Droits et libertés

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS

Voir aussi : Immigration et racisme...

Plan to stanch flow of ‘conflict minerals’ from Congo causes turmoil

Lettres - Goliath a gagné !
Poursuite-bâillon - Encore une fois le bâillon contre Noir Canada!
Noir Canada - Entente entre Barrick Gold et Écosociété
Course à la chefferie du NPD - Un candidat propose une union ad hoc
Peru revokes licence of Canadian mining firm Bear Creek

Émeutes meurtrières - Le Pérou a révoqué le permis de la minière canadienne Bear Creek Mining

The worldwide revolution of angry apartment owners

115 millions d'enfants risquent leur santé ou leur vie au travail
ENFANTS ÀVENDRE


Executions on the decline

En bref - Tortures au Soudan
Rapport annuel - La torture perdure dans le monde

La mondialisation doit-elle nécessairement se faire aux dépens de l'homme comme de l'environnement ?...
Travail forcé - L'ONU dénonce l'impunité au Brésil

La France serait-elle donc en train de renier les fondements même de sa République ?...
Le sentiment de vivre « hors de la République »

De partisans à parias: les autorités françaises s'attaquent aux «hooligans»

Leave every stone unturned


Se trouverait-on à assister à ni plus ni moins qu'une érosion de la démocratie, et des droits démocratiques à travers le monde ?...
As freedom blooms in the East, it's withering in the West

L'arbitraire en Iran et en Biélorussie - Le mépris
Voter, qu'ossa donne?
Repères - Corset électoral en Égypte
Democracy promotion? Poof, it’s vanished …


Quelqu'un pourrait-il expliquer à la dictature extrémiste iranienne ce que représente la notion même des droits de l'homme ?...
L'Iran confirme la suspension de la lapidation de Sakineh

Iranienne condamnée à mort - Des personnalités lancent un appel
Justice iranienne - Aveux «forcés» d'une femme qui risque d'être lapidée à mort
Saving Sakineh: Let’s get noisy
West must keep up the pressure on Iran
Sakineh Mohammadi ne sera pas lapidée, indique Téhéran

Alexandrie se rebelle face à la torture policière

Dans six pays africains - Fini le recours aux enfants soldats

Justice est réclamée pour le meurtre de Mexicains critiques de mines canadiennes

La porte du non-retour

L'esclavage existe toujours en Afrique, dénonce Michaëlle Jean

Les petits esclaves de Dakar

Sénégal : Mendier pour éviter les coups

Droits de l'homme: RDC, Nigéria et Soudan derniers de classe

Un accommodement génital
La circoncision, un rituel dangereux en Afrique du Sud


Enquêteur correctionnel du Canada - Les prisons fédérales impuissantes devant la maladie mentale
Le sens des priorités
Les prisons sont surpeuplées, disent agents et détenus

Prison de Québec: un règlement de comptes à l'origine de l'émeute

Vieillir en prison - Michèle Ouimet
Il y a davantage de suicides dans les prisons du Québec  -  Émilie Côté
Inde : QUATRE GARÇONS POUR 70$  -  Philippe Mercure
Un détenu malade poursuit le fédéral -  Agnès Gruda
CAMPING FORCÉ À BORDEAUX -  Isabelle Hatchey

LA SOLUTION N’EST PAS DANS LE BÉTON -  Isabelle Hatchey

Voir aussi Prisons californiennes : Surpopulation, émeutes et chaos 

Clandestins morts en mer  La ligne dure de Berlusconi critiquée



Et si l'on se mettait à réellement reconnaître les droits de l'enfant, et surtout à agir en conséquence ?...
Celebrities unite to to raise awarenees


La Russie éprouverait-elle donc un petit problème avec la démocratie ?
Tant qu’il y a du savon, tout va

Russie - Medvedev lâche du lest
La « verticale du pouvoir » poutinienne ébranlée
La nouvelle coqueluche de l’opposition russe libérée
Vladimir Poutine ne plie pas
Russie - Moscou veut contrôler l'Internet
Manifester pour Poutine, une activité lucrative
Manifestations en Russie - Le sursaut
Putin loyalist steps down as speaker of Russian parliament
Russie - Medvedev veut une enquête sur les fraudes électorales
Élections législatives en Russie - Fraude massive
Législatives russes - Le parti de Poutine a du plomb dans l'aile
Prokhorov’s entry into Russian race could complicate Putin’s plans

Un milliardaire contre Poutine
La rue russe se rebelle
Le tsar ébranlé

De rock star politique à prisonnier d’opinion

Un printemps russe en plein hiver électoral ?

Le camp Poutine en net recul

Élections sans suspense


Le scrutin de toutes les fraudes
L’économie russe et la démocratie
Waiting for the next Russian revolution
Vladimir Putin, the man who would be czar
Gorbatchev craint le retour de Poutine

Le seul chef

Chaises musicales à la russe


Russie
La Russie vient à la rescousse de la Syrie
Le cauchemar d’un soldat russe
Le blogueur qui en savait trop
La vindicte de Poutine
Khodorkovski attend sa peine - La Russie prie l'Occident de se mêler de ses affaires
Medvedev, ultime espoir de Khodorkovski
Les États-Unis se méfient de la Russie
Putin at centre of U.S. concerns on Russia’s direction: WikiLeaks

Terreur en Russie
L’épine au pied du Kremlin
Le journal qui n’aimait pas Poutine
Russie - Le maire déchu de Moscou dénonce le régime
Russie: sauver une forêt à ses risques et périls
L'Erin Brockovich de Russie

Les nationalistes russes optent pour le terrorisme

RUSSIE  La Cour bannit la peine de mort

La peine capitale pourrait être réintroduite en Russie

Tchéchénie : La dirigeante d’une ONG assassinée  -  Frédérick Lavoie
Les larmes de Natalia Estemirova  -  Laura-Julie Perrault
Russie : Indignation et hommage inattendu
Russie : Militante assassinée

Europe de l'Est
Opposants derrière les barreaux


Et se pourrait-il que la Chine ait en effet un sérieux problème avec toute la question des droits de l'homme ?...
China asked to rescue the world – but what about its own people?
« Une vraie escroquerie »
Growing ‘Occupy’ movement makes China nervous
China's hit-and-run morality
In Foshan, China, a street without a heart - Globe Editorial
La petite Chinoise et l’indifférence

Chinese migrants are second-class citizens
China offered Gadhafi huge stockpiles of arms: Libyan memos
On human rights, China enforces the sound of silence - Globe Editorial
Des scènes d’émeutes « effrayantes »
À force d'abuser, l'État chinois fait exploser la colère
La crainte du printemps arabe
Rounding up the usual suspects
Les mandarins inquiets
L’empereur chinois et son rouleau compresseur
When did basic human values become un-Chinese?
La Chine en guerre contre le Nobel
AMIS DE LA CHINE

Transition ou impasse ?
Six pays boudent le Nobel de la paix
China continues spat with Norway over Nobel Prize pick
Froid diplomatique entre la Chine et la Norvège
Getting around the Great Firewall of China
Le monde et les temps changent - Marc Cassivi
Combien de personnes exécutées en Chine en 2009?
Alerte au «gendericide»
Yes, Chinese have rights – in theory
Why is Tibet still an issue? Beijing has only itself to blame
One country, two systems, thousands of marchers
Why Google isn't racing from China

Google, China and a wake-up call to protect the Net
Victims two ways in China
La police interdit le premier concours de beauté gai en Chine
Google menace de quitter la Chine
Britannique exécuté: il voulait sauver le monde avec un lapin
Des Chinois s'immolent pour éviter l'expropriation
La place Tiananmen quadrillée
La place Tiananmen, une péripétie taboue en Chine - Tristan de Bourbon
La liberté n’est plus ce qu’elle était  -  AGNÈS GRUDA

Tiananmen: la faute à l’inflation -  MATHIEU PERRAULT

LA MÉMOIRE SUR TOILE
Tian An, enfant de Tiananmen

Une crainte exagérée La faible proportion de contenu local dans les exportations de la Chine rend la dégringolade moins catastrophique
Chine : Les exécutions alimentent les greffes
The Chinese Confucian Party?


... quand ce n'est pas la démocratie en tant que telle, aussi fondamentale la volonté du peuple devrait-elle pourtant s'avérer pour un soi-disant parti du peuple ?...
China says yes to democracy, eventually

Et même de ce côté, se pourrait-il donc que du progrès puisse pourtant être espéré ?...
L’ouverture

Le Nobel de la paix à Liu Xiaobo - La Vérité
Liberté chinoise, liberté tout court
This year's winner deserves the peace prize

Nobel de la paix: un dissident chinois honoré
La communauté internationale exhorte la Chine à libérer le Nobel de la paix
Les dissidents

Police force wife of China's Nobel Prize winner from home, black out TV coverage
Le Nobel de la paix au dissident chinois Liu Xiaobo
China turns a page on independent journalism
In China, a step toward justice
En bref - Tiananmen: le calme

À moins qu'on ne puisse surtout parler que "d'écrans de fumée" ?...
In China, a tortuous road to the rule of law
La censure chinoise: Zhongnanhai à l'écoute

Corée du Nord
La pire geôle du monde

Les Indiennes se rebiffent contre la collecte manuelle d'excréments


Et que dire du droit à la démocratie ?...
De grands espoirs placés en ElBaradei

ElBaradei rentre en Égypte faire campagne pour la « démocratie »

Mali: le difficile chemin vers l'égalité des sexes



Et comment l'abolition de l'homophobie ne pourrait-elle pas s'avérer profitable pour tous ?...
L’intimidation
Le droit au placard
Les alliés involontaires


The UN coaxes the world toward universal gay rights
Gai, arabe et en danger
Rudy et la maladie des Blancs
Montrer ses fesses: pas normal, mais bienvenu!
Fierté gaie: un défilé de toutes les couleurs
Homosexualité africaine: la chasse aux sorcières
São Paulo: la plus importante «gay pride» au monde
Le jeune gai rejeté
L'enfer, c'est l'école!
L'homophobie ordinaire
Les enfants d'un couple homosexuel exclus d'une école
La sodomie reste interdite en Malaisie
L'Amérique latine se met à l'heure des droits homosexuels
Les couples homosexuels d’Uruguay autorisés à adopter des enfants 
Plumes et paillettes sur fond de lutte contre les préjugés  -  Daphné Cameron
Washington invite à bloquer une loi anti-homosexuels
Orientation sexuelle en entreprise : Affirmer la différence - Caroline Rodgers 
Les homosexuels ostracisés
Le Québec, paradis du mariage gai
L’homophobie continue de faire des ravages en France -  MARC THIBODEAU
ISRAËL Attentat homophobe

La fierté gaie se fait discrète, à Jérusalem
L’Inde dépénalise l’homosexualité  -  Philippe Mercure

MARIAGES GAIS EN RUSSIE  Début d’un combat inégal
RUSSIE Défilé gai dispersé

Embaucher une personne handicapée, c’est facile !  -  Caroline Rodgers


Le roi cool perd son sang-froid  -  Laura-Julie Perrault


Le FLQ? Bof  -  YVES BOISVERT


FRANCE - Nouvelle croisade contre l’excision
« Nous préférons mourir »


La Révolution de Jasmin démontrerait-elle donc que la liberté d'expression serait possible, et ce même dans le monde arabe ?...
Les médias dans les pays arabes: entre censure et cassure
La liberté n’est plus où elle était...
Fini la censure

Et que dire de la liberté d'expression ?...
Nous sommes tous des « Charlie Hebdo »
La liberté n’est plus où elle était...
La société de Zambito déboutée: une poursuite jugée abusive
Another assault on free speech
Drame humain à Gaza : le propriétaire change son fusil d'épaule

Drame humain à Gaza: l'expo est menacée

Voir aussi Mais ceci dit, ne devrait-il pas aussi y avoir certaines limites à la liberté d'expression ?...

... et de ses limites ?
Jusqu’où peut- on aller trop loin?

Should free speech trump hate laws? Yes - MARGARET WENTE


... Et peut-on vraiment parler de liberté d'expression sans liberté de presse ?...
Ce drôle de pays
Press freedom wins a measured victory
La victoire du bon sens
«UNE GRANDE VICTOIRE»

La Cour suprême confirme l’importance de la protection des sources des journalistes
Press freedom meets its match on a Scottish golf course
Pour journalistes avertis seulement
État critique symptomatique - Nathalie Petrowski
Journalistes sous surveillance aux États-Unis
Journalists' sources need better protection than that better
Le droit de protéger les sources n'est pas absolu
La victoire dans la défaite - Yves Boisvert

Pressing ahead on journalistic freedom
Affaire Julie Couillard : TVA et Gesca se livrent une guerre de réputation
Les journalistes doivent-ils être intégrés dans l'armée? - Michèle Ouimet
Sarkozy furieux de «l'inconscience» des journalistes
Une victoire - André Pratte
Les journalistes mieux outillés contre les poursuites

Polygone et la liberté d’enquêter  -  YVES BOISVERT
PROTECTION DES SOURCES JOURNALISTIQUES - Deux visions s’affrontent enCour suprême
La Cour d’appel duQuébec donne raison à La Presse  -  Karim Benassaieh

Feu le journalisme d’enquête?
La censure dans tous ses états -  Pierre Trudel

... ou de la protection des sources ?...
Journaliste délateur ou bon citoyen?


Et le conflit au Journal de Montréal tendrait-il donc à démontrer que, même au Québec, la profession de journaliste puisse être réellement menacée ?...
DEUX ANS DE SA VIE

Le tabou des scabs virtuels
Congrès de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec - Défoulement collectif contre l'empire

Et surtout, n'aura-t-il pas permis en fait de démontrer les limites du syndicalisme ?...
RUE FRONTENAC DE L’UTOPIE AU CAUCHEMAR

La fin des illusions

Et surtout, existe-t-il toujours cette chose que l'on appelle la liberté d''information ?...
États-Unis: la taupe présumée de WikiLeaks comparaît devant la justice militaire américaine
Transparence : la trahison d’obama
Statscan’s budget should be increased by $100-million
« Inhumain » ou « normal » ?
Le soldat Manning se dit victime de mauvais traitements
L'informateur de WikiLeaks serait maltraité

Et notamment, Wikileaks se serait-il donc fait le champion de la liberté de l'information ?...
La fin de Wikileaks
Il y a trop de secrets d’État
L’année WikiLeaks
Just watch us: The utopian dream of total openness
Le brouillard
Médias - Les leçons de WikiLeaks
WikiLeaks, et puis après?
Julian Assange, l'ennemi public numéro un
« La divulgation est une bonne chose »
Dans la ligne de mire deWashington

We shouldn’t be embarrassed by hard truths - Jeffrey Simpson

Attempt to prosecute WikiLeaks would likely fail
WikiLeaks: Not all hypocrisies are equal
WikiLeaks accepte les « règles du jeu » des journaux
Diplomacy will never be the same
Les «Gorges profondes» du web
WikiLeaks: Julian Assange, apôtre de la transparence

L'inaccessible information «publique» - Yves Boisvert
WikiLeaks site fills critically important need

... ou pourrait-il donc lui arriver de causer parfois plus de tort qu'autre chose ?...
Victime de WikiLeaks, un journaliste éthiopien forcé à l'exil
WikiLeaks publie tous ses câbles et est fortement critiqué par les médias
WikiLeaks' Assange equates government with conspiracy
Breakaway WikiLeaks staff form new service
Keeping secrets too safe: the irony of WikiLeaks
WikiLeaks just made the world more repressive

A window into his mindset

The dark side of the Web

WikiLeaks suspect thought actions might ‘actually change something’

La transparence radicale

Le Divulgateur

À cause des révélations de WikiLeaks - Les diplomates américains tournent en rond
Le 11 septembre de la diplomatie mondiale ? « Absurde ! »
WikiLeaks
Les ravages de WikiLeaks

Repères - Le temps des secrets
Révélations de WikiLeaks - Beaucoup d'artifices, peu de conséquences
La transparence en question
WikiLeaks just made the world more repressive
Vain, shady and stupendously fat: Latest WikiLeaks like a teen's diary

WikiLeaks is gossip, not whistleblowing


Et quoi qu'il en soit, l'aventure toucherait-elle donc à sa fin ?...
Assange sous les verrous
WikiLeaks – Julian Assange placé en détention provisoire dans l’attente d’une éventuelle extradition
L’étau se resserre autour d’Assange


Longue vie au «Devoir» - André Pratte

La Presse et le pétrole - André Pratte
Le droit à la controverse  -  YVES BOISVERT
Tous des paparazzis - Patrick Lagacé
Quand les médias gobent des canulars  -  Mali Ilse Paquin

Et si l'avenir du journalisme ne pouvait vraiment faire autrement que de passer par la gratuité de l'information ?
Qui peut prédire l’avenir des médias ?



Et d'ailleurs, que peut-on donc faire pour sauver le journalisme ?...
Les journaux doivent trouver leur pop- corn
Gratuit ou payant?
Le journalisme sans romantisme
Le Monde.fr: interactif et... rentable
Le mystérieux avenir du journalisme
Les dépenses publicitaires en ligne vont dépasser celles de la presse
Canwest se trouve un sauveur
Une offre pour The Gazette
Canwest largue ses journaux
Plus que de l'info - Ariane Krol
Un tsunami frappe le journalisme, selon la ministre St-Pierre

Le drôle de lock-out du J de M - Yves Boisvert

Journal de Montréal: un an de lock-out

Quebecor et le Conseil de presse: un départ injustifié - John Gomery


Et que peut-on dire de notre journal préféré ?...
Concours canadien de journalisme: La Presse six fois finaliste


Voir aussi Et au fait, pourrons-nous même toujours compter sur notre journal préféré ?...

Lettres - Et Power/Gesca dans tout ça?

L’autre crise

Conflits d'intérêts à surveiller... -  Norman Spector 

Scandale des écoutes - Rupert Murdoch ne se sent pas responsable
Plus puissant qu’un gouvernement
Les aveugles

The real tabloid scandal is media ownership
Le scandale de News of the World - Une crise qui secoue partis et médias
L’ex- premier ministre et sa famille ont été ciblés


New rules for Quebec journalists are a bad idea
Le piège du corporatisme


Le rapport Payette et les journalistes
Le rapport Payette | L'information au Québec : un intérêt public

Chronique d’un suicide journalistique

Se pourrait-il donc que la censure ne soit jamais bien loin, et ce même au sein de nos chères démocraties ?...
Le filtrage de l'internet gagne du terrain en France
Le professeur Cornett et la fosse aux lions - Rima Elkouri

Et les restrictions envers l'internet ne se trouvent-elles pas surtout à prouver la capacité de celui-ci à faire progresser les idées, quitte à risquer ainsi de menacer l'ordre établi ?...
La Corée du Nord sur Twitter


Et jusqu'à quel point peut-on se permettre, au nom de la lutte au piratage, de restreindre ce qu'il semble maintenant convenu d'appeler le "libre internet" ?...
Journée de protestation sur le web

Une noirceur de 24 heures pour Wikipédia

PROTECT IP Act

Protect IP


Power n'exclut pas que les sites internet de Gesca deviennent payants

Le début de la fin de la gratuité? - Nathalie Collard


Le pari de la gratuité


Et pourquoi le droit des créateurs devrait-il donc venir brimer le droit des utilisateurs ?...
How the new copyright bill will affect Canadian culture
Droit d'auteur ou droit d'utilisateur ?
Le verrou - Ariane Krol


Et se pourrait-il donc que le gouvernement conservateur ait finalement réussi à donner l'impression qu'il se moque des créateurs autant que des utilisateurs ?...
Culture équitable
Des gens sans gêne
ENAUTOBUS... SUR LA C- 32
Le projet de loi C- 32 en sept questions

Droits d'auteur - L'élite de la chanson monte au créneau
Pas de culture sans créateurs

En fait, pourrait-on commencer à se préoccuper un peu du droit des utilisateurs, de façon générale ?...
Un retard considérable

Paying so much for bandwidth, getting so little
Majority scoffs at usage-based Internet billing in poll
Why not a metered Internet?
UBB? Oh, it stands for Unbelievable Business Baloney
Editorial: CRTC Internet ruling hurt the little guy
Usage-based billing. And cooing

A metered Internet is a regulatory failure

Et ne devrait-on pas en fait commencer par parler d'un certain droit à la concurrence ?....
Le Big Brother
Internet - Davantage de concurrence

Musique et financement
The end of ‘free’ is sweet music for artists

Musique en ligne - Le libre prix

Fausse panique de l’industrie ?

Amazon contre iTunes

Rentabiliser la gratuité - Ariane Krol

A musical divide - Globe editorial


Via P2P, les Québécois téléchargent québécois

Des pirates suédois au Parlement européen?

Les artistes et l’internet  -   LYSIANE GAGNON

La gratuité a un prix  ARIANE KROL


Visa le noir, tua le blanc



UNE HISTOIRE CENSURÉE  -  Marc Cassivi


Mais ceci dit, ne devrait-il pas aussi y avoir certaines limites à la liberté d'expression ?...
Forums de discussion et diffamation - Yves Boisvert
Blogues: pourquoi tant de haine?
La liberté d’expression virtuelle a ses limites  -  Isabelle Audet

Et finalement, que dire du droit à une vie privée ?...
« J’ai fait ce que j’ai cru bon »
We’d need to quit more than Facebook
Big Brother est partout - Patrick Lagacé
Google enjoint de respecter la loi
Google va-t-il quitter l'Europe? 
Washington condamné pour écoutes illégales
Voir aussi Vie privée  Facebook plie devant Ottawa   -  Hugo de GrandPré

Vers une politique internationale sur le Web?
For the UAE, BlackBerry brings vice and diminishes virtue
BlackBerry en Arabie saoudite - RIM accepte de livrer les codes de tous les utilisateurs aux autorités
Les accommodements de RIM
Détente with Saudis buoys hope for RIM’s future in Arab world
Le secret du BlackBerry
Keeping secrets from tyrants

Le village où l'électricité tousse - Patrick Lagacé

Dans la cour des malchanceux - Pierre Foglia



Manque de compassion
Le Club Compassion sur le trottoir
Clear the air around pot laws
Quatre Clubs Compassion fermés à Montréal
Les pushers sont contents - Patrick Lagacé


Et qu'en est-il en ce qui concerne les droits des animaux, pendant qu'on y est ?
L’abattage rituel mieux encadré pour éviter la souffrance des animaux
Your Pet Is a Global Warming Machine
Idée reçue : les animaux domestiques ne polluent pas
Le coût écologique de ton animal de compagnie

Animal de compagnie

Votre animal domestique est-il écolo ?

Nos animaux domestiques ont aussi une empreinte écologique!

Chiens, Chats : L'impact écologique de nos animaux de compagnie


MAN
Do fish have feelings too? It's a slippery question for science
Un hommage éléphantesque.
Chien en Italie fréquente l’église depuis que son propriétaire est décédé
Peter Singer, la souffrance animale, la poule... et l'oeuf
Des sanctions plus sévères pour contrer la maltraitance d'animaux
Pourquoi ce retard au Québec ?
Maltraitance d'animaux: des amendes plus salées

Human angst, animal emotions
Des amendes salées... ou la prison
On traîne la patte

Et si les animaux ont des droits, de quel droit pouvons-nous les élever pour les manger ?
Humpback Whale Shows AMAZING Appreciation After Being Freed From Nets
25 photos adorables qui reflètent l’amour parental dans le règne animal

How Wolves Change Rivers

Je mange moins de viande
Un rapport effrayant sur la viande


Sustainability of meat-based and plant-based diets
Organic Growing: Supporting Animal Farms?

Contrasting Harms: Vegan Agriculture versus Animal Agriculture

Because It’s the Only Way to End World Hunger
The Environmental Impact of a Meat-Based Diet

What Vegan or Veganic Farming Actually Looks Like: Huguenot Street Farm (Video)

TROPHIC ISSUES

Documentaire à TVA : La face cachée de la viande démystifie le végétarisme (VIDÉO)


"Le Jugement"
Meat Production Wastes Natural Resources

La face cachée de la viande
The food we were born to eat: John McDougall at TEDxFremont La loi de la nature dit de ne tuer que quand vous avez faim !
Un monde de végétariens ?
La face cachée de la viande - Bande annonce (fr)

Adopter les lundis sans viande!
Learning to live on a crowded planet

Peter Singer, la souffrance animale, la poule... et l'oeuf


LE DEVOIR

Les 100 ans du Devoir - Toujours pertinent
1910 - Henri Bourassa crée Le Devoir pour combler un vide dans l'offre d'information
10 janvier 1910 - Fais ce que dois
De 1910 à 1940 - «Indépendants nous resterons»

Informer, une passion qui ne se dément pas
100 ans de vie politique au Québec

Le Devoir salué pour son indépendance à l'Assemblée nationale


La Chine renouvelle la licence de Google
Perdant-perdant - Sophie Cousineau

Bravo, Google! - Patrick Lagacé
Google vs Chine : Ne pas perdre la face


THE GAZETTE
Google challenges China's regime

GLOBE AND MAIL
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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE




Did cooking allow for the increase in human brain size?
Are we meat eaters or vegetarians? Part II
Were Humans Meant to Eat Meat?

The Comparative Anatomy of Eating

Eating meat led to smaller stomachs, bigger brains

Why Stone Tool Making and Meat Eating Were So Significant in Human Evolution

The role of meat-eating in evolution

7 Reasons to Eat Beef You Are Not Aware Of

Big Brains Require An Explanation, Part I: Why Did Humans Become Smarter, Not Just More Numerous?


