, tu vas éviter d’aller en enfer! » ont suggéré les ravisseurs, dans un nouvel éclat d’humour noir.
La libération
Un jour, après une longue conversation téléphonique, « le patron » a dit aux deux otages: « Mabrouk, félicitations, demain vous partez ! » Mais ce n’est qu’après avoir été remises à des représentants soudanais que Stéphanie Jodoin et Claire Dubois ont vraiment cru à leur libération.
Ré t r o s p e c t i ve m e n t , Stéphanie Jodoin affirme n’avoir jamais remis en question sa décision d’aller travailler au Darfour. Si c’était à refaire, elle ferait la même chose.
Mais pour l’avenir, elle se montre plus prudente. Car ce qui a été le plus difficile à vivre, pour elle, c’est l’idée de ses parents angoissés, à l’autre bout du monde. Quatre fois, Stéphanie Jodoin a pu leur parler au téléphone. Ils ont passé les trois semaines à attendre d’autres signes de vie de leur fille.
« C’est sûr que je ne me vois pas t ravai l ler au Québec » , confie la jeune femme, dont le contrat avec Aide médicale internationale est échu depuis la fin du mois d’avril. Mais peut-être qu’à l’avenir, elle va choisir des destinations moins risquées. Madagascar plutôt que le Darfour, par exemple…
Stéphanie Jodoin ignore toujours qui étaient vraiment ses ravisseurs. Elle ne connaît pas les conditions de sa libération. Ce qu’elle sait, cependant, c’est qu’elle a laissé derrière elle des gens qui l’avaient accueillie comme si elle était une des leurs.
« Au village, il était impossible de se rendre à la clinique sans qu’un voisin ne nous invite à prendre le thé. Au marché, les gens nous donnaient des tomates et des melons d’eau. »
Ce sont eux, ces villageois généreux, qui paient aujourd’hui le prix de cet enlèvement qui a forcé Aide médicale internationale à suspendre ses activités au Darfour.


La menace a changé de visage
Quand des gens lui demandent ce qui lui cause des insomnies, Kevin McCourt répond sans réfléchir : « C’est la sécurité de mon personnel. »
Kevin McCourt dirige la section canadienne de l’organisation humanitaire CARE. « Nous sommes partout où ça va mal », résume-t-il.
Au fil des ans, CARE Canada a perdu des dizaines d’employés. En Somalie, au début des années 90. Au Rwanda, pendant le génocide.
Mais depuis quelque temps, la menace a changé de visage. « Il y a 20 ans, les employés risquaient leur vie parce qu’ils se trouvaient au mauvais endroit, au mauvais moment. Aujourd’hui, ils sont directement ciblés par les belligérants. »
Encor e r écem ment , de s employés de CARE Canada ont été menacés en Somalie. L’organisation humanitaire a fini par suspendre plusieurs projets dans ce pays. Elle ne pouvait plus garantir la sécurité de son personnel.
CARE n’est pas la seule. Avec 122 coopérants tués et 62 enlevés, les organisations humanitaires ont payé, en 2008, un lourd tribut à la violence.
C’était de loin la pire année pour les coopérants, affirme le Centre sur la coopération internationale, qui documente le phénomène depuis 13 ans.
En 1998, ce centre de recherche ne recensait que 27 attaques contre des humanitaires. L’an dernier, il y en eu plus de 155. Le risque d’enlèvement a augmenté de 350% depuis trois ans. Et les coopérants risquent désormais davantage de se faire tuer que… les soldats de l’ONU.
De plus en plus, ces attaques visent spécifiquement les organisations internationales et leurs employés étrangers, constate le Centre de coopération internationale. Pourquoi ? En partie pour des raisons politiques. Et en partie par appât du gain.
Perte d’immunité
« Autrefois, les véhicules blancs avaient une certaine immunité. Plus maintenant », note Marion Turmine, directrice de projets pour Oxfam-Québec.
Cette immunité a été tellement écorchée que plusieurs ONG ont décidé de repeindre leurs véhicules en rouge ou en vert. Question de passer inaperçues...
Pourquoi donc ceu x qui apportent de l’aide aux civils se trouvent-ils, désormais, dans la mire des groupes armés? En partie parce que les organisations humanitaires se livrent
de plus en plus à une sorte de mélange de genres, en s’associant de trop près à des forces militaires, déplore Jerry Barr, du Conseil canadien pour la coopération internationale.
Du coup, les t ravai l leurs humanitaires sont identi fiés aux armées combattantes, déplore-t-il.
La forme même des conflits a changé, augmentant le risque pour les coopérants, dit Frédéric Sanchez, de la section canadienne de Médecins sans frontières. « Quand j ’étais en Bosnie, pendant les guerres des Balkans, c’était plus simple: il y avait deux ou trois armées qui se battaient entre elles, et nous avions des interlocuteurs avec qui négocier », rappelle-t-il.
Aujourd’hu i , les fact ions se multiplient, les conf lits se fragmentent : un chef peut bien signer des accords de paix, il n’est pas certain qu’ils seront respectés au prochain poste de contrôle…
« Les yeux de l’Occident »
Au Darfour, la situation s’est détériorée abruptement le jour où la Cour pénale internationale a émis son mandat d’arrêt contre le président soudanais Omar Béchir. Ce dernier savait bien que les enquêteurs de La Haye s’étaient basés sur des rapports d’ONG qui documentent la situation sur le terrain. Pas étonnant que ces organisations soient désormais perçues comme « les yeux de l’Occident », dit Fabienne Hara, de l’International Crisis Group.
Mais souvent, les agresseurs sont aussi motivés par le simple appât du gain. « Le gouvernement soudanais a expulsé les ONG occidentales pour des raisons politiques. Peut-être vont-elles pouvoir retourner un jour au Darfour. Mais en attendant, qu’est-il arrivé à leur équipement et à leurs ordinateurs? Ils ont été volés, dit Mme Hara.
Résultat combiné de tous ces facteurs de risque: les organisations humanitaires se replient. Ces derniers temps, 12 projets majeurs ont dû être fermés dans six pays où la situation est devenue intenable pour les coopérants. Pour le grand malheur des civils.

DARFOUR  Négociations de paix sur fond de combat - Laura-Julie Perrault

Inquiets de la reprise récente des combats au Darfour, des représentants des Nations unies et de cinq gouvernements influents, dont la Chine et les États-Unis, se rencontreront à Doha, auQatar, aujourd’hui. Leur objectif : obtenir un cessez-le-feu entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Mouvement justice et égalité ( JEM). Une mission qui ne s’annonce pas de tout repos.
Les membres du JEM, plus puissant groupe rebelle, ont des visées pour le Darfour, mais aussi pour le reste du pays.
Ravageant la province occidentale du Soudan depuis 2003, le conflit armé a connu une accalmie, cet hiver, après que les deux belligérants eurent signé un « accord de bonne volonté ». Mais la trêve aura été de courte durée. Accusant le gouvernement d’avoir violé l’entente conclue à Doha en février en refusant notamment de procéder à un échange de prisonniers, le JEM a lancé des offensives contre deux bases militaires du Nord-Soudan dans les derniers jours.
Les rebelles islamistes clament qu’ils veulent « libérer une zone » à la frontière du Tchad, pour permettre à l’aide humanitaire d’entrer au Darfour, où 4 millions de personnes dépendent de l’assistance internationale pour survivre. Le gouvernement soudanais a rétorqué en bombardant les rebelles, dans le désert. Hier, Khartoum a affirmé que 43 rebelles et 20 soldats ont péri au cours des derniers jours.
Néanmoins, des représentants des deux parties au conflit sont arrivés à Doha pour la reprise des pourparlers de paix. Pour le moment, aucune rencontre officielle n’est prévue entre les deux belligérants. Ce matin, ce sont plutôt les tiers pays, engagés dans le processus de réconciliation au Darfour, qui tenteront de trouver des solutions à l’impasse. Autour de la table, les Nations unies, l’Union européenne, la France, la Grande-Bretagne, la Russie, la Chine et les États-Unis tenteront de s’entendre sur l’approche à privilégier pour convaincre l’armée et les rebelles de faire taire leurs fusils.
« Les objectifs des négociations ne sont pas très clairs. De plus, le JEM ne croit pas à la solution politique, mais plutôt à la situation militaire », explique Fabienne Hara, vice-présidente aux affaires multilatérales à l’International Crisis Group, un prestigieux institut de recherche qui se penche sur les conflits mondiaux. Le JEM, plus puissant groupe rebelle, a des visées non seulement pour le Darfour, mais pour le reste du pays, note l’experte du Soudan qui était de passage à Montréal cette semaine pour prononcer une conférence.
Les planètes s’alignent
Malgré le scepticisme entourant la reprise du processus de Doha aujourd’hui, Fabienne Hara croit néanmoins que d’autres planètes s’alignent en faveur d’un règlement au Darfour. Les États-Unis, remarque-t-elle, font preuve d’une nouvelle volonté politique à l’égard du Soudan et déploient des efforts diplomatiques majeurs. Cette semaine, le nouvel envoyé spécial du président Obama au Darfour, Scott Gration, s’est rendu en Chine et en Europe pour préparer le terrain. « Les Américains ont un levier important : le gouvernement soudanais veut une normalisation de ses relations avec les États-Unis », soutient Mme Hara.
Cette normalisation prendra tout son sens aux élections soudanaises prévues pour 2010 et au référendum sur le sort du Sud-Soudan, qui devrait avoir lieu en 2011. Elle pourrait aussi avoir un impact sur le mandat d’arrêt qu’a émis la Cour pénale internationale contre le président Omar Béchir, plus tôt ce printemps. Ce dernier est accusé de crimes contre l’humanité. « Si le gouvernement de Khartoum joue bien ses cartes, il peut redevenir l’interlocuteur principal », conclut Mme Hara.

« La Shoah recommence », dit la mère de la victime
France : LA CONCLUSION DU PROCÈS DU « GANG DES BARBARES » FAIT POLÉMIQUE  -  Marc Thibodeau
« La politique a repris ses droits sur la justice en permettant aux familles de victimes de peser démesurément sur le travail des tribunaux. »
La conclusion du procès du « gang des barbares », dans lequel une vingtaine de jeunes de la banlieue parisienne étaient jugés pour l’enlèvement, la séquestration et l’assassinat d’un jeune Français de confession juive, Ilan Halimi, soulève la controverse.
Plusieurs associations juives, à l’instar de la famille de la victime, ont dénoncé avec virulence les peines imposées vendredi dernier à plusieurs des accusés, les jugeant trop clémentes par rapport à la gravité du crime et de son caractère antisémite, dénoncé par d’importantes manifestations en 2006.
Seule la condamnation à perpétuité du chef du gang, Youssouf Fofana, qui ne pourra recouvrer la liberté avant moins de 22 ans, a été accueillie favorablement.
Sur les ondes d’Europe 1, la mère de la victime, Ruth Halimi, s’est dite « effarée », hier, que certains accusés aient reçu des peines inférieures à celles qui étaient demandées par l’avocat général, Philippe Bilger.
Une jeune femme ayant servi « d’appât » pour enlever Ilan Halimi, laissé pour mort près d’un chemin de fer après 24 jours de séquestration et de torture, a notamment écopé de neuf ans, alors que 10 à 12 ans étaient demandés.
Mme Halimi a aussi déploré que les procédures se soient déroulées à huis clos parce que deux accusés étaient mineurs au moment des faits.
Dans le cas cont rai re, la France « aurait pris conscience qu’aujourd’hui, la Shoah recomsident de l’organisation, Sammy Ghozlan.
Le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) avait dénoncé le réquisitoire de l’avocat général comme trop clément avant même que les jurés ne se prononcent.
Youssouf Fofana, qui se présente comme un martyr de l’islam, n’a rien fait pour apaiser les esprits durant le procès, multipliant les provocations. Il a notamment dit à la Cour que sa date de naissance était celle de la mort d’Ilan Halimi et lancé ses mence », a déclaré la mère, qui réclame des peines « à la hauteur de ce qu’Ilan a subi ».
Le Bureau national de vigilance contre l’antisémitisme (BNVCA), qui recense les actes antisémites commis sur le territoire français, a dénoncé un jugement « indulgent pour les meurtriers antisémites ».
« C’est la première fois depuis la Shoah, l’occupation nazie, la collaboration, la déportation, qu’un juif est assassiné en France parce que juif », a déclaré le présouliers dans la direction de la partie civile.
L’avocat général a défendu, dans les médias, le verdict des jurés en soulignant qu’il respectait « la hiérarchie des responsabilités que j’avais proposée ». Mais il a été contredit par la ministre de la Justice, Michèle Alliot-Marie, hier. Elle a demandé au parquet général d’en appeler des décisions ciblant tous les accusés qui ont reçu une peine moindre que demandée, ce qui touche 14 d’entre d’eux.
Une décision saluée par M. Ghozlan, joint en Israël. « Elle nous redonne confiance dans les institutions et ceux qui gouvernement le pays », a-t-il déclaré.
L’Union syndicale des magistrats ( USM) a décrié de son côté cette intervention « inquiétante ». Selon son président, Christophe Régnard, elle démontre que « la politique a repris ses droits sur la justice en permettant aux familles de victimes de peser démesurément sur le travail des tribunaux ». L’avocat Michel Konitz, qui représente l’un des accusés ayant joué un rôle secondaire dans l’affaire, a dit sentir un « grand sentiment de malaise » face à l’appel.
Il soupçonne le gouvernement, et plus particulièrement le président Nicolas Sarkozy, de céder à « l’énorme battage » fait autour du verdict de vendredi dernier.
« Vous savez, nous ne sommes pas dans un pays où la justice a les mains libres. Le système est à la botte de Sarkozy, qui ne réagit que par utilité électorale », a critiqué l’avocat.
M. Gohzlan fait peu de cas de cette analyse. « Les avocats peuvent penser ce qu’ils veulent. Ce que nous recherchons, c’est que justice soit faite sur un meurtre anti-juif commis en sol français », a-t-il dit.



La diplomatie du ballon rond  -  Laura-Julie Perrault
Le traité entre la Turquie et l’Arménie a passé l’épreuve du feu : un match de soccer
Le match éliminatoire de la Coupe du monde a eu lieu dans un stade comble. Les équipes nationales de la Turquie et de l’Arménie étaient au rendezvous. Cependant, les athlètes savaient pertinemment que l’enjeu du match auquel ils prenaient pa r t n’éta i t pas sportif, mais politique. Et que l’essentiel du match se déroulait loin du terrain, dans les gradins.
Malgré quelques accrocs, la plupart des observateurs ont jugé que le match entre les équipes nationales de la Turquie et de l’Arménie avait été un franc succès.
Le match de soccer de mercredi, qui a eu lieu dans la ville turque de Bursa, était en quelque sorte le test populaire d’un traité de réconciliation signé par les chefs d’État des deux gouvernements à Zurich samedi dernier.
Ennemis jurés depuis près d’un siècle, l’Arménie et la Turquie veulent remettre sur les rails leurs relations diplomatiques et rouvrir leur frontière, cadenassée depuis 1993.
Conséquemment, la plupart des médias qui ont couvert le match de mercredi soir qui avait lieu dans la ville turque de Bursa se sont peu i ntéressés au score. La Turquie a gagné 2 à 0, mais cette victoire n’avait aucun impact, les deux pays étant déjà éliminés dans le cadre des qualifications de la Coupe du monde.
Les journalistes ont plutôt gardé les yeux sur les spect ateurs. « Une minorité de spectateurs ont sifflé lors de l’hymne national arménien », a rapporté l’un d’eux. « Des pierres ont été la ncées sur l’autobus des joueurs arméniens », a rapporté un autre. « Les athlètes arméniens ont été hués lors de la présentation dans le stade », a ajouté un troisième.
Malgré ces accrocs, la plupart des observateurs ont jugé que le match avait été un franc succès. « La paix a gagné », a titré hier en une le populaire journal turc Milliyet.
Les autorités avaient craint le pire. Des groupes nationalistes turcs qui s’opposent à l’entente entre les deux pays avaient promis de perturber la manifestation sportive à laquelle ont assisté les présidents des deux pays, Abdullah Gül et Serge Sarkissian.
Ne voulant pas laisser de c hance aux protestataires, l’ État avait déployé plus de 3000 gardes de sécurité à l’entrée du stade. Selon une correspondante de la télévision française, près de la moitié des 18 000 sièges du stade avaient été cédés à des policiers et à des militaires en civil.
Ce dispositif de sécurité illustre à lui seul l’importance qu’accordent au nouveau traité les deux pays qui ont mis neuf ans à s’entendre. « Nous n’écrivons pas l’histoire, nous la bâtissons » ont été les mots du président turc lors de la signature du document le week-end dernier.
Après la signature
Les deux chefs d’État doivent maintenant mener une autre bataille : faire accepter l’accord par leur population et leur parlement respectif.
« Ça ne sera pas facile. Il risque d’y avoir des pas en arrière, mais en même temps, i l y a de fortes i ncitations pour les deux pays. I l y a aussi une forte pression des États-Unis et de la Russie, qui soutiennent l’entente », explique Hugh Pope, expert de la Turquie et du Caucase à l’ International Crisis Group. Si l ’ a c c ord e s t r a t i f i é , la Turquie gagnera des points auprès de l’ Union européenne. L’Arménie, quant à elle, sera désenclavée et gagnera sur le plan commercial.
Parmi les points de litige qui pourraient freiner la ratification se trouvent toujours les deux principales pommes de discorde qui sont à l’origine du conflit turco-arménien, écartées du protocole de réconciliation. D’une part, la reconnaissance par la Turquie du génocide a r ménien. De l’autre, l’occupation illégale par l’Arménie de territoires de l’Azerbaïdjan, un allié de la Turquie, depuis la guerre du Haut-Karabakh. L’accord de réconciliation met sur pied des comités qui traiteront de ces questions. « C’est un grand pas en avant. L’approche hostile n’a rien donné à ce jour », estime Hugh Pope.

Les nuages se dissipent sur le mont Ararat : La Turquie et l’Arménie sur la route (sinueuse) de la réconciliation

ANALYSE
Du centre-ville d’Erevan, capitale de l’Arménie, le mont Ararat et sa cime enneigée semblent être à un jet de pierre. Pourtant, depuis 1993, date de la fermeture de la frontière avec la Turquie, les Arméniens doivent se contenter d’admirer de loin la montagne qui a vu naître leur culture. Mais peut-être pas pour longtemps.
La reconnaissance du génocide arménien est toujours le principal point de litige entre l’Arménie et la Turquie. Ces manifestants sont descendus dans les rues d’Erevan le 24 avril pour souligner le 94e anniversaire des événements de 1915. La veille, les deux pays ont annoncé qu’ils se sont entendus sur une carte de route qui permettra de normaliser leurs relations.
Après des années de relations glaciales, la Turquie et l’Arménie sont en voie de se réconcilier. Le 23 avril, à la fin de deux ans de négociation, les dirigeants des deux pays frontaliers ont convenu d’une « carte de route » pour assainir leurs liens.
Négocié en Suisse, le contenu de cette carte de route est pour le moment maintenu secret . Cependant, la Turquie a déjà annoncé qu’elle songe ouvrir sa frontière avec l’Arménie, fermée il y a 15 ans au milieu de la guerre du Haut-Karabakh qui s’est soldée par l’annexion de 20% du territoire de l’Azerbaïdjan, important allié de la Turquie, par l’Arménie.
Ce premier geste n’est pas passé inaperçu. Les États-Unis et l’Europe voient d’un très bon oeil cette initiative, mais l’Azerbaïdjan, de son côté, rage. Des médias du pays ont suggéré au gouvernement de fermer le robinet qui alimente en gaz naturel la Turquie.
Hier, pour rassurer son allié sur ses intentions, le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, s’est rendu à Bakou. Il y a fait un exposé enflammé sur le lien fraternel qui unit les deux pays turcophones. « Il y a un lien de cause à effet ici. L’occupation du Karabakh est la cause et la fermeture de la frontière, l’effet. Il est impossible pour nous d’ouvrir cette frontière sans la fin de l’occupation », a dit hier en conférence de presse M. Erdogan.
La Turquie pourra-t-elle à la fois ménager ses relations avec son allié et améliorer celles avec la Turquie? Expert de la région, Hugh Pope, analyste à l’International Crisis Group, croit que oui. « Pour le moment, la réaction de l’Azerbaïdjan est émotive. Mais la Turquie peut l’apaiser par d’autre moyens, en l’assurant notamment qu’elle est toujours de son côté et en payant un meilleur prix pour le gaz qu’il reçoit ». Ce dernier sujet était d’ailleurs à l’agenda de la visite du premier ministre turc hier.
Et que pense l’Arménie de tout ça ? Dans une récente entrevue au Wall Street Journal, le président arménien, Serge Sarkissian, a noté que la « balle est dans le camp » de la Turquie. La formule n’est pas fortuite. L’an dernier, M. Sarkissian a fait un premier pas vers la Turquie en invitant son homologue turc à assister à un match de soccer entre les deux pays.
L’ouverture de la frontière aurait un effet immédiat pour l’Arménie, quasi enclavée entre l’Azerbaïdjan et la Turquie. Cette situation est devenue plus qu’évidente l’été dernier pendant le conflit russo-géorgien alors que l’Arménie a vu son unique porte vers la mer Noire et l’Europe compromise. Néanmoins, le principal point de litige entre les deux pays demeure la reconnaissance du génocide arménien de 1915. À cette époque, sous l’Empire ottoman, plus d’un million d’Arméniens ont péri. Des millions d’autres ont dû fuir ou se convertir à l’islam.
La Turquie conteste cette version de l’histoire et soutient que des vies ont été perdues des deux côtés pendant cette période mouvementée. Depuis décembre dernier, cependant, des failles apparaissent dans le discours turc. Un groupe de 200 intellectuels de renom ont ébranlé les certitudes du pays en envoyant aux Arméniens une lettre d’excuse pour la « Grande Catastrophe » de 1915.

