Famille, naissances et enfants...

LA PRESSE & COMPAGNIE



La garderie, c'est fait pour les parents
L’improbable cohabitation

Le secret du bonheur danois

This Is What It Looks Like When Men Are Allowed To Take 480 Days Of Paternity Leave

Envoyer nos enfants à la garderie parce que le marché nous appelle

Des médecins dépassés par l’enfance ?


Aimez vos enfants, tout simplement

Family breakdown is one cause of our economic woes


À L’ÉCOLE DÈS ... 3 ANS
Au pays de Baby Einstein

Les besoins du parent, pas de l’enfant


Moins de culpabilité, plus de conciliation

LE TRAVAIL DES PARENTS


Une maison de répit pour vous et moi ?


La courte vie d’une maison d’accueil

LE DESTIN DES ENFANTS DE L'EST

Tories’ income splitting another nail in tax coffin - Jeffrey Simpson

Le temps d’y penser


Un vestige gênant

Adoption
« C’EST COMME SI ON ACHETAIT NOS BÉBÉS »


... et DPJ
Vers l’adoption ouverte

Priorité aux liens biologiques


Good news, parents, teens do listen to you

« 1000 fois plus grave » dans la réalité

Dehors, mon enfant!

Raising age of sexual consent doesn’t protect youth at greatest risk: study


Conciliation travail-famille - Un tribunal tranche en faveur d'une employée

Santé - Les bébés dorlotés font des adultes moins stressés

Tolérance, écoute et autonomie font les parents d'aujourd'hui

L'autorité sans la fessée

Au parc sans mes parents

Des prématernelles débordent

Un petit écran nuisible aux tout-petits


Être parent, ça s'apprend
Faire une croix sur sa famille


8 millions de Québécois... en 2012

Pourquoi, déjà, a-t-on des enfants ?  -  MARIE-CLAUDE LORTIE
SE FAIRE PLAISIR  -  Isabelle Hachey
LE PRIX D’UN ENFANT  -  Isabelle Hachey


Garderies au Québec: un portrait obsolète


Les orphelins haïtiens s'adapteront bien, croit le Dr Chicoine

ENCORE PLUS LABORIEUX -  Sylvie Martel


Garderies et liberté


Et si l'on parlait un peu de nos chères garderies ?...
DES PLACES RÉSERVÉES EN ÉCHANGE DE 5000$

« CE N’EST PAS JUSTE »

Favoritisme universel


Québec refuse d’intervenir
Garderies et parents broche à foin

Ouvrir une garderie à Montréal : un jeu d’enfant
« Plus la peine de chercher! »

Discrimination et favoritisme dans les garderies à 7$
On en a besoin!
À quand les nouvelles places?
Parents en congé: le système des garderies est absurde
MAMAN COINCÉE  -  Annie Lafrenière
Mieux préparés à l’école, les enfants des CPE ?  -  Marie Allard
Inégalités sociales et CPE
  -  Judith LaChapelle

DES BAMBINS DISCRIMINÉS  -  Ariane Lacoursière

CPE et discrimination : Le ministre promet des changements 


Avant de lancer la pierre...  -  Julie St-Hilaire

Le métier le plus ingrat  -  Andrée Germain

Compliqués, les amis !  -  Alexandra Samson et Anne-Marie Grémeaux

 
Pour en finir avec la varicelle  -  Sylvia Galipeau

La relâche pour tous - Nathalie Collard


À la recherche de l’ennui -  Marie-Claude Lortie
LE CASSE-TÊTE  DES PARENTS - Violaine Baillivy

La recherche et les camps de jour - Mathieu Perrault

Des vacances pour tous les budgets
JEUNES CAMPEURS RECHERCHÉS
L’été, c’est fait pour réviser?  -  Sylvia Galipeau

La mère, ce mammifère - Nathalie Collard

Le paradoxe de la femme-mère

Le taux d’activité des mères dépasse 80%
Bébé ou CV? - Nathalie Collard

Adieu boulot! Bonjour biberon!

Les hommes et leurs congés à travers le monde

L’IMPLICATION DU PÈRE À LA LOUPE
PÈRES D’HIER, PÈRES D’AUJOURD’HUI -  Sylvia Galipeau
Histoire de pères et de pêche  -  Sylvia Galipeau

La trame sonore de mon père -  Stéphane Laporte

Le dinosaure « rose » -  Mario Roy

Les « pères malgré eux » s’expriment  -  Mathieu Perrault

EMBÛCHES AU FOYER? -  Marc Tison
PLANIFICATION DE NAISSANCE -  Marc Tison

Le couple dans tous ses états

Se «caser» ou se marier?

Le mariage d'amour



Horloge biologique

Des grossesses tardives plus risquées

De très sages femmes
Mythes et réalités de la maternité - Mathieu Perrault
Je suis ta mère, pas ta copine -  SYLVIA GALIPEAU

La famille dans tous ses états  -   Sylvia Galipeau

VIVRE AVEC LUI... ET ELLES -  Vivre en polygamie...
Direction Cour suprême? -  Criminalisation de la polygamie

Clinton s’enflamme devant le Congrès

Ottawa se défend d’empiéter sur la juridiction des provinces - PROCRÉATION ASSISTÉE

Un bébé, quels parents ?
Éthique et utérus NATHALIE COLLARD

Fausses mères porteuses, mais vraies fraudeuses


C’est du trouble, mais...  -   Patrick Lagacé

Des enfants paient la note de la crise -  Caroline Touzin
La nouvelle loi améliore l’efficacité de la DPJ -  Caroline Touzin


Père malgré lui -  Judith LaChapelle
Rapt d'enfant  : un geste souvent prémédité...

Papa est en dépression - Nathalie Petrowski


Lacets ou velcro?  -  Agathe Melançon


LES ANTINATALISTES Isabelle Hachey





'I'd like to have seen you,' my mother says, 'but it's not as important as people think'


The nightmare gender gap
The right to bear children and, of course, we'll pay



Le Monde selon Tippi 1997




Pourquoi, déjà, a-t-on des enfants ?  -  MARIE-CLAUDE LORTIE
Avez-vous entendu , au printemps dernier, l’entrevue extrêmement touchante que Julie Snyder a accordée à Christiane Charrette où elle expliquait pourquoi elle avait décidé de prendre la défense des couples infertiles ?
Moi je me rappelle l’avoir écoutée, car cela m’avait clouée à mon fauteuil dans ma voiture, garée à un carrefour glauque. J’avais été secouée par cette femme toujours forte et parfaite et prête à remuer mer et monde et qui était là, soudainement, prise d’un sanglot immense en parlant de son parcours pour avoir un enfant.
Oubliez le glamour de Star Académie, les millions de son conjoint, sa carrière internationale. Oubliez tous les succès de l ’a nimatrice adorée des Québécois. Parlait à la radio une femme qui avait eu beaucoup de difficulté à tomber enceinte et se confiait en perdant ses filtres…
« Ça doit être mes hormones », a dit Julie comme s’il fallait qu’elle se fasse pardonner.
C’est à Julie que j’ai pensé en lisant la série de ma collègue Isabelle Hachey publiée ce week-end dans La Presse et qui demandait pourquoi tous ces Québécois recommencent à avoir des enfants après le creux des années 70, 80, 90…
J’ai pensé à elle, car si vous voulez savoir pourquoi on fait des enfants, allez voir des couples qui en veulent et n’arrivent pas à en avoir.
Allez les entendre hurler ou chuchoter leur désespoir, écoutez-les vous raconter les mille tortures physiques et émotionnelles qu’ils ont subies pour atteindre leur objectif ou se heurter à un mur. Écoutez ceux qui sont passés par les cliniques. Et ceux qui n’ont pas eu les moyens d’aller voir les spécialistes et ont essayé autant comme autant avec les moyens du bord.
Là, en quelques secondes, vous c omprendrez que ce désir est totalement irrationnel et totalement transformateur. D’une colombe, il fait une lionne.
Oubliez toutes les bêtises qui ont été écrites ces dernières années pour dire que les femmes voulaient des enfants, car c’est actuellement à la mode parmi les stars ou leurs voisines. Oubliez la pression sociale, oubliez la tradition, oubliez même le supposé trop-plein d’amour à donner… Vouloir un enfant est un besoin inexplicable qui ressemble au besoin de l’humanité d’aller sur la Lune. Pourquoi? Parce que c’est là, puissant et incontournable.
OK, certains ne l’ont pas. Soit.
Mais pour les autres, la très vaste majorité que sont les autres, vouloir un enfant, c’est vouloir être.
Le problème qui a assommé les pays développés durant les années suivant le baby-boom, ce n’est pas tant une diminution de ce désir d’enfant qu’un ajustement laborieux de la société face à la réalité biologique de la procréation.
Après la Révolution tranquille (et après l’époque Mad Men au x États-Unis), l es femmes se sont retrouvées sur le marché du travail, à la recherche du bonheur et de l’accomplissement hors des anciens schèmes – ce qui faisait bien fait l’affaire de la société de consommation… – pendant des années de leur vie autrefois consacrées à la reproduction.
Socialement, professionnellement, économiquement, tout poussait les femmes à travailler et en même temps, tout militait contre la conciliation travailbébé. On commence à peine à s’en sortir et à trouver des voies sensées pour ajuster la société à la biologie et permettre ce nouveau mini-baby-boom.
Mais l’ajustement biologique doit aussi être considéré. En matière de fertilité, les courbes étant claires et le temps jouant surtout contre les femmes, le report des grossesses à plus tard amené par l’intégration des femmes sur le marché du travail a ouvert tout un autre front: celui de la recherche de solutions médicales – l’aide à la procréation – à de nouvelles réalités sociales.
En ouvrant la porte à une couverture par l’assurance-maladie à certains traitements contre l’infertilité, le gouvernement du Québec a décidé de faire un pas pour aider la biologie à s’ajuster à la société de la même façon qu’il encourage la société à s’ajuster à la biologie, avec ses programmes de garderies à 7$ et ses congés de maternité.
La couverture des traitements in vitro, notamment, est un pas intéressant. Le changement à la loi a été annoncé au printemps et actuellement, on attend le rapport de la Commission d’éthique de la science et de la technologie du Québec pour en établir la réglementation. Mais dans la mesure où tout cela est encadré rigoureusement, le financement de ce programme est logique. I l participe à notre ajustement collectif à la réalité actuelle.
En revanche, doit-on compter uniquement sur la science médicale pour venir répondre, in extremis, à ce désir d’avoir un enfant?
Ou n’y a-t-i l pas encore d’importants changements de mentalité à opérer, dans les entreprises pour commencer, mais dans l’organisation entière de la société, pour qu’il soit encore plus réaliste d’avoir des enfants sans que cela ne relève du funambulisme ou d’un aller simple vers la pauvreté?
Car ici, grâce à nos programmes sociaux efficaces – notamment le programme de garderies – on a réussi à faire de grands pas pour dissocier maternité et pauvreté, mais aux États-Unis, une étude publiée la semaine dernière dans le Washington Post montrait qu’avoir des enfants oblige bien des femmes peu éduquées à rester à la maison et donc à se priver de revenus importants pour leur famille.
Dieu merci, au Québec ces scénarios sont de moins en moins présents.

Est-ce parce qu’on a compris qu’avoir un enfant ce n’est pas un luxe ni un style de vie. C’est exister, tout simplement?


SE FAIRE PLAISIR  -  Isabelle Hachey
On ne fait plus le don de la vie ; désormais, on s’offre un enfant. C’est le constat auquel est parvenu Philosophie Magazine, au printemps dernier, après avoir interrogé de grands penseurs et mené un sondage auprès des habitants de l’Hexagone.
Pas moins de 60% des Français estiment qu’ « un enfant rend la vie de tous les jours plus bel le, plus joyeuse ». Enjoliver sa propre existence est d’ailleurs la toute première motivation à engendrer.
« Il y a de l’égoïsme dans la décision d’avoir un enfant », constate Alexandre Lacroix, rédacteur en chef du magazine. « On le fait pour soi, pour se faire plaisir. Un enfant, c’est comme une sorte d’animal de compagnie, en mieux. »
À l’ère de l’individualisme et du rejet des traditions, tous les Français ont embrassé cette « révolution de l’enfant du désir », quel que soit leur sexe, leur classe sociale ou leur niveau d’étude, souligne M. Lacroix, qui voit dans ce phénomène une « privatisation hédoniste de l’enfantement ».
Tout porte à croire que les Québécois, eux aussi, ont sauté à pieds joints dans cette révolution. « Quand on fait des enfants, on ne les fait pas pour la société, ni à la rigueur pour l’enfant lui-même. On les fait pour soi », affirme Irène Krymko-Bleton, psychanalyste et professeur à l’UQAM qui a beaucoup étudié le désir d’enfant.
« Je n’ai pas encore rencontré quelqu’un qui, de façon désintéressée, aurait fait des enfants pour offrir la vie, poursuit-elle. Il y a toujours des motivations profondes liées à nous-mêmes. Elles peuvent être très positives pour l’enfant, qui doit en effet s’inscrire dans le désir de ses parents. Mais ça peut devenir négatif quand on fait un enfant pour compenser notre vie malheureuse, notre solitude. On demande alors à l’enfant de répondre à nos besoins plutôt que de répondre aux siens. »
Si l’on fait des enfants par égoïsme, on est prêt à sacrifier pour eux temps, argent et petits plaisirs en quantité industrielle. C’est le grand paradoxe de cette histoire. « On fait des enfants pour soi, puis on découvre qu’ils demandent beaucoup d’investissement, qu’il faut s’oublier un peu » , rema rque Mme Krymko-Bleton.

Adieu les soirées en amoureux et les sorties impromptues au cinéma. Bonjour les couches, les pleurs et les virées obligatoires au parc. À la revendication hédoniste se mêle l’abnégation la plus totale. Ainsi conclut Philosophie Magazine : « Véritable ruse de la morale, la procréation conduit l’ego à se dépasser en croyant se satisfaire. »

LE PRIX D’UN ENFANT  -  Isabelle Hachey
Avoir un enfant, ça n’a pas de prix. Enfin… façon de parler. Entre les cours de piano et l’attirail de hockey, les parents savent bien qu’en réalité, leur progéniture coûte cher. Très cher. Selon les estimations, pour une famille québécoise moyenne, la facture liée au premier enfant s’élève à 10000$ par an. Lorsqu’il aura atteint sa majorité, fiston aura donc coûté 180 000$ à ses parents.
Cela dit, que les Québécois se consolent : nulle part au monde n’est-il plus facile d’avoir des enfants – du moins, d’un point de vue strictement financier, selon une étude réalisée en novembre 2008 par Luc Godbout, professeur de politiques fiscales à l’Université de Sherbrooke.
Grâce à sa politique familiale généreuse, le Québec permet aux parents de moins dépenser pour leurs enfants que ceux du reste du Canada. Les États-Unis, la France et même les pays scandinaves, pourtant réputés pour leurs politiques sociales, ne font pas mieux que la Belle Province, selon l’étude.
Garderies à 7$ par jour, soutien financier bonifié, régime d’assurance parentale offrant une meilleure couverture aux travailleurs : les différentes mesures adoptées par le gouvernement depuis une décennie ont contribué à faire du Québec un véritable « paradis pour les familles », selon M. Godbout.
Par exemple, grâce aux garderies subventionnées, les Québécois ne consacrent que 2% de leurs revenus nets en frais de garde, comparativement à 6% en Suède, 12% dans le reste du Canada et 20% aux États-Unis.
« Avec un revenu de 75 000$, une famille québécoise représentative de la classe moyenne a vu son soutien financier en dollars constants doubler entre 2000 et 2008 », estime M. Godbout. Pour cette famille, au bout de 18 ans, l’État aura assumé 31% des dépenses engendrées par ses deux enfants.
Est-ce à dire que le Québec est le meilleur endroit au monde pour faire des enfants ? M. Godbout n’ose pas répondre par l’affirmative. Après tout, le bonheur d’enfanter ne se limite pas à une simple question d’argent. « J’ai vécu deux ans à Bamako, au Mali, raconte l’économiste. Là-bas, malgré la pauvreté, des enfants malheureux, ça ne semblait pas exister. »




ENCORE PLUS LABORIEUX -  Sylvie Martel
Plutôt que d’adopter des enfants d’ici, les parents se tourneront davantage vers l’international
L’auteure est la mère adoptive d’une fillette. Elle signe une lettre ouverte adressée à la ministre québécoise de la Justice, Kathleen Weil, qui a déposé récemment un avantprojet de loi proposant de nouvelles formes d’adoption. J’aimerais comprendre ce qui vous motive de déposer un avant-projet de loi sur l’adoption qui donnerait quatre parents à l’enfant adopté au Québec. Rassurez-moi et dites-moi que votre intérêt est celui de lancer un débat sur l’adoption au Québec. Sachant qu’adopter ici est plus long et plus laborieux qu’à l’international, on ne peut en tant que ministre de la Justice vouloir qu’alléger les lois et rendre l’accès à l’adoption de nos enfants d’ici plus facile et plus invitant.
Je suis une maman adoptive d’ici et les commentaires des gens sont les suivants: « On peut adopter au Québec ? ! » ou « Il y a des risques qu’on reprenne l’enfant, je préfère aller l’international » . Et là Mme Weil, avec l’application de cette nouvelle loi, vous allez faire fuir davantage les adoptants.
C’est une loi qui demanderait beaucoup trop d’amendements cas par cas. Pensez à tous ces parents biologiques qui ont de sérieux problèmes : incarcération, consommation de drogues, violence, déficience, et la liste est longue. Pourquoi ?
Votre volonté d’imposer une nouvelle loi devrait en être une pour faciliter l’accès à l’adoption chez nous. Nos enfants qui ne trouvent pas de famille adoptive finissent souvent par se retrouver dans ces centres d’accueil que l’ONU a pointés du doigt il n’y a pas si longtemps. Pour le bien de qui ? Les professionnels le confirment, la stabilité est essentielle pour un enfant. Alors quoi, vous les croyez stables ces parents qui n’ont plus droit à la garde de leur enfant?
Comment expliquer cette situation à un jeune enfant? « Ma chérie, tu as tes parents à la maison et des parents biologiques qui ne peuvent s’occuper de toi, mais peuvent te voir quand ils le désirent » ?
Soyons logiques et travaillons sur une loi pour le bien de l’enfant, et non sur le renforcement de cette loi qui privilégie les liens de sang contre toute logique et qui bloque ou ralentit le processus d’adoption au Québec.
Si cette nouvelle loi entre en vigueur et qu’il y a litige, la loi sur le lien de sang donnerait raison aux parents biologiques. Il n’est pas acceptable qu’adopter au Québec soit plus compliqué qu’à international !

Je fais appel à votre logique et à votre coeur. L’avenir et le présent d’une société passent par ces enfants, ils ont besoin que nous, adultes, se tenions debout. Soyons une société civilisée qui encourage l’adoption d’ici.





MAMAN COINCÉE  -  Annie Lafrenière
En congé de maternité, elle doit envoyer son bébé en garderie à l’avance pour s’assurer d’une place
En ce début du mois de septembre, je viens tout juste d’aller reconduire mon bébé de 6 mois à la garderie et ça ne me fait pas plaisir. Mais j’y suis obligée, même si mon congé de maternité se termine uniquement à la fin du mois de janvier 2010.
Annie Lafrenière est en congé de maternité jusqu’au mois de janvier... mais sans bébé. Le petit Rafaël (6mois) est à la garderie, avec son frère Félix ( 3 ans).
Mon plus vieux de 3 ans va à la garderie depuis qu’il a 1 an, un CPE en milieu familial extraordinaire à cinq minutes de la maison. Les deux éducatrices sont géniales et il adore sa garderie !
Comme toutes les mamans, j’ai averti ma garderie dès que j’ai su que j’étais enceinte, que j’aimerais éventuellement avoir une place à cette même garderie pour ce deuxième enfant. Nous avons eu un deuxième garçon en février dernier, il vient donc tout juste d’avoir 6 mois.
Théoriquement, je retourne travailler à la fin du mois de janvier et c’est à ce moment que j’aurai besoin d’une place en garderie. Cependant, c’est maintenant qu’il y a une place libre. Il y a neuf places à notre garderie et une ou deux places se libèrent chaque année en septembre lorsque les plus vieux s’en vont à l’école. La responsable de la garderie m’a gentiment offert la place disponible en priorité, puisque j’ai déjà un garçon qui fréquente sa garderie. Euh… oui, bien sûr que je la veux! Sinon, qu’estce que je fais? Je croise les doigts pour qu’un enfant déménage au mois de janvier?! Je cherche une autre garderie et je refais les 60 téléphones que j’avais faits pour trouver une garderie à mon premier? Et faire deux garderies matin et soir, c’est du sport!
C’est d’accord, nous prenons la place en septembre! Cela implique que nous payons une place temps plein, c’est-àdire 35$ par semaine. Non, c’est n’est pas cher et on se considère chanceux d’avoir des places à 7$. Mais c’est cher quand on n’en a pas besoin. Aussi, il n’est pas possible de payer la place et de ne pas envoyer l’enfant. Il doit être présent, au début quelques jours par semaine (entrée progressive) et bientôt, à temps plein. Sinon, on enlève une place à quelqu’un qui en a besoin et ça, je le conçois.
Mais que faire ? Oui, je prends la place de quelqu’un qui en aurait besoin là, mais en janvier, si je n’ai pas de place, je ne serai pas plus avancée. Plusieurs parents sont dans la même situation et je n’ai encore entendu personne tenter sa chance qu’une place se libère à leur garderie au moment voulu.
Le système québécois de garderies ne tient absolument pas compte de la réalité des familles. Sa structure est défaillante, sa flexibilité inexistante et son accès est très difficile. Nous sommes stressés, frustrés, découragés sans parler du sentiment de culpabilité qui nous habite en envoyant un enfant qui vient à peine de commencer les purées en garderie. Pourquoi ne pas prendre exemple sur les écoles primaires: dans ce cas, on ne se pose pas de questions, on sait que notre enfant ira à l’école de notre quartier! Pourquoi ne pas faire la même chose avec les garderies?
Alors, voilà! Je suis en congé de maternité jusqu’en janvier sans bébé! Je suis à la maison, mais il n’est pas possible de garder mon bébé avec moi puisque sinon, je n’aurai pas de place à la garderie à mon retour au travail. Je songe donc à retourner plus tôt au travail. C’est triste, surtout d’entendre de grands psychologues nous rebattre les oreilles en nous disant que la place d’un bébé est à la maison. Je veux bien, mais le système en décide autrement.



