Dossiers historiques

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS



The world after 9/11: Naomi Klein prevails again - gerald caplan
Le 11-Septembre et l'humour - Un contre-discours à prendre au sérieux
La décennie du 11-Septembre - La fin de l'insouciance
Le 11 septembre 2011 - Après Bush et Ben Laden
Dix ans après le 11-Septembre - La politique étrangère façons Bush et Obama: match nul
Les moments-clés de la décennie
Le catalyseur de nos peurs

Et comment l'avenir s'annonce-t-il donc ?...
Premiers pas dans la nouvelle décennie


D’UN ÉCHAFAUD À L’AUTRE  -  Yves Boisvert
L’AVENIR DE 1759  -  Jocelyn Létourneau

La bataille des plaines d’Abraham  -  Stéphane Laporte


A holiday that all Quebecers can celebrate

The hidden history of Bob Rae’s government in Ontario


The West needs to face its own intrigue and deceit

Le jour du grand virage
Jacques Godbout: «On savait que l'hiver était fini»


La décennie des désillusions - Agnès Gruda
Le 11 septembre: l'événement de la décennie
L'espoir après les cendres - Yves Boisvert
Le déclin de l'empire - Lysiane Gagnon



Années 70 - Un rêve envolé?

1969 : UN SOMMET POUR L’HUMANITÉ ?  -  Karim Benassaieh
LE CHARME DE 1969
Un temps nouveau... ou la fin d’une époque ?  -  Judith LaChapelle

Le chef spirituel qui attire les foules  -  Laura-Julie Perrault
Voir aussi La crise redéfinit les valeurs, dit le dalaï-lama

Afrique du Sud - Desmond Tutu se retire
Afrique du Sud - Il y a 20 ans, Mandela était libéré


The legend and truth of Valentine's Day

La pilule fête ses 50 ans


Berlin fête les 20 ans de la chute du Mur
L’homme qui ouvrit le Mur
MUR DE BERLIN, 20 ANS APRÈS La pichenette qui a fait tomber le mur - PIERRE FOGLIA 
Un cinéaste québécois se souvient
La nuit du 9 novembre - Mario Roy
La «ouestalgie» - Mario Roy

Voir aussi Le monde désabusé par le capitalisme
«Trop de murs restent debout»
Voir aussi Dossier MURS

150 ans de stations spatiales
La Pologne célèbre le 20e anniversaire de la première brèche dans le rideau de fer

Grève de 1972 : 100$ par semaine
La Banque Nationale a 150 ans

La soeur de Fidel Castro travaillait pour la CIA


Corazon Aquino emportée par le cancer
Faut-il renommer la rue Amherst?
Le Chili de Pinochet : un voilier controversé s’amène à Québec

Il y a vingt ans, la liberté
Le « trésor » de Mandela est en vente  -  Judith LaChapelle


Confronting our dark past

In the age of Wikileaks, archives releases Pentagon Papers in full

Washington accusé de crimes contre l’humanité

The importance of national shame


Elena Bonner, figure de proue de la dissidence soviétique, n'est plus

Shine a light on the Rape of Nanking


Russia admits Stalin ordered Katyn massacre of Poles
En bref - Le pape affirme que Pie XII aurait sauvé plus de juifs que quiconque
Espagne: le retour des fantômes de la guerre civile

Le Parlement présente ses excuses aux Italo-Canadiens
Ottawa pourrait s'excuser auprès des Italo-Canadiens

Holocauste: «N'oublie pas tes chaussettes. Adieu.»

L'ange exterminateur

Le légendaire « homme-cheval »

Découverte de l'épave d'un navire disparu dans l'Arctique il y a 157 ans
Un Québécois pionnier de l’Arctique  -  Mathieu Perrault
CÔTE-NORD  Découverte de l’épave d’un avion de la 2e Guerre mondiale


Révélations sur Toutankhamon

Tout sur Toutankhamon

Six Victorian inheritances we should cherish
Pas si puritaines, les victoriennes...


L’avenir annoncé - Mario Roy
Grippe espagnole - LA GRANDE TUEUSE

CANADA
How Canada made the G20 happen


This campaign’s about plodders, not prophets


Un honneur qui rejaillit sur tout le Canada  -  Eddie Goldenberg

UN GRAND HONNEUR  POUR JEAN CHRÉTIEN -  Joël-Denis Bellavance
UNE CATÉGORIE À PART  -  Mali Ilse Paquin


Follow the Mulroney model to alleviate Africa’s famine

Stratégie navale controversée à Ottawa

Mulroney rend hommage à Reagan et félicite Harper
Mulroney’s advice to Harper: Do something big

GST at 20: Mulroney has no regrets about Canada's most hated tax

Brian Mulroney  L’ex-premier ministre se dit fier mais admet aussi ses erreurs 

Charest coprésidera le 25e anniversaire de l’élection des conservateurs


L'homme politique

Parisella sera nommé délégué du Québec à New York  -  Denis Lessard


A shout-out to celebrating NDP conventioneers

La GRC soupçonnait René Lévesque d'être communiste

Standing on guard against Tommy Douglas

Le SCRS tente d'empêcher la divulgation du dossier secret sur Tommy Douglas


A burden to Britain, ‘trash' in Canada, a stain on colonial ties


Au-delà de l’impatience - LUCIA FERRETTI


What the War of 1812 means to Britain’s man in Canada

Lettres - 1812 et notre histoire
Lettres - Commémorer la guerre de 1812, une bonne idée!
War of 1812 battles a nation’s collective amnesia

Let’s not exalt the folly of 1812 - JEFFREY SIMPSON

Ottawa to tread carefully in War of 1812 commemorations
The War of 1812: our anniversary, too - Globe editorial

So much more than a nose on our currency - JEFFREY SIMPSON

The weirdo PM who showed the way


QUÉBEC
Colloque - René Lévesque «fuyait» les mots identitaires
René Lévesque - Homme de la parole et de l'écrit

Le double rôle du Devoir lors de l'élection du Parti québécois en 1976
Claude Ryan

Libre opinion - Le NPD et la question québécoise

Montréal, une brève capitale fédérale
DURS À ASSIMILER, CES CANADIENS

UNE CAPITALE DANS UNE ÉPOQUE TOURMENTÉE


Lettres - Quelques précisions
Au pied de l’escalier des géants

Que reste-t-il de «la Patente»?


Dans le temps de l'Union nationale


Il y a 50 ans, la commission Salvas - Une enquête sur le gouvernement de Duplessis

Blanc pour droit civil - Le Québec, «bâtard» juridique

Adrien Arcand, führer canadien : retour sur l'extrême droite québécoise
Vient de paraître du 10 mai 2010

How the mighty has fallen: The King James Bible turns 400


105 ans et toujours active

La fin d’une époque


La fin de la machine à écrire

L'odeur de l'encre - Mario Roy
Adieu AM - Stéphane Laporte

Un monde de différence  -  Claude Picher
Souvenirs en papier  -  YVES  BOISVERT
Inquiet -  Pierre  Foglia
Voir aussi Livre à puce  -  Mario Roy

LA PETITE HISTOIRE DU MAQUILLAGE




LE DEVOIR


Amour haine et propagande : Épisode 1 : Les années 1930 : Les hommes forts


Che Guevara

Thomas Sankara



Origines du mot 'Québec


Hydro-Québec




1969 : UN SOMMET POUR L’HUMANITÉ ?  -  Karim Benassaieh
Si pour Serge Gainsbourg l’année 1969 a été érotique, pour d’autres elle a été rien de moins qu’historique. L’humanité a-t-elle atteint un sommet cette annéelà? Des bombes du FLQaux manifestations contre la guerre du Vietnam, des hallucinations de Woodstock au massacre commis par les disciples de Charles Manson, du départ de Charles de Gaulle aux courbes dévoilées de Valérie, l’année 1969marque la fin d’une ère. Et le début d’un temps nouveau.
Physiquement, pasdedoute, l’homme n’est jamais allé plus loin que les « petits pas » de Neil Armstrong et de ses 11 successeurs sur la Lune. L’image est puissante. Assez pour avoir donné naissance à la théorie que c’est là, dans le sable lunaire de la mer de la Tranquillité, en 1969, que la civilisation occidentale a atteint son sommet.
Fruit de la nostalgie de vieux babyboomers désabusés? Ridicule? Pas tant que ça.
« C’est sûr que ça fait partie des discours qui circulent actuellement, constate la sociologue Diane Pacom. Si on compare aujourd’hui 2009 à 1969, il y a quelque chose qui a complètement disparu, qui ne fait plus partie de la donne: cette espèce d’effervescence, d’euphorie, d’espérance. Les gens étaient dans une époque euphorisante.
« Évidemment, la drogue a aidé! » ajoute la sociologue en riant.
Personne n’oserait prétendre que la technologie, la science, la connaissance n’ont fait que décliner depuis 1969. Les humains, en général, vivent bien mieux en 2009 qu’il y a quatre décennies. Mais sociologues et historiens s’entendent pour constater que la fin des années 60 semble marquer, d’une certaine façon, la fin d’une ère.

Comme si elle était une petite tribu africaine, la civilisation occidentale a besoin de se raconter sa propre histoire, de se bâtir ses légendes, croit André Turmel, professeur de sociologie à l’Université Laval. Le sommet de la civilisation en 1969 fait partie de ce genre de contes.
« Les sociétés ont toujours des choses à se raconter. Ça fait partie du récit qu’une société se raconte à elle-même. On aime bien se raconter qu’on a eu un âge d’or, et que les années 60 ont été cet âge d’or-là. Ça devient un mythe au sens banal du terme. C’est un processus très important des sociétés, ce discours qu’elles se tiennent sur elles-mêmes, sur leur passé, sur leur ère de gloire. »
L’art de fuir la guerre
Pour Diane Pacom, l’année 1969 ne peut évidemment être comprise en dehors de son époque mais « elle est vraiment comme une capsule qui a catalysé toutes les énergies de cette époque de transition ».
Les énergies, c’était la proximité encore effrayante de la Deuxième Guerre mondiale, un baby-boom jamais vu, le lancement des médias de masse, les mouvements des droits de la personne, l’apparition de personnages charismatiques, de symboles unificateurs.
« On sentait réellement qu’on tournait une page et qu’on partait dans de nouvelles aventures, dit Mme Pacom. Je vois cette période comme étant celle qui clôt la fin de la guerre. Le paradoxe, c’est qu’au moment où on dit ça, il y a la guerre du Vietnam. C’est une période extrême, il y a de tout. Il y a l’euphorie totale, et en même temps, il y a des événements troublants, marquants. »
C’est l’époque des avancées technologiques étourdissantes qui changent le quotidien – télévision couleur, automobile, découvertes médicales. Les arts sont en ébullition, les règles sociales se modifient, l’économie est en plein essor. « Il y avait une dose de naïveté, il y avait l’air du temps qui faisait qu’on pensait pouvoir modifier le cours des choses », note André Turmel.
La jeunesse prend conscience de son importance démographique et se mobilise contre la guerre, les injustices, « le passé de ses parents », résume Mme Pacom. « On avait cette certitude qu’on allait vers un monde meilleur, et qu’il fallait se battre pour garder cette idée, avec la conviction qu’on participait à un projet politique, historique. »
Avec un soupçon de nostalgie, André Turmel se rappelle une époque où « tout était possible ». « L’élément principal, c’est qu’il y avait de l’espoir. Il n’y avait pas beaucoup d’obstacles qui pouvaient résister à cette espèce de mouvement de fond. Les gens de ma génération, ceux qui ont eu 20 ans dans les années 60, ne peuvent qu’avoir de la nostalgie quand on voit comment ça piétine aujourd’hui. Sur le plan politique, il n’y a pas de perspectives, tout est bloqué… »
« On avait des certitudes qu’on n’a plus aujourd’hui, renchérit Mme Pacom. Si on parle de déclin, je le verrais sur ce planlà, c’est le déclin de l’espoir. Il n’y a plus aujourd’hui cette certitude qu’on va vers un monde meilleur. »
Adieu naïveté, Janis et Jimi…
Scénariste et romancier, Marc Robitaille a regroupé ses nombreux souvenirs de l’année 1969 pour son roman Un été sans point ni coup sûr, dont il a signé l’adaptation au cinéma. Lui aussi croit que cette année marque la fin d’une époque. « Je ne sais pas si c’est le sommet de la civilisation, mais c’est certainement un tournant dans la façon dont nous considérions les choses. Il y a un cynisme, une méfiance qui sont arrivés, peut-être avec ce que les gouvernements ont fait, le Watergate. »
On sent, dès le début des années 70, un sentiment de lassitude dans la société, soulignent les deux sociologues. Au Québec comme ailleurs dans le monde, des événements marquants vont sonner la fin de la récréation. Pourquoi? « C’est la dure réalité du quotidien qui nous rattrapait, répond André Turmel. Dès les années 70, ç’a commencé à s’éroder de façon très sérieuse, et ce, très rapidement. » Au Québec, on déchante avec l’échec apparent de certaines réformes de la Révolution tranquille, comme la création des cégeps. Partout sur la planète, l’économie ralentit, les changements s’essoufflent.
Et après une décennie de liberté à tout crin, on voit poindre certaines conséquences indésirables. Mme Pacom voit un signal évocateur dans la commotion créée par la mort d’icônes de la musique populaire. « 1970, c’est déjà l’éveil. Ça va vite, les gens ne restent pas dans l’euphorie. Il y a la mort de trois des dieux du panthéon de l’époque, Janis Joplin, Jimi Hendrix et Jim Morrison – lui, en 1971. La musique change, les gens deviennent plus sobres. On voit que, petit à petit, les yeux se "décillent". »


LE CHARME DE 1969  -  Karim Benassaieh
Le scénariste Marc Robitaille est l’auteur d’une centaine de sketchs d’Un gars, une fille. Il a signé les récits des films Des histoires d’hiver et Noémie, une adaptation des romans pour enfants de Gilles Tibo dont la sortie est attendue en décembre proch
QQuel
Pour Marc Robitaille, 1969 a été une époque de « grande modernité ». « La télé couleur, c’était une grosse patente. Je me souviens de m’être habillé chic pour aller chez mon voisin avec mes parents, pour aller voir le hockey. Le Canadien jouait contre St. Louis en séries de la Coupe Stanley. En 69, au Québec, on est encore dans l’excitation matérielle de l’après-guerre. »
âge aviez-vous en 1969? R J’avais 12 ans, ce qui colore beaucoup tout ce que je vais vous dire. QDans
Un été sans point ni coup sûr, on suit avec les yeux d’un enfant de 12 ans toutes les turbulences de l’année 1969, la drogue, la guerre, l’homme sur la Lune, les bouleversements sociaux. On y voit un prof qui ne croit pas aux devoirs, des loges d’entreprise vendues 350$ par année. Ce n’est pas votre biographie, mais on sent une belle nostalgie pour cette année-là. Pourquoi aimez-vous l’année 69? R Il y a vraiment un très grand charme qui émane de l’époque. Il y avait une certaine naïveté, comme si, collectivement, on voyait les choses avec une certaine fraîcheur. Encore en 69, l’avenir était perçu comme plus prometteur que le présent. Je ne crois pas qu’on puisse dire ça aujourd’hui. Si on faisait un grand sondage, pas sûr que les gens répondraient ça aujourd’hui. Il y a une chanson qui date de 1969, dont le titre est Something in the Air. Il y avait effectivement quelque chose dans l’air. Ça se reflète souvent dans les chansons. QQu’est-
ce qui vous a marqué de cette époque? R C’est drôle, ce qu’on retient d’une époque, par la suite, ce sont des icônes. On dit que 1969, c’est Jimi Hendrix, c’est Woodstock, ce sont les Doors, les cheveux longs, Robert Charlebois. Mais ce n’est pas ça, 69. Je vais vous dire ce que c’était. C’était Love is Blue, de Paul Mauriat. C’était Sugar Sugar, des Archies. C’était Éloïse, de Donald Lautrec. Le mainstream, ce n’était pas Woodstock, ce n’était pas Jimi Hendrix; ça ne faisait pas tant partie du paysage que ça. On ouvrait la télé et c’était Dean Martin qu’on voyait, qui faisait des jokes de mononcle avec un cocktail à la main. De temps en temps, il invitait un chevelu comme Tiny Tim. C’était presque un freak; il avait les cheveux très longs, un nez immense, et il chantait une chanson ridicule qui s’appelait Tiptoe Through the Tulips. Mais les Beatles ne passaient pas à Dean Martin. Robert Charlebois ? C’est complètement marginal si on compare à Pierre Lalonde ou à Donald Lautrec. L’impact est immense, mais il vient après. QQu’est-
ce qu’on ressentait à l’époque, quels étaient les changements qui touchaient tout le monde? R La grande modernité. La télé couleur, c’était une grosse patente. Je me souviens de m’être habillé chic pour aller chez mon voisin avec mes parents, pour aller voir le hockey. Le Canadien jouait contre St. Louis en séries de la Coupe Stanley. En 69, au Québec, on est encore dans l’excitation matérielle de l’après-guerre. Chez mes parents, c’est la grande excitation d’avoir une maison plus grande que celle de leurs parents ; d’avoir un char; d’avoir une laveuse automatique, une sécheuse. Sécher le linge sur la corde, c’était presque un déshonneur. QÇa
ressemble à l’ambiance qu’on associe maintenant aux États-Unis des années 50, l’époque Papa a raison… R Oui, les gens étaient tel lement heureux de ne plus être dans la Grande Dépression, de s’éloigner des incertitudes de la Deuxième Guerre mondiale, tellement contents d’avoir des bébelles.
Mais il y a maintenant un révisionnisme par rapport à cette époque, comme si les gens étaient tous des hypocrites, qu’ils étaient en fait très malheureux. Vous avez vu le film Pleasantville? À mon avis, c’est du grand révisionnisme. Ils disent: sous l’apparence extrêmement doucereuse et très jolie, il y avait beaucoup d’hypocrisie et de racisme, et des ménagères extrêmement malheureuses… QEt
c’est faux ? Les gens n’étaient pas si malheureux que ça? R C’est aussi faux que Papa a raison. Les femmes ont eu plus de liberté à cette époque-là qu’elles n’en ont eu avant, bien sûr, mais aussi par la suite. Mes amies, aujourd’hui, elles sont toutes en épuisement professionnel, tout le monde est fatigué et travaille, travaille et court après les enfants. Moi, ma mère, elle passait vraiment l’aspirateur en tailleur, c’est vrai! Ma mère a été extrêmement heureuse ainsi, de ne pas travailler. Elle était très bien en tant que reine du foyer. QAvez-
vous des enfants ? R
Oui. QVous
aimeriez les élever dans un contexte qui ressemblerait à 1969? R Oui ! On essaie de le faire sans être anachronique. Par exemple, on n’a pas vraiment la télé, on n’a pas le câble. Ils connaissent l’existence de Loft Story, mais ils ne l’ont jamais vue. On essaie de laisser de côté ce qu’on ne trouve pas amusant. QDonc,
dehors le cynisme? Vive une certaine naïveté? R Oui, il faut quand même qu’ ils vivent dans le monde de 2009, parce que ça va leur retomber dessus. Mais oui, je pense qu’on est enfant seulement 12 ans dans une vie, il faut vivre ça pleinement. C’est dans le film Un été sans point ni coup sûr, d’ailleurs !



69, ANNÉE TRAGIQUE
Quelques semaines après un premier retrait de 25 000 soldats américains, le président nord-vietnamien Ho Chi Minh décède. L’espoir d’un apaisement du conflit vietnamien est cependant de courte durée, car les forces navales et aériennes américaines intensifient le pilonnage du nord du pays. — PHOTO AP

69, ANNÉE MYTHIQUE
Au moment où est lancé l’album mythique des Beatles, Abbey Road, John Lennon annonce au reste du groupe qu’il quitte le navire. La séparation ne sera officialisée qu’en 1970. Avec ses 30 millions d’exemplaires, Abbey Road, le dernier album enregistré par les Beatles, est le deuxième succès du groupe en importance, après Sergeant Pepper’s. À l’origine, la pochette devait représenter le groupe au pied de l’Himalaya, mais aucun des Beatles n’était enthousiaste à l’idée d’un si long voyage pour une simple photo. On a alors plus sobrement choisi la rue derrière le studio d’enregistrement. Pour la petite histoire, quelques détails sur la pochette ont donné naissance à la rumeur folle selon laquelle Paul McCartney était mort depuis 1966 et avait été remplacé par un sosie.

69, ANNÉEMAGIQUE
Au terme d’une course spatiale épique contre les Soviétiques, l’Américain Neil Armstrong devient le premier homme à marcher sur la Lune, sous le regard ébahi de millions de téléspectateurs partout dans le monde. Plus rien ne semble arrêter l’humanité, qui se voit déjà bâtir des colonies lunaires et sauter dans une fusée comme dans un avion. Pourtant, les missions lunaires deviennent vite banales et sont complètement abandonnées en 1972.


69, ANNÉE PACIFIQUE
Pendant deux semaines, célébrités, journalistes et curieux défilent dans la suite 1742 de l’hôtel Reine Elizabeth, à Montréal, où John Lennon et Yoko Ono tiennent leur bedin. Ce happening pour la paix culminera dans la nuit du 31 mai avec l’enregistrement de l’hymne pacifiste Give Peace a Chance, auquel participent dans un joyeux désordre 60 personnes. À l’exception de la voix et de la guitare de John Lennon, la chanson sera complètement refaite par André Perry dans son studio de Brossard. — PHOTOAP

69, ANNÉE CIVIQUE
Les émeutes de Stonewall, dans le quartier new-yorkais de Greenwich Village, sont souvent considérées comme la manifestation qui marque le début de la lutte pour la reconnaissance des droits civiques des homosexuels. Le 28 juin, une descente de routine des policiers dans un bar fréquenté par la communauté gaie, le Stonewall Inn, vire à l’émeute. Une foule estimée à 2000 personnes résiste aux policiers en lançant bouteilles et pierres. Un an plus tard, l’émeute est commémorée à New York et à Los Angeles par la première marche de la fierté gaie. — PHOTO NEW YORK TIMES

69, ANNÉE APOCALYPTIQUE
Charles Manson, gourou d’une communauté hippie s’inspirant de la Bible et de l’album blanc des Beatles, ordonne à ses disciples d’assassiner des riches des beaux quartiers de Los Angeles. Il espérait que ces meurtres seraient attribués à des Noirs, ce qui susciterait des représailles sanglantes contre eux et les empêcherait de dominer le monde, comme il le prophétisait. Le 9 août, quatre de ses disciples pénètrent dans la maison de Sharon Tate, l’épouse alors enceinte du cinéaste Roman Polanski, la poignardent à mort et tuent quatre autres personnes. Manson est condamné à la peine de mort en mars 1971, peine qui sera ensuite commuée en prison à vie. — PHOTO AP

69, ANNÉE ARABO-HÉBRAÏQUE
De plus en plus influent au sein de l’Organisation de libération de la Palestine, présenté sur la scène internationale comme le chef de la guérilla contre Israël, Yasser Arafat est élu président de l’OLP. Un mois plus tard, une autre icône du conflit israélo-palestinien, Golda Meir, devient premier ministre d’Israël. L’histoire retient d’elle cette phrase troublante : « Nous pouvons pardonner aux Palestiniens de tuer nos enfants, mais nous ne pourrons jamais leur pardonner de nous obliger à tuer les leurs. » — PHOTOS AP

69, ANNÉE ÉROTIQUE
« Soixant’neuf année érotique », chante Serge Gainsbourg. Au diable les soutanes et la pudibonderie, l’actrice Danielle Ouimet montre ses seins dans Valérie, sorti à l’hiver 1969, et L’initiation, tourné cette même année. Pendant ce temps, le Dr Morgentaler ouvre sa première clinique d’avortement à Montréal et le Canada décriminalise la contraception et l’homosexualité. Et tant qu’à y être, les députés (inspirés ?) de la Chambre des communes profitent de 1969 pour légaliser... le sexe oral.


69, ANNÉE ÉNERGIQUE
Un an après l’élection des libéraux à la tête du pays, la trudeaumanie ne s’essouffle pas. En mai, le nouveau premier ministre fait finalement adopter son « bill omnibus », véritable révolution du Code criminel canadien. Du coup, l’homosexualité, la contraception et les loteries sont légalisées, et de nouvelles règles condamnent la possession d’arme, la conduite en état d’ébriété, le harcèlement téléphonique, la publicité trompeuse et la cruauté envers les animaux.

69, ANNÉE POLÉMIQUE
Une semaine après l’annonce de la fermeture de la seule école anglaise de SaintLéonard – et l’obligation pour ses élèves de fréquenter l’école française –, l’émeute éclate et une centaine de personnes sont arrêtées. Six mois plus tôt, des milliers de manifestants ont réclamé la francisation de l’Université McGill. En octobre, le gouvernement dépose le « bill 63 » sur le libre choix dans la langue d’enseignement, provoquant la colère des francophones.