Depuis, la Turquie a suggéré d’ouvrir les archives de l’Empire ottoman à des historiens des deux pays afin de rétablir les faits. Selon Hugh Pope, cette approche est prometteuse. « Les experts devront identifier les événements sur lesquels ils s’entendent ». Un terrain commun qui se bâtira un pouce à la fois.




URUMQI —  L’histoire, l’économie et la culture opposent Ouïgours et Hans - Robert Saiget

Des fruits de la croissance mal répartis, des incompréhensions culturelles, un ressentiment historique: l’amertume des Ouïgours du Xinjiang est profonde, même si certains n’aspirent qu’à vivre en harmonie avec les Hans, l’ethnie majoritaire en Chine.
Cette région, islamisée au VIIIe siècle avec la formation d’un royaume de Turcs ouïgours au Gansu occidental (province voisine selon les divisions administratives actuelles), était un creuset de civilisations et de peuples, y compris hans, depuis l’Antiquité.
Après une brève République du Turkestan oriental, les communistes chinois la libérèrent « pacifiquement » à leur arrivée au pouvoir à Pékin, en 1949.
De quelque 6% alors, la proportion des Hans est passée à environ 40% aujourd’hui, faisant presque jeu égal avec les Ouïgours, effondrés de devenir minoritaires sur leur propre terre.
« Les Chinois hans ne nous aiment pas, ils nous méprisent et nous font subir des discriminations », dit Abdullah, Ouïgour.
« La plupart des entreprises chinoises ne veulent pas embaucher d’Ouïgours et quand elles nous embauchent, elles nous traitent mal », explique cet homme de 28 ans qui vit à Urumqi, la capitale provinciale secouée par des émeutes meurtrières le 5 juillet.
Zhang Xuesheng, un Han de 52 ans ayant pratiquement toujours vécu au Xinjiang, met l’accent sur les problèmes linguistiques.
« La communication ne passe pas, cela conduit à beaucoup d’incompréhension. Bon nombre d’Ouïgours savent qu’ils ne s’en sortiront pas s’ils ne parlent pas le chinois. En même temps il serait bien que les Chinois (hans) ici apprennent l’ouïgour », ditil. « J’adore cet endroit, j’adore les Ouïgours. On va dépasser tout ça. »
Certains Ouïgours, appartenant à la nouvelle génération éduquée, tempèrent aussi : « Ces dernières années, les minorités se sont bien entendues avec les Chinois hans et nos vies se sont améliorées », dit Akbar, dans un parfait mandarin.
« Ils disent que les émeutes n’étaient pas liées à des problèmes religieux, mais depuis, nous n’avons pas eu le droit d’aller à la mosquée », relève Zabuti, un Ouïgour, devant une mosquée, fermée, proche du marché oriental d’Urumqi.


Rassemblements interdits à Urumqi   -  Dan Martin

Une semaine après les émeutes dans le Xinjiang, en Chine
— Les rassemblements publics ont été interdits à Urumqi hier, jour de deuil des Hans, et la tension restait vive, une semaine exactement après les émeutes ethniques qui ont fait au moins 184 morts et 1 680 blessés, selon un nouveau bilan.
Des policiers paramilitaires chinois montaient la garde hier devant le grand bazar, à Urumqi, la capitale du Xinjiang.
La police d’Urumqi a annoncé que tout rassemblement, défilé ou manifestation était interdit dans la capitale du Xinjiang, région autonome du nord-ouest de la Chine.
Les autorités, tout en affirmant qu’elles « maîtrisent la situation », ont annoncé que « les réunions, marches (de protestation) ou manifestations dans les rues ou en plein air ne sont pas autorisées sans permis de la pol ice » , a annoncé l’agence Chine Nouvelle.
La police a averti qu’elle « dispersera les rassemblements illégaux conformément à la loi et est habilitée à prendre les mesures nécessaires si la foule refuse de se disperser ».
Une semaine précisément après les émeutes, hier était le septième jour de deuil pour les Hans, journée pendant laquelle cette communauté doit traditionnellement honorer la mémoire d’un défunt en organisant une cérémonie.
Généralement, il s’agit de brûler dans la rue, près de l’endroit où la personne est décédée, de l’encens et du papier-monnaie, notamment près des carrefours, afin de permettre à l’âme du mort de retrouver plus facilement le chemin de son domicile, selon la croyance.
Les violences de dimanche dernier ont fait, d’après le dernier bilan publié par les autorités régionales, 184 morts, dont 137 Hans, l’ethnie majoritaire en Chine, 46 Ouïgours, l’ethnie majoritaire au Xinjiang, musulmane et turcophone, et un Hui, autre minorité musulmane.
Révisant très nettement à la hausse le chiffre des blessés lors du 5 juillet, Nur Bekri, président du gouvernement régional du Xinjiang, a annoncé que celui-ci était passé de 1 080 à 1 680.
Sur ce total, 939 blessés sont hospitalisés, a-t-il précisé dans un discours télévisé, dont 216 dans un état grave et, parmi ces derniers, 74 dans un état critique.
Les Ouïgours en exil ont fait état de leur côté de milliers de morts.
La place du Peuple, qui avait été le centre névralgique des protestations des deux côtés, était toujours fermée hier, et de nombreux policiers antiémeute y étaient en faction, a constaté un correspondant de l’AFP.
Plusieurs accès au principal quartier ouïgour étaient de nouveau fermés alors qu’ils avaient été rouverts les jours précédents.
Si beaucoup de commerces avaient rouvert, une très forte défiance régnait entre les communautés ethniques d’Urumqi.
« Ça reste toujours dangereux », a déclaré le propriétaire d’un supermarché, un Han nommé Lin, à qui l’AFP a demandé s’il se risquerait en quartier ouïgour.
« J’ai des amis qui y sont allés hier (samedi) et ont été menacés par des Ouïgours, ils ont dû partir en courant », a-t-il dit.
Les forces de sécurité quadrillaient toujours les rues d’Urumqi, armées de fusils et de matraques.
Un Ouïgour, qui préférait ne pas donner son identité, a lui aussi exprimé sa crainte : « On a peur nous aussi, on ne veut pas aller vers la gare ferroviaire ou d’autres endroits où il y a beaucoup de Hans. »
Des habitants d’autres localités du Xinjiang, région peu peuplée qui constitue un sixième du territoire chinois, ont aussi fait état de vives tensions.



La grand-mère qui fait trembler le régime chinois   -  Laura-Julie Perrault
Violences ethniques dans la province de Xinjiang Le régime communiste chinois ne cache plus que les épisodes de violences ethniques qui ont fait au moins 156 morts depuis dimanche dans la province de Xinjiang l’inquiètent. Hier, le chef d’État chinois, Hu
« Elle se bat pour les droits humains de notre peuple et pour son autodétermination. Elle prône la non-violence. »
Dans un passé pas si lointain, Rebiya Kadeer était l’illustration même du succès à la chinoise : femme d’affaires aguerrie, née dans une famille sans le sou, elle était appelée avec respect « la millionnaire » et faisait partie d’importants comités communistes. Une décennie plus tard, cette même femme est la bête noire du régime de Pékin, qui l’accuse d’être à l’origine des émeutes ethniques qui secouent le Xinjiang.
Rebiya Kadeer, dirigeante du Congrès mondial ouïgour, est considérée comme le « dalaï-lama des Ouïgours » par ses partisans.
L’allégation selon laquelle Mme Kadeer aurait incité ses partisans à se soulever contre l’ethnie majoritaire chinoise, les Hans, est la dernière d’une longue liste. Le gouvernement communiste soutient aussi que Mme Kadeer, qui appartient à la minorité ouïgoure – musulmane et turcophone –, entretient des liens avec le Mouvement islamique du Turkestan oriental, un groupe qui figure sur la liste des organisations terroristes du département d’État américain.
Pékin avance par ailleurs que l’ancienne femme d’affaires, exilée aux États-Unis d’où elle dirige le Congrès mondial ouïgour, une organisation de la diaspora, prône le « séparatisme » du Xinjiang et, par le fait même, l’éclatement de l’empire du Milieu.
Les partisans de Mme Kadeer ont une tout autre opinion de la mère de 11 enfants (et grandmère à maintes reprises), qui a passé 6 ans dans une prison chinoise avant d’être expulsée de force vers les États-Unis.
« Elle est le dalaï-lama des Ouïgours, a dit hier à La Presse Kayum Masimov, de l’Association ouïgoure du Canada. Elle se bat pour les droits humains de notre peuple et pour son autodétermination. Elle prône la non-violence », a-t-il soutenu, faisant écho aux propos qu’a tenus cette semaine la principale intéressée devant un groupe de journalistes à Washington.
Du tailleur à la
Pour beaucoup d’Ouïgours dispersés dans le monde, Rebiya Kadeer est devenue une icône de leur identité. Née en1942, elle a d’abord été blanchisseuse. À l’époque, les lois ne permettaient pas aux Ouïgours de faire des affaires. Dès que cette règle a été assouplie, Rebiya Kadeer s’est lancée dans le commerce et a fait fortune. « Longtemps, le gouvernement chinois a fait d’elle un symbole, l’affichant partout pour montrer comment la Chine traitait bien ses minorités », se souvient Kayum Masimov.
Mais tout cela a changé en 1996. Cette année-là, le mari de Mme Kadeer, militant des droits humains au Xinjiang, s’est exilé aux États-Unis. Quelques mois plus tard, les autorités ont confisqué le passeport de Mme Kadeer. Ce durcissement de l’État n’a pas empêché la « millionnaire » de fonder, en 1997, le projet des « 1000 mères » pour aider d’autres femmes de son ethnie à devenir entrepreneuses.
Deux ans plus tard, Rebiya Kadeer a été arrêtée puis incarcérée pour avoir « transmis des informations » qui mettaient la « sécurité nationale en danger ». Selon les notes de cour, l’État chinois lui reprochait d’avoir fait parvenir à son mari des articles de journaux chinois. Pour ce crime, elle a été condamnée à sept ans de prison.
Libérée le 14 avril 2005, elle a été expulsée du pays trois jours plus tard. Depuis, la sexagénaire, qui a troqué ses tailleurs BCBG contre le vêtement ouïgour, la toppa, dénonce sur toutes les tribunes les injustices auxquelles les Ouïgours sont soumis. Elle décrie notamment la présence de 100 000 d’entre eux dans les prisons chinoises où, selon elle, ils sont soumis à des traitements inhumains. Parmi les interlocuteurs avait qui elle a discuté figurent George W. Bush et Stephen Harper.
Son bras de fer avec l’État chinois, qui vient de monter d’un cran cette semaine, fait des victimes collatérales. Au moins deux de ses fils croupissent actuellement dans des prisons chinoises.




La différence ouïgoure...  -  Stéphanie Bérubé
Quatre habitants sur dix sont des Ouïgours dans la région autonome du Xinjiang, qui est actuellement sous haute tension. Notre journaliste y a séjourné. Elle nous parle aujourd’hui du peuple ouïgour, turcophone et musulman. De sa différence et de sa cohab
La différence ouïgoure saute aux yeux, pour quiconque arrive au Xinjiang. Le visage souriant des habitants et leur aplomb à discuter avec les étrangers de passage; leurs yeux pâles immanquables contre leur teint foncé. Les accents turcophones. L’odeur de grillades des étals de brochettes épicées qui est soufflée dans l’air poussiéreux.
Ce Han est descendu armé dans les rues, comme des milliers de ses compatriotes, pour se venger des violences sanglantes commises dimanche par les Ouïgours.
Rien à voir avec Pékin, Shanghai ou même le sud de la Chine si souvent visité par les touristes. Cette province de l’extrême ouest de l’empire du Milieu ne figure d’ailleurs pas souvent sur les itinéraires touristiques.
D’abord, elle est difficile d’accès. Plus de deux éreintantes journées de train de Pékin, dans des conditions pas souvent idéales. En avion, les liaisons à partir de la capitale sont fréquemment coupées, pour cause de tempêtes de sable. Car le Xinjiang est une province de déserts. Turfan, par exemple, ressemble à un mirage.
Dans le mythique désert de Taklamakan, cette petite ville est frappante de verdure, fruit d’un ingénieux système d’irrigation. Si efficace, ce système, qu’à Turfan, on fait pousser la vigne et on produit un vin rouge, pour consommation locale. Les habitants en sont néanmoins très fiers et l’offrent volontiers aux visiteurs.
Mosquées et temples
Au premier regard, rien ne laisserait deviner que Turfan se trouve sur un territoire explosif. Dans les rues, les mosquées voisinent les temples. La vie paraît paisible. Mais au marché, on vend des tapis et des ragoûts de mouton qui nous rappellent que la province a bien plus à voir avec le Pakistan voisin qu’avec la métropole chinoise.
L’affichage y est bilingue, puisque contrairement à d’autres Chinois de confession musulmane, les Ouïgours ne parlent pas le mandarin, traditionnellement. Il n’est d’ailleurs pas rare de croiser dans les rues d’Urumqi, la capitale provinciale où se sont déroulés les sanglants affrontements de la fin de semaine dernière, des vieux qui ne comprennent toujours pas un mot de mandarin.
En 1949, au moment où Mao Zedong et les communistes ont pris le contrôle à Pékin, il y avait une écrasante majorité ouïgoure dans le Xinjiang qui était une province autonome, le Turkestan oriental. Trois Chinois sur quatre étaient ouïgours, alors que les Hans ne représentaient à peine plus de 6% de la population. Ces Chinois « de souche » comptent maintenant pour 40% de la population du Xinjiang, grâce à la politique d’immigration incitative de Pékin qui favorise leur établissement dans des provinces où les minorités sont particulièrement visibles. Les Ouïgours sont toujours majoritaires au Xinjiang, mais on estime qu’ils ne représentent plus que 45% de la population.
Assimilation forcée
La capitale, Urumqi, où se prennent les décisions politiques, est le seul endroit où les Hans sont majoritaires. Le mouvement nationaliste ouïgour se nourrit de cette assimilation forcée. Les enfants issus de mariages mixtes sont de facto des Hans. Ils ne peuvent pas aller à la mosquée, tout comme les officiels du Parti communiste, à qui l’entrée à la mosquée est aussi interdite.
Sous cette couverture d’interdiction, les mouvements indépendantistes s’activent, en organisant des manifestations, bien qu’elles soient défendues et sévèrement maîtrisées. Depuis 10 ans, l’internet a toutefois donné du souffle aux groupes indépendantistes, surtout à l’extérieur de la Chine.
Le Xinjiang, qui signifie littéralement « nouvelle frontière », a toujours obtenu beaucoup moins d’attention internationale que son voisin, le Tibet.




Un rapport Goldstone pour le Sri Lanka ?  -  Laura-Julie Perrault
Soupçonné d’avoir commis des crimes de guerre lors de l’offensive finale contre les Tigres tamouls, le gouvernement du Sri Lanka promet de répondre aux inquiétudes internationales en mettant sur pied sa propre enquête. Cette suggestion a fait sortir de ses gonds l’organisation Human Rights Watch, qui récla me une version sri-lankaise du rapport Goldstone.
« L e gouver nement ( du Sri Lanka) crée un écran de f umée pour ne pas avoir à répondre de ses actes. Seule une enquête i nternationale i ndépendante permettra de déterrer la vérité au sujet de cette guerre brutale et de rendre justice aux victimes », a tonné hier Brad Adams, directeur de HRW en Asie.
Il donne en exemple l’enquête qu’a menée l’avocat sudafricain Richard Goldstone dans la bande de Gaza à la demande de l’ONU. Dans son rapport final, le juriste blâme à la fois Israël et le Hamas pour les violations des droits humains commis pendant l’offensive de janvier, tuant 1387 Palestiniens et 13 Israéliens.
Décrié par Israël, le rapport qui a émané de la commission d’enquête sera bientôt débattu devant l’Assemblée générale des Nations unies.
Lourd rapport
Dans un document rendu public jeudi dernier, le département d’État américain a fait l’examen de plusieurs allégations de violations du droit de la guerre commises au Sri Lanka entre ja nvier et mai 2009. À la fin de l’offensive, le gouvernement sri-lankais a a nnoncé avoi r remporté la guerre contre les Tigres tamouls, qui, depuis 25 ans, se battaient pour obtenir un État souverain pour la minorité tamoule du pays. Selon l’ONU, plus de 7000 civils ont été tués pendant cette fin de conflit sans merci.
Dans son rapport, le département d’État fait à la fois peser les allégations sur la guérilla armée tamoule et le gouvernement sri-lankais, contrôlé par la majorité ethnique cinghalaise. Exécutions arbitraires, bombardements de c iv i l s , échec à fournir eau, nourriture et médicaments aux déplacés de guerre font partie des actes reprochés au gouvernement. Les Tigres tamouls sont pour leur part soupçonnés d’avoir enrôlé des enfants-soldats et utilisé des civils comme boucliers humains.
Concluant que son rapport n’est pas un acte d’accusation en bonne et due forme, le département d’État a demandé une enquête plus approfondie.
Une enquête « maison »
Lundi, le gouvernement de Colombo a répondu au rapport américain en annonçant qu’il nommera un comité d’experts « maison » pour faire la lumière sur toute l’affaire. Depuis les événements du printemps, le président Mahinda Rajapakse soutient que l’a rmée a tout fait pour protéger les victimes et affirme que les allégations de c r i mes de guerre s ont l ’ i nvention de la diaspora tamoule, enragée de voir les Tigres défaits. La Russie, un des principaux alliés du pays de l’Asie du Sud, a applaudi l’initiative de Rajapakse.
Cependant, t out comme Human Rights Watch, le hautcommissaire aux droits de l’homme de l’ONU croit que ce serait une erreur monumentale de laisser une partie au conf lit enquêter sur ses propres actes. À ce jour, toutefois, le secrétaire général de l’ONU, souvent critiqué pour son inaction dans le dossier sri-lankais, n’a pas ordonné la mise sur pied d’une commission à la Goldstone.

