Et si l'on parlait tout simplement du changement ?...

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS



Ne t’attaque pas au Système, démode-le !

Dave Meslin: The antidote to apathy

Face au vide de la pensée politique, les philosophes entrent en scène


Ticket modérateur:sommes-nous des «pissous»?

Réveillez-vous, les jeunes!


Et peut-on toujours rêver de renouveler le Canada ?...

Quand certaines mentalités ont la vie dure...
The Liberals are like Miss Havisham

L'empathie pour survivre à notre siècle


Des sujets sensibles abordés à la conférence libérale


L'exemple américain - Mario Roy
Yes, he can. Et nous? - Vincent Marissal

La flamme s’est éteinte - SYLVIE BOVET

Notre Sainte Trinité
Le changement - Pierre Foglia



Et si le Québec aspire à une nouvelle petite Révolution, pourquoi donc ne pas commencer par faire celle ne son propre financement, et donc de ce bon vieux "modèle Québécois" de société ?...
Quebec’s pay-everyone social programs are draining its purse - Jeffrey Simpson
Des progrès fulgurants- Pierre Fortin
Repenser notre futur
La vérité fait mal - Yvan Loubier
Une manif pour les riches! - Marcel Boyer
Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J. GOUIN
Les privilégiés
La Révolution tranquillisante -
Gilles Paquet

Finances publiques - Rien ne se perd, rien ne se crée - Jacques Ménard
Athènes, P.Q.? Non, merci - Rudy LeCours

LE QUÉBEC SE CHERCHE - MARCEL CÔTÉ
Trois priorités pour «sortir le Québec du trou»
Universities' plight shows Quebec model's failings has failed our universities
S’ATTAQUER AUX ABUS
Bachand osera-t-il? - Alain Dubuc
La bêtise a un prix - Alain Dubuc
La solution du 30% - Alain Dubuc
Les 12 travaux d'Hercule Québec
Rater la crise - Philippe Faucher
Des pistes pour mieux dépenser et mieux taxer
Finances publiques: privilégier taxes et tarifs avant l'impôt
Déficit d’audace -  YVAN LOUBIER 
Gérald Tremblay propose d'augmenter la taxe sur l'essence
«À soir, on fait peur au monde» - Alain Dubuc
Finances publiques du Québec: des remèdes au goût amer
La catastrophe - André Pratte
Année décisive pour les finances publiques
La dette, un faux épouvantail? - Claude Picher
Les oreilles bouchées - André Pratte
Le Québec au bout du rouleau - Alain Dubuc
La bataille des cinq «piasses» - Alain Dubuc
Les choses qu'on n'ose pas dire - Alain Dubuc
La machine à piastres  -  CLAUDE PICHER
Ce que le peuple veut…  -  ALAIN DUBUC
La nation inconsciente  -  ANDRÉ PRATTE
Patrimoine, quand tu nous tiens  -  ALAIN DUBUC
LES SERVICES ONT UN PRIX  -  YVAN LOUBIER
Une énergie presque donnée  -  Pierre-Olivier Pineau
Le fléau des vaches sacrées  -  ALAIN DUBUC

La révolution tarifaire  -  ANDRÉ PRATTE

Un cran d'arrêt - Yves-Thomas Dorval
Hydro demande une hausse de tarifs

Électricité: verser les profits directement aux Québécois
Voir aussi La marge de manoeuvre de Jean Charest  -  Alain Dubuc
de même que Et en fait, le PQ ne serait-il pas devenu plutôt le parti par excellence de l'obstrusion au changement ?...
Et surtout...
En fait, serions-nous en voie de carrément perdre le contrôle de nos finances publiques ?...

Et si les États se devaient en effet de commencer peut-être par faire le ménage dans leurs propres dépenses avant que de demander encore un effort supplémentaire à leurs contribuables ?...
Un pacte 50-50 pour équilibrer le budget
Pour un budget intelligent - Ariane Krol

Équilibre budgétaire: oeil pour oeil, dent pour dent

Oui à une taxe, mais... - Nathalie Collard
Budget should target 'fat-cat Ottawa,' poll suggests

Et pendant qu'on y est, pourquoi ne pas s'occuper aussi de notre productivité, pour faire changement ?...
Rater la crise - Philippe Faucher

Une commission MacDonald? - Alain Dubuc
C'est le temps de reparler de productivité - Alain Dubuc

Et si l'on amorçait aussi une réfléxion digne de ce nom en ce qui concerne notre énergie ?...
Un réseau national d’électricité s’impose -  Pierre-Olivier Pineau


Et par ailleurs, qu'en est-il de notre système de transport ?...
S’inspirer de Londres -  Adrien Pouliot


... ou de notre agriculture ?...
Modèle agricole québécois: le début de la fin


Et qu'en pensent d'ailleurs les citoyens ?...
Les frais de garde avant les droits universitaires

Finances publiques: les Québécois échouent à l'examen
La Suisse m’a ouvert les yeux  -  Julie Royer
J’ai peur pour mon avenir   -  Alexis Gagné Lebrun

L’État, mère nourricière  -  Serge Choquette
Pour un nouveau contrat social


Et pourtant, les vieux réflexes ne se font-ils pas d'une façon toujours aussi automatique ?...
La CSQ réclame une hausse des impôts

Place à la concurrence -  MARCEL BOYER
Éloge de la concurrence  -  YVES BOISVERT
Sous-traiter ou ne pas sous-traiter ?  -  André Noël

Pourquoi vouloir tout privatiser ?  -  Valérie Teasdale
«On a sous-traité Montréal», déplore Harel

La culture du PPCD  -  ALAIN DUBUC


En fait, est-il toujours possible de changer quoique ce soit au Québec ?...
Avancer en arrière - Vincent Marissal


D'autres idées qui feraient changement...
Pour qui une taxe sur les boissons gazeuses?


Le mode proportionnel est le meilleur ennemi de la corruption, dit Khadir


La nonne activiste célèbre dix ans d'actionnariat engagé


Une ville verte, qu’elle le veuille ou non  -  MARIE-CLAUDE LORTIE
Le luxe du temps  -  VINCENT MARISSAL
PAUVRE MONTRÉAL!  -  JACQUES MÉNARD
 

La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ PRATTE
Les sacrifices  -  ANDRÉ PRATTE
LE DÉCLIN TRANQUILLE -  FRANÇOIS LEGAULT
M. Legault a raison

Le testament de M. Legault -  André Pratte
En route vers un « déclin tranquille »   François Legault se dit inquiet pour l’avenir du Québec
La grenouille dans l’eau chaude ANDRÉ PRATTE
Anatomie d’une catastrophe  ALAIN DUBUC
Le PQ presse le gouvernement de s’attaquer aux « vaches sacrées »

Avez-vous honte parfois? -  Lise Payette

Et si ce n'était qu'ensemble qu'on pouvait vraiment changer les choses ?...
Environnement - Pour une gestion concertée


Et si les choses ne pouvaient d'abord se changer qu'au niveau local ?...
Environnement - Pour une gestion concertée


La résurgence du politique -  LOUIS BERNARD

L’art de noyer le poisson - LYSIANE GAGNON


L’hibernation nationale  -  STÉPHANE LAPORTE

Foule sentimentale   NATHALIE COLLARD

« Réveillez-vous! » YVES BOISVERT
Dans un état de colère permanent - Si je sortais dans la rue pour manifester contre tous les sujets qui me révoltent… je vivrais dans la rue!

Le Honduras déchiré  MARIO ROY



Rêver? Oui, mais…  -  Michèle Ouimet
Voir aussi À quoi rêve Montréal?  -  Rima Elkouri



LE DEVOIR
Lettres - Vienne ce monde nouveau

Le mirage du cyberengagement

THE GAZETTE
More money for 'Good Causes'

GLOBE AND MAIL



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L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE




Thrive (2011) The world is waking up


Indigné ! et après ?

Échec et Mat


A rail journey fit for a king: Paris commuter train has carriages transformed to resemble rooms from the Palace of Versailles





La Révolution tranquillisante -
Gilles Paquet
Les dérapages sont venus d’un étatisme excessif, le déblocage devra venir d’une nouvelle gouvernance
L’auteur est professeur émérite à l’École de gestion Telfer et chercheur au Centre d’études en gouvernance à l’Université d’Ottawa. Le citoyen a oublié le sens de ses obligations en tant que producteur de gouvernance.
Pourquoi les changements en éducation, santé et culture après 1960 ? Pourquoi les dérapages par la suite? Quels défis sont à relever dans ces chantiers 50 ans après? Les réponses à ces trois questions sont claires mais mal comprises : le changement a été déclenché par la vague démographique ; les dérapages sont venus d’un étatisme excessif; et le déblocage ne peut venir que d’une nouvelle gouvernance.
Entre 1951 et 1966, il va naître deux millions de Québécois : en 1966, grosso modo, un Québécois sur trois aura moins de 15 ans. Déjà sous le régime Duplessis, cette vague démographique commande qu’on construise tout un réseau d’écoles et d’institutions sanitai res. Suivront en cascade les cégeps, pour prendre le relais des polyvalentes en 1967, et l’Université du Québec, créée en décembre 1968, pour prendre le relais des cégeps.
L’appareil d’État va superviser le chantier pour faire face au problème quantitatif de la horde démographique, mais tous les intervenants ( professeurs, parents, étudiants) vont se considérer mal servis par le monopole public (taux de décrochage catastrophique, etc.). Cette faillite qualitative, Jean-Paul Desbiens (le Frère Untel) l’attribuera à la Sainte-Alliance entre les politiciens, les syndicats d’enseignants et les bureaucrates en faveur du maintien et de l’extension du monopole public.
Voilà un problème de gouvernance non résolu qui ne pourra potentiellement pas être résolu tant qu’on n’aura pas accepté de remettre en question le monopole public tel qu’il est.
En santé, la vague démographique, les expériences dans d’autres provinces au Canada (comme la Saskatchewan), et les initiatives du gouvernement fédéral vont tout déclencher. La Saskatchewan a l’assurance-hospitalisation en 1947 et l’assurance maladie en 1962. Ces initiatives menacent de rendre difficile la mobilité géographique dans le pays. Le gouvernement fédéral se sent donc forcé de s’engager en assurant tous les services médicaux en 1968.
Le Québec va s’opposer à ces programmes fédéraux, tous partis confondus. Duplessis, Lesage, Johnson di ront qu’ i ls violent les priorités québécoises. C’est donc à reculons, avec retard et dans le désordre, que le Québec va s’ajuster. L’État payeur va instituer ici encore un monopole publ ic sur la prestation des soins de base: va émerger autour de lui un oligopole d’intérêts tout aussi militants que ce qu’on a vu dans le monde de l’éducation, avec les mêmes tactiques (y compris la grève) pour arriver à leurs fins.
Les problèmes de gouvernance demeurent dans ce secteur aussi non résolus: mauvais usage des ressources et coûts incontrôlés qui croissent plus vite que le PIB.
Culture n’est pas synonyme d’arts et lettres. Cela connote les traits distinctifs d’une société – mode de vie, croyances, principes, mentalités, etc. – qui se constituent en manière d’être, de penser, d’interpréter, d’agir et de communiquer.
L’État est entré avec effraction dans la société québécoise et l’intelligentsia va rationaliser ces intrusions. Cela a entamé la culture publique commune des Québécois.
Partout, on a vu monter une dépendance de plus en plus grande par rapport à l’État et se mettre en place une culture de bénéficiaire qui n’existait pas à la fin des années 50: le citoyen a oublié le sens de ses obligations en tant que producteur de gouvernance. Il n’a que des créances. Cette dérive a été dénoncée. Les Bougon n’ont pas choqué… on en a ri. L’âge des ténèbres était trop cinglant… on a ri jaune. Comment s’en sortir? La Révolution tranquille a essentiellement été tranquillisante et déresponsabilisante. On commence à s’inquiéter, c’est bon signe. Mais l’inquiétude ne suffira pas. Une nouvelle révolution culturelle est nécessaire, disent certains. Et ils ont raison!


Fini l’ère de « l’acquis » - LOUIS J. GOUIN

L’auteur est avocat.
J’ai toujours cru que le principe consommateur-payeur devait primer, car il permet l’exercice du choix: ne pas consommer (ou utiliser), et donc ne pas payer. Sous réserve, bien entendu, de la non-taxation de produits de base, ou de la mise en place d’un système adéquat pour aider les personnes n’ayant pas des revenus suffisants.
Il n’y a aucun doute que nous n’avons pas les moyens qui justifient la panoplie des services «vaches sacrées» offerts au Québec. L’état de nos finances publiques est plus qu’éloquent à cet égard, et il nous faut sabrer dans les services, ou imposer davantage si l’on veut maintenir leur étendue actuelle.
Nos impôts devraient financer des régimes universels de base, tout comme les régimes d’assurance privée. Une fois la limite atteinte, le régime n’assume plus, du moins, sans acquitter un coût additionnel, sauf pour certains cas précis.
L’ère de « l’acquis » est terminée, qu’on le veuille ou non. Lorsqu’on dispose d’un budget de 5000$ pour faire des rénovations chez soi, on n’engage pas des dépenses de 10 000$. Il nous faut être aussi responsables face aux services « universels » requis de l’État québécois.
Et si cela était fait de façon positive ? Ainsi, je me mets au défi que, malgré l’augmentation « éventuelle » des coûts d’électricité, ma facture mensuelle ne sera pas plus élevée, car je fermerai les lumières.
Malgré l’augmentation de la taxe sur l’essence, ma facture ne sera pas plus élevée, car j’utiliserai les transports en commun.
Malgré l’imposition d’un ticket modérateur en santé après quelques visites, ma facture ne sera pas plus élevée, car je serai plus judicieux dans ma demande de servicesmédicaux.
Je préfère de beaucoup pouvoir ainsi exercer un choix afin de m’éviter des coûts additionnels.
Mais je suis d’accord pour la mise en place d’une protection adéquate pour les personnes ayant des revenus insuffisants, tout comme je le serai pour les étudiants qui n’auront pas les ressources nécessaires pour faire face à une augmentation « éventuelle » des frais de scolarité.
Et je suis doublement d’accord pour que nos politiciens fassent réellement en sorte que les services universels soient administrés efficacement, ce dont je ne suis pas convaincu pour l’instant.
Il est possible que certains consomment déjà judicieusement l’énergie électrique ou ne bénéficient pas d’un système de transports en commun, ou ont une santé incertaine. Alors, je souhaite qu’ils suggèrent positivement des pistes de solutions, car notre problème est réel.
Il ne suffit pas de critiquer. Encore faut-il proposer des solutions, de façon réaliste et en toute équité, afin que tous paient leur juste part suivant leurs ressources respectives.


La flamme s’est éteinte - SYLVIE BOVET
Les 25-35 ans n’ont pas le goût du risque qui animait la génération précédente qui a formé le Québec inc.
On veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un gros salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement prêts à faire les sacrifices que cela implique.
En tant que relève principale de la quatrième génération d’une entreprise québécoise, il m’arrive souvent de réfléchir sur les enjeux de ma génération au travail. Non seulement je réalise le besoin d’en discuter, mais je suis aussi aujourd’hui dans une position pour agir et faire avancermes idées. Plus que jamais, c’est maintenant à mon tour et à celui de mes collègues et amis qui forment ma génération, celle des 25-35 ans, de jouer le «rôle des grands» et de faire avancer le Québec.
À l’image des Invincibles français, les jeunes de 25-30 préfèrent trop souvent s’échouer devant la télé plutôt que d’investir les heures nécessaires à bosser pour réaliser ses projets.
Chaque génération a ses défis. L’un des nôtres est certainement de vivre dans une société où presque tout est possible. Il n’y a plus de barrières pour accéder à une carrière ou pour réaliser un projet auquel nous rêvons. Le problème est qu’il y a tellement d’opportunités alléchantes qu’il devient difficile de faire un choix et de s’y investir complètement. Les passions, projets et idées qui nous animent sont multiples. Mais la vérité est que le passage de la parole à l’acte n’est pas la force qui nous caractérise le plus.
Il va sans dire que ma génération est bien formée et qu’elle cultive ses compétences. Nous avons certes le potentiel de nos ambitions. Cela nous amène à désirer et à croire être capables de régler le sort du monde. Toutefois, le quotidien nous rattrape vite. Et on préfère malheureusement trop souvent s’échouer devant la télé pour regarder l’émission de téléréalité du moment plutôt que d’investir les heures nécessaires à bosser pour réaliser ses projets.
Bref, on veut le gros poste, beaucoup de responsabilités, un gros salaire, mais nous ne sommes pas nécessairement prêts à faire les sacrifices que cela implique. Quand vient le temps de mettre l’épaule à la roue, nous répondons la plupart du temps: absent. C’est comme si le sens du devoir et des responsabilités nous échappait.
Je travaille pour une entreprise familiale québécoise dans le milieu du commerce de détail et je suis à même d’observer le choc des générations. Je remarque que celle à laquelle j’appartiens manque parfois d’énergie ou de volonté pour foncer.
Je crois que nous ne possédons plus la flamme qui animait la génération qui nous précède, c’est-à-dire celle qui a formé le Québec inc. Les entrepreneurs n’hésitaient pas à risquer leur maison et leurs épargnes pour démarrer une entreprise ou pour réaliser leur rêve. Ils osaient et fonçaient au risque de repartir à la case départ sans passer par GO. D’autres ont dû se relever les manches pour poursuivre le commerce d’un parent et ainsi faire vivre leur famille.
Mes deux grands-pères ont vécu cette situation et je ne peux que les admirer. Ils en ont passé des moments pénibles, mais aujourd’hui ils ont le regard fier d’entrepreneurs qui ont pleinement vécu leur vie. Certes, ils sont satisfaits de leur réalisation, mais ils sont encore plus fiers de la grande famille qu’ils ont créée autour d’eux: leurs employés.
La réflexion qu’ils portaient sur l’avenir commençait par « nous » et non par « je ». Travailler pour rendre les gens heureux et procurer une vie confortable pour tous. Vision qui détonne de la nôtre qui tend souvent vers l’atteinte du million ou la maximisation des REER en fin d’année.
Aurions-nous quelque peu perdu cette notion du risque? Il faut retrouver le plaisir de réaliser quelque chose au lieu d’être en quête constante d’argent ou de standing. Accomplir des choses collectivement pourrait triompher d’un individualisme excessif répandu dans la nouvelle génération des gens d’affaires.
C’est certain que les réalités sont différentes aujourd’hui. Le couple est au centre des décisions et des actions. Notre but est de s’offrir le plus de possibilités et de confort possible. Mais pour tout avoir et tout faire, on doit concilier le travail, les activités et les tâches ménagères. C’est fréquent de voir un ou une collègue quitter le bureau tôt pour une situation familiale. C’est tout à fait respectable. Mais cela entraîne dans l’environnement de travail une autre dynamique qui n’est peut-être pas compatible avec nos ambitions professionnelles. Il faut en être conscient.
Ce n’est pas tant le temps investi dans notre carrière ou dans nos projets de société quim’inquiètent – car je crois que nous sommes performants – mais plutôt la passion de ses objectifs et la persévérance de réussir. Il faut aller au bâton pour faire un circuit. Il faut s’animer, oser, trébucher, se relever et persévérer pour vivre pleinement notre vie et la terminer avec une fierté d’accomplissement!