Mieux préparés à l’école, les enfants des CPE ?  -  Marie Allard
Stimulés depuis la poupon n ière, les en fa nts des centres de la petite enfance (C PE) ont-ils une avance insurmontable sur les autres quand ils arrivent à l’école ? Plusieurs enquêtes laissent croire que oui.
Les « scores de développement cognitif » des enfants qui fréquentent un service de ga rde str uc tu ré (C P E , ga rderie, m ilieu fa m ilia l) sont « significativement plus élevés » que ceux des autres (halte-garderie, garde par un proche, aucune garde), indique une étude parue dans la Re vue de psychoéducation en 2008.
P ire : les enfants qui ne fréquentent aucu n service de ga rde ont des tau x de « comportements internalisés problématiques » et « externalisés limites » supérieurs à la population en général, selon une autre étude qui vient d’être publiée dans la revue Enfances, familles, générations au printemps 2009.
Ma is la réa lité est plus nuancée. « Toutes les données internationales le montrent : pour les enfants vulnérables ou défavorisés, le service de garde fait une grande différence, dit Nathalie Bigras, professeure au département d’éducation et de pédagogie de l’UQAM et coauteure des deux études. Mais pour les enfants qui sont déjà dans un milieu stimulant et encadrant, être à la maison n’est pas un problème. »
L’âge fait une différence
Geneviève Deschênes, prof au primaire et mère de trois enfants, est du même avis. Sa fille de 5 ans « est plus que prête » à entrer en maternelle cette semaine, assure-t-elle. Même si la petite ne s’est fait garder qu’à temps partiel en milieu familial. L’avantage CPE, Mme Deschênes n’y croit pas. Selon elle, c’est plutôt l’âge de l’enfa nt qui « fait une énorme différence dans la maturité et le désir d’apprentissage » des petits. Ceux qui ont presque 6 ans (nés en octobre ou en novembre) ont une vraie longueur d’avance sur ceux qui sont nés l’été.
« Pa r contre, les en fa nts qui proviennent de milieux cultu rellement défavorisés sont très avantagés dans leur scolarité s’ils fréquentent un milieu de garde stimulant », indique l’enseignante.
Programme éducatif complet
Surtout que les CPE ont des programmes éducatifs très structurés, amorçant l’alphabétisation, la classification, travaillant la motricité fine. « Mais la préparation à l’école, ce n’est pas de savoir telle ou telle chose, souligne Nathalie Bigras. C’est plutôt d’avoir baigné au quotidien da n s u n env i ron nement grâce auquel on a appris à communiquer, à gérer différentes situations, à se situer dans le temps. »
« On se fait souvent dire que ça doit être plus facile avec les enfants qui arrivent des CPE, dit Viviane Poirier, enseignante en maternelle depuis 13 ans. Mais on oublie qu’ils ont 5 ans, eux aussi ! Chaque chose se fait à son âge. Si on essaie de faire faire une boucle à un enfant de 3 ans et qu’il n’est pas prêt sur le plan moteur, ça ne marchera pas. »

E n généra l , les en fa nts sont prêts à entrer en maternelle, assu re M m Poi rier. « L’important est de tisser un lien de confiance avec eux, souligne-t-elle. C’est ça qui fait en sorte qu’ils vont bien fonctionner. »

Inégalités sociales et CPE
  -  Judith LaChapelle
Dessiner des petits monstres verts avant d’apprendre à compter
Àpremière vue, ce ne sont que des tout-petits qui barbouillent des monstres verts ou qui chantent une comptine qui parle d’éléphant sur une toile d’araignée. Mais Manon Bonin, elle, y voit autre chose : de futurs écoliers qui apprendront à lire et compter en même temps que les autres. Ce qui n’était pas évident à leur arrivée aux Enfants de l’espoir.
Les études le confirment : les enfants qui n’ont pas fréquenté une garderie ont plus de difficulté à suivre le rythme une fois à l’école. Et les enfants de milieux défavorisés sont moins susceptibles de fréquenter une garderie que les autres.
La dizaine d’enfants âgés de 18 mois à 4 ans qui font leur rentrée ces jours-ci aux ateliers de la «petite école» des Enfants de l’espoir, dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve, ne sont pas moins intelligents que la moyenne. «Mais ils ont déjà un retard dans leur développement », dit Mme Bonin, la coordonnatrice. Des enfants, majoritairement de milieux défavorisés, qui, à 3 ou 4 ans par exemple, parlent peu, frappent et crient, n’utilisent pas d’ustensiles, sont toujours aux couches et ne veulent pas lâcher leur sucette. Des enfants qui, à coup sûr, ne seront jamais prêts à entrer à la maternelle à 5 ans.
L’équipe de Manon Bonin les rattrape à temps. L’an dernier, quatre enfants de la « petite école» sur cinq ont pu intégrer une classe régulière de maternelle. Celui qui n’y est pas allé souffre d’une condition psychologique qui demande un suivi particulier. «Je pense à un petit garçon qu’on a reçu ici quand il avait deux ans et demi, raconte Mme Bonin. Il était sous-stimulé. Aujourd’hui, il a 8 ans, il a quelques problèmes de comportement parce qu’il manque de discipline à la maison, mais à l’école, il pète des scores!»
Les études se succèdent et ne cessent de le confirmer: les enfants qui n’ont pas fréquenté une garderie – qu’il s’agisse d’une halte-garderie, d’un centre de la petite enfance (CPE) ou des activités régulières de socialisation – ont plus de difficulté à suivre le rythme une fois à l’école. Et les enfants de milieux défavorisés sont moins susceptibles de fréquenter une garderie que les autres.
Pourtant, la création des CPE visait justement à offrir des services de garde abordables et de qualité pour réduire les inégalités sociales. Alors pourquoi les pauvres fréquentent-ils moins les CPE?
Les réponses sont multiples. Mais la première est celle qui vaut pour tout le monde: il manque de places. «Nos parents ne sont pas différents des autres, ils n’ont pas besoin d’être convaincus des bienfaits du CPE, au contraire», dit Merlaine Brutus, de l’Entraide bénévole Kouzin Kouzin, qui travaille surtout avec une clientèle immigrante.
Les parents de la classe moyenne – qui, déjà, savent qu’il faut s’inscrire sur les listes d’attente dès la conception de l’embryon, ou presque ! – enverront leurs enfants au privé, le temps d’obtenir une place à 7$ par jour. Une option impensable pour une mère de famille monoparentale sur l’aide sociale. «Même à 7$ par jour, c’est déjà trop cher pour certaines familles », souligne Manon Bonin.
Des programmes existent pour permettre à un enfant défavorisé, recommandé par un travailleur social, de fréquenter gratuitement un CPE, ou à un parent d’obtenir une place subventionnée réservée lorsqu’il suit une formation professionnelle. Mais pour les autres, les places à temps plein abordables sont rares.
Routine et confiance
Les parents à la maison souhaitent souvent pouvoir envoyer leurs enfants à la garderie à temps partiel, une formule difficile à gérer pour les CPE. Des parents mieux nantis choisissent de payer une place à temps plein, même si l’enfant ne fréquente la garderie que trois jours. «Mais des gens défavorisés ne peuvent pas payer les deux ou trois jours où l’enfant ne va pas au CPE», dit Jean-Marie Miron, professeur au département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Alors, ils n’y vont pas.
Et puis, des parents désorganisés peinent à se plier aux règles d’un CPE. Les heures d’arrivée et de départ des enfants sont strictes… comme elles le seront à l’école, d’ailleurs. «Les parents qui ne travaillent pas ne sont pas habitués à une routine. L’enfant va se coucher tard, se lever tard», dit Hélène Laramée, de l’organisme Poussons-Poussettes du quartier Centre-Sud. «Ils vont nous dire: "Mon fils ne s’est pas levé à temps, il ne faisait pas beau dehors, ça lui tentait pas de venir ce matin…" À l’école, l’enfant ne pourra pas décider s’il a envie d’y aller ou non!»
À cela s’ajoute une méfiance de certains parents envers le «système», travailleurs sociaux et Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). «Ils se disent: "Si je dis que j’ai des problèmes avec mon enfant, est-ce qu’ils vont appeler la DPJ?"» dit Hélène Laramée.
Pou r toutes ces raisons, les CPE ne sont pas toujours la meilleure réponse aux besoins des défavorisés. Alors, quoi? «Je ne dénigre en rien les CPE, mais notre travail n’est pas assez reconnu», dit Hélène Laramée. Jean-Marie Miron est d’accord. «Les CPE ne sont pas toujours équipés pour aider les parents en difficulté, mais les organismes communautaires familiaux le sont.»
Plus qu’un bouche-trou en attendant une place en CPE, les organismes communautaires travaillent beaucoup avec les parents. Kouzin Kouzin rencontre des parents à la maison pour leur enseigner à stimuler leurs tout-petits. Les Enfants de l’espoir organisent des séances parents-bébé pour briser l’isolement des grands et stimuler les petits. D’autres organisent des cuisines collectives de purée pour bébé ou offrent une halte-garderie où le parent peut déposer l’enfant pendant quelques heures. Mais tous les organismes disent ne pas pouvoir répondre à la demande.

Et par-dessus tout, tous disent que pour prévenir le décrochage scolaire, il ne suffit pas de prendre en charge l’enfant. «On veut bien pédaler, mais il faut que le parent nous aide», dit Manon Bonin. Ceux des Enfants de l’espoir doivent impérativement faire un effort pour prendre leur rôle de parent au sérieux. «On n’en serait pas là si la société n’avait pas tant materné les parents.»

DES BAMBINS DISCRIMINÉS  -  Ariane Lacoursière
Si votre enfant est né au printemps 2008, il est plus susceptible d’occuper une place en garderie réservée aux bébés de moins de 18 mois plus longtemps que prévu. Résultat : il prive des CPE de subventions bonifiées. À moins qu’on lui refuse carrément l’e
Karen Lafleur, une maman du quartier Villeray à Montréal, a accouché de sa petite Charlotte au mois de j uin 20 08. Un an plus tard, alors qu’elle s’apprêtait à retourner au travail, Mme Lafleur a intensifié sa recherche d’une place en CPE. Mais à sa grande surprise, elle a appris que puisque Charlotte était née au printemps, elle aurait moins de chances d’être acceptée en garderie !
Karen Lafleur, Jean-François Ferland et leur petite Charlotte (14 mois). Comme plusieurs parents, ils ont de la difficulté à trouver une place dans un CPE.
Le cas de Mme Lafleur n’est pas exceptionnel. Plusieurs parents qui ont joint La Presse ont raconté s’être fait refuser une place en garderie, simplement parce que leur enfant est né au printemps.
Pourquoi ?
L’explication n’est pas simple. Il faut savoir qu’il existe deux types de subventions pour les bambins qui fréquentent les CPE. Le gouvernement verse 57,70 $ par jour pour les enfants de 0 à 17 mois. Ces petits se retrouvent dans les groupes de « poupons » où le ratio éducatrice/enfants est plus élevé. Les enfants âgés de plus de 18 mois se retrouvent dans des groupes avec moins d ’é du c a t r ic e s ; p o u r e u x , la subvention est de 37,30 $ par jour.
Dans les faits, les groupes d’enfants de 18 mois et plus sont toujours remplis à pleine capacité dans les CPE. Les rares places se libèrent habituellement en septembre, quand des plus vieux partent pour l’école. En milieu d’année, quand aucune place n’est libre dans les groupes plus v ieu x , des ba mbi ns de 18 mois et plus doivent séjourner plus longtemps que prévu da ns leu rs groupes de poupons.
Pou r reméd ier à cette situation, le gouvernement accepte de continuer de verser la « grosse » subvention de 57,7 0 $ pa r j ou r pou r les enfants de 18 à 23 mois qui sont toujou rs da ns des groupes de poupons, explique le porte-parole du ministère de l’ É ducation , Étienne Gauthier.
M a is dès qu’u n en fa nt dépasse 23 mois, le CPE ne reçoit plus que 37,30 $ par jour, peu importe que l’enfant se trouve ou non dans un groupe de poupons, affirme le président de l’Association québécoise des CPE, Jean Robitaille. « Pour les CPE, garder un enfant de 2 ans et plus dans un groupe de poupons, c’est une perte majeure d’argent. Les CPE doivent payer les éducatrices de ces groupes, qui sont plus nombreuses, mais ils ne reçoivent que 37,30 $ par jour », explique-t-il.
Selon M. Robitaille, un CPE ayant deux ou trois enfants da n s cet te sit uation peut perdre jusqu’à 15 000 $ par année. « À cause de cette règle budgétaire, certains enfants peuvent être refusés da ns les CPE. La discrimination est inacceptable, mais vous savez, les directions de CPE ne rou lent pa s su r avance M. Robitaille.
Enfants du printemps
l ’o r »,
Les enfants nés au printemps sont particulièrement défavorisés par cette politique budgétaire. C’est le cas de la petite Charlotte. Puisqu’elle n’aura pas encore 18 mois cet automne, elle devra attendre à l’automne suivant avant d’obtenir une place dans les groupes plus vieux. Elle devrait donc passer une année supplémentaire dans son groupe de poupons. Mais en j uin, quand elle aura 2 ans, le CPE ne recevra plus que 37,30 $ par jour pour Charlotte, même si elle sera toujours dans un groupe de poupons. Cette perte d’argent effraie plusieurs CPE, qui préfèrent ne pas accepter la petite.
Sans vouloir affirmer que tous les CPE discriminent les enfants nés au printemps, le président de l’Association patronale des CPE, Martin Boucher, reconnaît que la situation préoccupe beaucoup d’établissements. « J’ai fait des calculs. Et je remarque qu’il est parfois préférable de laisser une place vacante dans un groupe de plus vieux en début d’année pour prévoir le passage d’un enfant du printemps durant l’année, dit-il. Les pertes d’argent sont moins grandes. »
Pour Mme Lafleur, il est clair qu’il est préférable pour un enfant de naître à l’automne. « On planifie actuellement d’avoir un autre bébé, dit-elle. On calcule pour qu’il naisse au mois d’octobre. Comme ça il va être cor rec t pou r les CPE... »


Le ministre promet des changements  -  Ariane Lacoursière
Sans vouloir parler de discrimination, le ministre de la Famille Tony Tomassi dit être au courant des problèmes d’admission dans les centres de la petite enfance (CPE) du Québec. Il rencontrera dans les prochains jours les intervenants du milieu pour «regarder ce dossier plus en profondeur».
Pour chaque enfant qui fréquente un CPE au Québec, le gouvernement verse une subvention. Il donne 57,70 $ par jour pour les enfants de 0 à 18 mois. Cette somme baisse à 37,30$ pour les enfants de 18 mois et plus. La Presse a révélé, hier, que pour des raisons budgétaires, les enfants nés au printemps sont «moins rentables» pour les CPE, dont certaines tendent à rejeter la candidature pour éviter des déficits.
M. Tomassi explique que les CPE ont été créés rapidement au Québec. «Il y a encore des ajustements à faire», affirme-t-il.
Un comité ministériel, créé en 2008, analysera les différentes solutions au problème de la discrimination au cours des admissions. « Faudra-til revoir les groupes d’âges ? Peut-être. Ce qu’on veut, c’est donner de la souplesse aux parents, mais aussi aux CPE», dit M.Tomassi.
Pou r ra it-on favor iser la création de groupes multiâges pour éliminer les problèmes de gestion? Pour M. Tomassi, ce n’est pas forcéemt la meilleure chose de mettre des enfants de 18 mois avec des enfants de presque 4 ans.
La solution aux problèmes d’admission dans les CPE n’est donc pas trouvée. Mais M. Tomassi promet d’y travailler.




Avant de lancer la pierre...  -  Julie St-Hilaire
La tragédie de Kingston a déclenché, une fois de plus, des attaques provenant de toutes parts, contre les musulmans et l’islam, leurs moeurs et leurs coutumes, des gens qui proviennent de pays qui ne vivent pas et ne pensent pas comme nous, Occidentaux...
C’est tellement facile de les traiter de « barbares », « d’arriérés » et autres épithètes qui frôlent le racisme et l’intolérance, quand on sait qu’au Québec, notre merveilleux coin de pays soi-disant moderne et civilisé, les crimes sexuels tels l’inceste et la prostitution juvénile ne sont pas véritablement sanctionnés.
On n’a qu’à penser à Nathalie Simard, dont l’agresseur, Guy Cloutier, a reçu une véritable sentence-bonbon pour les horreurs qu’il a fait vivre à sa victime pendant de nombreuses années. Ou à Robert Gillet et compagnie, qui ont purgé des peines dans la communauté d’à peine quelques mois pour avoir été les clients d’un réseau de prostitution juvénile à Québec.
La Révolution tranquille s’est débarrassée de l’Église catholique pour la remplacer par l’Étatprovidence de la gauche-caviar des années 60, qui reprochait à l’Église, et à ses prêtres et curés, de commettre divers sévices physiques et sexuels sur les enfants. Voilà qu’après 40 ans de laxisme judiciaire en matière de criminalité de toutes sortes, le Québec se retrouve maintenant et encore, avec des pédophiles et autres pervers sexuels qui abusent de nos enfants et à qui notre société ne donne qu’une petite tape sur les doigts chaque fois qu’ils sont reconnus coupables. Comme si, lorsqu’un crime sexuel n’est pas commis par un prêtre, ce n’est plus aussi grave, ni considéré avec le même mépris, ni la même colère que lorsqu’il s’agissait de l’Église catholique.
Le Québec est débordé de cas d’inceste et autres crimes contre les enfants. La DPJ, qui doit les prendre en charge à la place de leurs parents, ne fournit pas. Même les politiciens d’un parti qui prétend sans cesse défendre les intérêts du Québec à Ottawa, le Bloc québécois, ne sont pas capables de voter en faveur de mesures plus sévères dans le cas d’un des crimes sexuels les plus graves et les plus actuels, le trafic d’enfants.
Avant de lancer la pierre aux autres sociétés et aux autres peuples, le Québec a plus que jamais intérêt à faire son propre examen de conscience lorsqu’il s’agit de la protection de ses enfants, qui ne sont rien de moins que notre avenir à tous... Et c’est peut-être nous, les Québécois post-Révolution tranquille, qui sommes des « arriérés » et des « barbares », un peuple de lâches, incapable de bien traiter, et surtout défendre, sa progéniture.




Le métier le plus ingrat  -  Andrée Germain
Difficile de trouver valeur à mon « métier » quand il est socialement encouragé qu’une maman s’évertue à l’extérieur et que les enfants socialisent à la garderie.
Maman à la maison de cinq enfants, l’auteur habite Shefford.
Andrée Germain, entourée de ses cinq enfants et de son conjoint, souhaite une plus grande reconnaissance sociale de son rôle de mère au foyer.
L’année scolaire est terminée. Fini les levers bousculés, les déjeuners précipités, les boîtes à lunch improvisées et les horaires rigoureusement observés. Bonjour le capharnaüm estival d’où s’embrouillent éclats de voix, de rires et de sanglots.
Les enfants en congé, mes compétences se voient bonifiées; ainsi, aux titres de blanchisseuse, de cuisinière, de ménagère, de psychologue, de soignante, d’enseignante, de chauffeur de taxi, etc., s’ajoute, tout l’été, celui d’animatrice de camp! Hé, hé! Aussi bien dire que mes « vacances » sont révolues.
En effet, à l’instar de bien des idées préconçues, cet intermède que me procurent les heures de classe est l’unique occasion de vouer toute mon attention aux deux derniers sans avoir le sentiment d’être écartelée, de cuisiner sans être pressée, d’écrire quelques mots sans trop avoir à les ruminer et de redresser la maison de fond en comble sans avoir l’impression de vivre le supplice de Sisyphe.
L’été, j’en profite plutôt pour faire des activités et sorties divertissantes permettant d’échapper au quotidien et pour renouer avec mes écoliers qui s’épanouissent plus vite que je ne peux l’imaginer et dont l’individualité me fascine quand je m’arrête pour les contempler. Ce sont sans contredit ces petits instants sensibles qui justifient mon choix d’être « à la maison » et auxquels je dois me cramponner, parce que je ne crois pas qu’il existe de métier plus difficile et plus ingrat que celui-là.
Manque de reconnaissance
Outre le fait d’avoir un boulot non rémunéré qui, soit dit en passant, se chiffrerait à 152 727$ selon le site internet salary.com, dont je serai virée dans quelques années sans caisse de retraite, sans REER, sans vacances payées, sans avenir professionnel, c’est particulièrement le manque de reconnaissance sociale qui vient parfois abâtardir ma décision. Difficile aussi de justifier et de trouver valeur à mon « métier » quand il est socialement accepté, voire encouragé, qu’une maman s’évertue à l’extérieur et que les enfants évoluent et socialisent à la garderie. Faire le choix de rester à la maison n’est pas simple, ni l’affaire de tout le monde, j’en conviens. Il faut être sacrément désintéressée pour s’y adonner de plein gré... et savoir faire fi de l’hégémonie sociale voulant que la seule démarche d’actualisation personnelle valable soit celle d’accroître sa gloire professionnelle et sa valeur salariale.
Mais doit-on vraiment se surprendre qu’il n’y ait pas plus de mères « au foyer » lorsqu’un gouvernement, dans le but de hausser le taux de natalité, instaure un programme de garderies à 7$ la journée. Antithétique, ce moyen incitatif a favorisé la recrudescence du taux de fréquentation en milieu de garde, puisqu’il est bien plus facile et moins coûteux de se décharger de l’enfant à la garderie que de s’en occuper soi-même, et conséquemment engendré une pénurie de places en garderie quand il aurait dû appuyer financièrement les parents désireux d’élever eux-mêmes leurs enfants.
Dans un sondage CROP– La Presse réalisé en janvier 2005, 70% des mères qui travaillaient à l’extérieur du foyer affirmaient qu’elles auraient quitté volontairement leur emploi pour rester avec leurs enfants si elles en avaient eu les moyens. Une majorité étouffée par un gouvernement ayant pris le parti de syndicats dont l’intérêt matériel donne dans la promotion des garderies.
Aux armes, mamans! À nous de décider de notre avenir et de la façon d’élever nos enfants comme on l’entend en disposant du financement en toute liberté sans qu’il nous soit imposé. L’heure a sonné d’enlever nos tabliers, de prendre nos balais et de sortir de nos maisonnées...


