Arts

LA PRESSE & COMPAGNIE AUTRES MÉDIAS


Nirvana’s ‘Nevermind’ Turns 25: Oh Well, Whatever…
Celine Dion's vocal skills live
The Meaning of Pink Floyd's Dark Side of the Moon
100 Greatest Songs of All Time!
Kaamelot Livre IV Tome 1

PAUL MCCARTNEY DIED IN 1966 AND WAS REPLACED BY LOOK-ALIKE WOW REALLY ?
Former Beatle Ringo Starr Claims the “Real” Paul McCartney Died in 1966 and Was Replaced by Look-Alike

WAS PAUL MCCARTNEY REPLACED IN 1966? *WORLD UPDATE

Ringo says Paul died in 1966


Le Temps de Cerveau Disponible (FR)

JEAN DUJARDIN MEILLEUR ACTEUR OSCAR 2012 PREMIER FRANCAIS A REMPORTE CE PRIX

Soutien public à l'art
Spare arts grants from the cleaver - Globe Editorial

Lettres - Malveillant et brutal
La culture de l’intimidation

Et notre « film national » est...

La revente est- elle un scandale?
Les requins de la revente
Les billets de la discorde

Demi-vérités

Lessons from other cities on battling graffiti


Le progrès a- t- il une ville?
Un acte de foi


Et y aura-t-il jamais un quelconque avenir pour le cinéma québécois ?...
Libre opinion - La parlure du cinéma québécois
L’étincelle

Le doute de Denis Villeneuve

Le Québec- monde

L’insaisissable auditoire
LE DÉCLIN DES NOUVELLES DE FIN DE SOIRÉE


PAS DE CHICANE DANS MA CABANE ?

Un marché en pleine explosion

Mauvais par exprès?

L’élitisme pour tous !

Le Québec et ses galas...
Le pari de la qualité

L'ADISQ est-elle en 2010?

Les gagnants de la culture

Costco - Pierre Foglia

Hydro-Québec: l'art d'éteindre l'art - Nathalie Petrowski


QUI SAUVERA LA VIE DU DJ?


Festivals du film
Un festival permanent


Parce que moi je rêve…
Le TIFF: un festival ou une foire?

Toronto a tout pourtant...
La rivalité à sens unique

De dures leçons à tirer
Festivals sous tensions
Faire comme Hollywood -
Marc Cassivi


Sortie 67: un film montréalais «black»

L'aveuglement volontaire -
Marc Cassivi
Jacob Tierney persiste et signe -
Marc-André Lussier


Et que dire des droits de nos artistes ?...
Sondage sur le nouveau Colisée à Québec - Labeaume n'est guère ébranlé


Steve Martin, l'hôte idéal

Cheech and Chong: sympathiques mais sans surprise

Cheech and Chong: poteux un jour, poteux toujours


La revanche du rock indépendant

D'autres films québécois à voir au FFM

Humour
Six gars en 8 bits

LA STAR ÉCLAIRÉE

LE PLUS DUR MÉTIER DU MONDE
Des idées pour rire
Les rigolades d’un Gaulois
C’est peut- être moi le mononcle
Notre télé frileuse ( bis)
Juste pour rire en mutation
Le mauvais goût - Chantal Guy

L'humour extrême, qu'ossa donne?

La patrie des sans-culottes - Marc-André Lussier

Montréal gratuit? Oui. Inculte? Non - Nathalie Petrowski
Culture consommée - Mario Roy


La métaphore de notre sort - Nathalie Petrowski


Financement des festivals : crise totale aux Francos


Robin de Cannes - Mario Roy

Un privilège -
Marc Cassivi
Un choix de société -
Marc Cassivi
Rentabilité: mythe et malentendu


Un comité recommande de ne pas abolir la TVQ sur les produits culturels
La TVQ sur les livres, non merci!


Encore une tuile pour Radio-Canada


Un comité recommande de ne pas abolir la TVQ sur les produits culturels

Avatar activism: Pick your protest

Avatar and the politics of our time - Rick Salutin

Le jour est arrivé... ou presque -
Nathalie Petrowski
Le commandant américain en Irak a aimé The Hurt Locker


Le sacre d’un être d’exception -
Marc-André Lussier
12e soirée des Jutra: duo de choc


Vers un «festival de festivals»

Ces Français qui chantent en anglais
«Reality check»!


ADISQ
Des sommets d’absurdité


Deux jurys, deux solitudes - Marc Cassivi
Il y a toujours un «mais...» -
Marc Cassivi

L'alouette en colère - Marc-André Lussier

Quand l'art fait voir la beauté, et aussi la force de s'engager...
Shakira, une artiste engagée

Luck Mervil : reconstruire Haïti, village par village
La chanteuse qui avait trop d'opinions - Nathalie Petrowski
Kristin Davis au Sommet du millénaire de Montréal
James Cameron lance une campagne pour planter des arbres
Angélique Kidjo: du Bénin à Bono
Des artistes dénoncent l'«apartheid israélien»
Une nouvelle version de We Are the World pour Haïti
Entendre l'horreur, chanter la joie

La grande communion des artistes québécois pour Haïti
« Je me souviens que l’union fait la force »  -  Jean-Christophe Laurence

Fabienne Colas: fille d'Haïti, femme d'action - Nathalie Petrowski
Hollywood n'oublie pas Haïti
Trois batteries pour la paix au Soudan

Musique nouvelle: l'éruption brésilienne

Musique ethnique: un monde (en) parallèle
Concerts ethniques: les planchers en feu

Et le world beat, bordel!?


Lady Gaga
LADY GAGA LASEULE ET UNIQUE

Lady Gaga, c'est ça, ça, ou-la-la


Le diable et Dakota - Nathalie Petrowski

Rater la cible - Marc Cassivi
Cote en hausse, cote en baisse -
Marc Cassivi
Le prix d'Avatar - Marc Cassivi

Alice in Wonderland : presque une merveille
Alice au pays de Tim Burton
Cannes: Tim Burton présidera le jury - Marc-André Lussier

La fenêtre d'exploitation

La sortie d'Alice in Wonderland compromise

Montréal, escale obligée des grandes tournées
Bon, branché et pas cher



Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es


La télé d'ici mérite d'être montrée ailleurs

Anatomie d'une mise en échec -
Marc-André Lussier
Pour toujours les Canadiens : dur dans les coins... - Marc-André Lussier

Lhasa de Sela, l'étoile filante
Décès de Lynn Taitt, «inventeur du rocksteady»
Gilles Carle: «Il a transformé le cinéma québécois»
La vie heureuse de Gilles Carles - Nathalie Collard
Vivre autrement
La gloire internet des Cowboys fringants

Suites maudites  -  MARC CASSIVI

Consensuelles, les séries québécoises?

Les joyeux naufragés... handicapés

Télé américaine : quand la politique nourrit la fiction

La télé spécialisée plus rentable que les banques

Le comte du petit écran
Le CRTC donne le feu vert aux redevances

Le consommateur oublié - Sophie Cousineau

You're the last person the CRTC cares about
La poule aux oeufs d'or - Ariane Krol

Décision du CRTC - Arbitre fantoche

Le CRTC met la table pour des redevances aux télés généralistes

Médias - En attendant les redevances
Redevances télévision: Fox fait des envieux au Canada

Fox lance un ultimatum à Time Warner

Les câblos refilent une facture de 100 millions aux consommateurs

Câble: le CRTC jongle avec une hausse inférieure à 2$
Vite, un coup de balai! - Sophie Cousineau
«On affaiblit la qualité de la télévision généraliste»
Radio-Canada compare les câblos aux pétrolières
Redevables, mais à qui? - Nathalie Petrowski
L'avenir de la télé en 10 questions

Audiences du CRTC: James Moore tente de calmer le jeu
Mauvaise solution  -  André Pratte
La télé d'ici sur la corde raide - Nathaëlle Morissette

Jutra formule améliorée - Marc-André Lussier

Un gala en or  -  NATHALIE PETROWSKI
Concours de chantage  -  MARC CASSIVI
L'ironie de l'ADISQ  -  Marc Cassivi

Scepticisme autour de l'éventuel gala Quebecor

Le cul de la crémière  -  Marc-André Lussier


Rufus Wainwright: vraiment rien à son épreuve

Alexandre da Costa, le virtuose du métro

Ça manque à ma culture…  -  NATHALIE PETROWSKI

Le mépris ne sert pas l’art  -  Simon Brault

Se tenir debout  -  Marc-André Lussier

Capitalisme : A Love Story... Triste comédie d’horreur  -  Sophie Cousineau
Questions de propagande  -  Marc-André Lussier
Un film de propagande chinois en clôture

UNE HISTOIRE CENSURÉE  -  Marc Cassivi

 
Le triomphe de Jos Bleau  -  PATRICK LAGACÉ

Woodstock-  Daniel Lemay
Woodstock, rampe de lancement  -  Alain de Repentigny

Nouveau film sur Woodstock : Parfums d’innocence  -  Marc-André Lussier


COPPOLA,L’AFFRANCHI  -  Marc-André Lussier
JOE DASSIN: NON COUPABLE!  -  Jean-Christophe Laurence

Il est grand, le mystère du quétaine  -  Paul Journet
Les marchands d'illusions - Marc Cassivi


Brangelina, la fin d'une marque? - Nathalie Petrowski

Esprit de bottine  -  Nathalie Petrowski


Un auteur peut-il tuer son héros?

Jorane en spectacle: une voix, omniprésente

Dany Laferrière honoré
Les auteurs québécois à l'âge de la majorité

Tout est bien qui finit bien? - Marc Cassivi

FrancoFolies-Festival d'été : mariage de raison
Les festivals, ces « PPP avant la lettre »  -  Louise Leduc

Pluie de dollars pour la culture  -  Claude Picher

Pas de vie culturelle sans Hydro  -  Nathalie Petrowski
Hydro doit revoir toute sa politique de mécénat  -  Rémi Nadeau
Voir aussi Stopper l’ingérence d’Hydro
Une impression d’arbitraire  -  Marc Cassivi
Le succès ne tient qu’à un film  -  Marc Cassivi

Cinéma québécois : SÉDUIRE LES 7 À 77 ANS  -  Anabelle Nicoud

TOUT BAIGNE DANS LE RAP  -  Philippe Renaud


Au revoir Nelly Arcan  -  NATHALIE COLLARD



R.I.P. Michael Jackson
L’ÉTOILE S 'ÉTEINT -  Martin Croteau
Bizarrement touchant -  Marie-Claude Lortie

Le Québec garde une belle image du roi de la pop

L’enfant-monstre -  Yves Boisvert
On l’appelait « Wacko Jacko » … -  Jean -Cristophe Laurence

Coup de génie, extravagances et quasi-faillite -  Vincent Brousseau-Pouliot
LA MORT D’UNE LÉGENDE À L’HEURE DUWEB -  Chantal Guy

LA MORT DU ROI DE LA POP
LA PLANÈTE DIT ADIEU  ÀMICHAEL JACKSON  -  Nicolas Bérubé

Un saint est né  -  Nathalie Petrowski

Tout ça pour un « pervers » ?  -  Richard Hétu

UN AUTRE KING -  Olivier Pierson
Farrah et moi -  Stéphane Laporte

Le petit prince  -  Mario Roy

Le médecin du roi de la pop plaide non coupable

Médecin de Michael Jackson: reddition ou arrestation avec menottes?

Mort de Michael Jackson: le Dr Murray ne se livrera pas

Michael Jackson : Homicide par médicaments, conclut le coroner

Michael Jackson victime d’un homicide
Enquête sur la mort de Michael Jackson  Le médecin du chanteur avoue lui avoir injecté du propofol - Nicolas Bérubé
Michael Jackson : DES INSOMNIES INSUPPORTABLES
MORT DE MICHAEL JACKSON  Les enquêteurs croiraient à un homicide

MORT DE MICHAEL JACKSON  Le médecin de la star se défend
MORT DE MICHAEL JACKSON Trop de questions sans réponses
Michael Jackson : L’honnêteté des administrateurs mise en doute


LES ANECDOTES D’ONCLE LARRY
King Larry!

Oprah Winfrey: le début de la fin
Oprah: diva, magnat, monstre - Nathalie Petrowski
Oprah Winfrey fêtera Noël avec le couple Obama
Les métamorphoses d'Oprah Winfrey - Richard Hétu
Oprah Winfrey: son départ bouleversera la télévision

Jon Lajoie: la vie après YouTube


Plusieurs festivals ignorent si Industrie Canada leur versera l’argent attendu  -   Louise Leduc

Le risque de l’artiste -  Simon Betrand
Susan Boyle : Cendrillon du web ou coup de marketing?
Susan Boyle : Le rêve est fini NATHALIE COLLARD

Les apparences -  Pierre Foglia

Le monde est Stone...  -  Mario Roy


Misteur Valaire: le nouveau modèle économique

Dix moments qui ont transformé la musique

SUÈDE  Une loi anti-téléchargement controversée
DROIT D’AUTEUR  L’UDA réclame des redevances sur les lecteurs numériques
Acheter des CD pour une chanson  -  Réjean Tremblay

Le mirage du livre à prix unique - Ariane Krol

Via P2P, les Québécois téléchargent québécois


Retour sur l’affaire Robinson
Coûteuse victoire

Pourquoi Claude Robinson pourrait perdre en appel
Campagne d'appui à Claude Robinson: 260 000 $ amassés

Procès Claude Robinson: quatre ténors contre une diva

Les amis de Claude Robinson relancent la campagne d'appui financier

L'île épuisée de Robinson - Nathalie Petrowski
Justice pour Robinson - Yves Boisvert

COPIER-COLLER  -  Marie-Claude Girard

Quelques causes de droit d’auteur  -  Marie-Claude Girard

Menaçante, la Chine?  -  Marie-Claude Girard

Robinson: une victoire et son poison  -  YVES BOISVERT

Claude retrouve Robinson  -  NATHALIE PETROWSKI

«C’ÉTAIT UNE PARTIE DE MOI-MÊME»  -  Francis Vailles

Claude Robinson retrouve son oeuvre  -  Marie Tison  & Paul Journet


Plus de TVQ sur les produits culturels québécois -: n’importe quoi  ! -  Ariane Krol

Au Québec, l'album n'est pas mort

De nombreux admirateurs célèbrent la naissance de Chopin

Albert Camus, solidaire et contemporain

J.D. Salinger : le silence achevé
Le jazz - Pierre Foglia

Madame Bovary - PIERRE FOGLIA

VAILLANCOURT EN VRAC


On l'appelait le «Mozart noir»

Eva Tanguay, la «reine du vaudeville», a fait vibrer Montréal au moins deux fois


Littérature

Décrochages

L’écrivain et le bonheur

L’UTOPIE RÉALISÉE
J'aime moins la télévision qu'avant - Victor-Lévy Beaulieu
Lettres - Un grand prix ridiculement petit

Lire ses contemporains
La simplicité du roi de l'énigme
Dan Brown dans les coulisses de la franc-maçonnerie

Amélie Nothomb : créer des monstres

Gaston Miron : de la légende à l’homme réel


Lettres - De l'héritage d'un pamphlétaire
De coeur et de convictions
Gil Curtemanche 1943-2011 - L'homme aux douces colères

Nelly Arcan: l'ambiguïté et la contradiction
SI VULNÉRABLE

Nelly et les poux

Nelly Arcan à Tout le monde en parle en septembre 2007


LA VIE APRÈS SPIDER- MAN
 
Question de culture...
L’invasion des héritiers  -  Stéphane Kelly

Le CRTC se saborde

Le comique et son double
Eh bien ! dessinez maintenant... - Nathalie Petrowski
Paul et Paul - La partie du hockey

Paul et Paul - Le Lifeguard

Paul et Paul

POÈMES ROCK  -  Marie -Christine Blais

Le mâle québécois, un loser ?

OPINION L’homme-toutou


Doit-on influencer les goûts musicaux de nos enfants?
Surtout, surtout, surtout pas Caillou - Marie-Claude Lortie


Les Trois Accords : toujours pas comme les autres

Robert Charlebois : l'âge d'or du rocker


Harmonium en Californie

Plume: le rock'n'roll du grand flan fou
Plume Latraverse Montreal 1981 (partie02)

Un oubli honteux...

Qu’est- ce qui fait ( encore) courir La Bolduc?



ROCK
Médias - Le rock est mort ?

Les 20 ans de Nevermind de Nirvana


Pourquoi pas Pink Floyd?

UNE MACHINE BIEN HUILÉE

U2 Inc., du solide

SANS FARD ET MALGRÉ YOKO
Paul McCartney, le marchand de bonheur
Les Beatles dépoussiérés  -  Alain de Repentigny
The British Invasion: An oral history


Jimi Hendrix: plus qu'un guitar hero...
Frank Zappa et l'utopie Internet: «They're only in it for the money»

Les demi- adieux de Judas Priest

Toujours vivant !
FANTÔMES DU ROCK  -  Jean-Christophe Laurence

Kiss expliqué aux enfants -  JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE
AC/DCAU STADEOLYMPIQUE   La démesure justifiée  -  Paul Journet

L’INCREVABLE TRAIN  ROCK N’ ROLL  -  Paul Journet

Le charme indiscutable de Bryan Adams  -  Alain de Repentigny

Duff, conseiller financier

Ce qu'il reste de Guns N' Roses

Noir de t- shirts
Concert surprise de Megadeth et messe noire
Le métal à la vie à la mort!

Slayer: choqué, choqué!
Awkward headbangers beware: It's finally cool to like Rush

Devil, mon Ronnie - Marc Cassivi
Celebrating rock's biggest manes


L'improbable ascension de Green Day

Eminem: sauvé par le rap


Amy Winehouse (1983-2011) - La diva déjantée de la soul laisse ses admirateurs dans le deuil
Les ingrédients d’un mythe 2.0


Les Backstreet Boys, un groupe culte?
Un old boys band

Roi des clips, roi des clics


Entre les lignes du conte


Il faut maintenant se faire à l’idée…  -  Marc-André Lussier

La cinéphilie partisane  -  Marc-André Lussier

Sur le gros nerf  -  Marc-André Lussier

Jason Reitman en route vers la gloire?  -  Marc-André Lussier


Profession: bouquiniste

Il était une fois les débuts du disque québécois...

Des vitraux très trimballés
Art, science et cadavres...
ART, KETCHUP ET A GROALIMENTAIRE  -  Stéphanie Bérubé

La «nécessaire» mélancolie des écrivains


Omniprésente Jane Austen


La suprématie de Beethoven
Dix remèdes contre la grippe  -  Marc Cassivi

Mes meilleurs films de 2009 -
Marc-André Lussier

Pourquoi participer à une téléréalité? - Hugo Dumas


Robert Musil et le phénomène Jackass - La bêtise professionnelle et le nouveau désarroi panique des États-Uniens

Mentaliste et... entomologiste

Annie et ses femmes

Art et souveraineté...
Les AngloFolies de Québec - Nathalie Petrowski

Sortir le Québec des Génie? - Nathalie Petrowski
Étude fédéraliste - Les artistes perdront au change si le Québec gère seul la culture
Petit constat sur un Québec éclaté

Effervescence chez les artistes anglos




 

LE DEVOIR

Les elfes du mont Royal
Et puis euh - Du culot
Spectacle - Rigoler de la mort pour ranimer le clown


THE GAZETTE

GLOBE AND MAIL
***

L'ACTUALITÉ

TIME MAGAZINE


Katherine Levac @ En route vers mon premier Gala (Finale)
Mike ward - haissable


Clown
George Carl (1979)
Die Maiers Comedy Trapeze


J.R.R. Tolkien explique le sens réel du Seigneur des Anneaux dans un enregistrement récemment retrouvé


Les Cyniques - Le Cours De Sacres
Les Cyniques - L'Assurance-Chômage

Bye Bye 71 avec Les Cyniques - Le Téléjournal

Les Cyniques à Juste pour rire 1990



Difference Between Golden globes and Oscars

Anyone else think the Golden Globes are better than the Oscars?



A Brief History of Metal
How Judas Priest invented heavy metal

Is Nirvana Metal?

Hair Metal vs. Grunge; Just Who Survived

I think I'm confused with grunge vs metal vs punk vs hard rock, etc..?


Danielle Ouimet nue

Be Very Afraid: 8 Monsters of Literature and Folklore







« Je me souviens que l’union fait la force »  -  Jean-Christophe Laurence
Avec tous ces concerts-bénéfice qui ont lieu depuis une semaine pour Haïti, on finit un peu par s’y perdre. Mais je n’aurais personnellement, et pour rien au monde, manqué le spectacle L’Union fait la force qui avait lieu hier au Théâtre Telus. Parce que cette soirée, annoncée avec beaucoup d’émotion dès le lendemain du séisme, est l’une des seules à avoir été directement organisées par des Haïtiens de Montréal, pour ne pas dire des jeunes Haïtiens de Montréal.
La précision est importante. Car cette nouvelle génération, qui fait parfois les manchettes pour d’autres raisons, a donné hier la pleine mesure de son immense potentiel et fait preuve d’une puissance mobilisatrice insoupçonnée.
El le nous a aussi fa i t découvrir un Montréal haïtien que l’on connaît moins, celui plus underground, du kompa, du hip-hop, du soul et du R’n’B, avec des artistes qui parviennent rarement à passer la rampe du mainstream québécois. Drôle à dire, mais il aura fallu une catastrophe pour que les grands médias s’intéressent à eux – et, soyons honnêtes, cela nous inclut aussi.
Il y avait évidemment les têtes d’affiche, pas forcément haïtiennes. Corneille a viré la salle à l’envers avec sa version acoustique de Parce qu’on vient le loin. Loco Locass, Dan Bigras, Dubmatique les Colocs, Paul Piché et Linda Thalie sont venus faire leur tour.
Et puisily ava i t les Québécois d’origine haïtienne. Entre l’harmoniciste Bad News Brown, le groupe kompa Ti-Kabzy, le chanteur R’n’B Marc-Antoine et l’auteur-compositeur acoustique Marco Volcy, l’événement de la soirée reste sans doute la reformation du groupe hip-hop Muzion, dont on n’entend plus aujourd’hui parler que par albums solos interposés.
Angelo Cadet, Penelope McQuade, Herby Moreau et Dice B se chargeaient de l’animation, alors que diverses personnalités publiques sont venues faire leur pitch toute la soirée. À ce chapitre, bon point au politicien Emmanuel Dubourg, qui a habilement résumé l’étonnante fraternité québécohaïtienne. « Notre nouvelle devise sera désormais : Je me souviens que l’Union fait la force. »
« Je redeviens haïtien »
Au total, plus de 60 artistes participaient à ce concertbénéfice donné dans l’allégresse, parce que la meilleure façon de défier la mort, c’est encore de célébrer la vie. La preuve par cet exubérant Dominique, Haïtien dans la cinquantaine, qui se déhanchait devant moi comme s’il s’agissait d’une fête au champagne. « Quand je suis arrivé ici, j’ai mis Haïti de côté, me disait-il pendant le spectacle. Mais avec tout ce qui se passe en ce moment, on dirait que je redeviens haïtien. Ça m’aura pris 35 ans… »




Dis-moi ce que tu écoutes, je te dirai qui tu es
  -  Mathieu Perrault
À en croire l’étude d’un psychologue écossais, les amateurs de heavy rock ressemblent beaucoup aux amateurs de musique classique. Ce qui s’expliquerait, entre autres, par un amour commun du grandiose.
L es amateurs de métal ont tendance à être introvertis et dépressifs. Ceux qui ne jurent que par le rap sont plus violents que la moyenne. Une passion pour la musique pop est signe d’un manque de créativité...

Un psychologue écossais a entrepris de vérifier la véracité de ces stéréotypes. Adrian North, de l’Université Heriot Watt à Édimbourg, vient de recueillir plus de 36 000 réponses à un sondage afin de découvrir les types de personnalité associés aux différents goûts musicaux. C’est, d’après lui, la plus vaste étude jamais entreprise sur le sujet.
Le sondage d’Adrian North contenait une liste de 104 styles musicaux, que les cobayes devaient évaluer avant de passer des tests de personnalité. Conclusion : les amateurs de musique ne partagent pas seulement les mêmes vêtements, les mêmes expressions et les mêmes bars ; ils partagent aussi plusieurs traits de caractère.
« Les fans de j azz et de musique classique sont créatifs et ont u ne bonne estime de soi, mais ceux qui aiment le jazz sont plus extravertis, a résumé le chercheur lors d’une entrevue à La Presse. Les amateurs de country sont plus travaillants que ceux qui aiment le reggae. Et contrairement aux stéréotypes, les fans de métal sont doux et sociables. »
En fait, à en croire l’étude du psychologue, les amateurs de heavy rock ressemblent beaucoup aux amateurs de musique classique. Ce qui s’expliquerait, entre autres, par un amour commun du grandiose.
Champions toutes catégories, les amateurs de musique latino semblent mieux outillés que la moyenne à tous les égards (voir notre tableau en page 4).
Selon Adrian North, sa recherche pourrait inspirer les spécialistes du marketing. « Si vous connaissez les préférences musica les d’u ne personne, vous pouvez savoir qui elle est, et donc, à qui vous vendez. Les implications sont évidentes pour l’industrie de la musique qui s’inquiète du déclin des ventes de CD », a-t-il déclaré au moment de dévoiler ses résultats en Europe.
Le chercheur écossais North a commencé à s’intéresser aux liens entre musique et personnalité au milieu des années 90, avec une série d’études sur les goûts musicaux des adolescents. Il a notamment montré – au grand soulagement des parents – que les ados qui aiment la musique violente comme le Gangsta Rap n’ont pas tendance à s’identifier à leurs vedettes préférées, et donc qu’ils ne chercheront probablement pas à imiter leurs frasques.
« Plusieurs études ont trouvé des niveaux élevés d’automutilation et une estime de soi plus basse chez les amateurs de rock et de métal, a ajouté M. North. Mais la musique peut aussi servir d’outil de discrimination contre d’autres groupes, afin justement de préserver l’estime de soi. » Une étude américaine a examiné le problème de l’estime de soi chez les amateurs de métal avec un angle « l’oeuf ou la poule ». Écouter ce type de musique représenterait en fait un instrument pour chasser les pensées noires plutôt que la cause de ces ruminations, ont conclu en 2007 des psychologues de l’Université de Wa rwick, en A ngleterre, à pa rtir d’un échantillon de 10 0 0 adolescents surdoués.
Même si l’association est moins forte qu’à l’adolescence, la musique continue à être liée à la personnalité tout au long de l’âge adulte, a calculé Adrian North.
 
« Mais avec l’âge, les gens ont moins tendance à utiliser la musique pou r atteindre certains buts ou affronter des problèmes, a-t-il dit. Plutôt que la musique, les gens plus âgés utilisent d’autres sources de soutien, par exemple des relations avec d’autres personnes. »
À la faculté de musique de l’ Université McGill, le professeu r David Brackett est sceptique devant les résultats du psyc holog ue é co s s a is . « Comment peut-on vraiment définir des styles de musique avec exactitude ? dema nde M. Brackett. Ça me semble vraiment bizarre d’arriver à la conclusion que les amateurs de classique ont une personnalité différente de celle des amateurs de rock. »
Adrian North ne s’est pas limité à étudier la personnalité de la musique. Il a aussi tenté de vérifier si certains styles de musique améliorent le goût de certains vins (des résultats préliminaires permettent de penser que les vins plus corsés gagnent à être bus en écoutant de la musique rock). Il a avancé que le téléchargement de la musique rendra les consommateurs plus apathiques, moins engagés que lorsqu’ils devaient se rendre au magasin pour acheter un disque. Il a enfin avancé que les vaches produisent plus de lait quand on leur fait écouter de la musique lente – moins de 100 pulsations par minute.



Ça manque à ma culture…
  -  NATHALIE PETROWSKI
La scène se passe au printemps 1997 dans le bureau d’une agence de pub branchée du boulevard Saint-Laurent. Une bande de « cultureux » enthousiastes et culturellement engagés rencontrent des publicitaires pour discuter du logo, de la signature visuelle et de la campagne de pub des toutes premières Journées de la culture.
Passé les politesses d’usage, les explications sur le but de l’événement et le discours poético-lyrique de Marcel Sabourin qui ne conçoit pas de vie sur Terre sans culture, le patron de l’agence s’allume une cigarette. Puis, le plus calmement du monde, il pose une question en forme de bombe: «Pourquoi tenezvous tant à utiliser le mot culture?»
Devant les bouches ouvertes et les mines sidérées de ses interlocuteurs, il ajoute : «Qu’est-ce que la culture de toute façon?» Qui s’y intéresse, à part les amateurs de théâtre, de danse moderne ou de musique classique ? Voulez-vous vraiment attirer les gens ou rester entre vous?
Cette scène relatée par Simon Brault dans le bouquin qu’il a la ncé cette semaine sous le titre Le facteur C dit bien l’état des lieux de l’époque, la navrante perception que les gens avaient de la culture, mais dit aussi l’énorme chemin parcouru depuis. Douze ans plus tard, non seulement le mot culture s’est-il i ncrusté dans ces Journées qui ont débuté hier aux quatre coins du Québec, mais de plus, il ne suinte plus le mépris ni l’élitisme des chapelles, pas plus qu’il ne réveille nos vieux complexes de colonisés.
Mieux encore: la culture, ou le facteur C comme le nomme Simon Brault, est devenue un enjeu politique, social et économique majeur. «On ne s’étonne plus de voir la culture à l’ordre du j our des congrès d’économistes, de sociologues, de publicitaires, de comptables, d’urbanistes et de policiers», écrit Brault qui, par ses f onctions de directeur de l’École nationale de théâtre, de vice-président du Conseil des arts du Canada et de président de Culture Montréal, sait de quoi il parle.
Mais en même temps que Brault se réjouit de l’effervescence culturelle, affirmant au passage que désormais l’avenir passe par la culture, il s’inquiète aussi. Un peu de la surabondance de la production artistique et beaucoup de la demande, pour ne pas dire du déclin de la demande. Car une vie culturelle ne peut être en santé, épanouie et pertinente que si elle répond à une demande. Or au Québec, nous avons beaucoup développé l’offre et un brin négligé la demande, convaincus que les oeuvres intéresseraient les gens parce qu’elles existaient et que les salles se rempliraient d’ellesmêmes tout simplement parce qu’elles avaient quelque chose à offrir. Malheureusement, le public ne répond pas toujours à l’appel. Combien de fois, dans l’exercice de mes fonctions, me suis-je retrouvée dans une salle où les gens sur scène étaient plus nombreux que les spectateurs ? Combien d’écrivains, de poètes, de peintres se cherchent un public sans jamais le trouver?
Pour endiguer le problème, Simon Brault propose plusieurs pistes. D’abord une sorte de démocratisation de la créativité, puisqu’il est prouvé que l’engagement actif des citoyens dans des activités de création et d’interprétation augmente leur intérêt pour la culture et les arts et fait donc croître la demande. L’autre piste, la plus importante à mes yeux, c’est l’éducation. L’école a en effet un rôle crucial à jouer dans l’acquisition et la transmission d’un bagage culturel. En France, la plupart des lycéens, même les moins doués, finissent leurs études pourvus d’une solide culture générale. Au Québec, pendant ce temps-là, nos champions en mathématiques et nos bollés scientifiques peuvent résoudre les équations les plus complexes, mais ignorent qui est Molière ou Picasso et ne savent pas que Roméo et Juliette meurent à la fin de la pièce. Les trous dans leur culture sont aussi béants que des puits sans fond. Bref, il est urgent que l’école québécoise donne le goût de la culture et des arts aux jeunes. C’est une question d’avenir et, ultimement, une question de survie.


Le mépris ne sert pas l’art  -  Simon Brault
L’auteur est directeur général de l’École nationale de théâtre et vice-président du Conseil des arts du Canada. Ce texte est extrait d’un livre publié cette semaine aux Éditions Voix Parallèles, Le Facteur C. Dans les milieux où je travaille, on est plutôt vite sur la gâchette quand on perçoit le danger d’une confusion entre ce qui émanerait de la culture populaire et ce qui procède d’une culture qui serait plus élevée.
Cette frilosité tient sans doute au fait qu’une culture commerciale mondialisée s’impose comme étant la c u lt u re populaire alors que la culture des significations, que valorise l’art, est objectivement poussée vers la ma rge pa r la dynamique de commercialisation et de consommation. Ce qui était autrefois la c u lt u re d ’él ite devient donc progressivement une culture marginalisée. Ce mouvement ne pourra être ralenti que si l’on mise sur la démocratisation culturelle, au lieu de faire la grimace devant ce qui est populaire, comme si tout ce qui est populaire est, par définition, sans valeur artistique.
Il faut donc faire preuve de discernement au lieu de se livrer à un étiquetage qui tient de moins en moins la route.
(...) C’est complètement faux de prétendre qu’un artiste n’est pas un artiste s’il n’évolue pas dans l’univers sans but lucratif que soutiennent les conseils des arts!
L’individu qui cherche à entrer en contact avec une oeuvre ne s’intéresse pas au classement des artistes en fonction de leur position dans le palmarès du système culturel subventionné. La relation qu’entretient le public avec un artiste est une relation émotive et même parfois passionnelle. Il y a bien sûr, et fort heureusement, des connaisseurs et un public averti pour chaque forme d’art. Mais les artistes et les oeuvres qu’ils apprécient ne leur appartiennent pas pour autant. Le sentiment d’exclusivité n’apporte rien à l’art. Toute propension à l’exclusion ou à la déconsidération de ceux qui s’y connaissent moins met sa légitimité en péril.
(...) Je me méfie de l’obsession de la classification des oeuvres et des productions culturelles à l’aide d’étiquettes jaunies sur lesquelles on a soigneusement inscrit des mots comme «classique», «contemporain», «actuel», «avant-garde», «marginal», « ethnique », « traditionnel », « émergent », « populaire », « urbain » ou « commercial ». L’art et les véritables artistes n’ont pas besoin de ce classement, surtout quand il n’est qu’un prétexte pour affirmer l’érudition de ceux qui y procèdent.
Tout être humain qui présente avec sincérité à ses contemporains ce qu’il a de meilleur à offrir mérite le respect. Mais, évidemment, toutes les oeuvres ne se valent pas. Tous les artistes ne sont pas excellents. Ainsi, il faut bien pouvoir distinguer ce qui est original, authentique et maîtrisé de ce qui est objectivement banal, routinier, répétitif et pauvrement rendu. En tout cas, il faut le faire avec rigueur avant d’accorder une subvention ou un prix d’excellence. Les comparaisons et les distinctions faites en fonction de critères artistiquement et socialement convenus sont essentielles pour l’avancement de chaque discipline artistique et, aussi, pour protéger la légitimité d’un système culturel financé en grande partie par les deniers publics. Mais il s’agit toujours de juger l’objet et non le sujet. Un poème peut contenir des lieux communs, mais le poète peut être sincère, et ceux qui l’écoutent peuvent être touchés. Il n’y a rien à redire. Le mépris ne sert pas l’art et il ne met pas en valeur l’excellence.
Toutefois, si je refuse de me lamenter sur la montée du relativisme culturel en invoquant les canons de la culture classique, je refuse tout autant d’être dupé par les propos consensualistes que nous servent certains programmateurs pour justifier un manque d’imagination et d’audace. Je ne veux surtout pas faire preuve de complaisance envers les conglomérats qui s’apprêtent à déverser un flot continu de produits culturels de toutes sortes et de qualité parfois médiocre grâce au puissant pipeline technologique que sont les nouvelles multiplateformes médiatiques. C’est bien pratique de prétendre rassembler tout le monde autour de la culture alors qu’on ne cherche en fait qu’à nous faire consommer des produits formatés qui sont à la culture ce que les calories vides sont à la saine alimentation.



Triste comédie d’horreur  -  Sophie Cousineau
Qu’on l’aime ou qu’on l ’ e x è c r e , Mi c h a e l Moore ne laisse personne indifférent. Aussi, il ne faut pas s’étonner que la sortie de son dernier documentaire, Capitalism : A Love Story, soit précédée d’un battage médiatique. La visibilité du cinéaste américain n’a d’égal que la férocité de ses détracteurs.
Michael Moore, réalisateur de Capitalism : A Love Story, ne laisse personne indifférent.
Comment ce réalisateur et producteur dont les documentaires ont récolté des centaines de millions de dollars au boxoffice – Fahrenheit 9/11 a rapporté 222 millions US à lui seul – se permet-il de critiquer le capitalisme? Car, vous aurez compris que cette histoire d’amour n’en est pas une…
Cette question, qui a été soulevée cette semaine par les animateurs Larry King et Wolf Blitzer, entre autres, fait toutefois distraction. Elle détourne l’attention des enjeux que soulève ce film. Ce débat arrive à point nommé, alors que les leaders des pays du G-20 se réunissaient à Pittsburgh cette semaine pour revoir les règles du système bancaire, l’encadrement des produits dérivés et la rémunération des banquiers, trois problèmes à la source de la crise financière.
Les conséquences de cette catastrophe, elles sont bien concrètes, alors que le film de Michael Moore s’ouvre sur une famille d’Américains qui filme nerveusement, depuis son salon, l’arrivée d’un bataillon de policiers. Ces agents viennent les chasser de leur résidence impayée en défonçant la porte arrière.
Ces histoires de familles évincées font pleu rer. Remarquez, chaque famille est soigneusement choisie. Elles ne vivent pas dans d’immenses demeures avec trois voitures dans le garage, mais dans de modestes maisons. Bref, ce ne sont pas des Américains qui menaient un grand train de vie, mais des gens qui ont connu des revers de fortune.
Dans le documentaire de Michael Moore, les Américains « ordinaires » n’ont j amais de responsabilité dans ce gâchis, eux qui auraient été encouragés à réhypothéquer leur maison par l’ex-président de la Réserve fédérale Alan Greenspan.
De la même façon, les excès du capitalisme sont illustrés avec des exemples souvent grossiers. C’est le cas de cette petite ville qui a confié à une firme privée la gestion d’un nouveau centre de détention pour j eunes. Un j uge corrompu y emprisonne des jeunes pendant six mois à un an pour des vétilles comme une dispute entre copines au centre commercial.
C’est le cas de cet agent immobilier de la Floride (son agence s’appelle Vautour !) qui se gausse à la caméra des malheurs de ses concitoyens, alors qu’il rachète pour une bouchée de pain des maisons reprises par les banques.
Et je n’avais jamais entendu parler de cette pratique, apparemment répandue chez les entreprises du Fortune 500, d’assurer la vie d’employés au bas de l’échelle (comme une associée de Wal-Mart) dans le but de profiter de leur mort. Cela s’appellerait « l’assurance des paysans morts ».
Michael Moore en vient à conclure que c’est un miracle qu’il n’y ait pas plus d’accidents d’avion causés par des pilotes d’avions régionaux dont les salaires de misère les forcent à avoir recours aux banques alimentaires. Tordu.
Moins sensationnaliste, mais plus troublante pour la suite des choses est la proximité entre Wall Street et Washington que Michael Mooredocumente. Onconnaissait déjà l’immense influence de la firme Goldman Sachs par l’entremise de l’ancien secrétaire au Trésor Henry Paulson et de ses sbires sous George W. Bush.
Mais, c’est ahurissant de constater qu’un dirigeant de Countrywide, spécialiste des hypothèques à haut risque (rachetée par Bank of America), avait pour seule fonction de consentir des prêts à des taux ridiculement bas aux amis du président de la firme. Plusieurs politiciens étaient du lot, dont le démocrate Christopher Dodd, président du Comité sénatorial sur les banques !
Goldman & Sachs – qui a financé, soit dit en passant, le producteur indépendant de ce documentaire, Weinstein & Co. ! – est aussi l’un des grands donateurs à la campagne électorale de Barack Obama. Sur ce sujet, on sent d’ailleurs un certain malaise, alors que Michael Moore préfère jeter son fiel sur le secrétaire au Trésor, Timothy Geithner.
Selon Michael Moore, cette proximité explique que Washington ait fermé les yeux sur les pratiques douteuses de Wall Street puis se soit portée à sa rescousse avec un plan de sauvetage de 700 milliards de dollars. Les partisans de ce plan auraient ainsi orchestré une campagne de peur sur l’imminence de la fin du monde. Et cela, alors que la survie du plus fort est l’un des postulats darwiniens du capitalisme.
On ne saura jamais ce qui serait arrivé si le Congrès avait rejeté ce plan. De plus, il n’est pas clair que Washington perdra une fortune avec ce sauvetage, puisque Wall Street est en voie de rembourser ses prêts avec intérêts. ( Malgré tout, on rigole franchement en voyant Michael Moore conduire un camion de la Brinks jusqu’à l’entrée de ces firmes pour récupérer l’argent des contribuables avec un sac orné d’un signe de dollar qui semble droit tiré d’un jeu de Monopoly.)
Toutefois, avec les marchés financiers qui rebondissent et le sentiment de crise qui s’estompe, les banques ont retrouvé leurs mauvaises habitudes et leur outrecuidance. Ainsi, la volonté politique de changer les règles semble s’émousser. Une fois rentrés de Pittsburgh, les pays du G20 disciplineront-ils vraiment leurs institutions financières ?
Michael Moore avait commencé à tourner son f i l m avant que la crise n’éclate. Malheureusement, il a éteint sa caméra avant qu’on ait le fin mot de l’histoire.

Moore: une histoire d’amour  -  Mario Roy
On le sait, Michael Moore n’a peur de rien. Dans son nouveau film, il assiège le Capitole, siège du Congrès à Washington. Il donne l’assaut à tous les temples de la finance de Wall Street, à New York. Il retourne tirer les oreilles de sa première victime, celle du documentaire qui l’a lancé, Roger and Me, la General Motors. Il pourchasse tout ce qui, aux États-Unis, possède du pouvoir, la Maison-Blanche, le Trésor fédéral, le Congrès, la haute finance, les multinationales, les grands médias.
Mais surtout, Moore n’a pas peur du paradoxe.
Sa rébellion extrême étant ainsi exposée, la question que chacun se pose au sujet de son nouveau film, en effet, est de savoir si Capitalism: A Love Story* fera une recette supérieure à celle de Fahrenheit 9/11. Son brûlot de 2004 avait engrangé 220 millions$US, un record absolu dans l’univers du documentaire.
Qui a dit que le capitalisme croulerait sous le poids de ses propres contradictions ?
Bien entendu, cet écroulement ne se produira pas.
Et, quant à Moore, il est douteux que, malgré tous les efforts qu’il déploie (ainsi que le coup de pouce des médias qui, comme le public, vivent avec lui une... histoire d’amour), il puisse briser son propre record au box-office.
Certes, son nouveau film n’est pas moins divertissant que les précédents: l’homme demeure un extraordinaire troubadour de la caméra. Mais, d’une part, Capitalism est plus prévisible puisqu’on connaît maintenant bien les tics et les procédés de son auteur. Et, d’autre part, le produit que Moore livre ne correspond pas exactement à la marchandise annoncée: ce n’est pas «le» capitalisme qu’il dénonce, mais bien une de ses variantes étroitement circonscrites dans l’espace et dans le temps.
Ce n’est d’ailleurs pas un écueil nouveau. Tous les critiques du capitalisme en tant que système appliqué (par opposition à son existence théorique) se sont butés sur le fait qu’il y autant de capitalismes que de nations qui l’appliquent et d’époques au cours desquelles il s’est exercé.
Cela dit, si on s’intéresse précisément à la finance spéculative déréglementée telle que les États-Unis l’ont vécue dans les années 2000, le film de Moore est l’article! Ce fut en effet un «système diabolique», comme le cinéaste le fait dire à maintes reprises à ses porte-voix. Ce fut un système qui produisit des injustices dépassant l’entendement. Ce fut un système qui, il faut le dire aussi (mais ça, Moore le dit moins), fonda sa réussite surtout sur l’échec de l’État.
Soyons clair : c’est l’« ÉtatBush» qui est visé ici, comme dans Fahrenheit 9/11. Cela pose d’ailleurs au documentariste un problème que l’on voit venir à la fin du film: que fera Michael Moore maintenant que W. n’est plus là et que s’est installé dans le bureau ovale un type du nom de Barack Obama?
Moore n’est visiblement pas à l’aise avec ce changement de garde qui pourrait signifier pour lui la disparition d’une cible irremplaçable. L’épuisement subit d’une inspiration qui devait (presque) tout à la conjoncture.
La fin des succès faciles, en somme.


Questions de propagande  -  Marc-André Lussier
Il n’y a pratiquement jamais de polémique au Festival de Toronto. Ah si. C’est vrai. Il y a deux ans, Sean Penn a dû payer une amende pour avoir osé en griller une à l’intérieur des murs d’un grand hôtel. La loi, c’est la loi. Pour tout le monde.
Le cinéaste canadien John Greyson a sonné l’alarme le mois dernier en retirant son plus récent documentaire de la programmation du festival en guise de protestation.
Le TIFF 2009 a pourtant été lancé la semaine dernière dans un climat de controverse. La raison? Le choix d’inaugurer la nouvelle section «City to City» en braquant les projecteurs sur 10 films provenant de Tel-Aviv. Le cinéaste canadien John Greyson ( Lilies – Les feluettes) a sonné l’alarme le mois dernier en retirant son plus récent documentaire de la programmation du festival en guise de protestation.
D’autres voix se sont élevées. Parmi lesquelles celles de Viggo Mortensen, Noam Chomsky, Julie Christie, Jane Fonda et bien d’autres. Ces gens ont vu dans l’initiative du TIFF une volonté délibérée de cautionner une campagne «propagandiste» du gouvernement israélien ayant pour titre « Brand Israel ». Ils dénonçaient du même souffle l’absence de voix palestiniennes dans ce programme, surtout dans la foulée des récents bombardements à Gaza.
Au fil des jours, le ton est monté. Le débat s’est envenimé au point de se transformer en une guerre de mots. Les procès d’intentions se sont multipliés. Le producteur Robert Lantos ( Eastern Promises) a écrit une lettre ouverte virulente pour dénoncer à son tour les actions des opposants. David Cronenberg a pris publiquement la même position que son producteur. Mardi, une bonne partie de la une du Toronto Star était consacrée à l’affaire, les photos des «pros» d’un côté; celles des « contre » de l’autre. Jerry Seinfeld, Natalie Portman, Sacha Baron Cohen, Lisa Kudrow à droite ; Harry Belafonte, Naomi Klein et d’autres célèbres protestataires à gauche.
« Nous n’avons jamais réclamé un boycottage », a déclaré Greyson au cours d’une conférence de presse tenue au début de la semaine, à laquelle participait aussi le cinéaste palestinien Elia Suleiman ( Intervention divine). « Nous n’avons pas besoin d’une autre liste noire », pouvait-on en revanche lire en gros titre dans une publicité publiée sur une pleine page, commanditée par le UJA Federation of Greater Toronto, conjointement avec la Jewish Federation of Greater Los Angeles.
Da ns u ne décla ration officielle, la direction du Festival assume pleinement son choix. Et souhaite plutôt susciter la discussion. «Nous avons instauré ce programme afin que les spectateurs puissent connaître Tel-Aviv selon les points de vue de cinéastes qui vivent et travaillent là-bas, y compris ceux qui posent un regard critique sur le statu quo.»
Même si leu r action découle très certainement d’un noble sentiment, j’ai quand même l’impression que les protestataires ont tiré des conclusions un peu hâtives. Une voix d’artiste tue est toujours un silence de trop. Eux, mieux que quiconque, devraient le savoir. Et faire attention. L es cinéastes israéliens, vexés au passage, ne sont pas les porte-parole de leur gouvernement. Amos Gitai ( Free Zone) et A ri Folman ( Valse avec Bachir), pour ne nommer que les plus célèbres, le montrent bien.
Ironie du sort, le jury du Festival de Venise, présidé par le cinéaste Ang Lee, a attribué samedi dernier le Lion d’or à Lebanon, un film israélien réalisé par Samuel Maoz. Ce drame, qui dénonce les horreurs de la guerre du Liban au début des années 80, a été sélectionné au TIFF dans la section « Visions » plutôt que dans «City to City». Qu’à cela ne tienne, la victoire de Lebanon à la Mostra a rendu le débat torontois un peu caduc. Certains n’y ont finalement vu qu’une tempête dans un verre d’eau.
L’ampleur du débat démontre en tout cas bien à quel point le Festival de Toronto rayonne sur la scène internationale. Tout le contraire du FFM. Qui a impunément pu présenter à sa soirée de clôture un indéfendable film de propagande chinois, The Everlasting Flame : Beijing Olympics 2008.
Si le festival montréalais avait encore la moindre pertinence médiatique à l’extérieur de nos frontières, nous serions probablement aujourd’hui en mode de gestion de crise, dépassés par l’ampleur du scandale. Nous en serions encore à mesurer l’ampleur de notre honte.
Le prochain Slumdog…
À Toronto, cela frôle l’obsession. On se fait ici une gloire de paver la voie à la prochaine course aux Oscars. On cherche le titre qui pourra se faufiler jusqu’au bout, comme l’a fait Slumdog Millionaire l’an dernier. Présenté au TIFF, où il a obtenu le prix du public, le film cendrillon de Danny Boyle, qui ne devait même pas bénéficier d’une sortie en salle, a pratiquement raflé toutes les statuettes quelques mois plus tard.
Plusieurs collègues journalistes torontois s’amusent ces jours-ci à faire leurs prédictions. Leur verdict? Parmi les films présentés au TIFF, les plus susceptibles d’être invités au grand bal hollywoodien sont Up in the Air de Jason Reitman, Capitalism : A Love Story de Michael Moore, A Single Man de Tom Ford, et… Chloe d’Atom Egoyan. Hum. Va pour les premiers titres, mais Chloe? Vraiment? Je ne parierais pas un petit deux canadien là-dessus.