LE QUÉBEC SE CHERCHE -
MARCEL CÔTÉ
Par le dialogue entre les générations, le Focus stratégique veut redonner un nouveau souffle au débat public québécois
L’avenir se bâtit sur ce qui fonctionne et sur les atouts naturels du Québec de demain.
Depuis quelques années, le débat public québécois tourne en rond, faute de projets inspirants. En fait, le syndrome «pas dans ma cour» prédomine. Chacun veut avant tout protéger ses acquis en négligeant le bien commun.
C’est en se comparant, en s’inspirant d’autres gouvernements qu’il est possible d’avancer, plutôt que de tourner... en rond!
Serait-ce un phénomène de génération? Les baby-boomers grisonnent et pensent de plus en plus à leur retraite. À quoi bon lancer un nouveau projet quand on se prépare à décrocher? Dominants dans la classe politique, ils donnent le ton au débat.
Grandissant dans la foulée de la Révolution tranquille, ils ont construit nos universités, francisé notre économie et ouvert le Québec aux influences internationales. Un mythe leur attribue la modernisation de la société québécoise. C’est oublier que les babyboomers ont transformé toutes les sociétés industrialisées. Leur marque au Québec fut d’en faire une nation francophone, laïque et sociale-démocrate, lui donnant une place unique sur l’échiquier nord-américain.
Tout ne fut pas réussi. Les finances publiques en sont sorties malades. Le Québec a peu de marge de manoeuvre fiscale et est le triste champion de l’endettement public en Amérique du Nord (40 000$ par habitant). Nos infrastructures publiques demeurent très stressées, du système de santé aux routes. Indice d’une performance discutable, l’économie québécoise reste sensiblement au même niveau qu’il y a 50 ans, avec un PIB par habitant qui se situe à 81% de la moyenne canadienne.
La génération des baby-boomers a cristallisé le débat public sur la quête identitaire et la question nationale, reléguant au second rang d’autres débats de société tout aussi importants et qui ont prévalu dans tous les grands pays démocratiques. Les tentatives pour renouveler le débat, comme les manifestes des lucides et des solidaires, ont eu peu de succès. On se gardera toutefois de blâmer les partis politiques pour cette situation. Ils sont le reflet de la société.
On déplorera aussi le décrochage des jeunes, qui désabusés, s’éloignent de l’arène publique pour s’investir localement. On peut les comprendre, le débat portant plus sur l’ardoise du passé que sur la construction du futur.
Ce malaise politique n’est pas propre au Québec. La politique canadienne n’est pas dans une phase des plus glorieuses. Aux États-Unis, le système politique bloqué s’enfonce dans un esprit partisan balisé par des extrémismes beaucoup plus prononcés qu’ici. Outre-Atlantique, le rêve d’une Europe unie s’estompe. À quelques nuances près, le portrait global partage avec le Québec une indéniable morosité. Nous devons amorcer une transition et redécouvrir un futur à bâtir.
Le 22 avril, sur une initiative lancée par des collègues de Secor, et encouragée par diverses institutions de notre société civile, plus de 300 personnes de toutes les régions du Québec et de tous les milieux se réuniront à Montréal pour tenter de renouveler la réflexion collective québécoise sur notre avenir. Deux particularités de ce rendez-vous méritent d’être soulignées.
D’unepart, l’échangeentrelesgénérations: près de la moitié des participants seront des hommes et des femmes de moins de 40 ans. Les autres, l’éventail habituel des baby-boomers qui dirigent nos entreprises et nos institutions. Par ce dialogue entre les générations et la structure des discussions, nous souhaitons contribuer à redonner un nouveau souffle au débat public québécois.
D’autre part, c’est en se comparant que l’on peut bien se situer. Une étude dresse un portrait comparatif avec sept autres ensembles: la Suède, la Finlande, la région Rhône-Alpes, le Massachusetts, le Minnesota, l’Ontario et la Colombie-Britannique. Sept régions avec qui le Québec peut valablement se comparer même si elles sont engagées dans des cheminements différents fondés sur leurs propres atouts et enjeux de société.
Trop souvent dominé par la critique, par ce qui ne va pas, le débat public oublie que l’avenir se bâtit aussi sur ce qui fonctionne et sur les atouts naturels. Il faut penser le Québec de demain avec ceux qui le dirigeront, en s’inspirant d’autres gouvernements qui vivent des défis du même ordre. Peut-être pourrons-nous alors amorcer un débat public plus productif, et rêver que nous cesserons de tourner en rond?

S’ATTAQUER AUX ABUS Ryan Hillier (fondateur, Corruption/ZÉRO), Jonathan Plamondon (président, Force Jeunesse), Jean-David Tremblay-Frenette (président) et Paul Saint-Pierre Plamondon (cofondateur, Génération d’idées), Jean-Félix Chénier (président), Robert Demers (secrétaire
Pour éliminer le déficit du Québec, nous devons tous mettre lamain à la pâte
Il faudra surtout retenir la portée des gestes administratifs concrets que le gouvernement fera à court et à moyen terme pour résorber le déficit.
Dans son prochain budget, le gouvernement du Québec expliquera ce qu’il compte faire pour résorber son déficit de 5 milliards de dollars. Un déficit qui s’ajoutera à ceux du passé et qui fait du Québec la plus endettée des provinces canadiennes en proportion de sa richesse collective.
Le premier ministre Jean Charest et son ministre des Finances, Raymond Bachand (en arrièreplan), devront expliquer ce qu’ils comptent faire pour résorber le déficit de 5milliards de dollars.
Lors de la rencontre économique du 21 janvier, tous les appels aux bonnes causes ont été entendus. Ce faisant, l’on a détourné les regards de l’éléphant dans le salon: notre endettement collectif croissant. Si nous ne parvenons pas à réduire ce fardeau, tous les beaux consensus sur les priorités collectives pourraient s’avérer futiles. De plus, avec le vieillissement de la population, il sera impossible de maintenir les services à la population à leur niveau actuel à plus long terme.
Pour ces raisons, nous appelons le gouvernement ainsi que l’ensemble de la classe politique à agir dès maintenant, de manière décisive, pour revenir au déficit zéro d’ici la fin de son mandat, au plus tard en 2013. À partir de là, le Québec pourra recommencer à travailler sur sa dette publique.
Certes, la plupart des Québécois reconnaissent le problème et souhaitent que le gouvernement s’y attaque. Mais dès qu’il s’agit de toucher à ce qui nous affecte personnellement, c’est sauve-qui-peut ! Voilà le fameux syndrome « pas dans ma cour », s’appliquant ici aux finances publiques.
Nous sommes d’avis que le seul moyen de sortir de ce bourbier, c’est d’amener tous les secteurs de la société à mettre la main à la pâte : les structures, les employés et les fournisseurs de l’État; les entreprises, individus et organismes qui bénéficient des programmes économiques et sociaux; les contribuables.
Parmi les auteurs de ce texte comme dans la société, certains préfèrent que le gouvernement résorbe son déficit principalement en réduisant ses dépenses, d’autres surtout en augmentant ses revenus. Mais nous reconnaissons tous qu’il faudra agir sur tous les fronts pour parvenir à cet objectif.
Pour que tous acceptent de mettre la main à la pâte, il faudra mieux réprimer les abus de toutes sortes. Des abus qui ne se chiffrent pas tous en milliards de dollars, mais dont les symboles nous servent de prétexte pour ne pas nous réformer.
Ainsi, comment augmenter les tarifs alors que les rapports du vérificateur général regorgent d’exemples de mauvaise gestion? Comment demander plus de flexibilité aux employés de l’État s’il subsiste de la corruption dans les contrats publics? Comment persuader les travailleurs au noir de déclarer tous leurs revenus quand des employeurs publics gardent des employés peu performants? Comment demander aux contribuables de payer plus de TVQ alors que la population est régulièrement témoin de laxisme dans la gestion de certains programmes? Pour supprimer ces prétextes, il faut s’attaquer à toutes les formes d’abus simultanément et avec une égale vigueur.
La problématique qui relie la dette, le vieillissement de la population et l’équité intergénérationnelle a été documentée depuis déjà 20 ans. Chacun des gouvernements successifs a déclaré son intention de s’y attaquer. Pourtant, selon le vérificateur général, les déficits n’ont cessé de s’accumuler.
En 2001, après cinq années de lutte au déficit, l’Assemblée nationale adoptait, à l’unanimité, la Loi sur l’équilibre budgétaire par lequel le gouvernement s’obligeait à résorber un éventuel déficit par des surplus d’une valeur équivalente, en cinq ans. En 2009, dès la première récession suivant l’adoption de cette loi, le gouvernement l’a suspendue, signalant ainsi que de telles lois ne valent que le temps qu’elles ne sont pas trop contraignantes.
Cette expérience doit nous instruire pour l’avenir: dans les prochaines semaines, ce n’est pas tant les objectifs budgétaires sur papier qu’il faudra retenir, mais bien la portée des gestes administratifs concrets que le gouvernement fera à court et à moyen terme pour les atteindre.

Rater la crise - Philippe Faucher
La productivité de l’économie n’a pas augmenté auQuébec à la faveur de la récession
Les problèmes de dette ne doivent pas nous faire perdre de vue l’importance de nous engager dans le développement durable et l’économie verte.
L’auteur est professeur au département de science politique et chercheur associé au Centre d’études et recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM). L’é conomie c a nadien ne connaîtra une croissance modérée en 2010 (2%) alors que se dissipent les effets de la récession. Le chômage reste élevé à 8,5% (décembre) mais moins qu’aux États-Unis et en Europe (10%). Que nos économies se relèvent aussi rapidement de la pire crise financière du capitalisme est un exploit remarquable à mettre au crédit de l’effort concerté du G20, des organismes internationaux de régulation, un temps décriés, et des politiques nationales de relance.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE Pour les seuls tarifs de l’électricité, les experts affirment que Québec souffre d’un manque à gagner annuel de 2,3 milliards de dollars.
S’i l n’est pas faci le de dépenser des milliards, il est encore plus difficile de payer la facture. Les consultations prébudgétaires nous le rappellent: c’est le temps de rembourser. Les impôts, taxes et tarifs payent pour les services et les transferts. Ils servent à redistribuer de la richesse, à modifier des comportements et à orienter les choix de consommation. Prendre les moyens de combler le déficit représente aussi une chance pour le gouvernement d’orienter nos efforts vers une économie plus performante.
Le capitalisme est caractérisé par des cycles. La théorie affirme qu’au cours d’une crise, les activités les moins rentables disparaissent et qu’une partie des ressources rendues ainsi disponibles est dirigée vers des activités plus performantes. Sur le terrain, le déplacement du capital est une opération pénible marquée par des faillites d’entreprise, des pertes d’emplois, des fermetures d’usine et l’exode des professionnels les plus qualifiés. L’intervention publique vise à mitiger ces maux.
Le soutien aux banques a évité le rappel en cascade des marges et des prêts et a raccourci la période de gel du crédit. Par ailleurs, les investissements massifs des divers programmes de relance ont contribué à soutenir la production et l’emploi. Les investissements publics ont maintenu en activité des entreprises moins performantes, alors que d’autres, plus rentables, ont disparu, victimes de mauvais payeurs. Au total , conséquence non voulue et inévitable de l’intervention publique, la restructuration n’a pas eu lieu et la productivité de l’économie n’a pas augmenté à la faveur de la récession.
Le Québec y est allé de son effort de relance. Pour les finances de la province, la crise a le mérite douteux de nous faire sortir de la fiction du déficit zéro, pour afficher un trou récurrent de plus de 4 milliards pour les prochaines années. Parce que tous les gouvernements sont très endettés, la demande de crédit crée une pression sur les taux d’intérêt. Si le prix de la dette augmente, c’est autant de moins pour les services. On le sent venir, il faut trouver de l’argent en augmentant les revenus puisque les coupes ont atteint leur limite. Comme le rappelait Coluche – citant Raymond Barre: « Le bout du tunnel est pour l’an prochain. »
Les problèmes comptables ne doivent pas nous faire perdre de vue l’importance de nous engager dans le développement durable et l’économie verte. Pour les seuls tarifs de l’électricité, les experts affirment que le gouvernement du Québec souffre d’un manque à gagner annuel de 2,3 milliards de dollars. C’est la valeur de la différence entre les tarifs résidentiels et commerciaux du Québec par rapport à la moyenne canadienne – eux-mêmes parmi les plus bas au monde (rapport Montmarquette 2008).
En haussant les tarifs, le gouvernement du Québec recevrait une rente qui pourrait contribuer à résorber le déficit. L’autre effet est le changement des habitudes de consommation, suscitépar cetteaugmentation. Des tarifs plus élevés vont faire diminuer le gaspillage et donc baisser la consommation. Le surplus ainsi libéré pourrait être exporté ou contribuer à retarder la construction et la mise en service de nouvelles installations.
Cette hausse des tarifs, à laquelle devrait s’ajouter une taxe sur les émissions de carbone, aurait un effet structurant bénéfique. Si les énergies traditionnelles sont plus chères, les énergies alternatives deviennent plus concurrentielles, l’éolien, le solaire, la géothermie sont abordables ; ce qui crée en amont une demande pour la production des équipements qui servent à la production de ces énergies nouvelles.
Las des tergiversations et des complaisances, il est temps que le gouvernement prenne les décisions indispensables à la croissance de l’économie, au risque de rater encore l’occasion offerte par la crise.