69, ANNÉE FELQUISTE
En pleine séance boursière, alors que 400 personnes se trouvent sur le parquet de la Bourse de Montréal, une « superbombe » explose, faisant 27 blessés mais aucun mort. L’attentat est revendiqué par le Front de libération duQuébec, dont les engins explosent déjà depuis 1963. Charles B. Neapole, le président de la Bourse, déclare: « Vous pourriez dire que le marché a bondi! »

Un temps nouveau... ou la fin d’une époque ?  -  Judith LaChapelle
En 1969, Stéphane Venne n’a pas 30 ans et composedes chansons rue de la Montagne à Montréal. Sa muse, Renée Claude, doit présenter une série de spectacles l’année suivante. Tandis que les manifestations secouent le territoire, que les moeurs sexuelles se libéralisent, que l’idée d’un pays québécois fait son chemin, Venne capte l’énergie de l’époque en quelques phrases.
« C’est le début d’un temps nouveau / La terre est à l’année zéro / La moitié des gens n’ont pas 30 ans / Les femmes font l’amour librement / Les hommes ne travaillent presque plus / Le bonheur est la seule vertu. »
« On faisait arriver les choses, on ne faisait pas qu’en parler! » se souvient l’auteur-compositeur. « Le vrai sujet de la chanson, c’est l’énergie de cette époque. »
En 1969, après avoir bouté les soutanes hors des écoles et des hôpitaux, aménagé des rivières pour y bâtir d’énormes barrages et reçu toute la planète à l’Expo, les Québécois n’avaient surtout pas envie de se taire. « Et chacun a pris ses moyens », se souvient l’ancien ministre Jean Cournoyer, élu en tant qu’unioniste en octobre 1969, défait en avril 1970 avant de revenir avec les libéraux de Bourassa en octobre 1970.
En 1969, les Américains manifestent contre la guerre au Vietnam, et les Québécois marchent pour le français.
La langue d’enseignement est un sujet brûlant et la défense du français chemine avec l’idée d’un Québec indépendant. René Lévesque a quitté le Parti libéral depuis 1967, le Parti québécois a été fondé en 1968 et ses sept premiers députés seront élus en 1970. L’Union nationale est au pouvoir depuis 1966 mais son chef, Daniel Johnson, est décédé l’année précédente. Le Québec est donc dirigé par son successeur, Jean-Jacques Bertrand. « Conservateur et prudent », selon l’historien Paul-André Linteau, Bertrand tranche avec son homologue fougueux d’Ottawa, Pierre Elliott Trudeau, élu en 1968.
Bertrand « n’a jamais vu venir le débat sur la langue », dit Paul-André Linteau. Il ne comprend pas pourquoi, en mars, des milliers de manifestants – certains parlent de 15 000 – scandent « McGill français! » et dénoncent la « domination de l’establishment anglophone de Montréal sur le peuple québécois ». Il ne comprend toujours pas quand les anglophones s’emportent après que la commission scolaire Jérôme-Le Royer eut décidé de fermer la seule école anglaise de son territoire pour envoyer tous ces enfants à l’école française.
Quand, le 10 septembre, le bouchon saute lors d’une réunion dans une école de Saint-Léonard, le premier ministre Bertrand réplique, un mois plus tard, avec le « bill 63 », qui laisse aux parents le libre choix de la langue d’enseignement de leurs enfants. « On en a mangé toute une! » se souvient Jean Cournoyer. Jean-Jacques Bertrand en avait fait une promesse électorale à Notre-Dame-deGrâce. « Mais le problème avec Bertrand, c’est qu’il tenait ses promesses. »
Les francophones en colère sont 40000 à se rassembler devant le parlement le 31 octobre. La loi est adoptée en novembre. Il faudra attendre la loi 22, en 1974, puis la loi 101, en 1977, pour que l’école anglaise soit réservée aux enfants de parents qui ont étudié en anglais au Québec.
Les moeurs évoluent, et les institutions aussi. Les baby-boomers, qui fêtent leurs 20 ans, veulent étudier. Cette année-là, ils obligent le gouvernement à accélérer l’implantation des cégeps, et l’UQAM accueille ses premiers étudiants.
La loi C-150– mieux connue comme le « bill omnibus » – de Trudeau bouscule les valeurs conservatrices en décriminalisant notamment l’homosexualité et la contraception. Des aberrations sociales sont corrigées: les Amérindiens obtiennent (enfin) le droit de vote au Québec.
Bombes et incendies
Quand la rue prend la parole, ça ne se fait pas toujours de façon pacifique. Certains n’hésitent pas à recourir aux grands moyens. Le 7 octobre, des chauffeurs de taxi en colère contre le monopole de la compagnie Murray Hill envahissent le garage et incendient quatre autocars. Les gardes armés de la compagnie tirent sur les manifestants, font un mort et plusieurs blessés.
Le 13 février 1969, alors que 400 personnes se trouvent sur le parquet de la Bourse de Montréal, une bombe explose. Bilan: 27 blessés. Le premier ministre Bertrand promet une récompense de 50 000$ pour épingler les auteurs. Depuis 1963, le Front de libération du Québec fait exploser des bombes artisanales à Montréal, près des casernes militaires ou dans des boîtes aux lettres de Westmount, qui font quelques victimes. En mars 1969, un felquiste est finalement arrêté.

Mais ça n’empêchera pas, un an plus tard, le FLQ d’enlever le ministre Pierre Laporte qui mourra au cours de sa détention, en pleine crise d’octobre 1970. Le party était fini. Déjà, l’esprit des années 60 s’estompait.



Le chef spirituel qui attire les foules  -  Laura-Julie Perrault
Le dalaï-lama en visite au Canada
Le dalaï-lama sera à Montréal aujourd’hui. Depuis sa dernière visite il y a 16 ans, sa santé s’est fragilisée et son pays, le Tibet, est resté sous le joug chinois. Malgré tout, le leader spirituel tibétain fait toujours courir les foules. Radiographie d’une popularité qui dure et dure encore.
À Vancouver cette semaine, 16 0 0 0 adoles cents l ’o n t accueilli avec des cris perç a n t s , c o m m e s i c ’é t a i t Hannah Montana. À Calgary, ses fa its et gestes ont été rapportés par les journaux dans les moindres détails. À Montréal, les billets à 60 $ pour l’entend re pa rler au Centre Bell sont partis comme des petits pains chauds. Pas de doute, le dalaï-lama, à 74 ans, est une star.
De passage à Calgary, mercredi dernier, le dalaï-lama a reçu en cadeau un chapeau de cow-boy et des mitaines en fourrure. Partout où il passe, le chef spirituel des Tibétains est reçu comme une véritable vedette.
Et pas une étoile filante. Depuis des décennies, les chefs d’ État et les acteurs d’ Hollywood sont prêts à faire des pieds et des mains pour rencontrer en privé le leader tibétain. Des dizaines de milliers de touristes font chaque année le voyage jusqu’à Dha ra msala , da ns l’ H i ma laya i nd ien , où le dalaï-lama a établi son gouvernement en exil, dans l’espoir de l’apercevoir.
« Il est facile d’oublier que le dalaï-la ma n’a pas toujours été une superstar internationale », note, au bout du fil, Robert Barnett, directeur du dépa r tement d ’ét udes tibéta ines modernes de l ’ U n ive r sité C olu m bia , à New York.
Né dans le v i l lage de Taktser, en 1935, dans un Tibet indépendant, Tenzin Gyatso n’ava it que 5 a ns quand il est devenu dalaïla ma , 15 a ns qua nd il a négocié pou r la prem ière fois avec la Chine qui venait de prendre le contrôle militaire du royaume, et 24 ans quand il a dû fuir son palais de Lhassa.
De l’ Inde, il tentait tant bien que mal d’alerter la planète alors que la population du Tibet était décimée par l’armée chinoise. « À l’époque, sa voix était noyée dans toute la rhétorique anticommuniste de la guerre froide », explique M. Barnett.
De l’arrière-plan au Nobel
Tout ça a cha ngé le 21 septembre 1987. Ce jou rlà , le da la ï-la ma ex posa it sa vision politique devant le Congrès a méricain : ses négociations avaient échoué avec la Chine, la cause tibétaine en était une de droits de la person ne, a-t-il fa it valoir. Le succès a été immédiat. Deu x a ns plus ta rd , alors que la Chine venait tout juste de réprimer durement les manifestants de la place Tiananmen, il recevait le prix Nobel de la paix.
« Beaucoup d’intellectuels à l ’époque c roya ient que sa popularité serait de très courte durée. Son approche a nti-intellectuelle ne plaisait pas à tous, mais à long terme, ç’a fait son succès. Il a réussi à fusionner politique et spiritualité », concède l’expert de Columbia. Certes, le dalaï-lama n’a pas convaincu la Chine d’accorder au Tibet son autonom ie, ma is il a accompli l’exploit de garder la question du Tibet au coeur de l’actualité depuis 22 ans, soutient-il.
Malgré sa popularité, le dalaï-lama n’est pas épargné par la critique. Outre les dénonciations constantes de la Chine, qui voit en lui une relique d’un passé traditionaliste et féodal, la plus remarquée a été l’oeuvre du magnat de la presse Rupert Murdoch. « Certains cyniques disent qu’il est un vieux moine très politisé qui se promène en chaussures G ucc i », a d it le propr ié - taire de Fox News au Vanity Fair en 1999. Les opinions con ser vat r ices du da la ïlama sur l’homosexualité et l’avortement sont aussi loin de faire l’unanimité, surtout parmi ses fans occidentaux.
Depuis quelques années, certa ines de ses positions sont ouvertement critiquées da ns les ra ngs tibéta i n s . « L a g ra nde major ité des T ibét a i n s soutien nent la vision du dalaï-lama, mais je ne cacherai pas qu’il y a un petit nombre qui, sans être contre lui, notent que ça fait 50 ans que les pourparlers avec les Chinois ne donnent rien et que c’est peut-être le moment de changer de tactique », remarque Kalsang Dolma , u ne Montréa la ise d’origine tibétaine.
Elle s’est penchée sur la perception que les Tibétains ont du dalaï-lama en se rendant dans des parties reculées du Tibet pour porter un message de ce dernier. Le résultat est Ce qu’il reste de nous, un documentaire de l’Office national du film. « Selon moi, le 14e dalaï-lama est le plus remarquable de l’histoire du Tibet avec son sourire contagieux et sa manière toute simple de communiquer », explique la jeune femme.
Kalsang Dolma n’est pas la seule à penser de la sorte. Beaucoup de Tibétains craignent que la disparition de leur leader spirituel ne soit dévastatrice pour leur cause et pour leur propre unité. C’est le cas du Montréalais Thubten Sa mdup, depu is peu ambassadeur du dalaïlama en Europe. « Si un jour il disparaît et que des jeunes deviennent frustrés et décident d’avoir recours à la violence, ce sera un jour d’une immense tristesse. Pendant que ce dalaï-lama est encore pa r m i nous et qu’il a la stature qu’il a, nous avons encore une chance de nous en sortir. »




L’homme qui ouvrit le Mur
pres collègues n’étaient pas derrière moi », a-t-il raconté à l’Associated Press.
Au-delà de l’abandon qu’il a alors ressenti, c’est une véritable révolution personnelle qu’a vécue Harald Jager. « Mon idéologie s’est alors complètement écroulée », a-t-il avoué.
Deux décennies plus tard, l ’ex-ga rde f rontière, âgé secrète est-allemande, il rappelle qu’il avait déjà terminé sa journée de travail et qu’il se restaurait d’un sandwich à la cantine de son poste quand la télévision d’État a diffusé une information capitale.
Gunt her Schabowsk i , membre du bureau politique du SED, le parti communiste est-allemand, annonçait que de contrôler la foule grandissante massée contre le Mur, ce 9 novembre 1989 au soir, était d’ouvrir entièrement la frontière à son point de passage. Ce qu’il fit, laissant des milliers d’Est-Allemands pénétrer pour la première fois à l’Ouest.
« Je ne suis pas un héros », assure-t-il 20 ans plus tard. « Je n’ai fait que ce qui me paraissait être le mieux à faire ce soir-là. »
Il reconnaît cependant que son geste a probablement empêché une confrontation violente. « La seule chose dont je peux être crédité, c’est que le sang n’a pas coulé ce soir-là – seulement des larmes de joie et de la sueur froide. »

La pichenette qui a fait tomber le mur -
PIERRE FOGLIA 
Des gardes-frontières de l’Est détruisent un bloc du mur de Berlin pour créer un passage au niveau de Potsdamer Platz, entre les parties est et ouest de la ville.
Il y a 20 ans, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin est tombé.
Montréalaise d’origine, Claire vivait à Berlin. Elle y vit toujours. La nuit où le mur est tombé, elle était chez elle, à Berlin. Elle fêtait les 13 ans d’une de ses filles, née justement un 9 novembre.
Dans la soirée, la mère de Claire a appelé de Montréal pour souhaiter bonne fête à sa petite-fille. Avant de raccrocher, elle a lâché ce truc énorme : au fait, je viens de voir à la télé que le mur est tombé.
Claire s’est mise à rire. Mais non, maman, c’est en Hongrie. Puis, à ses invités : Imaginez ! C’est ma mère à Montréal, elle dit que le mur de Berlin est tombé !
Tout le monde a bien rigolé. Puis les invités sont partis, Claire et son chum sont allés se coucher sans se douter de rien. À 7 h le lendemain matin, le téléphone encore. C’était un cousin qui vivait à l’Est. Je suis là ! T’es là... où ? À l’Ouest ! Le mur est tombé !
Le 9 novembre 1989, le monde a changé.
Le monde ? Celui qui avait surgi des ruines de la Seconde Guerre mondiale. L’Allemagne a été officiellement divisée en deux États en 1949. En plein milieu de l’Allemagne de l’Est, baignant en plein territoire ennemi : Berlin. La ville elle-même sera séparée en deux par un mur de 45 km érigé en une nuit – le 13 août 1961 – pour mettre fin à l’exode des millions d’Allemands de l’Est qui fuyaient à l’Ouest.
Ce mur tombera 28 ans plus tard, le 9 novembre 1989. Et avec lui tombera le monde ancien.
Un des plus écoutés des intellectuels américains – Francis Fukuyama – a proclamé et soutient encore que l’Histoire s’est arrêtée ce jour-là. Comprenez que la démocratie et le capitalisme ont gagné pour toujours en se fondant (en se confondant ?) pour toujours.
Ce qui est irréfutable, c’est que, le 9 novembre 1989, le monde a radicalement changé, sans violence, sans avions qui rentrent dans des tours. Presque par inadvertance.
La situation était mûre, bien sûr. Le rideau de fer qui séparait l’Europe avait été cisaillé en Hongrie ; des milliers d’Allemands de l’Est gagnaient déjà le monde libre par l’Autriche. Solidarnosc partageait le pouvoir en Pologne. En Union soviétique, la restructuration – appelée perestroïka – de Gorbatchev s’était emballée, le com munisme vacillait en son fief même et, surtout, ce qui a finalement décidé de tout: on avait compris que Gorbatchev ne ferait pas donner la mitraille. À la grande question : pourquoi ils n’ont pas tiré ? Une seule réponse: Gorbatchev. Auquel il faudra bien, un jour, rendre grâce.
En octobre, à Berlin même, des manifestations impensables six mois plus tôt avaient mené à la démission du président Honecker.
Une pichenette allait faire tomber le mur. Le 9 novembre 1989, vers 19 h, Günter Schabowski, du ministère de l’Information de la RDA, terminait sa conférence de presse sur les récentes nominations au Conseil d’État. Les journalistes avaient déjà refermé leur calepin, les cameramen remballaient leur matériel quand Schabowski a sorti un papier d’une autre poche. Ah oui, commença-t-il, comme s’il s’agissait d’un ajout sans importance, je voulais vous dire aussi que les autorisations pour aller à l’étranger (donc pour aller à Berlin-Ouest) seront données désormais dans des délais très, très courts... En fait, les commissariats de police ont reçu instruction de délivrer des autorisations de sortie sur-le-champ aux citoyens qui en feront la demande aux points de passage...
Stupéfaction des journalistes présents. Que nous chante-t-il là ? Quel piège cela cachait-il ? Ces permissions de sortir du pays ( Ausreiseerlaubnis), que les Allemands de l’Est n’obtenaient qu’après des années de justifications humiliantes – le simple fait d’en demander une vous désignait comme traître à la nation –, ce mur infranchissable depuis 28 ans, 1000 A llema nds ava ient été abattus à essayer de le sauter, et 5000 croupissaient en prison pour avoir essayé. Ces centaines de miradors, de bunkers, de casemates, ces chiens dressés à tuer, ces milliers de gardes-frontières... On allait désormais pouvoir traverser tout cela en sifflotant ? Bonjour, monsieur le garde-frontière, je voudrais aller acheter des bananes et du chocolat sur le Kurfürstendamm...
À pa rti r de qua nd ? journaliste.
Schabowski reprend son papier, semble y chercher la réponse, hésite, relève la tête : Maintenant, dit-il. Le monde avait commencé à changer avant ce 9 novembre 1989, mais la pichenette qui l’a fait basculer, c’est ce petit mot : maintenant.
la nce u n
Non, la nouvelle ne s’est pas répandue comme une traînée de poudre. La télé est-allemande n’en a pas parlé. Celle de l’Ouest l’a traitée avec circonspection. Une petite centaine de courageux cobayes se sont présentés au passage de Bornholmer Strasse : paraît que vous délivrez des visas sur simple demande?
Les gardes-frontières ont appelé le grand patron de la police secrète – la Stasi –, qui a lui-même joint le nouveau président, Egon Krenz. Laissezles passer, a ordonné Krenz.
Et alors là ! Là ! LÀ ! La traînée de poudre. Le déferlement. La marée humaine, compacte, euphorique. Là, le mur est tombé.
En fait, non. Dans sa concrète réalité de béton, le mur n’est pas tombé ce soir-là. Les Berlinois avaient trop de plaisir à le traverser librement, à l’escalader, à s’asseoir dessus.
Peter a grandi à l’Est, dans un village à 200 km au nord de Berlin. En 1989, il avait 22 ans. Il habitait chez ses parents. « Le soir où le mur est tombé, je n’en ai rien su. J’étais sorti avec des amis prendre une bière. C’est mon père qui m’a réveillé le lendemain : Peter, Peter, le mur est tombé. J’ai regardé l’heure et je lui ai dit : Tu ne trouves pas qu’il est un peu tôt pour faire des farces ?
Ce matin-là, à l’atelier, on était juste trois, les autres étaient partis à l’Ouest. J’y suis allé seulement le surlendemain avec deux amis. On est allé à Lübeck, la première grande ville à l’Ouest. On a pris un café. On a acheté les journaux, on les a lus dans un parc. Il faisait froid. On est rentré à l’Est le soir même. »

La Stasi
Durant 30 ans, la Stasi, la police politique de l’A llemagne de l’Est, a porté la délation à un point de systématisation encore jamais atteint par aucune police. À la chute du mur, on a découvert dans les archives de la Stasi 4 millions de dossiers. Quatre millions de citoyens ordinaires étaient surveillés, la plupart par leur voisin, parfois par leurs propres enfants, leur propre femme. Plus de 300 000 délateurs. L’anecdote la plus pétrifiante, pétrifiante dans sa banalité même, m’a été racontée par Walter, à la cafétéria des championnats du monde d’athlétisme, où il était bénévole :
C’était trois ou quatre ans avant la chute du mur. Je revenais de travailler. Deux policiers en civil sont sortis d’une voiture, m’ont rejoint avant que j’entre dans mon bloc. Vous êtes M. Meyer ? Je n’ai pas eu le temps de répondre. Une femme penchée à une fenêtre, une femme que je saluais dans les escaliers, a crié : C’est lui, c’est lui. Que vous voulaient-ils ? Dieu merc i , rien . Une erreur. Ils m’ont laissé filer presque tout de suite en me disant c’est vrai, tu n’as pas com m is de c ri me. . . pou r cette fois. J’ai demandé ce que voulait dire « pour cette fois ». Ils m’ont répondu de ne pas faire le malin.
L’h i s toi re de C h r i s t ia n concerne son grand-père.
Mon grand-père était un citoyen modèle, le régime le citait en exemple, l’honorait : meilleur ouvrier de l’année, médaille de ceci, de cela. Il était camionneur et avait le droit de se rendre à l’Ouest. Une fois, il était allé en Italie mener de s voi l ier s p ou r une compétition à laquelle devaient prendre part de athlètes est-allemands. Ils étaient deu x da ns ce ca mion. L e second chauffeur était le grand ami de mon grand-père et de toute notre famille.
A près la mort de mon grand-père, ma grand-mère a eu la curiosité d’aller voir s’il avait un dossier à la Stasi. Depuis la chute du mur, tout citoyen qui en fait la demande officielle peut avoir accès à son dossier. Première surprise de ma grand-mère, son modèle de mari avait bien un dossier à la Stasi. Seconde surprise, c’est le grand ami de mon grand-père et de la famille qui l’espionnait.
Dans un de ses rapports, l’ami écrit que mon grandpère est correct dans l’ensemble mais qu’il ne mérite pas d’être récompensé comme citoyen modèle parce que, au retour de ce voyage en Italie, il s’est arrêté à Munich pour aller prendre une bière chez des parents.
Tout le climat de l’Allemagne de l’Est tient dans ce minable mouchardage.
Il faut absolument voir La vie des autres, ce très grand film qui raconte l’histoire d’un capitaine de la Stasi qui épiait un écrivain et sa femme comédienne, film tourné en partie dans les bureaux même de la Stasi et à sa prison de Hohenschönhausen. Ce qui est beaucoup moins connu, c ’est que le comédien qui jouait le rôle du capitaine de la Stasi, Ulrich Mühe, qui vivait à l’Est dans la vraie vie, Mühe a publiquement accusé sa femme de l’époque de l’avoir espionné pour la Stasi...

Peter
Peter a grandi à l’Est dans un village de 300 habitants, Jürgenstorf, à 200 km au nord de Berlin, pas très loin de la mer Baltique. Fermes laitières, blé, maïs. Le père enseignait la biologie au collège agricole, la mère était secrétaire à la coopérative. Un frère.
Enfance heureuse : On ne manquait de rien. On allait en vacances en Tchécoslovaquie, en Hongrie, en Pologne. On avait une voiture, une Trabant, qu’on avait attendue quatre ou cinq ans.
La police? On n’a jamais été inquiétés.
L’Ouest ? On en avait des nouvelles par une tante qui nous apportait des sucreries et repartait avec plus qu’elle n’apportait, des achats qu’elle faisait au magasin d’État, où tout était pas mal moins cher qu’à l’Ouest.
Un peu avant 18 ans, j’ai envisagé de sauter le mur, surtout pour éviter le service militaire. Le problème, c’était mes parents. Ils auraient été inquiétés, ils auraient perdu leur travail, leur vie serait devenue un enfer.
Quand le mur est tombé, j’étais électricien dans un petit atelier d’État. Je menais la vie des jeunes de l’Est – la bière avec les copains après le travail, la musique qu’on se passait sous le manteau et quelques livres interdits.»
L’année d’après la chute du mur, Peter entre à l’université. Voyage. L’Europe, la Chine, l’Amérique du Sud. Aujourd’hui ingénieur électronicien chez Hager, Peter habite le Plateau de Berlin (Prenzlauerberg), un superbe appartement qu’il partage avec un ingénieur québécois de chez Bombardier
Il retourne souvent dans son village, où vivent encore ses parents, où son frère vend des camions Suzuki, où il a luimême acheté un immeuble à logements qu’il rénove à temps perdu. Le village a changé? Il est plus beau. Plus de couleurs. Plus de fleurs.
Qu’est-il advenu des anciens maîtres ? Ceux qui décidaient du tout, les informateurs de la police, les privilégiés du système ?
Ils se font discrets. Il n’y a pas eu de purge. C’est un des point les plus positifs de cette révolution, qui n’a pas versé de sang.
Avez-vous déjà cru en l’idéologie communiste? Non. Adhérez-vous au capitalisme? Pas plus. Le communisme va contre la volonté des gens, le capitalisme fabrique la volonté des gens, crée de besoins artificiels.
Peter ne votera pas Merkel. Il vote social-démocrate. Sur le passé, il dit qu’il faut faire bien attention à ne pas le restituer en noir et blanc : les nuances sont importantes. Ostalgique? Pas une seconde. La chute du mur est un événement immensément heureux, un bienfait, une libération. Sans liberté, sans libre circulation des personnes et des idées, la justice sociale ne veut rien dire.