D
es camps aux allures de prisons  -  Laura-Julie Perrault
L’ONU s’impatiente au Sri Lanka, quatre mois après la fin de la guerre civile
Le gouvernement sri lankais a promis de faire des pieds et des mains pour que les choses rentrent dans l’ordre pour les milliers de déplacés du conflit. Quatre mois plus tard, le secrétaire général de l’ONU s’impatiente. Son bras droit est au Sri Lanka aujourd’hui pour demander des comptes.
Habituellement, pour une famille qui fuit la guerre, la vue d’un camp de réfugiés et ses tentes alignées n’est pas synonyme de confort, mais au moins d’un moment de répit, loin des bombes. Au Sri Lanka, les camps de réfugiés, où s’entassent quelque 290 000 personnes malgré la fin du conflit armé il y a quatre mois, évoquent une tout autre réalité: la prison.
Quatre mois après la fin du conflit au Sri Lanka, ces femmes cherchent encore des parents disparus. Elles se sont réunies hier dans la capitale, Colombo, pour réclamer des comptes du gouvernement.
Affirmant que des membres des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) se cachent parmi les civils presque exclusivement issus de la minorité tamoule, les autorités sri lankaises ont bouclé les camps de réfugiés.
Le gouvernement du pays, contrôlé par la majorité cinghalaise bouddhiste, dit y mener une opération de triage pour distinguer les véritables déplacés de la guerre des anciens combattants de l ’or ga n i s a t ion s é pa r a t i s te armée que l’armée sri lankaise a défait sur les champs de bat a i l le après 2 5 a n s de confrontation.
Les déplacés ne peuvent quitter les camps, où l’on rapporte des problèmes de ravitaillement en eau, en nourriture et en soins médicaux. Ils se sont vu confisquer leurs téléphones. Les visites d’organismes humanitaires ou des rares proches qui réussissent à entrer dans les camps de réfugiés, se font sous la supervision d’hommes armés, déplorent plusieurs organisations, dont Amnistie internationale, qui a récemment publié un rapport intitulé Débarrez les camps au Sri Lanka.
« Ils n’ont pas la permission de quitter. Dans les faits, ils sont détenus sans avoir été accusés ou avoir subi un procès. Ceci est une violation par le Sri Lanka du droit international, qui interdit la détention arbitraire », peut-on lire dans les commentaires d’introduction.
Cette semaine, c’était au tour du secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-moon de sonner l’alarme. Le no 1 de l’ONU a appelé le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, pour lui faire part de son inquiétude à l’égard des conditions sanitaires dans les camps et de la lenteur du processus de réintégration des déplacés.
Le bras droit politique de M. Ban, Lynn Pascoe, doit arriver au Sri Lanka ce matin pour y visiter les camps. « Il y a tout un éventail de questions en matière de droits humains qui doivent aussi être discutées », a dit M. Pascoe lors d’une conférence de presse. Plusieurs demandent la tenue d’une enquête de l’ONU sur les crimes de guerre perpétrés par les forces sri lankaises et les Tigres tamouls au cours du conflit qui vient de se terminer et qui a fait près de 100 000 morts, dont 7000 entre janvier et mai 2009. À ce jour, 2000 personnes sont toujours portées disparues.
Chantage et marchandage
Malgré les efforts du gouvernement sri lankais pour garder les déplacés tamouls incommunicado au cours des derniers mois, plusieurs histoires ont réussi à traverser l’océan pour atterrir à Montréal, où vivent près de 10 000 Tamouls. «Ceux qui viennent nous voir racontent qu’ils peuvent faire sortir des membres de leur famille des camps en donnant des pots-de-vin de 2000 à 5000$ aux gardes armés. On entend aussi que les gardes vendent la nourriture fournie par les pays occidentaux aux déplacés, a relaté hier Ramani Balendra du Centre communautaire des femmes sudasiatiques de Montréal. Les familles ici sont extrêmement inquiètes, surtout que c’est la saison des inondations.»



SRI LANKA : LES RACINES DUCONFLIT DEMEURENT
Le Sri Lanka est en passe de gagner sa guerre longue de 37 ans contre les séparatistes tamouls, mais les racines de ce conflit ethnique plongent bien plus profondément dans l’histoire de l’ex-Ceylan. « Certes, la phase militaire s’achève, mais le conflit continuera » si le régime ne trouve pas de « solution politique » pour la minorité tamoule, résume Jayadeva Uyangoda, politologue de l’Université de Colombo. Car d’après des historiens, la guerre dans cette île de 20 millions d’âmes s’explique en partie par le ressentiment de la majorité cinghalaise ( 74%) à l’égard de la minorité sri-lankaise tamoule ( 12,5%) soupçonnée d’avoir été favorisée par le colonisateur britannique jusqu’à l’indépendance du 4 février 1948, notamment pour l’éducation et l’emploi. Une fois les Britanniques partis, la volonté du pouvoir cinghalais de reprendre les emplois occupés par des Tamouls, censés être mieux éduqués, alimente les tensions interethniques. En 1972, un Tamoul radical de Jaffna (Nord), Velupillaï Prabhakaran, fonde l’organisation des Nouveaux Tigres tamouls, devenue les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) en mai 1976, dont l’emblème est un tigre feulant, pour s’opposer au lion rugissant de la République socialiste et démocratique du Sri Lanka proclamée en 1972. La guerre à grande échelle éclate en 1983 après des émeutes contre des Tamouls qui font des centaines de morts. Jusqu’à leur débâcle actuelle, les Tigres se battaient pour l’indépendance du nord et de l’est du pays. — AFP

SRI LANKA Enquête refusée
Le gouvernement du Sri Lanka a rejeté hier les appels à l’ouverture d’une enquête indépendante sur des violations des droits de l’homme après la divulgation d’informations selon lesquelles un grand nombre de civils ont été tués au cours des dernières semaines de la guerre civile. Colombo serait en train d’établir un bilan des victimes civiles, sans donner de chiffres.

 
SRI LANKA - Un nombre inacceptable de civils tués, selon l’ONU
— Un nombre « inacceptable » de civils ont été tués au Sri Lanka ces derniers mois pendant les combats entre les forces armées et les rebelles tamouls, a déclaré l’ONU hier, des informations faisant état de 20 000 morts civils.
Le quotidien The Times a écrit qu’aux évaluations confidentielles faisant état de 7000 civils tués jusqu’à la fin du mois d’avril, il convenait d’ajouter sur la base de sources onusiennes 1000 civils tués chaque jour jusqu’au 19 mai, le lendemain de la mort du chef de la rébellion des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE).
Le bilan s’élèverait donc selon le journal à 20 000 morts dans l’ultime phase du conflit, au cours de laquelle les troupes gouvernementales ont vaincu les rebelles sur une étroite zone renfermant des milliers de civils.
« La majorité ont péri sous les canons du gouvernement » visant les rebelles qui utilisaient les camps de réfugiés en tant que boucliers humains, selon le Times.
Un porte-parole de la représentation du Sri Lanka à Londres a rejeté « toutes ces accusations ». « Pas le moindre civil n’a été tué par des bombardements du gouvernement », selon lui.


La mort des Tigres -  MARIO ROY
C’est forcément dans l’extrême violence qu’a ( probablement) été décapité et démembré le mouvement de libération nationale le plus violent, le mieux organisé et le plus étrange que l’époque ait connu. Selon le gouvernement srilankais, les Tigres tamouls n’existent plus, en effet. Et leur chef iconique, Velupillai Prabhakaran, a été tué dans des circonstances peu claires – peut-être en fuyant le dernier bastion de résistance, grand comme un pâté de maisons, à bord d’une ambulance.
Prabhakaran était un personnage considérable, sorte de micro-Pol Pot ayant créé une mic rosoc iété totalitaire. Et il arrive que de tels personnages connaissent une fin assez peu glorieuse...
Hier, le président du Sri Lanka, Mahinda Rajapakse, a déclaré son pays « libéré » du terrorisme tamoul.
Mais cela survient après une campagne d’annihilation, littéralement, qui aurait tué 7000 civils et en aurait déplacé 250 000. Ceux-ci sont réduits à l’extrême précarité, parqués dans des camps se situant à mi-chemin entre l’humanitaire et le concentrationnaire... Des 25 000 soldats partis se battre dans le nord de l’île, on ne sait pas combien ne reviendront pas: l’État ne le dit pas. Les rebelles ne le font pas non plus, de sorte qu’on sait seulement que, sous Prabhakaran, la deuxième ligne de commandement a elle aussi été éliminée; sans doute, la piétaille de la révolution a-t-elle été décimée.
Parlant en langue tamoule, le président Rajapaksa a en outre déclaré que « nous devons tous désormais vivre ensemble dans l’égalité dans ce pays libre ». Or, comment recommencer à vivre après cela ? Personne ne le sait. Cependant, il se peut qu’une bonne partie de la population tamoule el le-même ressente un certain soulagement, elle qui était à la fois la protégée et l’otage des Tigres.
On ne refera pas l’histoire des Tigres de libération de l’Eelam tamoul. Ni de l’emprise qu’ils ont à certains moments exercée sur le Sri Lanka. Entrés en mode guerrier il y a un quart de siècle, ils ont contrôlé jusqu’à 25% du territoire avec une organisation comptant sur une petite flotte aérienne et une marine (ils auraient eu en leur possession un sous-marin!), ce qui est inédit.
Qu’i l su ffise de rappeler qu’ils sont réputés avoi r « inventé » l’attentat suicide, promis à beaucoup de succès; qu’ils faisaient g r and usage d’enfants-soldats; qu’ils se finançaient largement par la diaspora (dont la canadienne: près de 300 000 âmes, dont 10 000 à Montréal), convaincue parfois assez peu subtilement de collaborer... Maintenant. Le Sri Lanka, protégé par la Chine, ne pourra probablement pas être contraint de livrer des informations sur ce qui s’est réellement passé sur le champ de bataille depuis quatre mois. Par exemple: laquelle des deux parties s’est le plus scandaleusement servie des civils comme boucliers? La question demeurera ouverte.
Mais la communauté internationale doit certainement persuader Colombo de s’ouvrir à l’aide humanitaire. Et voir à ce que, par la suite, une terreur ne succède pas à une autre.


SRI LANKA
Ni caméras ni bain de sang ?
Hier, les Tigres tamouls ont accusé les forces armées du Sri Lanka d’avoir tué 45 civils en bombardant un hôpital de fortune. Impossible de vérifier ces allégations : le gouvernement sri lankais a érigé une véritable forteresse autour de la zone
Membre de l’équipe d’urgence pour Human Rights Watch, Anna Neistat travaille depuis des années dans des zones de conflit : Tchétchénie, Ouzbékistan, Liban. Chaque fois, elle a dû se battre pour que les autorités l’autorisent à faire son travail : rendre compte de la situation sur le terrain. Mais au Sri Lanka, elle a frappé un mur.
Pas question de se rendre dans le Vanni, la petite région du nordest du pays où l’armée sri lankaise mène une intense opération militaire contre les Tigres tamouls malgré la présence de 50 000 civils.
Hormis la Croix-Rouge, qui est astreinte à la neutralité, aucun journaliste ou observateur indépendant n’a pu y pénétrer depuis l’an dernier. Ce « verrouillage » de l’information pendant une opération militaire, s’il est dénoncé par les défenseurs des droits de l’homme et de la liberté de la presse, n’est pas inédit. Les exemples récents sont nombreux.
La Russie, qui avait accepté la présence des journalistes lors de la première guerre de Tchétchénie (de 1994 à 1996) a littéralement mis la clé sous la porte au début de la deuxième guerre, en 1999. Sur ordres de Vladimir Poutine, seuls les observateurs escortés par l’armée russe étaient autorisés à y travailler. Mais plusieurs journalistes, dont Anna Politkovskaïa, assassinée en 2006, s’y rendaient par leurs propres moyens.
Plus récemment, lors de sa dernière opération militaire dans la bande de Gaza, Israël a interdit l’accès aux journalistes étrangers. Néanmoins, ces derniers pouvaient communiquer avec des Palestiniens se trouvant à l’intérieur de la zone de conflit.
Au Sri Lanka, le trou noir est total. Les civils, pris en étau dans la zone de conflit qui rétrécit sans cesse, n’ont aucun accès au monde extérieur. Les réfugiés, maintenant estimés à 193 000, sont confinés à des camps gardés par l’armée sri lankaise comme s’il s’agissait de prisons.
Ceux qui réussissent à s’y faufiler deviennent vite persona non grata. C’est le cas d’Anna Neistat. Depuis la publication d’un rapport sur des mauvais traitements infligés aux réfugiés en février dernier, la représentante de HRWest interdite de territoire. Dimanche, trois journalistes de la chaîne britannique Channel 4 ont été arrêtés et expulsés du pays parce qu’ils ont diffusé un reportage sur le même sujet.
« Il n’y a qu’une seule question à poser. Qu’est-ce qui se cache derrière les efforts immenses que le gouvernement sri lankais déploie pour contrôler l’information. Si tout va bien, pourquoi le faire? » demande Anna Neistat, jointe à New York hier. Elle a sa propre réponse.
« En général, quand un gouvernement a ce comportement, c’est qu’il n’y a rien de bon qui se passe derrière les portes fermées. La bonne nouvelle, c’est que la vérité finit toujours par émerger. »
Déjà, on a quelques certitudes sur la situation au Sri Lanka. Grâce à des images satellites des Nations unies, on sait que l’armée sri lankaise bombarde toujours des zones où se trouvent des civils et ce, même si elle prétend le contraire. On sait aussi que près de 7000 civils ont été tués depuis janvier.
On ignore le rôle exact de l’armée et des Tigres tamouls dans ce bain de sang. Et qu’en est-il des allégations de génocide, formulées par la diaspora tamoule de Toronto, Montréal et Paris? La plupart des experts du génocide refusent de se prononcer.
À la fin du conflit, la vérité éclatera certainement au grand jour. Malheureusement, il sera peutêtre trop tard.


L’avenir incertain des Tigres tamouls -  Laura- Julie Perrault
Hier, après des mois d’intenses combats, le gouvernement du Sri Lanka a annoncé formellement sa victoire dans la guerre qui l’oppose depuis plus de 25 ans aux Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE). Simultanément, l’armée sri-lankaise a publié des
« Ils viennent de vivre la pire défaite de leur histoire. C’est la première fois en 25 ans que le gouvernement sri-lankais a le contrôle de 100% de son territoire. »
Une moustache emblématique au milieu d’un visage tuméfié, sans vie. Un foulard bleu pour cacher une grave blessure ouverte à la tête. Un habit militaire et une plaque marquée du numéro O.O1.
L’armée sri-lankaise a diffusé, hier, des photos de la dépouille de Vellupiali Prabhakaran, 54 ans, chef des Tigres tamouls. Sur celle-ci, on voit l’homme, sans vie, entouré de soldats sri-lankais. Le leader des Tigres aurait été tué lundi, lors de l’assaut final de l’armée sri-lankaise. Les Tigres tamouls refusent d’authentifier la dépouille et persistent à dire que leur chef se porte bien.
Ces images sont la preuve qu’a donnée, hier, l’armée sri-lankaise de la mort de Vellupiali Prabhakaran, le chef suprême des Tigres tamouls. Pour les militaires, cette photo constitue aussi la principale preuve de sa victoire contre le mouvement d’insurrection du nord-est du pays : Prabhakaran ne cachait pas son ascendance complète et entière sur son organisation et sur la minorité tamoule, principalement hindoue, du Sri Lanka.
« L’organisation des Tigres de la libération de l’Eelam tamoul ( LTTE) avait une structure dictatoriale, basée sur le culte de la personnalité de Prabhakaran », a expliqué David Cameron, doyen du département de sciences politiques à l’Université de Toronto.
Le leader, que ses fidèles surnommaient le « dieu soleil », ne supportait aucune dissidence. « Il faut se rappeler la création des Tigres tamouls. Prabhakaran a éliminé tous ses opposants », a rappellé Michael Shaikh, spécialiste de l’Asie du Sud au International Crisis Group.
Un tigre sans tête
Sa mort – pour le moment contestée par ses fidèles – signifie-t-elle la fin de ce redoutable groupe indépendantiste ? À cette question, les experts ne s’entendent pas.
Selon David Cameron, les Tigres ne peuvent survivre avec la tête coupée. « La présence de Prabhakaran était centrale. Il était celui qui attirait une loyauté fanatique chez ses supporteurs. S’il avait réussi à survivre à l’assaut des derniers mois, il aurait pu remettre l’organisation sur pied. Sans lui, il y aura peut-être encore un peu de violence, mais le mouvement, privé de sa structure d’autorité, est mort », croit-il.
Expert du fédéralisme comme solution possible au conflits ethniques, le politologue canadien était au Sri Lanka quand le gouvernement a conclu un cessez-lefeu avec le groupe armé en 2002.
« À l’époque, les Tigres tamouls avaient la configuration d’un État. Ils avaient leur propre système de santé, d’éducation et leur propre police. Mais leur emprise sur la société était basée sur la peur. Si vous enlevez la peur, que reste-til de cette emprise ? » se demande M. Cameron.
Un combat à finir
Michael Shaikh voit les choses d’un autre oeil. Selon lui, il est trop tôt pour vendre la peau des Tigres tamouls.
« Ils viennent de vivre la pire défaite de leur histoire. C’est la première fois en 25 ans que le gouvernement sri-lankais a le contrôle de 100% de son territoire, mais je ne pense pas que les Tigres soient éteints pour autant. Beaucoup de gens veulent encore un État tamoul indépendant et ils vont continuer à se battre », a noté hier M. Shaikh, joint à New York.
« Ce qui reste des Tigres sera incapable de mener une campagne militaire de grande envergure, mais on risque de voir des attaques terroristes urbaines. »
L’ardeur avec laquelle la diaspora tamoule soutient la rébellion armée depuis des mois et ce, malgré les rapports de violations des droits de l’homme commises par les troupes de Prabhakaran, est, selon lui symptomatique d’une certaine radicalisation.
Les manifestants tamouls à Montréal, Toronto, Paris et Londres accusent le gouvernement sri-lankais de génocide, mais refusent de critiquer ouvertement les méthodes utilisées par la guérilla armée.
« Tout ça est plus grand que Prabhakaran », a conclu Michael Shaikh.