Ce que le peuple veut…  -  ALAIN DUBUC
La semaine dernière, dans la tourmente du débat sur les hausses de tarifs, un sondage absolument délectable, publié dans le Journal de Montréal, nous montrait, chiffres à l’appui, pourquoi il est devenu si difficile de gouverner.
Ce sondage Léger Marketing révélait qu’à l’évocation de hausses de tarifs, 65 % des répondants se disaient en colère, et qu’à peine 29 % des répondants disaient comprendre, même si cela les dérangeait. Dans la même foulée, ces mêmes citoyens estimaient, par une majorité écrasante de 64 %, que le retour du déficit est attribuable à la mauvaise gestion gouvernementale, plutôt qu’à la crise économique.
Cette colère et ce cynisme face à nos dirigeants montrent quelle pente le gouvernement Charest aura à gravir pour faire accepter des décisions impopulaires. On peut aller plus loin. Si on se fie aux réponses aux autres questions de cette enquête, si Québec choisit d’écouter les citoyens et de se plier à leurs volontés, il sera tout simplement incapable de résoudre la crise des finances publiques. Et nous foncerons dans un mur.
Que disent les citoyens? Le déficit les inquiète, dans une proportion de 70%, ce qui est un bon signe. Mais pour résorber ce déficit, seulement 39% acceptent de payer davantage tandis que 47% d’entre eux préfèrent une diminution de services. Voilà un revirement qui pourrait, en principe, être un choix de société.
Mais quand on pousse le questionnement, il est moins clair de savoir quels services les gens seraient prêts à sacrifier. Soixante-six pour cent des répondants croient en effet qu’il ne faut pas geler les dépenses de santé. Il n’y avait pas de questions sur l’éducation, mais on peut supposer que la réponse aurait été similaire. Cinquante pour cent des répondants appuient des hausses de salaire pour les employés de l’État. Or, on sait que l’éducation, la santé et l’incontournable service de la dette comptent pour 75% des dépenses de l’État, tandis que la masse salariale compte pour 60%. Où réduire alors?
À quelques exceptions près, le premier réflexe des citoyens ne laisse pas non plus de marge du côté des revenus. Certaines hausses de tarifs suscitent de vives réactions. Les citoyens s’opposent massivement, à 76%, à une hausse des tarifs d’électricité, à celle des primes de l’assurance médicaments, à 73%, des permis de conduire, à 75%, et des taxes sur l’essence, à 83%.
Curieusement, les Québécois sont moins catégoriques pour certains tarifs que l’on croyait sacrés. Cinquante pour cent accepteraient une hausse des frais de scolarité, 57% celle des garderies, 77% celle des permis de chasse. Pourquoi? Parce que tout le monde paie l’électricité, mais que ce n’est pas tout le monde qui a un enfant à la garderie ou à l’université.
Résumons. On est contre le déficit. Contre les impôts. Pour les coupes, mais presque nulle part. Et pour une hausse des tarifs qui ne nous affectent pas. Je ne dis pas ça pour me moquer. Mais pour souligner les limites des réactions au premier degré. Un sondage demande aux gens ce qu’ils aiment ou ce qu’ils n’aiment pas, ce qui les amène à décrire leurs préférences en fonction de leurs intérêts immédiats.
Cela nous montre les limites des consultations dans des choix comme ceux qui attendent le gouvernement libéral. Les consultations permettent d’écouter, elles permettent aussi au gouvernement d’expliquer et de mettre cartes sur table. Mais les contradictions de ce sondage montrent qu’il y a une énorme différence entre les voeux communs et le bien commun.
La remise sur les rails des finances publiques ne pourra pas être un exercice de démocratie directe, ou encore une démarche citoyenne. Cela nous rappelle que diriger, c’est d’abord et avant tout faire des choix et décider, même si cela est impopulaire


La nation inconsciente  -  ANDRÉ PRATTE
L'hypothèse d'une hausse des tarifs de certains services publics, lancée par le gouvernement Charest, suscite un vif débat. La population, elle, est furieuse.
Un sondage Léger Marketing réalisé pour le Journal de Montréal est particulièrement révélateur. Une très forte majorité de Québécois s'oppose à toute hausse des principaux tarifs gouvernementaux. Les répondants tiennent néanmoins à ce que l'État assume la croissance rapide des coûts du système de santé et se disent très inquiets de voir le gouvernement du Québec en situation déficitaire.
Ces réponses sont typiques du pays des merveilles dans lequel vivent les Québécois depuis des années. Dans ce monde fantastique, il est possible d'obtenir du gouvernement les services sociaux les plus coûteux d'Amérique du Nord tout en refusant obstinément de payer les coûts de ces services. À l'Assemblée nationale cette semaine, les protestations de Pauline Marois sur les éventuelles hausses de tarifs ont été suivies par les appels indignés du député péquiste Bernard Drainville pour que Québec améliore la qualité des installations du CHUM... Avec quel argent, M. Drainville, si votre chef refuse toute augmentation d'impôts, de taxes et de tarifs?
Si les Québécois peuvent vivre dans un monde aussi paradoxal, c'est qu'ils s'accrochent à quelques mythes. Par exemple, le mythe selon lequel si on augmentait quelques tarifs ciblés ici et là, cela suffirait à payer les dépenses supplémentaires exigées par la santé, l'éducation, l'assurance médicament, les garderies, etc. Or, les sommes nécessaires atteignent au moins 2 ou 3 milliards de dollars par an.
Une augmentation de 1¢ par kWh de l'électricité dite «patrimoniale» produirait 1,4 milliard de revenus supplémentaires. Pour arriver au même montant, il faudrait multiplier par 50 le prix des permis de chasse (2750$ par saison plutôt que 55$ pour chasser l'orignal...). Ou encore porter à 28$ (au lieu de 7$) le tarif quotidien des garderies. Une augmentation de 1¢ le kWh de l'électricité patrimoniale hausserait de 194$ la facture annuelle du consommateur moyen, tandis que la hausse à 28$ du tarif des CPE augmenterait de 105$ PAR SEMAINE la facture des parents concernés.
Un autre mythe veut qu'il suffise de «faire le ménage» au gouvernement. Le gouvernement du Québec n'est sans doute pas la machine la plus efficace qui soit. Cependant, il ne faut pas non plus se faire d'illusions. Petit dégraissage par ci, petit nettoyage par là, on arrive vite au point où les compressions touchent le coeur des services dont les citoyens ne veulent absolument pas se priver.
Il y a aussi le mythe du butin. Le butin, c'est l'argent que «nous doit» le gouvernement fédéral, les milliards qui «dorment à Ottawa» (dixit Mme Marois). Comme les gouvernements des autres provinces, celui du Québec a toutes sortes de désaccords de nature fiscale avec Ottawa. Certaines de ses revendications sont clairement fondées - par exemple, la compensation de 2,6 milliards pour l'harmonisation des taxes de vente - d'autres sont beaucoup plus douteuses, notamment celles relatives à la péréquation. Surtout, dans beaucoup de cas, il s'agit de montants ponctuels. Même si le fédéral se rendait aux demandes de Québec, le manque à gagner structurel ne serait pas réglé.
Par ailleurs, contrairement à ce que soutiennent les souverainistes, ce n'est pas «notre argent» qu'Ottawa refuse de nous verser, mais celui des autres contribuables canadiens. Car, malgré ce que croient encore une majorité de Québécois, le gouvernement du Canada dépense plus au Québec que ce que nous lui envoyons en impôts et taxes, 4,7 milliards de plus par an pour être exact.
Enfin, on ne peut plus parler d'un déséquilibre fiscal lorsque le gouvernement fédéral est en déficit de 50 milliards...
Les Québécois sont fiers de former une nation. Or, une nation forte doit faire preuve de responsabilité et de lucidité au lieu de blâmer les autres et rêver à des solutions magiques. C'est cette maturité qui fait défaut aux Québécois quand il s'agit du financement des services publics.
On peut certes débattre des meilleurs moyens d'augmenter les revenus de l'État. Toutefois, une chose est sûre, si l'on veut bénéficier à la fois d'un régime de santé public, d'un système d'éducation de qualité, de garderies subventionnées, d'une assurance médicaments et de congés parentaux généreux comme nulle part ailleurs sur le continent, il va falloir accepter de payer davantage.
 


Patrimoine, quand tu nous tiens  -  ALAIN DUBUC
Le débat politique sur une hausse des tarifs s’est déplacé. Le premier ministre Jean Charest a-t-il l’intention, oui ou non, de toucher au tarif du bloc d’électricité dit patrimonial ? C’est ce qu’a demandé, le trémolo dans la voix, la chef de l’opposition, Pauline Marois.
En posant le débat dans ces termes, on quitte le domaine de l’économie et de l’énergie pour entrer dans celui du religieux. Le mot « patrimoine » a une lourde charge symbolique : il décrit ce qui doit être préservé, ce qui doit être protégé à tout prix. Cela nous ramène au sacré, comme le Québec sait si bien le faire.
Mais dans le débat sur l’énergie, le concept de patrimoine a une signification légale qui n’a rien à voir avec notre culture, notre identité ou notre héritage architectural.
Ce concept a été développé au tournant du millénaire pour permettre à Hydro-Québec de profiter de la libéralisation des marchés de l’électricité dans le nord-est du continent américain. Pour avoir accès à ces marchés, le Québec devait offrir la réciprocité, et ouvrir le sien.
Le Québec a néanmoins mis sur pied une structure pour protéger son marché, en divisant Hydro-Québec en quatre entités étanches (équipement, production, distribution et transport), et en définissant ce bloc patrimonial de 165 térawattheures, qui couvrait alors les besoins du Québec, dont le prix serait fixe à 1,79 cent le kilowattheure. Ce bloc échappait à la concurrence et aux lois du marché, qui s’appliquent à l’énergie produite au-delà de ce seuil. Par exemple, quand Hydro demande des hausses de tarifs, elle le fait pour les frais de transport et de distribution, ou pour le coût de l’électricité au-delà de ce bloc.
Derrière la mécanique, il y avait une philosophie. Ces tarifs fixes donnent un avantage aux consommateurs québécois, et leur permettent ainsi de profiter, eux aussi, de ce bien collectif. C’est l’argument que reprend Mme Marois.
Cette approche comporte deu x failles. D’abord, la meilleure façon de faire profiter les citoyens d’un bien collectif, c’est d’en retirer des bénéfices qui sont, eux aussi, collectifs : financer des infrastructures, réduire la dette, créer des fonds de développement. Subventionner la consommation, com me nous le fa ison s , procure une gratification immédiate dont il ne reste plus rien ensuite. C’est une forme de gaspillage, prisée par des gouvernements populistes. Hugo Chavez le fait avec son pétrole au Venezuela. Pas l’Alberta, ni la Norvège.
En outre, des prix trop bas pour l’électricité amènent des effets pervers. Un risque de surconsommation, la difficulté d’implanter des mesures d’économie ou de développer des sources d’énergie alternatives. Cela limite la principale contribution du Québec dans la lutte contre les changements climatiques, déployer son énergie propre pour remplacer l’électricité de source thermique, comme le charbon. Au plan environnemental, c’est un véritable scandale.
Ce raisonnement ne permet pas de justifier des hausses sauvages. Il faut maintenir l’avantage québécois. Il faut se souvenir qu’on a poussé les Québécois au chauffage électrique, dont ils sont maintenant prisonniers, et qu’on ne peut donc pas brutalement changer les règles du jeu. Il faut aussi protéger les gens à plus faibles revenus, un souci reflété dans tous les scénarios de hausses de tarifs.
Mais on peut aussi dédramatiser le débat. En rappelant qu’une hausse des tarifs ne signifie pas nécessairement une hausse de la facture, parce que les citoyens peuvent économiser l’énergie et réduire leur consommation. Et en soulignant qu’il y a une disproportion entre l’intensité du débat et sa portée réelle. Une hausse de 1 % des tarifs représente, en gros, pour un consommateur moyen, une hausse de la facture mensuelle de 1 $. On devrait donc respirer par le nez.



LES SERVICES ONT UN PRIX  -  YVAN LOUBIER
Tout doit être mis sur la table, même les tarifs d’électricité
Le débat qui s’amorce au Québec sur l’état des finances publiques, la nécessité d’un redressement et les moyens que nous devons mettre de l’avant pour y parvenir doit se faire, et rapidement.
Si le dernier budget a agi comme révélateur de l’état réel des finances publiques, la récession a fini de nous convaincre que le statu quo n’est pas viable. Même si nous avons été moins frappés qu’ailleurs dans le monde, à cause notamment du programme d’Infrastruct ures du gouvernement du Québec, les effets combinés de la récession et « l’aveuglement volontaire » dont nous faisons preuve à l’égard des moyens financiers dont nous disposons se feront sentir sur les finances publiques pendant plusieurs années. En fait, les efforts consentis depuis 1998 afin d’atteindre l’équilibre budgétaire pourraient pratiquement être anéantis par ces deux facteurs.
Il faut cesser de crier à l’incompétence des élus qui nous gouvernent, peu i mporte le parti qu’ils représentent, comme source des maux qui affligent les finances publiques. En exigeant constamment des services nouveaux ou un accroissement de la qualité et de la quantité des services existants, il faut être conséquent : ces services ont un prix que nous avons tous ensemble la responsabilité d’assumer.
Persister à croire, comme nous le suggèrent de récents sondages, que nous pouvons exiger de plus en plus de services gouvernementaux et en même temps fermer les yeux sur notre capacité et les moyens de les financer, nous fera frapper un mur avant longtemps. D’ailleurs, nous y sommes presque!
Ce n’est pas par mauvaise volonté que 60% de la solution pour un retour à l’équilibre budgétaire n’a pas été identifié lors du dépôt du dernier budget québécois. C’est simplement parce que nous n’avons plus de marge de manoeuvre au Québec, nous n’avons plus de cibles facilement identifiables dans le régime actuel de perception des recettes et de planification des dépenses de l’État.
Bouleverser ce régime ne se fait pas sans heurts et commande nécessairement un vrai débat public. Un débat où seraient présentés divers scénarios de retour à l’équilibre budgétaire, de financement des services auxquels nous tenons et de redressement durable comportant des objectifs plus consistants de réduction de la dette publique. Une dette qui est toujours la plus importante au Canada et qui draine 7 milliards de dollars par année en frais d’intérêts.
I l est i ndéniable qu’u n gouvernement responsable doit susciter ce débat, malgré l’impopularité du sujet. Nous sommes mûrs pour un tel exercice démocratique et le premier ministre du Québec semble vouloir le réaliser.
Au cours de cet exercice, tout doit cependant être sur la table : les recettes fiscales, les dépenses, les services et les coûts, y compris les tarifs d’Hydro-Québec.
Et ce n’est pas un péché de penser à une augmentation graduelle des tarifs payés par les Québécois qui ne représentent à l’heure actuelle que la moitié de ceux payés partout en Amérique du Nord. Ce n’est pas un péché non plus que de penser pouvoir réaliser une offensive marquée au chapitre de l’exportation d’électricité afin que plus de 5 % de notre production soit écoulée aux prix réels et lucratifs du marché. Ce n’est pas d’être mal avisé que de croire, à la veille du sommet de Copenhague sur l’environnement et à l’ère très prochaine des voitures propulsées à l’électricité, que le Québec puisse tirer parti de cet ava ntage comparati f d’une énergie propre et renouvelable.
C’est si mplement mettre notre patrimoine au service de la création de richesse, de l’augmentation de notre bien-être et du financement des services publics comme la santé, dont le financement s’accroît de plus de 1,5 milliard par année. L’utilité d’un État réside dans sa force d’intervention, dans sa capacité à offrir les services publics désirés par sa population et à relever en son nom les nombreux et complexes défis qui la confrontent. Cette capacité de l’État québécois, nous la perdrons bientôt si nous ne faisons preuve de réalisme et si nous persistons à croire qu’il est possible de continuer à avoir le beurre et l’argent du beurre.

Une énergie presque donnée  -  Pierre-Olivier Pineau
L’idée du PLQ d’augmenter les tarifs d’électricité est logique et écologiquement juste
L’auteure est une ancienne caporalechef des Forces armées canadiennes qui réside à Saint-Marc-sur-Richelieu. Une coalition s’élève contre le recrutement dans les écoles, incluant les cadets de l’armée. Pourquoi au juste ?
Avec le taux de décrochage scolaire que nous connaissons, je ne vois vraiment pas en quoi ce recrutement peut nuire aux adolescents. Bien au contraire.
J’ai moi-même fait partie de l’armée de réserve canadienne (terre), de 1987 à 1993. Oui, l’une de mes maintes tâches a été d’aller parler dans une école secondaire d’Hochelaga-Maisonneuve, en 1988, de ce qui est possible d’accomplir dans l’armée. L’auteur est spécialiste en politiques énergétiques et professeur agrégé à HEC Montréal. Quand, en mars dernier, le vérificateur général du Québec tirait une sonnette d’alarme sur le manque de suivi du gouvernement dans la perception des droits miniers, à peu près tout le monde s’entendait sur l’élément suivant : oui, le gouvernement québécois doit retirer une compensation suffisante pour l’exploitation des ressources naturelles.
Pourtant, ce constat n’a eu aucune résonance à propos d’une autre ressource naturelle dont le Québec bénéf icie grandement : la force hydraulique.
Les droits payés par les utilisateurs de la force hydraulique, pour la production d’électricité, sont en effet ridiculement bas au Québec: 2,84$ par 1000 kWh. C’est moins de 1/3 de cent par kWh, quand le prix de l’électricité résidentielle est de 5,45¢/ kWh ( pour les premiers 30 kWh de consommation quotidienne).
En termes de contenu énergétique, 1000 kWh représentent environ 60% d’un baril de pétrole. Si l’hydro-électricité québécoise est notre or bleu, l’équivalent du pétrole albertain, le gouvernement est en train de la vendre à environ 1,70$ le baril. Quand le prix du baril de pétrole tourne autour des 65-70$ (en dollar américain), ce prix tient de la fraude, de l’inconscience ou carrément de la bêtise. Ce sont les propriétaires de la ressource hydraulique qui se font avoir : ils donnent presque leur énergie propre, une des meilleures qui soit.
Les propriétaires, ce sont tous les Québécois. Cette énergie est utilisée par trois groupes : d’abord l’industrie (environ 50% de la consommation québécoise), ensuite eux-mêmes ( la consommation résident ielle représente 30% de la consommation québécoise), et enfin les commerces et autres institutions publiques (environ 20%).
Évidemment, l’industrie énergivore du Québec contribue à l’économie et cela doit être pris en compte. Mais le prix actuel auquel nous lui accordons la ressource hydraulique
Moi, j’ai eu la chance d’aller à l’université, d’avoir ma famille qui me supportait en ce sens. Mais la réalité, c’est qu’on n’a pas tous cette chance.
Aussi triste que cela puisse être, je préférerais qu’un jeune se fasse tuer (et donc l’hydroélectricité) est ridiculement bas… nulle part ailleurs sur la planète n’y a-t-il une terre d’accueil aussi stable, avec une main-d’oeuvre instruite, et une électricité aussi abondante, propre et si peu chère qu’au Québec.
En l’offrant à l’industrie à si bon marché, nous lui faisons un cadeau (une subvention déguisée), qui n’est pas dans notre intérêt à long terme.
Du côté résidentiel, ces bas prix profitent avant tout à ceux qui ont la plus grande capacité de consommer : ceux qui ont les moyens d’avoir une maison unifamiliale (150 mètres carrés de surface en moyenne) avec quatre murs exposés au froid, remplie de différents électroménagers. Ceux qui vivent dans des maisons attenantes (125 m2) ou des appartements (85 m2) consomment beaucoup moins, surtout en chauffage. En fin de compte, ce sont donc les ménages vivant dans les « Hummer du logement » qui utilisent le plus notre électricité à 1,70$ le baril (soit l’équivalent de 3 ¢ le litre d’essence). Est-ce normal de la vendre si peu chère ?
Ces cadeaux que nous faisons à certains ne pourraient être qu’une erreur sociale : un groupe de propriétaires décide de se partager inéquitablement une ressource commune, en la donnant en nature à des consommateurs plutôt qu’en se partageant sa valeur financière. Le problème, c’est que cette erreur sociale a aussi un coût environnemental : en même temps que nous consommons notre électricité trop peu chère, nous ne faisons pas tous les investissements en efficacité énergétique que nous pourrions faire.
Pire, nous dépensons des centaines de millions de dollars pour promouvoi r cette ef f icacité. En 2008, l’Agence d’efficacité énergétique a dépensé 68 millions tandis qu’Hydro-Québec a mis 236 millions dans son Plan global en efficacité énergétique. Malgré ces millions, notre grand potentiel d’efficacité énergétique (13% de la consommation résidentielle) reste largement intact . Effectivement , pourquoi changer quand le statu quo individuel coûte si peu cher ?
L’idée du Parti libéral du Québec d’augmenter les tarifs d’électricité coule donc de source. Elle est logique et écologiquement juste. Mais il faut aussi qu’elle soit présentée ainsi : comme une décision tournée avant tout vers le développement durable de notre société, plutôt que comme un pansement sur un budget qui fuit de partout.