Compliqués, les amis !  -  Alexandra Samson et Anne-Marie Grémeaux
Il faudrait presque utiliser un agenda pour régler la journée de nos enfants
Vous souvenez-vous des étés de votre enfance ? On prenait notre vélo le matin et on allait frapper à la porte de nos amis pour savoir s’ils pouvaient venir j ouer avec nous. Dans la majorité des cas, ils le pouvaient.
Elle est révolue, l’ère de la spontanéité où il suffisait d’aller sonner chez ses amis pour s’amuser toute la journée à l’extérieur de la maison. Désormais, il faut pratiquement prendre rendez-vous. Et longtemps à l’avance.
C ’est l oi n d ’êt re le c a s aujourd’hui. Il faudrait presque utiliser un agenda afin de régler la j ournée de nos enfants ! Oublions la spontanéité d’antan, aujourd’hui il faut téléphoner aux amis et planifier la j ournée. Adieu les arrangements de dernière minute ! Il faut dorénavant avoir une heure de rendezvous (souvent compliquée) pour commencer la séance de jeu et une heure de fin de rendez-vous.
I nviter un ami à dîner ? Beaucoup trop compliqué ! On joue après le dîner pour quelques heures seulement !
Au moment d’avoir des en fa nts, nous nous étions promis d’avoir une philosophie de vie simple. Deux amis appellent pour j ouer ? On invite les deux. Un de plus ? I ls seront trois. On fait à dîner pour la famille et si un ami se rajoute, on rajoute une assiette de plus sur la table ! Une personne de plus ou de moins, ce n’est pas cela qui change la donne. Coucher à la maison ? Aucun problème ! On fa it u n l it de plus.
Il en est tout autrement dans certaines autres familles. Toutes les excuses sont bonnes pour compliquer ou ne pas accepter une invitation à j oue r : u n rende z -vou s chez le coiffeur (le matin !), des va l ises à prépa rer (à 6 ans ?), faire des courses (pourquoi traîner son enfant, si les achats ne le concernent pas, au lieu de lui donner une occasion de j ouer chez un ami ?), l’enfant est déjà avec un ami (impossible d’en accepter un deuxième ?).
Nos deu x plu s jeu nes enfants ont passé leur été presque au complet tout seuls, parce que les parents de leurs amis avaient toujours une raison de décliner une invitation à jouer ! Quel dommage ! Et combien l’été a semblé long à nos enfants !
Il est, bien sûr, important de maintenir une cohésion fa milia le da ns u n monde où le temps est si précieux. Mais on trouve égoïste de la part de certains parents d’impliquer des enfants dans leurs activités (magasinage, ménage) alors que l’enfant pourrait profiter d’un temps à lui avec un ami. La famille est importante, par contre une vie sociale l’est tout autant selon nous.
Où est passé le plaisir de l’en fa nce d’être sponta nément et continuellement, ou presque, en compagnie de ses a mis, à s’inventer des jeux, à jouer dehors, à être en bande ? Aujourd’hui on compartimente, on organise, on restreint. Nous programmons tellement nos enfants avec leur tonne d’activités structurées et nos agendas tout aussi pleins et structurés que nous avons oublié l’essentiel de l’enfance : les amis et la liberté. Un enfant est un être sans limite qui ne s’en fait pas avec la vie. Nous, les parents, leur apprenons à perdre cette qualité qu’est la spontanéité en leur apprenant à tout planifier et organiser. Permettonsleur de jouer avec leurs amis, en toute simplicité.
L a issons l ’e n fa n c e au x enfants, ils deviendront adultes bien assez vite !




Pour en finir avec la varicelle  -  Sylvia Galipeau
La semaine dernière, on a fait grand cas de ces parents en Grande-Bretagne qui, pour renforcer l’immunité de leurs enfants, songeaient – à la blague, rappelons-le – à organiser des fêtes de grippe A (H1N1). Comme dans le temps des partys de varicelle, quoi.
Mais c’était oublier que le temps des partys de varicelle n’est pas tout à fait révolu. Car plusieurs parents cherchent toujours, et ce, malgré la mise sur le marché d’un vaccin intégré à la grille de vaccination usuelle depuis l’an dernier, à immuniser leur enfant contre la varicelle plus « naturellement », disons.
C’est le cas de Ronald, père de deux enfants âgés de 2 et 4 ans, par ailleurs à jour dans tous leurs autres vaccins: « avec des amis dont les enfants ne sont pas vaccinés, on s’est dit que le premier qui l’attraperait appellerait les autres pour organiser un party, dit-il. La varicelle, on l’a tous eu, on connaît bien ça, et on sait que si on l’attrape en bas âge, c’est bénin. Alors que le vaccin, on ne connaît pas grand chose sur son efficacité », justifie-t-il.
Et il n’est pas seul. Sandrina, mère d’un bambin de 5 ans à ce jour jamais vacciné (« parce que je crois qu’il faut renforcer le système immunitaire »), affirme tout de go: « la varicelle, j’aimerais bien que mon fils l’ait. Si un ami l’attrapait, je les mettrais en contact. » Même son de cloche de la part de Nancy, mère de trois enfants, dont seul le cadet n’a toujours pas attrapé la varicelle (tandis que l’aînée, quoique vaccinée, l’a eue malgré tout...)
Sur différents forums de discussion de parents (Doctissimo, Maman pour la vie, pour ne nommer que ceux-là), il n’est pas rare de voir des parents demander si quelqu’un, quelque part, organise un tel party.
Récemment, plusieurs médias américains ont aussi fait état du retour de ces « partys de varicelle » au sein des familles urbaines, de la classe moyenne, qui remettent en question la vaccination à tout crin, au point de faire bondir la présidente de la Infectious Disease Society of America, la pédiatre Anne Gershon. « Organiser un party de varicelle, c’est une très, très mauvaise idée », a-t-elle réagi dans les pages du New York Post.
Et c’est exactement ce que pensent les médecins interrogés ici. Vrai, la varicelle, en bas âge, ce n’est généralement pas la fin du monde, concède Gaston de Serre, médecin épidémiologiste à l’Institut national de la santé publique du Québec. Sauf dans certains cas: « Au Canada, de 30 à 65% des enfants atteints de varicelle consultent ; jusqu’à 1,5% sont hospitalisés ; et entre 5 et 10% des enfants développent des complications spécifiques, des infections ou des otites bactériennes, fait-il valoir. Est-ce que ces risques sont acceptables? »
À l’inverse, avec le vaccin (administré en une dose, à partir de 12 mois, ou encore en deux doses à partir de l’adolescence), on assure une protection efficace à 95% contre toute forme de varicelle. À date, contrairement aux États-Unis, aucun rappel n’est requis à l’âge adulte. En prime, fait valoir Danielle Grenier, directrice des affaires médicales à la Société canadienne de pédiatrie, le vaccin prévient aussi le développement du zona, une réactivation du virus à l’âge adulte. « Si on peut prévenir une maladie grave en bas âge, et un zona plus tard, on se doit de le faire », tranche-t-elle.




À la recherche de l’ennui -  Marie-Claude Lortie
Les enfants n’ont pas de devoirs et leurs journées sont remplies de piscine et de jeux de balle plutôt que de maths et d’orthographe mais le remplissage du temps est semblable. Aucune pause « niaisage ». Aucun moment à se demander quoi faire.
Je ne suis pas nostalgique de grand-chose. Mais quand même de petites choses. Comme ces étés où les enfants pouvaient se lever à l’heure qu’ils voulaient.
Des étés sans horaire. De charnus mois collants ou pluvieux qui s’étalaient comme des champs de boutons-d’or, à perte de vue, doux et longs à satiété.
De la mi-juin au début de septembre, après la fête du Travail. Du temps en quantité. Vide.
Quand je raconte qu’il fut un temps où les étés s’étiraient ainsi comme des chats qui s’éveillent, mes enfants me regardent comme si je leur parlais d’un univers sans cellulaire. Hein? Pas de camp de jour? Vous pouviez vous lever à l’heure que vous vouliez ?
Ben oui…
Dans ma liste des facteurs de culpabilité maternelle, les étés d’aujourd’hui, charpentés comme des circuits informatiques, se classent bien haut.
Quand il faut se lever à telle heure, faire les lunchs, partir à la course pour ne pas arriver en retard au camp de jour et éviter d’avoir à endurer les soupirs exaspérés des moniteurs de 16 ans et quart affectés à la gestion des retardataires, je ne me sens pas en été. Et je n’ai pas l’impression que les enfants sont en vacances.
C’est juillet. Mais on est pressés comme des citrons et stressés comme en novembre. Popsicle fondu et coups de soleil en plus.
Quand j’étais enfant, quelque part entre Mad Men, C.R.A.Z.Y. et La guerre des tuques, comme ça.
L’été, je partais passer du temps au chalet de ma meilleure amie. Chez ma cousine. Ou alors mes parents louaient un modeste chalet – bonjour les souvenirs de Phentex, d’odeur d’humidité et de vaisselle en Melmac – et on partait tous les enfants, avec ma mère qui apportait son travail avec elle, mon père qui venait le week-end, et une jeune fille. Une cousine. La fille d’amis. Une gardienne qui avait pratiquement notre âge et jouait avec nous plus qu’elle nous disciplinait.
ce n’était pas
Et là, on ne faisait rien. Ou plutôt, on faisait un tas de choses qui ne servaient officiellement à rien.
Quels enfants connaissent encore ça ?
L’été arrive et c’est à peine si l’horaire familial change. Ajoutez un peu de soccer et tout autant sinon plus de travail – car il faut compenser les semaines de pause – et le degré d’exaspération respire à peine de l’absence de rues bloquées par des congères himalayennes.
Les enfants n’ont pas de devoirs et leurs journées sont remplies de piscine et de jeux de balle plutôt que de maths et d’orthographe mais le remplissage du temps est semblable. Aucune pause « niaisage ». Aucun moment à se demander quoi faire.
On a beau entendre de tous les côtés les psys – et notre gros bon sens – nous dire qu’il est crucial, durant l’enfance, d’être confronté à rien et donc à la nécessité de s’inventer une vie, dès qu’arrive février, la course aux camps de jour commence. Et tout de suite s’emmêlent d’une part le besoin urgent de savoir où on pourra « caser » nos petits qui ne seront plus à l’école et d’autre part le désir de les occuper le plus intelligemment ou sportivement possible.
Il ne faudrait surtout pas qu’ils s’ennuient.
Et arrive l’été et les voilà partis dans un sous-sol à jouer aux échecs, dans un camp de jour à se baigner dans une piscine aux eaux douteuses, au parc avec 40 autres enfants qui crient et des moniteurs de 17 ans et quart qui ont bien plus envie d’être avec d’autres moniteurs de 17 ans et quart que des préados déchaînés…
Est-ce vraiment ce qu’on veut ?
Le paradoxe, dans tout cela, c’est que les enfants défavorisés, ceux qui ont le plus besoin de stimulation et d’encadrement, ceux qui ont le plus à gagner d’être en présence d’éducateurs qui vont les amener plus loin que leur milieu familial ne peut le faire, sont souvent ceux qui ont le moins accès aux camps de jour.
Et en revanche, les enfants les plus occupés toute l’année durant, ceux qui ont le plus besoin de calmer les machines et d’apprendre à composer avec l’ennui, un apprentissage essentiel qui leur manque souvent, sont ceux qui enfilent les camps et les semaines, sans pouvoir jamais contempler le vide.
Pourtant, il est important, l’ennui. Les psys le disent et cette fois-ci on les croit: il est le point de départ de la débrouillardise et de la créativité. Et comparé à une autre journée hyper organisée à 100 milles à l’heure, l’ennui ne peut qu’être beaucoup moins ennuyeux.


LE CASSE-TÊTE  DES PARENTS - Violaine Baillivy
Près d’un million d’élèves du primaire et du secondaire de la province ont dit adieu aux bancs de leur école pour une soixantaine de jours. Bien des parents auront fait au cours des dernières semaines des pieds et des mains pour trouver un moyen de les tenir occupés pendant tout ce temps. Une mission parfois complexe: vacances rime parfois avec stress !
À10 jours de la fin des classes, Noémie Ducasse s’avouait franchement nerveuse à l’idée de ne pas avoir fini de planifier l’été de ses trois jeunes enfants. « C’est un véritable casse-tête ! » Elle travaillera tout l’été, son conjoint aussi. Ce ne sont pas les activités intéressantes qui manquent. « Mais je ne veux pas seulement les occuper pendant que je suis au boulot, je veux aussi éviter que leur été soit une simple prolongation du rythme 9 à 5 qu’ils ont à l’école! »
Travail oblige, bien des parents doivent choisir un camp de vacances où leurs enfants pourront s’amuser durant la journée. Une source de stress pour les parents, mais aussi parfois pour les petits.
Martine Côté et son conjoint se sont attelés à la tâche dès le mois de janvier, épluchant les guides d’activités et sollicitant les amis et la famille... « On ne voulait absolument pas être pris au dépourvu parce que neuf semaines, c’est tout de même long! » lance-t-elle. Ses enfants auront droit à deux semaines de camping en Estrie, au camp de jour, au séjour dans la parenté et aux entraînements de soccer.
Psychologue pour enfants, Martin Jodoin voit des parents défiler tous les jours dans son cabinet de Montréal et constate que certains sont de plus en plus tendus au fur et à mesure que les beaux jours approchent. Ils se sentent coupables de ne pas pouvoir passer tout l’été avec leurs enfants à cause de leur emploi.
Au Québec, cet été, un peu plus de la moitié des enfants de 6 ans passeront plus de temps avec un animateur de camp ou une gardienne qu’avec leurs parents et le tiers seront gardés tout l’été ou presque. Certains parents cherchent à compenser en trouvant les meilleures activités, les plus intéressantes où leurs petits seront le mieux encadrés et le plus stimulés, remarque M. Jodoin.
Les parents en font-ils trop? « Ils veulent garder leurs enfants à l’oeil et bien stimulés
« Nos enfants sont surstimulés depuis qu’ils sont tous petits. Ce ne sont pas les enfants qu’on a été, et on pourrait difficilement imaginer de les laisser sans activité tout l’été. »
et c’est tout à fait normal. Mais ils ne doivent pas perdre de vue que l’été, c’est avant tout un moment de détente et de repos pour leurs enfants », dit-il.
Faut-il permettre aux enfants de s’ennuyer ou régler leurs activités estivales selon un horaire bien précis ? Bien des parents se posent la question, mais la réponse ne semble pas si simple : les enfants ont besoin d’une certaine routine, précise la professeure de pédopsychologie Carole Sénéchal.
C’est pour cela qu’Isabelle Valois tenait à envoyer ses deux garçons passer trois semaines chez leurs grands-parents maternels, puis paternels chez qui, officiellement, ils « ne feront rien ». Vingt et un jours où, à leur réveil – sans cadran – leur seule tâche sera de trouver matière à s’amuser. Isabelle Valois veut que ses enfants réapprennent le plaisir d’avoir une vie désorganisée, après ces 10 mois d’école où la ponctualité et l’organisation font la loi. « Au début, ils trouvent ça un peu difficile et ils ont peur de s’ennuyer. Mais ça ne dure pas ! »
Directrice du centre d’études sur le stress de l’hôpital Louis-H. Lafontaine, Sonia Lupien note qu’aucune étude n’a été menée sur les bienfaits des vacances « désorganisées ». Mais, dans la mesure du possible, elle ne recommande pas aux parents d’envoyer leurs enfants en colonie de vacances tout l’été et de les surcharger d’activités. « Nos enfants sont surstimulés depuis qu’ils sont tout petits. Ce ne sont pas les enfants qu’on a été, et on pourrait difficilement imaginer de les laisser sans activité tout l’été. Mais ils sont bien capables de s’occuper seuls un peu », dit-elle.
Carole Sénéchal , professeure de pédopsychologie à l’Université d’Ottawa, ajoute que les vacances peuvent même parfois être une source de stress pour les enfants « si on leur impose des activités qui leur semblent être au-delà de leurs capacités ».
Mais elle estime que la routine, l’été, n’est pas à bannir de la vie des enfants. Loin de là. « Les adultes la perçoivent comme une contrainte, mais pour les enfants, elle a quelque chose de très rassurant et même souvent de nécessaire à leur bon fonctionnement. »
Et le conseil vaut aussi pour les plus vieux. « Cela me préoccuperait de savoir que mon adolescent n’a rien à faire de tout l’été, surtout avec tous les problèmes d’embonpoint qu’il y a aujourd’hui! »
D’autant plus que les statistiques confirment qu’ils passeront chaque jour de longues journées à naviguer... loin des plans d’eau et du soleil. En 2005, les garçons passaient en moyenne 114 minutes sur l’internet un jour de fin de semaine, contre 97 minutes pour les filles. Durant la semaine, les filles passaient 98 minutes par jour sur l’internet, et les garçons, 95 minutes.


La recherche et les camps de jour - Mathieu Perrault
Enfants en liberté
Les enfants d’aujourd’hui passent trop de temps dans les camps de jour et les camps de vacances, et pas assez à s’ennuyer en ville, selon la chroniqueuse Lenore Skenazy, dont les écrits paraissent dans des dizaines de journaux américains. Cette maman dans la quarantaine a lancé le mouvement Free Range Kids, l’équivalent pédiatrique des poulets qui grandissent en liberté dans des enclos plutôt que dans des cages. Pour faciliter la vie des parents et des enfants free range, elle propose de fournir aux enfants des étiquettes « Je suis un enfant en liberté, mes parents sont d’accord pour que je prenne l’autobus seul même si je n’ai que 10 ans », à présenter aux autorités surprises de voir un enfant de cet âge voyager sans adulte. Mme Skenazy, qui habite New York, a lancé plus tôt cette année un livre sur ce concept.

La relâche fait-elle grossir ?
Les vacances ne sont pas bénéfiques pour la santé des enfants, selon une étude canado-grecque. Durant l’année scolaire, leur forme physique s’améliore graduellement et la prévalence de l’embonpoint diminue. Mais durant les vacances, les scores à ces deux mesures stagnent. Cela reflète la tendance générale qu’ont les parents à passer l’été à travailler tandis que les enfants vont au camp de jour, puis à prendre des vacances en famille concentrées en une seule période. Les auteurs de la recherche ont suivi 180 enfants grecs pendant un an. L’auteure canadienne de l’étude, de l’Université Dalhousie en NouvelleÉcosse, estime que ces résultats s’appliquent probablement au Canada.

Supplément de dodo
Les grandes vacances permettent aux enfants de récupérer le sommeil perdu dura nt l ’ année, selon une étude polonaise. Pendant l’école, l es enfants dorment en moyenne une heure de moins que durant l’été. Les auteurs de l’étude avancent que cet effet bénéfique, qui favorise la croissance du corps et des facultés intellectuelles, pourrait être annulé par un recours trop grand aux camps de jour et aux colonies de vacances.


Des vacances pour tous les budgets
Riches ou pauvres, tous ont droit à des vacances, croit Robert Rodrigue, du Mouvement québécois des vacances familiales ( MQVF). Mais l’accès au bord de lac pourrait être plus difficile cet été pour certaines familles à faibles revenus.
Déjà, constate M. Rodrigue, les familles défavorisées qui veulent réserver un séjour dans un centre de vacances doivent se dépêcher. Depuis quatre ans, cinq de la trentaine de centres de vacances familiales membres du MQVF ont fermé leurs portes. Il y a donc moins de places pour une clientèle qui n’a pas diminué.
Les camps de vacances, qu’i ls accueillent de jeunes campeurs ou toute leur famille, peinent parfois à joindre les deux bouts, surtout ceux qui offrent des séjours à prix réduit aux familles à faibles revenus. « Les coûts d’exploitation augmentent, les infrastructures vieillissent et il n’y a pas d’argent pour réinvestir », déplore M. Rodrigue. Les normes de sécurité des bâtiments ou des équipements sont sévères, le prix de l’électricité a augmenté pour tout le monde, sans parler du sala i re minimum. « On en est bien content, on milite pour sortir les gens de la pauvreté, dit M. Rodrigue. Mais ça augmente les coûts d’exploitation. »
Recrutement difficile
Et le personnel, lui, est de plus en plus difficile à trouver. Gilles Brûlé, directeur du camp Val-Notre-Dame, à Hérouxville, cherche toujours un sauveteur et un animateur pour compléter son équipe. « C’est de plus en plus difficile au fil des ans, dit-il. Particulièrement pour les sauveteurs. » Attirés par les salaires plus alléchants qu’offrent les piscines municipales, les étudiants préfèrent rester en ville plutôt que de s’enterrer dans le bois...
Les centres de vacances familiales permettent à bien des familles de prendre des vacances sans se ruiner. Au Val-Notre-Dame, une famille de quatre personnes s’en tirera à 650$ pour la semaine (repas inclus) et pourra bénéficier d’une autre réduction en fonction de ses revenus.
Si les repas ne sont pas fournis, une famille peut même s’évader pour 60$ par semaine au Camp Ozanam, en Outaouais, avec une preuve de revenus. Des familles se mettent aussi à plusieurs pour négocier un tarif de groupe et partager les frais de transport, d’hébergement et de nourriture.
Mais la majorité des enfants de fami l les pauvres passeront l’été à Balconville. Moins de la moitié d’entre eux fréquenteront un camp de jour ou de vacances (45%), comparativement à 56% des enfants de familles plus aisées, selon une étude publiée en 2007 par l’Institut de la statistique du Québec ( ISQ).


