Politique générale

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS

Another ‘Winner Take All’ System: Alternative Vote (AV)

Trump and Mussolini: It Can't Happen Here?
Government of the technocrats, by the technocrats, for the technocrats

La médiocratie


Le consensus au coeur du système politique des Territoires du Nord-Ouest
Consensus democracy

Consociationalism

Consensus government in Canada

What is Consensus Government?

Differences from Provincial Governments

What is consensus government?

Some Thoughts on Consensus Government in Nunavut - Kevin O'Brien

What is consensus government?

Consensus government not working in the N.W.T.


Révélation nouvel ordre mondial (Aldous Huxley)

Et si conspiration il y avait ?...
PARIS PSYOP - INSIDE JOB - MOSSAD ATTACKS CHARLIE HEBDO
Charlie Hebdo Terror Attack: Top Conspiracy Theories

«Charlie Hebdo»: l'affaire agite les complotistes

Charlie Hebdo Conspiracy Theories - Ignore or Address?

Saveur de syllogisme

29 Drawings Will Make You Question Everything Wrong In The World


Svali et les Illuminati
L’Exposé Greenbaum


GOUVERNEMENT MONDIAL


The Five Stages Of Collapse, By Dmitry Orlov - Book Review

Face au vide de la pensée politique, les philosophes entrent en scène

VOX POP - Guy Nantel : Le droit de vote pour tous?

Vouloir le changement pour le changement...
Sondage Léger Marketing-Le Devoir - Legault sur les traces du NPD

... Aussi incohérente l'issue du-t-elle en être...
1- 800- DUCEPPE


Lettres - Les indignés de la langue et ceux de la finance
L'itinérance, le problème des indignés?
Après l’occupation
Protesters are still the canary in the coal mine

Toronto’s protesters have the right to stay put
De Génération d'idées à Sortie 13 - Le Québec est-il mûr pour une seconde «Révolution tranquille»?
Un projet radical - Le pouvoir aux citoyens
Pour une nouvelle culture politique - Les Marois, Khadir et Deltell soutiennent Pagé
Je m’indigne, tu t’indignes, êtes- vous indigné?

« Le message, c’est la protestation »
Une indignation à géographie variable

Réinventer la politique - François Brousseau
Mouvance Occupons Wall Street - Un «jalon historique» dans la remise en question du capitalisme
OCCUPER LA PLANÈTE


La rue, la nuit
La queue de poisson

There is no constitutional right to Occupy

Les projets d’avenir
Notes from the occupation - Margaret Wente


50 penseurs pour un monde nouveau
Crise démocratique au Québec - Faudrait-il abolir les partis politiques?
Le député Sylvain Pagé veut en finir avec le système britannique
Un député péquiste propose une nouvelle façon de faire de la politique

How to win an election: go knock on doors


À quand des compromis ?

A pollster’s painful reckoning: ‘How could I have screwed up so badly?'

La marque "Libérale" appartiendrait-elle tout simplement au passé ?
Besieged Liberals must find a way to Grit and bear it



Démocratie directe
Une tendance bienvenue

Libre opinion - Démocratie et «dictature du peuple»
The pros and cons of public referendums

Et si celle-ci avait pourtant ses limites ?...
Le fléau du populisme

Une nouvelle idée magique

Se pourrait-il donc que notre mode de scrutin ne reflète tout simplement pas la volonté de la population ?
La réplique › mode de scrutin - La proposition du PQ nie le pluralisme politique
Point chaud - Rae veut réformer le mode de scrutin

Le Canada est-il vraiment une démocratie? - Charles-Olivier Tremblay

Recomposition du paysage politique - Des questions pour les progressistes
Un mode de scrutin à changer

Elizabeth May’s win, the Green collapse and our broken electoral system

How vote-splitting gave the Tories Ontario – and a majority

Échanger son vote : le nouveau vote stratégique
Une percée du NPD pourrait procurer une majorité à Harper
Harper et le NPD en hausse
Chicoutimi-Le Fjord - Convaincre électeur par électeur
Will NDP’s West Coast surge pay off for Tories?

À qui Layton fera-t-il mal au Québec?
Why everyone – including the Bloc – will join the NDP pile-on

Le Bloc redoute la division du vote

Layton ne croit pas que sa montée aide les conservateurs
Coalitions: A way of the world Canadians don't embrace

Democratic reform should be the central issue of this election

For an electoral system that works, look Down Under - Jeffrey Simpson

Et si la proportionnelle s'avérait en fait la solution ?
L'Association pour la revendication des droits démocratiques

Des militants manifesteront pour la proportionnelle


Le mensonge serait-il donc indissociable de l'exercice du pouvoir ?
In Ontario, we're bugs headed for an economic windshield

First the election, then the truth - Jeffrey Simpson
There's no shelter from the world's economic storm - JEFFREY SIMPSON

Ontario election promises: Now you see ’em, now you don’t - JEFFREY SIMPSON


Great expectations make for bad politics - Lawrence Martin

Good tax policy doesn’t sell itself – it also needs a good name



En ne se donnant même pas la peine de nous expliquer comment ils comptent arriver à remplir leurs engagements, nos partis politiques ne se moquent-ils pas tout simplement de nous ?
Le fléau de la cohérence

Making it up on the fly in a desperate bid for votes - Jeffrey Simpson
Des questions sans réponse
La valse des milliards

Harper fait- il confiance à l’univers?
Why the parties' federal budget projections are less than credible

Le chef du PCC refuse de donner des précisions
Franc jeu
Harper refuse d'expliquer les coupes prévues dans son programme

Why extremist base politics are the real obstacle to U.S gay rights

Are your politics hard-wired?

Démocratie
L’erreur des électeurs?

Une habitude qui se perd
L’intérêt de TOUS les Canadiens ?
Les méthodes du maire Drapeau
Mythes et clichés électoraux

As voter numbers decline, online voting would help boost engagement - Globe Editorial


Élections
Why this campaign has been a boon to democracy

Élections fédérales - Dans quel siècle sommes-nous ?
La campagne des Tim Hortons
Election Ringside, April 26: The NDP's Quebec retreat
Canadian voices speak about the world, even if our politicians don’t
An election is war by other means - Tom Flanagan
Be a smart voter – Canada needs you
Five reasons Ottawa is turning you off
Public opinion turns when you least expect it

Sondages
ThreeHundredEight.com - Une faille dans la matière première
Presque dans le mille

Commissions d'enquête
Here’s the right way to reform health care





À surveiller ou à oublier en 2012 - Chantal Hébert 

How do leaders without seats reach the Commons?

Mark Carney: The man who speaks the truth - JEFFREY SIMPSON


Le pantin- Michel David 

Famous last words: Gaffes that have sunk political campaigns


How parliamentary experience plays into NDP leadership race


Le syndrome de l’homme fort

Want to feel better about Harper? Look around you - Gerald Caplan


Perspectives - Les indignés

Inondations en Montérégie - Faire comme avant

Why did all the West’s big centrist parties go down the drain?

Noisy differences, quiet agreements with Harper
- Jeffrey Simpson
Economic impact of NDP win? Not much


The paranoid can't handle the truth


Y a- t- il trop d’avocats en politique?


Tant qu’à voter pour un gros cave...


The incredible power of civil disobedience
Révolution? Sans aucun doute

Un groupe veut faire invalider la Loi élecorale en Cour d'appel

Confusion des rôles


Five years later, Harper has made Canada more conservative
Five years later, Harper has found the sweet spot


Whistlin’ past the graveyard of conservative vows - Jeffrey Simpson

Vote Liberal or suffer again under Tory thumb, Ignatieff says

Believe me, you can’t trust anyone- Gerard Caplan

B.C. Dippers, Kory's kickers and anonymous Liberals


It’s time for the ‘falling on my sword’ ritual - Jeffrey Simpson

Let’s have a mature discussion about public finances - Jeffrey Simpson

Life cycle of an opposition leader - Jeffrey Simpson

Entrevue - « Le produit Berlusconi est périmé, mais il n'y a pas de produit de remplacement »

Trop d’élus, trop de maires

Malheur à qui dit la vérité


La politique ne devrait-elle pas pourtant se résumer à autre chose qu'à chercher la confrontation de tous bords et tous côtés ?...
Après la pluie...

Jean Lapointe fait ses adieux au Sénat

A cabinet manual could protect us against abuses of power
How Tories could do transparency


Se pourrait-il donc que les pétitions soient bel et bien capables d'avoir un véritable effet politique, après tout ?...
Online petition demands Champlain Bridge be rebuilt
Pétition sur le site de l'Assemblée nationale - Un citoyen réclame en ligne la démission de Pierre Moreau
Le PLQ veut bloquer les futures pétitions
Revigorer la démocratie
La souveraineté du citoyen
En bref - Pétition falsifiée: pas d'enquête
Succès monstre d'une pétition anti-Charest

Stéphane Gendron, fou des villages



Senior government liars deserve to be outed


Our irrationally rational airport security rationale - Jeffrey Simpson



La désertion du citoyen


Le courage de dénoncer


Lies, statistics and … damned budget spinning


Une histoire un peu différente...


De mieux en mieux

There’s good reason the masses are revolting

Le maire de Toronto propose un programme pragmatique

Stop polarizing our discourse - Preston Manning

Maxime Bernier wants to have an adult conversation - Globe Editorial

Les dissidents

The caving of three provincial Grit fortresses

Dear Toronto: a warning from your Ottawa cousins

All for one, and one for all
Parlons des vraies choses, M. Bolduc


And what about Rep by Pop ?
Carte électorale - Le poids des régions
No excuse for electoral inequality


Longueuil’s downsizing plan needs a second look


Après l'Église, la Politique

Rob Ford and the loss of hope

The fiscal drag in Ontario is bad – why won’t our politicians say so? - Jeffrey Simpson


Targeting lobbyists is good politics, but is it good policy?
The Rob Ford phenomenon

Meanwhile in New Brunswick..



Why incumbents are down across the board

Perspectives - L'entre-Bush

Fins de règne... -  Chantal Hébert

Les valises

Messing with politicians’ pensions can have unintended consequences


La vie politique
Member of Parliament – there’s no job like it - Jeffrey Simpson
The trouble with the political lifer - Jeffrey Simpson


Un été de bullshit

The disintegration of the welfare state



Rude and crude, eschewed - Ed Broadbent

How to fix Question Period


Reform Question Period, but keep the cut and thrust
Can Parliament be fixed?
La déchéance parlementaire - Discipliner partis et députés ne suffira pas
The answer to our unruly Question Period? - Preston Manning
Parliament must be trusted with state secrets

Perspectives - Cépamoicélui

Économie: le syndrome A(H1N1) - Alain Dubuc


Premier Campbell: It’s time for a change - Jeffrey Simpson


Les nouveaux gourous - Alain Dubuc


Le militant-sénateur - Yves Boisvert

Le parcours du pénitent - Lysiane Gagnon


Fair Britannia, splashing around in coalition waters


L'amour au temps des volcans - Rima Elkouri
We're all humbled by a volcano's power

Amenez-en des scandales! - Nestor Turcotte
Lettres - Climat politique nauséabond

D'une vache à l'autre - Mario Roy

We're Canadians, not Vulcans
Avatar and the politics of our time - Rick Salutin

Régis Labeaume incarne le refus de l'élitisme, selon un chercheur


Les temps sont durs


Les parlements, un cirque? 
Génération «ex» -  Alain Dubuc


Perspectives - Corruption discrète


State capitalists are having their day


Dictatures 2010
Le modèle chinois

Perspectives - Damnée démocratie

2009 vue par les Québécois: Obama, la Caisse de dépôt et l'ADQ
L'année de A à Z - Yves Boisvert

Mon année en 10 paragraphes - Rima Elkouri

2009 en quelques flashs - Patrick Lagacé
La culture en 2009 - Pierre Foglia


La violence acceptable - Mario Roy

Le service public - Nathalie Collard

Le monde désabusé par le capitalisme


En bref - Tibet: affaire classée


Le maire Charlie Brown - Stéphane Laporte

À quoi sert une commission d'enquête? - Yves Boisvert

Ascenseur et anarchie  -  STÉPHANE LAPORTE

Pandémie de cynisme  -  Richard Vigneault

DÉMOCRATIE EN PÉRIL  -  NORMAND PERRY

L'indécence  -  VINCENT MARISSAL

Aveuglement fiscal volontaire  -  VINCENT MARISSAL

PAS PARFAIT, MAIS BEAUCOUP PLUS PROPRE  -  VINCENT MARISSAL

Sylvie Roy, inspectrice Gadget  -  PATRICK LAGACÉ


Marre des gouvernements minoritaires ANDRÉ PRATTE
La candeur, nue et brute -  PATRICK LAGACÉ
Éloge de la candeur - Patrick Lagacé


Une commission, mais laquelle?  -  Alain Dubuc

UN PRIX EXORBITANT  -  Yvan Loubier

Sexy, mensonges et magnétophone ANDRÉ PRATTE
Chacun son torchon  -  André Pratte


Une amende pour les non-votants?
La carotte avant le bâton - VINCENT MARISSAL

De l'asphalte et des hommes   -  PATRICK LAGACÉ

RIP pour la RP -  LYSIANNE GAGNON

La résurgence du politique -  LOUIS BERNARD
Police : Le règlement, le jugement -  PATRICK LAGACÉ

Ni l’ADQ ni le PLQ n’y voient de problème

Penser, activité principale des villes modernes

Fin de session pépère  -  VINCENT MARISSAL
 

Un simulacre de démocratie
Le CA de l’UMQ représentatif

 
Le courage du nom -  ANDRÉ PRATTE

Bixi, blogue et bullshit -  PATRICK LAGACÉ

RÉPLIQUE Non aux certificats d’illégalité

Le courage de ses convictions -  ANDRÉ PRATTE


Qui assumerait les fonctions de premier ministre en cas d’incapacité à gouverner ?  -  Malorie B eauchemin

VOTES D’AÎNÉS INAPTES  Une enquête est demandée  -  Ariane Lacoursière

La démocratie  -   Pierre Foglia


Le Parlement, qu'ossa donne? - André Pratte


Jets d'oeuf et gaz fumigènes au Parlement ukrainien





LE DEVOIR
L'homme de l'année

Le bon vieux temps - Michel David

De l'engagement politique
S'engager à gauche sans être partisan de la souveraineté: mission impossible?