Comme les Québécois ont à coeur la juste exploitation de leurs ressources naturelles et la qualité de l’environnement, si on prend la peine de leur expliquer la situation, il leur sera possible d’accepter d’augmenter le prix de l’électricité.


Le fléau des vaches sacrées  -  ALAIN DUBUC
C’est bien mal parti. Le débat sur les hausses de tarifs fait rage avant même d’avoir formellement commencé. Les libéraux en discutent lors de leur conseil général, les ministres réfléchissent à voix haute, le premier ministre Charest envoie des messages contradictoires, tandis que les partis de l’opposition sont déjà sur le sentier de la guerre.
Ce désordre illustre bien le fait, qu’au Québec, la révision des tarifs des services gouvernementaux sera un champ miné, ou plutôt un pré où broutent bien des vaches sacrées. Si le gouvernement hésite, c’est qu’il devra affronter de sérieux obstacles politiques, culturels et idéologiques.
Sur le plan de la stricte logique, il est évident que la tarification plus adéquate des services publics est une voie qui doit être explorée. Le gouvernement du Québec, comme tous les gouvernements, fait face à une grave crise des finances publiques à cause de la récession. Une situation exceptionnelle qui ne peut être résolue uniquement par une compression des dépenses. Il faudra aussi regarder du côté des revenus.
Les hausses de tarifs sont une excellente façon d’aller chercher ces revenus. Cette forme de ponction comporte moins d’effets économiques négatifs que les hausses d’impôt. Elle repose sur un principe d’équité, celui de l’utilisateurpayeur, par exemple dans le cas des péages autoroutiers. Elle encourage une meilleure utilisation des services publics. Ce nettoyage permettrait de mettre fin à plusieurs aberrations où le gouvernement se retrouve à subventionner des activités qui ne devraient pas l’être.
Pour toutes ces raisons, la plupart des pays, notamment en Europe, font de plus en plus le choix de la tarification. À ce chapitre, le Québec est en retard. C’est donc un bon choix, si la mise en oeuvre se fait de façon équilibrée et ordonnée, et si l’on épargne les plus vulnérables.
Mais ce n’est pas si simple. D’abord parce qu’au Québec, le gouvernement devra affronter un problème politique de taille. Seulement 42% des Québécois paient de l’impôt sur le revenu, de sorte qu’une majorité de citoyens sont indifférents, sinon favorables, aux hausses d’impôt. Des hausses de tarifs, par contre, touchent tout le monde. On peut donc s’attendre à une levée de boucliers généralisée.
Le second obstacle est lié à une culture des droits acquis profondément enracinée. Ce qui a été donné par l’État l’est pour toujours. Tout est sacré. La somme de 7$ pour une journée de garderie. Le droit inaliénable de profiter de tarifs d’électricité au rabais.
Le troisième obstacle, c’est la conviction que le gel des tarifs constitue une forme avancée d’équité sociale. Dans les faits, c’est plutôt le contraire. Les gels les plus populaires, garderies, droits de scolarité, profitent davantage aux biens nantis. C’est encore plus vrai pour les bas tarifs d’électricité, qui profitent surtout à ceux qui ont de grosses maisons, des piscines et des chalets.
La chef de l’opposition, Pauline Marois, a bien exprimé, cette semaine, la philosophie qui nous a menés à l’impasse. « Il y a 80 000 personnes de plus qui sont à l’assurance emploi depuis le début de l’année. Pensezvous qu’ils ont les moyens d’assumer des hausses de tarifs. » Justement. On ne règle pas le problème de 80 000 personnes en faisant un cadeau à sept millions de personnes.
Le gouvernement Charest a eu tout à fait raison d’ouvrir ce dossier. Il fallait oser, il fallait commencer à s’attaquer aux vaches sacrées. Reste maintenant à tenir le cap. En commençant par ce qui est, de loin, le plus important: la révision des tarifs d’électricité. Non seulement en raison de son impact financier. Mais aussi parce que l’électricité au rabais est devenue un indéfendable non-sens environnemental.


La révolution tarifaire  -  ANDRÉ PRATTE
Àla fin du conseil général du Parti libéral du Québec, le président de la commission jeunesse, Julien Gagnon, est monté sur scène au son de Revolution, des Beatles. C’est bien à une révolution que les militants libéraux convient les Québécois. Un changement douloureux, mais nécessaire: la révolution tarifaire.
P ou r su iva nt la déma rche amorcée par le rapport Montmarquette, les libéraux ont demandé au gouvernement de présenter une loi-cadre sur la tarification. En vertu de cette loi, les tarifs des services publics ne seraient plus fixés arbitrairement, mais en fonction d’un pourcentage déterminé des coûts. Par conséquent, les tarifs seraient indexés (fini les gels!). Les libéraux ont aussi voté en faveur de l’instauration d’un système de péages dans la région de Montréal.
Si le gouvernement met de l’avant une telle politique, beaucoup de contribuables se rebifferont, l’accusant de leur imposer des impôts déguisés. Or, tarifs et impôts sont foncièrement différents. En plus de servir à financer les services publics, les tarifs font porter la responsabilité principale de ce financement aux utilisateurs des services en question: l’entretien des routes aux automobilistes, celui des parcs aux campeurs. De plus, les tarifs influent les comportements des usagers: si l’électricité coûte plus cher, on en gaspillera moins.
Au Québec, on a toujours financé les services publics davantage par l’impôt sur le revenu que par les tarifs. Or, comme nous avons aussi choisi de s’offrir des services publics plus généreux que les autres États du continent, les revenus tendent à être lourdement imposés... ce qui a pour effet de décourager le travail. C’est cela qu’il faut changer si nous voulons continuer à bénéficier des mêmes services tout en nous assurant que le gouvernement revienne à l’équilibre budgétaire et que notre économie prospère.
Le passage à une tarification étendue doit se faire de façon cohérente. Or, c’est mal parti. Le gouvernement Charest tient mordicus à maintenir à 7 $ par jour le prix des garderies. Pourquoi les CPE échapperaient-ils à la logique de la tarification? S’il y a une brèche là, il sera difficile d’éviter d’autres exceptions.
Hier, le premier ministre a été d’une prudence extrême dans ses propos. Il a insisté sur la nécessité de consulter les Québécois et a refusé de se prononcer sur l’une ou l’autre des propositions adoptées par ses militants. Est-ce déjà l’amorce d’une retraite? Espérons que non. En ce début de troisième mandat, M. Charest a l’occasion de faire prendre au Québec un virage historique en matière de financement des services publics et de mettre ainsi un terme à la culture malsaine de la gratuité. Certes, le combat sera rude et politiquement coûteux. Mais l’avenir du modèle québécois en dépend.





Un réseau national d’électricité s’impose -  Pierre-Olivier Pineau
Chaque province et État américain contrôle la transmission d’énergie sur son territoire
Un réseau national aurait l’avantage de permettre de planifier de manière plus cohérente les approvisionnements en électricité.
Dans la même s ema i ne , le Nouveau-Brunswick, TerreNeuve et Labrador et le Québec se trouvent au coeur de l’actualité économique avec un élément commun: le réseau de transmission de l’électricité.
Si les intérêts de chacun divergent, tous s’entendent au moins sur un point : l’accès au réseau de transmission doit être ouvert à tous. Ce réseau comprend toutes les lignes à haute tension qui permettent à l’électricité produite à des centaines de kilomètres d’être acheminée aux consommateurs.
Le Nouveau-Brunswick veut garder la propriété de ses lignes pour « rester maître chez lui », même si toutes les compagnies qui en manifesteront le désir pourront les utiliser, moyennant un péage. TerreNeuve et Labrador veut pouvoir accéder à un coût et des conditions raisonnables aux lignes québécoises – c’est pour cela qu’elle a porté plainte à la Régie de l’énergie.
De son côté, Hydro-Québec a ouvert son réseau de transmission depuis 1997, par souci de réciprocité face aux États-Unis, où elle poursuit de lucratifs échanges d’électricité, en grande partie grâce à l’accès aux lignes de transmission américaines qui sont ouvertes à tous.
Si tout le monde s’entend, où est le problème? C’est que le réseau de transmission n’est en fait pas un réseau, mais de multiples réseaux, gérés de manière indépendante par chaque province canadienne, et chaque État américain.
La div ision d’ Hydro - Québec s’occupant de la transmission (HQTransÉnergie) ne répond ainsi qu’à la Régie de l’énergie et à son actionnaire unique, le gouvernement du Québec. Il a en va de même pour les réseaux du NouveauBrunswick, de Terre-Neuve et Labrador, de l’Ontario, de New York, etc. Pourtant, tous les producteurs et les gros consommateurs d’électricité empruntent ces « autoroutes d’électrons » pour bénéficier des meilleurs prix, autant à la vente qu’à l’achat.
Tout le monde profite de ces échanges avec le voisin quand l’électricité y est disponible… sauf quand les intérêts d’un vendeur se voient frustrés parce qu’un autre vendeur, moins cher, est accessible grâce au réseau de transmission. C’est pour cela que le Québec, depuis Jean Lesage, s’est toujours montré réticent à accorder un droit de passage à l’électricité du Labrador… à moins que ce soit pour ses propres intérêts (comme dans le cas du Haut Churchill).
Un réseau national aurait l’avantage de permettre de planifier de manière plus cohérente les approvisionnements en électricité : pourquoi choisir de développer la Romaine pour 6,5 milliards de dollars, quand le Bas Churchill (au Labrador) pourrait produire le double d’électricité au même coût ? Comment l’Ontario fera-t-elle pour éliminer ses centrales au charbon si elle n’a pas un accès sécuritaire aux ressources hydrauliques du Québec et du Labrador ? Comment les provinces maritimes pourront éviter de brûler du pétrole pour produire leur électricité sans un réseau de transmission majeur offrant les interconnexions requises ?
Des projets interprovinciaux sont possibles et désirables: rappelons-nous que Lucien Bouchard et Brian Tobin, alors premier ministre de TerreNeuve et Labrador, ont ainsi annoncé le développement commun du Bas Churchill en 1998, avant de laisser tomber ce projet pour des raisons économiques en 2000. Danny Williams reprend maintenant seul ce projet, mais se heurte au Québec. Hydro-Québec va signer de gaieté de coeur une entente avec le NouveauBrunswick, et vise même davantage à l’est, plus au sud aussi, et même jusqu’au Midwest américain! Si beaucoup d’efficacité économique et environnementale pourrait être gagnée, un développement harmonieux demande une plus grande coordination, qui fait cruellement défaut à l’heure actuelle.
Ce projet national, voire intercontinental, d’un réseau d’électricité, offre de multiples bénéfices, mais demande une vision forte et un leadership hors du commun. Il brise en effet les habitudes historiques provincialistes. Pourtant , à l’heure de la globalisation, certaines traditions méritent d’être revues, les échanges d’électricité à travers un réseau national en tout premier lieu.





La Suisse m’a ouvert les yeux  -  Julie Royer
De nombreux lecteurs ont réagi à l’éditorial d’André Pratte, « La nation inconsciente », publié samedi dernier.
M. Pratte, vous n’auriez pu trouver meilleur titre pour votre éditorial. Moi-même, avant d’habiter la Suisse, je faisais partie de ces Québécois inconscients face à ce qu’il en coûte réellement pour bénéficier de tous ces services « gratuits » au Québec. Maintenant, je comprends que ce n’est pas l’argent que je payais en impôts et en taxe de vente qui pouvait couvrir le coût de tous les services que j’utilisais.
Les tarifs des services publics, notamment ceux des garderies, doivent-ils être majorés pour augmenter les revenus de l’État ?
I l y a un a n, j’ai déménagé à Zurich où j’y ai découvert le concept d’utilisateur-payeur. Beaucoup de Québécois rêvent de la Suisse et de ses impôts quasi inexistants. Mais ce qu’on oublie, c’est que tout service se paie à la pièce. Il m’a fallu trois rencontres avec l’immigration pour finaliser mon entrée au pays. Chaque fois, j’ai dû payer une facture de 26 $ à 101 $ avant de quitter leurs bureaux.
Autre exemple qui étonne beaucoup mes amis: nous devons utiliser les sacs de poubelles de la ville, qui coûtent 2$ pièce. Ainsi, plus on jette, plus on paie pour le service des ordures.
Mais là où ça fait mal, c’est pour les soins de santé. À mon arrivée, j’ai reçu une lettre m’exigeant de souscrire auprès d’une compagnie suisse pour une assurance maladie. Pour une personne sans problème de santé, l’assurance de base commençait à environ 500 $. J’ai demandé à mes amis suisses si l’assurance payait tout. Ça les a fait pas mal rire ! Chaque personne ou famille en Suisse a de l’argent de côté en cas de maladie. Et on ne parle pas de quelques centaines de dollars, mais plutôt de quelques milliers. Chacun doit avoir ce « coussin », car après une visite chez le médecin ou un séjour à l’hôpital, on reçoit une facture détaillant le coût des soins, payable dans les 30 jours. La compagnie d’assurance rembourse une partie des coûts, mais mes amis m’ont tous dit que c’était une fraction de ce qu’il en coûte.

J’ai peur pour mon avenir   -  Alexis Gagné Lebrun
L’auteur est enseignant en physique au cégep de Saint-Hyacinthe. Je suis un jeune travailleur. J’enseigne depuis quatre ans, changeant d’institutions scolaires une ou deux fois par année, suivant les contrats où ils se trouvent. Quand j’examine les débats actuels sur les finances publiques et les régimes de retraite, j’ai peur pour mon avenir.
J’ai l’impression que plusieurs Québécois veulent se sortir de la présente situation en pelletant les multiples factures aux plus jeunes, alors que j’aimerais bien bénéficier d’un niveau de vie comparable à la génération actuelle.
La Régie des rentes du Québec a annoncé qu’elle n’avait pas de réserve au-delà de 2037. Étant né en 1981, j’ai l’impression que je cotiserai toute ma vie active, à un taux probablement plus du double de celui des générations précédentes, sans pouvoir retirer de quelconques prestations.
Dans les débats de la commission parlementaire suivant les pertes liées à la crise financière et à la mauvaise gestion de la Caisse de dépôt, j’ai peur que les jeunes fassent l’ensemble des sacrifices sans pouvoir en retirer quoi que ce soit.
Comme aucun individu n’est responsable des pertes, il faut que l’ensemble de la population contribue. Je suis en accord avec une hausse rapide des cotisations, mais il serait normal, étant donné la situation exceptionnelle que nous vivons, que les prestations soient diminuées sensiblement. Si on hausse de 5% à 10% le taux de cotisation, il faudrait diminuer les prestations d’un niveau équivalent. Après tout, il s’agit de la pérennité de la caisse vieillesse de tous, pas seulement de celle de la génération actuelle.
Certains répliqueront que les jeunes générations bénéficient d’infrastructures qui n’existaient pas avant 1960. C’est vrai, mais nous devons soutenir une dette reliée à ces infrastructures qui n’existait pas non plus avant 1960. Les actifs et les passifs vont de pair! De plus, on pourrait discuter longuement de la qualité actuelle de nos infrastructures. Nos écoles se délabrent, nos réseaux d’aqueduc coulent, nos routes se percent, nos viaducs tombent…
Le front commun syndical propose de verser une partie des cotisations futures pour le fonds de retraite des années 1982 à 1999. Il y a toujours bien une limite à faire payer les jeunes pour les retraités actuels.
Je sais que plusieurs percevront ce texte comme une attaque contre certaines générations. Il s’agit plutôt d’une crainte de devoir prendre sur nos jeunes épaules tous les défis qui doivent être relevés conjointement par l’ensemble des générations.
La dette publique (de plus en plus) importante, l’impact du choc démographique sur les finances publiques, le déficit structurel actuel, le trou dans les régimes de retraite, disons que mon futur financier collectif me fait peur…

L’État, mère nourricière  -  Serge Choquette
L’excellent éditorial d’André Pratte résume très bien pourquoi j’ai toujours hésité à appuyer les partis politiques à forte tendance sociale, notamment le PQ, malgré mon désir de fonder un pays autonome. Comme la plupart des «lucides» québécois, ma fibre patriotique trébuche sur cette conception populaire de l’État-providence, comme si la société était notre mère nourricière et nous devait tout, simplement parce que nous existons, alors que nous ne reconnaissons aucune obligation corollaire envers elle. Pourtant, cette attitude n’est que conséquence logique du fait que 45% des citoyens ne contribue aucunement au bien commun en ne payant aucun impôt alors que tous sans exception profitent du butin collectif. On ne fera jamais une société bien forte avec si peu d’épaules à la roue et autant de bouches à nourrir. À ce jour, la majorité des Québécois préfèrent encore voir se dégrader la qualité des services d’État plutôt que d’assumer leur responsabilité citoyenne, c’est-à-dire se révolter devant l’inadmissible, remettre en question les structures et revoir leurs priorités financières. On préfère encore laisser l’État tout décider, même quand le filet de protection sociale s’effiloche avec de grands trous béants. C’est toujours la grogne boudeuse quand on parle d’augmenter les tarifs. Quand sortirons-nous du jupon protecteur de maman – État providence – pour libérer le dynamisme collectif créateur dans une deuxième révolution tranquille?