Prabhakaran, chef suprême d’une armée rebelle déterminée
Velupillai Prabhakaran, chef suprême des Tigres tamouls, a réussi à mettre sur pied une des armées rebelles les plus sophistiquées et déterminées du monde, avant de faire une série d’erreurs qui l’a conduit à la défaite.
Velupillai Prabhakaran, chef suprême des Tigres tamouls, dont la mort symbolise la défaite de l’armée rebelle.
L’armée sri lankaise a annoncé hier avoir tué le chef suprême des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), âgé de 54 ans, et ses principaux adjoints.
Pour ses partisans, Prabhakaran était le coeur tenace de la guerre destinée à établir un État tamoul indépendant du Sri Lanka. Mais pour ses nombreux détracteurs, il était surtout un dirigeant brutal qui, à plusieurs reprises, a saboté des accords de paix dans sa quête de pouvoir.
Le corpulent et moustachu chef de la rébellion, le pistolet Browning toujours à la ceinture, a dirigé en dictateur virtuel un État de facto dans la région de la péninsule de Jaffna (nord du Sri Lanka), avec plusieurs centaines de milliers d’habitants, un drapeau, une police et un système judiciaire.
Ses troupes étaient armées d’artillerie lourde et disposaient d’une aviation rudimentaire, qui a tout de même bombardé l’aéroport international de Colombo, et d’unités commando spécialisées dans les attaques suicide, les Tigres noirs. Sa marine de guerre était composée de vedettes d’attaque rapides, de bateaux suicide remplis d’explosifs, de sous-marins rudimentaires et de grands navires de contrebande parcourant l’océan Indien.
Les LTTE auraient gagné jusqu’à 300 millions de dollars en un an grâce à leurs actions armées, au trafic de drogue, à la diaspora tamoule et aux oeuvres de charité.
Mais Prabhakaran était aussi une figure de l’ombre qui appa-
raissait rarement en public, préférant communiquer par déclaration radiodiffusée chaque année en novembre, véritable « discours à la nation ».
Les soldats tamouls – parfois recrutés de force lorsqu’ils étaient enfants – considéraientPrabhakaran comme leur chef incontesté.
Ce dernier leur ordonnait de s’abstenir de relations sexuelles, de couper tout lien avec leur entourage et de porter des fioles de cyanure autour du cou pour pouvoir se suicider en cas de capture.
« Il est leur cerveau. Il est leur coeur. Il est leur dieu. Il est leur âme. Et toute l’organisation tourne autour de lui », déclarait ainsi le journaliste indien Narayan Swamy, auteur d’une biographie sur Prabhakaran.
Le chef séparatiste a orchestré des attaques sur des bases militaires sri lankaises, tuant des centaines de soldats, et a réussi des contre-offensives dévastatrices pour l’armée régulière.
Le recours régulier aux attaques suicide – dont l’attentat de 1998 au temple de la Dent du Bouddha, principal sanctuaire bouddhiste du pays – a conduit les États-Unis, l’Union européenne et l’Inde à classer la LTTE parmi les organisations terroristes. Le groupe a aussi assassiné plusieurs hommes politiques sri lankais, dont l’ancien président Ranasinghe Premadasa.
Mais alors qu’il a parfois été salué comme un maître de la stratégie, Prabhakaran a commis une série d’erreurs qui l’ont finalement conduit à sa chute.
Il s’est mis à dos son plus important allié, l’Inde, en envoyant une kamikaze tuer le premier ministre indien Rajiv Ghandi en 1991, en représailles contre une mission indienne de maintien de la paix qui a mal tourné.
Lors des négociations qui ont suivi le cessez-le-feu de 2002, il a rejeté un accord qui aurait donné aux LTTE une large autonomie dans le nord et l’est du pays. Mais Prabhakaran a affirmé ne pas pouvoir accepter moins qu’un État tamoul, baptisé Eelam.
Prabhakaran a aussi appelé au boycottage de l’élection présidentielle de 2005, ce qui a contribué à la victoire du « faucon » Mahinda Rajapaksa.
Après l’échec des négociations de paix, les rebelles tamouls ont coupé l’approvisionnement en eau de plus de 60 000 personnes dans l’Est, déclenchant une riposte militaire sans précédent, offensive qui s’est poursuivie jusqu’à la défaite des Tigres tamouls.


LES TIGRES TAMOULS SONT VAINCUS
COLOMBO, Sri Lanka — La mort du chef suprême des Tigres tamouls, Velupillai Prabhakaran, a scellé hier la défaite de la rébellion face à l’armée régulière sri lankaise, qui affirme contrôler désormais l’ensemble de la zone de guerre du nord-est du pays. L’Union européenne a appelé à une enquête indépendante sur d’éventuels crimes de guerre commis à l’encontre des populations civiles.
La mort de Prabhakaran, annoncée par la télévision publique, a été confirmée par des messages SMS envoyés par les services d’information du gouvernement sur les téléphones portables du pays. Deux de ses plus proches lieutenants, Soosai, le chef de la marine tamoule, et Pottu Amman, le commandant des services de renseignements, ont été tués à ses côtés.
Cette annonce a suscité des rassemblements festifs dans le pays, la foule envahissant les rues de la capitale, Colombo, en chantant et en dansant.
La mort de Prabhakaran est le dernier symbole de la défaite de l’armée des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), après plus de 25 ans de guerre civile. Héros pour ses hommes, il était le dirigeant d’un groupe classé parmi les organisations terroristes par les États-Unis et l’Union européenne.
Le chef de l’armée sri-lankaise, le général Sareth Fonseka, a annoncé hier qu’il n’y avait plus aucun rebelle tamoul dans la zone de guerre. Il a précisé que ses soldats avaient nettoyé les dernières poches de résistance dans le nord.
« Nous pouvons annoncer que nous avons libéré le pays tout entier du terrorisme », a-t-il déclaré à la télévision publique.
Le président sri lankaisMahinda Rajapaksa a confirmé la mort de Prabhakaran lors d’une conversation téléphonique avec le ministre indien des Affaires étrangères Pranab Mukherjee, a déclaré dans un communiqué le porte-parole de ce dernier, Vishnu Prakash.
Le chef des Tigres tamouls et ses lieutenants se trouvaient à bord d’un camion blindé suivi par un autocar transportant des rebelles, et circulant en direction des forces régulières sri lankaises, hier matin, ont expliqué des responsables, sous le couvert de l’anonymat. Un violent échange de tirs de deux heures a éclaté avant qu’une roquette de l’armée régulière n’atteigne le camion blindé, selon les mêmes sources.
Le fils aîné de Prabhakaran, Charles Anthony, chef présumé de l’aviation des LTTE, a aussi été tué, selon l’armée. Par ailleurs, les forces spéciales ont trouvé les corps de trois autres hauts responsables de l’organisation rebelle.
La communauté t amoule était désespérée, selon Suren Surendiran, porte-parole du Forum britannique des Tamouls, plus grande organisation d’expatriés en Grande-Bretagne. « Les gens sont très sombres et très tristes. Mais nous sommes toujours déterminés et désireux de continuer notre lutte pour l’Eelam », a-t-il déclaré, utilisant le nom donné par les Tamouls à un État indépendant.
Les pays de l’Union européenne (UE) ont appelé hier à une enquête indépendante sur d’éventuels crimes de guerre commis à l’encontre des populations civiles, sans pré-
ciser à quelle autorité devait être confiée cette mission.
« Les responsables doivent être traduits en justice », ont déclaré les ministres des Affaires étrangères de l’UE, réunis à Bruxelles, dans un communiqué commun. Le Britannique David Miliband a précisé qu’il y avait des « accusations très graves » de crimes de guerre des deux côtés et qu’ils devaient être « soumis à une enquête correcte ».
« Désormais nous faisons face (...) à une situation humanitaire extrêmement difficile », a souligné la commissaire chargée des Relations extérieures, Benita FerreroWaldner. « Ce que nous demandons, c’est que les Nations unies aient accès aux civils », a-t-elle ajouté, assurant que la commission européenne était prête à accorder une aide supplémentaire, après les 3 millions d’euros versés à la CroixRouge internationale en avril.
Les ministres européens ont appelé les autorités sri lankaises à chercher la réconciliation avec la minorité tamoule.
Toujours vivant ?
Toutefois, tard hier soir, la rébellion a affirmé que Velupillai Prabhakaran est vivant. « Notre dirigeant bien-aimé est vivant et en sécurité. Il continuera de conduire la quête de dignité et de liberté pour le peuple tamoul », a déclaré le chef des relations internationales des Tigres, Selvarasa Pathmanathan, dans un communiqué publié par le site internet Tamilnet.com.


PLUS DE 25 ANNÉES DE CONFLIT
> 1975: création des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), qui réclament un État séparé pour la minorité tamoule dans le nord et l’est du pays. > 1983: début de la guerre civile. > 1991: un Tigre tamoul assassine dans un attentat suicide l’ancien premier ministre indien Rajiv Gandhi, en représailles à l’envoi de troupes indiennes participant aux combats contre les rebelles au Sri Lanka. > 1993: un kamikaze tamoul tue le président sri lankais Ranasinghe Premadasa après l’échec d’une tentative de pourparlers de paix. > février 2002: Colombo signe un accord de cessez-le-feu avec les Tigres tamouls. > juin 2005: les relations entre le gouvernement et les rebelles se dégradent sur la question du partage de l’aide internationale destinée aux victimes du tsunami. > août 2005: le ministre des Affaires étrangères Lakshman Kadirgamar, Tamoul opposé à la création d’un État indépendant pour sa minorité, est assassiné, action imputée aux LTTE. > décembre 2005: les rebelles lancent leur première grande attaque depuis le début de la trêve, tuant au moins 12 membres de la marine sri lankaise. Cette offensive est suivie d’une série d’attaques. > 22 février 2006: des représentants du gouvernement et des rebelles se rencontrent en Suisse pour des pourparlers de paix. Une deuxième série de négociations est reportée quelques mois plus tard en raison de désaccords entre les deux parties. > 8 juin 2006: échec de négociations en Norvège destinées à restaurer la paix. > 20 juillet 2006: les Tigres tamouls ferment les vannes d’un réservoir dans l’est de l’île, privant d’eau plus de 60 000 personnes, et conduisant le gouvernement à lancer sa première grande offensive en territoire rebelle depuis le cessez-le-feu de 2002. > 11 juillet 2007: le gouvernement annonce avoir chassé les rebelles de l’est de l’île. > 2 novembre2007: le chef de l’aile politique des Tigres tamouls, S.P. Thamilselvan, considéré comme le no2 du LTTE, est tué dans un raid aérien de l’armée. > 2 janvier 2008: après avoir décidé la veille de se retirer d’un cessez-le-feu négocié sous médiation internationale, le gouvernement annonce que les Tigres doivent désarmer avant toute nouvelle négociation de paix. > 2 août 2008: l’armée annonce que ses troupes entrent dans le district de Kilinochchi, la capitale de facto des Tigres, pour la première fois depuis 11 ans. > 2 janvier 2009: l’armée s’empare de
Kilinochchi. > 25 janvier 2009: l’armée enlève le dernier grand bastion des rebelles, Mullaittivu. > 17mai2009: les rebelles assiégés dans un minuscule réduit côtier proposent de déposer les armes. > 18mai2009: le gouvernement annonce la prise de cette ultime zone de guerre et la mort du chef des rebelles, Velupillai Prabhakaran.


« C’est unmoment émotif et très difficile »
Manifestation de la communauté tamoule à Montréal
La capitulation des Tigres tamouls dimanche au Sri Lanka a eu l’effet d’une bombe au sein de la communauté tamoule de Montréal. Plusieurs centaines de manifestants ont accueilli avec tristesse et colère la fin du conflit civil qui a fait plus de 70 000 morts et 250 000 réfugiés depuis 1983.
Les membres de la communauté tamoule de Montréal ont manifesté leur tristesse et leur colère, hier, après la capitulation des Tigres tamouls.
L’émotion était à son comble hier après-midi sur le boulevard René-Lévesque. Des centaines de membres de la diaspora tamoule se sont rassemblés devant le consulat américain pour dénoncer le fait que la Croix-Rouge et les médias étrangers n’avaient pas encore eu accès aux zones de combat.
Noyés dans une marée rouge et jaune de drapeaux des Tigres de libération de l’Eelam tamoul, plusieurs ont versé des larmes. D’autres ont crié au génocide.
« C’est un moment émotif et très difficile pour nous », a expliqué Kalasitty Sittampalam, avant d’éclater en sanglots. « La famille de mon époux est dans la zone la plus durement touchée et nous sommes sans nouvelles depuis plusieurs jours. Je ne parviens plus à me concentrer au travail. Je passe tout mon temps sur l’internet pour connaître les derniers développements. »
Il y a environ 10 700 Québécois d’origine sri lankaise à Montréal. De ce nombre, environ 10 000 sont des Tamouls. Les autres sont des Cinghalais de confession bouddhiste.
Plusieurs Tamouls de la métropole appuient ouvertement l’armée des Tigres tamouls, un mouvement séparatiste armé qui milite pour l’établissement d’un État indépendant dans le nord du pays.
La formation qui figure sur la liste canadienne des organisations terroristes a été renversée dimanche par l’armée du gouvernement qui représente la majorité cinghalaise.
« Les Tigres tamouls étaient notre seule voix » , explique Gaya Kathiresu, membre du Comité Ac t ion t amoule de Montréal. « Après 60 ans d’abus et d’oppression, nous ne pourrons jamais faire confiance au gouvernement. »
Alors que l’armée du gouvernement proclamait l’assassinat de tous les dirigeants du mouvement rebelle, les Tamouls de Montréal s’inquiétaient d’abord et avant tout du sort de leurs proches. Depuis le mois d’avril, environ 35 000 civils ont fui le nord du pays. Au moins 7000 personnes seraient mortes dans les récents affrontements.
« Pleurer un nouveau mort chaque jour est devenu chose commune dans les familles tamoules de Montréal », déplore Komala Nadarasa, qui a perdu son neveu de 20 ans. « Je m’inquiète surtout pour ma soeur, poursuit-elle. La dernière fois que j’ai eu des nouvelles il y a trois semaines, elle m’a dit qu’il n’y avait plus d’eau ni de nourriture. Je suis indignée que la situation n’ait pas changé. Si la guerre est terminée, pourquoi la population n’a-telle pas accès à des soins médicaux et des vivres? »
La majorité des personnes interrogées ont affirmé qu’elles préféraient maintenant que la voie politique soit privilégiée pour sortir de l’impasse la minorité tamoule au Sri Lanka.
« La guerre entre l’armée sri lankaise et l’armée des Tigres a beau être terminée, celle pour ravoir nos droits doit continuer », a conclu Gaya Kathiresu.



La cause tamoule - MARIO ROY
Quand une manifestation visant à appuyer une cause que l’on peut estimer juste devientelle contreproductive en retournant l’opinion publique contre elle? Jusqu’à quel point peut-on « importer » des conflits étrangers pour les projeter dans l’arène politique canadienne? Et que peut faire le Canada dans des régions du monde où son influence est égale à zéro... alors que même l’ONU s’y révèle impuissante?
Ces questions surgissent après la manifestation qui a eu lieu, dimanche soir, dans le centre-ville de Toronto. Elle regroupait plus de 3000 personnes de la communauté tamoule, qui compte 250 000 ressortissants dans cette ville. Cette foule a, sans avertissement, bloqué pendant six heures l’autoroute Gardiner, l’une des plus achalandées au pays.
Depuis plusieurs semaines, les Tamouls ont organisé plusieurs marches et démonstrations, à Ottawa, Montréal et Toronto, comme ailleurs dans le monde. Hier encore, l’agitation se poursuivait dans la ville-reine.
La communauté tamoule veut pousser Ottawa à exercer d’autres pressions sur Colombo afin que le gouvernement sri-lankais cesse ses opérations militaires contre les Tigres tamouls, opérations dont les civils coincés dans la zone d’affrontement font les frais. L’ONU parle d’un véritable « bain de sang », point culminant d’une guerre d’indépendance qui dure depuis plus de 30 ans et a fait 60 000 morts.
Quoi qu’il en soit, dimanche soir, une situation délicate et même dangereuse s’est créée à Toronto, en raison de l’endroit utilisé et de la présence de nombreux enfants dans les rangs des manifestants. Les Torontois, qui sont en général fiers d’habiter la métropole multiculturelle du pays, ont répliqué par des commentaires empreints de colère sur le site web des quotidiens et diffuseurs locaux.
Hier, la ministre canadienne de la Coopération internationale, Bev Oda, a réclamé des militaires sri-lankais et des rebelles qu’ils acceptent un cessez-le-feu et laissent les travailleurs humanitaires faire leur travail dans la zone de conflit. La ministre s’était déjà rendue au Sri Lanka afin de plaider la cause de la paix et offrir de l’aide.
Le Canada peut-il faire beaucoup plus ? C’est douteux.
Au surplus, l’affaire est politiquement délicate à manier.
À Toronto, plusieurs drapeaux des Tigres de libération de l’Eelam tamoul flottaient au-dessus des manifestants. Or, il s’agit d ’ un mouvement terroriste qui a historiquement fait une utilisation à grande échelle d’enfantssoldats et d’attentats suicide. Bref, ces drapeaux ont provoqué le même malaise que ceux du Hezbollah brandis dans des manifestations « en faveur de la paix » israélo-palestinienne... En conséquence, les personnalités politiques qui sont intervenues dans le dossier, du premier ministre ontarien Dalton McGuinty au chef libéral Michael Ignatieff, ont dû s’adonner à un délicat jeu d’équilibre, hier, en condamnant la situation au Sri Lanka sans appuyer la manifestation torontoise en tant que telle.
Au total, c’est peut-être déplaisant à entendre pour les paisibles Canadiens d’origine tamoule qui craignent légitimement pour leurs proches restés au pays, mais ce n’est pas sur une autoroute torontoise que ce conflit horrible (y en a-t-il d’autres sortes?) va se régler.




Ulcéré par l’Occident, Colombo mise sur l’Orient
CONFLIT AU SRI LANKA Tandis que le Sri Lanka envisage d’accorder l’amnistie aux rebelles tamouls qui déposeraient les armes – à l’exclusion des chefs du mouvement–, les Tigres ont annoncé hier avoir demandé à la France et à la Grande-Bretagne d’oeuvrer à
COLOMBO— Excédé par les pays occidentaux qui lui réclament un cessez-le-feu humanitaire avec la rébellion tamoule, le régime nationaliste du Sri Lanka mise sur ses alliés chinois et japonais, voire sur l’Iran ou la Libye.
Convaincu d’avoir gagné la guerre et sourcilleux sur sa souveraineté, Colombo est ulcéré par les exhortations de l’ONU, des ÉtatsUnis et de l’Union européenne, qui lui demandent d’épargner les 50 000 civils retenus par les insurgés dans le Nord-Est.
« Jamais l’histoire n’a révélé autant d’hypocrisie et de fauxsemblant des puissances occidentales à l’égard du Sri Lanka », a lancé hier le ministère de la Défense.
Jeudi, le président Mahinda Rajapakse avait fustigé ceux qui font la leçon à son pays sur le sauvetage de civils. « Je leur réponds d’aller voir ce qu’ils font en Irak et en Afghanistan. »
Marqué par 443 ans de colonisations portugaise, hollandaise et britannique jusqu’à son indépendance en 1948, « le Sri Lanka a eu les relations les plus étroites avec l’Occident », soutient Nanda Godage, ancien secrétaire adjoint aux Affaires étrangères. « Mais nous sommes déçus par l’hostilité de l’Occident, même si nous comprenons sa compassion à l’égard de la minorité tamoule – vu les 1,5 million de Tamouls en Europe ou Amérique du Nord. »
Élu en 2005, M. Rajapakse et son frère, Gotabhaya, secrétaire à la Défense, sont les artisans d’une guerre à outrance et populaire contre les Tigres.
Avouant que « le régime est un peu paranoïaque », M. Godage explique que Colombo était furieux que les chefs de la diplomatie britannique et française, David Miliband et Bernard Kouchner, réclament mercredi « un cessez-le-feu et non la reddition des Tigres ».
La communauté internationale somme régulièrement le LTTE – groupe « terroriste » selon Washington et l’UE– de déposer les armes.
I r r ité par l’Occident, « le peuple sri-lankais est reconnaissant du soutien de l’Inde, du Pakistan, de la Chine, de la Russie, du Japon, de l’Iran, de la Libye et du Proche-Orient, de l’Afrique et de l’Asie du SudEst », souligne le ministère de la Défense.
Le Japon fournit plus de 50% de l’aide bilatérale étrangère au Sri Lanka et détient les deux tiers de sa dette extérieure, selon la banque centrale. « Certes, la mauvaise politique des dirigeants entrave la paix, mais pourquoi pénaliser le peuple? » a déclaré samedi l’émissaire Yasushi Akashi, alors que des organisations des droits de l’homme pressent Tokyo de limiter son assistance.
Pékin et Téhéran
La Chine prête beaucoup à l’île, lui vend des armes et construit un port en eau profonde dans l’extrême Sud, à Hambantota, la circonscription du chef de l’État.
« L’ancrage du Sri Lanka à l’Asie est une tendance profonde », rappelle à l’AFP l’historien Éric Meyer, de l’Institut national des langues et civilisations orientales.
« La Chine a empêché que l’affaire soit internationalisée » en bloquant fin avril une résolution au Conseil de sécurité de l’ONU, note-t-il.
Fort du soutien des Asiatiques, Colombo « regarde même vers l’Iran », selon le diplomate Godage. Téhéran s’est engagé en 2008 à lui prêter un milliard de dollars pour une centrale hydroélectrique et la rénovation d’une raffinerie.
Le Sri Lanka discute aussi, dans un climat tendu, d’un prêt du Fonds monétaire international de 1,9 milliard de dollars. « Si nous ne l’obtenons pas, nous survirons », a assuré M. Godage. D’autant plus que « les négociations pour un prêt de 500 millions de dollars du gouvernement libyen sont aussi à un stade avancé », a opportunément annoncé fin avril la banque centrale.