Berlin apaisé
Je ne sais pas si Berlin a déjà une devise, mais je lui en ai trouvé une. Elle est inscrite dans le choeur de l’église évangélique de Sion, da ns P renzlauer Berg : Ich habe keine angst. Je n’ai pas peur ( 1).
Mais comme Berlin a eu longtemps à se justifier et à s’excuser auprès de ceux qui le jugeaient, ce serait bien d’ajouter : et je vous emmerde. Je n’ai pas peur et je vous emmerde.
C’est cet air de liberté un peu trash et apaisée en même temps qu’on respire à Berlin. C’est pour ça que, si j’avais 20 ans, j ’i ra is m’i nsta l ler à Berlin. C’est pour ça que si j’étais peintre, sculpteur, poète, infographiste, auteur de théâtre, ou jeune journaliste, ou ingénieur, n’importe quoi sauf vendeur d’assurance vie, j’irais vivre à Berlin. Tout le monde veut être à Berlin. Justement pour cette liberté un peu trash et apaisée en même temps.
J’aime Montréal sans condition ; pourtant, à Berlin, je n’ai pas arrêté de penser à tout ce qui me fatigue à Montréal : sa désespérante asepsie, sa petite morale coincée, la dictature de l’art populaire, le débat dans le débat, dans le débat, dans le débat, fuck. À Berlin, je suis entré 10 fois dans les bureaux de tabac pour l’odeur doucereuse des tabacs à pipe en me disant qu’à Montréal, on ferait fermer ces bureaux. À Berlin, j’ai compté des millions de cyclistes, dont seulement deux portaient un casque. À Berlin, tu peux prendre le métro avec ton vélo, avec ton chien, avec ton vélo et avec ton chien et avec ta bière. À Berlin, un samedi après-midi, en plein centre-ville, dans le jardin de Claire planté de pommiers, de pruniers et d’un abricotier, j’ai fait la sieste sur une chaise longue adossée au cabanon, où séchaient, sur de vieux journaux, les patates qu’elle venait de récolter.
Berlin, qui est neuf fois plus étendu que Paris (pour 3,4 millions d’habitants), est pour un tiers recouvert de forêts et de lacs. Dans Berlin, il y avait trop de lapins de garenne en liberté, on a introduit des rena rds pou r les bouffer. Maintenant, il y a trop de renards. Il y a aussi des sangliers en liberté, j’en ai vu deux qui attendaient le feu vert pour traverser Karl-Marx Allee. Ben non, c’est pas vrai, mais paraît que c’est vrai qu’il y a des sangliers.
Le mur a-t-il fait Berlin ? Le Berlin de maintenant ? Évidemment que le mur est pour quelque chose dans cette liberté apaisée et un peu trash qu’on y respire.
Îlot isolé pendant près de 30 ans, Berlin-Ouest a été longtemps la tête de pont de l’Occident, sa vitrine en « territoire ennemi ». Cela habitue à respirer autrement. Cela donne d’autres réflexes. Un exemple presque a contrario ? Le mur tombé, et avec lui le communisme, on se serait attendu à ce que Berlin devienne capitale du capitalisme. Pas vraiment. Berlin a le coeur à gauche. Berlin vote à gauche. La mairie de Berlin est presque rouge.
C’est aussi à cause du mur (ou grâce au mur) que Berlin est devenue la capitale la plus jeune du monde. Durant les années du mur, les Berlinois de l’Ouest étaient exemptés de service militaire. C’est ainsi que des milliers de j eunes Allemands de la république fédérale ont convergé vers Berlin plutôt que d’aller perdre leur temps à l’armée.
Quand le mur est tombé, les j eunes de l’ Est se sont ajoutés, ajoutant aussi plus de chômeurs, plus de squatteurs, plus de pauvreté. Vingt ans plus tard, Berlin est toujours une ville jeune et pauvre. Et riche de sa jeunesse et de sa pauvreté. Les jeunes créateurs y convergent – cela n’a pas grand-chose à voir avec l’art moderne, plutôt avec le coût de la vie. Berlin n’est pas cher.
Le mur, en tombant, a aussi ajouté la laideur à la laideur. Berlin est incroyablement laid en quelques points de rencontre des deux idéologies. A rchitectu re mosco - vite + frénésie marchande = Alexanderplatz, une bêtise de place qui n’a pas de ciel. On pourrait être à Beyrouth, à Buffalo, à Calgary.
Le mur coupait en deux l ’a u t r e l ieu my t h ique de Berlin, la Potsdamer Platz, qu’on a vue si émouvante dans Les ailes du désir, de Wim Wenders, encombrée d’éboulis, de ferrailles noircies. Sa reconversion est plus réussie. On y marie, j’ai envie de dire « naturellement », la grande culture qui était déjà là – la Bibliothèque nationale, la salle de concert La Philharmonie – et le grand business arrogant, Mercedes et le fameux Sony Center, même si j e cherche encore ce qu’il peut bien avoir de fameux...
Berlin est incroyablement beau quand on quitte ses grandes avenues, y compris l’Unter den Linden, l’avenue des Tilleuls, qui a trop de palais à montrer et pas assez de tilleuls. Berlin est beau dans Prenzlauer Berg (notre Plateau-Mont-Royal), dans Kreuzberg (qui semble fait d’une enfilade de carrés SaintLouis), dans Friedrichshain, da ns Wilmersdorf, da ns Shöneberg, sans oublier les cimetières. Berlin est plein de cimetières tous luxuriants de verdure, sauf celui-là, dans Friedrichshain, où je suis allé dire bonjour à Bertolt Brecht.
Berlin est incroyablement à pédales. Il y a plus de vélos à Berlin qu’à Pékin, mille fois plus qu’à Montréal. Berlin est incroyablement à poussettes, ces gens-là font des bébés comme des fous, qu’ils vont promener le samedi matin au marché de la j olie place Kollwitz. On les voit prendre un cappuccino aux terrasses des cafés alentour. Le bébé fait dodo dans la poussette entre une botte de poireaux, bios bien sûr, et un panier de chanterelles. Berlin est fou des chanterelles (elles viennent de la Pologne voisine). Ils en mettent partout, dans les pâtes, dans les sauces, peut-être bien même dans le cappuccino.
Reste que je trouve Berlin spectaculairement masochiste da ns la mu ltiplication de ses lieux de mémoire – une mémoire qui, me semble-t-il, appartient à toute l’humanité. Je veux dire que nous sommes tous parfaitement nazis, tous également délateurs pour une Stasi ou une autre. Ce n’est pas un avis partagé par les Berlinois, même si quelquesuns m’ont concédé : t’as peutêtre raison, mais nous, comme Allemands, nous n’avons pas le droit de dire cela.
Des musées du mur, des mémoriaux du mur, un musée de l’Allemagne de l’Est, des musées de la Stasi, la prison de la Stasi, le quartier général de la Stasi, un truc sur les nazis qui s’appelle « Topographie de la terreur ». Comme je demandais mon chemin pour le bunker où s’est suicidé Hitler, cette réponse surréaliste qui résume assez bien cette ville incroyable : prenez à gauche après les Galeries Lafayette ( 2), le bu n ker est der r ière le mémorial de l’Holocauste.


Robert McNamara n’est plus
DÉCÈS D’UN DES ARCHITECTES DE LAGUERRE DU VIETNAM
— Robert McNamara, ex-secrétaire à la Défense de John F. Kennedy et de Lyndon B. Johnson, est mort hier à 93 ans. Il a été l’un des défenseurs les plus farouches de l’intervention américaine dans le bourbier vietnamien avant de faire amende honorable, en 1995.
Huit ième sec rétai re américain à la Défense, Robert McNamara est décédé à son domicile de Washington des suites d’une longue maladie, précise l’agence d’information interne du Pentagone, sur son site internet.
À la tête du Pentagone de 1961 à 1968, il n’hésite pas à revendiquer l ’ appel lation pour le Vietnam de « guerre de McNamara ». « Je pense que c’est une guerre très importante et je suis satisfait d’y être associé et de faire tout ce que je peux pour la gagner », écrit-il en 1964.
Né le 9 juin 1916, à Oakland, en Californie, Robert Strange McNamara mène une brillante carrière dans l’industrie, lorsque le président Kennedy l’appelle à servir dans son administration.
Diplômé en économie, mathématiques et phi losophie de l’Université de Berkeley, il vient d’être nommé un mois plus tôt président du groupe automobile Ford. Ce poste n’avait jusqu’alors jamais été occupé par un non-membre de la famille Ford.
Brillant et arrogant
En novembre 1960, John Kennedy, nouvellement élu, lui propose le Trésor, qu’il refuse, ou la Défense, qu’il accepte, alors que la guerre froide bat son plein.
Énergique, bri l lant , voire arrogant – « son cerveau est un ordinateur » , disent ses collaborateurs –, McNamara est considéré comme un des membres-clés de l’administration Kennedy.
Il doit gérer la crise des missiles à Cuba en 1962, où il conseille en premier lieu à JFK d’envahir l’île dans les 36 heures, tout en mettant en garde contre le risque d’escalade nucléaire.
Sous sa direction, la présence mi l itaire des États-Unis au Vietnam enfle. Lorsqu’il quitte le Pentagone, 16 000 soldats américains sont morts sur ce front. À la fin de la guerre, sept ans plus tard, le bilan sera de près de 58 000 victimes côté américain et de 3 millions côté vietnamien.
« Je pense que Bob McNamara est un des grands fonctionnaires les plus brillants et patriotiques que j’aie connus, mais je n’étais pas d’accord avec lui sur le Vietnam », a indiqué à l’AFP un conseiller de Kennedy, Ted Sorensen, 81 ans.
Une fois à la retraite, l’ancien secrétaire à la Défense admet ses regrets. « Nous nous sommes trompés, nous nous sommes horriblement trompés », confiet-il dans des Mémoires publiées en 1995, La tragédie et les leçons du Vietnam.



ET SI MONTCALM AVAIT GAGNÉ ?...
Ne pas confondre histoire et anecdote  -  YVES BOISVERT
Si les Anglais n’avaient pas remporté la bataille des Plaines le 13 septembre 1759, ils l’auraient fait le 13 mai 1760. Ou le 9 août 1761. Plate de même. Maman-patrie nous avait largués à moitié pour d’autres affaires plus pressantes.

Cette bataille est une anecdote glorifiée, en vérité. Si les Anglais avaient perdu et si par impossible ils ne s’étaient pas réessayés, les Américains auraient bouffé la colonie.
Pour finir, si les Américains n’avaient pas envahi ou annexé la Nouvelle-France, de toute manière Napoléon l’aurait vendue aux États-Unis avec la Louisiane en 1803, bradée contre 15 millions de dollars. Il avait d’autres voisins à fouetter en Europe. La tentative catastrophique de conserver Haïti l’illustre bien: la France n’avait plus les moyens de ses ambitions coloniales.
Donc: ou bien la Conquête aurait eu lieu un autre jour, ou bien nous serions des Américains.
Si le Québec était devenu un État américa i n, nous n’aurions pas été tenus en infériorité politique et économique. Les Québécois auraient eu deux sénateurs au Congrès et un poids minuscule à la Chambre des représentants vu notre faible population, mais du moins ils auraient été des égaux, pas des colons dominés.
Les Québécois seraient b e aucoup plus r i c he s . L’émancipation économique des Québécois aurait été devancée d’un siècle.
Le revers de cette brillante médaille, c’est que… nous ne parlerions plus français. Pas tellement plus que les Louisianais. Pour participer aux institutions de l’Union, il aurait fallu s’angliciser rapidement. La Constitution américaine n’est pas faite pour les statuts particuliers, la préservation des langues minoritaires et autres détails qui gênent le melting-pot.
Le clergé québécois ne s’y est pas trompé en tentant d’éloigner les Canadiens français des villes et des métiers d’argent. Pour préserver la foi et la langue, gardiennes mutuelles, mieux valait se cantonner aux campagnes et faire plein de bébés.
LesAméricains n’auraient pas été forcés de nous concéder des droits linguistiques et culturels, comme les Anglais l’ont fait en 1774, fragilisés qu’ils étaient. L’Union est un package deal.
Une victoire de Montcalm ne nous aurait donc pas laissés « Français » bien longtemps. Nous n’étions d’ailleurs plus des Français d’outre-mer, mais des Canadiens depuis des générations, éloignés d’une métropole indolente.
Par contre, cette victoire aurait produit ceci: nous serions un pays sans avocats. Ces « rongeurs de peuple » (1) étaient en effet bannis de la colonie, pour éviter les querelles oiseuses. Chacun sa nostalgie. 1. J. Michel Doyon, Les avocats et le Barreau, une histoire, Barreau du Québec, 2009.


Une langue, pas de chicanes
  -  Patrick Lagacé
Si la France avait gagné la bataille des plaines, devenant maîtresse de l’Amérique, j’espère qu’elle aurait laissé derrière elle des sociétés plus fonctionnelles que ses colonies africaines. Le Gabon, la Côte-d’Ivoire, le Burkina Faso et le Mali n’ont pas exactement connu une progression sociale et économique spectaculaire sous le règne du colonisateur français.
Parce que, bon, imaginez un héritage colonial qui donne, par exemple, le Gabon. Avec, en plus de la pauvreté, de la neige six mois par année!
Si Montcalm avait repoussé les tuniques rouges de Wolfe, et si cela avait été décisif dans le partage du monde entre les puissances de l’époque, on peut rêver que cela aurait débouché sur une Amérique française et sur un Québec qui n’est pas constamment en proie aux chicanes linguistiques.
Parce que, bon, je suis tanné des chicanes de langues.
Nous aurions eu le bonheur, plus tard, de ne pas nous déchirer la pure laine à propos du Speak White, de McGill français, du racisme soft de Lord Durham, de la gymnastique conceptuelle de la société distincte, d’Alliance Québec, de la loi 78, de la loi 101, de la clause nonobstant, des grosses vendeuses de chez Eaton’s, des cégeps qui devraient être francophones only, des psychodrames entourant la commémoration, deux siècles et demi plus tard, de ladite bataille des Plaines.
Je pourrais envoyer mon fils à l’école anglaise un an ou deux sans passer pour un traître à la nation.
Nos universités pourraient offrir des cours en anglais afin d’attirer des cerveaux et des dollars sans craindre d’offenser qui que ce soit. Nos chercheurs pourraient publier en anglais sans craindre d’être excommuniés.
Nous ne vivrions jamais l’ignominie de t-shirts frappés de l’étiquette FAIT EN DINDE.
Et cette curieuse bibitte qu’est le commissaire aux langues officielles n’existerait pas. Ses sévères constats sur les ratés du service en français à Lethbridge non plus. D’ailleurs, Lethbridge s’appellerait Sainte-Rose. Ou Saint-Liboire.
J’idéalise, je rêve debout, je déconne, bien sûr. Peut-être que nous serions, aussi, une sorte d’Haïti du Nord.

Mais, au moins, le capitaine du Canadien de Montréal parlerait la langue de la majorité des habitants du continent…

The Province of Quebec? Yes sir!  -  Michèle Ouimet
Imaginez la scène si les Français avaient gagné la bataille des plaines d’Abraham en 1759: Gilles Duceppe dirige le Canada et Stephen Harper est premier ministre de la Province of Quebec. Harper, souverainiste, revendique l’indépendance du Québec pour protéger la minorité anglophone noyée dans un océan de francophones.

Je l’admets, ce scénario est complètement farfelu. Soyons sérieux, le sort des colonies d’Amérique s’est scellé en Europe lors de la signature du traité de Paris en 1763. Si Montcalm avait gagné la bataille des Plaines, l’histoire aurait à peine sourcillé.
Il aurait fallu que la France gagne la guerre de Sept Ans qui l’opposait à l’Angleterre pour que la Nouvelle-France reste dans son giron. En Amérique, les colonies anglaises et françaises se sont affrontées parce que leurs métropoles respectives croisaient le fer en Europe. Mais les braves colons pouvaient bien se battre, le résultat importait peu.
La France a perdu la guerre et elle a abandonné sa colonie sans verser de larmes. Plusieurs Français levaient d’ailleurs le nez sur cette lointaine Nouvelle-France qu’ils connaissaient à peine. Voltaire s’était même demandé pourquoi la France s’obstinait à garder ces « quelques arpents de neige ».
Mais revenons au XXIe siècle et à nos politiciens. Gilles Duceppe vient d’adopter la loi sur la clarté référendaire parce qu’il ne veut pas que son beau pays, le Canada, soit démantelé par un référendum gagné par la peau des dents au Québec. C’est sa ministre responsable de la Province of Quebec, Pauline Marois, qui a piloté ce dossier explosif.
Stephen Harper, lui, menace de déclencher un troisième référendum, mais la chicane est prise dans son équipe, the Quebec Party, car personne ne s’entend sur la stratégie référendaire.
Invité àMontréal par Stephen Harper – qui est prêt à tout pour embêter Gilles Duceppe –, Barack Obama a mis le feu aux poudres en déclarant, du haut du balcon de l’hôtel de ville: « Long live Quebec! Long live free Quebec! » Depuis cet éclat, les relations entre les États-Unis et le Canada sont glaciales. Et Jean Charest dans tout ça? Il est au chômage.


Le bilan mitigé de Jean Drapeau   -  André Duchesne
Rêver Montréal. L’ancien maire Jean Drapeau l’aura fait pendant toute la durée de sa carrière politique, estime l’auteur Benoit Gignac, qui consacre une biographie (en librairie le 1er octobre) à ce personnage hors du commun. Dans Jean Drapeau: le maire q
QPourquoi
Selon l’auteur Benoit Gignac, les chances qu’un autre Jean Drapeau arrive pour diriger Montréal sont à peu près inexistantes. Tout aussi habile et intelligent que puisse être le prochain maire de la métropole, il ne disposera pas des armes dont disposait M. Drapeau: la montée nationaliste, la construction de l’État québécois, une période de prospérité économique ainsi qu’un poids politique plus important.
une nouvelle biographie sur Jean Drapeau? R C’est la première biographie complète sur l’ancien maire. Aussi, je suis préoccupé, comme tout le monde, par Montréal. Je me questionnais beaucoup sur cette réflexion qu’on entend souvent selon laquelle Montréal manque de leadership. Je voulais retourner voir ce qu’était ce leadership (sous Drapeau). Il constitue la mesure-étalon en la matière. QCertaines
personnes rêvent encore aujourd’hui d’un leader prêt à relancer Montréal avec de grands projets. Est-ce une mauvaise idée? R Les chances qu’un autre Jean Drapeau arrive sont à peu près inexistantes. Tout aussi habile et intelligent que puisse être le prochain maire, il ne disposera pas des armes dont disposait M. Drapeau : la montée nationaliste, la construction de l’État québécois, une période de prospérité économique, un poids politique plus important. Tous ces facteurs-là ne sont pas présents. QQuel
est le sens du titre de votre livre Jean Drapeau: le maire qui rêvait sa ville ? R À partir de 1960, M. Drapeau a pratiquement sublimé sa ville. Il est comme entré en religion, en transe pour Montréal. Il a imaginé un Montréal probablement au-delà de ce qu’il était. Il faisait rêver les Montréalais et il rêvait sa ville. QVous
affirmez que la volonté du maire Drapeau de faire de Montréal une métropole internationale a amené les Montréalais trop loin. Que voulez-vous dire ? R I l a équipé Montréal comme une ville qu’elle n’est pas devenue. Et cela a coûté très cher. Par exemple, on a encore aujourd’hui des difficultés avec les îles. Après Expo 67, M. Drapeau n’a jamais réussi à y aménager des installations permanentes. La Ronde vit des difficultés financières, le Grand Prix a de la difficulté à vivre, etc. Toutes ces questions-là nous ramènent à la grosseur de Montréal. Mais lui voyait la grande ville internationale capable de supporter de telles infrastructures. QIl
se dégage de votre ouvrage que les idées de grandeur du maire ont eu des effets néfastes pour Montréal. Quels sont les exemples les plus frappants ? R Les Jeux olympiques. Ils ont été une réussite durant les 15 jours qu’ils ont duré. Mais tout le reste, c’est une affaire qu’on a payée durant 25 ans. Et il nous reste quoi ? Des installations, un stade dont il est inutile de parler, une culture du sport amateu r, peut-être, plus importante, le centre ClaudeRobillard, le centre ÉtienneDesmarteau. Les pyramides vendues au privé... Cela dit, il y a un pôle qui s’est développé à l’est avec le Biodôme et l’Insectarium. Ces équipements n’auraient peut-être jamais été là sans les Jeux olympiques. Mais ce sont des équipements lourds à por ter. C’est drôle, Jean Drapeau a pratiquement tout fait à l’est du boulevard Saint-Laurent . I l voulait tirer Montréal vers l ’ est . C’était vraiment une bataille de francophones. QÀ
ce propos, vous affirmez que ses projets de grandeur étaient aussi nourris par son ambition d’élever les Canadiens français parmi les grands peuples. Quelle a été sa contribution à leur émancipation? R Je pense qu’avec des projets comme le métro, la Place des Arts et l’Expo, il a prouvé que les Canadiens français étaient en mesure de faire des choses comme les Anglais. Au fond, il nous a aidés à nous décomplexer. QVous
dites aussi que Montréal n’a plus le poids politique qu’il avait à une autre époque et que, ce faisant, on ne cherche pas à gagner sa faveur à tout prix. Quel impact cela a-t-il sur son développement? R Un i mpa c t maj eu r . Montréal est encore une création de Québec. Chaque fois qu’on veut faire quelque chose de majeur, on doit aller demander à Québec. À son époque, Jean Drapeau parlait pour les deux tiers de la région. Aujourd’hui, le maire de Montréal parle pour un tiers de la région. Sur le plan électoral , les enjeux sont dans le 450. QSelon
vous, M. Drapeau a régné à une époque où les normes démocratiques, écologiques, sociétales et autres étaient moins élaborées, voire inexistantes. À l’inverse, est-ce que ces normes ont constitué un frein au développement actuel de la ville ? R De nos jours, c’est plus compliqué, plus long. Mais c’est mieux. Il faut arrêter de croire que Montréal est sclérosé. Il faut prendre la lecture de notre véritable réal ité. Montréal est une ville qui a perdu du poids politique. Qui rivalise avec Calgary, Minneapol is ou Pittsburgh. La lecture de Montréal doit en partie être refaite. Elle peut être une ville extraordinaire, mais plaçons-la à la bonne place. De toute façon, ç’a toujours été compliqué de développer des projets à Montréal. On a parlé durant 50 ans d’un métro avant de l’avoir. QM.
Drapeau a-t-il, selon vous, réalisé des projets structurants, valables, qui constituent un héritage significatif pour la ville ? R Le grand projet de Jean Drapeau fut le métro. Ce n’était pas juste le fait de transporter des gens dans un souterrain, mais de créer, aux bouches de métro, des îlots de commerce. Et cette réalisation a été faite dans les coûts et dans les temps. Sa deuxième contribution fut au plan culturel. C’est vrai qu’il était un conservateur. Il n’acceptait pas l’art contemporain. Mais il a créé le Conseil des arts, une innovation canadienne. Il a favorisé l’intégration des arts dans tous les projets, comme le métro. Il y a aussi la Place des Arts et l’Expo, un grand festival artistique et culturel. Ce sont ces éléments qui font que Montréal est maintenant une ville culturelle. QEn
un mot, quelle épithète colle le mieux à Jean Drapeau ? Manipulateur, séducteur, dictateur, rêveur? R Il était tout cela en même temps. Mais ce qui l’a le plus caractérisé est cette espèce de dévouement mystique, à s’en rendre malade, pour sa ville. QVous dites n’avoir jamais rencontré Jean Drapeau. S’il était encore en vie, quelle question lui poseriez-vous ? R Que pensez-vous de votre ville maintenant ? Et il me répondrait : « Je ne fais plus de politique, monsieur. » (rires) Jean Drapeau : le maire qui rêvait sa ville Benoit Gignac Éditions La Presse En librairie le 1er octobre


La Révolution des 100 jours  -  Daniel Lemay
En l’espace de quatre mois, Paul Sauvé a engagé le Québec dans la plus formidable transition de son histoire. Une exposition et un documentaire retracent la vie et l’oeuvre de ce conservateur à l’esprit ouvert.
Il était le seul à ne pas soumettre ses discours au «Chef» pour approbation. Fidèle, mais toujours critique, Paul Sauvé a passé 30 ans aux côtés de Maurice Duplessis avant de lui succéder comme premier ministre du Québec, le 10 septembre 1959.
Août 1955. Paul Sauvé salue la foule de 10 000 personnes venue fêter, dans la pinède d’Oka, ses 25 ans de vie politique. Ce soir-là, un Maurice Duplessis vieillissant (à droite) l’a officiellement désigné comme son successeur.
Fils de conservateur comme Duplessis, mort trois jours plus tôt, Paul Sauvé n’en croyait pas moins au changement – à l’urgence du changement, comme en font foi les 31 projets qu’il a tout de suite déposés à l’Assemblée législative. Loin de la génération spontanée, ces «bills» ne pouvaient découler que d’une patiente réflexion de la part de Sauvé, qui incarnait depuis longtemps l’aile progressiste de l’Union nationale, en tant que ministre du Bien-être social et de la Jeunesse, un ministère que Duplessis avait créé pour lui en 1953.
Reconnaissance du droit d’association des travailleurs, décriminalisation de la délinquance juvénile, permanence des fonctionnaires «désormais» soustraits à l’arbitraire partisan sont autant de mesures que réclamaient à grands cris les forces progressistes de «la Province» d’alors.
Paul Sauvé n’a pas eu le temps de mener à terme toutes ces réformes: il est mort subitement le 2 janvier 1960, après 112 j ours au pouvoir. Les historiens ont parlé de «la Révolution des 100 jours», prélude immédiat à ce qui deviendra la Révolution tranquille( dont la phase active débutera avec l’élection des libéraux de Jean Lesage, l’été suivant.
«Paul Sauvé se comportait en chef d’État, alors que Duplessis n’avait toujours été qu’un chef de parti», dira Paul Labonne, auteur de la monographie Paul Sauvé – Désormais l’avenir! (Éd. Point de fuite, 2003) et concepteur de l’exposition du même nom inaugurée la semaine dernière au Château Dufresne.
Enunevingtainedetableaux, l’exposition retrace les débuts de Paul Sauvé qui, dandy de 23 ans, avait succédé à son père – le journaliste Arthur Sauvé, ancien chroniqueur agricole de LaPresse –commedéputéconservateur de Deux-Montagnes.
On y découvre aussi le héros militaire décoré de la Croix de guerre française; opposé à la conscription, Paul Sauvé ne s’était pas moins enrôlé comme volontaire avant de commander le régiment des Fusiliers MontRoyal dans la campagne de libération de la France en 1944.
Le clou de Paul Sauvé – Désormais l’avenir! reste toutefois le documentaire de Paul Carvalho, tiré du livre de M. Labonne( 2), dans lequel d’anciens collaborateurs se rappellent l’homme et son oeuvre. Fernand Dostie a servi pendant la guerre avec Paul Sauvé, qui en fera plus tard son sousministre adjoint, puis son chef de cabinet. M. Dostie, mort l’an dernier, était avec Paul Sauvé quand celui-ci a ouvert «la mallette à Duplessis». Qui contenait entre autres la «liste de paye» de l’Union nationale, avec ses organisateurs, ses «espions» et ses informateurs, parmi lesquels des députés (libéraux)… et des évêques. «Maudite machine!»
Paul Sauvé aura au moins eu le temps de commencer le ménage de son propre parti.