Fini la carte de crédit
J’appuie totalement votre suggestion d’augmenter de 1 ¢ le kWh de l’électricité patrimoniale. Les tarifs doivent aussi être ajustés. Et s’il faut de l’argent supplémentaire, on doit augmenter la taxe de vente. Personnellement, je préfère ces mesures, plutôt que d’augmenter les impôts des particuliers. On peut ainsi rejoindre tous les contribuables, autant ceux qui travaillent au noir que ceux qui pratiquent l’évasion fiscale. Si notre gouvernement ne peut pas appliquer ces mesures, alors il doit obligatoirement réduire les services. La carte de crédit a atteint ses limites.
Haussons les tarifs d’Hydro
Je souhaite que nos politiciens, sans querelle partisane, soient lucides et expliquent clairement à la population ce que coûtent certains services et d’où vient l’argent. La majorité des gens qui sont contre tout de toute façon ne paient rien ou presque en impôts. Augmenter les tarifs de l’électricité m’apparaît simple et surtout efficace. Pour minimiser l’impact de l’augmentation, on peut très bien changer nos habitudes et consommer moins, comme plusieurs l’ont fait avec l’essence. L’impact du coût supplémentaire par personne serait minimal et les revenus de l’État, grandement améliorés, sans augmentation de personnel.

Des Québécois lucides
Contrairement à votre interprétation, les Québécois ont fait preuve de responsabilité et de maturité en élisant un gouvernement qui prétendait avoir les mains sur le volant. Ce gouvernement a été élu peu de temps après que le groupe des luc des ait publié son document de réflexion. La hausse des tarifs de l’électricité était une des solutions avancées pour sortir le Québec de son impasse financière à terme. Qu’est-ce que le gouvernement libéral a fait à ce sujet? Rien, sinon commander des sondages de popularité. Consulter sur une base ponctuelle une fraction de la population sur les hausses de tarifs et de taxes dans un contexte de crise économique mondiale et tirer des conclusions aussi larges qu’impertinentes n’apporte aucun élément positif au dossier. Les Québécois que je consulte dans mon entourage immédiat sont des personnes qui sont aptes à saisir les enjeux sociaux, politiques et économiques. Elles sont unanimes à penser que la hausse des tarifs est une très bonne solution dans la mesure où les dirigeants d’Hydro-Québec pratiquent une saine gestion financière des fonds publics. À ma connaissance, les Québécois ont un sens démocratique très élevé et un respect de leurs institutions politiques (jusqu’à maintenant). Le gouvernement Charest est au pouvoir avec une majorité suffisante pour passer ses lois. Alors, qu’il explique clairement ses positions et qu’il agisse. C’est ce que les Québécois attendent d’un gouvernement lucide et responsable.
Mauvais gestionnaires
La nation est inconsciente, mais ce qui est plus grave, c’est le manque flagrant de gestion responsable de la part des gouvernements, présents ou passés. Jean Charest voulait avoir les deux mains sur le volant, mais il ne veut pas prendre de décision impopulaire. Le gouvernement se doit d’augmenter le prix de l’électricité, des frais de garderie, et d’imposer un ticket modérateur dans la santé. La gratuité n’existe pas, les Québécois doivent en être conscients, mais il revient au gouvernement de prendre les mesures appropriées pour bien gérer cette province sans avoir peur de perdre quelques votes au passage.
À bas les abris fiscaux
Les Québécois ne veulent pas de hausse de tarifs, et c’est mon cas. Depuis qu’il y a des déficits, c’est toujours la plèbe qui paie et qui se serre la ceinture. J’ai rarement vu les nantis souffrir du manque d’argent. Et si ça s’était produit, on l’aurait su. Mais non, en pleine crise économique, ils osent se voter des augmentations de salaire ou se donner des primes au rendement, tout en étant responsables de cette même crise. Si on allait chercher tout l’argent des abris fiscaux et si on faisait payer l’impôt à tous les riches qui y ont échappé, on n’aurait plus de déficit demain matin et on pourrait peut-être payer la dette en entier. Nous ne sommes plus dupes. J’espère que la population va refuser toutes ces hausses et réclamer d’autres solutions aux problèmes qui nous concernent. C’est pas toujours aux mêmes à se partager l’assiette au beurre !
Toujours les pauvres
Joli article lucide... Pas un mot sur les abris fiscaux, le fait que les multinationales étrangères vident nos mines, nos forêts, notre eau, sans redevances, et à grands coups de subventions. Sans compter les centaines de millions en subventions aux compagnies pharmaceutiques! Bien non, ce sont les pauvres qu’il faut continuer de saigner...





Place à la concurrence -  MARCEL BOYER
Tous les services municipaux devraient être évalués à intervalles réguliers pour vérifier s’ils sont compétitifs
À l ’a p p r o c h e d e s élections municipales montréalaises, les cols bleus manifestent devant l’hôtel de Ville pour réclamer des augmentations de s a l a i r e et une l i mitation du recours à la sous-traitance. Pendant ce temps, on entend beaucoup de promesses creuses de tous les partis en ce qui a trait aux finances publiques et à la fiscalité. Facile de suggérer une amélioration de l’efficacité de la bureaucratie ou une réduction du gaspillage.
Les employés municipaux doivent être soumis à la concurrence. Il est fort possible qu’ils soient les plus efficaces dans leur domaine et remportent les contrats offerts. On doit simplement leur donner une occasion de le prouver en bousculant un peu le confort de leurs privilèges.
La situation relative de la Ville de Montréal n’est pas t rès reluisa nte : da ns l e c l a s s e ment d u magazine Maclean’s, qui a évalué la gestion de 29 villes canadiennes, el le obtient le 28e r a ng dans l a catégorie fiscalité et le 27e dans la catégorie gouvernance et finances publiques ! J’invite les candidats à se positionner clairement quant à ces questions et à proposer des solutions concrètes pour renverser la vapeur.
I l n’existe pas des dizaines de façons de réduire le fa rdeau f i scal d’une ville sans couper dans l es s er v i c es . Malheureusement , changer le conducteur du train, si celui-ci garde la même locomotive et avance sur la même voie ferrée, ne changera pas grand-chose à la destination. Pour s ’at t aquer à la sit uation des f i nances publiques et a l léger le fa rdeau f i sca l , une véritable révolution est nécessaire. Cette révolution porte un nom : la concurrence.
Comme j e l’explique dans mon Manifeste pour une s ocial-démocratie concurrentielle et comme l’ont relevé d’autres commentateurs, le dilemme n’est pas entre secteur public et secteur privé. Une entreprise privée en particulier n’est pas forcément plus efficace ou moins corrompue que le secteur public. Autrement, il n’y aurait jamais de faillites et de fraude. La concurrence est le facteur qui explique pourquoi un secteur est plus efficace. Le monopole, dans les services publics comme ailleurs, mène systématiquement au gaspillage et à la stagnation. Le rapport du vérificateur général de la Ville de Montréal, Jacques Bergeron, le confirme une fois de plus.
L e modèle de l a c onc u r r ence devrait êt re le mode de gouvernance privilégié pour le développement et le maintien de toutes les i nfrastr uctures municipales : r outes , t r a nspor t s en c ommun, distribution et traitement de l’eau, parcs et j ardins publics, équipements de loisirs, services de police et d’incendie, etc. Tous les services municipaux devraient être évalués à intervalles réguliers (que ce soit t r ois , quatre ou c i nq a ns) pour vérifier si les services sont compétitifs et comparables en qualité aux meilleurs dans des villes comparables, pour revoir et contester les méthodes actuelles de fourniture et pour consulter tant la population que des spécialistes sur la façon d’améliorer le système.
Les employés municipaux, syndiqués ou non, doivent être soumis à ce régime. Il est fort possible qu’ils soient les plus efficaces dans leur domaine et remportent les contrats offerts. On doit si mplement leur donner une occasion de le prouver en bousculant un peu le confort de leurs privilèges. Ils perdraient peutêtre une partie de leurs avantages, mais gagneraient le respect de leurs concitoyens en démontrant la valeur de leur travail.
En somme, l’obligation de rendre compte qui incombe aux élus montréalais doit s’incarner concrètement dans la mise en place d’un processus rigoureux, i ndépendant et t ra nsparent d’étalonnage et de mise en concurrence des services. Je le répète, l’objectif n’est pas la privatisation des services municipaux. Il s’agit simplement de les rendre concurrentiels. Le recours systématique aux mécanismes de marché permettrait d’obtenir des services de meilleure qualité et à meilleur coût.


Éloge de la concurrence  -  YVES BOISVERT
Le problème de la Ville de Montréal n’est pas qu’on a tout balancé au secteur privé. C’est qu’on a tout balancé à un très petit nombre d’entrepreneurs.
En même temps, on a affaibli la capacité de surveillance de la fonction publique. Donc, le champ est maintenant libre non pas à une privatisation, mais à une appropriation pure et simple des contrats de la Ville.
En d’autres termes, ce n’est pas nécessairement moins cher dans le privé. Et ce n’est pas nécessairement moins cher non plus dans le public. Mais c’est nécessairement plus cher quand il n’y a pas de concurrence.
Le déficit de concurrence. Voilà le coeur du rapport du vérificateur général Jacques Bergeron sur le très humide scandale aquatique que l’on sait
Voilà ce qui fait qu’on paie trop cher pour les services municipaux. Voilà ce qui fait qu’on paie trop cher pour les routes. Voilà ce qui fait qu’on achète des bébelles dont on n’a pas besoin (un contrat trop gros, rappelez-vous).
Les recommandations du vérificateur vont loin : il suggère que, pour des contrats importants, un appel d’offres soit lancé aussi bien au Québec qu’à l’extérieur. Quand on magasine toujours au même coin de rue, on obtient rarement ce qu’il y a de mieux au meilleur prix.
Mais voilà, les entreprises n’ayant pas déjà fait affaire avec la Ville sont systématiquement défavorisées dans les appels d’offres, car on y retrouve toujours le critère de la «connaissance du milieu».
Cela restreint le libre marché et pénalise les entreprises de l’extérieur – des entrepreneurs de Québec ou de Gatineau, par exemple, sans même parler de concurrents des autres provinces.
Pas assez de compétition, donc. Mais la petitesse d’un milieu a un autre effet: moins il y a de participants aux appels d’offres, plus il y a de risques de collusion. Entre les entrepreneurs, qui s’arrangent pour fixer les prix. Et entre les entrepreneurs et certaines personnes clés dans l’administration, pour truquer les appels d’offres et cadenasser le système.
«J’ai passé des mois dans un bureau d’avocats pour analyser des offres d’entrepreneurs et trouver des failles, pour qu’elles soient légalement rejetées et que le candidat de la Ville soit retenu », me confiait hier un avocat. Cela ne se passait pas à Montréal, mais dans une ville pas très loin de chez vous.
Le vérificateur note avec approbation que, depuis le mois d’août, la Ville exige «un formulaire attestant l’absence de collusion » de la part des entrepreneurs. Les entreprises ayant été déjà condamnées pour complot en vue de réduire indûment la concurrence devraient être écartées pour une période de temps. C’est un bon début.
Mais pour qu’un grand ménage soit fait à l’hôtel de ville, on n’a pas besoin d’attendre une commission d’enquête. Il faut un système beaucoup plus transparent et beaucoup plus ouvert à la concurrence.
Il est intéressant de noter que le vérificateur recommande de faire une évaluation interne des travaux avant de les donner au privé. Ou à tout le moins pour «étalonner» les prix.
Il y a des cas où les cols bleus peuvent faire le même travail pour aussi bien et pour moins cher. Ils sont sûrement contents de lire ça dans le rapport. Accepterontils pour autant le principe de la concurrence? Quand on a un plancher d’emplois, on est rarement un adepte féroce de la concurrence. Pourtant, il ne fait pas de doute que les employés municipaux connaissent la ville mieux que quiconque.
En Grande-Bretagne, dans les années 80, on a implanté un régime de concurrence pour les contrats dans les municipalités, auquel même les employés municipaux étaient soumis. Les syndicats ont protesté, mais plus de 70% des contrats ont été obtenus par les employés municipaux, justement parce qu’ils sont par définition des experts dans le domaine.
En ce moment, les Montréalais paient pour le manque de concurrence dans leur ville, dans le privé comme dans le public.
Et comme on a laissé la fonction publique montréalaise s’affaiblir, comme on n’a pas su développer sa compétence (c’est aussi dans le rapport), personne n’est en mesure de surveiller et de dire non. On a contourné ceux qui ne sont pas des yes men, on a contourné et contrôlé le contentieux, les finances, tout ce qui est embêtant. Et tout était en place pour le désastre administratif que vous voyez.
On peut se demander où étaient les 102 élus du conseil municipal (un record nord-américain de gaspillage: Toronto en a 44!). Comment se fait-il qu’on ait pu leur cacher l’information si facilement? Quelle est donc cette petite clique qui contrôlait tout? Comment se fait-il que les élus aient laissé l’administration soustraire de son contrôle toutes sortes de dossiers, dont l’ensemble des propriétés immobilières de la Ville?
Quoiqu’il advienne des enquêtes policières et des élections, le nettoyage passera par des outils classiques: transparence rigoureuse, circulation pleine de l’information, ouverture à la concurrence véritable.


Sous-traiter ou ne pas sous-traiter ?  -  André Noël
MANDAT D’EXPERTS À LA VILLE
L’administration Tremblay donne les clés de l’hôtel de ville à des firmes extérieures, accuse Réal Ménard, un des principaux candidats de Vision Montréal. Faux, rétorque le président du comité exécutif, Claude Dauphin. Le débat est là, éclipsé par les scandales: la Ville doit-elle confier plus de mandats à ses propres experts ou, au contraire, en confier encore plus à des cabinets de professionnels externes ?
« Je constate que bien des priorités ne sont pas déterminées par le personnel de la Ville, mais par des firmes qui, souvent, obtiennent par la suite les contrats des travaux qu’elles ont elles-mêmes suggérés », dit Réal Ménard, qui se présente à la mairie de Mercier–Hochelaga-Maisonneuve pour le parti de Louise Harel.
M. Ménard ne s’oppose pas à ce que des entreprises privées soient mises à contribution afin de déneiger les rues ou pour d’autres travaux. Mais il ne comprend pas pourquoi la Ville laisse des firmes d’ingénieurs, d’architectes ou d’autres professionnels prendre des décisions stratégiques à sa place.
Il cite un exemple récent. Le dernier conseil municipal a attribué un contrat à SNCLavalin ProFac pour évaluer l’état des 1550 immeubles de la Ville. Ce seront les ingénieurs de SNC qui établiront les priorités d’entretien. Gros mandat: il faut dépenser un milliard de dollars pour restaurer tous ces immeubles.
« I l me s emble que des experts du service des immeubles de la Ville devraient être capables d’accomplir cette t âche névralgique, dit M. Ménard, qui se présente à la mairie de Mercier–HochelagaMaisonneuve pour le parti de Louise Harel. Je constate que bien des priorités ne sont pas déterminées par le personnel de la Ville, mais par des firmes qui, souvent, obtiennent par la suite les contrats des travaux qu’elles ont elles-mêmes suggérés. »
Claude Dauphin, qui se représente à la mairie de Lachine pour le parti de Gérald Tremblay, affirme que son administration a hérité des mauvaises décisions prises par le maire précédent, Pierre Bourque, et qu’elle agit au cas par cas.
« M. Bourque avait démantelé les équipes (d’experts internes), dit-il. Les finances étaient précaires. Nous faisions face à un déficit d’investissement dans les infrastructures. Depuis huit ans, nous avons commencé à rebâtir nos équipes de professionnels, par exemple en surveillance de travaux routiers (50% est fait à l’interne). Nous allons poursuivre dans la même veine dans le prochain mandat. Nous allons rebâtir nos équipes, tout en continuant à travailler avec le privé lorsque c’est plus avantageux pour les Montréalais. »
La vérification des immeubles peut se faire seulement d’avril à la fin d’octobre puisqu’il est difficile d’inspecter les toits et les murs en hiver, poursuit M. Dauphin. « Il est donc plus sensé financièrement de faire appel à des spécialistes externes pour six mois à la fois, plutôt que d’embaucher du personnel spécialisé à l’année, payé pendant 12 mois. »
De son côté, M. Ménard craint que la Ville perde son expertise et devienne dépendante des firmes externes. C’est ce qui s’est produit avec le projet des compteurs d’eau et de l’optimisation du réseau d’eau, souligne-t-il. À la Ville, les responsables étaient incapables de répondre aux questions sur ce projet: tout était dirigé vers la firme BPR.
« Ce n’est pas au x gens du privé à décider de l’ordre d’intervention sur les grands réseaux publics, dit-il. Les élus devraient pouvoir recevoir une information probante et concluante de leurs propres experts. Les fonctionnaires ont pour mandat de travailler pour le bien public. Ils ne travaillent pas pour grossir les honoraires des firmes professionnelles. Les employés de ces firmes sont peut-être honnêtes, mais ils ne se trouvent pas dans la même logique que les fonctionnaires. »
M. Ménard, un ancien député du Bloc québécois, multiplie les exemples. La Ville a attribué un contrat de 30 millions au consortium formé de CIMA+ Génivar et Tecsult pour mettre en oeuvre le plan d’intervention pour les réseaux d’eau et d’égouts. « C’est là une mission stratégique qui doit relever directement des élus et des fonctionnaires », dit-il.
Claude Dauphin réplique que la Ville a recours à des firmes extérieures quand il s’agit de répondre à des besoins ponctuels. « C’est le cas pour le dossier de l’inventaire des immeubles et pour la mise aux normes des usines d’eau, dit-il. Il s’agit de contrats de courte durée. C’est agir en bon gestionnaire que d’avoir recours à des expertises extérieures. Sinon, on crée des postes (de fonctionnaires) dont on n’aura pas besoin lorsque le mandat aura été réalisé. »