THE GAZETTE

GLOBE AND MAIL
***

L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE










Saint Gabriel, péchez pour nous


Changer le monde

The Synergy Engine


11 suggestions pour rénover la démocratie


List of countries using proportional representation


La démocratie sous l’oeil des mathématiciens



Blue-ribbon panel


Noms de partis réservés (auprès du DGE)


MACHIAVEL- Le Prince (extraits)





Pandémie de cynisme  -  Richard Vigneault
Les élus ne sont pas tous pareils, pas tous pourris
Le t aux de vaccination contre la grippe A( H1N1) sera probablement supérieur au taux de participation aux élections municipales à Montréal. Dans l’état actuel des choses, on ne s’étonnera pas que les Montréalais tiennent plus à leur santé qu’à leur démocratie. Cette dernière est fort mal en point. Le constat est navrant : le niveau de confiance dans les politiciens est inversement proportionnel au taux de cynisme de la population.
Quelque 5,25 % des électeurs inscrits se sont rendus voter hier à Montréal. C’est presque deux fois plus qu’en 2005, alors qu’à peine 2,9 % des Montréalais avaient participé au vote par anticipation.
Toutefois, en matière de cynisme, il y en a qui sont plus atteints que d’autres ! Il en est ainsi de Benoit Labonté. I l a omis de porter le masque, i l a toussé, i l a éternué et aujou rd’hui, i l blâ me t out le monde d’avoi r l a gr i ppe. A-t - i l voulu s’acheter une conscience en cédant la première place de son parti à Louise Harel ? On aura compris que pour se poser en victime, i l j uge nécessaire d’a f f i r mer que tous les autres sont coupables ! Le comportement de Benoit Labonté aura, au final, contribué à nourrir le cynisme ambiant comme peu d’événements l’ont fait jusqu’à présent.
Pourtant, pour une poignée de Labonté qui avouent eux-mêmes avoir pris quelques l icences avec l’éthique ou les règles en vigueur, combien t rouve-t-on de c itoyens honnêtes qui s’engagent en politique avec idéalisme et désintéressement ? La plupa r t d’entre eux renoncent à la quiétude d’une vie privée, d’une vie de famille, d’une vie professionnelle, ou encore d’un revenu plus élevé pour se dévouer au service de leu r s concitoyens. La plupart des élus acceptent des responsabilités pour lesquelles ils récoltent pas mal plus d’ingratitude que de reconnaissance.
C’est pourquoi les gestes répréhensibles dévoilés par les médias ou les cas d’allégations de collusion ou de corruption qui font les manchettes exigent sans doute qu’on aille au fond des choses, mais ne justifient nullement qu’on condamne ou qu’on suspecte par association toute la classe politique.
Il y a probablement de mauvais politiciens comme il y a de mauvais citoyens. Des gens qui pensent qu’ils sont au-dessus des lois, des gens qui c roient que ces mêmes lois sont f a i t es pour les autres, qui ne paient pas leurs impôts ou leurs taxes. Mais de là à dire, tous pareils, tous pourris, i l y a une marge. La très grande majorité des politiciens, comme la très grande majorité des citoyens respectent les lois. Si ces lois sont transgressées, nos institutions disposent des verr ous nécessaires pour empêcher qu’elles puissent l’être à nouveau.
Dans le contexte actuel, de nombreux citoyens s’apprêtent à bouder le scrutin du 1er novembre. Ils donneront ainsi raison à cet entrepreneur de Boisbriand, épinglé par l’émission Enquête de Radio-Canada et qui souhaitait convaincre l’opposition de renoncer à une élection. Voilà au contraire une raison supplémentaire pour aller voter
Ne pas voter n’est pas un geste innocent. Ne pas voter, c’est affirmer que rien ne peut changer. C’est tout simplement remettre en question le modèle de démocratie sur lequel la vie en société est fondée. Le cynisme et le sarcasme ne doivent pas se substituer au droit et au devoir de participer à la vie démocratique, ne serait-ce que pour aller faire une croix sur son bulletin et le poser dans l’urne.
Moins il y aura d’électeurs, moins l e s pouvoi r s pol i t i ques au r ont le mandat et la force nécessaires pour combattre la corruption. Si le combat contre la corruption exige de plus grands efforts et une plus grande vigilance de la part de nos gouvernements, la lutte contre le cynisme passe par une plus grande participation des citoyens au processus démocratique.




DÉMOCRATIE EN PÉRIL  -  NORMAND PERRY
Lorsque les citoyens se désintéressent de la politique municipale, les groupes d’intérêts comblent le vide
À voir et à lire tout ce qui se passe dans le monde de la politique municipale au Québec ces jours-ci, particulièrement à Montréal, il faut se demander où est située la racine du mal dans notre système démocratique.
Tant et aussi longtemps que les gens bouderont les urnes et qu’ils déserteront les lieux des débats, notre système démocratique est condamné à une mort en douce, mais certaine.
Lorsque le t au x de pa r t i c i pation au x élec t ions variait entre 30 % à 45 % en 2005, et que les sall e s des c onseils municipau x s ont déser t é e s pa r l e s c ont r i buables , f aut-i l s ’ é t on ner que d i ve r s g r oupes d ’ i nt é r ê t s s ’ i ngèrent de manière i n s i - dieuse dans la chose publique devant un tel vide ? Les conséquences de cette désertion démocratique sont graves et mettent en péril non seulement l’équilibre des forces en présence aux divers paliers de gouvernement, mais elles mettent en danger le système démocratique lui-même.
Les gens se scandalisent, s’époumonent à pester contre la classe politique. Ils font preuve de cynisme ( j ustifié ou non) face aux personnes risquant gros dans une carrière en politique (tranquillité de la vie de famille, sécurité personnelle, réputation). Mais, en même temps, lorsque ces gens-l à a ba ndon nent leur droit et devoir de vote, cette i ncohérence s er t pa r f a i t ement les groupes d’intérêts qui c herc hent à i n f i l t r e r i n s i d i e u s e me n t les d i verses c ouches des organisations politiques au pays.
Qu’est-i l préférable : vivre une démocratique imparfaite, que l’on peut améliorer qu’avec notre participation, ou bien abandonner la chose publique à la dictature, aux oligarques, aux tyrans ou au totalitarisme ?
Les vieux philosophes grecs de l ’A ntiquité, qui ont i nventé l a démocratie de t outes pièces , ont c r u qu’elle ét a it ( et est t oujours) le moins mauvais de tous les systèmes de gouvernance. Ce que Sir Churchill a répété à maintes reprises durant sa longue c a r r ière politique pa r a i l leu r s . Même Platon aurait affirmé que la gouvernance de la cité doit être confiée aux sages, aux philosophes du temps. Pourquoi ? Parce que ces intellectuels de l’époque étaient probablement les seuls à ne pas avoir d’intérêts financiers personnels à défendre ou, mieux encore, à faire croître.
Cela a-t-il tellement changé aujourd’hui, près de 2500 ans plus tard ? Pas tellement. Si on ne laissait pas la chose publique entre les mains de quelques-uns, qui défendent des intérêts autres que ceux de la cité, on verrait un peu plus de lumière au bout du tunnel. Mais tant et aussi longtemps que les gens bouderont les urnes, qu’ils poursuivront la désertion des lieux des débats (salles des conseils municipaux, assemblées législatives ou Chambre des communes) et qu’ils refuseront de s’impliquer dans le débat public, notre système démocratique est condamné à une mort en douce, mais certaine.
Les oligarchies ayant marqué l’histoire de l’ Europe au Moyen-Âge vont refaire leurs nids à une échelle beaucoup plus grande, sans que personne en nulle part ne puisse dire quoi que ce soit, parce qu’on aura assassiné la démocratie, c’est-à-dire l’expression même du peuple par le peuple.
Pourquoi notre système démocratique est-il devenu poreux à la corruption ? Tout simplement parce que nous ne nous mêlons plus de nos affaires. Or la chose publique est l’affaire de tous et de chacun des contribuables que nous sommes. Lorsque nous décidons de ne pas nous occuper de politique pour mille et une raisons, alors soyons assurés qu’elle va s’occuper de nous et certainement pas de la façon dont on voudrait que cela soit fait.
Ce n’est pas en se croisant les bras que l’on gagne des batailles, mais en combattant, et pas autrement. Alors si les scandales financiers et la corruption nous fâchent, impliquons-nous de la bonne manière avec les armes offertes par la démocratie : la prise de parole publique et l’exercice du droit de vote !



Aveuglement fiscal volontaire  -  VINCENT MARISSAL
Fidèle à sa réput ation d’agitateur politique et de brasseur de cage trop tranquille, le président de la Fédération des médecins spécialistes, Gaétan Barrette, a la ncé u n pavé da n s la mare cette semaine en affirmant qu’il est temps que le Québec fasse un débat sur l’euthanasie.
Le meilleur ennemi du Dr Barrette, le ministre de la Santé, Yves Bolduc, a saisi la balle au bond pour exprimer son accord, ce qui doit bien être une première entre les deux hommes!
Reste maintenant à voir si le débat si courageusement relancé s’éteindra (encore une fois) dans le malaise tenace du milieu médical et la peur chronique de déplaire du gouvernement. Mais pour le moment, il faut saluer l’audace de MM. Barrette et Bolduc.
Un autre sujet, moins émotif mais presque aussi tabou, tente valeureusement de percer dans le paysage politique ces tempsci : les taxes. Et il faut aussi saluer le courage de ceux qui ont accroché le grelot fiscal.
On dit souvent à la blague que, dans la vie, il n’y a que deux certitudes : payer des taxes et mourir. Pourtant, les politiciens, de tout temps, ont bien du mal à parler ouvertement de ces deux sujets. Peutêtre parce que, dans le fond, la population ne veut pas vraiment en entendre parler.
Mis à part cette blague, il n’y a évidemment aucun rapport entre euthanasie et taxes, sinon que le contexte actuel ne nous permet plus d’éviter de tels débats.
Le vieillissement de la population, la croissance incessante des coûts de la santé et le dilemme entre traitement et acharnement thérapeutique imposent une réflexion froide sur l’euthanasie, tout comme la détérioration rapide des finances publiques rend incontournable le débat sur les taxes, les impôts et les tarifs. Même si la population préfère ne pas en parler. Même si le sujet n’est pas rentable politiquement.
Laissons la mort de côté pour le moment ; parlons taxes.
Lors de la présidentielle américaine de 1984, le candidat démocrate Walter Mondale avait causé une commotion en affirmant que l’ampleur du déficit ne laisserait d’autre issue à la prochaine administration, la sienne ou celle de Ronald Reagan, que d’augmenter les impôts. « Reagan ne vous le dira pas, mais moi, je vous le dis », avait lancé M. Mondale, faisant le pari de la franchise.
Le candidat démocrate avait gagné des points dans les jours suivant sa déclaration, mais il s’était ensuite effondré devant Ronald Reaga n, qui avait décidé de peindre un tableau économique beaucoup plus rose.
La suite est connue : le déficit a continué de s’aggraver sous Reagan, au point où son successeur, George Bush père, a dû infliger aux Américains une hausse d’impôts historique malgré sa fameuse promesse lors de la campagne électorale de 1988 («Read my lips», vous vous souvenez?).
Walter Mondale avait raison, mais les Américains ont préféré la joviale version de Ronald Reagan, puis les promesses de Bush... pour finalement virer Bush en 1992 parce qu’il les avait trompés !
Un vieux dicton écossais résume parfaitement l’aveuglement fiscal volontaire des électeurs américains : « Si tu me trompes une fois, honte à toi. Si tu me trompes une deuxième fois, honte à moi. » Cela s’applique aussi ici, d’ailleurs.
En politique, c ’est l’évidence, il n’a jamais été payant de parler de hausse de taxes et d’impôts. Parlez-en à Michael Ignatieff, qui se débat depuis des mois parce qu’il a vaguement laissé entendre qu’un gouvernement libéral pourrait être forcé d’augmenter les impôts pour rétablir l’équilibre budgétaire.
En fa it, tout ce que M . Ignatieff a dit l’hiver dernier, c’est qu’il ne peut d’emblée exclure des hausses d’impôts.
La semaine dernière, un haut dirigeant libéral a indiqué à La Presse Canadienne que M. Ignatieff s’apprêtait à parler ouvertement de hausses d’impôts aux Canadiens, ce qui a provoqué un démenti empressé du principal intéressé.
Pourtant, quelqu’un croit-il vraiment que l’on pourra éponger un déficit de 60 milliards sans augmenter les revenus du gouvernement ou réduire radicalement les dépenses?
Avec le soudain et spectaculaire retour des déficits, le Canada et le Québec devraient répondre franchement à cette q ue s t io n , c o m me Wa lte r Mondale il y a 25 ans, plutôt que de mettre les lunettes roses de Ronald Reagan.
On peut croire, comme les conservateurs à Ottawa, que le retour à la croissance seule effacera l’impressionnant déficit que nous sommes en train de creuser, ou affirmer, comme le gouvernement Charest à Québec, que nous n’y arriverons pas sans nouveaux revenus (augmentation de 1% de la TVQ et des tarifs d’HydroQuébec, notamment).
La deuxième hypothèse est certes plus désagréable, mais néanmoins beaucoup plus crédible.
Même chose à Montréal. Le maire sortant Gérald Tremblay refuse, contrairement à son adversaire Louise Harel, de tomber dans la facilité et le racolage électoral en promettant un gel des taxes.
«Compte tenu de la conjoncture économique, des taux d’intérêt imprévisibles et de la baisse de revenus appréhendée, il est totalement irresponsable de promettre un gel de taxes pour 2010 », a expliqué M. Tremblay.
Ce n’est certainement pas ce que voudraient entendre les électeurs montréalais, mais cela a le mérite – rare en politique – d’être franc et honnête.