JEUNES CAMPEURS RECHERCHÉS
ÇA NE SE BOUSCULE PAS AUX PORTES DES CAMPS DE VACANCES. SI LA TENDANCE SE MAINTIENT, L’INDUSTRIE CONNAÎTRA UNE BAISSE DE 10% DES INSCRIPTIONS CET ÉTÉ. INCERTITUDE ÉCONOMIQUE ET CHANGEMENTS SOCIAUX PLUS PROFONDS SERAIENT EN CAUSE.
Difficile de mettre dans un même panier les camps spécialisés, très réputés, et les moins populaires petites bases de plein air. Reste qu’en moyenne, par rapport à l’an dernier, l’industrie note une baisse de 10% des inscriptions.
« Certains camps sont inquiets. Ils vont faire leur saison, mais ils vont devoir faire des coupes de personnel », avance Yves Dubois, directeur général de l’Association des camps certifiés du Québec (ACQ), qui regroupe les deux tiers des camps de vacances de la province, pour un total de 175 camps, à 80% des organismes à but non lucratif.
Le ralentissement est tel que l’Association a jugé bon, cette année, d’insérer une petite note de motivation dans son magazine publicitaire. Crise économique oblige, on peut y lire qu’« en effet, la situation économique actuelle met tout le monde sur le qui-vive. On a tendance à vouloir couper nos dépenses et revoir nos investissements. Mais ne perdons pas de vue notre priorité numéro un, nos enfants! Revoyons nos valeurs et investissons pour eux (...) Préférons le camp de vacances certifié à la télévision plasma dernier cri, par exemple, et donnons ainsi une expérience de vie à notre enfant. »
Car le directeur général n’en démord pas : le camp de vacances est un « investissement », permettant de mettre l’enfant dans un contexte qu’il ne trouvera nulle part ailleurs: « Une vie intense, 24 heures sur 24, pendant 12 jours en moyenne, qui le marquera pour la vie », insiste-t-il.
Toujoursest-ilqu’auRanchMassawippi, par exemple, on a noté une réduction de 5% des inscriptions. Au camp de vacances Kéno, « on sent qu’il y a une pression vers la baisse, a simplement révélé François Vézina, le directeur général. C’est nouveau : on sent que la situation économique est de plus en plus dans la tête des gens ». Même son de cloche de la part du centre de plein air Le Saisonnier, pourtant parmi les moins chers de la province. « Dans nos inscriptions individuelles, oui, nous ressentons un ralentissement. Et notre camp de jour, lui, prend de l’ampleur », note le directeur général Pierre Langevin.
Dénatalité et changements sociaux
Mais la plupart des dirigeants de camps sont loin de croire qu’il ne s’agit que d’un problème économique. Au contraire. Tous mettent en cause la dénatalité, bien sûr, qui saigne l’industrie depuis 20 ans. Inutile de dire que la légère reprise des naissances suscite ici beaucoup d’espoir pour les années à venir.
Ma i s des changement s soc i aux plus profonds seraient aussi en cause. « Maintenant , les deux parents travai l lent beaucoup, a f f i rme Pier re Langevin. Alors je crois que quand vient le temps de prendre des vacances, on favorise les vacances en famille, Walt Disney, le Sud, la plage. C’est plus cher, mais papa et maman en profitent aussi. »
Du coup, pour attirer une clientèle plus réticente, les camps se sont spécialisés avec les années: cirque, équitation, arts de la scène, etc. « Parce que sinon, les parents trouvent qu’ils payent pour rien », glisse Pierre Langevin.
D’où le cul-de-sac dans lequel se trouvent bon nombre de camps aujourd’hui, investissant pour une clientèle en constante diminution. Car gérer un camp de vacances n’est pas une activité très lucrative, précise Réjean Roy, directeur des camps Odyssée (Minogami, Trois-Saumons, Camp des Artistes et camp musical Accord Parfait) : « C’est une activité saisonnière, sur de grands terrains, pendant une période très limitée. Non, ce n’est pas facile », dit-il, tout en précisant que ses camps, de par leur bonne réputation, ne souffrent pas du ralentissement.
Tous n’ont pas cette chance. L’an dernier, deux installations ont dû fermer leurs portes, notamment la base de plein air des Laurentides, dont le terrain a été vendu par lots pour y construire des chalets et des condos.
D’autres camps craignent-ils de subir le même sor t ? « C’est une crainte. Plusieurs sont sur des sites exceptionnels, et sont nécessairement convoités, estime Yves Dubois, le directeur général de l’ACQ. Est-ce qu’on va vouloir que tout cela revienne au privé, ou que cela reste accessible pour les générations futures ? Nous allons avoir des choix de société à faire. »

Un luxe réservé aux familles riches ?
« Je ne trouve pas ça accessible. C’est très cher. Si on envoie ses enfants dans un camp de vacances, et qu’en plus on se paye des vacances en famille, on finit par payer des sommes astronomiques en deux mois! »
En moyenne, les camps de vacances coûtent de 350 à 700$ pour une semaine. Le séjour typique tourne autour de deux semaines, pour une moyenne de 1000$.
Non, les deux filles de Patricia Dabis n’iront pas au camp de vacances cet été. Elle a préféré opter pour un camp de jour moins coûteux, à la hauteur de son budget.
Jacques Davidts, l’auteur de la populaire série Les Parent, à Radio-Canada, dont le dernier épisode de la saison portait justement sur les camps de vacances, a trois enfants. « Une année, ça nous a coûté au moins 6000$ en camps de vacances! » dit-il.
En moyenne, les camps de vacances coûtent de 350 à 700$ pour une semaine. Mais le séjour typique tourne plutôt autour de deux semaines, pour une moyenne de 1000$. La note varie selon la programmation, le type d’hébergement et le nombre d’expéditions. Les camps très spécialisés, comme les camps de langues ou d’équitation, sont généralement plus onéreux.
Quand on y regarde de plus près, la note n’est pas nécessairement plus salée, nuance Anne-Marie Leduc, dont les deux filles iront au camp cet été. « Si je compare à certains camps de jour spécialisés, il n’y a pas une si grande différence. Un camp de cuisine, cela coûte entre 400 et 500$ pour une semaine. D’accord, il n’y a pas de lunchs à préparer, mais dans un camp de vacances, tout est compris. »
Une question de valeurs
« Je ne suis pas prêt à dire que c’est une activité de riches », renchérit Yves Dubois, directeur général de l’Association des camps certifiés du Québec. C’est une question de choix de vie et de valeurs. Est-ce que les enfants vont passer avant l’écran plat? »
La majorité des camps de vacances, ajoute-t-il, disposent d’ailleurs de programmes d’accessibilité financière. Certains camps ont pour vocation d’inclure des familles défavorisées. Les deux ordres de gouvernement offrent aussi des déductions ou des crédits d’impôt.
Et quand on se compare, on se console. Les camps québécois sont beaucoup moins coûteux que ceux de l’Ontario ou des États-Unis (entre 25 et 30% de moins), qui sont, contrairement à ici, des organismes privés à but lucratif.
Historiquement, la grande majorité des camps de vacances québécois a en effet été fondée par des communautés religieuses qui ne tiraient aucun profit de leurs activités. Les tarifs sont donc toujours demeurés en deçà du coût réel. « Mais à un moment donné, il y a des limites à demander moins que le prix que ça coûte, poursuit Yves Dubois. Les dons des communautés religieuses, les soupers spaghetti, ça ne paye pas tout! Il y a des limites, et la limite, on est en train de l’atteindre. »


L’été, c’est fait pour réviser?  -  Sylvia Galipeau
Lundi matin, 9h. Une douzaine d’enfants sont assis en rond, lors de leur premier jour au camp de jour. Au programme: ni musique ni équitation, mais... des tables de multiplication, de la grammaire, et pourquoi pas un peu de lecture. Le tout, en s’amusant. Après tout, c’est quand même l’été...
Nous sommes au camp de jour éducatif Je sais tout, à Laval, qui, pour ladeuxième année, offre, sur une période de quatre semaines, un programme pédagogique axé sur les apprentissages acquis pendant l’année scolaire, le tout, par le biais du jeu. «Apprendre tout en s’amusant»: c’est la maxime du camp, écrite bien en vue, en lettres moulées, sur un petit panneau à l’avant de l’édifice, qui abrite par ailleurs les Centres pédagogiques, un service d’aide aux devoirs au coeur du Vieux Sainte-Rose. Au programme cet été, donc: un baseball mathématique, une chasse au trésor des mots, un karaoké du français, une impro de la lecture.
Cette semaine, les activités tournent autour des métiers. Pour découvrir le sujet du jour (en l’occurrence: les sportifs), les élèves, pardon, les campeurs, regroupés par cycles, doivent ce matin trouver un mot mystère, à l’aide d’un plan cartésien. « Part de la lettre Y, et déplace toi de sept cases vers la droite », explique l’animatrice à une gamine de première année. Les jeunes partiront ensuite au parc, pour des « olympiades » : une course de 50 mètres, un lancer du poids, puis un saut en longueur. Le tout servira de point de départ pour une série d’activités durant la semaine: rédaction d’une « fiche d’athlète », comparaison des résultats, diagrammes. Les parents seront ensuite tenus au fait des apprentissages de leur enfant, par le grâce à un porte-folio regroupant leurs travaux.
« Ils apprennent par le plaisir, presque sans s’en apercevoir, explique la directrice Claudine Potvin. C’est une façon ludique de rester dans le bain. Le but premier: c’est de s’amuser. Mais au lieu de les faire sécher au soleil, j’aime mieux leur faire faire quelque chose de constructif. » Comme lancer un ballon en révisant ses multiplications, ou encore chanter un karaoké, tout en corrigeant les participées passés.
Les animateurs sont tous issus du milieu scolaire, ou encore en cours de formation. De leur côté, la majorité des jeunes n’a aucune difficulté, mais une soif d’apprendre et des parents visiblement intéressés. C’est le cas de Line Hébert, dont les deux garçons passeront l’an prochain les examens pour entrer au secondaire. « Nous visons le privé, alors on a décidé de faire d’une pierre deux coups: oui s’amuser, mais aussi réviser par la bande. »
Seul le tiers des inscriptions provient d’élèves en difficulté. C’est le cas du fils de Jean-François Cusson, qui vient de boucler sa 3e année, avec des difficultés en lecture et en écriture. « Mais moi, je suis criminologue de formation, pas pédagogue, explique-t-il. Je me sentais limité dans l’aide que je peux lui apporter. » D’où l’intérêt du séjour pédagogique, où son fils, tout en révisant, « a autant de plaisir que dans un autre camp. »
Selon Égide Royer, psychologue et professeur titulaire en adaptation scolaire à l’Université Laval, ce genre d’option, « reconnue dans le métier mais malheureusement très peu pratiquée », est idéale pour les enfants qui, autrement, redoubleraient ou passeraient leur année avec un niveau très faible.
Mais pour les autres, qui n’ont aucune difficulté ? « Mon sentiment, comme père, grand-père, ou pédagogue, c’est que l’été, c’est fait pour faire des activités libres et relaxer tranquilles. »




Le taux d’activité des mères dépasse 80%
Malgré les différentes mesures visant à faciliter la conciliation entre le travail et la famille, le fait d’avoir la charge d’un enfant change davantage la participation au marché du travail des femmes que celle des hommes.
Cette constatation ressort d’une étude de l’Institut de la statistique du Québec intitulée Le marché du travail et les parents, publiée récemment.
De façon générale, au cours des dernières décennies, le fait d’avoir la charge d’un enfant semble avoir de moins en moins d’impact sur la participation des femmes au marché du travail.
Ainsi, le taux d’activité des mères, qui était en 1976 de 35,9%, a atteint 80,7% en2008. Il a donc plus que doublé.
Le taux d’activité des femmes sans enfant a aussi augmenté durant la même période, mais dans une proportion moindre, soit de 71,8 à 87%.
Chez les hommes, c’est l’inverse. Le taux d’emploi des pères a toujours surpassé le taux d’emploi des hommes sans enfant, avec des taux respectifs de 89,8 et 81,6% en 2008.
Donc, «la présence d’enfant(s) exerce une pression à la baisse sur le taux d’emploi des femmes, mais à la hausse sur celui des hommes», écrit l’Institut de la statistique dans son étude, réalisée par Sandra Gagnon, analyste en statistiques du travail.
Le troisième enfant
L’étude démontre aussi que les taux d’activité et d’emploi diminuent considérablement à l’arrivée d’un troisième enfant. Entre les personnes qui n’ont pas d’enfant et celles qui en ont deux, il n’y a presque pas de différence. Lorsqu’il y a trois enfants ou plus, la situation change, surtout pour les femmes.
Ainsi, le taux d’activité des femmes de 25 à 44 ans atteint 87,4% lorsqu’elles n’ont pas d’enfant, 82,4%lorsqu’elles ont un enfant, 81,7% lorsqu’elles ont deux enfants, mais chute à 71% lorsqu’elles ont trois enfants ou plus.
Le taux d’activité des hommes de 25 à 44 ans est de 88,3% lorsqu’ils n’ont pas d’enfant, de 94% lorsqu’ils ont un enfant, de 95,5% lorsqu’ils ont deux enfants et de 93,6% lorsqu’ils ont trois enfants ou plus.




L’IMPLICATION DU PÈRE À LA LOUPE
Un père qui change des couches, berce et soigne son enfant, a de bonnes chances de resté impliqué une fois bébé plus grand, dans son cheminement scolaire, notamment. Le hic? C’est que les responsables enseignants continuent de favoriser les communications avec les mères, décourageant du coup l’implication des pères, dénoncent un groupe de chercheurs de l’Université de l’Illinois, dans une étude publiée dans un numéro récent du Journal of Educational Psychology.





PÈRES D’HIER, PÈRES D’AUJOURD’HUI -  Sylvia Galipeau
Un monde sépare le père autoritaire des années 40 du papa poule des années 2000. Et pourtant, malgré de grands bouleversements, l’accès aux salles d’accouchement, le congé de paternité et la participation à part entière à l’éducation des enfants, fondamentalement, les pères sont aussi restés les mêmes. Par-dessus tout : de grands coeurs joueurs. Quatre pères, issus de quatre générations, se racontent.

LES ANNÉES 40 Sans trop de questions
« À l’époque, tout le monde avait sa petite famille. Ce n’était pas un événement extraordinaire. »
« Mon rôle, c’était d’être un pourvoyeur et un gardien. » – Hervé Fecteau, père de cinq enfantsnésen1941, 1943, 1945, 1947 et 1951.
À l’époque, veut, veut pas, avoir des enfants allait tout simplement de soi . On se mariait, et les enfants arrivaient, plus ou moins après. S’il avait hâte ? « J’avais surtout hâte d’avoir une femme », répond Hervé Fecteau, un homme doux et posé, rencontré cette semaine dans sa résidence pour personnes âgées de Sherbrooke pour parler paternité.
Il rencontre celle qui allait devenir sa femme à la fin de la vingtaine. Deux ans plus tard, elle lui annonce la nouvelle : elle attend un premier enfant. De l’accouchement, dans un petit hôpital privé de Lac-Mégantic, il garde quelques souvenirs. « J’ai vu tous les préparatifs. Je me souviens des cris. On supporte difficilement les douleurs de son épouse » , commente-til pudiquement. Une fois le bébé né, il se sent submergé de responsabilités : « Que sera cet enfant-là à 20 ans? » Il reprend ensuite son travail, sans trop se poser de questions. « À l’époque, tout le monde avait sa petite famille. Ce n’était pas un événement extraordinaire. C’était la vie courante. »
Une vie qu’il a vite fait d’adopter. Car même s’il leur a rarement dit « je t’aime » (« on les serrait plutôt dans nos bras »), l’homme, par ailleurs peu porté à exprimer ses émotions, avoue avoir « aimé beaucoup » sa vie de famille : « Je recommencerais. À cause du plaisir de voir grandir les enfants. » À preuve, de son bureau de greffier de LacMégantic, il ne prend généralement que 30 minutes pour dîner, afin de quitter plus tôt le soir, pour passer du temps avec ses petits. L’été, il les amène jouer au lac, au ballon chasseur ou au cerf-volant. Ce sont ses meilleurs souvenirs : « Parce que c’était récréatif, distrayant et agréable. »

À la maison, il « assiste la mère », épluche les pommes de terre, fait la vaisselle, et étend parfois les vêtements sur la corde. Le reste, le soin des enfants, la lessive, et l’essentiel de la cuisine, c’est la mère qui s’en occupe. Autoritaire à ses heures (un regard froncé et les poings fermés suffisaient à faire fuir ses plus téméraires), il est surtout joueur : « Mon plaisir, c’était de les voir courir se sauver ! » Le plus dur ? Les voir partir, vers 15 ou 16 ans, étudier en ville. « Ça a été un déchirement, dit-il, le poing sur le coeur. À chaque départ, ça a été un deuil. Parce que je savais que le tour des autres viendrait . Qu’un jour, on serait seuls à la maison. Mais ne me faites pas pleurer, là ! »


LES ANNÉES 60 Accès aux salles d’accouchement interdit
Sa femme et lui suivent ensemble des cours de préparation à l’accouchement. « C’était un peu révolutionnaire. »
« Mon plus grand rêve, c’était de dire à ma femme: voilà, tu peux arrêter de travailler, je suis capable de te faire vivre. » – Jean-Guy Duchaine, père de quatre enfants, nés en 1965, 1968, et deux jumeaux nés en 1971. Au début des années 60, les traditions perdurent : « Je suis un pur produit pré-boomer », résume Jean-Guy Duchaine. Quand un jeune homme rencontre une fille de son goût, il la fréquente, et « pour aller au bout des choses », le couple se marie. Il se marie donc à 20 ans, et quelques mois plus tard, sa femme attend leur premier enfant. « On en voulait cinq ou six, se souvient-il. On venait tous les deux de grandes familles, alors pour nous, c’était normal. »
1969, Jean-Guy Duchaine, avec sa fille Hélène.
À l ’ époque, i ls suivent ensemble des cours de préparation à l’accouchement . « C’était un peu révolutionnaire. » Mais là s’arrête la révolution, et, au grand dam de cette génération de contestataires pré-1968, les pères sont exclus des salles d’accouchement. « Ça bouillonnait au Québec, et ça, ça faisait partie de ce qu’on remettait en question. »
Pendant tout le travail de la mère, le futur père est donc « tenu à l’écart » dans une salle d’attente « macabre » aux murs jaunis de Sainte-Justine, « à fumer comme un défoncé ». Puis, au bout de 30 heures, le médecin finit par venir le voir pour lui présenter enfin sa « belle petite fille ».
Fou comme un balai, après avoir eu le « droit » de voir la mère quelques instants, il sort en chantant dans la rue. « T’étais père, tu avais prouvé ta masculinité. On était très fiers de ça. » Il ne tarde pas à s’acheter les fameux cigares pour annoncer la bonne nouvelle à sa famille et à ses collègues.
Puis sa vie reprend son cours. Car à l’époque, les pères n’ont droit qu’à une journée de congé. « Et la maudite, elle est née un samedi! » À la maison, il donne « un coup de main » à la mère, mais les rôles, de son propre aveu, demeurent très traditionnels.
Son travail aux ressources humaines de la Commission des écoles catholiques de Montréal l’appelle rapidement à partir souvent pour Québec. « Oui, ça a été difficile, je me sentais toujours en conflit entre ma carrière et mon rôle de père. »
Aujourd’hui, deux divorces plus tard, après avoir été réduit à de simples « droits de visite », pour passer ensuite à une garde à temps plein, il est l’heureux « papi » de 12 petits-enfants. « Et c’est merveilleux, dit-il, visiblement ému. J’ai semé une espèce de prolongement. Je me dis que c’est ça, la paternité. »


LES ANNÉES 80 Un nouveau rythme de vie
Pour son aîné, il réussit à prendre quelques semaines de vacances. Impossible pour sa deuxième. « J’ai essayé de brasser la cage ! (...) Mais ça n’a pas marché. »
« Je ne suis pas une bibitte autoritaire. » – Michel Rouette, père de deux enfants nés en 1981 et 1983. Michel Rouette a mis du temps avant de se décider à avoir un enfant. Il ne se sentait pas de taille. « Je me disais que faire un enfant, c’était le plus gros pari qu’on pouvait faire. Et je ne suis pas joueur. » Puis, un jour, le plus naturellement du monde, le fils d’un ami le prend par la main. « Ça a été le déclic. J’ai vu que je faisais l’affaire. » Sa femme, avec qui il est marié depuis 10 ans, arrête de prendre la pilule aussi sec. Alors qu’elle est enceinte, ils suivent des cours prénataux, « très tendance à l’époque », dont il ne se souvient de rien: « Ça ne m’a vraiment pas marqué! » L’accouchement, par contre, est « très bouleversant ». Le couple de la génération post-hippie choisit un hôpital offrant des « chambres de naissance ». « J’étais ému, craintif. Je me souviens encore de la première fois où j’ai entendu le coeur. Wou… c’est quelque chose! » Il coupe le cordon (« très résistant ») : « J’ai eu l’impression que le coeur m’ouvrait comme une porte de garage. C’était réglé: je savais que je l’aimais », dit-il, les yeux s’emplissant d’eau. Pour revenir à la maison, il se revoit encore, au volant de sa voiture: « Je n’ai jamais été prudent comme ça de ma vie (rires)! Ça ne me ressemble pas. J’ai trouvé ça drôle comme réaction! »
Pour son aîné, il réussit à prendre quelques semaines de vacances de son poste de photographe, à Radio-Canada. Impossible pour sa deuxième, malgré toutes ses revendications. « J’ai essayé de brasser la cage! Je ne trouvais pas ça correct que pour la mère, on ne se pose pas la question. Mais pour le père… Mais ça n’a pas marché. »
À la maison, il adopte rapidement un nouveau rythme de vie: celui du « nouveau boss dans la maison ». Il se plaît à donner le biberon la nuit (« même si je n’aime pasme lever tôt! »), et ne cache pas son coeur brisé, le premier jour où il faut amener bébé à la garderie. « Seigneur… » Les tâches sont par ailleurs « très partagées, sans problème », dit-il, entre lui et la mère.