Le triomphe de Jos Bleau  -  PATRICK LAGACÉ
C’est un grand mystère dans la petite caste médiatico-artistique québécoise, ces jours-ci. Qui, mais qui se cache derrière le blogue La Clique du Plateau ?
Depuis un an, La Clique offre des billets décoiffants sur tout ce qu i g rou i l le da ns, j ustement, la petite caste méd iatico -a r tistique québécoise.
Trempant sa plume dans un baril de vitriol, de mauva ise f oi et de sa rc a sme, La Clique parle des animateu rs, actrices, cha nteuses et j ournalistes, en abusant des poi nts d ’exc la mation ironiques...
C’est parfois bête. Souvent méchant.
Benoît G agnon pose à la u ne du Lundi ave c s a famille ? La Clique le raille. L’a n i m a t e u r S é b a s t i e n Diaz et la comédienne Bianca Gervais révèlent leur amour à la une de 7 Jours ?
La Clique les ridiculise avec la subtilité d’un char d’assaut.
Bref, La Clique pou r ra it n’être qu’un blogue, parmi m ille, qu i bitche les veudettes . Et b i t c h e r, com me mille autres blogues, sans véritable auditoire, en toute confidentialité.
Mais La Clique est un succès. La Clique est lue. La Clique est citée.
CHRONIQUE
Signe de sa renommée : la caste médiatico-artistique lit le blogue de La Clique avec attention. Mon amie MarieSoleil Michon, de La fosse aux lionnes, m’a résumé la fascination en ces mots : « Je le lis une fois par jour. Le pire, c ’est que souvent, com me lectrice, je suis d’accord avec lui. Mais bon, c’est vrai que je n’ai j amais été sa cible. La Clique, c’est une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. »
Ma rie-Soleil, com me d’autres, se livre à de fiévreuses supputations sur l’identité véritable de La Clique. On le trouve bien branché. On croit que c’est un ancien blogueur de Canoë. Ou un journaliste de Voir. Ou un recherchiste de télé.
« Mais c’est sûr que c’est quelqu’u n du m ilieu », résume ma lionne préférée.
T ’e s d a n s le champ, Marie-Soleil.
J’ai soupé avec le gars de La Clique du Plateau, lu ndi soir. J’ai promis de ne pas révéler son identité. C’était la clé pour parler de lui. Je sais qui il est. Où il habite. Son numéro de téléphone, même… Et c’est… personne. « Je suis Jea n , Jacques, P au l , i ron ise-t-i l . Je su is n’importe qui. J’écris seul mais mes proches, qui savent que je blogue, me suggèrent tout le temps des sujets… »
Aucun lien avec les médias ou le showbiz. Un gars ben ordinaire, 30 ans, qui habite loin de Montréal, qui travaille à temps partiel. Ce qui lui laisse beaucoup de temps avec ses deux jeunes enfants. Et avec La Clique…
Il a toujours eu des choses à dire. Mille fois, il a levé les yeux au ciel en regardant la télé, en lisa nt les jou rnaux. « Il y a trop d’affaires qui m’énervent. Un jour, j’ai décidé de com mencer u n blogue. Depuis, j ’y pense toujours… »
« Je ne ha is person ne. Mais je n’aime pas que tout le monde a i me la même a f fa i re. Da n s les méd ia s , tout le monde aime LouisJosé Houde. On dirait qu’on ne peut pas ne pas aimer Louis-José Houde ! Moi, j e ne le trouve pas bon. Il fait la même chose depuis 10 ans. Et sais-tu quoi ? C’est pas tout le monde qui l’aime ! Mais personne ne le dit. »
Le ton est à des annéeslumière d’Éc ho Vedettes. En ce sens, la plume du gars de La Clique est un bazooka qui pulvérise l’ordre établi.
Pas question, cependant, de tomber dans la vie personnelle. Pas de potins sur qui couche avec qui. Pas de photos dérobées. « Sur la terrasse, l’autre jour, un humoriste faisait le pitre, il parlait fort, dérangeait tout le monde. J’ai pensé faire un billet sur mon blogue pour le planter. Puis, j’ai changé d’idée. Je me suis dit que moi aussi, je pourrais faire le cave en public, un jour. Je m’en tiens donc à ce que tout le monde a vu. »
Le hic, c’est que le gars de La Clique blogue de façon anonyme.
Il ne s’affiche pas. Réfugié der rière son masque de clown. Facile, dans ces circonsta nces , de la ncer ses grenades…
– Pou rquoi t u t ’a f f ic he s pas ? Ça n’enlèverait rien à ton succès, au contraire…
– Je ne suis personne. Et puis, j e veux pas me faire reconnaître dans la rue…
Je l ’a i pic o s s é s u r s o n douillet anonymat. C’est cet anonymat qui irrite nombre de mes collègues. Moi aussi, mais moins qu’eux. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être parce que je sais qu’il se dit des saloperies 10 fois pires ailleurs sur le web…
Mais j’espère que le gars avec qui j’ai soupé lundi soir va avoir, un jour, les couilles de s’afficher. De toute façon, Clique, tu es Paul, tu es Jean, tu es Jacques, tu es tout le monde et tu n’es personne.
Ça changerait quoi si tu nous disais qui tu es ? Pas obligé de mettre ta photo et ton adresse, là. Juste ton nom.
En plus, t’as un nom commun à l’os, c’est pas comme si Patricia Paquin pouvait te reconnaître au resto !
Le succès de La Clique est une fable pour notre époque. Un révélateur du XXIe siècle. C’est ce qui est terriblement intéressant dans son aventure.
Jad is, qua nd Jos Bleau avait quelque chose à dire sur la conduite des affaires du monde, il le disait à sa fem me, à ses a mis, à son c h ien et à ses chums à la taverne. Point.
Désor ma is, il la nce u n blogue. Et s’il adopte un ton original, s’il trouve des sujets décapants, s’il touche une corde sensible, il peut avoir un impact hors de son cercle immédiat.
C’est l’histoire d’un quida m su r mille, c ’est v ra i. Mais c’est un quidam de plus qu’il y a 10 ans.
Et si vous demandez au gars de La Clique qui il est pou r a n a lys er, c r it iquer, livrer ainsi son opinion en pâture, sa réponse est lapidaire : « Il y a une nouvelle émission à Radio-Canada, Six dans la cité. Une des c ritiques , c ’est G enev iève Guérard. Une ancienne danseuse de ballet. Et elle va c ritiquer des fil ms ! C ’est une danseuse : je m’en fiche, de son opinion sur un film. Elle est qui, elle, pour critiquer des films ? »



  Woodstock
-  Daniel Lemay
Par son ampleur, sa nature et sa puissance musicale, le festival de Woodstock fait depuis longtemps partie des grands mythes américains sinon occidentaux. Quarante ans plus tard, retour dans les acres vaporeux de Bethel, entre l’histoire et la mémoire.
Woodstock… Au lendemain même du festival –des filles toutes nues, des millions de joints, Janis Joplin et Jimi Hendrix– , le nom confinait au mythe, mythe que quatre décennies n’ont fait qu’amplifier. Par cette merveilleuse capacité de l’homme qui s’appelle la mémoire sélective.
Vous voulez voir de quoi ils ont l’air aujourd’hui, rendez-vous à cyberpresse.ca/1969
Woodstock… Chacun y voit son sens. Ceux qui y étaient vraiment, ceux qui n’y étaient pas, ceux qui, au fil des ans, se sont convaincus et ont convaincu les autres qu’ils y étaient. Il y a aussi, bien sûr, ceux qui n’en sont jamais revenus.
Grand-messe de la paix et de l’amour pour les uns, Woodstock représente pour d’autres le plus grand rassemblement musical jamais organisé. Et pour bien d’autres encore, ça reste le plus formidable pot party de l’histoire de l’humanité. Ou la fin de l’innocence. Ou le début d’un temps nouveau, comme le chantera ici Renée Claude.
«Pour moi, Woodstock était un test pour voir si notre génération croyait vraiment en elle et à ce monde qu’elle voulait construire », écrit dans The Road to Woodstock Michael Lang, un des quatre partenaires de l’aventure. Le plus vieux d’entre eux, John Roberts, avait 26 ans. C’était le money man, un riche héritier dont le père a fini par payer la facture de 2,4 millions (1) de ce désastre logistique et financier. Devant l’absence de guichets et de personnel de sécurité à l’entrée, les jeunes sans billet avaient vite sauté la clôture et l’annonce, peu après, que c’était devenu un concert gratuit amena plus tard plusieurs milliers de détenteurs de billets (18$ pour les trois jours) à exiger un remboursement.
Les autres partenaires étaient Joel Rosenman, un ami de Roberts, et Artie Kornfeld, alors vice-président de Capitol Records et compositeur de succès originaire de Queens (New York) comme Lang, «l’homme derrière le festival mythique»
(du sous-titre de son livre) que les autres ont toujours accusé de se mettre devant. Il reste que Lang était le seul à savoir (un peu) ce qu’il faisait ayant organisé en 1968 le Miami Pop Festival qui avait attiré 40 000 personnes.
Aux dirigeants, réticents, du Sullivan County, les producteurs avaient évoqué la présence possible de 50 000 spectateurs tout en en espérant le triple, une approche à laquelle ils avaient donné le nom de «duperie créative»... Après le festival, le recoupement des évaluations dépassera les 400 000, chiffre que l’histoire a arrondi à 500 000, plus facile à retenir: «By the time I got to Woodstock, we were half a million strong…» Far out, man!
Quarante ans plus tard, les organisateurs ne s’entendent toujours pas sur qui avait eu l’idée d’organiser ces «trois jours de paix et de musique», mais on a tout de même certaines certitudes. Le festival a eu lieu du vendredi 14 au lundi 17 août 1969 sur la ferme de Max Yasgur, le plus grand producteur laitier de Bethel, patelin de 3000 habitants au nord de New York. Non! Woodstock n’a pas eu lieu à Woodstock, situé dans les Catskills à 60 milles de là, lieu de résidence de Bob Dylan, un des premiers artistes que Lang a tenté d’embaucher. Les producteurs avaient baptisé leur compagnie du nom de ce lieu – Woodstock Ventures – mais Dylan n’a jamais chanté à… Woodstock. Où il y a eu trois morts dont on a peu parlé: deux reliées à la drogue et cet autre jeune homme qui, enroulé dans son sac de couchage dans la boue –le site était une mer de boue– a été écrasé par un tracteur qui ramassait les ordures.
David Clayton Thomas a chanté à Woodstock, lui, avec Blood, SweatandTears, un groupe de jazz-rock qui, cette année-là, dominait les palmarès avec des tubes comme You Made Me So Very Happy, Spinning Wheel et le classique de Billie Holiday God Bless the Child, devenu l’hymne des groupes de protestation contre la guerre au Vietnam.
M. Clayton Thomas – il était au Festival de j azz en 2006– n’aime pas beaucoup parler de Woodstock, à cause de ce dicton qu’il cite d’emblée: «Si vous vous souvenez de Woodstock, c’est que vous n’y étiez pas» … Mais il y était et s’en souvient... un peu.
« Il y avait de la drogue partout –marijuana, hasch, LSD», nous a dit l’ancien tough kid du nord de l’Ontario quand nous l’avons joint récemment à sa résidence de Toronto. « Comme toutes les routes étaient bloquées, nous sommes arrivés par hélicoptère ce samedi-là (c’était le dimanche, en fait), directement derrière la scène.
«Pluie, drogue et chaos: c’était la confusion totale. Personne ne semblait savoir vraiment ce qui se passait.» Sauf l’imprésario de BS&T qui, devant le caractère gratuit de du festival, craignait de ne pas recevoir les 15 000$ promis, somme énorme pour l’époque (Woodstock a coûté 182 000$ en cachets, le plus gros (32 000$) allant à Jimi Hendrix qui l’avait exigé comme il avait exigé de passer en dernier). Comme le film allait devenir pour les producteurs la seule source de revenus, Blood, Sweat&Tears, qui avait cédé ses droits, refusa de jouer devant les caméras. C’est pourquoi le groupe de Greenwich Village ne figure pas dans le film de Michael Wadleigh (3). Premier corollaire de Woodstock: Si vous n’êtes pas dans le film, vous n’étiez (peut-être) pas là…
«Nous avions donné un bon spectacle devant cette foule énorme: il y avait plus de 650 000 personnes. Pour moi, toutefois, Woodstock restera toujours davantage un événement politique que musical. Sur la scène, c’était les mêmes gars qui jouaient leur même musique; dans la foule, par contre, on sentait cette frustration provoquée par la fusillade de Kent State, quelques semaines avant. Cet événement tragique a galvanisé les énergies et c’est pourquoi tout ce monde s’est rendu à Woodstock pour en faire une grande manifestation politique.»
Le fait que la tragédie de Kent State –la Garde nationale de l’Ohio a ouvert le feu sur des étudiants qui protestaient contre l’invasion américaine du Cambodge: quatre morts– n’ait eu lieu qu’en mai 1970 ne change rien à l’affaire: Woodstock a célébré la paix et en demeure encore le symbole aujourd’hui.
You dig it, man?

David Homel: «Les jeunes y croyaient vraiment»
David Homel s’est retrouvé à Woodstock par hasard. Le teenager – il allait avoir 17 ans– avait fait Chicago-New York sur le pouce avec un ami, sa première visite dans la mégapole.
«Je n’avais rien d’un hippie. À Chicago, je fréquentais une école où allaient aussi des Noirs et nous écoutions de la musique soul, la black pop du temps», se rappelait cette semaine le romancier et traducteur (et collaborateur de La Presse) qui a appris le français à Chicago même.
Il ignorait tout de l’événement qui allait se tenir le week-end suivant. « On a vu dans la rue des affiches annonçant le festival mais on ne savait même pas où était Woodstock... Puis on a rencontré un gars qui gagnait sa vie en faisant le ménage d’un salon de quilles à Long Island. Il a dit: "Si vous venez m’aider, je vous conduirai à Bethel."»
Ils sont arrivés le vendredi soir alors que les clôtures étaient déjà t ombées. Pas besoin de billet, donc, mais une tente aurait été la bienvenue: «Nous n’étions pas préparés et il y avait cette foule! Ces jeunes –on avait l’impression de les entendre dire: "Nous sommes des gens bien"– avaient construit une nouvelle ville. Ils savaient que le monde entier les regardait et tout dans cet événement se voulait un pied de nez à l’Amérique straight. » Avec, en contrepartie, un fort «sentiment de responsabilité par rapport à l’image des jeunes». «Le festival était mal organisé mais tout s’est déroulé sans violence. Ces jeunes de la classe moyenne croyaient en leur capacité de transcender la guerre et la violence raciale.»
Du côté musical, David Homel se rappelle de la performance des Who et de celle de Jimi Hendrix qui, en plus de sa «négritude», amenait, à l’instar du quintette britannique, «une violence et une ferveur qui manquaient un peu aux autres».
Le l undi matin, devant quelques milliers de spectateurs. Jimi Hendrix a fait sa déchirante interprétation du Star Spangled Banner, qui restera toujours le symbole musical de Woodstock. «Cet adieu à l’Amérique a marqué les coeurs à cause de l’importance de Jimi Hendrix en tant que musicien. Mais c’est Altamount qui a marqué la vraie fin de l’innocence.»
En décembre 1969, ce qui devait être le « Woodstock West» a sombré dans la violence et l’infamie. Pour assurer la sécurité, l’organisation des Stones avaient embauché les Hell Angels...


Tout le monde tout nu!  -  Marc-André Lussier
Le cinéaste Ang Lee et James Schamus, directeur du studio Focus Features, ont décidé de reconstituer Woodstock à l’écran, en s’inspirant du livre autobiographique d’Elliot Tiber, organisateur « accidentel » du festival. « Le documentaire de Michael Wadleigh sur Woodstock existe déjà, a récemment fait remarquer Ang Lee au cours d’une rencontre de presse tenue à New York. Comme il s’agit d’un chef-d’oeuvre, il n’était pas question de refaire la même chose, ni de reconstituer le spectacle. Nous souhaitions plutôt faire écho à l’impact incroyable qu’ont eus ces trois jours sur les plans social et culturel. »

Schamus, auteur du scénario et producteur du film, estime que l’événement n’est pas véritablement passé à l’histoire sur le plan musical, sinon grâce au contexte dans lequel il a pu prendre forme.
«Bien sûr, la musique crée l’ambiance, mais rappelons qu’on évoquait à l’époque trois jours de paix, d’amour et, enfin, de musique. La plupart des spectateurs n’ont rien vu, et ont à peine entendu. Il n’y avait pas d’écrans géants, ni rien du genre d’appareillage qui, aujourd’hui, permet la diffusion de ce type de superspectacles. Et puis, la plupart des artistes n’étaient pas très contents de leur performance.»
Pour reconstituer l’événement 40 ans plus tard, les artisans de Taking Woodstock ont dû relever un défi inattendu : trouver des figurants crédibles.
«Ce n’est pas tout de leur mettre des vêtements d’époque sur le dos, qu’ils enlèvent très vite de toute façon, mais il fallait trouver des jeunes personnes dont les physiques ressemblaient à ceux des spectateurs de Woodstock, explique Schamus. Les gars postulant pour faire de la figuration étaient tous musclés, avec des abdos et des pectoraux d’enfer. Or, personne ne s’entraînait en 1969! Du côté des filles, nous avions aussi un problème supplémentaire: depuis 40 ans, les lois de l’évolution semblent avoir fait disparaître les poils pubiens!»
«Il était important que tout soit plausible, ajoute Ang Lee. Et nous avons tenté de faire la meilleure reconstitution possible, même sur le plan des images de l’époque. Ce film s’attarde avant tout à ceux qui se sont rendus sur place pour vivre un moment qui s’est révélé unique dans l’histoire. Les artistes, eux, ont déjà eu droit à leur film.»


Woodstock, rampe de lancement  -  Alain de Repentigny

À Woodstock, la musique n’était peut-être qu’un bon prétexte pour faire la fête. Pourtant, nul ne peut nier l’impact qu’a eu ce festival plus grand que nature sur le paysage musical des années 70. La grand-messe hippie de l’été 1969 aura été, presque par
une époque où les innombrables festivals de musique sont structurés, organisés et comptabilisés jusqu’au dernier sou, n’est-il pas drôle que le plus grand d’entre tous ait été tout le contraire?
ALAIN DE REPENTIGNY
Un mois avant la tenue du festival de Woodstock, les organisateurs couraient encore après leurs têtes d’affiche. À la dernière minute, le Jeff Beck Group, un des gros morceaux de la programmation du dimanche, s’est désisté pour cause de séparation. Une fois sur place, les Who, qui ne roulaient pas encore sur l’or, ont exigé d’être payés comptant avant de monter sur scène et il a fallu réveiller un directeur de banque au beau milieu de la nuit pour qu’ils daignent jouer des extraits de leur opéra rock Tommy à la multitude.
Certains artistes ont dû meubler le temps pendant que d’autres vedettes étaient coincées dans des embouteillages monstres. John Sebastian, qui était sur place à titre de spectateur, s’est retrouvé sur scène. Richie Havens a dû faire rappel sur rappel alors qu’il n’avait plus de chansons dans ses bagages: ça a donné une Freedom improvisée qui en a fait une vedette instantanée. Pour les mêmes raisons, Country Joe McDonald est monté sur scène sans son groupe The Fish et c’est armé d’une guitare acoustique empruntée qu’il a chanté la décapante I-FeelLike-I’m-Fixin’-To-Die Rag, un des grands moments du festival.
À Woodstock, rien ne s’est déroulé tout à fait comme prévu. Et ce fut fort bien ainsi. En lieu et place d’un festival réunissant des superstars, les centaines de milliers de spectateurs ont eu droit à une affiche hétéroclite où les vedettes établies (Hendrix, Janis, The Who) côtoyaient les quasi inconnus (Santana, Joe Cocker, Ten Years After et autres Sha Na Na).
À sa façon, Woodstock préfigurait l’éclatement de la musique à l’aube des années 70. Les années 60 avaient appartenu aux Beatles, aux Stones et à Dylan. Désormais, l’allégeance des amateurs de musique, leur loyauté, irait non seulement à un artiste, mais souvent à un genre musical. Il y avait à Woodstock des interprètes de chansons «à message» (Joan Baez, Melanie), des groupes à la musique ambitieuse (The Who), des rockeurs plus musclés (Mountain), des porte-étendards modernes de la tradition blues (Canned Heat, Johnny Winter), des chefs de tribus friands de dope et de long jams (Grateful Dead), des rockeurs conscientisés (Jefferson Airplane), des groupes qui flirtaient avec le jazz (Paul Butterfield Blues Band, Blood Sweat and Tears), un chanteur de covers dégourdi qui réinventait un classique des Beatles (Joe Cocker), un groupe qui annonçait le mariage du rock avec la musique du monde (Santana) et un autre, le mélange des genres, des races et des sexes (Sly and the Family Stone), sans oublier l’un des premiers supergroupes de l’histoire dont c’était seulement le deuxième concert (Crosby, Stills, Nash and Young).
Telle était la volonté du jeune producteur de Woodstock, Michael Lang. Il espérait les Beatles, Dylan, les Doors et le cowboy Roy Rogers (!), mais voulait surtout une affiche diversifiée pour rendre compte de l’ouverture d’esprit de la génération du Verseau dont ç’allait être la fête.
Ce nouveau star-système auquel Woodstock a servi de rampe de lancement, allait aussi transformer le monde du spectacle. Appuyées par une radio rock FM en pleine ébullition, les nouvelles vedettes du rock envahiraient désormais le Forum et autres stades jusque-là réservés aux sportifs.
Woodstock n’a peut-être pas changé le monde, mais dans l’histoire du rock en tout cas, on peut parler de l’avant et l’après Woodstock.


Les grands absents
Les Stones, l’autre face de la royauté rock britannique, n’étaient pas invités. Ils commandaient un cachet trop élevé et on raconte qu’ils ne correspondaient pas à l’image peace and love du festival. Trois mois plus tard, ils ont donné à Altamont un concert marqué par la violence qui, pour les historiens du rock, a mis fin à l’utopie des années 60 incarnée par Woodstock. Bob Dylan, qui vivait justement à Woodstock, ne s’est pas pointé le nez au festival, mais son groupe The Band y a joué. On a dit que son fils était malade, mais surtout que Dylan en avait jusque-là des hippies qui venaient le déranger chez lui. Le Jeff Beck Group, les Doors, les Moody Blues, Joni Mitchell –qui a écrit la chanson Woodstock en regardant, à regret, les images du festival à la télé– et Jethro Tull ont refusé ou se sont désistés à l a dernière minute. Led Zeppelin, le supergroupe en devenir, a préféré donner un concert plus payant à Asbury Park, au New Jersey, ce weekend-là, leur imprésario Peter Grant ne voulant pas que ses ouailles ne soient qu’un groupe parmi tant d’autres à Woodstock.
Led Zeppelin


Les empêcheurs de tourner en rond
On a souvent reproché au festival de Woodstock d’avoir occulté les bouleversements politiques de la fin des années 60, à l’exception du flash de génie de Jimi Hendrix qui, devant la foule clairsemée qui était encore sur place le lundi matin, a fait écho à la guerre du Vietnam dans son interprétation de l’hymne national américain.
Dans le film, certains artistes sont tellement impressionnés par la magnitude de l’événement – qui ne l’aurait pas été? – qu’ils en perdent leurs repères et donnent presque dans l’ésotérisme. Country Joe McDonald n’était pas de ceux-là, lui dont la décapante I-Feel-Like-I’m-Fixin’-To-Die Rag disait à peu près ceci: pourquoi on se bat? On s’en fout, on s’en va au Vietnam où on va tous mourir, youppi! Au public qui ne chantait pas assez fort à son goût, McDonald a même dit qu’il ne méritait pas mieux que d’aller au Vietnam! Joan Baez, aussi, a été fidèle à elle-même. Avant de chanter l’hymne ouvrier Joe Hill, elle a parlé de son mari David Harris, emprisonné pour avoir refusé d’être conscrit.
Mais c’est le Star-Spangled Banner de Hendrix, joué à la fin du film, qui a marqué l’imaginaire. En faisant parler sa guitare, Hendrix ramenait les membres de la génération Woodstock sur terre en lui rappelant que pendant qu’ils célébraient l’amour et la paix, d’autres moins chanceux se faisaient tuer au Vietnam.
L’année suivante, au festival de l’Île de Wight, Hendrix a joué le God Save the Queen à la guitare, mais ce n’était guère plus qu’une recette, un truc malhabile.

Le film
Woodstock n’aurait pas eu la moitié de son impact s’il n’y avait pas eu le film et les disques, l’année suivante, pour propager la bonne nouvelle. Le réalisateur Michael Wadleigh, documentariste de son métier, ne voulait pas d’un film conventionnel dans lequel chaque artiste viend ra it pousser son succès. Il a choisi les chansons en fonction de la trame narrative de son documentaire qui fait bien sûr une large place à la musique, mais témoigne d’abord de l’esprit de ce festival hors normes. Il a dû se battre pour montrer plus de trois minutes de Jimi Hendrix à la toute fin; le studio Warner Bros. estimait qu’il y avait sûrement une manière plus hopla-vie de boucler un film de trois heures qu’une adaptation de l’hymne national américain simula nt un bombardement au Vietnam, et des images des détritus jonchant le sol après la fête de l’amour et de la paix. Woodstock a gagné l’Oscar du meilleur documentaire en 1971. Jamais un film n’avait si bien reproduit l’ambiance d’un concert auparavant. On a beaucoup parlé de la qualité du son et de l’écran divisé qui pouvait montrer jusqu’à trois images différentes à la fois. Dans le tout récent coffret DVD du 40e anniversaire, le réalisateur a une justification très simple pour cette utilisation de l’écran divisé: ça lui a permis de mettre l’équivalent de huit heures de pellicule dans un film de trois heures!

Wadleigh, les deux autres caméramen qui filmaient le spectacle et les trois ou quatre équipes qui tournaient ailleurs sur le site ont accumulé 120 heures de pellicule. La première version du film faisait trois heures, la version du réalisateur parue en 1994 s’étirait sur trois heures 45 minutes. Heureusement, Wadleigh pouvait compter sur un monteur et assistant-réalisateur prometteur: Martin Scorsese.

Les bonbons du 40e
Janis Joplin, Canned Heat et Jefferson Airplane n’étaient pas du film Woodstock en 1970, mais ils figurent dans la version du réalisateur en 1994. Le coffret DVD du 40e anniversaire comprend, outre quelques gadgets, cette version, une vingtaine de capsules avec les principaux artisans du spectacle et du film, et deux heures 15 minutes de musique additionnelle : 18 chansons par 13 artistes différents dont Paul Butterfield, Johnny Winter, Mountain, Creedence Clearwater Revival et le Grateful Dead, qu’on n’avait j amais vus dans les versions précédentes, John Fogerty et le Dead n’étant pas satisfaits du résultat.
Il est vrai que l’éclairage et le son ne sont pas parfaits, mais Fogerty est électrisant et comme ces trois chansons ( Born on t he Bayou, I Put a Spell on You et Keep on Chooglin’) sont parmi les rares images d’archives disponibles de CCR, il ne faut surtout pas bouder notre plaisir. Quant au Dead, je leur donne raison: leur interminable jam ( Turn On Your Love Light) – 38 minutes! – est à la limite du supportable. Un bon mot par contre pour Canned Heat ( On the Road Again), les Who ( We’re Not Gonna Take It et My Generation) et Johnny Winter ( Mean Town Blues).
Pour les i ntéressés, RhinoAtlantic va lancer le 18 août un coffret de six CD et 77 chansons, dont 37 inédites, dans l’ordre de leur présentation à Woodstock.
Et depuis peu, on peut trouver en magasin, sous étiquette Sony Legacy, cinq CD d’autant d’artistes enregistrés à Woodstock: Santana, Janis Joplin, Sly and the Family Stone, Johnny Winter et Jefferson Airplane.


Parfums d’innocence  -  Marc-André Lussier
Il y a 40 ans, tous les rêves de jeunesse des baby-boomers se sont cristallisés en trois jours «d’amour, de paix et de musique». Le nouveau film d’Ang Lee utilise Woodstock comme décor afin de raconter un petit épisode de bonheur.
Ang Lee a procédé à l’envers de l’histoire. Il y a 12 ans, il a dressé un portrait sensible et saisissant d’une génération peu à peu atteinte par la désillusion dans The Ice Storm, dont l’intrigue était campée en 1973.
raconte l’histoire d’Eliot (Demetri Martin), un jeune obligé de retourner vivre chez ses parents dans le nord de l’État de New York. En tentant de reprendre en main la gestion du motel délabré de sa famille, Eliot saisit l’occasion de renflouer un peu les affaires quand il apprend qu’une bourgade voisine a refusé d’accueillir un festival de musique «hippie».
«Quatre ans plus tôt, en 1969, a eu lieu l’événement le plus rassembleur de la génération des baby-boomers, a récemment fait remarquer le cinéaste au cours d’une rencontre de presse à New York. Woodstock est probablement le dernier point d’orgue de cette époque. Après, les lendemains ont commencé à déchanter. The Ice Storm en était l’illustration. C’était la gueule de bois après une grande fête!»
En 1969, Ang Lee était âgé de 14 ans et vivait à Taiwan. Il ne connaissait encore rien de l’Amérique. Jamais l’adolescent qu’il était alors n’aurait pu penser qu’un jour il évoquerait dans un film l’un des événements les plus mythiques de la culture américaine et occidentale.
«Pour nous, dans notre île, la marche de l’homme sur la Lune revêtait une importance bien plus grande que ce festival de boue dont on voyait quelques extraits en noir et blanc à la télé, explique le cinéaste. À vrai dire, nous ne partagions pas tout à fait le sentiment de contestation des jeunes Occidentaux. La société taiwanaise était déjà très conservatrice. Des bases de l’armée américaine étaient installées sur notre territoire. Les GI faisaient escale chez nous avant de se rendre au Vietnam.»
Tout cela est bien loin, maintenant. D’autant plus que, aux yeux du réalisateur de Brokeback Mountain, le mythe Woodstock s’est amplifié – et magnifié – au fil des ans. Quand le projet de faire un film sur l’événement a été lancé, l’idée de reconstituer le spectacle sur scène a immédiatement été écartée.
«De toute façon, ce film existe déjà et il s’agit d’un chefd’oeuvre!» fait remarquer Lee.
Le documentaire de Michael Wadleigh, gratifié d’un Oscar, a évidemment marqué les esprits. Les concepteurs de Taking Woodstock s’en sont surtout inspirés pour une question de style. Comme l’avaient fait leurs aînés il y a 40 ans (dont Martin Scorsese), une quinzaine de jeunes cinéastes se sont emparés de caméras pour filmer les figurants, histoire de donner au film son caractère «documentaire». Lee n’a utilisé aucune scène d’archive.
«Le film sur les artistes ayant été fait, nous nous sommes concentrés sur les spectateurs, explique le cinéaste. Le spectacle n’est évoqué qu’en toile de fond. De toute façon, la vaste majorité des gens sur place n’ont pu entendre que de loin et n’ont vu que des personnages minuscules sur scène!»
Libre adaptation
Un peu à la manière de l’événement, qui a eu lieu pratiquement par accident, Taking Woodstock est né d’une rencontre inattendue. Invité à une émission de télévision à l’occasion de la sortie de son film précédent, le magnifique Lust, Caution, Ang Lee a fait la connaissance d’Eliot Tiber, invité à titre de coauteur du livre autobiographique Taking Woodstock, A True Story of A Riot, A Concert, and A Life.
«Après plusieurs films dramatiques, j’avais envie d’un peu de légèreté. J’ai vu dans l’histoire d’Eliot de belles possibilités en ce sens. Nous nous en sommes librement inspirés, James Schamus et moi, pour construire un récit dans lequel la vie d’une famille se trouve complètement chamboulée à cause de ce concert.»
Cette famille, c’est celle d’Eliot (Demetri Martin), un jeune homme obligé de retourner vivre chez ses parents dans une petite localité du nord de l’État de New York. En tentant de reprendre en main la gestion du motel délabré de sa famille, Eliot saisit l’occasion de renflouer un peu les affaires quand il apprend qu’une bourgade voisine a refusé d’accueillir un festival de musique «hippie». Trois semaines et 500 000 personnes plus tard, personne ne sera jamais plus le même, y compris le jeune homme, qui décide d’assumer son homosexualité à cette occasion.
«Il s’agit d’un moment probablement unique dans l’histoire de l’humanité, observe Ang Lee. Grâce au baby-boom d’après-guerre, les jeunes formaient alors plus de 50% de la population. Je doute que cela puisse survenir de nouveau un jour dans le monde occidental.»
Un premier rôle
Le rôle d’Eliot a été confié à Demetri Martin, dont il s’agit de la toute première présence à l’écran. C’est la fille de James Schamus, auteur du scénario, directeur du studio Focus Features et producteur des 11 longs métrages d’Ang Lee, qui a attiré l’attention de son père sur ce jeune humoriste, dont certains sketchs, notamment The Jokes with Guitar, sont très prisés sur YouTube.
«Quand j’ai lu la biographie d’Eliot, je me suis vraiment demandé si j’allais être capable de jouer cela, raconte Martin. J’ai franchement été soulagé quand j’ai reçu le scénario. J’ai alors pu me rendre compte que le récit n’était pas une adaptation fidèle du livre, dont certains passages sont plutôt heavy. »
Les épisodes plus crus de la vie gaie de Tiber ont volontairement été écartés d’un récit dont les artisans voulaient surtout conserver l’aspect euphorique. «L’homosexualité était un drame dans Brokeback Mountain, fait remarquer James Schamus. Dans Taking Woodstock, Eliot assumesonorientationsexuelle sans aucun problème.»
Ang Lee travaille présentement à l’adaptation de L’histoire de Pi, le célèbre roman de Yann Martel.



COPPOLA,L’AFFRANCHI  -  Marc-André Lussier
Après avoir ouvert la Quinzaine des réalisateurs à Cannes, il y a quelques mois, Francis Ford Coppola est enfin en mesure d’offrir son nouveau film, Tetro, au public nord-américain. Il s’agit d’un film où rien n’est autobiographique, mais où tout est vrai
F
produits dans les années 70 à l’intérieur du système des grands studios, tiennent aujourd’hui bien leur place dans la grande histoire du septième art. Plus de trois décennies plus tard, le maître n’entretient pourtant pratiquement plus aucun lien avec Hollywood.
« L’industrie ne s’intéresse plus au cinéma, a expliqué Coppola, la semaine dernière, au cours d’un entretien téléphonique accordé à La Presse. Tout est désormais tellement orienté vers l’argent que plus personne n’ose maintenant prendre de risques, y compris les studios spéciarancis Ford Coppola. Ce nom mythique évoque à lui seul l’une des périodes les plus glorieuses du cinéma américain. The Godfather, The Conversation, Apocalypse Now, lisés dans les films plus ambitieux sur le plan artistique. »
Le risque, Coppola connaît. C’est ce qui l’a poussé à accepter l’offre de réalisation de The Godfather alors qu’il ne connaissait strictement rien au monde des gangsters et de la mafia.
L’aventure épique du tournage d’Apocalypse Now a aussi été éprouvante sur les plans humain et pécuniaire. Pour se refaire, le cinéaste s’était d’ailleurs lancé dans un projet inédit et ambitieux, One from the Heart, produit grâce à sa société American Zoetrope. L’échec a été si cuisant qu’il a entraîné sa faillite.
Des productions plus modestes, The Outsiders, Rumble Fish, l’ont remis en selle sur le plan artistique au début des années 80. Depuis, la vie n’a pas été qu’un long fleuve tranquille. Que non. Le cinéaste a en outre souvent déclaré qu’il avait dû se résoudre à consacrer ses énergies à des projets alimentaires pendant 10 ans afin d’effacer une dette de 30 millions. À 70 ans, Coppola propose aujourd’hui Tetro, l’un de ses films les plus personnels.
«Il s’agit de mon premier scénario original depuis The Conversation, il y a 35 ans! fait-il fièrement remarquer. J’aurais voulu m’y mettre bien avant, mais la vie m’a entraîné ailleurs. Après The Godfather, tout s’est enchaîné de telle sorte que je n’ai finalement pas eu l’occasion de m’atteler à l’écriture. Quand j’ai commencé à écrire Tetro, je me suis rendu compte à quel point cela m’avait manqué.»
Tetro est un drame sur fond de rivalités au sein d’une famille d’artistes. Coppola se plaît à dire que son film ne comporte aucun élément autobiographique, mais que tout y est authentique.
On y suit la quête de Bennie (Aiden Ehrenreich), un jeune homme venu à Buenos Aires pour retrouver son frère aîné Angelo (Vincent Gallo), parti sans laisser d’adresse il y a plusieurs années pour commencer une nouvelle vie sous le nom de «Tetro». Forcément, les vieilles blessures vont se rouvrir.
Le cinéaste a tourné son film en noir et blanc pour faire écho à des oeuvres qu’il admire particulièrement, America America, de Kazan, et La notte, d’Antonioni notamment. Seuls les retours en arrière empruntent les couleurs de la réalité.
Le réalisateur américain Francis Ford Coppola, photographié durant le Festival de Cannes, au mois de mai dernier.
« Cette vision s’est imposée dès l’écriture, explique Coppola. Aucun producteur ne veut désormais financer des films en noir et blanc, même si cette volonté découle d’une véritable démarche artistique. C’est dommage.»
Quant aux rivalités fa miliales auxquelles le récit fait écho, l’auteur cinéaste n’a évidemment pas eu à chercher bien loin: père et oncle musiciens; enfants cinéastes, neveu acteur. Une phrase terrible est d’ailleurs lancée par le père-chef d’orchestre à son fils Angelo: «Il ne peut y avoir qu’un génie dans la famille.»
«Je savais que cette réplique frapperait l’imagination, concède Coppola. Et il est vrai que cette phrase a déjà été prononcée – je ne dirai pas par qui – il y a très longtemps. Quand il y a une concentration de talents au sein d’une même famille, cela provoque des sentiments particuliers sur le plan humain, mais pas obligatoirement conflictuels. Au contraire. C’est pourquoi il y a un peu de moi dans tous les personnages de ce film. Cela dit, j’ai moi aussi beaucoup admiré mon frère aîné. J’ai eu du mal à comprendre pourquoi il avait décidé de partir.»
Le dernier âge d’or
Coppola ne carbure pas à la nostalgie. Contrairement à certains observateurs, qui estiment que le cinéma américain a vécu son dernier âge d’or au cours des années 70, le cinéaste préfère se tourner vers le présent et l’avenir.
«Les studios ne peuvent plus mettre ce genre de projets de l’avant aujourd’hui. Cela ne veut toutefois pas dire qu’il ne se fait plus de bon cinéma en Amérique. Les meilleurs films sont produits à l’extérieur du système. Il y a un foisonnement d’auteurs extrêmement intéressants – Solondz, Haynes, Van Sant et plusieurs autres – qui parviennent malgré tout à s’imposer. Évidemment, quand on voit ce que Hollywood nous propose semaine après semaine, c’est sûr qu’il n’y a pas lieu de s’enthousiasmer. Mais il y a – et il y aura toujours, je pense – des voix originales qui arrivent à se faire entendre. Et qui nous redonnent foi en cet art que nous aimons tant.
«Et puis, les moyens de diffusion sont aussi en train de changer. Ils ne sont plus seulement l’apanage des grands studios. À mon avis, le salut passe par un cinéma produit de façon indépendante. C’est là que passe le mien en tout cas!
«Je ne crois pas vraiment, poursuit-il, à cette notion de dernier âge d’or. Vous savez, chaque époque a ses défis. Il n’y avait rien d’évident au moment où j’ai réalisé The Godfather ou Apocalypse Now, croyez-moi!»
Sans être un tournant, Tetro marque assurément une nouvelle étape dans la carrière d’un cinéaste qui a toujours envie d’explorer son art. Un nouveau film, dont il écrit aussi le scénario, est déjà en chantier. Il espère pouvoir le tourner le plus tôt possible en le finançant de façon entièrement indépendante.
«Vous savez, j’ai un vignoble, des hôtels, des restaurants. J’ai eu ma part de difficultés, mais la vie est très bonne. Il s’agit simplement de s’ouvrir et d’accueillir ce qui se présente.»





JOE DASSIN: NON COUPABLE!  -  Jean-Christophe Laurence
SOIT, ON EST
TOUJOURS LE
QUÉTAINE DE
QUELQU’UN.
MAIS DEPUIS QUELQUE
TEMPS, DES ARTISTES
QU’ON N’OSAIT PAS
AIMER AU GRAND JOUR
DEVIENNENT TOUT À
FAIT PRÉSENTABLES, À
COUP D’HOMMAGES
ET DE COMPILATIONS.
ON SE POSE DES
QUESTIONS...
Le s 21es F r a nc o F ol i e s de Mont r é a l s e t e r mi n e n t demain avec Joe Dassin, la g r ande f ê t e musicale , pré - senté gratuitement à la place des Festivals.
Ce sera loin d’être une première pour ce gros spectacle populaire, qui met en vedette une douzaine de danseurs et cinq chanteurs, dont trois ex-Académiciens. Depuis sa création en 2006, le spectacle a été présenté 60 fois à Québec et Montréal, ainsi que dans une demidouzaine de villes américaines. Mais Joe Dassin, comme chacun sait, est un vrai plaisir coupable renouvelable, dont on ne se lasse pas facilement, même si l’homme est mort depuis presque 30 ans.
Pas de gêne
Coupable ? Minute ! Depuis une dizaine d’années, il est clair que Joe Dassin ne gêne plus personne. Si certains i ntellos l’écoutaient en cachette dans leur sous-sol, ce n’est plus le cas. Les enfants des années 70 ont grandi et assument ouvertement leur fascination pour ce monstre de la variété fleur bleue, roi de la mélodie romantique et du « talk over » sensuel. Aujourd’hui, ils revendiquent leur Joe Dassin haut et fort, sans crainte d’être jugés. Non seulement ce n’est plus quétaine, mais c ’est ca r rément devenu cool.
« Au Québec, je dirais que tout cela a commencé avec les soirées C’est extra à la fin des années 90, explique Didier Morissonneau, producteur de Joe Dassin, la grande fête musicale. C’était un truc de branchés, un trip second degré. Mais disons que ça a réactivé l’intérêt. Après, Cité Rock Détente s’y est mis avec ses week-ends Pour un flirt. Les chansons de Joe Dassin tournaient à profusion. Rythme FM a répliqué et c’était parti… »
La réhabilitation a vraiment atteint son sommet en 2006, quand Stefie Shock a produit le disque Salut Joe ! , un hommage collectif réunissant des artistes pas quétaines du tout comme Guy A. Lepage, Marc Labrèche, Éric Lapointe, Dobacaracol ou les Breatsfeeders. Ce disque étonnant a, pour ainsi dire, fait passer l’ami Joe du côté des intouchables.
Souvenirs, souvenirs
Le phénomène n’est pas unique. Périodiquement, des artistes profitent d’un retour en grâce. Un jour coupables, le lendemain innocents ! Pensez à Patrick Norman, qui était la risée des intellos, avant d’être remis en selle par le journal Voir et par Le Devoir. À Boule Noire, qu’on a soudainement redécouvert. À Dick Rivers, redevenu hyper cool. À Martine St-Clair, qui vient d’enregistrer avec les Lost Fingers. Ou à Angèle Arsenault, récemment citée par le chanteur du groupe rap Gatineau.
Comment expliquer ces étranges retours de balancier ? La nostalgie, tout simplement.
« C’est un peu la même règle que pour le kitsch, croit MC Gilles, DJ bien connu et ardent promoteur du plaisir coupable. Quand ça fait assez longtemps et que ça te ramène à " mes parents écoutaient ça quand j’étais jeune ", c’est que c’est mûr. Ce n’était peut-être pas la meilleure musique de ton époque, mais ça te rappelle quelque chose. »
« Il faut que tu te sois ennuyé de l’artiste, précise de son côté Didier Morissonneau. Et ça, ça peut prendre au moins 20 ans… »
Un trip de gang
Selon MC Gilles, la réhabilitation d’un chanteur populaire passe d’abord par le canal branché et médiatique. Une fois que le « revival » est lancé par les hispters et les journalistes, le plaisir coupable devient légitime. On n’a plus honte de le dire, puisque les faiseurs de tendances le disent sur la place publique. C’est à ce moment, précise-t-il, que la machine commercia l e s ’e n empare. Adamo est r edevenu c ool ? Vite ! Une compilation !
Évidemment, ne se réhabilite pas qui veut. Il faut certains préalables, le plus essentiel étant d’avoir gravé au moins UN hit. Il n’y a aucun i ntérêt à ressusciter un obscur chanteur tyrolien. Belgazou, par contre, ça parle à la majorité. Dans notre monde musical de plus en plus fragmenté, les vieux succès ont l’avantage de réunir les gens. Ils permettent de se déculpabiliser « en gang », sans se sentir jugé !
« Les chansons qui reviennent ont tellement joué, qu’elles font partie de notre inconscient collectif, observe MC Gilles. Et avec le temps, on a fini par oublier qu’elles étaient un peu ridicules. Prends La vie c hante, de René Simard. Rien qu’avec le titre, on l’a dans la tête. C’est poche, mais c ’est rassembleur. »
Durable ou coupable
« La différence avec Joe Dassin, c’est que c’était bon, nuance Didier Morissonneau. Prends Les petits pains au chocolat. À première vue, ça semble quétaine. Mais quand tu regardes les paroles, la structure, le riff de guitare, tu constates qu’il y a eu beaucoup de travail. »
C’est là, croit-il, qu’on départage le durable du vraiment coupable. La réhabilitation n’est souvent qu’une blague éphémère, une affaire de génération. Mais certains artistes, comme Joe Dassin, parviennent justement à dépasser ce stade. « Si ça fait plus de 30 ans que tu es là, conclut-il, c’est que tu es là pour de bon… »


Il est grand, le mystère du quétaine  -  Paul Journet
Au dépanneur, il y a le client qui dissimule un Playboy entre un sac de chips, un Economist, du bicarbonate de soude et d’autres achats de circonstance. Les disquaires connaissent aussi un équivalent. Le client qui dissimule Spanish Train de Chris de Burgh parmi des disques d’Arcade Fire ou Johnny Cash pour que son achat passe inaperçu, ou paraisse moins honteux.
Car oui, les disquaires jugent parfois vos achats. « C’est vrai; quand je travaillais dans une grande chaîne, je me suis déjà moqué des gens à la caisse », avoue Sébastien Marcoux, aujourd’hui disquaire-acheteur au Marché du disque.
C’était avant. Si vous déposez un album de Kathleen ou de Francis Martin sur le comptoir, il ne rira pas. Promis.
« J’ai fini par réaliser que tu ne peux pas juger les goûts. Oui, Kathleen, c’est quétaine selon moi. Mais des gens l’aiment vraiment, et ils doivent avoir de bonnes raisons pour ça. Ils connaissent mieux leurs goûts que moi », explique-t-il.
Ou, comme l’a déjà résumé un sage : on est tous le quétaine de quelqu’un... La maxime se vérifie lors d’un débat peu fécond qui se déroule derrière nous dans notre salle de rédaction. Quétaine ou pas, Les yeux du coeur de Gerry Boulet ? La question divise cinq maniaques de musique pendant qu’on essaie d’écrire ces lignes. La réponse n’a pas encore été trouvée. Même la signification du mot quétaine ne fait pas consensus. À la base, il y a l’idée qu’on peut distinguer entre le bon et le mauvais goût. Le quétaine serait une sousdivision du mauvais goût. Par exemple, les chansons aux textes qui abordent des thèmes universels mais de façon superficielle et pleine de clichés, et les musiques qui, comme le jazz d’ascenseur et les sonates de restaurant, pastichent grossièrement des genres reconnus.
Certains ont réfléchi sérieusement à la question. Professeure au département de sociologie et d’anthropologie de l’ Université d’Ottawa, Michèle Ollivier a publié en 2006 dans Popular Music un article intitulé « Snobs and quétaines : prestige and boundaries in popular music in Quebec ». Elle y parle entre autres des années 60, durant lesquelles de plus en plus de chansonniers écrivaient leurs pièces au lieu de piger dans le répertoire populaire ou de traduire des succès américains, comme Michèle Richard et d’autres continuaient de le faire. On devine qui étaient les quétaines.
Mais écrire son matériel n’immunise évidemment pas contre la quétainerie. Pour s’en convaincre, on peut consulter The Rock Snob Dictionary, duquel on déduit que la majorité des CD devraient être compostés.
On déduit, car le mot quétaine n’y figure pas. Le mot est québécois. On ne lui connaît pas vraiment de synonyme anglais. Et il ne faut pas le confondre avec le kitsch. « Ce sont deux choses différentes, explique Roxanne Arsenault, qui termine une maîtrise sur le kitsch à l’ UQAM. Le kitsch, ce n’est pas péjoratif selon moi. C’est une accumulation d’idées dans un même objet, des imitations exubérantes, de l’excessif sans deuxième niveau de lecture. (…) Tandis que le quétaine, c’est une notion beaucoup plus subjective. En gros, je pense que ça qualifie une chose démodée. »

Ce qui nous ramène aux Yeux du coeur. Alors, quétaine ou pas ?


Les festivals, ces « PPP avant la lettre »  -  Louise Leduc
Au-delà de la guerre des mots lancés d’un bout à l’autre de la 20, ce que la controverse met en lumière, c’est la question des festivals à but non lucratif et subventionnés qui sont organisés par des entreprises privées.
Les FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés par Spectra, dont Alain Simard est le président.
Comme l’a résumé Alain Simard à La Presse hier, « c’est un PPP avant la lettre ».
Les FrancoFolies et le Festival de jazz sont organisés par Spectra, dont Alain Simard est le président. Spectra possède différentes filiales qui donnent dans la production de disques, de spectacles, de séries télévisées et dans la gérance d’artistes, en plus de posséder le Métropolis et le Théâtre Outremont. C’est aussi le modèle du festival Juste pour rire, auquel est apparenté Productions Rozon, dont le président est Gilbert Rozon.
François Colbert, professeur de marketing culturel à HECMontréal, signale d’abord que les bonzes des grands festivals sont des passionnés qui ont monté leur affaire à la force des bras et qui récoltent maintenant ce qu’ils ont semé. Mais non, ils ne se tapent pas l’organisation de ces manifestations par pur altruisme. « Les choses qui ne sont pas payantes vont du côté du festival à but non lucratif et ce qui est payant, on le fait avec l’entreprise à but lucratif. Tout ce qui est produit dérivé, captation de spectacles (vendus ensuite à des chaînes de télévision), on réserve cela à l’entreprise privée », dit-il.
Pourquoi les revenus tirés des spectacles que l’on enregistre au festival Juste pour rire, au Festival de jazz ou aux FrancoFolies vont-ils du côté du secteur privé et non pas du côté du festival qui demande des subventions? François Colbert ne se l’explique pas, mais il signale que cela se fait à visage découvert et que les gouvernements sont au courant.
Certifications
Gilles Corbeil, président de la Société de développement des entreprises culturelles (la SODEC, l’une des sociétés du gouvernement du Québec qui subventionnent les festivals), note que son organisme s’est penché il y a quatre ou cinq ans sur les liens entre les festivals et les entreprises privées qui les organisent. Depuis lors, la SODEC exige que des experts comptables certifient que les frais facturés par les entreprises comme Spectra ou Productions Rozon sont adéquats. Par exemple, que le loyer du Métropolis – propriété de Spectra – facturé à l’organisme sans but lucratif des FrancoFolies est égal ou inférieur au prix du marché.
Spectra est une entreprise privée qui réussit bien. En même temps, « ce n’est pas Quebecor », dit Alain Simard, qui ajoute que le chiffre d’affaires de toutes les filiales réunies de Spectra donne dans les 70 millions. « On gagne bien notre vie, mais c’est avec toutes les autres choses que l’on fait, quand, par exemple, on produit la comédie musicale Roméo et Juliette, qui fait des revenus de billetterie de 8 millions en deux mois, quand on fait une opération Beau Dommage qui remplit deux fois le Centre Bell et qui vend 250 000 disques en un mois. »
Spec t ra t i re ef fec t ivement un avantage à faire les FrancoFolies et le Festival de jazz, mais le Métropolis se louerait de toute façon, insiste Alain Simard, qui signale au surplus qu’il n’y a pas d’exclusivité dans les droits de captation. Si CTV ou toute autre chaîne veut venir filmer un spectacle aux FrancoFolies pour revendre ensuite la captation, libre à elle.
Difficile, conclut-il, « d’être traité de voleur sur la place publique » quand, avec une équipe partie de rien, on a soi-même bâti des événements qui ont permis de faire venir de grands noms de la musique à Montréal et des millions de touristes.


Pas de vie culturelle sans Hydro  -  Nathalie Petrowski
Depuis quelques jours, un vent d’inquiétude souffle sur les théâtres de la ville, dans les salles de répétition des orchestres symphoniques, dans les locaux de danse et dans les directions de plusieurs festivals et de musées.
Tous c ra ignent de fa i re les frais de la révision de la politique de commandites d’Hydro-Québec exigée par la ministre Nathalie Normandeau pour calmer la crise de confiance à l’égard de Thierry Vandal.
Pour ceux qui étaient en vacances ou perdus sur une île déserte, le j ugement du PDG d’Hydro a été mis à rude épreuve lorsqu’une enquête de La Presse a révélé que ce dernier avait approuvé des commandites totalisant un demi-million aux collèges privés Notre-Dame et Brébeuf.
Commanditer des collèges qui sont déjà en partie subvention nés pa r l’ État, sans en faire autant pour les écoles publiques dont l’état est lamentable et les besoins criants, était une très mauvaise idée, on en convient.
L’ennui, c’est que cette erreur
CHRONIQUE de j ugement a empoisonné l’atmosphère et jeté le discrédit sur une société d’État qui, dans le domaine culturel du moins, joue un rôle essentiel, voire crucial. Pour résumer les choses brutalement, disons que, sans l’appui financier d’HydroQuébec, il n’y aurait pas de vie culturelle non seulement à Montréal, mais à la grandeur du Québec.
Pas étonnant que Lucien Bouchard, président du conseil d’administration de l’OSM, soit monté au créneau en signant une lettre ouverte publiée dans les journaux samedi.
«De grâce, écrit le président, ne nous laissons pas aller à l’émoi du moment: n’allons pas exclure Hydro-Québec et les autres agences gouvernementales de toute interaction communautaire et les écarter ainsi de leur légitime et indispensable contribution à notre épanouissement collectif.»
On comprend l’émoi de M. Bouchard. L’OSM bénéficie d’une commandite d’HydroQuébec de 600 000$ par an. Ce n’est pas rien. Retranchez cette somme ou réduisez-la de moitié, et le fleuron de la musique symphonique montréalaise va se trouver dans le pétrin et peut-être même au bord du gouffre financier. Il ne sera pas le seul.
Hydro-Québec commandite la plupart des théâtres à Montréal, une foule d’orchestres en région, plusieurs musées, le Centre des sciences de Montréal, sans oublier le Domaine Forget, dans Charlevoix, et le centre d’art d’Orford.
En 2008, Hydro-Québec a injecté 25,9 millions dans la vie culturelle québécoise. Cette année-là, l’OSM (600 000$), le Musée Pointe-à-Callières (4 0 0 0 0 0 $) et le fe st iva l Montréal en lumière, qui a reçu une commandite de 900 000$, ont été les plus choyés.
Mais les Grands Ballets canadiens (70 000$), l’Opéra de Montréal (4 2 50 0 $), le Moulin à images de Robert L epage (2 5 0 0 0 0 $) et le Festival du cinéma international en Abitibi-Témiscamingue (60 000 $), pour ne nommer que ceux-là, ont bénéficié d’un soutien financier d’ HydroQuébec qui n’était peut-être pas faramineux, mais qui était toujours bienvenu.
C’est d’ailleurs le message qu’a voulu lancer hier le Théâtre de l’Opsis, une compagnie de recherche théâtrale, dans un communiqué affirmant qu’il n’aurait jamais survécu sans l’appui d’organismes comme Hydro-Québec. Même si la commandite à l’Opsis en 2008 était de 10 000 $, elle a été vitale à la création comme au fonctionnement du théâtre.
B re f , de s plu s g r a nde s institutions j usqu’aux plus petits organismes, le message est toujours le même : la vie culturelle québécoise a besoin d’Hydro comme les plantes ont besoin d’eau, les fleurs de soleil et les lampes d’électricité. Mais surtout, cette vie culturelle ne devrait pas faire les frais d’une révision qui est avant tout un exercice de récupération politique de la part du gouvernement dans le but de sauver la peau de Thierry Vandal.
Je laisse à d’autres le soin de déterminer si la tête du PDG mérite ou non de tomber. Chose certaine, la vie culturelle québécoise ne mérite pas de s’effondrer ni de frôler la faillite parce qu’un homme, un jour, a commis une erreur de jugement.
Québécois, please
Message aux Américains qui n’arrêtent pas de rire du Canada, des Canadiens et de leur système de santé soviétique. Chers voisins, vous voulez devenir Canadiens ? C ’est si mple. R a ngez vos fusils. Achetez-vous un canot et devenez multicultu rels. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est Julia Bentley et Andrew Gunadie, deux jeunes musiciens canadiens déguisés en police montée et auteurs de la chanson Canadian Please.
Pour s’amuser, et éventuellement attirer l’attention d’un parti à la recherche d’une chanson-thème pour les élections fédérales, les deux ont enregistré une chanson hilarante dont la vidéo est sur YouTube.
Sur une mélodie rythmée et dansante, Julia et Andrew vantent nos castors, nos caribous, nos deux langues officielles et s’excusent d’une seule chose: Céline Dion (même si elle a fait une bonne toune pour James Cameron).
Pour éviter qu’on se mette tous à fredonner cette chanson trop accrocheuse comme je l’ai fait toute la fin de semaine dernière, j’invite un duo ou un trio québécois à leur donner la réplique. Québécois, please, à vos stylos.


Hydro doit revoir toute sa politique de mécénat  -  Rémi Nadeau
SAINT-HYACINTHE — Non seulement Hydro-Québec ne versera plus d’argent à des écoles privées, mais elle devra aussi revoir les mécanismes d’attribution de dons et commandites pour éviter les apparences de conflit d’intérêts.
Préoccupée par les liens personnels entre son présidentdirecteu r général, Thierry Vandal, et certaines institutions ayant reçu d’importantes sommes de la société d’État, la ministre responsable, Nathalie Normandeau, lui demande de corriger ses façons de faire pour assurer l’indépendance de ses dirigeants.
En marge d’une réunion des députés libéraux hier à Saint-Hyacinthe, la ministre des Ressources naturelles a annoncé que la société d’État devait lui remettre sa politique de dons et commandites révisée le 8 septembre.
Elle rencontrera le PDG à ce sujet vendredi. Questionnée sur le fait que M. Vandal siège aux conseils d’administration du Collège Notre-Dame, du Conference Board et de l’école des HEC, auxquels Hydro a consenti des dons ou des commandites, Mme Normandeau a clairement affirmé qu’HydroQuébec devra apporter des changements à son processus d’approbation.
« Il faut créer une certaine distance entre les hauts dirigeants qui sont impliqués da ns certa i ns orga n ismes qui, eux, sollicitent HydroQuébec », a déclaré la ministre, qui avait déjà désapprouvé les contributions financière de la société d’État à des écoles privées.
Hydro doit encore s’engager
Elle i nd ique toutefois du même souffle qu’il faut encourager les administrateu rs d’ Hydro à s’engager dans la gestion d’autres organismes. Elle voit d’un bon oeil la présence de M. Vandal au conseil d’administration du C on ference B oa rd du Canada.
Le porte-parole de l’opposition officielle en matière d’énergie, Sylvain Gaudreault, a pour sa part soutenu que Mme Normandeau tente désespérément de mettre le couvercle sur la marmite tout en admettant que des fautes ont été commises par le plus haut dirigeant d’Hydro-Québec.