PAS PARFAIT, MAIS BEAUCOUP PLUS PROPRE  -  VINCENT MARISSAL
Dans la grande majorité des pays démocratiquement immatures, on mesure généralement les progrès politiques par la tenue d’élections libres et harmonieuses.
Ici, au Canada, on se plaint, au contraire, de voter trop souvent! Comme quoi, nos malheurs sont bien relatifs.
Le droit de voter, ici, a été acquis pour tous il y a longtemps. En fait, le plus grave problème qui pèse ces années-ci sur notre système démocratique n’est pas l’accès aux urnes, mais plutôt le fait que les électeurs sont de plus en plus nombreux à les bouder.
Pourtant, notre régime démocratique, bien qu’imparfait, s’est grandement assaini depuis cette sombre époque pas si lointaine où on achetait des votes avec des frigidaires.
La Grande noirceur de Duplessis s’accompagnait d’un système de financement et de rétribution particulièrement opaque et tous les efforts déployés ces jours-ci pour réhabiliter le « Cheuf » ne changeront rien à ces tristes souvenirs.
Maurice Duplessis, qui était aussi transparent dans ses intentions que les finances de son parti étaient opaques, ne disait-il pas lui-même « Un pont, c’est bon pour deux élections » ? Ou était-ce trois élections? Peu importe, l’idée de base, c’est que l’on pouvait « acheter » des votes en région avec des bouts d’asphalte, une méthode utilisée aujourd’hui encore avec un certain succès. Suffit de suivre le « Festival du cône orange » au Québec ces temps-ci ou de suivre la trace des milliards laissés dans le sillage du gouvernement conservateur de Stephen Harper.
Aujourd’hui, on est plus subtil, on appelle ces orgies de travaux publics: « programme de stimulation économique », mais il reste qu’aucun politicien ne lève le nez sur une bonne vieille pelletée de terre dans sa circonscription.
On ne peut pas empêcher un gouvernement élu de dépenser de l’argent public dans de grands projets, même si ceux-ci sont souvent récupérés à des fins électoralistes. Ce que l’on doit empêcher (dans la mesure du possible, ne soyons pas naïf), ce sont les renvois d’ascenseur entre le parti au pouvoir et les entreprises obtenant des contrats du gouvernement (et vice-versa).
À ce chapitre, notre régime démocratique restera toujours imparfait (là où il y a une piasse à faire…). Les « affaires » qui secouent l’administration Tremblay à la Ville de Montréal le démontrent de façon évidente.
Cela dit, les incurables cyniques pour qui tout est pourri au royaume de la politique nient les immenses progrès réalisés depuis 30 ans pour boucher le pipeline entre argent privé et partis politiques.
Le mouvement est d’abord venu du Québec (certains disent que c’est parce que les cas de favoritisme étaient devenus endémiques ici), sous René Lévesque, qui avait fait de la réforme du financement des partis politiques une priorité.
En 1977, soit un an après avoir pris le pouvoir, le gouvernement Lévesque faisait adopter une nouvelle loi sur le financement. Cette loi a profondément modifié les moeurs politiques au Québec et René Lévesque la considérait, à juste titre, comme la plus importante contribution de son bilan en tant que premier ministre. Cela fait donc plus de 30 ans que le Québec a adopté le principe selon l eque l s eul s les citoyens peuvent financer les partis politiques (avec un plafond, question de ne pas avantager les gros donateurs). La loi sur le financement des partis politiques introduisait aussi l’obligation pour les partis de produire des rapports financiers, ce qui semble être aujourd’hui l’exigence la plus élémentaire.
La transparence des partis politiques et l’érection d’un mur entre intérêts privés et politiciens semblent aussi relever de l’évidence. On oublie toutefois que l’assainissement de ces pratiques n’est venu que 25 ans plus tard à Ottawa, lorsque Jean Chrétien a décidé de s’inspirer de son vieil ennemi, René Lévesque.
C’est difficile à croire aujourd’hui, puisque tout le monde parle d’éthique et de transparence en politique, mais il était encore possible pour une entreprise, il y a peine sept ans, de déverser des centaines de milliers de dollars sur un parti politique ou sur un candidat à la direction d’un parti. Certains, sans surprise, ne s’en privaient pas, d’ailleurs.
Da ns s a pr e - mière mout ure, la l oi fédérale n’encadrait que le financement des pa r t i s politiques. On lui ajoutera plus tard des dents pour resserrer davantage les dons privés et aussi pourmettre de l’ordre dans les courses à la direction des partis. Il y a sept ans à peine, un ministre ambitieux pouvait réunir, tout à fait légalement, de généreux donateurs dans un hôtel pour un cocktail de financement et en ressortir trois heures plus tard avec quelques dizaines de milliers de dollars en poche sans avoir de comptes à rendre à qui que ce soit. Sauf, peut-être, à ces aimables bienfaiteurs, qui attendaient nécessairement un geste de reconnaissance. Le problème était là, justement.
Dans la dernière année de sa longue quête au poste de chef du Parti libéral, Paul Martin avait amassé des dons supérieurs à 10 millions, dont quelques dons spectaculaires de grandes entreprises. Pourtant, il n’y avait même pas eu de course à proprement parler, puisque M. Martin étais assuré de devenir chef.
Dans cette fausse course, quatre autres ex-ministres (Sheila Copps, John Manley, Allan Rock et Brian Tobin) avaient eux aussi amassé des centaines de milliers de dollars en dons, sans être soumis aux rigueurs de la loi.
Le plus ironique, c’est que ce sont les libéraux, accros des dons d’entreprise, qui ont le plus souffert, et qui souffrent encore le plus, du resserrement des règles de financement. À l’époque, les organisateurs libéraux étaient furieux contre Jean Chrétien.
On a prêté beaucoup d’intentions à Jean Chrétien (notamment, qu’il voulait embêter Paul Martin en fermant le robinet) mais il n’en demeure pas moins que l’ancien premier ministre a fait un geste important et nécessaire.
Le sujet est de nouveau d’actualité puisque Stephen Harper a promis de supprimer le financement public aux partis politiques (1,95$ par vote obtenu, par année, pour remplacer en partie les dons privés) s’il est réélu. Selon Stephen Harper, les partis fédéraux ne devraient être financés que par les dons de leurs militants, ce à quoi s’opposent les autres partis, qui affirment que cela ouvrira la porte aux magouilles et aux contournements de la loi. Il en sera certainement question au cours de la prochaine campagne électorale.
La question du financement des partis politiques occupe aussi beaucoup d’espace sur la scène municipale, reconnue, à juste titre, comme le far west de la politique. Pensez seulement qu’il est toujours possible pour un parti politique municipal de recueillir jusqu’à 20% du total de ses revenus autonomes sous la forme de dons anonymes!
Tous les partis municipauxàMontréal ont promis de durcir les règles du financement, mais il est honteux que l’héritage de René Lévesque ne se soit pas imposé au monde municipal plus tôt.
Le modèle existe pourtant, puisqu’en matière de financement des partis politiques, le Canada et le Québec ont une longueur d’avance sur ce qui se fait ailleurs.
Aux États-Unis, les dons privés représentent encore aujourd’hui la part du lion du financement des partis et des candidats. Dans la course à la présidence, les candidats peuvent renoncer aux dons privés et recevoir une aide publique (modeste). Ces campagnes sont toutefois tellement coûteuses qu’il est pratiquement impossible de renoncer aux dons privés.
On a beaucoup parlé du succès phénoménal de Barack Obama auprès de la base, des vrais Américains qui lui ont donné de l’argent. C’est vrai, mais on oublie que sans de riches contributeurs (dont la présidente de sa campagne de financement, Penny Pritzker, milliardaire de Chicago, membre de la famille fondatrice de la chaîne d’hôtels Hyatt), Barack Obama se serait fait bouffer par le clan Clinton dès le début des primaires.
Dans sa longue marche vers la présidence, Barack Obama a récolté plus d’un demi-milliard de dollars et ses stratèges avouent que l’argent de la base, amassé notamment grâce à l’internet, est arrivé après la victoire en Iowa.

Sans dons privés, il n’y aurait pas eu de président Obama. Au Canada, Stephen Harper a réussi en 2006 à battre la puissante machine libérale grâce, en grande partie, aux dons de « madames à 20$ », comme disent les organisateurs.



Marre des gouvernements minoritaires ANDRÉ PRATTE

Marre des minorités ANDRÉ PRATTE
Selon un sondage Harris/ Décima réalisé pour La Presse Canadienne, 64% des Canadiens souhaitent que le prochain gouvernement du pays soit majoritaire. Ce sentiment domine partout au pays. Au Québec, 63% des électeurs espèrent un gouvernement fédéral majoritaire contre seulement 23% qui veulent un gouvernement minoritaire. Comme les autres, les électeurs bloquistes souhaitent une majorité, même si un tel scénario exigerait que le parti de Gilles Duceppe perde plusieurs sièges.
En somme, les Canadiens en ont marre des minorités. En quatre ans, leur opinion sur le sujet a changé du tout au tout. Pourquoi? Le sondage ne le dit pas, mais on peut avancer des hypothèses. Les Canadiens espéraient sans doute qu’un gouvernement minoritaire serait moins arrogant, tiendrait davantage compte, au quotidien, de leurs préoccupations. Ils souhaitaient aussi, peut-on penser, que les partis politiques seraient amenés à collaborer davantage entre eux.
Or, ce n’est pas ce qui s’est passé. Stephen Harper a choisi de gouverner comme s’il était majoritaire, défiant continuellement l’opposition. Il a fallu son quasirenversement de l’automne dernier pour le ramener (temporairement) à de meilleures dispositions.
Par ailleurs, les Parlements minoritaires n’ont pas produit moins, mais plus de partisanerie. Depuis cinq ans, les Canadiens ont assisté à une succession de psychodrames politiques qui ont abouti à trois élections générales (bientôt quatre). Les illusions qui leur restaient sur la sagesse des politiciens se sont dissipées.
Marre des gouvernements minoritaires, donc. Selon Jeff Walker, vice-président principal de Harris/ Decima, « comme beaucoup de gens souhaitent un gouvernement majoritaire, on pourrait voir davantage de vote stratégique lors des prochaines élections ». Il faudrait toutefois un vote stratégique massif pour que le phénomène produise un gouvernement majoritaire. Les plus récents sondages indiquent plutôt que si des élections avaient lieu aujourd’hui, le prochain gouvernement serait minoritaire, conservateur ou libéral.
D’ailleurs, la conjoncture politique n’est pas favorable à la formation d’une majorité. Aucun des deux grands partis nationaux n’est en position de balayer l’Ontario, tandis qu’une majorité des sièges du Québec leur échappe en raison de la domination du Bloc québécois. Or, pour obtenir la majorité des sièges au Canada, il faut ou bien remporter la presque totalité des comtés en Ontario, ou bien gagner dans un bon nombre de circonscriptions à la fois en Ontario et au Québec. Ni l’un ni l’autre de ces scénarios ne semble sur le point de se réaliser.
Le Canada est généralement mieux dirigé par un gouvernement majoritaire que par une gouvernement minoritaire. Un gouvernement majoritaire est davantage capable de prendre les décisions difficiles qui s’imposent et il peut mieux tenir compte des besoins à long terme du pays. Il assure une saine stabilité politique.
Décisions difficiles, stratégie à long terme, stabilité : n’est-ce pas précisément ce dont le Canada aura besoin au sortir de la crise économique?



La candeur, nue et brute -  PATRICK LAGACÉ
Pour une rare fois où on sait ce qu’une ministre pense vraiment, peut-être qu’on devrait lui foutre la paix. La féliciter, même.
Tout , en pol itique, est scénarisé. Tout est mis en scène. Tout est pensé, organisé, prévu. Chaque mot , pesé. Chaque i mage, soupesée.
Ils font tous ça. Libéraux, néodémocrates, péquistes. Tous.
Je ne dis même pas que c’est mal
Je dis qu’il n’y a à peu près j amais de candeur dans le politique.
Qu’un politicien soit en conférence de presse, en entrevue intime chez Josélito, sur une tribune devant ses militants, en entrevue serrée chez Arcand, répondant à une question en Chambre: il calcule.
Il choisit soigneusement ses mots.
Il pense aux conséquences de ces mots.
Pensez-vous qu’i ls disent « Québécois zé Québécoises » pour le fun?
À la fin, ça donne un discours politique lisse, prévisible, blanchi à l’eau de Javel.
Le fond de la pensée des politiciens ?
On ne le conna ît vraiment.
Je ne dis même pas que c’est une mauvaise chose : peut-être
j ama is que le peuple est à blâmer, en fait. Peut-être que nous ne sommes pas capables de vivre avec des élus qui nous disent des trucs bruts, sans fard.
Le résultat ? Une mise en scène perpétuelle. À ce chapitre, j’adore l’image de Laura Penny, auteure en 2005 de Your call is important – the truth about bullshit, à propos du discours public : « Le nombre de personnes travaillant à partir d’un scénario de nos jours nous encourage à considérer chaque déclaration publique comme de la comédie, une culture entière calquant un théâtre d’été. Faisons un show! La division du travail rhétorique signifie que les cerveaux qui pensent aux mots n’ont pas besoin de les prononcer; et que ceux qui les prononcent en public n’ont pas à y penser. Tout ça pour mieux dissocier ces mots de la réalité… »
Ce qui nous amène au cas de cette blonde ministre, Lisa Raitt.
Mme Raitt est députée ontarienne, ministre fédérale des Ressources naturel les. Son ancienne attachée de presse, d’un naturel oublieux, a un jour perdu son enregistreuse.
Dans le disque dur de ce petit appareil: des propos à bâtons rompus entre l’attachée de presse et la ministre.
La ministre évoque la pénurie des isotopes médicaux, ces particules produites par un réacteur nucléaire basé en Ontario. Les particules servent, au Canada et ailleurs, à détecter des cancers et des maladies du coeur. La pénurie, causée par des pépins, dont des fuites, dans le réacteur, a des effets désastreux dans le système de santé.
Mais la ministre Raitt trouve la crise « sexy ». Elle trouve que c’est une crise simple à expliquer au public.
Ses mots: « Mais c’est sexy. Des fuites radioactives. Le cancer. »
Et Mme Raitt évoque, sans fard, sans artifices, ce qu’elle perçoit comme le manque de flair politique de son homologue à la Santé, Leona Aglukkaq, également impliquée dans le dossier.
Rien de méchant. Rien de vache. Une analyse franche, honnête, sans maquillage. Le fond de sa pensée, quoi.
Ah! Et Mme Raitt qui tombe dans la fine stratégie. Puisque Aglukkaq est si timorée dans ce dossier, dit-elle, si nous gagnons, « nous en retirerons tout le crédit » politique.
J’ai lu les papiers du Halifax Chronicle-Herald, hier matin, en me levant. Le journal a publié les propos de Mme Raitt, hier.
J’étais furieux. Sexy, une pénurie d’isotopes qui grignote l’arsenal des médecins dans la guerre contre le cancer ? Phoque, elle est folle, ou quoi…
J’allais écrire une chronique incendia i re. Une chronique où je me promenais avec la tête de Mme Raitt au bout d’un piquet. C’est, après tout , ce qu’une insensible de son genre mérite… J’ai même prévenu mon boss. Attache tes culottes, boss, ça va fesser fort…
Puis, je me suis mis à chercher des avis contraires. J’essaie de faire ça, quand j e suis pompé comme un boxeur avant le grand combat. Pour me protéger de moi-même.
Un ami, journaliste politique : « Toi, si on t’enregistrait quand tu parles d’un gros fait divers, d’une grosse histoire? Seraistu fier de tout ce que tu dis, si c’était publié? »
Une amie, ex-politicienne : « Évidemment, la chose la plus facile à faire, c’est de la planter. Mais je relis ce qu’elle dit et c’est pas si fou. C’est cru, mais pas si fou… »
À la fin de journée, je n’avais plus de chronique. Enfin, je n’avais plus cette chronique où je jouais au soccer avec la tête d’une ministre conservatrice.
On l’a dit insensible. Je ne peux pas le croire. C’est peutêtre utile, politiquement, de dire de Mme Raitt qu’elle se fiche des victimes de cancer, mais ça ne se peut pas. Je n’y crois pas.
Cette saloperie de maladie est universelle. On connaît tous quelqu’un qui a été touché, qui l’a combattu. Et qui en est mort. Tous. Mme Raitt aussi, j’en suis sûr
Non, à la fin, ce qui nous frappe, dans ces paroles prononcées à bâtons rompus, dans ces paroles qui n’étaient pas prononcées pour dégustation publique, c’est le rare spectacle de la mise en scène qui déraille.
Pour une rare fois, on entend une politicienne nous livrer le fond de sa pensée, sans suivre le texte écrit pour elle par des stratèges anonymes au bureau du premier ministre.
Au-delà de ce que Lisa Raitt a pu dire, ce qui nous choque, c’est cette candeur nue, cette candeur nue et brute, cette candeur à laquelle nous ne sommes pas habitués venant de nos élus.
Cachez cette vérité que je ne saurais voir, quoi…
Bref, pour une rare fois où on sait ce qu’une ministre pense vraiment, peut-être qu’on devrait lui foutre la paix. La féliciter, même.