Adepte de la philosophie des Enfants libres de Summerhill, il reconnaît avoir été un père peut-être trop « amical ». Signe des temps, les enfants ne l’appellent d’ailleurs pas papa, mais « Michel ». « Je voulais le moins d’interdits possible. J’ai essayé qu’ils soient le plus l ibres possible. Mais vous savez, on souhaite des choses pour nos enfants, on se fait une idée de ce qui est bien, ou moins bien, mais au bout du compte, on ne décide pas de tonnes de choses… »


LES ANNÉES 2000 Papa au foyer
« Ma priorité, ce ne sera pas le travail. Ça va rester ma famille. »
« Être unpère, c’est êtreprésent, avoir des idées, les amener à l’aventure, les allumer. » – Sébastien Lépine, père de deux enfants nés en 2004 et 2007. Lundi après-midi. Le jeune papa nous accueille un biberon à la main. C’est qu’il vient de coucher fiston pour sa sieste. Il faut savoir que Sébastien Lépine a pris un an pour s’occuper des enfants. Un an à la maison, même si les enfants sont « grands » : 2 et 5 ans.
2009. Sébastien Lépine avec Auguste, 2 ans, et Fabie, 5 ans.
Àlanaissancedudeuxième, aprè s l ’ a nnée de congé parental de la mère, c’est lui qui a enchaîné, mettant du coup sa carrière de designer graphiste en suspens. « Deux professionnels qui travaillent, c’était vraiment trop la course, dit-il. À un moment donné, ça ne marche plus. » C’est qu’il avait vraiment envie de prendre le relais. « J’avais vraiment envie. Je suis un gars qui a des idées, pas juste pour les clients, mais aussi pour mes enfants », dit-il. C’est ainsi qu’il se plaît désormais à monter des spectacles de marionnettes à la garderie, ou encore à organiser des conseils de fées à la maison. « Et c’est un luxe, parce que j’ai la tête libre pour penser à eux. Avant, j’avais la tête polluée par le travail. »
Même s’il sait qu’il va devoir sous peu recommencer à travailler, ce sera sans culpabilité. Parce que les enfants seront plus grands. « Et je sais que ce sera meilleur pour eux d’être avec des enfants de leur âge. » Mais pas question pour autant de s’oublier dans le boulot. Au contraire: « Ma priorité, ce ne sera pas le travail. Ça va rester ma famille. »
D’ailleurs, il a toujours voulu des enfants . « J’ai grandi dans une famille très orientée famille », dit-il. Son père était du genre à être de toutes les parties, quel que soit le sport, quel que soit l’enfant. Et pas assis dans les gradins, mais sur le terrain !
Pour ses deux enfants, il a donc suivi les cours prénataux réglementaires, participé à l’accouchement, coupé le cordon, et pleuré à chaque naissance. Chaque fois, il a pris un mois de congé parental . Les premiers temps, il s’est levé presque toutes les nuits et a changé des couches « en maudit ». Aujourd’hui, tout père au foyer qu’il soit, il se voit comme un papa « joueur » avant tout. « Je n’ai pas peur de me mettre à leur niveau pour jouer avec eux. »
Il y a deux ans, la petite famille a provoqué la surprise générale. Lors d’une fête pour souligner leur pendaison de crémaillère, ils ont annoncé à tous leurs amis: « On se marie ! » Quand ? « Maintenant ! » Pourquoi ? « On était rendus là. »



Histoire de pères et de pêche  -  Sylvia Galipeau
Six gars. Quatre bébés. Un chalet. Au programme, de la pêche sur glace, des glissades et des barbouillages. Sans maman dans les parages. Bienvenue au monde de la paternité, tendance post 2000.
« Je crois qu’on fait partie d’une génération de nouveaux pères, lance Mathieu Cardin, qui nous a raconté cette semaine un week-end dans le bois, entre jeunes pères, au plus creux de l’hiver. Je n’aurai pas la prétention de dire qu’on est mieux, mais on est différents. »
Une génération à mille lieues du portrait des pères en mal d’engagement dépeint dans L’horloge biologique de Ricardo Trogi, un film que notre jeune trentenaire et père de deux enfants qualifie par ailleurs d’« insulte » aux pères d’aujourd’hui. « On est des pères sensibles, poursuit-il. On n’a pas peur de dire qu’on aime nos enfants. Personne n’est macho. On prend nos enfants tout le temps avec nous, et on s’en occupe du mieux qu’on peut. »
La preuve, c’est que cet hiver, pour « donner un break aux mamans », il est parti avec cinq copains et leurs bambins, pour une fin de semaine dans une pourvoirie. Les enfants, âgés de 18 à 28 mois, n’ont jamais réclamé leurs mamans. « Ils n’ont pas eu le temps! »
C’est que les petits, en plus de sauter sur des lits, ont fait de la pêche sur glace, glissé sur des chambres à air, découvert les traîneaux à chiens et joué tard le soir autour du feu. « C’était trippant. On veut vraiment le refaire. »
L’expérience a été trippante d’abord pour les enfants, qui ont pu vivre un week-end de folies, hors du cadre habituel. « Tu sais comment font les mères: elles mettent de la crème solaire... Nous, on les laisse sauter sur les lits, faire le genre d’affaires que les mères ne font pas. »
Trippante aussi pour les pères. Non seulement parce qu’une fois les enfants couchés, ils se sont retrouvés entre gars pour jaser, déguster des bières locales ou jouer au hockey, mais aussi parce qu’ils ont pu se rapprocher de leurs enfants, et s’affirmer davantage dans leur rôle de père. « Quarante-huit heures sans la mère, à t’occuper de tout, leur brosser les dents, les habiller, les nourrir, vraiment tout. Tu te rends compte que, finalement, il n’y a pas de raison de ne pas te faire confiance. Tout ce que la mère fait, t’es capable de le faire aussi. À part allaiter. »
Tout, ou presque, concède-t-il en riant. « Bon, les trois fillettes de la gang n’ont pas eu de couettes ou de tresses de la fin de semaine; elles étaient toutes dépeignées, mal habillées, leurs vêtements n’allaient pas ensemble. Et on se l’est fait dire! »
Reste que quand Mathieu Cardin pense à son beau-père, qui n’a jamais changé une couche de sa vie, ni hier, ni aujourd’hui (« quand il garde, c’est la grand-mère qui change les couches ! »), il n’a pas de doute possible: un monde de paternité les sépare. « Pourtant, aujourd’hui, c’est quelque chose de naturel. Et c’est le fun, finalement, s’occuper des enfants! »
« Le désavantage, c’est que les mères voient les pères qui s’engagent, et elles en veulent toujours plus ! » conclut-il avec un sourire...


La trame sonore de mon père -  Stéphane Laporte
J’ai vécu plus de 20 ans chez mon père. J’ai l’impression de ne l’avoir regardé, vraiment regardé, que quelques minutes. À coup de brèves secondes bout à bout.
Je suis allongé sur le divan bleu dans le salon. J’ai le nez presque dans la télévision. Je regarde Daniel Boone. J’entends la serrure se déverrouiller. C’est mon père. Ça pourrait être mon frère, il n’est pas rentré du collège encore, mais c’est mon père. Il y a quelque chose dans la façon de tourner la clé. C’est sec et rapide. C’est lui. Pas besoin de me retourner la tête, je dis : « Bonjour Pa ! » Il me répond: « Salut fiston! » J’entends la porte du placard s’ouvrir. Il range son manteau, puis il referme la porte. Ses souliers vernis font craquer le plancher. Il est dans le salon. J’entends La Presse se déplier et les grandes pages se tourner. Quand il donne une petite tape dans le haut de la page pour qu’elle se tienne plus droite, je sais qu’il est en train de lire l’article.
Puis c’est le son du frottement de l’allumette sur le carton rugueux. Précis et rapide. Mon père maîtrise tellement la technique, l’allumette n’a pas le choix, elle s’allume à tout coup, du premier coup. Le cendrier glisse sur la table. Il grille une cigarette, en silence.
Du fond de la cuisine, ma mère crie : « Le souper est prêt ! » Je bondis et cours à toute vitesse vers la salle à manger. J’entends la voix de mon père dire : « Cours pas ! » Je ne l’écoute pas.
À un bout de la table, il y a ma mère, à l’autre bout, mon père. Je suis assis à la gauche de mon père. Mon frère est à ma gauche. Ma mère à la gauche de mon frère. Et ma soeur à la gauche de ma mère. Bref, tout se passe à gauche. J’ai le cou toujours tourné vers maman, Bertrand et Dominique. Tout seul à droite, dans mon angle mort, Papa ne parle presque pas.
Je n’ai pas encore terminé mon dessert, j’entends sa chaise reculer. Il s’en va faire la vaisselle. Ça s’entend. Le bruit des assiettes qui s’empilent, de la coutellerie jetée dans les tiroirs, des verres posés dans les armoires. Un véritable solo de drum à enterrer Led Zeppelin. Je me sauve dans le salon, juste à temps pour Jamais deux sans toi.
Quelques minutes plus tard, j’entends le paquet de cigarettes tomber sur la petite table du salon. La journée de mon père est officiellement terminée. Mon père a toujours son paquet de Matinée dans sa petite poche de chemise, sur son sein gauche. Quand il l’enlève de là, c’est qu’il a fini de se déplacer. Il détache ses souliers et s’allonge sur le divan vert. Vers 20 h, un bruit de journal froissé, de bûches déplacées, le grincement du petit rideau de fer, mon père nous fait un feu. Durant les pubs, je regarde les flammes danser.
Mon père n’est plus sur le divan vert, il est allongé sur le tapis, près du foyer. Il se met à ronfler dans un crescendo nasal symphonique. Quand son ascension est rendu trop haute, je crie : « Pa! » pour le faire redescendre.
Puis ma mère me dit que c’est l’heure de me coucher. Je me lève penaud. Je dis bonsoir à mon père qui se réveille en sursaut. « Bonsoir mon gars! » Du fond de mon lit, j’entends les pas de mon père dans le couloir. Je ne sais pas pourquoi, mon père remet toujours ses souliers pour aller dans sa chambre, pourtant c’est à côté du salon. Le son de la serrure verrouillée à double tour, c’est le dernier signe de vie de mon père avant la nuit...
J’ai vécu plus de 20 ans chez mon père. J’ai l’impression de ne l’avoir regardé, vraiment regardé, que quelques minutes. À coup de brèves secondes bout à bout. Pourtant ma mémoire se souvient très bien de chacun de ses gestes, de chacune de ses routines, de chacun de ses instants. Ils sont dans un fichier audio. Mon père, c’était du son et du silence. Il était là. Toujours là. Je le savais. Je l’entendais. Je ne pensais pas que j’avais besoin de le regarder en plus. Je ne savais pas que c’est avec les yeux que l’on aime le mieux. Que l’on éclaire ceux que l’on aime. Et que les gens s’effacent à force de ne pas être vus. Aujourd’hui, il n’est plus là. Mais je l’entends encore. Comme un fantôme. Comme un esprit. Je vous dirais même que je ne l’ai jamais autant regardé que depuis qu’il est parti. Au fond de ma tête, il y a son visage.
Al lez donc regarder votre papa, aujourd’hui, ça va le garder en vie. Et vous aussi.
Bonne fête des Pères!


Le dinosaure « rose » -  Mario Roy
Qu’est-ce qu’un père ? At-on besoin d’un père ? Si oui, comment être père aujourd’hui ? Et, au fait, comment ça fonctionne, un père ?
Avant de qualifier toutes ces questions de saugrenues, il faut savoir qu’il s’agit des titres de quatre ouvrages fort sérieux publiés récemment. La littérature sur la paternité et sur les pères a fleuri au cours des dernières années, de la savante étude historique ou sociologique jusqu’au guide pratique, style
Cette logorrhée peut s’expliquer, au choix, par le regain d’intérêt pour une fonction mâle qui aurait été injustement ignorée dans le passé; ou alors par la quête presque frénétique d’un modèle de paternité qui ne serait pas encore tout à fait au point.
Les deux propositions sont exactes.
Mais, à une époque où un homme est enceint (!) de son deuxième bébé aux États-Unis, la seconde hypothèse semble la plus pertinente...
Le modèle de père actuellement le plus vendeur est, comme on le sait, celui du « père-poule ».
Il s’agit de cet homme qui materne (le verbe paterner n’existe pas officiellement) sa progéniture avec autant, sinon plus d’ardeur que la mère. Ce phénomène est difficile à illustrer par des statistiques, mais il en existe quelques-unes, irréfutables.
Entre 1995 et 2003, le nombre de divorces ayant conduit à une garde partagée a presque triplé, s’établissant à 29%. Entre 1995 et 2006, la proportion des pères se prévalant d’un congé parental est passée de 4 à 69%, l’incitation étatique aidant.
Or, le « père-poule » n’est pas une invention nouvelle. On a en effet établi que, chez quelques espèces de dinosaures, ce sont les mâles qui couvaient les oeufs. Rien à voir avec l’émergence d’un dinosaure « rose » : d’un point de vue biologique, c’était tout simplement plus efficace pour la survie de la couvée.
L’affaire n’est pas qu’anecdotique. À travers les âges, les modèles de paternité ont été extraordinairement divers, reflétant à la fois les nécessités sociales, les cadres religieux ou politiques; même les effets de mode, qui sait?
Dans la Rome antique, les pères avaient littéralement droit de vie ou de mort sur leur progéniture. Au XVIIIe siècle, l’instruction publique obligatoire, née de la Révolution française, est le premier coup porté au patriarcat, jusqu’alors dépositaire de l’information à transmettre. Au XXe siècle, les deux guerres mondiales forgent des sociétés sans pères: ils sont partis, souvent morts, au combat. Le « père-poule » contemporain est, au moins en partie, le fruit de l’accouplement entre la vague égalitariste et la nécessité économique.
Tout cela suggère que, hors l’acte créateur, la paternité est malléable à souhait.
Un homme peut voir la chose comme un effrayant dilemme: que faire, en effet, s’il n’y a pas de mode d’emploi? Ou alors comme une opportunité, celle de trouver par soi-même le type de paternité qui sera le plus efficace pour la survie de sa propre couvée.
Comme l’a fait le dinosaure « rose », finalement.


Les « pères malgré eux » s’expriment  -  Mathieu Perrault
Une avalanche de livres écrits par des pères, pour des pères déferle actuellement sur le Royaume-Uni. En tête de palmarès, les « pères malgré eux » s’épanchent et avouent leurs angoisses et leurs insatisfactions. Ces confessions ont valu à l’un d’entre eu
« Les pères ne sont pas nécessairement contre, mais ils doivent accepter que ce n’est pas avant tout leur décision. Il n’y a pas beaucoup de place pour qu’ils expriment leurs sentiments partagés. »
Quand sa fille Amalia est née, après 24 heures de travail, une sage-femme s’est tournée vers Nick Duerden. « Content? » lui at-elle demandé.
Il n’a pas eu le temps de répondre. Sa belle-mère espagnole est entrée dans la salle d’accouchement et a commencé à embrasser tout le monde, sa fille, les médecins et les infirmières. M. Duerden est sorti dans le couloir et s’est mis à pleurer.
Bienvenue dans le monde des pères malgré eux. Depuis deux ans, plusieurs livres écrits par des pères ont été publiés au Royaume-Uni. Plusieurs ont un point en commun: ils évoquent les sentiments contradictoires, voire négatifs, qui les habitaient dans les premiers mois de la vie de leur premier bébé.
M. Duerden, qui est journaliste artistique, a eu la chance de se faire baptiser, dans le Daily Mail, « le pire papa d’Angleterre » dans une recension de son livre The Reluctant Fathers’ Club. Il avait aussi éclaté en sanglots quand son épouse lui avait annoncé qu’elle était enceinte. Et lorsqu’il est resté pour la première fois seul pour un dodo avec sa petite Amalia, alors qu’elle avait 16 mois, il n’a pu s’empêcher d’inviter des amis pour la journée, au lieu de profiter de ses moments seul avec elle. À cette occasion, Amalia a même failli s’étouffer avec l’une des demi-sphères où sont cachés les jouets des chocolats Kinder Surprise alors qu’il admirait un renard dans son jardin.
« En général, ce sont les femmes qui prennent la décision concrète que c ’est le temps d’avoir un bébé » , explique M. Duerden en entrevue téléphonique. « Les pères ne sont pas nécessairement contre, mais ils doivent accepter que ce n’est pas avant tout leur décision. Il n’y a pas beaucoup de place pour qu’ils expriment leurs sentiments partagés. Il est certain que les dépressions post-partum sont plus douloureuses, mais ce n’est pas une raison pour ne pas parler des angoisses des pères. »
Un aut re auteur, Michael Lewis, qui a publié An Accidental Guide to Fatherhood, évoque quant à lui le peu d’intérêt qu’avait pour lui sa fille Quinn dans les premiers mois de sa vie. « Je me souviens parfaitement d’être sur un balcon, avec elle qui pleurait dans mes bras, et m’être demandé ce que je ferais si ce n’était pas illégal de la jeter en bas. L’amour maternel est instinctif, mais l’amour paternel est un comportement qu’on apprend. C’est le mystère de la paternité : comment le ressentiment qu’éprouve un homme face à cette chose qui chambarde totalement sa vie se transforme-t-il un jour en amour? »



EMBÛCHES AU FOYER? -  Marc Tison
PÈRES À LAMAISON Une majorité de pères québécois utilisent leur congé de paternité. Une proportion importante profite du congé parental. Chez les jeunes familles à un seul revenu, le père est à la maison une fois sur 10. Quelles sont les conséquences fina
Père au foyer? « C’est une super expérience, résume Pierre-Yves Villeneuve. On est en meilleure position pour comprendre ce que les femmes ont vécu, mais en même temps, on développe des relations avec nos propres enfants, qu’on ne pourrait développer autrement. »
Auprès de ses amis, PierreYves Villeneuve est devenu une référence en congé parental. Il a appris à la dure, lors de la naissance de leur premier enfant, en septembre 2007. Le couple pensait pouvoir choisir le congé parental à la carte, l’un optant pour le régime de base, l’autre pour le régime particulier. « Il a fallu le comprendre, raconte-t-il. Et on ne s’était pas préparé de fonds à l’avance. »
Certaines dépenses ont alors diminué. Dès le premier jour de son congé, Pierre-Yves Villeneuve a appelé son assureur automobile pour faire modifier son contrat. Son kilométrage venait de passer de 1000 km à 50 km par semaine. « C’était plusieurs dizaines de dollars sur la durée du congé, ditil. On le prend. »
La facture d’électricité a surpris Pierre-Yves Villeneuve. Avec une présence permanente à la maison, le chauffage n’est plus réduit durant le j our. Ajoutez les innombrables lavages et séchages…
Son employeur, a-t-il appris à son retour au travail, avait continué à payer les primes de ses avantages sociaux. Mais il lui fallait les rembourser, ce dont son maigre relevé de salaire a fait foi. « C’était 500$ à 600$ d’un coup. Ça donne un choc. »
Maintenant bien au fait de ces subtilités, il s’apprête à prendre le relais de sa conjointe, en septembre prochain, auprès de leur seconde fille de trois mois. « Je vais mettre un peu d’argent de côté », assure-t-il.
À l’inverse, le congé parental peut venir soulager à point nommé un problème imprévu. La plani f icatrice f inancière Josée Jeffrey donne l’exemple de son neveu, qui avait épuisé ses cinq semaines de congé de paternité et était retourné au travail. Après quelques mois, il a perdu son emploi. « Sa blonde, qui commençait à s’ennuyer à la maison après sept mois de congés parentaux (faut croire que son bébé est très calme), a suggéré que papa bénéficie du solde des prestations parentales et qu’elle reprenne son emploi, raconte-t-elle. Ainsi, il n’y a aucune perte de revenus pendant les mois restants. Une bonne idée ! »
Des congés populaires
En 1995, à peine 4 % des papas québécois se prévalaient d’un congé parental. Avec la mise en place du Régime québécois d’assurance parentale, en janvier 2006, la participation des pères a explosé. Dès 2006, 69% des nouveaux pères admissibles ont demandé un congé de paternité.
Les autres? « Ce ne sont pas 30% de mauvais pères », insiste Raymond Villeneuve, directeur du Regroupement pour la valorisation de la paternité. Selon lui, ils craignent plutôt de ne pas pouvoir retrouver leur emploi au retour – travailleurs saisonniers ou autonomes, par exemple.
On ne se racontera pas d’histoires: du point de vue financier, la question du parent au foyer se pose exactement de la même façon pour un père que pour une mère. La seule nuance tient peut-être au regard des autres… notamment des employeurs. « Généralement, ils sont moins compréhensifs avec les pères qu’avec les mères », relève Raymond Vi l leneuve. Déjà que ça surprend quand un père avertit qu’il ne pourra pas entrer au travail un aprèsmidi parce que son enfant est malade, de dire qu’il veut partir pour un an et demi, je ne suis pas sûr que ça plaise beaucoup à l’employeur. »
Néanmoins, la société s’ajuste peu à peu. Josée Jeffrey l’observe en rigolant: « À la télévision, les meilleurs conseils culinaires ne nous viennent plus de Soeur Angèle ou de Jeannette Bertrand mais bien de Jean-François Plante à TVA, de Louis-François Marcotte à TQS, de Ricardo à Radio-Canada, ditelle. Nos hommes à la maison apprendront de bonnes recettes de leurs modèles masculins ! »
Pierre-Yves Villeneuve, lors de son premier congé, en avait déjà pris l’initiative. « Je ne sais pas si c’est économique, mais je me suis mis à faire du pain ! »