Colombo rejette la trêve des Tigres
SRI LANKA
COLOMBO— Le Sri Lanka a rejeté hier le cessez-le-feu proclamé par les rebelles tamouls acculés dans le Nord-Est et a résisté aux pressions de l’ONU exigeant une trêve pour sauver des dizaines de milliers de civils.Selon l’ONU, plus de 100 000 Tamouls ont quitté la zone de guerre depuis une semaine et il en reste 50 000 retenus par les insurgés. Ci-dessus, des déplacés arrivent dans un village du nord du Sri Lanka.
Convaincu d’être en passe de gagner un conflit séparatiste vieux de 37 ans, l’influent secrétaire à la Défense, Gotabhaya Rajapakse, a balayé l’annonce par les Tigres tamouls d’un arrêt de leur offensive dans leur dernière poche de résistance.
« Cela ne peut être qu’une blague! À quoi servirait un cessezle-feu alors qu’ils sont en pleine débâcle ? Ils doivent d’abord déposer les armes et laisser partir les civils », a déclaré à l’AFP le frère cadet du président Mahinda Rakapakse.
Les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), coincés sur une bande côtière de 10 km2, avaient « annoncé un cessez-le-feu unilatéral (...) et immédiat (...) face à une crise humanitaire sans précédent et en réponse aux appels des Nations unies, de l’Union européenne et des États-Unis ».
« Ce cessez-le-feu revêt un objectif purement humanitaire et (sa) durée dépend de la réponse du gouvernement », a indiqué un porte-parole du LTTE, S. Puleethevan, dans un appel téléphonique reçu par l’AFP en provenance de l’enclave rebelle.
Cette passe d’armes entre les belligérants a éclaté en pleine visite du responsable des Affaires humanitaires à l’ONU, John Holmes, venu justement réclamer à Colombo une « pause humanitaire pour (...) faire entrer des travailleurs humanitaires dans la zone du conflit ». M. Holmes a « appelé le LTTE à laisser partir le reste des civils et à déposer les armes et (...) le gouvernement à exercer la plus grande retenue, notamment en n’utilisant aucune arme lourde ».
Selon l’ONU, plus de 6500 civils ont probablement été tués et 14 000 blessés depuis que l’armée a lancé en janvier son offensive « finale » dans un Nord-Est aujourd’hui dévasté.
M. Holmes doit voir le président Rajapakse aujourd’hui, mais il a d’ores et déjà exigé auprès du ministre aux Droits de l’homme, Mahinda Samarasinghe, « un accès à tous les déplacés à l’intérieur du pays (les réfugiés, ndlr), où qu’ils soient, y compris dans la zone du conflit ».
Le ministre a donné son accord « de principe » pour que deux employés étrangers de l’ONU se rendent en territoire rebelle. Mais, a-t-il vite précisé, « pour une telle visite, les combats doivent cesser au moins une journée ».
Une perspective improbable puisque Colombo a poursuivi hier ses opérations militaires en tuant 12 Tigres et en « libérant 500 civils » de la zone du conflit, selon le ministère de la Défense.
« Près de 98% des civils pris au piège en territoire rebelle se sont réfugiés en zones gouvernementales et les opérations humanitaires de l’armée pour (les) libérer demeurent la priorité numéro un », a insisté le secrétaire à la Défense.
Exode massif
Depuis le début, le 20 avril, d’un exode massif de Tamouls, l’ONU pense que plus de 100 000 personnes ont quitté la zone de guerre et qu’il en reste 50 000 retenus par les insurgés.
Colombo les évalue à 15 000, servant de « boucliers humains » aux Tigres et affirme en avoir « sauvé » 110 000, grâce à « la plus grande opération de libération d’otages dans l’histoire ».
Malgré les exhortations tout le week-end de l’ONU, des ÉtatsUnis et du G8 pour un arrêt des hostilités, le Sri Lanka – ex-colonie britannique, très jalouse de sa souveraineté – reste sourd aux pressions de l’étranger.
Mercredi, le ministre britannique des Affaires étrangères, David Miliband, serendraàColomboavec ses homologues français et suédois, Bernard Kouchner et Carl Bildt, a annoncé la Grande-Bretagne.


GUERRE AU SRI LANKA - Les opérations lourdes sont finies, mais les combats se poursuivent

Se disant hier certaines de la victoire contre les Tigres tamouls, les autorités du Sri Lanka ont annoncé la fin des opérations lourdes de combat dans le Vanni, la région du nord-est du pays, où le conflit fait rage. De son côté, le mo
Les réfugiés ayant fui les zones de combats ont été entassés dans des camps de tentes de l’ONU. Victimes de la guerre civile, ils n’ont rien pu emporter. 
Pourquoi   ne sait-on pas exactement ce qu’il se passe dans la région du Vanni ? R Sur ordre du gouvernement sri-lankais, depuis 2008, les journalistes locaux et étrangers, ainsi que la plupart des organisations humanitaires n’ont plus accès à la zone où se déroule le conflit entre l’armée sri-lankaise et les Tigres de libération de l’Eelam tamoul ( LTTE). Hier, c’était au tour de l’envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU de se voir refuser l’entrée sous prétexte que « les conditions de sécurité n’étaient pas réunies ». Les témoignages les plus fiables pour le moment sont ceux des quelque 140 000 réfugiés qui ont réussi à fuir la zone de combat au cours de la dernière semaine ou des quelques 2000 blessés qui ont été évacués. QQue
disent ces réfugiés ? R Selon différents rapports, plus de 50 000 civils se trouvent toujours dans la zone de combat, qui est maintenant plus petite que la périphérie de Central Park, à New York. Ces civils appartiennent tous à la minorité tamoule. Plusieurs réfugiés ont dit avoir été retenus de force par les Tigres tamouls. D’autres ont dit avoir été pris en étau entre l’armée sri-lankaise et les Tigres, craignant d’aller d’un côté ou de l’autre, de peur d’être abattus. Des blessés de l ’ hôpital de Vavunya, où opère Médecins sans frontières, ont des blessures liées à des bombardements de l’armée sri-lankaise ou à l’explosion de mines. Des photos de femmes et d’enfants tués lors de bombardements circulent sur le web. En tout, plus de 6500 personnes auraient perdu la vie depuis le début de l’escalade de la violence en janvier. Plusieurs organisations défendant les droits de l’homme, dont Human Rights Watch, suspectent les deux parties d’avoir commis des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre. QQue
dit la communauté internationale de tout ça ? R Depuis des mois, des organisations humanitaires demandent aux deux belligérants de faire une trêve pour permettre aux civils de quitter la zone de combat. La semaine dernière, la secrétaire d’État des ÉtatsUnis, Hillary Clinton, a dit que Washington était déçu de l’attitude du gouvernement sri-lankais qui, pour « terminer une guerre qui dure depuis plus de 25 ans, cause une souffrance inédite ». Le lendemain, le Conseil de sécurité de l’ONU demandait aux Tigres tamouls de se rendre et aux autorités sri-lankaises de respecter les droits des civils. QComment
réagissent les deux belligérants à ces demandes? R La plupart des requêtes ont été repoussées d’un revers de main. Hier, cependant, le gouvernement sri-lankais a annoncé avoir ordonné aux forces armées de « cesser d’avoir recours aux armes de gros calibre, avions de combats et bombardements aériens qui pourraient provoquer des victimes civiles ». Or, le même gouvernement niait que l’armée bombardait la région du Vanni la semaine dernière. Les Tigres tamouls de leur côté refusent de se rendre et disent avoir encore la capacité de faire l’indépendance de l’ Eelam tamoul, leur principal but politique. Ils ont déclaré une trêve unilatérale hier, tournée en dérision par Colombo. QPourquoi
cette escalade de la violence depuis janvier 2008? R Le conflit entre le gouvernement de Colombo, contrôlé par la majorité cinghalaise bouddhiste du pays, et les Tigres, qui se battent pour obtenir un État indépendant pour la minorité tamoule ( majoritairement hindoue) dure depuis 1983, mais a connu quelques éclaircies. Lors de son élection à titre de président en 2005, Mahinda Rajapakse a promis de venir à bout des LTTE. Moins d’un an plus tard, la violence commençait son ascension. Elle a atteint un point culminant depuis que les forces gouvernementales ont repris le contrôle de la forteresse des Tigres tamouls, la ville de Kilinochi, en janvier 2009.



Après la guerre, le déluge
SRI LANKA Le gouvernement sri-lankais n’a rien ménagé ces derniers mois pour venir à bout du conflit qui l’oppose depuis 25 ans aux Tigres tamouls. Selon toute vraisemblance, l’armée du pays s’emparera dans les prochaines heures des derniers arpents domin
On ignore pour le moment dans quel état se trouvent les 50 000 civils tamouls qui sont toujours prisonniers des combats.
Les manchettes québécoises d’urgences surchargées feraient rire les médecins de l’hôpital de Vavunyia, situé près de la zone où s’affrontent l’armée sri-lankaise et les Tigres tamouls. L’hôpital, qui compte 400 lits, déborde. Plus de 1750 patients s’y trouvent entre la vie et la mort.
Un soldat de l’armée gouvernementale sri-lankaise montre des armes qui auraient été saisies aux rebelles séparatistes tamouls. Quelque 6500 civils ont été tués depuis le mois de janvier seulement dans le conflit qui fait rage dans le nord de l’île.
L’organisation Médecins sans frontières, qui y coordonne les soins, craint que ce taux d’occupation de 450% ne soit que le début de ses maux de tête.
Tous les jours, de nouveaux patients arrivent. Leurs blessures racontent ce qui se passe 85 km plus loin, dans la zone de conflit où les journalistes et la plupart des organismes humanitaires sont interdits de séjour.
« Ils arrivent avec des blessures encore fraîches. Près de 75% d’entre eux ont subi des blessures causées par des balles ou des éclats d’obus ou encore par des mines antipersonnel », explique au bout du fil le coordonnateur des opérations de MSF au Sri Lanka, Laurent Surry. Difficile, dans ces circonstances, de croire l’armée sri-lankaise, qui nie qu’elle bombarde la région du Vanni.
Désastre humanitaire
Notant que la situation est intenable à l’hôpital, le représentant de MSF remarque cependant que la crise humaine est loin de se limiter à ses quatre murs.
On ignore notamment pour le moment dans quel état se trouvent les 50 000 civils tamouls qui sont toujours prisonniers des combats, pris en étau entre les Tigres tamouls ( LTTE) et les soldats dans un territoire de la grandeur du Central Park de Manhattan.
Et qu’en est-il des 140 000 autres personnes qui viennent tout juste de fuir les affrontements et qui ont été redirigées vers les camps de réfugiés dirigés par les autorités du pays, mais où elles sont gardées incommunicado ?
Le gouvernement distribue des tentes, mais la chaleur qui règne dans les 13 camps archibondés est torride. Les réfugiés n’ont nulle part où se cacher du soleil pendant la journée. La nourriture manque.
Certains d’entre eux tentent déjà d’échapper à leur sort en ayant recours à des embarcations de fortune. L’Inde, dont la pointe septentrionale est à 31 km du Sri Lanka, s’inquiète de l’arrivée massive de réfugiés tamouls. L’Australie est à 6000 kmde l’île de l’océan Indien, mais déjà, le ministre des Affaires étrangères est sur un pied d’alerte.
Malgré la gravité du moment, les organisations humanitaires peinent à faire venir du renfort. « Il y a beaucoup de procédures gouvernementales à suivre pour faire venir des gens et de l’équipement », déplore Laurent Surry.
Conscient de ces obstacles, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, a décidé lundi d’envoyer une équipe d’urgence qui fera pression sur les autorités pour avoir accès aux civils en danger. La tâche ne sera pas facile. Pour le moment, les politiciens de Colombo, qui représentent la majorité cinghalaise bouddhiste de l’île, nient l’existence d’une crise humaine frappant la minorité tamoule, majoritairement hindoue.
Vers une solution politique ?
L’attitude du président Mahinda Rajapaksa soulève l’ire de la communauté internationale. Les Nations unies demandent un cessez-le-feu immédiat, notant que 6500 civils ont été tués depuis le mois de janvier. Le Conseil de sécurité a pour sa part enjoint mercredi soir aux Tigres tamouls de se rendre. Les deux parties au conflit ne veulent rien entendre.
Selon Marc Schneider, viceprésident de l’International Crisis Group, il n’existe qu’une issue au bourbier humanitaire et politique du Sri Lanka: un cessez-le-feu et une reddition des Tigres tamouls, supervisée par les Nations unies et suivie d’un dialogue politique visant à accorder une certaine autonomie à la minorité tamoule. Car même si l’armée venait à bout du mouvement séparatiste armé, le problème de l’autodétermination tamoule, à la racine du conflit, ne sera pas réglé.
De plus, l’International Crisis Group, tout comme Amnistie internationale et Human Rights Watch, demandent la tenue d’une enquête indépendante sur les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité commis tant par l’armée srilankaise que par le LTTE au cours des derniers mois du conflit, voire au cours des 30 dernières années.
En tout, plus de 80000 personnes ont laissé leur vie dans cette confrontation sans merci entre l’État sri-lankais et le mouvement séparatiste. La grande, grande majorité appartenait à la minorité tamoule.



SRI LANKA Pas de paix, pas de prêt, selon Clinton
La secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, s’est prononcée hier contre l’attribution par le Fonds monétaire international d’un prêt au Sri Lanka, estimant que « ce n’est pas le moment ». La chef de la diplomatie américaine a ainsi joint sa voix aux critiques du gouvernement sri-lankais qui craignent qu’un tel prêt n’alimente le budget de l’armée qui mène un combat sans merci contre les Tigres tamouls, refusant un cessez-le-feu pour permettre à quelque 50 000 civils de fuir les combats. Hier, le responsable de l’information du gouvernement, Anusha Palpita, a toutefois assuré que les civils prisonniers des combats entre l’armée et les rebelles seraient « libérés » d’ici 48 heures.


Les Tigres tamouls au pied du mur
APRÈS L’EXODE DE 35 000 CIVILS
« J’ai dit à la communauté internationale qu’un cessez-le-feu ne servirait à rien : dites juste aux Tigres de laisser partir les civils. »
COLOMBO— LeSriLankaadonné hier aux rebelles tamouls jusqu’à la mi-journée aujourd’hui pour se rendre, après que 35 000 civils eurent fui la dernière zone encore aux mains de la guérilla séparatiste dans le nord-est de l’île.
« Nous avertissons ( le chef suprême des Tigres tamouls) Velupillaï Prabhakaran et ses lieutenants qu’ils ont 24 heures pour se rendre », a déclaré le porte-parole du ministère de la Défense, Keheliya Rambukwella.
De fait, la fin de la guerre au Sri Lanka – l’une des plus longues en Asie – ne dépend plus que du sort du numéro 1 des Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE), Velupillaï Prabhakaran, invisible depuis 18 mois.
« Prabhakaran n’a plus qu’à se rendre », avait auparavant déclaré à l’AFP le président sri-lankais Mahinda Rajapakse. Le LTTE est acculé sur une poche de 15 km2 et accusé de retenir « comme boucliers humains » entre 70 000 et 100 000 habitants tamouls. Mais le président Rajapakse a assuré hier que « plus de 35 000 (personnes) étaient passées depuis ce matin » en territoire gouvernemental.
Il a montré des images vidéo aériennes où l’on voit des milliers de gens quitter à pied ou à la nage la dernière zone de la rébellion pour se réfugier dans une région contrôlée par Colombo.
Exode
C’est apparemment le « sauvetage » par l’armée de 5000 Tamouls ce week-end qui a provoqué l’exode soudain de 35 000 autres débordant la dernière ligne de défense de l’insurrection.
Alors que ses troupes sont accusées d’avoir bombardé des populations civiles, M. Rajapakse s’est encore targué de « mener, non pas une opération militaire, mais la plus grande opération mondiale de sauvetage d’otages ».
« C’est maintenant totalement fini pour les Tigres », a-t-ilmartelé, comme il le fait depuis des mois. Sur le terrain, les insurgés ont effectivement perdu la guerre.
Jusqu’en 2007, l’une des guérillas les plus redoutables et les mieux organisées au monde régnait sur 18 000 km2 de terres dans le nord et l’est sur lesquelles elle voulait fonder un État tamoul indépendant. Expulsé de ses fiefs, le LTTE a perdu 18 000 hommes en trois ans, selon l’armée.
Leministèrede laDéfensea toutefois fait état de lamort de 17 réfugiés dans un attentat suicide perpétré par lesTigres, mais aucunresponsable officiel n’a pu le confirmer.
Les informations sont invérifiables dans cette région coupée du monde à laquelle seule la CroixRouge a accès. Celle-ci a dit avoir évacué depuis février 10 000 personnes d’ex-régions rebelles jusqu’à des hôpitaux gouvernementaux.
En revanche, au moins 2800 civils ont péri dans des violences perpétrées par les belligérants depuis le 20 janvier, selon l’ONU.
Au terme de 37 ans de conflit et au prix de dizaines de milliers de morts, le Sri Lanka rejette systématiquement les appels internationaux et ceux du LTTE à une trêve durable.
« J’ai dit à la communauté internationale qu’un cessez-le-feu ne servirait à rien: dites juste aux Tigres de laisser partir les civils », a insisté M. Rajapakse, un nationaliste cinghalais partisan depuis son élection fin 2005 de la poigne de fer contre les « terroristes » des Tigres tamouls.



Les Tigres seraient vaincus
Encerclés et en passe de perdre « dans quelques heures » leur minuscule poche de 3,5 kilomètres carrés au bord de l’océan Indien, les Tigres de libération de l’Eelam tamoul (LTTE) s’apprêtent à se « suicider en masse », a assuré le ministère de la Défense.
Selon l’ONU, quelque 20 000 civils ont pu fuir la zone des combats au cours des derniers jours, dans le nord-est du Sri Lanka.
Auparavant, les forces armées s’étaient emparées du dernier bout de côte contrôlé par la rébellion.
« Mon gouvernement, avec l’engagement total de nos forces armées, a finalement vaincu militairement le LTTE lors d’une opération humanitaire sans précédent, a affirmé M. Rajapakse, en déplacement en Jordanie. Je vais revenir dans un pays totalement libéré des actes barbares du LTTE. »
Ce chef de l’État nationaliste, son influent frère Gotabhaya Rajapakse, à la tête du puissant ministère de la Défense, et l’armée de terre sont les architectes depuis trois ans de l’écrasement de la plus redoutable guérilla au monde qui régnait en 2007 sur 15 000 km2 dans le nord et l’est. Elle s’y battait pour fonder un État tamoul indépendant.
L’armée a cependant signalé que les combats se poursuivaient dans la zone du conflit. Selon le général Udaya Nanayakkara, les rebelles faisaient sauter leurs stocks d’explosifs.
Le président sri-lankais avait assuré jeudi soir que l’offensive gouvernementale prendrait fin d’ici à aujourd’hui, avec la reconquête totale de l’étroit territoire encore contrôlé par les séparatistes.
Deux divisions de l’armée progressant de part et d’autre de la côte nord-est ont fait leur jonction tôt hier matin dans la localité de Vellamullivaikka, a expliqué le général Nanayakkara. On ignore si le chef tamoul Velupillai Prabhakaran et ses principaux lieutenants se trouvent encore dans l’enclave cernée par l’armée ou s’ils ont pu prendre la fuite.
Selvarasa Pathmanathan, un des porte-parole des séparatistes, n’a pas commenté les informations de l’armée. Les Tigres tamouls, a-t-il dit, saluent l’appel lancé mercredi par Barack Obama en faveur d’un cessez-le-feu et feront « tout ce qui est nécessaire » pour épargner les civils. Mais il n’a pas précisé si les rebelles déposeraient les armes comme le demande le président américain.
Les militaires se disaient prêts depuis une semaine à donner le coup de grâce en crevant la dernière poche de l’ennemi. Ils ont apparemment continué de bombarder l’enclave à l’arme lourde, malgré leur engagement fin avril à ne plus le faire, afin d’épargner les civils « otages » des Tigres.
« Au bord du précipice »
D’ailleurs, Londres, l’ex-puissance coloniale, a averti Colombo de « conséquences pour ses actions » destinées à en finir avec l’insurrection.
« Le Sri Lanka est au bord du précipice. Nous avons réclamé à plusieurs reprises la fin des violences », a lancé le premier ministre britannique Gordon Brown, en exigeant que « les agences humanitaires (aient) accès aux civils pris dans le feu croisé d’un conflit épouvantable ».
« Le combat doit s’arrêter maintenant », a aussi exhorté l’Union européenne, qui considère le LTTE comme une « organisation terroriste ».
Ces derniers jours, les Tigres ont accusé l’armée d’avoir massacré des milliers de civils. Colombo a rétorqué que la guérilla tirait sur ces « boucliers humains ».
D’après des estimations de l’ONU, 7000 civils ont été tués et 16 700 autres blessés par les combats, pour la période du 20 janvier au 7 mai. Depuis, selon les médecins présents sur place, plus de 1000 civils ont été tués en une semaine, pris entre deux feux, même si le gouvernement sri-lankais nie avoir recours à des armes lourdes.
Mais aucune information fiable ne filtre de cette région coupée du monde, à laquelle seule la CroixRouge a accès. Celle-ci s’est dite impuissante face à « une catastrophe humanitaire inimaginable ».