Self-defence: What's acceptable under Canadian law?
SELF DEFENSE AND CANADIAN LAW : How much force is "reasonable force"?
More Misconceptions about Canadian Law and Self Defence
Canadian Criminal Law/Defences/Self-Defence and Defence of Another







QUATRE GARÇONS POUR 70$  -  Philippe Mercure
Acheter un enfant comme on achète du riz ou une paire de souliers? C’est ce qu’ont réussi à faire deux journalistes indiens lors d’une enquête retentissante qui a braqué les projecteurs sur le trafic d’enfants qui sévit dans leur pays. Que ce soit pour le
BANGALORE — Le 4 juin dernier, à Bangalore, dans le sud de l’Inde, B V Shiva Shankar et Suresh M R se rendent près de la gare pour faire des emplettes.
Les quatre garçons vendus aux journalistes : Manu, Nanda, Varun et Dilip. Comme de nombreux jeunes, ils sont partis en ville, à Bangalore, dans l’espoir de trouver de meilleurs emplois. Mais ils sont plutôt tombés aux mains des trafiquants d’enfants... avant d’être secourus par les journalistes. Ils ont ensuite été remis à l’organisation gouvernementale Child Welfare Committee.
Mais ce ne sont pas les saris de soie, babioles de plastique et autre statues de dieux hindous qui les intéressent.
Les deux hommes sont là pour un autre typedemarchandise: les enfants. Ils n’ont pas à chercher longtemps. Un homme qui se présente sous le nom de Ravi vient bientôt à leur rencontre, accompagné de trois acolytes. Les hommes ont quatre garçons à vendre. Prix à l’unité : 1200 roupies indiennes (un peu moins de 30$ CAN).
Les acheteurs examinent les garçons. Négocient. Puis tendent trois billets de 1000 roupies et repartent avec les quatre enfants.
L’opération n’a duré que quelques minutes. Prix total déboursé : 70 $ CAN.
Deux jours plus tard, des photos de Ravi et sa bande en train de vendre des enfants font le tour du pays. B V Shiva Shankar et Suresh M R ne sont pas des propriétaires de restaurant à la recherche de main-d’oeuvre bon marché comme ils l’ont fait croire aux trafiquants. Ils sont journalistes au quotidien Mid Day de Bangalore.
En plus de mener à sept accusations criminelles, l’enquête de Mid Day a braqué les projecteurs sur un fléau omniprésent en Inde, mais que policiers, politiciens et citoyens préfèrent souvent ignorer par peur, laxisme ou intérêt.
Manu, Nanda, Varun et Dilip, les quatre garçons « achetés » lors de l’opération, ont quant à eux été remis à l’organisation gouvernementale Child Welfare Committee (voir autre texte).
« Oui, les gens savaient déjà que le trafic d’enfants existe en Inde, explique le journaliste B V Shiva Shankar à La Presse. Mais tout le monde a été choqué de voir ça dans les médias. Aujourd’hui, les autorités ne peuvent plus dire: on n’est pas au courant. »
Surtout que l’enquête de Mid Day a révélé que l’un des trafiquants impliqués est justement... un policier.
Des gamins très utiles
Difficile de dire exactement combien d’enfants font l’objet d’un trafic en Inde. Mais partout au pays, les organisations non gouvernementales sonnent l’alarme: malgré les lois qui condamnent le trafic, celui-ci continue de se dérouler au grand jour.
Bangalore, une ville en pleine expansion où la demande pour les enfants semble intarissable, est devenue l’une des plaques tournantes du trafic au pays.
Vasudeva Sharma y dirige l’organisme Child Welfare Committee, qui a recueilli les enfants achetés par les journalistes.
Les journalistes se sont fait passer pour des propriétaires de restaurant à la recherche de main-d’oeuvre bon marché pour acheter les quatre enfants. Les photos de la transaction, qui s’est déroulée à la gare de Bangalore, ont fait le tour du pays.
« Si tant d’enfants font l’objet d’un trafic en Inde, c’est parce qu’ils peuvent servir à plein de choses », a expliqué M. Sharma à La Presse, conscient du caractère choquant de ses propos.
Nettoyer des planchers, cuisiner, servir les clients: dans les restaurants et les hôtels, mais aussi les usines et les fermes, les enfants travaillent pour des salaires dérisoires.
Les mineurs sont aussi prisés au sein de ce que M. Sharma appelle « l’industrie de la chair ». « Tant les garçons que les filles sont en grande demande pour la prostitution. Et de plus en plus d’enfants nous parlent de pornographie. »
Pour d’autres, la valeur d’un enfant réside dans son foie ou ses reins. « Le trafic d’organes n’est probablement pas aussi répandu qu’on le dit, croit M. Sharma. De notre côté, on ne le voit pas vraiment. On a cependant des indices que ça existe. »
D’autres enfants sont vendus, achetés ou volés pour alimenter les réseaux d’adoption illégale. « I ls demeurent en Inde ou partent vers l’étranger, dit M. Sharma. Bien des gens ne veulent pas passer par le long processus de l’adoption légale. Tout ce qu’ils veulent, c’est un enfant. »
Facilité déconcertante
Le journaliste B V Shiva Shankar affirme avoir été renversé de pouvoir acheter des enfants en plein jour, à deux pas d’un poste de police. « La facilité de notre opération est un signe de la profondeur des réseaux et de leur niveau d’organisation », croit-il.
Son collègue Suresh M R, lui, est inquiet pour une autre raison. « Les trafiquants ne nous ont jamais rien demandé, dit-il. Ils ne nous ont pas demandé qui nous étions, ni la raison exacte pour laquelle nous voulions des enfants. Ils ont pris l’argent, point. C’est probablement ce qui fait le plus peur. Vous pouvez aller à la gare et dire : je veux des enfants. Et vous allez en avoir. Et vous pouvez en faire ce que vous voulez. »

Le rêve d’une vie meilleure
BANGALORE — Mahamed Allaudhin ravale ses pleurs et lève les yeux. « Je vais vous raconter mon histoire », annonce-t-il.
Mahamed a 12 ans. Son histoire, c’est pratiquement la même que celles des dizaines de garçons qui l’entourent.
Nous avons rencontré Mahamed dans les locaux de l’organisme gouvernemental Child Welfare Committee (CWC).Tous les garçons de Bangalore retrouvés seuls ou extirpés des réseaux illégaux dans lesquels ils sont tombés aboutissent dans cet immense orphelinat temporaire.
En ce mardi matin, une trentaine de nouveaux arrivants attendent d’être interrogés par les bénévoles du CWC. Si certains jouent et se chamaillent, la grande majorité regarde par terre en pleurant, l’air complètement perdu.
Mahamed est né au Bihar, l’État le plus pauvre de l’Inde. Après un voyage en train de plusieurs jours, il est débarqué à Bangalore, seul au milieu d’une métropole où la langue de la majorité, le kannada, ne lui dit rien.
Que diable fait-il là? « Je suis venu étudier », déclare-t-il en bombant le torse. Ses parents? Il ne les a pas avertis de son grand départ.
La suite du récit est confuse. Il est question d’un cousin qui fabrique des sacs de cuir et que Mahamed a essayé de retrouver. Comment s’est-il retrouvé au CWC? Il est incapable de l’expliquer. Les bénévoles, qui reçoivent entre 20 et 70 garçons chaque semaine, ne s’en souviennent pas non plus.
ONG c. trafiquants
Mahamed a eu de la chance. Les ONG ont réussi à mettre le grappin sur lui avant que les réseaux de trafiquants ne le fassent. À la gare de Bangalore, les deux groupes jouent carrément de vitesse pour recueillir les dizaines d’enfants qui débarquent immanquablement chaque jour en ville, poussés par des rêves naïfs d’une vie meilleure.
« Des trafiquants ont déjà attaqué des ONG qui tentaient d’aider les enfants », affirme le journaliste B V Shiva Shankar.
Au CWC, des bénévoles interrogent les enfants, les encourageant à coups de sourires à sortir de leur coquille. « On cherche à avoir un nom de village, le nom des parents, un numéro de téléphone », dit Vasudeva Sharma. Un travail de détective qui se déroule tantôt en kannada ou en hindi, tantôt en tamoul ou en marathi.
Si la famille peut être retracée et qu’elle est en mesure d’accueillir l’enfant, il y est renvoyé. Sinon, il demeure à l’orphelinat jusqu’à ce qu’on lui trouve une famille d’accueil.
Si le trafic d’enfants est si florissant en Inde, c’est en grande partie parce qu’il est alimenté par un flot incessant d’enfants qui, poussés par la pauvreté, convergent vers les villes.
Pauvreté et ignorance
« Le trafic d’enfants en Inde doit être compris du point de vue économique, social et culturel », dit M. Sharma, selon qui la pauvreté et l’ignorance amènent même certains parents à vendre leurs propres enfants.
« Les gens ne vont pas au marché pour vendre leurs enfants. Ça ne se fait pas comme ça, s’empresse-t-il de préciser. Pensez-y : vendre votre maison, votre voiture ou votre terre, c’est déjà émotif. Alors vendre votre propre enfant... C’est pour ça que ça se fait de façon détournée, de façon déguisée. »
C’est ainsi, explique-t-il, qu’une famille pauvre se laissera convaincre de laisser partir sa fille vers une « bonne maison » en échange d’un peu d’argent.
« Ce sont des gens non instruits qui se font berner par de fausses promesses, dit M. Sharma. Ceux qui ont du pouvoir trouvent toujours le moyen d’abuser de ceux qui n’en ont pas. Et le trafic d’enfants n’est qu’une manifestation de cet abus. »

La peur, le carburant des trafiquants
BANGALORE — Suresh M R est inquiet. Avec son collègue, ce journaliste qui a « acheté » des enfants planifie maintenant un deuxième volet à son enquête.
« Nous allons vérifier si, quelques mois plus tard, le trafic se fait toujours aussi ouvertement », dit-il. Le hic, c’est que les deux journalistes risquent maintenant d’être reconnus des malfaiteurs.
« On se frotte à la grosse mafia, lance-t-il. Tout le monde les soutient. Et nous, on est seuls à se battre pour une cause. »
Que le moins peureux gagne
Son collègue B V Shiva Shankar est plus confiant. « Maintenant, eux aussi ont peur. Et je fais le pari qu’ils ont plus peur de nous que nous avons peur d’eux. »
« Il faut être confiant et faire face aux conséquences, ajoute-t-il. On a commencé quelque chose et il faut continuer. »
Parce que la peur, dit-il, est justement le carburant qui permet aux trafiquants de poursuivre leurs activités.
« Les lois sont là et les plans d ’ a c t i on e x i s t e nt , c on f i r me Vasudeva Sharma, de Child Welfare Committee. Mais il reste à les appliquer. Trop de policiers ferment les yeux. Et les cours de justice ne prennent pas ces cas assez au sérieux. Les peines et les amendes ne sont pas suffisantes. »



Il y a davantage de suicides dans les prisons du Québec  -  Émilie Côté
Le Québec demeure la province où le taux de suicide des détenus est le plus élevé, révèle une récente étude du ministère de la Sécurité publique. Même si la moyenne annuelle a diminué de moitié de 2003 à 2008, par rapport aux cinq années précédentes, la situation «semble peu reluisante», peut-on lire dans le rapport.
En 20 0 4 -20 05, le tau x de suicide était de 15 pour 10 000 détenus dans les établissements provinciaux au Québec, contre quatre dans les autres provinces et huit dans les pénitenciers fédéraux. Des 130 suicides survenus dans les pénitenciers fédéraux de 1992 à 2000, 55 (42 %) étaient survenus au Québec.
« Ces données confirment sans équivoque le fait que les hommes au Québec, tant dans la population que dans les établissements fédéraux et provinciaux, se suicident davantage que ceux des autres provinces canadiennes », écrivent les auteurs de l’étude, Pierre Lalande et Guy Giguère.
Mais la moyenne annuelle de suicides dans les établissements provinciaux du Québec est passée de 12,7, pour la période de 1997 à 2002, à 6,2 par année, pour la période de 2003 à 2008.
« Il est encore trop tôt pour parler d’une nette tendance à la baisse (…) mais il n’en demeure pas moins que les Services correctionnels ont implanté un programme de prévention du suicide », écrivent les auteurs, ajoutant que le ministère de la Sécurité publique a aussi inclus cette problématique dans son Plan stratégique.
Depuis mars 2005, toute tentative de suicide doit être signalée. En 2005-2006, 16 tentatives ont été recensées, dont seulement deux faites par des femmes. L’année suivante, on en dénombrait 21, puis 13 en 20072008, donc un cas féminin. Les moyens utilisés ont été la strangulation ou la lacération.
L’étude souligne qu’aucun cas d’intoxication n’est recensé. Selon les auteurs, «le mode de collecte de données concernant les tentatives de suicide doit être revu», car les données actuelles sont «peu fiables». «Il sera certainement important d’être plus vigilant dans la collecte des données afin d’améliorer la prévention du suicide et de suivre l’évolution des tentatives.»
Les auteurs se sont penchés sur 63 des 65 suicides survenus dans les établissements de détention du Québec du 1er janvier 2001 au 31 décembre 2006. Aucun n’a été commis par une femme. Dans tous les cas, le moyen utilisé était la pendaison.
Si 56% des prisonniers qui se sont enlevé la vie étaient en attente de procès, 44% étaient condamnés, alors que neuf personnes sur 10 en étaient au moins à leur deuxième expérience d’incarcération.
Les problèmes de consommation d’alcool ou de drogue touchaient 75% des personnes suicidées, «ce qui mérite une attention particulière », disent les auteurs. Et si la moitié des personnes avaient des problèmes de violence et de santé mentale, au moins six sur 10 avaient des antécédents suicidaires.
L’étude revient sur les « éléments clés » de la prévention selon l’Organisation mondiale de la santé, soit la formation du personnel par rapport au suicide, le dépistage du risque chez les détenus, l’observation et la gestion du suivi.
P ou r P ier re L a la nde et Guy Giguère, le personnel des pénitenciers doit « toujours garder à l’esprit que le suicide d’un détenu ne doit pas être interprété comme étant le résultat d’une simple fatalité ».



Un détenu malade poursuit le fédéral -  Agnès Gruda
Le gouvernement l’empêche d’être suivi par son médecin
Ces dernières semaines, l’état de Richard Harnois s’est détérioré à un point tel qu’il a dû être dépêché à la Cité de la Santé de Laval, pour des examens neurologiques. Il y est toujours, sous la garde de gardiens de prison.
La voix au bout du fil exprime une souffrance insoutenable. « Je suis tanné de vivre comme ça. Je suis tanné de brailler. Je veux juste qu’on me soulage. Je veux voir mon docteur. »
Richard Harnois, 37 ans, détenu à Laval, constitue, à lui seul, une véritable encyclopédie médicale. Il est atteint du sida et d’hépatite C, il ne marche plus et il est incontinent. Il souffre aussi de spasmes et de « chocs électriques » au cerveau.
L’homme qui parle ainsi s’appelle Richard Harnois. Il a 37 ans et constitue, à lui seul, une véritable encyclopédie médicale. Il est atteint du sida et d’hépatite C, il ne marche plus et il est incontinent.
Il souffre aussi de spasmes et de « chocs électriques » au cerveau. Quand ça se produit, ses phrases s’étranglent dans une sorte de grincement métallique. Il dit ressentir une douleur atroce.
Cette douleur et ces spasmes ne disparaissent jamais tout à fait. Mais Richard Harnois affirme qu’il souffrait beaucoup moins quand il recevait le cocktail de médicaments prescrit par son médecin, Jean Robert.
Le problème, c’est que l’Établissement Leclerc, la prison de Laval où i l a échoué au printemps, ne lui permet de choisir ni son médecin ni son traitement.
Le médecin affilié à la prison a changé le plan de soins de Richard Harnois. Plus d’interféron qui soignait son foie. Plus d’hydromorphine qui soulageait sa douleur. Plus de THC, l’extrait de cannabis qui contrôlait ses nausées.
M. Harnois a même dû se battre pour recevoir de l’eau distillée qui prévient ses plaies à la bouche. Ou des bananes qui atténuent ses diarrhées, et qui avaient été prescrites par le Dr Robert.
« C’est humiliant et dégradant », a dit Richard Harnois dans une conversation téléphonique avec La Presse, cette semaine.
Le patient dépérit
Ces dernières semaines, l’état de Richard Harnois s’est détérioré à un point tel qu’il a dû être dépêché à la Cité de la Santé de Laval, pour des examens neurologiques. Il y est toujours, sous la garde de gardiens de prison. Et il ne reçoit toujours pas le traitement prescrit par celui qu’il considère comme son médecin.
« C’est épouvantable ce que je vis, dit-il de sa voix entrecoupée de spasmes. J’ai des chocs électriques aux trois-quatre minutes, ça part dans les muscles des bras et ça monte jusque dans la tête. »
« Si je prenais mes anciens médicaments, c’est clair que j’aurais moins de tics. »
Richard Harnois n’est pas un enfant de choeur. Il a un passé de toxicomane et de petit criminel. Il y a deux ans, il a été condamné à plus de trois ans de prison pour une série de vols qualifiés. En libération conditionnelle depuis août 2008, il a été réincarcéré en avril pour bris de condition.
Mais Richard Harnois est aussi un très grand malade. « Ce patient dépérit à vue d’oeil, il requiert des soins pal l iat i fs » , est i me son médecin, le Dr Jean Robert, qui a été dans le passé l’un des cofondateurs de la clinique Actuel.
Richard Harnois ne comprend pas pourquoi ces soins lui sont refusés. « J’ai fait des erreurs dans ma vie, mais je n’ai tué personne, dit-il. Ça a pas d’allure ce qu’ils me font, c’est moi qui souffre, c’est pas eux. »
Requête
Richard Harnois a intenté la semaine dernière une poursuite judiciaire contre le gouvernement fédéral, demandant qu’on lui permette d’être de nouveau suivi par son médecin.
« Nous croyons que le médecin qui le suit depuis 15 ans est la personne la plus compétente pour le soigner », dit son avocate, Isabelle Turgeon.
Elle a aussi déposé une requête en injonction interlocutoire, réclamant que le détenu puisse être suivi par son médecin en attendant l’issue du procès.
Le traitement infligé à Richard Harnois porte atteinte à la dignité humaine, il est cruel et inusité, et il contrevient à la Charte des droits et libertés, affirme la demande d’injonction.
« Mon client veut être suivi par SON médecin traitant, explique l’avocate, du cabinet Grey Casgrain. Il a le droit de choisir son médecin, il a un lien de confiance avec lui. »
Ce droit qui appartient aux gens libres ne doit pas disparaître derrière les barreaux, plaide-telle. « Pourquoi ce détenu serait traité différemment d’un autre patient ? demande-t-elle. Les politiques carcérales doivent-elles dicter les actes professionnels des médecins? »
La soeur de Richard Harnois, Isabelle, se pose les mêmes questions, dans ses mots à elle. « Je pleure chaque fois que je vois mon frère. Il était mieux soigné avant. Le médecin qui l’a suivi s’en est toujours bien occupé, les autres sont en train de le maganer. »





CAMPING FORCÉ À BORDEAUX -  Isabelle Hatchey
La prison n’est pas une colonie de vacances. Mais il y a des limites à ce qu’un détenu peut endurer. À Montréal, la prison de Bordeaux est si surpeuplée que les hommes qui y purgent une peine intermittente, les fins de semaine, sont maintenant forcés de d
« Il faut toujours que tu te tiennes en état d’alerte. C’est stressant, ce n’est pas vivable. »
Patrick Samson a passé 24 jours à Bordeaux en mars. Les 24 jours les plus longs de sa vie. On lui a enlevé ses antidépresseurs d’un coup sec. Il a contracté des champignons en s’appuyant sur des coussins crasseux. Surtout, il a eu peur. Très peur, entre les murs de cette prison provinciale qui, plus que jamais, craque de partout. « Il faut toujours que tu te tiennes en état d’alerte. C’est stressant, ce n’est pas vivable. J’aurais préféré faire mon temps en isolement. Ça aurait été moins de trouble. »

M. Samson, peintre en bâtiment de 36 ans, a écopé d’une peine de prison pour conduite en état d’ébriété. Il se dit « chanceux » d’avoir eu droit à une cellule, qu’il partageait avec un autre détenu dans un coin tranquille.
Bordeaux déborde. À tel point que les hommes qui y purgent une peine « intermittente », les fins de semaine, dorment désormais cordés les uns contre les autres sur de minces matelas installés par terre. Ils sont des dizaines entassés dans une salle de l’aile D, où ils se partagent deux toilettes qui deviennent vite insalubres.
Déjà critique, la situation a encore empiré après l’opération SharQc, qui a mené à l’arrestation de près de 120 Hells Angels à la mi-avril. Les motards ont tous été écroués à Bordeaux, près du Centre de services judiciaires Gouin, où ils doivent être jugés. Les autres détenus ont dû leur céder leur place. Des dizaines d’entre eux ont été transférés ailleurs en province, parfois jusqu’à Baie-Comeau.
Mais on n’a fait que déplacer le problème. Partout au Québec, la population carcérale explose. Et la situation empire au fil des ans, selon des chiffres que La Presse a obtenus. Le nombre de détenus a augmenté de 30% depuis une décennie. Désormais, ils sont plusieurs centaines en trop à s’entasser dans les 17 prisons de la province, si bien que, en 20082009, le taux moyen d’occupation carcérale atteint 116%.
Bombe à retardement
Il s’agit d’une véritable bombe à retardement, selon Bertrand St-Arnaud, critique péquiste en matière de sécurité publique. « La situation est dangereuse et potentiellement explosive », a-t-il dit le 15 mai à l’Assemblée nationale.
Les gardiens sont à bout de souffle. La vente de drogue à l’intérieur desmurs est deplus enplusdifficile à réprimer, tout comme les actes de violence, pratiquement inévitables dans une telle promiscuité.
« I l a fallu qu’un viaduc s’écroule à Laval avant que le gouvernement décide de rénover nos infrastructures routières, rappelle M. St-Arnaud. Quel drame attendil pour passer à l’action et adopter des mesures rapides et énergiques pour résoudre le problème de la surpopulation carcérale? »
Conditions exécrables
Dans un courriel envoyé à Jacques Dupuis, ministre de la Sécurité publique, et adressé en copie conforme à M. StArnaud, un homme emprisonné à Bordeaux pour une peine de 14 jours à purger les week-ends décrit des conditions dignes d’un camp de réfugiés.
« Je suis arrivé le samedi matin dans une salle réservée aux personnes qui doivent purger leur peine de fin de semaine. La salle était pleine à craquer, il n’y avait aucune place pour que je puisse m’installer. J’ai dû passer la journée assis sur une table à pique-nique. » « Le soir venu, pour s’assurer que tout le monde puisse s’étendre sur les matelas qui sont fournis uniquement vers 22h, les personnes ont dû coucher dans le corridor de la salle et même dans l’espace de rangement de ces matelas, poursuit le détenu. Au total, nous étions 102 dans une salle qui peut en contenir, selon moi, 60. Il n’y a pas de douche, il n’y a que deux urinoirs, deux toilettes, deux lavabos. »
Selon Stéphane Lemaire, pré sident nat i ona l du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels, des hommes dorment à même le sol dans toutes les prisons du Québec, faute de places en cellule. On épargne ce camping forcé aux détenus qui ont des problèmes de santé mentale, mais le classement reste sommaire. « Ceux qui se promènent tout nus et qui parlent à des fantômes, on ne les met pas avec les autres. Mais ça s’arrête là. Un fraudeur et un tueur peuvent se retrouver dans le même secteur. L’espace d’une nuit, cela peut arriver. »

En ma i , l e minist re Dupuis a souligné que des rénovations à Bordeaux permettront l’ajout de 250 nouvelles places cet été. Il s’est aussi félicité du fait que les criminels purgent désormais leur peine. « Avant, les gens arrivaient à la prison le samedi matin, signaient un livre et étaient remis en liberté, a-t-il rappelé. Les conditions ne sont pas idéales, j’en conviens, et on travaille à les améliorer. Mais il reste que les gens qui sont condamnés pour facultés affaiblies aujourd’hui, sous un gouvernement libéral, purgent leur peine. »

Des prisons mobiles
En attendant la construction de nouvelles prisons, des centaines de détenus sont incarcérés dans... des prisons mobiles.
Quatre « bâtiments modulaires temporaires », ou BMT, ont été construits il y a quelques mois dans l’enceinte des prisons de Québec, d’Amos, de TroisRivières et de Sherbrooke. Ils permettent de loger324 détenus, parmi les moins dangereux.
« Des BMT, c’est un peu comme des maisons mobiles ou des camps de bûcherons », explique Stéphane Lemaire, président national du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels. « On ne veut pas qu’ils servent à héberger n’importe qui. Ils ne sont pas assez sécuritaires. Ils n’y a pas de barreaux aux fenêtres, et leurs murs sont en gypse. »
Les BMT ont permis de « mettre un peu de baume » sur les plaies des gardiens de prison, selon le syndicaliste. « Mais ils n’ont pas réglé le problème de surpopulation. On veut qu’ils restent une solution temporaire. »
Dans un rappor t publié mardi, la protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, dit craindre que les détenus qui répondent à tous les critères de sélection ne soient transférés dans ces modules comme des pions.
« Pour combler ces nouvelles places, les personnes au profil recherché viendront aussi d’établissements n’ayant pas de bâtiments modulaires, liton dans le rapport. Ces transferts pourraient générer des effets néfastes (éloignement des proches et des ressources communautaires de la région d’origine, discontinuité des services médicaux, etc.) sur les conditions d’incarcération des personnes touchées par cette mesure. »


LA SOLUTION N’EST PAS DANS LE BÉTON - 
Isabelle Hatchey
Quatre nouvelles prisons seront construites d’ici cinq ans pour tenter de régler le problème toujours plus grave de surpopulation carcérale au Québec. Mais pour ceux qui côtoient les détenus au quotidien, la solution n’est pas dans le béton.
Les prisons seront construites à Amos, à Sept-Îles, à Roberval et en Montérégie, au coût d’un demimilliard de dollars. Elles procureront 400 places supplémentaires.
« Ces prisons, on va finir par les remplir, et il y aura encore un problème de surpopulation », prédit Suzanne Gravel, coordonnatrice du Groupe de défense des droits des détenus de Québec.
Même si le taux de criminalité diminue au Québec, la population carcérale augmente sans cesse. Ce paradoxe s’explique en partie par les frappes policières contre la mafia, les motards et les gangs de rue, mais surtout par le meurtre du jeune Alexandre Livernoche par Mario Bastien, au moment où ce dernier bénéficiait d’une absence temporaire de prison.
« Avant cette affaire, on utilisait les absences temporaires pour gérer la surpopulation, explique Stéphane Lemaire, président du Syndicat des agents de la paix en services correctionnels du Québec. On laissait sortir les détenus n’importe comment, sans supervision. Depuis, ce n’est plus aussi facile. »
Personne n’est contre le fait que les criminels purgent leur peine, dit Mme Gravel. Sauf qu’il ne s’agit pas seulement d’emprisonner les gens. « On peut se péter les bretelles en se disant que les détenus purgent leur peine, mais c’est se mettre la tête dans le sable. Il faut travailler à la source du problème. »
Éteindre des feux
Or, les programmes de réinsertion sociale sont négligés, interrompus ou abandonnés, justement en raison de la surpopulation carcérale. « Dans les prisons, les locaux qui servaient à la réhabilitation ont été transformés en dortoirs. Les agents sont comme des pompiers. Ils éteignent des feux. C’est tout ce qu’ils font. »
Dans son dernier rapport , publié mardi , la protectrice du citoyen, Raymonde SaintGermain, déplore que le gouvernement tarde à se doter d’un plan pour la création de services de réinsertion sociale. Elle s’étonne du fait qu’il n’a même pas d’inventaire des programmes déjà offerts dans les prisons.
C’est pourtant la sécurité de la population qui est en jeu, souligne Mme Gravel. Sans réhabilitation, le risque de récidive est plus grand. « Bien des détenus finissent par sortir sans avoir entrepris la moindre thérapie. Si on refuse de les libérer avant la fin de leur peine parce qu’on les juge trop dangereux, sachez que, quatre mois plus tard, ils vont sortir quand même. Et le travail n’aura pas été fait. »





RUSSIE  La Cour bannit la peine de mort

SAINT-PÉTERSBOURG — La Cour constitutionnelle russe a interdit hier l’application de la peine de mort en Russie, déjà suspendue depuis 1996 par un moratoire, alors que les appels se multiplient pour son abolition définitive.
«L’application de la peine de mort à partir du 1er janvier 2010 (date de l’échéance du moratoire) est impossible», a déclaré le président de la haute juridiction, Valeri Zorkine, lors d’une audience à Saint-Pétersbourg.
Il s’agit d’une « décision définitive et sans appel », a-til ajouté lors d’une conférence de presse, soulignant que la balle était désormais dans le camp de la Douma, la chambre basse du Parlement.
En vertu du moratoire, la peine de mort n’est plus appliquée en Russie, mais elle n’a jamais été abolie, malgré l’engagement pris par ce pays en 1996 au moment de son adhésion au Conseil de l’Europe.
À l’issue de l’audience, le représentant du président russe Dmitri Medvedev à la Cour constitutionnelle, Mikhaïl Kroutov, a laissé entendre que le pouvoir était favorable à l’abolition, mais l’opinion russe, pas encore prête.
« La société a besoin de temps pour accepter la nécessité de l’abolition de la peine de mort», a-t-il souligné. Une large majorité de la population russe – 62%, selon un sondage réalisé en juin par l’institut indépendant Levada – reste favorable à la peine capitale.