Une impression d’arbitraire  -  Marc Cassivi
Le gouvernement conservateur se défend de tout lien entre la subvention à Pride Week et la « démotion » de Diane Ablonczy. Mais il faudrait être dupe pour ne pas y voir une coïncidence...
Ce n’est pas parce que l’on demande une subvention que l’on reçoit une subvention. Et ce n’est pas parce que l’on répond aux critères d’attribution d’une subvention que l’on doit recevoir cette subvention. Sauf que...
Pride Week, qui organise entre autres choses le défilé de la fierté gaie de Toronto (notre photo), a reçu une subvention de 400 000$ du Programme des festivals touristiques de renom. Pendant ce temps, à Montréal, des événements comme Divers/Cité et Nuits d’Afrique cherchent encore à comprendre pourquoi leur demande de subvention a été rejetée par Industrie Canada.
Le Programme des manifestations touristiques de renom a été mis sur pied par le gouvernement fédéral afin d’aider des festivals ou des organismes à attirer davantage de touristes étrangers en cette période économique difficile. Industrie Canada doit y investir 100 millions de dollars d’ici à l’été 2011. Environ le tiers de cette somme a déjà été attribué à 26 manifestations (sur environ 150 demandes).
Le Québec n’est pas en reste : 2,7 millions au Festival d’été de Québec, 3 millions au Festival international de jazz de Montréal (la somme maximale), 3 millions au Festival Juste pour rire, 1,5 million aux FrancoFolies, 965 000 $ à l’ I nternational des montgolfières de Saint-Jea n, 9 5 0 0 0 0 $ au Gra nd Rire de Québec, 500 000 $ au Festival d’été de Tremblant et 200 000 $ au Mondial choral de Laval.
Le Québec compte près du tiers des manifestations subventionnées, pour plus de 40% des sommes allouées. Mais tout n’est pas parfait. Des festivals comme Divers / Cité et Nuits d’Afrique ont reproché ces derniers jours à Industrie Canada la lenteur du processus et une certaine opacité dans ses critères de sélection. Les réponses du Ministère ont dans plusieurs cas été tardives, obligeant bien des festivals qui comptaient sur une subvention à revoir en catastrophe leur plan de match.
« Les décisions de f i nancement pour les manifestations qui auront lieu au début de l’été seront prises de façon opportune, en tenant compte de l’aspect de stimulation économique du programme », prévoit le règlement d’ I ndustrie Canada. Formule sibylline s’il en est.
Ce que l’on comprend de la stratégie du nouveau programme, c’est qu’il favorise en général les grandes manifestations au détriment des moins grandes. À elle seule, l’Équipe Spectra (Festival de jazz, FrancoFolies) a reçu à ce jour 15 % des sommes allouées par Industrie Canada. La stratégie se défend, dans la mesure où les grands festivals sont souvent les plus susceptibles d’attirer des touristes étrangers.
Ce qui se défend moins bien, en revanche, c’est l’impression d’arbitraire qui plane encore une fois sur l’attribution de subventions par le gouvernement Harper. Il y a quelques semaines, la ministre d’ État au Tourisme, Diane Ablonczy, s’est vu brusquement retirer la gestion du Programme des manifestations touristiques de renom. Elle venait d’attribuer près de 400 000 $ à Pride Week, qui organise entre autres le défilé de la fierté gaie de Toronto.
Selon un député de Saskatoon, Brad Trost, cette décision aurait été très mal perçue par une partie du caucus conservateur et par des proches du premier ministre. Dans la foulée, Stephen Harper aurait confié la responsabilité du nouveau programme à Tony Clement, ministre de l’Industrie.
Le gouvernement conservateur se défend de tout lien entre la subvention à Pride Week et la « démotion » de Diane Ablonczy. Mais il faudrait être dupe pour ne pas y voir une coïncidence, estiment la plupart des observateurs de la scène fédérale. D’autant plus qu’il n’y a pas lieu de mettre en doute les déclarations de Brad Trost, un député conservateur opposé au mariage gai qui s’est confié à un site internet chrétien afin de rassurer la base ultra conservatrice de son parti. Diane Ablonczy, ancienne réformiste de Calgary, n’est elle-même pas particulièrement libérale (c’est un euphémisme).
Les conservateurs, en mode « séduction » depuis la gestion catastrophique des coupes en culture – qui aurait coûté sa majorité à Stephen Harper – regretteront évidemment ce nouveau f iasco de relations publiques. Quand ce n’est pas les artistes, c’est les homosexuels...
Le ministre du Patrimoine, James Moore, s’était pourtant efforcé depuis des mois de distribuer à coups de milliers de dollars des subventions à gauche et à droite, afin de faire oublier la bourde préélectorale de son gouvernement. C’était sans compter sur le don unique du Parti conservateur de rappeler au moment le plus inopportun les convictions profondes de son aile orthodoxe. À ce sujet, une lecture aléatoire des sites web de la droite chrétienne canadienne s’avère des plus instructives.
Ce n’est pas parce que l’on demande une subvention que l’on reçoit une subvention. Et ce n’est pas parce que l’on répond aux critères d’attribution d’une subvention que l’on doit recevoir cette subvention. Sauf que la question se pose. Le refus d’une subvention de 155 000$ à Divers/ Cité dans le cadre du Programme des manifestations touristiques de renom a-t-il un lien avec l’attribution, contesté au sein du caucus conservateur, d’une subvention de 400 000$ à la Gay Pride de Toronto? Disons que le doute subsiste.



Le succès ne tient qu’à un film  -  Marc Cassivi
Le simple fait du succès de "De père en flic" permet d’espérer une première croissance de la fréquentation du cinéma québécois depuis 2005, une année record
Le succès ne tient qu’à un film. On s’inquiète sans cesse de la chute de popularité du cinéma québécois depuis 2005, année exceptionnelle de fréquentation. Après trois ans de décroissance continue, il semble que notre cinéma ait retrouvé un plus large public cet été, ce qui est de bon augure pour la suite.
Au cours des six premiers mois de 2009, selon Cinéac, qui analyse les performances aux guichets du cinéma québécois, les films québécois ont connu des résultats au boxoffice comparables à ceux de 2008, année moyenne en matière de parts de marché (moins de 10%, le plus faible résultat depuis 2002). Or, le succès monstre de De père en flic vient de changer la donne.
En tête du box-office à sa quatrième semaine à l’affiche, la comédie policière d’Émile Gaudreault a déjà engrangé près de 6 millions. Et il n’est pas impensable d’envisager pour le film des recettes totales de 7 ou 8 millions. Alors que la plupart des superproductions misent essentiellement sur un premier week-end d’exploitation fort, la popularité de De père en flic ne se dément pas. Le film conserve ses écrans (environ 120) et son public, profitant d’un bouche-à-oreille favorable, la clé de tout succès populaire.
Selon Cinéac, De père en flic sera vraisemblablement sacré champion, toutes nationalités confondues, du box-office estival 2009 au Québec, devant Harry Potter et tous ses amis. Il devrait trouver sa place, en fin de parcours, parmi les cinq films québécois les plus populaires de tous les temps.
Ce n’est pas un détail. Car l’embellie tombe à point. L’industrie du cinéma souffre d’une morosité collective depuis plusieurs mois. Le simple fait du succès de De père en flic permet d’espérer une première croissance de la fréquentation du cinéma québécois depuis 2005, l’année record (plus de 18% de parts de marché) des C.R.A.Z.Y., Aurore, Horloge biologique et autres Maurice Richard.
D’autant plus que Les doigts croches, charmante comédie de Ken Scott (le scénariste de Maurice Richard et de La grande séduction) prend l’affiche vendredi. Ce road movie amusant et lumineux est à l’image non pas de l’été, mais du regain de vie du box-office québécois. Sans prétendre au succès de De père en flic, dont il ne partage pas l’humour franc, on verrait bien Les doigts croches amasser 2 millions de recettes. Une prédiction personnelle sans fondement scientifique.
Le succès de cette nouvelle comédie québécoise risque-til d’être compromis par celui, foudroyant, de De père en f lic ? Le contraire est plus probable, m’explique Simon Beaudry, spécialiste du box-office québécois et président de Cinéac. Les deux films sont complémentaires. Plutôt que de nuire aux Doigts croches, le succès de De père en flic risque de créer un « effet d’entraînement » favorable premier long métrage de Ken Scott.
Le phénomène transcende les nationalités. La popularité de De père en flic, par exemple, n’a pas été entamée le moindrement par l’arrivée sur une multitude d’écrans de Harry Potter et le prince de Sang-Mêlé. « Il y a énormément de titres qui prennent l’affiche simultanément, constate Simon Beaudry. On parle d’un marché en expansion. Au lieu de se cannibaliser, les films profitent du succès des uns et des autres. Il n’y a pas eu de transfert des spectateurs de De père en flic vers Harry Potter. Il y a plutôt eu un ajout de spectateurs. »
En 2008, seulement quatre films québécois ont fait des recettes de plus de 1 million de dollars. Le champion du box-office, Cruising Bar 2, en a engrangé environ 3,5 millions, beaucoup moins que ce que son distributeur Alliance Vivafilm avait espéré. Déjà, 2009 compte quatre films millionnaires: Dédé à travers les brumes (1,7 million), Polytechnique (1,6 million), À vos marques... Party! 2 (1,4 million) et De père en flic (5,8 millions).
« Étant donné le volume de production limité du Québec (environ 20 longs métrages par année), quatre ou cinq titres font la différence entre une année moyenne et une année de succès », rappelle Simon Beaudry. L’expert souligne que les parts de marché du cinéma québécois sont en outre tributaires de la performance du cinéma américain, principal concurrent pour les écrans de la province. Pour l’instant, l’été pluvieux semble profiter à toutes les cinématographies, peu importe leur nationalité.
Si quatre ou cinq titres peuvent faire la différence, un film québécois peut à lui seul faire basculer le marché. Bon Cop, Bad Cop a établi un nouveau record au box-office pour un film québécois: 10,6 millions. Rien de moins que la moitié des recettes totales du cinéma québécois en 2006. Sans le film d’Érik Canuel, les parts de marché du cinéma québécois n’auraient été que de 6%. « Pourqu’un film québécois ait un box-office fort, précise Simon Beaudry, il faut impérativement qu’il ait du succès en région. » À ce jour, 87% des recettes de De père en flic ont été réalisées à l’extérieur de l’île de Montréal.
Malgré un été prometteur, il est encore trop tôt pour déterminer si 2009 sera une réelle « année de succès » pour le cinéma québécois. Plusieurs films doivent prendre l’affiche d’ici à la fin décembre, dont certains ont un réel potentiel populaire: 1981, de Ricardo Trogi ( Horloge biologique), Pour toujours, les Canadiens ! de Sylvain Archambault ( Les Lavigueur), 5150, rue des Ormes d’Éric Tessier ( Sur le seuil), Les sept jours du talion, de Podz ( Minuit, le soir)...

Dans le lot, il y aura les inévitables fours ( Cadavres) et les succès-surprises ( J’ai tué ma mère: 750 000$). Et surtout, au-delà des chiffres, de vrais bons films. C’est ce qui importe le plus, non?


Cinéma québécois : SÉDUIRE LES 7 À 77 ANS  -  Anabelle Nicoud
Été chaud pour le cinéma québécois : avec des recettes supérieures à 6,5 millions de dollars, la comédie De père en flic est assurée de devenir l’un des trois films les plus populaires de l’histoire du cinéma québécois (aux côtés de Bon Cop, Bad Cop et de
« Une bonne campagne promotionnelle ou publicitaire ne garantit pas le succès populaire. Ce qui fait la différence, c’est vraiment la qualité du film en tant que tel et sa réception critique. »
QOn Selon Simon Beaudry, président de Cinéac, la firme qui compile les entrées des cinémas de la province, le cinéma québécois devrait chercher à plaire à un public international.
a qualifié à plusieurs reprises d’exceptionnel le succès du film De père en flic. En quoi constitue-t-il une exception? R L’exception relève du fait que, normalement, lors d’un lancement sur un aussi grand nombre d’écrans (NDLR: plus de 120), les recettes diminuent de 20 à 25% dès la deuxième semaine. Dans le cas qui nous occupe, les recettes ont baissé de seulement 9% à la troisième semaine d’exploitation: c’est très peu. QQu’est-
ce qui explique ce succès ? R D’abord, c’est la réussite de la proposition: une comédie avec un volet dramatique. Ce mélange a bien fonctionné. Puis la qualité de la réalisation et du scénario, et le fait que les interprètes (NDLR: Louis-José Houde, Michel Côté et Rémy Girard, entre autres) sont en général tous bons. QDe
père en flic a aussi bénéficié d’une campagne de mise en marché imposante. R En effet, mais cela ne garantit pas le succès populaire. Une bonne campagne promotionnelle ou publicitaire (NDLR: cela peut comprendre des premières dans sept, huit, 10 villes au Québec et la présence des comédiens dans des manifestations publiques, pour un coût de 500 000$ à 1 million) est organisée pour cinq à 10 films québécois chaque année. Ce qui fait la différence, c’est vraiment la qualité du film en tant que tel et sa réception critique. QLe
cinéma québécois a connu de grands succès depuis le début des années 2000: Bon Cop, Bad Cop, C. R. A. Z.Y., Séraphin, La grande séduction. Est-ce que ces films ont des points communs? R Pour une réussite au Québec, on doit vraiment viser les 7 à 77 ans. On a un très petit marché, donc une production plus pointue aura des difficultés à atteindre ce genre de recettes. C’est vrai pour toutes les formes d’art au Québec. QLe
Québec bénéficie-t-il d’un savoi r-faire en matière de production cinématographique et de succès commercial ? R Un des éléments forts de la cinématographie du Québec est l’expertise d’à peu près tous ses intervenants. Cela part bien entendu des créateurs, mais le reste de la chaîne est expérimentée, surtout les maisons de distribution, qui possèdent un savoir-faire unique en Amérique du Nord puisqu’elles ont généralement moins d’ampleur qu’aux États-Unis ou en France, mais que leurs dirigeants ont eu l’habitude de travailler avec un star-système quand ils importaient des titres européens dans les années 60 et 70. Lorsque les productions québécoises se sont améliorées sur le plan technique, dans les années 80, on savait faire de la mise en marché. L’explosion est arrivée au milieu des années 90 avec, entre autres, Les Boys, qui a pris l’affiche en 1997. QDepuis
deux ans, les parts de marché du cinéma québécois n’ont cessé de diminuer, repassant même sous la barre des 10%. La tendance va-t-elle s’inverser avec De père en flic ? R Le succès du cinéma québécois fluctuera d’année en année pour une raison bien simple: le volume de production est très bas – seulement une vingtaine de longs métrages prennent l’affiche chaque année. Ce n’est pas assez pour garantir des parts de marché minimales. Le succès ou l’insuccès du cinéma québécois repose sur un très petit nombre de films: quatre ou cinq seulement. Comme on ne prévoit pas d’afflux massif d’argent, ni en provenance du Québec ni du côté d’Ottawa, il n’y a pas lieu de croire que le volume de production augmentera au cours des prochaines années. QLe
cinéma québécois a-t-il un marché naturel ? R Le seul marché naturel , c’est le territoire québécois, qui n’est malheureusement pas assez populeux pour rentabiliser la production. À long terme, cela passe nécessa i rement par l’exportation. Le type de cinéma que l’on fait ici devrait être modifié pour plaire à un public international. Il y a un certain type de cinéma québécois, plus confidentiel, qui obtient un beau succès culturel dans les festivals à l’étranger. C’est le cas de Denis Côté, ça a été le cas de Xavier Dolan. QOn parle beaucoup de succès commercial des films québécois. Le succès au box-office est d’ailleurs encouragé par les institutions. Or, le succès commercial estil souhaitable pour l’établissement d’une cinématographie nationale forte ? R Le succès d’une cinématographie nationale passe par plusieurs éléments. Depuis une dizaine d’années, l’élément le plus important dont tiennent compte les organismes d’investissement est le succès commercial. À long terme, il est entendu que l’on devra trouver des moyens pour équilibrer les succès commerciaux et culturels québécois. Une cinématographie nationale ne repose pas seulement sur ses succès en salle, d’autant moins que notre marché national est vraiment trop petit pour rentabiliser notre production. Financièrement, c’est un cul-de-sac à moyen ou à long terme.


TOUT BAIGNE DANS LE RAP  -  Philippe Renaud
Le rap québécois a maintenant 25 ans (et des poussières). Et le succès actuel de Sir Pathétik auprès des jeunes amateurs, l’émergence d’une nouvelle génération de rappeurs – Arvida Crew, Obscene Kidz, Donzelle, Radio Radio, Movèzerbe, Jeune Chilly Chill,
COLLABORATION S PÉCIALE
Dubmatique est l’un des groupes fondateurs de l’industrie du hip-hop québécois. Le groupe, formé d’Ousmane (O. TMC) et de Jérôme (DiSoul), a vendu 150 000 exemplaire de La force de comprendre, paru en 1996.
Les deux premières chansons rap québécoises sont encore i ncrustées dans la mémoire collective. Lesquelles ? Le Rap à Billy de Lucien Francoeur, succès radiophonique de 1983, et Ça rend rap, de Rock et Belles Oreilles, lancé en 1984. Mentionnons aussi, pour la forme, le Pape du rap de Daniel Lavoie (1990), le premier album des French B. (1991) et l’oeuvre du Boyfriend (son succès Rappeur Chic, 1991).
Il a fallu attendre la fin des années 80 pour voir arriver un groupe pouvant se proclamer « pionnier du rap québécois », ainsi que les qualifie Cédric Morgan, cofondateur du défunt label MontReal. Ce groupe, Mouvement Rap Francophone (M.R.F.), duo formé du rappeur Kool Rock et du DJ/platiniste Jay Tee, a véritablement lancé la production hip-hop locale.
M. R. F. a lancé, en 1990, un premier album contenant la chanson M. R. F. est arrivé, sur l’échantillon de Funky Drummer de James Brown. M. R. F. a eu un bon écho sur Musique Plus. Plus tard, c’est j ustement u n a nc i e n a n i mateu r de Musique Plus, KC LMNOP, qui a lancé le premier album rap québécois, Ta Yeul’, en 1996.
« À l’époque, la scène rap n’était pas structurée au Québec, et commençait seulement à l’être en France », se souvient Morgan, l’un des principaux acteurs de l’émergence d’une scène rap québécoise. Au début des années 90, il animait l’émission phare du courant, sur les ondes de CIBL. Le nom de l’émission : Dubmatique. « Jérôme [ DiSoul] et Ousmane [O. TMC] venaient à l’émission ; on faisait des sessions de freestyle. C’est comme ça que ça a commencé ». Au même moment, Morgan bossait pour l’étiquette Virgin à Montréal, qui a lancé la (brève) carrière du groupe Alliance Ethnik. Leur succès Simple et funky a ouvert une brèche dans le marché québécois, confirmant le potentiel de cette musique grâce à deux concerts très courus, à Montréal et à Québec.
C’est dans ce t er reau fer t i le que Dubmatique a risqué l’enregistrement d’un premier album, La force de comprendre, paru en 1996. Environ 150 000 exemplaires du disque ont trouvé preneurs, grâce à l’appui des radios commerciales et de Musique Plus. « Le succès nous a surpris, confie O. TMC, nous autant que les gens de l’industrie. Si on se rappelle bien, l’album a été primé au Gala de l’ADISQ... dans la catégorie album rock alternatif », parce que la catégorie hip-hop n’avait pas été inventée !
« Sur la scène, ça s’est mis à aller très vite après ce succès », dit le vétéran rappeur qui, avec son comparse DiSoul, effectuera samedi son retour sur scène, en attendant la parution d’un nouvel album cet automne. « Les labels ont vite signé de nouveaux artistes. Les rappeurs d’ici se disaient : si eux peuvent réussir, nous aussi, nous sommes capables ! »
Gabriel Malenfant, Timothée Valentin, Jacques Doucet et Alexandre Bilodeau forment le groupe Radio Radio.
La force de comprendre a été un véritable coup de fouet pour les rappeurs de la première heure : RDPizeurs, Rainmen (dont la chanson Pas d’chilling a résonné jusqu’en France), Muzion et un jeune duo, Sans Pression, formé des rappeurs SP et Ti-Kid.
On a assisté à l’a rrivée des premiers beatmakers, DJ Ray Ray, Sonny Black, Manifest, et des premières structures telles que l’étiquette MontReal, qui a marqué son époque en lançant les carrières de Sans Pression et Yvon Krevé.
Rapper en joual
« En 1999, lorsqu’on l a nce 514-50 Dans mon réseau [de Sans Pression], le hip-hop québécois est passé au " réalisme", abordant des thèmes plus près de la rue. Le groupe a aussi ouvert les esprits en rappant en joual », rappelle Morgan.
Parallèlement à l ’ex plosion du rap à Montréal, la ville de Québec a vu émerger ses propres talents, à commencer par le collectif 83, formé notamment des membres de Taktika et de l a Constellation. De ce dernier groupe est issu le rappeur 2Faces qui, lors de la diffusion du gala de l’A DISQ en 2002, s ’e s t i nv i t é s u r s c è ne pou r sensibiliser l’industrie à l’i mportance de la scène hip-hop québécoise.
Le hip-hop est encore bien en selle au Québec et les Francos proposeront dimanche un party de clôture animé par cinq formations d’ici : Gatineau, Samian, Loco Locass, Poirier (avec FaceT) et les Acadiens de Radio Radio, qui prévoient lancer un nouvel album en février.
« J ’ a i é c o ut é Dubmatique auta nt que le rap de l a côte Est a méricaine » , dit T X, de Radio Radio. Aujourd’hui, la production r ap f r a ncophone s’est diversifiée ; Radio Radio suit la tendance en apportant de nouvelles s onor i t é s à la musique, électroniques et dansantes, comme le font aussi les Arvida Crew et Obscene Kidz, nouveaux ovnis de cette scène pluridimensionnelle. Dubmatique, samedi 21 h à la Place des festivals, et Le rap party des Francos, dimanche 18 h sur la scène du stationnement Clark.




Au revoir -  NATHALIE COLLARD
«Et comme devant ces morts qui nous tourmentent au-delà de leur décès, en raison même de leur disparition, des mots de circonstance s’imposent – faute de pouvoir observer une minute de silence par écrit. »
Voilà ce qu’écrivait Nelly Arcan en mai dernier lors de la disparition de l’hebdomadaire Ici. Ces mots trouvent tout leur sens aujourd’hui.
Q u ’o n a it é t é fan ou pas de ses livres, on ne pouvait rester indifférent au personnage. Une contradiction sur deux j ambes, cette fille. À la fois dénonc iat r ice et victime de la dictature de la beauté et de la jeunesse qui tissait la trame de fond de tous ses livres.
Car Isabelle Fortier alias Nelly Arcan entretenait avec son corps et sa féminité, dans ses écrits et ses propos, une relation maladive. D’un côté dénonçant la tyrannie et de l’autre s’y soumettant d’une façon quasi masochiste.
Marchandisation du corps, culte de la perfection, obsession des hommes, on peut dire que l’arrivée de cette a nc ien ne escor te da n s le paysage littéraire québécois a eu l’effet d’un électrochoc. Cette fille trop blonde, ultra sexy, franche à en être parfois brutale, est venue troubler la face lisse et sage du paysage médiatique québécois. Ses appa ritions à la télévision suscitaient à la fois curiosité et fascination.
Aucune superficialité chez cette auteu re qu i ma n ia it pourtant avec brio tous les codes de la super f ic ia l ité féminine. Dès Putain , son premier livre, on a compris qu’on avait à faire non pas à une auteure de « chicklit » (cette littérature-bonbon destinée aux filles), mais bien à une véritable écrivaine avec un souffle, une portée. Elle le disait elle-même : « Le premier livre peut rester le seul. Le deuxième livre, ça ne veut rien dire, mais à partir du troisième livre, ça veut dire : je suis là et je vais y rester. » Elle disséquait son époque sans aucune complaisa nce. Dans son roman À c iel ouvert , elle avait eu cette formule tout à fa it br i l la nte pour décrire cette quête tordue de la j eunesse qui défigu re les fe m mes aujourd’hui, parlant de « burqa de chair », affirmant que, « finalement, voilée ou non, la femme est réduite à un sexe. »
En ce sens, l’ex-rédacteur en chef de l’hebdomadaire Ici, Pierre Thibault, a tout à fait raison lorsqu’il décrit Arcan comme « l’écrivaine féministe la plus notable au Québec en ce moment ». Un peu comme Virginie Despentes, écrivaine fra nçaise qu’elle admirait d’ailleurs, elle provoquait, dérangeait.
Nelly Arcan s’apprêtait à publier un nouveau roman qui deviendra, malheureusement, son testament littéraire et qui contribuera sans doute à sa mythification puisqu’elle y aborde, nous dit-on, le suicide. Quelle tristesse que tout ça ait débordé du cadre de la fiction.





L’ÉTOILE S 'ÉTEINT -  Martin Croteau
LA POP A PERDU SON ROI. DES MILLIONS DE FANS LEUR IDOLE. LA MORT SOUDAINE DEMICHAEL JACKSON A FRAPPÉ LE MONDE DE STUPEUR. TOUS PRÉFÉRAIENT GARDER LE SOUVENIR DE L’ÉTOILE QU’IL ÉTAIT PLUTÔT QUEDE RESSASSER LES ODEURS DE SCANDALES QUI ONT MARQUÉ LA FIN DE SA CARRIÈRE. « Michael Jackson a forcé la culture à accepter les gens de couleur, a affirmé le révérend Al Sharpton, militant de longue date pour les droits civiques. Dire que c’était une " idole" n’est qu’une fraction de ce qu’en pensaient ces jeunes à Harlem. C’est une figure historique. »
Il a fracassé la barrière raciale à MTV, importé le moonwalk dans chaque foyer et il détient toujours le record absolu de ventes d’albums pour Thriller. La pop a perdu son roi, hier. Michael Jackson est mort d’un arrêt cardiaque à l’âge de 50 ans.
Michael Jackson, photographié en 1993 lors d’un concert à Singapour.
I l était midi, heure du Pacifique, lorsque le chanteur s’est effondré dans son domicile de Holmby Hills, en banlieue de Los Angeles. Son coeur ne battait plus lorsque les ambulanciers sont arrivés sur les lieux. Son médecin personnel, déjà sur les lieux, essayait de le ranimer. Il a été transporté à l’hôpital universitaire de UCLA, où sa mort a été confirmée en début de soirée.
« Son médecin personnel, qui était à ses côtés, a tenté de le ranimer, comme l’ont fait les ambulanciers, a indiqué le frère de la victime, Jermaine, qui a salué les efforts « héroïques » du personnel médical. Une équipe de médecins hautement spécialisés, incluant des urgentologues et des cardiologues, ont tenté de le ranimer pendant plus d’une heure, mais ils n’y sont pas arrivés. »
Les causes précises de l’arrêt cardiaque restent un mystère. Les médecins pratiqueront une autopsie aujourd’hui pour en savoir davantage. Sa dépouille a été emportée par un hélicoptère.
Le site TMZ rapporte que Jackson ne montrait aucun signe anormal lors d’une répétition, la veille de son décès. Mais depuis quelque temps, il aurait été en retard à plusieurs reprises, et « léthargique », selon le site.
La nouvelle de la mort a provoqué une onde de choc aux ÉtatsUnis et dans le monde entier. Des admirateurs se sont massés devant l’hôpital où le chanteur est mort , ils ont convergé à Times Square, à New York, ils ont même pris les disquaires d’assaut chez nous, à Montréal (voir autres textes dans le cahier Arts et Spectacles).
La star est morte quelques semaines à peine avant de remonter sur scène dans l’espoir de relancer une carrière minée par des démêlés avec la justice. En 2005, Jackson a été accusé d’avoir agressé sexuellement un garçon de 13 ans à son ranch de Neverland, de lui avoir fait consommer de l’alcool et d’avoir tenté de séquestrer sa famille. Il a été acquitté au terme de son procès et il s’était retiré de la vie publique depuis.
Le mois prochain, il devait entamer une série de 50 spectacles à Londres. Ce devait être ses derniers rendez-vous avec ses fans, lui qui n’avait pas donné de concert depuis huit ans.
Enfant prodige
Septième des neuf enfants d’un travailleur de l’acier en Indiana , Michael Jackson a passé presque toute sa vie sous l’oeil du public. Il avait 11 ans lorsque le groupe qu’il formait avec ses frères, Les Jackson Five, a connu son premier succès commercial avec I Want You Back.
Son ascension s’est poursuivie avec un premier album solo, Off the Wall, dans les années 70. Mais c’est en 1982 que Jackson a littéralement fait exploser les palmarès. L’album Thriller a été vendu à 50 millions d’exemplaires dans le monde. Il a été l’un des premiers Noirs à tenir la vedette de la populaire chaîne musicale MTV.
Il a remis ça cinq ans plus tard avec Bad, et avec Dangerous en 1991.
« Michael Jackson a forcé la culture à accepter les gens de couleur, a affirmé le révérend Al Sharpton, militant de longue date pour les droits civiques. Dire que c’était une "idole" n’est qu’une fraction de ce qu’en pensaient ces jeunes à Harlem. C’est une figure historique. »
Mais l’ascension de Jackson a frappé un mur par la suite, lorsque des détails de sa vie privée ont commencé à voler la vedette à sa musique. Selon des rumeurs, il dormait dans une chambre hyperbare. Les nombreux changements de couleur de sa peau, attribuables à une maladie incurable, ont alimenté la chronique pendant des années.
En 1993, il a évité de justesse un procès en s’entendant à l’amiable avec un garçon de 13 ans, qu’il aurait agressé. Selon certaines sources, il aurait payé 20 millions. Il a également fait les manchettes des tabloïds pour son mariage raté avec la fille d’Elvis Presley, Lisa Marie.
Pendant ce temps, ses ventes d’a lbums décl inaient. HIStory ( 1995) et Invincible ( 2001) ne sont jamais arrivés à la cheville des succès antérieurs.
Vers la fin de sa vie, Jackson était si endetté qu’il a dû se départir de nombreux ac t i f s , dont son mythique ranch de Neverland.
Malgré tout, les scandales n’avaient jamais terni l ’ amour i ncondit ionnel que des millions de fans éprouvaient pour lui. Il a été nommé Artiste du millénaire lors des World Music Awards. Les organisateurs de ce qui devait être sa dernière tournée n’ont mis que quatre heure à vendre les 75 000 billets.
Michael Jackson laisse dans le deuil ses trois enfants, Prince Michael I , Paris et Prince Michael II.


Bizarrement touchant -  Marie-Claude Lortie
Ce que l’on ne savait pas, c’est que plus il se transformerait et plus il s’éloignerait de la normalité qu’il lui restait, lui l’enfant artiste doué, plus il exposerait en son sillage les dérives d’une société où succès et bonheur peuvent, facilement, être diamétralement opposés.
Je n’ai jamais aimé le personnage. J’ai apprécié sa musique. Dansé sur Billy Jean et Beat It abondamment. Mais même si son moon walk était trop canon et ses vidéoclips spectaculaires, dès que je l’ai connu, j’ai eu une réticence.
Le roi de la pop a passé presque toute sa vie dans l’oeil du public. En 1993, il a participé au spectacle de la mi-temps du Super Bowl (notre photo).
On parle de 1982 environ, de la sortie du disque Thriller. C’était l’époque où il portait un seul gant et dansait en faisant des gestes d’une fascinante précision mais parfois aussi d’une choquante grossièreté. La bizarrerie était déjà là. On ne savait pas encore qu’il se ferait charcuter le visage, qu’il deviendrait tranquillement quelqu’un d’autre sous nos yeux, exposant ses névroses par-dessous et par-dessus les tartines de maquillage. Mais il était déjà clair que le génie du spectacle n’était pas bien.
Ce que l’on ne savait pas non plus, c’est que plus il se transformerait et plus il s’éloignerait de la normalité qu’il lui restait, lui l’enfant artiste doué, plus il exposerait en son sillage les dérives d’une société où succès et bonheur peuvent, facilement, être diamétralement opposés.
Un psy, que j’ai interviewé un jour sur l’anorexie, m’a expliqué que Jackson souffrait selon lui, entre autres choses, d’une maladie du même ordre que l’obsession de la minceur mais appelée dysmorphophobie. Au lieu de se trouver gros, peu importe son poids, comme le font les personnes souffrant d’anorexie mentale, ceux qui sont atteints de dysmorphophobie se trouvent constamment des défauts corporels et cherchent à les corriger, peu importe le nombre de chirurgies nécessaires. Jackson, dit-on, aurait eu plusieurs interventions.
Aux États-Unis, il est loin d’être le seul à souffrir de ce mal qui se nourrit de l’incroyable force de persuasion et de perversion de l’industrie du divertissement. Sauf que chez lui, cette haine pour sa propre image était particulièrement triste. Elle contenait un élément racial douloureux. Jackson nous donnait l’impression qu’il voulait devenir blanc. Blanc de peau et de traits.
À chaque étape de sa métamorphose qui lui donnait tranquillement de plus en plus l’air caucasien et de moins en moins de traits masculins, on aurait tous dû se poser de sérieuses questions plus larges. Oui, il avait, de toute évidence, ses propres angoisses, ses propres problèmes, ses propres fantômes. Mais n’était-il pas non plus, en même temps, une sorte de version extrême, caricaturale, d’une quête obsessive que l’on voit partout pour un certain modèle américain stéréotypé ? Pourquoi se refusait-il autant, lui-même?
OK, on en a parlé un peu. On a fait bien des blagues. On a dit qu’il était bien triste que le gars s’inflige de tels traitements. Mais les États-Unis se sont-ils demandé pourquoi ils créaient des gens aussi mal dans leur peau? Ou ont-ils regardé ailleurs? Il faut dire que son évidente incapacité d’être satisfait, d’être heureux avec ce qu’il avait, lui l’homme qui collectionnait les succès planétaires et les records Guinness, était difficile à observer et détourner les yeux était souvent beaucoup moins pénible.
Chaque fois que la vedette réapparaissait en public, de plus en plus transformée physiquement, chaque fois qu’on apprenait que Jackson était en couple avec des femmes qu’il n’avait pas l’air d’aimer pour deux sous, fut-ce Lisa Marie Presley ou Debbie Rowe, chaque fois qu’il se montrait confit dans ses problèmes, ses dépendances, on avait envie de s’intéresser soudainement à autre chose.
Quand il a été accusé de pédophilie, personne ne s’est montré surpris. On s’y attendait presque. Et quand il a suspendu de façon totalement irresponsable un de ses enfants au-dessus du vide, à l’extérieur d’un hôtel de Berlin, pour le montrer à ses fans, c’est vers le ciel qu’on a levé les yeux, avec une petite pensée pour ces bambins nés d’un père trop étrange.
Au moment d’écrire ces lignes, on ne sait pas ce qui a causé l’arrêt cardio-respiratoire de la méga-vedette. On ne sait pas si c’est une surdose de drogue qui en est la raison. Si c’était volontaire.
Est-ce que quelqu’un serait surpris de l’un ou l’autre de ces scénarios?
Je n’ai jamais aimé le personnage. Mais il avait une tristesse, un désespoir qui l’a bien servi comme artiste et le rendait, étrangement et bizarrement touchant.


Le Québec garde une belle image du roi de la pop - Tristan Péloquin
SONDAGE
Les allégations d’agressions sexuelles qui ont terni à deux reprises la carrière de Michael Jackson n’ont pas marqué outre mesure l’imaginaire des Québécois.
Selon un sondage Angus Reid Strategies mené après la mort de la star de la pop, 78% des Québécois se souviendront de Michael Jackson d’abord et avant tout pour samusiqueet seslégendairesvidéoclips, contre 10% qui se souviendront de lui pour les accusations d’agressions sexuelles.
C’est au Manitoba et en Saskatchewan que les épisodes sombres de sa vie ont le plus marqué les esprits: près du tiers des répondants affirment qu’ils se souviendront de lui pour les allégations d’agressions sexuelles, alors que seulement 48% des répondants disent qu’ils garderont en tête son oeuvre artistique.
Alors que 36% des Canadiens croient que ces allégations étaient probablement ou certainement fausses, cette proportion grimpe à 46% chez les répondants québécois.
Cette différence de perception entre les Québécois et les habitants du reste du Canada « résonne avec le traitement que nous accordons aux vedettes », croit Line Grenier, spécialiste de la culture populaire au département de communication de l’Université de Montréal. « Au Québec, la presse artistique s’intéresse moins aux scandales, elle est moins portée à attaquer les vedettes. Même les magazines les plus friands de potins proposent une vision romantique de la célébrité. Beaucoup de vedettes reconnaissent d’ailleurs que c’est plus facile de vivre une vie normale au Québec qu’ailleurs. Ici, le fait de s’acharner dans ce qui est perçu comme la vie privée d’une personne, ça ne passe tout simplement pas », note la chercheuse.
Jaideep Mukerji, vice-président d’Angus Reid Strategies, partage en partie cette opinion: « Bien que la musique de Michael Jackson ait connu un succès énorme partout au Canada, y compris au Québec, la couverture médiatique des allégations portées contre lui a peutêtre reçu moins d’attention ici. Le Québec a sa propre industrie de potins de vedettes. Quoiqu’on entende, bien sûr, parler deMichael Jackson et de Brad Pitt, ce n’est pas avec le même degré d’intensité ou la même envergure que dans les médias américains », avance-t-il.
Les résultats du sondage proviennent d’un questionnaire en ligne rempli par 1003 adultes choisis au hasard parmi un groupe de répondants réguliers d’Angus Reid, les 2 et 3 juillet. La marge d’erreur est de 3,1 points de pourcentage, 19 fois sur 20.



L’enfant-monstre -  Yves Boisvert
Michael Jackson a commencé en enfant prodige, il a fini en monstre-enfant. Comme par hasard, dans leur sens primitif, les deux mots se rejoignent. Monstre et prodige.
Avant de désigner un personnage horrible, le mot « monstre » décrivait le fruit d’un miracle, un être surnaturel, prodigieux, donné à voir par Dieu comme un signe mystérieux.
Il semble bien toutefois que l’enfant prodige qui épate la foule ne soit pas seulement un projet divin…
La fabrication d’un enfant prodige pour la consommation générale est un projet d’adultes. Un projet qui suppose de le déposséder de grands bouts de son enfance, ce qui ne va pas sans périls.
Il me semble que, par définition, l’enfant prodige est un enfant maltraité.
Il y a souvent derrière le spectacle miraculeux du génie enfantin ou du monstre de talent une exploitation plus ou moins consciente, plus ou moins malade. Certains s’en tirent sans dommages, j’en conviens. Certains.
Dans le cas de Jackson, il s’est plaint d’avoir été tyrannisé et battu par un père violent, qui exigeait la perfection. S’il suffisait d’être maltraité pour être prodigieux, les candidats au génie musical seraient nombreux. Mais il ne suffit pas non plus d’avoir du génie pour être cet enfant prodige. Il faut quelqu’un pour décider de le mettre en scène.
Est-ce qu’on peut être Michael Jackson sans y être poussé, j’allais dire forcé ? Et même si c’était possible, peut-on l’être impunément? Je veux dire: être une grande vedette américaine dès l’âge de 10 ans?
Il a réussi non seulement à sortir du giron familial, mais à atteindre des sommets à l’âge adulte en s’inventant une carrière solo sans pareil, ce qui n’est pas donné à tous les enfants prodiges. Sans doute.
Mais quand il a eu des millions par centaines, il s’est acheté un ranch qu’il a transformé… en parc d’attractions privé.
Il s’est mué en pathétique Peter Pan. Il s’est défait de ce nez, dont son père riait. Il s’est loué des enfants pour venir jouer dans son Neverland. Il s’est monté une enfance-spectacle. Ensuite, après toutes ces allégations de pédophilie, ces règlements pour des millions, et à travers un procès-spectacle de six mois où on lui a fait jouer le rôle du monstre, il a essayé de jouer à l’adulte. Il a fait trois enfants, deux garçons et une fille.
On n’est pas surpris d’apprendre qu’il n’a pas pu s’en occuper. Les enfants ne sont pas faits pour élever des enfants.
Les trois portent le prénom de « Michael ».

On l’appelait « Wacko Jacko » … -  Jean -Cristophe Laurence
Au-delà des succès, des records et des millions de disques vendus, Michael Jackson laisse le souvenir d’un excentrique à la vie privée tourmentée.
Si sa carrière fut extraordinaire, on ne peut pas en dire autant de sa vie personnelle. Marquée par les frasques, les scandales sexuels et de troublantes transformations physiques, l’existence même de Michael Jackson n’aura été qu’une longue descente aux enfers, à laquelle seule la mort pouvait mettre fin.
Accusé d’agression sexuelle par un jeune garçon, Michael Jackson a été arrêté le 20 novembre 2003, à Santa Barbara en Californie.
Exposé très tôt au succès, Michael Jackson n’a pas eu d’enfance, et encore moins d’adolescence. Ce « sacrifice » – plus ou moins volontaire – explique pour certains cette nature excentrique, qu’il cultivera jusqu’à ses retranchements les plus malsains.
Dès le milieu des années 80, le « roi de la pop » fait courir sur son propre compte les plus étranges potins. Il affirme notamment dormir dans une chambre à oxygène pour ralentir son vieillissement. Ou avoir acheté les os de l’Homme-éléphant. Mais la vérité est encore plus troublante: entre deux rhinoplasties, Jackson passe le plus clair de son temps avec un chimpanzé nommé Bubbles. Déjà, on le surnomme «Wacko Jacko» (Jacko le barjo).
Dépassé par ses propres ventes de disques (750 millions au total!) le chanteur se retire progressivement du monde réel. En 1988, il achète Neverland, un domaine de 11 kilomètres, où il vivra isolé, entouré de ses nombreux animaux.
Mais sa vie privée suscite bien des rumeurs, notamment son attirance particulière pour les enfants qu’il invite dans ce nouveau ranch. Nostalgie de l’enfance qu’il n’a pas eue? Pédophilie? Toujours est-il qu’en 1993, Jackson est accusé d’agression sexuelle sur un jeune garçon de 13 ans, ce qui l’oblige à « acheter la paix » pour plus de 20 millions.
Sans doute pour faire taire les ragots, il épouse en 1994 la fille du « King » Lisa Marie Presley. Mais cette union très médiatique, à laquelle d’ailleurs personne ne croit, ne durera que deux ans.
Tout juste divorcé, il se remarie avec son infirmière Debbie Rowe, qui lui donnera un garçon (Prince Michael Jackson) en 1997 puis une fille ( Paris) en 1998. Le couple se sépare l’année suivante. En 2002, Jackson aura un troisième enfant (Prince Michael II), cette fois d’une mère porteuse inconnue.
À partir de 2003, c’est la descente en vrille. Dans un documentaire censé le réhabiliter ( Living With Michael Jackson) la vedette affirme qu’il n’y a aucun mal à dormir avec des enfants. Ses propos ingénus, livrés à coeur ouvert, se confirmeront hélas! Avant la fin de l’année, Jackson est formellement inculpé pour agression sexuelle. Son procès, transformé en immense spectacle médiatique se soldera par un acquittement.
Mais personne n’est dupe. Et Michael Jackson tombe en disgrâce. De plus en plus blême, l’air cadavérique (résultat, affirme-t-il, de deux maladies de peau assez graves, le vitiligo et le lupus, il part se faire oublier au Bahreïn, à l’invitation d’un cheikh qui lui voue une admiration sans bornes.

Pour Jacko le barjo, il est clair que la folie a depuis longtemps pris la place du génie. Bien que sentimentalement attaché au chanteur de Thriller, le public le boude. Au-delà des succès, des records Guinness et des millions de disques vendus, Michael Jackson aura été la première et la dernière victime de son succès.

Coup de génie, extravagances et quasi-faillite -  Vincent Brousseau-Pouliot
Les médias spécialisés estiment sa fortune à 350 millions, en grande partie à cause du catalogue des Beatles. Triste ironie pour un artiste qui a autant marqué le monde de la musique.
Comme artiste, Michael Jackson aura composé des dizaines de succès durant sa carrière. Mais comme homme d’affaires, son meilleur coup n’est pas Thriller, Billie Jean ou Black or White. C’est plutôt d’avoir acheté le catalogue d’autres légendes de la musique: les Beatles.
Au sommet de sa gloire musicale, en 1985, le roi de la pop a fait le meilleur investissement de sa vie : l’achat du catalogue des Beatles pour 47,5 millions US. Aujourd’hui, son catalogue, qui comprend 300 000 chansons (les siennes, 200 chansons des Beatles et quelques-unes d’Elvis Prestley), vaudrait entre 1,1 et 1,6 milliard US. Une transaction lucrative qui ne surprend pas l’ancien avocat de Jackson dans les années 80, John Branca. « À cette époque, Michael veillait à ses affaires et contrôlait ses finances », a-t-il dit au New York Times.
Dans les années 80, le chanteur vit modestement malgré sa fortune colossale. Il rentre à la maison familiale entre ses spectacles et ses séances d’enregistrement. En 1988, il s’achète un château digne de son statut, un ranch connu plus tard sous le nom de Neverland, qu’il paie 17 millions US.
Ses finances se dégradent rapidement au début des années 90. Production de vidéos, jets privés, frais d’exploitation de Neverland – ses dépenses extravagantes deviennent vite hors de contrôle. « Il ne gérait plus son argent » , dit son ancien consei l ler f i nanc ier Alvin Malnik. Son ancien imprésario, Frank Dileo, qui était avec Jackson à son sommet artistique et financier entre 1984 et 1989, blâme plutôt l’entourage de la vedette. « Tout ce qui les intéressait, c’était son argent. Personne ne faisait attention à ses intérêts », a-t-il dit au New York Times.
En 1995, il est forcé de vendre la moitié de son catalogue des Beatles à Sony pour 100 millions US afin de payer ses dettes. Une solution temporaire. À la fin des années 90, les banques financent toujours ses extravagances.
En 2005, après un procès criminel et deux divorces, Michael Jackson est au bord de la faillite. Ses dettes s’élèvent à 270 millions US, à un taux d’intérêt de 20%. Sony s’inquiète alors de voir Jackson faire faillite. La compagnie de disques ne veut pas que son créancier, la firme Fortress Investment (propriétaire de la station de ski Mont-Tremblay), mette la main sur l’autre partie du catalogue de Jackson.
Sony propose à Michael Jackson un montage financier. Selon le New York Times, Citigroup aurait accordé un prêt à un taux de 6% à Michael Jackson à condition que Sony puisse acheter les parts du catalogue des Beatles à une date ultérieure pour 250 millions US. À la même époque, Michael Jackson déménage de son ranch de Neverland, dont il vend une partie des intérêts à la firme Colony Capital.
Malgré ses dettes qui s’élèveraient à 400 millions, les médias spécialisés estiment sa fortune à 350 millions, en grande partie à cause du catalogue des Beatles. Triste ironie pour un artiste qui a autant marqué le monde de la musique.



LA MORT D’UNE LÉGENDE À L’HEURE DUWEB -  Chantal Guy
La mort d’une célébrité aussi mondialement connue que Michael Jackson a démontré hier à quel point le web peut devenir en peu de temps complètement monomaniaque. Tout a commencé sur le site à potins TMZ, qui annonçait à 16h30 le transport de Michael Jackson dans un hôpital de Los Angeles. La raison évoquée : une crise cardiaque. Une rumeur rapidement relayée sur Twitter, Facebook, puis par les médias traditionnels. Au fur et à mesure que les détails arrivaient au compte-gouttes, et que le public spéculait sur les forums, une autre course s’engageait, à savoir qui allait confirmer en premier le décès de la star. Encore une fois, TMZ a coiffé au poteau la compétition en publiant à 17h20 sur sa page: « Michael Jackson dies. » Il aura fallu bien plus de temps pour que le L. A. Times confirme à son tour la nouvelle, et encore plus de temps pour CNN. Ce qu’on a pu aussi constater hier, c’est la pertinence du mot « toile » pour décrire l’internet. Une aussi grosse prise médiatique s’agitant dans ses filets a transformé la communauté internaute en une énorme araignée qui filait droit sur sa proie. Assez pour ralentir les serveurs de la planète. Ainsi, la plupart des statuts sur Facebook ou Twitter abordaient le sujet – sur un ton triste ou sarcastique, selon qu’on soit fan ou non. À chaque « rafraîchissement » de pages web, les commentaires étaient exponentiels. C’est sans compter les innombrables liens vers ses vidéos les plus célèbres. Autre phénomène intéressant ; des vedettes comme Ice T, MC Hammer, Miley Cirus, Ashton Kutcher ou Lindsay Lohan ont spontanément livré leurs hommages et condoléances sur Twitter. « Je n’ai pas de mots… J’aimais Michael Jackson », a écrit MC Hammer, tandis que Ice T confiait : « Repose en paix, Mike. Les gens peuvent dire ce qu’ils veulent, mais tu étais 100% original. Nous t’aimerons toujours, tu nous manqueras et nous nous rappellerons ta grandeur. » – Chantal Guy


"Il était le meilleur"...



LA MORT DU ROI DE LA POP

Les fans de partout expriment leur douleur -  Nicolas Bérubé
— Des milliers de fans sont venus rendre un dernier hommage à Michael Jackson, hier, à Los Angeles.
Vingt-quatre heures après l’annonce du décès de Jackson, sa résidence dans le chic quartier de Bel Air et son étoile gravée dans le trottoir d’Hollywood Boulevard sont devenus des points de ralliement pour ses fans endeuillés.
Hier après-midi, plusieurs centaines de personnes ont envahi Hollywood Boulevard, qui a été fermé à la circulation. L’étoile de Michael Jackson était ensevelie sous des gerbes de fleurs. Des policiers à cheval tentaient tant bien que mal de diriger la foule.
Larry Nimmer, un cinéaste embauché par Michael Jackson pour faire un documentaire sur son domaine Neverland, était sur place pour rendre hommage au chanteur. Il vient de terminer un film intitulé Neverland: The Untold Story, qui soutient que Neverland était unparadispour les enfants, et non l’endroit controversé dépeint durant le procès de Jackson.
« Michael avait le coeur à la bonne place, a-t-il dit. Mais il avait un grand défaut: il avait un mauvais jugement pour choisir son entourage et ses partenaires d’affaires. Plusieurs personnes ont profité de lui. C’est une histoire triste. »
Hier, le président Barack Obama a envoyé ses condoléances à la famille Jackson. Le porteparole de la Maison-Blanche, Robert Gibbs, a dit que le président a qualifié Jackson d’icône de la musique et d’artiste spectaculaire, mais que sa vie comportait aussi des aspects tragiques et tristes. « Le président transmet ses condoléances à la famille Jackson et aussi aux fans qui pleurent sa disparition », a-t-il dit.
Les fans ont aussi pris d’assaut les boutiques de vente de musique en ligne. Hier, neuf des 10 albums les plus vendus sur le site américain iTunes étaient ceux de Michael Jackson. C’est la première fois qu’un artiste occupe une place aussi importante au palmarès des ventes du site depuis sa mise en ligne, il y a six ans.
Partout au monde
Par ailleurs, les fans ont aussi marqué leur attachement à la star disparue partout au monde, de Pékin à Nairobi en passant par Berlin et Bombay. Les Londoniens, qui devaient avoir le privilège d’accueillir le retour sur scène du roi de la pop, se sont réunis spontanément dans le centre-ville pour entonner trois de ses plus grands succès, Billie Jean, Thriller et Bad, pendant qu’au même moment, faute de pouvoir assister à ses funérailles aux États-Unis, des fans berlinois se sont recueillis devant la réplique en cire du chanteur au musée de cire Tussaud. L’émotion était toute particulière en Éthiopie, où Jackson a aidé à combattre la famine en recueillant des fonds grâce à la chanson We Are The World, coécrite en 1985 avec Lionel Richie et interprétée avec plus de 20 chanteurs vedettes. L’ex-président Nelson Mandela, ardent défenseur des droits des Noirs, a déploré cette « perte prématurée ».


Une source d’inspiration au Québec -  Violaine Baillivy
« Michael Jackson a franchi des barrières qui nous paraissaient insurmontables », a dit Luck Merville.
Le roi de la pop ne chantera plus. Mais son message résonnera encore longtemps dans la communauté noire de Montréal. « Michael Jackson, c’était notre TigerWoods, notreBarackObama des années 80: il nous a montré qu’il était possible pour un Noir de réussir en Amérique. »
Luck Merville n’oubliera jamais ce jour de 1982 quand, à la suite de pressions, la chaîne de musique MTV a enfin décidé de diffuser le vidéoclip d’un artiste afro-américain. « Michael Jackson a franchi des barrières qui nous paraissaient insurmontables », explique le chanteur d’origine haïtienne. Il n’en fallait guère plus pour que Jackson devienne son idole. « À cette époque, il n’y avait pas beaucoup de modèles pour les jeunes de la communauté noire et lui, il avait un succès qui aurait fait l’envie de tous les artistes, peu importe la couleur de leur peau. »
Bien des chanteurs noirs du Québec doivent une partie de leur succès à Michael Jackson, croit le producteur René Frantz Duroussel. « Corneille n’aurait pas eu le même succès si Michael Jackson n’était pas passé avant lui. Il y a 20 ans, c’était très rare de voir un Noir à la télévision, sinon dans un rôle de bandits! Il a pavé la voie aux autres. »
Il a été une source d’inspiration cruciale pour le chanteur Gage, qui a grandi dans le quartier Montréal-Nord. « C’était difficile. J’étais seul, je n’avais pas de père, pas de frère. Je me suis dit que si je travaillais dur, aussi dur que lui, je pourrais avoir du succès moi aussi. » Mais Gage n’est pas le seul à avoir puisé sa source de motivation dans les pas de danse et les mélodies de Michael Jackson. « Je vous mets au défi de trouver une seule famille haïtienne de Montréal qui n’a pas Thriller dans sa discothèque. C’était ce qui se faisait de mieux, ce qu’on voulait entendre dans toutes les fêtes, qui faisait danser aussi bien les grands-mères que les petits-enfants », ajoute JeanYves Roux, qui s’apprête à lancer Clovys TV, une chaîne musicale consacrée à la scène montréalaise.
Un effet rassembleur
Quand il habitait dans l’ouest de Montréal , René Frantz Duroussel était souvent le seul Noir de sa classe. « Mais j’avais une chose en commun avec tout le monde : Michael Jackson. Lui, tout le monde l’aimait, tout le monde l’idolâtrait. » Nathalie Simard en est la preuve. Peu de gens s’en souviennent, mais la chanteuse a enregistré au début des années 80 : « Mon idole, c’est Michael Jackson. »
« Il avait tout pour fasciner les gens. Il était beau, il dansait bien, il savait transmettre sa passion », dit-elle. Les accusations d’agressions sexuelles portées contre lui ne lui ont jamais fait regretter son geste. « Il a été acquitté et a tourné la page en vendant un demimillion de billets en quelques heures à peine pour sa tournée à Londres. »
« C’était le King de notre génération, compare la chanteuse Mitsou, qui ne passe pas une semaine sans courir au rythme de Michael Jackson. Il faut s’attendre à ce qu’il soit encore plus populaire après sa mort qu’au cours des dernières années, comme Elvis Presley. »
Hier, lesdisquaires deMontréal ont continué à être pris d’assaut par les fans de tous âges et origines confondus... « Nous avons vidétoutesnos réserves: il nenous reste plus un seul CD de Michael Jackson depuis jeudi soir! » a confirmé Annie Lafontaine, du magasin Archambault de la rue Sainte-Catherine Est.

Il était mort depuis longtemps -  Marc Cassivi
J’avais 9 ans à la parution de « Thriller », mon premier album. C’est le seul 33-tours que j’ai conservé à ce jour, par pure nostalgie, après l’avoir écouté jusqu’à plus soif.
Il était mort depuis longtemps, Michael Jackson. Mort artistiquement, dans la foulée du succès foudroyant de Thriller. Mort pour les hommes, desquels il n’avait cessé de se distancier.
Un mort en sursis, plus déjà qu’un souvenir, une curiosité malsaine. Mis au ban pour ses comportements sexuels ambigus, dénoncé pour ses excentricités, confiné au rôle de bête de cirque médiatique. Créature blessée, recluse et défigurée, en faillite humaine et financière. Mort triste d’une vie triste.
Et pourtant. Il était magnifique et lumineux, l’enfant fragile au talent prodigieux des Jackson Five, chantant de sa voix cristalline I Want You Back. Off The Wall fut l’album brillant du prétendant au trône. Thriller, le disque de la consécration planétaire, sacre du « Roi de la pop », porte-étendard d’un nouveau modèle économique croisé : chanteur-danseuracteur surdoué d’époustouflants vidéoclips.
The King of Pop. Le titre royal qu’il portait fièrement, comme une ceinture de champion de boxe, lui avait déjà glissé des mains au moment où il s’en est le plus enorgueilli, au milieu des années 90. Roi déchu s’accrochant à sa marque de commerce comme un naufragé à une bouée de sauvetage.
Dès Bad, en 1987, Michael Jackson est devenu, à l’instar de son personnage de dessin animé à la télé, une caricature de luimême. On se moquait à l’époque de l’image de dur qu’il tentait en vain de projeter. « Weird Al » Yankovic a parodié avec maestria le clip de gang de sous-sol de Bad (filmé par Scorsese). Eddie Murphy s’est acharné en spectacle sur ce « gars qui sait chanter mais n’est pas le type le plus masculin au monde » (« Tito, give some tissue ! Jermaine, stop teasing! »).
Certains, séduits par l’hybridation des genres de Thriller (rock, pop, r& b), ont peu à peu délaissé l’artiste, estimant avec raison qu’il ne se renouvelait plus musicalement et que son personnage médiatique (« Wacko Jacko », Jacko le barjo) avait pris le pas sur son oeuvre. Des dizaines de millions d’inconditionnels lui sont restés fidèles jusqu’à Dangerous ( pourtant médiocre), mais à la sortie du pompeux HIStory (amalgame de « l’Histoire » et de « son histoire »), en 1995, succombant à son propre mythe, le souverain mégalo avait perdu son royaume.
Je suis de la génération qui a découvert la musique pop grâce à Michael Jackson. J’avais 9 ans à la parution de Thriller, mon premier album. C’est le seul 33tours que j’ai conservé à ce jour, par pure nostalgie, après l’avoir écouté jusqu’à plus soif. Pourtant, la mort de Michael Jackson, jeudi, ne m’a pas le moindrement ému ni surpris. Peut-être parce que j’ai fait, il y a longtemps, le deuil de mon idole d’enfance.
Michael Jackson, l’artiste, n’était plus pertinent depuis au moins 20 ans. Restait ce zombie désolant, ce cobaye de la médecine moderne, cette loque humaine vidée de toute vitalité. Un ermite en cavale, à la fois conspué, idolâtré et traqué par les sangsues de l’information-spectacle, internautes-potineurs et autres reporters-vampires de l’impudeur et de l’impertinence.
Le visage navrant, squelettique, diaphane de Michael Jackson était, en fin de vie, à l’image de son époque. Triste. Sinistre. Le résultat d’une enfance dans le showbusiness, marchandée par son père tyrannique. Celui de sa transformation, à l’âge adulte, en bien de consommation mondialisé, dans l’air du temps, que l’on s’est arraché de la Terre de Feu à la Sibérie, avant de le jeter dans le caniveau, comme une vieille canette de Pepsi.
Il y avait de quoi virer fou.