Contester le pouvoir dans le sang - FRÉDÉRICK LAVOIE
MOSCOU — De l’imam Chamil, qui combattit l’empire russe durant 30 ans au XIXe siècle, aux islamistes des dernières années, en passant par les indépendantistes tchétchènes de la décennie 90, le Caucase du Nord a toujours contesté le pouvoir russe. Le plus souvent dans le sang. Les attentats d’hier en sont le dernier épisode.
Entre la ville de Moscou et la région du Caucase, il y a un monde. La première est riche, instruite, relativement libérale. La deuxième dépend des subsides fédéraux, a un taux de chômage qui dépasse les 50% dans plusieurs localités et est fortement traditionaliste et religieuse.
Après une accalmie durant l’ère soviétique, les hostilités ont recommencé avec les velléités d’indépendance de l’élite politique tchétchène dès la chute de l’empire. Les Russes ont répondu par la bouche de leurs canons, craignant que la sécession tchétchène n’entraîne celle d’autres peuples.
Indépendance et religion
Militairement moins forts, des chefs de guerre tchétchènes se sont tournés vers le terrorisme. Au fil de la lutte, l’idée d’indépendance a pris une couleur religieuse. La mort du président indépendantiste tchétchène Aslan Maskhadov, tué par les forces russes en 2005, a signé la fin de la modération et des possibilités de dialogue entre les rebelles et Moscou.
Ses successeurs autoproclamés ont appelé à la guerre sainte pour former un émirat dans tout le Caucase du Nord. Ils ont exhorté leurs frères musulmans des républiques voisines d’Ingouchie et du Daguestan à s’unir à leur lutte. Depuis plusieurs années, autorités et experts estiment qu’il ne resterait guère plus que de 500 à 1000 rebelles cachés dans les forêts montagneuses de la région. Or, malgré les opérations antiterroristes incessantes des forces russes, qui éliminent régulièrement quelques dizaines d’insurgés, la rébellion tient bon et se régénère.




IRLANDE DUNORD :  LES MURS DE LA HAINE  -  Isabelle Hachey
Onze ans après les accords de paix en Irlande du Nord, les « murs de paix » qui séparent les quartiers catholiques et protestants deBelfast ne sont pas tombés. Au contraire, ils sont plus nombreux, plus hauts et plus longs que jamais. Avant de songer à le

Malgré la paix, les barrières qui divisent Belfast se multiplient.

IRLANDE DUNORD
La fenêtre du salon de Brian est griffée de rayures. « Ce sont des marques de briques. Heureusement que j’ai des vitres renforcées, sinon je devrais souvent les remplacer », raconte-t-il, l’air résigné. « Nous sommes habitués. Ça arrive toutes les semaines. Chaque fois, il faut avertir les voisins de déplacer leurs voitures. »
Devant sa porte, les touristes défilent en black cab pour visiter un monument aux martyrs républicains, adossé à l’un des sinistres « murs de paix » qui déchirent toujours les quartiers ouvriers de Belfast. Une murale rappelle les violentes émeutes de l’été 1969, au cours desquelles des loyalistes ont brûlé les maisons de Bombay Street.
C’était il y a 40 ans. Ici, pourtant, c’est comme si c’était hier.
En réponse aux émeutes, l’armée britannique a planté une clôture de barbelés entre Bombay Street et Cupar Way, en zone protestante. « C’est très, très temporaire. Nous n’aurons pas de mur de Berlin dans cette ville », avait assuré le lieutenant-général Ian Freeland, commandant de l’armée en Irlande du Nord à l’époque.
Mais le conflit a duré. Et les barbelés se sont transformés en mur de paix, toujours plus solide, toujours plus haut.
Aujourd’hui, la structure impressionne : cinq mètres de ciment, surmonté de trois mètres de métal opaque, coiffé de six mètres de grillage. Au total, donc, 14 mètres de béton et d’acier. L’horizon bouché de Brian. Ce père de cinq enfants ne s’en plaint pas: « Ce n’est pas le moment de démanteler le mur. Il y a encore trop d’amertume. »
Guy Frame habite Cupar Way. C’est le voisin que Brian n’a jamais rencontré. Il lui ressemble. Il a trois enfants, avec lesquels ceux de Brian ne joueront jamais. Les deux familles habitent à quelques dizaines de mètres l’une de l’autre. Mais un mur les sépare. Et il ne tombera pas de sitôt, prédit M. Frame. « Il y a trop de haine. »
L’apartheid après la guerre
Onze ans après la signature des accords de paix, l’Irlande du Nord a changé de visage. Les tours de surveillance de l’armée britannique ont été démantelées. Les soldats sont rentrés dans leurs casernes. L’anneau de fer qui entourait le centre-ville de Belfast a disparu. Des politiciens autrefois ennemis partagent le pouvoir à Stormont, le parlement de la province.
Restent les peace walls. Des douzaines de kilomètres de murs, destinés à protéger les résidants des attaques sectaires, mais qui cimentent surtout les divisions entre les communautés catholique et protestante. Paradoxalement, malgré la paix, ces imposantes structures se multiplient: on en compte deux fois plus aujourd’hui qu’en 1998.
Le gouvernement britannique est officiellement responsable de 47 murs de paix en Irlande du Nord, dont la grande majorité (36) dans les quartiers ouvriers de Belfast, durement frappés par la violence, la pauvreté et le chômage. Mais il n’est pas le seul à en construire. Il y a aussi la ville, divers organismes et des promoteurs privés. Sur le terrain, Neil Jarman, directeur de l’Institute for Conflict Research, a dénombré pas moins de 88 murs, cloisons et barrières entre les deux communautés.
Ces murs sont le plus grand symbole des profondes divisions qui déchirent toujours la société nord-irlandaise.
La belle histoire racontée aux touristes ne dit pas tout. Les bars branchés et les restaurants chic du centre-ville cachent une autre réalité. « C’est un peu comme si l’Irlande du Nord s’était payé une belle opération de chirurgie esthétique mais n’avait jamais soigné la maladie qui couve », dénonce Lady May Blood, qui travaille depuis 50 ans pour améliorer le sort de sa communauté protestante de Shankill, dans l’ouest de Belfast.
Cette maladie, c’est la ségrégation. Au plus fort des troubles, 60 000 personnes ont été forcées de quitter leur maison dans les quartiers mixtes de la ville. Ces quartiers se sont transformés en ghettos, où catholiques et protestants ne se mélangent plus. La haine, la méfiance et la peur se sont installées à demeure.
Sarah Gillett se souvient du temps où sa mère préparait des sandwichs pour assister aux défilés orangistes de juillet. « Aujourd’hui, on leur lancerait des pierres! » avoue cette catholique de Falls Road, tout près de Shankill. Elle ne s’y aventurerait plus pour tout l’or du monde. « J’ai trop peur. » Les parades, surtout, l’angoissent. « On entend le bruit des tambours et des injures contre le pape de l’autre côté du mur », raconte-t-elle en frissonnant.
Les barrières ne sont pas que dans les rues. Elles existent aussi en politique, en éducation, dans les loisirs et les sports. Protestants et catholiques ne se font plus la guerre, mais ils mènent leur vie en parallèle. « Les murs ne sont pas comme celui de Berlin, où l’on empêchait les gens de traverser, dit Lady Blood. Ici, on peut facilement passer d’un côté à l’autre. Les murs sont davantage dans l’esprit des gens. »
Et ils sont d’autant plus difficiles à faire tomber.
Toujours plus hauts
Pour le gouvernement, les murs sont encore le meilleur moyen de prévenir la violence dans les multiples « interfaces » de Belfast, ces zones de fracture entre les deux communautés. Les forces de l’ordre sont convaincues qu’ils contribuent à réduire le nombre d’attaques sectaires. Pour elles, un mur de paix vaut 100 policiers.
Mais les murs ne semblent jamais assez hauts. Dans Bombay Street, la cour de Seaneen Murphy donne sur le mur de 14 mètres. Elle est aussi entièrement recouverte d’un épais grillage métallique qui bloque les tirs de briques et de bouteilles. Dans cette cour triste et sans verdure, on a la nette impression de vivre en cage.
« Les murs n’assurent pas la sécurité puisque les gens trouvent le moyen de lancer des choses par-dessus, constate Neil Jarman. Pire, les murs signifient que l’ennemi se trouve de l’autre côté. » Les murs deviennent ainsi des « marqueurs » qui permettent de cibler plus facilement la communauté rivale.
Résultat, il est plus dangereux de vivre près d’un mur de paix que partout ailleurs en Irlande du Nord. Selon le démographe Peter Shirlow, près de 70% des meurtres liés aux troubles sont perpétrés à moins de 500 mètres des murs censés protéger les résidants des attaques sectaires.
Mais les plus savantes analyses ne convaincront pas ceux qui vivent dans les quartiers lézardés par ces murs – et qui ne tiennent pas à les voir disparaître. Ici, la haine et la peur sont si tenaces que peu de gens pensent voir tomber ces sinistres structures de leur vivant. « La personne qui a appelé ça des « murs de paix » devrait être abattue, tranche Lady Blood. Ils n’ont jamais amené la paix; que des problèmes. »

À LA FOLIE DES HOMMES
Malgré les troubles, Frank Martin nourrit de beaux souvenirs d’enfance. Dans les années 60, ses parents ont emménagé à Springfield Park, une nouvelle rue de l’ouest de Belfast, où catholiques et protestants se mêlaient volontiers. Ces jeunes familles étaient prêtes à mettre leurs différences de côté pour vivre leur rêve d’une première maison en banlieue, avec petit jardin, air frais et vue sur les collines.
M. Martin se souvient aussi de ce matin d’août 1971, des coups de feu, des magasins pillés, des maisons brûlées, de la fuite éperdue. Springfield Park est devenue une zone interdite, infestée de paramilitaires et de tireurs embusqués. Puis, en 1994, on y a érigé un énorme mur en briques rouges, à l’endroit précis où s’élevaient les maisons. On l’appelle le « mur d’un million de briques ».
Parfois, M. Martin retourne à Springfield Park. « Pour moi, c’est comme aller au cimetière. Les troubles sont finis, mais je pense qu’il faut se souvenir de l’histoire pour apprendre d’elle. Si on balaie tout sous le tapis, on risque d’inviter le conflit à revenir. »

M. Martin ne souhaite pas voir disparaître le mur d’un million de briques. À ses yeux, c’est un « monument »à la folie des hommes. « J’y vais pour me souvenir et réfléchir. Parce que Springfield Park était la dernière communauté à laquelle j’ai vraiment eu l’impression d’appartenir. »

DE TERRORISTES ÀGUIDES TOURISTIQUES
Ils ont un passé sanglant. Ils ont été ennemis jurés. À Lanark Gate, le seul point de passage entre le bastion catholique de Falls Road et celui, protestant, de Shankill Road, dans l’ouest de Belfast, ces anciens paramilitaires s’échangent désormais des étrangers tombés entre leurs mains. Pas des otages. Des touristes.

PHOTO DYLAN MARTINEZ, REUTERS

D’anciens ennemis jurés brassent désormais des affaires ensemble. En exploitant les murs que leur propre lutte armée a contribué à faire ériger.
« C’est notre Checkpoint Charlie », ironise Michael Colbert, directeur de Coiste, un organisme de soutien aux 18 000 anciens prisonniers de l’IRA. Lui-même a passé 16 ans derrière les barreaux, pour des « activités variées » au sein du groupe paramilitaire républicain.
« C’est très difficile pour les anciens prisonniers de trouver un emploi. Depuis quelques années, nous avons constaté qu’il y avait de plus en plus de touristes sur Falls Road. Nous avons décidé d’exploiter ce marché. »
M. Colbert était adolescent quand sa maison de Bombay Street a été brûlée, en 1969, au début des troubles. Quarante ans plus tard, l’imposant mur qui s’élève dans cette rue est devenu l’une des plus grandes attractions touristiques de Belfast. Un demi-million de personnes le visitent chaque année. « Les touristes ne viennent pas ici pour pêcher. Ils viennent pour voir les zones de conflit. »
Les ex-paramilitaires n’avaient aucune raison de ne pas profiter de la manne. Du même coup, ils donnent leur version du conflit aux visiteurs. « Ce n’est pas une belle histoire neutre. C’est une histoire racontée d’un point de vue républicain », admet M. Colbert.
La version des guides de Coiste est d’autant plus unidimensionnelle qu’ils ne s’aventurent jamais en territoire ennemi. Trop dangereux pour ces républicains connus – et détestés – des protestants. Si les touristes demandent à voir Shankill Road, on les confie à d’anciens paramilitaires loyalistes, qui se chargent de jouer les guides touristiques de leur côté du mur.
L’échange se fait à Lanark Gate. Côté protestant, des guides comme William « Plum » Smith, ex-membre duRedHandCommando, qui a purgé une peine de 10 ans pour tentative de meurtre, attendent les « colis ».
Autrefois prêts à s’entretuer, ces hommes brassent désormais des affaires ensemble en exploitant les murs que leur propre lutte armée a contribué à faire ériger.
M. Smith n’est pas pressé de voir tomber ces murs. « Les gens en sont venus à les accepter comme faisant partie de leur vie quotidienne. Ceux qui ont moins de 40 ans ne se souviennent pas du temps où il n’y en avait pas. Ils font partie des meubles. Et il ne faut pas oublier que c’est la plus grosse attraction de la ville. »
Pour cet ancien terroriste recyclé en guide touristique, abattre les murs, ce serait tuer la poule aux oeufs d’or.

PEINDRE SON MESSAGE
Danny Devenny, 56 ans, est l’un des muralistes républicains les plus prolifiques de l’Irlande du Nord. Cet ancien membre de l’IRA a appris à peindre derrière les barreaux d’une sombre geôle de Belfast.
Danny Devenny, ancien membre de l’IRA, a appris à peindre en prison. Il a tout d’abord mis son art au service de la propagande républicaine (notre photo). Après être devenu ami avec un muraliste du clan adverse, il peint désormais des messages de paix.
Mark Ervine est le fils d’un ancien paramilitaire loyaliste. Tous les jeudis de son enfance, ce muraliste de 36 ans a manqué l’école pour rendre visite en prison à son père, arrêté en 1974 au volant d’une voiture bourrée d’explosifs.
Les deux hommes habitent le même secteur ouvrier de l’est de Belfast. Ils ne s’y sont jamais croisés : un « mur de paix » sépare leurs maisons toutes proches. « Nous nous sommes rencontrés par hasard, il y a trois ans, à une exposition, raconte M. Ervine. Ç’a été un choc de découvrir tout ce que nous avions en commun. »
Toute leur vie, ils avaient peint des murales propagandistes à la gloire de leur clan, de chaque côté des murs qui séparent catholiques et protestants de Belfast. Mais en 2007, ils ont choisi de reproduire Guernica, le célèbre tableau de Picasso. Ensemble.
« Guernica dénonce l’horreur et la futilité de la guerre. Pour des artistes issus de deux communautés rivales, peindre ce tableau était une sorte de déclaration. Notre message, c’était : plus jamais. »
Bien vite, les deux hommes que tout séparait sont devenus amis. Côte à côte, ils ont peint d’autres murales. « Notre but, c’est d’établir un dialogue entre des gens qui n’ont pas la chance de se rencontrer parce qu’il y a un mur entre eux, explique M. Ervine. Nous voulons briser les préjugés qu’ils entretiennent les uns envers les autres. »
Il faudra encore bien des coups depinceaupour y arriver. Onze ans après la signature des accords de paix en Irlande du Nord, de nombreuses murales présentent toujours des scènes ultraviolentes : hommes encagoulés, l’air menaçant, brandissant leurs kalachnikovs vers le ciel ou les pointant sur les passants.
Toutes ces murales se trouvent en zones protestantes, souligne Bill Rolston, auteur de trois livres sur le sujet. « Les loyalistes sont si habitués de peindre des hommes armés qu’ils ne savent pas trop quoi faire d’autre. Surtout, leur philosophie politique est tellement liée aux armes qu’il leur est difficile de visualiser autre chose. Ils craignent que si on la leur enlève, ils cesseront d’exister. »
Les républicains ne partagent pas cette angoisse existentielle. Ils ont toujours eu une idéologie politique plus large, explique M. Rolston. Même pendant les Troubles, leurs murales abordaient de nombreux thèmes, de la mythologie irlandaise aux grèves de la faim des prisonniers de l’IRA. « La paix retrouvée, en 1998, ils étaient assez confiants pour retirer les armes des murales, comme ils les avaient retirées des rues. »
Censure gouvernementale?
Le gouvernement nordirlandais aimerait faire disparaître les hommes encagoulés des murs de la province. L’an dernier, il a mis sur pied un programme de « réimagerie » de 7 millions de dollars, destiné à remplacer ces murales guerrières. En les couvrant de jolis paysages inoffensifs, par exemple.
Pour avoir droit à un financement, les muralistes doivent faire approuver leur projet par les autorités. Aux yeux de M. Ervine, cela équivaut à de la censure. « Les murales n’ont pas créé la situation, elles la reflètent, souligne-t-il. Le geste du gouvernement est politique, peut-être encore plus que les images qu’il tente de faire disparaître. »
Plutôt que de « réimager », il vaudrait mieux « réimaginer », dit M. Rolston. « Si les loyalistes acceptaient de vivre avec des catholiques, s’ils pouvaient entrevoir un avenir où tous travailleraient ensemble dans ce pays, alors il s’agirait d’un véritable changement. Bien plus que s’ils remplacent les hommes armés sur leurs murs par des couples qui dansent – et qui n’évoquent rien pour personne. »


IRLANDE DU NORD Les milices loyalistes annoncent leur désarmement
Les principales milices loyalistes d’Irlande du Nord ont officiellement annoncé hier qu’elles avaient entamé, voire achevé, leur désarmement, marquant une nouvelle avancée dans le processus de pacification de la province britannique. Les milices loyalistes protestantes, qui s’en prenaient principalement à des catholiques séparatistes, avaient déjà officiellement renoncé ces dernières années à la violence, mais aucune n’avait jusqu’à présent accepté de se désarmer. Leur ennemi juré, l’Armée républicaine irlandaise (IRA, catholique), a achevé son désarmement en 2005.