La dirigeante d’une ONG assassinée  -  Frédérick Lavoie
Rayana Sadoulaeva, responsable d’une organisation non gouvernementale tchétchène, a été retrouvée assassinée avec son mari hier près de Grozny. C’est la deuxième en un mois. En dépit de la levée du régime d’opération antiterroriste en avril, les violences
GROZNY — Ça s’est passé lundi en plein après-midi, en plein centre-ville de Grozny, capitale de la Tchétchénie. Cinq hommes sont entrés dans le bureau de Sauvons la génération !, une organisation humanitaire locale qui s’occupe de la réadaptation d’enfants handicapés victimes de près de deux décennies de guerre et de violence continues dans la république autrefois indépendantiste.
En Tchétchénie, des femmes ont exprimé leur peine, hier, en réaction à l’assassinat de la travailleuse humanitaire Rayana Sadoulaeva. Son corps et celui de son mari ont été retrouvés dans le coffre de leur voiture.
Ils se sont présentés à Rayana Sadoulaeva, la directrice, comme « membres des forces de l’ordre », sans montrer de pièce d’identité ni fournir de mandat d’arrêt. Ils sont repartis avec la femme de 34 ans et son mari, Alik Djibraïlov.
Un autre membre de l’organisation présent dans le bureau n’a pas été appréhendé par les agents anonymes. C’est lui qui a tout raconté.
Au petit matin hier, la voiture abandonnée du couple a été retrouvée dans un village en périphérie de la capitale. Dans le coffre gisaient leurs corps sans vie. La communauté d’humanitaires de Grozny est sous le choc. En moins d’un mois, elle a perdu deux travailleuses acharnées.
Le 15 juillet dernier, Natalia Estemirova, collaboratrice de l’ONG russe de défense des droits de l’homme Memorial, avait été assassinée dans des circonstances similaires.
Ma i s cont r a i rement à Estemirova, Rayana Sadoulaeva ( surnommée Zarema) n’était pas une critique du président autoritaire tchétchène pro-russe Ramzan Kadyrov. « Elle s’occupait d’enfants handicapés et n’avait jamais fait de déclaration contre le pouvoir », souligne Zaynap Gachaeva, présidente de l’ONG Écho de la guerre. Elle collaborait même avec les autorités pour plusieurs projets. À neuf, mais pas à l’abri
À Grozny, les traces de la guerre ont presque totalement disparu. Sous les ordres du jeune Kadyrov et avec l’argent de Moscou, la capitale rasée par les bombardements russes a été reconstruite à neuf, à faire l’envie de n’importe quelle autre ville du pays. Mais assise dans l’un des nouveaux cafés modernes de l’avenue Poutine, renommée par Kadyrov en l’honneur de celui qui a déclenché le deuxième conflit en Tchét chénie, Zaynap Gachaeva s’inquiète.
« Nous vivons maintenant dans de bonnes conditions. Tout est beau, mais ce genre de chose arrive. Nous sommes sans défense. »
Les militants des droits de l’homme à Grozny excluent une implication personnelle du président et de sa milice dans le double meur t re, contrairement à celui d’Estemirova un mois plus tôt. Sous le couvert de l’anonymat, par crainte de représailles, certains d’entre eux accusent plutôt les « hommes à épaulettes » russes de vouloir déstabiliser à nouveau la Tchétchénie.
« La levée du régime d’opération antiterroriste n’était avantageuse que pour les civils, explique une humanitaire. Une partie des militaires ne veut pas la paix. Certains vivaient du chaos en Tchétchénie, obtenaient des primes et beaucoup d’autres avantages. »
Si ce double meurtre ne fait pas exception à la règle qui a cours en Tchétchénie, les coupables ne seront jamais jugés.




Les larmes de Natalia Estemirova  -  Laura-Julie Perrault
Tchétchénie Une militante des droits de l’homme assassinée Nombreux sont les journalistes et les militants des droits de l’homme qui ont perdu la vie dans la foulée de la guerre de Tchétchénie. La dernière en date, Natalia Estemirova, a été assassinée mer
Nazran. 2002. La guerre de Tchétchénie bat son plein quand, comme un cheveu sur la soupe, j’arrive dans le bureau de l’organisme Memorial à Nazran en Ingouchie, république voisine de la Tchétchénie. « Est-ce que quelqu’un peut me mettre à jour sur la situation des droits de l’homme ? » Natalia Estemirova n’a pas répondu à ma question. Elle m’a simplement souri en me faisant signe de m’asseoir.
Le Ritz-Carlton de Jakarta, où a eu lieu la seconde explosion. Bien que le double attentat n’ait pas été revendiqué, le groupe islamiste Jemaah Islamiyah, soupçonné de liens avec Al-Qaeda, pourrait en être l’auteur.
Il valait d’ailleurs mieux être assis pour écouter ce que cette militante des droits de l’homme mi-russe, mi-tchétchène avait à raconter.
Calmement, cette mince brunette aux pommettes saillantes a commencé à énumérer sur un ton quasi monocorde toutes les horreurs dont elle a été témoin en tant que rapporteuse pour Memorial.
Organisme fondé pour répertorier les crimes contre l’humanité commis par le régime soviétique, Memorial est devenu le principal chien de garde des droits de l’homme en Russie après la tombée du communisme. La guerre de Tchétchénie l’a obligée à concentrer ses activités dans le nord du Caucase.
Professeure d’histoire et journaliste pigiste à ses heures, Natalia Estemirova s’est jointe à l’organisation en 2000 quand elle a réalisé que l’assaut que menait l’armée russe contre la Tchétchénie, sous les ordres de Vladimir Poutine, n’avait rien à voir avec le premier épisode de la guerre (19961999), sous la conduite de Boris Eltsine. Après 1999, les médias ont été interdits de territoire en Tchétchénie et les violations des droits de l’homme se déroulaient loin des yeux du monde.
Dans ses fonctions de rapporteuse, Natalia Estemirova recevait tous les appels des femmes qui ne trouvaient plus leurs fils et leur mari. Elle enquêtait sur les disparitions. (À ce jour, Memorial en a répertorié 3000.) Elle talonnait les autorités russes pour obtenir des réponses. La plupart du temps, ses recherches la menaient à un cadavre.
Calme olympien
Le calme olympien avec lequel elle racontait les horreurs de cette guerre était décontenançant. Mais il cachait une tristesse difficile à dissimuler. Pendant notre premier entretien, un collègue avait glissé à Mme Estemirova un petit morceau de papier. Elle l’avait doucement déplié tout en me parlant. Des larmes avaient coulé sur son visage, mais ne l’avaient pas empêchée de continuer l’entrevue.
Quelques minutes plus tard, elle m’avait expliqué le contenu de la missive : des adolescents tchétchènes avaient été tués puis défigurés pendant une opération russe visant à débusquer les « terroristes ». « Je les connaissais, ces jeunes. Tout ce qu’ils aimaient, c’était les tracteurs et leur famille. Ils n’ont jamais fait partie de la rébellion armée. »
Depuis cette première rencontre en 2002, j’ai reparlé à Natalia Estemirova à quelques reprises au téléphone. Au cours des ans, elle est devenue une des principales sources d’information des journalistes qui s’intéressaient à cette guerre, dont Anna Politkovskaïa, sa grande amie, elle aussi assassinée en 2006.
Au bout du fil, j’entendais toujours cette même voix empreinte de calme et de tristesse. Mais jamais de colère. Pour faire son travail, soit mettre à l’épreuve les militaires russes, les dirigeants tchétchènes à la solde de Moscou et les rebelles armés, Natalia Estemirova n’avait qu’une arme: son sang-froid.




Indignation et hommage inattendu
— Le président russe Dmitri Medvedev a rendu hommage hier à la militante pour les droits de l’homme Natalia Estemirova, assassinée la veille, alors que les pressions occidentales s’accentuaient pour que les meurtriers soient trouvés.
À Moscou, hier, des manifestantes ont tenu des portraits de la militante pour les droits de l’homme Natalia Estemirova, en signe de protestation contre son assassinat. Elle avait été enlevée mercredi à Grozny, capitale de la Tchétchénie, avant d’être trouvée tuée par balles en Ingouchie voisine.
« Il est évident que son assassinat est lié à son activité professionnelle, qui était utile pour tout État normal », a déclaré M. Medvedev au cours d’une conférence de presse avec la chancelière allemande, Angela Merkel, à Munich.
« Elle disait la vérité ouvertement, parfois avec sévérité en parlant des autorités. Mais c’est pour cela qu’on apprécie les défenseurs des droits de l’homme », a-t-il poursuivi.
Cet hommage, rare en Russie où les militants des droits de l’homme passent le plus souvent pour des marginaux, tranche avec le cynisme affiché par son prédécesseur, Vladimir Poutine, après l’assassinat de la journaliste Anna Politkovskaïa en octobre 2006.
Réagissant dans le même contexte, une visite officielle en Allemagne, M. Poutine avait déclaré que la « capacité d’influence » de la journaliste était « insignifiante » et que sa mort « nuisait plus au pouvoir en Russie et en Tchétchénie (...) que ses publications ».
Sur ce point, Dmitri Medvedev n’a pas utilisé une rhétorique très éloignée, qualifiant de « provocation » l’assassinat de Natalia Estemirova et jugeant « primitives » et « inacceptables » les accusations portées à l’encontre de Ramzan Kadyrov, l’homme fort de Tchétchénie.
Selon l’organisation non gouvernementale Memorial, pour laquelle travaillait la victime, le coupable ne fait pas de doute : « Nous le connaissons tous – son nom est Ramzan Kadyrov », a déclaré Oleg Orlov, responsable de l’ONG à Moscou.
Ramzan Kadyrov « menaçait Natalia, l’insultait et la considérait comme une ennemie personnelle », a-t-il dit. « Nous ne savons (simplement) pas s’il a lui-même donné l’ordre ou si ses collaborateurs l’ont fait pour faire plaisir à leur chef. »
L’intéressé a accusé pour sa part les meurtriers « de ne pas pouvoir se résigner à l’idée que l’ordre et la paix sont revenus en Tchétchénie », tandis que le responsable des droits de l’homme en Tchétchénie annonçait vouloir porter plainte contre M. Orlov.
Danslasoirée, NataliaEstemirova a été inhumée dans le village tchétchène de Kochkeldy, à côté de son père, en présence de proches, de collègues, d’amis et de villageois, selon l’agence RIA Novosti.
Elle avait été enlevée mercredi à Grozny, capitale de la Tchétchénie, avant d’être retrouvée tuée par balles en Ingouchie voisine.
Sa mort brutale a soulevé émotion et indignation en Occident, trois ans après celle d’Anna Politkovskaïa, tandis qu’en Russie, les journaux télévisés avaient opté pour une couverture très sobre, sinon neutre, de l’événement.
Le président russe a assuré que la mort de la militante ne resterait pas « impunie ». « Je suis sûr que les meurtriers seront trouvés » et jugés, a-t-il dit.
La plupart des meurtres de journalistes et de défenseurs des droits de l’homme n’ont jamais été élucidés en Russie, sans parler des enlèvements et des meurtres qu’ils dénonçaient.
Après Washington et l’Union européenne la veille, la chancelière allemande a insisté sur la nécessité d’une enquête. « Je crois que du côté russe tout doit être fait pour arrêter les meurtriers », a-t-elle souligné, évoquant « le meurtre d’une femme courageuse ».
ÀGenève, le HautCommissaire de l’ONU pour les droits de l’homme, Navi Pillay, a appelé les autorités russes à mener une enquête « approfondie, transparente et indépendante ».
Ce meurtre ressemble fort à un désaveu de la politique du Kremlin en Tchétchénie, où Dmitri Medvedev avait proclamé la fin de l’opération « antiterroriste » en avril après des années de conflit entre indépendantistes et forces pro-russes.

Russie Militante assassinée
Une militante russe des droits de l’homme, Natalia Estemirova, qui dénonçait la poursuite des exactions en Tchétchénie officiellement pacifiée, a été enlevée et assassinée hier, un crime qui a « indigné » le président russe, Dmitri Medvedev. Le corps de Natalia Estemirova, de l’ONG Memorial, dont l’enlèvement avait été annoncé un peu plus tôt par l’organisation, a été découvert dans une forêt près de Nazran, principale ville d’Ingouchie. « Le corps porte des traces de blessures à la tête et à la poitrine », a indiqué le comité d’enquête du Parquet.
– AFP



LA GÉNÉRATION POST-RÉVOLUTION
Avec des jeunes aux moeurs et aux valeurs complètement différentes de celles de la génération précédente, la Chine vit en quelque sorte ses années 60. Des couples divorcent, des homosexuels veulent sortir du placard et les jeunes prennent des décisions sans l’approbation de leurs parents. Ils vivent avec les restrictions du régime communiste, mais ils ne s’en plaignent pas trop, car ils sont heureux de participer à l’effervescence de leur pays. Mais auront-ils le blues après cette lune de miel?
à partir de la page 1 Miao Wong arrive dans le café avec son MacBook. Elle porte un legging noir, un chemisier fleuri et des talons hauts. Avec ses cheveux noirs lisses qui glissent jusqu’au bas de son dos, elle a beaucoup de style.
PHOTO ÉMILIE CÔTÉ, LA PRESSE
GRAPHISME CATHERINE BERNARD
De jeunes artistes bavardent aux abords des canaux du village touristique Xitang situé au nord de la province du Zhejiang, à deux heures de route de Shanghai. Xitang, construit tout autour de canaux provenant de neuf rivières, attire beaucoup de peintres paysagistes.
La jeune femme de 25 ans est responsable des communications pour la seule étiquette de musique électronique en Chine, Acupuncture Records. Quand, par courriel, nous lui avons demandé une entrevue à Pékin, elle était paradoxalement… à Montréal.
« J’ai rencontré des gens du festival MUTEK et des organisateurs des soirées I Love Neon, nous at-elle raconté à peine deux jours après son retour en Chine. Tu connais La Buvette chez Simone? C’est maintenant un de mes restaurants préférés! »
Miao aime autant le restaurant de l’avenue du Parc, à Montréal, que nous aimons celui où elle nous a donné rendez-vous, le Luce Cafe. Terrasse, grandes tables de bois et café au lait délicieux, nous sommes à Pékin, mais nous pourrions tout aussi bien être dans un café du Mile End.
Miao est allée à l’université. Son anglais est parfait. Mais la jeune femme est née dans un milieu qui est aux antipodes de son mode de vie branché et urbain. « Je viens du nord-est de la Chine, racontet-elle. Mes parents se sont séparés quand j’étais très jeune et j’ai grandi avec ma mère. »
À l’époque, les enfants élevés dans une famille monoparentale était rares. « Avant, le divorce était considéré comme un déshonneur, explique-t-elle. Mon père était un artiste, ma mère n’aimait pas ça… Mais je ne pense pas que le divorce de mes parents a eu un impact sur moi, sauf peut-être pour mon indépendance. »
Comme beaucoup de Chinois de sa génération, Miao s’est heurtée aux idées plus conservatrices de la génération de sa mère qui, elle, a grandi dans la Chine grise avec son uniforme Mao. « J’ai toujours été intéressée par les arts, et ma mère était contre ça. Elle me disait que je n’aurais pas de job. »
En 2000, Miao a décidé d’en faire à sa tête et de déménager à Pékin pour aller à l’université. En Chine, ce n’est pas facile de faire le saut dans la grande ville. Il faut obtenir des permis de résidence (un hukou), qui facilitent notamment l’accès à l’éducation et aux services de santé. Il y a des contrôles de population pour limiter l’exode rural.
Pour Miao, découvrir la capitale moderne et agitée de la Chine a été un éveil. « Pour moi, Pékin a été une liberté. J’ai été exposée à l’underground… J’ai connu des écrivains, des musiciens, des designers et des graffiteurs. »
L’an dernier, au mois de mars, Miao a quitté un emploi en marketing pour se consacrer entièrement à Acupuncture Records. La musique des cinq DJ que la maison représente est vendue sur iTunes et Beatport. « Nous apprenons sur le tas. Nous sommes les premiers à créer un modèle d’affaires pour les DJ chinois. Ce qui est intéressant pour nous, c’est que nous partons de zéro. Nous bâtissons quelque chose. »
Miao nous montre des photos du premier festival de musique électronique qu’Acupuncture Records a organisé à Pékin. « J’ai donné et je donne beaucoup à Acupuncture. C’est la première fois que je suis aussi passionnée par quelque chose, explique la jeune attachée de presse. J’aime les arts, mais je ne suis pas une artiste. Acupuncture me permet d’être aussi près des arts que je peux. – Et le communisme, Miao? » La jeune femme prend une grande respiration avant de répondre. « Dans chaque pays, le gouvernement a des préoccupations. Cela peut être la sécurité », dit-elle d’abord avec ironie, en parlant des États-Unis.
« À l’étranger, les gens pensent que nous n’avons pas de liberté parce que des sites internet sont fermés et qu’il y a des restrictions. Mais à certains égards, nous avons plus de liberté. Les bars ferment tard et on peut y fumer », ajoute-telle encore à la blague.
« C’est certain que les artistes ne peuvent pas écrire carrément que le gouvernement est mauvais. Mais dans 798 Space (le célèbre district artistique de Pékin – voir autre texte), il y des oeuvres controversées. On sait où est la limite et on est libre là-dedans. Ce n’est pas si terrible. »

Pour rien au monde Miao ne changerait de vie ou de pays. « Il y a tellement de changement, de choses qui se passent en ce moment, en Chine! Ici, il n’y pas eu d’années 60, 70 et 80. Le rattrapage se fait à une vitesse que la planète n’a jamais vue. Je me sens privilégiée



La place Tiananmen quadrillée
— De nombreux dissidents ont été emmenés hors de Pékin ou confinés chez eux hier à la veille du 20e anniversaire de la sanglante répression des manifestations en faveur de la démocratie dans la nuit du 3 au 4 juin 1989.
La place Tiananmen, coeur de la révolte du « Printemps de Pékin », quadrillée par des centaines de policiers, est restée fermée au public toute la journée, a constaté l’AFP.
Qi Zhiyong, qui a perdu sa jambe gauche dans la répression de 1989, a été emmené de force hors de la capitale, après avoir refusé de partir de son plein gré.
« Tous les jours, c’est dans une voiture de police que je dois emmener ma fille à l’école mais, aujourd’hui, après l’avoir accompagnée, la police a refusé de me laisser sortir de la voiture », a expliqué le dissident dans un texto. « Ils sont en train de me conduire hors de Pékin. Ils vont saisir mon téléphone », a-t-il aussi écrit, avant qu’il ne devienne impossible de le joindre.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a appelé hier les autorités chinoises à publier les noms des personnes tuées, disparues ou arrêtées lors de la répression de 1989, dans un communiqué lu par un porte-parole à Washington.
Le sujet des événements de 1989 reste tabou en Chine, où le 4 juin est tous les ans tendu. Mais « cette année, la police prend des mesures beaucoup plus radicales », a estimé Nicholas Bequelin, de l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch à Hong Kong. Amnistie Internationale a pour sa part recensé plusieurs figures de la dissidence ayant eu des démêlés avec la police dans tout le pays.
La Chine a par ailleurs censuré les informations des télévisions étrangères sur Tiananmen et bloqué des services internet comme Bing, le nouveaumoteur deMicrosoft, Hotmail et le réseau social Twitter.


La place Tiananmen, une péripétie taboue en Chine - Tristan de Bourbon
La plupart des jeunes Chinois ne savent rien du 4 juin. Cet effacement de la mémoire collective est favorisé par les générations précédentes, craintives, et par les élites du pays, favorables à l’intervention de l’armée.
« Mon grand-père m’a dit que ce n’était pas bon que je sache ce qui s’est passé là-bas, car je pourrais avoir ensuite une mauvaise image du gouvernement et du Parti communiste ! » raconte un étudiant en informatique de 24 ans qui vit à Canton.
COLLABORATION SPÉCIALE PÉKIN « Le 6/4 ? Qu’est-ce que c’est ? Le 4 juin? Euh, non, je ne vois pas. Le 4 juin 1989? J’avais 3 ans, vous imaginez bien que je ne sais pas de quoi il s’agit! » Le regard de l’étudiante, qui désire rester anonyme comme toutes les personnes interrogées à ce sujet, est vide. Vaguement interrogateur, mais vide.
Un étudiant chinois demande aux soldats de rentrer à la maison alors que la foule inonde le centre de Pékin, le 3 juin 1989.
La jeune femme dit avoir entendu parler de cette journée à l’école, dans ses livres d’histoire. En revanche, ni les membres de sa famille, ni ses camarades d’université n’ont jamais abordé ce sujet avec elle. Cette méconnaissance d’un événement majeur pour l’évolution et l’image de la Chine contemporaine pourrait être exceptionnelle ; elle est au contraire devenue la norme.
Le silence des adultes se radicalise parfois pour se transformer en refus de témoigner. « J’ai posé quelques questions à propos du 4 juin à ma tante, qui habite depuis toujours près de la place Tiananmen, mais elle a refusé de me raconter quoi que ce soit ! » raconte un étudiant en informatique de 24 ans qui vit à Canton. « Mon grand-père m’a dit que ce n’était pas bon que je sache ce qui s’est passé làbas, car je pourrais avoir ensuite une mauvaise image du gouvernement et du Parti communiste ! » Cette anecdote est revenue dans la bouche de nombreux étudiants dont la famille cache volontairement ce qu’elle sait sur la question.
Toute l a population chinoise ne semble pourtant pas réduite à cette ignorance et à ce silence. L’élite du pays connaît et perçoit le 4 juin bien différemment.
Cet entrepreneur de 35 ans, qui a vécu aux ÉtatsUnis pendant t rois ans avant de revenir récemment à Pékin, assure que le sujet n’était pas tabou dans sa famille.
Fils de hauts fonctionnaires, il explique que la politique s’est toujours trouvée au centre des repas familiaux. « Les demandes des étudiants étaient au départ raisonnables, et elles étaient d’ailleurs soutenues par l’ensemble de la population ainsi qu’un nombre important des dirigeants, analyse-t-il. Elles se sont ensuite radicalisées. Le gouvernement n’a alors pas eu le choix de déclarer l’état d’urgence et d’envoyer l’armée sur la place. »
Les jeunes répètent ces arguments dans les mêmes termes, voire les mêmes phrases, comme s’ils les avaient appris par coeur. La propagande scolaire confirme une fois de plus son efficacité.
Elle s’effrite parfois lorsque ces anciens bons élèves sortent de la théorie et sont placés devant les images tournées le 4 juin sur la place Tiananmen et dans les rues de Pékin. « Quoi? Les soldats ont tiré comme ça? Mais ce n’est pas possible, ce sont des assassins ! » À côté, un licencié en sciences politiques de l’Université de Pékin explique en revanche calmement : « Cela n’est pas grand-chose. Quelques morts, au pire quelques centaines, qu’est-ce au regard de la population totale du pays ? Et puis, vous percevez cette journée du 4 juin 1989 comme un moment important de l’histoire de Chine alors qu’elle n’en est qu’un épisode, une péripétie qui finira par être oubliée. »

La liberté n’est plus ce qu’elle était  -  AGNÈS GRUDA
ANALYSE
Ce n’est pas seulement un affrontement entre le peuple et ses dirigeants. Ce sont aussi les tensions internes qui, en cette époque qui annonce la fin de la guerre froide, opposent réformateurs et conservateurs dans les plus hautes instances du pays.
La scène se passe à Pékin un jour demai 1989. Mikhaïl Gorbatchev, qui dirige alors une Union soviétique au bord de l’éclatement, vient d’arriver en Chine pour des discussions cruciales sur le rapprochement entre les deux grandes puissances communistes.
Mais les dizaines de journalistes occidentaux qui le suivent dans cette rare mission découvrent que, en fait, l’Histoire est dans la rue.
Loïc Tassé étudie alors à l’Institut des langues de Pékin. Il y fréquente de jeunes Chinois assoiffés de changement au point de se lancer à corps perdu dans un mouvement de protestation contagieux qui culmine sur la place Tiananmen.
Ce jour de mai 1989, il y a un million de personnes dans la rue, et pas seulement des étudiants. C’est d’ailleurs un ouvrier de l’Usine électronique no 2 qui fait monter Loïc Tassé sur son vélo, alors que l’étudiant québécois tente de rejoindre la grande place de la capitale.
Le vélo traverse une ville euphorique. « Des gens chantaient L’Internationale, tous nous applaudissaient, même des enfants de maternelle », se souvient Loïc Tassé, qui enseigne aujourd’hui les sciences politiques à l’Université de Montréal.
À un moment, le j eune Québécois se hisse sur le camion d’une fabrique de boissons gazeuses où il fait une rencontre dont il se souvient encore aujourd’hui : celle d’un apparatchik communiste venu se joindre aux manifestants.
L’homme dénonce le régime corrompu, parle de liberté et de démocratie. Puis il lui montre un bout de papier déchiré en deux. « Vous voyez, c’est ma carte du parti », dit-il.
Ce qui frappe alors Loïc Tassé, c’est que l’homme a pris la peine de garder les deux morceaux de cette carte, qui prouve son adhésion à l’élite dirigeante. « Des morceaux de papier, ça se recolle », pense-t-il, en se disant que ce protestataire se réserve une petite porte de sortie...
L’anecdote montre que tout n’était pas si clair dans ce mouvement, écrasé dans le sang le 4 juin 1989. Ces manifestants qui faisaient la grève de la faim avaient des appuis au gouvernement et même dans l’armée. Ce qui se jouait alors, ce n’était pas seulement un affrontement entre le peuple et ses dirigeants. C’étaient aussi les tensions internes qui, en cette époque qui annonçait la fin de la guerre froide, opposaient réformateurs et conservateurs dans les plus hautes instances du pays.
D’un côté, les faucons du premier ministre Li Peng. De l’autre, les réformistes du secrétaire général du Parti communiste, Zhao Ziyang. Et en retrait de la mêlée, le grand leader Deng Xiaoping.
Chicanes au sommet
Dans ses mémoires, qui viennent de paraître, quatre ans après sa mort*, Zhao Ziyang relate les tractations au sommet qui se sont déroulées pendant ces jours intenses du printemps 1989. Il note que, à un moment, le mouvement étudiant paraissait s’essouffler. Les « faucons » ont alors jeté de l’huile sur le feu.
« Li Peng cherchait une excuse pour écraser les manifestants », accuse-t-il dans ce livre, enregistré en secret dans la résidence surveillée où il a terminé sa vie. C’est de cette retraite qu’il a vu la Chine construire son modèle actuel. Libéralisation économique effrénée d’une part, répression politique de l’autre…
L’Histoire aurait-elle pu tourner autrement ? Peutêtre. Mais, rétrospectivement, rares sont les Chinois qui regrettent ce dénouement, pense Loïc Tassé.
Dans ce pays où « tout le monde s’enrichit et tout le monde a l’espoir de s’enrichir », la prospérité rend l’autoritarisme acceptable. Oui, les gens sont toujours exaspérés par la corruption qu’ils dénonçaient en 1989, mais pas assez pour mettre en péril les acquis économiques des 20 dernières années.
Il y a autre chose. Depuis 20 ans, les Chinois ont pu voir le sort qu’a connu Gorbatchev, leur visiteur de mai 1989. Son pays s’est disloqué. La Russie a raté son virage démocratique. Quant à l’espoir de s’enrichir, il est l’affaire d’une infime élite.
Tout compte fait, la majorité des Chinois se disent que le régime, aussi autoritaire soit-il, leur profite plutôt bien, merci. D’ailleurs, leur espace de liberté personnelle s’élargit à tout petits pas.
Qui se bat encore pour la démocratie en Chine ? De rares dissidents, durement réprimés. Et… Zhao Ziyang, avec son livre posthume, qu’il termine en affirmant : « Le système parlementaire occidental est le meilleur système qui soit. » Mais lui, il peut dire ce qu’il veut. Il ne risque plus rien.