PLANIFICATION DE NAISSANCE -  Marc Tison
Une femme sans emploi. Un futur père sur le point de prendre un congé parental d’un an. Un budget en déroute.
En février 2008, quand le jeune couple est venu consulter Nathalie Champagne, conseillère budgétaire au CIBES de la Mauricie (ACEF), sa situation financière était au plus mal.
« C’était un cas de surendettement et de mauvaise planification », explique-t-elle.
Ça ne s’est pas amélioré avec le congé parental. Le jeune père gagnait un salaire net de 570$ par semaine. L’assurance parentale lui a versé deux paiements de 940$ par mois. « Il est passé d’un revenu mensuel de 2451$ à 1880$ », calcule Nathalie Champagne.
Heureusement, le couple avait rencontré la conseillère pendant que le père était encore au travail. Guidés par le CIBES, ils ont pu mettre leurs comptes à jour, acquitter les petites dettes, en prévision de la période de revenus moindre qu’ils savaient venir. « S’ils étaient venus nous voir au moment où le père tombait en congé parental, ça aurait été beaucoup plus difficile de rattraper le retard, observe Nathalie Champagne. Ils n’auraient pas eu la marge de manoeuvre nécessaire. »
Morale de l’histoire : « C’est comme une année sabbatique, ça se planifie d’avance, avise la planificatrice financière Josée Jeffrey. Les prestations parentales peuvent donner un coup de main, mais ensuite, il faut calculer, planifier, refaire le budget. »
Certains couples souhaiteront assurer une présence parentale prolongée durant la petite enfance. Le problème se pose de la même façon pour un père ou une mère au foyer: une fois l’année de congé parental achevée, le couple peutil se contenter d’un seul revenu? « Lameilleure chose est de faire un bilan, de prendre une photo de la situation financière de la famille », recommande Robert Le Sieur, planificateur financier au Groupe Investors. Une estimation réaliste des revenus et dépenses est alors essentielle.
« On évalue, et si on arrive, il faut faire un budget, poursuit-il. Mais on doit ensuite le respecter. Il est certain qu’il faudra diminuer nos activités, mais c’est une décision familiale. »
Un soupçon de simplicité volontaire
Éliminer un revenu sur deux pendant quelques années fait mal au budget. « Il y a une réflexion sur la vie à faire, observe Bertrand Rainville, conseiller budgétaire au CIBES. On est dans le domaine de la simplicité volontaire. »
Tiens, tiens… Petit coup de fil au Réseau québécois pour la simplicité volontaire.
« Le concept de simpl icité volontaire se prête très bien à ce genre de décision, de décrocher un peu de la surconsommation », confirme Louis Chauvin, président du Réseau et professeur à la Faculté de gestion de l’Université McGill. « On dit aujourd’hui qu’il faut que les deux travaillent pour qu’on arrive. Mais dans les années 50, les gens arrivaient très bien avec un salaire. Ils vivaient cependant dans des maisons plus petites, il n’y avait pas deux autos à la porte, les enfants n’allaient pas tous dans des écoles privées, ils ne voyageaient pas dans le Sud à tous les ans. Les gens arrivaient. »
Revenons à notre époque: le couple qui ampute un de ses revenus devra adapter son train de vie, sacrifier certaines dépenses. « J’aime mieux modification que sacrifice », corrige Louis Chauvin. « C’est un choix. On a trouvé quelque chose qui nous plaît davantage, rester avec ses enfants et de développer ce lien. Si on le fait de façon très consciente, cette satisfaction devrait réduire notre besoin de rechercher notre satisfaction dans les objets de consommation. »
Plus concrètement, le premier geste de planification consistera à réduire l’endettement au minimum. Ce sera l’occasion d’une réflexion sur les besoins réels de logement, indique-t-il.
Dans les sessions sur la paternité qu’il donne aux futurs pères dans les cours prénataux, Raymond Villeneuve constate en effet certaines illusions à ce propos. « Sur 10 gars, il y en a toujours trois qui se sont acheté une nouvelle maison pour leur premier enfant, observet-il. Ils peuvent se mettre dans des situations invraisemblables : ils n’ont aucune idée de ce qu’est un bébé et ils prévoient construire des murs pendant leur congé de paternité! »


De très sages femmes
Ces professionnelles oeuvrent avec une réelle passion et un dévouement incroyable
Les sages-femmes croient en la force
du corps de la femme à pouvoir naturellement mettre au monde un enfant. Je les ai senties très rassurantes
durant l’accouchement.
L’auteure habite à Trois-Rivières.
Ma grossesse m’a permis de découvrir de merveilleuses femmes : les sages-femmes. Pour ces 40 semaines, j’ai été suivie à la Maison de naissance de Nicolet, et j’y ai donné naissance à ma fille le 5 janvier dernier. Je suis vraiment enchantée de mon expérience, mais j’ai pu percevoir à quel point on entretient des préjugés envers cette profession. On connaît peu ces professionnelles oeuvrant dans leur domaine avec une réelle passion et un dévouement incroyable.
Durant ma grossesse, les sages-femmes ont pris le temps de répondre à mes questions. Elles m’ont renseignée dans le but de m’aider à prendre des décisions éclairées. Elles se sont souciées de ma santé physique et mentale durant toute ma grossesse. Elles ont su me recommander à d’autres professionnels de la santé lorsque cela s’est avéré nécessaire.
L’accueil des sages-femmes est chaleureux. Lorsqu’on entre à la Maison de naissance, on se sent bien. C’est un lieu propice à la détente: une belle chambre, un bain profond, des lumières tamisées, un grand lit où papa et maman peuvent dormir après l’arrivée de l’enfant. Les papas participent pleinement à la grossesse. Ma sage-femme est venue chez moi au jour de l’An pour m’examiner, alors que j’avais une douleur intense au bas-ventre. Et, vous savez, elle est venue avec le sourire !
Les sages-femmes sont à l’écoute des désirs de la femme pour l’accouchement. Elles croient en la force du corps de la femme à pouvoir naturellement mettre au monde un enfant. Je les ai senties très rassurantes durant l’accouchement, entre autres, en proposant des conseils pour apprivoiser les contractions. Elles savent être présentes, mais se faire discrètes lorsqu’il le faut.
On trouve sur place tous les équipements pour intervenir sur bébé et maman si une urgence se produit, mais ceux-ci sont cachés. Les aides natales durant l’accouchement apportent noix, fruits séchés, jus de fruits et eau pour permettre à la femme de garder son énergie.
Après l’accouchement, une aide natale prépare un superbe plat de fruits frais accompagné de fromage, noix, yogourt et croissant pour reprendre des forces. Elles donnent également des recommandations pour reprendre le fer perdu à l’accouchement, pour l’allaitement, le retour à la maison, le siège d’auto, les papiers à remplir concernant la naissance, etc. La sage-femme vient par la suite faire plusieurs visites à domicile pour voir comment se portent maman et bébé.
Pourquoi s’en passer quand on sait que les frais sont acquittés par la fameuse carte soleil ? Que ces professionnelles étudient durant de nombreuses années à l’université la grossesse et la périnatalité ? Que ces « perles natales » ont une véritable passion pour ce que vous vivez durant votre grossesse et la vie grandissant en vous?
Je n’ai que des commentaires positifs concernant mon expérience à la Maison de naissance... Je souhaite à tous les enfants d’avoir un accueil aussi humain, tout en douceur, commeÉmilie, ma petite puce, a pu le vivre il y a quelques mois... Je souhaite à leurs parents de découvrir cet endroit extraordinaire et ses « très sages femmes »...



Je suis ta mère, pas ta copine -  SYLVIA GALIPEAU
Unsoirdefatigue, sans réfléchir, laphrasenous échappe: « Je ne suis pas ta copine. J’aurais préféré un garçon. Tu ne peux pas ressembler davantage à ta soeur ? »
Dans un tout nouveau livre, Entre mères et filles, les mots qui tuent, publié chez Flammarion, la spécialiste du décryptage verbal Caroline Messinger, coauteure et femme du prolifique psychologue français Joseph Messinger, a répertorié une centaine de phrases du genre, assassines, quoique prononcées la plupart du temps innocemment, qui ont le don de polluer une relation.
Objectif? Faire prendre conscience aux mamans du poids de leurs paroles et, surtout, leur proposer des pistes pour les nuancer.
« Bien sûr, le but n’est pas d’atteindre la perfection, de gommer nos paroles pour avoir un discours parfait, nuance-t-elle en entrevue. Nous sommes toutes imparfaites. Heureusement. L’enfant doit savoir que nous avons le droit de nous mettre en colère. Cela dit, il faut avoir conscience que nos mots peuvent être nocifs. »
Les mères seraient tout particulièrement cinglantes face à leurs filles. Car outre le premier émerveillement, « la plupart du temps », la fillette finit par incarner, inconsciemment, « le prolongement de la mère ». « Quelque part, la fille représente la deuxième chance de la mère. » Or, évidemment, elle n’est pas un prolongement de sa mère. Elle ne réalisera pas nécessairement non plus là où sa mère a échoué. Ne lui en déplaise. Résultat: « Tout s’effondre pour la mère. » D’où les conflits.
Caroline Allard, alias Mère indigne, n’a jamais senti que sa mère faisait de la projection sur sa personne. Au contraire. Elle a toujours fait preuve d’une grande lucidité. La blogueuse se souvient encore quand, alors qu’elle était gamine et rêvait de devenir patineuse artistique, sa mère lui avait avoué la triste vérité : « Tu n’es pas très gracieuse, chérie. » « Sur le coup, ça m’a ébranlée. Mais ça m’a ramené les deux patins sur la glace... » À l’adolescence, il y a certes eu des conflits (« j’étais assez tête de cochon »), mais tout est rentré dans l’ordre dans la vingtaine. Du coup, loin de vouloir se distancer, elle espère incarner, à l’instar de sa mère, une source de « réconfort et de lucidité » auprès de ses propres filles. Elle lui a d’ailleurs déjà volé quelques expressions (« chez les autres, c’est chez les autres; chez nous, c’est chez nous »). « Mais je suis devenue une mère indigne, alors elle a dû faire quelque chose de pas correct quand même... » glisse la blogueuse à la blague.
N’empêche. Pour écrire son livre, Caroline Messinger a fait un appel à tous (toutes) sur le site de santé Doctissimo. Elle a invité mères et filles à lui transmettre les mots ou les phrases qui ont pollué leur relation. « J’ai été submergée de témoignages », dit-elle. En deux mois, plus de 300 femmes se sont manifestées. Parmi les phrases les plus souvent enregistrées, l’incontournable « je suis ta mère, pas ta copine », des questions territoriales (« c’est ta chambre, mais tu es dans ma maison »), beaucoup de références négatives face au petit copain (« il n’est pas assez bien pour toi »), plusieurs références au look, à l’image ou au poids (« arrête de manger comme ça »), ou encore à la sexualité (« ton frère ne m’en fait pas voir autant que toi »).
À leur décharge, les mères ne sont, « la plupart du temps », pas conscientes du pouvoir dévastateur de leurs mots. « La pollution vient du décalage entre la façon dont les choses sont exprimées, et celle dont elles sont reçues. » Mais bonne nouvelle, ce n’est pas irréparable, conclut Caroline Messinger. Il suffit de reconnaître le tort causé par nos paroles. Corriger le tir. S’excuser. Et voir à s’exprimer autrement.


Mythes et réalités de la maternité - Mathieu Perrault
C’est plus facile au deuxième
Lesmèresqui trouvent l’arrivéed’un deuxième enfant plus facile, malgré les horaires plus compliqués à cause des soins à donner au premier, ont parfaitement raison. Plusieurs études montréalaises ont montré que les mères ont moins d’hormones de stress pendant les grossesses subséquentes à la première. Elles sont donc moins affectées par les petits et grands revers de la vie. Cet effet est particulièrement évident chez les femmes qui allaitent.

Intarissables
Les mères qui ne cessent d’évoquer les petits détails de la vie de leurs enfants pourraient leur rendre un grand service, selon plusieurs études. Les enfants qui entendent parler de leurs journées en bas âge et, surtout, qui en discutent avec leur mère ont des capacités accrues en matière de langage, de mémoire et de relations sociales; ils sont plus rassurés dans leur attachement et, à l’adolescence, ils se souviennent davantage de leur petite enfance. Ces souvenirs plus vivaces favorisent une meilleure estime de soi et une meilleure compréhension de ses désirs, de ses forces et de ses faiblesses.

Fils et filles
Rien de tel qu’une mère et sa fille. Ou qu’une mère et son fils? La psychologie populaire regorge de jugements sur le type de relation qu’une femme aura avec ses enfants en fonction de leur sexe. Mais tout ce blabla pourrait n’être que fumée, selon une étude israélienne. À partir d’un échantillon de 225 enfants et 90 mères, les chercheurs ont conclu que l’empathie mutuelle est la même entre une mère et sa fille qu’entre une mère et son fils. Il n’y a que dans les milieux plus défavorisés que les couples mère-fille étaient plus égalitaires dans leur empathie que les couples mère-fils. Les psychologues de l’Université hébraïque de Jérusalem voulaient vérifier les théories selon lesquelles les relations hommes-femmes étaient toujours asymétriques sur le plan de l’empathie.

Adolescence et dépendances
Tout ne se joue peut-être pas avant 5 ans, mais est-ce que tout se joue avant l’adolescence? Pas du tout, selon une étude australienne: les mères maintiennent une influence marquante sur leurs enfants même après la puberté. Les chercheurs du centre de recherche Orygen ont soumis 113 adolescents à des tests d’imagerie par résonance magnétique de leur cerveau, après avoir mesuré le type d’interactions qu’ils avaient avec leur mère. Les mères les plus critiques dans leurs interactions avaient les adolescents ayant la zone de la récompense la plus développée. Cette zone du cerveau est liée à la sensibilité à l’alcool, aux drogues et au jeu compulsif. En d’autres mots, les mères plus conciliantes avec leurs ados limitent leur risque de dépendances.

À la puberté
Les mères jouent un rôle plus important que les pères dans la définition de l’identité sexuelle à la puberté, selon une étude américaine. Les psychologues de l’Université d’État de Pennsylvanie ont observé que passer beaucoup de temps avec leur mère aide toutes les filles à acquérir des qualités féminines, alors que seule une partie des garçons – ceux qui ont un taux de testostérone plus bas que la moyenne – acquièrent davantage de qualités masculines en passant beaucoup de temps avec leur père.


La famille dans tous ses états  -   Sylvia Galipeau
Oubl iez les contes de fées. Aujourd’hui, de moins en moins de couples se rencontrent, se marient, vivent heureux et font beaucoup d’enfants. Un enfant sur deux vit désormais dans une famille dite « non traditionnelle » : avec un père, sans mère; deux mères, pas de père ; plein de demi-pères et demimères, etc. Disons qu’au-delà de l’union de fait, les arrangements « différents » ne manquent pas.
C’est aussi 13 scénarios tous moins traditionnels les uns que les autres que nous présentera Télé-Québec à l’automne, avec Toute une famille!, une nouvelle série documentaire réalisée par Sophie Lambert et narrée par l’humoriste Yvon Deschamps.
« J’ai voulu placer la famille dans son contexte actuel, a expliqué au lancement cette semaine la documentariste Sophie Lambert. Nous avons depuis des millénaires le même modèle, avec les mêmes rôles typiques: le père chasseur pourvoyeur d’un côté, et la mère au foyer, avec ses enfants, de l’autre. Or, depuis 40 ans, il y a eu beaucoup de chamboulements. » Non seulement les femmes travaillent, les couples se séparent, mais les homosexuels peuvent aussi adopter, l’insémination artificielle est ouverte aux couples lesbiens. Après avoir été essentiellement subie, la famille, désormais, se choisit.
L’équipe a donc rencontré 13 familles « non traditionnelles » : des mères colocs, une famille recomposée, un couple lesbien, un couple gai, un couple séparé sous un même toit, etc. Chaque fois, l’équipe a passé près d’une semaine avec la famille, voyageant entre son quotidien à la maison, l’école, la ruelle et le travail. Objectif? Illustrer ses journées, qu’il s’agisse des repas, du dodo, des devoirs, des conflits ou des réconciliations. Laisser les membres s’exprimer, réfléchir à leur statut, leurs modèles, mais aussi se questionner et se confronter aux préjugés.
Dans le premier épisode, Les Colocs, une fillette présente sa famille: d’abord sa mère, son demi-père, son père, sa coloc, sa soeur, sa demi-soeur, et son autre coloc... Dans cette « méchante galère » comme la qualifie à la blague Yvon Deschamps, où personne ne pense trop à l’avenir, c’est pourtant l’harmonie qui règne. Tout ce beau monde mange ensemble, dort parfois dans la même chambre, et se partage un répondeur avec un message long comme le bras. Une des mères, séparée, explique: « Je suis contente que mon fils vive dans une grande famille. C’est l’fun! » Une deuxième rajoute: « J’ai vécu un an seule avec ma fille, mais je n’en pouvais plus! » La troisième conclut: « La pression est forte pour vivre dans une famille nucléaire. Mais si ça ne fonctionne pas, il y a des alternatives. »
Le deuxième épisode, « Mes enfants, tes enfants, ma maison », est nettement moins gai. C’est la famille recomposée, avec toutes ses tensions, qui est ici présentée. Or, les chiffres sont sans équivoque: les enfants de ces familles sont trois fois plus susceptibles de voir leurs parents se séparer de nouveau. Les chiffres ne se démentiront pas: pardonnez que je vous vende la mèche, mais le couple, en plein tournage, a annoncé qu’il se séparait.
Et ce ne sera pas la seule surprise de la série, riche en rebondissements. Comme la vie, finalement.
Toute une famille !, à partir du mercredi 9 septembre, à 19h30, sur les ondes de Télé-Québec.




VIVRE AVEC LUI... ET ELLES -  Vivre en polygamie...
La polygamie n’est peut-être pas ce que vous pensez. Après avoir interviewé une vingtaine de femmes du village polygame de Bountiful, en Colombie-Britannique, la juriste montréalaise Angela Campbell brosse un portrait tout en nuances de la formule Big Love
Deux étudiantes discutent dans la classe d’un collège de Creston, en ColombieBritannique. L’une des deux filles confie qu’elle est maman d’un petit bébé.

« Mais qui donc garde ton enfant pendant que tu étudies? » s’enquiert sa compagne.
« Oh, mon bébé est avec ma soeurépouse », rétorque la jeune femme.
Sa réponse soulève des soupirs admiratifs. « Je t’envie tellement, moi je me bats chaque matin pour trouver une gardienne… »
Non, cette scène n’est pas tirée de Big Love, la télésérie qui raconte la vie d’une famille polygame dans une banlieue américaine. La jeune maman qui tire profit de la présence d’une coépouse existe vraiment. Elle vit à Bountiful, une communauté mormone polygame du sud de la Colombie-Britannique.
Ce partage des tâches familiales, c’est précisément ce que les femmes de Bountiful apprécient le plus dans leur mode de vie, a constaté la juriste Angela Campbell lorsqu’elle a séjourné dans la communauté, l’an dernier.
Ce qu’el les aiment le moins ? La jalousie et le manque d’espace personnel.
Des histoires diversifiées
Professeure à l’ Université McGill, Angela Campbell a passé une semaine à Bountiful, en juin 2008, pour y interviewer une vingtaine de femmes, dont la maman étudiante de Creston.
La réalité de ces femmes est beaucoup plus nuancée que l’image qu’en présentent les médias, constate Angela Campbell. Ainsi, les femmes de Bountiful ont beaucoup plus de prise sur leur vie que ce que l’on imagine.
« J’ai surtout été frappée par la diversité de leurs histoires », dit-elle.
Car ces femmes sont loin de sortir toutes d’un seul moule. Certaines ont des tas d’enfants, d’autres se contentent de deux ou trois. Certaines ont été mariées très jeunes et sous pression, d’autres ont pu choisir leur époux. Même la polygamie, inhérente aux croyances de cette secte de mormons dissidents, n’est pas obligatoire. Angela Campbell a rencontré des femmes qui, tout en acceptant le mode de vie polygame, ont personnellement opté pour un mariage « mono ».
Oubliez le stéréotype de la femme soumise en robe traditionnelle, qui semble sortie tout droit d’un film d’époque. Lors de son séjour, Angela Campbell a vu des adolescentes écouter Eminem sur leur lecteur MP3, en jeans et t-shirt.
Elle a entendu des sages-femmes confirmer que la contraception est répandue à Bountiful, même si les hommes ne sont souvent pas mis au courant. Elle a rencontré des femmes qui ont un emploi, administrent leur argent et font du camping avec coépouses et enfants.
Dans un des cas, deux coépouses sont devenues si proches qu’elles ont décidé de s’épouser ! Aux yeux de leur communauté, elles appartiennent toujours à un mariage « céleste », non reconnu par le gouvernement. Aux yeux de l’État, elles sont membres d’un mariage homosexuel parfaitement légal.
« Ce mariage a causé tout un choc dans la communauté », dit Angela Campbell. Mais à la longue, les fidèles de L’Église fondamentaliste des saints des derniers jours ont fini par tolérer ce drôle de couple.
Un monde de femmes
Malgré l’inévitable jalousie, les femmes d’un « mariage multiple » trouvent souvent plus de gratification avec leurs coépouses qu’avec leur mari , plutôt absent . « Mes soeurs-épouses sont comme mes meilleures amies, je fais plus de choses avec elles qu’avec mon mari. Parfois je pense que je suis davantage mariée avec mes coépouses qu’avec lui », a confié une des femmes qui ont participé à la recherche de Mme Campbell.
Un des avantages de cette pluralité : les femmes peuvent faire front commun contre le mari. « Je compatis avec les gars, ils sont très minoritaires même quand ils n’ont que deux épouses », a noté une autre femme.
Souvent, les femmes ont la mainmise sur les finances du ménage, elles partagent le fardeau des factures et décident collectivement de leurs dépenses. « On s’assoit ensemble et on décide, le gars n’en a pas la moindre idée, il est au travail », a révélé une de ces femmes.
Jalousie, tensions
Tout n’est pas idyllique, loin de là. « C’est difficile quand votre mari est avec une autre femme, il faut juste essayer de ne pas y penser, ou se dire que vous êtes sa favorite », a dit une femme de Bountiful.
D’autres ont mentionné les aléas de la vie communautaire et les tensions qui naissent quand votre coépouse ne partage pas votre enthousiasme pour le ménage, par exemple.
Une jeune femme a raconté avoir subi beaucoup de pression pour se marier, alors qu’elle voulait poursuivre ses études. Elle a tenu le coup jusqu’à 20 ans avant de céder.
Mais ces femmes sont-elles amoureuses de leur mari ? « Il y a tous ces livres sur le romantisme et l’amour, mais la vie, c’est plus que ça », a confié une des femmes, ajoutant qu’un bon mariage « exige du travail ». Certaines trouvent d’ailleurs incongru que leur mode de vie soit rejeté, alors que la société accepte les amours adultères. Pourtant, a noté une femme, la seule différence entre les femmes trompées à leur insu et les mariages polygames, « c’est que moi, je suis au courant! »

En représentant Bountiful comme une bulle « monolithique, hostile, perverse et cloîtrée », on renforce les arguments en faveur de la prohibition de la polygamie, conclut Angela Campbell. « Mais quand on réalise que les habitants de Bountiful nous ressemblent à bien des égards, ça devient plus difficile de justifier que leur mode de vie puisse leur valoir la prison. »

Direction Cour suprême? -  Criminalisation de la polygamie
Après avoir jonglé avec cette possibi l ité pendant des décennies, le gouvernement de la Colombie-Britannique a porté, en janvier, des accusations contre deux polygames de Bountiful : Winston Blackmore, qui a conclu un « mariage céleste » avec une vingtaine de femmes, et James Oler, marié à deux femmes.
La poursuite est fondée sur l’article 293 du Code criminel, qui interdit « toute forme d’union conjugale » avec plus d’une personne à la fois.
« En retard sur la réalité »
Cette disposition qui date de la fin du XIXe siècle est terriblement en retard sur la réalité, souligne Susan Drummond, professeure à l’Osgoode Law School de l’Université de Toronto. « Aux yeux de la loi, je suis polygame », a-t-elle écrit dans un article publié dans le and Mail.
Comment cela? Parce que Mme Drummond, séparée de son premier conjoint dont elle n’a jamais vraiment divorcé, a une « forme de vie conjugale » avec un autre homme. Techniquement , el le est bigame !
Cette juriste qui se définit comme féministe croit que cela ne sert à rien de jeter Winston Blackmore et James Oler en prison simplement parce qu’ils ont enfreint la loi qui interdit la polygamie.
Si on démontre qu’ i ls sont coupables d’abus sur des femmes mineures, c’est une autre paire de manches. Mais pas la peine de faire appel à des lois contre la polygamie pour les traduire devant la justice. Selon elle, la polygamie comme telle devrait être décriminalisée.
« Il y a d’autres façons de protéger les femmes qui vivent dans des mariages
Globe multiples que de les menacer de prison », ajoute-t-elle.
Opposée
Ce n’est pas l’opinion de l’ancienne juge de la Cour suprême Claire L’HeureuxDubé, qui s’est dite opposée à la polygamie lors d’une rencontre avec des parlementaires québécois, en mars. « Le mariage, c ’est l’union entre deux personnes, point . La polygamie va à l’encontre de l’égalité entre hommes et femmes », a-t-elle dit.
Winston Blackmore n’a jamais nié avoir conclu tous ses « mariages célestes » qui, en passant, ne sont pas reconnus par l’État. Selon son avocat, Joe Arvay, il compte plaider non coupable, en faisant valoir que la prohibition de la polygamie est contraire à la Constitution.
Du bonbon pour la Cour suprême qui, selon toute probabilité, finira par hériter de ce dossier.