L’incompréhension -  Pierre Foglia
J’ai aimé Thriller ; l’album bien sûr, pas la toune qui n’en finit pas. J’ai joggé longtemps sur Billie Jean et sur Beat It; j’ai même écouté Beat It sans jogger, mais c’était plus pour la guitare de Van Halen que pour Michael Jackson. Quoi d’autre? Ah oui! Sa fameuse danse à l’envers et au ralenti. Ah oui aussi ! Quand il a secoué son bébé du haut du balcon, j’ai ri comme un fou en pensant au freakout des matantes du 450, et je ne dirai rien d’un certain pédiatre toujours bien énervé; mais là-dessus, il a peut-être un peu raison: ne jamais secouer son bébé du haut d’un balcon, c’est pas une salade.
C’est à peu près tout ce que je peuxvousdiresurMichael Jackson; je n’ai pas d’opinion sur son nez, ni sur rien en fait. Par contre, si vous voulez que je vous parle de Farrah Fawcett qui est morte aussi jeudi, ah ben là, je pourrais facilement être intarissable. Elle a été mon sexsymbol secret pendant quoi? Dix ans? Oui, madame. Je me souviens même d’une pub de shampoing dans laquelle elle apparaissait dans une nuisette rose dont une des bretelles était tombée, sans découvrir rien, rassurez-vous – je vous parle d’avant 1980. Pourtant ce petit désordre vaporeux, et le geste qu’elle faisait en avançant l’épaule pour remonter ladite bretelle, donnait plus à bander que tous les films de cul que vous avez vus.
Parlant de cul, elle est morte d’un cancer de l’anus, disait élégamment mon journal hier matin. Too much information, non? Le claironner dans l’espoir de conjurer la chose elle-même? Vade retro, cancer de l’anus ? Il y a de cet ésotérisme-là dans toutes les campagnes contre le cancer : nommons-le, parlons-en toutes les deux minutes, ainsi on le combattra mieux. Vous êtes sûr? Ésotérisme pour ésotérisme: et si le cancer était un petit peu transmissible par la parole ?
Expliquez-moi un autre truc. Expliquez-moi le mal que vous vous donnez pour ne pas nommer, par exemple, la surdité; vous dites malentendement, vous dites difficulté de perception auditive, mais voilà qu’une des plus jolies dames du cinéma et de la télé des 50 dernières années vient à mourir et vous vous empressez de préciser : d’un cancer de l’anus.
Vous savez de quoi je vais mourir moi? D’incompréhension totale, une mort qui ressemble beaucoup à une mort hallucinée dans le désert. D’ailleurs, à l’autopsie, on trouve du sable dans le cerveau des morts d’incompréhension.
Ce qui m’a frappé hier matin, c’est l’ampleur de la couverture, sa qualité aussi, mais l’ampleur surtout... Le roi de la pop, certes, mais je ne m’en doutais pas à ce point-là. John Lennon était le roi de quoi, lui? Et si vous placez Thriller dans votre top cinq, où allez-vous mettre Sgt. Pepper? Exile On Main Street? Born To Run? What’s Going On? Ziggy Stardust ? Never Mind The Bollocks (des Sex Pistols)? On est déjà rendu à sept et on n’a pas commencé. Combien de pages quand Jagger va mourir? Springsteen?
Je sais bien, allez, on n’en parlera plus lundi. Rien ne s’éloigne plus vite que les morts.
Sur le chemin de retour de ma ride à vélo, je passe souvent devant chezVastel. Le célèbre chroniqueur politique décédé récemment. Une jolie maison dans les vignes. On n’était pas amis, même pas de loin, aussi doit-il être surpris de m’entendre le saluer amicalement chaque fois que je passe devant chez lui : Hé, Michel. Et chaque fois aussi je mesure ce que je viens juste de vous dire : combien les morts s’éloignent rapidement.
Certains, pourtant, s’incrustent unmoment. Depuis unmois j’ai en tête les morts du vol d’Air France Rio-Paris. Excusez le cliché, la mort est un passage que personne ne sait comment franchir et c’est ce passage qui fait peur; pour ceux-là, le passage s’est fait dans l’horreur la plus absolue.
La semaine dernière, j’ai reçu par courriel deux photos soidisant prises par un passager dans la cabine de ce vol Rio-Paris, la carlingue coupée en deux, à l’arrière-plan un passager happé par le vide. J’en ai rêvé. On expliquait dans le courriel que la carte numérique de l’appareil photo avait été retrouvée flottant parmi d’autres débris. Ce qui est vraisemblable techniquement. Un collègue photographe me raconte qu’il a déjà oublié une de ces cartes numériques dans la poche d’un pantalon qui est allé au lavage, et que les photos étaient encore là après le lavage. Sauf que pour le vol de Rio, on sait maintenant que c’était de fausses photos. Mises en circulation par un esprit malade. Et aussitôt diffusées par ces chaînes de courriels qui véhiculent n’importe quoi, en toute bonne foi. Les photos ont fait le tour de la planète, elles sont mêmes passées à la télévision bolivienne.
Que me disiez-vous, déjà, dans la foulée de ma dernière chronique sur les journaux, le web et tout ça? Ah oui, vous me disiez: le web, quelle merveille, la fin de l’isolement, l’information partagée, instantanée. Petits comiques.
Parlant du web, je peux vous ramener au faux blogue sur le Bixi monté par des spécialistes en marketing pour en faire mousser l’utilisation? Mon collègue Lagacé avait chroniqué sur le sujet, j’en avais rajouté. Parmi les commentaires, celui d’un lecteur qui travaille en marketing et qui me dit que ce faux blogue est une honte, une atteinte à l’éthique de la profession. Plus loin, ingénument, mon correspondant me résume ce que je devine être le fondement de cette éthique-marketing: Je ne mens jamais, dit-il. Bien sûr, j’essaie de dire les choses d’une manière plaisante. Je ne montre qu’un seul côté de la médaille, mais ce côté existe, je n’invente rien.
On cherchera longtemps une meilleure définition du marketing. Merci, monsieur.
Sur le même sujet, Sophie, qui travaille dans une librairie, me dit: Quand vous avez parlé de La route de McCarthy dans une chronique, on a vendu tous les McCarthy, hey hey M. Foglia...
Elle a un doute cette jeune femme : si tout est marketing, pourquoi pas vous, monsieur le chroniqueur ? Parce que, mademoiselle.
Si je vous le dis, vous me promettez de ne pas me trouver baveux? Parce que, comme souvent les gens qui passent pour intelligents, je n’entends absolument rien à la vraie vie. Je vous l’ai dit plus haut, je vais mourir d’incompréhension et on trouvera du sable dans mon cerveau.


Aucun mortel ne peut résister... -  Mario Roy
Difficile d’imaginer un être aussi mal dans sa peau, au sens strict, que Michael Jackson.
Michael Jackson aura sans doute été ce qui peut le plus se rapprocher d’une version pop et postmoderne des poètes maudits de la fin du XIXe siècle ; ces créateurs géniaux, mais sombres et fantomatiques ; ces marginaux voués au malheur, à la maladie et à la mort; ces illuminés à la fois vénérés et craints parce que, l’espace d’un instant, on entrevoyait chez eux les précipices sans fond de l’âme humaine. Jackson ? Il est difficile d’imaginer un être d’un tel talent pour l’art. Au point, avec le stupéfiant Thriller de 13 minutes tourné en 1983 par John Landis, d’en inventer un nouveau : celui du vidéoclip, une forme d’expression qui donnera ensuite, et jusqu’à aujourd’hui, du meilleur et du pire.
Mais, en même temps, difficile d’imaginer un être aussi mal dans sa peau, au sens strict du terme, que Michael Jackson. À cause de cela, il se sera infligé de véritables tortures pour être encore et toujours quelqu’un d’autre, avec un autre visage et une autre couleur, jusqu’à ce qu’il soit effrayant à voir et qu’il se détruise, lentement mais sûrement, jusqu’à l’issue fatale d’hier.
Difficile d’imaginer un être aussi incertain de son identité. Était-il vraiment parvenu à l’âge adulte, en effet, lorsqu’il jouait de façon ambiguë avec des enfants dans son château de Neverland, dont les chambres étaient encombrées de poupées et de jouets, ou décorées de héros de bande dessinée grandeur nature ?
Difficile d’imaginer un être aussi en phase avec la réalité de son monde et de son époque (l’album Thriller demeurera probablement à tout jamais le plus vendu de tous les temps). Mais, en même temps, aussi incapable de composer avec la fortune et l’infortune : à un certain moment, ses revenus proviendront surtout du catalogue des Beatles, qu’il a partiellement acheté. Et aussi incapable de se remettre en selle et de retourner sur scène : depuis 12 ans, il n’y était pas monté.
Difficile, enfin, d’imaginer un être dont l’héritage est aussi difficile à évaluer. Une fois passés la fureur et le bruit, que restera-t-il de lui, en effet, dans 10, ou 20, ou 30 ans ? Jackson est arrivé au faîte de sa gloire au milieu des années 80, exactement au moment où le rock et surtout la pop changent, pas nécessairement pour le mieux, désormais portés par l’image et par l’attitude ( prononcer à l’anglaise), par le clinquant et souvent, disons-le, par le vide.
Peut-on jurer qu’une partie de ce qu’a fait Jackson n’annonçait pas ça aussi?
Au bout du compte, il aura été un enfant prodige et une bête de cirque ; un phénomène intrigant et inquiétant, arrivé abruptement au bout d’une vie impossible à laquelle « aucun simple mortel ne peut résister » – il s’agit d’une strophe de Thriller.
De fait, Michael Jackson est venu à bout de lui-même, sans pouvoir résister.

 


LA PLANÈTE DIT ADIEU  ÀMICHAEL JACKSON  -  Nicolas Bérubé
C’était une journée spéciale, hier, au Staples Center de Los Angeles. Une foule de personnalités et 11 000 fans y ont fait leurs adieux à Michael Jackson. Le roi de la pop a eu droit à une cérémonie sobre et riche en émotion.
— C’est par une cérémonie sobre et émouvante qu’ont regardée des centaines de millions de personnes partout sur le globe que les proches et les amis de Michael Jackson ont honoré sa carrière et son oeuvre à Los Angeles, hier.
Promulguée par un battage médiatique monstre, la cérémonie a donné lieu à plusieurs moments touchants, dont le témoignage de Paris Jackson, la fille du chanteur, qui est venue dire quelques mots au micro.
« Je veux simplement dire que depuis ma naissance, papa a été le meilleur père que l’on puisse imaginer. Je veux juste dire que je l’aime tellement », a dit la jeune fille de 11 ans, dont la voix étranglée par les sanglots a ému les téléspectateurs.
La cérémonie a duré deux heures au cours desquelles Mariah Carey, Queen Latifah, Jennifer Hudson, Lionel Richie, Stevie Wonder, Smokey Robinson et Usher ont chanté à la mémoire de Jackson.
Le révérend Al Sharpton a dit que Michael Jackson avait permis à plusieurs générations de Noirs d’occuper le premier plan de la vie américaine, dont Tiger Woods, Oprah Winfrey et Barack Obama.
« Michael est monté au firmament. Chaque fois qu’on l’a mis par terre, il s’est relevé. Chaque fois qu’on ne comptait plus sur lui, il est revenu. Michael ne s’est jamais arrêté, jamais, jamais », a dit le révérend.
Un moment d’émotion est venu quand Brooke Shields, amie de Jackson, a évoqué, au bord des larmes, des souvenirs personnels, dont les parties de
rire qu’ils avaient tous les deux, et leur amitié complice.
L’actrice a cité un passage de la chanson Smile – la préférée, a-t-elle dit, de Michael Jackson – qui appelle à sourire même quand on a le coeur brisé.
Dans la foulée, Jermaine Jackson, le plus célèbre des frères du chanteur vedette, la voix parfois nouée de chagrin, a interprété Smile, écrite par Charlie Chaplin pour son film Les temps modernes.
En entrevue de Moscou, le président américain Barack Obama a parallèlement salué, hier, la carrière du chanteur. « Il y a certaines figures de notre culture populaire qui frappent l’imagination des gens, et elles deviennent encore plus grandes dans la mort. »
Cercueil présent
En matinée, des médias ont rapporté que le cercueil de Jackson serait transporté au Staples Center, ce qui contredisait une annonce faite la veille par la famille, selon laquelle le corps du défunt serait porté en terre hier matin, avant la cérémonie publique. Les 20 000 spectateurs ont retenu leur souffle quand le cercueil a bel et bien fait son entrée au Staples Center. Il était fermé, et recouvert de plusieurs douzaines de roses rouges.
Au cours des derniers jours, les policiers de Los Angeles avaient laissé entendre que des centaines de milliers de fans s’apprêtaient à envahir les rues entourant le Staples Center durant la cérémonie.
Hier, quelques milliers de personnes étaient présentes près des barrières érigées par le LAPD. Plusieurs personnes cuisinaient des grillades, tandis que d’autres vendaient des t-shirts et des affiches à l’effigie du chanteur. Le rassemblement s’est tenu dans la bonne humeur. Aucun incident n’a été signalé.
Près de la clôture, Emily Carr, originaire de l’Australie, tentait de prendre des photos du Staples Center. Elle était arrivée à Los Angeles la veille, et avait décidé de faire coïncider son séjour en sol américain avec la cérémonie funéraire du chanteur.
« C’est excitant d’être ici, si près de l’action, a-t-elle dit. Si j’étais chez moi, je regarderais la cérémonie à la télé, mais ce ne serait pas la même chose. »
Après l’hommage, le cercueil de Jackson a été placé dans un corbillard protégé par des tireurs d’élite. I mpossible de savoi r où i l a été emmené, ou même s’il a été porté en terre.

Un saint est né  -  Nathalie Petrowski
Même si l’occasion commandait que l’éloge funèbre soit respectueux, la volonté de profiter du moment pour réhabiliter l’image et la mémoire du roi de la pop semblait évidente chez tous ceux qui lui ont rendu hommage.
Il y a près de deux semaines , Michael Jackson a quitté le Staples Center de Los Angeles debout sur ses deux pieds. Il y est revenu hier après-midi, couché dans un cercueil doré, en compagnie de ses parents, de ses trois enfants, de ses amis, de ses fans et de ses célèbres frères, arborant tous le même uniforme: cravate jaune, rose à la boutonnière et main gantée de brillants argentés.
Tous vêtus de manière identique, les frères Jackson ont transporté le cercueil de Michael hier lors de la cérémonie en hommage au chanteur mort il y a près de deux semaines.
La cérémonie des adieux retransmise en direct sur des millions d’écrans, petits ou géants, a duré plus de deux heures. Et si deux heures ne pèsent pas lourd dans la balance de toute une vie, c’est pourtant tout ce dont les amis et alliés de Michael Jackson ont eu besoin pour réécrire l’Histoire et faire de leur frère mort un héros propre, pur, généreux et rassembleur.
Parti le Michael Jackson has been quinquagénaire qui n’avait pas sorti de CD depuis huit ans, qui n’avait pas fait de tournée depuis encore plus longtemps et qui rêvait désespérément retrouver, avec son nouveau spectacle, son lustre et sa gloire d’antan. Envolé, le Jackson amateur de tente à oxygène, de chimpanzés, de chirurgie plastique extrême, de dépigmentation débridée, de parcs d’attractions et de magasinage compulsif. Oublié, le Michael Jackson accusé d’attentat à la pudeur sur des mineurs et combattant les accusations avec des ententes à l’amiable et un exil prolongé à Dubaï.
Hier, au Staples Center, ce Michael-là avait disparu à la faveur de son double, Michael le génie musical, le visionnaire, le plus grand amuseur public de tous les temps ( the greatest living entertainer), l’icône nationale, la marque globale, la légende américaine.
Depuis Smokey Robinson jusqu’au fils de Martin Luther King en passant par Brooke Shields, Kobe Bryant, Magic Johnson et Berry Gordy, le fondateur de Motown, les superlatifs n’ont cessé de pleuvoir comme les roses sur le cercueil doré du disparu.
Et même si l’occasion commandait que l’éloge funèbre soit respectueux, la volonté de profiter du moment pour réhabiliter l’image et la mémoire du roi de la pop semblait évidente chez tous ceux qui lui ont rendu hommage. Parmi ceux-là, le plus revendicateur fut sans contredit le révérend Al Sharpton qui, d’une voix pleine de reproches, a lancé aux enfants de Jackson: ce n’est pas votre père qui était étrange, c’est tout ce qui se passait autour de lui et qu’on lui faisait subir qui était étrange.
Puis le révérend a fait monter les enchères de l’Histoire d’un cran. Non seulement a-t-il rendu Jackson responsable du rapprochement entre les Noirs, les Blancs et les Latino-Américains du monde entier, mais il a clairement laissé entendre que s’il y avait aujourd’hui un président noir à la Maison-Blanche, c’était grâce à Michael Jackson. Que Barack Obama se le tienne pour dit.
Mais pendant que les éloges gonflaient leurs voiles blanches, pendant que les larmes ruisselaient comme des rivières dans l’aréna baigné d’une lumière bleutée et que chacun y allait de son petit numéro de sanctification, une image s’imposait, plus vraie et plus poignante que les autres : celle des trois orphelins de Jackson, assis à visage découvert à côté de leur grand-mère.
Prince Michael I, le plus vieux, mâchait avec ostentation sa gomme pour se donner une contenance. Paris, sa cadette, une magnifique fillette de 11 ans, était sage comme une image sans laisser deviner qu’à la toute fin de la cérémonie, son cri du coeur – « Depuis que je suis née, papa a toujours été le meilleur des pères – allait arracher des sanglots à l’assemblée et à des millions de téléspectateurs. Et puis entre les deux, le petit dernier, Prince Michael II, 7 ans, tenait dans ses mains tout ce qui lui restait de son illustre père: une poupée en plastique à son effigie.
Plus que les larmes et les visages éplorés, cette poupée dérisoire disait toute l’ampleur d’un drame qui n’avait rien à voir avec la mort surréaliste d’un saint et tout à voir avec la disparition très réelle d’un père.


Tout ça pour un « pervers » ?  -  Richard Hétu
« Notre asservissement à la rectitude politique est tel que personne n’a le courage de dire : nous n’avons pas besoin de Michael Jackson. »
— Personne ne lui avait demandé de parler de Michael Jackson, mais le gouverneur républicain du Minnesota n’a pu résister à l’envie d’exprimer son ras-le-bol concernant la couverture médiatique du décès de Michael Jackson.
Les fans de Michael Jackson étaient nombreux devant le Staples Stadium, où se déroulait l’hommage à la vedette, mais il n’y a eu aucun débordement et l’ambiance était plutôt à la fête.
« Il est temps de passer à autre chose », a déclaré Tim Pawlenty au tout début de sa plus récente émission radiophonique hebdomadaire. « On ne peut y échapper. J’en ai assez. Il est temps de présenter nos respects et de passer à autre chose. »
Le gouverneur Pawlenty, à qui l’on prête l’intention de briguer la présidence en 2012, a prononcé ces paroles le 3 juillet. Bien entendu, les médias américains l’ont complètement ignoré, continuant à multiplier les reportages sur tous les sujets imaginables reliés à la mort de celui qui s’était autoproclamé « roi de la pop ».
Hier matin, la chaîne NBC a même mentionné qu’une âme généreuse avait offert de payer le billet d’avion à Bubbles, le chimpanzé de l’artiste disparu, afin de lui permettre d’assister « en personne » à la cérémonie en hommage à Jackson. Les nouveaux maîtres du primate, qui écoule ses jours en Floride, ont poliment décliné l’offre.
Il va sans dire que Tim Pawlenty n’est pas le seul à vouloir passer à autre chose. Environ 70% des Blancs américains estiment que les médias en font trop sur la mort de Michael Jackson, contre seulement 36% des Noirs, selon une étude réalisée entre les 26 et 29 juin par le Pew Research Center for the People and the Press.
Ras-le-bol
Les raisons du ras-le-bol d’une partie de la population varient d’une personne à l’autre. Certains estiment que l’héritage musical de Michael Jackson ne justifie pas le battage médiatique des dernières semaines. D’autres déplorent que les médias accordent autant d’importance à un artiste dont les dernières années ont été jalonnées non pas de succès, mais de scandales. C’est notamment le sentiment de Peter King, élu républicain de New York à la Chambre des représentants.
Dans une vidéo diffusée sur le site internet YouTube, King ne fait pas dans la dentelle en dénonçant ce qu’il a plus tard qualifié d’« orgie de glorification ». « Notre asservissement à la rectitude politique est tel que personne n’a le courage de dire: nous n’avons pas besoin de Michael Jackson, dit-il. Ce gars-là était un pervers. Il était un pédophile. Que doit-on penser d’un pays qui lui accorde une telle couverture médiatique? »
La sortie de King lui a valu de nombreuses critiques. Elle tranche pour le moins avec la réaction de Barack Obama, qui a comparé hier l’émotion suscitée par la mort de Michael Jackson à celle qui a suivi les décès d’Elvis Presley, de John Lennon et de Frank Sinatra.
« Il y a certaines figures de notre culture populaire qui frappent l’imagination des gens, et elles deviennent encore plus grandes dans la mort », a déclaré le président démocrate lors d’une interview à la chaîne CBS. « Je dois aussi admettre que le phénomène est aujourd’hui décuplé en raison des médias, qui diffusent 24 heures sur 24, sept jours sur sept, et dont l’appétit est insatiable. »




UN AUTRE KING -  Olivier Pierson
La mort brutale de Michael Jackson lui assure une place au panthéon des légendes de la musique
Elvis Presley n’était pas parfait, Marilyn Monroe non plus. Les mythes n’aiment pas la vieillesse.
L’auteur réside à Montréal.
Peter Pan, roi de la pop, extraterrestre… Les appellations d’origine incontrôlée auront été nombreuses pour qualifier Michael Jackson. Rarement un artiste aurat-il autant déchaîné les passions et alimenté les manchettes de journaux. Sa mort brutale lui assure une place dans le panthéon des légendes de la musique.
Il a été roué de rumeurs, maculé de scandales. On l’a adulé, photographié sous tous les angles, soumis à des spéculations sentant parfois le caniveau. Michael Jackson, mort à 50 ans, c’était presque la fin programmée d’un artiste insaisissable, fragile, torturé, pétri d’un talent aux contours divins. Elvis Presley n’était pas parfait, Marilyn Monroe non plus. Les mythes n’aiment pas la vieillesse. Je fais partie de cette génération qui a dansé sur ses albums. Jackson en solo, c’était surtout une trilogie façon Guerre de l’étoile: Off the Wall, Thriller, Bad. Les suites ont été moins bonnes, elles sentaient la fin de règne. Et puis les scandales, les doutes, la chirurgie esthétique puissance Five… La décadence, l’aura déclinante. Pas facile, la vie d’enfant prodige… Quand on aime vraiment un artiste, on lui pardonne– presque– tout. L’exceptionengendre souvent la clémence. Moi, ma zappeuse est restée bloquée sur ce jeunehommeauxcheveuxcrépus et aunezaplati. Quandle tsunami Thriller a tout emporté sur son passage, la transformation physique était déjà entamée, mais Michael ressemblait encore à Jackson. Une bête de scène, un précurseur, une tessiture de voix reconnaissable entre mille.
Quand on est un fan de Michael Jackson, on tente de reproduire son célèbre moonwalk à l’abri des regards, sur un sol qui ne veut rien savoir. On a beau passer en boucle ce pas de danse enchanteur, rien n’y fait: tu ne seras pas Michael Jackson, mon fils. On fredonne aussi dans un anglais approximatif, presque phonétique, les paroles de ses chansons les plus connues, dont Billie Jean. On y voit le phénomène figé sur la pointe des pieds, tournoyant sur lui-même ou encore levant sa jambe droite dans un mouvement éclair qui a fait sa marque de fabrique. On aimerait reproduire ces gestes sur une piste de danse, devant des amis, de petites copines, mais on se ravise pour se prémunir du ridicule et de quelques luxations.
C’est sansdoutedans la mort que l’on mesure les grands destins. La disparition du roi de la pop va créer une onde de choc partout dans le monde (et enrichir au passage les fabricants de mouchoirs), comme on ne l’avait pas vu depuis Elvis Presley. Un autre King. Une autre époque.
Michael Jackson a donc rejoint le clip de Billie Jean. Vous savez, lorsqu’il finit par disparaître et qu’on le suit à la trace grâce à ces carrés au sol qui s’illuminent sous ses pas de fantôme. L’icône est morte, mais sa musique n’est pas prête de s’éteindre. Sa révérence soudaine devrait d’ailleurs doper les ventes de ses albums. Le souvenir par cartes bancaires interposées.
Ceque je retiendrai deMichaelJackson? Une chanson, Rock With You, avec sa chorégraphie et son décor minimalistes. Mais le charme opère, dans un subtil mélange de retenue et de classe. Le rythme, lui, est incrusté sous la peau d’ébène d’un jeune chanteur recouvert d’un habit étincelant et qui décoche son bonheur à pleines dents.


Farrah et moi -  Stéphane Laporte
Farrah n’est pas mon premier amour. Elle est juste avant ça. Elle est un test. Une démonstration. Une simulation. Un tout petit aperçu de ce que ça va faire au fond de moi quand une belle fille va me sourire comme ça.
Je fais attention en enlevant le bout de scotch tape pour ne pas arracher la peinture. Ça doit bien faire 10 ans que le poster d’Yvan Cournoyer est collé sur le mur au-dessus de mon lit. Mais ce soir, son règne est terminé. Pendant l’heure du dîner, je me suis sauvé des murs du collège pour aller à la place AlexisNihon acheter le poster de Farrah Fawcett. Que voulez-vous, c’est le printemps!
Je la déroule enfin pour la première fois. Elle est assise en maillot de bain rouge et elle sourit. C’est tout. Mais quel sourire! Elle doit bien avoir mille dents. Et quel maillot de bain! Il n’est pas particulièrement décolleté. Assez discret. Mais on y devine la pointe de ses seins. Assez pour rêver. Et surtout, il y a ses yeux. Ses yeux qui nous regardent franchement. Rien à voir avec le regard froid des mannequins. Elle nous regarde joyeuse. Heureuse. Comme si on était son petit copain.
La photo est tellement excitante que les coins de l’affiche n’arrêtent pas de relever. Je l’ai étendue au sol et j’ai mis mes manuels scolaires aux quatre coins pour que le papier se calme. Je roule Cournoyer, puis je monte sur mon lit coller Farrah. Voilà, c’est fait. Elle est là. C’est la première fille qui s’installe dans ma chambre. Mes parents ne l’ont pas vue. Je ne sais pas comment ils vont réagir. Ils ne sont pas très pin up.
Je pourrais garder Farrah dans mon jardin secret, mais c’est plus fort que moi, j’ai envie d’afficher qu’elle me plaît. J’ai 15 ans, je passe mes journées dans un collège de gars, juste de gars, j’ai besoin d’une présence féminine quelque part. Tant mieux si c’est au-dessus de mon lit.
Elle va en provoquer des commentaires. D’abord mon père : Ouais... Ouais... Ouais... Puis ma mère: Il était beau ton poster d’Yvan Cournoyer, pourquoi tu l’as enlevé? Mongrand frère de 22 ans: Bon le petit frère s’émancipe. Ma grande soeur : Les couleurs sont trop criardes...
Chaque personne entrant dans ma chambre ne verra qu’elle. Il y a beau y avoir une photo de Ken Dryden au-dessus de mon bureau, la pochette de Sergeant Pepper’s sur la porte de ma garde-robe, et plein de bébelles partout, dans mon grand fouillis, c’est Farrah qui ressort. C’est Farrah qui attire. Mes oncles me taquinent. Mes cousins de mon âge restent prostrés devant le poster sans rien dire de longues minutes. Moi, dans tout ça, j’ai comme un petit malaise. Être fan du Canadien, ça s’assume bien. Ils gagnent la Coupe Stanley presque tous les ans. Être fan des Beatles, ça s’assume bien aussi. Ce sont les plus grands. Mais être fan d’une fille en costume de bain, c’est comment dire, gênant. Je sais que Farrah Fawcett n’est pas qu’une fille en costume de bain. C’est une actrice. Je la regarde tous les mercredis soirs dans Charlie’s Angels. Et le lendemain, on en parle avant la classe de maths. As-tu vu quand Farrah s’est tournée pour faire un clin d’oeil à Bosley? As-tu vuquand Farrah s’est penchée pour ramasser la balle de tennis? As-tu vu quand Farrah courait avec son fusil et qu’on voyait bouger ses... Je sais, on est cons. On est des garçons.
Farrah n’est pas mon premier amour. Elle est juste avant ça. Elle est un test. Une démonstration. Une simulation. Un tout petit aperçu de ce que ça va faire au fond de moi quand une belle fille va me sourire comme ça. Pour vrai.
Farrah n’est restée que quelques mois dans ma chambre. Le temps de combler un vide. Le temps de me faire passer de l’enfance à l’âge adulte. D’exprimer pour la première fois ma préférence. J’ai vite compris que si jamais je voulais recevoir des vraies filles chez moi, valait mieux dire à Farrah de retourner chez elle. J’aurais l’air d’un préado retardé. D’un gars en manque. Je le suis, comme tous les gars de 15 ans, mais ce n’est pas une raison pour l’afficher.
L’été terminé, j’ai remplacé Farrah par une mappemonde. Aventure pour aventure. Mais je ne l’ai pas oubliée.
Je sais qu’en ce moment, on n’en a que pour Michael Jackson. Ce n’est pas tous les jours qu’un génie s’éteint. Un génie malade mais un génie quand même. Il a donné des jambes à la musique. Avec lui, la musique s’est mise à bouger. Bien sûr, il y avait eu James Brown. Mais c’était loin et d’un autre temps. Et ça n’avait jamais eu un tel rayonnement. Je me souviens de la première fois que Jackson a fait son moonwalk, comme je me souviens de la première fois que l’homme a marché sur la Lune. Le show-business venait de changer. Après lui, même les Blancs se sont mis à danser.
Donc moi aussi, aujourd’hui, j’écoute en boucle du Michael Jackson sur mon iPod, mais quand il chante She’s Out Of My Life, c’est à Farrah que je pense.
Adieu à tous les deux! Merci de faire partie de notre vie, à jamais.
Puisqu’on en est aux adieux, c’est aujourd’hui que l’on dit adieu à La Presse du dimanche, nouvelle réalité oblige. C’est triste, on y était si bien. Presque en paix. On dirait que les nouvelles du dimanche étaient moins graves, plus belles. On avait le temps de jaser. Ça fait déjà 13 ans que, le dimanche matin, je cognais à votre porte, et on déjeunait ensemble. Calmement. À compter de la semaine prochaine, je cognerai à votre porte le samedi. Je sais que le samedi est une journée beaucoup plus occupée. Il y a plein de courses à faire et plein de gens qui viennent vous voir. La Presse est bien plus épaisse. J’espère que vous aurez toujours une petite place pour moi à votre table.
Merci pour tous ces brunchs dominicaux, si jamais on s’en ennuie, vous pouvez toujours mettre ma chronique du samedi de côté et me lire le lendemain. À la semaine prochaine, un jour plus tôt!


Le petit prince  -  Mario Roy
Il y a 40 ans, en j uillet 1969, plus de 600 millions de personnes ont vu à la télé la première ma rche lunaire, le célèbre « petit pas » de Neil Armstrong. Hier, on prévoyait qu’un milliard de téléspectateurs et internautes dans le monde allaient se joindre à la célébration donnée, à Los Angeles, à la mémoire de Michael Jackson. Jackson, le magicien du « moonwalk ». Jackson, l’homme « dont Dieu avait encore plus besoin que nous », a dit Stevie Wonder.
Des images de Michael Jackson ont défilé pendant la cérémonie hier.
Dieu, en effet, avait peut-être besoin d’un demi-dieu à ses côtés dans le firmament...
Car ce qui s’est produit à Los Angeles et dans le monde, hier, déborde considérablement de la dimension ordinaire de la culture pop – laquelle ne craint pourtant ni l’esbroufe ni la démesure.
Un million et demi de fans ont réclamé l’un des 17 500 sièges du Staples Center... des places « gratuites » qui ont atteint 5000 $ US chez les revendeurs. Le centre-ville de Los Angeles a été bouclé: on y attendait un quart de million de personnes. Avant que la cérémonie ne débute, une véritable escadrille d’hélicoptères survolait le site, avalant la fumée des générateurs couplés aux innombrables antennes satellites des télés du monde entier accourues sur les lieux ; un bon « point de vue » pour les caméras se louait 10 000$ pour la journée. Une cinquantaine de cinémas aux États-Unis, sans doute bien davantage dans le monde, projetaient la cérémonie en direct – dont le Lyric Theatre de Londres, où est donnée depuis janvier la comédie musicale Thriller Live, un hommage scénique à Michael Jackson. Sur le web, les quotidiens Le Monde, El Pais, Times, Wall Street Journal, Der Spiegel et Beijing News, dont aucun n’est réputé pour sa délinquante frivolité, offraient en page d’accueil la retransmission...
« Finies, les larmes ! Nous allons voir le roi ! Alleluia ! » a chanté le choeur gospel chargé d’ouvrir la célébration.
Après une spectaculaire veille funèbre qui aura duré 12 jours, il est difficile de remettre l’« affaire » Michael Jackson à plat, pour ainsi dire.
Côté face, l’artiste Jackson est en lui-même inclassable. En termes pratiques, le génie qu’on lui reconnaît le plus volontiers, c’est celui de la danse... oui, la marche lunaire. Et aussi : le génie de « sentir » la musique; et de bien s’entourer; et de travailler dur. Côté pile, on trouve un homme dont la caractéristique première était d’être mal dans sa peau, on l’a déjà dit ici. Et cet homme s’est détruit, comme tant d’autres qui ont explosé lorsque propulsés dans la stratosphère des célébrités et des demi-dieux.
De fait, Brooke Shields a évoqué, non pas la puissance du roi de la pop, mais la fragilité du Petit Prince, celui de Saint-Exupéry. Peut-être est-ce cette fragilité, notre lot à tous, qu’auront saluée, hier, même ceux que Michael Jackson laisse plus ou moins indifférents.






Michael Jackson : Homicide par médicaments, conclut le coroner
LOS ANGELES — Le bureau du coronerducomtédeLosAngeles a officiellement annoncé hier que le décèsdeMichael Jackson était un homicide causé par des médicaments.
La mort du chanteur le 25 juin est due à une intoxication aiguë au Propofol, un puissant anesthésiant normalement utilisé uniquement en milieu hospitalier, et à d’autres sédatifs, notamment le Lorazepam, selon un communiqué du bureau du coroner.
Le bureau du coroner n’a pas dévoilé dans son intégralité le rapport d’autopsie de Michael Jackson, citant une mesure de sécurité à la demande des autorités de Los Angeles.
Le Dr Conrad Mur ray, médecin personnel du chanteur, a reconnu devant la police avoir administré du Propofol au « roi de la pop » le matin du 25 juin, car celuici ne parvenait pas à trouver le sommeil, malgré plusieurs sédatifs. Le praticien est le principal suspect dans l’enquête pour homicide involontaire et sans préméditation ouverte par la police de Los Angeles.
Michael Jackson a succombé à un arrêt cardiaque à l’âge de 50 ans dans sa résidence louée de Los Angeles, en Californie.
Les conclusions du rapport d’autopsie avaient déjà filtré en début de semaine. Une source proche de l’enquête avait confié à l’Associated Press que c’est un mélange de P ropofol et de deux sédatifs, le Lorazepam et le Midazolam, qui avait tué le chanteur.



Michael Jackson victime d’un homicide
LOS ANGELES — Le coroner du comté de Los Angeles chargé de déterminer la cause du décès de Michael Jackson est arrivé à la conclusion que sa mort était la conséquence d’un homicide, a-t-on appris hier de source proche de l’enquête.
Cette information renforce encore la probabilité d’une action en justice contre le Dr Conrad Murray, le médecin personnel de l’ancien « roi de la pop », qui se trouvait auprès de lui au moment de sa mort.
De même source, on précise que le coroner a déterminé qu’un cocktail fatal de médicaments avait été administré à Michael Jackson quelques heures seulement avant sa mort, le 25 juin dernier, dans une résidence de location à Los Angeles, en Californie.
Les tests réalisés par les services médico-légaux ont révélé qu’il y avait du Propofol, un puissant anesthésiant, ainsi que deux sédatifs, le Lorazepam et le Midazolam, da ns l’orga n isme du cha nteu r, selon la même source, qui a requis l’anonymat.
Le Dr Conrad Murray, cardiologue de formation, est le principal suspect dans l’enquête criminelle ouverte par la police de Los Angeles.
Selon des documents de police rendus publics hier à Houston, au Texas, le médecin a reconnu avoir administré à son célèbre client 25 mg de Propofol vers 22 h 4 0, le soir de sa mort, après lui avoir injecté dans la soirée deux sédatifs pour lui permettre, sans succès, de trouver le sommeil.
Ces mêmes documents, datés du 23 juillet, soulignent que des taux mortels de Propofol ont été découverts dans l’organisme de Michael Jackson.
Le rapport de toxicologie du coroner précise que d’autres substances, outre l’anesthésiant et les deux sédatifs, ont été décelées, mais elles n’auraient pas provoqué la mort de la star.
Le Dr Murray, qui a été entendu par la police, a diffusé un enregistrement vidéo dans lequel il assure avoir « dit la vérité » et être « convaincu que la vérité prévaudra ».
Son avocat, Edward Chernoff, n’a pas encore réagi aux conclusions du coroner. Il a cependant affirmé récemment que son client n’avait jamais administré quoi que ce soit qui pourrait avoir causé la mort de Michael Jackson. Le chanteur a succombé à un arrêt cardiaque à l’âge de 50 ans.



Enquête sur la mort de Michael Jackson  Le médecin du chanteur avoue lui avoir injecté du propofol - Nicolas Bérubé

— Le médecin de Michael Jackson a dit aux policiers avoir administré un puissant anesthésiant à la vedette pop quelques heures avant sa mort, une intervention délicate habituellement réalisée dans un hôpital et sous haute supervision.
Lors de la perquisition de la police de Los Angeles, hier, à la résidence du Dr Murray, les enquêteurs ont saisi des documents et du matériel informatique liés à la mort de Michael Jackson.
Selon ce qu’a découvert l’Associated Press, le Dr Conrad Murray a signalé avoir fait une injection de propofol au chanteur pour l’aider à trouver le sommeil. Le produit, commercialisé dans plus de 50 pays sous le nom de Diprivan, est administré par voie intraveineuse pour endormir les patients avant une intervention chirurgicale.
Toujours selon AP, les policiers qui sont arrivés dans la maison de Michael Jackson ont constaté que la chambre du chanteur était en désordre. Il y avait des vêtements éparpillés sur le sol, plusieurs bonbonnes d’oxygène et du matériel médical servant à administrer des substances par voie intraveineuse.
Les enquêteurs ont constaté que la chaleur dans la maison était étouffante. Le chauffage était en marche. Selon ses proches, le chanteur se plaignait souvent d’avoir froid, même en été.
Un enquêteur a dit, sous le couvert de l’anonymat, que Jackson ne pouvait trouver le sommeil qu’en ayant recours à une perfusion de propofol. La vedette pop utilisait l’anesthésiant « comme une horloge » : il s’endormait quand la substance commençait à entrer dans son organisme et se réveillait lorsque la perfusion prenait fin.
Cherilyn Lee, une infirmière qui travaillait pour Jackson, a dit que la vedette pop lui a souvent demandé de lui injecter du propofol, ce qu’elle dit avoir refusé de faire parce que c’était dangereux.
Les perfusions de propofol doivent être réalisées dans un cadre médical strict, et le pouls du patient qui reçoit l’anesthésiant doit être suivi en temps réel par un dispositif qui alerte le personnel médical en cas de problème.
« Négligence professionnelle »
Hier, le Dr Zeev Kain, directeur du département d’anesthésiologie à l’ Université de Californie à Irvine, a dit n’avoir jamais eu connaissance d’une situation où le propofol était administré dans une maison privée pour aider une personne à trouver le sommeil. Une telle utilisation du produit constituerait un cas de négligence professionnelle, a-t-il estimé.
L’avocat du Dr Murray, Edward Chernoff, répète depuis le début de l’enquête que son client « n’a administré aucune substance qui aurait pu être fatale pour Michael Jackson ».
Le Los Angeles Times a révélé hier que le « roi de la pop » obtenait des médicaments sous 19 pseudonymes, parmi lesquels Omar Arnold, Joseph Scruz et Bill Bray.
Les résultats de l’enquête toxicologique menée sur la dépouille du chanteur devraient être dévoilés plus tard cette semaine. Le coroner de Los Angeles a les résultats en main, mais les enquêteurs du Los Angeles Police Depa r tment ( LAPD) lui ont demandé de ne pas les rendre publics.
Parallèlement, le LAPD a perquisitionné hier à la résidence principale du Dr Murray, à Las Vegas. Le mandat qu’ils avaient en leur possession les autorisait à saisir des documents et du matériel informatique liés à l’enquête sur la mort de Jackson.
Les agents fédéraux, qui épaulent leurs collègues du LAPD dans l’enquête, ont dit que Murray était chez lui au moment de la perquisition.




Michael Jackson : DES INSOMNIES INSUPPORTABLES
Au cours des derniers mois, les insomnies de Michael Jackson lui étaient devenues si insupportables que le chanteur allait jusqu’à supplier qu’on lui procure un puissant sédatif en dépit des mises en garde pour sa santé, a raconté la nutritionniste avec laquelle le « roi de la pop » préparait son retour sur scène. Cherilyn Lee, infirmière spécialisée en conseils nutritionnels, a affirmé qu’elle a à plusieurs reprises refusé de procurer au chanteur du Diprivan, un médicament qui s’administre par intraveineuse également connu sous le nom de Propofol. Mais quatre jours avant sa mort, un appel excité de Michael Jackson a fait craindre à l’infirmière qu’il ait finalement réussi à se procurer du Diprivan ou un autre sédatif similaire. Cherilyn Lee a reçu, le 21 juin, un appel de l’entourage du chanteur alors qu’il se trouvait à proximité. « Cette personne était très agitée et m’a dit " Michael veut vous voir immédiatement. " J’ai répondu : " Qu’est-ce qui ne va pas ? " Et je pouvais entendre Michael derrière cette personne disant « Un côté de mon corps est chaud, vraiment chaud, et l’autre côté est froid; très froid », a dit Lee. « J’ai alors dit à mon interlocuteur : " Dites-lui d’aller à l’hôpital. Je ne sais pas ce qui cloche, mais il a vraiment besoin d’aller tout de suite à l’hôpital." » « À ce moment de la conversation, je savais que quelqu’un lui (Jackson) avait donné quelque chose qui agit sur le système nerveux central », a souligné l’infirmière avant d’insister : « Il (Jackson) avait des problèmes dimanche et il appelait au secours. » « J’ignore ce qui s’est passé là-bas. La seule chose que je sais est qu’il (Jackson) était intransigeant sur ce médicament ( Diprivan) », a dit l’infirmière.

DÉCOUVERTE D’UN PUISSANT SÉDATIF
Un puissant sédatif a été trouvé dans la demeure de Michael Jackson à Bel-Air, selon plusieurs sources proches de l’enquête policière. Le médicament en question, le Propofol, est utilisé pour endormir les patients pendant une anesthésie générale. Le médicament est administré par voie intraveineuse. Hier, Cherilyn Lee, une infirmière qui travaillait pour Michael Jackson, a confié aux médias que la star lui a souvent demandé de lui administrer le sédatif, ce qu’elle nie avoir fait. « Il ne cherchait pas à avoir une sensation en prenant des drogues, a-t-elle dit. C’était une personne qui voulait de l’aide, qui cherchait désespérément à trouver le sommeil, à prendre du repos. » La chaîne CNN a dit savoir que Jackson avait l’habitude d’être accompagné par un anesthésiste où qu’il aille, à la fin des années 90. Le chanteur aurait eu depuis longtemps recours à des sédatifs pour arriver à dormir.

Le rôle des médecins au centre de l’enquête
Deux semaines après la mort de Michael Jackson, les causes de son décès restaient inconnues, mais sa dépendance aux médicaments et le rôle de ses médecins étaient au centre de l’enquête. Jeudi, l’institut médicolégal de Los Angeles a exigé de plusieurs médecins du roi de la pop qu’ils lui remettent les dossiers médicaux du chanteur. Selon le Los Angeles Times, certains des médicaments trouvés dans la maison de Michael Jackson n’étaient accompagnés d’aucune ordonnance. Son père Joe a dit, dans une interview diffusée hier sur ABC, qu’il ne connaissait « même pas le nom des médicaments » que prenait la star. Et de conclure que son fils avait été « victime d’un meurtre ». – AFP



Neverland n’accueillera pas le corps du chanteur
Michael Jackson Le testament rendu public
— Le feuilleton des funérailles de Michael Jackson a connu un nouveau rebondissement hier, la famille ayant annoncé qu’aucune cérémonie ne serait finalement célébrée à Neverland, tandis que le testament du « roi de la pop », incluant la chanteuse Diana Ross, était révélé.
Alors que les fans du chanteur de Thriller commençaient à affluer aux portes de son domaine californien, dans les collines et les vignobles de Los Olivos, à 150 km au nordouest de Los Angeles, la famille a démenti dans un communiqué la tenue d’une quelconque cérémonie dans la propriété.
« La famille Jackson annonce officiellement qu’il n’y aura aucune exposition publique ou privée (de la dépouille de Michael Jackson) à Neverland », a annoncé dans un communiqué la société de relations publiques Sunshine, Sachs& Associates, mandatée par le clan Jackson.
Déjà, dans la matinée de mercredi, le Los Angeles Times avaient exclu que Michael Jackson puisse être enterré à Neverland, assurant
AGENCE FRANCE-PRESSE que « les autorités (n’avaient) pas trouvé la manière de contourner rapidement les restrictions juridiques concernant l’inhumation dans une résidence privée ».
William Boyer, porte-parle du comté de Santa Barbara, dont dépend Neverland, a déclaré à l’AFP que les autorités locales n’avaient jamais eu aucun contact avec la famille du chanteur au sujet d’éventuelles funérailles.
La chaîne de télévision américaine E! , dévolue au monde du spectacle, affirmait de son côté que Michael Jackson serait enterré au cimetière de Forest Lawn, à Los Angeles. Un porte-parole a refusé de commenter l’information.
Le testament rendu public
Si l’incertitude concernant les obsèques du « roi de la pop » est complète, un mystère a néanmoins été levé mercredi matin: celui du testament de la pop star, rendu public à la Cour supérieure de Los Angeles.
Le document, en date du 7 juillet 2002, confirme que Michael Jackson avait prévu de confier la garde de ses trois enfants à sa mère, Katherine Jackson. La surprise est venue de sa décision de nommer également la chanteuse Diana Ross responsable de ses enfants et de leurs biens, si sa mère venait à disparaître.
La chanteuse Diana Ross, 65 ans, diva américaine de la soul et ancienne chanteuse du groupe The Supremes, était une amie de longue date de Michael Jackson, qu’elle avait connu enfant, lorsqu’il faisait partie des Jackson 5.
Katherine Jackson, 79 ans, s’est vu confier par la justice, lundi, la garde provisoire de Prince Michael (12 ans), Paris (11 ans) et Prince Michael II (7 ans).
Le testament stipule par ailleurs que les biens de la star sont au « Michael Jackson Family Trust ». Les noms des gestionnaires du fonds n’ont pas été dévoilés.
Le père de Michael Jackson, Joe Jackson, n’est mentionné à aucun moment dans le document. La seule personne nommément exclue de l’héritage est Deborah Rowe, la deuxième femme de Michael Jackson, mère de ses deux premiers enfants.
Par ailleurs, des documents adjoints au testament en 2002 évaluaient la fortune du chanteur, à l’époque, à plus de 500 millions de dollars, sans plus de détails.


MORT DE MICHAEL JACKSON  Les enquêteurs croiraient à un homicide

— Les enquêteurs chargés d’élucider le mystère entourant la mort de Michael Jackson considéreraient qu’un homicide a été commis à l’endroit du chanteur, selon des sources policières jointes par le site TMZ.
Selon le site, la police posséderait « plusieurs preuves solides » du rôle qu’aurait joué le médecin personnel de la star, Conrad Murray, dans la mort de Jackson.
Hier, la police de Los Angeles a réfuté l’information diffusée par TMZ. « L’enquête menée actuel lement n’est pas une enquête pour homicide », a dit hier Sara Faden, porte-parole du LAPD.
TMZ, qui a diffusé plusieurs exclusivités depuis la mort de Jackson, a annoncé hier que les enquêteurs auraient en leur possession plusieurs fioles de Propofol, un puissant sédatif qui aurait causé la mort de la vedette pop.
Interrogé le mois dernier, l’avocat du Dr Mur ray avait refusé de nier ou de confirmer l’information selon laquelle son client a injecté du Propofol à Jackson quelques heures avant sa mort. Hier, un porte-parole de Murray a dit que le médecin n’était pas considéré comme un suspect et qu’aucun mandat de perquisition n’avait été demandé contre lui. Murray avait rencontré les enquêteurs le 27 juin, deux jours après la mort de Jackson. Dernière personne à avoir vu la vedette avant son arrêt cardiaque, Murray avait attiré l’attention en choisissant de disparaître au lendemain du drame. Sa luxueuse voiture était garée devant la demeure du chanteur, et la police l’avait par la suite remorquée.
Les rapports de l’autopsie pratiquée sur Jackson devraient être rendus publics la semaine prochaine.
Les médias traditionnels passent souvent sous silence les informations diffusées par le site de nouvelles sur les célébrités TMZ. Or, dans le dossier de la mort de Jackson, TMZ a obtenu plusieurs primeurs. Le site, dont le contenu et les méthodes de travai l s’apparentent à ceux des tabloïds londoniens, a été le premier à annoncer que la vedette pop avait fait un arrêt cardiaque, puis le premier à annoncer sa mort, quelques minutes plus ta rd. Les médias du globe avaient préféré attendre que le quotidien Los Angeles Times confire la nouvelle avant d’annoncer la mort du chanteur, le 25 juin dernier.
Une procureure de L.A. démissionne
Une procureure du comté de Los Angeles a remis sa démission, hier, après avoir causé un malaise chez ses collègues en acceptant de discuter de l’enquête sur la mort de Michael Jackson à l’émission Larry King Live, à CNN.
Robin Katzenstein, qui travaille à la division des crimes sexuels, était en ondes peu après la mort du chanteur et a affirmé que les autorités auraient du mal à monter un éventuel dossier criminel dans cette affaire.
« Je pense que c’est un dossier difficile. Il y a tellement de médecins dans l’entourage de Jackson, tellement de gens différents. Qui allez-vous accuser ? Quel docteur, quelle ordonnance, quel médicament ? Était-ce un cocktail de drogues ? Une réaction ? »
Hier, Mme Katzenstein, qui était en congé sans solde au moment de son intervention télévisée, a fait savoir qu’elle n’aurait pas dû discuter de l’affaire. Les procureurs sont tenus de ne pas commenter les dossiers qui pourraient éventuellement être traités par leur bureau.
Mme Katzenstein, qui vient de publier un livre sur les agresseurs d’enfants, entend depuis quelque temps devenir une personnalité médiatique. La présente controverse lui a donné une raison de plus d’agir, dit-elle.
« C’est une bonne décision. Je voulais partir, et maintenant je le fais en bons termes », a-t-elle dit au L. A. Times.





MORT DE MICHAEL JACKSON  Le médecin de la star se défend

— Le docteur personnel de Michael Jackson, Conrad Murray, n’a pas fait d’injection de médicament antidouleur à son patient le jour de sa mort, a dit hier son avocat.
Présent au chevet de la vedette durant les derniers instants de sa vie, le Dr Murray a affirmé que Jackson était déjà inconscient quand il est entré dans sa chambre, jeudi midi.
La vedette « ne respirait pas. (Le Dr Murray) a cherché à prendre son pouls. Il y avait un pouls faible au niveau de l’artère fémorale. Il a commencé à administrer les manoeuvres de réanimation cardiorespiratoires », a confié hier l’avocat Edward Chernoff.
Le Dr Murray s’est entretenu durant trois heures, samedi, avec les enquêteurs du Los Angeles Police Department (LAPD). Ceuxci ont précisé qu’il n’était pas considéré comme un suspect dans le dossier, mais bien comme un témoin important.
Selon M. Chernoff, le Dr Murray «n’a ni injecté ni prescrit de Demerol ou d’OxyContin» à Jackson. L’avocat affirme que tout médicament prescrit à Jacksonpar sonmédecin l’a été à la demande du patient.
Parmi les questions soulevées au sujet du travail du Dr Murray se trouve celle des manoeuvres de réanimation cardiorespiratoires. En effet, dans la bande audio de l’appel au 911 fait par une personne présente dans la maison de Jackson, on apprend que la victime est alitée, et que le Dr Murray tente de la réanimer. Or, il faut placer la victime sur une surface dure, comme un plancher, pour pratiquer la méthode de réanimation avec succès, un élément qui risque de refaire surface dans l’enquête.
Selon des proches du défunt, ce détail reste en travers de la gorge des membres de la famille Jackson, qui soupçonneraient le Dr Murray d’avoir participé d’une manière ou d’une autre au décès subit du chanteur.
Dimanche, une deuxième autopsie a été pratiquée sur le corps de Jackson, à la demande de la famille. Aucun résultat n’a été communiqué.
Durant la journée, le pasteur Al Sharpton a déclaré que la famille Jackson songeait à organiser plusieurs cérémonies funéraires simultanément à travers le monde pour répondre à la vague de sympathie déclenchée par le décès du chanteur. Encore là, aucun détail n’a émergé sur ce projet.