ETA  basque :  Cinquante ans et toujours armée -  Pierre Ausseil
Organisation séparatiste basque ETA L’organisation séparatiste basque ETA fêtait ses 50 ans d’existence hier. Un anniversaire marqué par la violence, cette semaine en Espagne, avec des attentats qui ont fait deux morts et plusieurs blessés. Avec cette off
coopération policière francoespagnole à plein régime, l’ETA s’est lancée dans une « fuite en avant sans issue », selon les commentateurs.
Hier, au moment où l’ETA fêtait ses 50 ans, des gens se sont recueillis devant l’hôtel de ville de Madrid, en Espagne, en mémoire des victimes des attentats de cette semaine.
Des fissures lézardent sa mouvance, divisée sur l’utilité de poursuivre une « lutte armée » qui a fait au moins 826 morts et des milliers de blessés, alors que 750 militants de l’ETA peuplent les prisons espagnoles et françaises, pour un bénéfice politique nul.
« C’est le début de la fin », estiment les spécialistes. Mais aucun ne s’aventure à pronostiquer une date.
Pour souffler ses 50 bougies et démentir ces pronostics, l’ETA avait déjà fait exploser mercredi une fourgonnette piégée devant la caserne de la garde civile de Burgos. Bilan, presque miraculeux: 64 blessés légers.
Sympathie et prestige
— Le 31 juillet 1959, des étudiants nationalistes basques marxistes-léninistes fondaient l’ETA en pleine dictature. Cinquante ans plus tard, avec au moins 826 morts à son actif, l’organisation indépendantiste fait figure de dernier dinosaure de la lutte armée en Europe occidentale.
Affaiblie par la pression policière, l’ETA a encore démontré sa capacité de nuisance: deux gardes civils ont été tués jeudi à Palma de Majorque dans un attentat semblant porter sa signature.
Née en tant que mouvement ant i-f ranquiste conjuguant défense d’une « identité nationale » avec idéal révolutionnaire, Euskadi Ta Askatasuna (« Patrie basque et liberté ») est devenue au fil des ans un mouvement « terroriste », sourd à l’évolution démocratique de l’Espagne et aux grands changements survenus dans le monde.
Très diminuée depuis le début des années 2000 à la suite d’une
Le groupe clandestin ne tue pour la première fois – un garde civil franquiste – qu’en 1968, 10 ans après sa naissance. Son premier coup d’éclat, l’assassinat en 1973 de l’amiral Carrero Blanco, homme fort du régime franquiste, lui vaut sympathie et prestige.
Paradoxalement, c’est après la mort de Francisco Franco en 1975 et le retour à la démocratie que l’ETA met les bouchées doubles. « Dans les années 80, ils tuaient presque 100 personnes par an », se souvient M. Landaburu.
Depuis son retour aux armes, en 2007, la plupart de ses commandos ont été démantelés avant de passer à l’action. Quatre de ses chefs ont été arrêtés en quelques mois, mais elle est passée sous la coupe d’une jeune génération ultra-radicale et jouit toujours d’un vivier de sympathisants dans la province basque d’environ 100 000 électeurs.
« L’ETA n’a pas besoin de recruter des centaines de jeunes chaque année. Quelques dizaines suffisent », explique le journaliste Florencio Dominguez.



Le cauchemar quotidien des Birmans  -  Judith LaChapelle
Entrevue avec le militant Saw Kweh Say, de passage à Montréal
Bien sûr, il y a Aung San Suu Kyi, la leader de l’opposition birmane, récemment condamnée à 18 mois supplémentaires d’assignation à résidence, mais il y a aussi les Birmans ordinaires, notamment ceux des minorités ethniques, pauvres, sous-instruits, qui voient tous les jours leurs droits bafoués ou leurs terres confisquées. Pour eux, il y a plus pressant que la tenue d’élections.
Des familles de Birmans emprisonnés dans les prisons de la junte attendent la libération improbable des leurs, devant les grilles de leur geôle, à Rangoon, la capitale économique de la Birmanie.
« Ava nt t oute c hose, le gouvernement doit retirer ses troupes des territoires des minorités ethniques. Ainsi, les gens pourront reprendre leurs droits. »
Saw Kweh Say, Birman d’origine karen, réfugié en Thaïlande depuis 25 ans, dirige aujourd’hui l’organisme Burma Issues. Il constate que Aung San Suu Kyi et la libération de prisonniers politiques monopolisent la plupart des nouvelles qui émergent de cet État d’Asie du Sud-Est. La population, elle, ne rêve pas que d’élections libres et du départ de la junte militaire.
« Quand le gouvernement pa rle de développement , il construit des routes, des ponts, mais pour les gens, il ne s’agit pas de développement dont ils profitent. Ce qu’ils veulent, c’est pouvoir vivre librement, dans leur communautés, sur leurs terres. C’est plus important pour eux que des élections. »
Les militants des droits de la personne de Burma Issues se rendent dans les zones rurales pour informer les paysans birmans de leurs droits et les inviter à leur communiquer des informations sur les violations des droits de la personne.
« Quand on visite les villages en Birmanie, il n’y a pas de jeunes. Ils sont tous partis en Thaïlande pour gagner leur vie », dit Saw Kweh Say.
Le militant, de passage à Montréal à l’invitation de l’organisme CUSO-VSO pour donner une conférence ce soir au Palais des congrès, voit d’un bon oeil la nouvelle approche américaine qui veut renouer le dialogue avec la junte militaire au pouvoir.
Sanctions inefficaces
Les sanctions à l’égard de la Birmanie ne sont pas levées, mais Washington a annoncé qu’il entreprendra des discussions avec les dirigeants birmans. La seule imposition de sanctions n’a pas suffi à obtenir des réformes démocratiques en Birmanie, a reconnu Washington.
L’été dernier, en vue des élections de 2010, l’armée a repris l’offensive contre les t e r r i t oi r e s e t h n iques des Karens et des Kokangs pour préserver « la stabilité de l’ État ». Washington a demandé, en août, au gouvernement birman de cesser les combats et d’entamer un « véritable dialogue » avec ses minorités ethniques.
« Si on veut vraiment changer le système, il faut une discussion entre le régime militaire, les partis politiques et les minorités ethniques », croit Saw Kweh Say.

Les États-Unis veulent engager un dialogue
NEW YORK — Les États-Unis veulent engager un dialogue avec la Birmanie, sans abandonner les sanctions actuellement imposées à ce pays, a déclaré hier la secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.
« Nous pensons que les sanctions restent un élément important de notre politique, mais qu’elles n’ont pas, en elles-mêmes, produit les résultats espérés », a déclaré la chef de la diplomatie américaine à l’issue d’une réunion organisée à l’ONU par le secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon.
« Opposer le dialogue et les sanctions est selon nous un faux choix. À l’avenir, nous emploierons ces deux outils da ns la pou rsu ite de nos objectifs qui sont inchangés », a-t-elle dit.
Des élections sont prévues l’an prochain en Birmanie, les premières depuis 20 ans. L es États-Unis et l’ Union européenne ont imposé des sanctions au régime birman en raison de son refus de reconnaître le résultat des élections de 1990 et de la détention prolongée de la dirigeante de l’opposition, Aung San Suu Kyi.
L’administration Obama avait indiqué en février qu’elle engagerait une révision de sa politique envers la Birmanie.
Mme Clinton a souligné que les objectifs des États-Unis n’avaient pas changé, citant des « réformes démocratiques c réd ibles », « la l ibération immédiate des prisonniers politiques » et « un dialogue sérieux avec l’opposition et les minorités ethniques ».

ONU et Birmanie : Déclaration édulcorée
NEW YORK — Le Conseil de sécurité des Nations unies a approuvé une déclaration édulcorée sur la Birmanie, exprimant sa « grave préoccupation » après la prolongation de l’assignation à résidence d’Aung San Suu Kyi et appelant à la libération des prisonniers politiques.
L’ambassadeur britannique à l’ONU, John Sawers, qui préside le conseil ce mois-ci, a lu la déclaration hier au nom de ses 15 membres, indiquant qu’il s’agissait de l’« expression d’une grave préoccupation concernant l’issue » du procès de la dirigeante de l’opposition birmane.
Aung San Suu Kyi, lauréate du prix Nobel de la paix, a été condamnée mardi à trois ans de prison et de travaux forcés, commués par le dirigeant de la junte, Than Shwe, en 18 mois supplémentaires de résidence surveillée. Elle avait, selon ses juges, violé les termes de son assignation à résidence en hébergeant brièvement chez elle en mai un Américain.
« Nous savons tous que les différents membres du Conseil de sécurité ont des visions différentes de la situation et que l’opinion tranchée de plusieurs capitales occidentales n’est pas entièrement partagée par d’autres pays », a déclaré M. Sawers afin d’expliquer pourquoi le texte initial proposé par les États-Unis a été édulcoré. La Chine, principal allié du régime birman, avait appelé mercredi la communauté internationale à respecter la souveraineté de la justice birmane.

Aung San Suu Kyi va faire appel  -  Laura-Julie Perrault
RANGOON — L’opposante birmane Aung San Suu Kyi et l’Américain John Yettaw qui s’était invité chez elle en mai vont faire appel de leur condamnation, ont annoncé hier leurs avocats, alors que les verdicts de Rangoon continuent de susciter une vive indignation internationale.
La condamnation à une nouvelle période de résidence surveillée, prononcée à l’encontre de la lauréate du prix Nobel de la paix, alimente un déluge de critiques acerbes contre le régime militaire birman. Mais la Chine, principale alliée de la Birmanie, a appelé la communauté internationale à « respecter totalement la souveraineté de la justice birmane ».
L’assignation à résidence de Mme Suu Kyi a été prorogée de 18 mois supplémentaires sur ordre du numéro un de la junte, le généralissime Than Shwe, qui a atténué une peine initiale de trois ans de réclusion et de travaux forcés, annoncée plus tôt par un tribunal.
La figure de proue de l’opposition birmane a été reconduite dans sa demeure et, hier, la police et d’autres agents de sécurité bloquaient l’avenue menant à cet endroit, selon des témoins.
Nyan Win, avocat de Mme Suu Kyi et porte-parole de la Ligue nationale pour la démocratie ( LND), a déclaré à l’AFP que l’équipe de défense de « La Dame » de Rangoon n’ét a it « pas sat i sfa ite » du jugement.
« Nous pensons que ce jugement est totalement contraire à la loi », a dit Nyan Win qui, avec deux autres avocats, a rencontré pendant une heure Mme Suu Kyi à sa résidence.
« Nous n’avons pas eu le temps de terminer la discussion » sur la procédure d’appel, a-t-il déclaré, ajoutant que l’équipe de défense de Mme Suu Kyi essaierait aussi d’obtenir aujourd’hui une copie du jugement.
Dans l’après-midi également, la LND a diffusé une déclaration dans laquelle elle « dénonce » la sentence contre sa di rigeante, qui « n’est pas conforme à la loi et va à l’encontre des droits de l’homme ».
Le texte appelle une nouvelle fois la junte à engager un dialogue et à libérer Mme Suu Kyi et les 2100 autres prisonniers politiques.
« Nous arrivons maintenant à un point critique », a estimé hier le premier ministre britannique Gordon Brown. « Devant une telle arrogance, ne rien faire reviendrait à conforter les ignominies d’une junte violente et répressive », a-t-il dit
En revanche, dans un commentaire, le quotidien officiel de la junte, The New Light of Myanmar, s’est insurgé contre les étrangers qui « s’ingèrent dans les affaires intérieures d’autres pays ».

LA BIRMANIE SANS MERCI POUR LE NOBEL DE LAPAIX  -  Laura-Julie Perrault
«Merci pour le verd i c t . » C’es t le visage impassible, avec une pointe de sarcasme dans la voix, que la plus célèbre opposante à la junte militaire birmane, Aung San Suu Kyi, a reçu hier le verdict de la cour birmane qui a décidé de la priver de liberté pour la quatrième fois en 20 ans.

À l’issue d’un procès qui a duré près de trois mois, le juge a d’abord condamné à trois ans d’emprisonnement et de travaux forcés la lauréate du prix Nobel de la paix, pour avoir violé les conditions d’une peine d’assignation à résidence en hébergeant pendant deux nuits l’Américain John Yettaw.
Comme il l’a raconté en cour, ce vétéran de la guerre du Vietnam, qui se sentait investi d’une « mission de Dieu », s’était rendu à la nage à la résidence de Mme Suu Kyi le 3 mai dernier sans en avoir reçu l’invitation. L’incident a eu lieu deux semaines avant la date à laquelle Mme Suu Kyi, retenue à son domicile depuis 2003, devait être libérée. Coup de théâtre de la junte
Cinq minutes après la lecture du verdict, hier, dans un geste théâtral, le ministre de l’Intérieur du Myanmar (le nom que donne le régime militaire à la Birmanie) a fait irruption dans la salle du tribunal de la prison d’Insein pour délivrer un message du leader suprême de la junte militaire, le général Than Shwe.
Rappelant que la figure de proue de la Ligue nationale pour la démocratie est la fille du héros de l’indépendance bi rmane, Aung San, le général a commué la peine d’emprisonnement en 18 mois d’assignation à résidence. « Le gouvernement veut la paix et la tranquillité de la nation », a expliqué le ministre.
La junte militaire ordonne à la leader démocrate de retourner à sa villa du lac Inya, où elle a été gardée en résidence surveillée pendant 14 des 20 dernières années.
M S u u Ky i n ’ a u r a pas accès au téléphone, à l’internet ou aux médias de son choix, et les autorités liront toute sa correspondance. Seuls son médecin et ses deux assistantes, Kin Kin Whin et Win Ma Ma – aussi condamnées à 18 mois d’assignation à résidence – pourront la côtoyer. Les autres visites devront être préalablement permises par la junte, qui a promis de libérer plus tôt la prisonnière « si elle se comporte bien ».
Selon des témoins qui ont assisté à la scène, Mme Suu Kyi, 64 ans, est restée calme pendant les 90 minutes qu’a duré la séance de la cour. Avant de quitter le tribunal, elle a remercié les diplomates étrangers qui avaient assisté au procès et leur a dit qu’elle espérait travailler avec eux « pour la paix et la prospérité » de son pays, dirigé par un régime militaire autoritaire depuis 1962. Critiques internationales
Loin d’apaiser la communauté internationale, la commutation de la peine d’emprisonnement de Mme Suu Kyi en prolongation de l’assignation à résidence a entraîné une levée de boucliers de par le monde hier. Le secrétaire des Nations unies, Ban Ki-moon, ainsi que les leaders de plusieurs gouvernements occidentaux, dont les États-Unis, la France, la Grande-Bretagne et le Canada, ont dénoncé le procès et la sentence. Une pléiade d’organisations des droits de la personne leur ont fait écho, accusant le régime militaire de manoeuvrer pour écarter la dissidente birmane à l’approche des élections du printemps 2010.
Le Conseil de sécurité des Nations unies a été saisi de la question hier, mais les pays qui y siègent ont été incapables de s’entendre sur un énoncé commun.
Un média indépendant qui a son siège en Norvège et dispose de correspondants sur le terrain, Democratic Voice of Burma, a rapporté que plus de 3000 personnes avaient manifesté dans les rues de Rangoon à la suite du verdict. Près de 70 d’entre elles ont été arrêtées, qui s’ajoutent aux quelque 2200 prisonniers politiques du Myanmar.

Par ailleurs, l’Américain John Yettaw a été condamné à sept ans d’emprisonnement, dont quatre ans de travaux forcés, pour son intrusion chez Mme Suu Kyi.


La « sorcière » bien-aimée
Même en détention, Aung San Suu Kyi donne des cauchemars à la junte militaire
Une sexagénaire frêle, à la voix douce, assignée à résidence dans une maison qui tombe en ruines. De l’extérieur, Aung San Suu Kyi a l’air inoffensive. Ce n’est cependant pas l’avis de la junte militaire, qui l’accuse d’ensorceler la population birmane et qui, pour cette raison, la surnomme « la sorcière de la démocratie ».
L’histoire d’Aung San Suu Kyi n’a rien d’un conte de fées.
L’histoire de la leader de l’opposition birmane, née à Rangoon en juin 1945, n’a pourtant rien d’un conte de fées.
Aung San Suu Kyi n’a que 2 ans quand son père, Aung San, est assassiné après avoir joué un rôle central dans la bataille pour arracher l’indépendance de la Birmanie à la Grande-Bretagne.
Élevée dans la capitale birmane, la jeune femme quitte son pays au milieu de l’adolescence pour accompagner sa mère, nommée ambassadrice en Inde. Elle y étudie les sciences politiques et se dit toujours inspirée aujourd’hui par la pensée de Gandhi, à qui elle est souvent comparée.
Dans les années 60, elle termine ses études à la prestigieuse université d’Oxford. C’est là qu’elle rencontre son mari, Michael Aris, avec qui elle a eu deux enfants.
Dans les années qui suivent, elle travaille au sein de plusieurs organismes internationaux, dont les Nations unies. Peu engagée dans la politique de son pays à l’époque, elle écrit néanmoins dans une lettre à son mari qu’elle n’hésiterait pas à tout mettre de côté si un jour le peuple birman l’appelait à l’aide.
Cet appel arrive en 1988. Rentrée au pays pour s’occuper de sa mère malade, Aung San Suu Kyi assiste alors à des soulèvements populaires contre la junte militaire. Elle se lance dans la mêlée. Elle vient tout juste d’être nommée à la tête de la Ligue nationale pour la démocratie quand une vague de répression militaire fait disparaître plus de 2000 personnes. Aung San Suu Kyi devient alors le visage de la résistance birmane.
Quelques mois plus tard, la militante politique est arrêtée pour la première fois et confinée entre quatre murs chez sa mère. Elle est toujours détenue quand, en 1990, elle obtient 82% des voix lors d’une élection. La junte ne lui concède jamais le pouvoir.
Depuis, celle qu’on appelle « la dame de Rangoon » a continué à se battre pacifiquement pour la démocratie, tantôt derrière les barreaux, tantôt en assignation à résidence. Libérée pendant de courtes périodes, elle a toujours refusé de quitter son pays, de peur de ne jamais pouvoir y retourner. Quand son mari est mort du cancer, en 1999, elle n’a pu être à son chevet. « Elle sait que sa présence est une police d’assurance pour la population birmane », explique Micheline Lévesque, de l’organisation Droits et démocratie, qui s’est à plusieurs reprises entretenue avec Aung San Suu Kyi. « Sans elle, la junte militaire en profiterait pour enterrer le mouvement en faveur de la démocratie. »

Condamner, et après?  -  Agnès Gruda
La légende veut que le leader de la junte birmane, Than Shwe, soit un homme superstitieux qui recourt régulièrement aux services d’une poignée d’astrologues. Il les consulte notamment pour savoir ce que les astres réservent au prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, qu’il considère comme son ennemie jurée.
Aucune carte du ciel n’était toutefois nécessaire, hier, pour deviner le sort que la justice birmane allait réserver à cette femme qui a passé 14 des 20 dernières années privée de liberté.
Tout dans le procès qui s’est conclu hier à Rangoon relève d’une parodie de justice. Un exemple: l’accusée n’a eu droit qu’à deux témoins, contre 14 pour les avocats de l’État. Même sa condamnation théâtrale à trois ans de prison, commuée aussitôt en 18 mois de résidence surveillée – juste assez pour la mettre hors d’état de nuire aux prochaines élections, en 2010 – relevait de la plus pure mise en scène.
Jared Genser, avocat américain qui représente Aung San Suu Kyi sur le plan international, n’était absolument pas surpris du verdict d’hier. « Tout ce procès, c’était du théâtre, le régime voulait donner une image de magnanimité en réduisant la peine cinq minutes après le prononcé de la sentence », s’indigne-t-il.
Mais personne n’a été dupe du stratagème et une pluie de condamnations internationales s’est abattue sur le régime birman dès l’annonce du verdict. De Paris à Washington en passant par Ottawa, la condamnation de cette femme dont le principal crime est d’avoir remporté, en 1990, des élections annulées par la junte, a été décriée sans ménagement.
« Dénoncer, c’est bien, mais maintenant il faut agir », souligne toutefois Elaine Pearson, responsable du dossier birman à Human Rights Watch.
De nombreux pays ont resserré leurs sanctions contre Rangoon après la « révolution de safran » écrasée dans le sang à l’automne 2007. Le problème, selon Mme Pearson, c’est qu’il s’agit d’actions disparates et isolées. Ce qui manque, c’est une action universelle qui ferait vraiment mal aux di rigeants birmans.
Même s’il s’intéresse officiellement au dossier birman depuis quatre ans, le Conseil de sécurité n’a encore adopté aucune résolution menaçant la junte de sanctions si elle n’assouplit pas sa dictature.
Or, selon plusieurs rapports, la Birmanie pose aujourd’hui une menace à la sécurité internationale. Ainsi, depuis une décennie, l’armée birmane a réduit en cendres 3000 villages dont plusieurs habitants ont fui vers des pays voisins, ce qui cause de l’instabilité aux frontières. Des informations plus récentes indiquent que la Birmanie collabore au programme nucléaire de la Corée du Nord.
Si les exactions de plus en plus documentées que le régime birman inflige à sa propre population ne convainquent pas le Conseil de sécurité à serrer la vis à Rangoon, les ambitions nucléaires de la junte lui donnent une bonne poignée pour agir.
La Chine est ici un acteur clé, souligne Mme Pearson, et c’est sur elle que les leaders qui s’indignaient unanimement hier doivent dorénavant faire pression pour faire plier Rangoon. Ne serait-ce qu’en incitant Pékin à voter en faveur d’un embargo sur la vente d’armes à la Birmanie.
Pas besoin d’appeler un astrologue pour deviner que, à défaut d’une action plus ferme à l’égard de Rangoon, Aung San Suu Kyi risque de ne pas revoir la liberté dans un avenir rapproché. Et ses compatriotes non plus.