UN PRIX EXORBITANT  -  Yvan Loubier
On ne doit pas forcer un politicien à vendre ses intérêts dans une entreprise
L’auteur est économiste et conseiller senior au cabinet de relations publiques National. Dans quelques jours, les députés de l’Ass e mblée n a t i o n a l e reprendront le débat autour du projet de loi 48, projet instaurant de nouvelles règles d’éthique et de déontologie pour les députés, les ministres et le premier ministre. Il sera certes important tout au cours des travaux de garder le cap sur la transparence et l’intégrité, de même que sur les mesures qui éviteront aux élus de se retrouver en situation de conflit d’intérêts ou d’apparence de conflit d’intérêts. Mais il sera également important que soit maintenu, à la fin du processus législatif, un équilibre entre ces préoccupations, légitimes et essentielles, et les contraintes qui pourraient être imposées aux titulaires de charges publiques issus du milieu des affaires.
À la demande de Jean Charest, David Whissell (à gauche) a dû choisir entre son poste de ministre du Travail et ses intérêts dans une société d’asphaltage, ABC Rive-Nord. Il a préféré son entreprise, et a dû remettre sa démission le 9 septembre dernier.
Il ne fait aucun doute que l’instauration d’un code de conduite et de déontologie pour les élus, de même que la création d’un poste de commissaire à l’éthique redevable au Parlement et doté du pouvoir de mener des enquêtes et d’imposer des conditions, doivent devenir la pierre angulaire de cette réforme.
De même, l’obligation pour tous les élus de l’Assemblée nationale de déclarer leurs intérêts dans une entreprise qui pourrait participer à un marché avec le gouvernement et confier ces intérêts à une fiducie sans droit de regard, va de soi. Tout doit être mis en oeuvre pour éviter que des ambiguïtés ne s’installent quant à la conduite des affaires publiques, dans le seul intérêt du public.
Mais certa i ns suggèrent qu’on aille plus loin encore et qu’on oblige tout titulaire de charges publiques à vendre les intérêts dont il dispose dans une société privée, par exemple une PME familiale, sous peine de ne pouvoir exercer son ministère, comme le prévoyaient les anciennes règles. Si l’on cherchait une façon d’éloigner encore une fois de l’Assemblée nationale les rares candidatures issues du milieu des affaires, on ne s’y prendrait pas autrement.
Déjà , l ’ i mpl i c a t i o n pol i t i que demande d’énormes sacrifices sur le plan familial et au chapitre de la vie sociale. Ce n’est pas toujours une fonction qui est gratifiante si on en croit les sondages qui placent depuis toujours les politiciens en tête de queue de l’appréciation populaire. Il faut apprendre à vivre constamment avec les critiques, les intrusions dans la vie privée et l’adversité; un environnement que peu d’entre nous accepteraient dans leur vie « normale ».
Peut-on demander en plus aux quelques entrepreneurs qui pourraient être attirés par la politique, quelques-uns des dirigea nts des 24 0 0 0 0 PME qui continuent de construire le Québec économique avec force et conviction, de liquider leurs entreprises familiales ? Peuton exiger d’eux de renoncer au f ruit du travail de plusieurs générations et au patrimoine qu’ils désirent léguer à leurs enfants ? C’est payer très cher, c’est payer trop cher !

Ave c l e s é n o r mes d é f i s q u e nous aurons à relever au cours des prochaines années, le Québec ne peut se passer de candidatures de choix, d’expertises, d’expériences et d’horizons divers. Cette diversité ref lète la composition de la société québécoise. Elle enrichit la gouvernance, détermine la qual ité des délibérations des élus et l’efficacité de leurs actions. Nous n’avons ni le droit, ni les moyens de l’exclusion.






Sexy, mensonges et magnétophone ANDRÉ PRATTE

Les partis de l’opposition sont mal placés pour dénoncer le gouvernement Harper.
La ministre fédérale des Ressources naturelles, Lisa Raitt, a fait hier ce qu’elle aurait dû faire la veille: elle s’est excusée pour avoir qualifié de « sexy » le problème d’approvisionnement en isotopes médicaux. Le commentaire a beau avoir été fait en privé et enregistré à son insu, il n’en était pas moins choquant, surtout pour les centaines de personnes dont les tests d’imagerie médicale seront reportés à cause de la pénurie provoquée par la panne du réacteur nucléaire de Chalk River.
Cela dit, les politiciens qui dénoncent le commentaire de Mme Raitt font preuve d’une hypocrisie éhontée. Lequel d’entre eux ne s’est pas déjà réjoui d’une mauvaise nouvelle qui allait embarrasser ses adversaires?
Les politiciens jouent sur deux terrains à la fois, celui de l’intérêt public et celui de l’intérêt partisan, et passent constamment de l’un à l’autre. Sur le terrain partisan, il est permis, il est même exigé de faire flèche de tout bois. C’est ainsi que la ministre peut à la fois être sensible au calvaire vécu par les personnes atteintes de cancer – la maladie a tué son père et son frère – et se frotter les mains en pensant à l’avantage politique qu’elle pourrait retirer de sa gestion de la crise.
Les partis de l’opposition n’allaient pas rater l’occasion d’exploiter l’affaire en mettant la pénurie sur le compte de la négligence du gouvernement Harper. Or, les choses sont loin d’être aussi simples. Si le réacteur nucléaire de Chalk River n’a pas été remplacé par une installation moderne, c’est que les réacteurs MAPLE construits par Énergie Atomique du Canada (EACL) n’ont jamais été mis en marche en raison d’irréparables défauts techniques. Le problème est tout simplement devenu, à court terme, insoluble.
D’autant plus que ce problème n’est pas canadien, mais mondial, comme l’ont souligné l’Agence internationale de l’énergie atomique et l’OCDE. La planète peut compter sur seulement six réacteurs pour la production d’isotopes médicaux, tous construits il y a plus de 40 ans et donc tous sujets à des pannes et à de longues périodes d’entretien.
La construction de nouvelles installations s’impose, mais comme chacun sait, bâtir un réacteur atomique nécessite plusieurs années d’études, de consultations et de travaux. Selon les spécialistes, on ne peut espérer la contribution de nouvelles sources de production avant cinq à 10 ans.
Les partis de l’opposition sont particulièrement mal placés pour dénoncer le gouvernement actuel. Les libéraux parce que c’est sous leur règne qu’ont été prises les décisions menant au fiasco des MAPLE. La vérificatrice générale, Sheila Fraser, a d’ailleurs souligné que les problèmes d’Énergie atomique du Canada « datent de longtemps ».
Pour ce qui est du NPD et du Bloc québécois, ils se sont toujours farouchement opposés au développement de la filière nucléaire au Canada. Or, pas de filière nucléaire, pas de production d’isotopes.
Malheureusement, toutes ces subtilités qu’on appelle... les faits n’ont pas leur place sur le terrain partisan où règnent le simplisme et la démagogie. Si en janvier le dossier des isotopes paraissait « sexy » aux yeux de Mme Raitt, c’est pour l’opposition qu’il l’est devenu aujourd’hui. Et tant pis pour l’intérêt public.


Chacun son torchon  -  André Pratte
Un dépliant envoyé par le Parti conservateur dans les circonscriptions bloquistes a suscité de vives critiques. Au Bloc, on l’a qualifié de « torchon démagogique et grossier ». Avec raison.
Le dépliant en question accuse les députés du BQ d’avoir voté « contre la protection des enfants » et de préférer des « sentences bonbons » contre les criminels qui s’en prennent aux enfants. Les conservateurs font là référence au projet de loi C-268. Ce texte propose une peine minimale de cinq ans d’emprisonnement pour une personne reconnue coupable de traite d’enfants. Présenté par une députée conservatrice, le projet de loi a reçu l’appui des libéraux et du NPD; le Bloc a voté contre. Selon le porte-parole bloquiste en matière de Sécurité publique, Serge Ménard, il vaut mieux laisser aux juges la latitude d’imposer la sentence appropriée à chaque cas, un point de vue parfaitement légitime qui n’équivaut d’aucune façon à « voter contre la protection des enfants. »
Oui, ce dépliant est un « torchon démagogique ». Les bloquistes sont toutefois mal placés pour jouer les vierges offensées, eux qui ont passé la dernière campagne électorale à accuser les conservateurs de vouloir envoyer des enfants en prison.
Rappelons les faits. Stephen Harper avait suggéré que les jeunes contrevenants coupables de crimes violents soient automatiquement soumis à des peines pour adultes. On pouvait être d’accord ou non avec l’idée – nous y étions opposés – mais on ne pouvait pas prétendre que M. Harper rêvait d’envoyer de la « jeune chair en prison ». C’est pourtant ce qu’a soutenu Gilles Duceppe, négligeant de dire que les jeunes seraient détenus, comme c’est le cas aujourd’hui, dans des lieux de garde pour adolescents, passant aussi sous silence le fait que le projet conservateur prévoyait une exception pour le Québec.
Le chef bloquiste a également accusé les conservateurs de faire partie de la « même gang » que les républicains de George W. Bush « qui laissent derrière eux la désolation économique et le feu et le sang dans le monde. » Chacun son torchon.
Le problème, ce n’est pas que les conservateurs apprécient la publicité négative, mais notre culture politique qui carbure au simplisme et à l’insulte. Quand la chef du PQ, Pauline Marois, qualifie Clément Gignac de traître parce que le nouveau député libéral a brièvement travaillé au ministère fédéral des Finances, elle franchit allégrement la frontière de la démagogie. Quand le premier ministre, Jean Charest, prétend que sa vis-à-vis « souhaite du tort aux citoyens du Québec pour faire avancer la cause de la souveraineté », il fait de même.
On aimerait croire, comme Talleyrand, que « tout ce qui est exagéré est insignifiant ». De toute évidence, nos politiciens pensent le contraire. « Il faut lever le ton pour s’assurer qu’on parle des vraies affaires », s’est déjà défendu le libéral Denis Coderre. On ne peut s’empêcher de sourire quand on l’entend aujourd’hui déplorer le contenu du dépliant conservateur, soutenant qu’« il y a un niveau où il ne faut pas aller ». Vraiment, M. Coderre ?
Les politiciens sont convaincus de l’efficacité de la démagogie. C’est aux électeurs de leur prouver qu’ils ont tort.





Une amende pour les non-votants?
L’indifférence des jeunes et la perception des politiciens expliqueraient la participation moindre aux élections
— De moins en moins de Canadiens se rendent aux urnes le jour d’un scrutin. L’indifférence des jeunes et la perception négative des politiciens expliqueraient, en partie, la défection de la population vis-à-vis le processus électoral, estiment des experts.
Un peu plus de la moitié des électeurs admissibles a voté lors de récentes élections fédérales et provinciales au pays. Au cours des deux dernières décennies, le taux de participation a décliné de manière constante au Canada, si bien que lors des élections fédérales, en octobre, il a atteint 58,8%. C’était la première fois qu’il passait sous la barre des 60% depuis la naissance de la fédération.
Selon un professeur du département de science politique de l’Université de Toronto, Lawrence LeDuc, des raisons démographiques expliquent ce faible taux de participation au pays, puisque les jeunes se rendent moins aux urnes que leurs aînés. M. LeDuc a réalisé de nombreuses études pour le compte d’Élections Canada sur la faible participation électorale.
Listes électorales
Il croit que rien n’incite les jeunes à aller voter, contrairement aux générations précédentes, qui se sentaient davantage concernées par les enjeux politiques importants comme la guerre ou la dépression.
Un collègue de l’Université de Toronto, Nelson Wiseman, croit quant à lui que les listes électorales font partie du problème. Selon lui, l’ancien système de recensement des électeurs, où l’on faisait du porte-à-porte pour s’assurer que les électeurs en mesure de voter étaient bien inscrits sur les listes, était plus efficace que le système actuel.
De plus, les partis politiques préfèrent plutôt profiter du temps à leur disposition avant les élections pour déployer des campagnes publicitaires. Cellesci auraient un impact important sur la perception négative du public à l’égard des politiciens, selon une étude publ iée en 2003 pour le compte d’Élections Canada et menée par M. Leduc et Jon Pammett, de l’Université de Carleton à Ottawa.
L e c ha ngement da ns
la manière dont les médias couvrent les campagnes électorales aurait également un impact sur le taux de participation des électeurs, selon M. Wiseman.
Les chercheurs croient qu’imposer une amende à ceux qui s’abstiennent de voter, comme c’est le cas en Australie, pourrait faire augmenter la participation électorale au Canada. Ils estiment également qu’il faudrait mettre davantage l’accent sur les enjeux importants lors d’élections, puisque, selon eux, la plupart des gens sentent que les choses ne changeront pas vraiment.