MORT DE MICHAEL JACKSON Trop de questions sans réponses - Nicolas Bérubé

Hier, la famille du chanteur a demandé une deuxième autopsie, tandis que le médecin personnel de Jackson a retenu les services d’un avocat de haut niveau pour le représenter.
— La mort de Michael Jackson est en train de se transformer en véritable polar. Hier, la famille du chanteur a demandé une deuxième autopsie, tandis que le médecin personnel de Jackson a retenu les services d’un avocat de haut niveau pour le représenter dans l’enquête menée par le service de police de Los Angeles (LAPD).
Vendredi, le révérend Jesse Jackson et son fils, Jesse Jackson Jr., ont passé du temps avec la famille de Michael Jackson. On les voit ici avec le père de la vedette pop, Joe Jackson (à droite). Hier, le révérend Jackson a partagé avec les journalistes les questions qui le tracassent.
Le médecin, Conrad Robert Murray, 56 ans, a attiré l’attention des médias en choisissant de disparaître après le décès de Jackson, jeudi. Plusieurs sources ont dit que le Dr Murray était au chevet du chanteur quand celui-ci a été victime d’un arrêt cardiaque.
Hier, le révérend Jesse Jackson, qui a passé du temps avec la famille de la vedette pop, vendredi, a affirmé que plusieurs questions restaient en suspens.
« Quand le médecin est-il venu? Qu’a-til fait ? Lui a-t-on fait (à Michael Jackson) une injection, et si c’est le cas, de quoi? » a-t-il dit à CNN. « L’absence du Dr Murray soulève des questions importantes, qui se poseront tant qu’il n’y aura pas répondu. »
Durant la journée, le L. A. Times a annoncé que le médecin avait retenu les services de l’avocat Edward M. Chernoff, de la firme Stradley, Chernoff et Alford, à Houston. M. Chernoff est décrit sur le site web du cabinet comme le vétéran de la firme, celui qui « s’occupe des dossiers les plus compliqués ».
Une rencontre entre le Dr Murray et les enquêteurs du LAPD était prévue en fin de journée, hier.
La famille Jackson était réunie hier à Encino, en Californie, et préparait l’ébauche du plan pour les funérailles du chanteur. Aucun détail n’a jusqu’ici été communiqué aux médias.
Brian Elias, un porte-parole de l’institut médico-légal de Los Angeles, a déclaré que la famille du chanteur défunt avait demandé une seconde autopsie. Il a précisé que cette demande avait été faite avant que la famille ne récupère le corps, vendredi dans la soirée.
Quant à la garde des trois enfants de Jackson, les experts semblent conclure que Debbie Rowe, la mère biologique de deux d’entre eux, est légalement responsable d’eux. Selon plusieurs sources, les enfants et la famille Jackson aimeraient plutôt qu’ils aillent vivre chez leur grand-mère, Katherine Jackson.
Pour la troisième journée consécutive, des centaines de fans ont convergé vers l’étoile de Michael Jackson sur le trottoir d’Hollywood Boulevard. Des gerbes de fleurs, des photos et des chandelles allumées recouvrent la majeure portion du trottoir à cet endroit.
En grande forme
La veille de son décès, Michael Jackson a passé la soirée au Staples Center, un amphithéâtre situé au centre-ville de L. A., où avaient lieu les répétitions pour la série de concerts du chanteur, prévue cet été à Londres.
Les gens qui l’ont côtoyé ce soir-là ont dit que Jackson semblait être en forme, et qu’il avait eu du bon temps sur la scène.
Le directeur du spectacle, Kenny Ortega, a dit que Jackson avait l’air « en parfaite santé » durant la répétition.
« Il avait l’air heureux de voir la progression du spectacle. Il a dansé et chanté toute la soirée. Il nous restait quatre ou cinq jours de pratique avant de partir pour Londres. »
M. Ortega a laissé savoir qu’il songeait à organiser un ou plusieurs concerts en l’honneur de Jackson, un peu à la manière de We Are the World, la chanson écrite par Jackson et Lionel Richie en 1985 pour venir en aide à différentes causes humanitaires.
« Il doit y avoir au moins cent façons de célébrer l’héritage de Michael Jackson. Je suis certain que ses amis et collègues aimeraient se rassembler pour un projet à la We Are the World », a-t-il dit.

Conrad Murray va collaborer à l’enquête
Le médecin personnel du chanteur est un cardiologue expérimenté
« Michael m’a dit personnellement qu’il avait confiance en cet homme. »
LOS ANGELES— Conrad Murray, l’homme qui en sait probablement le plus sur les derniers moments de Michael Jackson, est un cardiologue expérimenté, que le chanteur avait engagé pour superviser sa préparation physique avant sa longue série de concerts londoniens.
Conrad Murray, 51 ans, a un historique de praticien irréprochable et dispose de licences pour exercer la médecine en Californie, au Texas et au Nevada, où il avait son cabinet, selon la presse locale. Il a fermé ce dernier récemment pour pouvoir se consacrer à temps complet à Michael Jackson.
Le Dr est devenu la figure centrale de l’enquête sur la mort du « roi de la pop », des témoignages assurant qu’il avait administré au chanteur, peu avant sa mort, du Demerol, un puissant analgésique.
La voiture de Murray a été saisie par la police et remorquée depuis le manoir de Holmby Hills, à Los Angeles, où Michael Jackson résidait. Le médecin a probablement été la dernière personne à voir le chanteur en vie.
La police de Los Angeles a assuré vendredi que le médecin avait accepté d’être entendu une seconde fois en présence d’un avocat, insistant sur le fait qu’il n’était pas sous le coup d’une enquête criminelle.
« Nous aurons un entretien approfondi avec le médecin pour discuter des questions (encore) sans réponses soulevées par la mort de Michael Jackson », a déclaré le chef adjoint de la police Charlie Beck.
Randy Phillips, directeur général d’AEG Live, le promoteur des concerts londoniens
Murray de Michael Jackson, a déclaré pour sa part au L.A. Times: « Michael m’a dit personnellement qu’il avait confiance en cet homme. »
M. Phillips a précisé que le Dr Murray était présent aux répétitions du spectacle à Los Angeles et qu’il « paraissait prendre grand soin » du chanteur.
Des médecins sans scrupules
Scrutant le passé du Dr Murray, d’autres médias ont évoqué des problèmes financiers remontant à 1992, qui auraient coûté au praticien 400 000 $.
Certains journalistes n’ont d’ailleurs pas hésité à rappeler les liaisons dangereuses qui existent parfois entre certaines célébrités et des médecins peu scrupuleux, tout disposés à leur prescrire, sans justification thérapeutique, un arsenal de puissants médicaments.
Michael Jackson avait lui-même une longue histoire avec les médicaments, que certains faisaient remonter aux soupçons de pédophilie dont il avait fait l’objet en 1993. Les informations selon lesquelles Michael Jackson aurait reçu de son médecin une injection de Demerol peu avant sa mort ont relancé les spéculations sur l’accès du chanteur aux médicaments.
Selon l’ami et confident de Michael Jackson, le cardiologue Deepak Chopra, le monde du spectacle regorge de médecins qui monnayent auprès des célébrités le moyen d’obtenir des médicaments accessibles seulement sur ordonnance
« Il y a une pléthore de médecins, à Hollywood, qui sont des dealers », a déclaré le Dr Chopra sur CNN. « C’est juste qu’ils ont leur diplôme de médecin. »
Il évoque le « gros problème » qu’a Hollywood avec les « médecins de célébrités qui, non seulement initient ces dernières aux médicaments, mais les entretiennent aussi dans leur consommation pour les rendre dépendants ». « La première cause de dépendance aux drogues ne vient pas de la rue, mais des prescriptions faites légalement par des médecins », dit-il.

Plusieurs festivals d'été terminés avant d'avoir reçu leur argent d'Industrie Canada
Les subventions se font désirer
Plusieurs festivals ignorent si Industrie Canada leur versera l’argent attendu  -   Louise Leduc
« Je n’ai jamais vu des fonctionnaires scruter un budget d’aussi près. Il est arrivé que je parle 15 fois dans la même journée à une fonctionnaire, qui était très gentille, au demeurant ! »
Est-ce parce que plus de 150 festivals ont réclamé une subvention? Est-ce parce que le gouvernement conservateur étudie chaque dossier à la loupe de peur d’être accusé de financement frivole ? La controverse autour des 400 000$ donnés à la Gay Pride de Toronto ralentit-elle la distribution de la manne ? Toujours est-il que bon nombre de festivals partout au Canada ont le temps de se terminer avant de savoir s’ils recevront ou non leur subvention d’Industrie Canada.
Le Mondial des cultures de Drummondville se termine dimanche, sans que les organisateurs sachent s’ils recevront leur subvention.
Dès cette année, Industrie Canada devait distribuer 100 nouveaux millions à différents festivals au Canada.
Le Mondial choral, à Laval, a débuté le 19 juin, et le communiqué annonçant la subvention d’Industrie Canada n’est arrivé que le 9 juillet. Le Mondial des cultures de Drummondville se termine dimanche, et les organisateurs ne savent toujours pas si Industrie Canada leur accordera la subvention qu’ils ont demandée – qui représente le cinquième de leur budget.
« Je n’ai jamais vu des fonctionnaires scruter un budget d’aussi près, explique Marie-France Bourgeois, directrice générale du Mondial des cultures. Il est arrivé que je parle 15 fois dans la même journée à une fonctionnaire, qui était très gentille, au demeurant! Demander une subvention à Industrie Canada, c’est autrement plus exigeant que de traiter avec Patrimoine Canada. »
« Un fonctionnaire m’a même appelé un dimanche matin ! » lance pour sa part Paul Girard, l ’ un des organi sateu r s de Divers/Cité, une fête gaie qui aura lieu à Montréal du 26 juillet au 2 août.
Malgré cela, la réponse ne vient pas, et M. Girard dépense comme si c’était dans le sac. « Si on nous dit non, ça peut représenter la fin de Divers/Cité. »
Luc Fournier, président-directeur général du Regroupement des événements majeurs internationaux qui regroupe les plus gros festivals d’ici, croit que les organisateurs de Divers/Cité ont bien tort de mettre la charrue devant les boeufs. « Je les ai bien avertis qu’ils devraient attendre leur réponse d’abord. »
À la loupe
Depuis le scandale des commandites, ajoute M. Fournier, Ottawa scrute chaque demande à la loupe « parce que tous les fonct ionnai res redoutent la même chose : que Sheila Fraser ( la véri ficatrice générale du Canada) débarque dans leur bureau ».
Puis, ajoute M. Fournier, il y a eu ce changement de ministre.
Ce n’est plus la ministre d’État au Tourisme, Diane Ablonczy, qui gère le Programme des manifestations touristiques de renom, mais bien Tony Clement, ministre de l’Industrie.
Selon ce qu’a initialement révélé le député conservateur de la Saskatchewan Brad Trost au site pro-vie LifeSite News, Mme Ablonczy aurait été remplacée parce qu’elle a eu la mauvaise idée de verser 400 000$ à la Gay Pride de Toronto. Les contribuables canadiens ne souhaitent pas, selon M. Trost, que leurs impôts servent à financer des activités qui sont plus politiques que touristiques.
Dans des entrevues subséquentes, M. Trost a dit qu’il n’avait jamais voulu critiquer Mme Ablonczy. Il a cependant maintenu que le financement de la Gay Pride n’était pas une bonne idée. Éric Pineault, l’un des organisateurs du défilé gai montréalais du 16 août (distinct de celui de Divers/Cité), n’a jamais pensé, lui, qu’il serait subvent ionné. « Avec la controverse que ça a suscité pour le défilé de Toronto, je pense qu’on va devoir attendre un changement de gouvernement. »
Le Festival international de Lanaudière, qui ne donne ni dans la controverse ni dans les revendications mais dans la musique classique, pensait bien, lui, répondre parfaitement aux critères de sélection. « Les autres grands festivals comme le nôtre, eux, ont eu une réponse positive, regrette le directeur général, François Bédard. On ne comprend pas. »
Industrie Canada n’a pas rappelé La Presse.


L’honnêteté des administrateurs mise en doute  -  Bernard Barbeau
Les administrateurs de l’empire de Michael Jackson lui auraient dérobé plus de 600 millions de dollars américains. C’est pourquoi, selon le biographe montréalais Ian Halperin, la mère du défunt roi de la pop, Katherine Jackson, entend contester en cour leur droit de s’occuper de sa succession.
« Les avocats préparent une motion devant un juge », a annoncé hier l’auteur du livre Les dernières années de Michael Jackson lors d’une conférence de presse dans un hôtel de Montréal.
« Il a vendu plus de 750 millions d’albums, a souligné M. Halperin. Où est tout l’argent ? Maintenant, la famille a appris où est tout l’argent. »
Sans divulguer l’identité de ses sources, qui seraient membres du service de police de Los Angeles ( LAPD), M. Halperin a déclaré que Mme Jackson est persuadée que ceux en qui son fils avait placé sa confiance ont pillé ses comptes en banque pendant plus de 20 ans.
« Ce que j ’ ai appris de mes sources du LAPD, c’est que Katherine Jackson était furieuse que Michael Jackson soit décédé sans argent, a dit M. Halperin. Et elle a peur que les trois enfants de Michael Jackson se retrouvent sans rien si on ne change pas d’exécuteur testamentaire. »
Mme Jackson viserait en particulier les exécuteurs John McClain et John Branca. Ian Halperin dit aussi que le chanteur lui-même n’aurait pas voulu qu’ils s’occupent de sa succession.
L’auteur a par ail leurs annoncé que le juge Larry Seidlin, qui a notamment présidé la cause concernant la dépouil le de l’ac t r ice Anna Nicole Smith, est prêt à agir à titre de médiateur dans la bata i l le pour la garde des enfants de Michael Jackson.
L’ancien magistrat de la Floride est intervenu luimême par téléphone, hier. « J’ai mis six jours à régler la cause d’Anna Nicole Smith, et je suis prêt à offrir mes services à titre gracieux pour aider la famille Jackson et les autres parties impliquées, a déclaré M. Seidlin. Pour éviter que les enfants aient à subir trop de stress. » Le juge a souligné que les deux dossiers avaient de nombreuses similitudes et que cela fait de lui le candidat idéal. « C’est pratiquement la même cause ! »




Le risque de l’artiste -  Simon Betrand
Gouvernements, médias et citoyens soutiennent mieux les athlètes
Il y a beaucoup de points communs entre le long travail de préparation des athlètes et
le long processus créateur des artistes.
L’auteur est compositeur et doctorant à l’Université de Montréal.
Il y a quelques jours, huit compositeurs (1) canadiens (dont j’ai eu l’honneur de faire partie) sont rentrés de Shanghai, en Chine, où ils avaient été sélectionnés pour participer à un grand projet international réunissant 24 compositeurs canadiens, français et des pays scandinaves.
Ce projet titanesque, se déployant sur trois années et qui culminera lors de l’exposition universelle de Shanghai en 2010, a été initié par Radio France, le Shanghai Media Group et la Société de musique contemporaine du Québec (SMCQ), et prenait la forme d’une compétition où les compositeurs choisis devaient tous composer une oeuvre pour instrument(s) traditionnel(s) chinois soliste(s) au choix et pour l’Orchestre symphonique de Shanghai.
Bien sûr, aucun d’entre nous, pas même les trois lauréats canadiens, n’espérait être accueilli en « héros » par un comité d’accueil avec banderoles et fanfares, tels que le sont souvent, par exemple, nos athlètes participant à des compétitions internationales ou aux Jeux olympiques…
Mais l’absence quasi totale de couverture médiatique de notre prestation là-bas, qui avait pourtant parfois des aspects des plus « athlétiques », m’a plongé dans une réflexion sur la vision qu’a notre société du travail de longue haleine que représente la création artistique, en la comparant, justement, avec la reconnaissance beaucoup plus spontanée que semblent recevoir les athlètes de haut niveau, autant de la part de notre société en général, que des instances gouvernementales.
En effet, il semble que l’idée de soutenir un athlète pendant sa préparation en vue d’une compétition soit beaucoup plus communément acceptée et considérée normale, que de soutenir, par exemple, un écrivain pendant le processus d’écriture de son roman.
Pourtant, il y a beaucoup de points communs entre le long travail de préparation des athlètes et le long processus créateur des artistes.
Premièrement, et dans les deux cas, il y a une importante notion de prise de risque. En effet, absolument rien ne nous garantit le succès d’un artiste à une compétition internationale, pas plus que rien ne garantit qu’un artiste produira un chef-d’oeuvre.
Cependant, il semble que dans le cas du sport, les médias, le gouvernement et les citoyens soient plus disposés à prendre ce risque. Pourtant, il est le même.
Deuxièmement, dans les deux cas, il s’agit de démarches de dépassement de soi-même en repoussant ses limites. Un sportif n’est pas plus intéressé à demeurer figé dans sa technique et uniquement égaler son record, qu’un artiste de stagner et répéter des choses qui ont déjà été dites. Les deux veulent se dépasser, et élargir les limites de leur discipline respective.
Alors, où est le problème? Pourquoi notre société a-t-elle autant de mal à reconnaître le droit de soutenir, pendant tout le processus, le travail ardu que représente la création artistique, comme elle le fait pour le travail ardu de nos athlètes?
Un élément de réponse se trouve peutêtre dans le fait que nous avons en ce moment, surtout au niveau fédéral, des gouvernements qui souhaitent niveler la culture par le bas. Ce phénomène se répercute malheureusement sur nos médias, qui depuis déjà plusieurs années nous ont laissé tomber, trop occupés à faire la promotion de ce qui est déjà promu, ou par une couverture des nouveaux systèmes préétablis de fabrication des stars, que la convergence des médias a rendue possible.
À long terme et à moins d’une sensibilisation et d’un réveil majeur des instances gouvernementales, des médias et bien sûr des citoyens, nous risquons de nous retrouver, d’ici une vingtaine d’années dans une triste société où, – via Star Académie et tous ses petits enfants « Écrivain Académie », « Peintre Académie » et pourquoi pas « Philosophe Académie » ! -, la convergence médiatique donnera l’impression au public, avec ce qui n’est en fait qu’une vaste étude de marché, de « choisir » la culture qu’ils veulent consommer, tout en supprimant, justement, toute forme de prise de risque.
Lorsque nous laisserons complètement tomber et cesserons d’être fiers de nos écrivains, compositeurs, cinéastes, poètes et tous les autres artistes, cela voudra dire que nous nous serons laissé tomber nousmêmes, en tant que société.
DenisGougeon, JoseEvangelista, Farangis Nurulla-Khoja, Analia Llugdar, Pierre Michaud, Sean Pepperall, Serge Provost.



Susan Boyle : Cendrillon du web ou coup de marketing?
À moins d’avoir passé la dernière semaine au pôle Nord, vous savez que cette Écossaise de 48 ans – vierge, au physique ingrat et sans emploi – a épaté le jury aux auditions de Britain’s Got Talent.
Est-ce que sur le coup de minuit, tout sera terminé pour Susan Boyle? Cendrillon retrouvera-t-elle sa petite vie, dans son village sans histoire? Son chat, celui qui était son unique compagnon depuis la mort de sa mère, la reconnaîtra-t-il?
À moins d’avoir passé la dernière semaine au pôle Nord, vous savez que cette Écossaise de 48 ans – vierge, au physique ingrat et sans emploi – a épaté le jury aux auditions de Britain’s Got Talent. En la voyant monter sur scène, le grand manitou Simon Cowell et ses collègues avaient un air moqueur. Mais en quelques secondes, le visage des juges s’est illuminé au son de la voix cristalline de la chanteuse amateur, habituée des karaokés.
Susan Boyle a interprété I Dreamed A Dream, une chanson tirée de la comédie musicale Les misérables. En moins de
Ensuite, Oprah Winfrey, Diane Sawyer et Larry King ont invité la femme qui souffre d’une légère déficience mentale à leur émission. Paris Match est allé la visiter chez elle pour prendre des photos. Même les créateurs de South Park ont parlé d’elle lors d’un récent épisode. temps qu’il ne faut pour dire « clic », sa performance est devenue un (autre) phénomène YouTube, visionnée 100 millions de fois partout dans le monde, soit cinq fois plus que l’investiture de Barack Obama.
La laideur vend, ont dénoncé des commentateurs. Freak show? La revanche du vilain petit canard? Un coup de marketing de Simon Cowell? Les avis fusent.
Rosie O’Donnell a comparé Susan Boyle à Shrek. Or, la femme avait des sourcils moins fournis cette semaine, et elle portait une belle robe assortie d’un manteau de cuir à la mode. Même si elle a soutenu ne pas vouloir de métamorphose pour l’instant, ce petit changement de look lui a aussi valu des critiques : Susan Boyle se pliera-t-elle aux féroces standards de beauté?
Tout le monde a son mot à dire sur Susan Boyle. Les hipsters du web sont même las d’entendre parler d’elle. Et voilà qu’un jeune garçon de 12 ans, Shaheen Jagargholi, vient de lui voler la vedette à Britain’s Got Talent avec une reprise de Michael Jackson. Il a lui aussi eu droit à des millions de clics sur l’internet.
Est-ce que le carrosse de Cendrillon se t ransformera de nouveau en citrouille? Quoi qu’il en soit, il ne faut pas oublier que Simon Cowell est un homme d’affaires avant d’être un prince charmant.


Susan Boyle : Le rêve est fini NATHALIE COLLARD

Tout n’est pas « bien qui finit bien ». Susan Boyle, cette Écossaise de 48 ans révélée au monde entier grâce à sa voix superbe, n’a pas remporté la finale tant convoitée du jeu télévisé Britain’s Got Talent.
Cette finale a eu lieu durant le week-end, au terme d’une semaine mouvementée au cours de laquelle on a pu constater à quel point la pression était forte sur cette femme que toute la planète a découverte en avril dernier. Les nombreux reportages faisant état de son agressivité, de ses sautes d’humeurs et de quelques jurons qu’elle aurait prononcés se sont multipliés, dévoilant un peu plus le côté sombre du conte de fées. On ne passe pas sans heurt de l’anonymat le plus complet à la reconnaissance internationale.
Du fin fond d’un petit village où elle coulait des jours tranquilles en compagnie de son chat, celle qu’on surnommait Susie Simple (l’équivalent de l’idiote du village) a été littéralement propulsée dans un tourbillon médiatique qui l’aura menée, notamment, chez Larry King et Oprah Winfrey. On serait ébranlé à moins.
Dans toute cette aventure, Susan Boyle aura perdu davantage que le premier prix dans un concours de talents. Depuis son interprétation épatante de I Dreamed a Dream, Susan Boyle s’est fait déposséder de son histoire personnelle. On sait désormais qu’elle a manqué d’oxygène à la naissance, qu’elle est chômeuse, vierge et qu’elle n’a jamais embrassé un homme, des détails lancés en pâture aux médias, qui les ont utilisés et ressassés sans scrupule. Au cours des dernières semaines, Susan Boyle est devenue l’équivalent d’une femme à barbe dans un cirque médiatique sans pitié.
Et que dire de la dignité de cette femme, qui n’a visiblement aucun proche pour la conseiller? C’est le propre de la téléréalité que de prendre un individu et de le réduire à sa plus simple expression, de le transformer en stéréotype (la brute, la belle, l’intelligent). Dans le cas de Susan Boyle, c’est l’histoire de la moche qui a un don, une véritable voix d’ange. C’est sans aucun doute la partie la plus répugnante de toute cette histoire. Car elle s’appuie sur l’idée que les laids n’ont habituellement pas droit au talent et au succès. La réussite de cette femme – dans une émission qui semblait avoir été arrangée avec le gars des vues du début à la fin – relevait de l’inattendu, du spectaculaire, de l’exceptionnel. La revanche de la laissée-pour-compte.

Mais les efforts des producteurs Pygmalion, qui ont essayé de transformer Susan Boyle en lui achetant des vêtements au goût du jour, en lui épilant les sourcils et en lui teignant les cheveux, n’ont pas réussi à faire un cygne du vilain petit canard. C’est le chapitre le plus réjouissant de ce roman-savon: malgré toutes les tentatives, le personnage original et dérangeant qu’est Susan Boyle refuse d’entrer dans la petite case qu’on voudrait lui assigner, de devenir une chanteuse à voix sage et lisse. En ce sens, sa deuxième position à Britain’s Got Talent est une bonne nouvelle. Elle lui permettra peut-être de mettre fin au freak show des dernières semaines. C’est du moins ce qu’on lui souhaite.


Les apparences -  Pierre Foglia
Je lisais le journal à la table de la cuisine, j ’ai laissé échapper un soupir : ah bon, Susan Boyle est devenue folle? Par-dessus ses lunettes, ma fiancée a eu cette question muette: mais comment as-tu fait pour devenir journaliste?
Je te l’ai dit tant de fois, chérie: je ne l’ai pas fait exprès. Hormis que mon ignorance de l’actualité ne m’empêche pas de savoir plein de choses. Tiens, par exemple, demande-moi qui a tué Susan Boyle. Qui a tué Susan Boyle? Très bonne question. Je te remercie de me la poser. Ça devrait me faire une honnête chronique. Je m’y mets à l’instant.
Susan Boyle. Quarante-huit ans. Célibataire. Laide à l’évidence, comme Sartre l’écrit (dans Les mots) : « mon évidente laideur ». Sauf que Sartre, en plus, nasillait. Susan Boyle, elle, a une belle voix. Belle comment, cette voix? Disons d’autant plus belle que la bouche d’où elle sort est laide.
Après on apprendra qu’elle a un chat qui s’appelle Galet (Pebbles), qu’elle est vierge, qu’elle n’a pas d’amis et plein d’autres trucs inutiles, mais quand elle débarque sur le plateau du Star Académie des British, Susan Boyle, c’est ça: une presque quinquagénaire très laide qui chante bien.
Que se passe-t-il à cette première audition? Ici nos routes se séparent. Votre version. Elle n’a pas plus tôt ouvert la bouche : I dreamed a dream... que la beauté de sa voix transcendant son aspect général, le vilain petit canard devient rossignol. C’est votre version: Susan Boyle est devenue Susan Boyle en 10 secondes par la magie de sa voix, répercutée bien sûr sur YouTube où elle sera entendue 12 milliards de fois.
Ma version. Le ressort qui a fait lever l’histoire de Susan Boyle n’est pas affaire de chant. Ni de transcendance. Rien à voir avec le fait que la laideur est un révélateur de beauté plus que la beauté elle-même. Ou avec le fait que la laideur a du charme. On ne parle pas ici de Barbra Streisand. On parle de la matante absolue, prognathe et plus souvent représentée, en cet état de délabrement, sur les planches qui montrent le passage de l’homme de Neandertal à l’homo sapiens que dans Vogue.
Le ressort, alors? C’est Rocky, le ressort de cette histoire. Le petit qui plante le puissant. Le laid qui plante le beau. Le veau marin qui plante la poupoune. Le ressort, c’est la revanche du peuple. L’histoire n’est pas qu’elle chante bien, ni qu’elle est laide, mais que dans cette première audition, elle envoie au tapis les trois juges ricaneux qui attendaient d’elle une voix de rogomme, de marchande de poisson à la criée. Toute l’histoire tient dans cette attente d’une catastrophe.
On reprend. Susan Boyle attaque sa toune: I dreamedadream... la caméra se tourne aussitôt vers les trois juges, particulièrement vers la poupoune-juge, canon de beauté comme l’autre est canon de laideur. La poupoune-juge est déjà en état de stupéfaction: hein! quoi! il y avait donc une perle dans ce tas de marde! Confon-due, la poupoune. Et les deux autres pareils. Ils n’en reviennent pas. S’ils s’attendaient à cette voix! Non mais c’est incroyable ! Beaux joueurs, ils sont tout admiration, et leurs mimiques disent assez ce que vous allez tous finir par répéter sur l’air des lampions – vous aimez tellement ce genre de morale servie en tranches : ah ah, il ne faut jamais se fier aux apparences.
Comme vous avez raison, madame. Ce que je comprends moins, c’est que, justement, vous n’imaginez pas comme vous vous êtes laissée prendre par les apparences.
Si, avant qu’elle chante, les juges avaient dit simplement à Susan Boyle: on nous a prévenus que vous aviez une voix exceptionnelle, nous sommes curieux et impatients de vous entendre, allez-y madame, il n’y aurait pas eu de Susan Boyle. Sans la stupéfaction des juges qui a fondé, qui a amorcé la vôtre, il n’y aurait pas eu de Susan Boyle. Il y aurait eu une femme laide qui chante bien. Les gens auraient dit ce que disent les habitués des karaokés où elle s’est si souvent exécutée : elle chante bien, dommage qu’elle soit si laide. On n’aurait pas fait le tour de la planète avec ça.
Les juges savaient. On les avait préparés. On leur avait dit : on vous envoie un veau, mais elle chante en crisse. Pas besoin d’ajouter: c’est du bonbon. Ce sont gens de télé. Ils ont fait ce qu’il fallait. Ils ont choisi de se laisser déculotter par le monstre. Ils savaient que cela vous ferait tellement plaisir. Ils ont voulu être les ahuris de la farce, ils savaient que leur ahurissement fonderait le vôtre. Ils savaient qu’ils allaient faire un sacré bout de chemin sur cet ahurissement planétaire. Bref, cette bonne histoire, il n’en tenaient qu’à eux de la « stager » pour qu’elle devienne mille fois meilleure. Mission accomplie. Alors qui a tué Susan Boyle? Tout le monde a tué Susan Boyle. La télé qui fabrique des monstres et les gonfle à les faire exploser. Et vous aussi. Vous et votre insatiable besoin de contes de fées. Rien de bien grave pourtant. Ce n’est pas la vraie Susan Boyle que vous avez tuée. Seulement sa marionnette. La vraie se remettra de son dérangement. Son chat Galet l’y aidera. C’est d’ailleurs dans un proverbe anglais que j ’aime beaucoup – voyez, moi aussi, j’aime les petites vérités en tranches : you’re nobody until you’ve been ignored by a cat.



Le monde est Stone...  -  Mario Roy
Chez les artistes, la frontière entre engagement et propagande est souvent floue. Mais il arrive aussi qu’elle soit tout à fait nette. Et que l’artiste, chanteur ou cinéaste, photographe ou poète, se trouve de façon certaine et évidente du mauvais côté de la clôture.
Par exemple, comment peuton attribuer un prix à une oeuvre aussi orientée, comme l’ont constaté tous les critiques, que The Everlasting Flame: Beijing Olympics 2008, de la cinéaste Gu Jun ? C’est pourtant ce qu’a fait, cette semaine, le Festival des films du monde de Montréal, avalisant ainsi le message du régime chinois.
E t comment juger l’apparition à la 66e Mostra de Venise du très « oscarisé » Oliver Stone débarquant avec le héros de son dernier film, Hugo Chavez, pour célébrer à l’unisson la « révolution pacifiste » bolivarienne?
Certes, le président du Venezuela n’a pas traversé l’Atlantique uniquement pour ça. Il a surtout poursuivi ses emplettes d’armement russe, dont 100 000 kalachnikovs, ces fusils devenus légendaires en raison de leur effet pacificateur lorsqu’employés dans le cadre de toute bonne révolution! Mais tout de même: la présence de Chavez à Venise au bras de Stone a fait rudement plaisir aux cinéphiles avertis agglutinés au Lido. Les deux hommes et « leur » documentaire, South Of The Border, ont été ovationnés... alors que ces mêmes cinéphiles avertis auraient sûrement pendu haut et court tout cinéaste venu, en compagnie de Stephen Harper, présenter un éventuel North Of The Border destiné à canoniser le premier ministre canadien!
Cette improbable perspective fait bien rigoler, n’est-ce pas
C’est que, de fait, il existe une bonne et une mauvaise propagande. Et c’est l’opinion dite éclairée qui, seule, sait faire la différence. Elle n’a d’ailleurs pas tardé à réagir en dénonçant la propagande offerte au festival du cinéma, non pas de Montréal ou de Venise, mais de… Toronto!
C’est en effet au TIFF ( Toronto International Film Festival) qu’on présente à compter d’aujourd’hui une série de 10 films tournés par des juifs. À l’encontre de ceux-ci, Jane « Hanoï » Fonda, Naomi « No Logo » Klein et une belle brochette d’artistes, évidemment engagés, ont lancé un appel au boycottage pour cause de propagande. À Ramallah, hier, des artistes palestiniens se sont joints à eux.
Les films incriminés sont projetés dans le cadre du programme « City To City » qui, chaque année, mettra en vedette une ville du monde; pour l’inaugurer, on a choisi Tel-Aviv, qui célèbre son 100e anniversaire. Parmi les oeuvres, on trouve des documentaires sur le cinéma et la contre-culture, une comédie, des fictions dramatiques ou sociales.
Aucun n’obtiendra de prix. Aucun n’est dédié à la gloire du régime israélien ou du premier ministre Benyamin Nétanyahou. Celui-ci ne débarquera pas à Toronto au bras de l’un ou l’autre des cinéastes. Aucun de ceux-ci n’est l’équivalent israélien d’une Gu Jun ou d’un Oliver Stone... Peu importe. Les films juifs, déclarés coupables de l’équivalent artistique d’un délit de faciès, ne doivent pas être vus, point final. L’opinion dite éclairée en a décidé ainsi, s’avérant encore une fois dogmatique, poseuse, conformiste, moutonnière et friande de censure.

Comme, hélas ! elle l’est toujours.




SUÈDE  Une loi anti-téléchargement controversée

— Les internautes suédois ont mis la pédale douce au téléchargement illégal après l’adoption d’une loi plus stricte saluée par l’industrie du disque, du film et du jeu vidéo, mais vivement critiquée par une opposition « pirate » en plein essor.
En Suède, patrie de l’un des sites d’échanges de fichiers en ligne les plus populaires, The Pirate Bay, l’adoption d’une loi qui contraint les fournisseurs à fournir les identifiants personnels d’ordinateurs suspectés de télécharger illégalement a contribué à l’émergence d’une opposition politique.
L’effet économique a été spectaculaire: les ventes de musique en ligne au premier semestre 2009 ont bondi de 57% en un an et celles d’albums ont augmenté de 9% alors qu’elles n’avaient cessé de baisser depuis 2001, selon la principale association de l’industrie du disque (Ifpi).
Adoptée le 1er avril dernier, la loi controversée dite « Ipred », proche dans son principe de la « Hadopi » qui suscite un virulent débat au Parlement français, a aussi entraîné du jour au lendemain une chute de plus de 30% du trafic internet, une chute qui se maintient quatre mois plus tard, d’après les chiffres de l’opérateur suédois Netnod.
Or, le téléchargement illégal représenterait entre la moitié et les trois quarts du trafic internet. Selon le cabinet allemand Ipoque, le peer to peer, majoritairement illicite, représentait en 2007 entre 49% et 83% du trafic suivant les régions du monde.
« Il est évident que les gens qui téléchargeaient ont eu peur et ont recours à d’autres moyens, comme les sites d’écoute en ligne » type Spotify ou Deezer, relève un chercheur indépendant à l’Institut royal de technologie ( KTH), Daniel Johansson.
« Des artistes suédois populaires ont vu leurs téléchargements illégaux chuter jusqu’à 80% sur des sites comme The Pirate Bay », relève-t-il.
La principale mesure de la loi Ipred, du nom d’une directive européenne de 2004, est de contraindre les fournisseurs d’accès à fournir les identifiants personnels (adresses IP) d’ordinateurs suspectés de télécharger illégalement, pour ouvrir la voie à des poursuites en dommages et intérêts.
« C’est un exemple historique de loi efficace », se félicite le porteparole de l’ Industrie suédoise du jeu vidéo, Per Strömback. « Personne n’aurait pu prévoir une chute aussi brutale du trafic illégal. Surtout, il y a eu aussi une forte hausse des services légaux », souligne-t-il.
Aucune poursuite n’a encore été intentée contre un particulier, mais les grandes entreprises ont attaqué Ephone, un fournisseur d’accès qui refusait de révéler des données. Ephone, condamné en première instance, a fait appel.
Opposition
Mais en Suède, patrie d’un des plus populaires sites d’échange de fichiers en ligne, The Pirate Bay, dont quatre responsables ont été condamnés à un an de prison ferme, l’adoption de la loi Ipred a contribué à l’émergence d’une opposition politique.
Lors des élections européennes de juin, le jeune parti des Pirates, qui réclame principalement la légalisation du téléchargement, a recueilli un score inespéré de 7% des voix et décroché un siège au Parlement de Strasbourg.
« Le gouvernement devrait cesser d’écouter les multinationales américaines au lieu des citoyens ordinaires. Cette loi est profondément injuste et va conduire à la punition de boucs émissaires, à qui on va demander des centaines de milliers de couronnes », a dénoncé à l’AFP le député européen « pirate », Christian Engström.
Des interrogations demeurent aussi sur l’efficacité de la loi dans la durée.
Plusieurs sociétés proposent de dissimuler les adresses I P et les fournisseurs d’accès euxmêmes s’efforcent de l i miter au maximum les informations qu’ils doivent t ra nsmettre à la j ustice, de peur de perdre des clients.
« Je ne crois pas que la loi sera efficace à long terme. Je pense que le trafic va remonter après quelques mois », pronostique M. Engström. « Les gens ont besoin de temps pour trouver des solutions afin de se protéger, mais une fois que ce sera fait, la loi sera inefficace », prédit-il.





DROIT D’AUTEUR  L’UDA réclame des redevances sur les lecteurs numériques

L’Union des artistes ( UDA) a volé la vedette, lors d’une assemblée publique du gouvernement fédéral, hier, en réclamant qu’une redevance existant pour les CD soit aussi appliquée aux iPod et aux autres lecteurs numériques.
Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, était de passage à Montréal dans le cadre de ses consultations sur le droit d’auteur, qui ont pour but de moderniser la législation en la matière.
Les chanteurs Marie-Denise Pelletier et Richard Petit, respectivement présidente et membre du conseil d’administration de la société de gestion collective de l’UDA, Artisti, ont tour à tour plaidé pour que le régime de copie privée, en vertu duquel des sous sont prélevés sur la vente de cassettes et de CD vierges, soit étendu aux lecteurs numériques, clés USB et autres dispositifs de stockage ainsi qu’à tout support futur.
« Ce n’est pas une taxe, a insisté M. Petit. C’est une redevance. C’est un acquis que nous devons conserver. Il ne faut pas mettre dans la tête des gens qu’on les retaxe ! »
« Dans un iPod, il y a une soixantaine de licences qu’Apple doit payer à ceux qui ont fabriqué ce bidule, a souligné Mme Pelletier. Et elles ne sont sûrement pas données, ces licences-là. Mais pour la raison d’être de ces iPod, c’est-à-dire la musique, rien. On ne paie rien. Moi, j’ai un peu de difficulté à comprendre qu’un gouvernement donne la priorité au contenant plutôt qu’au contenu. Est-ce que notre travail est un léger détail sans importance ? »
La directrice d’Artisti, Annie Morin, en a rajouté un peu plus tard en insistant sur l’importance pour les artistes de toucher les sommes qui leur sont dues.
« Il n’y a pas que deux ou trois stars qui reçoivent cet argent-là, a-t-elle indiqué. On parle de 97 000 ayants droit ! Pour eux, c’est vraiment quelque chose de crucial, de vital. »
« Ce que les gens disent, c’est : " Merci, j’ai reçu mon chèque de copie privée, je vais pouvoir payer mes impôts"; " Merci, je vais boucler ma fin de mois", et il y a même des gens qui nous ont dit : " Wow! qu’est-ce que j’aurais fait pendant l’année où j’étais en chimiothérapie si je n’avais pas eu ces redevances-là ?" » a ajouté Mme Morin en faisant clairement référence à la maladie qui a frappé Richard Petit.
Vice-présidente et directrice générale de l’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ), Solange Drouin a fait siens ces commentaires, tout en exhortant les défenseurs d’un accès libre à tous les contenus à faire la différence entre l’accès au savoir et l’accès au divertissement.
« Les oeuvres culturelles, ce sont des choses qui se transigent, a affirmé Mme Drouin. Les gens vivent de ça. » Des dizaines d’opinions sur divers aspects du droit d’auteur ont été échangées.
Différents intervenants ont bien sûr argumenté sur la copie et l’échange de fichiers numériques, certains y voyant du vol et d’autres pas. Mais le débat n’a été qu’entamé.
« En copiant une chanson, je ne viole la vie privée de personne et je ne lui enlève rien, a par exemple fait valoir Jonathan Ben, qui parlait en son nom personnel. La personne a toujours sa chanson. Et maintenant je l’ai aussi. »
De la même façon, l’idée de forcer les fournisseurs d’accès internet à tout révéler sur les activités de leurs clients a été à la fois défendue et dénoncée.
Plusieurs représentants du monde de l’éducation ont aussi demandé au ministre Moore de prévoir des exceptions pour leur secteur.
L’audience était retransmise sur le web et des internautes y ont participé à distance.
« Pourquoi un créateur pourrait n’avoir à produire que pendant une petite partie de sa vie et en bénéficier jusqu’à sa mort, alors que les autres doivent travailler toute leur vie? Les droits d’auteur à vie n’ont pas de sens! » a notamment commenté un jeune internaute de Vancouver, ce qui en a fait sourire plus d’un.
Des tables rondes plus réduites ont aussi été tenues à Vancouver, à Calgary et à Gatineau et d’autres sont prévues à Québec et à Halifax. Une assemblée publique comme celle de Montréal aura lieu le 27 août à Toronto.



Acheter des CD pour une chanson  -  Réjean Tremblay
Ces dernières années, le prix de plusieurs CD de musique classique a radicalement chuté. Comment se constituer une discographie sans se ruiner ? Réjean Tremblay, chroniqueur sportif et mélomane à ses heures, et Claude Gingras, critique aguerri, s’amusent
e prend ra is 2 kg de Mozart, 1 kg de Bach et 750 grammes de Viva l di c omme dessert. »
François de Tonnancour, l ’éminence du rayon d e mus i q u e c l a s - sique du magas i n A r c h a mbau l t de l a r ue S a i nt e - Catheri ne, i l l ustre ainsi ce que les amat e u r s de musique classique vivent depuis deux ou trois ans.
Longtemps, il fallait économiser pour s’offrir une bonne version des suites pour violoncelle de Jean-Sébastien Bach. Les deux disques coûtaient plus de 32 $. Et c’était une aubaine.
Aujourd’hui, on peut acheter une intégrale des oeuvres de Bach (soit plus de 160 CD) pour moins de 150 $. Et elle a de quoi satisfaire le mélomane ordinaire.
Le disque c l a s sique vit une révolution qui pourrait rendre j aloux l’a mateur de rock, de pop ou de jazz. Les grandes compagnies comme Sony, Universal, Warner ou EMI bradent leurs catalogues, offrant les meilleures interprétations de leurs plus grandes vedettes à des prix dérisoires.
Évidemment, un spécial i ste qui n’achète que des versions « pointues » de certaines oeuvres pourra trouver à redire. Mais pour les gens ordinaires, c ’est une chance fabuleuse de découvrir la musique classique, une chance encore jamais vue dans l’histoire du disque.
On t r ouve pa r exemple à moins de 80 $ un coffret de 50 CD chez Decca, Mas t e r work s , q u i met e n vedette de grands pianistes. Violin Masterworks, toujours chez Decca, offre un banquet de musique de violon pour moins cher qu’un repas pour deux, sans vin, chez St-Hubert.
L e s a ma nt s de l ’ o pér a pourront acheter l’oeuvre de Wagner, de Puccini ou de Verdi pour moins de 100 $. On parle d’une quinzaine d’opéras par coffret et des plus grands interprètes, dont Pavarotti et Callas, bradés par London, EMI ou Deutsche Grammophon. Trente-huit CD (sur DG) des plus importantes symphonies interprétées par Karajan pour moins de 100 $, c ’e st aussi l a réa l ité . Des
disques qu’on payait 2 2 $ l’unité il y a deux ou trois ans. Le secret est dans la pharmacie
C’est l’a rrivée du spécialiste des intégrales Brilliant Classics, il y a un peu plus de 10 ans, qui a provoqué cette révolution. Un homme d’affaires et mélomane hollandais a réalisé qu’il y avait un marché i nexploité pour la musique c l a s sique : l es pharmacies et drugstores des Pays-Bas. « Mais il s’est dit qu’il devait être capable de réduire les prix au maximum, rapporte François de Tonnancour. Il a eu l’idée de génie d’aller voir les compagnies de disques et de leur offrir de racheter sous licence les bandes déjà publiées qu’on n’offrait plus c hez l es disquaires. Leur coût avait déjà été amorti et c’était de l’argent facile pour c e s g r a ndes c ompagnies . Bri l l i a nt Classics a donc envahi ce premier marché. Devant un si grand succès, il a décidé d’envahir l’ Europe, d’acheter encore plus de bandes des meilleurs artistes et d’enregistrer avec d’autres i nterprètes pour compléter certaines intégrales », explique M. de Tonnancour.
Le gra nd coup aura été une intégrale des oeuvres de Mozart de 170 CD vendue partout en Europe pour 90 €. Le succès fut colossal. Plus de 200 000 unités ont trouvé preneur. On y trouve des oeuvres r achetées de prestigieuses compagnies comme BIS pour les t rios pour piano et les quintettes à cordes.
Une splendide intégrale de Beethoven a suivi. Cent CD en Europe, 85 au Québec. Les symphonies dirigées par Kurt Masur, des concertos pour piano par Friedrich Gulda et le reste à l’avenant. Une intégrale qui venait rejoindre celles de Bach, de Chopin, de Brahms ou de Haydn.
Bousculées, les multinationales comme EMI ont finalement réagi en mettant en vente leur fabuleux fonds de commerce. Les plus grandes interprétations par les plus grands artistes à moins de 3 $ le disque. Du jamais vu, de l’inespéré.
Ceux qui aiment la musique baroque ( Bach, Vivaldi, Handel, Purcell et les autres) pourront r emercier M. de Tonnancour. Brilliant lui a demandé de prépa rer une s é l e c t i o n de s mei l l e u r e s oeuvres baroques, cette musique que les profanes trouvent « relaxante ». I l s’est échiné à c o mpa r e r de s ve r s i o n s du Messie, des concertos de Vivaldi et des autres compositeurs baroques. Ça a donné un coffret de 50 CD en vente à… 49,95 $.
Mon coffret favori ? L’intégrale des symphonies de Haydn par Antal Dorati. J’avais payé plus de 4 0 0 $ pour les disques à l’époque. Ils sont en vente à 69 $. Pour les amateurs de musique, c’est un cadeau du ciel.
Dommage que notre cher Claude Gingras possède déjà tous ces disques. Pas moyen de lui faire un cadeau !

Beau, bon, pas cher
  -  Réjean Tremblay
On ne s’appelle pas tous Edgar Fruitier ou Claude Gingras. On ne peut pas tout avoir. Si vous êtes tenté par la musique, si vous avez le goût de découvrir cet univers fascinant, par quoi peut-on commencer ?
À l’époque, Claude Gingras m’avait prêté une version des Quatre saisons de Vivaldi : « Tiens, tu devrais être capable d’aimer ça ! » m’avait-il dit avec son humour caustique mais en même temps si généreux.
C’est bien plus tard que je suis passé à Chostakovitch, dont les 15 symphonies m’ont toujours touché, ou à Mahler, peut-être le plus grand de tous.
Et si vous aviez 100 $ à investir ? Quels achats vous ouvriraient ce nouveau monde?
Je commencerais par le coffret baroque de Brilliant Classics, celui auquel a collaboré François de Tonnancour. À 49,95 $, c’est une aubaine qui ne repassera pas. Puis, toujours pour 49,95 $, on peut trouver les enregistrements complets du grand violoniste russe David Oïstrakh chez EMI. Un Mozart à faire sourire un jour de pluie et un Brahms qui fait oublier le Canadien. C’est tout dire. Je signale aussi une intégrale de Beethoven pour 49,95 $. Vous avez bien lu. C’est 87 CD sous étiquette Cascade. À ce prix, vous ne retrouverez ni Karajan ni Bernstein – c’est évident –, mais des orchestres des pays d’Europe de l’Est. Ce sont des interprétations très honnêtes et une production fort professionnelle. Et c’est moins cher que d’acheter des disques vierges chez Costco.
Pour quelques dollars de plus, j’opterais pour le coffret de 50 CD Piano Masterworks ou pour Violin Masterworks.
Pour 300 $, je me fais plus entreprenant. J’ajoute l’intégrale de Mozart chez Brilliant. Des symphonies, des sonates, des concertos, des quatuors à cordes, des trios, des opéras célèbres. Pour environ 150 $. Mais les coffrets commencent à se faire rares. Il y a aussi l’intégrale de Beethoven, 85 CD produits sous licence pour la plupart. De la grande qualité.
Autre option : ajouter des coffrets mettant en vedette vos chefs d’orchestre favoris. Von Karajan chez EMI (88 CD pour 150 $ environ) ou von Karajan chez DG (pour moins de 100$). Un très grand chef, des orchestres splendides et les grandes symphonies du répertoire. Mozart, Beethoven, Bruckner, Brahms, Haydn, faites votre choix. On parle du top du top.
Pour 500$, vous pouvez vous gâter avec de l’opéra : je vous recommande un coffret de 100 CD offrant 50 grands opéras choisis dans le vaste catalogue London. On y trouve de très belles versions d’opéras de Mozart, Rossini, Beethoven, Bellini, Donizetti, Verdi, Bizet et Puccini. La plupart des oeuvres ont été enregistrées dans les années 60, en stéréo, avec une prise de son qui n’a pas pris une ride. C’est le coffret pour toute une vie.
Et pour terminer, j’ai bien dû acheter une vingtaine de disques de l’Orchestre symphonique de Montréal avec Charles Dutoit. Surtout la musique française de Debussy, de Ravel ou de Berlioz et la musique russe de Tchaïkovsky. En humble profane un peu chauvin, ce serait agréable qu’on m’offre un coffret de l’intégrale de l’OSM avec Dutoit. Pas trop cher avec un livret intéressant. On serait quelques-uns à se laisser tenter. C’est quand même notre orchestre…


Non aux intégrales  - Claude Gingras
On me demande de commenter les suggestions de disques classiques de mon cher collègue Réjean Tremblay. Je patine moins vite que lui et j ’ai un peu de peine à suivre sa pensée. Ainsi, il recommande deux intégrales de Beethoven : l’une de 87 compacts, à 49,95 $, sous l’étiquette Cascade, l’autre de 85 compacts. Dans ce dernier cas, il n’indique ni marque, ni prix. De toute évidence, il fait référence à l’intégrale Brilliant à 150 $ que je recommandais en fin d’année dernière dans ma liste de Noël.
Ces i ntégrales sont destinées au mélomane qui possède déjà une discothèque relativement importante, alors que Réjean s’adresse manifestement au débutant, à celui qui est aussi ignorant en musique que je le suis, moi, en sport.
Il faut donc y aller progressivement et ne pas ensevelir le pauvre néophyte sous des intégrales de ceci ou de cela achetées sous prétexte qu’elles ne coûtent que 49,95 $. Ces « briques » comportent d’ailleurs le risque que l’on sait : notre homme fera jouer les deux ou trois mêmes disques et ignorera le reste.
Pas de raison, donc, de « commencer » par le coffret baroque de Brilliant ou par l’intégrale des enregistrements réalisés chez EMI par le violoniste David Oïstrakh. Ce sont deux sujets trop spécialisés, comme l’est Herbert von Karajan, chef carrément surestimé.
Réjean parle encore d’un coffret London contenant 50 opéras en 100 compacts – l’équivalent, en somme, d’une i ntégrale. London (à l ’époque, le nom américain de la marque britannique Decca) était réputé comme le réservoir des meilleures voix au monde. Mais un très grand nom, Maria Callas, y brillait par son absence et je doute que chacun des 50 opéras soit offert là dans sa version absolument idéale.
Pour le débutant, je recommande donc l’approche modérée. Il ne faut surtout pas l’assommer avec TOUTES les symphonies de Beethoven et, encore moins, TOUS les opéras de Mozart. Une liste de disques offrant une grande diversité me paraît beaucoup plus attrayante et efficace.
Dans un premier temps, je suggère de choisir une oeuvre de chacun des compositeurs essentiels suivants : Bach (un baroque, oui, mais d’abord un intemporel), Haydn, Mozart, Beethoven, S c h u b e r t , C h o pi n , S c h u ma n n , Liszt , Bra hms, Sibelius, Dvorak, Tchaïkovsky, Rachmaninov, Verdi, Puccini, Bruckner, Mahler, Debussy, Ravel, Stravinsky, Chostakovitch, Prokofiev.
Les interprètes forment, autant que les compositeurs, l’essence d’une discothèque sérieuse. À cet égard, on ne peut ignorer Furtwängler chez les chefs d’orchestre, Horowitz et Brendel chez les pianistes, Heifetz chez les violonistes, Callas, Flagstad, Schwarzkopf et Fischer-Dieskau chez les chanteurs. Ce sont les premiers noms qui me viennent à l’esprit. Il y en a des centaines d’autres !


COPIER-COLLER  -  Marie-Claude Girard
La récente victoire de Claude Robinson contre Cinar a de quoi encourager les artistes québécois, qui sont peu nombreux à poursuivre, mais assez nombreux à se faire voler – ou à croire qu’on leur a volé – leurs oeuvres. Portrait de ces fraudes parfois bana
Il y a quelques années, les tableaux de plusieurs artistes du Québec et du Canada ont été vendus à vil prix par une galerie chinoise. Le problème, c’est que les peintres n’étaient pas au courant. Et qu’il s’agissait en fait de simples reproductions d’oeuvres affichées dans leurs portfolios sur l’internet.

«À la suite de nos démarches auprès du gouvernement chinois et de l’ambassade, les oeuvres ont été enlevées du site», raconte le directeur général du Regroupement des artistes en art visuel du Québec (RAAV), Christian Bédard. Il a été informé par la suite que «des mesures assez draconiennes et des arrestations avaient eu lieu en Chine». Comment s’assurer par la suite qu’il n’y ait plus de contrefaçon? «On a très peu de moyens de contrôle. Cela entraînerait des coûts énormes», dit-il.
Encore aujourd’hui, des sites comme www.europic-art.com offrent des reproductions de toiles de maîtres, mais aussi de peintres plus contemporains. À chacun de vérifier si ses oeuvres s’y trouvent!
En 2001, l’aquarelliste québécois JeanYves Guidon a eu la surprise de voir une copie d’une de ses toiles... primée lors d’un concours organisé par la Ville de Mirabel. Une copie faite apparemment en toute bonne foi par une imitatrice, qui avait même fait imprimer des cartes de Noël avec sa scène hivernale.
Après des pourparlers entre son avocat et les assureurs de Mirabel, il a été dédommagé. Somme reçue: 500$. C’est 10 000 fois moins que la somme accordée la semaine dernière à Claude Robinson. Toute autre affaire, toute autre ampleur.
Ce n’était pas la première fois que JeanYves Guindon constatait que des peintres – le plus souvent amateurs – copiaient ses oeuvres. Mais le fait que l’oeuvre plagiée ait gagné un concours l’a particulièrement indisposé: «Cela fait 25 ans que je peins à plein temps. Dès ma première oeuvre, je me suis donné comme diktat de ne pas faire de copie. Des copies, on fait ça quand on apprend.»
Il est plutôt rare que des artistes cognent à la porte de leurs associations pour se plaindre d’avoir été plagiés ou volés, constate-t-on, tant du côté de la Société des auteurs de radio-télévision et cinéma (SARTEC), de l’Union des écrivains du Québec (UNEQ) que du RAAV.
D’après Daniel J. Gervais, professeur de droit à l’Université d’Ottawa et spécialiste de la propriété intellectuelle, il y aurait en moyenne une ou deux poursuites pour plagiat d’oeuvres artistiques au Québec chaque année. 
À l’échelle du Canada, il y en aurait quelques-unes de plus. «Mais la vraie statistique, qu’on ne saura jamais, c’est combien d’artistes n’ont pas les moyens d’aller jusqu’au bout d’une poursuite», souligne l’expert.
Pourtant, lorsqu’ils se rendent en cour, les artistes ont souvent gain de cause. Les causes récentes ont plutôt tendance à pencher du côté des artistes, estime le professeur Gervais. Mais contrairement au cas Robinson, les dédommagements se situent généralement sous la barre des 100 000$.
Balayeuse et soumission
Pour sa part, Me Normand Tamaro, avocat spécialisé en droit d’auteur, a déjà rassemblé une trentaine de nouveaux jugements touchant au droit d’auteur depuis la fin 2008. Et à son cabinet, les demandes d’aide sont incessantes, dit-il.
Il faut dire que le droit d’auteur n’est pas réservé aux artistes. Des modes d’emploi de balayeuse, des recherches universitaires et même des soumissions pour appel d’offres ont déjà fait l’objet de litiges. Les sommes en jeu?
«Tout est fonction de l’exploitation faite de l’oeuvre, dit-il. Il m’arrive souvent de dire à des gens que s’ils poursuivent, ils peuvent être certains que l’autre partie va faire faillite.»
À qui les idées?
Professeur de littérature au Collège Maisonneuve, Christian Roy a écrit en 2004 une comédie musicale inspirée des chansons de Beau Dommage. Il a envoyé son manuscrit à plusieurs maisons de production, à des metteurs en scène, à des compagnies de théâtre. Son projet n’ayant pas eu de suite, il l’a laissé sur un site internet pour recueillir des commentaires.
La semaine dernière, il a appris avec surprise qu’une comédie musicale inspirée de Beau Dommage verra le jour au printemps prochain. M. Roy a constaté que ce projet était différent du sien à plus d’un égard (nombre de personnages, histoire, etc.) et ne considère pas avoir été plagié. Mais son cas illustre bien la volatilité des idées. Comment savoir si c’est son idée, semée un peu partout, qui a fait du chemin involontairement et à l’insu de tous?
Tout est dans l’expression
«Ce n’est pas l’idée qui est protégée, mais l’expression de l’idée», explique le directeur général de la SARTEC, Yves Légaré. «L’idée doit être suffisamment exprimée (et détaillée) pour que ce soit quelque chose d’original.» De plus, il est difficile de prouver qu’il y a plagiat si on ne peut pas faire la preuve que d’autres ont eu accès à l’oeuvre. Ainsi, il suggère aux auteurs de soumettre leurs idées – lorsqu’elles sont suffisamment étayées – à un nombre très restreint de producteurs. Son association offre d’ailleurs un service de dépôt confidentiel de manuscrit.
De même, pour limiter les copies sur l’internet, la RAAV recommande à ses membres de limiter la taille des photos mises en ligne à une résolution maximale de 72 points par pouce.
Le jugement dans l’affaire Robinson-Cinar pourrait remettre les pendules à l’heure pour ceux qui croyaient qu’on pouvait aller relativement loin dans la copie sans être inquiété, estime Me Tamaro, qui est également chargé de cours à l’UQAM. Il pourrait nuancer entre autres le concept selon lequel l’idée elle-même n’est pas protégée.
Le jugement fait ressortir que le droit d’auteur se mesure de façon qualitative, et non en termes quantitatifs (nombre de notes ou d’éléments copiés), explique-t-il. «Il y a plagiat quand on peut reconnaître la signature de l’auteur.»
Par ailleurs, la définition du droit d’auteur a connu un sérieux bouleversement depuis que l’Organisation mondiale du commerce (OMC) a commencé à s’en mêler en 1995, souligne de son côté Me Gervais. À la Convention de Berne de 1886 – très proauteur et rédigée entre autres par Victor Hugo (!) – s’est ajoutée une définition plus commerciale: «S’il n’y a pas de perte d’argent, il n’y a pas de violation de droits d’auteur, résume Me Gervais. Ça, c’est radicalement nouveau.»