Tiananmen: la faute à l’inflation -  MATHIEU PERRAULT
Le massacre de la place Tiananmen n’aurait probablement pas eu lieu si les dirigeants chinois réformistes n’avaient pas précipité le passage à une économie de marché. L’inflation galopante et une panique bancaire ont provoqué des manifestations monstres, qui ont nourri le courage des étudiants pro-démocratie. Face à ces troubles sociaux, le camp réformiste n’a pas su résister aux assauts des conservateurs, qui ont repris le contrôle du gouvernement chinois, réprimé les manifestants dans la violence, et annulé pendant trois ans les réformes de marché.
Telle est la thèse de Zhao Ziyang, qui était secrétaire général du Parti communiste chinois jusqu’en mai 1989. Mort en 2005, il a passé les 16 dernières années de sa vie emprisonné dans son domicile, parce qu’il s’opposait à l’intervention de l’armée à Tiananmen. Sa famille vient de faire publier en anglais ses mémoires enregistrées en secret, sur des cassettes audio cachées parmi les jouets de ses petits-enfants. Le livre, Prisoner of the State, jette une lumière prosaïque sur ce terrible événement.
L’un des premiers dirigeants à arborer presque systématiquement le complet-cravate à l’occidentale, M. Zhao fait en quelque sorte son mea-culpa, en plus de régler ses comptes. En gros, il admet deux fautes, l’une économique, l’autre politique.
Les erreurs économiques sont à la base de l’escalade qui a mené à Tiananmen.
M. Zhao admet qu’il aurait dû être plus prudent dans les réformes de marché, pour éviter d’angoisser la population. Il pense qu’obliger les banques à verser des taux d’intérêt plus élevés aux épargnants aurait augmenté leur capital, et donc limité les peurs de banqueroute. Pour limiter l’inflation, il préconise rétrospectivement un programme de vente des logements sociaux, ce qui aurait diminué l’argent en circulation, et une limitation du programme d’infrastructures, qui aurait diminué la pression sur les prix des matières premières.
Arrivé au sommet après une série de postes prestigieux en région, son pouvoir dépendait totalement du dirigeant suprême Deng Xiaoping, ce qui le rendait vulnérable aux attaques de la vieille garde communiste, laquelle était hostile aux réformes économiques de Deng et de son bras droit Zhao. Ce manque d’appuis politiques l’a empêché de gagner le bras de fer sur Tiananmen.
En 1987, un autre dirigeant réformiste recruté par Deng, Hu Yaobang, avait été évincé du pouvoir à cause de ses réformes économiques. Il est mort en avril 1989, en plein milieu des manifestations contre l’inf lation. Comme Hu Yaobang avait aussi proposé des réformes démocratiques au sein du PCC, des étudiants ont voulu commémorer son décès en guise de protestation politique. Ils se sont mêlés aux centaines de milliers de manifestants économiques à Pékin, et la puissance du nombre les a enivrés, avance Prisoner of the State.
Zhao Ziyang ne craignait pas outre mesure les manifestants, convaincu que le ralentissement des réformes calmerait rapidement les inquiétudes populaires. Il n’a pas annulé un voyage prévu en Corée du Nord, décision funeste. Pendant son absence, un membre de la vieille garde, Li Peng, a commandé un rapport de la situation aux autorités municipales pékinoises. Le rapport était alarmiste, et Li Peng s’en est servi pour convaincre Deng Xiaoping qu’il fallait sévir. Deng s’est laissé convaincre, selon M. Zhao, parce qu’il avait les manifestations en horreur – son propre fils avait été tué durant la Révolution culturelle des années 60. Li Peng avait une dent contre Zhao Ziyang parce que ce dernier lui avait promis l’élection au Comité central du PCC, mais n’avait pas pu honorer sa promesse.
Défait, Zhao Ziyang s’est rendu sur la place Tiananmen à la mi-mai pour convaincre les étudiants de cesser l’occupation de leur propre gré. Il leur a dit que la grève de la faim que plusieurs menaient alors finirait mal, une allusion voilée à la possibilité d’une intervention militaire. Les étudiants ne l’ont pas écouté.



LA MÉMOIRE SUR TOILE
Un homme, un char d’assaut. Une image qui a marqué l’histoire. Le 4 juin 1989, l’armée chinoise met brutalement fin au mouvement de protestation de milliers d’étudiants, d’ouvriers et d’intellectuels. Cette répression brutale a marqué à jamais de nombreux
« Je voulais montrer ce qui s’est passé pendant les événements de Tiananmen. C’est mon angle, une petite partie de la vraie histoire », dit l’artiste aujourd’hui âgé de 44 ans.
Quelques pas dans l’appartement du peintre montréalais Liuyi Wang permettent de comprendre qu’un certain 4 juin – le 4 juin 1989 – a eu l’impact d’une bombe dans sa vie. Les murs sont monopolisés par d’immenses tableaux. Dans le salon, on voit un couple qui essaie d’échapper au gaz lacrymogène. Dans le corridor, un char d’assaut kaki semble foncer sur celui qui l’observe.
Le peintre montréalais Liuyi Wang a assisté aux événements de Tiananmen. Ses oeuvres reflètent ce qu’il a vu.
« Je voulais montrer ce qui s’est passé pendant les événements de Tiananmen. C’est mon angle, une petite partie de la vraie histoire », dit l’artiste d’origine chinoise aujourd’hui âgé de 44 ans.
Il y a 20 ans, il n’avait jamais entendu parler de Côte-desNeiges, le quartier qu’il habite aujourd’hui. Il vivait avec ses parents dans un quartier de Pékin, à un jet de pierre de la place Tiananmen. « Je suis né à Pékin, j’ai grandi à Pékin, j’ai fait mes études et j’ai travaillé à Pékin », énumère-t-il fièrement. Pas de doute, il a toujours la capita le chinoise tatouée sur le coeur.
Quand, en avril et en mai 1989, des étudiants ont transformé la place Tiananmen en campement de protestation contre le régime communiste, qu’ils jugeaient corrompu et trop peu démocratique, Liuyi Wang a pris l’habitude de leur rendre visite une fois de temps en temps.
« Le succès des manifestations nous montait à la tête. Nous étions complètement euphoriques », dit-il aujourd’hui pour justifier plusieurs des risques qu’il a pris à l’époque.
Dès la fin du mois d’avril 1989, le gouvernement chinois avait laissé entendre dans les journaux que l’armée pouvait intervenir à tout moment, par la force, pour mettre fin aux manifestations.
L’avertissement n’avait en rien calmé les ardeurs des étudiants et de leurs sympathisants. « Personne ne croyait que l’armée allait ouvrir le feu sur nous », laisse tomber Liuyi Wang en haussant les épaules.
Il a commencé à y croire quand un Pékinois qui tentait de freiner l’avancée des soldats dans une rue de la ville a été touché d’une balle au genou. « Nous avons vu qu’elles n’étaient pas en caoutchouc. Nous avons ramassé des balles par terre pour prouver que tout ça avait bien eu lieu », raconte-t-il.
Montréalais depuis 10 ans, Liuyi Wang ne prétend pas avoir été une figure de proue du mouvement pro-démocratie, qui a cru l’espace de deux mois pouvoir changer la Chine de Mao.
Il fait partie des Pékinois qui ont été témoins de l’horreur. Ces derniers n’ont pas été épargnés quand l’armée a eu l’ordre, le 4 juin 1989, de mettre fin à la dissidence.
Selon plusieurs rapports, la plupart des victimes – on les estime à plusieurs centaines – n’ont pas été tuées sur la place Tiananmen, mais dans les rues de Pékin qu’ont empruntées les chars d’assaut.
Au moment des événements, plusieurs de ses proches lui avaient recommandé de ne pas prendre de photos. Ils étaient convaincus que la possession d’un appareil pourrait attirer vers lui le canon d’un fusil. Il les a écoutés et s’est contenté de graver des centaines d’images dans sa mémoire. Pendant 17 ans, elles y ont somnolé. Puis, il y a trois ans, il a dégoupillé ses souvenirs. Il en a tiré des toiles en format géant et un projet de film d’animation. « L’humain est comme un animal. Nous oubl ions l ’ histoi re et nous retrouvons l’espoir. Mais c’est un faux espoir, croit le peintre. Le gouvernement chinois est de plus en plus fort. Le régime peut se libéraliser un peu, mais il désire toujours contrôler la population, et ça, il ne faut jamais l’oublier ».

L’homme de Tiananmen, ou encore l’homme au tank, est le surnom qu’on a donné à ce Pékinois anonyme, filmé et photographié par plusieurs médias occidentaux alors qu’il s’efforçait de bloquer la progression d’une colonne de chars de l’Armée populaire de libération, le 5 juin 1989. On ignore ce qu’il est advenu de lui, mais son geste symbolise encore aujourd’hui la résistance face à la répression.



Tian An, enfant de Tiananmen
La répression de la place Tiananmen a englouti des centaines de vies et en a transformé des milliers d’autres. Vingt ans après la fin abrupte du mouvement prodémocratique chinois, deux anciens manifestants et leur fille se souviennent de l’événement qui a
En chinois, son nom signifie « paix paradisiaque ». Mais Tian An sait bien que ce n’est pas pour une raison poétique que ses parents l’ont nommée ainsi. « À l’école secondaire, tout le monde m’appelait Place Tiananmen », dit, au bout du fil en riant, l’étudiante de 19 ans.
Une photo des manifestants de la place Tiananmen prise le 3 juin 1989.
Ses petits partenaires de classe avaient visé juste. Journalistes à l’époque, son père, Qingquan He, et sa mère, Bin Bin Chang, ont manifesté pendant des mois en 1989 sur la plus grande place du monde auprès de centaines de milliers de jeunes Chinois de leur âge qui réclamaient des réformes démocratiques. Leur fille est née en mars 1990, soit exactement neuf mois après l’intervention de l’armée pour disperser les protestataires.
« Tian An a été conçue pendant les événements de Tiananmen. C’est un moment très spécial de nos vies et nous voulions nous en souvenir », raconte Qingquan He, joint à Pékin.
« Violence inimaginable »
Homme d’affaires couronné de succès, M. He est l’incarnation même de la Chine d’aujourd’hui. Mais il ne cache pas qu’il y a eu des monts et des vaux entre la répression sanglante qui a eu lieu dans la nuit du 3 au 4 juin et sa vie actuelle.
Cette nuit-là, les jeunes mariés étaient dans les rues de Pékin et ont assisté à l’horreur : les chars d’assaut, les blessés jonchant le sol, la peur d’y laisser leur peau. « La violence a atteint un sommet inimaginable », s’exclame Bin Bin Chang.
Les deux journalistes n’ont pas été blessés, mais ils ne s’en sont pas sortis indemnes pour autant. Leur soutien au mouvement étudiant ainsi qu’une entrevue qu’ils ont accordée à la journaliste Alexandra Szacka, qui couvrait les événements pour Télé-Québec (appelé RadioQuébec à l’époque), les a mis dans le pétrin auprès des autorités.
La journaliste québécoise, qui s’était liée d’amitié avec le couple, a aidé Mme Chang à obtenir un visa pour le Canada et l’a hébergée pendant sa grossesse. Resté derrière, Qingquan He a perdu son emploi dans le quotidien anglais de Pékin. Heureusement, il a pu rejoindre sa femme à Montréal quelques semaines avant l’arrivée au monde de Tian An.
Vingt ans moins neuf mois plus tard, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts de la famille sino-canadienne. Tian An étudie aujourd’hui les communications à l’Université York et se fait appeler « Annie An ». Avant d’entreprendre ses études universitaires, elle a vécu 10 ans en Chine.
Ses parents, divorcés depuis 1997, ont refait leur vie. Si son père vit aujourd’hui à Pékin, sa mère, elle, est ingénieure en informatique à Vancouver. Tous les deux avouent qu’ils repensent quotidiennement à Tiananmen. « Que se serait-il passé si nous avions réussi à renverser le régime communiste? La Chine se serait-elle désintégrée ? Y aurait-il eu une guerre civile? On a vu ce qui s’est passé en Union soviétique », se demande Qingquan He. « Même si ce mouvement a échoué, la manière de penser des Chinois n’a plus jamais été la même. Et les choses se sont améliorées en Chine depuis », remarque pour sa part Mme Chang. Elle se désole cependant de voir que la génération de sa fille s’intéresse plus à la consommation qu’à la politique.
Et que dit Tian An de tout ça ? Celle qui a aujourd’hui l’âge des manifestants de 1989 est-elle fière du combat qu’ont mené ses parents ? Au bout du fil, la jeune femme esquive la question. « J’aimerais savoir ce qu’il s’est vraiment passé à la place Tiananmen. Les médias occidentaux ne sont pas objectifs à l’endroit de la Chine. Je pense que la démocratie n’y fonctionnerait pas. Il y a trop de gens, comme mes cousins de la campagne, qui ne sont pas assez instruits pour faire des choix judicieux ». Autres temps, autres discours.


Chine : Les exécutions alimentent les greffes
En Chine, la majorité des organes greffés proviennent des condamnés
Depuis des a n nées, la rumeur circulait. Hier, dans un article du quotidien officiel anglophone China Daily, un haut responsable gouvernemental chinois a admis que 65 % des organes greffés en C h i ne prov ien nent de condamnés exécutés.
L’origine des corps utilisés pour la populaire exposition Bodies a été le sujet d’une controverse, car certains se demandaient s’ils n’étaient pas ceux de personnes exécutées en Chine. Maintenant, un haut responsable chinois a reconnu que les organes utilisés pour les greffes proviennent la plupart du temps de condamnés à mort.
L’a r t ic le d u q u o t id ie n , qu i at t r ibue ce c h i f f re à des experts du secteur de la santé, constitue un aveu inhabituel du rôle j oué par les condamnés à mort dans le domaine des greffes en Chine.
L e j ou r na l cite le v ice - ministre de la Santé Huang Jiefu, qui rappelle que le consentement écrit des prison n iers conda m nés est requis, mais reconnaît qu’ils ne sont « manifestement pas une source convenable pour les greffes d’organes ».
Depuis 20 07, un décret interdit les dons d’organes de personnes sans relations familiales ou affectives avec le greffé, mais la législation ne semble pa s avoi r fa it baisser le nombre d’organes prélevés sur des condamnés à mort ou fournis par le marché noir.
Afin de tenter de remédier à la « longue dépendance » du pays à l’utilisation d’organes de condamnés à morts exécutés, la Société chinoise de la Croix-Rouge a lancé mardi un système national de don d’organes, explique le quotidien. Un fonds a été établi pour compenser financièrement les familles des donateurs volontaires.
Selon des ex per ts c ités par la BBC, cette nouvelle approche a cependant peu de chances de réussir dans u ne c u lt u re réticente au prélèvement d’organe après la mort.
Dans le passé, la Chine ava it déjà ad m is que les reins, les foies, les cornées et d’autres organes étaient prélevés couramment sur des prisonniers exécutés, mais sans chiffrer le nombre d’organes ainsi récupérés.
Les dons volontaires ne répondent pas à la demande en Chine. Seulement 1 % environ du million de personnes qui nécessitent une greffe obtien nent l’orga ne attendu.
En reva nche, le ma rché noir est prospère, avec des person nes contraintes à donner ou abusées par les trafiquants, qui fabriquent les doc u ments adéquats illégalement.
La Chine exécute plus de prisonniers que tout autre pays au monde, avec 470 exécutions en 2007 et 1718 en 2 0 0 8 , selon A m n istie internationale. Ces chiffres ne sont pas confirmés par l’État, qui considère que le nombre d’exécutions est un secret d’État.



De grands espoirs placés en ElBaradei
« Celam’inquiète vraiment que les gens soient désespérés au point de considérer une seule personne comme leur sauveur. »
LE CAIRE— Le retour au Caire de Mohamed ElBaradei, exchef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), Prix Nobel de la paix 2005 et candidat possible à la présidentielle de 2011, a dynamisé la scène politique, mais beaucoup se demandent s’il est le « sauveur » que l’Égypte attend.
POHOTMOHAMMEDAHMED, ARCHIVE ASSOCIATED PRESS Mohamed ElBaradei, ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique et PrixNobel de la paix 2005, a été accueilli en héros vendredi par plus de 1500 de ses partisans à l’aéroport du Caire.
Accueilli en héros vendredi par plus de 1500 de ses partisans à l’aéroport du Caire, M. ElBaradei, 67 ans, a plusieurs fois appelé à une démocratisation du régime en Égypte depuis son départ de l’AIEA, en 2009.
Après qu’il eut commencé à se mêler de politique interne, ses partisans ont vu en lui un « sauveur » qui pourrait sortir le pays de sa léthargie politique, alors que les médias gouvernementaux se sont retournés contre lui, l’accusant de ne rien connaître à l’Égypte.
M. ElBaradei, lui, dit se considérer comme un « instrument du changement ». « Je suis contre l’idée d’un sauveur, cela n’existe pas », a-t-il déclaré à la chaîne privée Dream.
« Cela m’inquiète vraiment que les gens soient désespérés au point de considérer une seule personne comme leur sauveur. Je voudrais que l’Égypte se sauve par ellemême, a-t-il ajouté. Si les gens veulent changer ce pays, tout le monde doit participer pour montrer sa volonté. »
Les limites du régime
Mais certaines voix, même au sein de l’opposition, ont mis en garde M. ElBaradei contre trop d’optimisme, en particulier concernant son appel à des amendements constitutionnels pour lever les restrictions pesant sur les candidats à la présidentielle.
« Le régime n’accédera jamais à cette demande », a affirmé Mohammed Habib, figure des Frères musulmans, principal groupe d’opposition, dans le quotidien indépendant Al-Masri Al-Yom.
La Constitution telle qu’elle est aujourd’hui rend quasi impossible une candidature de M. ElBaradei : elle impose aux candidats indépendants d’obtenir l’appui de 250 élus, dont au moins 65 membres de l’Assemblée nationale, 25 du Conseil consultatif (Sénat) et au moins 10 élus municipaux.
«Le peuple égyptien cherche un sauveur pour le tirer de cette situation de désespoir et de frustration. Il le trouve peut-être en ElBaradei, mais il doit se rendre compte que le chemin est long et difficile et qu’il requiert du travail», a ajouté M. Habib.
Hosni Moubarak dirige l’Égypte depuis 1981. Le régime a privilégié la stabilité politique mais la corruption est endémique, la pauvreté touche une grande partie de la population et les inégalités sociales sont profondes. Le pays est en outre en état d’urgence depuis près de 28 ans.
M. ElBaradei a trouvé un soutien en Amr Moussa, chef de la Ligue arabe, qui n’avait lui-même pas exclu l’an dernier de se présenter. Selon M. Moussa, « tout le monde veut du changement. Nous sommes inquiets de l’avenir de l’Égypte et c’est notre droit ».
Autre appui du Prix Nobel de la paix 2005, l’écrivain Alaa el-Aswany, auteur du célèbre Immeuble Yacoubian. « Des milliers d’Égyptiens se sont rassemblés à l’aéroport pour l’accueillir » en dépit des avertissements des services de sécurité, dit-il.
Ceux qui sont allés à l’aéroport ne sont pas « des politiciens, mais des Égyptiens ordinaires venant de classes sociales diverses, des musulmans, des chrétiens et des femmes, a-t-il ajouté. Pour des millions d’Égyptiens, ElBaradei est devenu le symbole de l’espoi r et du changement ».


ElBaradei rentre en Égypte faire campagne pour la « démocratie »
« Je suis prêt à me lancer dans la vie politique égyptienne, à condition qu’il y ait des élections libres. »
LE CAIRE— Le Prix Nobel de la paix 2005Mohamed ElBaradei, qui veut entamer une carrière politique en Égypte, est arrivé hier au Caire, où des centaines demilitants de l’opposition l’ont accueilli en l’appelant à devenir président du pays.
PHOTOKHALEDDESOUKI, AFP De 1500 à 2000 partisans ont afflué à l’aéroport du Caire, hier, pour saluer l’arrivée deMohamed ElBaradei en Égypte.
L’ancien chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique n’a fait aucune déclaration à sa sortie de l’aéroport, rendue difficile par la présence de nombreux partisans et de représentants de la presse, qui bloquaient la sortie du terminal d’arrivée.
Selon des témoins, de 1500 à 2000 partisans avaient afflué à l’aéroport en dépit d’informations selon lesquelles les services de sécurité allaient empêcher tout rassemblement. Aucun incident n’a été signalé.
Arborant des drapeaux égyptiens et des portraits de M. ElBaradei, plusieurs centaines de militants de l’opposition ont scandé « ElBaradei va demander des comptes aux voleurs » ou « Oui à ElBaradei président de la République ».
Plusieurs figures connues en Égypte, dont le romancier Alaa al-Aswani et un présentateur vedette de la télévision, Hamdi Kandil, ainsi qu’un dirigeant du mouvement d’opposition Kefaya, George Ishaq, se trouvaient également à l’aéroport.
M. ElBaradei, 67 ans, a multiplié ces derniers mois les déclarations appelant à une démocratisation du régime du président Hosni Moubarak, en place depuis 29 ans.
Jeudi , il a réaffirmé sa détermination à faire tout ce qu’il peut « pour que l’Égypte avance vers la démocratie et le progrès économique et social ».
« Je souhaite être un instrument pour le changement », a-t-il déclaré à la chaîne égyptienne privée Dream.
«Je suis prêt à me lancer dans la vie politique égyptienne, à condition qu’il y ait des élections libres, et le premier pas dans cette direction est un amendement de la Constitution afin que je puisse me porter candidat (à la présidentielle en 2011) et que d’autres puissent faire de même», a-t-il expliqué.




Les couples homosexuels d’Uruguay autorisés à adopter des enfants  -  Yanina Olivera
MONTEVIDEO — Le Sénat uruguayen a donné hier son feu vert définitif à l’adoption par les couples homosexuels, une première dans cette région plutôt conservatrice, où ce petit pays de 3,4 millions d’habitants ne cesse de jouer les pionniers en matière de moeurs.
« ( Le texte) a été approuvé avec les votes du Frente Amplio (la coalition de gauche au pouvoir) et du Parti colorado (opposition de droite) », a déclaré la sénatrice Margarita Percovich. Une autre formation de l’opposition, le Parti national (centre droite), a en revanche voté contre.
Le Sénat avait déjà approuvé le texte en première lecture le 15 juillet, mais il a dû le voter à nouveau, en raison des légères modifications de forme faites par les députés, lorsqu’ils l’ont adopté à leur tour le 27 août.
Cette réforme est décriée par l’Église catholique. « Notre position est que l’adoption doit se faire dans le cadre d’une famille, avec un couple formé d’un homme et d’une femme », a déclaré l’évêque Pablo Galimbertti.
Seule une poignée de pays dans le monde ont déjà autorisé les couples homosexuels à adopter des enfants. En Europe, le premier a été les Pays-Bas en 2001. Quinze ans plus tôt, deux Américaines avaient pu légalement adopter un enfant en Californie.
En Amérique latine, plus grande région catholique de la planète avec plus de 500 millions de fidèles, cette décision s’apparente à une grande première.
L’Uruguay s’était déjà démarqué de ses voisins plutôt conservateurs sur le plan des moeurs en autorisant l’an dernier l’union civile entre homosexuels. En décembre, le Sénat a aussi approuvé un projet de loi autorisant les transsexuels à modifier leur état civil afin d’être en conformité avec leur apparence, dès l’âge de 12 ans et sans l’accord des parents. Le texte doit cependant encore être approuvé par la Chambre des députés, ce qui pourrait intervenir dans les prochains jours.
En mai, Tabaré Vazquez, premier président de gauche de l’histoire de l’Uruguay, a également aboli une règle qui interdisait aux homosexuels l’accès aux écoles militaires en raison de leur « trouble d’identité ».
En revanche, les Uruguayennes n’ont toujours pas le droit d’avorter. À la surprise générale, le président et ancien médecin Tabaré Vazquez avait opposé l’an dernier son veto à un projet de loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse, invoquant des « principes éthiques ».


Plumes et paillettes sur fond de lutte contre les préjugés  -  Daphné Cameron
Pour célébrer les victoires du mouvement gai ou pour rappeler les luttes qu’il reste à mener, plusieurs milliers de personnes ont assisté au défilé de la fierté gaie, hier aprèsmidi à Montréal. Un cortège bigarré marqué par les paillettes, le cuir et les plumes, mais aussi par l’absence de personnalités des milieux culturel et sportif.
Comme chaque année, les tenues olé olé étaient de mise hier au défilé.
Une trentaine de politiciens, dont Gérald Tremblay, Gilles Duceppe, Yolande James et Françoise David, ont pourtant participé à la manifestation.
« Il y a eu des années où il y avait davantage de représentants du monde culturel », a admis le président de Gai Écoute et de la fondation Émergence, Laurent McCutcheon. « Mais pour ce qui est du milieu du sport, on essaie tout le temps d’en avoir, sans jamais y parvenir. C’est pourquoi, l’an prochain, le thème de la Journée internationale contre l’homophobie sera le sport. »
« Avez-vous déjà entendu parler d’un joueur de hockey homosexuel? » a lancé Kevin Lavoie, spectateur et intervenant communautaire, en marge du défilé. « Je pense que la réponse démontre le chemin qu’il nous reste à faire. »
Poursuivre les efforts
Il y a 30 ans, 200 gais s’étaient fait huer lors de la première mani festation pour défendre leurs droits à Montréal. Hier, plusieurs milliers de personnes se sont massées le long du boulevard René-Lévesque pour acclamer le défilé dans une ambiance festive et décontractée.
Malgré les changements de mentalité, la lutte pour faire progresser les droits des homosexuels, transsexuels et transgenres est toujours d’actualité, croit la présidente d’honneur des célébrations de la Fierté de Montréal, elle-même transsexuelle et homosexuelle : « Un peu comme le sexisme ou le racisme, l’homophobie est une chose qui prend du temps à contrer. Lorsqu’on pense que, dans le monde, un transsexuel est assassiné tous les trois jours, on ne peut pas dire que la lutte pour l’acceptation est terminée. »
Souligner des anniversaires
Cette année, les organisateurs ont voulu souligner le 40e anniversaire de la révolte de Stonewall, ce bar new-yorkais fréquenté par des homosexuels qui fut le théâtre d’une descente de police en 1969 et qui a engendré des émeutes qui ont duré trois jours.
Elle visait également à fêter le 40e anniversaire de la loi omnibus, qui a décriminalisé les relations sexuelles entre personnes de même sexe. « C’est un événement festif, mais c’est également un événement politique », a précisé Laurent McCutcheon.
Ainsi , les slogans pour dénoncer l’emprisonnement ou les mauvais traitements infligés aux gais dans le monde ont côtoyé les drag queens ou les chars allégoriques sur lesquels se trémoussaient des hommes en tenue olé olé.
« C’est le fun de voir comment la cause progresse, mais presque tout ce qu’on voit aujourd’hui ref lète les préjugés que l’on tente de combattre quotidiennement », a déploré une spectatrice, Sophie Lalonde.

Le défilé s’est terminé par un spectacle musical au parc Émilie-Gamelin.