La carotte avant le bâton - VINCENT MARISSAL
Les partis politiques rebutent les jeunes, qui boudent les partis politiques, ceux-ci ne représentent donc pas les jeunes, qui, eux, ne se reconnaissent pas dans les partis politiques.
Une amende pour les non-votants ? C’est mon j ournal qui posait la question dans son numéro de mercredi, reprenant ainsi les conclusions d’universitaires sur l’apathie des jeunes électeurs au Canada.
Selon des professeurs de sciences politiques réunis à Vancouver, dont Lawrence LeDuc, de l’Université de Toronto, « l’indifférence des jeunes et la perception négative des politiciens expliqueraient, en partie, la défection de la population vis-à-vis le processus électoral ».
Ces conclusions ne sont pas très surprenantes. Ce qui l’est, c’est que l’on propose du même souffle de punir les électeurs, donc surtout les jeunes, qui boudent les urnes.
Qu’est-ce qui vient en premier : l’indifférence des jeunes ou la perception négative des politiciens ? L’indifférence ne seraitelle pas créée par l’image négative des politiciens ?
Si on part du principe que les jeunes ne s’intéressent pas à la politique et que, de ce fait, ils se font une idée négative des politiciens, on fait fausse route. En fait, les jeunes réagissent à ce qu’ils voient : un milieu peu stimulant, fermé sur lui-même, peuplé de gens beaucoup plus âgés qu’eux, qui ne parlent pas des sujets qui branchent la jeunesse. Un milieu, aussi, trop souvent éclaboussé par des scandales sordides et qui carbure au concentré de cynisme.
Je n’ai pas fait de savantes études doctorales sur le sujet, mais c’est ce que j’observe sur le terrain depuis une quinzaine d’années. C’est aussi ce que les jeunes de Forum-Jeunesse, qui m’ont fait l’honneur de m’inviter comme conférencier le week-end dernier en Abitibi, m’ont répété en choeur, moi qui venais de leur faire l’éloge de l’engagement politique pendant deux heures.
Je comprends fort bien vos réticences, et elles sont fondées, leur ai-je dit, mais vous ne changerez pas le jeu politique en restant sur les lignes de côté. Chaque génération est porteuse de ses propres priorités. Les jeunes peuvent bien accuser les baby-boomers d’avoir fait le vide autour d’eux, mais il faut reconnaître que les moins de 40 ans ne se bousculent pas pour combler ce vide.
En fin de soirée, trois jeunes filles m’ont abordé pour me dire : « Vous savez, les partis politiques ne nous intéressent pas, on ne s’y retrouve pas, c’est pour cela que l’on milite dans une organisation non partisane ».
De t oute évidence, mon long exposé n’a pas su les convaincre !
Nous sommes ici devant un cercle vicieux : les partis politiques rebutent les jeunes, qui boudent les partis politiques, ceux-ci ne représentent donc pas les jeunes, qui, eux, ne se reconnaissent pas dans les partis politiques.
Résultat : les partis politiques font les débats des parents des jeunes électeurs. La confrontation souverainiste-fédéraliste, par exemple, qui continue d’occuper beaucoup d’espace, mais dans laquelle les jeunes ne se reconnaissent plus. Pourquoi en est-il ainsi? D’abord parce que les partis politiques sont devenus des « business », des organisations fermées mues par des réflexes corporatistes et dirigés par une poignée de « chums », des technocrates dont le principal but est de maintenir le calme dans les troupes et dont le seul objectif est le pouvoir.
En bref, les partis politiques sont devenus « plates ». Même le Parti québécois, jadis haut lieu des débats épiques sur l’avenir du Québec et des grandes réformes.
Les scandales et le cynisme ambiant n’aident certainement pas non plus à faire monter la cote des partis politiques auprès des jeunes. En voyant Brian Mulroney slalomer pendant six jours entre les questions d’une commission d’enquête, combien de jeunes (et de moins jeunes, d’ailleurs) se sont dit : plus ça change, plus c’est pareil en politique…
La relève fait défaut en politique, c’est l’évidence, mais le manque d’élévation des politiciens de carrière n’a rien pour attirer les jeunes talentueux.
Prenez Montréal, par exemple, où seulement de 20 à 30% des jeunes électeurs ont voté aux dernières municipales. Pensezvous vraiment que le manque de leadership et les odeurs de scandale qui flottent à l’hôtel de ville sont de nature à inciter de jeunes brillants à se lancer à la rescousse de leur ville ? Ou même d’aller voter aux prochaines élections, en novembre ?
Le mode de scrutin comme tel explique aussi en partie l’apathie des jeunes électeurs. Pour des jeunes branchés en permanence, il y a quelque chose d’archaïque à devoir faire la queue dans un sous-sol d’église entre 8h et 20h pour aller griffonner un bout de papier.
Le fait de ne pas compter les abstentions comme telles indispose aussi certains jeunes, qui aimeraient que l’on considère leur geste comme une décision politique (au Canada et au Québec, il n’y a pas de case « abstention » ou « aucun de ces partis », on met tous les bulletins non conformes dans « votes rejetés »).
On a beau répéter que « voter, c’est un devoir », il reste que c’est d’abord et avant tout un droit et, par conséquent, le droit, aussi, de ne pas voter.
I nf liger des amendes forcerait sans doute plus d’électeurs à voter. Il s’agit toutefois de la voie de la facilité qui permet, commodément, d’oublier que le problème, c’est la politique, pas les électeurs.
Cela ne ferait rien non plus pour inciter la relève à se lancer en politique.
Pour attirer les jeunes vers les urnes, la carotte vaudrait certainement mieux que le bâton.




RIP pour la RP -  LYSIANNE GAGNON
(NED : Disons que je n'ai simplement pas de mot pour exprimer à quel point je suis dans le plus total désaccord avec ce qui suit !...)
La formule de la représentation proportionnelle comporte le risque d’engendrer des gouvernements minoritaires, par définition instables, de même qu’un climat de politicaillerie incessante.
L’ un des résultats des élections provinciales en Colombie-Britannique, qui viennent de reporter au pouvoir le gouvernement Campbell, aura été d’enterrer pour longtemps l’idée du scrutin à la représentation proportionnelle. C’est beaucoup mieux ainsi, car une telle réforme, démocratique en apparence, risque d’entraîner plusieurs effets pervers, dont une succession de gouvernements minoritaires.
Les électeurs de Colombie-Britannique, qui viennent de réélire Gordon Campbell, ont rejeté à 61% l’idée du scrutin à la représentation proportionnelle.
L’idée a déjà été défaite en Ontario. En Colombie-Britannique, c’était la deuxième fois que cette réforme était proposée, après avoir été battue de justesse il y a quatre ans. Ses partisans espéraient qu’avec une meilleure information, la proposition pourrait franchir le seuil des 60% requis. Le gouvernement a consacré 1 million de dollars à une grande campagne d’« éducation populaire », la somme étant également répartie entre les deux camps. Mais le résultat du second référendum fut de faire reculer le projet, qui n’a reçu que 39% d’appuis, et a été rejeté dans la plupart des circonscriptions.
De deux choses l’une: ou les électeurs de la côte Ouest ont trouvé la proposition STV (pour « single electoral vote ») trop complexe et confuse – ce qu’elle était en effet; ou la cacophonie qui règne aux Communes, depuis que s’y succèdent les gouvernements minoritaires, les a pour de bon détournés de l’idée.
Aucun gouvernement ne voudra rééditer ce genre de référendum, pas plus au Québec qu’ailleurs, où les mêmes réticences se feraient sentir. De toute façon, qui parle encore de la représentation proportionnelle, à part les partis marginaux pour lesquels elle représente le seul espoir? Tant le PQque le PLQont rêvé chacun son tour à cette réforme, pour l’envoyer aux orties dès que le système actuel recommençait à les avantager.
En 1973, après s’être retrouvé avec seulement six députés bien qu’il ait obtenu 30% du vote, le PQ ne jurait que par la RP… pour l’oublier prestement une fois au pouvoir. En 1998, ce fut au tour des libéraux de flirter avec l’idée: la distorsion induite par le système traditionnel leur avait fait perdre les élections bien qu’ils aient reçu 28 000 votes de plus que le PQ. (L’ADQ s’en tirait encore plus mal, avec un seul député pour 12% du vote.) Mais d’élections en élections, le rééquilibrage s’effectue, et les perdants redeviennent les gagnants…
La formule de la représentation proportionnelle comporte le risque d’engendrer des gouvernementsminoritaires, par définition instables, de même qu’un climat de politicaillerie incessante marqué par des renversements de gouvernement et des élections à répétition. Cette formule a d’autres désavantages qui, au bout du compte, ne servent pas la démocratie.
D’abord, elle contribue à rendre une partie des députés redevables aux appareils des partis plutôt qu’à l’électorat, car les « députés » choisis pour combler l’écart entre le nombrede sièges et le vote populaire sont ceux que la direction du parti inscrit sur une liste par ordre de priorité – un choix qui échappe à la volonté des électeurs.
Plus subtile est l’autre conséquence des scrutins à la proportionnelle: ce système favorise l’éclosion des partis sans assise populaire, voués à une cause unique. S’ils étaient assurés d’avoir un certain nombre de députés (plus, en tout cas, que dans le système actuel), leurs militants n’auraient aucun intérêt à s’intégrer aux grands partis pour faire avancer leurs idées. Or, la meilleure façon de faire bouger les choses, c’est d’influencer les partis qui ont réellement des chances de former le gouvernement.
Qu’il s’agisse de l’environnement, des droits des femmes ou des droits des gais, les causes progressistes sont toujours mieux servies si elles font leur chemin dans les partis de gouvernement que si elles restent la chose d’une poignée de militants dissociés de l’électorat majoritaire.


Police : Le règlement, le jugement -  PATRICK LAGACÉ
Chaque jour, des centaines de policiers québécois choisissent de ne pas appliquer un règlement. Ils font preuve d’un truc qui ne s’enseigne pas à l’École de police. De jugement.
Mercredi s oir dernier, station de métro Montmorency, Lavaldes - Rapides . Bel a Kosoian, 38 ans, commet le genre de délit qui menace la stabilité de Laval, qui fut il y a de cela bien longtemps « la ville de l’avenir ».
Elle est debout dans l’escalier roulant ET ELLE NE TIENT PAS LA RAMPE.
C’est grave. Je sais. Reprenez votre souffle.
Pourtant, les pictogrammes du métro sont clairs: le petit bonhomme tient la rampe. Un jour, peut-être portera-t-il un casque. Mais il n’en porte pas. Pour l’instant.
Bela Kosoian cherche donc de l’argent dans son sac, debout dans l’escalier roulant qui l’emmène vers le poste du guichetier.
Deux valeureux policiers de Laval interpellent alors Bela Kosoian. Un des agents lui dit de tenir la rampe. Je cite le texte de Martin Croteau, qui a écrit sur l’affaire, dimanche, dans La Presse :
Au début, la mère de deux enfants n’avait aucune idée de ce que lui demandaient l’agent et son partenaire. Ils ont dû répéter deux ou trois fois avant qu’elle comprenne ce qu’ils exigeaient. « Je lui ai répondu que je n’avais pas une troisième main pour tenir la rampe », a-t-elle relaté.
Est-ce baveux? Oui. Est-ce sarcastique? Mets-en.
J’aurais fait la même chose. Je ne suis pas le seul.
Parce que c’est tatillon. Parce que c’est téteux. Parce que c’est une niaiserie, de ne pas tenir la rampe, dans un escalier roulant, dans le grand totem des délits.
J’entends d’ici des émules du Schtroumpf à lunettes me dire: « Ah! c’est le règlement. Elle n’avait qu’à respecter le règlement. »
O. K., merci, les Schtroumpfs à lunettes.
Mais c’est un règlement idiot. Et, chut, ne le répétez pas: chaque jour, des centaines de policiers québécois choisissent de ne pas appliquer un règlement, une loi, une directive. Ils font preuve d’un truc qui ne s’enseigne pas à l’École de police de Nicolet.
De jugement.
Revenons à l’interaction entre Mme Kosoian et les deux policiers de Laval. Le ton monte. S’ensuit une arrestation virile: la botte d’un policier sur le pied de la mère de famille, les menottes, la cellule de la station de métro et tout et tout...
Contravention : 100 $ pour avoir désobéi à une directive ou un pictogramme.
Et 320$ de bonus pour entrave au travail d’un inspecteur dans le cadre de ses fonctions.
Répétez après moi : servir et protéger...
J’en connais, des policiers. Pas des tonnes. Quelques-uns. Des tripeux. Le genre à courir dans des ruelles après des bandits. Et à aimer ça!
Or, jamais, jamais, jamais ceux-là ne perdraient leur temps à même commencer à penser à dire à une usagère du métro qui NE TIENT PAS LA RAMPE DE L’ESCALIER ROULANT qu’elle commet un délit.
Pourquoi? Parce que ces policiers-là ont trop de jugement, justement , pour s’abaisser à appliquer des règlements surréalistes. Pour emmerder les citoyens qu’ils sont censés protéger.
Nathalie Laurin est relationniste pour la police de Laval. Elle aurait pu, devant le dérapage du métro Montmorency, dire ceci : pas de commentaires. Ou rester collée sur les faits. Sauf que non. L’agente Nathalie Laurin, exemplaire de solidarité avec les deux génies du métro, en a remis une couche. Sa déclaration à Radio-Canada: « Cette dame-là a enfreint des règlements du métro. Je comprends que oui, c’est peutêtre beaucoup d’argent, mais comme je vous dis, on est là pour faire respecter les règlements. Et elle est chanceuse finalement qu’elle ne se retrouve pas avec des accusations criminelles en plus. »
Décortiquons la déclaration de Nathalie Laurin. Celle-ci nous dit, en parlant de la délictueuse Mme Kosoian, qu’« elle est chanceuse finalement qu’elle ne se retrouve pas avec des accusations criminelles en plus ».
Troublant. Pourquoi insinuer que Mme Kosoian a commis un acte criminel ?
Si la police de Laval considère que Bela Kosoian a commis un acte criminel – non précisé par Mme Laurin –, qu’on transmette le dossier à la Couronne. Point final.
Et si elle n’a pas commis d’acte criminel, les relationnistes de la police de Laval n’ont pas à dire de Mme Kosoian qu’elle est « chanceuse » de ne pas être accusée.
Ni à sous-entendre qu’elle aurait pu l’être.
Je cite encore Nathalie Laurin, qui a dit à mon confrère Croteau: « Si la dame avait dit " D’accord, pardon" et qu’elle avait mis sa main sur la rampe, ça se serait terminé là, a-t-elle expliqué. C’est son entêtement à refuser de mettre sa main sur la rampe... Quand les policiers le lui ont répété deux ou trois fois, à ce moment, elle était évidemment en infraction et ils n’avaient pas le choix d’appliquer ce règlement. »
O. K. Là, la tête me tourne. Là, je ne comprends plus.
On l ’ appl ique ou on ne l’applique pas, le règlement, Mme Laurin?
C’est quoi , l’infraction de Mme Kosoian? Ne pas avoir tenu la rampe ? Ou ne pas avoir dit « D’accord, pardon » ? Ou son « entêtement » ?
Faudrait se brancher.
L’agent qui a signé la contravention remise à Bela Kosoian s’appel le Camacho. Prénom inconnu. J’espère qu’il est fier, ce matin. Tout comme son équipier.
Parce que c’est à cause d’interventions stupides comme cel le qu’ i ls ont menée que bien des gens méprisent la police. Qu’ils croient qu’un power trip sommeille en chaque flic.
Je me mets dans sa tête, à Camacho. Tout jeune, il voulait être flic, j’imagine. Pourquoi ? Pour donner des tickets à des femmes qui ne tiennent pas la rampe dans le métro?
C’est pour ça que l’histoire de Mme Kosoian est universelle. Parce qu’elle renvoie à la délicate notion de jugement chez les policiers.
C’est pour ça que l’histoire de Mme Kosoian est effrayante. Parce que ces gens-là ne traînent pas qu’un calepin à constats d’infraction. Ils portent aussi un gun.