Pourquoi vouloir tout privatiser ?  -  Valérie Teasdale
Montréal Je suis employée de la Ville de Montréal. Col bleu, pour être plus précise. Auxiliaire depuis huit ans. Huit années sans plan d’assurances pour ma famille et moi, sans vacances payées, sans avoir droit aux heures supplémentaires, sans congé férié rémunéré autrement que par ce que prévoit la Loi des normes du travail. Sans sécurité d’emploi puisque j’ai été mise à pied, à moins de 12 heures d’avis, deux périodes de deux semaines l’an dernier.
Et non, je ne gagne pas 60 000$ par année comme je le lis régulièrement dans les journaux. Mon salaire net ne dépasse pas 30 000$ et n’a pas bougé depuis 2004. L’employeur ne veut pas de lien d’emploi avec ses auxiliaires, ne veut plus les titulariser depuis 2004. Pourquoi? On nous dit que ça coûte trop cher de les embaucher pour 30 ans.
Pourtant, de tout temps, les services publics ont existé: réseau routier, réseau d’eau, déchets, déneigement, bibliothèques, signalisation, horticulture, électricité, plomberie, menuiserie, mécanique, institutions (cour municipale, hôtel de ville). De tout temps, l’administration a dû embaucher des gens pour effectuer ces tâches, assurer le service pour lequel le citoyen paie et auquel il a droit. Et de tout temps, les entreprises privées, qui sont là pour faire du profit et non pour donner des services, ont reluqué les services publics, une manne qui ne disparaîtra jamais.
C’est d’ailleurs pour éviter la corruption dans l’attribution de contrats dans les services publics et pour stabiliser et prévoir les coûts reliés à ces services que l’État a voulu avoir un bassin d’employés stable pour effectuer ces tâches. Des gens sur qui il pourrait compter, peu importe la météo, pour assurer ces services.
Des gens formés, avec l’expertise et l’expérience nécessaires pour que la qualité du service soit la priorité. Des gens qui, eux, n’ont d’autre intérêt que de nourrir leur famille en travaillant, pas pour faire des profits en encourageant tel ou tel parti et en obtenant des contrats. Pour éviter la corruption. Pourquoi aujourd’hui vouloir encore une fois tout privatiser?
Pourquoi refuser la stabilité à des employés formés, expérimentés et fiables? On nous dit que ça permet d’économiser. Pourtant, quand je lis les journaux, les sites internet et que je regarde les reportages télé, je me rends bien compte qu’il y a un gaspillage énorme de fonds publics (octroi de contrats douteux) au détriment des services qui, on le voit maintenant, profite plus aux politiciens qu’aux citoyens. Il faut que cette façon de faire cesse, car nous reculons comme société au lieu d’avancer.



La culture du PPCD  -  ALAIN DUBUC
La semaine dernière, ce devait êt r e l a Semaine pour l ’é cole publique. C’est plutôt devenu la semaine contre l’école privée. Des voix se sont élevées pour réclamer l’abolition des subventions gouvernementales aux écoles privées, et pour attaquer leurs pratiques, leur mode de sélection, de façon parfois féroce.
Le point de départ de la réflexion était légitime. La baisse des effect i f s du secteur public, et surtout le départ des meilleurs élèves vers le privé, fa it c r a i ndre à cer t a i ns un affaiblissement progressif de la qualité de l’enseignement du réseau public. C’est un enjeu. Car l’avenir de l’éducation au Québec repose sur l ’existence d’un réseau public de qualité.
Mais le débat a dérapé. Parce que le diagnostic manque de raffinement et que les solutions sont bancales. Et surtout, parce que cela a réveillé toutes les vieilles bibittes qui hantent la psyché québécoise : la peur de la concurrence, le refus de l’effort, et surtout la culture du « tout le monde doit être pareil », qui mène inexorablement au PPCD, le plus petit commun dénominateur commun.
Les effectifs du secteur public ont fondu de 84 000 en six ans. Le gros de la baisse, 60 000, s’explique par la démographie. L’attraction du privé explique 24 000 départs, soit 30 % du total. C’est donc une partie du problème.
Mais il faut se demander si on ne confond pas la cause et l’effet. Estce le succès du privé qui affaiblit le réseau public ? Ou est-ce plutôt les carences du réseau public qui nourrissent le privé ? Les résultats aux examens du Ministère, l ’échec de la réforme pédagogique, l’incidence du décrochage, l’image négative des polyvalentes. Si tel est le cas, on tire sur le messager, on s’attaque au symptôme plutôt qu’aux causes.
Si l’analyse semble sommaire, la solution l’est encore plus : coupons les subventions au privé, qui couvrent 6 0 % des coûts d’un élève. La hausse des droits de scola r ité forcera un retour au réseau public, qui retrouvera ainsi sa clientèle, ses bons élèves et son élan. L’impact est difficile à mesurer et dépend de la proportion des élèves du privé qui reviendront au bercail.
Si l e r e t ou r au publ i c e s t u n succès, cela engorgera le public, cela coûtera plus cher, parce que ces élèves seront subventionnés à 100 %, et cela risque de provoquer l a fer meture d’u n gra nd nombre d’ét ablissements pr i vés , s ouvent de qualité. Avec aucune espèce de garantie que ce retour forcé se traduira en qualité.
Mais ce n’est pas un débat économique, c’est une croisade. D’abord contre l ’él it i sme. I l est cla i r que nous avons un système d’éducation à plusieurs vitesses. C’est un problème quand la sélection se fait en fonction du revenu. Mais elle se fait bien davantage par le talent. Réduire l ’é c ole pr i vée, c ’e s t vouloi r que l’école soit la même pour tous. Cette logique du tout le monde pareil, hélas ! mène à une dynamique du tout le monde plus bas.
Le r i sque est réel , parce qu’en s ous-main, s e prof i l e u ne aut r e bataille, contre la concurrence. C’est un des chevaux de bataille de la Centrale des syndicats du Québec, qui dit non à la concurrence, même au sein du public, non aux palmarès, non aux programmes spéciaux pour les plus doués. C’est la logique qui nous a donné les bulletins s a ns note. Sa ns c onc u r r ence, le système d’éducation se prive d’un out i l e s s e nt i e l pou r i n nover e t s’améliorer.
C’est enfin un refus de l’ef fort. Parce que contrairement à ce qu’on dit souvent, le succès des écoles privées vient moins de la sélection que de ce qui se passe après, le fait que les écoliers du privé sont plus poussés et travaillent bien plus.
C’est cela que l’on risque de compromettre. Belle façon de bâtir le Québec de demain.




LE DÉCLIN TRANQUILLE -  FRANÇOIS LEGAULT
Les Québécois assistent, résignés et indifférents, à l’appauvrissement de leur nation
Le Québec a un revenu moyen trop faible qui risque d’encourager l’exode de nos jeunes et de nuire au financement de nos programmes sociaux.
Député du Parti québécois depuis 1998, l’auteur a annoncé hier son départ de la vie politique. Ce texte est un extrait des propos qu’il a tenus lors de son point de presse.
François Legault a décidé de tirer un trait sur ses 10 ans de vie publique. Homme d’action, il a justifié sa décision en faisant valoir qu’il était de plus en plus mal à l’aise dans le rôle de député de l’opposition.
Je quitte inquiet pour l’avenir du Québec, inquiet parce que je sens que le Québec s’est engagé dans un déclin tranquille, et cela, malheureusement, trop souvent dans la résignation et l’indifférence. Tout projet politique ambitieux quel qu’il soit, peu importent les partis, est difficile à réaliser actuellement. Certains me parleront sûrement de la souveraineté que nous n’avons pas encore réalisée, mais je pourrais aussi dire la même chose du renouvellement du fédéralisme dont le fruit n’en finit plus de mûrir. La question du Québec n’est pas réglée, mais c’est comme si on refusait de se l’admettre collectivement.
La même apathie existe pour les défis économiques et sociaux auxquels nous faisons face. Les raisons sont multiples, mais il faut d’abord constater que la perte de confiance et le cynisme de la population à l’égard de la classe politique freinent tout élan. Avant de jeter la pierre à d’autres, je prends ma part de responsabilité, ayant été impliqué en politique depuis plus de 10 ans. Politiciens, citoyens, médias et groupes de pression, nous sommes tous responsables de cette réalité. Cela dit, la fatigue, le cynisme, le fatalisme ne peuvent servir d’excuse pour accepter l’immobilisme et surtout le déclin tranquille du Québec.
Le Québec doit retrouver la voie du courage et de l’audace, c’est mon souhait le plus cher. J’aime bien la remarque que le président américain reprend dans plusieurs de ses discours. Il affirme que chaque génération fait face à des défis importants, mais que c’est la responsabilité de chacune des générations de se retrousser les manches, de relever ces défis pour son bien et pour celui des générations futures.
Trois défis
Pour moi, il y a trois défis qu’il nous faudra surmonter. D’abord, le Québec a toujours un écart de richesse important avec les autres États en Amérique du Nord. Ensuite, nos réseaux publics de santé et d’éducation connaissent de graves problèmes d’efficacité. Et enfin, le Québec vit une crise des finances publiques.
Reprenons un par un ces défis. Premièrement, le Québec n’a pas réussi à réduire l’écart de richesse qui le sépare des autres États en Amérique du Nord. Il a un revenu moyen trop faible qui risque d’encourager l’exode de nos jeunes et de nuire au financement de nos programmes sociaux. Pour créer de la richesse, le Québec devrait investir davantage en éducation. Il faudrait aussi avoir une fiscalité des entreprises plus attrayante pour accroître les investissements et du même coup améliorer notre productivité. Et nous devons également mieux utiliser tous nos outils de
Deuxièmement, les problèmes d’efficacité qui assaillent nos grands réseaux publics restent trop nombreux. Il faut changer la culture dans nos écoles, dans nos commissions développement économique, en particulier la Caisse de dépôt, pour protéger et favoriser la croissance de nos grandes entreprises québécoises. scolaires, dans nos hôpitaux et dans nos agences de santé pour mettre en place une culture de l’évaluation et une culture des résultats.
Troisièmement, l ’ état des finances publiques du gouvernement du Québec est tel que l’on peut véritablement parler d’une situation de crise. Si on refuse d’y faire face, ce problème de déficit structurel va s’accentuer au cours des prochaines années en raison du vieillissement de la population. On ne réussira pas à protéger nos programmes sociaux si on accepte l’endettement perpétuel du Québec et de ses générations futures. Il est encore temps d’agir. Ne restons pas collectivement les bras croisés.


M. Legault a raison
M. Legault a raison, on ne progresse pas. Pourquoi? On ne veut rien changer et l’État se mêle de plus en plus de la vie des individus. Résultat : les mêmes vaches sacrées, le modèle québécois inerte, pas de réingénierie… Dès que l’idée est évoquée qu’il pourrait y avoir un changement dans la façon de faire, un nouveau style de gestion, les levées de boucliers se manifestent par tous ces lobbies… et nos gouvernements n’ont pas le courage d’affronter l’immobilisme, de peur d’être impopulaire dans une frange de la société. Remarquez que la préoccupation première d’un gouvernement est sa réélection. La bonne gestion de l’État et son fonctionnement efficace sont bien en bas de sa liste.
Jacques Côté
Un manque de courage
En quittant la politique, François Legault a trouvé les mots juste pour définir exactement ce que vit le Québec depuis les ratés de la Révolution tranquille, révolution qui avait succédé à la Grande noirceur et qui a duré presque quatre décennies. Malheureusement, le PQ est en grande partie responsable de ce déclin tranquille, peut-être plus même que les libéraux du Québec qui eux, ont décidé de tourner en rond depuis qu’ils ont perdu le courage de faire la réingénierie de l’État québécois, cédant ainsi aux pressions syndicales... Ce manque de courage de la part de certains de nos élus au Québec est devenu chose courante. Pourquoi ? Tout simplement parce que le courage ne paie pas en politique, contrairement à ce que certains idéalistes pourraient bien croire.
Julie St-Hilaire,
Une situation sans issue
Le déclin n’est pas juste économique. On décline aussi comme peuple. M. Legault a aussi raison au sujet de la résignation et de l’apathie. Qui ne serait pas résigné et apathique avec Jean Charest comme premier ministre ? C’est inspirant, ça? M. Charest surfe sur l’apathie. On ne veut plus entendre parler de souveraineté parce qu’on est conscient de notre apathie collective, de notre manque de courage. On craint un troisième refus de soi. La situation identitaire est donc sans issue. Si le peuple est voué au déclin tranquille, pourquoi se préoccuperait-on de la suite ? On va s’assimiler tranquillement et devenir des Canadians. On aura juste à déménager à Calgary si on veut vivre dans une province avec moins de dettes. J’ironise, mais si peu. C’est l’état d’esprit général dans notre Belle Province.
Claude Vaillancourt,
Des débats inutiles
Je partage l’opinion de M. Legault. Au lieu de nous attaquer à ces problèmes, nous préférons nous préoccuper du transfert au Québec des terrains fédéraux devant le Parlement ou du destin de la Commission des valeurs mobilières. Ces décisions, dans un sens ou dans l’autre, seront pratiquement sans effet alors que des actions courageuses concernant la tarification, les services, la lourdeur administrative auraient des conséquences positives à long terme. Mais les débats inutiles nous amusent et nous distraient de l’énorme effort qu’il nous faudra faire, inéluctablement. Le plus tard sera le mieux, même si cela fait encore plus mal, c’est certain, aux classes les plus pauvres de la société. Malheureusement, un vote aujourd’hui vaut beaucoup plus qu’un vote dans quatre ou huit ans.
Jacques Saint-Cyr,
Le confort et l’indifférence
En fait, le problème au Québec, c’est que tout le monde est confortable. Je parle ici de notre ami Jean Charest et de sa bande de fonctionnaires qui ont décidé depuis huit ans que les choix ayant été faits ou subis sont suffisants. Quand le chef au sommet de la pyramide décide de se croiser les bras et de cesser l’audace, de ne pas profiter de notre créativité, le virus se propage comme la peste. Ce sera à nous, les jeunes, de prendre la place, de renouveler les idées, les valeurs, l’ambition et les rêves et de changer le monde dans un Québec fort et créatif. Ce sera à nous, les jeunes, de tourner le paquebot (qu’est le Québec) vers la prospérité et la fierté.
Jean-Philippe Gagnon
Des déclarations pertinentes
François Legault nous avait habitués à des déclarations intéressantes et à des prises de position qui l’honoraient toujours. Son départ a de quoi laisser songeur. M. Legault était un des rares péquistes qui remettait en question certains dogmes et était manifestement prêt à faire sortir le Québec de ses ornières. Le PQ perd un important député, mais aussi un de ses serviteurs dont les propos étaient les plus pertinents. M. Legault, tout en respectant votre décision de vous retirer, nous vous supplions de continuer d’intervenir dans l’espace public. Le Québec est en tel manque de leaders comme vous qu’il serait dommage que vos opinions cessent de colorer nos débats !



Le testament de M. Legault -  André Pratte
Rien n’indique que les Québécois sont disposés à sortir la tête du sable.
Le député péquiste François Legault a quitté la politique en dressant un portrait sombre du Québec d’aujourd’hui. Le Québec, dit-il, vit un « déclin tranquille », la population et la classe politique refusant d’affronter les problèmes de fond qui menacent l’avenir de notre société. On se réfugie plutôt dans « la résignation et l’indifférence ».
L’inquiétude qu’a manifestée hier M. Legault devant l’« apathie » des Québécois, d’autres l’avaient déjà exprimée. Il y a sept ans presque jour pour jour, son ancien collègue Joseph Facal avait pressé le Parti québécois de cesser d’ériger en dogme « le sacro-saint modèle québécois ». Trois ans plus tard, M. Facal et une dizaine d’autres personnes, dont Lucien Bouchard (et l’auteur de ces lignes), signaient le manifeste Pour un Québec lucide. Ces appels à la mobilisation des Québécois pour relever les défis de l’appauvrissement, de l’endettement et du vieillissement n’ont pas eu les effets espérés. Les libéraux de Jean Charest ont tenté, maladroitement, de s’attaquer à certains de ces problèmes; devant la levée de boucliers, ils ont abandonné toute velléité de réforme.
Au cours de ses 10 années en politique, François Legault a voulu amener le Parti québécois à adopter une politique plus courageuse. Il était convaincu qu’il ne fallait pas réduire les dépenses en santé et en éducation, mais au contraire les augmenter. En contrepartie, le gouvernement devait s’assurer que ces réseaux soient mieux gérés, qu’on y implante « une culture de l’évaluation et une culture de résultats ». Puisqu’il était nécessaire à la fois d’augmenter les dépenses dans les domaines prioritaires et réduire la dette, le gouvernement du Québec n’aurait d’autre choix que d’accroître ses revenus. François Legault était donc favorable à des hausses substantielles des tarifs d’électricité et des droits de scolarité universitaires. Il aurait souhaité que Québec profite des baisses de la TPS pour augmenter la TVQ. Bref, il voulait que le gouvernement ose s’attaquer à quelques « vaches sacrées ». Au sein de sa formation, il s’est heurté à un mur. Au Parti québécois comme au Parti libéral en effet, on préfère prétendre qu’il existe un traitement sans douleur. Et les électeurs ne demandent pas mieux que de le croire.
François Legault est un homme d’action dont « la patience n’est pas la plus grande qualité », a-t-il confié hier. Alors, au gouvernement comme dans l’opposition, il a fait tout ce qu’il pouvait. Les plans régionaux d’effectifs médicaux, c’est lui. Les contrats de performance, c’est lui. L’étude sur les finances d’un Québec souverain, c’est encore lui. Toutes ses initiatives n’ont pas été heureuses, mais on doit lui donner l’immense mérite d’avoir osé bousculer les habitudes.
On pourrait mettre l’« apathie » des Québécois sur le dos des politiciens; ce serait trop facile. Comme l’a dit M. Legault en parlant du cynisme populaire, « politiciens, citoyens, médias et groupes de pression, nous sommes tous responsables de cette réalité ». « Il est encore temps d’agir », a-t-il conclu. Malheureusement, rien n’indique que les Québécois sont disposés à sortir la tête du sable.