Orientation sexuelle en entreprise : Affirmer la différence - Caroline Rodgers
On pourrait penser que la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle et transgenre, que l’on résume maintenant par l’anagramme LGBT dans les entreprises, a déjà mené tous ses combats.
Pourtant, un sondage effectué l ’an dernier auprès des employés LGBT de Samson, Bélair, Deloitte& Touche révélait que cette communauté était l’une de celles qui se sentaient les moins intégrées, selon les perceptions des répondants.
« Ils n’avaient pas l’impression qu’ils avaient le support des leaders du cabinet dans la reconnaissance de ce qu’ils étaient comme communauté », explique MarcAndré Nadeau, associé, Conseils financiers.
Pour y remédier, onamis enplace un comité LGBT qui a présenté un plan d’action à la haute direction afin de changer ces perceptions.
Selon M. Nadeau, même si les droits des LGBT sont reconnus officiellement depuis plusieurs années et qu’ils peuvent, par exemple, faire bénéficier des avantages sociaux à leur conjoint de même sexe, un travail en amont doit être fait.
Aujourd’hui , beaucoup de grandes entrepr ises ont un comité LGBT qui organise diverses activités. Cel les-ci vont du réseautage professionnel aux activités caritatives, en passant par les sorties sociales.
« Mais ce n’est pas un club social, dit Richard Côté, conseiller en assurances collectives et en diversité en milieu de travail. Il y a un aspect qui est directement en ligne avec les objectifs d’affaires et les intérêts de l’entreprise. On cherche à appuyer nos employés pour qu’ils soient meilleurs dans leur travail. »

Les homosexuels ostracisés
J’aimerais grossir les rangs des 3% qui donnent du sang
Aux États-Unis, on suggère d’exclure seulement les hommes ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme dans
la dernière année. Ici, nous stagnons toujours.

L’auteur habite à Montréal.
Plusieurs personnes ne peuvent faire don de leur sang. C’est le cas de ceux qui prennent des antibiotiques, des femmes qui ont accouché il y a moins de six mois, des diabétiques qui prennent de l’insuline... et des hommes homosexuels.
Donnez du sang. Donnez la vie. Environ 97% y pensent, 3% le font: autant de slogans qui nous rendent moralement coupables de ne pas donner un peu de notre sang au moins une fois par année.
Malheureusement, plusieurs personnes sont exclues du don de sang, selon la liste publiée sur le site d’Héma-Québec: ceux qui prennent des antibiotiques, les femmes qui ont accouché il y a moins de six mois, les diabétiques qui prennent de l’insuline, etc.
Cette liste n’est cependant pas exhaustive: il manque l’exclusion des hommes homosexuels. En fait non, une infirmière m’a déjà dit que les homosexuels n’étaient pas exclus, « seulement les hommes qui ont eu une relation sexuelle avec un autre homme depuis 1977 ».
Voilà qui est pire: non seulement on rejette les homosexuels, sauf ceux qui s’abstiennent depuis 32 ans (!), mais aussi tous les hommes qui, ne serait-ce qu’une fois, ont fait une expérience avec un autre homme.
Cette loi fédérale a été instaurée en 1983, afin de protéger les receveurs de sang de l’épidémie de VIH/Sida, mal peu connu à l’époque, qui était encore long à détecter.
Il est vrai que l’énorme majorité des malades étaient homosexuels, une clientèle peu portée à se protéger. Mais les temps ont changé, les homosexuels ont pris de nouvelles habitudes, les jeunes sont beaucoup plus conscients des risques, ils se font tester régulièrement, en discutent entre eux.
De plus, du côté des institutions, les tests sont beaucoup plus rapides et précis, la maladie peut passer bien plus difficilement, et désormais trois semaines suffisent entre le moment de l’infection et celui oùon peut détecter la maladie.
Ce règlement ostracise tous les hommes qui, une fois seulement, ont eu un contact sexuel avec un autre homme et contribue à l’idée, très répandue dans la population, que les homosexuels sont année, ici, nous stagnons toujours. Même si le risque n’était augmenté que d’un sur 50 millions en comptant les homosexuels dans les donneurs potentiels (Dominique Nancy, Doit-on interdire les seuls responsables de la propagation du VIH/sida.
Alorsqu’auxÉtats-Unis les principales agences de collecte de sang suggèrent à l’administration d’exclure seulement les hommes ayant eu une relation sexuelle avec un autre homme dans la dernière à vie aux homosexuels de donner du sang? Forum, Université de Montréal, Vol 40, No 27, 10 avril 2006).
Je suis né en 1985. Je suis homosexuel. Je fais partie des 97% qui y pensent, mais j’aimerais bien mieux aller grossir les rangs des 3% qui le font.




Le Québec, paradis du mariage gai
Près de 15% des 2209 mariages de couples de même sexe célébrés depuis l’adoption de la loi sur le mariage gai, en 2004, étaient le fait de gens provenant de l’extérieur du Québec. Ces 310 mariages célébrés entre des étrangers montrent que le Québec est devenu une « destination mariage » dans le monde gai, croient les démographes de l’Institut de la statistique du Québec.
Cinq ans après l’adoption de la loi sur le mariage gai, l’ISQ a produit un document faisant le bilan du phénomène. Le nombre de mariages entre gens de même sexe a atteint un sommet en 2006, année où 621 couples de même sexe se sont unis. Depuis 2006, le nombre de mariages a diminué, se situant chaque année sous la barre des 500 célébrations.
« C’est ce qui s’est passé dans tous les pays où on a adopté le mariage gai, souligne Martine StAmour, démographe à l’ISQ. Il y a eu une sorte de rattrapage, de la part des couples qui voulaient se marier depuis longtemps et ne pouvaient pas le faire. Et ensuite, le nombre de mariages est resté stable. Au Québec, on est les champions de l’union libre, et ça vaut aussi pour les couples de même sexe. »
Les époux de même sexe sont donc maintenant un peu plus jeunes, en moyenne, qu’en 2004. La plupart d’entre eux se marient pour la première fois. Le quart des couples de même sexe ont opté pour une cérémonie religieuse.
Et, fait à noter, pas moins de 15% de ces mariages, soit 310 célébrations depuis cinq ans, impliquaient deux personnes qui ne résident pas au Québec. La loi provinciale est ainsi faite qu’un couple peut se marier sans résider sur le sol québécois. Chez les couples de sexe opposé, les mariages de non-résidants comptent pour seulement 5% des célébrations. On peut donc en déduire, souligne Mme St-Amour, que le Québec est devenu une « destination mariage » pour les gais.
« Le Québec a été l’un des premiers territoires à légaliser le mariage gai », rappelle la démographe.
De fait, un petit tour sur l’internet montre que le Québec revient régulièrement dans les sites de référence gais qui traitent de mariage. Le site Lesbian life indique qu’il est facile de se marier au Québec, moyennant un délai de 20 jours. Le Gay and lesbian wedding directory donne plusieurs adresses pour les mariages gais : salles de réception, photographes.
Le révérend Bernard Cantin, qui dirige « Le nouveau penseur », une organisation de célébrants de mariages détachés de toute confession religieuse, a marié une dizaine de couples gais par an depuis 2004. Certains d’entre eux venaient effectivement de l’étranger, surtout des ÉtatsUnis. « C’est arrivé quelques fois. Surtout des femmes qui venaient de certains États des États-Unis assez réfractaires au mariage gai », souligne-t-il.



L’homophobie continue de faire des ravages en France -  MARC THIBODEAU
Alors que les stars défilent sur la Croisette, deux policiers homosexuels viennent de mettre en lumière un aspect plus sombre de la vie cannoise en dévoilant le harcèlement dont ils sont victimes. Leur retentissante sortie survient alors qu’un nouveau rap
« Il y a un manque total de confiance des homosexuels tant envers la police que la justice. »
Guillaume espérait amour et compréhension en avouant son homosexualité à ses parents. Il a plutôt eu droit à une déferlante de haine qui l’a ultimement poussé au suicide.
« La visibilité accrue des lesbiennes et des gais ne doit pas masquer la permanence et la violence d’une homophobie présente à tous les niveaux de la société (française) », lance Jacques Lizée, président de SOS homophobie. Ci-dessus, manifestation gaie la semaine dernière à Paris, à l’occasion de la journée internationale contre l’homophobie.
« Les homosexuels devraient retourner dans les camps de concentration », s’est vu répondre le Français de 27 ans, qui a été agressé physiquement par son père, rendu furieux par ses aveux.
Traumatisé par ce rejet, il sollicite le soutien de SOS homophobie, une ONG qui tient une ligne d’écoute. La démarche n’a pas suffi pas à calmer le mal-être du jeune homme, qui s’est enlevé la vie l’an dernier, quelques heures après un ultime entretien avec l’un des bénévoles.
« Nous avons été très secoués par ce cas même s’il a laissé après sa mort une note pour dire que nous l’avions beaucoup aidé », relate le président de SOS homophobie, Jacques Lizée.
La fin tragique de Guillaume ( nom f i c t i f ) confirme, si besoin était, que l’homophobie continue de faire des ravages dans le pays, souligne le militant, qui réclame une action accrue de sensibilisation du gouvernement.
« La visibilité accrue des lesbiennes et des gais ne doit pas masquer la permanence et la violence d’une homophobie présente à tous les niveaux de la société », relève M. Lizée, qui a rendu public la semaine dernière le rapport annuel de l’organisation pour 2008.
Basé sur plus de 1200 témoignages téléphoniques recueillis en cours d’année, il démontre que l’homophobie demeure une problématique particulièrement importante en milieu de travail.
Jouer à l’autruche
Un sondage récent a démontré qu’environ 40% des homosexuel s sur le mar ché du travail estimaient avoir été victimes d’insultes ou de brimades découlant de leur orientation sexuel le. Or, pratiquement aucun cas ne se retrouve devant les tribunaux.
« Il y a un manque total de confiance des homosexuels tant envers la police que la justice... Beaucoup préfèrent se taire ou porter plainte pour harcèlement sans évoquer explicitement leur homosexualité pour faire cesser les abus », relate M. Lizée.
Ceux qui vont de l’avant , ajoute-t-il, peinent à recueillir des témoignages d’appui puisque leurs collègues craignent souvent d’être mal vus de la direction en dénonçant une situation problématique.
« Comme il n’y a pratiquement pas de plainte, on se bute à un déni total par les gens qui pourraient faire quelque chose (syndicats, directions d’entreprise, etc). Ils préfèrent jouer à l’autruche », indique le militant.
La problématique de l’homophobie en milieu de travail concerne notamment la police. « Chaque année, nous recueillons de nouveaux témoignages concernant des cas de harcèlement entre collègues », indique M. Lizée (voir autre texte).
Propagande haineuse
Malgré les demandes de SOS homophobie, les écoles de formation de la police n’ont pas intégré de volet relatif à la discrimination qui permettrait de faire reculer les préjugés dans le milieu, dit-il.
Le Syndicat national des policiers municipaux dénonce, de son côté, la persistance d’une « mentalité de machos » qui veut qu’il faut « être un homme viril pour être dans la police » ou encore que les homosexuels sont « faibles ».
SOS homophobie se préoccupe également de la « très forte progression » du nombre de plaintes concernant l’internet.
« C’est un lieu de l’anonymat où se déchaînent des propos homophobes d’une très grande violence », souligne l’organisation, qui recense, dans son rapport, plusieurs exemples problématiques relevés sur des sites de réseautage, des forums ou des blogues.
Le document reproduit notamment une bande dessinée montrant une enseignante qui présente à ses élèves un couple d’hommes flanqués de diablotins.
Les trois personnages « ont des traits qui rappellent les caractères antisémites des années 30 », relève SOS homophobie, qui déplore le fait que certains opérateurs de sites évoquent la liberté d’expression pour refuser de sévir contre les homophobes.
« Il y a encore du travail à faire en France pour distinguer liberté d’expression et propagande haineuse », souligne M. Lizée.

« C’est bizarre, ça sent la merde tout à coup »
PARIS — Nicolas Persec a décidé de briser le silence pour tenter de mettre le holà au comportement abusif de collègues homophobes qui le tançaient en raison de son orientation sexuelle.
De concert avec un autre agent gai qui a tenté de se suicider à deux reprises pour se soustraire aux railleries et aux insultes, le policier municipal cannois vient de déposer une plainte pour harcèlement, profitant du festival de cinéma pour obtenir un large écho médiatique.
Les difficultés, relate-t-il en entrevue, ont débuté en 2007 lorsque l’autre plaignant, Alain Marty, s’est absenté du travail pour une longue période en raison de problèmes de santé.
Un noyau de collègues a alors fait courir la rumeur que la véritable raison de son absence était qu’il était porteur du virus du sida.
Ce même noyau – qui regroupait une dizaine de policiers affectés au service de nuit – a refusé de patrouiller avec M. Marty à son retour au travail. « Ils disaient que c’était dangereux parce qu’il avait le sida », relate M. Persec.
Dans la foulée, les agents en question cherchent à confirmer que ce dernier est aussi homosexuel en le questionnant avec agressivité. « L’un d’eux m’a demandé: "Alors, t’es pédé ou pas?"» relate-t-il.
Ostracisme
Le policier de 35 ans se voit rapidement ostracisé à son tour. Et soumis à de fréquentes injures. « Quand j’arrivais dans une pièce, j’avaisdroitàdesréflexions du genre: "C’est bizarre, ça sent la merde tout à coup, ça pue" », relate M. Persec.
Le policier affirme qu’il s’est finalement résigné à porter plainte après avoir tenté en vain, à plusieurs reprises, d’obtenir que sa hiérarchie s’en mêle.
La mairie de Cannes a proposé au cours des derniers jours de payer les honoraires d’avocat des plaignants, qui ont déjà été entendus par les membres de l’Inspectiongénéralede la police dans le cadre de l’enquête.
« C’est toute la police municipale de Cannes qui va être prise dans la tempête », commente le vice-président du Syndicat national des policiers municipaux, Frédéric Foncel, qui dénonce le comportement homophobe des agents mis en cause.


ISRAËL Attentat homophobe
Israël était sous le choc hier après l’attaque sans précédent d’un centre d’aide à des adolescents homosexuels à Tel-Aviv, qui a tué deux personnes et en a blessé 15. Samedi soir, un inconnu masqué et vêtu de noir a ouvert le feu à l’arme automatique sur un groupe de jeunes de la communauté des gais et lesbiennes à l’intérieur du centre, situé en plein centre de Tel-Aviv, avant de s’enfuir. Un jeune homme de 26 ans et une jeune fille de 17 ans ont été tués. Un millier de personnes ont défilé dans l’aprèsmidi hier près du centre d’aide pour protester contre l’attaque, dénonçant un « crime odieux ».



La fierté gaie se fait discrète, à Jérusalem
— Plus de 2000 personnes ont pris part, hier, de façon discrète, à la 8e Gay Pride de Jérusalem, le traditionnel défilé homosexuel, dont le déroulement dans la ville sainte avait suscité l’ire de la communauté ultra-orthodoxe.
Contrairement au flamboyant défilé tout en couleurs et musiques qui s’est tenu à la mi-juin à Tel-Aviv, les organisateurs de celui de Jérusalem étaient déterminés à adopter des tenues qui ne choqueraient pas les groupes religieux.
Certaines personnes qui ont enlevé leur T-shirt ont notamment été rappelées à l’ordre.
« Fier d’être gai et religieux », pouvait-on lire sur une banderole.
Plusieurs groupes religieux et de droite avaient décidé, plus tôt d’annuler une manifestation contre le défilé. Des dizaines de personnes ont cependant exprimé leur colère en arborant des banderoles sur lesquelles on pouvait lire: « Adam et Ève, pas Adam et (St) eve ».

Aucun incident significatif n’a été signalé. La radio publique a juste fait état de l’arrestation d’une personne ayant lancé un oeuf sur les participants à la parade.


L’Inde dépénalise l’homosexualité  -  Philippe Mercure
« En Inde, ça prend des couilles pour dire que vous êtes gai. Il faut être un vrai homme. »
BANGALORE— « Hé man! Tu sais quoi? Je suis légal! »
Des homosexuels ont célébré le jugement d’un tribunal de Delhi qui a dépénalisé l’homosexualité en Inde.
L Romal M Singh éclate de rire et se renverse dans son sofa. À la télé, on diffuse la nouvelle historique: hier, la Haute Cour de Delhi a décriminalisé l’homosexualité en Inde, jusque-là passible de 10 ans d’emprisonnement.
« Une immense, immense décision », dit M. Singh, 22 ans, dont l’appartement de Bangalore s’est rapidement rempli d’amis venus le « féliciter » pour son nouveau statut.
La Haute Cour de Delhi a jugé que l’article 377 du Code pénal indien, qui criminalise l’homosexualité et les relations sexuelles « contre nature », représente une « violation des droits fondamentaux ». L’article datait de l’époque ou l’Inde était une colonie britannique.
La décision ne s’applique qu’à la capitale, New Delhi. Mais les gais de partout en Inde ont célébré, hier, s’attendant à ce qu’elle fasse boule de neige.
À Bangalore, un rassemblement s’est organisé au United Theological College pour fêter la chose. En soirée, une trentaine de gais se sont aussi réunis au bar NASA, un estaminet surréaliste bâti en forme de vaisseau spatial, pour souligner l’événement à grands coups de pintes de bière.
À la télévision, pendant ce temps, les principaux leaders religieux, autant hindous et musulmans que chrétiens, dénonçaient la décision, affirmant que l’Inde succombe aux valeurs occidentales et tourne le dos à ses traditions.
Omi Gurung, un jeune styliste de mode de 23 ans qui tient un blogue traitant des questions homosexuelles, était tout simplement euphorique. « Beaucoup de gens se sont battus pour ça au fil des années, et plusieurs y ont laissé leur vie », a-t-il dit, soulignant que les suicides chez les homosexuels sont fréquents en Inde.
Le jeune gai a grandi à Bangalore et dit ne pas avoir souffert de discrimination. Il avoue cependant qu’il lui a fallu du courage pour sortir du placard dans une société où la religion et les traditions dictent encore les comportements.
« En Inde, ça prend des couilles pour dire que vous êtes gai. Il faut être un vrai homme », lance-t-il en riant.
L Romal M Singh, lui, a annoncé son orientation sexuelle à sa mère à l’âge de 16 ans. Il croit que sa réaction est typique de bien des familles indiennes de la classe moyenne.
« Elle m’a dit que c’était bien correct. Sauf qu’elle m’a aussi averti qu’il n’y avait aucun motif d’en être fier et l’a toujours caché. Elle est encore déchirée entre ses convictions religieuses et son désir d’être une bonne mère. »
Omi Gurung rappelle que si les gais sont bien acceptés dans les grandes métropoles du pays, il en est tout autrement dans les campagnes, où vivent 70% des Indiens.
« Le jugement va enfin permettre aux gais des régions rurales de respirer un peu », dit M. Gurung, qui croit que les autorités perdront ainsi l’argument qui leur permettrait de réprimer l’homosexualité par la peur et de faire du chantage.


MARIAGES GAIS EN RUSSIE 
Début d’un combat inégal
Un premier couple lesbien a tenté sans succès de s’unir dans un bureau de mariages de Moscou hier. Dans une ville où le maire déclare publiquement que l’homosexualité est « l’oeuvre de Satan », le combat des gais n’a rien de joyeux
COLLABORATION SPÉCIALE MOSCOU— Dans une salle exiguë du ZAGS (bureau des mariages) de l’arrondissement de Tver, des portraits de jeunes mariés tout sourires pendent aux murs. Celui des deux Irina n’y sera pas.
Interdites de mariage en Russie, Irina Fedotova — à droite — et Irina Chpipitko iront s’unir pour le meilleur et pour le pire à Toronto cet été.
Devant plusieurs journalistes étrangers – et quelques russes –, Irina Chapitko et Irina Fedotova, qui partagent leur vie depuis cinq ans, se sont vu refuser leur demande d’enregistrement de mariage. Selon le Code de la famille russe, un mariage ne peut consister qu’en l’union volontaire d’un homme et d’une femme.
L’une en costumeblanc l’autre en noir, les deux femmes s’attendaient à ce verdict. Elles ont d’ailleurs déjà prévu aller se marier à Toronto cet été. Elles tenaient tout de même à faire ce geste symbolique.
« Nous ne voulons pas nous cacher », dit Irina Chapitko, 32 ans, qui tient unsalonde beauté. « Nous voulons être une famille comme les autres, poursuit sa conjointe, agente de relations publiques, de deux ans sa cadette. Et bien sûr que nous voulons des enfants! »
De retour de Toronto, les deux Irina se lanceront dans une nouvelle bataille pour faire reconnaître leur mariage en Russie. Selon leur avocat, le militant gai Nikolaï Alekseev, rien dans le Code de la famille ne précise que seules les unions hétérosexuelles conclues à l’étranger peuvent être reconnues.
Pour Nikolaï Alekseev, il ne s’agit que d’une bataille parmi d’autres dans la guerre qu’il mène pour l’avancement des droits des homosexuels en Russie.
Violence
Depuis quatre ans, la mairie de Moscou refuse systématiquement d’autoriser la tenue d’un défilé de la fierté gaie dans la capitale. Lorsque les organisateurs ont fait fi de cette interdiction, les participants ont été passés à tabac par des militants nationalistes et religieux.
« L’homophobie est très forte en Russie parce qu’elle est soutenue par les autorités », souligne M. Alekseev. Et lorsque des personnalités font des déclarations homophobes, « elle décuple », dit-il, en référence aux propos du maire de Moscou, Iouri Loujkov, qui a qualifié les défilés gais d’« armes de destruction massive » utilisée par l’Occident pour détruire la Russie.
Samedi prochain, le mouvement homosexuel tiendra encore une fois son défilé en dépit de l’interdiction. M. Alekseev espère que la finale du concours Eurovision, qui a lieu le même jour à Moscou, permettra d’attirer l’attention des médias internationaux sur la situation des gais en Russie. Un participant néerlandais, ouvertement homosexuel, a d’ailleurs déjà annoncé qu’il boycotterait la finale si le défilé se terminait dans le sang.
Poutine et les terroristes
Quelques heures après la cérémonie de mariage avortée, un groupe d’associations nationalistes apportait son soutien à la mairie lors d’une conférence de presse.
« Nous ne sommes pas contre les gais en tant que tels. Chaque personne a ses péchés. Nous sommes contre la légalisation du péché », a expliqué Mikhaïl Nalimov, président de Jeunesse orthodoxe unie. Selon lui, l’homosexualité est un phénomène importé d’Occident qui corrompt la société russe.
Dmitri Terekhov, vice-président de l’organisation, a été plus violent dans ces commentaires, qualifiant le défilé gai de « défilé des sodomites » et l’homosexualité de « terrorisme spirituel ». Reprenant une citation célèbre de Vladimir Poutine visant les « terroristes tchétchènes », M. Terekhov a appelé à « buter jusque dans les chiottes » le mouvement gai, précisant par la suite qu’il s’agissait d’une « image » et qu’il n’incitait pas à la violence.
Nikolaï Alekseev croit savoir pourquoi la mairie et les nationalistes ne veulent pas de défilé gai. « Ils ont peur que le reste du monde voie qu’il n’y a rien d’amoral dans notre défilé et qu’ils n’ont donc aucune raison de l’interdire. »


RUSSIE Défilé gai dispersé
La police russe a dispersé hier une manifestation interdite qui tentait de tirer parti de l’organisation à Moscou dans la soirée de la 54e finale de l’Eurovision pour promouvoir la cause homosexuelle. Une quarantaine de militants gais ont été interpellés. Cette démarche n’est pas une surprise, l’un des responsables du ministère russe de l’Intérieur ayant répété vendredi que le rassemblement, baptisé « Gay pride slave » par ses organisateurs, était interdit et que la police entendait agir à son encontre « en application stricte de la loi ».


Embaucher une personne handicapée, c’est facile !  -  Caroline Rodgers
Quand Michel De Césaré a passé ses premières entrevues d’embauche, dans les années 70, ses employeurs potentiels avaient de bien drôles de questions !
Ils se souciaient parfois davantage de savoir comment ce diplômé en mathématiques et en informatique ferait pour se rendre au petit coin avec son fauteuil roulant que de ses compétences.
« Je leur disais, mais ça n’a rien à voir avec l’emploi ! » se souvient-il. À force de se heurter à des portes closes, il en a eu assez. En 1976, il a créé l’ Étape, un centre d’emploi pour les personnes handicapées qui a encore pignon sur rue.
Puis, en 1981, ce fut l’Année internationale des personnes handicapées. C’est alors que M. De Césaré a décroché un poste dans la fonction publique fédérale, car le gouvernement cherchait à augmenter la représentativité de ces personnes au sein des ministères.
Il est aujourd’hui agent de vérification de conformité pour la Commission canadienne des droits de la personne. Son t ravail consiste à visiter les employeurs relevant du fédéral pour vérifier si leurs façons de faire ont un impact négatif sur les minorités.
Il constate que les mentalités ont beaucoup évolué avec le temps, grâce aux campagnes de sensibilisation. Mais si les employeurs sont aujourd’hui plus ouverts à l’embauche de personnes handicapées, il y a encore du travail à faire !
Un taux d’emploi inférieur
Les chiffres ne mentent pas. Sur les 750 000 personnes handicapées du Québec, environ 400 000 sont aptes au travail, mais seulement 120 000 ont un emploi. Leur taux d’emploi est de 35%, alors que celui du reste de la population est de 70%.
Cette situation est due, entre autres, à un manque d’information, selon Martin Prévost, coordonnateur du Regroupement des organismes spécialisés pour l’emploi des personnes handicapées (ROSEPH).
« Plusieurs employeurs ne sont pas conscients du potentiel des personnes handicapées ou, encore, ils doutent de leurs propres capacités en tant qu’employeurs à les accueillir adéquatement au sein de leur organisation », dit-il.
Il est pourtant moins compliqué qu’on ne le croit d’embaucher un travailleur handicapé. Mais les entreprises ignorent l’existence des ressources à leur disposition pour faciliter les choses. Un grand nombre d’organismes spécialisés, dont les membres du ROSEPH, sont là pour les aider à sélectionner les candidats, à adapter les postes de travail et à naviguer dans les formalités administratives pour recevoir des subventions.
Ces mesures d’aide iront d’ailleurs en augmentant au cours des prochaines années. Le gouvernement du Québec s’est engagé, en mai, à investir 102 millions pour réduire de moitié l’écart entre le taux d’emploi des personnes handicapées et celui du reste de la population d’ici 2018. Et la pénurie de travailleurs pourrait constituer un allié de taille dans l’atteinte de cet objectif !
« Les perceptions vont changer. On n’embauche pas une personne juste parce qu’elle est handicapée, mais parce qu’elle a des compétences, dit Claude Seguin, directeur général du Comité d’adaptation de l a main-d’oeuvre (CAMO). Les employeurs ne doivent plus voir les travailleurs handicapés comme un problème, mais comme un élément de solution à un problème, la pénurie d’employés. »
Des compétences à revendre
Quand on n’a pas d’expérience avec les personnes handicapées, on les voit davantage à travers leurs limitations qu’à travers leurs compétences, ajoute M. Seguin. « Des images nous viennent dans la tête, un fauteuil roulant ou une canne blanche. » Mais il y a pourtant du talent et des compétences à revendre chez ces travailleurs.
En mars, le CAMO organisait la Journée Contact, une foire de l’emploi réunissant employeurs et personnes handicapées à la recherche d’un travail. Sur les 800 candidats présents, 40% détenaient un diplôme universitaire, 24 % un diplôme du collégial, 14 % étaient diplômés d’un cours professionnel et 22% avaient terminé leur secondaire. « Ces profils correspondent très bien aux besoins du marché du travail actuel », dit Claude Seguin.
L’e n nu i , c ’ e s t que plusieu r s employeurs ne savent pas par où commencer. Qu’ils se le disent : ils ne sont pas seuls dans cette aventure. Les organismes préparent le terrain et travaillent avec les personnes handicapées pour améliorer leurs chances de s’intégrer.
L’organisme AIM-Croit, par exemple, fait une sélection étroite des candidats en fonction de la description de postes et propose ceux qui sont vraiment capables d’effectuer les tâches demandées. On visite même les lieux de travail pour évaluer les besoins. En parallèle, des ateliers de formation sont offerts aux candidats, entre autres sur la façon de présenter son handicap à un employeur potentiel.
Au Centre de réadaptation LucieBruneau, on travaille avec les personnes devenues handicapées à la suite d’un accident, pour les aider à réintégrer leur ancien emploi. Si c’est impossible, on les dirige vers d’autres occupations en fonction de leurs capacités.
Pour les jeunes adultes handicapés de naissance, on propose une démarche d’orientation professionnelle qui tient compte de leurs limitations physiques, mais aussi de leurs intérêts et aspirations.
Avec tous ces services, i l n’y a vraiment plus aucune raison pour se priver d’un tel bassin de talents et de compétences.