Ni l’ADQ ni le PLQ n’y voient de problème
Relation amoureuse entre François Bonnardel et Nathalie Normandeau
— Jean Charest savait que Nathalie Normandeau entretenait une relation amoureuse avec le député adéquiste François Bonnardel lorsqu’il l’a nommée vice-première ministre à la midécembre. Il est « très à l’aise avec la situation » et dit avoir une « confiance totale » en sa ministre.
François Bonnardel n’avait informé ni son chef ni ses collègues députés de sa relation avec Nathalie Normandeau, vicepremière ministre du Québec, avant que des journalistes soulèvent la question et que l’histoire fasse les manchettes. Pour sa part, Jean Charest était au courant pour Mme Normandeau.
« Mme Normandeau m’a informé à la première occasion qu’elle fréquentait M. Bonnardel », a affirmé le premier ministre, refusant de préciser si c’était longtemps avant la mi-décembre. « Je n’ai jamais eu d’inquiétude sur les conséquences de sa relation. »
Une histoire entre une ministre libérale et un député adéquiste, « ce n’est peut-être pas ce à quoi on s’attendait, mais l’amour est plus fort que la politique. (...) Avant la politique, il y a la vie ».
Cette relation ne cache aucune tentative visant à convaincre M. Bonnardel de changer de camp, a indiqué M. Charest.
Nathalie Normandeau, qui a elle-même levé le voile sur cette relation mercredi, estime que « ce n’est pas une question d’éthique que d’aimer quelqu’un. Je suis engagée dans une relation avec un collègue d’une autre formation politique. On est conscients de tout ce que ça implique. M. Charest me fait confiance. Et moi tous les jours, j’ai la responsabilité d’honorer sa confiance ».
De soncôté, FrançoisBonnardel n’avait informé ni son chef ni ses collègues députés de sa relation avant que des journalistes soulèvent la question et que l’histoire fasse les manchettes. Il leur en a parlé hier. « Je suis très serein face à la relation que j’ai avec Nathalie. Je ne veux pas que personne ne doute de mon éthique de travail et de mon professionnalisme. » Gilles Taillon était au courant de la situation depuis un certain temps. M. Bonnardel assure que sa relation amoureuse n’a aucun lien avec sa décision de renoncer à la direction de l’ADQ.
Le député de Shefford assure qu’il ne passera pas dans le camp libéral. « Je suis un adéquiste dans l’âme, et je vais le rester. »
L’a n de r n i e r , N a t h a l i e Normandeau a versé 1000 $, à même son budget discrétionnaire, à la Fondation François Bonnardel, qui vient en aide aux organismes communautaires de la circonscription de Shefford. C’était avant le début de leur relation, a dit M. Bonnardel.
Il a donné un exemple pour prouver que Mme Normandeau ne lui ferait pas de faveur dans le traitement de ses dossiers. Au début de mars, la ministre des Affaires municipales a transféré la Ville de Bromont à la MRC de Brome-Missisquoi, « ce que je ne souhaitais pas », a-t-il dit.
« On est des humains »
Ni la chef intérimaire, Sylvie Roy, ni le président du caucus adéquiste, Janvier Grondin, n’en veulent à M. Bonnardel d’avoir omis de les informer avant. Ils sont satisfaits de la profession de foi adéquiste de leur collègue. Cette relation « ne pose aucun problème. On n’a pas à prendre de mesures particulières », a dit Mme Roy.
« C’est la vie privée, a affirmé son collègue Janvier Grondin. On a droit de faire un peu ce qu’on veut. On est des humains. Moi, je suis un peu embêté. Je me dis que, quand on va en politique aujourd’hui, faudrait-il passer chez le médecin se faire castrer pour ne pas regarder les autres chevaux? »

« Ça ne me surprend pas du tout » que François Bonnardel ait succombé au charme de Nathalie Normandeau. « Un homme normal regarde les belles femmes. Et Mme Normandeau est une belle femme », a-t-il lancé.

Penser, activité principale des villes modernes
« La somme de la richesse, c’est davantage la connaissance et les idées nouvelles que l’accumulation du capital. »
Le dynamisme des métropoles repose de plus en plus sur leur capacité à générer des idées.
Ainsi pense Robert E. Lucas, lauréat du prix Nobel d’économie de 1975 et conférencier d’ouverture du 34e congrès de l’Association des économistes québécois. Les travaux qui se poursuivent aujourd’hui portent sur les grandes villes en tant que locomotives du développement économique et sur l’évaluation du rôle de Montréal.
« Les gens des grandes villes sont de plus en plus occupés non pas à fabriquer, mais à penser ou à converser, a-t-il indiqué pour lancer la réflexion des quelque 350 congressistes. C’est devenu l’activité principale des villes modernes. »
Il a ainsi donné l’exemple du New York Times, réputé quotidien conçu et produit dans la Grosse Pomme, mais imprimé au NewJersey, là où les terrains coûtentmoins cher.
Avant d’évoquer cette idée qu’il n’est pas seul à promouvoir, M. Lucas avait brossé à gros traits les grandes étapes de la croissance économique. Jusqu’à la révolution industrielle, les villes vivaient des surplus de l’agriculture et abritaient surtout les grands propriétaires terriens, leur personnel et les savants à leur service. Croissances démographique et économique allaient de pair.
La révolution industrielle a accéléré la création de richesse en attirant dans les villes de plus en plus de paysans, jusque-là astreints à cultiver de manière peu productive.
Sortir la majorité des gens de la production agricole est donc une condition préalable à la création soutenue de richesse. Cette idée n’est cependant pas nouvelle: Karl Marx l’a explorée longuement dans Le Capital. C’est encore vrai de nos jours dans les économies en développement: des familles sont prêtes à quitter leurs terres dans l’espoir d’une meilleure condition, quitte à s’entasser des années durant dans des bidonvilles, a noté M. Lucas, farouche défenseur du libéralisme économique.
Il a aussi établi une relation statistique entre le dynamisme des villes et la croissance. « La somme de la richesse, c’est davantage la connaissance et les idées nouvelles que l’accumulation du capital », a-t-il soutenu.
Les villes restent le moteur de la croissance, car c’est en elles que naissent les technologies et que fleurissent les idées novatrices. Cela suppose aussi qu’elles évoluent dans un environnement ouvert, favorable au commerce et aux échanges, a-t-il rappelé. La ville nourrit aussi l’agriculture grâce à la mise au point de technologies. Cela suppose cependant que les travailleurs agricoles soient suffisamment instruits pour se les approprier. Voilà pourquoi, à ses yeux, certains États assez bien gouvernés comme la Thaïlande n’ont pas les mêmes succès économiques que la Corée ou laMalaisie voisines.
L’économiste, toujours actif à l’Université de Chicago, a enfin noté que même avec les villes qui génèrent les meilleures idées, les économies les plus avancées auront une croissance contenue à 2% ou 3%, ce qui reste supérieur à l’augmentation de leur population. « Elles n’ont pas de rattrapage ou d’adaptation à faire. »
M. Lucas a été présenté aux congressistes par le vice-président de l’Institut économique de Montréal, Marcel Boyer, comme « l’économiste le plus influent des 40 dernières années ». M. Boyer a euM. Lucas comme professeur pour ses études de doctorat à Pittsburgh.



Fin de session pépère  -  VINCENT MARISSAL
C’est probablement le propre d’une société paisible et sans histoire que de se faire des petites peurs, périodiquement, avec ce qui pourrait arriver.
Fin de saison politique, ça sent déjà les vacances à Ottawa et Québec. Après une fin 2008 hyperactive dans les deux capitales, le printemps aura été plutôt pépère. Il se passe beaucoup de choses, mais rien de crucial. En politique, l’hibernation se fait en été
Nous y sommes donc, entre deux élections à Ottawa, et près de l’anniversaire des six mois de Jean Charest III à Québec.
Parlant de Jean Charest, son parti tiendra un conseil général cette fin de semaine à Laval, un événement que les autorités du PLQ veulent calme et harmonieux. Ils veulent parler de développement énergétique, une filière qui a réussi jadis à Robert Bourassa. Bref, un petit happening sans histoire comme les aiment les partis au pouvoir.
Personne n’en parlera ouvertement dans les corridors du Sheraton Laval, mais plusieurs libéraux se demandent tout de même combien de conseils généraux se tapera encore Jean Charest.
Des sources au sein du PLQ m’ont confié récemment que la question de la succession de Jean Charest fait beaucoup jaser au sein des instances du parti et que certains se préparent même pour du mouvement en 2010.
J’avais, il y a quelques semaines, évoqué les noms de Raymond Bachand, Line Beauchamp et Jean-Marc Fournier. Des militants libéraux se sont empressés de rajouter le nom de Nathalie Normandeau à ma courte liste. Avec raison. La vice-première ministre peut compter sur de solides appuis, notamment chez les jeunes et les femmes du PLQ.
De plus, j’ai appris depuis que Daniel Johnson (eh oui, Daniel Johnson) nourrit toujours quelque ambition secrète de retour. En fait, pas si secrète que ça puisqu’il a approché la CommissionJeunesse du PLQ pour tâter le terrain il y a quelque temps et que certains de ses partisans ont mis des lignes à l’eau. Juste au cas…
Petits moyens, petite campagne
Cible privilégiée des conservateurs dans une nouvelle série de publicités négatives, le chef libéral Michael Ignatieff a modestement répondu – à la mesure des modestes moyens du PLC– par une pub internet.
Modestement, le PLC demande aussi à ses membres de participer à la contre-attaque en créant des publicités positives vantant leur chef et de les mettre en ligne sur YouTube.
Le gagnant du meilleur spot de 30 secondes sur YouTube gagnera une modeste somme de 308$, soit une modeste contribution de 1$ pour chacune des 308 circonscriptions du pays.
Les sondages sont bons, mais les temps sont durs…
La barre est haute
Accablés par de très mauvais sondages depuis quelque temps, les conservateurs n’étaient pas peu fiers d’avoir réuni plus de 2000 personnes, mercredi soir, à Montréal à l’occasion d’une visite de leur chef.
Avec raison. Il y avait longtemps que l’on avait vu autant de militants réunis pour un évél’impression que la question du voile dans la sphère publique québécoise est un grave problème social au Québec.
C’est probablement le propre d’une société paisible et sans histoire que de se faire des petites peurs, périodiquement, avec ce qui pourrait arriver. Que de s’imaginer que derrière le voile d’une infime minorité de femmes discrètes se cachent les pires scénarios. Comme le déferlement de hordes d’intégristes dans nos terres, alors que dans les faits, toute cette histoire n’en est pas une, comme l’ont écrit si justement Bouchard et Taylor.
N’empêche, les gardiens de l’Identité sont remontés au créneau pour vous protéger de votre nement au Québec, tous partis politiques confondus.
La barre est maintenant très haute pour le prochain grand événement politique du printemps, la soirée de financement de Michael Ignatieff, le 4 juin au Sheraton du centre-ville.
On verra alors si les libéraux ont la même capacité de mobilisation que les conservateurs et si les succès de M. Ignatieff dans les sondages peuvent se transformer en espèces sonnantes et trébuchantes.
Cachez ce voile...
À lire les journaux des derniers jours, notamment les pages Forum de La Presse de jeudi, un visiteur étranger aurait vraiment propre tolérance. Pauline Marois et Louise Beaudoin en tête, qui veulent interdire le port du voile dans la fonction publique.
Le zèle laïque de mesdames Marois et Beaudoin amène deux questions :
– Symbole religieux pour symbole religieux, êtes-vous d’accord pour décrocher le crucifix du Salon bleu de l’Assemblée nationale ? Je n’ai jamais été « confronté » à une fonctionnaire à foulard, mais chaque fois que j’entre à l’Assemblée nationale, la grosse croix au-dessus du fauteuil du président me saute aux yeux comme un néon dans une chambre noire.
– Accepteriez-vous qu’une musulmane voilée, dûment élue par son association de circonscription, fasse campagne pour le PQ, comme Monia Mazig et Samira Laouni l’ont fait pour le NPD en 2004 et 2008? Et si elle est élue, pourrait-elle siéger avec son voile?
On prend un café pour en discuter, si vous voulez. C’est moi qui invite.
Mario le journaliste
Il n’existe pas d’ordre professionnel de journalistes au Québec et bien que le débat revienne périodiquement, le consensus dans la profession s’y oppose.
J’adhère, mais si j’entends encore une fois Mario Dumont dire qu’il est « journaliste », comme il l’a fait mercredi lors du passage de Stephen Harper à Montréal, je vais lancer le mouvement québécois contre le mélange des genres.
Parce que c’est de ça dont il est question: le mélange des genres.
Les ex de RDI ( Frulla, Grégoire et Charbonneau) n’ont jamais prétendu être autre chose que des commentateurs, pas des journalistes. Quant à Jean Lapierre, le chroniticien par excellence au Québec, il a toujours refusé, en toute décence, le titre de journaliste.
Mario Dumont ne vient pas de devenir journaliste, à peine deux mois après avoir quitté son seul job à vie (la politique), du simple fait qu’il s’apprête à commenter l’actualité dans une émission de TV à TQS.

Il y a un titre pour ça: commentateur. Ce n’est pas pire ou mieux que journaliste, c’est juste plus précis.