Réhabiliter Duplessis? Non merci  -  MICHÈLE OUIMET
Quand j ’étais en première année, j’ai prié pour sauver l’âme de Khrouchtchev. Je ne savais pas qu’il dirigeait l’Union soviétique. J’ignorais tout de cet homme, je n’avais que 6 ans.
Maurice Duplessis a largement contribué à figer le Québec en entretenant des liens trop étroits avec l’Église.
Mon en seig na nte ava it installé une table en avant de la classe sur laquelle elle avait déposé une photo de Khrouchtchev et une chandelle. Tous les matins, une poignée d’élèves s’agenouillaient devant la photo et priaient, mains jointes. Les autres se tenaient debout à côté de leur pupitre et ils suppliaient Dieu de remettre K hrouchtchev dans le droit chemin.
À l’époque, je n’avais retenu qu’un mot, prononcé par mon institutrice avec un frémissement inquiet dans la voix : communiste. Un mot qui me faisait peur. En 1960, c’était le Bonhomme Sept Heures des enfants. C’était l’époque de la guerre froide qui coupait le monde en deux: d’un côté, les bons Américains, de l’autre, les méchants communistes.
1960. Même si Maurice Duplessis était mort depuis un an, son influence se faisait toujours sentir. Duplessis, le Chef, avait dominé le Québec pendant 18 ans. Premier ministre de 1936 à 1939, puis de 1944 à 1959. Réélu six fois.
Il était obsédé par les communistes. Une partie du pont de Trois-Rivières s’effondre en 1951. C’est la faute des communistes. Des grèves secouent le Québec. Les communistes. Encore. L’ennemi à abattre.
En 1937, Maurice Duplessis a adopté la Loi du cadenas, qui permettait aux autorités de fermer tout établissement soupçonné d’abriter des sympat h isa nts com mu n istes . Une loi contre la propagande communiste.
C ra i nte des com mu nistes, mais aussi des syndicats militants et des intellectuels. L’ancien premier ministre canadien, Pierre Elliott Trudeau, mènera la charge avec Cité libre, un journal politique influent qui ne se gênera pour critiquer le Chef. À ses côtés: René Lévesque, Gérard Pelletier, Pierre Vallières. Le Québec des années 50 étouffe sous la férule du Chef.
Duplessis se méfie de l’État et abandonne l’éducation et les hôpitaux entre les mains de l’Église. Une Église ultra conservatrice qui refuse de voir le Québec tel qu’il est : massivement industrialisé. En 1950, près de 70% de la population vit en ville. L’Église s’accroche à une vision bucolique de la campagne, perçue comme un rempart contre les tentations de la ville.
Duplessis n’était pas un grand démocrate. Il a déjà rabroué un de ses ministres, Antoine Rivard, qui avait osé l’interrompre pendant une conférence de presse. Duplessis avait aussitôt repris la parole en lui la nça nt : « Ta is-toi ! Laisse-moi faire ! »
Les points de presse du Chef se résumaient souvent à un long monologue.
Il ignorait les journalistes qui lui posaient des questions « déplaisantes ». Il les fixait du regard ou les engueulait, raconte Conrad Black dans s a bio g r a ph ie - f le uve s u r Duplessis.
« Un nom mé Th iv ierge, qui avait déplu à Duplessis, ce qui n’était pas difficile à faire, posa une question, écrit Black. Duplessis lui répondit aussitôt : Thivierge, quand je te regarde, je me demande si t’es un ti-vierge ou bien un ti-crisse. »
A necdotes ? Oui, ma is elles en disent long sur le personnage.
Les jeu nes historiens ont tenda nce à réhabiliter Duplessis. Ils valorisent ses actions nationalistes, explique Robert Comeau, professeur d’histoire à la retraite : adoption du drapeau fleurdelisé en 1948, création de l’impôt sur le revenu. Duplessis, l’homme fort qui tient tête au fédéral.
Mais Duplessis reste un homme de droite, un conservateur qui a largement contribué à figer le Québec en entretenant des liens trop étroits avec l’Église.
Sa lutte contre les syndicats souligne à quel point il était rétrograde. Son règne a été marqué par des grèves longues et dures: Valleyfield, Asbestos, Louiseville, Murdochville... Briseurs de grève, émeutes, interventions de la police, emprisonnement des chefs syndicaux. Pas joli, joli.
Je connais un peu l’époque de Duplessis. J’ai fait mon mémoire de maîtrise en histoire sur les grèves de 1946 et 1952 dans l’industrie textile à Valleyfield.
J’ai voulu le relire pour écrire cette chronique, mais je l’ai jeté à la poubelle il y a plusieurs années. Il faut dire que je jette tout, mais c’est une autre histoire. Je suis donc allée à la bibliothèque de l’UQAM qui, elle, garde tout.
Dans le textile, les conditions de travail étaient très difficiles : fine poussière qui saturait l’air des ateliers, chaleur, humidité, bruit, incidence élevée de tuberculose chez les employés.
En 1946, en plein boom économique de l’après-guerre, les travailleurs du textile revendiquaient la semaine de 40 heures, une augmentation de salaire de 25 cents l’heure, deux semaines de vacances payées et la fin du travail le samedi soir et le dima nche. R ien d’extravagant.
La grève est illégale, Duplessis envoie la police. Pour lui, le conflit est mené par des communistes. Le cardinal Léger jette de l’huile sur le feu en condamnant les grévistes en chaire. L’emploi de briseurs de grève met le feu aux poudres et c’est l’émeute. Les dirigeants syndicaux sont arrêtés et emprisonnés.
C’était ça, le Québec de Duplessis . I l ne faut pa s l’oublier. Alors la réhabilitation du Chef? Non merci.


« Une figure de grand-père autoritaire »  -  Daniel Lemay

« Une figure de grand-père autoritaire », se souvient Pierre Marc Johnson
Maurice Duplessis est mort à Schefferville le 7 septembre 1959, dans ce NouveauQuébec qu’on l’accusait d’avoir vendu aux Américains.
Après Paul Sauvé en 1960, Daniel Johnson a été le troisième premier ministre de l’Union nationale à mourir en fonction. C’était le 26 septembre 1968 au barrage Manic 5 qu’il venait d’inaugurer et dont il avait supervisé les premières élaborations, 10 ans plus tôt en tant que ministre des Ressources hydrauliques de Duplessis ; le barrage, une des plus grandes réalisations québécoises, sera plus tard nommé en son honneur.
Duplessis n’a pas eu d’enfants mais les deux fils de Daniel Johnson ont été premiers ministres du Québec : Pierre Marc a succédé à René Lévesque en 1985 et Daniel fils à Robert Bou rassa en 1994. Un fait unique dans l’histoire de la démocratie.
Pierre Marc Johnson, qui adolescent a rencontré Maurice Duplessis, se souvient d’« une figure de grand-père autoritaire » : « Il avait la poigne serrée. Cette image de conservatisme a fait qu’il en est venu à représenter l’altérité par rapport à ceux qui incarnaient la modernité au Québec. »
Et Duplessis en était parfa itement conscient, selon M. Johnson : « Il avait dit à papa : "Je suis assis sur le couvercle. Quand je vais partir, ça va sauter." Il avait suivi les mouvements de transformation sociale en Europe, la montée de la social-démocratie notamment où c’est l’État qui définit les grandes orientations. Luimême ne croyait pas à ce rôle de l’État mais il savait que le Québec n’était pas à l’abri.»
L e plu s g ra nd legs de Duplessis ? « Il a défini une certaine identité du territoire québécois comme lieu d’évolution des Canadiens français. Ce faisant, il a contribué à la définition des aspirations autonomistes du Québec. »
Daniel Johnson – que de Gaulle appelait « mon ami Johnson » – a posé d’autres critères à cette autonomie dans l’ouvrage Égalité ou indépendance paru en 1965. Dans ce qui constituait la plateforme électorale de son parti – l’Union nationale accédera au pouvoir l’année suivante –, le chef de l’opposition du temps y soutenait que « la Confédération n’est pas une fin en soi ».
Duplessis, son ancien mentor, n’avait jamais approché ce niveau de clarté.

QUE RESTE-T-IL DE DUPLESSIS ?  -  Daniel Lemay
Le 7 septembre marquera le 50e anniversaire de la mort de Maurice Duplessis. Ce monstre politique ne vivait que pour le pouvoir, qu’il a exercé sans partage sur le Québec de l’après-guerre. Pour les supporters de l’Union nationale, qui l’ont élu premier ministre six fois, il était le « Cheuf » incontesté ; pour ses adversaires, il est toujours resté l’obscurantiste de la Grande Noirceur. Aujourd’hui, qu’en reste-t-il ?
De ses 32 ans comme député de T roisR ivières, Mau rice L e Noblet Duplessis en a passé 18 com me prem ier ministre de la province du Québec, un record de longévité politique.

Cinqua nte a ns après sa mort toutefois, peu de choses da ns son a ncien fief évoquent le souvenir du chef de l’Union nationale qui, pendant les 15 ans qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale, a totalement dominé la scène politique québécoise. Pour le meilleur et pour le pire… Ne se disait-il pas, d’ailleurs, « marié à la politique », lui, le tombeur qui n’a jamais pris femme ?
R e s t e d ’a b o r d le pont Duplessis, « solide comme l’Union nationale » et officiellement nommé en l’honneur de son père Nérée, qui relie Trois-Rivières à Cap-de-laMadeleine sur le Chemin du Roy, enjambant le SaintMaurice à son spectaculaire c o n f lue n t ave c le S a i ntLaurent. En 1951, trois ans après son inauguration, une partie du pont s’est effondrée, causant la mort de huit personnes. Plusieurs unionistes, à l’instar de Maurice Bellemare, en avaient vite accusé les « communistes », ennemis aux sombres desseins ravivés par la guerre froide et que Duplessis combattait depuis 1937 alors qu’il avait fait voter sa fameuse (ou infâme) « loi du cadenas ». D’anticommuniste, il deviendra vite, dans l’esprit de plusieurs, antisyndicaliste…
Au centre-ville de TroisR ivières, non loin du m ag n i f ique quad r i latère institutionnel de la « cité de Laviolette », s’élève une statue de Duplessis avec, en arrièreplan, le fleurdelisé dont il avait fait le drapeau officiel du Québec en 1948, au grand plaisir des milieux nationalistes (le Parlement fédéral, de son côté, ne remplacera le Red Ensign britannique par l’unifolié qu’en 1965). Au bas de la statue, gravé dans la pierre, le credo politique de Duplessis : « La coopération toujours ; l’assimilation, jamais ».
À l’angle des rues Hart et Laviolette, en face du palais de justice où lui et son père ont tant plaidé, une plaque a été posée là où s’élevait la maison paternelle : « Son règne a été marqué par de multiples controverses, par l’affirmation de l’autonomie provinciale et par d’importants travaux publics qui ont changé le visage du Québec. » Et c’est signé « Gouvernement du Canada ».
« Le pouvoir de taxer est le pouvoir de gouverner »
Sur une terrasse du boulevard des Forges, un homme à l’air distingué lit son journal. Maurice Duplessis, vous, monsieur... « Oh ! Ça me rappelle plein de choses : je suis historien. » M ichel Morin, l’ancien député de NicoletYamaska (1994-2007) est à Trois-Rivières pour l’amicale du Pa rti québécois, réu ni en caucus ce j our-là. Pour M. Morin, maintenant attaché à l’UQTR, le principal legs de Duplessis reste le rapatriement de l’impôt sur le revenu en 1956, sa plus grande victoire autonomiste. « Le pouvoir de taxer est le pouvoir de gouverner », répétait Duplessis…
Dans la petite salle d’exposition du musée Pierre-Boucher du Séminaire Saint-Joseph, son alma mater, dans la cour duquel il prononcera tant de discours, des centaines d’objets rappellent que Duplessis a exercé ce pouvoir pendant de nombreuses années. Ici le premier fleurdelisé cérémonial (1948), là une truelle d’argent ayant servi à poser la première pierre de l’ École polytechnique de Montréal en mai 1956. Un complet trois pièces à la patère – il ne portait que ça – et, sur le mur, les armoiries familiales des Du Plessis : « Mon droit fait ma force ».
Et des centaines de livres ayant appartenu à l’homme qui se vantait de n’en jamais ouvrir aucun. Dont Esquisses pour l’homme de l’ultra-catholique Marcel Clément, dans son édition québécoise de 1945.
Des livres couvrent aussi les
murs du salon de la magnifique résidence de Berthe Bureau-Dufresne, plus bas en ville, sur la rive du SaintLaurent. M me Dufresne, 85 ans, est la nièce de Maurice Duplessis – la fille de sa soeur Étien nette – et, à ce titre, porte-parole de la famille. Et gardienne de la mémoire, un rôle dont elle s’acquitte avec élégance. « Mon grand-père, Jacques Bureau, a aussi été ministre de Wilfrid Laurier… Je n’ai jamais, moi-même, fait de politique mais mon oncle Maurice me fait travailler fort depuis 40 ans… »

À ex pl iquer com ment l’homme, d’une grande générosité, « s’occ upa it de son monde » et même des familles de ses adversaires politiques, lui, l’infatigable travailleur qui à sa mort n’avait « pas une cenne ». « Il a construit 4 0 0 0 écoles et il a amené l’électricité dans les campagnes », ajoute Mme Dufresne qui déplore, avec le sourire, qu’ait subsisté l’image négative que lu i ava ient fa ite « Pierre Trudeau et ses amis » : Maurice Duplessis l’obscurantiste de la Grande Noirceur.


Le CAD de Bourassa était bien loin d’être une CIA  -  Denis Lessard
QUÉBEC— Le fameux « Centre d’analyse et de documentation » (CAD) mis en place par le gouvernement de Robert Bourassa n’avait absolument rien de la CIA. Une poignée de jeunes universitaires y rassemblaient de l’information essentiellement tirée des journaux ou des médias électroniques.
« Parler de " police politique", c’est très exagéré », explique l’historien Paul Bernier, qui, après son séjour au CAD, a fait une longue carrière au ministère des Relations internationales. Il est à la retraite depuis trois ans.
Tout comme un autre ancien employé du CAD, qui a accepté de parler à La Presse à condition que son identité ne soit pas révélée, M. Bernier estime même que les renseignements colligés dans une salle sans fenêtre au « bunker » du gouvernement Bourassa servaient en fait à « faire contrepoids » aux analyses plus sommaires et plus expéditives des policiers. « La crainte d’une CIA québécoise, cela nous faisait bien rire... on était des jeunes, historiens, sociologues, qui avaient des journaux une lecture différente de celle que pouvait avoir un enquêteur de la police », résume un ancien du CAD. Plusieurs ont eu depuis une brillante carrière dans l’administration publique à Québec.
Denis Lacasse, autre fonctionnaire à la retraite, réclame actuellement aux Archives nationales trois caisses contenant les documents du CAD.
En 1992, l’ancien ministre de la Justice Marc-André Bédard avait souligné que tous les dossiers touchant les individus avaient été détruits, mais que les fichiers sur les « associations » avaient été conservés. M. Lacasse a réécrit depuis son roman sur les coulisses de la crise d’Octobre, que Denis Vaugeois compte publier. La première version avait été passée au pilon parce que l’auteur s’était trop largement inspiré de Georges Simenon, « sans le citer ». Ce plagiat « était une erreur », admet M. Lacasse.
Vaugeois, de son côté, souligne que le texte a été retravaillé de fond en comble. Pour l’ancien ministre, il est sûr que le CAD détenait des renseignements stratégiques sur les individus. Il se souvient qu’à l’époque où il était haut fonctionnaire, des candidats à des postes de fonctionnaire étaient mystérieusement bloqués parce qu’ils pouvaient être vus comme des sympathisants péquistes. L’ancien ministre Oswald Parent avait ainsi mis de côté un souverainiste de l’Outaouais. « Quand vous savez comment les partis politiques fonctionnent, pensez-vous que M. Parent avait besoin du CAD pour savoir qui était proche du PQ dans sa région? » réplique l’ancien spécialiste du CAD.
Le PQ avait officiellement démantelé le CAD après les élections de 1976. M. Bernier soutient que, depuis plus d’un an déjà, il ne s’y passait plus grand-chose. Successeur du secrétai re général Julien Chouinard, Guy Coulombe n’aimait pas beaucoup cette mission.
« Parfois des informations venaient de la police. . . il y avait un paquet de groupuscules marxistes qui se tapaient sur la gueule », souligne M. Bernier. « Nos sources étaient plutôt publiques. Notre patron, Gilles Néron, avait ses contacts avec les corps de police mais, dans les dossiers, c’était des informations tirées des médias, des publications », résume-t-on. Des exceptions... Les jeunes fonctionnaires avaient par exemple reçu de la police des photos de rassemblements autochtones démontrant que des Américains étaient venus prêter main-forte à leurs frères de sang québécois.
« On ne criait pas sur les toits qu’on faisait ce travail », résume le fonct ionna i re Bernier. Mais en décembre 1973, devant les questions du péquiste Robert Burns, Robert Bourassa avait divulgué publiquement la liste de la dizaine d’employés du CAD. « Robert Bourassa était toujours vague sur ce qui se faisait au CAD... J’ai toujours pensé que c’était pour que ses ministres se tiennent tranquilles ! » ironise aujourd’hui M. Bernier.



UNE HISTOIRE CENSURÉE  -  Marc Cassivi
De 1913 à 1967, le Bureau de la censure du Québec interdit plus de 6000 films. La plupart finiront par être diffusés après avoir été amputés de scènes jugées trop osées, trop violentes ou contraires à la moralité publique.
À ses débuts au Québec en 1896 jusqu’à la fin des années 10, le cinéma est largement épargné par la censure. Les projectionnistes itinérants s’assurent d’avoir en tout temps sous la main une Passion, question de rassurer le clergé. L’arrivée de la censure coïncide avec celle du long métrage. Les « vues animées » de 5 ou 10 minutes font place à des films d’une heure ou une heure et demie, aux scénarios et aux personnages plus complexes.
Pour y faire face, le Bureau de la censure des vues animées, créé quelques mois plus tôt, entre en activité le 1er mai 1913. Il cautionne la majorité des films, mais en refuse plusieurs autres ou exige des modifications avant d’en permettre la diffusion.
« Au Québec, la censure existait déjà dans la littérature, explique l’historien du cinéma Yves Lever. Personne ne s’est étonné que l’on crée un Bureau de la censure du cinéma. Ça allait de soi. »
Dans le Québec puritain et obscurantiste de la première moitié du XXe siècle, c’est le sexe, voire sa simple évocation, qui est à l’origine de la majorité des cas de censure. La sévérité des censeurs québécois est telle qu’en 1926, les grands studios hollywoodiens menacent de ne plus présenter leurs films au Québec.
Afin de contenter le Bureau de la censure, le distributeur et producteur Joseph-Alexandre DeSève (qui fondera plus tard Télé-Métropole) modifie lemontage des films et tourne même, en studio à Montréal, des scènes inédites. Il convainc, grâce au distributeur France Films, l’actrice française Michèle Morgan de lire une nouvelle lettre à un amant (marié), pour la « version québécoise » du film Orage (1938) de Marc Allégret. Le suicide de son personnage (Françoise) est ainsi transformé au Québec en simple fuite vers une autre ville. La lettre de suicide, censurée, est remplacée par une lettre de rupture, rédigée par nul autre que le chanoine Adélard Arbour.
La plupart des films censurés à l’époque sont privés de scènes importantes, sous prétexte qu’on y voit une jambe dénudée ou le début de l’intention d’un baiser. Ainsi charcutés, ils deviennent incompréhensibles pour le public québécois. « Dans un autre film, J.-A. DeSève fait déplacer de la fin au début une scène de mariage, rappelle Yves Lever, coauteur du Dictionnaire de la censure au Québec. Les personnages avaient couché à l’hôtel avant le mariage. Grâce au nouveau montage, le problème est résolu! »
La palme de la censure revient au film Le rouge et le noir (1954) de Claude Autant-Lara, d’après le roman de Stendhal. Des 185 minutes originales, seulement 99 minutes sont présentées au Québec…
Le zèle des censeurs québécois donne également lieu à quelques incidents diplomatiques. En 1947, Les enfants du paradis de Marcel Carné, d’après un scénario de Jacques Prévert, doit être projeté à l’Université de Montréal dans le cadre d’un festival de films français. Le Bureau de la censure l’interdit – avec l’aval, dit-on, de Maurice Duplessis –, jugeant le film « pornographique » parce que l’actrice Arletty y dégrafe son corsage. Le délégué de la France interprète ce refus comme une insulte à son pays.
Il faudra attendre la fin des années 50 pour une prise de conscience collective des dérives de la censure au Québec. « L’affaire Maxime (1958) a eu un impact considérable, explique Yves Lever, également auteur d’Anastasie ou la censure du cinéma au Québec (2008). Le film (d’Henri Verneuil) devait inaugurer une semaine du cinéma français à Montréal. On l’a censuré du tiers: 40 minutes sur 120. Unifrance a refusé que le film soit montré. On en a parlé pendant une semaine. »
Lorsque Hiroshima mon amour, chef-d’oeuvre d’Alain Resnais, est présenté dans son intégralité au Festival international du film de Montréal, mais est ensuite amputé de 14 minutes – et de toutes ses scènes évoquant l’adultère – lors de sa sortie commerciale en 1960, la réaction est aussi très forte. Des cinéphiles protestent devant le cinéma, pancartes à la main: « Hiroshima, coupé de son amour! », « Les censeurs pour l’échafaud ».
La réaction médiatique, et l’arrivée au pouvoir de Jean Lesage, sont le prétexte à la mise sur pied d’un comité pour l’étude de la censure, qui accouchera en 1962 du Rapport Régis, du nom du père Louis-Marie Régis, un philosophe s’inscrivant en faux contre la pensée rigoriste de l’Église. C’est la fin des « ciseaux ».
En 1967, sous la houlette d’André Guérin, le Bureau de la censure, libéré des pressions politiquesetreligieuses, devient le Bureau de surveillance du cinéma (puis, en 1983, la Régie du cinéma). C’est l’aboutisse-
ment de ce que les historiens du cinéma appellent la « révolution copernicienne ».
« On élimine le code moral de 1930, dit Yves Lever. Ce n’est plus un code établi, qu’il soit défini par le clergé ou par le gouvernement, qui sert de base, mais la conscience des gens et le consensus social. C’est ce que la société peut tolérer. Ça semble évident aujourd’hui, mais ce ne l’était pas du tout à l’époque. »
Quelques faits isolés rappellent dans la foulée que la censure ne disparaîtra jamais tout à fait. En 1968, la présentation en français du film érotique danois I, A Woman est interrompue par l’escouade de la moralité. Les « films de fesses » québécois de l’époque – Aprèsski, Deux femmes en or, L’initiation – sont aussi montrés du doigt par l’Église.
« La censure existe parce que le pouvoir veut garder le contrôle sur l’imaginaire des gens, rappelle Yves Lever. Ce qui va changer avec le temps, c’est l’arrivée à une liberté nouvelle. Le contrôle sur l’imaginaire va s’effriter petit à petit. »
Le Bureau de la censure n’existe plus depuis plus de 40 ans, mais des cinéastes estiment qu’il existe aujourd’hui des formes plus pernicieuses de censure, comme l’autocensure ou le diktat du box-office. « On dit souvent qu’il y a deux formes de censure, constate Yves Lever. La censure qui proscrit et la censure qui prescrit. Une forme de censure nous dit ce que l’on ne doit pas voir, et l’autre, ce que l’on doit voir. En ce sens, la censure d’hier n’est pas comparable à la censure d’aujourd’hui. »


150 ans de stations spatiales
L’idée de station spatiale est apparue pour la première fois au milieu du XIXe siècle. Mais il a fallu près de 30 ans d’essais et d’erreurs russes et américaines pour en arriver au concept actuel de la Station spatiale internationale, sur fond de guerre froide.
En 1857, la revue amér ica i ne Atlantic Monthly tente la première description d’une station spatiale... de brique. L’Allemand Hermann Oberth précise l’idée en 1923: les stations seront des étapes vers l’exploration planétaire. Le père des fusées d’Hitler, Wernher Von Braun, conçoit, en 1952, une variation sur le même thème dans Colliers; sa station Lunetta recréait la gravité en tournant sur elle-même. L’article fait tant de bruit que Disney en fait un dessin animé. Stanley Kubrick porte le concept au grand écran en 1968, avec 2001 : Odyssée de l’espace. En 1974, un professeur de Princeton, Gerard K. O’Neill, propose des colonies spatiales avec The Colonization of Space.
Finalement, ce sont les Soviétiques qui lancent la première station spatiale: Salyout (salut), en 1971. Trois cosmonautes y passent 23 jours en juillet, mais meurent au moment de la rentrée dans l’atmosphère, et la station est détruite en octobre. Jusqu’à Salyout 5, l’augmentation de la durée en orbite est faible, mais Salyout 6 (1977-1982) porte le record à cinq ans et Salyout 7, à neuf ans (19821991). Mir, la première station modulaire, est lancée en 1986. Durant ses 15 ans de service, dont 14 avec un équipage à bord, elle a fourni de précieux enseignements sur la vie dans l’espace. Les tensions qui ont miné certains équipages, par exemple Anatoli Berezovoi et Valentin Lebedev sur Salyout 7, qui se sont pratiquement ignorés durant 200 jours, ont mené au développement d’un programme de soutien psychologique et à la description de psychopathologies très précises. Le Dr Valeri Poliakov a établi le record de séjour, 437 jours, en 1994-1995, au prix d’une grave décalcification des os.
Les Américains s’y risquent
Les Américains sont moins chanceux. Dérivé du troisième étage d’une fusée Saturn V, Skylab est lancé en mai 1973. Tout va mal : bouclier abîmé, panneaux solaires endommagés. Trois astronautes sont envoyés pour contrôler la température et réussissent à installer un parasol et à décoincer un panneau. Deux équipages leur succéderont avant la rentrée catastrophique dans l’atmosphère, en 1979. La navette, qui devait être prête en 1977, était censée rétablir l’orbite de la station américaine. Son premier vol n’aura lieu qu’en 1981.
En1984, Ronald Reagan lance le projet de station spatiale Freedom, quidevait coûter 8milliards de dollars américains. Cinq configurations sont proposées jusqu’en 1993, la structure centrale allant d’une simple poutre à un grand carré, une énorme « double quille » de 150mètres de côté. Les agences spatiales japonaise, européenne et canadienne sont invitées à participer à l’aventure. Une conférence a lieu à Québec en 1985 pour déboucher sur un accord en 1988. Le projet s’embourbe au Congrès dès 1990, survivant par une voix en 1993.
Les coûts ont gonflé à 100 milliards, dont près de la moitié ont été déjà dépensés.
La NASA a dû refiler à l’Agence spatiale italienne la conception du module d’habitation Harmony, et confier aux Russes la responsabilité de ramener tout le monde sur Terre en cas d’urgence, avec des capsules Soyouz.