Quelques causes de droit d’auteur  -  Marie-Claude Girard
1. «LES» PAPAS DE PASSE-PARTOUT
À la suite de la sortie en 2006 des premiers coffrets de DVD de la série Passe-Partout, Laurent Lachance a intenté une poursuite contre les comédiens Marie Eykel et Jacques L’Heureux et leurs maisons de production dans le but de faire reconnaître son droit d’auteur. Alors qu’il était à l’emploi du ministère de l’Éducation du Québec, M. Lachance a participé à la création de l’émission. La cause suit son cours devant les tribunaux. L’an dernier, les défenseurs ont tenté, sans succès, de faire reconnaître la poursuite comme frivole et non fondée, faisant valoir entre autres que M. Lachance a attendu 30 ans avant de faire une réclamation.
2. «LES» MAMANS DE CAILLOU
Le conflit entre l’illustratrice Hélène Desputeaux et l’éditrice Christine L’Heureux, des Éditions Chouette, qui se disputaient la maternité du personnage de Caillou, s’est rendu jusqu’en Cour suprême en 2003 sur des notions d’arbitrage. Un arbitre avait décidé précédemment qu’il s’agissait d’une oeuvre créée en collaboration par les deux femmes, mais que les droits de reproduction étaient détenus par la maison d’édition «à la condition cependant qu’un tribunal judiciaire convienne de la validité des contrats». L’affaire a finalement pris fin par un règlement à l’amiable en 2005. Il semble toutefois qu’Hélène Desputeaux ait pu retrouver l’usage du personnage sans que les Éditions Chouette ne cessent pour autant d’utiliser le petit bonhomme chauve. L’illustratrice a d’ailleurs convenu un autre règlement à l’amiable dans un dossier connexe avec Cinar.
3. LA MUSIQUE DU DORTOIR
Un arrêt de la Cour d’appel a donné raisonen2003àlacompagnieCarbone 14 et Gilles Maheu dans le conflit qui l’opposait au compositeur Michel Drapeau. Le tribunal a conclu que «même s’il a contribué à cette oeuvre en composant une grande partie de la musique originale» accompagnant le spectacle théâtral Le dortoir, «la contribution du musicien n’a pas atteint une importance telle qu’elle aurait fait de lui un coauteur de l’oeuvre».
4. L’ABC DES FILLES
L’automne dernier, les Éditions Fleurus, qui publient Le dico des filles, ont tenté en vain d’empêcher la diffusion de L’abc des filles, qui s’apparente à une version québécoise de l’ouvrage français publié par les Éditions Les Malins. Fleurus reconnaissait que les textes des deux ouvrages étaient différents, mais il estimait entre autres que la présentation du livre et la liste des termes et expressions contenus dans le livre violaient son droit d’auteur.
5. LE GUIDE DE LA MOTO
La Cour d’appel a renversé l’année dernière une décision de la Cour supérieure concernant la reproduction d’une série de chiffres tirés du Guide de la moto 2003. Les trois juges sont arrivés à la conclusion que la société Xprima a violé le droit d’auteur de Bertrand Gahel en reproduisant sur son site internet Moto123.com des données copiées du Guide de la moto 2003 relatives à la vitesse de pointe, l’accélération au quart de mille, la consommation moyenne, la puissance et le couple. Le site web a été condamné à verser 12 500$ plus intérêts.
6. LA SONNERIE DE CELLULAIRES
7. REPRODUCTIONS SUR TOILE

La Cour d’appel fédérale a conclu l’an dernier que la Commission du droit d’auteur a eu raison d’autoriser la Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique à cueillir des redevances pour la transmission sans fil de sonneries, considérant qu’elles sont soumises à la loi fédérale sur le droit d’auteur. L’Association canadienne des télécommunications sans fil, Bell Mobilité et Telus contestaient cette décision. La Cour suprême a rendu une décision partagée – et controversée – en 2002 dans la cause opposant le peintre Claude Théberge à des galeries qui avaient reproduit des images de ses tableaux sur des toiles. L’artiste avait cédé par contrat à un éditeur le droit de publier sur papier certaines de ses oeuvres. Mais il s’est opposé à ce que des galeries les transfèrent par entoilage, un procédé permettant de prélever les encres d’une affiche papier imprimée et de les reproduire sur une toile. À quatre voix contre trois, les juges ont tranché en faveur des galeries.

Menaçante, la Chine?  -  Marie-Claude Girard
À la fin d’une conférence qu’il donnait en Chine, on a demandé au professeur Daniel Gervais d’autographier un de ses ouvrages sur les accords de l’Organisation mondiale du commerce en matière de propriété intellectuelle. Stupeur: le livre, en chinois, était une copie illégale de la version anglaise de son livre! Après quelques secondes, la colère a laissé place à la rigolade. Par contre, son éditeur était fâché et se demande s’il ne va pas intenter une poursuite.
«La Chine s’est adaptée en 20 ans aux normes internationales en droits d’auteur qui ont pris un siècle à s’implanter en Occident, fait valoir le chercheur. Ils ont créé des tribunaux en droits d’auteur qui fonctionnent, peut-être pas parfaitement. Il faut être patient.»
— Marie-Claude Girard



Robinson: une victoire et son poison  -  YVES BOISVERT
Le triomphe presque entier de Claude Robinson, aussi réjouissant soitil, est un fruit judiciaire empoisonné.
En apparence, c ’est un gain formidable pour tous les auteurs et un puissant message pour les fraudeurs, producteurs véreux et autres voleurs d’idées.
Pour Claude Robinson, c’est en effet une victoire. Pour tout le monde en général aussi, puisqu’on assiste à un acte de justice spectaculaire, que des torts sont redressés et des vilains dénoncés.
Mais il y a une autre lecture à faire de cette saga, plus conforme à la dure réalité judiciaire. Ce jugement constate la faillite du système judiciaire à empêcher les voleurs millionnaires d’écraser légalement les victimes.
Peu de gens seraient capables d’endurer ce qu’a enduré Claude Robinson pendant 14 ans. Quatorze années où il n’a pensé qu’à ça. Des années où, souvent, il a eu les idées les plus noires.
Le système judiciaire n’a pas trouvé les moyens de gérer cette cause de manière à peu près humaine. Robinson a donc été soumis au supplice de la goutte procédurale : un petit interrogatoire ici, un appel incident là, un changement de bureau d’avocats chez Cinar, des remises, des blocages, etc.
Certes, la justice l’attendait en fin de parcours. Mais l’affaire prouve aussi qu’il faut une force surhumaine pour résister à cela.
Robinson a eu la chance, je l’ai dit hier, de pouvoir compter sur un avocat (MarcAndré Blanchard) qui a mis sa crédibilité en jeu dans son bureau d’avocats pour financer le litige, en quelque sorte.
Mais après 11 ans de procédures, Blanchard a été nommé juge. À ce moment, les honoraires (non payés) s’élevaient à un peu plus d’un demi-million. Ce qui représente environ 50 000$ par année. C’est bien sûr titanesque. Mais une fois son protecteur nommé juge, voici que les honoraires de Robinson se sont mis à gonfler, gonfler… pour atteindre, après le procès, la coquette somme de... 2,4 millions !
Pas mal, non? Pendant 11 ans, on facture un peu plus de 50 000$ par année en moyenne – et il y en a eu, des procédures avant le procès. Et pour les deux dernières années… presque un million par année !
Évidemment, dans ces deux années, il y a eu 65 jours de procès, plus la préparation. Mais tout de même, c’est assez fort de café.
C’est d’ailleurs l’opinion du juge Claude Auclair. Certes, il a condamné les défendeurs à rembourser les honoraires d’avocats de Robinson mais « seulement » à hauteur de 1,5 million.
Le juge écrit que ne pas ordonner le remboursement de ces honoraires reviendrait à avaliser « le fait que les tricheurs et les menteurs puissent perpétuer leur conduite immorale et leurs manoeuvres illégales en toute impunité, car aucun individu ne pourrait se permettre seul une telle dépense ».
Le juge ajoute cependant, à l ’ i ntention du bureau Gowlings, qui défendait Robinson, que ce n’est pas « un bar ouvert où l’on ne peut choisir que champagne, caviar et filet mignon ». D’où la somme de 1,5 million au lieu des 2,4 millions demandés.
On se demande en effet dans quel monde vivent certains bureaux d’avocats quand on voit les taux horaires réclamés pour les actes les plus insignifiants.
Mais enfin, encore fallaitil un bureau pour accepter de f inancer l ’aventure et Gowlings l’a fait, ce qui est parfaitement honorable. Je n’en connais pas beaucoup qui auraient résisté aussi longtemps.
Il n’en reste pas moins qu’on est devant une victime hors du commun, qui a conservé ses reçus de taxi d’il y a 20 ans, et qui a elle-même mené une enquête maniaque qui aurait coûté à elle seule des centaines de milliers de dollars. Il a été défendu par deux excellents avocats qui ont accepté un arrangement hors norme.
Le résultat est spectaculaire. Mais qui peut se permettre une telle aventure? Et comment faire pour empêcher toutes les manoeuvres de blocage judiciaire, ces requêtes inutiles, cette multiplication des actes qui finissent par faire exploser les coûts?
On a beau punir les défendeurs en bout de parcours, qui peut suivre ce chemin? Faut-il absolument être surhumain pour obtenir justice face à des voleurs millionnaires ? On dirait bien que oui.
En ce sens, cette victoire est une preuve par l’absurde des problèmes de l’accès à la justice.
Les changements du printemps à la procédure civile permettent en principe de faire financer la défense de citoyens injustement poursuivis et de punir les abus. On verra comment ils seront interprétés. La gestion serrée des dossiers par les juges est encore un projet.
Tant qu’une réforme de la procédure ne sera pas accomplie, on peut difficilement dire que la victoire de Robinson est un grand pas pour les créateurs. Il n’empêche qu’elle est réjouissante. Et peut-être permettra-t-elle d’accélérer les réformes qui tardent tant.
On ne peut pas s’empêcher de voi r, également , que Ronald Weinberg et feu Micheline Charest ont échappé à la justice criminelle. Il y a pourtant toute une panoplie d’actes frauduleux étayés, prouvés et détaillés dans le jugement Auclair. Parjures, faux documents, contre-lettres, complicité d’avocates de Cinar… Il y a du matériel en masse pour la police et pour le barreau là-dedans.
Il a fallu des enquêtes journalistiques (en particulier de Pierre Tourangeau à RadioCanada) pour secouer les autorités il y a 10 ans et faire éclater le scandale. On a eu connaissance d’au moins trois enquêtes, depuis 1995, pour violation du droit d’auteur et pour fraude. Mais rien n’a abouti à des accusations sans qu’on sache pourquoi. À la lumière du jugement Auclair, c’est incompréhensible.
Un regard policier nouveau sur ce dossier pourri s’impose pour réparer tant soit peu cette autre injustice.




Claude retrouve Robinson  -  NATHALIE PETROWSKI
La barbe est hirsute et presque blanche : la barbe d’un vieillard. Les poches sous les yeux sont lourdes et sans doute gonflées par trop de larmes amères et silencieuses.
À la télé hier devant le palais de justice de Montréal, le visage de Claude Robinson portait les stigmates d’un homme éprouvé par le temps et par la cruauté d’une bataille qu’il a livrée pratiquement seul pendant 14 ans contre Cinar, le mini Disney québécois, autrefois un fleuron de la production télévisuelle d’ici.
Le visage de Claude Robinson disait peut-être son épuisement, mais sa voix émue, elle, disait le bonheur, le soulagement, l’apaisement et la libération que lui a procurés sa formidable victoire en cour hier.
Formidable parce que le j uge Auclair a reconnu ce que Claude Robinson se tue à répéter depuis 14 ans : à savoir que la maison de production Cinar et ses ex-dirigeants Ronald Weinberg et sa femme, feu Micheline Charest, l’ont bel et bien volé, physiquement et intellectuellement, en plagiant l’histoire, les personnages et les dessins de Robinson Curiosité, la série pour enfants qu’il a imaginée au début des années 80 et qu’il leur avait présentée pour qu’ils l’aident à la vendre aux Américains.
Même si, dans cette histoire, il n’y a pas eu de braquage de banque, c’est bien d’un hold-up intellectuel qu’il s’agit. Le j uge l’a reconnu, allant même j usqu’à qualifier les plagiaires de bandits à cravate et les invitant à payer une somme de 5,2 millions en dommages et intérêts à Claude Robinson.
Mais ce n’est pas l’argent qui rendait Claude Robinson fou de joie hier. C’était le sentiment d’avoir retrouvé son oeuvre et, par le fait même, d’avoir retrouvé son identité, son âme, sa spécificité d’humain, son empreinte sur terre.
Pour le commun des mortels, cela peut paraître bizarre. Après tout, perdre une oeuvre ce n’est pas comme perdre 3 millions aux mains de Vincent Lacroix ou d’Earl Jones.
Une oeuvre, c’est d’abord impalpable. Ça jaillit du cerveau, de l’imagination, du coeur. Avec un peu de chance, l’idée qui est le germe de l’oeuvre se développe, grandit, se matérialise et devient un film, un livre, une série pour enfants. Et quand la chance n’est pas au rendez-vous, l’oeuvre ne voit jamais le jour.
 L’odieux dans l’histoire de Claude Robinson, c’est que l’oeuvre a vu le jour, mais à son insu. L’auteur l’a découverte un matin en allumant la télé et en voyant un personnage animé qui lui ressemblait comme deux gouttes d’eau, mais sur lequel il n’avait plus aucun droit, ni aucune prise. Aussi affolant que de voir un étranger partir avec son enfant sans pouvoir l’arrêter ni même crier au secours.
Pas étonnant que Claude Robinson ait subi un violent choc devant ce vol d’identité, ni que ce choc se soit mué en crise de larmes, en colères, en dépression.
Dans un cas comme celuilà, il n’y a qu’une solution pour ne pas sombrer : se battre. Se battre envers et contre tous, même si l’ennemi est le plus fort et le plus armé. C’est la voie difficile que Claude Robinson a choisie, en intentant une poursuite pour plagiat et pour viol de propriété intellectuelle contre Cinar, une société qui à l’époque valait plus de 100 millions et qui jouissait d’une réputation sans tache.
Vu l’inégalité du combat, les dirigeants de Cinar auraient pu se montrer bons princes, reconnaître leurs t orts et acheter la paix en trouvant un règlement à l’amiable. Ils ont préféré tout nier, convaincus qu’ils étaient les plus forts et les plus rusés et que Robinson finirait par se lasser et par rendre les armes. Erreur. Non seulement Robinson a refusé d’abandonner sa cause, mais il en a fait une croisade personnelle.
On l’a traité de fou, de lunatique, d’obsessif compulsif. N’empêche. C’est sa petite poursuite qui a fait éclater l’affaire des prête-noms, ces auteurs fictifs auxquels Cinar avait recours pour obtenir des crédits d’impôt de Téléfilm Canada. Et quand le Bloc québécois a révélé que le fils du président de Téléfilm Canada avait lui-même servi de prêtenom à Cinar, Sheila Copps, la ministre du Patrimoine de l’époque, a été obligée d’instituer une enquête. Les fondations du Disney québécois se sont mises à trembler, ses actions ont dégringolé en Bourse, entraînant dans leur chute des millions puis, des mois plus tard, la démission forcée de Ronald Weinberg et de feu Micheline Charest.
Quatorze ans plus tard, le Disney québécois a été racheté par une société de Toronto, Micheline Charest est morte dans la salle de réanimation de son chirurgien esthétique, son mari est ruiné – ou du moins passablement moins riche qu’il le fut un jour. Le seul gagnant de cette triste histoire est Claude, qui a enfin retrouvé Robinson.



«C’ÉTAIT UNE PARTIE DE MOI-MÊME»  -  Francis Vailles
Ses opposants ont tout fait pour l’épuiser moralement et financièrement, mais le créateur Claude Robinson est resté tenace. Après 14 ans de débats juridiques, il a gagné sa cause contre Cinar, Ronald Weinberg et quatre autres défendeurs.
Après 14 ans de luttes juridiques, Claude Robinson obtient une compensation de 5,2 millions de dollars, plus les frais d’expertise. Le juge accorde également les intérêts accumulés depuis 1995, si bien que les défendeurs devront payer environ 10 millions de dollars en tout.
Dans un jugement de 240 pages, le juge Claude Auclair conclut que son dessin animé Les aventures de Robinson Curiosité a été malhonnêtement plagié. Il en tient responsables Cinar, Ronald Weinberg et feu Micheline Charest, le producteur d’émissions télé France Animation et ses dirigeants Christophe Izard et C h r istia n Dav i n , de même que le d ist r ibuteu r a l lema nd Ravensburger.
Claude Robinson obtient une compensation de 5,2 millions de dollars, plus les frais d’expertise. Le juge accorde également les intérêts accumulés depuis 1995, si bien que les défendeurs devront payer environ 10 millions de dollars en tout.
Claude Robinson est très heureux de ce dénouement. « Ce n’était pas juste une création. J’avais dessiné mon visage (Robinson Curiosité) et ils ont copié cela. C’était une partie de moi-même », a dit le créateur de 58 ans.
Claude Robinson a fait de cette cause le combat de sa vie. Souvent, les j ournalistes le croisaient au palais de justice de Montréal, à la recherche du moindre document pouvant appuyer sa thèse.
Le créateur a soumis son oeuvre à Ronald Weinberg et Micheline Charest pour la première fois en février 1986, il y a 23 ans. En octobre 1995, la copie de Cinar, baptisée Robinson Sucroë , ét a it prête à être diffusée, mais Claude Robinson a envoyé une mise en demeure à Cinar, l’accusant de plagiat.
Hier, le juge Auclair a ordonné aux défendeurs de cesser de produire Robinson Sucroë. De plus, le juge déclare Claude Robinson propriétaire de tous les exemplaires de Robinson Sucroë et de tous les originaux, dessins et bandes magnétiques. Ces documents doivent lui être remis dans les 60 jours.
Jugement très dur
Le juge est très dur à l’endroit des défendeurs. « La conduite des affaires de Charest, Weinberg et Izard est basée sur la tricherie, le mensonge et la malhonnêteté. Ils n’hésitent pas à trafiquer les contrats afin d’en gonfler les coûts de production pour obtenir des subventions », écrit-il.
Plus loin, il blâme une fois de plus Christophe Izard, le présumé auteur de Robinson Sucroë. « Quand la tricherie est la règle, quand on se gargarise d’honneur – Izard portant fièrement au revers de sa veste l’insigne de la Légion d’honneur à toutes ses présences en Cour – et que le mensonge et les versions contradictoires sont la règle, on ne peut reprocher à Claude Robinson l’importance et l’amplitude de son enquête dans sa recherche de la vérité. »
Claude Robinson est le premier à avoir mis au jour l’affaire Cinar, qui a produit la populaire série Caillou. En 1999, son enquête a permis de révéler que l’entreprise utilisait des prête-noms pour obtenir des subventions.
Ces révélations ont rendu plus suspicieux le conseil d’administration de Cina r, alors inscrite en Bourse, si bien que, en 2000, le conseil a découvert que 122 millions avaient été détou rnés aux Bahamas, un paradis fiscal, au détriment des actionnaires en Bourse.
L es opposa nts de Claude Robinson ont maintenant 30 jours pour interjeter appel, et tout indique qu’ils le feront. « Personne n ’e s t pr ê t à fa i re de c hèque. Les gens sont surpris et déçus. Compte tenu du jugement, certains défendeurs vont en appeler », a déclaré Pierre Lefebvre, de Fasken Martineau, qui représente l’essentiel des défendeurs.
La firme Cookie Jar, de Toronto, qui a acheté ce qui restait de Cinar en 2004, assure que des fonds ont été prévus dès l’acquisition au cas où il faudrait indemniser Claude Robinson. « Il faut d’abord voir s’il y aura appel. Mais l’argent est là pour la portion que nous devrions payer », nous a dit le porte-parole de Cookie Jar, Alex Rabinovich.
La facture à payer à M.Robinson est scindée en quatre pa rts. D’abord, l’ensemble des défendeurs doit payer à Claude Robinson 2,7 millions de dollars. Avec l’intérêt au taux légal plus l’indemnité additionnelle depuis 1995, la facture double, environ.
Ensuite, le juge condamne Ronald Weinberg, feu Micheline Charest, Christian Davin, France Animation et Christophe Izard à payer un million de dollars en dommages exemplaires, avec intérêt au taux légal.
De plus, le même groupe est tenu de payer la totalité des frais d’expertise, avec intérêt.
Enfin, l’ensemble des défendeurs est tenu de verser 1,5 million pour les frais d’avocats, à quoi il faut ajouter la TPS et la TVQ.

« L’objectif de l’octroi de dommages punitifs est de prévenir des cas semblables et de punir ces bandits à cravate ou à jupon, afin de les décourager de répéter leur stratagème et sanctionner leur conduite scandaleuse, infâme et immorale », écrit le juge Auclair.

Claude Robinson retrouve son oeuvre  -  Marie Tison  & Paul Journet
Le long combat de Claude Robinson contre Cinar a été, selon ses propres mots, « une épreuve monumentale ». Mais il en a valu la peine.
« Le juge vient de me redonner mon oeuvre », s’est réjoui M. Robinson hier matin, lorsqu’il a rencontré les journalistes aux portes du palais de justice de Montréal.
Il a affirmé que le langage sévère du j ugement était à la hauteur du dél it de s C h a re s t , Wei nb e r g e t compagnie.
« Ce que le juge écrit est tout à fait juste, a-t-il soutenu. Ces gens-là sont des bandits en cravate ; ils ont menti, ils ont trafiqué des documents. Il y a là une arrogance profonde, un mépris des autres. »
Il a ajouté que le jugement allait donner des outils aux autres créateurs. « Ma grande crainte, c’était d’avoi r u n jugement qu i v ien ne amoindrir la protection des créateurs, ça me terrorisait », a-t-il admis.
Il a également avoué aux journalistes qu’il avait douté « tous les matins, tous les soirs ». « On me demandait de faire confiance à la justice, mais après 14 ans ce n’était pas facile, at-il indiqué. Il y avait beaucoup de raisons de se décourager. Toutes les procédures que j’avais dans la face, c’était phénoménal. »
Il a toutefois affirmé qu’il n’avait pas eu le choix et qu’il devait se battre : « C’était mon visage qui était à l’écran. Ce n’était pas juste une création qui avait sa vie propre. J’avais dessiné mon visage et ils ont copié cela. C’était une partie de moi-même, personne ne pouvait me le voler. »
Ce n’était donc pas une simple
question d’argent. « C’était plus profond que cela. »
Il a indiqué qu’il n’avait pas encore calculé les sommes qu’il était susceptible de recevoir, mais il espère être en mesure de s’acheter des crayons et des pinceaux. Pendant les 14 ans de son combat, M. Robinson a été incapable de créer. Il a toutefois recommencé à peindre il y a deux semaines, à l ’o c c a sio n de va c a n c e s au x Éboulements : « Je me suis réconcilié avec mes petits pinceaux. Ce que ce jugement me permet, c’est d’aller dans un certain magasin m’acheter de beaux pinceaux et de belles toiles. »
Toutefois, pas question de revenir dans le monde des dessins animés et de la production télévisuelle. « C’est un milieu que je ne veux même pas toucher, a-t-il dit. Je vais faire mes petites toiles, mes petites peintures. Je ne veux pas dépendre d’un milieu où des sociétés d’État viennent défendre mes adversaires contre moi. »
Évidemment, un appel du jugement est une forte possibilité. Cela n’a pas démonté M . Robinson. « Ils ont le droit, a-t-il déclaré. Qu’ils y aillent. Après 14 ans, je suis habitué. Mais là, j’ai un jugement qui me donne raison, qui reconnaît que mon oeuvre est mon oeuvre. »
Il a tenu à souligner l’appui que lui ont apporté sa femme, ses amis et la Société des auteurs de radio, télévision et cinéma (SA RT EC) dans son combat.
L a SA RT EC ava it a massé quelque 8 4 0 0 0 $ pou r a ider M. Robinson à assurer sa défense. Elle salue maintenant sa victoire : « Nous som mes extrêmement contents, indique son directeur général, Yves Légaré. Quand on regarde le j ugement, sa crédibilité vient d’être attestée, et celle de Cinar a été entachée. Nous continuons d’étudier le jugement, mais il est certain que c’est une très bonne nouvelle pour tous les auteurs. »


La justice, enfin  -  YVES BOISVERT
A  ppelons ça un excellent début. Il reste maintenant à arrêter Ronald Weinberg pour fraude, fabrication de faux et usage de faux.
J’ai bien lu qu’il a comploté avec le Français Christophe Izard pour dépouiller Claude Robi nson de ses d roits d’auteur, non ? J’ai bien lu qu’avec la complicité de plusieurs, dont des employés de Cinar (notamment des membres du barreau, oui madame) et Fra nce A nimation, il a rédigé de faux documents pour obtenir du financement ? Qu’il a signé des déclarations avec des gens qui n’existent pas pour toucher des droits d’auteur, n’est-ce pas ?
Feu M icheli ne C ha rest et Weinberg appelaient ça l’opération wash, comme dans blanchiment.
J ’appelle ça u ne f raude c a rac tér isée. A lor s , cet te fois, qu’est-ce qu’on attend pou r a rrêter cet escroc de Weinberg ?
Le juge Claude Auclair, de la Cour supérieure, qui vient de signer ce jugement de 240 pages donnant raison à Claude Robinson, n’a pas la réputation d’être un exalté. Sa démonstration est difficilement contestable. Si ce jugement n’est pas dès ce matin sur le bureau des enquêteurs des crimes financiers de la police de Montréal pour analyse, c’est à n’y rien comprendre.
Il s’appelle Robinson et, comme le héros échoué sur une île déserte, il s’est retrouvé un beau jour seul, dans la situation la plus désespérée.
Pensez-y : un homme vient vous raconter en 1995 que les dirigeants de Cinar lui ont volé un projet de série d’animation. Comme si des gens aussi respectables et adulés du milieu des affaires que Micheline Charest et Ronald Weinberg, à la tête d’une société cotée en Bourse à hauteur d’un milliard et plus, comme si ces gens-là faisaient des choses comme ça. Franchement ! I l ava it appelé sa sér ie Robinson Curiosité. Et eux avaient produit, avec France Animation, Robinson Sucroë. Et alors? Depuis des siècles on pastiche Robinson Crusoé, voyons!
Et ce Robinson, ce graphiste, ce moins que rien, s’en allait en guerre non seulement contre Cinar et ses deux fondateurs, des chouchous de l’industrie, mais en plus contre France Animation, la BBC de Londres et Ravensburger Film en Allemagne, qui ont diffusé l’oeuvre. Rien que ça !
Ce n’était pas Robinson Crusoé, c’était Don Quichotte de Pointe Saint-Charles contre tous les moulins du monde.
Il se trouve tout de même qu’un des meilleurs avocats de Montréal, Ma rc-A ndré Bla ncha rd , a c r u à cette histoire. Il a convaincu son bureau (Gowlings) de ne pas facturer les honoraires avant le jugement. C’était un pari de centaines de milliers de dollars dès le départ, et il n’y en a pas beaucoup en ville qui l’auraient pris, encore moins aujourd’hui que les ordres financiers dans nos grands bureaux viennent de Toronto. Sans cette bouée, reprise par l’avocate Florence Lucas quand Blanchard a été nommé juge, on n’aurait pas ce jugement.
Pendant des années, Robinson a fait face à des manoeuvres pour l’épuiser, que le juge relate : requêtes pour empêcher des témoignages, orgies d’objections, tentatives de séparer le procès, etc. « Rares sont les individus qui, dans l’adversité, continuent leur combat et s’acharnent à vouloir faire triompher la vérité », écrit le juge.
Robinson est un homme assez rare en effet.
Je l’ai rencontré de temps en temps depuis une douzaine d’années. Chaque fois, il avait trouvé une nouvelle preuve incroyable. Souvent, je me disais qu’il en mettait un peu. Mais chaque fois, c’était vrai. Précisément et rigoureusement vrai.
Et en fouillant comme un fou, ce tout-nu allait découvrir les magouilles de financement de Cinar et jeter à terre cette si belle entreprise…
Quand Robinson a découvert le plagiat, en voyant « sa face » à Télé-Toon, en 1995, il a porté plainte à la GRC. Wei nberg et C ha rest ont immédiatement dit qu’ils ne connaissaient même pas ce ga rs-là . Robinson Curiosité ? Jamais entendu parler de ça.
Faut le faire ! Ils avaient été payés 30 000 $ en 1986 pour présenter le projet aux ÉtatsUnis pendant six mois. Ils ont assisté à des réunions jusque dans les studios de Disney, ils ont fait des appels, ont suivi le projet pas à pas. Et c’est leur associé américain de l’époque qui le confirme : il y a eu plus de 25 rencontres et entretiens sur ce projet avec eux.
Des témoins ont vu Micheline Charest sortir les planches de Robinson. Sa secrétaire l’a vue les apporter en France, à une époque où elle était censée les avoir détruites, puisque son contrat avec Robinson était terminé. Plusieurs éléments du projet , et pa s des moi nd res , sont repris dans Sucroë. Mais Weinberg et Charest avaient trouvé leur « auteur » pour blanchir l’oeuvre, Christophe Izard, réalisateur de plusieurs séries pour enfants en France.
Izard, qui se présentait en cour avec le ruban de la Légion d’honneur, n’a pas impressionné le juge, qui le traite en d’autres mots de faux cul et de sale menteur. Il est évident qu’il a eu accès à l’oeuvre de Robinson. Il est complice de Weinberg et Charest. Comme l’est aussi Christian Davin, PDG de France Animation à l’époque, qui, avec un cynisme suave, a témoigné des fausses factures de Cinar: je ne leur en veux pas, dit-il, «cela fait partie des petites choses que les producteurs se font entre eux». Du beau monde, en vérité. Non seu lement le j uge Auclair ordonne le paiement de sa part des profits de cette série à Robinson , ma is il ordonne le remboursement de ses honoraires d’avocat et, surtout, condamne les défendeurs à verser 1 million en dommages exemplaires. Un « message clair aux contrefacteurs », pour « punir ces bandits à cravate ou à jupon » et leur « conduite scandaleuse, infâme et immorale ».
Ces mots-là arrivent très tard, mais ils font du bien.
À la police de reprendre l’affaire, maintenant.


QUATRE PERLES DU JUGEMENT ROBINSON-CINAR  -  Francis Vailles
«As s oyez u n s i nge devant une machine à écrire et le hasard permettra peut-être qu’i l écrive Roméo et Juliette de Shakespeare, mais c’est peu probable. »
Pour gagner son procès, Claude Robinson a mené une enquête monstre et vécu 14 ans de tractations juridiques et une longue dépression.
Voilà comment débute le fabuleux j ugement de 240 pages sur l’affaire RobinsonCinar paru cette semaine. Le juge Claude Auclair reprend ainsi l’une des déclarations du Dr Charles Perraton durant le procès, l’expert du camp Robinson qui a trouvé des similitudes frappantes entre l ’ oeuvre du dessi nateu r ,
1-Boum Boum et Les Pierrafeu
Dans Robinson Sucroë, le présumé auteur Christophe Izard a baptisé l’un de ses personnages Gertrude Van Boum Boum. Le juge trouve étonnant que ce personnage porte le même nom que celui de deux des personnages de Claude Robinson dans Robinson Curiosité, soit Gertrude et Boum Boum.
À ce sujet, trois versions différentes sont offertes par Izard au tribunal pour justifier son inspiration. Dans un premier témoignage, il affirme que ce personnage lui a été inspiré par une chanson d’Henri Salvador. Durant le procès, une lettre déposée à la demande d’Izard en attribue plutôt l’origine au clown Boum Boum, de Médrano.
Enfin, en j anvier 2009, Izard affirme maintenant au tribunal que le nom a pris son origine de la série Les Pierrafeu. Sur cette version, toutefois, le défendeur commet tout un impair.
En effet, en contre-interrogatoire, I zard démontre qu’il reconnaît bel et bien les personnages de la série The Flintstones adaptée pour le marché de la France, notamment Boum-Boum. Le problème, c’est que Boum-Boum n’existe pas dans l’adaptation f r a nçaise. Ce n’est qu’au Québec que le fils d’Arthur Laroche s ’a ppel l e BoumBoum… En France, il s’agit de Bam-Bam.
L e per s on nage BoumBoum e s t au c oeur d’u n autre élément de preuve singulier. Pour décrire ce personnage, Claude Robinson parlait du « pachiderme » de la série Curiosité (qui a la démarche lourde comme un éléphant). Or, un personnage semblable de Sucroë est non seulement décrit aussi avec ce vieux mot, mais le t exte reprend en plus la faute d’orthographe de Claude Robinson, qui l’a écrit avec un « i » plutôt qu’un y ( pachyderme) …
2-Le rapport douteux de l’experte
Pour contredire la poursuite, Cinar a fait analyser les deux oeuvres par Louise Dansereau, qualifiée d’experte en analyse d’émissions pour enfants. Or, au terme du procès, le juge conclut qu’il ne peut se fier ni à son rapport ni à son témoignage.
D’abord, Louise Dansereau a connu intimement le couple Micheline Charest-Ronald Weinberg. Au début des années 1990, écrit le juge, « elle a été l’une des 50 personnes invitées à une réception au chalet du couple pour fêter le 40e anniversaire de naissance de M. Weinberg ».
Ensuite, le rapport Dansereau a été torpillé par le clan Robinson. Premièrement, on apprend durant le procès que son rapport a été produit six mois après qu’elle eut visionné les épisodes de Sucroë. Rien n’a été fait dans l’intervalle.
Deuxièmement, le juge se demande si Mme Dansereau a bien préparé seule une partie de son rapport ou si elle l’a fait sous la supervision de l’avocat de Cinar-Weinberg, JeanPhilippe Mikus. En effet, selon son relevé de deux factures, le tribunal constate que 54% des 57 heures facturées ont été passées en compagnie de Me Mikus, soit « presque trois fois plus de temps que ce que Mme Dansereau a facturé pour l’analyse et le visionnage de Sucroë ».
« Quelqu’un d’autre a-til préparé ce chapitre ? » se demande le juge.
3-Izard au coeur des prête-noms
Le procès a mis à r ude épreuve l a r éputation de Christophe Izard. D’abord, on note qu’il a écrit une fausseté dans son CV. Il se disait en 1991 directeur artistique de France Animation alors qu’il n’était que pigiste à l’époque.
Ensuite, le j uge conclut qu’Izard a participé à la production de documents antidatés de Cinar, c’est-à-dire des documents produits à un moment dans le temps, mais auxquels on a inscrit une date antérieure.
C e s d o c u ment s sont d’ailleurs au coeur du premier scandale sur Cinar : l’affaire des prête-noms. Ce stratagème avait pour but, rappelons-le, de permettre à Cinar de récolter illégalement des droits d’auteur sur une production comme Sucroë même si de tels droits ne doivent être versés qu’à des personnes et non à des sociétés.
Pour toucher ces droits, on a demandé à l a s oeur de Micheline Charest, soit Hélène Charest, de fa i re comme si elle avait écrit des scénarios en utilisant le nom d’Érica Alexandre. Cette Érica Alexandre vers a i t ensuite s e c r ètement l ’essentiel des redevances à une entreprise du couple Charest-Weinberg ou à Cinar. Micheline Charest a appelé ce stratagème « wash ».
Au terme du procès, le juge conclut que Chistophe Izard était la courroie de transmission de l’opération wash. Et il ne pouvait ignorer l’illégalité du procédé, écrit le juge, « ayant déjà siégé lui-même au conseil d’administration de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) ».
Izard, qui a été décoré en France de la Légion d’honneur, a longtemps nié qu’il connaissait Érica Alexandre, une chose impossible puisqu’il avait cosigné des scénarios avec cette présumée auteure. Dans les faits, il a été démontré qu’il connaissait les vrais auteurs derrière Érica Alexandre depuis le début de l’arnaque.
4-Claude Robinson? Connais pas.
En octobre 1993 et en octobre 1995, Micheline Charest a n i é c o n n a î t r e Claude Robinson ou s on proj e t Robinson Curiosité, notamment auprès de la GRC. Ce n’est finalement qu’en novembre 1995 que l ’ homme et son projet r eviennent vaguement à la mémoire du couple Charest-Weinberg.
Pour t a nt , des t émoins r acontent avoi r t r ava i l l é étroitement sur le projet avec Claude Robinson, Micheline Charest et Ronald Weinberg. « Leur persistance à ne pas reconnaître Claude Robinson est un autre camouflage de leur tricherie », écrit le juge.
Par ailleurs, il ressort du témoignage de l’ex-directeur du développement de Cinar, Peter Sander, que Micheline Charest avait conservé des épreuves de l’oeuvre de Claude Robinson et qu’elle s’en serait inspirée pour influer sur la création de Robinson Sucroë.
La scène se déroule en 1993. Michel i ne Charest montre des épreuves de Sucroë à Peter Sander, mais ce dernier les qualifie de « merde ( c rap) » . Puis, elle sort de son classeur deux autres dessins et, cette fois, Peter Sander est ébloui. En interrogatoire, M. Sander affirme avoir reconnu les dessins de Claude Robinson.
En somme, c’est une foule d’éléments qui ont incité le juge à tirer des conclusions sévères de cette affaire. « La c onduite des a f f a i r es de Charest, Weinberg et Izard est basée sur la tricherie, le mensonge et la malhonnêteté. (…) L’objectif de l’octroi de dommages punitifs est de prévenir des cas semblables et de punir ces bandits à cravate ou à jupon, afin de les décourager de répéter leur stratagème et sanctionner leur conduite scandaleuse, infâme et immorale. »


La personalité de la semaine : Claude Robinson  -  Anne Richer
Claude Robinson, créateur du dessin animé Robinson Curiosité plagié par Cinar, a mené une guerre de tranchées et l’a gagnée. Il lui aura fallu 14 années de sa vie, oscillant entre l’espoir et le désespoir ; un talent de fin limier pour rassembler plus de 5000 documents de preuve contre les fautifs ; subir entre-temps le deuil intérieur de sa créativité. Il lui aura fallu faire preuve d’une opiniâtreté sans borne dont il ignorait même l’existence.
Il dit une phrase digne du Petit Prince et de sa rose : « En tant que créateur, tu es non seulement responsable de ce que tu as créé, mais tu dois protéger et défendre cette création, sinon tu trahis ton oeuvre et tu te trahis toi-même. »
Claude Robinson devient un symbole de résilience et un modèle positif pour tous ceux qui pensent ne jamais pouvoir faire triompher la vérité et la justice. La Presse et Radio-Canada ajoutent leurs voix à celles de milliers d’autres qui saluent la ténacité de l’artiste en le nommant Personnalité de la semaine.
Des vagues d’amour
Le récent j ugement du j uge Claude Auclair dans la cause Robinson-Cinar apportera une compensation financière au dessinateur. Mais au-delà de cette consolation, il y a celle, plus grande encore, d’avoir réussi à débusquer les mensonges des vautours qui reniflent de loin la fragilité des artistes et de leurs oeuvres. « Je ne suis pas un héros, dit-il. C’est une victoire à partager avec tous ceux qui ont raison d’espérer. Par sa décision, le juge a fait gagner le peuple. »
Sentiment de trahison, mépris, perte de respect de soi-même... Tous les éléments étaient réunis pour entrer en dépression profonde. Il ignorait qu’il portait en lui une telle détermination de survie et de justice : « Tous ces jours, ces mois à se sentir niaiseux, 14 ans à lutter contre le doute, à broyer du noir. J’ai consulté des médecins, dont un qui m’a dit finalement que le seul spécialiste qui pouvait m’aider était un juge. Le juge m’a guéri ! Et depuis mercredi dernier, je suis heureux. »
Et tous ceux qui le croisent le félicitent et l’admirent.
Il va pouvoir retrouver ses « petits bonhommes».
Son monde imaginaire renaît. « C’est difficile à regagner, l’estime de soi. Le respect de soi. Et surtout de s’accorder le droit de faire de la création à nouveau. » Pendant ces années, il n’a pu peindre, victime d’un choc post-traumatique à compter du jour où il a vu à la télévision qu’on lui avait volé son personnage. Il en est devenu malade.
Crayons de couleur
Installé devant la rivière qui chante, il peint. Un paysage, une maison. Du plus loin qu’il se souvienne, il dessinait. «Mon chien savait même me rapporter mes crayons», se souvient-il en riant. Aujourd’hui, il doit refaire le chemin déjà parcouru. «Je me sens comme lorsque j’étais petit. Chaque fois que l’on trace un trait, on est en état d’incompétence dans ce qui est abordé. Mais réussir n’est pas le premier but. Apprendre, c’est ça qui est important.»
Dans un autre ordre d’idées, il raconte qu’il n’a jamais vraiment su jouer au hockey parce qu’il héritait des patins de cuir mou de son frère. Malgré son incompétence involontaire, on lui a remis le titre de joueur le plus persévérant. « Finalement, ajoute-t-il , songeu r, ça ne date pas d’aujourd’hui ! »
Né à Montréal rue Viau le 2 mars 1952, cadet d’une famille de quatre enfants, l’homme, doté d’une mémoire phénoménale, a des souvenirs qui remontent à aussi loin qu’à l’âge d’un an et demi. « Je me souviens de tout, dit-il, des calorifères, des vêtements, des odeurs et des saveurs. » Curieux de tout et drôle. Plus tard, à Duvernay, il rencontre un architecte qui fait office de mentor. « Il possédait une très grande culture en matière de design, me révélait certains aspects de la création, m’a fait connaître Le Corbusier. » À son décès, il hérite de sa table à dessin. « Un outil, c’est la richesse : une table à dessin, un crayon, un aiguisoir, quels merveilleux objets ! »
Adolescent, il voyage sac au dos en Europe et y fait des rencontres marquantes. À son retour à Montréal, employé comme gérant adjoint du comptoir des fruits chez Steinberg, il crée des personnages qui portent des noms de fruits ou de légumes.
Il a fait du théâtre, appris le graphisme. Un jour, il se présente à l’École des arts graphiques avec son portfolio. Il y allait pour suivre des cours, on l’engage comme professeur !
Claude Robinson ouvre les écluses de sa mémoire heureuse. Il voudrait tout dire en même temps : le rôle indispensable des journalistes dans notre société ; la force de l’internet, mais surtout, oh ! surtout : l’amour et le soutien indéfectibles de Claire, sa conjointe. Famille, bellefamille, amis, avocats, tous ont droit à sa reconnaissance.
« Au-delà de son jugement, ce que le juge a fait est un acte d’humain à un humain. Il m’a redonné la vie. »
Cette justice si éclatante pour lui exacerbe son empathie. Il souhaite que toutes les victimes des exploiteurs à cravate ou à jupon, ceux qui s’emparent sans vergogne des économies des petites gens, que ces victimes, donc, ne craignent pas de se battre pour obtenir justice. « Imaginez, dit-il, une petite madame de 80 ans, dépouillée de tout, sans ressource, face à elle-même. Je suis inquiet. Le gouvernement doit mettre sur pied rapidement une équipe de spécialistes pour les soutenir. Car j’ai peur pour eux », s’écrie celui qu’une machine de guerre colossale a tenté d’anéantir et qui, comme David armé de sa seule fronde, sort victorieux.



Robinson : La revanche du tout-nu de Duvernay  -  Nathalie Petrowski
Après 14 ans d’une saga juridique qui l’a épuisé moralement et financièrement, le créateur Claude Robinson a finalement obtenu gain de cause cette semaine contre les ex-dirigeants de Cinar. Dans cette lutte à armes inégales, chaque jour a été un calvaire
Le matin du jugement dans la cause qui l’opposait depuis 14 ans aux ex-dirigeants de Cinar, Claude Robinson a quitté sa petite maison de Verdun avec sa blonde, Claire Robert. Une boule d’angoisse au fond de l’estomac, le coeur lourd et la mort dans l’âme, les deux ont posé leur main sur la brique de la maison dans l’espoir qu’elle leur porte chance. C’était un geste presque désespéré pour une cause qui l’était tout autant. Depuis 1996, le dessinateur, graphiste et auteur de la série pour enfants Robinson Curiosité tentait de convaincre les tribunaux que Cinar, le Disney québécois, fleuron glorieux et sans tache de la production québécoise, avait volé et plagié son oeuvre. Mais pendant 14 ans, sa récolte fut une suite sans fin d’obstacles, de mises en échec, de revers, de reports procéduriers et de dettes qui n’en finissaient plus de grimper.
« Claire et moi, on savait que si on perdait en cour mercredi, on perdait tout : la maison, l’auto, notre entreprise. Nos det tes étaient si importantes que si le jugement nous avait été défavorable, nous étions finis. On n’arriverait jamais à s’en sortir. »
Au palais de justice, une surprise de taille attendait le graphiste originaire de Duvernay et ami d’enfance de ClaudeMeunier et des gens de Beau Dommage: dans un jugement de 240 pages, le juge Auclair, de la Cour supérieure du Québec, a déclaré les ex-dirigeants de Cinar, ainsi que leurs associés chez France Animation et Ravensburger, coupables de plagiat et de vol de propriété intellectuelle, les condamnant à verser à Robinson une compensation de 5,2 millions qui, avec les intérêts et les frais d’expertise, s’élève à environ 10 millions.
Pourtant, à l’issue de cette journée faite de sueurs froides et d’émotions fortes et qui tirait un trait victorieux sur un enfer de 14 ans, Claude Robinson n’est pas allé sabler le champagne ni danser de joie avec sa bienaimée et indéfectible alliée.
Pas de champagne
« Après avoi r ac cordé 2 4 entrevues aux médias, chose que je tenais à faire parce qu’à mes yeux les médias sont vraiment les derniers remparts de la démocratie et que, sans eux, ma cause aurait sombré dans l’indifférence, Claire et moi on est allés prendre un p’tit sandwich et une demi-bouteille de vin au Café Cherrier. On n’a pas commandé de champagne ni crié à la victoire parce qu’on savait qu’il y aurait sans doute un appel, mais aussi parce qu’on n’a pas gagné à la loterie, bordel! La justice n’a fait que rétablir les faits et reconnaître tout ce qu’on a perdu depuis 14 ans. Les gens ont tendance à oublier que c’est notre vie qui, pendant toutes ces années-là, a été sur le billot. »
Deux jours après que la just ice « eut rétabl i les faits » , Claude Robinson me reçoit dans les locaux ensoleillés de son entreprise d’infographie Virtuel Création, au troisième étage d’une veille usine rénovée de Pointe Saint-Charles. Encore sonné par les événements et n’arrivant pas toujours à maîtriser ses émotions, le fils de Léo Robinson, un vendeur de pneus, et de Pauline Daoust, une femme au foyer devenue porcelainiste après un grave accident d’auto, s’emporte, s’enflamme, s’impatiente et finit par avouer qu’il n’a pas encore le recul nécessaire pour jouir de ce qui lui arrive.
« Mon seul plaisir pour l’instant, c’est de lire et de relire le jugement Auclair, qui est d’une intelligence et d’une précision étourdissante, et cela même si, sur certains points, le juge ne me donne pas raison. Pour un pessimiste comme moi, ce jugement est la preuve que les lois sont belles et bien faites et que ça vaut la peine de se tenir debout et de défendre ses droits. »
Du foui l l is de sa table de travail, Robinson, qui arbore toujours une barbe hirsute qu’il refuse de couper, m’indique une immense armoire de 21 pieds de long qui bouffe la moitié de l’espace. Il se lève et ouvre les portes les unes après les autres, révélant des rangées et des rangées de documents ( 5000 en
tout) alignés comme des soldats et classés avec un soin maniaque par dates et par thèmes. Cette armoire bourrée de reçus, de factures, de rapports, de vidéos, de cassettes et de preuves accablantes, c’est la machine de guerre qui lui a permis de triompher de ses adversaires.
Un combat à la portée de tous
« La créativité est sortie de ma vie il y a 14 ans, raconte-t-il. Je n’ai plus jamais acheté de tube de peinture depuis. Je n’avais pas le choix. Je ne pouvais plus me permettre le luxe de fabuler ou de rêver comme un artiste. Je devais m’en tenir aux faits, aux preuves et à la vérité. C’était ma seule force contre des gens qui mentaient et qui ont fini par s’empêtrer dans leurs mensonges. Face à leur argent et à leur pouvoir, j’étais un tout-nu, une merde, un rien du tout, mais ma force, c’est que je n’avais rien à perdre. Eux avaient tout à perdre, y compris leurs millions. Leur peur de perdre de l’argent a été leur plus grande faiblesse. »
Même si Claude Robinson a fait preuve d’une ténacité et d’une organisation mentale hors du commun, il ne se voit pas comme un être d’exception et croit que le combat qu’il a mené est à la portée de tous, pourvu qu’ils y mettent un peu de volonté et qu’ils aient à coeur leurs droits.
« L’exception, à mes yeux, ce n’est pas de se battre quand nos droits ont été bafoués. C’est de refuser de le faire, affirme-t-il. Moi, je suis un ti-cul ordinaire de Duvernay qui a la manie de tout garder, y compris mes factures de téléphone de 1975. Pour le reste, j’ai eu la chance pendant toutes ces années d’avoir le soutien fabuleux de ma blonde, de mes amis, de ma famille, de ma belle-famille et des avocats de Gowlings qui ont accepté de me représenter. C’est eux et mon psy qui m’ont gardé en vie quand je broyais du noir, que je ne voyais plus clair et que j’avais des idées suicidaires. »
Quand on demande à Claude Robinson quel a été le moment le plus noir de son combat, sa voix chute de quelques octaves. Il répond: « Tous les jours. Et si je ne me suis pas tiré une balle dans la tête ou que je n’ai pas foncé dans un pilier sur l’autoroute même si l’envie ne manquait pas, c’est à cause des gens que j ’aime, mais aussi à cause de Robinson Curiosité. En tant que créateur, t’es non seulement responsable de ce que t’as créé, mais tu dois protéger et défendre cette création, sinon tu trahis ton oeuvre et tu te trahis toi-même. »
À ce sujet, il insiste sur le fait que lorsqu’il est allé cogner à la porte de Micheline Charest et de Ron Weinberg en 1986 pour qu’ils l’aident à vendre Robinson Curiosité aux Américains, il ne leur a pas présenté une simple idée, mais bien l’expression d’une idée fixée sur un support et constituée de scénarios, de textes et de dessins sur lesquels il planchait depuis 10 ans. Nuance.
Robinson a souvent évoqué le choc nerveux qu’il a ressenti le 4 septembre 1995, en découvrant par hasard à la télé sa série grossièrement plagiée. Il dit aujourd’hui que ce qui a fait le plus mal, c’est la perte d’estime de soi.
Une pensée pour les victimes d’Earl Jones
« Tu te trouves tellement stupide, épais, niaiseux de t’être fait fourrer que sur le coup, t’as vraiment pas la force de te battre. Ton estime est à zéro. Tu trouves que t’es un moins que rien qui ne mérite pas de vivre. Aujourd’hui, quand je vois les victimes d’Earl Jones, je suis vraiment inquiet pour elles. Non seulement ces gens-là ont tout perdu et ne retrouveront jamais leur argent, mais le gouvernement tente de les culpabiliser en les tenant en partie responsables de leurs déboires. Je trouve cela odieux et dangereux. Ces gens-là sont fragiles à l’extrême comme je l’ai été. Ils ont besoin d’être aidés, pas jugés. Qu’est-ce que le gouvernement attend pour leur fournir une assistance psychologique et médicale ? »
Par moments, on a l’impression que Claude Robinson s’est tellement battu qu’il ne sait plus comment quitter le champ de bataille ni déposer les armes. Pendant qu’il me parle, il ne peut s’empêcher d’aller vérifier si malgré l’interdiction du juge Auclair, les vidéos de Robinson Sucroë figurent encore sur le site de Cookie Jar, l’entreprise qui a acheté Cinar. À peine quelques clics et voilà la photo du personnage plagié qui apparaît en couleurs sur le site, soutirant un rire jaune et une pluie d’injures de la part de Robinson. Mais la séance de défoulement sera interrompue par l’arrivée inattendue du gérant de l’immeuble et de ses adjoints. Les cinq ne connaissent pas Robinson, mais ils ont tenu à venir le féliciter personnellement et à lui offrir un gâteau. Touché par le geste, le barbu guerrier se mue en ourson reconnaissant. Les yeux humides, il se lève pour aller les remercier chaleureusement.
Pendant 14 a ns, Claude Robinson s’est battu tout seul dans son île en ramant contre les courants contraires et les vents hostiles. Le jugement Auclair l’a ramené sur terre avec ses semblables. Le tout-nu, le rien du tout, comme il se décrit lui-même avec autodérision, est devenu un héros. Dans la rue, on le reconnaît, on le salue, on le félicite et on le remercie. Et lentement mais sûrement, Claude Robinson apprend à accepter ces marques d’affection et à se dire qu’il les mérite.



Un peu de soleil dans l’île de Robinson  -  Nathalie Petrowski
Dans l’euphorie du moment, mercredi dernier, quand le juge Auclair a attribué la victoire judiciaire à Claude Robinson et lui a accordé la paternité de la série Robinson Sucroë ainsi qu’une compensation de 5,2 millions, nous avons oublié l’essentiel. Et l’essentiel, c’est que le j ugement n’était pas exécutoire.
À cause de cette petite gêne de la part du juge, il est tout à fait possible (voire fort probable) que Christophe Izard, Ron Weinberg et tous ceux reconnus coupables de plagiat et de vol de propriété intellectuelle dans cette sale affaire, contestent le jugement et interjettent appel. Ils ont 30 jours pour le faire. Le cas échéant, Claude Robinson devra attendre encore 100 ans avant de voir la couleur de son argent, si tant est que l’argent finisse par se matérialiser.
Résultat: David aura peut-être triomphé moralement sur Goliath, mais sera toujours aussi cassé et endetté.
En attendant, un pâle soleil s’est mis à briller dans l’île de Robinson grâce au juge qui a ordonné aux plagiaires de cesser d’exploiter l’image de Robinson Sucroë et de cesser de diffuser la série.
Lentement mais sûrement, cette obligation doublée d’un appel à la vérité des faits a contaminé le web et forcé des corrections immédiates.
Ainsi, la chaîne câblée française Gulli, qui a diffusé la série tout l’été et qui prévoyait encore le faire dimanche matin, a cessé abruptement la diffusion de la série sans fournir d’explications aux tout-petits et à leurs parents.
Sur Wikipédia, Christophe Izard est toujours un homme de télévision français connu comme concepteur de programmes pour la jeunesse. Mais depuis mercredi, il est aussi «coupable de plagiat dans la cause l’opposant à Claude Robinson».