Un simulacre de démocratie
Une résolution sur la consigne adoptée sans débat et sans vote aux assises de l’Union des municipalités
Ce que je veux dénoncer, c’est le manque de représentativité
au sein d’un organisme soidisant fondé sur le principe de
démocratie.
L’auteur est conseiller municipal à Saint-Eustache et secrétairetrésorier du conseil d’administration de Tricentris, un centre de tri. Il a fait parvenir cette lettre au président de l’Union des municipalités du Québec, Robert Coulombe. M. Coulombe, j ’ ai par t icipé ave c enthous i a sme au x assises de l’ UMQ à l’atelier intitulé « La consigne, outil du passé ou de l’avenir ? » Présidé par Denis Lapointe, l’atelier a permis une bonne discussion sur l’opportunité d’élargir ou non la consigne sur les contenants à remplissage unique (CRU). Les discussions ont été soutenues par des personnes-ressources de tous horizons et d’opinions différentes face à la question.
Considérant les questions posées et les opinions émises durant l’atelier, il serait fallacieux de prétendre qu’un consensus a été exprimé par les participants. Aucun vote n’a d’ailleurs eu lieu, ni même de vote indicatif.
Or, à l’occasion de l’assemblée générale de l’UMQ, une résolution de deux pages précisant que l’Union était favorable à l’élargissement de l’application de la consigne a été présentée et adoptée en toute hâte, et cela sans appel au vote. Cette résolution provenait d’un « caucus d’affinité » c’est-à-dire d’un sous-groupe de municipalités au sein de l’Union. La formule des caucus d’affinité a sûrement sa raison d’être afin que les villes ayant des préoccupations ou des dossiers communs puissent discuter et prendre position. Mais je crois que leur représentativité est discutable dans le cas d’un dossier qui touche l’ensemble des municipalités membres.
Finalement, je m’explique mal ce communiqué de l’UMQ émaillé des propos de Denis Lapointe et présentant comme position officielle de l’Union l’appui à la consigne et à son élargissement aux bouteilles de vin et aux bouteilles d’eau en plastique.
Comme plusieurs, je ne partage aucunement l’opinion exprimée dans ce communiqué, mais la présente lettre n’a pas pour objet d’exposer mes vues sur la question. Ce que je veux dénoncer, c’est le manque de représentativité au sein d’un organisme soi-disant fondé sur le principe de démocratie. Une résolution présentée par un sous-groupe de municipalités a ainsi été adoptée en plénière sans débat et sans vote et on s’en est servi pour déclarer par communiqué la position officielle de l’UMQ, et donc de tous ses membres.
J’aimerais vous rappeler que 60municipalités sont membres de Tricentris, qui traite aussi les matières recyclables de 40 autres municipalités clientes. Au total, près d’un million et demi de Québécois sont desservis par Tricentris et la plupart des 60 villes membres de Tricentris font également partie de l’UMQ. Tout comme moi, les représentants de ces municipalités n’ont pas pu voter, aux assises de l’UMQ, sur la question de la consigne. Je sais à ce titre que nombre d’entre eux s’y opposent.
Faut-il en déduire que tout était joué d’avance? Qu’on a eu droit à un simulacre de démocratie pour faire passer une résolution écrite à l’avance? Je m’interroge grandement quand je vois agir ainsi des représentants de citoyens, élus démocratiquement par surcroît.


Le CA de l’UMQ représentatif
Aucune résolution n’est adoptée sans débat et à la toute hâte
L’UMQ célèbre cette année le 90e anniversaire de son histoire. Elle s’est toujours fait un devoir de permettre à ses membres
d’exprimer leur opinion.
L’auteur est président de l’Union des municipalités du Québec et maire de Maniwaki. Il réplique à la lettre de Daniel Goyer, conseiller municipal de SaintEustache, qui a été publiée le 23 mai. M. Goyer, j’ai lu avec intérêt la lettre dans laquelle vous exprimez de sérieux doutes quant aux règles régissant le déroulement de l’assemblée générale annuelle de l’Union des municipalités du Québec. Vous allez même jusqu’à dénoncer « le manque de représentativité au sein d’un organisme soi-disant fondé sur le principe de démocratie ».
Vos propos méritent une importante mise au point. Tout d’abord, sachez que la résolution sur l’élargissement de la consigne sur les contenants à remplissage unique (CRU), qui a été, selon vous, adoptée en toute hâte et sans vote, n’a justement pas été adoptée ! Pour être accueillie, elle nécessitait un proposeur et un appuyeur. Comme le stipulent les règlements généraux de l’Union, « toute nouvelle question non prévue à l’ordre du jour d’une assemblée ordinaire peut être reçue et débattue, mais ne sera pas soumise au vote. Elle sera plutôt référée au conseil d’administration pour prise en considération ».
Ce fut le cas de cette résolution proposée par le caucus des cités régionales de l’UMQ et appuyée pour qu’elle soit retenue et déférée, pour analyse et décision éventuelle, à la prochaine réunion du conseil de l’Union. Telles en font foi les minutes de cette assemblée générale tenue dans le cadre de nos assises annuelles, le 16 mai dernier.
J’aimerais vous rappeler que le consei l d’administrat ion de l’UMQ est représentatif du monde municipal québécois, étant formé de 4 4 mai res et mai resses de municipalités de toutes tailles et de toutes les régions du Québec, élus par leurs pairs membres de l’Union. À ses réunions, aucune résolution présentée par une de ses Commissions pol itiques – également formées d’élus munic i pau x et de per sonnes-ressources – n’est adoptée sans analyse, débat et à la toute hâte. L’ UMQ c élèbr e c e t t e année le 90e anniversaire de son histoire. Elle s’est toujours fait un devoir de permettre à ses membres d’exprimer leur opinion.
Vous avez raison, le dossier de la consigne concerne l’ensemble des municipal ités membres de l’ UMQ et c’est pourquoi il y a bien longtemps qu’elles examinent cette question, notamment au sein de notre Commission de l’environnement. De ces réflexions est issue une résolution adoptée par le conseil d’administration de l’UMQ en 2006, qui demandait au gouvernement du Québec d’ajouter les contenants de vins et de spiritueux de la SAQ au système public de consignation, et une autre, adoptée en 2008, qui réitérait à la ministre du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs, sa demande d’ajouter les bouteilles d’eau au système public de consignation. Il n’y a ici rien de nouveau. L’UMQ a toujours eu comme position la responsabilisation complète de l’industrie pour les biens qu’elle met en marché.
Lorsque vous vous expliquez mal le communiqué émis par l’UMQ sur le sujet, vous avez la réponse au deuxième paragraphe de celuici. Elle n’a que réitéré sa position dans ce dossier, en réaction aux commentaires entendus au cours des dernières semaines voulant que la consigne sur les contenants à remplissage unique, en place depuis 1984 au Québec, pourrait être abandonnée. L’Union demeure une alliée indéfectible de la collecte sélective des matières recyclables et considère que la consigne et la collecte sont des systèmes complémentaires essentiels à la réduction à la source.




Le courage du nom -  ANDRÉ PRATTE
En démocratie, il n’est pas seulement fondamental que chacun puisse s’exprimer. Il est essentiel aussi que chacun agisse à visage découvert. Le secret et l’anonymat sont les refuges de ceux qui trompent ou n’osent pas affronter l’opinion. Ceux-là ne sont pas d’authentiques démocrates.
Dans le cadre de la restructuration de Chrysler, certains créanciers qui tentent de bloquer le processus – donc de pousser Chrysler à la faillite – ont demandé au juge de préserver leur anonymat. Qualifiés de « spéculateurs » par le président Obama, ces fonds d’investissement et de retraite ont dit craindre que des personnes mécontentes s’en prennent à leur personnel. Le juge a estimé cet argument peu convaincant et a forcé les créanciers à dévoiler leur identité. L’avocat de Chrysler a ainsi résumé les risques de l’incognito: « L’anonymat nourrit l’irresponsabilité. »
Cela est vrai dans les situations les plus graves comme les plus bénignes. Pourquoi tant de blogueurs tiennent-ils à cacher leur identité? Sans doute le recours au pseudonyme permet-il plus de licence. Lovequeen18 peut insulter, inventer, écrire sans se soucier de l’orthographe. On gagne en cacophonie, pas en démocratie.
Le j ournal isme pol it ique s’abreuve aux sources anonymes. Dans plusieurs cas, c’est inévitable et justifié: ces sources permettent de déterrer les scandales. Si ces gens sortaient de l’ombre, ils s’exposeraient aux représailles. Dans d’autres circonstances, politiciens et membres du personnel politique profitent de l’anonymat pour glisser des « confidences » dans l’oreille des journalistes. Il faut mettre le mot confidences entre guillemets : en réalité, pour des motifs personnels ou partisans, la source veut que l’information soit publiée mais sans qu’on sache qu’elle vient d’elle. Pourquoi faire de la politique si on n’a pas le courage de ses opinions?
Les entrepreneurs et les financiers composent une partie importante de l’élite québécoise. Quand les entend-on prendre position sur quelque enjeu public ? Aux yeux de Québec inc., le silence est toujours d’or.
Dans le milieu des affaires pourtant, on ne se gêne pas pour critiquer le manque de courage politique des élus. Or, on devrait reconnaître que les politiciens, eux, s’exposent quotidiennement à la critique publique. Ils doivent sans cesse convaincre, expliquer, justifier. Ils n’affrontent pas seulement un conseil d’administration ou quelques analystes, mais des millions de personnes. Chacun de leur geste, chacune de leurs dépenses est épiée et autopsiée.
Combien de gens d’affaires accepteraient de se plier à un tel examen? Les comités de rémunération seraient-ils aussi généreux pour les patrons d’entreprise si les médias publiaient à chaque occasion le nom et la photo des personnes qui y siègent?
Décider, agir, affirmer, critiquer, dénoncer: autant de choses bien plus faciles à faire sous le couvert de l’anonymat. Les démocrates engagés persistent et signent.


Bixi, blogue et bullshit -  PATRICK LAGACÉ
Créer un faux blogue animé par des personnes qui n’existent pas, sans jamais révéler qu’il s’agit là d’un rouage d’une campagne de marketing, est-ce une arnaque?
C’est l’histoire d’un blogue sur le vélo. Créé quelque part en 2008 par trois Montréalais : Mélanie Gomez, Jean-Michel Simoneau et Pénélope Riopelle. Nom du blogue : « À vélo citoyens ».
Pour faire la promotion du Bixi, le service de vélo libre-service, la firme Morrow Communications a créé de toutes pièces un blogue intitulé « À vélo citoyens». Les trois animateurs de ce blogue sont des personnages complètement inventé.
Ce blogue, c’est une idée née « spontanément », quand ces trois cyclistes se sont rencontrés « de manière fortuite », expliquent-ils sur « À vélo citoyens ».
L’idée? Promouvoir le vélo comme principal moyen de transport à Montréal. Ce sont les mots de Mélanie, Jean-Michel et Pénélope eux-mêmes.
Un bon blogue, je dois le dire. Mis à jour souvent. Bien écrit. Sujets variés.
Les trois amis se sont investis dans cette aventure web. Mélanie a même produit des clips pro-vélo très bien faits, pour le blogue. JeanMichel allait intervenir sur d’autres blogues, allait commenter des textes du Devoir, invitant les lecteurs à venir lire « À vélo citoyens ».
Pour faire la promotion du blogue, Gomez, Simoneau et Riopelle ont créé une page Facebook. Nombre de membres : 1300. Les trois cyclistes avaient, chacun de leur côté, une page Facebook. Mélanie Gomez étant la plus prolifique : 1400 amis.
Les efforts de Gomez, Simoneau et Riopelle ont été récompensés, en juillet 2008. Leur blogue a sorti, en exclusivité, un petit scoop: une photo du prototype du Bixi, le vélo libre-service parrainé par la Ville de Montréal, envoyée par un informateur.
Sur la photo, on voit un type chauve chevauchant le Bixi, sous la pluie.
Quelques jours plus tard, Stationnement de Montréal confirme au blogue « À vélo citoyens » qu’il s’agit bel et bien d’un prototype du Bixi. C’est Alain Ayotte, vice-président de Stationnement de Montréal, qui chapeaute l’implantation du Bixi, qui accorde l’entrevue au blogue.
Voilà. C’est l’histoire, en apparence banale, d’un blogue animé par des citoyens passionnés.
Il n’y a qu’un petit pépin dans l’histoire que je vous raconte ci-haut. Tout est faux. Le blogue n’est pas une idée née « spontanément ». La rencontre des trois cyclistes-blogueurs n’est pas « fortuite ». Pour une raison bien simple: ils n’existent pas!
Gomez, Simoneau et Riopelle ont été créés au 1434, rue SainteCatherine Ouest, l’adresse de Morrow Communications, propriété d’André Morrow, qui assure le marketing, les communications stratégiques ou publicitaires de nombreux clients privés et publics.
La boîte de M. Morrow a créé le faux blogue et les faux citoyens pour le compte de son client, Stationnement de Montréal, afin de mousser l’arrivée de Bixi, le service de vélo libre-service lancé ce matin.
Question: ce blogue est-il une arnaque?
Jacques Nantel, prof aux HEC, spécialiste du marketing, écoute l’histoire que je viens de vous raconter. Qu’en pense-t-il ?
« C’est astucieux, on peut s’entendre là-dessus. Ça joue dans la zone non tracée du web 2.0. C’est à la limite de l’éthique. Mais je ne suis pas prêt à dire que c’est hautement condamnable. »
Pour l e prof Na ntel , le faux blogue créé par Morrow Communications s’inscrit dans la lignée du marketing de guérilla, « qui est undercover » et représente une technique « qu’on risque de voir de plus en plus dans la prochaine décennie ».
– Le vrai du faux est difficile à distinguer…
– Oui, dit Jacques Nantel. Et c’est là que le web 2.0 est à la fois pernicieux et fascinant.
Créer un faux blogue animé par des personnes qui n’existent pas, sans jamais révéler qu’il s’agit là d’un rouage d’une campagne de marketing, est-ce une arnaque?
Chez Morrow Communications e t chez St a t i onnement de Montréal, où on a reconnu que le blogue « À vélo citoyens » a été créé de toutes pièces, ma question a été accueillie avec indignation.
André Morrow, qui a eu le contrat de la promotion du Bixi via un appel d’offres: « On a fait du marketing viral, pour faire connaître le principe du vélo en libre-service, en partant de passionnés de vélo, pour susciter de l’intérêt, pour créer un buzz. »
Michel Philibert, directeur, communications-marketing, chez Stationnement de Montréal : « La stratégie virale, ça fait partie de la pub. Non, ce n’était pas de la manipulation. La manipulation, c’est mercantile. Stationnement de Montréal, c’est privé, mais Bixi est un service public. On veut que ça marche. »
Morrow: « Je n’ai aucun problème avec ce blogue, avec cette campagne. Il n’y a pas eu de malversations. C’est legit. »
MM. MorrowetPhilibert, interviewés séparément, ont insisté sur le côté « positif » du Bixi, qui vise à pousser les Montréalais à faire du vélo. Positif dans le sens de bon-pour-l’environnement, bon-pour-la-santé.
Ma réponse à MM. Morrow et Philibert : là n’est pas la question.
Le public a été trompé. Jamais on n’a dit aux lecteurs du blogue, aux 1300 membres de la page Facebook d’« À vélo citoyens », aux 1400 amis de « Mélanie Gomez », qu’ils participaient à un effort de marketing souterrain.
Pour André Mor row, qui conseille à l’occasion le maire Gérald Tremblay, la création des personnages Gomez, Simoneau et Riopelle n’a rien de répréhensible. « Il y a des personnages sur Twitter et sur YouTube aussi. Il n’y a rien de mal à ça. »
Dans les bureaux de Stationnement de Montréal, j’ai évoqué la « rencontre fortuite » de Gomez, Simoneau et Riopelle, décrite sur le blogue.
– C’est de la manipulation, ça, non? – Le mot est gros… – Et ces trois « personnes », qui interagissaient avec les internautes ? – C’est, dit M. Philibert, une façon de rejoindre les gens.
– Mais c’est un mensonge, ils n’existent pas!
– Si on avait fait un blogue hébergé par Stationnement de Montréa l , personne n’aurait été intéressé. Et puis, ça se fait ailleurs… – Où? – Je ne sais pas. Mais ça
se fait.
Michel Philibert a raison. Déguiser une campagne de marketing en mouvement de citoyens qui s’impliquent « spontanément », ça se fait.
Aux États-Unis, on appelle ça de l’astroturfing. Pour AstroTurf : du gazon artificiel. Par opposition aux mouvements citoyens, qu’on qualifie de « grassroot ». Traduction: issus du gazon, du terreau. On appelle aussi ça du « sock puppeting », où un internaute se crée une fausse identité, une marionnette virtuelle, pour parler de lui-même.
La grande firme de relations publiques Edelman, par exemple, a été publiquement humiliée pour délit d’« astroturfing » et de « sock puppeting » : elle animait subrepticement des blogues de faux citoyens faisant la promotion d’un de ses clients, Wal-Mart.
Et ces deux pratiques de l’ombre sont prohibées, sans qu’on y réfère par leurs noms, par le code d’éthique du Public Relations Society of America.
A lors, ce f a u x bl o g ue cycl iste animé par Mor row Communications, pour le compte de Stationnement de Montréal, est-ce une arnaque, M. le chroniqueur?
Eh bien ! laissez-moi citer Harry G. Frankfurt, prof de philosophie à l’Université Princeton. L’homme a écrit un livre sur – sans blague – la bullshit (1). En entrevue, il a eu ces paroles de sagesse :
« L’augmentation du niveau de bullshit dans la vie contemporaine s’explique par l’intensité du marketing dans la société contemporaine… »
Et qu’est-ce que la bullshit, au fait, professeur ?
« Il s’agit d’un manque de considération pour ce qui est vrai et ce qui est faux. »
Ça décrit parfaitement ce qui a été concocté pour vous faire aimer de façon subliminale le vélo libreservice qui est lancé aujourd’hui. Un manque de considération pour ce qui est vrai et pour ce qui est faux.
De la bullshit, créée pour un produit unique et louable: le Bixi.
Mais de la bullshit quand même.