La grenouille dans l’eau chaude
ANDRÉ PRATTE
Tout lemondeconnaît lathéorie selon laquelle si on place une grenouille dans une casserole d’eau bouillante elle en sortira au plus vite, tandis que si on la met dans une casserole d’eau froide qu’on chauffe ensuite lentement, le batracien ne réagira pas et finira ses jours ébouillanté. D’un point de vue scientifique, ça ne tient pas. N’empêche, l’allégorie illustre merveilleusement l’incapacité de certains groupes et personnes à réagir à une situation problématique avant qu’il ne soit trop tard. Pensons à l’insouciance des Québécois face à l’impact prévisible du choc démographique.
Une analyse des économistes de Desjardins, publiée jeudi, confirme ce qui a été annoncé par bien d’autres auparavant, mais que la plupart des gens refusent d’entendre: le vieillissement de la population québécoise et la diminution de la main-d’oeuvre qui s’ensuivra donneront un sérieux coup de frein à la croissance économique. Au cours des deux prochaines décennies, celle-ci diminuera lentement pour n’atteindre que la moitié de ce qu’elle est aujourd’hui. Les entreprises d’ici auront de plus en plus de mal à trouver des travailleurs, en particulier des jeunes. Pour les attirer, elles devront payer de meilleurs salaires et auront par conséquent du mal à soutenir la concurrence venant de pays où la main-d’oeuvre est plus abondante.
Le mini baby-boom constaté depuis 2006 et la hausse du nombre d’immigrants sont des phénomènes trop marginaux pour avoir un effet significatif sur les tendances lourdes. Autrement dit, on ne peut pas faire grand-chose pour prévenir le vieillissement de la population.
Le choc sera particulièrement « brutal » pour les finances publiques. « Le Québec se dirige inévitablement vers une impasse financière majeure », soutiennent ces économistes. Commeunebonne partie des fonds du gouvernement du Québec vient de l’impôt sur le revenu des particuliers, la baisse du nombre de travailleurs aura pour effet de diminuer les rentrées d’argent. Simultanément, les pressions à la hausse sur les dépenses en santé seront considérables, toujours en raison du vieillissement.
Au cours de la dernière décennie de prospérité, l’État québécois n’est pas parvenu à alléger le fardeau de sa dette. Il se trouve maintenant sans marge de manoeuvre aucune et la situation ne pourra que s’aggraver. Jusqu’à ce que l’élastique casse.
L e s é conomi s t e s de Desjardins dressent un pronostic des plus sombres: « Une vague de réformes encore plus douloureuses que celles de la dernière décennie sera incontournable. »
Certains ne manqueront pas de dénoncer cette nouvelle « attaque néo-libérale contre le modèle québécois ». Quant à nous, ce n’est pourtant pas de cela qu’il s’agit. Il s’agit de trouver le courage de faire les choix qui préserveront les missions gouvernementales essentielles et y concentreront nos ressources limitées. Vivre solidairement, certes, mais selon nos moyens.
Il vaut mieux prendre ces décisions demanière réfléchie et démocratique que de se les faire imposer en catastrophe par ses créanciers. Réagir quand l’eau est tiède plutôt qu’attendre le point d’ébullition.



La résurgence du politique -  LOUIS BERNARD
Déjà on sent partout une aspiration pour plus de dynamisme et de leadership
Une société réussit normalement à se donner le gouvernement dont elle a besoin pour mener à bien les projets qu’il lui tient à coeur de réaliser.
CAvocat, l’auteur a été haut fonctionnaire au gouvernement du Québec. omme certains commentateurs ont commencé à le souligner, les effets à long terme de la crise économique actuelle se feront sentir bien davantage sur la scène politique que sur la vie économique des nations. Tout comme la Grande dépression de 1929 a amené le remplacement du laisser-faire caractéristique des années 20 par l’instauration du New Deal de Franklin D. Roosevelt, lequel redonna à l’État sa prédominance jusqu’à la montée du néo-libéralisme de l’ère Reagan-Thatcher, la grande récession actuelle ramènera la prééminence du politique sur la dominance des marchés.
Après une vingtaine d’années de parcours vers la droite, le balancier repart maintenant vers la gauche. La faillite des forces du marché, appelant maintenant l’État à leur aide, n’est certes pas étrangère à cette situation.
Cenouvel épisode estd’ailleurs tout à fait conforme à l’évolution de nos sociétés modernes où l’on voit constamment se succéder les périodes où dominent les forces économiques et celles où c’est l’État qui tient le haut du pavé. En effet, dans nos sociétés démocratiques, les lieux de pouvoirs sont multiples et en constante compétition entre eux, et, comme un balancier, la prédominance va continuellement d’un extrême à l’autre. Après une vingtaine d’années de parcours vers la droite, le balancier repart maintenant vers la gauche.
Plusieurs événements se combinent pour assurer la persistance de cette nouvelle direction au cours des prochaines années. Il y a d’abord la faillite des forces du marché qui, laissées à elles-mêmes, appellent maintenant l’État à leur aide. Puis, il y a le déséquilibre, de plus en plus intolérable, dans la distribution des avantages de la mondialisation entre les riches et les pauvres, ce qui explique l’arrivée au pouvoir de gouvernements de gauche, surtout en Amérique latine. Enfin, il y a le réchauffement climatique dont la solution exige une action gouvernementale concertée à l’échelle internationale. Seuls les États sont en mesure de résoudre ces problèmes universels.
Cette résurgence de l’ État dans le monde aura de profondes répercussions sur l’avenir de nos sociétés en général et sur celle du Québec en particulier.
L’une de ces conséquences sera la revalorisation des processus et des acteurs politiques. Lorsque les forces économiques prédominent et que l’État doit se contenter d’un second rôle, les processus politiques ont tendance à se dégrader et les acteurs politiques à perdre de leur influence. La corruption refait surface et la confiance dans le personnel politique diminue. N’ayant pas de grands objectifs à poursuivre, l’État perd en quelque sorte sa raison d’être et les citoyens s’en désintéressent.
Nous vivons présentement cette période au Canada et au Québec. Sur la scène constitutionnelle, tout semble bloqué, tant au Canada qu’au Québec. La lutte aux changements climatiques se bute aux intérêts pétroliers de l’Ouest. Même la redistribution de la richesse au moyen de la péréquation est coupée unilatéralement, voire même remise en question. Les scandales, petits et grands, se font de plus en plus nombreux et la participation électorale diminue.
Les plus vieux d’entre nous se rappelleront la déliquescence des processus politiques sous Maurice Duplessis et comment la Révolution tranquille, en remettant l’État à la tête de notre devenir, a conduit à un assainissement de nos moeurs politiques et à la naissance d’une ou deux générations d’hommes et de femmes politiques hors du commun. La fonction crée l’organe et l’habit fait le moine. Non seulement une société a, comme on dit, le gouvernement qu’elle mérite, mais elle réussit normalement à se donner le gouvernement dont elle a besoin pour mener à bien les projets qu’il lui tient à coeur de réaliser.
Déjà on sent pa r tout une aspiration pour plus de dynamisme et de leadership à tous les niveaux politiques. On recherche les visions d’ensemble, les objectifs à long terme, les projets mobilisateurs, et les hommes et les femmes capables de les formuler et de les mettre en oeuvre. Ceux et celles qui réussiront à répondre à ces attentes seront ceux et celles qui dirigeront nos destinées dans les années à venir. La résurgence du politique leur en donnera l’occasion et les moyens.


L’hibernation nationale  -  STÉPHANE LAPORTE
On nous l ’a n n o n c e depuis le printemps. Comme on le fait pour une grosse production cinématographique d’Hollywood. Avec une bande-annonce pour nous mettre l’eau à la bouche. Ou plutôt au nez. La grippe A (H1N1) s’en vient ! Tatatatam (musique dramatique). Et on voit des scènes d’urgences bondées. Des gens avec des petits masques partout. Des bouchons de cortèges funèbres au centre-ville. La grippe A (H1N1), coming this fall sur une poignée de porte near you ! Ça donne la chair de poule. Ou plutôt la chair de porc.
Elle est censée arriver en octobre. Petit hic, le vaccin va être prêt en novembre. Délai administratif. Et nous, les cons, qu’est-ce qu’on fait durant un mois ? On prend un grand respir. Et on tousse dans notre coude. C’est ben beau tousser dans notre coude pour ne pas contaminer autrui en donnant la main, mais dans le métro, ça j oue plus du coude que ça se donne la main. Durant un mois, le virus va pouvoir se promener partout sans que rien ne puisse l’arrêter. On n’a rien pour se défendre. Que nos petits anticorps personnels. En passant, un anticorps, ce n’est pas le corps de quelqu’un qui ne s’entraîne pas, ce n’est pas le corps de quelqu’un qui passe son temps au Tim Hortons. Non, c’est une protéine spéciale de défense. Elle est censée nous protéger lorsqu’une substance étrangère s’introduit dans notre organisme. Sauf que nos anticorps sont rendus à boutte. Ils luttent à chaque instant contre des millions de microbes. La grippe A ( H1 N1), c ’est trop pour eux. Ils la laissent passer. Et on est fait. Ça prend le vaccin pour leur donner un regain d’énergie. Mais il n’est pas prêt.
La solution : l’hibernation nationale. Une pandémie se propage parce que les êtres humains se côtoient. Dans l’autobus, dans l’ascenseur, au bureau, au centre commercial, au restaurant. Réglons le problème, restons chez nous. Et facebookons. Les seuls virus que peuvent donner nos amis Facebook attaquent notre ordinateur, pas notre santé.
On passe le mois d’octobre en dedans. Enfermés. On a déjà eu la loi des mesures de guerre en octobre qui nous privait de nos libertés. Cette fois, la direction de la santé publique doit promulguer la loi des mesures de grippe qui nous privera de notre liberté de nous déplacer. D’entrer en contact les uns avec les autres. Chacun est cantonné à son domicile durant les 40 prochains jours. Une quarantaine pancanadienne.
Défense de sortir. C’est le maire de Huntingdon qui va être content. Un couvre-feu de 24 heures par jour. Il y aura des horaires de prise d’air pour les fumeurs. Ainsi quatre fois par jour, les résidants d’une même maison auront le droit d’aller sur le balcon. Bien sûr, leurs voisins devront attendre qu’ils soient rentrés pour sortir à leur tour.
Toutes les transactions se feront sur le Net. L’épicerie sera commandée via le web et livrée par des employés en combinaisons. On s’informe sur le Net. On se divertit sur le Net. On communique sur le Net. Bref le Net devient notre respirateu r a rtificiel auquel on est branché nuit et jour. Plusieurs ne verront aucune différence avec leur vie normale.
La séquestration préventive comporte son lot d’avantages. Fini le trafic. Finis les ponts. F i n ies les contraventions . Finis les accidents. Finies les pertes de temps. On n’est jamais en retard. On est toujours rendu.
Imaginez aussi les bienfaits pour l’écologie qu’entraîne ce programme. C’est le déplacement qui pollue. Il n’y a rien de plus vert que l’immobilisme. Nos gouvernements le savent bien. Ce ne sera pas une journée sans voitures. Ça va être un mois sans voitures, sans autobus, sans avions. Ça va purifier notre environnement.
Économiquement, certains peuvent craindre que l’hibernation entraîne la baisse des marchés. Au contraire ! Ce n’est pas le travail qui fait augmenter les profits. C’est la spéculation. Les gens n’auront que ça à faire. Spéculer et transiger sur leurs ordinateurs.
Que tout le monde reste à la maison durant un mois, qu’est-ce que ça va changer ? Rien. Le nouveau CHUM ne peut pas être plus en retard. Les gouvernements ne peuvent pas être plus sclérosés. Les finances ne peuvent pas être plus au ralenti.
Ce sont les ours qui ont raison. Il y a un temps pour se frotter aux autres et un temps pour rester dans son trou.
Cette incarcération à domicile sera probablement une période de ressourcement pour l’ensemble des Québécois. Un peu comme le fut le verglas. Ça va nous permettre de nous rapprocher de nos proches et de nous éloigner de nos lointaines connaissances.
En novembre, nous serons mieux armés pour affronter la grippe A (H1N1) et l’hiver. Et Gérald Tremblay, et Louise Harel, et Stephen Harper, et M ichael Ignatieff, et Jean Charest, et Pauline Marois. Tous ces gens qui veulent notre bien mais qui n’ont pas commandé le vaccin à temps. Atchoum!

 

Foule sentimentale  
NATHALIE COLLARD
Je souhaite que cette c r i s e économique apporte un profond questionnement et une remise en question sur le sens de nos valeurs et nos priorités », affirmait le dalaï-lama, hier, dans nos pages.
Le chef spirituel des Tibétains n’est pas le seul à souhaiter que l’effondrement des marchés et les déroutes de la société de consommation provoquent une profonde remise en question dans les pays industrialisés. Le 9 juin dernier, à Zagreb, des évêques européens se réunissaient pour discuter de la crise, son aspect moral et l’examen de conscience qu’elle suscite.
Une rencontre semblable, à la mi-mai, réunissait une vingtaine de représentants des religions juive, musulmane et chrétienne. Répondant à l’invitation du président de la Commission européenne, ils étaient conviés à une discussion sur la crise et ses impacts et surtout, sur la contribution que pouvaient apporter les différentes religions sur le plan éthique.
À ces leaders religieux se joignent les apôtres de la simplicité volontaire et les environnementalistes, ainsi que tous ces mouvements dits de gauche qui expriment, depuis plusieurs mois, l’espoir de voir un nouveau monde émerger, un monde qui tournerait désormais autour de l’être humain. De nouvelles valeurs émergeraient, des valeurs inspirées par le respect de la planète ainsi que par un plus grand sens critique à l’endroit de cette société de consommation qui nous « inflige des désirs qui nous affligent », pour reprendre les paroles de Souchon.
Mais sommes-nous vraiment à la croisée des chemins? Ou s’agitil plutôt d’un optimisme passager qui risque de retomber dès que l’économie se relèvera?
On aimerait croire au changement. On aimerait penser que nous sommes comme cet obèse qui a frôlé la mort et qui décide tout à coup de suivre les conseils de son médecin, de se mettre à la course à pied et de mieux (et moins) manger.
Il y a toutefois des signes qui montrent que le patient n’a peutêtre pas encore eu sa leçon. On le voit dans cette impatience face à la reprise, dans la façon dont les spécialistes et les observateurs de l’économie scrutent l’horizon, interprétant chaque soubresaut comme un éventuel signe de reprise.
Cette impatience n’a-t-elle pas ses racines dans le même terreau que la course au rendement qui a mené les marchés à leur perte? Les gens profitent-ils vraiment de cette crise pour revoir leurs priorités, ou n’est-ce pas simplement une petite déprime passagère, un temps de pause avant de reprendre la course effrénée? Au fond, tout le monde n’attend-il pas que les choses reviennent comme avant afin de reprendre le rythme de la consommation là où on l’avait laissé?
Cer tains est i ment que la popularité des friperies et des magasins d’objets usagés est une preuve éloquente que les choses ont changé. Ah oui? N’est-ce pas plutôt la preuve que les gens ont absolument besoin de continuer à consommer? On continue d’acheter, à moindre prix. Mais on achète quand même. Bien sûr, on sera plus exigeant, on consommera des produits équitables, des biens dont on connaît l’origine. On conduira des voitures hybrides, on portera des vêtements fabriqués dans des usines où les travailleurs jouissent de bonnes conditions.
En d’autres mots, la crise aura ébranlé quelques certitudes et modifié certains rites, mais la religion de la consommation, elle, demeurera bien vivante.



  « Réveillez-vous! » YVES BOISVERT
« Si une firme vous donne 50 000$, ce n’est pas pour vos beaux yeux et je doute que ce soit pour la démocratie. Ils veulent quelque chose, et généralement pas quelque chose de légal. »
Jacques Duchesneau, qui a pris l’an dernier sa retraite de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, est convaincu que la corruption est une réalité bien ancrée dans la vie municipale au Québec.