Les collaborateurs de Wikipédia (sans doute aidés par des amis de Claude Robinson) ont été parmi les premiers à corriger le tir. On les en remercie.
Sur Animeka, un site qui répertorie toutes les émissions produites par France Animation, le nom de Claude Robinson vient enfin de faire son apparition après avoir été invisible pendant 14 ans au générique de la série. Robinson et Christophe Izard partagent maintenant le titre d’auteurs de Robinson Sucroë. Mieux encore, lorsqu’on clique sur l’onglet « staff », Claude Robinson est reconnu comme l’auteur du concept, ce qui est une nette amélioration de son statut social. A nimeguides, un site français qui se spécialise dans les guides d’épisodes de séries animées, redonne aussi à Claude Robinson son titre d’auteur du concept de la série. De toute évidence, les gestionnaires d’Animeguides sont des amis de Christophe Izard, puisqu’ils ajoutent auteur du concept... plagié par Cinar. Sous cette mention, on peut lire que Christophe Izard est l’auteur du dessin animé. Nulle part est-il spécifié qu’il vient d’être reconnu coupable de plagiat. De ce côté de l’Atlantique, au lendemain du jugement Auclair, l’entreprise Cookie Jar faisait belle figure. Son porte-parole nous assurait que non seulement Cookie Jar avait les moyens de dédommager Claude Robinson, mais que l’entreprise de Toronto n’utilise plus l’image de Robinson Sucroë depuis qu’elle a acquis Cinar en 2004.
Malheureusement, ce n’était pas tout à fait exact. Cinq jours après le jugement Auclair, le site de Cookie Jar offrait toujours la vidéo de présentation de Robinson Sucroë avec sa petite musique entraînante et son générique annonçant que la série est une idée originale de Christophe Izard.
Depuis, la vidéo a été retirée du site et le porteparole s’est confondu en excuses pour cette omission. N’empêche, si je n’avais pas appelé ce porte-parole lundi pour lui signaler le problème, quelque chose me dit qu’elle y serait encore. Dans l’île de Robinson comme dans la vraie vie, tout n’est pas parfait. Ainsi, le site d’Amazon France continue de vendre des coffrets DVD de la série pour seulement 9,99 euros. Le site GTV-Land, qui répertorie les génériques d’émissions, nous annonce qu’en commandant Robinson Sucroë sur PriceMaster, on peut réaliser des économies non négligeables. Qu’est-ce qu’on attend pour se faire plaisir ? Mais la meilleure, c’est l’avertissement au bas de la page d’accueil de GTV-Land, qui nous interdit de télécharger le générique de Robinson Sucroë car ce serait «une violation du code de la propriété intellectuelle », preuve que certains s’arrogent le droit de voler tout en l’interdisant aux autres. Finalement, une dernière note qui ne manque pas de saveur. En faisant mes recherches, j e suis tombée à plusieurs reprises sur la chanson de Robinson Sucroë. La version française est parfaitement nulle et ne dit rien sinon que l’île de Robinson est surpeuplée et qu’il y a des pirates autour. La version anglaise, dont je n’ai pas réussi à trouver le parolier, est un poème lourd de sous-entendus.L’île est décrite comme un endroit brutal et féroce, peuplé d’habitants qui refusent que leur secret soit révélé au grand jour et qui veulent continuer à vivre dans un monde dissimulé de tous. Un peu plus et le parolier donnait aux habitants de l’île féroce les noms de Micheline, Ron et Christophe...




Plus de TVQ sur les produits culturels québécois -: n’importe quoi  ! -  Ariane Krol
«Si tu veux tout, je te promets n’ i mporte quoi » , chante Éric Lapointe sur l ’ album Obses s i on. Seriez-vous plus enclin à l’acheter s’il était exempt de TVQ? Le gouvernement Charest semble convaincu que oui. C’est pourquoi il s’entête, contre toute logique, à abolir la taxe provinciale sur les produits culturels québécois . Une mauvaise idée dont l’application s’annonce cauchemardesque.
Comment peut-on prétendre soutenir la culture avec une mesure qui ne fera pas vendre un seul disque ou un seul billet de spectacle de plus ? Car ce n’est pas en ret ra nchant 7,5 % sur le prix d’un CD québécois qu’on va convaincre le consommateur de se le procurer. Ni d’aller davantage au théâtre ou au musée. Ce geste inutile privera pourtant le Trésor public de 50 millions de revenus par an. Quelle absurdité !
« Au Québec, la culture n’est jamais un luxe. Elle est identitaire, elle est nécessaire », a déclaré Jean Charest en promettant cette mesure en campagne électorale. Mais pour exempter les produits culturels québécois, il faut pouvoir les identifier. Un album de Mes Aïeux, ça se passe de discussion. Un spectacle de danse contemporaine monté par une troupe locale aussi. Mais un disque de Céline enregistré à Las Vegas ? Et qu’est-ce qu’un DVD québécois ? Une coproduction se qualifie-t-elle ? La ministre de la Culture a indiqué qu’un film étranger doublé chez nous serait admissible. Et un film d’action américain tourné à Montréal ? Un jeu vidéo créé au Québec ? On voit d’ici les méthodes de coupage de cheveux en quatre près la « vache folle », le qu’il faudra développer pour SRAS et la grippe aviaire, trancher toutes ces questions. c’est maintenant au tour Les verdicts, forcément disde la grippe A (H1N1) de faire cutables, vont générer un lot la une des médias. Une fois de impressionnant de frustrations. plus, un fléau global constitue
Cer t a i ns reg r oupements unemenacemondiale, même s’il d’artistes, comme l’UDA ou le est associé au départ à un pays Mouvement pour les arts et les plus qu’à d’autres (cette fois-ci, lettres ( MAL), sont d’ailleurs le Mexique). Et une fois de plus, très sceptiques. Si Québec est trois caractéristiques méritent prêt à se priver de 50 millions examen. en faveur de la culture, il ferait La première tient mieux d’investir cette somme au caractère profondans des organismes de soutien dément humain, à la création, comme la SODEC ou social, du proou le Conseil des arts et des letblème. Hier, les tres, suggère le MAL. Une sugépidémies, la peste, gestion qui n’enthousiasme pas le choléra étaient la ministre St-Pierre. La mesure perçus comme des doit profiter aux consommafléaux naturels, ou teurs, a-t-elle insisté. divins (voire diaboliques).
Pourtant, rien ne garantit Aujourd’hui, il y a certes une que les sommes libérées par part de naturel dans l’apparition l’abolition de la TVQ aboutiront du virus de la grippe A capable dans vos poches. de traverser ainsi la barrière des Lor squ’Ot t awa espèces. Mais le virus actuel a réduit la TPS, est une nouveauté qui semble plusieurs comdevoir quelque chose à la façon merçants ont dont les porcins sont élevés, et maintenu leurs à une contamination de ces aniprix et gardé la maux par un virus humain qui d i f férence. On aurait contribué à son invention imagine très bien en rencontrant d’autres virus du porc.des cinémas, des
magasins de disSurtout, la grippe A et sa ques ou des salles de spectacles propagation ne s’expliquent faire la même chose. Pas tous, pas sans prendre en compte les bien sûr. Mais pourquoi créer conditions de l’élevage des porcs, un système qui permet à l’inleur alimentation, la façon dont dustrie d’empocher un rabais destiné au public? C’est vraiment n’importe quoi.
Le retrait de la TVQ pourrait être pertinent dans certains cas très précis. Les artisans québécois sont facilement identifiables, vendent une grand partie de leur production sans intermédiaire et l’exemption serait pour eux un outil de marketing efficace, plaide le Conseil des métiers d’arts. Si les artisans, ou d’autres, peuvent en faire la démonstration, d’accord. Mais pour la plupart des secteurs, Québec devra trouver d’autres façons de mettre l’argent de la TVQ au service de la culture. Autrement, ce sera du gaspillage pur et simple de fonds publics. Et ça, notre identité québécoise peut très bien s’en passer.



Madame Bovary - PIERRE FOGLIA
Ce n’est pas pour me vanter, mais je suis en train de lire Madame Bovary. Relire? Si vous voulez. C’est comme retourner, 50 ans plus tard, dans une ville où on se souvenait à peine d’avoir séjourné, pourtant on s’y reconnaît comme dans un lieu familier...
Dès les premières lignes, quand le proviseur amène le jeune Charles Bovary à l’étude, je savais qu’il allait mettre sa casquette sur ses genoux en s’asseyant, qu’elle tomberait quand le professeur lui commanderait de se lever, que toute la classe éclaterait de rire. Déjà là, on sait pourquoi Madame Bovary : parce que monsieur n’existe presque pas. Quelques pages plus loin, il sera déjà médecin, puis marié, puis veuf, puis remarié avec Emma Rouault. Le livre peut alors commencer.
Cette Madame Bovary vient de la bibliothèque d’un ami, ici, au village. Elle sent le vieux livre humide. Elle est enluminée en page couverture de festons et de rameaux qui encadrent un visage de madone stylisée, mais une madone avec du rouge à lèvres, ce qui est assez dire la pute qui sommeille dans son coeur. Le livre a été imprimé en 1946, à Montmagny, pour le compte de B. D. Simpson éditeur, rue Dorchester à Montréal. Comme en fait foi un coup de tampon, mon exemplaire a été vendu par la librairie Roméo Blais de Rimouski, ouverte en 1937. Elle existe encore à la même enseigne, qui a toutefois perdu son Roméo. C’est maintenant la libraire Blais.
Le premier acheteur du livre a écrit son nom à l’encre bleue en page de garde : P. M. Chabrier, souligné d’un trait tiré à la règle. Probablement un instituteur de campagne qui, avec la même règle, donnait des coups sur les doigts des élèves surpris à bavarder. Viens ici ! C’est pas moi, monsieur... Viens ici ! J’ai hâte d’arriver aux baisers qui se précipitent, au grand lit en forme de nacelle, aux rideaux de levantine rouge, de levantine rouge! Non mais quelle salope ( 1).
Mais ce qu’il y a de plus délicieusement cochon dans ce livrelà, oserais-je le dire? C’est de le lire plutôt que le journal et alors que les Nord-Coréens font des essais nucléaires dans leur cour, que les Nord-Montréalais manquent cruellement d’avocats, et que mon boss m’appelle : de quoi parles-tu demain? De Flaubert. Le silence qui a suivi était franchement libidineux.
— Vous vous rappelez, je vous disais que, forcément, je ne verrais pas Dédé à travers les brumes comme vous parce que j’étais complètement passé à côté des Colocs et de Dédé Fortin de son vivant et que ce serait comme si je voyais un film islandais ou danois.
Finalement je disais n’importe quoi parce que, comme vous, j’ai beaucoup aimé.
Je n’ai jamais autant tripé sur le cinéma d’ici. J’ai adoré Tout est parfait, Maman est chez le coiffeur, même (et surtout en fait) des petits films beaucoup moins achevés comme À l’ouest de Pluton, ou Demain. Et même Borderline, plus racoleur et conventionnel.
Est-ce une idée que je me fais? On est en pleine rupture de ton avec le cinéma québécois d’avant qui a parfois donné des chefsd’oeuvre mais qui, même dans son universalité, renvoyait à une réalité, à un propos si résolument québécois qu’il en devenait folklorique. Me semble que tout en ne reniant rien, dans ses récents « petits films », le cinéma québécois atteint enfin – je vais sans doute faire hurler sur les plateaux –, atteint au génie des films américains indépendants. Je pense à Frozen River. Je pense à Wendy and Lucy avec Michelle Williams. Vous n’avez pas vu? C’est l’histoire d’une fille qui perd son chien. C’est surtout un film qui nous propose une extraordinaire image de la beauté ordinaire et désespérée – le stade ultime de la beauté. Une telle image de l’autre beauté qu’à la fin de Wendy and Lucy m’est venue une inquiétude: vais-je être encore capable de regarder un film avec Michelle Pfeiffer? Déjà que je ne suis plus capable avec Julia Roberts.
Je sais. Chaque fois que je parle d’un film que j’aime c’est un petit film. Eh bien, il y a des exceptions. J’ai adoré Slumdog Millionaire, j’ai adoré la forme, le feuilleton, cette vieillerie littéraire. J’ai aimé que les acteurs viennent saluer à la fin comme au théâtre.
Pour revenir au cinéma, dans un article sur le néo-réalisme américain (dans un récent magazine du New York Times) on dit de Slumdog Millionaire que c’est du cinéma d’évasion typico du temps de crise que nous traversons. Alors que Wendy and Lucy, Frozen River ou Goodbye Solo (du NewYorkais Ramin Bahrani), c’est du cinéma pour s’évader du cinéma d’évasion.
Je dirais ça autrement, mais ça reviendrait au même: des fois c’est le spectateur qui s’évade. D’autres fois, c’est le film. LE PAIN NOIR— Tu vas rouler par ce vent?
Aussi bien se faire une raison. Il a venté tout le mois de mai. Presque toujours du sud. Alors, exprès, je pars plein sud, pour manger mon pain noir d’abord.
Je pars face au vent qui me cloue sur le chemin. Je me bats avec lui, lui crache des injures qu’il emporte en sifflant. Dix, vingt, trente-cinq km plein vent. Et soudain il tombe. Je suis parti tard, le vent tombe toujours le soir. Je ne reviendrai pas le vent dans le dos.
Vous pensez que je vous parle de vélo? Je vous parle de pain noir. Pensez-y avant de manger votre pain noir d’abord. Souvent, après, il y en a encore. (1) Flaubert a d’ailleurs été accusé d’avoir fait un mauvais livre qui outrageait le morale et la religion. On peut lire à la fin de mon édition le réquisitoire de l’avocat impérial, la plaidoirie de son défenseur et l’acquittement prononcé par le juge qui regrette cependant que l’auteur



L’invasion des héritiers  -  Stéphane Kelly
Qu’importe le talent, pour devenir une star au Québec, ce qu’il faut, c’est un nom célèbre
De nombreux jeunes talents sont maintenant écartés, ou crèvent de faim, au profit des enfants de star.
DL’auteur est professeur de sociologie au Cégep de Saint-Jérôme. Il a rédigé l’essai « Les Fins du Canada » chez Boréal (2001). epuis une génération, le peuple québécois assiste impuissant à un étrange phénomène. Nostalgique d’un âge d’or, pas si lointain, l’élite s’est finalement réconciliée avec un vieux principe réactionnaire : l’hérédité.
Jonathan Roy, fils du célèbre gardien de but du Canadien de Montréal et de l’Avalanche du Colorado Patrick Roy, tente sa chance dans la chanson avec un premier album, What I’ve Become, lancé plus tôt ce mois-ci à Québec.
Le phénomène est présent dans toutes les sphères de la société. Mais il est plus visible dans le domaine de la culture. Chaque jour, les médias découvrent une future star qui, par pur hasard, est le fil d’untel ou la nièce d’untel. Tantôt, c’est la petite Brathwaite, tantôt c’est le petit Charlebois, ou encore le fils d’un célèbre gardien de but…
Certes, la nouvelle aristocratie héréditaire qui prend forme sévit de façon variable selon les secteurs culturels. C’est que, techniquement, la médiocrité est plus facile à camoufler dans certains métiers. Il y a plus d’héritiers à la télévision, au cinéma ou dans la chanson populaire qu’au théâtre ou en musique classique.
Comment expliquer cet amour des héritiers ? Il faut dire que le phénomène n’est pas entièrement nouveau. L’élite politique du Canada français était outrageusement contrôlée par une poignée de « grandes familles ». L’éthos aristocratique était affiché avec honneur pour se prémunir contre le péril républicain. Ce dédain à l’égard de la démocratie se doublait d’un mépris pour le principe du mérite, principe cher aux « classes dangereuses » qui composent le peuple. La Révolution tranquille n’a peut-être donc été qu’une brève parenthèse démocratique lors de laquelle l’élite a consenti quelques compromis avec le bas peuple.
Dès les années 80, toutefois, l’élite retrouve ses privilèges. Les héritiers retrouvent le lustre perdu, investissant maintenant le champ de la culture plutôt que celui de la politique. Une petite coterie de soixante-huitards québécois, puissante dans les médias de masse, s’entiche des enfants de l’élite. Les critères d’excellence sont jugés dépassés. Qu’importe le talent, ce qu’il faut c’est un nom, un patronyme célèbre. Les productions québécoises sont ainsi encombrées de fils et filles de vedettes ou de semi-vedettes, bref de gens qui ont un nom. Avec les années, le cercle des élus devient de plus en plus fermé.
Le guignol a longtemps été l’arme que le peuple utilisait pour se moquer de l’élite. Dans les années 80, il devient plutôt l’arme de l’élite culturelle pour souligner à grands traits la bêtise et l’ignorance des classes populaires. Les soixante-huitards qui oeuvrent dans les médias inventent un nouveau style: la caricature grossière du peuple. Le dénigrement du petit salarié est un « racisme bon chic bon genre » , socialement acceptable.
Que ce soit au Québec, aux ÉtatsUnis ou en France, la guerre au peuple est lancée et elle fait bien rigoler. On crée Les Deschiens en France et Les Simpson aux États-Unis. Dans la belle province, Falardeau invente Elvis Gratton. Flairant l’affaire, RBO mène une longue carrière en exploitant ce filon. Les personnages de cet imaginaire antipopulaire sont bêtes, idiots, technologiquement dépassés. Bref, ils sont des dinosaures qui résistent au culte du « changement pour le changement ». Les gens d’en bas ne méritent aucune compassion. À tout prendre, ils ont mérité leur sort, ainsi que le mépris dont ils sont l’objet.
La démocratie moderne qui voit le jour après les révolutions américaine et française était pourtant fondée sur un principe exigeant et juste : le mérite. Les privilèges des héritiers, de plus en plus puissants, minent aujourd’hui l’esprit du système de la promotion méritocratique. De nombreux jeunes talents sont maintenant écartés, ou crèvent de faim, au profit des enfants de star.
Sur le plan des principes, il n’y a rien d’injuste à ce qu’un enfant emprunte la même filière que son père ou sa mère. Certains héritiers ont un réel talent, parfois supérieur au parent. Mais pour un Marc Labrèche, ou un Guillaume Vigneault, il y a cinq Anne-Marie Losique. Ce que je questionne ici, en fait, c’est l’ampleur du mouvement. On fait face à une véritable invasion. Cette invasion, il est vrai, est applaudie par un certain public, avide des moindres détails de la vie privée de nos grandes familles : « Yé donc cute le bébé à Véro ! »
L’absence de sens critique, qui est endémique au Québec, exacerbe le problème. Si la célébration des héritiers continue, sans discussion et sans obstruction, la culture publique évoluera irréversiblement vers une ruine consanguine.



Chronique de rentrée  -  MARC CASSIVI
Son sac à dos fait la moitié de sa taille. On croirait qu’il part escalader l’Everest. C’est un peu ça. Il est entré à l’école. Mon plus vieux. À la maternelle. C’était hier sa première «vraie» journée.
Pendant les 102 minutes de 1981, réalisé par Ricardo Trogi, j’ai retrouvé mes 8 ans.
Je l’ai laissé devant la porte d’entrée, refoulant une envie, soudaine et instinctive, de le raccompagner jusqu’à sa classe. Tu n’oublies pas de déposer tes souliers de course dans ton casier. Oui, papa. Et tes vêtements de rechange. Oui, papa. Et ta boîte à lunch. Papaaaa!
Je me suis revu à sa place. Au premier jour. Sans repères, face à l’inconnu, dans mon jumpsuit en velours brun, un sac «Québec» en cuirette bleue à la main. Après l’avoir déposé, je suis allé voir 1981 de Ricardo Trogi, qui prend l’affiche vendredi. Pendant 102 minutes, j’ai retrouvé mes 8 ans.
En 1981, j’arrivais dans une nouvelle école après un déménagement en banlieue. Les cercles d’amis étaient déjà formés, les plus baveux accueillaient d’un oeil malicieux de nouvelles victimes potentielles. Je rêvais d’une montre-calculatrice du catalogue Distribution aux consommateurs, d’un bâton de Wayne Gretzky, d’un motocross avec faux réservoir en plastique rouge et d’un K-Way bleu. Certains avaient un mal fou à prononcer mon nom italien (on dit CaSSivi, pas CaZivi).
Exactement comme le petit Ricardo du troisième long métrage, à forte teneur autobiographique, de Trogi (on dit TroDGi, pas TroGUi). À l’exception près que la première de classe pour qui il avait le béguin se prénommait Anne. Moi, c’était Annie.
Vous dire comme je me suis reconnu dans cette chronique initiatique douce-amère, tendre et attachante, j uste quoique anecdotique et forcément moins caustique que les précédents Québec-Montréal et Horloge biologique.
Et pas seulement grâce aux cols roulés blancs sous les chandails en coton ouaté, les sacs à jus de Perrette que l’on aimait faire éclater, ou les références à Candy, la larme vacillante à l’oeil, à laquelle on préférait de loin Albator.
Je me suis aussi reconnu dans les premiers émois sentimentaux de Ricardo, à guetter en vain l’arrivée de la belle sur la piste de patins à roulettes. Dans sa difficulté à se tailler une place dans un groupe déjà soudé. Dans l’égoïsme et la brusquerie de l’enfance, dans l’importance donnée aux effets de mode et aux prouesses en tout genre, dans le jeu de la bouteille comme dans la vie. Et j’ai pensé à mon plus vieux et à son Everest, un pincement au coeur.

Le CRTC se couvre de ridicule   -  MARC CASSIVI
Dans une décision rendue hier, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes soutient que les propos sur les «personnes de race noire» du dernier Bye Bye, «pris dans leur contexte, risquent d’exposer une personne ou un groupe ou une classe de personnes à la haine ou au mépris». Rien que ça.
Aussi, le CRTC demande à Radio-Canada de s’excuser publiquement pour deux ou trois jokes de mononcle, volontairement outrancières, qui visaient précisément, quoique maladroitement et malhabilement, à dénoncer le racisme envers les Noirs, dans la foulée de l’élection de Barack Obama à la présidence des États-Unis.
De deux choses l’u ne, ou bien le CRTC ne comprend pas la signification de l’expression «pris dans leur contexte», ou il ne saisit pas la définition des termes «haine» et «mépris». Quoi qu’il en soit, le Conseil, qui n’entend visiblement rien à la satire, se couvre une nouvelle fois de ridicule.
Ce n’est pas parce que l’on rit que c’est drôle. Et ce n’est pas parce que le Bye Bye n’était pas drôle qu’il faut céder aux pressions du politiquement correct.
Le dernier Bye Bye était par moments d’un mauvais goût confondant (en ce qui concerne Nathalie Simard, particulièrement). Mais on ne saurait sérieusement prétendre qu’il a attisé la haine ou le mépris envers les Noirs. Envers Denis Lévesque peut-être.
Qu’au ra it sou ha ité le CRTC? Que dans une émission satirique où l’on dépeint une caricature de raciste (le « gros cave » de JeanFrançois Mercier, notamment), on l ui fasse dire «personne de race noire» ou «Afro-Américain»? Bye-bye la crédibilité.
Si l’objectif est d’empêcher les satiristes de mettre le mot « nègre » dans la bouche de personnages racistes, sous prétexte que le terme «a une intense portée émotionnelle et que les normes de la collectivité exigent par conséquent qu’on ne l’utilise qu’avec extrême prudence», aussi bien interdire clairement les émissions comme le Bye Bye des ondes publiques. Ce sera plus franc que la censure molle, drapée de moralité, que nous sert le CRTC.


L’intérêt public bien défendu -  Ronald Cohen
Le CCNR s’acquitte très bien de ses responsabilités
L’auteur est président national du Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR). Il réagit à l’opinion de Frédérick Bastien, intitulée « Le CRTC se saborde », publiée le 2 septembre dans La Presse. Dans son commentaire, Frédérick Bastien avance que le CRTC se saborde en raison de sa décision de renvoyer, imaginez, l’affaire Bye Bye au Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR). Et qui est cette jeune pousse au juste? Un organisme mis sur pied par l’Association canadienne des radiodiffuseurs (ACR) que M. Bastien décrit comme s’il lui fallait porter des gants protecteurs pour même toucher ces mots.
Mais attendez. M. Bastien explique. « Lorsque le CRTC reçoit une plainte concernant la programmation d’un radiodiffuseur privé membre du CCNR, il la dirige maintenant vers cet organisme et c’est ce dernier qui statue sur la plainte. »
Maintenant? Dans le sens qu’il s’agit d’un « nouveau processus »? Pas du tout. De toute évidence, M. Bastien ignore le fait que le CCNR veille au respect des normes en matière de radiodiffusion depuis le 26 avril 1991 (toutes les 453 décisions sont affichées sur le site web du CCNR). Depuis la décision du CRTC concernant CHOI-FM en 2004, le CCNR a rendu 127 décisions (comparativement à 19 décisions du CRTC sur des questions se rapportant au contenu).
Ce n’est pas que le CRTC ne fait pas son travail, ou qu’il ne peut pas le faire. C’est plutôt que le CCNR s’acquitte très bien de ses responsabilités. Prenons Howard Stern, par exemple. Lorsqu’il est arrivé sur les ondes à Montréal en septembre 1997, il a débagoulé des propos stupides et insultants à l’endroit des Canadiens français et bien d’autres groupes identifiables. Qui s’est chargé de cette question? Des propos de Laura Schlessinger? Du Doc Mai l loux ? De Louis Champagne ? Et maintenant des concours de Call TV? Dans chacun de ces cas, c’était le CCNR et non pas le CRTC.
En fait – et c’est là l’essentiel – il n’incombe pas au CCNR de protéger les intérêts des radiodiffuseurs privés. Son obligation consiste en l’application des normes codifiées, que ce soit en leur faveur ou non. Dans plus de 70% des 243 décisions rendues depuis 2000, les comités décideurs du CCNR ont tranché en faveur des plaignants. Personne ayant l’esprit objectif ne pourrait conclure avec impartialité que cela revient à défendre les intérêts des radiodiffuseurs. Le moins qu’on puisse dire, c’est que le CCNR défend les intérêts du public.
M. Bastien déclare que pour effectuer son travail, le CCNR applique « les codes déontologiques établis par cet organisme (l’ACR) », laissant entendre que ces codes sont viciés par cette association. C’est faux. M. Bastien omet de signaler à vos lecteurs que le CRTC a collaboré étroitement à l’élaboration du texte actuel de chacun des sept codes administrés par le CCNR, qu’il les a approuvés et que le respect de cinq de ces codes constitue une condition de licence pour les radiodiffuseurs canadiens visés, tant publics que privés.
L’affirmation de M. Bastien selon laquelle il est indécent de même proposer d’assujettir RadioCanada aux décisions d’un organisme émanant de ses concurrents est absurde en soi. Elle tient pour acquis, entre autres, que les radiodiffuseurs privés constituent un groupe monolithique, ce qu’ils ne sont pas, et que ce monolithe a une dent contre le radiodiffuseur public, ce qui n’est pas le cas non plus. Les radiodiffuseurs privés se livrent eux-mêmes tout autant de concurrence.
Je recommande à M. Bastien et à toute autre personne qui puisse douter du caractère équitable et objectif du CCNR d’éviter de telles embûches théoriques. Effectuez l’essai suprême. Lisez nos décisions.





RBO
VU PAR SES VICTIMES -  Paul Journet
RBO doit devenir vieux. Nous aussi. Après Yvon Deschamps, Clémence DesRochers et Dominique Michel, c’est à leur tour de faire l’objet d’un gala hommage au Festival Juste pour rire. Stéphan Bureau l’animera lundi au Théâtre Saint-Denis. Le contenu est gard
«Certains prétendent que la chose la plus abondante dans l’univers est l’hydrogène. Je ne suis pas d’accord. Je crois que c’est la stupidité », disait Frank Zappa. Si c’est vrai, RBO fait autant partie du problème que de la solution.
Cette stupidité, le groupe l’a alimentée par la pure connerie de ses gags scatologiques à la All-Brun, par le pur délire des soliloques de Cherze Siachon et autres personnages d’Yves Pelletier, ou encore par la pure méchanceté d’imitations comme celle de Jean-Marc Parent enduit de Clearabil.
Mais tels des mercenaires, les membres de RBO ont aussi combattu la bêtise humaine. Ils ne mettaient pas le doigt sur le problème. Ils « l’écrapoutillaient ». Puis ils l’aspergeaient d’acide, laissant derrière eux rires et odeur de brûlé. Que ce soit une certaine « paranoïa » entourant la loi 101 ou l’ahurissante crédulité des poissons-clients de Jojo Savard, rien ne leur échappait.
Ils touchaient à tout. Même aux intouchables. Y compris à Dieu lui-même, réduit à une sorte de Don King véreux, ou encore à notre dieu séculier, Maurice Richard, qui préférait les talents du « sympathique Réjean Houle » à ceux de Wayne Gretzky.
Ces pitreries envahissaient rapidement l’espace public. Que chantaient les manifestants à Châteauguay en août 1990 au plus fort de la crise d’Oka ? Bonjour, la police !
De ses débuts en 1981 à CIBL jusqu’à son dernier Bye Bye, RBO a décliné son humour sur presque toutes les formes: radiophonique (CIBL, CKOI, CKMF), musicale, scénique et surtout télévisuelle ( TQS, TVA et SRC). Multidisciplinaires, les humoristes s’impliquaient à chaque étape du processus. Assez pour leur valoir dans le milieu le surnom de « Soviets de l’humour ».
Après le lancement en 2001 de la série documentaire télé et des compilations The Sketches et The Tounes, le coffret DVD paru en 2004 et la myriade d’interviews, que reste-t-il à dire sur RBO? Leurs victimes en ont une idée... Portrait du groupe à travers elles. Un portrait un peu biaisé, car certaines des plus écorchées ont préféré ne pas rouvrir leurs blessures pour nous.
L’INTELLECTUEL VICTOR LÉVY-BEAULIEU, OU LE DOIGT CURIEUX
« Comme j’aimerais extraire ses abadies par la seule traction de mes phalanges exsangues et… et… » clamait un personnage joué par André Ducharme.
Onvoyait ensuite un fauxVLBcalédans son fauteuil, ivre mort. Les yeux fermés, il plongeait le doigt au hasard dans son dictionnaire, à la recherche d’un mot pour compléter la réplique. Son improbable trouvaille: plénipotentiaire.
De sa maison de Trois-Pistoles, l’auteur rigole en se remémorant le sketch. Il se sent un peu démasqué. « Je ne l’ai jamais vraiment dit, mais il m’arrive de faire cela. »
Vraiment? « Oui. Je ne sais pas trop comment ils l’ont deviné. Quand un début de paragraphe ne me vient pas, je choisis parfois un mot au hasard dans le dictionnaire. C’était le cas entre autres pour mon Don Quichotte. J’ai déjà aussi utilisé des phrases complètes de Lowry ou Kerouac pour débloquer. »
Quant à l’alcool, VLB ne s’en offense pas. Il reconnaît que c’était une période plus rocambolesque de sa vie. « Je n’ai toutefois jamais pris de drogue, tient-il à préciser. Mais ça ne me dérangeait pas qu’on me montre avec une seringue. Une caricature, c’est une charge. Plus RBO y allait raide, plus j’aimais ça. »
Ce qu’il préférait, c’est l’extrait où il se blottit dans la poitrine d’une infirmière. « Je voulais envoyer unmot aux gars pour leur demander de me l’envoyer, leur infirmière. »
Les éditions VLB figurent aussi parmi les victimes de RBO. Dans une décapante satire d’Apostrophes de Bernard Pivot, on découvrait trois prototypes de l’écrivain qui tourne en rond: le nombriliste (Philippe Tréchian), l’enculeur de mouches (Marguerite Troudugnol) et Gratien Hurtubise ( publié chez VLB), l’homme du terroir aux impossibles québécismes. Le moment le plus drôle d’Apostrophes depuis que Bukowski avait presque pissé dans ses culottes à la véritable émission.
Nos humoristes se moquent-ils assez des intellectuels ? VLB, fan aussi de Sylvain Larocque, Daniel Lemire et Mike Ward, estime que non. « Peut-être qu’ils ne les connaissent pas assez. »
LA CHANTEUSE BELGAZOU, OU L’AMOUR DU BOURREAU
« Pardon, surtout, mille fois pardon Belgazou (…) Si tu changes de nom, on va arrêter », chantait Guy A. Lepage de sa voix torturante. Dans la même séquence, des tomates étaient lancées sur l’image de la chanteuse.
Elle a finalement repris le nom de Diane Guérin. « Mais ce n’est pas à cause de RBO. C’était à la suggestion du directeur de la programmation de CKOI », raconte l’interprète du tube Talk About It.
Cette souffre-douleur de RBO assure ne conserver aucune rancune. « Au contraire, je les aime beaucoup, vraiment », lance-t-elle. Âgée de 61 ans, la retraitée du showbiz habite depuis quelques années à Saint-Côme, son « paradis sans stress ». Elle y déneige son entrée, fait du Scrabble pour son esprit et du yoga pour son corps, et elle prépare des repas pour les démunis.
Pas de rancune, mais des blessures, oui. « Je suis une fille sensible, justifie-t-elle d’un rire gêné. Je me souviens particulièrement d’un gag au gala de l’ADISQ. Toute l’industrie était là, c’était humiliant. »
Elle a fini par appeler Guy A. Lepage pour qu’il cesse. « Il avait très gentiment accepté. C’est quelqu’un que je respecte beaucoup. J’adore son intelligence, j’adore son travail. »
LA PUBLICITÉ DAGNEL SPÉCIFITÉ, OU LA MARQUE DÉTOURNÉE
« Chic ou ben spôwrt », proposait fièrement Yves Pelletier dans la pub de Dagnel Spécifité.
Le choix s’explique. C’est ce que raconte au téléphone Daniel Salvas – monsieur Daniel Spécialités lui-même, expropriétaire et acteur des pubs originelles.
« On vendait beaucoup de vêtements chics, et plus tard, de vêtements sport. Sport chic, faut s’entendre. À l’époque, les gens commençaient à changer leurs habitudes. Ils s’habillaient plus casual, comme on dit. Nos magasins étaient moins réputés pour cela, mais on essayait de s’adapter. »
Voilà une des raisons qui expliquent la faillite des merceries Daniel en 2007. Les pubs de RBO n’avaient jamais nui aux affaires, assure-t-il. « Notre clientèle était un peu plus monsieur que celle de RBO. (…) Les clients qui ont vu leurs pubs étaient plutôt sympathiques à la cause, sympathiques à Daniel lui-même et à ses magasins. Ça se peut, par contre, que les plus jeunes aient été un peu influencés. »
Plusieurs autres pubs et marques de commerce ont été détournées par RBO. Wal-Mart devenait Wall-Mard. Molson devenait Molçon. Et McDo devenait WacDo, le burger qu’on crache par dégoût.
Certains publicitaires avaient sûrement la frousse en lançant leurs messages. Malgré tout, certaines marques caricaturées ont peut-être profité de cette visibilité accrue. Ou peut-être que non. C’est difficile à mesurer, mais on se souviendra que Dunkin’ Donuts, théâtre de Bonjour la police, a choisi de commanditer les documentaires de RBO à TVA en 2001.
LA COMÉDIENNE ANDRÉE BOUCHER, OU LA MESSAGÈRE CAFÉINOMANE
« J’avais l’air d’une petite grenouille qui allait grimper dans un palmier », dit Andrée Boucher au sujet de l’imitation que Guy A. Lepage faisait de son personnage Évelyne dans les Dames de coeur – transformées en Deux de pique.
On entend encore la phrase « voulez-vous un petit peu de café?» résonner avec son timbre servile, ponctué de « ah! ».
Andrée Boucher en riait beaucoup. Mais pas son entourage. « Je boitais et la caricature montrait mon handicap. Mes amis trouvaient cela grossier. Moi, je trouve plutôt que ça dédramatisait le problème. (…) Et après tout, on riait du personnage et non de ma personne. La nuance est importante. »
Elle avoue qu’aujourd’hui encore des inconnus lui offrent « un p’tit café » au restaurant. « Le gag a plus aidé ma carrière que toutes les premières pages de magazine que j’aurais pu faire. »
Quelques années plus tard, elle tournait même une pub de Dunkin’ Donuts avec Guy A. Lepage, déguisé comme elle en Évelyne.
Les Deux de pique s’ajoutent aux Snappe pis bourdonne, Les héritiers du mal et nombreux autres pastiches d’émissions de télévision de RBO. Certains les ont déjà accusés de trop parler de télévision, au détriment de sujets plus « importants ». Ce à quoi le groupe répondait en 2007, dans une interview avec Nathalie Petrowski : « C’est un code commun et il y a quatre millions de Québécois qui regardent la télévision. Trouvez-moi une autre activité qui rassemble autant de monde et on va se faire un plaisir d’en faire un sketch. »
LE POLITICIEN MARIODUMONT, OU LES LIMITES DE LACARICATURE
En 1994-1995, RBO présentait Super Mario Dumont à l’Assemblée nationale, au travail avec son Game Boy et ses cahiers Canada. Douze ans plus tard au Bye Bye, on le retrouvait à la tête d’une classe de ti-namis indisciplinés – ses candidats.
Dans les deux cas, l’ex-chef de l’ADQ estime que les caricatures ne lui ont pas trop nui politiquement. « Le jeu de mots avec Mario Bros, ce n’était pas le plus surprenant. On le voyait venir d’assez loin. Et la deuxième, elle ne faisait que reprendre ce que les journalistes disaient déjà depuis plusieurs mois », lance ce « très grand fan » de RBO.
Selon lui, les caricatures télé comme celles de RBO ne sont pas les plus dommageables. Ce serait plutôt les caricatures des journaux. « C’est ce qui est le plus cruel pour l’ego et pour l’image publique. Mais encore là, leur pouvoir est limité. Personne n’a été aussi martyrisé par les caricaturistes que Jean Chrétien. Et c’est le politicien canadien qui a connu le plus de succès au XXe siècle. »
M. Dumont assure qu’il riait des gags de RBO sur lui. « ÀQuébec, Daniel Johnson, Jean Charest et moi étions les plus enclins à rire de nous-mêmes. En général, les péquistes comme M. Landry ou Mme Marois trouvaient moins drôles les blagues à leur endroit. Avec M. Parizeau, c’était moins pire, mais encore là... »
Les gags politiques n’étaient pas ses favoris. « Il est de bon ton de dire qu’on aime l’art engagé. Mais honnêtement, je préfère leurs personnages comme M. Caron, et surtout le sketch de la Soirée canadienne », avoue-t-il. Quelques secondes plus tard, il se met à nous en réciter des extraits.
Malgré son fond nationaliste, RBO n’a épargné aucun politicien ou parti politique. L’humour politique vieillit habituellement mal. Mais dans le cas de RBO, ce sont parfois ces gags qui restent les plus gravés dans nos mémoires. À commencer par le célèbre sketch du 4e Reich. Dans cette satire de la « paranoïa » d’Alliance Québec, Robert Bourassa devenait le Fourreur, et la loi 101 prenait des allures de génocide culturel. TVA en avait empêché la rediffusion.
LA SPORTIVE JOSÉE CHOUINARD, OU LA CHUTE GÊNANTE
La patineuse artistique Josée Chouinard habite dans la région de Toronto depuis 1993. C’est là qu’on l’a jointe pour parler d’un sketch d’André Ducharme. Elle ne s’en souvient pas vraiment.
Il faut donc le lui décrire. Un exercice un peu gênant. Disons, Mme Chouinard, que votre pub de Prêt Plus se transformait en pub de Prêt Pusse. Et que vous chutiez compulsivement, sans ne jamais perdre le sourire.
Après une vingtaine de secondes, elle finit par se remémorer un extrait. « Oui, le sketch où je tombais dans la douche, c’est ça? Ce n’est jamais plaisant de voir des choses négatives sur soi. Mais en même temps, ça m’avait un peu impressionnée. Je n’étais qu’une simple patineuse, et onme jugeait assez importante et connue pour écrire une blague sur moi. »
La triple médaillée d’or aux Championnats canadiens n’est pas la sportive la plus écorchée par RBO. Il existe des prétendants plus sérieux. Stéphane Richer en particulier. Comme d’autres hockeyeurs, on le réduisait à un débile léger aux tendances aphasiques qui nourrit de grandes ambitions. « Que ferez-vous plus tard? » lui demandait un faux animateur. Réponse: « Dodo ».
LE GROUPE MINORITAIRE LES AVEUGLES, OU LA MOQUERIE PAYANTE
RBO a ri des aveugles. La Fondation des aveugles les a récompensés. Vers la fin des années 80, elle leur a remis son prix Denis Lazure.
« Après le sketch sur le hockey des aveugles et celui où Richard Z. Sirois lit un Playboy en braille, nous avons reçu beaucoup d’appels de gens curieux. Ils voulaient en savoir plus sur les maladies visuelles », se souvient Ronald Beauregard, directeur général de la Fondation.
Les dons ont suivi les questions. M. Beauregard estime que la Fondation a reçu entre 5000 et 10 000$ de ces curieux dans les mois suivants. C’est pourquoi RBO a reçu la distinction.
Leurs gags se sont poursuivis jusqu’au gala honorifique. « Je me souviens que le groupe feignait de ne pas trouver le prix sur scène, poursuit M. Beauregard. On trouvait cela bien drôle. »

Le rire est inclusif, estime-t-il. Rire des handicapés est selon lui une étape de plus vers leur pleine intégration.


POÈMES ROCK  -  Marie -Christine Blais
C’est un phénomène à la fois extraordinaire et totalement inusité : après avoir été un des disques les plus vendus de l’année, l’album 12 hommes rapaillés, composé de poèmes de Gaston Miron mis en musique par Gilles Bélanger et interprétés par Perreau, Va
MARIE-CHRISTINE B L AI S E ntendons-nous t out de suite : il sera question ici uniquement de la mise en musique rock ou pop de textes qui n’ont pas été écrits e x pre s s é ment pou r deven i r chansons – bref, de la mise en musique de vers en bonne et due forme. Cela exclut, c ’est vrai, Vigneault et Leclerc, poètes s’il en fut, mais également auteurscompositeurs, et qui ont toujours fait une nette distinction entre ce qui était poème et ce qui était paroles de chansons dans leur t ravail. Même exclusion pour Leonard Cohen, Michel Garneau et Denise Boucher, tous trois poètes qui écrivent aussi des chansons. Cela exclut même les textes de Claude Péloquin ( Lindbergh, C’e s t pas physique, c’est électrique, etc.) et de Réjean Ducharme ( Mon pays (c’est pas un pays, c’est une job), Le violent seul (Chu tanné), la si jolie Tendresse et amitié, etc.), conçus d’office comme paroles de chanson, et non comme poèmes, à l’intention de Robert Charlebois, qui les a mises en musique et interprétées avec talent.
Plusieurs poètes d’ici ont inspiré les artistes québécois à mettre en musique des vers en bonne et due forme : Gaston Miron (ci-dessus), Émile Nelligan, Gilbert Langevin, Saint-Denys-Garneau, Patrice Desbiens, Roland Giguère...
Exclusion ou pas, cela n’empêche pas Robert Charlebois d’être de toute façon l’as des « metteurs en musique de poèmes » au Québec. Il adapte en français des poètes anglais qu’il met en blues (sur son bel album Doux sauvage), mêle la musique de Pachelbel et les mots du poète pataphysicien Alfred Jarry pour composer la chanson Terre-Love, rend hommage à l’écriture de Claude Gauvreau par sa chanson Le mont Athos, met en musique le poème Le Léthé de Baudelaire. Mais ce sont surtout les textes du poète français Rimbaud qui l ’ i nspirent : Larme ( 1978), bohème (1974) et, plus que tout, le poème Sensation, en 1969, qui deviendra vraiment populaire quand Charlebois l ’ i nter prétera avec Félix Leclerc et Gilles Vigneault lors du grand spectacle J’ai vu le loup, le renard, le lion en 1974. Magnifiquement mise e n musique, Sensation sera ensuite reprise, dans des a r r a ngements délicieusement latino-américains, par Daniel Bélanger, d’abord en spectacle, puis sur le triple album Tricycle en 1999.
Mais l’exemple par excellence du poème devenu c hanson à succès ? C’est le poème Soir d’hiver (Ah, comme la neige a neigé) du poète Émile Nelligan (18791941), que Claude Léveillée a mis en musique avec tellement de t alent en 1966 qu’on f redonne encore cet air, 43 ans plus tard – combien d’entre nous ont d’ailleurs appris ce sonnet en le chantant ? Lucien Francoeur mettra à s on t our c e poème en musique rock, sous le titre Nelligan, et en fera un succès radio en 1980 – c’était une des aspirations de Francoeur que de « mettre Nelligan dans les jukebox » à l’époque. Nelligan, Rutebeuf, Baudelaire…
Nelligan a beaucoup inspiré l es c ompositeu r s québécois. L’ad mirable d i s que Monique Leyrac chante Nelligan, composé de nombreux poèmes du jeune Montréalais mis en musique par André Gagnon, en est l’illustration la plus marquante. Mais Nelligan inspire également Claude Dubois, qui met en musique son poème Le vaisseau d’or. Ce ne sera pas sa seule incursion dans la poésie chantée : Dubois se fera plaisir en i nterprétant en 1987 le célèbre poème La complainte de Rutebeuf (La Griesche d’Yver), rebaptisé si mplement Pauvre Rutebeuf et mis en musique par Léo Ferré. Que sont mes amis devenus…
Il n’est évidemment pas le seul artiste québécois à se tourner vers les poètes français : le duo bossanova-jazzy Bet.e et Stef reprendra ainsi Il n’aurait fallu, poème d’Aragon mis en musique par Ferré, sur son premier album, en 2002. Les Colocs, après la mort de Dédé Fortin, enregistreront une version posthume de Paysage, grand poème de Baudelaire. Et il y a quelques mois à peine, le trio de chanson électro La Patère rose a carrément décidé d’ouvrir son premier album éponyme avec une mise en musique du poème Les deux bonnes soeurs du même Charles Baudelaire !
Difficile, par ailleurs, de ne pas mentionner la belle mise en musique du poème Le temps perdu de Jacques Prévert par JeanFrançois Pauzé, des Cowboys fringants. Et pour ma part, je n’oublierai jamais l’émotion particulière ressentie quand Pauzé a pris le micro pour chanter luimême ce poème lors du premier spectacle des Cowboys fringants à Paris, en 2004… Poètes québécois
Mais revenons aux poètes québécois dont les textes deviennent chanson. Si Nelligan est une source d’inspiration marquante, il est tout de suite suivi par Gilbert Langevin, dont les textes ont donné naissance à des chansons phares au Québec : La v o i x que j ’a i ( Of fenbach), Celle qui va ( Marjo), Ange-animal ( Dan Bigras), Si ciel il y a ( Pierre Fl y n n) , e t c . Dès 1 9 6 9, Pauline Julien enregistre d’ailleurs un très beau disque consacré uniquement à la poésie de Langevin, qui n’a, hélas, pas encore été réédité à ce jour.

On pourrait c iter bien d’aut r e s e xemples , c a r plusieu r s poètes d’ic i i nspirent particulièrement compositeurs et i nterprètes. C’est le cas de Saint-Denys Garneau, dont le groupe Villeray mettra en musique plusieurs poèmes en prose – un petit chef-d’oeuvre, rien de moins. Autre chef d’oeuvre : la trilogie d’albums de Chloé Sainte-Marie consacrée aux poètes québécois et amérindiens, dont P a t r i c e Desbiens ( qu i collabore aussi avec Richard Desjardins), Roland Giguère et Gaston Miron, mis en musique notamment par Gilles Bélanger. Le même Gilles Bélanger qui décidait il y a quelque temps de porter en musique 12 textes de Miron, devenus depuis le fabuleux album 12 hommes rapaillés…





Le mâle québécois, un loser ?
La publicité perpétue le mythe du gars faible
De tout temps, il est facile pour quiconque de se valoriser en diminuant l’autre en l’écrasant.
L’auteur réside à Montréal.
Que penser de ces publicités télévisées dans lesquelles les hommes sont non seulement des « gars faibles », mais également, pour employer un qualificatif de circonstance, des losers de premier ordre ?
Récemment, lors d’un souper d’amis auquel assistaient autant de femmes que d’hommes, ces publicités ont fait l’objet de discussions. Le verdict est unanime : elles sont déplacées, voire pauvres en contenu. Et le mot est faible.
Il y a quelques années, des artistes, dont Luc Picard, s’étaient élevés contre les rôles attribués aux hommes dans les séries télévisées. À cet égard, il énonçait, lors de l’émission Enjeux : « On est tannés de voir des images de gars faibles à la télé, à côté des femmes toutes puissantes, parfaites… » Le but n’étant pas d’enlever quoi que ce soit aux femmes qui, en passant, campent avec assurance leurs personnages, mais bien de redéfinir ceux joués par les hommes.
Aussi , notre propos n’est pas de rediscuter du contenu des séries télévisées, puisque le soussigné n’est pas un téléspectateur assidu. Cependant, sauf une personne vivant en réclusion, nous regardons tous la télévision et sommes souvent confrontés à certaines publicités dont le goût est sinon douteux, du moins discutable.
Dans l’une de ces réclames, il s’agit d’un couple dont l’homme tente de poser une tablette. Sa conjointe, sur un ton qu’il n’est pas opportun de qualifier, l’écrase littéralement et lui fait courber le dos tel un chien battu. Bel exemple de vie de couple ; ça doit donner aux gens le goût d’en former un. Le pire est que cette pub ne traite aucunement du produit. Faux. En réalité, il en traite. On diminue le conjoint pour vanter le produit, car le type de la compagnie, lui, sait comment tout installer. Quant au conjoint, qu’il retourne dans sa niche, ce pauvre de pauvre abruti. Dans une autre pub, ce n’est guère mieux. Le « boss » (aussi méprisant que la conjointe l’est dans l’autre) tape sur son employé qui, lui, est un faible, un peu imbécile, un loser, et dont les capacités intellectuelles semblent questionnables… Mais, ô surprise, il excelle au golf… Et la suite n’est guère mieux. Le produit ? Aucune référence.
Que l’on ne vienne pas nous rabâcher les sempiternelles justifications du jeu du double sens, ou encore de l’humour. Il ne faut quand même pas nous prendre pour des valises. Annonce facile ? À vous la réponse. Mais ce qui nous apparaît certain, c’est que de tout temps, il est facile pour quiconque de se valoriser en diminuant l’autre, en l’écrasant. Ce que nous servent ces annonces sont des comportements maintes fois décriés.
Le contraire, par contre, tient du respect, de la volonté, du savoir-faire et des actes accomplis. Aussi, par le discours tenu dans ces publicités, l’on perpétue le mythe que « l’homoquebecus » est un incapable, un pas de colonne, un peureux, et un loser. Vous n’en avez pas marre de ce type de publicités à la con ?
Est-ce que ce type de publicités nous incite à nous procurer les produits suggérés ? Est-ce que les compagnies et les agences de pub ont une certaine responsabilité sociale face à des stéréotypes qu’elles perpétuent ? Les réponses ne sont peut-être pas si évidentes, mais les questions méritent d’être posées.


OPINION L’homme-toutou
L’auteur réside à Montréal. Il réagit au texte de Marc Tremblay, « Le mâle québécois, un loser? », publié dans les pages Forum de samedi dernier. Je suis d’accord avecM. Tremblay: dans la publicité à la télévision, on véhicule trop facilement l’image d’un homme québécois faible et loser. Mais pourquoi en est-il ainsi? Que s’est-il passé dans la société québécoise durant les 40 dernières années pour que l’on en soit arrivé à ce triste constat?
Qui sont ceux qui créent ces publicités ? J’imagine que ce sont des jeunes hommes et femmes, dans la vingtaine ou début de la trentaine qui font tout le travail créatif. Alors, si tel est le cas, cela signifie que le jeune homme québécois est d’accord avec cette image. Pourquoi?
Selon moi, l’homme québécois a grandi dans un milieu où il était peu représenté (voire presque absent). D’une part, à l’école où dès le cycle primaire, le garçon est plongé dans un environnement presque exclusivement féminin. D’autre part, à la maison, où on trouve un nombre élevé de familles monoparentales, généralement dirigées par des femmes, qui ont donc élevé les enfants (avant les années 90).
Ensuite, il y a la question de l’émancipation de la femme. Nous connaissons tous les progrès et l’évolution de la condition féminine au Québec depuis la Révolution tranquille. À travers cela, il y a eu aussi nos projets de société: faire du Québec une société ouverte, égalitaire, et respectueuse.
Bref, l’homme québécois ne veut pas passer pour un macho ou un misogyne. Il désire se montrer comme un homme ouvert qui ne perpétue pas les anciens stéréotypes de l’homme pourvoyeur qui ne fait rien à la maison. D’accord. Mais le problème avec tout cela, c’est qu’il n’a pas encore pris sa place, il la cherche (la trouvera-t-il jamais?). Il marche sur des oeufs, que ce soit à la maison ou au travail, car il ne veut pas déplaire.
En attendant, on le voit comme étant un « mausus de bon gars » que rien ne choque, même pas quand sa conjointe le traite comme un enfant, comme un stupide ou comme un animal de compagnie ( je pense à la publicité de nourriture pour chats où l’homme est le chat de sa maîtresse).
Oui, c’est vrai, l’homme québécois est un « homme-toutou », un homme tout doux. Il y a rien de mal là-dedans, quoique à force de se percevoir comme un « cave » dans la publicité, il va finir par le croire… si ce n’est déjà fait !