La Pologne célèbre le 20e anniversaire de la première brèche dans le rideau de fer
CRACOVIE— La Pologne a célébré hier les 20 ans de l’éclatante victoire de Solidarnosc aux élections semi-libres, victoire qui sonnait le glas du régime communiste en Pologne et donnait le coup d’envoi de l’effondrement du bloc soviétique en Europe.
Les dirigeants de la Pologne et de l’Allemagne, ainsi que les représentants de neuf pays autrefois sous domination soviétique, ont assisté aux cérémonies aux côtés du fondateur du syndicat Solidarité Lech Walesa, et du chef de file de la « Révolution de velours » en Tchécoslovaquie, Vaclav Havel.
« Aujourd’hui (...) les dirigeants des pays européens sont venus rendre hommage aux grandes idées de liberté et de solidarité et aux héros – célèbres et inconnus – qui ont sacrifié leurs vies entières pour la liberté et la solidarité », a déclaré le premier ministre polonais Donald Tusk lors de son discours au château de Wawel, à Cracovie.
Le 4 juin 1989, les Polonais se sont rendus nombreux aux bureaux de vote, alors que les troupes soviétiques étaient toujours stationnées sur le sol national. Les résultats du scrutin ont surpris tout le monde, même les plus optimistes des militants de Solidarnosc : le syndicat a raflé 99 des 100 sièges du Sénat et la totalité des 161 sièges de la Diète ouverts à tous (un tiers de la Chambre).
« C’était un élan très fort, un lien très fort avec une série d’événements qui ont conduit plus tard à notre libération et à la fin de la division bipolaire du monde », a déclaré Vaclav Havel lors de la cérémonie.
La chancel ière al lemande Angela Merkel, qui a grandi en Allemagne de l’Est, a estimé que le vote du 4 juin avait « marqué la victoire décisive de la démocratie en Pologne et finalement dans toute l’Europe de l’Est ».
« Nous, Allemands, sommes profondément reconnaissants envers vos attitudes courageuses, en particulier les Allemands de la République démocratique allemande », a-t-elle ajouté.
Dans toute la Pologne jeudi, l’anniversaire a été célébré à travers des conférences, des débats, des concerts et des expositions.


Grève de 1972 : 100$ par semaine
Les négociations ont été mouvementées : grève générale, retour au travail forcé, emprisonnement des dirigeants syndicaux.
Au printemps de 1972, les trois grandes centrales syndicales du Québec font front commun pour une revendication majeure : un salaire minimal de 100 dollars par semaine pour chacun de leurs membres.
Parmi la foule marchant vers le palais de justice de Québec, en mai 1972, on distingue les dirigeants syndicaux Louis Laberge, Marcel Pepin et Yvon Charbonneau.
Environ 50 000 des quelque 210 000 travailleurs des secteurs public et parapublic ne gagnent pas cette somme hebdomadaire.
Les syndicats réclament aussi une indexation des salaires au coût de la vie et la constitution d’une table centrale pour négocier avec le gouvernement de Robert Bourassa. Il est aussi question de sécurité d’emploi et de régime de retraite.
Les négociations sont pénibles. En mars, les syndicats obtiennent des mandats de grève. La grève générale illimitée est déclenchée le 11 avril.
Selon un article publié à la une de La Presse le même jour, les syndicats promettent de maintenir les services essentiels qu’ils définiront eux-mêmes.
Au bout de 10 jours, le gouvernement Bourassa fait adopter la loi 19 forçant le retour au travail sous peine de graves sanctions. Les trois chefs syndicaux incitent leurs membres à défier l’ordonnance.
Fin avril, Louis Laberge, Ma r c e l P e pi n e t Yvon Charbonneau sont sommés de se présenter devant la cour où ils font face à une accusation d’outrage au tribunal. Déclarés coupables, ils sont condamnés à une peine d’un an et envoyés à la prison d’Orsainville, près de Québec.
L’affaire provoque un fort mécontentement du public. Des travailleurs du secteur privé se joignent à leurs confrères de la fonction publique pour descendre dans la rue. Durant plusieurs jours, le Québec est paralysé. Jusqu’à ce que les chefs syndicaux portent leur sentence en appel, soient libérés et demandent aux grévistes de retourner au travail.
Pendant ce temps, Robert Bourassa remplace Jean-Paul L’Allier par Jean Cournoyer au poste de ministre de la Fonction publique. Les négociations reprennent et les trois centrales syndicales finissent par obtenir le salaire minimal de 100$ par semaine à compter de 1974.
« Le salaire minimum du secteur public augmente alors de 30%, exerçant un effet d’entraînement sur le salaire minimum légal », écrit l’économiste de la CSQ Pierre Beaulne dans le magazine de la CSQ en décembre 2003.
Mais pour les chefs syndicaux, l’histoire ne se termine pas là. Leur cause est rejetée en appel. Ils doivent retourner en prison pour purger leur sentence. Ils se présentent à Orsainville le soir du 2 février 1973. Ils sont libérés après avoir purgé le quart de leur sentence.


La Banque Nationale a 150 ans
Ayant du mal à obtenir du crédit des banques anglaises, les marchands et industriels francophones ont créé leurs propres institutions financières
La Banque Nationale est aujourd’hui un des fleurons de l’économie québécoise.
L’auteur a écrit « Les banques au Québec », publié l’an dernier par les éditions Gid. A u Canada, au début du XIXe siècle, la plupart des banques étaient anglophones, la clientèle étant largement anglaise. En 1860, certains marchands et industriels francophones trouvent que le crédit est difficile à obtenir. On juge qu’il est temps de s’intéresser au domaine bancaire. La Banque Nationale sera fondée à Québec en 1859, la Banque Jacques-Cartier en 1861 et la Banque d’Hochelaga en 1873. Ces trois institutions sont à l’origine de la Banque Nationale du Canada, qui célèbre donc cette année son 150e anniversaire.
La Banque Nationale sera fondée à Québec en 1859, la Banque JacquesCartier en 1861 et la Banque d’Hochelaga en 1873. Ces trois institutions sont à l’origine de la Banque Nationale du Canada.
La Banque Nationale voit jour à Québec en avril 1859 et elle ouvre ses portes le 28 avril 1860 sous la présidence de maître Ulric-J. Tessier. Ses débuts seront difficiles et peu lucratifs. Avec les années, ses affaires prendront de l’ampleur et elle deviendra une institution importante au début du XXe siècle. Malheureusement, durant les années 20, elle effectue plusieurs mauvais prêts et vient à manquer de liquidités. Le gouvernement provincial intervient. La Banque d’Hochelaga se montra disposée à une fusion, qui se réalisera en 1924. La banque adoptera une nouvelle raison sociale en février 1925, la Banque Canadienne Nationale.
La Banque Jacques-Cartier est fondée à Montréal en 1861 et elle commence ses activités en mai 1862. Son président sera JeanLouis Beaudry, futur maire de Montréal. La banque connaît des débuts modestes. Elle acquiert un édifice à la Place d’Armes en 1871 pour loger son siège social dans un endroit plus central. Les premières difficultés surviennent en 1875 à l’occasion d’une crise financière et de malaises internes. La banque subit une réorganisation et elle ouvre quelques succursales à Beauharnois, à Saint-Hyacinthe, à Valleyfield. Elle fait de petits profits par la suite et elle semble avoir regagné la confiance du public. Malheureusement, elle ferme en été 1899 à la suite d’autres difficultés. Une nouvelle réorganisation survient et l’entreprise reprend ses activités en juillet 1900 sous le nom Banque Provinciale du Canada.
La Banque d’Hochelaga a été fondée à Montréal en mai 1873 sous la présidence de Louis Tourville. Elle ouvre le 6 avril 1874 au 46, rue Saint-Vincent. La première année, elle fait des profits de 36 000$. La banque désire déjà établir un solide de réseau de succursales à partir de Joliette. Elle connaîtra des années lucratives par la suite, mais également des périodes difficiles en raison de mauvais crédits et d’une forte compétition. Comme on l’a vu, elle fusionnera en 1924 avec la Banque Nationale, de Québec.
La Banque Provinciale du Canada fait son entrée en 1900 après la réorganisation de la défunte Banque Jacques-Cartier. Elle débute avec six succursales à Montréal, Plessisville et Québec. Une politique prudente est mise en place. Les résultats de ses opérations durant les premières années seront modestes, mais encourageants. En 1911, le bilan de la banque indique qu’elle est solide; elle possède près d’une cinquantaine de succursales. Le déclenchement de la Première Guerre mondiale amène des sommes considérables à son service d’épargne. Après le conflit, les affaires de la banque demeurent saines jusqu’à la crise financière de 1929-1930. La banque réussit à survivre et connaîtra d’autres bonnes années, surtout après le deuxième conflit mondial alors que la société québécoise devient plus consommatrice. Le crédit est de plus en plus populaire et ses revenus progressent.
En février 1925, la Banque d’Hochelaga devient la Banque Canadienne Nationale. Elle devenait une banque avec de fortes possibilités, avec des activités au Québec et dans quelques autres provinces. Avec plus de 300 succursales, la BCN devient sans contredit la principale banque francophone du Québec. Frappée par la crise de 1929, la Banque Canadienne Nationale connaît de nouveau des années prospères après la guerre de 1939-1945.
À la surprise générale, en juin 1979, les directions de la Banque Canadienne Nationale et de la Banque Provinciale du Canada annoncent la fusion des deux institutions sous le nom de Banque Nationale du Canada.
La Banque Nationale devient du coup une institution puissante. Elle connaîtra quelques difficultés d’ajustement, mais reprendra vite son élan. Un siècle et demi après sa fondation, la Banque Nationale est aujourd’hui un des fleurons de l’économie québécoise.


Corazon Aquino emportée par le cancer
MANILLE — L’ancienne présidente philippine Corazon Aquino, qui avait mené le soulèvement populaire et démocratique, ayant abouti à la chute du dictateur Ferdinand Marcos en 1986, est morte ce matin, heures locales, à Manille des suites d’un cancer, à l’âge de 76 ans, a annoncé son fils, Benigno «Noynoy» Aquino.
Arrivée au pouvoir après 21 ans du régime de Ferdinand Marcos, elle a résisté à sept tentatives de coup d’État en six ans. Elle souffle alors un vent de protestations non violentes dans le monde entier, en particulier dans les pays communistes de l’est européen.
Corazon Aquino mène un programme de redistribution des terres, mettant ainsi fin à la domination d’une élite de propriétaires terriens, dont faisait partie sa propre famille.

L’ac t uel le présidente des Philippines, Gloria Macapagal Arroyo, en visite officielle aux États-Unis, a déclaré que «la nation tout entière était en deuil», précisant que des funérailles nationales seraient organisées.


Faut-il renommer la rue Amherst?  -  Éric Clément
Faut-i l débaptiser la rue Amherst ? Ce sujet délicat et controversé est revenu sur le tapis, hier, après que le conseiller municipal indépendant Nicolas Montmorency en eut fait la suggestion. La candidate à la mairie Louise O’Sullivan est d’accord avec lui, mais le maire de VilleMarie, Benoît Labonté, n’a pas d’opinion sur ce sujet.
Conseiller municipal du district de La Pointe-aux-Prairies, dans Rivière-des-Prairies – Pointe-aux-Trembles, M. Montmorency demande qu’on débaptise la rue Amherst parce que l’officier de l’armée britannique Jeffrey Amherst est indigne, selon lui, d’un tel honneur. Il y a belle lurette que des francophones demandent qu’on débaptise la rue Amherst. Comme le dit M. Montmorency, il considèrent comme « tout à fait inacceptable qu’un homme ayant tenu des propos soutenant l’extermination des Amérindiens soit honoré de la sorte ».
« Bien qu’il s’agisse d’un personnage historique, la culture et l’histoire anglophones de Montréal ne doivent pas être injustement représentées par une personne ouvertement en faveur de l’extermination d’un peuple », dit M. Montmorency.
Loui s e O’Sul l ivan, si elle est élue à la mairie, ne voudra pas diviser la population, anglophones contre francophones. Mais elle est d’accord pour changer le nom de la rue Amherst. « Cette personne a pris une position inadmissible à l’époque, ditelle. Il y a eu une épidémie de variole causée par cette personne. Il y a eu une injustice et il faut la corriger. »
Dans Ville-Marie, le maire Labonté est passé par son conseiller politique pour réagir : « On ne lancera pas de débat sur le nom, dit Jacques Taillefer. M. Labonté n’a pas d’opinion sur le nom de la rue Amherst et ne tient pas à le remettre en question. »
Ni le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ni le chef de Projet Montréal, Richard Bergeron, ni son nouvel allié, John Gomery, n’ont rappelé La Presse, hier, pour s’exprimer sur le sujet.
De façon plus large, Nicolas Montmorency est « préoccupé par l’avenir du français dans la deuxième ville francophone au monde ». Il a déposé deux motions au greffier de la Ville afin qu’elles soient débattues à la prochaine séance du conseil municipal, le 24 août. Il dit se questionner sur « l’utilité de nommer certaines rues avec des dénominations non francophones, comme les rues University ou City Councillors. »
« Le but de cette proposition n’est pas de nier un pan de l’histoire de Montréal, bien au contrai re, dit-i l . Malheureusement, la métropole du Québec s’anglicise un peu plus tous les ans. Ses élus doivent faire en sorte que ce qui a toujours fait la renommée de Montréal dans le monde entier, soit sa culture riche et diversifiée ayant pour base le rayonnement du français, ne soit pas indûment dilué. Montréal est une ville cosmopolite de langue française: il faut en être fier et l’affirmer. »
M. Montmorency invite la population à se joindre à son groupe Facebook, Francisation des rues de Montréal/ Rue Amherst, « afin de démontrer son intérêt aux autres élus municipaux face à cette proposition »
Selon le service de toponymie de la Ville de Montréal, la rue Ahmerst a été nommée ainsi avant 1817.
À Chambly, la rue Colborne fait aussi jaser. Les soldats du colonel John Colborne avaient tué bien des Canadiens français en 1837.



Le Chili de Pinochet : un voilier controversé s’amène à Québec
Pour beaucoup de Québécois d’origine chilienne, l’Esmeralda évoque de mauvais souvenirs
« Je crois que c’est une insulte que ce bateau soit présenté comme un ambassadeur du Chili. Nous savons ce qui s’est passé à bord. »
Avec ses quatre mâts tendus droit vers le ciel et sa blancheur de jeune mariée, l’Esmeralda aura certainement l’air d’une apparition lorsqu’elle accostera à Québec aujourd’hui. Mais aux yeux de beaucoup de Québécois d’origine chilienne, la goélette emblématique du Chili est surtout un très mauvais souvenir.
L’Esmeralda est aujourd’hui un des symboles les plus forts de la répression politique au Chili sous le régime d’Augusto Pinochet.
En 1973, des centaines de Chiliens y ont été emprisonnés, interrogés et torturés alors que le régime militaire d’Augusto Pinochet renversait le gouvernement de Salvador Allende et prenait le contrôle du pays.
Malgré les témoignages récoltés au cours des ans par des commissions d’enquête, Amnistie internationale et le documentariste montréalais Patricio Henriquez, la marine chilienne refuse à ce jour de reconnaître que de graves violations des droits de l’homme ont été commises à bord de la célèbre goélette, surnommée par plusieurs « la Dame blanche ». de l’homme et des membres de la communauté chilienne deMontréal comptent se rendre dans la capitale pour « accueillir » la goélette avec des pancartes et des slogans.
Ignorant la colère des survivants et des familles des victimes, la marine chilienne effectue bon an, mal an de grands périples internationaux à bord du navire emblématique. Mais la colère rattrape souvent l’Esmeralda sur son passage et ce sera le cas à Québec ce week-end. Des militants des droits
« Je croisque c’estune insulteque ce bateau soit présenté comme un ambassadeur du Chili. Nous savons ce qui s’est passé à bord », tonne Norman Pacheco, une Montréalaise qui sera de la manifestation.
Originai re de la vi l le de Valparaiso, le port d’attache de l’Esmeralda depuis sa construction en 1953, Norman Pacheco connaît personnellement des victimes de la « Dame blanche ». Un de ses anciens collègues enseignants s’est suicidé à son bord pour échapper à la torture, relate-t-elle. « Ce bateau, les gens de Valparaiso l’adoraient. C’était un symbole. Aujourd’hui, juste le voir me rend malade », dit-elle.
Nelson Ojeda est du même avis. Selon lui, l’armée devrait donner l’Esmeralda aux victimes de la répression politique au Chili. « Comme Auschwitz appartient aux Juifs qui y ont souffert », offre-t-il en guise de comparaison. Il raconte que l’ambassadeur chilien au Canada a demandé aux Chiliens de Montréal la semaine dernière de ne pas faire trop de brouhaha autour de la venue du célèbre navire. « Nous lui avons dit que là où va l’Esmeralda, la contestation va aussi », dit M. Ojeda. L’ambassade n’a pas rappelé La Presse.
Opération séduction
La diaspora chilienne n’est pas la seule à dénoncer l’attitude de la marine chilienne. Amnistie internationale organisera des activités de sensibilisation demain, dont la projection au Musée de la civilisation du documentaire Le Côté obscur de la Dame blanche, de Patricio Henriquez. Ce film sera aussi diffusé à Télé-Québec le 14 mai.
« Amnistie inter nationale demande la fin de l’impunité pour ceux qui ont commis des violations graves des droits sur l’Esmeralda. Nous croyons aussi que les victimes et les familles des disparus devraient être compensées. Il faudrait que les autorités militaires reconnaissent leurs torts et disent "plus jamais" », note la porte-parole d’Amnistie, Anne Sainte-Marie.
Même si l’Esme ralda est aujourd’hui un des symboles les plus forts de la répression politique au Chili, le navire n’a pas été le seul bâtiment militaire à abriter les activités illicites du gouvernement militaire. Deux commissions d’enquête, établies dans les années 90, ont conclu que 3197 personnes ont été victimes de disparitions, d’exécutions arbitraires et de décès causés par la torture entre le coup d’État du 11 septembre 1973 et le début des années 90. Parmi les techniques de torture répertoriées, on retrouve l’utilisation d’électrochocs, de décharges électriques sur les parties génitales et l’immersion dans un seau rempli d’eau et d’excréments humains.



Le « trésor » de Mandela est en vente  -  Judith LaChapelle
Nelson Mandela ne semble avoir rien à cacher : il vient de mettre en vente les droits de publication d’un livre écrit à partir de toutes ses archives personnelles, une démarche très rare chez un politicien toujours viva nt. Au Salon du livre de Francfort, qui se tient cette semaine, la lutte est féroce entre les éditeurs pour remporter la mise.
L’ancien président Nelson Mandela, entouré ici de jeunes enfants, est maintenant âgé de 91 ans.
Le livre, qui devrait être mis en vente en a nglais à l’automne 2010 pour commémorer le 20e anniversaire de la libération de Mandela, doit s’intituler Conversations avec moi-même. Il a été écrit à partir des archives personnelles de celui qui a fait tomber l’apartheid sud-africain. Celles-ci, composées en bonne partie des lettres écrites pendant ses 28 années en prison, révèlent un Mandela tantôt candide, tantôt lucide, profondément humain, selon les experts qui y ont eu accès.
« Je n’ai j a mais entendu parler d’un homme politique qui donne un accès aussi complet à toutes ses archives de son vivant », a déclaré à la BBC Jonny Geller, de l’agence littéraire Curtis Brown, chargée de la vente des droits de publication.
Erreur de jugement
Les archives comprennent aussi des journaux intimes, des discours, des carnets de notes, dont certaines rédigées en 1929 quand Mandela n’avait que 11 ans. Durant ses a nnées d’emprisonnement à Robben Island, il gardait un brouillon des lettres qu’il écrivait, dont plusieurs ne sont jamais parvenues à leur destinataire.
Mandela n’aurait rien censuré, même lorsqu’il admet, dans une note manuscrite rédigée lors d’une réunion pendant laquelle ses collaborateurs l’ont fustigé pour avoir proposé d’abaisser le droit de vote à 14 ans, avoir commis « une grave erreur de jugement ».
Ses réflexions, particulièrement lors de ses a nnées de prison, sont consignées sur des bouts de papier sur l e squels c haque e s pace a été noi r c i . Une aut r e l ett r e, da ns l aquelle Nelson Mandela réfléchit sur le rôle de la police dans la société, e s t é c r i t e s u r u n pa pi e r orné d’une i mage du chat Garfield. La t r a nscription d’une entrevue révèle aussi que Mandela se considérait comme un étudiant « pas très brillant » durant ses études universitaires.
Des leçons pour l’avenir
Nelson Mandela a déj à publié une autobiographie, Long Walk to Freedom, vendue à six millions d’exemplaires dans le monde. Le nouveau livre sera, prédit M. Geller, « une expérience vraiment d i f férente » au cou rs de laquelle le lecteur plongera dans les « pensées, émotions et réf lexions i ntimes » qui ont habité au cours des ans l’homme aujourd’hui âgé de 91 ans.
La secrétaire d’ État américaine, Hillary Clinton, qui a eu accès aux archives, a récemment indiqué qu’elles r eprésenta i ent « un t r ésor d’informations, de souvenirs, de leçons et de guides pour les générations à venir ».
Les droits de publication pour le Royaume-Uni et le Commonwealth o nt déj à été obtenus – c ontre u ne s o mme « s u b s t a n t i e l l e » , selon Curtis Brown – par l ’ é d i t e u r Macmi l l a n U K. L’a rgent sera partagé entre Nelson Mandela et la fondation qui porte son nom.


Le légendaire « homme-cheval »
Surnommé « le Trotteur » en raison de sa vitesse de sprinteur et de son souffle de marathonien, Alexis Lapointe a alimenté bien des légendes rurales dans le Québec des années 1900.
On dit qu’il courait plus vite que les chevaux. D’où son surnom. Increvable, il pouvait jouer du ruine-babines et danser sans arrêt jusqu’au petit matin. Un jour, il aurait couru d’une traite à travers les bois, de La Malbaie jusqu’à Chicoutimi, pour devancer le bateau à bord duquel se trouvait son père.
Folklore ou réalité ? Une chose est sûre: Alexis Lapointe est mort en 1924 à Alma, heurté par un train qu’il n’avait pas entendu venir. En 1966, ses os ont été exhumés illégalement par l’écrivain Jean-Claude Larouche, pour les besoins d’une recherche universitaire. En 1975, ils avaient été cédés au Musée du Saguenay, qui les avait ensuite transférés au Musée de la Pulperie, à Chicoutimi.


UnQuébécois pionnier de l’Arctique  -  Mathieu Perrault
Le capitaine Joseph-Elzéar Bernier a fait 12 expéditions en 19 ans
Le 1er juillet 1909, le capitaine québécois Joseph-Elzéar Bernier a officiellement pris possession de l’Arctique au nom du gouvernement canadien. Alors que la Russie, le Danemark et les ÉtatsUnis contestent la souveraineté du Canada sur cette région riche en hydrocarbures, un petit musée du Bas-du-Fleuve célèbre cet anniversaire en organisant des conférences, des activités pour adultes et enfants et une exposition spéciale sur le capitaine Bernier.
« La première expédition du capitaine Bernier a eu lieu en 1904 », explique Émélie Soucy, relationniste au Musée maritime du Québec à L’Islet-sur-Mer. « Il a commencé à prendre possession des îles de l’Arctique. Mais il s’est rendu compte qu’il y en avait tellement qu’il lui faudrait des années pour y arriver. Alors, dans son expédition de 1908-1909, il a solennellement pris possession de l’ensemble de l’archipel à l’île Melville. »
Cet événement tombé dans l’oubli suscite plus d’intérêt depuis que le gouvernement Harper a annoncé un plan de surveillance militaire de l’Arctique. Cette année, la Commission géologique américaine a annoncé que l’Arctique pourrait contenir 90 milliards de barils de pétrole, soit 7% des réserves mondiales, et le tiers des réserves de gaz naturel.
Le Royaume-Uni a donné l’Arctique au Canada en 1880. Mais quand le capitaine Bernier a proposé ses expéditions en Arctique au premier ministre Wilfrid Laurier, ce dernier n’a pas accepté de le financer. Les gouverneurs généraux militaient en faveur d’explorateurs britanniques, selon Marjolaine SaintPierre, auteure d’une biographie du capitaine Bernier. Il a fallu que les États-Unis s’y intéressent et que des baleiniers étrangers s’y promènent impunément pour que le marin québécois reçoive l’autorisation d’acheter un voilier allemand, l’Arctic.
Au total, le capitaine Bernier a fait 12 expéditions arctiques en 19 ans, et même 15 ans si on exclut la Première Guerre mondiale. Il a passé huit hivers complets dans le Grand Nord.
Issu d’une lignée de capitaines, il a fait son premier voyage aux commandes d’un navire à 17 ans, en 1869, pour apporter du bois en Irlande. Deux ans plus tard, il a rencontré au Massachusetts l’explorateur nordique Charles Francis Hall, qui lui a communiqué la passion de l’Arctique. Détail amusant, le capitaine Bernier s’est servi des talents d’un faussaire hébergé dans sa prison pour établir les cartes de ses expéditions. Il a même reçu un nom inuit, Kapitaikallak, « le p’tit gros capitaine ».