Valises et porte-valises
acques Duchesneau est sorti presque aussi vite de la politique municipale qu’il y est entré. Et l’ancien chef de police n’a pas de jolies choses à en dire. Il regarde sans joie mais sans étonnement les récents imbroglios à l’hôtel de ville de Montréal.
« Je vois bien le désengagement des citoyens, dans toutes les municipalités. J’ai le goût de dire aux gens : réveillez-vous ! Si vous ne vous occupez pas de la politique, elle va s’occuper de vous », me dit-il de la retraite où il termine une thèse de doctorat sur la prévention du terrorisme.
Il ne se prononce pas sur la situation actuelle à l’hôtel de ville, mais il se souvient de ce qu’on lui disait en 1998. « Des propriétaires de parkings me disaient qu’ils devaient verser de l’argent dans des enveloppes. Des entrepreneurs qui faisaient des affaires partout dans le monde me disaient : c’est drôle, je n’ai jamais de contrat à Montréal ! D’autres me confiaient qu’ils recevaient des menaces s’ils participaient à des appels d’offres. Encore maintenant, c’est curieux, je me promène en ville et ce sont toujours les mêmes qui font des travaux publics... Ils doivent être meilleurs que les autres, j’imagine... »
L’ancien chef de police affirme qu’il n’a plus d’ambition politique, et que, de toute manière, il n’habite plus Montréal. Et puis, l’expérience a été pénible. « J’ai réalisé que j’ai fait mal à ma famille, mes enfants en ont souffert. Les motards m’ont suivi toute la campagne, il y avait des croix gammées sur mes photos... Pas de très beaux souvenirs. »
En 1998, un mois avant l’élection qui allait reporter Pierre Bourque à la mairie, la campagne de l’ancien chef de police virait au désastre. Il piquait du nez dans les sondages. Les hommes d’affaires qui avaient promis leur appui se défilaient. Et comme de raison, les coffres étaient vides.
« Des gens de mon organisation sont venus me dire qu’on se faisait offrir de l’argent. Je vous parle d’argent cash, de valises d’argent pour la campagne. J’ai évidemment refusé. Je suis entré en politique exactement pour combattre ça ! »
Qui donc étaient ces généreux donateurs? Que ce soit la firme unetelle ou telle autre, le but de l’opération est de s’acheter un bout de la mairie, on l’aura compris.
« Si une firme vous donne 50 000 $, ce n’est pas pour vos beaux yeux et je doute que ce soit pour la démocratie. I ls veulent quelque chose, et généralement pas quelque chose de légal. Ils veulent en avoir pour leur argent! Sauf que s’il y a des kickbacks sur les contrats, c’est vos taxes qui paient pour ça ! »
« Je ne cherche pas d’excuse, je ne suis pas amer, et c’est par ma faute que j’ai perdu. À la fin, j’avais une attitude agressive, mon message ne passait pas. Je vous dis seulement ce que j’ai vécu. »
Le silence
Jacques Duchesneau, qui a pris l’an dernier sa retraite de l’Administration canadienne de la sûreté du transport aérien, est convaincu que la corruption est une réalité bien ancrée dans la vie municipale au Québec.
« Je suis entré dans la police en 1968, à une époque où on venait de découvrir des policiers qui acceptaient des pots-de-vin. J’ai été marqué par ça. Mais partout où des gens exercent un pouvoir, il y a un risque de corruption. Les gens ne veulent pas parler, ou seulement sous le couvert de l’anonymat, parce celui qui paye comme celui qui est payé n’a pas intérêt à parler. Mais c’est une réalité. »
« Je ne dis pas que c’est partout, et quand c’est le cas, je ne dis pas que les politiciens sont dans le coup. Ça peut venir de leur appareil politique, de leur organisation, ça peut être des combines de la bureaucratie. Le maire ne peut pas tout savoir ce qui se passe dans sa ville, surtout à Montréal. »
Il est convaincu de l’honnêteté de Gérald Tremblay, avec qui il lui est arrivé de travailler. « Et avant de dire que quelqu’un est honnête, je fais bien attention, j’ai été déçu trop souvent, dit l’ancien policier. Mais il y a peut-être des gens qui jouent leur game sans que le boss le sache... » Quoi faire, alors ? « Les lois peuvent contribuer, comme celle sur le financement des partis politiques, mais elle est contournée constamment. Avec le niveau de désengagement (45% de participation aux élections municipales de 2005), il faut en faire des soupers spaghetti avant de financer sa campagne. Il y en a qui voient la corruption comme un mal nécessaire, pas si grave au fond, ce n’est pas mon cas. Mais ça dépend ce qu’on veut comme société. »
« Ce qu’ i l faut , c ’ est que les gens en politique indiquent clairement leurs limites, qu’ils se définissent et qu’ils définissent les règles du jeu, pour leur entourage comme pour le public. »

Parce que ni les lois, ni les codes n’injectent de l’éthique dans le coeur humain...


Dans un état de colère permanent - Si je sortais dans la rue pour manifester contre tous les sujets qui me révoltent… je vivrais dans la rue!
Cessez de culpabiliser les gens parce qu’ils ne sont pas dans la rue à crier leur indignation et leur rage.
L’auteur réside à Salaberry-de-Valleyfield. entendais la semaine dernière un animateur de tribune téléphonique remarquer que la situation d’Omar Kadhr n’émouvait pas la population canadienne et québécoise puisqu’il n’y avait pas de manifestation dans la rue.
J’aimerais profiter de ce commentaire pour mettre en garde les journalistes et les commentateurs politiques de toutes sortes contre ce genre de raccourci logique. Il est frustrant de lire sans cesse qu’on mesure à l’aune des manifestations publiques l’importance que les citoyens sont censés accorder à une cause. Savez-vous que je vis dans un état de colère quasi permanent, comme la majorité de mes concitoyens, et que, si je sortais dans la rue pour manifester contre tous les sujets qui me révoltent et pour toutes les causes qui me tiennent à coeur, je vivrais dans la rue !
Or j’ai un travail et une vie familiale qui m’occupent amplement. Si je ne veux pas ajouter aux maux de notre société, déjà suffisamment éclopée, ceux des travailleurs et des parents en panne d’investissement professionnel et affectif, je dois donc prendre beaucoup de mon temps pour gagner ma vie et aimer les miens.
Puis-je cependant rappeler à tous et toutes que cet engagement ne signifie pas que je sois indifférente au comportement honteux et dangereux du gouvernement Harper, à la gouvernance aussi scandaleuse du gouvernement Charest, à ces innombrables l iens étroitement malsains entre les « copains » du secteur privé et les « élus » qui doivent gérer le secteur public, à la corruption qui se camoufle au sein des municipalités et autres paliers de gouvernance, à la pratique répandue des bonus distribués à tous ces petits et grands cadres qui sont pourtant déjà pourvus d’un confortable salaire et qui n’ont de cesse de rogner sur celui de leurs employés ou subalternes, à la médiocrité de notre système d’éducation dont on en tait trop souvent les causes, à l’attitude irresponsable de ces nombreux travailleurs et citoyens qui refusent de payer leur quote-part d’impôt (êtes-vous capables de trouver un ouvrier qui fera les rénovations de votre maison pour un prix raisonnable avec facture ?), à ces compagnies minières qui exploitent le soussol québécois sans nous payer des redevances décentes, à tous ces projets (autoroute 30, CHUM, autoroute Décarie, etc.) mal foutus, qui manquent de t ranspa rence, dont les factures ne cessent de gonfler mais que le « bon » contribuable devra assumer, à cette langue française qui décline emportant dans sa chute notre identité et notre histoire, etc. ?
De grâce, cessez de culpabiliser les gens parce qu’ils ne sont pas dans la rue à crier leur indignation et leur rage, et réjouissez-vous qu’ils n’y soient pas parce que vous ne pourriez plus jamais circuler dans les rues de ce pays.

NDE : Oui, et il ne faudrait justement pas s'étonner que la colère n'aille qu'en augmentant, du moment qu'on ne fait que l'entretenir sans jamais rien faire pour s'attaquer à ce qui la cause ! Du moment que l'on pense qu'il n'y a rien à faire tellement que tout va mal, alors il ne faudrait justement pas trop s'étonner si rien ne se passe, sinon que tout ne fasse qu'empirer, justement !...



Le Honduras déchiré  MARIO ROY

Minute par minute, hier, l’affaire a pris l’allure d’un feuilleton de politique-fiction. Parti de Washington à bord d’un petit jet vénézuélien, le président destitué du Honduras, Manuel Zelaya, pourrait-il atterrir chez lui ? Et si oui, serait-il arrêté par les militaires qui, il y a huit jours, au petit matin, l’ont jeté hors du pays sans lui donner le temps d’enfiler autre chose qu’un pyjama ? Et autour de l’aéroport de Tegucigalpa, bouclé pour l’occasion, ces mêmes militaires allaient-ils tirer sur les partisans de Zelaya, accourus par dizaines de milliers pour l’accueillir ?
Cet épisode n’était toujours pas clos en soirée, hier.
Mais il appert que l’avion de Manuel Zelaya n’a pas pu se poser à l’aéroport de Tegucigalpa. Et que la situation s’est aggravée de violences ayant fait au moins un mort...
Peu importe ce qui était susceptible de se produire par la suite : depuis une semaine, au Honduras, les événements rappellent ce folklore politique latinoaméricain qu’on a connu dans les années 60 ou 70... ce folklore des caudillos et des coups d’État, des guérilleros et des révolutions de caserne, qu’on croyait révolu.
On sait en effet ce qui vient de se passer dans ce pays, le plus pauvre de la région après Haïti et le Nicaragua.
Appuyée par la Cour suprême et le Congrès, l’armée hondurienne a destitué et exilé le président élu en 2005, Manuel Zelaya. Politicien de centre droite issu de la classe des propriétaires terriens, il s’était graduellement converti à une gauche populiste à la Hugo Chavez, adoptant certaines façons de gouverner, discutables, inspirées de celles du président vénézuélien. Dont la plus récente : Zelaya avait amorcé en juin un tortueux processus référendaire ayant pour but de modifier la Constitution afin de pouvoir revendiquer de nouveau la présidence – un processus légal ou non, les opinions divergent.
Quoi qu’il en soit, ça a été la proverbiale goutte versée dans le proverbial vase: les militaires sont intervenus.
Il y a 30 ou 40 ans, le monde entier se serait contenté de hausser les épaules devant le fait accompli. Mais aujourd’hui, ça ne passe plus: quels que soient les motifs invoqués, le coup d’État militaire ne figure plus parmi les modes acceptés d’accession au pouvoir.
Pas plus que l’ONU ellemême, aucune nation n’a reconnu le nouveau gouvernement dirigé de façon intérimaire par Roberto Micheletti. Dans la nuit de samedi à hier, l’Organisation des États américains a exclu le Honduras de ses rangs (à l’unanimité moins une voix: celle du Honduras). Le président des ÉtatsUnis, BarackObama, s’est retrouvé du même côté que l’antiaméricain Chavez et a condamné l’intervention de l’armée hondurienne.
En pratique, le Honduras pourrait être privé de financement international et, sans doute, du pétrole vénézuélien.
On peut conclure de tout cela que les coups d’État ne sont plus ce qu’ils étaient, efficaces et définitifs. Et que, au Honduras, le gouvernement installé par l’armée ne pourra pas éviter la négociation et le compromis.


La chasse à Vandal  -  ANDRÉ PRATTE
Hydro-Québec a commis un faux pas en versant une somme de 250 000 $ au collège Notre-Dame alors que son PDG, Thierry Vandal, est président du conseil de l’établissement. Le don au collège Jean-de-Brébeuf n’était pas une bonne idée non plus. Dans les deux cas, l’objectif visé par la contribution de la société d’État n’était pas clair et son atteinte était difficilement mesurable.
La société d’État a reconnu qu’elle devait revoir sa politique de dons et commandites. À moins que d’autres cas délicats ne surgissent, l’affaire devrait en rester là. Malheureusement, certains se sont lancés dans une véritable chasse au scandale, quitte à en trouver là où il n’y en a pas. On a même appelé à la démission de M. Vandal.
Jeud i , u ne agence de presse a « révélé » qu’HydroQuébec avait versé 50 000 $ au C on ference B oa rd du Canada. Eh ! oui, M. Vandal est membre du conseil d’administration du Conference Board. Scandale ! Scandale pourquoi ? Le PDG d’HydroQuébec aide un organisme à but non lucratif en offrant un peu de son temps et de l’argent de la société. Où est le conflit d’intérêts ? Qui s’est mis de l’argent dans les poches ?
Hyd ro - Q uébe c e st u n i mpor ta nt com ma nd ita i re de l’Orchestre symphonique de Montréal. Une vice-présidente de la société siège au CA de l’OSM. Conflit d’intérêts ? Hydro a aussi promis 600 000 $ à l’hôpital Rivièredes-Prairies, qui soigne des jeunes souffrant de problèmes psychiatriques. M. Vandal est président de la campagne de financement. Honteux ?
Vendredi, un réseau de télévision a « révélé » qu’HydroQuébec avait donné 50 000$ à HEC Montréal. Or, M. Vandal a fait sa maîtrise en administration des affaires à cette école et, en plus, siège au conseil de l’établissement. Re-scandale ! Où ça? On a passé toute la semaine dernière à reprocher à HydroQuébec de ne pas venir en aide aux écoles publiques. Et voilà qu’on dénonce sa contribution à une université publique! Sans mentionner qu’Hydro donne à presque toutes les universités de la province.
Un reporter est allé jusqu’à frapper à la porte de la résidence de M. Vandal. Personne n’a ouver t . L ouche, non ? Franchement ! Va-t-on traquer Thierry Vandal comme s’il s’agissait de Vincent Lacroix ?
L’opposition et les médias doivent être exigeants à l’égard des sociétés d’État. Les reportages d’André Noël sur les dons d’Hydro-Québec aux collèges privés étaient rigoureux. En provoquant une réflexion sur les dons faits par les entreprises gouvernementales, ils ont servi l’intérêt public.
Michèle Ouimet l’a signalé samedi, M. Vandal a commis une autre erreur en refusant de s’expliquer. Lorsqu’une c ont r ove r s e de c e ge n re éclate, le d i rigea nt d’u ne société d’État a le devoir d’en assu mer publiquement la responsabilité.
Thierry Vandal ne mérite pas pour autant qu’on le traite comme un criminel. Comme l’a déclaré vendredi le président du conseil, son bilan à la tête d’Hydro-Québec est « remarquable ». Une erreur de jugement, somme toute mineure, ne saurait l’effacer.



Rêver? Oui, mais…  -  Michèle Ouimet
L’hiver, je fais du ski de fond sur la montagne. Surtout le matin, quand la ville est assoupie et que le mont Royal n’est pas encore envahi par les Montréalais.
Je pars de la statue de George-Étienne Cartier, au pied de la montagne, et je grimpe jusqu’à la croix. La pente est douce, familière. Elle suit le chemin des calèches, puis elle bifurque dans le bois. À travers les branches, on aperçoit Montréal, ses gratte-ciel, la fumée blanche crachée par les cheminées, le soleil pâle.
Je redescends doucement j usqu’au chalet qui surplombe la ville. La vue est époustouflante : le centre-ville en contrebas, les ponts qui enjambent le fleuve pris dans les glaces, les collines à l’horizon, le ciel bleu.
J’ouvre les grandes portes du chalet. Et c’est là que ça se gâte : une salle immense, froide, à moitié vide. Une cinquantaine de chaises et de tables bon marché entassées dans un coin au milieu d’une atmosphère stalinienne.
Pendant des années, il y a eu un casse-croûte qui vendait des sandwichs fatigués et des cafés à l’eau de vaisselle. Il a fermé ses portes cet hiver. I l a été remplacé par des machines distributrices qui distillent du mauvais café.
Quand je vois les touristes assis sur les chaises misérables du chalet, j’ai honte. Honte de la laideur, de ce laisser-aller, de ces tables jetées pêle-mêle, de la cheminée condamnée. Honte de Montréal.
Pourtant, ç a f ait des années que la Ville se penche sur le chalet et envisage de le rénover. Cette semaine, j’ai parlé à la responsable de la montagne dans l’équipe du maire Tremblay, Helen Fotopulos. Alors, lui ai-je demandé, le chalet aura-t-il un restaurant potable avant le quatrième millénaire ?
Question simple, réponse archicompliquée. Le chalet du lac aux Castors et la maison Smith, tous deux perchés sur la montagne, offrent déjà de la nourriture. La Ville doit donc étudier « l’utilisation du vécu des lieux existants », a précisé Mme Fotopulos. Comment le chalet s’intégrera-t-il dans ce « vécu » ? Le vécu? Quel vécu? Le vécu du manger, ai-je compris. Je résume: il ne faut pas qu’il y ait trop de restaurants sur la montagne et chacun doit être complémentaire. L’Institut d’hôtellerie va donc se pencher sur cette grave question.
Puis le dossier cheminera : le rapport de l’Institut, suivi par la réflexion des services de la Ville et des élus qui vont cogiter sur le vécu du manger. Montréal ira ensuite cogner à la porte du ministère de la Culture pour quêter de l’argent.
Et les étapes s’enchaîneront: adoption d’un budget, résolution du comité exécutif, appel d’offres, choix d’un entrepreneur, premier coup de mar teau. Compter les délais en années. Pourtant, il ne s’agit que d’un petit resto sympathique qui servira du bon café. Mais rien n’est simple à Montréal.
Rêver ? Oui . Les Montréalais ont des idées plein la tête: des ponts peints d’une couleur vive, une plage au bout du boulevard SaintLaurent, des places publiques, des fontaines. Lisez ces idées et bien d’autres dans le cahier Plus.
Mais ces rêves risquent de frapper un mur. Si la Ville est incapable d’ouvrir un resto tout simple sans se tâter le vécu pendant des siècles, imaginez aménager une plage au bout de la place Jacques-Cartier.

Mon r êve : s i mpl i f i er Montréal et assoupl i r la bureaucratie pour que les rêves soient possibles.