RÉPLIQUE Non aux certificats d’illégalité
La visibilité des Hells facilite la collecte de renseignements Les listes noires
Au lendemain d’une déclaration judiciaire incriminant tous ceux qui affichent les couleurs des Hells, parions que les motards vont changer d’appellation.
L’auteur est avocat. Le chroniqueur Yves Boisvert propose que la justice puisse décerner des certificats d’illégalité aux hors-la-loi notoires que sont les Hells Angels. À son avis, c’est « simple, juridiquement solide, socialement utile, policièrement pertinent et, en plus, populaire. » Va pour l’argument de la popularité. Pour le reste, l’argumentaire porte à faux.
De l’aveu même d’un policier spécialisé en la matière, la visibilité des Hells facilite la collecte de renseignements. Les mariages, les funérailles, les expéditions de moto, le va-et-vient aux bunkers permettent aux escouades policières d’enrichir l’album de famille.
Certes, les policiers n’ont jamais eu besoin de voir et revoir des images de Mom Boucher en costume de motard pour soupçonner qu’il était un mauvais garçon. Cependant, c’est toujours utile de pouvoir repérer et identifier les sympathisants des Hells, les apprentis et les hommes de main, y compris leur escorte. Après avoir décapité la pieuvre, les policiers ont grand intérêt à connaître la relève.
Inspiré par la loi antiterroriste, Yves Boisvert propose l’adoption d’une loi permettant à un juge de déclarer une organisation illégale. En somme, la justice dresserait une liste noire des hors-la-loi. Il s’agit d’un doublon puisque des jugements ont déjà reconnu que des membres des Hells constituaient une organisation criminelle.
Quelle est donc l’utilité de cette démarche? Au lendemain d’une déclaration judiciaire incriminant tous ceux qui affichent les couleurs des Hells Angels, parions que les motards vont changer d’appellation. Ça pourrait être les Black Angels. La palette des couleurs est large. Chaque déclaration judiciaire subséquente interdisant une appellation serait peut-être suivie d’une nouvelle appellation. Ce jeu du chat et de la souris ne servirait en rien l’administration de la justice.
Quant à la saisie et la confiscation des produits de la criminalité, les forces policières ont à leur disposition des pouvoirs dont ils font usage sans ménagement. À ce jour, les policiers ont souvent soustrait aux Hells la partie visible et palpable de leurs gains illégaux. Pour le reste, une liste noire ne permettrait pas d’en faire davantage à ce chapitre.
À propos de la rafle policière survenue pendant la crise d’Octobre en 1970, Yves Boisvert estime que le « problème n’est pas dans la déclaration d’illégalité : il est dans le fait qu’on avait suspendu les libertés civiles… » Minute! La liste noire dressée par les forces policières visait les « sympathisants » du FLQ, au même titre que les principaux acteurs de l’organisation terroriste. L’abus fut rendu possible par la discrétion reconnue aux policiers de décider qui était un « sympathisant ». Ce dérapage n’a rien à voir avec la suspension des libertés civiles et de l’habeas corpus.
Si la proposition formulée par Yves Boisvert devait être envisagée par le législateur, il y aurait lieu d’être inquiet. La technique des listes noires permet parfois des dénis de justice. La déveine du citoyen canadien d’origine soudanaiseAbousfianAbdelrazik en témoigne. Sorti de prison, sans jamais avoir été jugé, ce malheureux réside à l’ambassade canadienne au Soudan depuis un an. Son nom figure sur une liste d’interdiction de vol de l’ONU. La Canada a tenté sans succès, en 2007, de faire biffer son nom.
Curieusement, le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon refuse de lui donner un passeport, aumotif que cet homme pose un risque pour la sécurité nationale. Pourtant, la GRC et le Service canadiende renseignement (SCRS) ont indiqué que rien ne permettait d’associer Abdelrazik à des activités criminelles.
La justice administrée à coup de listes noires donne ouverture au détestable concept de culpabilité par association, lequel repose habituellement sur des soupçons et des informations non vérifiables. Parlez-en à Maher Arar!


Qui assumerait les fonctions de premier ministre en cas d’incapacité à gouverner ?  -  Malorie B eauchemin
OTTAWA
Différentes mesures ont été instaurées pour éviter un flottement comme celui qui s’est produit en 1891, après la mort de John A. Macdonald, alors que le Canada s’est retrouvé sans premier ministre pendant près de 10 jours.
Le malaise qu’a connu le président français, Nicolas Sarkozy, dimanche dernier en faisant du jogging a mis en lumière le protocole prévu si le chef de l’Hexagone devenait incapable de gouverner. La Constitution du pays prévoit que le président du Sénat occupe « provisoirement » les fonctions de chef d’État si le titulaire dûment élu au poste ne peut pas s’en charger. En cas de décès, une nouvelle élection présidentielle doit avoir lieu entre 20 et 35 jours après que le Conseil constitutionnel, plus haute instance juridique du pays, a constaté le caractère « définitif » de la vacance du pouvoir.
Le président français Nicolas Sarkozy a connu un malaise en faisant son jogging dimanche. L’incident a mis en lumière le protocole prévu par la Constitution en cas d’incapacité du chef d’État à gouverner. De telles mesures existent aussi au Canada, où le gouverneur général a la responsabilité de nommer un successeur au premier ministre.
Et chez nous, comment les choses se dérouleraient-elles ? Au Québec et au Canada, certaines précautions ont été prises au cas où le premier ministre ne pourrait plus, peu importe la raison, exercer ses fonctions.
Le système parlementaire prévoit que si un premier ministre meurt ou démissionne sans préavis, le gouverneur général ou le lieutenant-gouverneur (dans le cas des provinces) doit consulter les « membres éminents » du parti au pouvoir afin de nommer la personne « dont il juge les chances les meilleures » de former un gouvernement « qui puisse commander une majorité à l’assemblée », explique le site du Parlement fédéral. De facto, c’est le gouverneur général qui a la responsabilité de s’assurer de la continuité du gouvernement.
Différentesmesures ont toutefois été instaurées au fil du temps pour éviter un flottement comme celui qui s’est produit en 1891, après la mort de John A. Macdonald, alors que le Canada s’est retrouvé sans premier ministre pendant près de 10 jours.
Au Canada, le titre de « vicepremier ministre », instauré en 1977 seulement, est un poste honoraire et sans responsabilité formelle. D’ailleurs, Stephen Harper, à son arrivée au pouvoir, en 2006, n’a pas nommé de vicepremier ministre et n’en a toujours pas. Par contre, il a prévu des successeurs dans une liste datée du 30 octobre 2008 ( peu après sa réélection). La « liste des ministres qui seront autorisés à agir au nom du premier ministre en cas d’impossibilité de celuici d’exercer les fonctions de sa charge » désigne, dans l’ordre, les ministres Lawrence Cannon, Jim Prentice, Chuck Strahl, Peter MacKay et Stockwell Day.
« Il est nécessaire d’obtenir l’approbation de la gouverneure générale à chaque mise à jour », peut-on lire au bas de la liste du Conseil privé.
Au Québec, quatre premiers ministres sont morts en fonction. Il s’agit de Félix-Gabriel Marchand (mort en 1900), de Maurice Duplessis (1959) et de son successeur, Paul Sauvé (1960), et de Daniel Johnson père (1968).
Chaque fois, c’est un des ministres du cabinet qui a pris le relais. Bien que la fonction existe depuis plus longtemps, la Loi sur l’exécutif, promulguée en 1976, prévoit la nomination à Québec d’un vice-président du conseil exécutif, lequel doit exercer les fonctions et pouvoirs du premier ministre en son absence. Depuis 1994, cette personne détient le titre de vice-premier ministre. Depuis 2007, la personne qui remplacerait le premier ministre en cas de problème est Nathalie Normandeau, actuelle ministre des Ressources naturelles.



VOTES D’AÎNÉS INAPTES  Une enquête est demandée  -  Ariane Lacoursière

Des associations de personnes âgées ont réclamé, hier, que le Directeur général des élections enquête sur le fait qu’on ait fait voter des aînés gravement atteintes de la maladie d’Alzheimer.
La semaine dernière, La Presse a relaté l’histoire d’Annette, résidante de Saint-Lambert atteinte de la maladie d’Alzheimer, qui a voté dans un bureau de vote itinérant le 24 octobre, alors qu’elle ne reconnaît plus ses enfants et n’est même plus capable de tenir un crayon.
Depuis, La Presse a reçu plusieurs témoignages qui dénoncent pareilles situations. Bianca Battistini, qui se présentait comme conseillère dans le district Marie-Rivier, à Sherbrooke, a été témoin de ce qu’elle appelle un «vote forcé».
Dans son district, sept résidences pour personnes âgées ont reçu la visite d’un bureau de vote itinérant, dont le CHSDL Saint-Vincent-de-Paul. Mme Battistini connaît très bien cet établissement puisqu’elle s’y rend tous les midis pour faire manger son père.
Quand Mme Battistini a obtenu la liste des gens qui avaient voté grâce à ce bureau itinérant, elle a été très surprise d’y voir les noms de 70 pensionnaires du CHSLD SaintVincent-de-Paul. «La majorité des gens qui habitent là ne savaient même pas qu’il y avait des élections! Je n’en revenais pas!» raconte Mme Battistini.
Toujours dans le district de Mme Battistini, la Résidence Murray a aussi reçu la visite d’un bureau de vote itinérant. Mais le propriétaire, PierreChapdelaine, a refusé de faire voter tous ses pensionnaires. «Aux dernières élections provinciales et fédérales, des gens totalement inaptes avaient voté. Je ne voulais pas que ça se reproduise», raconte M. Chapdelaine.
« Certains résidants atteints d’alzheimer se rendaient dans l’isoloir avec une personne pour les aider. Ils ne savaient même pas ce qu’ils faisaient! La personne qui les accompagnait aurait pu leur faire écrire n’importe quoi », ajoute la directrice adjointe de la Résidence Murray, Micheline Aubut.
Mme Aubut a tenté de convaincre le personnel électoral de ne pas faire voter les gens trop confus. «On m’a répondu que s’ils savaient leur nom, ils pouvaient voter!» dit-elle.
L’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR) a dénoncé, hier, «le fait que des scrutateurs peu scrupuleux aient "tenu le crayon" pour faire voter des personnes âgées atteintes d’alzheimer ». «On demande au DGE d’enquêter là-dessus et de corriger la situation», dit le président de l’AQDR, Benoît Laprise.
L’Association des retraitées et retraités de l’éducation et des autres services publics du Québec (AREQ) a aussi dénoncé cette « usurpation du vote ». «Nous ne voulons pas que le vote itinérant disparaisse. Mais si la personne ne le demande pas et ne sait même pas qu’elle vote, elle ne devrait pas voter!» commente la présidente de l’AREQ, Mariette Gélinas.
La Fédération de l’âge d’or du Québec (FADOQ) demande elle aussi l’intervention du DGE. «Comment ces personnes peuvent-elles faire un choix éclairé? Et physiquement, si elles ne peuvent même plus tenir un crayon, comment peuvent-elles voter?» demande le directeur général de la FADOQ, Danis Prud’homme.
Pour sa part, le président du Regroupement québécois des résidences pour aînés, Yves Desjardins, croit qu’il y a une limite à « faire sortir le vote ». «Si le DGE enquête, nous pourrons l’aider», affirme-t-il.
Au bureau du DGE, on dit traiter le dossier comme une plainte. Car la famille d’Annette a porté plainte au DGE la semaine dernière. « Nous en sommes au stade des vérifications », indique le porte-parole du DGE, Denis Dion.