D’AUTRES CONFLITS TERRITORIAUX SONT À PRÉVOIR
Le ministère des Affaires étrangères du Canada n’exclut pas qu’il y ait d’autres disputes territoriales avec les États-Unis en Arctique. Les deux pays ont un différend concernant la mer de Beaufort, entre l’Alaska et le Yukon, une région potentiellement riche en hydrocarbures. Hier, dans une conférence de presse de fonctionnaires canadiens et américains à propos d’une mission commune de cartographie des fonds marins de l’Arctique qui vient de partir en mer, Allison Saunders, responsable du dossier au ministère canadien des Affaires étrangères, a fait le point sur les disputes territoriales du Canada en Arctique. « Il est prématuré de dire ce qui va se passer », a déclaré Mme Saunders, en réponse à une question sur la possibilité d’autres disputes que celle qui concerne la mer de Beaufort. Mme Saunders a aussi indiqué que des missions canadiennes de cartographie aérienne, menées plus tôt cette année au-dessus d’un territoire revendiqué par la Russie, n’ont pas occasionné de réactions officielles de la part des Russes.


CÔTE-NORD  Découverte de l’épave d’un avion de la 2e Guerre mondiale

— Des scientifiques canadiens pensent avoir repéré l’épave d’un avion amphibie de l’armée américaine disparu pendant la Seconde Guerre mondiale au large de Longue-Pointe-de-Mingan, sur la Côte-Nord.
Découverte au large de Longue-Pointe-de-Mingan par des archéologues subaquatiques de Parcs Canada, l’épave serait celle d’un avion amphibie de l’armée américaine identique à l’appareil ci-dessus. Lors d’un accident survenu au décollage en 1942, cinq des soldats à bord étaient demeurés prisonniers de la carlingue.
Si elle se confirme, la découverte mettra fin à un mystère vieux de près de 70 ans ancré profondément dans la mémoire des habitants du pet it vi llage côtier d’un peu plus de 500 habitants.
Quatre soldats américains avaient survécu à l’accident survenu au décollage, le 2 novembre 1942, mais cinq aut res étaient demeurés prisonniers de la carlingue. Leurs restes se trouveraient toujours dans l’épave.
Les archéologues subaquatiques de Parcs Canada ont fait la découverte au mois de mai dernier, mais ont rendu publiques leurs conclusions seulement hier à l’occasion d’une conférence de presse tenue à Longue-Pointe-de-Mingan. Le ministre Christian Paradis, lieutenant québécois du premier ministre Stephen Harper, le consul général des États-Unis à Québec, David Fetter, de même que l’attaché militaire de l’ambassade des États-Unis au Canada, Joe Breen, ont assisté à l’annonce.
Les scientifiques ont localisé l’appareil qu’ils croient être un PBY 5A, dit Catalina, alors qu’ils exécutaient des travaux dans les environs du parc national de l’Archipel-de-Mingan. Les données du sonar latéral révèlent la silhouette d’un aéronef reposant à l’envers sur le fond marin, le nez vers le rivage. Il serait relativement en bon état.
Dans l’espoir de tenir à distance les adeptes de la plongée sousmarine et les chasseurs d’épaves, les autorités ont convenu de ne pas dévoiler l’endroit précis où se trouve l’appareil ni à quelle profondeur il repose. « On ne peut pas mentionner exactement l’emplacement de l’avion afin de protéger l’endroit », a expliqué le chef du service d’archéologie subaquatique de Parcs Canada, Marc-André Bernier.
Une équipe de plongeurs se rendra sur les lieux la semaine prochaine pour récolter « une preuve visuelle identifiant l’appareil », a-t-il poursuivi.
Un représentant du JPAC, service américain responsable des enquêtes sur les soldats portés disparus, sera aussi sur place. Le délicat processus d’identification et de rapatriement des restes humains vraisemblablement toujours dans la cabine devrait s’enclencher peu après.
Basé à Presque Isle, dans le Maine, le Catalina avait amerri près de la rive nord-côtière en matinée le 2 novembre 1942 pour inspecter les travaux d’aménagement de l’aérogare de l’armée américaine située à quelques kilomètres de Longue-Pointede-Mingan. L’aérodrome faisait partie de la Crimson Route, le corridor stratégique en temps de guerre reliant les États-Unis et le nord de l’Europe.




L’avenir annoncé - Mario Roy
L’histoirene s’écrit pasde façon linéaire. Elle procède par à-coups parfois brutaux qui changent le cours des choses de façon presque instantanée. Ce fut le cas le 11 septembre 2001. C’est ce qui est aussi arrivé undimanche, il y a exactement 20 ans aujourd’hui. Et ce, trois fois plutôt qu’une.
Ce jour-là, les premières élections libres se sont tenues en Europe de l’Est depuis 1946, les Polonais votant pour la gauche syndicale incarnée par le mouvement Solidarité de Lech Walesa. Sur la place Tiananmen, le régime chinois a écrasé dans le sang la révolte de sa jeunesse. En mourant à Téhéran, l’ayatollah Rouhollah Mousavi Khomeiny a laissé en héritage une théocratie fonctionnelle destinée à servir de phare à l’islam politique.
Nous vivons aujourd’hui dans l’avenir annoncé par ces trois événements survenus le 4 juin 1989.
Il n’est pas facile de les classer par ordre d’importance.
Les élections polonaises sont peut-être le moins spectaculaire de ces événements, notamment parce que le général Wojciech Jaruzelski devait accepter la défaite sans envoyer les chars. Partout à l’Est, le message fut reçu cinq sur cinq: l’empire soviétique était à l’agonie. « Les élections polonaises ont été un point de non-retour, le moment où l’élan vers le changement est devenu irréversible », écrit dans le Globe and Mail Michael Meyer, journaliste américain devenu haut fonctionnaire à l’ONU; il publiera en septembre (nous traduisons): L’année qui a changé le monde.
De fait, cinq mois plus tard, le mur de Berlin tombait. Et le monde bipolaire forgé par la Seconde Guerre mondiale disparaissait. Seule demeurait une hyperpuissance qui, à tous les points de vue – militaire, diplomatique, économique, culturel – semblait destinée à dominer pendant mille ans.
« C’était la fin de l’histoire », jugea Francis Fukuyama.
Cependant, le même jour, il y eut aussi Tiananmen.
À l’échelle chinoise, le massacre fut somme toute de peu d’ampleur: 1300 morts, peut-être un peu plus, rien à voir avec la Révolution culturelle... mais il secoua fortement le régime. D’abord, parce qu’il fut perpétré sous les yeux du monde entier. Ensuite, parce qu’il força les apparatchiks chinois à réinventer le système.
C’est celui que nous connaissons aujourd’hui, composé de trois ingrédients: libéralisme économique, autoritarisme politique, ouverture graduelle au monde. De cette façon, la Chine s’est muée en un poids lourd militaire, politique et diplomatique surtout dans les pays émergeants (ou n’émergeant pas). Et elle a chamboulé l’économie capitaliste mondiale en devenant l’atelier, presque le banquier, bientôt le laboratoire, de la planète.
Ce tableau serait simple s’il n’avait fallu considérer aussi l’héritage de l’ayatollah Khomeiny, arrivé à son dernier souffle ce même 4 juin.
Essentiellement, il a légué une idée. Celle voulant que le pouvoir terrestre peut être exercé à partir des diktats d’un dieu. Un dieu qui, à travers ses mandataires, propose « une révolution qui, en Iran, était supposée conduire à des temps nouveaux mais qui a plutôt amené un recul vers l’époque médiévale », note le journaliste canadien Tarek Fatah dans son remarquable ouvrage, Chasing A Mirage ( À la poursuite d’un mirage, non traduit en français).
Néanmoins, ce message-là aussi fut reçu cinq sur cinq. Et, par-delà la division chiite-sunnite, le grand oeuvre de Khomeiny donna l’assurance aux radicaux que ce mirage, celui d’une république islamiste, pouvait se matérialiser. Dans les cas extrêmes, cela conduisit à cette sorte de violence accablant le monde aujourd’hui, meurtrière surtout pour les musulmans – ce qui est d’une tragique ironie.
Au total, le 4 juin 1989 marqua non pas la fin, mais le début d’une histoire. Une autre, simplement.



Grippe espagnole - L
A GRANDE TUEUSE
Mais qu’en a gardé la mémoire collective ? Peu de chose. De novembre 1918, au plus fort de l’épidémie, ce sont des images de célébration de la fin de la Première Guerre mondiale qui restent en tête. Pourtant, la « grande tueuse » a fait plus de victimes que la Grande Guerre.
C’est justement la raison pour laquelle les journaux européens ont mis du temps à parler de tous ces jeunes gens qui crevaient dans les tranchées ou dans les villes. Pas question de montrer un signe de faiblesse face à l’ennemi. La censure s’est imposée partout... sauf en Espagne, pays neutre durant la guerre. À croire que la grippe ne sévissait qu’au sud des Pyrénées. D’où, suggèrent plusieurs hypothèses, l’appellation « grippe espagnole ».
À l’été 1918, le journal français Le Matin (cité par la revue L’Histoire en 2003) parle d’ailleurs de la grippe avec une candeur étonnante: « En France, elle est bénigne; nos troupes, en particulier, y résistent merveilleusement. Mais de l’autre côté du front, les Boches semblent très touchés. Est-ce le symptôme précurseur de la lassitude, de la défaillance des organismes dont la résistance s’épuise? Quoi qu’il en soit, la grippe sévit en Allemagne avec intensité. »
La vérité est que la France n’était pas épargnée, loin de là. C’est d’ailleurs par là que serait entrée la grippe espagnole en Europe. Plusieurs hypothèses ont été émises pour situer son origine, mais il semble que des soldats américains basés au Kansas auraient transporté le virus jusqu’en France au printemps 1918. D’autres hypothèses révèlent que des grippes semblables ont été signalées dès l’année 1916 (notamment chez des travailleurs arrivés d’Asie) en France.
Tant la propagation du virus que la rapidité avec laquelle mouraient les malades étaient fulgurantes. Les descriptions de l’époque parlent de malades relativement bien portants le matin, à l’article de la mort le soir. Les médecins ont décrit des malades au teint bleuté, se noyant littéralement dans leurs sécrétions pulmonaires. L’affaiblissement général de la population, après quatre années de guerre, a probablement joué un rôle, mais il reste que le virus a été particulièrement fatal chez les jeunes.
Pourquoi ? Les vieux possédaient peut-être une certaine immunité acquise de précédentes infections. Selon d’autres hypothèses, le virus aurait été stimulé par une réponse agressive des sujets en bonne santé. « Nous avons des antigènes qui nous protègent, qui neutralisent le virus, dit le microbiologiste Eric Frost, de l’Université de Sherbrooke. Mais d’autres antigènes stimulent la réponse du corps contre les tissus infectés, sans neutraliser le virus. »
Devant l’épidémie, la médecine de 1918 était impuissante. Sans microscopes assez précis, les médecins croyaient qu’ils avaient affaire à une bactérie et soignaient les victimes avec les moyens du bord: quinine, huile de ricin, formol, aspirine et... rhum.
Les journaux regorgent de conseils plus ou moins farfelus. Se soumettre à des fumigations d’essence d’anis, de girofle, d’eucalyptus, de menthol ou de camphre, se brosser les dents, se gargariser matin et soir avec une solution antiseptique... Un journal publie un « traitement qui a fait ses preuves » : aspirine, citrate de caféine, cryagémine Lumière, benzoate de soude, terpine, tisanes d’orge, de chiendent, de queues de cerises. Dans les hôpitaux, les médecins s’accrochentàdesvaccinset sérums inefficaces, ou même à des injections d’essence de térébenthine, quand ils ne se rabattent pas sur la saignée.
Sielleréapparaissaitaujourd’hui, la grippe espagnole aurait le potentiel de faire autant de décès. Sauf que les armes pour la combattre sont plus efficaces. Les antibiotiques, apparus en 1928, soignent désormais les complications liées à la grippe (comme les pneumonies). Les antiviraux (depuis 1960) combattent la grippe, en attendant la mise au point d’un vaccin.

D’autres armes sont en train d’être concoctées en laboratoire. Robert Day, pharmacologue à l’Université de Sherbrooke, cherche à bloquer la porte des cellules du poumon pour empêcher le virus de la grippe de se propager. « Même si le virus change de forme, ce sera beaucoup plus difficile pour lui de s’évader. » La recherche est encore à l’étape pré-clinique.
Bref, on est loin de «l’élixir tonique du Dr Montier»... Quelques mesures adoptées en 1918 avaient tout de même du sens: port d’un masque protecteur et fermeture des lieux publics, même des églises. De toute façon, les cérémonies funèbres étaient brèves par manque de temps.
Et puis, au printemps de 1919, l’épidémie s’est arrêtée, presque aussi rapidement qu’elle était apparue. Peut-être qu’après avoir terrassé ceux qui pouvaient l’être, le virus s’est fait moins arrogant? Mais H1N1 n’a jamais totalement disparu; des souches plus oumoins agressives continuent d’affliger des victimes chaque année. Celle qui vient d’apparaître au Mexique, en tout cas, est déjà en train de faire l’histoire.



MONTREAL, VILLE FERMEE
Une victime toutes les 15 minutes. Et ça, ce ne sont que les catholiques. Si on ajoute les protestants, au plus fort de l’épidémie, la grippe espagnole fauchait environ une victime montréalaise toutes les neuf minutes!
Les États-Unis aussi étaient frappés de plein fouet par la grippe espagnole. AuKansas, les autorités ont érigé des hôpitaux de fortune.
Ainsi écrivait La Presse, le 12 novembre 1918. En six mois, la grippe espagnole a emporté 50 000 Canadiens, dont 14 000 Québécois et plus de 3500 Montréalais. Dans la seule journée du 21 octobre 1918, 201 Montréalais sont morts de la grippe.
La professeure Magda Fahrni, de l’ Université du Québec à Montréal, s’est penchée sur l’épisode montréalais de la grippe espagnole. Ses travaux, publiés en 2004 dans la Revue d’histoire de l’Amérique française, mettent particulièrement en lumière le rôle des femmes pendant l’épidémie.
En octobre 1918, après les premiers décès confirmés de la grippe espagnole, les autorités municipales et médicales ont ordonné la fermeture des écoles, universités, cinémas, théâtres, salles de danse et salles de quilles, pendant un mois. Même les églises ont annulé la plupart des offices religieux, y compris ceux de la Toussaint et de la fête des Morts, début novembre.
Les tramways étaient considérés comme « le pire foyer de l’épidémie ». Pour limiter la circulation des citoyens, la Ville a réduit les heures d’ouverture des grands magasins, au grand dam des marchands du centre-ville et de l’avenue du Mont-Royal. Les publicités de l’époque reflètent les préoccupations du moment, depuis les conditions d’hygiène « inégalées » chez Dupuis Frères, jusqu’à la « grande vente spéciale d’articles de deuil » chez Au Bon Marché.
Les femmes, qu’elles soient religieuses, infirmières ou bénévoles, ont été en première ligne pour soigner les malades alités. Ces derniers ne pouvaient compter sur leurs voisins pour leur venir en aide, écrit Mme Fahrni. « Les sceaux rouges apposés par les médecins de la ville sur la porte des maisons affligées par la grippe ont sans doute exacerbé le désir des voisins de garder une certaine distance. »
En laissant entrer chez eux ces femmes venues les soigner, les Montréalais ont affiché leur dénuement. Des familles « sans draps, sans oreillers, sans couvertures, sans serviettes, sans pain, sans charbon et sans argent », racontent des témoins dans
« Chaque logement, à très peu d’exceptions près, est un taudis », ont déclaré des infirmières au Devoir. « L’épidémie aura porté à la connaissance du public des états de choses contre lesquels il faudra sévir et le bureau d’hygiène se promet de ne pas négliger les mesures à prendre pour diminuer la malpropreté et le dénûement (sic) dans lesquels vivent – volontairement souvent ! – certaines familles pauvres », écrivait La Patrie.


Un honneur qui rejaillit sur tout le Canada  -  Eddie Goldenberg
Avocat au cabinet Bennett Jones, l’auteur a été pendant de nombreuses années conseiller de Jean Chrétien. L’Ordre du mérite accordé hier par la reine Élisabeth II à l’ancien premier ministre Jean Chrétien rejaillit non seulement sur lui, mais sur tout le Canada. Tous les Canadiens devraient en être fiers.
I l s’agit d’une reconnaissance de l’importance du service public et du rôle bienfaisant du gouvernement dans la société. Cette nouvelle confirme que tout est possible en ce pays où le 18e des 19 enfants d’un travailleur d’une usine de papier de Shawinigan peut atteindre le poste le plus élevé et laisser un héritage qui, tous le reconnaîtront, fait du Canada un meilleur endroit où vivre.
Jean Chrétien est seulement le quatrième Canadien de l’histoire à recevoir l’Ordre du mérite. Au cours de ses 40 ans de vie et de service publics, il a joué un rôle considérable dans la promotion de l’unité du pays. Il a aussi puissamment contribué à assurer aux Québécois francophones une place plus grande sur les scènes nationale et internationale. Il a participé à l’enchâssement de la Charte des droits et libertés. On l’a vu en ce qui a trait au mariage des personnes de même sexe, il a promu la reconnaissance par le gouvernement des droits de minorités jusque-là victimes de discrimination.
Sans son leadership, les finances fédérales n’auraient pas retrouvé l’équilibre ; notre régime public de pensions serait menacé; les finances publiques du Canada ne seraient pas en bien meilleur état que celles des autres pays industrialisés ; la Prestation nationale pour enfant n’existerait pas ; et nos universités ne seraient pas en mesure d’attirer les meilleurs chercheurs du monde pour prendre en charge les Chaires de recherche du Canada créées en 2000.
Enfin, M. Chrétien fut responsable de la plus importante réforme du financement des partis politiques de notre histoire en abolissant les contributions d’entreprises en faveur d’un financement populaire. Toutes ces réalisat ions const ituent un legs dont les Canadiens profitent encore aujourd’hui. Elles ont aussi été remarquées à l’étranger et certaines d’entre elles ont été copiées par d’autres gouvernements.
Dans le domaine des relations internationales, M. Chrétien a fait en sorte que le Canada prenne sa place ; il nous a rendus fiers. Sans son leadership, le Canada aurait presque certainement participé à la guerre américaine contre l’Irak. Sans sa présence sur la scène internationale, il n’y aurait pas eu de Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel, ni de Cour pénale internationale. Quand Jean Chrétien a quitté le gouvernement, la page frontispice de The Economist affirmait : « Canada is Cool. » L’Express titrait : « Le Canada, le pays qui fait rêver les Français. »

La Reine a sans doute tenu compte de tout cela lorsqu’elle a choisi de récompenser Jean Chrétien et, à travers lui, le Canada tout entier.
 

UN GRAND HONNEUR  POUR JEAN CHRÉTIEN -  Joël-Denis Bellavance
La carrière d’homme d’État de Jean Chrétien connaîtra un magnifique couronnement cet automne. L’ancien premier ministre sera l’un des rares étrangers à être admis au sein de l’Ordre du mérite par Élisabeth II.

— L’ancien premier ministre Jean Chrétien s’est vu décerner hier l’Ordre du mérite par la reine Élisabeth II pour souligner sa longue et fructueuse carrière politique.
L’Ordre du mérite est un groupe très sélect qui ne compte que 24 personnalités à la fois. Cet honneur a été institué en 1902 par le roi Édouard VII pour récompenser les mérites artistiques, littéraires, scientifiques et les années de service public de certaines personnes. Il est accordé par la souveraine à sa discrétion. L’ancien premier ministre libéral Lester B. Pearson a été le dernier Canadien à recevoir cet honneur, en 1971.
L’ancien premier ministre William Lyon Mackenzie King a également obtenu cette distinction en 1947. La reine décerne rarement l’Ordre du mérite à des étrangers. L’ancien président d’Afrique du Sud, Nelson Mandela, est un membre honoraire de ce groupe. Parmi les autres personnalités internationales à avoir été reconnues ainsi, on trouve Mère Teresa en 1983, le docteur français Albert Schweitzer en 1955 et le général américain Dwight Eisenhower en 1945.
L’ancienne première ministre de la Grande-Bretagne, Margaret Thatcher, a aussi été décorée de l’Ordre du mérite.
« La Reine est heureuse de nommer le très honorable Jean Chrétien, l’ancien premier ministre du Canada, à titre de membre de l’Ordre du mérite », peut-on lire dans un communiqué émis par le bureau de presse de la couronne britannique.
Dans une entrevue accordée à La Presse, hier, M. Chrétien s’est dit touché par le geste de la reine Élisabeth II.
« C’est un beau cadeau de la reine. Il n’y a pas beaucoup de Canadiens qui l’ont reçu. C’est un compliment intéressant de Sa Majesté. C’est toujours agréable que l’on reconnaisse le travail que nous avons fait. Je l’accepte avec plaisir et humilité » , a affirmé M. Chrétien, qui est âgé de 75 ans.
« Comme le disait Winston Churchill, on ne cherche pas de tels honneurs. Mais quand on les reçoit, on ne les refuse pas. Churchill a d’ailleurs été membre de l’Ordre du mérite. C’est un choix que la reine fait », a dit celui que les Canadiens ont affectueusement appelé le « p’tit gars de Shawinigan » durant sa carrière politique.
Longue carrière politique
L’ancien premier ministre, qui a dirigé le Canada de 1993 à 2003 et a conduit le Parti libéral à trois victoires majoritaires de suite, est aussi décoré de l’Ordre du Canada. M. Chrétien a eu une longue carrière politique, qui s’est échelonnée sur 40 ans.
En plus d’avoir occupé le poste de premier ministre, M. Chrétien a été à la tête de plusieurs ministères importants dans le gouvernement libéral de Pierre Trudeau. Il a notamment été ministre de la Justice, des Finances, de l’Industrie, des Affaires autochtones et du Conseil du Trésor, entre autres choses.
Le gouvernement libéral de Jean Chrétien s’est sur tout démarqué en réussissant à éliminer en quatre ans seulement le déficit de 38 milliards de dollars dont il avait hérité à son arrivée au pouvoir en 1993. Le gouvernement fédéral a par la suite enregistré des surplus pendant 11 ans de suite avant de sombrer de nouveau dans l’ornière des déficits au cours du dernier exercice financier. Le déficit de 2009-2010 devrait atteindre les 50 milliards de dollars.
Dans le domaine des affaires étrangères, le gouvernement Chrétien a été louangé pour avoir refusé de participer à la guerre en Irak, malgré les pressions de l’administration américaine de George W. Bush.
En entrevue, hier, M. Chrétien a souligné avoir eu l’occasion de rencontrer la reine Élisabeth II
à plusieurs reprises en tant que ministre ainsi qu’en tant que premier ministre.
« Je la connais depuis très longtemps. J’ai travaillé beaucoup avec elle. En 1970, nous avions passé, ma femme Aline et moi, une semaine avec la famille royale dans les Territoires du Nord-Ouest à l’occasion du centenaire de ce coin de pays. Je l’ai rencontrée à plusieurs reprises par la suite, notamment aux sommets du Commonwealth lorsque j’étais premier ministre » , a rappelé M. Chrétien, qui travaille aujourd’hui à titre d’avocat-conseil au cabinet de Heenan Blaikie.
« Évidemment, c’est un honneur pour le Canada et pour mes collaborateurs aussi. Cela souligne les succès que nous avons eus comme gouvernement. Je pense que beaucoup de gens sont un peu nostalgiques de la période que nous avons eue en tant que premier ministre et que gouvernement. Je fais des blagues avec les gens, mais on a de la difficulté à avoir des gouvernements majoritaires depuis que je suis parti », a encore dit l’ancien premier ministre.
Le chef du Par ti l ibéral , Michael Ignatieff, a tenu à rendre hommage à M. Chrétien à la suite de cette annonce. « Je suis très fier de féliciter M. Chrétien pour son accession à l’Ordre du mérite, un honneur prestigieux décerné par la Reine Élisabeth II. L’Ordre du mérite (...) est un hommage grandement mérité rendu à un grand Canadien. Depuis sa première élection à une charge publique en 1963 jusqu’à sa retraite politique en 2003, après l’un des plus longs mandats de premier ministre de l’histoire du pays, M. Chrétien nous a légué une tradition inégalée d’excellence dans le service public », a dit M. Ignatieff dans un communiqué de presse.
Les membres de l’Ordre du mérite se réunissent une fois l’an.
La reine au Canada
La reine Élisabeth I I sera d’ailleurs en visite au Canada en 2010, en compagnie de son mari, le duc d’Édimbourg. Les dates et les lieux visités ne sont pas encore connus. Ce sera la 25e visite au Canada de la souveraine depuis son accession au trône en 1953, la dernière remontant à 2005.
Le prince Charles, héritier de la couronne britannique, et sa femme, la duchesse de Cornouailles Camilla, feront pour leur part une visite au Canada en novembre prochain. Le couple se rendra à TerreNeuve-et-Labrador, en Ontario, au Québec , en Colombie - Britannique et dans la capitale nationale, Ottawa.