Clinton s’enflamme devant le Congrès
DROIT À L’AVORTEMENT
— La secrétaire d’État amér icaine, Hi l la ry Clinton, a retrouvé sa verve de la campagne présidentielle hier au Congrès, pour y défendre avec passion le droit à l’avortement et la décision de l’administration de financer des campagnes de planning familial à l’étranger.
Mme Clinton, qui témoignait devant la commission des Affaires étrangères de la Chambre des représentants, venait d’être interpellée par un élu républicain du New Jersey fervent opposant à l’avortement, Christopher Smith, qui lui a demandé si l’administration du président démocrate Barack Obama cherchait à influencer des pays d’Afrique ou d’Amérique latine sur cette question.
« Monsieur le représentant, je respecte profondément vos inquiétudes passionnées et les opinions que vous avez toujours défendues dans votre carrière », a rétorqué la chef de la diplomatie américaine.
Mais « nous sommes en total désaccord, a-t-elle ajouté. Je suis fermement convaincue que vous avez le droit de défendre vos opinions et tous ceux qui sont d’accord avec vous devraient pouvoir le faire, mais nous aussi ».
« Il se trouve que nous considérons le planning familial comme une part très importante de la santé des femmes et la santé de la reproduction comprend l’accès à l’avortement qui, à mon avis, doit être sûr, légal et rare », a poursuivi Mme Clinton.
« J’ai visité des hôpitaux au Brésil où la moitié des femmes accueillaient leur bébé avec une joie enthousiaste et l’autre moitié luttaient pour leur vie après un avortement raté », a-t-elle ajouté.
« Je suis allée dans des pays d’Afrique où des fillettes de 12 ou 13 ans attendent des enfants. Je suis allée dans des pays d’Asie où le refus de planning familial confine les femmes à une vie d’oppression et de détresse », a-telle continué.
L’ex-président George W. Bush, foncièrement opposé à l’avortement et la contraception, a financé pendant ses deux mandats des campagnes de promotion de l’abstinence, notamment en Afrique.
Le dépa r tement d’État a annoncé fin mars la décision de l’administration Obama de contribuer à hauteur de 50 millions de dollars au Fonds des Nations unies pour la population ( UNFPA) en 2009, leur premier apport depuis sept ans à ce fonds qui finance notamment des campagnes en faveur de la contraception.
L’ancienne première dame des États-Unis a rappelé que lors de son passage à la Maison-Blanche dans les années 90, elle avait lancé une campagne contre les grossesses chez les adolescentes, notamment par l’information sur la contraception et l’avortement.
« Je suis désolée d’annoncer qu’après huit ans de destruction de ce bon travail, le taux de grossesse chez les adolescentes est reparti à la hausse », a-t-elle noté.


Ottawa se défend d’empiéter sur la juridiction des provinces - PROCRÉATION ASSISTÉE
«Il n’est pas question de confiture ou de lits de bébés, mais de la création de la vie humaine », a dit le procureur fédéral René LeBlanc.
OTTAWA— La procréation assistée se rapproche-t-elle plus de la salubrité des confitures ou d’une greffe d’organes? Les audiences sur le renvoi constitutionnel duQuébec sur la procréation assistée ont donné lieu, hier matin, à des analogies, parfois étranges, pour tenter de démêler où s’arrête la juridiction fédérale et où commence celle des provinces.
Devant les neuf juges de la Cour suprême, hier, le gouvernement fédéral a fait valoir que la procréation assistée soulève des questions éthiques importantes, notamment en ce qui a trait au nombre d’embryons implantés, d’où l’importance d’imposer des règles pour tout le pays. Sur notre photo, des quintuplés nés dans l’Ohio en 2003.
Québec a contesté avec succès l’an dernier, devant la Cour d’appel, la constitutionnalité de la Loi fédérale sur la procréation assistée, adoptée par les Communes en 2004. Cette loi comporte deux volets: elle définit les actes interdits en procréation assistée (comme le clonage humain et la vente d’embryons) et en réglemente d’autres (comme le remboursement de frais à des mères porteuses ou à des donneurs de gamètes, la tenue des dossiers médicaux, le consentement des parties). C’est ce dernier volet que Québec conteste devant les tribunaux, parce qu’il réglemente des actes médicaux qui sont de juridiction provinciale. La Cour d’appel lui a donné raison, en comparant la loi à un « cheval de Troie » parce qu’elle permettait au fédéral d’envahir tout un champ de compétences provinciales. naissance récente et controversée d’octuplés en Californie grâce à la procréation assistée. Les grossesses multiples posent un risque pour la santé de la mère et des bébés, a-t-il rappelé.
Hier matin, devant les neuf juges de la Cour suprême, Ottawa a défendu sa position. La procréation assistée soulève des questions éthiques importantes et ses dérives sont bien réelles, a plaidé le procureur René LeBlanc, d’où l’importance d’imposer des règles pour tout le pays. Il a donné en exemple la nécessité de limiter le nombre d’embryons transférés, en citant la
La décision du médecin californien a été dénoncée, mais le Canada ne semble pas exempt d’expériences du genre. Me Leblanc a cité un rapport de 2005 de la Société canadienne de fertilité et d’andrologie qui indique que cette année-là, le nombre d’embryons transférés dans un utérus a varié de 1 à 13. « Si on a trouvé choquant ce qui est arrivé en Californie, on sait qu’au Canada, dans au moins un cas, 13 embryons ont été implantés, avec tous les risques que ça comporte. »
Le fédéral réglemente déjà des activités sans que cela n’entre en conflit avec le droit criminel. Même la commercialisation des confitures, a plaidé Me LeBlanc, est soumise à des règlements de Santé Canada. « Et là, il n’est pas question de confiture ou de lits de bébés, mais de la création de la vie humaine », a dit l’avocat. « On peut envisager un règlement sur la sécurité des casques de vélo et on ne peut pas le faire pour les ovules et les embryons? Ça dépasse mon entendement. »
La procureure du Québec, Jocelyne Provost, a souligné que si Ottawa tenait à imposer une législation d’un océan à l’autre, c’est parce qu’il craignait que les provinces ne s’en chargent pas. Ce qui est faux, dit-elle. Le droit criminel doit prévenir le mal en soi – comme le clonage humain, pour lequel il y a consensus –, mais les actes réglementés par la Loi sur la procréation assistée relèvent davantage du traitement médical. Et c’est à chaque province de réglementer comme elle l’entend les actes qui ne sont pas interdits. « Il y aura toujours un risque (aux traitements médicaux). On va criminaliser les hôpitaux? Il y a des interventions beaucoup plus risquées (que la procréation assistée). »
Le procureur fédéral n’a pas manqué de noter que l’Ontario et la Colombie-Britannique, qui comptent à elles seules 18 des 28 cliniques de fertilité au pays, ne se sont pas jointes au renvoi mené par le Québec, appuyé par le Nouveau-Brunswick, l’Alberta et la Saskatchewan. La Cour a pris la cause en délibéré.



Éthique et utérus NATHALIE COLLARD
Le recours aux mères porteuses ouvre la porte à la marchandisation du corps féminin.
Québec s’oppose à ce qu’on réglemente davantage certains actes reliés à la procréation assistée, dont le recours aux mères porteuses. Les procureurs de la province plaideront en ce sens devant la Cour suprême vendredi.
Le moment est pourtant venu de débattre du recours aux mères porteuses, un acte illégal, mais pas criminel au Québec.
Jusqu’ici, on a beaucoup entendu le point de vue des parents incapables de procréer et de leur « droit » d’avoir un enfant. Ce droit, s’il existe, vient toutefois contredire d’autres droits tout aussi fondamentaux, dont celui des femmes. À ce sujet, le point de vue féministe est incontournable.
Cette position est bien défendue ces jours-ci par la philosophe Sylviane Agacinski, qui a lancé un pavé dans la mare, en France, avec son essai Corps en miettes. Il s’agit d’un parti pris sans équivoque contre ce phénomène des mères porteuses qu’elle décrit comme un esclavage des temps modernes, une pratique qui ramène la femme à l’état de machine à produire des bébés.
Ses arguments doivent être pris en considération.
Contrairement à sa consoeur, Elisabeth Badinter (autre grand nom du féminisme français qui milite en faveur d’un encadrement législatif de ces pratiques, de peur qu’elles ne sombrent dans la clandestinité), Mme Agacinski estime qu’en permettant à une femme de porter un enfant pour un couple, on ouvre la porte à la marchandisation du corps féminin ainsi qu’à une banalisation de la maternité. Elle a raison.
En outre, Sylviane Agacinski dit ne pas croire une seconde à la notion d’altruisme revendiquée par certaines mères porteuses. Loin de verser dans le sentimentalisme (en France, certains lui reprochent d’ailleurs de faire fi du désespoir de ces couples qui ne peuvent avoir d’enfant), elle craint plutôt, et nous partageons ce point de vue que la légalisation de cette pratique ouvre la porte à un commerce où les perdantes seraient inévitablement les femmes les plus démunies. Des femmes qui pourraient en venir à envisager de porter un enfant pour arrondir les fins de mois difficiles. (Au fait, comment établit-on le coût de location d’un utérus pour une période de neuf mois?)
La position deMme Agasinski est courageuse, car elle va à l’encontre de la tendance, très forte à l’heure actuelle, du syndrome « J’ai le droit de… », « Cela – un enfant, une auto, des vacances – m’est dû » ou encore, « C’est mon choix, qui êtes-vous pour me juger… ».
Chez les féministes, la question des mères porteuses est d’autant plus déchirante qu’elles ont toujours revendiqué le droit des femmes à disposer de leur corps (c’est la base de leur position pro-choix en matière d’avortement). Comment réconcilier les deux? La philosophe française soutient que les lois servent parfois à protéger les gens d’eux-mêmes. Soit. Mais cette affirmation, qui infantilise en quelque sorte les femmes, n’estelle pas antiféministe ?

On le voit bien, les nombreuses questions éthiques (il y en a tant d’autres) soulevées par cette pratique sont complexes et méritent qu’on les explore en profondeur. La société québécoise ne pourra pas faire l’économie de ce débat encore bien longtemps.
P


C’est du trouble, mais...  -   Patrick Lagacé
Au cours des dernières semaines, notre chroniqueur est allé où vont peu de Québécois : en Jamésie et sur la Côte-Nord, il nous présente ici la septième d’une série de chroniques estivales sur le Québec du bout du monde.
On s’en doute, les enfants qui dérivent jusqu’à la maison de Marc et Rose ne sont pas issus de familles exemplaires. Forcément, c’est compliqué.
— Marc Proulx et sa blonde, Rose, ont une maison qui donne sur une crique. Quand j’y suis passé, le temps était gris, venteux, mouillé. Le fleuve venait faire de petites colères dans la crique. Le genre de temps qui donne cette beauté rugueuse à la Côte-Nord. Comment résumer Marc et Rose? Je crois que cequi convient le mieux, c’est de dire que ce sont des gens qui aiment. Voilà. Et ils aiment vraiment beaucoup.

Ils ont eu 50 enfants. Façon de parler : Marc et Rose sont famille d’accueil à Port-Cartier depuis 2002. Depuis 2002, 50 enfants sont passés dans leur grande maison qui donne sur la crique. Ils en ont adopté une, Alice, petite Autochtone, à 6 ans.
Il est ingénieur, au Groupe Roche. Elle s’occupe de la tribu.
En ce début d’après-midi de juin, le chat se prélasse sur le comptoir, les enfants – quatre aujourd’hui – jacassent dans le sous-sol, rient, crient et chahutent au rythme d’une grenouille qu’ils ont trouvée dehors et qui est gardée en otage dans un verre.
« On ne dit jamais non quand la DPJ appelle », dit Marc.
« Tout le monde a droit à une chance », ajoute Rose.
Ils se sont rencontrés en 1991. Elle, en vacances chez une amie de la Côte-Nord, trois enfants, en instance de divorce. Lui, fraîchement diplômé en génie, à six mois de se marier. Ce fut le coup de foudre.
Mais la nature a décidé que les enfants, ce n’était pas pour eux. Ils ont essayé la science, la chandelle, le thermomètre, rien à faire. Juste une grossesse ectopique.
Ils ont pensé à l’adoption internationale. Se sont rabattus sur l’option famille d’accueil.
Ils m’en parlent en préparant les spaghettis du dîner. On s’en doute, les enfants qui dérivent jusqu’à la maison de Marc et Rose ne sont pas issus de familles exemplaires. Forcément, c’est compliqué.
Les ados sont les pires. C’est pourquoi ils sont difficiles à « placer » dans des familles d’accueil.
« Prends Dylan, dit Rose. Un jeune Autochtocne. On ne l’a pas adopté, mais lui nous a adoptés. Quand il est arrivé ici, à 14 ans, il buvait une caisse de 12 par jour ! »
Pour bien des ados, la maison de Marc et Rose est la dernière escale avant le centre de réadaptation de Baie-Comeau, quasi carcéral. « Mais, poursuit Rose, le centre de réadaptation, c’est ce dont certains ont besoin: quand ils sont rendus à te menacer avec un couteau... »
Les enfants, c’est moins « dangereux », évidemment. Pas moins prenant. On n’imagine pas comment un enfant « poqué », c’est prenant, accaparant. Tiens, Hakim et Keenan montent en trombe, justement. Hakim pleure comme un veau. « Mamaaaaaaaan! – Ah, fait Rose, la grenouille est morte ? Ouiiiiiiiiiiiiiiiii ! » Keenan suit son demi-frère. Lui, pas une larme. Leur vraie mère a eu 13 enfants dans sa réserve de la banlieue du Labrador. Hakim et Keenan souffrent du syndrome d’alcoolisme foetal, SAF. Phénomène pas si rare en réserve.
La crise de la grenouille s’estompe grâce au minouchage de Rose et de Marc. Les enfants finissent par s’attarder autour de la table, reniflant la bouffe qui s’en vient...
« À 6 mois, m’explique Rose, Hakim pesait 32 livres. Il n’avait pas de tonus musculaire. On l’a simplement assis, à la naissance, dans un siège de bébé. Il n’avait jamais été stimulé. »
Dans la cuisine, les enfants chahutent. Hakim et Keenan en tête. Besoin d’attention constant. Mais Marc et Rose poursuivent la conversation sans perdre le fil, tout en répondant aux cris, demandes et larmes des enfants.
Ce n’est pas que Keenan et Hakim soient mal élevés ou de mauvaise volonté. Mais ce foutu SAF, justement, est comme un mauvais esprit qui les manipule, comme on agite une marionnette. Marc m’explique :
« Les symptômes, c’est le trouble de l’opposition, l’incapacité de gérer ses sentiments, l’automutilation. »
Prenez le mot « non ». Moi, quand je dis non à l’héritier, il comprend, généralement. Si je dis NON, alors là, c’est clair, papa veut pas. Et l’histoire finit là. Chez Hakim et Keenan, même le plus petit non peut déclencher une crise. Pas capable d’entendre non. Donc, il ne faut pas dire NON en grognant, il faut cajoler avec fermeté, expliquer avec doigté... Et ce, tout le temps. Vous imaginez le dévouement, ici ? À quelques reprises, au cours de mon passage chez Marc et Rose, je leur ai demandé pourquoi ils se donnaient tant de peine. Ça ne peut pas être le fric, je sais que ce n’est, au final, pas si payant. Si c’est un trip religieux, ils n’en ont pas soufflé mot, ce qui n’est pas coutume chez les amis de Jésus.
Quelque chose comme l’amour du prochain, pourtant. Ils m’ont dit l’importance de « redonner » ce qu’ils ont eu, eux, issus de familles heureuses. Mais pas de réponse définitive. Rien de transcendant qui permette, par exemple, de finir cette chronique sur une miette de sagesse qui va vous scier en deux.
Sans pester, Rose m’a raconté que ce que l’État lui donne pour acheter des vêtements tient de la science-fiction. « Pour Dylan, mon ado de 15 ans, on me donne 200$. Pour l’année! Hum, je me demande comment je vais faire... »
Elle s’arrangera, vous pensez bien. Et le ti-cul aura l’air d’un ti-cul de 15 ans comme les autres quand Rose aura coupé les dollars en 20. Mais avez-vous remarqué? Elle a dit MON ado. C’est pas le sien. Et pourtant...
La miette de sagesse est peut-être là, cachée dans ce petit déterminant-là.
BIEN MANGÉ – Manger, en voyage, est habituellement un cauchemar. Nous voilà à la merci des bannières. Sur la Côte-Nord, très peu de bannières et, ceci expliquant peut-être cela, j’ai bien mangé à peu près partout le long de la 138, même dans des villages minuscules. Comme Baie-Trinité, tiens. J’y ai mangé la meilleure morue de restaurant de ma vie, dans un resto qui ressemblait à une cabane, où on s’attendrait au triomphe de la poutine faite avec des frites fraîchement dégelées. Le resto Bouchard, ou un truc du genre.
LAROMAINE – Plus je progresse vers l’est, plus on parle de La Romaine, le projet hydroélectrique qui sera construit sur la rivière du même nom. On en parle en bien. Quasiment à l’unanimité. L’opposition? On dit méchamment que l’opposition, elle habite Montréal, l’opposition. Parfois avec la même moue, quand on dit « Montréal », que quand on dit « gonorrhée ». J’y reviendrai.

SINISTRE – Depuis ma chronique sur Radisson, je reçois des courriels qui ont le mérite d’être clairs : je ne suis plus le bienvenu à Radisson. Plus bienvenus, non plus, les gens qui oseraient considérer que Radisson n’est pas totalement charmant, pittoresque, accueillant, émouvant, à couper le souffle, chaleureux, mémorable, exemplaire ou, disonsle modestement, une sorte de paradis sur Terre que seuls les esprits fins savent reconnaître. J’y reviendrai (sur le sujet, pas à Radisson).