Si l’on est ouvert aux mesures d’accommodements, comme l’adaptation des postes de travail ou des horaires, on se retrouvera avec des employés très motivés qui, souvent, demeurent longtemps fidèles à l’entreprise une fois qu’ils ont trouvé un emploi à la mesure de leurs aspirations.






Le roi cool perd son sang-froid  -  Laura-Julie Perrault
Cet été, le Maroc célèbre le 10e anniversaire du règne de Mohammed VI, le jeune roi qui a succédé à son père, le très autoritaire Hassan II. Par conséquent, c’est l’heure des bilans. Un magazine indépendant a cependant appris à ses dépens que tous les exa
« Le processus de liberté de la presse est irréversible au Maroc, mais les hebdomadaires TelQuel et Nichane ont oublié que la monarchie marocaine ne peut faire l’objet d’un débat, même par voie de sondage. »
Les presses étaient encore chaudes quand, samedi dernier, les autorités marocaines ont saisi 100 000 exemplaires du magazine indépendant TelQuel et de sa version arabe, Nichane, pour les détruire. Le crime reproché au magazine? Avoir fait subir au roi du Maroc son premier examen populaire.
Le 31 juillet dernier, le roi Mohammed VI a célébré le 10e anniversaire de son accession au trône. S’il a pris quelques libertés avec la tradition marocaine dès le début de son règne, il n’a pas encore transformé la monarchie de l’intérieur.
Pour marquer le 10e anniversaire du règne de Mohammed VI, le jeune roi qui a succédé à son père, Hassan II, le magazine a décidé d’étudier le souverain sous toutes ses coutures.
Pendant plusieurs semaines, TelQuel a publié des enquêtes remplies de détails sur les finances personnelles, les décisions et la vie privée de celui que les Marocains ont rebaptisé M6. À l’ère de Hassan II, le roi autoritaire, une telle liberté de la presse aurait été impensable.
Cette semaine, TelQuel devait publier le dernier pan de ce grand portrait : un sondage mené auprès de 1108 Marocains sur le travail de leur roi. Le quotidien français Le Monde s’était associé à cette aventure.
Les résultats étaient grandement favorables au roi : 91% des sondés avaient une opinion positive de son règne. Néanmoins, les autorités marocaines sont intervenues pour que ces données n’arrivent pas jusqu’à la population marocaine: le magazine a été détruit avant sa distribution. La vente du Monde du 4 août a été interdite au Maroc.
« Le processus de liberté de la presse est irréversible au Maroc, mais les hebdomadaires TelQuel et Nichane ont oublié, en publiant leur sondage sur le roi Mohammed VI, que la monarchie marocaine ne peut faire l’objet d’un débat, même par voie de sondage », a dit à l’AFP le ministre de la Communication, Khalid Naciri, pour expliquer sa décision.
« On doit pouvoir le critiquer »
L’éditeur du magazine, Ahmed R. Benchemsi, ne voit pas les choses du même oeil. « Si sion existe au Maroc, mais cet incident permet de voir qu’elle n’est pas garantie. Le processus de démocratisation est loin d’être terminé », ajoute-t-il. Le Monde et l’organisation Reporters sans frontières ont condamné l’acte de censure. le roi dit qu’il est un monarque exécutif, il doit pouvoir subir l’évaluation de son peuple. On doit pouvoir le critiquer. Il n’y a pas de loi qui interdise un sondage », tonne l’éditeur de la publication visée, joint par La Presse au téléphone.
« Certes, la liberté d’expres-
Selon le politologue marocain Mohamed Tozy, le magazine marocain savait pertinemment dans quelle bataille il se lançait en commandant le premier sondage sur le roi de l’histoire du royaume marocain.
« Il y a depuis des années une bataille pour le rapport de force entre la monarchie et la presse. Si le roi avait accepté ce sondage, il aurait aussi accepté de se soumettre à la sanction populaire », explique l’auteur de Monarchie et islam politique au Maroc. L’ex per t de l a pol i t ique marocaine note que, malgré les quelques réformes sociales que Mohammed VI a mises de l’avant et qui le distinguent de son père, il a refusé à ce jour de transformer la monarchie de l’intérieur.
« L’inst itut ion monarchique a été dessinée par Hassan II. Mohammed VI ne s’éloigne pas du plan qui a été tracé », estime-t-il.
Trop de droits aux femmes
D’ailleurs, les résultats censurés du sondage de TelQuel montrent que les Marocains sont loin de lui en tenir rigueur. Trois Marocains sondés sur quatre estiment que le roi est une personne « sacrée ». Un répondant sur deux croit que la monarchie est « démocratique ».
En fait, la principale critique qu’a reçue le roi dans ce sondage concerne l’initiative pour laquelle il a été le plus félicité sur la scène internationale, soit la réforme de la Moudawana, le code marocain de la famille qui régit des questions comme l e mar i age , l e divor c e e t l’héritage.
La réforme de Mohammed VI a fait faire des bonds de géant aux droits des femmes en leur permettant notamment d’obtenir le divorce, en les affranchissant de la tutelle de leur père et en rendant pratiquement impossible la polygamie.
Interrogés sur cette réforme, 49% des répondants ont dit que le roi avait donné trop de droits aux femmes.

Tutoyer Sa Majesté
« Le roi cool. » C’est le titre qu’avait donné en 2000 le magazine américain Time à Mohamed VI quand ce dernier, devenu roi à 35 ans, lui a accordé sa première entrevue.
Avec son visage de chérubin, son large sourire et son amour avoué pour la motomarine, les bolides et les vacances de ski, le jeune roi projetait une image à mille lieues de son père austère. Dans les premières années de son règne, il a plus d’une fois secoué le protocole, notamment en épousant en 2002 une jeune roturière de 24 ans, Lalla Salma, qu’il a présentée en public. Du jamais vu au sein de la monarchie marocaine.
En privé, Mohammed VI laisse aussi parfois tomber le décorum. Le rockeur français Johnny Hallyday, qui l’a reçu à manger à la maison, lui a demandé comment s’adresser à lui. Le roi l’a encouragé à l’appeler « Majesté » tout en le tutoyant.
Mais malgré ces quelques passe-droits, Mohammed VI est surtout resté fidèle à la tradition. Il n’a notamment rien changé au rite d’allégeance annuel, la bey’a, au cours duquel des dignitaires lui baisent la main.
1,3 million par jour
Le jeune roi n’a pas non plus mis la pédale douce sur les dépenses de la monarchie. L’entretien de ses 12 palais coûte 1,3 million par jour, au dire du magazine Forbes, qui a classé Mohammed VI, avec sa fortune personnelle de 3,4 milliards, au septième rang des monarques les plus riches au monde.
Malgré ces coffres bien remplis, l’État marocain finance généreusement la monarchie. En 2005, 311 millions sont passés des poches des Marocains à celles de leur roi, selon TelQuel. Cette somme est 17 fois plus importante que celle accordée par l’État à la reine d’Angleterre.



L’informateur « MaChouette » a-t-il droit à l’anonymat ?
OTTAWA — La Cour suprême a entendu, hier à Ottawa, une cause qui l’appelle à se prononcer sur la protection des sources journalistiques.
Il s’agit d’une requête du Groupe Polygone, qui cherche à connaître l’identité d’un informateur surnommé « Ma Chouette » qui a permis au journaliste Daniel Leblanc, du Globe and Mail, d’obtenir de nombreuses informations en marge du scandale des commandites.
Le Groupe Polygone est poursuivi pour 35 millions par le gouvernement fédéral à la suite de ce scandale.
Polygone dema nde au x t ribunaux de forcer Daniel Leblanc à dévoiler l’identité de son informateur.
Il a toujours refusé, s’exposant à une condamnation pou r outrage au t r i bu n a l e t à u ne p e i ne d’emprisonnement.
Les juges du plus haut tribunal du pays ont notamment demandé des éclaircissements sur la nature de la protection qui devrait être accordée aux sources journalistiques, s’interrogeant sur le bien-fondé d’une protection absolue.
Les avocats au dossier ont convenu de la nécessité de pondérer une telle protection des sources.


Polygone et la liberté d’enquêter  -  YVES BOISVERT
Enfin. Enfin un peu de bon sens dans le dossier Polygone, ce sous-produit du scandale des commandites. Et enfin un mot d’ordre puissant, clair, à l’usage des tribunaux québécois concernant la liberté de la presse.
Le j ugement rendu la semaine dernière par trois juges de la Cour d’appel ne concerne qu’un élément bien secondaire du scandale des commandites. Mais les principes qui y sont énoncés ne l’avaient pas encore été aussi bien par une cour du Québec. Et comme il s’agit du plus haut palier judiciaire québécois, le message devrait porter.
Sur le point central , la Cour d’appel répète ce que la Cour suprême a dit depuis longtemps: ce n’est qu’en dernier recours qu’un juge peut empêcher la publication d’une information, pas simplement « au cas où ». Il y a pourtant 15 ans que la Cour suprême a dit qu’on avait eu tort d’interdire la diffusion d’un docudrame sur l’orphelinat Mount Cashel, édictant du même coup un test rigoureux à l’usage des tribunaux pour décider des ordonnances de non-publication.
Le milieu judiciaire résiste pourtant. Les médias y sont largement vus comme des mouches du coche qui au mieux ne nuiront pas, et au pire peuvent faire dérailler des négociations, interrompre des procédures, en un mot, nuire à ce qu’on appelle « la bonne administration de la justice ».
Quel soulagement, donc, de voir la Cour d’appel rappeler à quoi peut bien servir ce droit constitutionnel.
Deuxièmement, la Cour d’appel dit ceci qu’elle n’a jamais dit aussi clairement : les médias ont le droit de diffuser des informations confidentielles, même si la source d’information a violé un engagement de confidentialité.
Autrement dit, les médias ne sont pas liés par les engagements de confidentialité des autres. Dans la mesure où ils diffusent une information d’intérêt public, les médias ont par faitement le droit de révéler des informations confidentielles.
Cela tombe peut-être sous le sens pour le commun des mortels, mais dans le milieu juridique c’est loin d’être le cas.
Comme le dit le juge Allan Hilton dans ce jugement, « interdire aux journalistes d’utiliser des informations confidentielles aurait pour effet de limiter sérieusement, sinon d’anéantir, leur capacité d’enquête et de cueillette d’information ».
Le juge Pierre Dalphond en rajoute: « En démocratie véritable, cette liberté de diffuser ne se limite pas aux informations rendues publiques par le gouvernement de temps à autre, mais aussi à celles que le journaliste obtient sans poser un geste illégal. Cela comprend les informations obtenues d’une source qui manque à une obligation de confidentialité imposée à elle, mais non aux journalistes. »
I l va encore plus loin : « L’histoire démontre que la préservation de la démocratie, incluant le respect de la règle de droit, n’est parfois possible que grâce à des fuites à un journaliste par des sources non autorisées à les communiquer. » Il cite notamment le Watergate, mais aussi le scandale des commandites.
Avec un tel raisonnement, j’ajouterais que la confidentialité des sources journalistiques est indispensable. Il va de soi également que les manoeuvres de Polygone pour tenter d’identifier la source du journaliste Daniel Leblanc (« MaChouette ») devraient être empêchées.
Mais cela, la Cour d’appel ne le dit pas parce que ce n’était en cause. Ne boudons
pas notre plaisir pour autant.
Revenons en a r r i è r e . Polygone est une des firmes poursuivies par le gouvernement fédéral pour avoir obtenu des millions illégalement dans le cadre du programme des commandites. Ottawa réclame 35 millions à Polygone.
Polygone prétend que l’action est prescrite : Ottawa aurait trop tardé à poursuivre. Pour le démontrer, elle veut identifier la source du journaliste Leblanc, peut-être haut placée au gouvernement, pour montrer qu’on avait pleinement connaissance du problème plus de trois ans avant le dépôt de la poursuite.
Polygone, avec l’accord du juge, a interrogé une série de personnes pour savoir si elles sont MaChouette. Le Globe& Mail (où travaille Leblanc) ne l’a appris que plus tard et tente sans succès d’intervenir depuis.
En parallèle à cette histoire de sources, Leblanc a publié dans le Globe un article révélant que Polygone tentait de régler à l’amiable avec Ottawa pour 5 millions. Polygone s’est plaint de cet article et le juge Jean-François de Grandpré, sans même entendre le Globe, a interdit à Leblanc d’écrire une autre ligne sur le sujet. La Cour suprême va se pencher sur cette ordonnance cet automne, mais la Cour d’appel fait un détour pour souligner que le juge l’a émise de son propre chef, sans entendre le Globe – ce qui est bien sûr inadmissible autant qu’illégal.
Puis, ce printemps, c’est le collègue Joël-Denis Bellavance qui écrit dans La Presse sur les négociations entre Ottawa et Polygone. Nouvelle ordonnance, mais cette fois au moins l’avocat de Gesca a pu plaider.
Le juge de Grandpré estime que La Presse a « avalisé » la faute de la source gouvernementale qui a violé la confidentialité des négociations avec Polygone. Pour la bonne marche des négociations, La Presse ne peut donc plus publier d’information confidentielle.
C’est cette décision que vient de casser la Cour d’appel. D’abord en disant que le juge de Grandpré n’a pas appliqué le test que tout juge devrait appliquer avant de limiter la liberté de la presse. Ensuite en déclarant que les médias ne sont pas liés par les engagements de confidentialité des autres – ce qui reviendrait à nier le journalisme d’enquête. Dans ce cas-ci, en outre, le seul fait confidentiel était la reprise des négociations.
Voilà un jugement qui remet de l’ordre dans les principes et qui reconnaît l’importance fondamentale de l’enquête journalistique. Enfin.



La Cour d’appel duQuébec donne raison à La Presse  -  Karim Benassaieh
Dans ce qui constitue une victoire « majeure » pour le droit du public à l’information, la Cour d’appel du Québec a donné raison hier à La Presse et à son journaliste Joël-Denis Bellavance dans la cause les opposant au Groupe Polygone.
De façon unanime, les trois juges de la Cour d’appel ont notamment décidé que les journalistes ont le droit de diffuser une information, même si leur source l’a obtenue ou transmise en commettant une faute. « Interdire aux journalistes d’utiliser des informations confidentielles aurait pour effet de limiter sérieusement, sinon anéantir, leur capacité d’enquête et de cueillette d’information », écrit le juge Hilton.
« C’est donc à tort que le juge de première instance (affirme) que les journalistes recevant des informations d’une source (qui viole) une obligation de confidentialité ne peuvent les diffuser légalement, ajoute plus loin le juge Dalphond. Une telle règle n’existe pas au Canada. »
Selon l’avocat de dans ce dossier, Christian Leblanc, le plus haut tribunal au Québec a rendu une décision historique en matière de liberté d’expression et de droit à l’information. « Il n’y a aucune décision québécoise, même canadienne, là-dessus. C’est une première. La Cour d’appel vient clarifier ce qui est une grande victoire pour la liberté de presse. Si un journaliste obtient une information d’une source qui l’a peut-être obtenue de façon illégale, on peut quand même la publier. Le juge de première instance prétendait qu’on avalisait ainsi une faute. Si c’était le cas, des affaires comme le Watergate n’auraient jamais vu le jour. »
En avril dernier, le juge JeanFrançois de Grandpré, de la Cour supérieure, avait interdit à La Presse de diffuser toute information sur les négociations entre le Groupe Polygone, un acteur du scandale des commandites, et le gouvernement fédéral. Le 1er avril, La Presse avait publié un article révélant que l’entreprise avait relancé discrètement les négociations et proposait de rembourser cinq millions sur les 39 millions reçus dans le cadre du programme des commandites. Cette dernière information financière reprenait essentiellement les termes d’un article du Globe and Mail datant de l’automne 2008 – qui avait d’ailleurs valu à l’époque au quotidien torontois une ordonnance de non-publication.
En avril dernier, estimant que son droit à la vie privée et la bonne administration de la justice étaient menacés, Groupe Polygone avait demandé et obtenu une ordonnance interdisant à La Presse d’évoquer ces négociations. Le juge de Grandpré avait notamment statué que l’information obtenue par les journalistes provenait manifestement d’une source gouvernementale liée par un devoir de confidentialité. Ce devoir ayant été brisé, le journaliste « acquiert donc l’information suite à la commission d’une faute qu’il n’a pas le droit d’avaliser », a estimé en première instance le juge de Grandpré.
Faux, a rétorqué hier la Cour d’appel. Que ce soit pour le Watergate ou le scandale des commandites, « l’histoire démontre que la préservation de la démocratie (…) n’est parfois possible que grâce à des fuites à un journaliste par des sources non autorisées à les communiquer », dit le juge Dalphond.
« C’est un jugement majeur, estime Philippe Cantin, éditeur adjoint à La Presse. On se réjouit beaucoup de voir que le droit du public à l’information a été affirmé aussi clairement. Pour nous, ce jugement confirme que le droit du public est un droit reconnu dans notre jurisprudence. Et que notre capacité à mener des enquêtes journalistiques essentielles à la démocratie est reconnue avec force. »
Les avocats de Groupe Polygone, devenu Malcolm Media, ont 30 jours pour porter la décision en appel. La cause du Globe and Mail, toujours sous le coup d’une ordonnance de non-publication similaire depuis novembre 2008, sera par ailleurs entendue en Cour suprême le 21 octobre prochain. En cas d’appel de Groupe Polygone, la Cour suprême pourrait regrouper les deux causes, qui soulèvent essentiellement les mêmes règles de droit.



PROTECTION DES SOURCES JOURNALISTIQUES - Deux visions s’affrontent enCour suprême

« Si les sources se retrouvent exposées, ça va en refroidir plusieurs de briser le silence. »
— Deux visions diamétralement opposées se sont affrontées hier, en Cour suprême, qui entendait la première de deux importantes causes susceptibles de changer les pratiques journalistiques.
La Cour suprême du Canada doit trancher la délicate question de la protection des sources journalistiques. Une décision susceptible de changer les pratiques journalistiques.
Le plus haut tribunal du pays se penchait ainsi sur le cas du quotidien National Post et de son journaliste Andrew McIntosh, qui refusent de remettre aux autorités un document obtenu d’une source confidentielle, dans le dossier du Shawinigate. La veille, la Cour suprême avait accepté d’entendre en octobre prochain la cause opposant le journaliste du Globe and Mail Daniel Leblanc à l’agence de publicité Polygone, qui réclame de connaître l’identité de la source surnommée Ma Chouette, à l’origine d’une partie des révélations qui ont levé le voile sur le scandale des commandites.
Tour à tour hier, les avocats du quotidien torontois, d’autres médias et des groupes de défense des libertés civiles ont plaidé l’importance de la protection d’une source qui fournit de l’information à un journaliste sous le sceau de la confidentialité.
« Si les sources se retrouvent exposées, ça va en refroidir plusieurs de briser le silence », a souligné Me Brian MacLeod Rogers, représentant l’Association canadienne des journaux.
« La charte protège la liberté de la presse, et dans cette garantie il y a aussi selon nous le droit de protéger les sources des journalistes, a renchéri Me Daniel Henry, avocat de la Société RadioCanada. Sans source, il y aura moins d’histoires importantes et de reportages d’intérêt public. »
Plus de 35 États américains ainsi que des pays européens ont déjà modifié leur cadre législatif pour y inclure certaines formes de protection des sources journalistiques, ont plaidé les avocats du National Post. Le Canada ne dispose pas de telles lois.
Pas au-dessus des lois
En Cour suprême, le procureur de la Couronne a rétorqué que les journalistes, si utiles à la société qu’ils soient, ne peuvent pas se prétendre au-dessus des lois.
« La question n’est pas de définir si les médias jouent un rôle fondamental dans notre démocratie. C’est le cas. La question est de savoir si, au nom de la relation privilégiée journaliste-source, ce rôle place les journalistes et ceux qui leur fournissent des informations au-dessus de la loi », a souligné Me Robert Hubbard, en introduction de son plaidoyer.
Dans la cause en question, la Gendarmerie royale du Canada, arguant que le document de M. McIntosh est un faux, a obtenu en 2002 un mandat de perquisition pour obliger le rédacteur en chef du journal à remettre le document et l’enveloppe dans laquelle il a été reçu, afin d’analyser les empreintes et d’identifier la source. Le National Post a toujours refusé de se plier à l’ordre de la Cour. Sur la base des informations contenues dans le document en question, M. McIntosh avait révélé que l’ancien premier ministre Jean Chrétien s’était placé en situation de conflit d’intérêts en intervenant auprès de la Banque de développement du Canada pour qu’elle alloue un prêt à l’Auberge Grand-Mère, située dans sa circonscription de Shawinigan.
Les neuf juges de la Cour suprême ont pris la cause en délibéré. La décision pourrait prendre jusqu’à plusieurs mois avant d’être rendue publique.
Difficile de trancher
Pour le spécialiste en droit de l’information de l’Université de Montréal, Pierre Trudel, les tribunaux pourraient avoir beaucoup de difficulté à trancher les causes d’Andrew McIntosh et de Daniel Leblanc, dans lesquelles « deux logiques s’affrontent: la liberté de la presse et la capacité des tribunaux à rendre justice ».
« Dans des situations où de tels droits s’affrontent, il est rare qu’on réussisse à avoir une règle qui détermine, une fois pour toutes, quel principe doit l’emporter sur l’autre, souligne le professeur Trudel. On est en présence de droits fondamentaux tout aussi légitimes l’un que l’autre. »
La complexité, selon lui, réside aussi dans le fait qu’il n’y a aucune règle qui régit la profession journalistique, contrairement aux médecins ou aux avocats, par exemple, qui sont tenus au secret professionnel.
Personne n’est au-dessus des lois, certes, mais « est-ce que la loi peut imposer des contraintes aussi lourdes à la liberté de la presse? » s’interroge-t-il.
À la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), on a tranché. Le moment est venu, selon le président, François Bourque, de légiférer pour protéger la confidentialité des sources.
« Ça n’a plus de bon sens de continuer à aller faire des batailles chaque fois en Cour pour être capable de protéger du matériel journalistique. Il est temps de trouver une solution permanente », dit-il.
La FPJQ a mis sur pied un groupe de travail, en collaboration avec les principaux médias québécois, pour établir les balises à l’intérieur desquelles les journalistes doivent pouvoir, dans l’intérêt public, protéger leurs sources.
« Dans un contexte où les gouvernements ferment l’accès à l’information, poussent à des niveaux inégalés la culture du secret, c’est de plus en plus important que les journalistes puissent avoir accès à des sources de l’intérieur », explique le président de la FPJQ.
Déjà, il craint que les procédures judiciaires en cours ne refroidissent les ardeurs de dénonciateurs potentiels, et ce, aux dépens de l’intérêt public.

 
Feu le journalisme d’enquête?
    YVES BOISVERT CHRONIQUE 

Dans le cas de négociations impliquant les fonds publics, en marge du plus grand scandale politique des 10 dernières années, on peut plaider l’intérêt public. Si, par exemple, on apprend que le règlement risque de se faire pour une somme dérisoire.

Vendredi, le juge JeanFrançois de Grandpré a rendu un jugement qui, s’il était suivi, rendrait illégales à peu près toutes les enquêtes journalistiques.
Selon son raisonnement, un journaliste qui transmet une information obtenue grâce à un bris de confidentialité commet une faute. C’est ce qu’il écrit dans son jugement rendu contre La Presse et le journaliste Joël-Denis Bellavance, à la demande du Groupe Polygone.
Or, au risque de faire de la peine au juge de Grandpré, le journalisme d’enquête consiste précisément à dévoiler des informations importantes qui sont cachées du public. Pour cela, on doit obtenir des confidences. Des confidences de gens normalement tenus au secret par une loi, un règlement ou un engagement.
Prenons un exemple énorme: le Watergate. L’enquête journalistique qui a entraîné la chute du président des États-Unis, il y a 35 ans, était fondée en partie sur les confidences du numéro 2 du FBI – surnommé Deep Throat –, qui s’est dévoilé en 2005.

Il va de soi qu’un policier est tenu légalement au secret des enquêtes qu’il mène. Il peut perdre son emploi s’il viole ce secret.
VMais il se trouve des gens comme William Mark Felt (Deep Throat) qui estiment à un certain moment de leur carrière que l’intérêt supérieur de la nation leur commande de violer un secret auquel ils sont légalement tenus. Dans son cas, il voyait que la Maison-Blanche tentait d’étouffer le scandale en contrôlant le FBI, et comme c’était un policier honnête, il a décidé de faire en sorte que le public sache la vérité sur l’opération de camouflage du président Nixon.
Il l’a fait au péril de sa carrière et de sa sécurité. C’était, si on restreint bêtement la portée de son geste, un acte incontestablement illégal. Mais c’était aussi un acte de courage remarquable qui servait l’intérêt public.
L’affaire décidée par le juge de Grandpré vendredi n’est pas le Watergate, mais elle est un sousproduit du scandale des commandites. Polygone et son président Luc Lemay sont présentement poursuivis (avec d’autres firmes) par le gouvernement fédéral, qui leur reproche d’avoir touché des dizaines de millions en exagérant les factures dans le cadre du scandale des commandites.
On sait que Polygone, pour se défendre, plaide que le gouvernement a trop tardé à poursuivre. Pour cela, Polygone veut connaître la source du journaliste Daniel Leblanc, du Globe and Mail, un de ceux qui ont fait éclater le scandale.
Au fait, cette source (MaChouette) n’a-t-elle pas violé un engagement de confidentialité si elle est une employée de la fonction publique? Un fonctionnaire ne peut à peu près rien révéler à un journaliste sans violer 50 articles de loi ou de règlement…
Qui dira que cette source n’a pas rendu un prodigieux service aux Canadiens ?
Toujours est-il que notre collègue Bellavance a écrit, le 1er avril , que Polygone était en train de négocier un règlement à l’amiable avec le gouvernement. Il a révélé les sommes qui étaient discutées selon « une source gouvernementale ».Ces négociations, comme toute négociation pour régler un litige, sont confidentielles. Polygone n’était pas du tout content de voir qu’une source à Ottawa donnait des informations aux journalistes, l’avocat du procureur général non plus. D’autant que Leblanc avait lui aussi écrit, l’automne dernier, sur ces négociations, ce qui avait fait bondir le juge de Grandpré. Le juge lui avait d’ailleurs intimé l’ordre de ne plus le faire, sans même laisser plaider l’avocat du Globe and Mail.
Mais cette fois-ci, l’avocat de La Presse a pu amplement s’exprimer, comme quoi la liberté de presse avance. Il n’a cependant pas convaincu le juge, qui a émis une ordonnance à La Presse lui interdisant d’écrire quoi que ce soit sur ces négociations.
En soi, ce n’est pas un jugement surprenant. Il est vrai que les règlements deviendraient difficiles si les négociations étaient sans cesse rapportées dans les médias. Il y a une réelle valeur à protéger ces négociations.
Ce qui est consternant, cependant, c’est que le juge décrète cette ordonnance comme si c’était un absolu, sans prendre en considération les enjeux d’intérêt public qui dépassent le cadre de la cause, sans les mettre en balance.
Et puis il y a ce passage, où le juge écrit que le journaliste qui acquiert une information « suite à la commission d’une faute » n’a « pas le droit de l’avaliser ». Le journaliste doit en effet présumer que son information émane d’une personne qui viole un secret.
Pourtant, le secret est déjà violé par la communication avec le journaliste – qui, lui, n’est tenu à aucun secret. Une fois que le journaliste est en possession de cette information, peu importe d’où elle émane, deux questions se posent : est-elle vraie ? Est-elle d’intérêt public? Si c’est le cas, il devra normalement la publier. On fait ça tous les jours, des reportages des faits divers aux affaires politiques.
Dans le cas de négociations impliquant les fonds publics, en marge du plus grand scandale politique des 10 dernières années, on peut plaider l’intérêt public. Si, par exemple, on apprend que le règlement risque de se faire pour une somme dérisoire.
Je conçois que d’un point de vue de gestion judiciaire stricte, tout ce qui nuit à un règlement est à éviter. Mais le juge de Grandpré aurait au moins pu considérer les autres enjeux qui dépassent les murs de sa salle d’audience. Qu’au moins on sente qu’ils ont été mis dans la balance.