UNE CATÉGORIE À PART  -  Mali Ilse Paquin
Jean Chrétien et Élisabeth II lors d’un dîner officiel en juin 1997.
Peu d’honneurs surpassent l’Ordre du mérite en GrandeBretagne. Cette récompense est l’une des plus importantes dans la hiérarchie du système honorifique, allant des médailles militaires aux ordres de chevaliers.
L’Ordre du mérite est toutefois dans une catégorie à part: c’est la reine Élisabeth II elle-même qui choisit les membres de ce groupe très exclusif. Il n’y a pas de mise en candidature. La reine choisit qui elle veut, point à la ligne.
Elle aurait eu l’idée d’honorer l’ancien premier ministre canadien dès 2005. Cette année-là, Mel Cappe, ancien secrétaire de cabinet de Jean Chrétien, avait reçu un appel de la secrétaire de la famille royale. Il était, à l’époque, haut-commissaire du Canada au Royaume-Uni.
« La secrétaire m’avait informé que la reine avait l’intention de décerner l’Ordre du mérite à Jean Chrétien, explique Mel Cappe au téléphone. J’ai répondu que ce serait un honneur pour lui et que ce serait bon pour l’Ordre. »
Pour M. Cappe, il ne fait aucun doute que cette récompense est un gage d’affection de la part de la reine. « Ils se connaissent depuis 1967, au moment où Jean Chrétien était un jeune ministre libéral sous Lester B. Pearson. Ils ont donc travaillé ensemble près de 40 ans. »
La reine d’Angleterre a d’ailleurs demandé quelques fois des nouvelles de son ancien premier ministre à M. Cappe. « Elle m’a confié que la première fois qu’elle l’avait rencontré, il parlait à peine l’anglais », dit-il, amusé.
Le groupe de l’Ordre du mérite est très exclusif, seulement 24 personnes peuvent en faire partie à tout moment. Encore plus rares sont les récipiendaires de nationalité étrangère. Hormis Jean Chrétien, seule la cantatrice Joan Sutherland, d’origine australienne, n’a pas la nationalité britannique parmi les membres vivants.
Nelson Mandela, ancien président sud-africain, en est membre honoraire seulement.
Une nouvelle personne peut entrer dans l’Ordre du mérite seulement au décès d’un des 24 membres.
Jean Chrétien a ainsi été récompensé à la suite du décès de Sir Denis Rooke. Mort en septembre 2008, Sir Denis Rooke a été un pilier de l’industrie du gaz naturel. Surnommé « M. Industrie du gaz » en Grande-Bretagne, le brillant ingénieur a veillé sur la privatisation de British Gas dans les années 1980. Il avait été décoré de l’Ordre du mérite en 1997.
Les membres de ce club peuvent ajouter les lettres « OM » après leur nom. Cependant, ils ne reçoivent pas le titre de Sir ou de Dame.

LE TROISIÈME POLITICIEN CANADIEN DANS L’ORDREDUMÉRITE  -  Catherine Handfield
Jean Chrétien est le troisième politicien canadien à recevoir l’Ordre du mérite. Le premier à obtenir la prestigieuse distinction est l’ex-premier ministre William Lyon Mackenzie King, en novembre 1947, soit six mois avant sa mort. Le roi George VI lui a décerné l’honneur pour ses 21 ans de service à titre de premier ministre et sa direction du Canada pendant la Deuxième Guerre mondiale. Près de 15 ans plus tard, en mai 1971, l’expremier ministre Lester B. Pearson a lui aussi reçu l’Ordre du mérite pour ses qualités de chef d’État et son engagement sur la scène internationale.



Brian Mulroney  L’ex-premier ministre se dit fier mais admet aussi ses erreurs  -  Catherine Handfield
Brian Mulroney s’est dit fier de son bilan de premier ministre, hier soir, à l’occasion d’une fête organisée en son honneur. Il a toutefois reconnu ses « erreurs de jugement », faisant vraisemblablement référence à la controverse entourant ses liens avec l’homme d’affaires allemand Karlheinz Schreiber.
La soirée s’est tenue dans un hôtel montréalais pour commémorer le 25e anniversaire de l’élection du gouvernement conservateur de M. Mulroney, en 1984. Quelque 1500 personnes y ont assisté, dont de nombreux ministres conservateurs et l’ex-premier ministre du Canada Joe Clark.
Quelque 1500 personnes ont assisté hier à la soirée commémorant le 25e anniversaire de l’élection du gouvernement conservateur de Brian Mulroney, en 1984.
Br ia n Mu l roney a pro - noncé un long discours sur sa vision du leadership. Il a rappelé le s réa l is at ion s de son gouvernement, dont la tentative de réintégrer le Québec dans le giron constitution nel et l’adoption de l’accord de l ibre - éc ha nge avec les États-Unis.
P u is , sa ns mention ner l ’a f fa i re S c h reiber, B r ia n Mulroney a abordé ses erreurs de parcours, visiblement ému.
« Vous êtes familiers avec quelques-unes de mes erreurs de j ugement, a-t-il déclaré. Dans les mots d’une vieille ballade anglaise : je suis blessé, mais je ne suis pas mort. Je vais m’étendre et saigner un moment. Puis je vais me relever et me battre encore. »
La foule l’a chaudement applaudi.
Rien sur Harper
Dans son discours, Brian Mulroney a salué le président américain Barack Obama et sa tentative de faire adopter u n projet d ’a ssu ra nce maladie.
Or, M. Mulroney n’a pas mentionné le nom du premier ministre conservateur Stephen Harper. Il faut dire que la relation entre les deux hommes est tendue depuis que M. Harper a ordonné à son cabinet de couper les ponts avec M . Mu l roney dans la fou lée de l ’e n - quête publique sur l’affaire Schreiber.
Stephen Harper a pourtant tendu la main à son prédécesseur hier par l’intermédiaire d’un court message de félicitations enregistré sur vidéo. Le premier ministre n’a pu assister à la fête en personne puisqu’il se trouvait à New York. Sa femme, Laureen, était cependant présente.
Malgré tout, Brian Mulroney a réitéré sa f oi envers le Parti conservateur.
« C’est le parti qui a le pouvoir et le courage nécessaires pour perpétuer la splendide tradition de garder le Canada sur le chemin qui mène à la prospérité, au respect et au succès », a-t-il conclu.
M. Mulroney a reçu des hom mages de plu sieu rs anciens ministres, collaborateurs et proches. L’ancien président américain George Bush père s’est notamment ad ressé à l u i pa r l ’ent re - mise d’une vidéo, le qualifiant de « premier ministre formidable ».
L e premier ministre du Québec, Jean Charest, qui coprésidait la soirée, lui a aussi rendu hommage. « M. Mulroney a fait preuve d’un leadership qui aura permis au Canada de progresser », a déclaré Jean Charest, qui a été ministre conservateur sous Brian Mulroney.


Charest coprésidera le 25e anniversaire de l’élection des conservateurs
« On a participé à l’élection de 211 députés à la Chambre des communes, c’est la plus grande majorité jamais obtenue et on est bien fiers de commémorer ça », dit le sénateur Pierre Claude Nolin.
— Des conservateurs de la mouvance progressiste ont choisi le premier ministre Jean Charest pour coprésider, en septembre, la célébration du 25e anniversaire de l’élection du premier gouvernement majoritaire dirigé par Brian Mulroney.
Le 4 septembre 1984, le Parti progressiste-conservateur (PPC), dirigé par Brian Mulroney, avait remporté 211 des 282 sièges à la Chambre des communes. Le PPC a depuis fusionné avec l’Alliance canadienne pour former le Parti conservateur actuel.
Un des organisateurs, Denis Stergiotis, est un militant déçu du leadership du premier ministre Stephen Harper et il souhaite, avec cette réception, célébrer l’héritage politique de M. Mulroney, que les ministres conservateurs sont actuellement tenus d’éviter dans le cadre de leurs fonctions à cause de la commission d’enquête sur l’affaire Mulroney-Schreiber.
« Il faut regarder les grandes réalisations de cet homme-là et ne pas oublier, a-t-il dit. Les gens savent qu’il est à l’origine du libre-échange, de l’intégration des communautés culturelles sur le plan du parti. Il était 100% d’accord pour que ce soit un parti inclusif. C’était un leader qui était ouvert à tout le monde. »
Le 4 septembre 1984, le Parti progressiste-conservateur ( PPC), qui a depuis fusionné avec l’Alliance canadienne pour créer la formation actuelle, avait remporté 211 des 282 sièges à la Chambre des communes.
Le 18 septembre, un 5 à 7 soulignera le 25e anniversaire de l’élection dans un chic centre de réception au centre-ville de Montréal.
M. Charest, qui a été ministre conservateur et chef du PPC avant de faire le saut à Québec, en 1998, coprésidera la réception avec l’un de ses anciens collègues, Michael Wilson, qui est ambassadeur du Canada à Washington.
M. Stergiotis a déclaré hier que des invitations seront envoyées dans les 10 jours et un autre membre du comité organisateur, qui a requis l’anonymat, a affirmé qu’il souhaitait voir le plus grand nombre possible de membres du Conseil des ministres.
M. Stergiotis, qui a pris ses distances il y a environ trois ans de l’équipe en place dans la capitale fédérale, a affirmé qu’il souhaite la participationdeM. Harpermême si, dans une lettre envoyée dans un quotidien torontois, il a critiqué le leadership du chef conservateur à cause de son style proche de celui de George W. Bush.
« Je n’ai rien contre M. Harper, a-t-il dit hier lors d’une entrevue téléphonique. Ceux contre qui j’en ai, ce sont surtout les organisateurs ou une partie de l’organisation qui est responsable pour le Québec. Ils ne sont pas inclusifs. »
Le comité organisateur de la réception soulignant la victoire de 1984, dont fait aussi partie Luc Lavoie, ancien porte-parole de M. Mulroney, souhaite également réunir des ministres et députés de cette période de même que leur personnel politique.
Participation à titre privé
Depuis novembre 2007, les ministres conservateurs sont soumis par M. Harper à une consigne leur interdisant de rencontrer M. Mulroney en raison de la commission Oliphant, qui enquête sur ses transactions avec l’homme d’affaires Karlheinz Schreiber, et dont l’audience finale a eu lieu hier.
Cependant, le bureau du premier ministre a fait savoir, hier à Ottawa, qu’ils pourront participer à la soirée à titre privé.
Lundi, le ministre de la Défense, Peter MacKay, et son collègue titulaire des Travaux publics, Christian Paradis, ont affirmé qu’ils n’avaient pas encore reçu d’invitation et qu’ils n’avaient pas encore d’intention quant à leur présence à la réception.
Le sénateur conservateur Pierre Claude Nolin, connu pour sa croisade en faveur de la décriminalisation de la marijuana, s’est quant à lui montré disposé, hier, à participer à la réception « avec plaisir », même s’il n’a pas encore reçu d’invitation.
« C’est un événement historique dans l’histoire de notre parti et du Canada, a-t-il dit. On a participé à l’élection de 211 députés à la Chambre des communes, c’est la plus grande majorité jamais obtenue et on est bien fiers de commémorer ça. »
Selon M. Nolin, malgré la consigne de M. Harper, qui a hérissé plusieurs proches de M. Mulroney, l’initiative de la dizaine d’organisateurs qui veulent le célébrer ne crée aucunmalaise ou risque de division au sein des troupes conservatrices. M. Stergiotis est du nombre des conservateurs qui auraient préféré que M. Cha rest succède à M. Mulroney à l’élection de 1993, où les conservateurs ont été pratiquement rayés de la carte électorale après la défaite de Kim Campbell.
Alors qu’il a affirmé que son opinion n’engageait que lui-même, M. Stergiotis a expliqué hier qu’il n’avait pas renoncé à son ambition de faire revenir M. Charest à Ottawa.
« Les gens me disent que je rêve en technicolor, mais je suis au nombre des gens qui veulent former un mouvement pour que, quand viendra le temps – ça peut être dans cinq ans, dans 10 ans – où M. Charest quittera la politique provinciale, j’aimerais essayer de faire un groupe de pression pour le convaincre de retourner sur la scène fédérale », a-t-il dit.



Parisella sera nommé délégué du Québec à New York  -  Denis Lessard
QUÉBEC — John Parisella sera nommé sous peu délégué général du Québec à New York. Observateur attentif de la politique américaine, il deviendra ainsi l’ambassadeur de Jean Charest aux ÉtatsUnis, a appris La Presse.
La rumeur a circulé pendant la fin de semaine au conseil général du PLQ, à Drummondville. La nomination du patron de la firme de communications et de publicité BCP sera chose faite dans les prochaines semaines, sinon dès aujourd’hui à la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres.
Ancien chef de cabinet de Robert Bourassa, M. Parisella est devenu conseiller bénévole de Jean Cha res t à l’automne 2007, alors que ce dernier venait de se voir administrer une raclée aux élections. M. Parisella fait partie de la courte liste des Québécois spécialisés sur les questions américaines. Le 22 octobre prochain, il sera d’ailleurs le modérateur de la conférence que doit donner l’ex-président George W. Bush à Montréal.
Il avait participé bénévolement à la campagne électorale de Barack Obama en 2008, en Nouvelle-Angleterre.
Né à Rosemont d’un père cordonnier et d’une mère irlandaise, acteur de la politique québécoise depuis 25 ans, il est parvenu à ne jamais se faire d’ennemi. Il a renoué il y a trois ans avec le stratège péquiste Jean-François Lisée, qui avait écrit des livres très durs sur son ancien patron, Robert Bourassa.
Plus récemment, Parisella a tendu une perche à André Boisclair, juste après son dépar t douloureux de la direction du PQ, en lui proposant d’enseigner avec lui la gestion de crise à l’Université Concordia.
Une surprise
Sa nomination au poste de délégué général du Québec à New York, qu’il n’a pas demandée, semble-t-il, avait été évoquée dans les milieux libéraux dans les jours suivant les élections de décembre 2008. La Presse en avait eu vent en juin dernier. M. Parisella avait soutenu à l’époque qu’il n’en avait jamais réentendu parler.
Depuis le week-end, il n’a pas rappelé La Presse, malgré des coups de fil répétés.
M. Parisella entrera en fonction avant l’hiver. Sa nomination est une surprise puisqu’il remplacera Robert Keating, fonctionnaire de carrière, qui avait été nommé il y a à peine un an, au printemps 2008.
M. Keating avait été désigné pour remplacer au pied levé Bruno Fortier, l’ancien directeur des affaires économiques à la délégation, un ami de collège du premier ministre Charest. Des problèmes de gestion et de comportement avaient soulevé une controverse et forcé la démission de l’avocat de Sherbrooke.
Le poste de représentant du Québec à New York est névralgique. Le délégué général chapeaute les délégués de Chicago, Boston et Los Angeles, par exemple.
Analyste maintes fois invité par les médias pour commenter la politique américaine, M. Parisella a publié en 2004, avec l’universitaire Donald Cuccioletta, Elections Made in USA, qui a été mis à jour pour la campagne de l’an dernier.
Onlit enquatrièmedecouverture qu’il est membre associé de l’observatoire sur les États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM. Il avait vécu de près les primaires de 2000 et 2004 au NewHampshire, avant de s’y rendre en 2008 pour la campagne d’Obama.
On y rappelle qu’il a publié de nombreux articles sur la politique américaine, dans La Presse surtout, mais aussi dans Le Devoir et dans la revue Options politiques.
Diplômé de l’ Université Concordia , de l ’ Université McGill et de la John F. KennedySchoolofGovernment ( Havard), il a été chef de cabinet de M. Bourassa de 1989 à 1994. Il est par la suite devenu premier lieutenant de Daniel Johnson.
Son a r r ivée en pol it ique était bien antérieure. Permanent d’Alliance Québec, il s’était rapproché du PLQ et de Claude Ryan au référendum de 1980. Aux élections de 1985, il avait été candidat libéral dans Mercier, sa circonscription d’origine, où il avait perdu par 1000 voix seulement contre le populaire Gérald Godin.



Au-delà de l’impatience - LUCIA FERRETTI

 L’auteure est professeure au département de sciences humaines à l’Université du Québec à Trois-Rivières
Les vrais leviers de la Révolution tranquille enracinés dans plusieurs décennies de malaises et de blocages
Pourquoi laRévolution tranquille a-t-elle été nécessaire? Comment a-t-elle été rendue possible? Pour répondre à ces questions, il faut regarder en amont.
Les années 1945 à 1960 voient se creuser de nombreux déséquilibres, auxquels la Révolution tranquille voudra précisément remédier.
La croissance économique et la prospérité sont au rendezvous. Mais celles-ci dépendent de plus en plus du capital américain. Les Canadiens français sont marginalisés et même discriminés. Ils ne contrôlent qu’une part toujours plus faible de l’économie québécoise; dans la grande entreprise, ils se voient souvent refuser les postes de contremaîtres ou de cadres, réservés aux «Anglais». «Porteur d’eau, scieur de bois dans son propre pays», chantera bientôt Félix Leclerc.
Le gouvernement fédéral devient keynésien: l’intervention planifiée de l’État préviendra, dit-on, de nouvelles crises économiques. Ottawa saute dans l’éducation, la santé, le bien-être. Qu’importe si la Constitution réserve ces compétences aux provinces ! Au nom de l’autonomie provinciale, Maurice Duplessis s’oppose à la centralisation fédérale. Mais il refuse que l’État québécois s’investisse pleinement dans ses propres juridictions et se fait l’apôtre d’un libéralisme de laisser-faire qui a pourtant fait son temps dans les principaux milieux d’affaires.
Le baby-boom et l’urbanisation augmentent les besoins de la population; la prospérité et le développement technique, le niveau de ses exigences. Les congrégations religieuses engagent alors une grande partie de leurs ressources dans la construction ou l’agrandissement de leurs écoles et collèges, hôpitaux et centres de services sociaux, dans l’achat d’équipement et la qualification de leur personnel. Mais elles ne suffisent plus. Elles ont besoin d’employés laïques pour seconder les soeurs et de l’argent de l’État pour financer tout cela. «Les évêques mangent dans ma main», dit Duplessis.
De plus, l’autoritarisme de la hiérarchie, un encadrement clérical très serré et l’intense piété communautaire traditionnelle sont entraind’étouffer une jeune génération généralement encore croyante, mais qui adhère aux valeurs montantes d’autonomie et d’individualisme.
L’impatience monte. Elle provient de partout: des industriels américains et canadiens-anglais eux-mêmes, de la bourgeoise d’affaires francophone, de la nouvelle classe moyenne professionnelle, et des syndicats que Duplessis réprime durement. Elle s’exprime aussi, vigoureusement, dans une partie des milieux artistiques et intellectuels, qui se mettent à mépriser leur société, jugée petite, mesquine, opprimée par le cléricalisme et l’autoritarisme. Borduas, le père Lévesque,
Cité Libre: ils s’attirent les foudres du « chef ». Cela leur vaudra rétrospectivement une place démesurée, peut-être même usurpée, dans la genèse de la Révolution tranquille.
Les malaises et les blocages accumulés entre 1945 et 1960 rendent celle-ci nécessaire, cela ne fait pas de doute. Mais ce n’est pas seulement l’impatience qu’ils suscitent qui la rend possible.
Les femmes et les hommes des milieux populaires, les élites traditionnelles, les intellectuels néo-nationalistes autour de l’historien Maurice Séguin, Duplessis lui-même et cette Église aux grands airs ou ces religieuses anonymes et affairées, ce sont eux, en effet, qui lèguent à la génération de la Révolution tranquille les outils essentiels à son succès.
Ces outils sont nombreux et pourraient être irrésistibles: une population jeune et formée à l’engagement social dans les mouvements d’Action catholique; un État libre de dettes et une tradition de gouvernement fortement autonomiste ; un réseau institutionnel dense et présent dans toutes les régions; une culture de solidarité, une identité éveillée à l’importance de rester française et plusieurs instruments alternatifs de développement économique tels que les organisations coopératives, les syndicats nationaux et quelques institutions financières. Voilà les vrais leviers de la Révolution tranquille. Ils sont enracinés dans plusieurs décennies d’existence.

Alors, la «Grande Noirceur», mère de l a Révolut ion tranquille?



D’UN ÉCHAFAUD À L’AUTRE  -  Yves Boisvert
En passant en revue les affaires judiciaires de la Nouvelle-France, on n’est pas pris de nostalgie pour la justice française.

En 1734, une esclave noire déclarée coupable d’avoir déclenché un grand incendie à Montréal fut condamnée à être torturée puis, après avoir fait « amende honorable », on la brûlerait vive.
En appel, on décida toutefois que Marie-Josèphe-Angélique n’aurait pas la main coupée et qu’on la pendrait avant de la brûler.
La torture en NouvelleFrance était utilisée autant comme méthode d’interrogatoire (la « question ») que comme châtiment. On l’appelait le supplice de la roue, qui a connu mille variantes. L’idée était généralement d’attacher le condamné sur une roue et de lui rompre les os des jambes et des bras avant de le pendre ou de le laisser mourir sur place.
Les meurtriers, les traîtres, les déserteurs pouvaient avoir droit à ce traitement. Mais également les faux-monnayeurs et, au XVIIe siècle, des coureurs des bois. On voulait contrôler le monopole de la traite des fourrures et éviter la fuite des colons, déjà rares. Il fallait donc une permission pour aller en forêt ou quitter sa maison plus de 24 heures. On pendit donc à Québec, en 1674, Jean Thomas dit LeBreton, pour avoir couru les bois sans permission.
Un soldat nommé Jacques Pourpoint déserta son régiment et viola une femme en 1686, Il fut condamné à être « pendu et étranglé » après avoir été « conduit, nu, en chemise, une torche ardente au poing devant la principale porte de l’église paroissiale, pour y demander pardon à Dieu ». Et « pour plus grand exemple », on ordonna que sa tête soit coupée et mise au haut d’un pieu qu’on est allé planter sur la grand route.
Les procès étaient secrets. Il n’y avait pas de jury. Les avocats étaient interdits en Nouvelle-France. Les règles de preuve imprécises et les magistrats sans formation juridique.
Les Anglais, qui avaient aboli la torture depuis presque 100 ans, se vantèrent donc en prenant le contrôle de la colonie, d’apporter au Canada une justice à la fois « ferme et douce », pleine de bienfaits pour le citoyen.
D’abord, la justice anglaise est publique. Les châtiments corporels sont limités. Un grand jury d’une vingtaine de citoyens doit autoriser le dépôt des accusations graves, ce qui est un contrepoids à l’arbitraire du gouverneur. Un jury doit ensuite juger l’accusé, qui jouit de la présomption d’innocence. En droit anglais, jusqu’à la fin du XIXe siècle, l’accusé n’a pas seulement le droit au silence: il n’a même pas le droit de témoigner. La justice anglaise connaît également le fameux habeas corpus, qui permet de contester en tout temps la légalité de sa détention.
Voilà bien des progrès, apparemment.
En pratique, toutefois, la justice anglaise de l’époque n’est pas nécessai rement moins cruelle. D’abord, pas moins de 200 infractions, du simple vol au meurtre en passant par le « déguisement en forêt » (la faute à Robin des bois?), sont passibles de la peine capitale.
Mais surtout, les magnifiques garanties contre les abus sont rarement offertes au commun des criminels. Surtout pas en période de crise.
En 1797, on condamne à Québec l’Américain David MacLane, pour avoir tenté de fomenter une révolution inspirée de celle de 1789. Le juge William Osgoode, qui a laissé son nom à une vénérable faculté de droit à Toronto, ne se contenta pas de le condamner à mort.
Vous serez, lui dit le juge, « pendu par le cou, mais non pas jusqu’à ce que mort s’ensuive; car vous devez être ouvert en vie et vos entrailles seront attachées et brûlées sous vos yeux; alors votre tête sera séparée de votre corps qui doit être divisé en quatre parties. »
Magnanime, le bourreau le pendit avant de l’éviscérer.
Dans les faits, selon le professeur Michel Morin, on est incapable de voir une grande différence dans l’application du droit criminel entre les dernières années du régime français et les premières du régime anglais.
Si l’on avait interdit les avocats en Nouvelle-France sur ordre du roi, pensant éviter l’esprit de chicane et les querelles oiseuses, il était interdit pour les crimes les plus graves sous le régime anglais, essentiellement pour les mêmes raisons. On craignait que des coupables s’en tirent par une astuce d’avocat. Ce n’est qu’en 1836 qu’on permettra aux personnes accusées de « félonie » (crimes les plus graves) d’être représentés par avocat.
Si les accusations sont filtrées par un grand jury, il peut arriver qu’une personne soit détenue pendant des mois sans être accusée.
La loi anglaise oblige les juges à prononcer la peine de mort beaucoup plus souvent. Toutefois, le grand jury, en rejetant les accusations les plus graves, ou le jury du procès, en acquittant des crimes capitaux, tempère la sévérité de la loi.
Au total, de dire le professeur Morin, « rien ne permet d’affirmer que, aux yeux des contemporains, le droit pénal anglais était manifestement plus doux que celui de la France ». Notamment parce qu’ils n’étaient pas en mesure de comparer les deux systèmes. On ne peut pas croire, non plus, que les erreurs judiciaires aient été plus nombreuses sous l’ancien régime.
En outre, la brutalité des lois française n’a pas été mise à exécution très souvent. Si la torture est permise, elle est réservée à des cas « rarissimes ». Entre 1712 et 1748, on a recensé seulement trois cas de torture, donc dans moins de 1% des dossiers. Le supplice de la roue n’a été infligé que dans trois des trente-huit condamnations à mort pendant cette période.
« On cherche donc en vain un témoignage d’admiration du droit anglais » dans les premières années du nouveau régime, constate le chercheur.
Dans les périodes troubles, des juges sont carrément destitués par le gouverneur pour avoir appliqué l’habeas corpus, suspendu à de nombreuses reprises.
Ce f ut le cas du j uge Philippe Panet, en 1838. Bien que l’habeas corpus ait été suspendu à cause des troubles de la Rébellion, le juge l’appliqua tout de même à un américain accusé de haute trahison. Il déclara cette suspension inconstitutionnelle et ordonna même qu’on emprisonne le geôlier de la prison de Québec et qu’on accuse d’outrage au tribunal le commandant de la citadelle de Québec, qui détenait l’Américain. Colbourne l’a suspendu et annulé toute ses ordonnances.
L’indépendance des tribunaux, acquise depuis 1701 en Angleterre, n’est en effet importée dans la colonie qu’en 1843. Avant, le gouverneur peut faire ce qu’il entend avec les juges qui lui déplaisent.
Lord Durham, dans son fameux rapport de 1840, constate par ailleurs que le système des procès par jury a ses failles. « Chaque race compte sur le vote de ses compatriotes pour échapper à la justice » , écrit-il. L’acquittement est la règle pour le malfaiteur, anglais ou français, dans la mesure où il réussit à exclure du jury suffisamment de candidats de « l’autre race ». C’est par ailleurs l’anglais qui est la langue des tribunaux jusqu’à la deuxième moitié du XIXe siècle.
Cela dit, la justice civile française ayant été garantie en 1774, il semble que les Québécois ne se soient pas plaints du nouveau système de justice criminelle anglais et n’ont pas réclamé le retour au système français.
Un certain flou entourant les règles du droit criminel, on finit par décider de voter un Code criminel canadien, en 1892 – modifié au fil des ans, mais toujours en vigueur. Réduites à une quinzaine en 1850, les infractions entraînant la peine de mort sont réduites à trois dans le nouveau code: meurtre, viol, haute trahison.
On continuera à s’inspirer des innovations du droit anglais au Canada pendant le XXe siècle. L’adoption de la Charte des droits et libertés, en 1982, fixe dans la Constitution plusieurs protections élaborées au fil des siècles par les juges anglais et canadiens.
Depuis 1867, 701 personnes ont été exécutées au Canada. La peine de mort a été abolie en 1976 et le dernier condamné exécuté l’a été en 1962, à Toronto. Et à lire certains jugements de la Cour suprême, on peut avancer que si on tentait de réintroduire ce châtiment, les juges le déclarerait inconstitutionnel.