Des enfants paient la note de la crise La DPJ relève une augmentation des signalements depuis l’an dernier -  Caroline Touzin
Le Saguenay-Lac-SaintJean a connu une hausse globale de 13% des signalements. Dans des villes comme Roberval et Dolbeau, la hausse atteint 22 %.
La crise économique fait des victimes chez les enfants québécois. Une hausse des signalements faits à la DPJ depuis un an est en partie attribuable à la crise, selon les directeurs de la protection de la jeunesse qui ont dévoilé leur bilan annuel, hier.
À Montréal, contrairement à la tendance provinciale, on observe une légère baisse des signalements.
Les signalements ont connu une légère hausse au Québec, passant de 68 646 à 69 705 en un an. Un nombre croissant de familles sont isolées et demeurent vulnérables, particulièrement dans un contexte économique précaire, ont fait valoir les 15 directeurs de la protection de la jeunesse réunis, hier, à Laval pour la présentation de leur bilan.
Les en fants de cer t a i nes régions, dont le Saguenay-LacSaint-Jean, écopent plus que d’autres. Cette région a connu une hausse globale de 13% des signalements. Dans des villes comme Roberval et Dolbeau, la hausse atteint 22%. « On avait connu une hausse semblable il y a quelques années, après la fermeture de l’usine AbitibiConsol à La Baie. Le phénomène se répète cette année dans le Haut-Lac-Saint-Jean à cause de la crise forestière combinée à la crise économique qui touche la région », a indiqué la directrice de la protection de la jeunesse de cette région, Danielle Tremblay.
La région de la Côte-Nord connaît aussi une hausse des signalements. « Dans certaines villes de la Côte-Nord, c’est extrêmement difficile ; préoccupant. Des travailleurs saisonniers dans le secteur forestier et d’autres dans les alumineries ont été mis à pied. Ça a inévitablement des conséquences dans les familles », a ajouté son homologue de cette région, Denise Langevin.
La pauvreté est un facteur de risque important qui amène du stress dans une famille, a souligné la DPJ. « Quand on est préoccupés comme parents, parce qu’on n’a pas d’argent pour payer le loyer et l’épicerie, ça affecte notre disponibilité auprès des enfants. La patience et la tolérance sont moins grandes », a expliqué Mme Langevin.
Deux enfants sur trois sont signalés pour un motif de négligence. De plus en plus les fami l les demandent de l’aide d’elles-mêmes, indique-t-on dans le bilan. Au moment de la création de la Loi sur la protection de la jeunesse, il y a 30 ans, la majorité des signalements provenaient plutôt des professionnels travaillant auprès des enfants.
ÀMontréal, contrairement à la tendance provinciale, on observe une légère baisse des signalements. Les centres jeunesse de Montréal (clientèle francophone et allophone) ont connu une baisse de 17% des signalements retenus (de 3832 à 3679 en un an).
La directrice du secteur protection, Michelle Dionne, a plusieurs hypothèses pour l’expliquer. « On travaille de plus en plus avec les organismes de milieu, qui sont très impliqués dans les familles. On peut penser que des signalements sont évités, car ces organismes jouent leur rôle efficacement », a indiqué Mme Dionne.
De moins en moins de signalements d’ados de 12 à 17 ans sont retenus, a-t-elle ajouté. « On a affaire à des familles à crise, sans nécessairement que les ados soient en danger. Ces familles ont un grand besoin de services, mais ce n’est pas un enjeu de protection », a expliqué Mme Dionne. Ainsi, ces familles sont redirigées vers d’autres services plus adéquats.

La nouvelle loi améliore l’efficacité de la DPJ -  Caroline Touzin
La mère de Kevin, un bébé de 5 mois, est toxicomane. À 19 ans, elle vit avec son frère de 21 ans, aussi toxicomane, chez leur mère « hystérique ». Malgré cette situation familiale difficile, le bébé ne présente pas, pour l’instant, de retard de développement. Diagnostic de la DPJ : « risque sérieux de négligence ».
Avant l’entrée en vigueur de la nouvelle loi sur la protection de la jeunesse, en 2007, Kevin aurait passé entre les mailles du filet. Pour intervenir, la DPJ n’aurait pas pu se contenter de « risque de négligence ». Il aurait fallu attendre que le mal soit fait.
Aujourd’hui, c’est différent. Le signalement de Kevin à la DPJ a été retenu. Son cas a été présenté au moment du bilan annuel des directeurs de la protection de la jeunesse du Québec, hier, à Laval.
« Avant, on intervenait quand il y avait une fracture. Aujourd’hui, on peut intervenir lorsqu’il y a une entorse », a résumé Denise Langevin, porte-parole du bilan et directrice protection du Centre jeunesse Côte-Nord.
Une intervenante de la DPJ, accompagnée d’une infirmière du CSSS, ont examiné Kevin ainsi que le contexte familial. La jeune mère, qui a laissé l’école à 13 ans, ne reçoit aucune aide, a constaté la DPJ. L’aide du CSSS et d’un centre spécialisé dans le traitement de la toxicomanie lui a été offerte.
Évolution
À l’heure actuelle, pendant que la jeune mère se reprend en main, Kevin est hébergé temporairement en famille d’accueil. La DPJ s’assure que la mère continue de voir son enfant. L’intervention faite auprès de Kevin reflète l’évolution de la DPJ. « L’évolution des connaissances nous a amenés à changer de façon importante nos pratiques », a indiqué Mme Langevin, hier. La Loi sur la protection de la jeunesse est née il y a 30 ans, puis modifiée en juillet 2007.
Avec cette nouvelle loi, les problématiques des enfants sont mieux ciblées, selon la DPJ. La notion de « risques sérieux » de négligence, de sévices physiques et d’agression sexuelle est apparue. La DPJ veut éviter que les enfants soient ballottés d’un foyer à un autre. Ainsi, il y a 30 ans, quelque 30 000 enfants signalés ont été retirés de leur famille. Cette année, malgré plus du double de signalements (68 646), seulement 11 500 enfants ont été placés, fait valoir la DPJ.
« On privilégie la stabilité des soins, l’intervention précoce et intensive chez l’enfant et une implication active des parents », a expliqué Mme Langevin. Dans le cas de Kevin, cela signifie grandir auprès de sa mère si c’est possible. Sans entorse ni fracture.


Père malgré lui -  Judith LaChapelle
Les tribunaux refusent de corriger l’acte de naissance, même après un test d’ADN révélateur
Il a assisté à la naissance de sa fille, l’a élevée pendant trois ans avant de se séparer de la mère, et a fidèlement respecté ses droits de garde pendant une autre année. Mais un jour, un test génétique a confirmé qu’il n’était pas le père biologique de l’enfant. Il a immédiatement cessé tout contact avec la petite fille et a voulu faire corriger l’acte de naissance.
Qui est alors le père de cet enfant? La loi est claire: l’homme – appelons-le Martin, sa véritable identité est gardée confidentielle pour protéger l’enfant – a signé l’acte de naissance, il a agi pendant quatre ans comme père de l’enfant, il en est donc le père, quels que soient les gènes qui les séparent. En refusant d’entendre la cause, hier, la Cour suprême a confirmé le rejet de la requête par le Cour d’appel du Québec plus tôt cette année.
L’avocate de Martin, Guylaine Gauthier, a attaqué la loi sous l’angle de la fraude. « C’est à l’encontre du fondement de la loi: mon client était de bonne foi et il a été trompé », a-t-elle expliqué hier, depuis son bureau de Québec. Son client n’a pas donné un consentement libre et éclairé lorsqu’il a signé l’acte de naissance et qu’il a pris soin de l’enfant par la suite. La mère, elle, a été de mauvaise foi.
Devant la Cour d’appel, l’hiver dernier, l’avocate a souligné que des contrats d’achat de biens peuvent être annulés quand une partie a été trompée. Il devrait en être de même pour une déclaration de paternité lorsque le parent a été induit en erreur, a-t-elle fait valoir.
Or, la porte pour contester la loi est « fermée à double verrou », dit Alain Roy, professeur de droit à l’Université de Montréal. À partir du moment où le père signe l’acte de naissance et prend soin de l’enfant, il a deux ans pour contester sa paternité, dans le cas de conjoints de fait. Chez un couple marié, l’homme est présumé être le père de l’enfant même s’il ne signe pas l’acte de naissance; il a un an pour contester sa paternité.
Après ce délai, peu importe ce qu’en disent les tests de paternité, un père reste un père. « La loi a été ainsi faite au nom de la stabilité socioaffective de l’enfant », dit Alain Roy. Même si, reconnaît-il, l’homme trompé ressentira une profonde injustice.
« On a toujours un malaise avec ça », dit le professeur. « Mais, mettez-vous à la place d’un enfant de 8 ans pour qui, tout à coup, pour une question de gamètes, son père qu’il a toujours connu n’est plus son père ? Là, on pourrait parler d’un déni de justice pour l’enfant. »
Néanmoins, peut-être y aurait-il lieu de revoir le délai pour la contestation de la filiation paternelle, croit Alain Roy. Dans un texte qu’il a publié en 2003, M. Roy évoque qu’en Allemagne, la vérité biologique est privilégiée sur les considérations socioaffectives. Une avenue qui pourrait peut-être être adoptée un jour au Québec, estime-t-il.
L’homme trompé
Martin était en couple depuis 1998 lorsque sa conjointe donne naissance à leur fille, en 2002. Il l’élève jusqu’à la séparation du couple, en 2005. Par la suite, pendant un an, il exerce ses droits d’accès régulièrement.
« Pendant qu’ils étaient ensemble, personne n’a rien dit », mentionne Me Gauthier. « Mais après la séparation, les gens ont commencé à lui dire: tu sais, ta fille, c’est pas ta fille. »
Martin a même reçu un coup de fil d’un homme prétendant être le père biologique de sa fille. Il a interrogé son ex, qui lui a dit qu’elle ne connaissait pas cet homme et que Martin était bien le père de l’enfant.
À la fin 2006, Martin décide d’en avoir le coeur net. Un test d’ADN confirme ses soupçons: il n’est pas le père de la petite fille. « J’ai su par la suite que [mon exconjointe] s’était vantée, à son travail à l’époque qu’elle était enceinte, de ne pas savoir qui était le père », a indiqué Martin devant les tribunaux. Ses recours judiciaires seront tous rejetés. Martin restera le père de l’enfant. Il devra également payer une pension alimentaire si la mère le réclame.
Au milieu de tout ça, une fillette âgée maintenant de 7 ans qui ne côtoie plus son père. « Elle en a un père! lance Me Gauthier, en parlant du père biologique. Mais il ne s’en occupe pas. » L’homme, déjà père d’autres enfants, a également des antécédents judiciaires. « Et la mère a aussi fraudé mon client dans son commerce... »



Rapt d’enfant : un geste souvent prémédité
« Dans la plupart des cas, le parent ravisseur agit par pure vengeance. »
C’est rarement un geste impulsif, et dans la plupart des cas, c’est le parent qui n’a pas la garde de l’enfant qui l’enlève à son autre parent.
C’est ce qui ressort d’une étude i nt itulée Opinion de s parents délaissés sur l’expérience d’abduct ion parentale, rédigée en mai 2007 par Marlene Dal ley, chercheuse au sein de la Gendarmerie royale du Canada.
Sur 19 parents qui ont consenti à répondre à son questionnaire et à témoigner de leur douloureuse expérience, la moitié ont retrouvé leur enfant moins d’un an après le fait. L’autre moitié avait dû patienter plus d’une année.
Si tous les enfants de l’étude résidaient au Canada avant l’enlèvement, la majorité d’entre eux ont été conduits hors du Canada. Le geste avait été planifié, prémédité. La plupart des parents ravisseurs agissent seuls dans un premier temps, mais une fois l’enlèvement réalisé, « ils sont aidés par la famille, les amis et les parents ».
En recherches, en démarches judiciaires, en voyages, en traductions et autres frais, les répondants de l’étude ont dit avoir dépensé en moyenne 34 000 $ pour retrouver leur enfant.
Au retour, la plupar t des parents délaissés ont constaté un changement dans le comportement de leurs enfants, dans la mesure où ils ont été nombreux à avoir vécu en fugitifs, parfois déguisés en enfant de l’autre sexe, à se faire parfois dire que leur autre parent était mort.
« Dans la plupart des cas, le parent ravisseur – qu’ i l s’agisse d’un homme ou d’une femme – agit par pure vengeance, dit Pina Arcamone, directrice générale d’EnfantRetour. Il faut s’enlever de la tête l’idée que l’enfant soit hors de danger puisqu’il est avec l’un de ses parents. Quand on prive un enfant d’un contact privilégié avec son autre parent, quand on le retire de son école ou même parfois de son pays, ce n’est pas vrai qu’on a l’intérêt de l’enfant en tête. Et ce que je trouve le plus choquant , c ’est que souvent, une fois que l’enfant est retrouvé, le parent qui l’a enlevé disparaît totalement du paysage et ne veut plus du tout avoir de contact avec lui. »
 
Deux pères, deux drames
C’était un dimanche matin, le 14 juin 1998. Cela faisait quatre jours que le Montréalais Yury Monczak cherchait son fils. Au bout du fil, une voix qu’il ne connaissait pas lui dit : « Votre fils est en Ukraine. »
Il y a 11 ans, Ivan était un enfant. Il a aujourd’hui 16 ans et il se trouve toujours là-bas.
M. Monczak et son ex-femme se sont mariés en 1991. Déjà, raconte M. Monczak, son ex avait fait une tentative de fuite avec leur fils. « On l’a trouvée dans un refuge pour femmes battues. Elle m’accusait des plus abominables choses. »
En 1996, le divorce est prononcé. Les deux parents obtiennent une garde partagée. Une semaine chez l’un, une semaine chez l’autre. Malgré l’interdiction légale de partir à l’extérieur du pays avec l’enfant, l’ex de M. Monczak y parvient sans mal. Une fois en Ukraine, elle obtient sans plus de difficulté la citoyenneté ukrainienne pour son fils, citoyenneté que M. Monczak réussira à faire révoquer lors de l’un des 30 voyages qu’il a faits là-bas au fil des ans.
Uniquement en 2006 et 2007, M. Monczak s’y est rendu cinq fois . « El le acceptait à ce moment-là que j ’ aie des contacts avec mon fils parce qu’elle voulait que je consente, en échange, à ce que je fasse retirer le mandat d’arrestation émis contre elle. »
Interpol est toujours à sa recherche.
« La dernière fois que j’ai vu mon fils, c’était à son école, l’an dernier. Il était froid, distant », raconte M. Monczak.
Frank Gonis, qui part cette semaine à Vancouver retrouver sa fille enlevée par sa mère il y a deux ans, sait bien que c’est ce qui l’attend aussi. Il le sait, parce qu’avant le grand coup, son ex aussi l’avait déjà privé pendant quelques jours ou quelques semaines de leur enfant. Et chaque fois, Frank Gonis devait reconquérir son enfant, regagner son affection.
« Les parents ravisseurs versent beaucoup dans le lavage de cerveau, note Pina Arcamone, directrice générale d’Enfant-Retour. Ils leur disent typiquement que leur autre parent ne l’aime plus, qu’il a refait sa vie. »
C’est la raison pour laquelle dans sa brochure à l’intention des parents, Enfant-Retour insiste tout autant sur l’importance d’obtenir une ordonnance de garde adéquate que sur de petites choses à bien faire comprendre à ses enfants. « Assurezvous que votre enfant sache que vous l’aimez et que vous ne voudriez jamais qu’il vous quitte », peut-on lire.


 
Lacets ou velcro?  -  Agathe Melançon
L’auteure habite Montréal. J’ai récemment été dans les magasins pour acheter une paire de chaussures à mon fils. J’ai alors constaté une diminution de chaussures avec lacets. Je trouve dommage que le velcro soit si utilisé maintenant.
Dans le livre de l’hôpital SainteJustine Le développement de l’enfant au quotidien, du berceau à l’école primaire, Françine Allard décrit l’évolution de cet apprentissage ainsi : « Il commence à faire des noeuds (4 ou 5 ans), il réussit à faire des noeuds (5 ou 6 ans), il commence à faire des boucles lâches avec ses lacets (5 ou 6 ans). »
Comment un enfant peut-il apprendre à faire des boucles si la vente de chaussures à lacets diminue dans les magasins? Comment pourra-t-il savoir décorer un cadeau avec des rubans plus tard si l’enfant a toujours eu des chaussures attachées avec du velcro?
C’est vrai que nous vivons dans un monde de productivité et de vitesse. Tout doit être plus facile, et c’est plus rapide avec du velcro. Par contre, je crois que certains apprentissages demandent du temps, de la persévérance, de la créativité. Nous découvrons ainsi qu’il ne faut pas remettre à demain ce que nous pouvons faire aujourd’hui. Au lieu de retarder certains apprentissages, on devrait songer à alléger les horaires des enfants. Ils ont tant de choses à découvrir, à apprendre!
Quel que soit votre point de vue sur la question, c’est bon. Il n’y a pas une vérité, il y a des vérités. J’espère cependant que les magasins offriront toujours le choix aux parents: velcro et lacets pour tous les âges. J’espère aussi que les autres intervenants auprès des enfants (enseignants, éducateurs, etc.) soutiendront les parents dans leurs choix. Après tout, ils connaissent mieux leurs enfants et ils seront toujours là.


La mère biologique pourra conserver des droits  -  Jocelyne Richer
QUÉBEC — Les enfants adoptés au Québec pourront bientôt avoir plusieurs parents, en toute légalité.
Ainsi, dans certains cas, la mère biologique pourra donc demeurer légalement le parent de l’enfant qu’elle a confié en adoption à des personnes qui deviendront, elles aussi, ses parents, du point de vue de la loi.
Considérés issus de deux familles, ces enfants porteront donc à la fois le nom de famille de la mère biologique et celui des parents adoptifs.
« L’enfant aura ainsi une double appartenance familiale: il sera pleinement intégré dans sa famille adoptive, tout en continuant d’appartenir à sa famille d’origine », peut-on lire dans le chapitre de l’avant-projet de loi déposé hier à l’Assemblée nationale par la ministre de la Justice, Kathleen Weil, qui porte sur l’adoption sans rupture de lien.
Cependant, sur le plan juridique, la responsabilité parentale comme telle reviendra aux parents adoptifs, à moins que ces derniers ne remplissent pas leurs devoirs.
S’il est adopté tel quel, ce document remet en question toute la notion de filiation et de responsabilité parentale, en multipliant les cas de figure.
Par exemple, le projet, qui modifiera le Code civil, institue de nouvelles notions comme l’adoption ouverte, l’adoption sans rupture avec le parent biologique, inspirée de la France, de même que la délégation judiciaire à des tiers – grands-parents, oncles, tantes, ex-conjoint, par exemple – de l’autorité parentale.
L’adoption sans rupture avec le parent naturel est destinée particulièrement aux jeunes placés dans les Centres jeunesse, a dit la ministre.
La mère qui ne veut plus assumer son rôle, mais hésite à couper tout lien avec son enfant, pourra plutôt privilégier « l’adoption ouverte » et conclure une « entente de communication » avec les parents adoptifs.
Devant un tribunal, elle pourrait ainsi négocier un droit de visite et diverses formes d’échanges avec son enfant.
Les nouvelles règles prévoient également qu’un adulte ayant joué un rôle parental dans la vie de l’enfant de son ex-conjoint pourra l’adopter.
De plus, l’enfant adopté pourra obtenir d’un tribunal le droit d’avoir accès au dossier médical de ses parents biologiques.
Toutes les règles ayant trait à la confidentialité des dossiers d’adoption ne s’appliqueront, cependant, qu’après leur entrée en vigueur.
Dans le cas où un enfant adopté recherche ses origines, le père et la mère biologiques pourront s’opposer à ce que leur identité soit révélée.
Ils pourraient par ailleurs accepter que leur identité soit connue, mais refuser que leur enfant les contacte.
L’enfant qui tentera malgré tout de rencontrer ses vrais parents s’exposera à de fortes amendes.
L a même règle prévaut pour le parent qui rechercherait son enfant confié à l’adoption. « Le modèle familial unique n’existe plus. Une proportion importante des fa mi l les québécoises sont recomposées, monoparentales ou homoparentales, d’où émanent une diversité de situations avec leur problématique pa rtic ulière », a expliqué la ministre en conférence de presse.
Le document fera l’objet d’une consultation en commission parlementaire et sur l’internet au cours des prochains mois.


LES ANTINATALISTES Isabelle Hachey
« Je ne veux pas d’un futur consommateur engraissé et abreuvé par l’ignoble industrie alimentaire pour en faire un obèse allergique qui, par la force des choses, enflera les coffres des pharmaceutiques », pouvaiton lire dans le courrier des lecteurs de La Presse, en 2003, sous la plume acérée de Jean-François Bottollier.
Six ans plus tard, il n’a pas changé d’avis. Il refuse de mettre au monde un autre « produit McDonald » qui fera inévitablement tourner la roue de notre société de consommation. « On est déjà beaucoup trop », dit-il.
Sans le savoir, cet électricien montréalais de 39 ans fait partie d’un mouvement « antinataliste » qui prend de l’ampleur, porté par la vague écologiste.
En Occident, des dizaines de livres et de sites web, tels que « childfree.com », font désormais l’éloge de la dénatalité. Faire des enfants tue, avance-t-on. Pour sauver notre planète surpeuplée, polluée et meurtrie par les guerres, une seule planche de salut : la contraception.
En Europe, cet étrange militantisme – minoritaire, il va sans dire – a atteint les rangs des politiciens. Yves Cochet, député européen des verts, prône ainsi « la grève du troisième ventre » ; pour dissuader les familles de trop s’agrandir, il suggère de réduire l’aide financière versée aux couples à partir du troisième enfant.
Le 16 mai dernier, un couple belge a organisé la toute première « fête des non-parents », à Bruxelles. « Dans la société, tout est fait pour la famille, explique Frédérique Longrée. Il y a des fêtes pour les pères, pour les mères, pour les enfants. Ceux qui n’en ont pas sont oubliés de tout. »
L’initiative a choqué. Mme Longrée a reçu des courriels virulents. « On m’a écrit que j’étais une erreur de la nature, que mes parents auraient dû avorter… Nous ne faisons de mal à personne, mais ce qui est différent fait peur. C’est une bonne chose que l’on commence à en parler, parce que ça permet de combattre l’ ostracisme dont certains sont victimes.»
Une centaine d’incompris ont participé à la fête – sans frais de gardiennes à payer. Ils ont reçu une médaille du mérite écologique, signé le « grand livre de la stérilité » et terminé la soirée par une « grande beuverie collective pour célébrer les joies de la non-parentalité ».
Le couple belge espère organiser une deuxième fête, l’an prochain, à Paris. « On a envie de taper sur le clou, d’exiger une vraie reconnaissance », dit Théophile de Giraud, le conjoint de Mme Longrée.
Lui-même avoue ne pas avoir d’enfants « par égoïsme », et « parce qu’il n’a aucun instinct paternel ». Mais il soutient que d’autres s’en abstiennent par pur altruisme. « Ces gens considèrent que le monde dans lequel on vit n’a rien de drôle. Ils n’ont pas envie de le léguer à des enfants qui n’ont rien demandé. » —