Ce n’est pas le cas. On se retrouve au final avec une décision qui nie l’essence même de la fonction d’enquête du journaliste et qui, juste pour ça, est insensée.



La censure dans tous ses états -  Pierre Trudel
Il est temps de baliser le droit à la réputation en limitant son application aux propos diffusés de mauvaise foi ou par incurie
La mise en demeure à l’encontre du livre de Mario Pelletier sur la Caisse de dépôt illustre la démesure que prend le
droit des entreprises.
LL’auteur est professeur de droit de l’information au Centre de recherche en droit public à la facultéde droit de l’Université de Montréal. e triste épisode de la censure du livre La Caisse dans tous ses états démontre la nécessité d’assurer une protection significative contre la censure préalable. Au Québec, les gestionnaires des entreprises et des organismes publics ont la liberté de dépenser les biens de la collectivité pour entreprendre des poursuites contre ceux qui sont en désaccord avec leurs décisions.
Utilisant l’argent de l’ensemble des citoyens qui y versent une partie de leurs épargnes, les autorités de la Caisse de dépôt servent à l’éditeur une mise en demeure visant à s’opposer à la parution d’un livre critique sur certains aspects de la gouvernance de l’institution publique. Dans cette mise en demeure, il n’y a pas de démonstration que le livre comporterait des affirmations fautives; uniquement des allégations de propos « vexatoires » et possiblement embarrassants pour certains gestionnaires.
N’ayant pas les moyens de soutenir une bataille judiciaire, l’éditeur s’empresse d’obtempérer et demande à ses distributeurs de retirer les exemplaires du livre déjà en librairie. Ce phénomène est désigné aux États-Unis par l’expression « effet réfrigérant » sur la liberté d’expression: sans même à avoir à démontrer en quoi le propos est abusif, on censure! Sans même que les juges aient été invités à déterminer si le contenu de l’ouvrage enfreint quelque loi, le public aura été privé d’un regard critique sur une institution publique. Les tribunaux américains ont cherché à enrayer la tentation de se servir du droit à protéger sa réputation pour museler l’expression légitime des autres. Au Canada, on choisit de célébrer béatement le droit à la réputation sans se préoccuper des dérives qu’il permet.
Les législateurs et certains défenseurs des droits de la personne tolèrent le déséquilibre en faveur du droit à la réputation invoqué par ceux qui ont intérêt à faire taire les critiques. L’étendue excessive que l’on accorde au Québec au droit à la réputation permet pratiquement d’intenter un recours à l’encontre de tout propos qui nous déplaît ou que l’on souhaite réduire au silence. À l’égard des personnalités publiques, il est difficile de départager ce qui relève de la juste critique et ce qui constitue de la diffamation. Cette ambiguïté joue invariablement contre l’exercice de la liberté d’expression. Il est grand temps que l’on balise le droit à la réputation en limitant son application aux seuls propos diffusés de mauvaise foi ou par incurie.
L’épisode récent de la mise en demeure à l’encontre du livre de Mario Pelletier sur la Caisse de dépôt illustre la démesure que prend le droit des entreprises de faire taire ceux qui les critiquent. Les droits qui limitent la liberté de s’exprimer doivent être définis de façon suffisamment nuancée pour ne pas servir de prétexte à n’importe quelle tentative de museler les points de vues opposés. Il est grand temps d’abandonner des lieux communs au sujet de la nécessité de garantir le « droit à la réputation » des personnes et de s’assurer que celui-ci cesse d’être utilisé comme un ciseau de censure à la disposition de ceux qui ont les moyens (les leurs… et souvent ceux des autres!) de faire taire les critiques.


Un tsunami frappe le journalisme, selon la ministre St-Pierre
— Inquiète de la disparition de l’édition dominicale de La Presse, la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, estime qu’un tsunami frappe actuellement la profession de journaliste.
Questionnée sur la décision du groupe de presse Gesca, Mme StPierre a témoigné hier sa tristesse et son inquiétude pour l’avenir du journalisme.
La ministre a indiqué que la fin de la publication de La Presse le dimanche, dès juillet prochain, s’ajoute à une longue liste de mauvaises nouvelles qui ont affecté les journalistes du Québec. Elle a cité la fermeture de la salle de rédaction de TQS, les compressions à Radio-Canada et le lock-out décrété au Journal de Montréal.
« C’est tout le bouleversement qu’il y a dans le milieu de l’information qui est inquiétant parce que c’est la diversité des voix (qui est en jeu) et ce qui va se passer dans l’information locale et régionale, il y a un tsunami », a-t-elle commenté.
Mme St-Pierre estime qu’une analyse de la profession est rendue nécessaire par la transformation des habitudes des consommateurs qui se tournent de plus en plus vers l’internet pour s’informer.
« Il faut discuter avec les patrons des entreprises de presse, les syndicats, la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (...) pour faire en sorte que la population soit bien informée », a ajouté la ministre, qui a été elle-même journaliste à Radio-Canada pendant plus de 20 ans.
Selon elle, la réflexion à mener sur la profession doit aussi toucher la pression exercée sur les journalistes depuis l’avènement des canaux d’information continue et de l’internet.
« Est-ce que les journalistes ont suffisamment de recul pour être capables de traiter une nouvelle dans un temps qui est humainement possible, parce que les journalistes sont maintenant forcés à faire le métier de façon de plus en plus vite, ça augmente les possibilités d’erreur », a-t-elle conclu.

Être à la fois journaliste et élue, c’est possible  -  Marc Thibodeau
PARIS — Peut-on être à la fois journaliste dans un grand quotidien national et élue municipale de l’ UMP, parti de la majorité gouvernementale, sans compromettre sa crédibilité ?
Une double fonc t i on de c e t t e nat u r e s e r a i t j ugée hérétique dans un quotidien nord-américain, mais elle ne pose guère problème dans l’ Hexagone, à en juger par la situation de Martine Perez, journaliste au quotidien de droite Le Figaro.
L e magazine de gauche Marianne a ironisé récemment sur le sujet en se moquant d’un article de Mme Perez dans lequel elle traitait du malaise subi par le président Nicolas Sarkozy durant une sortie de course à pied.
L’hebdomadaire s’étonnait d’un passage où la journaliste soulignait la forme physique « particulièrement éblouissante » du chef d’État et « sa manière d’être archiprésent sur tous les fronts, apparemment toujours combatif et ne rechignant jamais devant un déplacement, une annonce, une prise de position, un combat ».
« La presse cubaine en prendra des leçons », a souligné Marianne, qui invitait, d’un ton grinçant, le Figaro à ouvrir ses portes « à des articles rédigés moins souvent par des groupies présidentielles plus lucides et moins aveuglées ».
Martine Perez, qui siège dans le 3e arrondissement sous le nom de son mari, WeillRaynal, estime que la revue satirique lui fait un procès d’intention qui n’a pas lieu d’être.
« Je n’ai strictement rien à cacher. Mes activités politiques sont connues depuis longtemps et ne posent pas problème avec la direction », souligne la journaliste, qui ne voit pas de problème éthique avec sa situation.
« Si j ’avais été affectée à l’économie ou à la politique, la situation serait peut-être différente. Mais j e couvre les questions de santé publique », souligne Mme Perez, qui affirme n’avoir jamais mélangé ses deux fonctions. Le passage sur la forme du chef d’État à l ’origi ne de la sortie de Marianne ne faisait que relever, dit-elle, un fait déjà souligné par plusieurs commentateurs.
Le poste dans le 3e arrondissement n’est pas rémunéré, ajoute la journaliste, qui a été sollicitée pour devenir candidate UMP il y a plusieurs années en raison de ses activités dans une association de parents d’élèves. « Comme tout être humain, j’ai le droit de m’intéresser à la vie politique », dit-elle.
La direction du journal a refusé de commenter la situation, se contentant de renvoyer les questions de La Presse à Mme Perez elle-même.
François Delétraz, qui est délégué du Syndicat national des journalistes (SNJ) au Figaro Magazine, une entité distincte du Figaro, ne voit rien de répréhensible à la situation de Mme Perez.
« Les journalistes peuvent convoiter des responsabilités civiques », indique le délégué. Le seul cas problématique, juge-t-il, est celui où la rubrique couverte par le journaliste touche le secteur où i l est engagé civiquement.
Dominique Pradalié, secrétaire générale du SNJ, pense que la situation de Mme Perez donne un « mauvais exemple ».
« Même si elle est d’une honnêteté intellectuelle irréprochable, les gens qui la voient dans son rôle d’élue ne peuvent pas imaginer que son honnêteté est totale sur le plan journalistique », dit-elle. Bref, la simple apparence de conflit d’intérêts rend sa position répréhensible.



Le droit à la controverse  -  YVES BOISVERT
Les médias sont-ils obligés de ne donner la parole qu’à des gens consensuels, mesurés, pondérés et bien peignés ?
En rejetant le recours collectif d’un homme prétendant parler au nom de tous les Noirs du Québec contre RadioCanada, le juge Marc de Wever a dit non il y a deux semaines.
Eh oui, c’est encore l’histoire du Doc Mailloux, déclinée ici sous l’angle de l’atteinte à la réputation de la communauté noire.
Étonnamment, cette décision est passée à peu près sous le radar médiatique. Je dis étonnamment parce qu’une décision dans le sens opposé aurait eu des conséquences désastreuses et rendu encore plus frileux et conformistes les réseaux de télévision.
Le CRTC avait blâmé RadioCanada en 2006 pour avoir provoqué artificiellement une controverse en ayant permis la diffusion de propos «dénigrants, offensants» du psychiatre, qui prétendait s’appuyer sur des études (jamais publiées) pour affirmer que les Noirs ont un quotient intellectuel moyen inférieur aux Blancs et y allant d’une explication pseudo-scientifique. Le CRTC a reproché à Radio-Canada d’avoir provoqué ce débat sans même convoquer un expert pour le contredire.
Le Collège des médecins, le mois dernier, a conclu que le médecin avait émis des propos non soutenus par les données de la science actuelle et était donc coupable de divers manquements à son code de déontologie (le psy en appelle).
L e vent sou ff la it si fort contre le psychiatre maintenant déclaré officiellement infâme qu’on pouvait craindre que le recours collectif entrepris au nom de la communauté noire soit accueilli.
En fait, le demandeur n’a pas même obtenu la permission de l’exercer. La poursuite était tardive (plus d’un an), ce qui déjà réglait le cas. En plus, les « dommages » de chaque personne sont impossibles à quantifier objectivement et individuellement et, finalement, de toute manière, la diffamation collective n’est pas reconnue en droit québécois. Quand quelqu’un dénigre un groupe très large, aussi stupides soient les propos, la diffamation se trouve diluée pour ainsi dire.
O n récla ma it à R ad io - Canada 24 500 $ pour chacun des 175 000 membres de la communauté. Ce qui ferait 4 287 500 000 (on aurait peutêtre réglé pour 4 milliards tout rond, remarquez).
S’il fallait que ce genre de recours réussisse, cela voudrait dire qu’il serait illégal de diffuser des propos offensant un groupe, même si ces propos sont descendus en flammes dans la même émission. Car enfin, c’est ce qui est arrivé au Doc Mailloux : tous les autres invités l’ont descendu.
On pourrait par exemple imaginer un groupe d’anglophones poursuivant TVA ou la SRC après la diffusion d’une entrevue de Pierre Falardeau. Ou n’importe quel média rapportant des thèses controversées, y compris pour les critiquer.
Si la peur des poursuites fait en sorte que les médias ne convoquent plus des personnalités publiques pour les confronter, on n’aura protégé personne.
Ce n’est pas en les rendant illégales qu’on combat les idées fausses. « Le remède ne réside pas dans la dilatation du concept de diffamation, mais bien dans le débat public et même le débat public vigoureux », écrit le juge de Wever.
Bien dit.
« Bien connu de la police »
En deux semaines, deux policiers de Montréal ont été arrêtés pour avoir transmis des informations policières confidentielles.
La bonne nouvelle, c’est qu’on prend l’affaire suffisamment au sérieux pour que des accusations criminelles soient déposées contre eux. Avis à tous les intéressés…
L a mauvaise, eh bien… c’est justement que c’est très sérieux. Les banques de données auxquelles les policiers ont accès contiennent un nombre fabuleux de données personnelles sur tous les citoyens, avec ou sans casier judiciaire. On se souvient que les motards payaient des sources chez des sous-traitants de la SA AQ pour obtenir des informations sur des ennemis ou des cibles de leurs opérations.
Le premier cas vise un sergent-détective aux homicides, Mario Lambert, accusé d’utilisation frauduleuse de l’ordinateur de police. Les détails ne sont pas connus, mais c’est un policier d’expérience travaillant sur des enquêtes majeures.
L’autre cas est peut-être encore plus troublant : l’agente Nancy Lauzon est accusée du même crime, au profit de son père, Fernand Lauzon, un homme de 68 ans accusé de trafic de cocaïne.
Fernand Lauzon, apparemment, est bien connu de la police même s’il n’a pas d’antécédent judiciaire. Les policiers l’accusent d’être un important trafiquant de coke dans le sudouest de Montréal.
Il semble que Lauzon était nerveux et s’inquiétait d’être suivi par une voiture inconnue. Il a demandé à sa fille d’en vérifier la plaque. C’était une voiture de police banalisée… Lauzon a été arrêté dans le cadre de la méga-opération Axe, ce printemps.
Le fait d’avoir transmis une information, si c’est vrai, ne veut pas dire que la policière ait été complice de son père. La mauvaise réputation de ses parents, par ailleurs, ne devrait sans doute pas empêcher quelqu’un d’être policier.
Mais comment se fait-il que la policière Lauzon patrouillait dans le quartier où les complices de son père trafiquaient (selon les accusations du dossier Axe, du moins) ? Là, on commence à avoir des doutes sur le sérieux de l’encadrement et des enquêtes de sécurité au Service de police de la Ville.
On dirait que ceux qui devraient consulter le centre de renseignements policiers ne le font pas toujours. À moins que l’expression « bien connu de la police » veuille dire : connu uniquement de l’ordinateur de police, vu que la police a pris sa retraite… Il me semble que le chef Yvan Delorme a des réponses à nous donner.

De l’asphalte et des fouille-merdes  -  Patrick Lagacé
Je n’ai pas besoin de sources anonymes pour vous c on f i r mer que Benoit Labonté n’enverra pas de carte de Noël à Fabrice de Pierrebourg, le journaliste lock-outé qui écrit pour RueFrontenac.com. Si le colistier de Louise Harel a été envoyé en exil par celle-ci, si sa carrière politique est en miettes, ce matin, c’est un peu, beaucoup, à cause de Fabrice.
L’histoire des liens entre l ’ o mniconst r uc t e u r Tony Accurso et le numéro deux de Vision Montréal, c’est grâce à Fabrice de Pierrebourg qu’elle est connue. D’autres y ont ajouté de belle façon ces derniers jours. Mais les premières salves, ce sont les siennes.
Le premier qui a raconté cette rencontre entre Benoit Labonté et Tony Accurso, dans un restaurant de Montréal, en 2008, c’est Fabrice.
Labonté n’était alors pas le numéro deux de Vision de Montréal. Il était un transfuge, venant de quitter le parti de Gérald Tremblay. Il briguait le leadership de Vision Montréal.
Début 2008, Accurso n’était pas encore l’entrepreneur qui allait mettre subséquemment t ant d’hommes de pouvoir – Michel Arsenault et Jocelyn Dupuis de la F TQ , Frank Zampino, numéro deux de la Ville de Montréal, et Labonté, maintenant – dans le pétrin.
Le premier qui a raconté que Benoit Labonté a sollicité des fonds de Tony Accurso, c’est encore Fabrice. Le journaliste a raconté que Labonté, pour sa campagne au leadership, avait besoin de fric. Accurso, selon les sources de Fabrice de Pierrebourg, lui en a donné. En argent comptant et par chèques.
Mon ami devrait, en vertu de tout cela , être content. Ses nouvelles, qui ont longtemps été ignorées, ont eu un impact du tonnerre, ce weekend, avec la double ( !) démission de Benoit Labonté. Et sa répudiation par une Louise Harel castratrice, hier.
Pourtant, en bon français, ça fait quelques jours qu’il bougonne, Fabrice, il n’est pas content. I l bougonne parce que certains journalistes ont repris l’histoire, son histoire, sans lui en donner le crédit.
Je comprends Fabrice. Ça manque toujours de grandeur de reprendre une nouvelle sans dire d’où ça vient. Ou d’y ajouter un détail et de prétendre que c’est EXCLUSIF.
Comme d’autres collègues, j’ai été victime de ce genre de braconnage. Tiens, en 2006, la télé de Radio-Canada avait repris ce scoop, mon scoop, su r Richa r d Bergeron, de Projet Montréal, qui croit à certaines théories du complot à propos de septembre 2001. Sans citer que ça venait du JdeM. Cheap et fâchant.
Je comprends t a colère, camarade, mais il ne faut pas oublier l ’essentiel. Et l ’essentiel, c’est que c’est toi qui a mis une grosse loupe sur Labonté ; si grosse que l’affaire Labonté-Accurso est devenue impossible à ignorer.
D’autres médias ont commencé à poser des questions. Labonté a dû cesser de se réfugier derrière les mises en demeure de ses avocats. Et d’autres sources, voyant la pression monter, ont décidé de se mettre à table, à RadioCanada et à TVA, notamment.
Sans toi, Fabrice, pas sûr que Paul Larocque, un fleuron de notre profession, se serait intéressé à cette affaire. Pas sûr que l’as de TVA aurait réussi ce magnifique botté de transformation : la révélation, « document officiel » à l’appui, que Labonté a téléphoné à quelques reprises à Accurso. Et vice-versa. En cita nt la durée des conversations !
Puis, hier, Larocque a récidivé avec des dates précises de rencontres entre Labonté et d’autres gens d’a f fa i res – des entreprises de construct i o n , de s e nt r e pr i s e s de génie – ainsi que la somme totale ainsi accumulée pour sa campagne au leadership : plus de 200 000 $.
Rien d’illégal, bien sûr. Mais ô combien troublant : si vous croyez que des gens d’affaires donnent 200 000$ à un candidat au leadership d’un parti municipal sans rien espérer en retour, alors je vous dis que je suis la réincarnation de JFK. J’espère que vous allez croire ça aussi.
L’essentiel, c ’est que des sources parlent. C’est que TVA, par exemple, mette aussi son gros nez dans cette soupe infecte remuée depuis des mois par La Presse, Le Devoir et RadioCanada. Plus il y a de médias qui vont s’intéresser aux histoires de copinage entre politiciens et gros joueurs de l’industrie de l’appel d’offres municipal, plus la lumière sera éblouissante. Et difficile à ignorer.
Parce qu’on dirait bien que la seule façon de jeter de la lumière sur le merveilleux monde du copinage entre les gangs de routes et nos élus municipaux, c’est à travers les fouille-merdes que sont les journalistes. Parce que l’État et le Directeur général des élections, eux, ont égaré leurs flashlights.



Quand les médias gobent des canulars  -  Mali Ilse Paquin
Vous souvenez-vous de l’histoire de la chanteuse Amy Winehouse dont les cheveux avaient pris feu lors d’une soirée ? Ce canular a fait le tour du monde. Le documentariste Chris Atkins voulait démontrer le manque d’éthique et de rigueur des tabloïds. Son f
LONDRES — Chris Atkins ne dort pas beaucoup ces joursci. Le réalisateur britannique a été harcelé par des journalistes enragés. Il a aussi évité de peu le bâillon de la part des avocats de Max Clifford, relationniste tout puissant des vedettes britanniques.
Pour piéger les tabloïds et mettre en évidence leur exploitation du culte de la célébrité, le documentariste Chris Atkins a fabriqué de toutes pièces des histoires au sujet de vedettes.
« C’est la folie depuis quelques semaines », admet Chris Atkins.
Son brûlot, Starsuckers, s’attaque à la machine médiatique et son exploitation du culte de la célébrité. Il a pris l’affiche hier dans la controverse.
Pour piéger les tabloïds, le réalisateur a fabriqué des histoires de toutes pièces. L’une d’elles mettait en scène la coiffure d’Amy Winehouse qui avait pris feu à la suite de l’explosion d’un fusible. Sans aucune vérification, le Daily Mail et le Daily Star ont publié la fausse nouvelle, qui s’est retrouvée jusque dans le Times of India.
Chris Atkins est allé plus loin en prétendant connaître les détails d’opérations esthétiques de célébrités. Trois journalistes ont voulu le rencontrer. La publication d’informations médicales confidentielles est pourtant interdite par l’organisme d’autorégulation des médias, la Press Complaints Commission (PCC).
Lors de ces entretiens, les rôles éta ient i nversés : les journalistes étaient filmés à leur i nsu. I ls ont promis à Chris Atkins jusqu’à 10 000 £ (18 000 $ CAN) pour une histoire qui ferait la une.
La journaliste de The People, t i ré à un million d’exemplaires, confie qu’une réprimande de la PCC n’est pas un problème. « Si nous nous faisons taper sur les doigts, nous n’avons qu’à publier une excuse quelque part et c’est tout. Il n’y a pas d’amende… En fait, la PCC est dirigée par les éditeurs de journaux euxmêmes », dit-elle en riant.
Et c’est là que le bât blesse, ex pl ique C h r is A t k i n s . « L’autorégulation ne fonctionne pas. Les banques l’ont fait, regardez le résultat ! C’est une honte nationale », dit-il en entrevue.
Plusieurs tabloïds britanniques ont été poursuivis en justice ces dernières années. L e s pa r e nt s de l a pet i t e Maddie McCann ont obtenu des excuses et une compensation financière du Daily Star et du Daily Express en 2008. La justice britannique a aussi été saisie de l’affaire d’une vidéo sexuelle de Max Mosley, diffusée par News of the World.
« Leurs pratiques sont bien pires que je pensais », dit le réalisateur, dont un documentaire sur l’érosion des libertés civiques sous Tony Blair, Taking Liberties, l’a fait connaître en 2007.
Le film Starsuckers écorche également un intouchable de l’industrie du spectacle: Max Clifford. Le relationniste des sta r s explique devant une caméra cachée comment il tire les ficelles, facilitant par exemple les fréquentations de filles mineures par un acteur libidineux.
Après u ne disc ussion entre les avocats d’Atkins et de Clifford, ces derniers ont abandonné une tentative d’injonction. D’autres avocats frappent toutefois à la porte du documentariste. « Je suis nerveux mais confiant », dit-il.