L’AVENIR DE 1759  -  Jocelyn Létourneau
Les Britanniques n’ont jamais pu assumer leur rôle de conquérants, les perdants n’ont jamais accepté leur rôle de conquis
Voilà 250 ans que la bataille des plaines d’Abraham a eu lieu. À l’exception de ceux qui adhèrent au récit de l’événement catastrophe et pour qui tout est réglé, on a du mal à traiter l’épisode. Dans le Québec d’aujourd’hui, société cherchant à se donner une nouvelle référence collective pour se représenter, 1759 apparaît comme un boulet à traîner. C’est pourquoi ni Québec ni Ottawa, ni les groupes anglophones de la province n’ont osé prendre position sur d’éventuelles cérémonies touchant à 1759. Plutôt que de dire quoi que ce soit qui risquait d’offusquer, mieux valait se taire. Le temps finirait par décomposer les restes de la bataille…
LA BATAILLE DE SAINTE-FOY
Or, le temps n’efface pas les représentations construites, encore moins quand elles sont ressassées. Pour que changent les représentations, il faut les travailler. L’historien le fera dans l’inspiration d’une méthode rigoureuse. Mais la méthode peut-elle être une voie d’avenir pour penser et faire passer 1759? On peut répondre oui pour se montrer optimiste. Rappelons que les joutes entre la méthode et la mémoire ont rarement permis le triomphe de la raison sur la passion. La chose est encore plus vraie pour la conquête.
Quel récit proposer de 1759 pour rendre justice à l’événement ? Disons qu’il suffit de raconter ce qui s’est passé dans la complexité de ce qui fut, en évitant de subordonner l’histoire à de grands schémas narratifs prédisposant l’interprétation à venir.
Pour qualifier l’envahissement de la Nouvelle-France par les Britanniques au milieu du XVIIIe siècle, parlons d’une conquête équivoque et ambiguë, c’est-à-dire d’une entreprise tronquée et ambivalente, qui a paradoxalement permuté en une refondation compliquée plutôt qu’elle ne s’est historiquement réalisée en une domination obstinée.
Par conquête équivoque et ambiguë, on entend que les Britanniques, malgré des actions claires en ce sens, n’ont jamais été capables de contraindre la population assujettie à se soumettre au projet concocté pour elle, projet qui a évolué par rapport à ses intentions originelles.
On entend aussi que les conquérants, bien que théoriquement gagnants, n’ont jamais pu assumer pleinement leur rôle de conquérants, s’amalgamant en partie à la population locale, absorbant de ses us et coutumes et composant bon gré mal gré avec elle pour faire avancer les choses.
On entend enfin que les conquis, bien qu’en principe perdants, n’ont jamais accepté leur rôle de conquis, usant de certains droits acquis pour construire, dans le cadre d’une relation tendue et alambiquée avec les Britanniques, une nationalité originale – nommons-la canadianité – de plus en plus assurée avec le temps, mais à la nature modérée, participative et adaptative plutôt que radicale, sécessionniste et rigide.
C’est dans ce contexte où rien ne s’est déroulé comme prévu; où tout a été affaire de compromis obligés entre les forces en présence ; où les conflits ne sont jamais disparus du paysage social et politique ; où les parties, nonobstant leur culture de référence, ont toujours cherché à défendre leurs intérêts pour s’installer dans le bloc au pouvoir au sein de la société canadienne du Québec, que celle-ci s’est construite dans le siècle qui a suivi la conquête.
On peut être frustré de cette trajectoire qui désobéit aux modèles habituels de formation des sociétés ou des nations. On peut être contrarié du fait que les francophones n’ont jamais communié à la même eucharistie patriotique contre l’Autre. On se demande où est le problème avec ce genre de situation qui échappe aux scripts consacrés et aux visions attendues. Il faut se rappeler que le passé ne promet rien. Si le déroulement de ce qui fut est touffu et embrouillé, comme ce fut le cas pour la conquête et ses suites, le récit doit en témoigner au risque de ne pas se faire exaltant. (...)

La Conquête commémorée autrement
(...) Le rôle de l’historien, qui examine la complexité du passé, n’est pas celui du commémorateur, qui raconte l’histoire pour soutenir une cause. À l’heure actuelle, la seule cause que peut servir la commémoration de la conquête est celle du nationalisme québécois défini selon le canon traditionnel, qui repose sur la représentation de 1759 comme moment de Grand basculement collectif.
C’est d’ailleurs par crainte qu’elle n’avantage une autre cause que plusieurs intervenants se sont opposés à la mise en relief de l’événement. Par autre cause, on entend celle du fédéralisme et du canadianisme, bien sûr, mais celle aussi du nationalisme pluriculturel ou consensuel, c’est-à-dire celle du nationalisme déshistorisé et dépolitisé selon les traditionalistes.
Plutôt que de voir la commémoration servir des intérêts nuisibles, on a préféré qu’il n’y ait pas de manifestation. Plutôt que de voir la conquête être séparée de sa tradition narrative, qui a fait de l’événement un désastre et qui est devenu le lieu véritable de la tragédie, on a préféré ne pas exposer la plaie de 1759 à l’air libre, pour que n’y naisse la possibilité d’une cicatrice. Le Moulin aux Images iconoclastes ne devait à aucun prix se substituer au Moulin de la Parole accréditée.
Les choses pourraient changer. Certains indices donnent à penser que l’Anglais, comme figure de l’altéritée adverse, est en voie d’être remplacé par celle de l’Anglais comme figure de cofondation de la société québécoise. Il est plusieurs exemples du passage en cours. On se contentera d’évoquer que, dans un sondage récent, 80% des francophones ont endossé l’énoncé voulant que les anglophones forment l’un des peuples fondateurs de la société québécoise.
Il semble que les conditions adviennent pour qu’une autre commémoration de la conquête soit possible. Celle-là n’associera pas l’événement au moment initial de la déchéance d’un peuple. Elle rappellera que 1759 constitue aussi un moment refondateur de la société québécoise, c’est-à-dire un moment au cours duquel cette société a connu une transformation importante de son identité qui n’a entraîné ni le dépérissement ni la dénaturation de son historicité, mais sa recomposition et son redéploiement.
Que la métamorphose ait engendré des blessures ne disqualifie pas l’événement comme avènement. Au sein des sociétés, les moments refondateurs ont peu à voir avec la nature glorieuse ou honteuse de ce qui est survenu. Ils renvoient à des épisodes par lesquels les sociétés se reproduisent en se transformant. En pratique, les moments refondateurs réfèrent à des épisodes par lesquels les sociétés revoient leur parcours selon un autre point de vue afin de se redéfinir.
Étant donné que les représentations de 1759 n’ont épuisé ni sa complication ni ses significations, l’événement peut donner lieu à un travail d’histoire rouvrant la mémoire pour l’oxygéner. Et la société québécoise paraît prête à recevoir les fruits de ce travail pour consolider son désir de refondation.





La bataille des plaines d’Abraham  -  Stéphane Laporte
Le 13 septembre 1759, 6h du matin, les Anglais sont en formation sur les plaines d’Abraham. Deux mille cent soldats en ligne. Prêts à attaquer. Devant eux... personne. Les Français ne sont pas là. Que font-ils ? Les Français discutent:
— Je ne suis pas d’accord a ve c le lieu de l’affrontement...
— Moi, je le trouve très bien, l’emplacement, c’est sur le plus plat. Tant qu’à mourir, aussi bien que ce ne soit pas trop fatigant.
— Fainéant ! Ça manque de relief. Pensez à la peinture qui immortalisera cette bataille, elle sera beaucoup trop linéaire. Il faut se rapprocher des falaises, on verra le fleuve derrière, ce sera de toute beauté. Il y aura le bleu de l’eau, le blanc de notre chair et le rouge de notre sang.
— J’veux bien, mon général, qu’on se place pour la peinture, mais Wolfe et ses hommes, ce n’est pas là qu’ils sont. Et si on veut les repousser, on n’a pas d’autre choix que d’aller se positionner devant eux.
— Justement, c’est ce qui m’agace des Anglais, c’est toujours eux qui décident...
— Vous ne vouliez quand même pas qu’ils vous fassent choisir l’endroit de leur attaque-surprise ?
— Si. Cela aurait été beaucoup plus respectueux de notre culture. Après tout, c’est eux qui s’invitent chez nous, c’est la moindre des politesses.
— Mon général, si on ne va pas se mettre en ligne, ce ne sera plus chez nous, ça va être chez eux.
10h. Mille neuf cents soldats français sont alignés devant l’armée anglaise. Personnenebouge. Montcalm a reçu des ordres de son supérieur Vaudreuil de ne pas attaquer, alors en bon Français, il décide de faire le contraire :
— On ne va pas passer toute la journée à regarder les Anglais dans les yeux. En plus, j’ai un rendez-vous galant sur la Grande-Allée, ce soi r. Le temps de me pomponner et tout, il faut avoir fini avant le milieu de l’après-midi... Allez, feu ! Les Français tirent. Le problème, c’est qu’ils auraient dû cour i r vers l ’ ennemi avant de tirer. Ils ont fait le contraire. Ils ont tiré en premier et couru après vers l’ennemi. Ce qui fait que lorsqu’ils ont tiré, ils étaient trop loin des Anglais, leurs balles ne se sont pas rendues. Et comme après ils ont couru, ils étaient assez proches pour recevoir les balles des Anglais, pendant qu’ils rechargeaient leurs armes.
La bataille a duré 15 minutes. Même pas une période de hockey. À peine le temps d’un bul letin d’informations sur LCN. Mais ce fut un mauvais quart d’heure. Les deux généraux des deux armées rivales ont perdu la vie. Rapidement, Wolfe fut remplacé par le second plus haut gradé, Townsend. Chez les Français, ce ne fut pas si simple. Chacun des officiers se croit dans son droit de diriger les troupes. Le lieutenant Vert propose qu’on abandonne la bataille car on est en train de trop abîmer le gazon des Plaines. Le lieutenant Labeaume, au contraire, veut que l’on charge et que l’on fonce jusqu’à Montréal. En profiter, ainsi, pour annexer Montréal à Québec.
Heureusement, le big boss, le gouverneur général de la Nouvelle-France, Pierre de Rigaud de Vaudreuil, arrive enfin à Québec en chantant : « En revenant de Rigaud, a wouin, a pite, a winaha... » Il tient un conseil de guerre. Les Anglais assiègent la ville, il faut agir. Il faut prendre une décision. En bon leader de la Nouvelle-France, Vaudreuil décide de faire un référendum. Il demande à ses troupes : Voulez-vous que, demain matin, au péril de notre vie, on attaque les Anglais et qu’on libère notre pays ? Ses hommes répondent NON. Ils préfèrent essayer de négocier une capitulation-association.
Les Français décident de se rendre mais à leurs conditions. Ils dressent une liste de 101 conditions. En voici quelques-unes :
Bien que nous devenions sujets britanniques, nous pourrons continuer à manger des croissants plutôt que des muffins anglais.
À 5h, nous aurons le choix entre une tasse de thé ou une bouteille de Red Bull.
En échange de toutes nos richesses naturelles, nous conservons le droit de chialer contre les Anglais.
En aucun temps, nos équipes de hockey ne devront aligner moins de trois joueurs francophones.
Dans 250 ans, quand on commémorera cette bataille, le descendant de Wolfe devra être sur place et chanter Libérez-nous des libéraux.
Quand les Anglais ont reçu les termes de la capitulation de Québec, ils sont devenus perplexes. Townsend a enlevé son grand chapeau, s’est gratté la tête en disant: « Finalement, je me demande si on n’aurait pas été mieux de la perdre, cette bataille-là... It will not be a walk in the park... »



Souvenirs en papier  -  YVES  BOISVERT
Avant de lire « La Presse », je l’ai regardée. Les photos de Désilets, les caricatures de Girerd, le jeu des huit erreurs que je faisais sur les genoux de mon père. Avant d’écrire dedans, j’ai écrit dessus. Essayez ça, sur un écran.
Il y avait sans doute dans un village, quelque part jadis, un laitier qui livrait son lait à cheval. Un jour arriva quelqu’un avec un camion, qui livrait trois fois plus de lait pour deux fois moins cher.
Dans les années 60, du temps où La Presse avait encore des presses rotatives sur place, des camions passaient par la ruelle des Fortifications pour venir chercher le journal, puis le distribuer partout dans la province.
Le laitier savait bien qu’on n’arrête pas le progrès. Il savait bien que les gens continueraient à boire du lait. Il allait conduire le camion et la vie allait suivre son cours. Ce n’était vraiment pas si grave.
C’est juste qu’il aimait les chevaux. Il allait avoir pour toujours la nostalgie des chevaux…
Lundi, en écoutant Guy Crevier avec 500 autres employés de La Presse, j’ai vu en chiffres ce qu’on sait depuis un an, mais ce qu’on sent depuis 10 ans. Le papier nous glisse des mains. Il y aura encore du journalisme, je sais. C’est juste que je l’aime, ce papier.
Je me suis souvenu du jour, il y a quatre ans, où j’étais allé chercher La Presse dans un dépanneur en Gaspésie, vers midi. « Pas encore arrivée. » À 16h, j’y retourne. « On a vendu les deux. Revenez demain. »
J’ai pensé que dans une usine de la Gaspésie, pas loin de là, on fabriquait des rouleaux de papier d’une tonne avec des arbres coupés au plus creux des forêts et du papier recyclé.
Ensuite, du temps qu’on avait encore des presses rotatives sur place, des camions roulaient jusqu’à La Presse, à 12 heures de là – maintenant à l’usine de Transcontinental.
Ils entraient dans la ruelle des Fortifications, le mardi, si je me souviens bien. Ça résonnait jusque dans la salle de rédaction quand ils déchargeaient les rouleaux.
Puis, on imprimait sur ce papier venu de Gaspésie des textes et des photos et des illustrations. On pliait le papier, on le remettait dans des camions plus petits, et tous ces camions s’en allaient livrer le journal, y compris deux exemplaires vers une heure de l’après-midi dans un village près de l’usine à papier.
Racontez ça à vos enfants dans 10 ans et ils vous regarderont comme je regardais mon oncle me raconter l’arrivée de l’électricité dans la première ampoule de sa maison d’Abitibi. Quelle époque étrange et lointaine, déjà.
En fait, pas besoin d’attendre 10 ans, dites-leur ce matin, juste pour voir…
Je me souviens du jour où le camelot de mon quartier m’a offert sa route pour livrer La Presse. Le rêve. Des paquets de 50 exemplaires m’attendaient sur le balcon en revenant de l’école – c’était un journal d’aprèsmidi. J’ai encore un muscle plus gros sur l’épaule droite, d’avoir livré la grosse Presse du mercredi et du samedi il y a 30 ans. C’est la bosse de La Presse.
Avant de la lire, je l’ai regardée. Les photos de Désilets, les caricatures de Girerd, le jeu des huit erreurs que je faisais sur les genoux de mon père, avec chacun un crayon. Avant d’écrire dedans, j’ai écrit dessus. Essayez ça, sur un écran… J’ai adoré ce journal et je l’ai détesté mais je n’imagine pas la vie sans La Presse. Pas seulement le contenu. L’objet. Ce monde qu’on prend dans ses mains. La chose qu’on traîne mais qui ne traîne jamais. Je veux dire qu’un journal n’est jamais une traînerie, même affalé sur un dossier de sofa. C’est toujours une invitation à la connaissance. Même une vieille Gazette de la semaine dernière, quand c’est tout ce qui reste à lire sur le comptoir du restaurant Fung Shing. Elle a encore quelque chose à donner, c’est sûr, j’irai voir...
J’ai de bons amis, mais comme compagnon de repas, je choisis souvent le journal. Un compagnon pliable qui ne se formalise pas d’un peu de soupe sur le revers de sa deuxième colonne. On discute à notre rythme, on s’étonne, on se raconte la vie dans un chaos plus ou moins organisé, on s’engueule, on ne s’en tient pas trop rigueur, on se laisse un petit peu transformé.
Je sais bien que le journal isme survivra, encore que dans des formes di f ficiles à prévoir, dans des cadres qui vont éclater encore souvent, et avec des moyens imprévisibles. Je sais aussi que beaucoup de nouvelles possibilités s’offrent déjà.
Je sais que demain on aura un ordinateur pliable, ou quelque chose du genre, avec des perspectives fabuleuses…
Je sais que le papier n’est pas mort, pas encore. Je sais que les gens boivent toujours du lait.
C’est juste qu’il me semble depuis longtemps qu’un rond de café sur une page de journal est un indice assez sûr de civilisation.


Inquiet -  Pierre  Foglia
Je viens de la typographie, on le sait. En ce temps-là – il y a quelque 50 ans – tout ce qui s’imprimait, journaux, livres, affiches, cartes de visite, registres de banque, était composé à la main ou mécaniquement, mais composé de caractères qui avaient une existence réelle en trois dimensions. Le E, le A, la virgule, même l’espace entre les mots, avaient un corps, un relief, un poids, une odeur (de plomb), même une chaleur quand ils venaient de tomber des moules des linos ou des monotypes.
Il s’est passé cinq siècles entre Gutenberg et l’apparition de la photocomposition, qui devait apporter plus de changement en quinze ans que ces cinq siècles.
J’ai acheté mon premier ordi dans les petites annonces de La Presse, un PowerBook 100 presque neuf. On ne parlait pas encore du web, qui n’existait pas. On parlait, grosso modo, d’une formidable machine à écrire avec une mémoire. J’ai passé des journées hallucinées à en explorer les incroyables options techniques. Comme typographe, j’étais sidéré. J’appelais ma fiancée toutes les cinq minutes : viens voir ! D’un clic, je grossissais le corps du texte, le rapetissais, faisais apparaître des soulignés, des italiques, des gras, des lettrines pour enjoliver. Je m’amusais même à faire surgir des tildes espagnols. Ben quoi? disait-elle.
Laisse-moi te raconter : la dernière très grande imprimerie où j’ai travaillé, un immeuble de la rue Saint-Benoît à Paris (il y a un hôtel à cet endroit aujourd’hui), comprenait trois étages, des milliers de casses pleines de caractères en plomb, une vingtaine de linotypes, plus de 80 typographes s’activaient jour et nuit dans cette imprimerie... Eh bien, dans ce petit ordi de seconde main que je viens d’acheter, dans cette plate galette de bakélite de onze pouces sur huit et demi de large, dans cette boîte à peine plus grande qu’un livre, entre, ENTRE! toute l’imprimerie de la rue SaintBenoît, ses trois étages, ses 80 typographes, ses milliards de caractères.
Je suis devenu journaliste pour cela, parce que l’imprimerie où je travaillais, en entrant tout entière dans mon petit ordinateur, avait fait disparaître jusqu’à son souvenir, mon métier, la typographie.
Dois-je comprendre de la crise qui frappe les grands quotidiens, ici comme en Europe, comme aux États-Unis, dois-je comprendre que c’est maintenant la salle de rédaction et le journal tout entier qu’on essaie de faire entrer dans mon ordi ?
L’autre jour, un lecteur, amateur de vélo, me prenait à partie parce qu’il ne trouvait pas dans la page des résultats sportifs de mon journal, le classement d’une étape du Tour d’Italie. Je me suis surpris à lui répondre: fais donc commemoi, va sur le Net; les résultats tombent en temps réel, tu peux même voir les coureurs quand ils franchissent la ligne. Cela m’a fait réaliser que je ne lis plus, depuis belle lurette, les résultats sportifs dans mon journal. C’était pourtant la première page à laquelle j’allais jadis, mon premier souci: qui a gagné, qui a perdu, est-ce que le Canadien joue ce soir et contre qui. J’imagine que d’autres font la même chose pour les cotes de la Bourse.
Inquiet ? Vous voulez dire inquiet de ce que La Presse pourrait disparaître? Je n’y crois pas. Mais d’un autre côté, quand je travaillais dans cette imprimerie de trois étages de la rue SaintBenoît, si quelqu’un m’avait dit qu’elle tiendrait un jour tout entière dans une petite boîte de bakélite, j’aurais crié au fou.
Inquiet ? On sera fixé dans quelques mois. En attendant, mettons les choses au mieux. Ce n’est pas forcément rêver d’envisager le mieux: on a vu survenir récemment, à La Presse, des ententes majeures que je n’imaginais pas possibles au départ. Mettons donc les choses au mieux.
Il me restera toujours une inquiétude, philosophique cellelà, qui ne porte pas sur l’avenir des journaux, ni sur l’avenir de l’information; elle porte, cette inquiétude, je sens que vous allez me trouver futile, sur l’avenir non pas du texte, mais de la lecture.
Qui va savoir encore lire dans 50 ans?
Je le sens à travers cette chronique depuis quelques années déjà : vous ne lisez plus qu’utile. Quand je vous donne à penser – n’exagérons rien : quand j’avance une opinion, quand je commente l’actualité, bref quand j’écris utile de votre point de vue –, vous êtes là, nombreux à réagir. Mais que je vous donne seulement à lire, et vous voilà aussitôt circonspects. Que je vous donne un texte et vous êtes là à le retourner comme un objet tombé de la lune...
Le web est en train d’emporter ce qu’il vous restait de capacité à lire, pas seulement en profondeur mais pire, en limitant votre rapport au langage dans ce qu’il a de « pratique » pour communiquer.
Bouclons la boucle. J’avais 14 ans et demi, pensionnaire dans ce centre d’apprentissage où j’apprenais la typographie. La nuit parfois, j’allais lire dans les toilettes ; un pion me débusquait, confisquait mon livre ; j’avais rendez-vous le lendemain chez le proviseur qui lisait le titre en détachant exagérément les mots : Voyage au bout de la nuit, LouisFerdinand Céline. Vous êtes fier de vous ?
Je l’étais. Mon « premier » texte. Depuis que je savais lire, je n’avais cessé de lire des histoires et encore des histoires avec cette hâte de tourner la page pour arriver au chapitre suivant. Avec ce livre-là, ma lecture ne me portait plus en avant : je prenais plaisir au texte beaucoup plus qu’à l’histoire qu’il racontait, je venais de découvrir que le langage ne servait pas qu’à dire, mais à jouir aussi, je venais de découvrir que le texte est d’abord textures.
Inquiet? Oui, mais pas de la disparition des journaux, ni du livre ni du papier. Pas inquiet une seconde de la disparition du texte, même si je reste surpris de l’énigmatique survivance de l’écrit jusqu’ici.
Inquiet, oui. Qu’il n’y ait plus personne pour lire les textes quel que soit leur support, papier ou web. (1) à lire absolument si ce n’est déjà fait : un article de la revue américaine
numéro juillet-août 2008, par Nicholas Carr.