Zimbabwe
Tsvangirai boycotte le gouvernement d’union
Le premier ministre veut ainsi dénoncer la «persécution» dont serait victime son collaborateur
HARARE — Nouvelle c r i se politique au Zimbabwe. Le premier ministre Morgan Tsvangirai, chef de l’opposition au président Robert Mugabe, a annoncé hier qu’il suspendait sa participation au gouvernement d’union nationale en raison de la « persécution » visant l’un de ses collaborateurs.
« Nous ne partons pas vraiment officiellement », a précisé Morgan Tsvangirai lors d’une conférence de presse. Mais son parti ne participera plus aux réunions ministérielles et ne travaillera plus avec le parti ZANU-PF du président Robert Mugabe.
Il continuera par contre ses activités au Parlement.
Morgan Tsvangirai a justifié le « gel » de la participation de son pa r t i MDC ( Mouvement pour le changement démocratique) par l a « persécution » dont est victime Roy Bennett, ministre adjoint à l’Agriculture et membre important de sa formation. « Roy Bennett n’est pas poursuivi, il est persécuté », a-t-il lancé.
M. Bennett nie toute part i c i pat i on à u n prétendu complot du MDC pour renverser le président Mugabe par la force. Arrêté le jour de la prestation de serment du gouver nement d’u nité nationale en février, inculpé notamment de violation de la législation sur la détention d’armes, ce fermier blanc a été remis en liberté sous caution en mars mais a de nouveau été emprisonné mercredi, en prévision de son procès qui doit débuter lundi.
« Ta nt que l a c onfia nce n’aura pas été rétablie, nous ne pouvons pas prétendre que tout va bien. C’est notre droit de nous désengager de la ZANU-PF », a ajouté le premier ministre.
« Si le MDC veut se désengager, nous n’avons pas de problème avec ça », a rétorqué un porte-parole de la ZANUPF, Ephraim Masawi. « Nous avons des difficultés à travailler avec le MDC. Nous avons essayé, mais ce n’est pas facile. »
MM. Tsvangirai et Mugabe ont formé un gouvernement d’union nationale en février dernier après des élections entachées de violences et d’irrégularités, qui ont laissé le pays déjà ruiné dans une impasse politique.
Opposant de longue date au président z i mbabwéen, Morgan Tsvangirai ne cesse de dénoncer des violations des droits de la per s on ne da ns s on pays . Robert Mugabe, qui dirige le Zimbabwe depuis son indépendance en 1980, attend pour sa part de son ancien ennemi qu’il obtienne une levée des sa nctions i nternationales qui pèsent sur le pays. Ces sanctions qui visent des proches conseillers du président Mugabe les empêchent de voyager et d’utiliser leu r s comptes bancaires à l’étranger.



Algérie Acte terroriste près d’un chantier de SNC  -  Hugo Fontaine
Un attentat contre des agents d’une firme de sécurité qui a le mandat de protéger un chantier de SNC-Lavalin a fait six morts et un blessé hier, dans la région de Kabylie, en Algérie.
Mentionnant plusieurs actes terroristes, le ministère des Affaires étrangères du Canada « recommande d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur des grands centres urbains en Algérie ».
Les t ravailleurs, qui se rendaient en fourgon vers leur lieu de travail, sont tombés vers 7h30, heure locale, dans une « embuscade terroriste » entre Maâtkas et Souk El Tnine, selon des sources policières locales.
« Les travailleurs ont l’habitude de prendre cette route pour se rendre à Ouadhias, où se trouve le chantier des Canadiens » , a expliqué à l’agence Associated Press le garde communal Saïd Kesri. Selon lui, les assaillants avaient « certainement observé leur itinéraire avant de les attaquer ».
L’attentat est survenu à environ 25 kilomètres du chantier de SNC-Lavalin, sur une route publique. « Nous ne savons pas si nous étions ciblés ou non », a indiqué à La Presse Affaires la vice-présidente aux relations publiques de la firme d’ingénierie, Leslie Quinton.
La firme de sécurité pour laquelle travaillaient les victimes n’est pas engagée par SNC-Lavalin, mais plutôt par son client, l’Agence nationale des barrages et t ransferts (ANBT). Il s’agit d’une société d’État.
En août 2008, une attaque contre un autobus, toujours en Kabyl i e, avait t ué 12 employés algériens de SNCLavalin qui se rendaient au travail. L’attentat avait eu lieu alors que l’autobus était stationné devant un hôtel, à une vingtaine de kilomètres du chantier. « Là encore, aucune preuve n’a permis de déterminer si nous étions directement visés », dit Mme Quinton.
« C’est une région plein d’instabilité, ajoute-t-elle. Il y a souvent des attaques dans cette région. On prend toutes les mesures de sécurité nécessaires selon la situation. »
Le contrat accordé à SNCLavalin par l’ANBT prévoit la conception, la construction et l’entretien pour cinq ans d’une usine de traitement des eaux et d’une station de pompage.
I l s’agit d’un contrat de 750 millions de dollars. La firme emploie environ 1000 employés pendant la construction, dont les deux tiers sont algériens.
« Nous avons u ne très bonne réputation parmi le peuple algérien », assure Mme Quinton.
Région dangereuse
L’embuscade d’hier est une des plus meurtrières enregistrées en Kabylie depuis des mois.
La semaine dernière, un policier avait été assassiné à Aït Boumahdi, non loin du lieu de l’attaque d’hier. En dépit d’un quadrillage et des ratissages à répétition de la région par l’armée, les groupes islamistes, à commencer par Al-Qaeda au Maghreb islamique, continuent d’y perpétrer régulièrement des actes de violence contre les représentants des forces de sécurité.
Mentionnant plusieu r s actes terroristes, le ministère des Affaires étrangères du Canada « recommande d’éviter tout voyage non essentiel à l’extérieur des grands centres urbains en Algérie, tout particulièrement dans la région montagneuse de Kabylie ».
P rofesseu r associé à l ’ UQA M e t membre du Centre interuniversitaire de recherche en science et technologie, Hocine Khelfaoui a expliqué à La Presse Affaires le climat tendu qui règne dans son pays d’origine, dans lequel il retourne deux fois par année.
« I l y a une grave crise sociale et économique liée en partie à l’existence d’un État de non-droit que les gens considèrent comme i l légitime, soutient-il. Cela contribue à alimenter le terrorisme de manière générale. »
« Une bonne partie des jeunes sont au chômage et n’ont aucune écoute auprès du pouvoir, ajoute-t-il. Cela pousse certains d’entre eux, par désespoir, à rejoindre le maquis. »
Selon M. Khelfaoui, c’est bien l’ État qui est la cible des groupes terroristes. « Les entreprises étra ngères ne sont pas visées en tant que telles, mais à travers elles, le terrorisme touche l’État. Les attentats contre les entreprises étrangères sont les plus médiatisés et ça nuit à la crédibilité de l’État à l’étranger. »



Comme prévu, Charles Taylor se prétend innocent

Charles Taylor clame son innoncence
« Il n’y a pas un seul être humain qui pourrait croire qu’il est vrai que j’ai fait des affaires avec le RUF. »
— L’ex-président du Liberia, Charles Taylor, a clamé hier son innocence devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone ( TSSL), à La Haye, et nié avoir reçu des diamants en échange d’armes des rebelles sierra-léonais qu’il est accusé d’avoir dirigés en sous-main.
« Il n’y a pas un seul être humain qui pourrait croire qu’il est vrai que j’ai fait des affaires avec le RUF, recevant des diamants en échange d’armes ou recevant des diamants en échange de quoi que ce soit », a affirmé M. Taylor, qui a commencé à témoigner, hier, à son procès.
Selon l’accusation, M. Taylor dirigeait en sous-main les rebelles du Front révolutionnaire uni ( RUF) qui ont mis à feu et à sang la Sierra Leone, leur fournissant armes et munitions en échange d’un accès aux ressources, notamment les diamants et les bois précieux, de ce pays voisin du Liberia.
M. Taylor, élu président du Liberia en 1997, répond depuis janvier 2008 de 11 crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment meurtre, viol et enrôlement d’enfants soldats, commis durant la guerre civile en Sierra Leone, qui a fait 120 000 morts et des milliers de mutilés entre 1991 et 2001.
« Je suis innocent de tous ces chefs d’accusation. Toute cette affaire est une supercherie, une tromperie basée sur des mensonges ! » a assuré en anglais l’accusé, qui portait un costume gris et une cravate bleue à pois blancs.
Charles Taylor, qui plaide non coupable, est le premier témoin cité par la défense, qui avait commencé lundi à présenter ses arguments au tribunal. Le procès avait été suspendu en février, après que l’accusation eut appelé le dernier de ses témoins à charge.
L’ancien seigneur de guerre, premier chef d’État africain à être jugé par un tribunal international, a quitté, en début d’audience, le box des accusés pour s’asseoir à la place réservée aux témoins, face aux juges.
Prêtant serment, il a juré de ne dire « que la vérité ». Il devrait témoigner pendant plusieurs semaines.
« Ceci est une occasion pour M. Taylor d’essayer de discréditer les preuves apportées par les 91 témoins de l’accusation qui ont témoigné contre lui », a réagi le procureur duTSSL, StephenRapp, interrogé hier par l’AFP. « Quand il aura fini, nous serons prêts pour le contre-interrogatoire. »
« Je n’ai apporté aucune aide militaire au RUF pour son invasion de la Sierra Leone », a par ailleurs affirmé l’accusé, assurant au contraire qu’il faisait tout pour l’amener à « la table des négociations de paix ».
Interrogé sur les amputations à grande échelle de civils par les rebelles du RUF, il a assuré: « Il est impossible que j’aie ordonné cela. »
En tant que président du Liberia, « ma principale préoccupation était de savoir comment allons-nous reconstruire ce pays déchiré par la guerre ? » dont l’économie était « en ruines », a-til rappelé.
« Je me suis battu toute ma vie pour faire ce que je pensais être juste et dans l’intérêt de la justice », s’est-il défendu.
Selon lui, les chefs d’État ouest-africains lui avaient promis qu’il ne serait pas poursuivi s’il acceptait de s’exiler au Nigeria, ce qu’il a fait en 2003. Mais il a été arrêté en mars 2006 au Nigeria, puis transféré aux Pays-Bas, où il est détenu depuis.
« Je n’arrive pas à comprendre toutes les intrigues qui ont été tramées contre moi », a-t-il expliqué. « Je suis sacrément en colère de ce qu’Obasanjo m’a fait », a-t-il dit à propos de son ancien rival, le président nigérian Olusegun Obansanjo.

Le procès de Charles Taylor avait été délocalisé de Freetown à La Haye pour éviter tout risque de déstabilisation de la région. Le jugement est attendu à la mi-2010.




Charles Taylor se défend d’avoir été « un Napoléon africain »
PROCÈS DE L’ANCIEN PRÉSIDENT DU LIBERIA
— L’ancien président du Liberia, Charles Taylor, n’était pas « un Napoléon africain qui voulait prendre le contrôle de la sous-région », a affirmé sa défense, hier, à la reprise de son procès pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité à La Haye.
Le président déchu du Liberia, Charles Taylor, est accusé de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
« Nous sommes i ci pour défendre un homme dont nous disons qu’il est innocent de tous les chefs d’accusation », a déclaré Me Courtenay Griffiths, devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone (TSSL), en affirmant que l’accusation « manque de preuves » pour obtenir une condamnation.
Charles Taylor, 61 ans, plaide non coupable de 11 crimes, notamment meurtre, viol et enrôlement d’enfants soldats. Il est jugé depuis janvier 2008 pour son rôle dans la guerre civile en Sierra Leone, qui a fait 120 000 morts et des milliers d’amputés entre 1991 et 2001.
Élu président du Liberia en 1997, l’ancien chef de guerre « avait un rôle de premier plan pour négocier la paix » en Sierra Leone, a assuré Me Griffiths, qui a promis de le prouver par « une documentat ion abondante » , notamment des Nations unies.
Dernière chance
Vêtu d’un complet marron, les mains croisées devant lui, M. Taylor, premier chef d’État africain jugé par un tribunal international, a suivi l’exposé d’un air concentré. Il sera le premier témoin appelé à la barre par la défense aujourd’hui.
« Ce sera sa première et peutêtre dernière chance de donner sa version des faits, non pas parce qu’il doit le faire, mais parce qu’il le veut. Il pense que c’est important de mettre au clair le compte rendu historique » des guerres au Liberia et en Sierra Leone, a souligné Me Griffiths. Selon l’accusation, Charles Taylor dirigeait, en sous-main, les rebelles sierra-léonais du Front révolutionnaire uni (RUF), à qui il fournissait armes et munitions en échange d’un accès aux ressources, notamment en diamants et bois précieux, de ce pays voisin du Liberia.
« Il est faux de suggérer qu’il avait la capacité de fournir des armes au RUF », a assuré Me Griffiths en rappelant l’embargo sur les armes imposé au Liberia par la communauté internationale.
« Les enfants soldats ne sont pas une invention de M. Taylor », a affirmé par ailleurs l’avocat. Selon lui, « ce phénomène terrible a existé en Afrique de l’Ouest bien avant que Charles Taylor émerge sur la scène », à la fin de 1989, en lançant une rébellion armée contre le régime libérien de Samuel Doe, qui lui a valu une réputation de seigneur de guerre impitoyable.
L’avocat, qui a déposé une liste de 249 témoins susceptibles d’être entendus, a accusé le procureur de « corruption » par des « paiements généreux » aux 91 témoins de l’accusation.
M. Taylor « s’efforçait de mettre fin aux souffrances du peuple libérien », pour « reconstruire une démocratie naissante » et une économie en ruine, selon son avocat. Sa réputation d’« homme mauvais » est selon lui basée sur des « idées préconçues ».
Le procès de M. Taylor, délocalisé de Freetown à La Haye pour éviter de déstabiliser la région, avait débuté en janvier 2008. Le jugement est attendu à la mi-2010.



La Guinée compte ses morts  -  Judith LaChapelle
Une semaine après des affrontements entre l’armée guinéenne et des opposants à Conakry, de nouveaux témoignages accablants émergent pour décrire les atrocités commises par des soldats. Pendant ce temps, le président du Burkina Faso se propose comme médiateur pour résoudre la crise politique dans ce pays où la présence d’investisseurs étrangers contribue au maintien d’un pouvoir corrompu.
Dans son bureau de Lausanne, en Suisse, Adjidjatou Barry Baud est inquiète. Les nouvelles que reçoit l’éditrice de GuinéeActu en provenance de Conakry sont mauvaises. « J’ai très peur. J’ai peur que la Guinée ne sombre dans la guerre civile. »
Une semaine après des affrontements violents entre les soldats de l’armée et des partisans de l’opposition qui étaient réunis dans un stade de la capitale, le calme semble être revenu à Conakry. Mais des témoignages additionnels émergent sur les méthodes répressives employées par l’armée – voir le texte ci-dessous – et les leaders politiques de l’opposition n’oseraient plus dormir chez eux.
Selon le s autor it é s , 5 6 personnes y ont perdu la vie, mais l’ONU et des ONG soutiennent qu’il y aurait au moins 100 victimes de plus, sa ns pa rler du millier de blessés.
C’était le premier affrontement du genre depuis l’arrivée au pouvoir de la junte militaire en décembre dernier. L’opposition veut empêcher l’actuel président Moussa Dadis Camara de se présenter aux élections de 2010. Elle lui demande de quitter le pouvoir immédiatement en faveur d’un gouvernement civil.
De bonnes affaires
Mais pour Bonnie Campbell, professeure à l’UQAM et directrice du Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique, les événements de la dernière semaine ne sont que la pointe de l’iceberg qui afflige cette contrée d’Afrique de l’Ouest. « C’est un pays de paradoxes, dit-elle. Il est extrêmement riche sur le plan minier, mais son gouvernement manque de transparence.»
Les ressources minières de la Guinée en bauxite, alumine, or et diamants sont faramineuses. La Guinée est le plus important producteur de bauxite, principal minerai d’aluminium, au monde avec des exportations de plus de 450 millions de dollars. Le Canada, comme bien d’autres pays occidentaux, y brasse de bonnes affaires.
« La présence étrangère fait que tout le monde participe à ce système de gouvernance peu transparent, rappelle Mme Campbell. C’est une logique de reproduction du pouvoir dans laquelle les affaires trouvent leur place. »
Dans un système où les redevances minières enrichissent l’État – et surtout ceux qui y sont à la tête – le pouvoir exerce un grand attrait pour les candidats. « Ceux qui accèdent au pouvoir accèdent aux fonds», résume Mme Campbell.
Que penser des l eaders qu i es pèrent br ig uer les élections présidentielles de 2010 ? Adjidjatou Barry Baud est critique. Certains sont « bons », mais disposent de peu de moyens. D’autres, plus fortunés, sont d’anciens politiciens. « Il y en a un qui été là pendant 11 ans, mais n’a rien fait pour le pays », déplore Adjidjatou Barry Baud.
L’éditrice entretient également peu d’espoir envers la démarche de médiation du président burkinabè, Blaise Compaoré. « Compaoré a tué son ancien président », rappelle Mme Barry Baud, en référence au coup d’État de 1987 au cours duquel Thomas Sankara a été tué. « Il a fait deux mandats à la tête du Burkina Faso et est en train de modifier la Constitution pour pouvoir en obtenir un troisième. »

Hier, Compaoré a proposé à la junte au pouvoir et à l’opposition de se rencontrer « très rapidement » à Ouagadougou.

Sauvagement violées...
CONAKRY — Le visage encore tuméfié une semaine après le massacre de manifestants à Conakry, une Guinéenne soulève son boubou et dévoile ses bras et fesses meurtris : « J’ai 57 ans et ils m’ont mise à nue ! J’ai vu les soldats mettre les fusils dans le sexe des femmes quand ils me frappaient. »
Le président de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme (OGDH), Thierno Maadjou Sow, dispose déjà des témoignages « d’une trentaine de femmes violées » par les militaires qui ont réprimé dans le sang, le 28 septembre, une manifestation de l’opposition.
La foule s ’ét a it massée dans le plus grand stade de Conakry contre la probable candidature à la présidentielle du chef de la junte au pouvoir depuis neuf mois, le capitaine Moussa Dadis Camara.
« J’étais au stade. Un soldat avait un couteau, il a déchiré tous mes vêtements », dit la femme de 57 ans, militante du Front uni pour la démocratie et le changement, qu’un proche a convaincue de venir témoigner devant des journalistes étrangers. « Je leur ai dit : je suis votre maman. Ils m’ont piquée la fesse avec un couteau, ils m’ont battue », poursuit-elle.
À son côté, une f emme de 47 ans témoigne : « Un militaire m’a frappée, m’a déshabillée (...) Ils m’ont fait tomber par terre. Quelqu’un est venu mettre la main... Ils m’ont violée. Je suis sortie de là nue », confie cette mère de deux enfants.