Des pirates suédois au Parlement européen?
Porté par la sympathie pour les quatre gars du site web suédois d’échange de fichiers Pirate Bay, récemment condamnés à la prison pour « aide au piratage », le Parti Pirate de Suède pourrait entrer au Parlement européen la semaine prochaine. La chroniqueu
Je l’aperçois sur le quai du métro, avec un polo mauve où l’on peut lire Piratpartiet et un ordinateur blanc minuscule sous le bras. C’est Rickard Falkvinge, 37 ans, fondateur du Parti Pirate suédois. Il discute avec des passants en leur montrant des informations sur son portable, qui est en ligne même dans les tunnels souterrains de Stockholm.
Le Parti Pirate suédois se nourrit de la révolte générée par le procès et la condamnation à la prison des créateurs du site d’échange de fichiers Pirate Bay. Sur la photo, une manifestation de soutien à leur égard, à Stockholm, à la mi-avril.
M. Falkvinge, « rédacteur de code source libre » devenu homme politique, ne s’est pas installé là pour faire campagne. Il est là parce qu’il a réellement pris le métro, seul, pour se rendre à notre rendez-vous et, en passant, s’assurer que la documentation du Parti Pirate au bureau de vote de la gare centrale est bien rangée et accessible. Leader politique marginal ? Pas du tout. Lancé en 2006, le Parti Pirate suédois vole haut actuellement dans les sondages. À la fin du mois de mai, on lui donnait la troisième place, derrière le Parti social-démocrate et le Parti modéré (conservateur) avec 7,9% des intentions de vote. Cela pourrait être assez pour obtenir un siège au Parlement européen. On le saura lundi.
En Suède, c’est le phénomène politique du moment.
Que veulent les pirates ? C’est un parti qui n’a pas de liens officiels avec le site web suédois Pirate Bay – « mis à part la bière occasionnelle ici et là » – mais qui partage tout de sa philosophie et qui se nourrit de la révolte générée par le procès et la condamnation à la prison, en avril, de ceux qui ont mis Pirate Bay sur pied.
Pirate Bay? C’est la référence mondiale en matière de téléchargement et d’échanges gratuits de fichiers sur le web – 22 millions de membres, des milliards de téléchargements – et donc la cible de toutes les multinationales du disque, du film et de leurs avocats, qui s’insurgent de voir leurs contenus ainsi partagés sans que cela leur rapporte un sou.
Le Parti Pirate suit trois principes, explique son fondateur. Il milite en faveur de la culture du partage sur le Net, de la libération du savoir et de la protection de la vie privée. Son programme ne contient aucune mesure nécessitant un échange d’argent. Son but n’est pas de prendre le pouvoir, mais de détenir la balance du pouvoir. Et d’influencer.
En g r os, e x plique M. Falkvinge, il faut que le monde s’ajuste aux changements structurels profonds qu’oblige l’internet. Face à cette énorme machine qui permet l’échange infini d’information, il faut que le citoyen, et non les grandes compagnies, décide où aller. On laisse quoi se balader, on protège quoi ?
Le parti, lui, répond : on permet au savoir de circuler, mais on protège la vie des citoyens. En d’autres mots, oui au téléchargement et à l’échange gratuit de films, de musique, de livres de classe ou de formules de médicaments. « Les brevets, dit M. Falkvinge, tuent des milliers de gens chaque jour en empêchant la fabrication de certains médicaments. » Mais non à la circulation et à l’accès aux renseignements personnels des internautes, que ce soit pour retrouver l’auteur d’un commentaire sur un blogue ou pour personnaliser le marketing d’une boutique en ligne.
Le parti propose, ni plus ni moins, une redémocratisation de l’accès à la connaissance.
Cette approche anti-big business plaît. Elle plaît notamment aux jeunes – la moitié des membres du parti ont moins de 25 ans – et aux hommes qui forment la majorité des supporters du parti de 47 000 membres. « Les partisans contribuent souvent à coup de 100 couronnes (environ 14 $) », explique le fondateur.
L’approche anti-establishment plaît aussi à certains artistes et auteurs de contenu.
« Je n’ai jamais vu le Parti Pirate comme un parti hostile aux créateurs, explique Eva Gabrielsson, conjointe de feu Stieg Larsson, auteur de la trilogie Millénium, immense succès de librairie adapté au grand écran. Au contraire. Leur vraie cible, ce sont les distributeurs, les éditeurs et tous ceux qui font de l’argent sur le dos des créateurs. »
L’aute u r suédois Lars Gustafsson a lui aussi donné son appui au parti dans une lettre publiée dans le quotidien Expressen, où il s’inquiète notamment des multinationales qui tentent de breveter des organismes vivants.
Les idées lancées par les fondateurs du Parti Pirate font du chemin. « Ils ne prennent pas position concernant tous les autres sujets sociaux, mais la discussion qu’ils lancent est intéressante », commente Margareta Stavling, militante pour le Parti social-démocrate.
Même l es cons e r vateur s admettent que le parti a lancé une discussion valable.
« Ils ne disent rien sur les grands enjeux du moment – libre-échange, crime organisé et protection de l’environnement, explique Henrik Lundquist, militant du Parti modéré. Mais il est vrai que je partage certaines de leurs inquiétudes concernant la protection de la vie privée sur l’internet. »


Les artistes et l’internet  -   LYSIANE GAGNON
Faut-il se réjouir de ce que l’accès à internet soit considéré comme un droit fondamental?
Consternation chez les artistes de nombreux pays, qui comptaient sur la France pour les protéger contre les téléchargements illégaux. Le Conseil d’État, qui est un peu l’équivalent de notre Cour suprême, vient de renverser la loi dite Hadopi du gouvernement Sarkozy, jugeant que la sanction ultime imposée aux internautes – la coupure de l’accès à l’internet – allait à l’encontre de la présomption d’innocence et qu’elle bafouait la liberté d’expression et de communication.
La décision du Conseil d’État vient confirmer que les musiciens et les cinéastes dont les oeuvres se trouvent sur l’internet sont les seuls travailleurs à qui la société française refuse le droit d’être rémunérés.
La décision a été reçue comme un soufflet au Sommet mondial du droit d’auteur, qui se déroulait au même moment à Washington. Elle vient confirmer que les artistes, notamment les musiciens et les cinéastes, dont les oeuvres se trouvent sur YouTube et ailleurs, sont les seuls travailleurs à qui la société refuse le droit d’être rémunérés.
Le Conseil constitutionnel n’interdit pas tous les recours, mais il impose à l’État de soumettre les abus, cas par cas, au jugement d’un tribunal – une procédure trop lourde pour être efficace.
Cela met fin à un épisode inhabituel dans le monde politique français. Le projet de loi avait enthousiasmé les créateurs, et fait du président Sarkozy l’idole provisoire des milieux artistiques… tandis que les socialistes, qui bataillaient contre le projet, l’oeil sur l’électorat des jeunes, se voyaient conspués par leurs alliés de toujours.
Le jugement de la Cour constitutionnelle ne surprend pas, surtout en ce qui concerne la présomption de culpabilité instaurée par la loi Hadopi: le présumé « pirate » aurait dû prouver, chose quasi impossible, qu’il n’était pas l’auteur du téléchargement effectué sur son ordinateur… Faut-il pour autant se réjouir de ce que l’accès à l’internet soit maintenant considéré comme un « droit fondamental » ? Il me semble que c’est pousser très loin la notion des « droits ».
Personnellement, j’aurais bien du mal à vivre sans l’internet, mais tout de même, l’accès à cette technologie est-il du même ordre que le droit à la vie et aux grandes libertés fondamentales ? Certainement pas. Même dans un pays moderne comme la France, il y a des régions qui ne peuvent être branchées à l’internet ; faut-il comparer leurs habitants aux prisonniers politiques qui pourrissent dans les geôles des dictatures? N’y a-t-il pas une limite au nombre de « droits » dont on peut se prévaloir, dans ce monde où l’on en est rendu à considérer le « droit à l’enfant » comme un droit fondamental, ce qui justifierait le défraiement par les contribuables des coûteux traitements de fertilité, voire ceux qui permettraient à des femmes de 65 ans d’avoir un poupon pour égayer leurs vieux jours?
Peut-être le Conseil a-t-il voulu s’inscrire dans l’air du temps et moderniser le droit en tenant compte de cette innovation majeure qui a, c’est vrai, bouleversé l’univers de l’expression et de la communication. Mais alors, que fait-on de ces artistes que l’internet prive injustement de leurs droits d’auteur ?
Les socialistes qui ont fait campagne contre la loi Hadopi n’ont pas apporté de réponse, sinon des affirmations lapidaires, toutes contestables. Exemple: « La Toile a instauré l’ère de la gratuité. ». Ou, pire: « Les jeunes n’ont tout simplement pas les moyens d’acheter des CD. » Alors quoi ? On n’a pas les moyens d’acheter un CD, donc on le vole? Tolérerait-on ce raisonnement s’il s’agissait d’une automobile ou d’une paire de baskets?
Le problème reste entier. La « Haute autorité pour la diffusion des oeuvres et la protection des droits sur l’internet » (d’où le sigle Hadopi) devra se contenter de signifier aux pirates de pieux avertissements en espérant que la pédagogie saura remplacer les sanctions… Mais que vaut une loi sans dents?


La gratuité a un prix  ARIANE KROL
L’objet gratuit finit souvent par être facturé au consommateur qui croyait l’avoir obtenu pour rien.
Musique, logiciels, encyclopédie, dictionnaires, articles de journaux et de magazines, réservation de voyages, petites annonces…On a tendance à l’oublier, mais la quantité de biens et services sans frais sur l’internet a progressé de façon spectaculaire au cours des 15 dernières années. Même en excluant les contenus piratés, il y en a pour des milliards de dollars. Une aubaine pour les utilisateurs et une formidable occasion d’affaires pour les entreprises qui réussissent à tirer profit de cette tendance. Mais pour toutes les autres qui voient leur rentabilité s’éroder au contact de cette gratuité, c’est un défi colossal.
Le rédacteur en chef du magazine Wired, Chris Anderson, vient de publier un essai détaillé sur le phénomène, intitulé Free. Les entreprises établies qui cherchent leur place dans cette nouvelle réalité risquent toutefois de rester sur leur faim. Free dresse un état des lieux très complet mais fournit bien peu d’indications sur la route à suivre.
La gratuité comme stratégie n’a rien de nouveau. Qu’il prenne la forme d’un échantillon de parfum ou d’un cellulaire, l’objet gratuit finit souvent par être facturé au consommateur qui croyait l’avoir obtenu pour rien. Et si ce n’est pas son argent qu’on lui soutire, c’est son temps libre – les minutes en attendant que le match de hockey continue, par exemple.
Ce qui est nouveau, ce sont les possibilités qu’offrent la numérisation et l’internet. De nouveaux venus ont ainsi réussi ce qui était autrefois impensable: ravir une part de marché avec des produits et services gratuits – un prix difficile à battre pour les concurrents établis. Certains services gratuits, comme Wikipédia, sont réellement désintéressés, mais ce modèle collaboratif est loin d’être la norme.
Une grande partie des entreprises et des individus qui offrent une production de calibre professionnel à titre gracieux espèrent bien tirer profit de l’aventure un jour. La musique aide les artistes à se faire connaître ou, si c’est déjà fait, à remplir leurs salles de concert. Les blogues amènent de la visibilité et de la crédibilité, des revenus publicitaires, des contrats de livres, de nouveaux clients. Des jeux vidéo en ligne proposent des options qui rehaussent l’expérience de base. Le fournisseur finance la gratuité dans l’espoir de se reprendre ailleurs.
Plusieurs, dont Facebook, Twitter et YouTube, cherchent encore comment. Bien sûr, il y a aussi des réussites éclatantes. In Rainbows, l’albumde Radiohead pour lequel les acheteurs payaient ce qu’ils voulaient, est devenu le plus grand succès commercial du groupe. Après avoir donné L’Alchimiste et des traductions d’ouvrages plus récents en version électronique, Paul Coelho a battu des records de vente en librairie.
Des exemples du genre, Free en recense plusieurs. Mais ce sont souvent des cas uniques, difficilement transférables. La majorité des créateurs et des fournisseurs de contenu cherchent encore un nouveau modèle d’affaires. Et en attendant, ils paient le prix de cette gratuité qui leur est imposée. La suite de Free reste à écrire.



FRANCE - Nouvelle croisade contre l’excision

Plus de 50 000 femmes et filles de l’Hexagone ont été mutilées ou sont menacées de l’être
Le gouvernement français vient de lancer une campagne de sensibilisation nationale pour lutter contre les mutilations sexuelles. Objectif: empêcher des milliers de jeunes femmes d’en être victimes, explique notre correspondant à Paris. « Ni la tradition ni la coutume ne peuvent justifier une telle remise en cause des droits fondamentaux. »
PARIS — Des policiers français ont dû intervenir en janvier à Nevers, dans l’est du pays, après qu’un couple de ressortissants guinéens eut alerté les pompiers du fait qu’une de leurs filles perdait beaucoup de sang.
Selon le chef du service de gynécologie et d’obstétrique du Centre hospitalier universitaire de Nantes, il n’est pas rare que des filles nées en France soient excisées au cours d’un voyage dans le pays d’origine de leurs parents. Ci-dessus, une campagne de sensibilisation contre l’excision à Abidjan, en Côte d’Ivoire.
Les parents avaient tenté de couper le clitoris de l’enfant de 7 ans, qui a été conduite dans un état grave à l’hôpital. Ils risquent aujourd’hui la prison pour leur action.
Au dire des associations qui s’occupent de la problématique de l’excision, il est désormais exceptionnel que ce type de cas survienne sur le territoire national. Plusieurs milliers de jeunes Françaises demeurent néanmoins menacées par une pratique traditionnelle toujours largement répandue dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
Selon l e Dr Hen r i - J e a n Philippe, chef du service de gynécologie et d’obstétrique du Centre hospitalier universitaire de Nantes, il n’est en effet pas rare que des filles nées dans l’Hexagone soient excisées au cours d’un voyage dans le pays d’origine de leurs parents.
Ce fut le cas, relate-t-il, d’une jeune femme de 17 ans qui a récemment été excisée de force lors d’un voyage en Guinée.
« Elle a vécu l’horreur. On ne pouvait même pas l’examiner au début. C’est comme si elle avait été victime de torture », indique le médecin, qui préside l’organisation Gynécologie sans frontières.
Lame de rasoir
Un suivi a été entrepris auprès de la mère de la jeune femme pour s’assurer que ses soeurs ne subiront pas, un jour, le même traitement.
Il arrive, explique le spécialiste, que les aînés usent de leur position dominante dans les structures familiales traditionnelles pour imposer l’excision malgré l’opposition des parents.
Le gouvernement français, conscient de ces risques, a lancé la semaine dernière une nouvelle campagne de sensibilisation nationale pour lutter contre les mutilations sexuelles.
Des brochures et des affiches montrant une lame de rasoir barrée d’une ligne noire vont être distribuées un peu partout dans le pays de manière à souligner le caractère « barbare » de ces pratiques.
« Ni la tradition ni la coutume ne peuvent justifier une telle remise en cause des droits fondamentaux », a déclaré la secrétaire d’État à la solidarité, Valérie Létard, en précisant que plus de 50 000 femmes et fillettes vivant aujourd’hui en France ont été mutilées ou sont menacées de l’être.
L’approche répressive de l’excision, qui est aujourd’hui passible d’une lourde peine d’emprisonnement en France, n’a pas toujours fait consensus, souligne Justine Rocherieux, du Groupe pour l’abolition des mutilations sexuelles (GAMS).
Dans les années 80, relate-telle, deux camps s’opposaient à ce sujet. Le premier considérait l’excision comme une violence inacceptable fa ite aux femmes qui devait être réprimée avec la plus grande vigueur. L’autre arguait qu’il s’agissait d’une pratique culturelle traditionnelle qui ne pouvait être dénoncée sans tomber dans le « racisme, le néocolonialisme ou l’ethnocentrisme ».
Médecins « aveugles »
Le point de vue répressif a fini par s’imposer, menant à la condamnation de plusieurs exciseuses d’origine africaine qui avaient transposé leur pratique en sol français.
Le cas le plus connu est survenu en 1999 lorsque la Cour d’assises de Paris a condamné à huit ans de prison ferme une femme d’origine malienne pour avoir excisé une cinquantaine de fillettes. « La décision a eu un effet très dissuasif », relate Mme Rocherieux.
Son effet a été renforcé par la sensibilisation du personnel des centres de protection maternelle et infantile, qui assurent un suivi des enfants français jusqu’à l’âge de 6 ans. Les examens du sexe des fillettes ont été systématisés, poussant les parents les plus déterminés à repousser l’intervention à l’adolescence pour échapper aux contrôles.
Des efforts de sensibilisation importants ont aussi été faits auprès des médecins français, qui ont longtemps été « aveugles » à la problématique de l’excision, relate le Dr Philippe.
Encore aujourd’hui, seules trois des facultés de médecine du pays incluent une formation à ce sujet dans leur curriculum de base. « Les choses bougent, mais lentement », indique le spécialiste.
Le dépistage est d’autant plus important, souligne-t-il, qu’une intervention chirurgicale relativement simple peut permettre aux femmes excisées de récupérer une part de la sensibilité perdue au niveau du clitoris.
« La plupart des femmes que je traite ont été excisées entre 3 et 5 ans et n’ont donc pas de souvenir de l’acte lui-même. Mais elles ont l’impression d’être anormales et disent qu’elles veulent être comme les autres Européennes », relate le praticien.

« On ne m’a pas demandé mon avis »
PARIS — Mame, qui est d’origine guinéenne, a mis des années à surmonter les blessures physiques et psychologiques laissées par l’excision subie à l’âge de 13 ans.
« Pendant très longtemps, il suffisait que je voie une lame ou un couteau pour que ça me donne la chair de poule », relate en entrevue la femme de 33 ans, qui habite depuis cinq ans dans le nord-ouest de la France.
Son père, souligne-t-elle, s’était opposé avec succès pendant des années à ce qu’elle subisse une telle intervention.
La grand-mère, qui vivait à la campagne en Guinée, a toutefois fini par avoir le dernier mot en arguant que ses cousines et elle seraient excisées lors d’une cérémonie commune censée marquer le passage à l’âge adulte.
« On ne m’a pas demandé mon avis. D’une certaine manière, j’étais contente de savoir que j’allais sortir de l’enfance. Mais je ne savais pas ce qui m’attendait. Ils ne me disaient pas ce que j’allais subir. Ils disaient qu’il fallait le vivre pour le savoir », relate Mame.
L’excision, pratiquée sans anesthésie dans des conditions sanitaires plus que douteuses, a failli lui coûter la vie. « J’ai fait une hémorragie. J’aurais pu y passer parce qu’il n’y avait pas d’hôpital dans le secteur... Ils m’ont traitée avec des plantes et donné de la viande pour compenser la perte de sang », indique-t-elle.
Le traumatisme a été tel qu’elle est restée pendant près de 10 ans sans se laisser approcher par un homme.
« J’avais l’impression que le mal physique allait rester pour toujours. Je ne voulais pas qu’on me touche. J’avais peur de tout », relate Mame, qui a fini par surmonter les séquelles de l’excision en thérapie.
Aujourd’hui en couple, elle dit vivre une sexualité épanouie. Et elle tire profit de son expérience pour animer des séances de « prise de parole » visant à aider d’autres femmes excisées à en faire autant.
« Ça crée un blocage dans la tête qui est long à surmonter », indique-t-elle.




« Nous préférons mourir »
Des centaines d’immigrants sans papiers qui vivaient dans l’ombre depuis des années en Belgique par crainte d’être expulsés ont décidé de recourir à la grève de la faim pour obtenir le titre de séjour rêvé. Le gouvernement maintient la ligne dure, craigna
BRUXELLES— Par une belle journée de printemps, des groupes d’étudiants cassent la croûte sur les terrains verdoyants de l’Université libre de Bruxelles (ULB), prenant leur dose de soleil avant de retourner en classe.
Le gymnase de l’Université libre de Bruxelles (ULB) est occupé depuis la fin février par plus de 250 immigrants sans papiers qui ont décidé d’entamer une grève de la faim pour forcer le gouvernement à les régulariser.
Les sourires et les rires qui résonnent un peu partout contrastent fortement avec l’ambiance sinistre qui règne, à quelques mètres de là, dans le gymnase de l’établissement.
Il est occupé depuis des mois par plus de 250 immigrants sans papiers qui ont décidé, fin février, de radicaliser leur action en entamant une grève de la faim pour forcer le gouvernement à les régulariser.
« Cinq mois d’occupation et de démarche politique égal zéro alors nous préférons mourir », résume une bannière posée à l’entrée près d’une affiche qui dit: « Papier ou la mort ».
Plusieurs des grévistes, qui ne consomment que de l’eau et du thé sucré depuis plus de 50 jours, sont gravement affaiblis. Ils passent leurs journées allongés sur des matelas posés à même le sol. Ou se traînent dans la salle, le regard hagard.
Quelques enfants courent à gauche et à droite, comme le petit Félix, 2 ans, qui s’affale en ricanant dans les bras d’un homme au teint pâle.
Sa mère d’origine équatorienne, Clementina, tente tant bien que mal de le garder auprès d’elle, mais le petit garçon n’en a cure. « Les gens se plaignent du bruit, mais que voulez-vous que je fasse? » demande-t-elle.
La femme de 32 ans a décidé de quitter son pays il y a 10 ans, après la mort de sa mère, dans l’espoir de pouvoir générer à l’étranger assez d’argent pour faire vivre sa famille. Elle raconte en espagnol, presque en murmurant, les ménages réalisés au noir, les riches propriétaires qui refusent de la payer après l’avoir exploitée et menacée, la peur de l’expulsion.
Condition médicale critique
« Nous ne sommes pas des voleurs, ni des criminels... Nous avons le droit de vivre comme tout le monde », insiste Clementina, qui alimente son bébé avec la nourriture donnée par des bénévoles.
« C’est très stressant... Les gens sont désespérés et ils sont capables de se battre pour un rien », ajoute-t-elle, tandis qu’un gréviste irrité crie son exaspération.
« Tout le monde est à fleur de peau », confirme Anas, un sanspapiers originaire du Burkina Faso, qui se désole de la scène.
« C’est triste de voir ça. Mais c’est triste aussi de voir des gens qui passent des années en Belgique sans pouvoir vivre normalement. Des gens qui finissent par ne plus se sentir humains, à qui on enlève toute dignité », souligne l’homme de 33 ans.
Comme lui, la plupart des sanspapiers présents maintiennent qu’ils iront jusqu’au bout pour obtenir un titre de séjour leur conférant le droit de travailler.
Déjà, plusieurs d’entre eux se trouvent dans une condition médicale critique. Il y a des hospitalisations « pratiquement tous les jours », confie un bénévole.
La semaine dernière, un groupe de médecins qui venaient régulièrement prêter assistance aux sanspapiers a interpellé publiquement le gouvernement, soulignant que les risques de séquelles irréversibles devenaient très importants au-delà de sept ou huit semaines de grève de la faim.
Ligne dure
La ministre de l’Immigration et de l’Asile, Annemie Turtelboom, maintient malgré tout la ligne dure face aux grévistes, qui occupent aussi une église du centre-ville.
« Nous avons environ 500 personnes en grève de la faim. Si on cède, on en aura 5000 demain et 50 000 après-demain », indiquait la semaine dernière un porteparole du gouvernement. Ce qui n’a pas empêché les autorités d’attribuer, quelques jours plus tard, des cartes de séjour de trois mois à d’autres grévistes qui occupaient un parking souterrain d’une autre université de la capitale.
Jaime Achig Pillajo, décorateur d’origine équatorienne qui milite depuis des années au sein d’une organisation de défense locale des sans-papiers, souligne que le gouvernement belge avait mis de l’avant début 2008 une nouvelle politique d’immigration devant clarifier le processus de régularisation.
La circulaire précisant la marche à suivre n’a cependant toujours pas été émise, déplore M. Pillajo, qui a obtenu ses propres papiers il y a deux mois après plus de 10 ans de vie en situation irrégulière.
« Les sans-papiers ne croient plus aux promesses du gouvernement. C’est parce qu’ils sont désespérés qu’ils ont décidé de passer à la grève de la faim », souligne le porte-parole, qui a longtemps utilisé dans les médias le prénom d’Alex pour se protéger des autorités.
Selon lui, la ministre de l’Immigration et de l’Asile craint d’irriter les partisans de son parti flamand, à quelques mois d’importantes élections régionales, en ouvrant la voie à une politique d’immigration plus permissive.

Ces considérations politiques exaspèrent au plus haut point les grévistes de l’ULB. « S’il y a une catastrophe, on ne dit pas que l’on va s’en occuper après les élections. Or, c’est bien une catastrophe que l’on voit ici », souligne Anas.



La liberté d’expression virtuelle a ses limites  -  Isabelle Audet
Internautes poursuivis pour des propos jugés diffamatoires
Environ 20 % des Québécois qui utilisent l’internet en profitent pour exprimer des frustrations. Et si, en diffusant une opinion en ligne, ils dépassaient les bornes ? La frontière entre la liberté d’expression et la diffamation est difficile à tracer. Tant et si bien que TD Assurance offre maintenant une protection aux internautes en cas de poursuite.
« Tu devrais venir. Qui a dit que dormir dans un logement moisi était mauvais pour toi ? Horizon pense qu’il n’y a pas de problème. »
« Les gens qui veulent exprimer des opinions sur l’internet ne devraient pas penser qu’en faisant des commentaires anonymement, tout à coup les règles changent parce qu’ils sont protégés. On n’est pas plus protégés sur l’internet qu’ailleurs», dit Fançois Giroux, avocat en litige au cabinet McCarthy Tétrault.
La remarque, lancée en mai sur le réseau Twitter, était presque ba na l e . A manda Bonnen invitait « JessB123 » à la rejoindre, écorchant au passage l’entreprise propriétaire de son logement.
Le message s’adressait aux 20 personnes abonnées aux réflexions d’Amanda. Le commentaire a toutefois la issé des traces sur l’internet. Et Horizon Group Management n’a pas apprécié.
La jeune femme de Chicago fait désormais face à une poursuite de 50 000 $ pour avoir « malicieusement » diffusé des propos diffamatoires au sujet de l’entreprise.
L’a f fa i re se déroule aux États-Unis, dans un système juridique différent, mais la question du litige sur l’internet est d’actualité même au Canada, estiment François Giroux et David Gray, avoc at s a s s ociés en l i t i ge au cabinet McCarthy Tétrault, à Montréal.
« Il ne faut pas oublier que sur l’internet, sur Facebook ou ailleurs, on laisse des traces, et que ces traces peuvent être reprises par d’autres. Ce phénomène ne change pas le droit, mais il peut entraîner certains défis dans l’application du droit. Ça, c’est nouveau », explique Me Gray.
Ces der n i er s j ou r s , T D Assurance a mené une campagne au Canada au sujet des commentaires sur l’internet et des risques de dérapage. L’entreprise en profite pour annoncer aux internautes que son assurance responsabilité civile (complémentaire à l’assurance habitation) apporte une protection pour « défendre les clients qui se sont mis dans de fâcheuses situations par suite de quelques frappes du clavier ».
Les i nternautes sont-i l s , sans le savoir, sur la corde raide ? Au Canada, il n’y a pas d’explosion de ce type de bataille j udiciaire, tempère Me Giroux. Il ajoute que pour se protéger eux-mêmes, les internautes ont toutefois avantage à demeurer courtois en ligne, comme ils le seraient sur la place publique. Lorsqu’ils émettent une opinion négative, ils se doivent aussi d’éviter de déformer les faits.
« Les gens qui veulent exprimer des opinions sur l’internet ne devraient pas penser qu’en f a i s a nt des c ommentaires anonymement, tout à coup les règles changent parce qu’ils sont protégés. On n’est pas plus protégés sur l’internet qu’ailleurs. Il y a là un faux sentiment de sécurité. »
Culture du commentaire
D’après le sondage mené pour TD Assurance, 9 % des i nternautes affirment avoir des opinions plus a r rêtées lorsqu’ils sont derrière leur écran. Les sites de critiques comme TripAdvisor (pour les voyageurs) et RateMyTeachers ( pour les élèves et les étudiants) présentent des milliers de commentaires négatifs.
« Elle est horrible. Elle gueule tout le temps », affirme un élève au sujet d’un professeur d’art dans un collège privé de Montréal. Les propos s ont négati f s , mais pourraient-ils valoir des ennuis à l’auteur anonyme ?
Sans se prononcer sur ce cas précis, l’avocat François Giroux indique qu’il est impossible de déterminer avec précision ce qui est diffamatoire et ce qui ne l’est pas. « Quand on se commet publiquement, il y a toujours un risque théorique de diffamation. Après, tout est affaire de contexte et de circonstances. Il n’y a pas de réponse qui s’applique à toutes les situations. »
Vincent Gautrais, professeur de droit et titulaire de la Chaire en droit des affaires et de la sécurité électronique à l’ Université de Montréal, appelle toutefois à une certaine souplesse de la part des personnes ou entreprises visées par des commentaires négatifs.
« I l y a une tendance un peu énervante qu’ont les juges de reconnaître la diffa mation, dit-il. On vit dans une société un peu moumoune. Sur RateMyTeachers.com, j ’ai eu des commentaires qui n’étaient pas bons sur certains de mes cours. Eh bien, c’est correct. Que ce soit vrai ou pas, en tant que personne publique, on doit autoriser une certaine liberté d’expression. »

Un juge peut autoriser le retrait de commentaires sur le web
Même sous un nom d’emprunt, les i nternautes sont susceptibles d’être identifiés s’ils tiennent des propos jugés haineux ou dif fa matoires. Dans les cas les plus sensibles, un juge peut autoriser le retrait de commentaires sur le web, ou encore demander que l’anonymat des utilisateurs ne soit pas protégé.
« C’est un processus difficile et souvent très coûteux, mais oui, il est possible de retrouver quelqu’un qui nous nuit sur l’internet », précise François Giroux, associé en litige au cabinet McCarthy Tétrault, à Montréal.
Les membres d’un forum de discussion québécois l’ont appris récemment. Le groupe, déçu de l’administration de la Ville de Rawdon, a tenu contre des élus des propos que la Cour supérieure a jugés diffamatoires.
« I l y a sur Quenn Steet (sic) une ordure qui sévit. Ce mec, c’est le Mal incarné. Il se prend pour un petit Furher (sic) et il se divertit en éliminant de son entourage ceux qui refusent à faire du lèchebottes. Sa dernière vacherie, c’est le génocide de l’équipe de huit gars de loisirs », a notamment écrit un des membres en juillet 2007, sous le pseudonyme de Fantôme.
Devant la nature des commentaires diffusés, la mairesse Louise Major et son administration ont obtenu la fermeture du forum par la voie judiciaire.
« Je suis d’accord avec la liberté d’expression, assure Mme Major. C’est toutefois une valeur tellement précieuse qu’on ne doit pas la galvauder et faire en sorte que la diffamation puisse être incluse dans cette liberté d’expression. »
L’administrateur du forum, Ste phen L ebla nc , e s t l u i aussi visé par la poursuite. Si c’était à refaire, il laisserait la gestion d’un tel site à quelqu’un d’autre. « Avec la loi telle qu’elle est, c’est vraiment trop dangereux de gérer un forum », a-t-il expliqué à La Presse, avant d’ajouter que « la justice limite la liberté d’expression au Canada ».
Les citoyens déboutés en Cour supérieure ont obtenu l ’ autor i s at i on d’i nter j e t er appel du jugement. Ils seront de retour devant les tribunaux en février 2010.