FANTÔMES DU ROCK  -  Jean-Christophe Laurence
Comment la mort a fauché des rockeurs en pleine gloire. Et pas toujours de façon glorieuse…
«Vis vite. Meurs jeune. Ton cadavre sera plus beau.»
Ce célèbre proverbe turc pourrait bien s’appliquer aux martyrs du rock, qui hantent la légende depuis plus d’un demi-siècle. De Buddy Holly à Kurt Cobain, en passant par Jimi Hendrix, Jim Morrison, Sid Vicious, Ian Curtis ou Jeff Buckley ils sont plusieurs à être tombés au combat, fauchés en pleine gloire, dans des circonstances parfois spectaculaires, laissant comme seul héritage une poignée de disques-cultes et une certaine impression d’immortalité.
« Les morts de rockeurs nous fascinent parce que ce sont des trajectoires à la Arthur Rimbaud, résume Bruno de Stabenrath, auteur du Dictionnaire des destins brisés du rock (Éditions Scali), qui recense une centaine de décès de musiciens. On a l’impression qu’ils ont livré leur message, qu’ils ont connu un succès rapide et qu’après, ils sont morts. Leur jeunesse est en quelque sorte fixée pour l’éternité. Leur voix aussi, puisqu’elle a été gravée sur disque… »
Mais attention, précise l’écrivain : ce n’est pas parce qu’on meurt prématurément, et de façon extrême, que l’on devient une légende. « Il n’y a de grands rockeurs morts que s’il y a de grandes chansons, lance-t-il. Le mythe d’un musicien est généralement à la hauteur de son oeuvre.»
Halloween oblige, La Presse réveille aujourd’hui les fantômes. Voici une vingtaine de morts « rock » plus ou moins célèbres, qui ont frappé l’imaginaire et nourri la légende. Accidents, surdoses, suicides, meurtres… en avant la musique!
Controversé
Bien sûr il y a eu Ian Curtis de Joy Division. Michael Hutchence d’INXS. Ou Pete Ham de Badfinger. Mais le plus célèbre suicidé du rock reste encore Kurt Cobain, chanteur de Nirvana, qui se tire une balle dans la tête le 8 avril 1994, alors que son groupe est au sommet. Dans les années qui suivent, les rumeurs les plus folles circulent sur sa mort. On affirme que Cobain aurait été victime d’un meurtre commandité par sa femme Courtney Love. En effet, comment aurait-il pu appuyer sur la détente, considérant les phénoménales quantités d’héroïne absorbées ce soir-là?... Ouais, bon. Divisées en trois parts égales, ses cendres reposent aujourd’hui dans un temple bouddhiste new-yorkais, au fond de la rivière Wishkah dans l’État de Washington, et chez sa Love de veuve…
Aérien
Attention, la liste est longue. Depuis le célèbre écrasement d’avion le 3 février 1959, qui a emporté d’un seul coup les prometteurs Ritchie Valens, The Big Popper et Buddy Holly, on ne compte plus les rockeurs qui ont péri à bord d’un avion. C’est ainsi que le ciel nous a pris Otis Redding (ainsi que quatre de ses musiciens), la chanteuse R’n’B Aaliyah (2001) quatre membres du groupe de rock sudiste Lynyrd Skynyrd (1977) et le guitariste Randy Rhoads (1982), qui avait été invité à « faire un tour » par son chauffeur cocaïnomane. Mais la palme, ou plutôt la pale, revient au guitar hero Stevie Ray Vaughan, dont l’hélicoptère s’est écrasé sur une montagne, le 27 août 1990. Le pilote connaissait mal la région…
Gothique
La radicale scène black métal norvégienne n’a jamais fait les choses à moitié. En août 1993, après avoir commandé l’incendie de plusieurs églises et prélevé des bouts de cervelle d’un de ses amis fraîchement suicidé (il a prétendu les avoir mangés) le chanteur du groupe Mayhem, Euronymous, a été poignardé 23 fois par un certain Burzum, son propre bassiste. Accusé, ce dernier a justifié son geste en affirmant que sa victime était un « homosexuel, un communiste et un traître à la cause black metal ». Il purge actuellement une peine de 21 ans de prison et serait attendu de pied ferme par les fans d’Euronymous, qui ont juré de lui faire payer son crime.
Dans la série «morts violentes», mentionnons aussi John Lennon, Sam Cooke, Peter Tosh, lerappeurNotorious BIG et Marvin Gaye, tous tués par balle (ce dernier par son propre père) ainsi que la chanteuse Selena, assassinée par la présidente de son fan club…
Absurde
OnpourraitvousparlerdeJimiHendrix, John Bonham (Led Zep) ou Bon Scott, tous trois étouffés dans leur vomi. Mais leur disparition est assurément moins absurde que celle de Terry Kaths, fondateur du groupe Chicago, mort en j ouant à la roulette russe. Il était convaincu que le pistolet n’était pas chargé. Ou encore celle de Sonny Bono (Sonny & Cher), mort en ski après avoir percuté un arbre. Encore plus surréaliste, celle de Jeff Porcaro, batteur du groupe Poco, mort empoisonné. Toxicomane fini, il aurait tenté d’inhaler des insecticides. On l’a retrouvé raide au fond du jardin, au pied de son barbecue.
Flamboyant (1)
Icône du folk-rock, amant d’Emmylou Harris et ancien membre des Flying Burrito Brothers, le brillant Gram Parsons dilue son talent dans la dope. Le 13 septembre 1973, les mauvais anges ont finalement raison de lui. Après l’enregistrement de ce qui sera son album posthume ( Grevious Angel), le chanteur se réfugie dans le bled de Joshua Tree, près de Yucca Valley, où il succombe à une surdose de tequila et de morphine. L’épisode suivant relève de la fiction. Alors que son corps est sur le point d’être rapatrié à Los Angeles, son ami et manager Phil Kaufman vole sa dépouille à l’aéroport et, pour honorer un pacte scellé entre eux, la fait brûler dans le désert…
Flamboyant (2)
Mourir sur scène? Plusieurs artistes en rêvent. Mais dans la réalité, la chose n’a rien de si romantique. Parlez-en au chanteur Ty Longley, du groupe heavy métal Great White, mort brûlé vif après qu’un incendie se fut déclaré en plein milieu d’un spectacle. Ce drame a fait 93 autres victimes.
Aquatique
Le rock est plus lourd que l’eau. Donc il coule. Premier guitariste des Stones, Brian Jones, se noie dans sa piscine, en 1969. On sait aujourd’hui que cet accident n’en serait pas tout à fait un (on l’aurait « aidé »). En 1983, le batteur des Beach Boys Dennis Wilson, fin soûl, plonge dans le Pacifique pour récupérer une pièce de monnaie. Il ne remontera jamais à la surface. Ironique : c’était le seul membre du groupe qui savait vraiment surfer! Le 29 mai 1997, trois ans après la sortie de son seul album ( Grace) le chanteur Jeff Buckley entre à son tour dans la légende en disparaissant dans les eaux du Mississippi. On ne retrouvera son corps que cinq jours plus tard. Appelons ça le mauvais sort : son père Tim Buckley, aussi chanteur, avait succombé 22 ans plus tôt à une surdose d’héroïne.
Et au Québec?

Nous avons aussi nos fantômes. Ils sont moins nombreux, mais dans certains cas, pas moins spectaculaires. On pense bien sûr à Dédé Fortin, dont le hara-kiri dépasse encore l’entendement (en passant, le chanteur américain Elliot Smith s’est enlevé la vie de la même façon). Au chanteur Alex Soria (du groupe alternatif The Nils), écrasé par un train un soir de 2004, et, dans un registre plus « film noir », à la chanteuse Colette Bonheur, morte aux Bahamas en 1966, dans de douteuses circonstances. Officiellement, son décès serait attribuable aux barbituriques. Mais certains prétendent que quelqu’un aurait sciemment augmenté la dose…



Kiss expliqué aux enfants -  JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE
C’était frappant, cet été, lors du spectacle de Kiss au Centre Bell: son public rajeunit. Contrairement aux autres dinosaures du rock, le groupe fondé il y a 35 ans par Paul Stanley et Gene Simmons a su renouveler son bassin de fans, dont plusieurs ont encore l’âge d’écouter TéléToon et Vrak.TV. Marguerite, 8 ans, fait partie de cet étonnant nouveau fan club. À l’occasion du retour de Kiss sur scène (ce soir, Centre Bell) et sur disque ( Sonic Boom, sortie le 6 octobre), nous lui avons demandé de concocter une série de questions pour son groupe préféré. Gene Simmons lui répond.
Le fan club de Kiss rajeunit. Au point d’intéresser des enfants de 8 ans... Un phénomène attribuable, selon Gene Simmons, «en partie à la musique, au visuel et aux concerts».
JEAN-CHRISTOPHE LAURENCE Q Pourquoi
avez-vous décidé de faire un nouveau disque et quelle chanson a été la plus difficile à enregistrer? R Parce que, Marguerite, nous avons beaucoupdenouveauxfanscomme toi qui nous ont demandé d’écrire et d’enregistrer de nouvelles chansons. Sonic Boom, c’est notre cadeau pour vous. C’est un coffret de trois disques avec un CD de nouvelles chansons, un CD de nos classiques réenregistrés et un DVD de Kiss en concert à Buenos Aires. Pour ce qui est de la chanson la plus difficile, je dirais Russian Roulette. Elle était un peu plus compliquée à cause des changements de tempo. Q Éco utez-
vous encore vos anciens disques? Lequel préférez-vous et laquelle de vos vieilles chansons aimez-vous le plus? R Oui, j’écoute encore nos vieux disques. J’en ai plein de préférés. Destroyer pour les années 70. Creatures of the Night pour les années 80. Revenge pour les années 90 et, bien sûr, Sonic Boom pour les années 2000. Pour ce qui est des chansons, j’aime beaucoup God Gave Rock’n’Roll to You et Goin’ Blind, une de nos premières compositions. Q Toi
et Paul (Stanley), vous travaillez ensemble depuis presque 40 ans. Êtes-vous tannés de vous voir, parfois? R Non! Paul et moi, nous sommes une équipe. On se complète. Et puis, nous ne sommes pas comme les Beatles. Nos femmes sont restées en dehors du chemin! Q Est-
ce que Ace Frehley et Peter Criss (premier guitariste et premier batteur du groupe) vous manquent? R Oui. Nous sommes tristes qu’ils ne soient pas là pour voir la gloire qu’ils nous ont aidés à atteindre. Mais ils avaient des problèmes. C’est une bonne leçon pour vous, les jeunes: ne consommez pas de drogue ni d’alcool. Vous allez perdre! Q Pourquoi
avez-vous décidé de mettre du maquillage au début et pourquoi avez-vous décidé de le remettre après l’avoir enlevé? R Kiss a toujours fait les choses à sa façon. On a mis du maquillage au départ parce qu’on voulait être différents. On l’a enlevé pour se prouver, et prouver aux autres qu’on pouvait avoir du succès sans le maquillage. Enfin, on l’a remis, tout simplement parce que ça nous tentait. Q Drôle
de question, mais bon: comment faites-vous pour courir avec vos bottes à plateformes? R C’est très difficile, tu sais. Nos semelles mesurent huit pouces de haut. Chaque botte pèse entre 8 et 10 livres. Les guitares pèsent 10 livres. Et je porte 40 livres de poids supplémentaire par-dessus ça: l’armure, les clous de métal. Il faut être en très bonne forme physique. Et savoir comment arquer son dos. Sinon, c’est le tour de reins assuré. QJ ’ai
8 ans et j’aime beaucoup Kiss. Êtes-vous surpris d’avoir des fans aussi jeunes? R Non, parce que j’en ai vu plein d’autres comme toi dans le monde. Comment expliquer que notre public rajeunit? En partie le visuel. En partie la musique. En partie les concerts, parce qu’on se surpasse soir après soir. Et en partie tout le plaisir qu’il y a autour du groupe: les jouets, les jeux. Et ça, seul Kiss peut le faire. Q Et
vous, quand vous étiez jeune, quel était votre groupe préféré? R Les Beatles. Et ça l’est toujours. Q Dernière

question, Gene: Kiss existe depuis 35 ans. Comment faites-vous pour avoir encore du plaisir? R Je te répondrais, Marguerite, que chaque chose a besoin de son contraire. Nous avons encore du plaisir à faire Kiss parce que nous avons travaillé fort. C’est la même chose pour toi. Pour avoir du plaisir après l’école, il faudra que tu travailles fort en classe. Ne l’oublie surtout pas…




AC/DCAU STADEOLYMPIQUE   La démesure justifiée  -  Paul Journet

Ce devait être le plus grand concert rock de la décennie à Montréal, avait annoncé le Groupe Gillett. Quantitativement, il avait raison. Il n’existe qu’un mot pour qualifier le passage d’AC/ DC hier soir au Stade olympique: monstrueux.
Le passage d’AC/DC au Stade olympique samedi soir s’est fait dans la démesure avec un gigantesque train vapeur qui déchirait le milieu de la scène.
C’était la démesure. Une scène de 60 pieds sur 48, une passerelle de 176 pieds, des coups de canon et des boules de feu, des colonnes et des colonnes d’amplificateurs, plusieurs écrans géants, environ 53 000 fans et un des plus grands groupes rock de l’histoire qui revient après neuf ans d’absence. On s’attendait à un mégaconcert de stade comme il n’en existe presque plus, avec un enchaînement de succès relayés par une sono approximative. Et c’est ce qu’on a eu.
La fébrilité se sentait déjà une vingtaine de minutes avant le début du concert. Un kilomètre semblait nous séparer des fans à l’autre bout des gradins. Le stade est devenu une carcasse de béton, mais il ne manquait pas d’ambiance, grâce à la clameur de la foule et aux cornes rouges qui brillaient partout. Quand on voyait quelqu’un les acheter à l’entrée (15$ quand même), on n’était pas certain. Mais portées par des milliers de fans, c’est très beau.
Maintenant, la question de la sono. Ce n’était pas la catastrophe qu’on aurait pu appréhender. Mais c’était tout de même loin d’être impeccable. La voix de Brian Johnson était parfois enterrée et il semblait manquer de souffle par moments. Dans l’ensemble, le son manquait aussi de richesse. Peutêtre que des spectateurs situés ailleurs ont entendu autre chose. Ces petits problèmes disparaissaient toutefois lors des solos de guitare d’Angus Young, survoltés comme toujours.
Le cas d’Angus
AC/ DC est un groupe bizarre. Cliff Williams (basse), Malcolm Young ( guitare rythmique) et Phil Rudd (batteur) semblent venir pointer pour leur quart de travail. Rudd fume même des cigarettes pendant une bonne partie des pièces.
Ensuite, il y a le chanteur, Brian Johnson, toujours énergique avec le charisme prolétaire de son traditionnel béret. Et il y a Angus Young. Le guitariste se démène comme un forcené. Si son frère Malcolm semble incapable de jouer en bougeant, lui semble incapable de ne pas bouger. Il a dû perdre deux ou trois livres hier soir.
Angus fut un des premiers guitaristes à adopter la technologie sans fil, et on comprend pourquoi. Il arpente chaque recoin de la scène et de la longue passerelle avec sa danse de canard à la Chuck Berry. Il a volé la vedette, comme il le fait depuis plus de 30 ans. On se demande où il prend l’énergie, puis on se retourne et on imagine la vue qui s’offre à lui, avec un stade qui hurle à chacun de ses gestes. Cette drogue-là, on ne doit probablement jamais vraiment s’y habituer.
Angus, 54 ans, osera son traditionnel strip-tease. Il enlève son costume d’écolier puis s’arrête à son caleçon. Un clown? Non, car il appuie ces pitreries de prouesses sur sa Gibson.
Grosse Rosie et autres caricatures scéniques
AC/ DC a joué plus d’extraits de son nouveau disque que certains auraient pu le croire. Après Rock’n’Roll Train en ouverture, on a entendu plus tard Big Jack, Black Ice, War Machine et Anything Goes. Mais ces chansons n’ont pas encore été vraiment adoptées par le public.
La soirée a pris son envol avec Back in Black. Le verre de café tremblait dans nos mains, tout comme le plancher peu rassurant du stade. On ressentait le même effet lors des autres classiques, que ce soit Thunderstruck, Dirty Deeds Done Dirt Cheap, Hells Bells, You Shook Me All Night Long, T.N.T., Whole Lotta Rosie et, comme d’habitude en rappel, Highway To Hell puis For Those About to Rock ( We Salute You).
Pour cette tournée, un gigantesque train vapeur déchirait le milieu de la scène. Quant aux autres éléments scéniques, ils étaient les mêmes qu’à l’habitude. Comme il s’agit de visite rare, cela ne dérange pas. Cette caricature démesurée amuse même.
Brian Johnson se balance sur une corde au bout de la cloche géante au moment de Hells Bells. Une immense poupée gonflable, style modèle pour un Cyclope, apparaît pendant Whole Lotta Rosie (elle aussi, on peut l’acheter aux kiosques). Une caméra placée sous le plancher de verre filme la danse d’Angus Young pendant Thunderstruck. Puis, pendant For Those About to Rock, de gros canons (comme ceux de la pochette) explosent pour clore la soirée.
On rit encore aussi de The Jack, cette pièce sur une conquête de Malcolm qui avait une MTS. Des spectatrices sont montrées alors sur les écrans géants pendant que la foule crie: « She’s got the jack »...
Let There Be Rock, dernière pièce avant le rappel, offrira le plus beau moment. Les lumières s’éteignent à la fin et Angus Young disparaît pour ressurgir sur un podium au milieu du parterre et y poursuivre son solo. On pense assister au paroxysme, puis, peu après, ce podium s’élève encore de quelques mètres alors que des confettis virevoltent dans les airs. Le solo se prolongera encore de longues minutes. On peut se tromper, mais il semble que le guitariste l’ait allongé à cause de la folle ambiance.
Personne n’allait s’en plaindre.



L’INCREVABLE TRAIN  ROCK N’ ROLL  -  Paul Journet
AC/DC AC/DC est increvable. Son train de rock n’ roll roule depuis déjà 36 ans. Ce soir, le groupe devrait se produire devant 53 000 personnes au Stade olympique. C’est probablement le plus gros concert à Montréal depuis celui de U2 au même endroit, il y
Le sablier et ses limites
Le groupe AC/DC, photographié dans le cadre de son passage au Forum de Montréal en juillet 1991.
Cela ne deva i t pa s a r r i ver. Angus et Malcolm Young, Brian Johnson, Phil Rudd et Clif f Williams sont aujourd’hui dans la cinquantaine ou la soixant aine. Mais i ls continuent de charger avec leur rock bestial. Et ils continuent de trôner dans les palmarès.
À sa sortie en octobre dernier, leur disque Black Ice s’est hissé au sommet des ventes dans 28 pays, notamment au Canada.
AC/ DC a vendu plus de 200 millions d’albums en carrière. Le groupe en a écoulé plus de 2 6 mi l l i ons au x Ét a t s - Unis depuis 1991 (début des recensements Nielsen). Cela le classe en deuxième position des meilleures ventes d’albums, devancé seulement par les Beatles.
Et les billets de ses concerts s’envolent rapidement. Les stades et arénas de la planète se remplissent encore de fans qui veulent encaisser T.N.T, Highway To Hell, Back in Black et deux ou trois extraits du nouveau disque (habituellement Rock N’ Roll Train et Black Ice).
Les Australiens auraient-i ls pactisé avec le diable ? Sûrement pas. Si le diable exista it , i l aurait ménagé leur physique. Le doyen du groupe, le chanteur Brian Johnson (61 ans), devient bedonnant. Le guitariste Angus Young pourra bientôt compter les cheveux sur son front. Et il a plus que jamais besoin de son oxygène et de ses aspirines en coulisses, au cas où.
Son frère Malcolm et lui ressemblent aujourd’hui à deux hobbits suintants, avec leurs jambes-allumettes et leur teint c adavérique. Un t ei nt qu’on découvre encore à chaque concert quand Angus baisse son pantalon pour dévoiler ses fesses osseuses – camouflées dans la présente tournée par des caleçons à l’effigie du groupe, en vente au stand de souvenirs.
La meute
La lecture de AC/DC : Maximum Rock & Roll, l’une des quelques biographies du groupe, devient vite redondante. Concert dans une boîte de Melbourne – Bon Scott tabasse un portier. Concert d a n s u n c l ub d ’A ngle t e r r e – Angus balance sa guitare sur le crâne d’un fan insolent. Et ainsi de suite.
Un esprit clanique anime AC/ DC. C’est une meute. Méfiance envers l’extérieur, loyauté totale envers l e g r oupe. L e noyau du cla n : Malcolm et Angus, si xième et septième f i l s des Young, une famille de Glasgow qui a déménagé à Sydney au début des années 60.
Leur grand frère George gravite aussi autour du groupe. Ancien guitariste des Easybeats, il a réalisé quelques-uns de leurs albums, dont High Voltage et Stiff
Margaret, seule fille de la famille, joue aussi un rôle dans l’histoire d’AC/ DC. Le costume d’écolier-diablotin d’Angus, c’était son idée. Idem pour le nom du groupe. Selon la petite histoire, elle aurait eu le flash en regardant derrière une machine à coudre ou un aspirateur.
Les Young se sont toujours enorgueillis de leu r s racines ouvrières. Malgré leur immense succès, on les voit r a r ement su r un t apis r ouge ou da ns les t abloïds. C’est un cadeau presque aussi beau que leu r musique.
Le fantôme de Bon
En 1974, un accident de moto a forcé Bon Scott à se reposer de la scène. Pour boucler ses fins de mois, il lavait des bateaux et placardait des affiches comme celles d’un jeune groupe nommé AC/ DC. Quelques mois plus tard, il est devenu le nouveau chanteur.
Lui aussi était un Australien né en Écosse. Âgé de 28 ans, il servait un peu de grand frère à Angus (19 ans) et Malcolm (21 ans). Il leur ressemblait, et il les complétait.
AC/ DC possédait déjà l’instinct brut dans sa musique. Mais beaucoup moins ailleurs. Quand Angus cessait sa danse de canard épileptique pour retourner en coulisses, il redevenait plutôt tranquille, avec son régime de thé, lait au chocolat et cigarettes.
Scott, lui, personnifiait le rock. Et il le transposait dans des textes qui ont défini l’essence du groupe qui perdure encore aujourd’hui. C’est le refus du spleen, le besoin viscéral de foncer à toute vitesse pour goûter à tout avec i nsouciance. Y compris aux jeunes filles, comme en témoignent les titres Love Hungry Men et Let Me Put My Love into You. D’ailleurs, la tournée Lock Up
de 1976 n’était pas qu’un slogan. Scott a perdu quelques dents quand un père et son ami ont défoncé sa porte de chambre, armés d’une batte de baseball. Ils cherchaient une jeune fille…

Les paroles ont le mérite d’être limpides. Mais il faudrait une
conception plutôt élastique de l’art pour les juger poétiques. Certains y voient plutôt l’adolescence attardée qui s’éternise jusqu’à s’enliser dans un cul-de-sac.
Le chanteur Brian Johnson et le guitariste Angus Young lors d’un spectacle à Paris, en février dernier, dans le cadre du Ice World Tour.
Les événements leur ont donné un peu ra i son. Par une nuit froide, le 18 février 1980, après avoir éclusé trop de scotch, Scott s’est endormi sur la banquette arrière d’une voiture à Londres. Il ne s’est jamais réveillé. Mort étouffé dans son vomi.
Pour l e s puristes , AC/ DC a perdu son â me depuis que Bria n Johnson l ’a r emplacé. Scot t n’au r a i t pou r t a nt pa s renié ce choix. Il avait déjà été i mpressionné par l’énergie du groupe Geordie. Son chanteur, u n certa in Bria n Joh nson , s’était écroulé de fatigue à la dernière pièce d’u n concert . Quelques minutes plus tard, il se rendait à l’hôpital à cause d’une appendicite.
Le train musical
« Les gens disent qu’on fait le même disque depuis 11 ans. Ce n’est pas vrai. On fait le même depuis 12 ans », a blagué Angus Young sur les ondes de la BBC, au début des années 80.
I l pourrait aujourd’hui dire « depuis 34 a ns ». Cette si mplicité figure presque dans la charte d’AC/ DC. Avant même la fondation du groupe, George Young conseillait à ses deux f rérots d’éviter la complexité pour la complexité, une erreur qu’il avait constatée dans les dernières pièces des Easybeats.
On raconte que pour trouver la bonne caisse claire, il a déjà amené un ami dans une aciérie. Le presseur de 20 tonnes donnait le son voulu.
AC/DC a toujours collé aux premières amours de ses membres, le blues et le vieux rock (Chuck Berry, Little Richard, Jerry Lee Lewis, Muddy Waters) et certains de leurs contemporains ( The Who, Jimi Hendrix) et certaines pièces des Stones, comme Jumpin’ Jack Flash, et des Beatles, comme Get Back.
« On c r oit que l a musique devrait être jouée aussi fort que possible, et on va cogner quiconque dit le contraire », lançait Bon Scott aux débuts du groupe. Son rock « bluesé », AC/ DC l’a toujours j oué bruyamment, et superbement aussi.
Sa s ec t i on r yt h mique r essemble à un train qui refuse de s’arrêter. Angus Young en décuple la force avec sa guitare. La puissance de son jeu provient autant des notes que de l’espace entre les notes. Comme le lourd silence qui sépare deux coups de tonnerre.

On dev rait le constater encore une fois ce soir. Bons acouphènes. AC/DC, ce soir au Stade olympique, avec The Answer en première partie. Portes ouvertes à 18 h, spectacle à 19 h 45.


Le charme indiscutable de Bryan Adams  -  Alain de Repentigny
Tous les Bryan Adams que l’on connaît depuis 25 ans recevaient dans leur grand salon lundi soir. De celui, toujours vêtu de son costume de rockeur prolétaire, qui a pondu dans sa jeunesse des chansons aux riffs irrésistibles à l’improbable sexe-symbole à qui l’on doit au moins autant de ballades à succès, dont une bonne demi-douzaine ont trouvé preneur à Hollywood. Devant une salle Wilfrid-Pelletier qui ne demandait pas mieux, Bryan Adams en a pigé 29 dans son répertoire qu’il nous a toutes servies en mode acoustique, de Run To You à All For Love, en deux heures qui ont passé trop vite
Bryan Adams a tiré de sa guitare la rythmique essentielle à ses chansons et il a laissé sa voix unique, sablonneuse et puissante, faire le reste du travail.
Pourtant, le défi était de taille. Va toujours pour les ballades auxquelles une armée de spectatrices ont prêté leurs voix sans se faire prier. Mais comment diable le rockeur canadien allait-il s’y prendre pour reproduire l’énergie de Cuts Like A Knife, Coming Back To You, Can’t Stop This Thing We Started, In the Heat of the Night ou la très réclamée Summer of 69 avec sa seule guitare acoustique, un harmonica dylanien très occasionnel, et l’appui du pianiste Gary Bright, un sosie d’Adams qui pourrait passer pour Bernard Lamarche s’il portait un t-shirt avec le plan de la salle dessiné dessus?
Facile! Bryan Adams a tiré de sa guitare la rythmique essentielle à ces chansons et il a laissé sa voix unique, sablonneuse et puissante, faire le reste du travail. Tant et si bien que ses hymnes archiconnus n’ont rien perdu au change. Mais il en fallait plus pour récolter ovation sur ovation comme l’a fait Adams.
Les musiques de ses chansons ont beau être terriblement accrocheuses, leurs textes sont souvent des enfilades de lieux communs rock’n’roll et c’est encore plus évident dans ce genre de concert plus dépouillé.
Mais voilà, depuis qu’il est tout jeune, Adams possède une aisance remarquable sur scène et un ascendant rare sur ses fans. Il connaît tous les trucs du métier. Son sens de la répartie lui permet de répondre du tac au tac aux nombreuses admiratrices qui lui crient leur amour, et ses interventions entre les chansons sont drôles, spontanées et pertinentes.
Il transforme Please Forgive Me en pastiche de chanson country, se remémore un tout premier concert à Pointe-Claire où une jolie fille lui a fait une proposition difficile à refuser et s’excuse auprès de tous ceux qui ont fait de Heaven leur chanson de mariage après avoir dit qu’elle a été écrite pour un film sur un strip-teaseur mâle.
L’éternel gamin joue habilement la carte de la séduction avec les filles déjà conquises par ses chansons d’amour, puis il met tout le monde dans sa petite poche en chantant en français la chanson du film Spirit, l’étalon des plaines, Here I Am qui devient Me voilà. Puis il en rajoute une couche en chantant le début de Je reviendrai à Montréal et quand le public se lève d’un trait, il lui dit que c’est Robert Charlebois qu’il faut applaudir.
Pour tout dire, les fans de Bryan Adams sont ressortis de Wilfrid-Pelletier comblés, le sourire aux lèvres. J’en ai même entendu qui se proposaient d’y retourner hier soir. Si, par miracle, ils parvenaient à mettre la main sur un billet.


Les Beatles dépoussiérés  -  Alain de Repentigny
Le son des CD des albums des Beatles, lancés en 1987, a un petit quelque chose de préhistorique aujourd’hui. Ces dernières années, une équipe d’experts s’est affairée à les dépoussiérer et ces «nouveaux» CD seront en magasin le 9 septembre. Conversation s
Remastériser, ce n’est pas remixer. La nuance est essentielle, insiste l’ingénieur Allan Rouse, à qui EMI et Apple Corps ont confié la responsabilité de coordonner la remastérisation des albums des Beatles.
Les Beatles lors de leur prestation historique au Ed Sullivan Show en février 1964.
«Prenons un vieux tableau à l’huile, exposé dans un musée depuis 300 ans, répond l’ingénieur britannique. Quand on remastérise, c’est un peu comme si on nettoyait ce tableau pour en faire ressortir la brillance, la lumière, l’éclat. Mais nous n’ajoutons pas une autre fleur à ce tableau, ce qu’on peut faire quand on remixe. En remixant, on peut modifier la position des instruments ou de la voix. C’est un changement plus extrême. Mais cette fois, on savait exactement à quoi on s’attaquait: la musique des Beatles est le saint Graal, la "vraie affaire", et nous l’avons traitée avec révérence.»
Allan Rouse connaissait les limites de son mandat: transférer les enregistrements analogues des Beatles sur un support numérique et nettoyer les imperfections de la bande maîtresse tout en privilégiant l’authenticité et l’intégrité des enregistrements d’origine.
«Heureusement, on s’était libérés de la tentation du remixage en en faisant beaucoup ces dernières années: Yellow Submarine pour le film en Dolby Digital 5.1 et pour l’album de la bande originale, toute l’Anthology des Beatles sur DVD en 5.1 et en stéréo en plus de Help!, Let It Be Naked et Love. Ce qui nous a beaucoup aidés, c’est que les transferts numériques sont supérieurs à ceux d’il y a 22 ans; l’équipement numérique était tellement nouveau, et pas très bon, à l’époque. Nous avons tout de suite noté une nette amélioration en comparant les nouveaux transferts avec ceux de 1987.»
Fans et connaisseurs
seulement des fans des Beatles, mais qui connaissent à fond leur oeuvre pour avoir travaillé depuis 12 ans à différents projets à partir des bandes d’origine, y compris le jeu vidéo Rock Band. En réécoutant les CD remastérisés, nous devions décider s’ils étaient allés trop loin, ou pas assez, dans leur travail, si la voix, par exemple, était trop claire. Le cas échéant, nous en rediscutions. L’important, c’était que nous soyons tous d’accord à la fin.»
L’équipe d’Allan Rouse a consacré l’équivalent d’un an, réparti sur les quatre dernières années et demie, à cette tâche. Rouse et son collègue Mike Heatley ont même poussé le zèle jusqu’à vérifier la qualité de tous les enregistrements remastérisés dans un studio différent.
«Écoutez, on peut affirmer que les Beatles sont encore le groupe le plus important au monde, répond Rouse sur le ton de l’évidence. J’ai donc décidé que la pression de ce travail n’allait pas reposer sur les épaules d’un seul homme. Nous avons rassemblé une équipe de gens qui ne sont pas
Les ex-Beatles Paul et Ringo n’ont pas participé à ce processus, pas plus que leur réalisateur George Martin, dont les problèmes d’ouïe ne lui permettent plus de faire un travail aussi technique. «Nous leur avons présenté notre travail complété en début d’année et nous avons attendu leurs commentaires, raconte Rouse. Il n’en ont pas fait.»
Ceux qui ont acheté le CD du spectacle Love du Cirque du Soleil ne doivent pas s’attendre à des résultats aussi spectaculaires, prévient Rouse: « Love était une expérience d’écoute avec plusieurs haut-parleurs. Si vous avez le DVD de Love, vous pouvez l’écouter en 5.1 à la maison, comme le DVD de l’Anthologie. Chaque fois que quelqu’un remixe de la musique comme pour Love, même George Martin, c’est une interprétation, ce n’est plus la pièce d’origine, tandis que ces CD remastérisés sont justement les matrices, en stéréo ou en mono, qui ont été créées par George Martin, les ingénieurs et les Beatles dans les années 60.»
Maintenant, la question qui tue: est-il concevable que dans 20 ans, avec le progrès de la technologie, on nous propose encore d’autres enregistrements des Beatles de qualité nettement supérieure à ceux de 2009?
«Les versions de 2009 sont très proches des matrices, et c’est impossible de faire mieux que les originales, répond Rouse. L’avantage d’avoir attendu 22 ans pour les remastériser, contrairement à certains groupes dont les disques l’ont été plusieurs fois (les Stones, quelqu’un?), c’est que le changement est pas mal plus évident.»


Il faut maintenant se faire à l’idée…  -  Marc-André Lussier
Le 33e FFM passera-t-il à l’histoire ? Pas sur le plan de la programmation en tout cas. Ni sur celui du rayonnement médiatique international. En revanche, force est de constater que les fidèles sont venus plus nombreux dans les salles cette année. Et y ont visiblement trouvé leur compte. Les choix de programmation, du moins ceux ayant trait à la compétition mondiale, semblent justement faits en fonction d’un public qui, depuis tant d’années, porte ce festival à bout de bras, contre vents et marées.
On pourra désormais évoquer un « style » FFM : un film venu d’ailleurs, fleurant bon les valeurs humanistes et l’académisme bon teint. Les observateurs auront beau faire des comparaisons avec les sections compétitives des grands festivals internationaux de cinéma, le fait est que cette approche semble désormais coulée dans le béton. Cette vision des choses a l’avantage de fidéliser un public qui en redemande. Mais elle comporte aussi un très gros revers.
Le rêve de voir (ou revoir) un jour à Montréal un grand festival de cinéma rassemblant toutes les fratries relève aujourd’hui du pur fantasme. Il faudra se faire à l’idée. Même si la division des troupes ne fait que creuser notre trou davantage, chacun restera désormais bien campé sur ses positions et ne comptera céder aucun pouce de terrain aux « camps ennemis ».
On cible désormais des clientèles de façon très précise. Le FFM s’adresse ainsi aux gens en mal d’exotisme ; le Festival du nouveau cinéma comble les cinéphiles branchés et la critique ; Fantasia rallie les amateurs de films de genre. Sans compter les innombrables festivals spécialisés qui pullulent au cours de l’année. Les distributeurs locaux, sollicités de tous bords tous côtés, doivent jongler avec tous ces vases non communicants. Les plus importants d’entre eux consentent à montrer un ou deux de leurs titres au FFM, un festival où le milieu du cinéma, s’il n’est pas directement impliqué dans un événement, est virtuellement absent de la manifestation. Point d’effervescence ni d’esprit festif.
Le FFM peut-il espérer recruter de nouveaux adeptes en maintenant sa formule actuelle ? Impossible. D’abord, il faudrait au départ une volonté en ce sens. Avec le retour du festival dans les bonnes grâces des organismes de financement, qui le subventionnent maintenant à très belle hauteur sans trop poser de questions, pourquoi même y songerait-il ?
Oublions alors le FFM des grandes années. Oublions ce festival qui, jusqu’au milieu des années 90, faisait partie des rendez-vous cinématographiques importants sur le plan international. Au fil des ans, le FFM s’est transformé en manifestation essentiellement locale, répondant aux besoins du public qui le soutient. On aura beau, année après année, relever l’absence d’une ligne directrice dans une progra mmation fourretout, noter le peu d’efforts mis dans la recherche de films sous-titrés en français, déplorer la pauvreté de son site internet ou formuler toutes les critiques possibles et imaginables, le FFM ne changera pas. Et ne changera probablement jamais.
À chacun de se situer par rapport à lui. Et de faire ses choix.



La cinéphilie partisane  -  Marc-André Lussier
De la même manière qu’il existe de la politique partisane, il faut maintenant évoquer aussi la notion de cinéphilie partisane à Montréal. Je suis toujours stupéfait d’apprendre que plusieurs assidus du FFM ne fréquentent j amais un autre festival de cinéma. Je ne sais si c’est par souci de solidarité avec le tandem Losique-Cauchard ou tout simplement à cause d’un manque d’intérêt.
À l’opposé, certains cinéphiles « branchés », parmi lesquels quelques-uns de mes collègues critiques, préféreraient se faire amputer un bras plutôt que d’aller voir un film sélectionné par le FFM. Pour eux, seul compte le Festival du nouveau cinéma. Beaucoup de jeunes cinéphiles, eux, ont choisi un autre camp. Dans leur esprit, Fantasia est de loin le meilleur festival de cinéma à Montréal.
Comment réconcilier tout ce beau monde ? Pas évident. L’appel de la ministre Christine St-Pierre, qui a demandé «à tout le milieu, artistique ou politique, d’être derrière ce festival qui apporte tant» lors de la soirée d’ouverture du FFM, n’aura bien entendu aucun écho. Cet élan de jovialisme était d’ailleurs assez étonnant de la part de madame la ministre de la Culture, des Communications et de la Condition féminine.
L’approche de ses prédécesseurs était plus réservée. Quand on pense au rôle qu’ont joué les organismes gouvernementaux dans la fameuse «saga des festivals» il n’y a pas si longtemps, pendant laquelle toutes les billes avaient été retirées du FFM, cette profession de foi emprunte des allures pour le moins étranges. Le gouvernement québécois abaisse ainsi toute sa garde. Une enveloppe de 720 000$ a été donnée au FFM par Québec cette année, dont 270 000$ proviennent de la SODEC. Ce n’est pas rien.
Les vieux
«Pis arrêtez donc de dire qu’on est vieux! On a le droit de vivre et d’avoir nos activités, nous aussi!» Au fil des ans, je me suis parfois fait prendre à partie par des assidus du Festival des films du monde. Rien de bien grave, rassurez-vous. Ces échanges sont même plutôt cordiaux, voire affectueux.
Certains spectateurs nous imputent parfois la responsabilité du déclin de leur festival favori. Comme la plupart des médias l’ont déserté depuis longtemps, il n’y a finalement pas beaucoup de boucs émissaires à qui exprimer ses doléances dans le blanc des yeux.
Dans la presse écrite, nous ne sommes plus que deux journalistes à couvrir la compétition du FFM dans son intégralité. Ma collègue du Devoir Odile Tremblay et moi aurons d’ailleurs sans doute droit un jour à une statue.
Dans sa chronique d’hier, mon ami Cassivi, que je remercie très sincèrement, en a rajouté une couche en constatant que le FFM était devenu un «festival de vieux». Non mais, c’est correct, Marc, le monde nous aime pareil. Sur mon blogue, un intervenant a écrit: «Le FFM, c’est pour les vieilles anglophones à la retraite qui sentent l’Aqua Velva et les vieux profs de littérature montréalais.» Assez fort pour elle, mais conçu pour lui, j’imagine. Cette perception est en tout cas bien tenace. Et se révèle presque aussi délicate et capiteuse que l’odeur que laisse dans son sillage la fameuse lotion après-rasage qu’évoquait le correspondant internaute.
Je comprends la colère de certains festivaliers. Si personne ne peut nier que le FFM a un grave problème de renouvellement du public, il reste que ce sont ces vétérans cinéphiles qui l’ont maintenu à bout de bras. Et ont assuré sa survie. Ils constituent le pilier le plus solide auquel s’arrime le navire. Les communautés culturelles de Montréal font le reste. Une fois l’an, ces dernières se donnent rendez-vous au FFM pour prendre des nouvelles du pays qu’ils ont un jour quitté. Tous ces gens restent fidèles au poste. Et trouvent visiblement leur compte dans une programmation «qui les fait voyager». Leur présence ne constitue pas le problème. C’est plutôt l’absence des autres qui en est un.
Cela dit, force est de constater que les salles sont beaucoup plus fréquentées qu’au cours des récentes années. On cherche les raisons de ce regain d’affluence. On voit mal comment la programmation, toujours aussi obscure et anarchique, aurait pu avoir un impact à cet égard. Une ligne directrice s’impose. Au générique du FFM, on compte 11 personnes dans le comité de programmation, «assistés de nombreux correspondants à travers le monde». Qui choisit quoi? Mystère.
Ce n’est pas qu’on insiste, mais je vous inviterais à aller vous balader quelques minutes sur le site internet du Festival de Toronto (tiff. net). Peu importe le titre du film sur lequel vous vous arrêterez, une page s’affichera dans laquelle pourrez lire les commentaires personnels du sélectionneur qui l’a retenu. Ça fait rêver.


Sur le gros nerf  -  Marc-André Lussier
Ils sont drôles. À quelques heures de la soirée d’ouverture du 34e TIFF, il fallait les voir rôder dans les couloirs du Sutton Place Hotel, badge accroché au cou et teint déjà pâle, à tenter de retrouver leurs marques. Et parfois même leurs esprits.
C’est qu’ils sont tous sur le gros nerf. Tous. Journalistes, professionnels et relationnistes « hyperventilent » à qui mieux mieux en se prêtant à l’exercice le plus périlleux de leu r a n née cinéma : construire un horaire réaliste pendant les neuf prochains jours.
À Toronto, tenir son agenda à jour tient en effet du pari impossible. On le sait. On s’y prépare. Pourtant, année après année, on tombe dans le panneau. Une projection incontournable en chevauche une autre, laquelle déborde forcément sur l’heure fixée pour une interview en tête en tête avec un cinéaste de renom, une rencontre avec un acteur en vedette dans un film apprécié, ou une conférence de presse à laquelle participent des superstars.
Au cou rs des der n iers jours, nous en étions encore au stade des confirmations, à tenter d’insérer des trucs immanquables dans des plages de 15 minutes, toujours dans l’ordre du « si » et du « peut-être ».
Une fois l’horaire établi, c’est le vertige. Comme celui que ressent l’alpiniste à la veille de gravir l’Everest.
À cet égard, le T I F F est beaucoup plus d i f fic ile à « gérer » que les autres festivals sur le plan de l’organisation. D’abord, les journalistes canadiens (et québécois) ont accès beaucoup plus facilement aux artisans qu’ailleurs, étant donné que la plupart des titres phares ont déjà été acquis par un distributeur local. Si des interviews en tête en tête à Cannes relèvent pour nous de l’ordre du fantasme, elles se concrétisent bel et bien à Toronto. Il faut ainsi évaluer toutes les possibilités. Et faire les meilleurs choix.
Le TIFF ne comportant pas de section compétitive, aucun événement n ’est c iblé de façon plus particulière dans le programme non plus. Cela complique un peu les choses, car plusieurs projections de films importants ont lieu simultanément.
Chaque année, la question de la place qu’occupe Toronto à l’échelle internationale est par ailleurs soulevée dans les médias locaux. Qui situent généra lement le T I F F au deuxième rang des festivals de cinéma les plus importants du monde, soit tout de suite après Cannes. Si l’on tient compte des g rosses affaires qui se brassent ici, oui, sans doute.
Tant qu’il ne prendra pas le risque de se mouiller vraiment en intégrant le circuit des festivals compétitifs, j e crois pourtant que le TIFF n’existera j amais vraiment ailleurs que dans l’esprit des professionnels. Et celui du public torontois.
Un amant du cinéma, peu importe où il se trouve dans le monde, sera tenté d’aller faire un détour pour voir un film lauréat d’une Palme d’or à Cannes, d’un Lion d’or à Venise, ou d’un Ours d’or à Berlin.
Avez-vous déjà entendu u n c i néph i le pa r isien ou new-yorkais faire un choix en fonction d’une sélection à Toronto ? Moi pas. Sans section compétitive, un festival de cinéma, aussi riche, au ssi g iga ntesque soit-i l , peut difficilement s’inscrire dans l’imaginaire collectif international.
Le miroir du monde
Je ne pourrai jamais oublier. Il était 10 h 30. Je sortais de la projection de Monsoon Wedding. J’avais une course à faire, une enveloppe à récupérer, laissée pour moi à la réception d’un bureau torontois qu’occupait à l’époque le service publicitaire de La Presse, au 20e étage d’un édifice du centre-ville. J’entends beaucoup de sirènes sur la rue Bloor. Je n’y prête pas attention. Je monte. Carmen me reçoit. J’ai l’habitude de déconner un peu avec elle. Elle affiche un air plutôt grave. « – Ça va Carmen ? – Oui, moi ça va. As-tu remarqué que le monde est en train de s’écrouler ? – Quoi ? Mais qu’est-ce que tu racontes ? »
C’est comme ça que j’ai appris que deux avions avaient percuté de plein fouet les tours du World Trade Center, et qu’un autre s’était abattu sur le Pentagone. Pendant la descente, l’écran de l’ascenseur était branché sur CNN. J’ai alors vu les premières images. Je suis retourné, incrédule, au cinéma Varsity, où ont lieu les projections de presse du TIFF. Tout le monde s’agglutinait autour des écrans de télé installés dans le hall. Professionnels et journalistes, dont plusieurs Américains, étaient en état de choc.
Quand les tours se sont écroulées en direct, plusieurs n’ont pu retenir leurs larmes. À 12h30, le festival a éteint tous ses projecteurs. Quatre heures plus tard, le directeur Piers Handling, livide, annonçait la suspension des activités pour le reste de la journée. «Toronto est en état d’urgence », avaitil déclaré sur un ton grave et solennel. Le TIFF reprendrait le lendemain sans plus aucune trace de glamour.
Jeanne Moreau, venue présenter Cet amour-là, fut de la première conférence de presse « post attentats ». La grande dame a su trouver les mots.
« Bien sûr, il est difficile d’exprimer à quel point nous sommes impuissants et désolés dans pareilles circonstances, avait-elle dit. C’est pourquoi j’estime important de nous réunir tous ensemble. Nous sommes libres. Nous n’avons pas le droit de nous arrêter de vivre. Nous avons la chance de pouvoir exposer les différentes facettes du monde dans lequel on vit. Le cinéma est le miroir du monde.»
C’était il y a huit ans. C’était un 11 septembre.


Jason Reitman en route vers la gloire?  -  Marc-André Lussier
Après Juno, le cinéaste Jason Reitman frappe un autre bon coup grâce à Up in the Air, une comédie dramatique mettant en vedette George Clooney. La course aux Oscars est officiellement lancée.
S i vous demandez à un festivalier quel est le meilleur film qu’il a vu jusqu’à maintenant au TIFF, il y a de bonnes chances qu’Up in the Air soit mentionné. Déjà, une rumeur favorable place le nouvel opus de Jason Reitman en bonne position dans la prochaine course aux Oscars.
Le cinéaste Jason Reitman a du mal à trouver un seul défaut à George Clooney (notre photo), vedette de son plus récent film, Up in the Air. «Je sais que pour nous, pauvres humains, c’est énervant de savoir qu’un homme comme lui existe. Mais la réalité est que George est probablement le dernier des grands.»
Il est vrai que cette comédie dramatique se démarque nettement par son intelligence, son humour fin. Elle se distingue aussi par cette façon d’apostropher l’humeur d’une époque et d’en tirer une vraie réflexion.
Le récit, très librement adapté d’un bouquin de Walter Kirn, s’attarde à décrire le parcours d’un homme sans attaches qui, dans une année, passe au moins 300 jours de sa vie sur la route, la plupart du temps en correspondance dans un aéroport. Travaillant pour une firme spécialisée à laquelle font appel les entreprises quand celles-ci souhaitent licencier des gens, cet homme a pour emploi d’annoncer face à face à des employés – inconnus de lui – que leurs services ne sont plus requis.
La vie de Ryan (George Clooney) basculera le jour où il rencontrera une femme aussi indépendante que lui (Vera Farmiga), tout aussi obsédée par les points qu’elle accumule dans les différents programmes de fidélisation des compagnies aériennes. L’homme aura aussi du mal à concevoir qu’on puisse lui couper les ailes quand son patron (Jason Bateman) semble prêter attention au nouveau modèle d’affaires que lui propose une jeune cadre ambitieuse (Anna Kendrik). Cette dernière suggère que toutes les opérations se fassent désormais à l’aide de vidéo-caméras, rendant ainsi tout déplacement inutile.
«Quand j’ai commencé à écrire ce scénario, il y a plusieurs années, les scènes pendant lesquelles les gens se faisaient congédier empruntaient une forme comique, expliquait hier Jason Reitman au cours d’une rencontre de presse. Avec la crise que nous vivons, elles ne le sont plus du tout. J’ai tenu à intégrer dans le film des gens qui se sont vraiment fait congédier dans la vie. J’ai placé une petite annonce à Saint-Louis et à Détroit, deux villes tragiquement touchées par la crise. Nous avons reçu un nombre incroyable de réponses. Nous avons enregistré les témoignages d’une centaine de chômeurs, au cours desquels ils nous racontaient comment cela s’était passé pour eux. Environ 25 personnes jouent leur propre rôle.»
GeorgeClooney,absentdecetterencontre, livre par ailleurs l’une des plus belles performances de sa carrière. Reitman a d’ailleurs écrit le script en fonction de l’acteur. Quand il est sommé de décrire au moins un défaut de la vedette de son film, le jeune auteur cinéaste a du mal.
«J’ai beau chercher, il n’y a strictement rien de négatif qu’on puisse dire sur George, dit Reitman. Même en privé! Je sais que pour nous, pauvres humains, c’est énervant de savoir qu’un homme comme lui existe. Mais la réalité est que George est probablement le dernier des grands. Il est talentueux, affable, et fait preuve d’un humour formidable. Il est tellement bon que je deviens moi-même un meilleur cinéaste grâce à lui.»
Up in the Air prendra l’affiche en décembre. Michael Moore moins optimiste…
Venu dans la Ville reine afin d’accompagner la présentation de Capitalism: A Love Story, Michael Moore affirme être préoccupé par l’ampleur de la colère populaire. «Si rien n’est fait, tout risque d’exploser, a-t-il dit au cours d’une entrevue accordée à La Presse. J’ai peur de la violence. Je ne la souhaite surtout pas. Partout où je vais, les gens sont inquiets. Et surtout, très en colère.»
Dans son nouveau documentaire, le réalisateur de tente d’ex-
Fahrenheit 9/11 pliquer pourquoi le système capitaliste s’est écroulé. À la lumière de la dernière crise financière, où le gouvernement américain a investi des sommes astronomiques pour sauver des banques et des grandes corporations, Moore recueille différents témoignages. Il concocte, fidèle à sa manière, un portrait décapant de la situation et tente de confronter directement les requins de Wall Street. L’ensemble frôle bien entendu la manipulation et abuse du sentiment du spectateur. Mais le film est diablement efficace. Cela dit, Capitalism: A Love Story (à l’affiche le 2 octobre) est peut-être un peu dépassé par les événements. Les dérapages autour du débat sur les soins de santé – son précédent film, Sicko, traitait justement du sujet – ont en effet changé la donne. Et redonné une voix aux tenants de la droite.
«Pour que ça bouge, il faut que les gens se rallient, explique Moore. Or, les gens à gauche et au centre n’ont pas l’habitude de faire entendre leur voix aussi fort que les gens de la droite. J’ose espérer que cela change un jour, mais je n’y crois plus tellement. L’impasse dans laquelle se trouve le débat sur les soins de santé m’attriste beaucoup. Je crains que la présidence de Barack Obama n’en souffre…»




ART, KETCHUP ET A GROALIMENTAIRE  -  Stéphanie Bérubé
SAINT-HYACINTHE A TOUJOURS ÉTÉ PORTÉ SUR L’AGROALIMENTAIRE. LA VILLE A LE PLUS VIEUX MARCHÉ PUBLIC DU QUÉBEC, DES CENTRES DE FORMATION, UN ENVIRONNEMENT AGRICOLE. MAIS CES JOURSCI, CE SONT LES ARTISTES QUI PRENNENT LE CONTRÔLE DE LA BOUFFE. DURANT PLUS D’
Pour réaliser son oeuvre au centre-ville de SaintHyacinthe, Cosimo Cavalaro n’a pas utilisé une seule goutte de peinture. Il s’est installé dans un petit appartement et y a largué 518 litres de ketchup. Il a tout couvert: les murs, les meubles, les souliers qui traînaient par terre, le frigo. La sauce rouge frappe l’oeil, on pense inévitablement à un carnage. Mais l’odeur, elle, entre dans les narines des visiteurs qui s’attardent sur place. Elle y reste des heures après qu’on a quitté l’endroit et rappelle que le ketchup, en plus des tomates, est bel et bien fait principalement de sucre et de vinaigre.

Bienvenu à Orange, une exposition qui met l’art contemporain et la bouffe dans la même assiette.
«C’est une manifestation très intellectuelle, mais c’est surtout très sensuel, assure l’une des trois commissaires, Sylvette Babin. C’est aussi très ludique.»
La nourriture comme objet d’art peut effectivement devenir un jeu. «Ça nous ramène à l’enfance, dit-elle. On a tous joué avec notre nourriture.» Une oeuvre présentée auparavant était entièrement faite de maïs soufflé. L’installation était jolie et étonnante, mais soulevait néanmoins le problème du maïs en tant que monoculture. Cette fois, c’est l’appartement ketchup qui risque d’attirer le plus de curieux.
«Il y a plusieurs niveaux dans cette exposition, indique Sylvette Babin. Les gens ont parfois peur de ne pas comprendre, mais le public va se promener dans les oeuvres et va se faire sa propre idée de ce que les artistes ont fait et ont voulu exprimer à propos de l’agroalimentaire.»
La triennale d’art contemporain se tient pour la troisième fois à Saint-Hyacinthe, capitale agroalimentaire du Québec. La nourriture a toujours été au coeur des expositions, mais cette fois, on s’est aussi intéressé à l’éthique de l’assiette. Le jeune Américain Joseph Kohnke a fait des petits puits de pétrole avec des fourchettes de plastique jetables, symbole de l’importance du pétrole dans l’alimentation. Dean Baldwin présente une installation participative, une sorte de buffet dans lequel les visiteurs peuvent puiser. Le travail du Québécois Michel Boulanger s’intéresse au problème du territoire et de l’agriculture.
Et il y a le cas Cosimo Cavallaro. «Lorsque j’étais étudiant en art, j’ai vu des enfants jouer avec leur nourriture et j’étais jaloux d’eux. C’est la forme d’expression la plus pure qui soit, jouer avec ses aliments», explique l’artiste, au milieu de ce paradis de tomates liquides. Une petite fenêtre a été laissée ouverte pour l’aération, ce qui ne laisse pas assez d’espace pour évacuer cette odeur aigredouce. «Quand j’ai débuté le travail, je me suis aussi rendu compte à quel point je suis conditionné par les pressions sociales, dit-il. Je me sentais coupable de gaspiller de la nourriture et d’utiliser un appartement qui pourrait être habité.»
L’oeuvre s’appelle Exit: A Room in Ketchup. Cosimo Cavallaro avait déjà fait une expérience semblable, avec du fromage. Pourquoi cette obsession de la bouffe? Raisons culturelles. L’artiste, né à Montréal, est d’origine italienne. Dans son enfance, lorsque la parenté venait en visite, elle apportait un cadeau pour le petit Cosimo. Le cadeau sentait inévitablement le fromage, car il avait traversé l’océan dans la même valise qui cachait aussi le fromage. La tomate, à l’automne, ça allait de soi. C’est la période des récoltes. Le temps où les familles italiennes font les conserves. «Dans ma famille, ça durait une semaine!» lance-t-il. Signe des temps, il a préféré le ketchup, symbole de notre ère de prêt-à-manger qui utilise des produits préparés dans une industrie plutôt que dans une corvée familiale.
Au-delà de ses souvenirs sensoriels, l’artiste confie une fixation alimentaire. «La première chose à laquelle je pense quand je me réveille le matin, c’est la bouffe, dit-il. Et j’y pense toute la journée.»

Orange commence aujourd’hui. Deux publics s’y intéressent. Les amateurs d’art qui fréquentent naturellement les galeries. Puis les gens d’agroalimentaire qui entendent parler d’Orange dans des médias spécialisés. Il y a trois ans, La semaine verte avait fait un reportage sur la manifestation. Des gens d’agriculture avaient été intrigués et étaient allés voir par eux-mêmes ce qui mijotait à Saint-Hyacinthe. Les organisateurs espèrent 10 000 visiteurs, jusqu’à la clôture, le 25 octobre.

Nature morte, Food Art ou art engagé?
Ce n’est pas d’hier que les artistes s’intéressent aux aliments. Il y a les natures mortes qui les représentent et le Food Art qui les utilise comme matériau. On pense aux fruits de Picasso, aux personnages d’Arcimboldo – nés d’un assemblage de fruits et de légumes, aux conserves de soupe de tomates de Warhol ainsi qu’aux sculpteurs qui travaillent avec de la viande ou de la gomme à mâcher. C’est bien, mais ce n’est pas vraiment ce dont il est question ces jours-ci à Saint-Hyacinthe.
Les artistes qui participent à Orange ne font pas que des représentations: ils remettent en question la façon dont les aliments sont produits et la façon dont ils sont consommés.
Les artistes ont les mêmes préoccupations que tout le monde. Ce sont d’abord des citoyens qui mangent et qui consomment, précisent les trois commissaires d’Orange, Sylvette Babin, Geneviève Ouellet et Marcel Blouin. Il ne faut donc pas s’étonner de voir maintenant l’alimentation au coeur de l’art contemporain, comme il l’est au cinéma et dans la littérature, notamment avec la multiplication des ouvrages ayant pour sujet la provenance des aliments, la composition de l’assiette et l’industrie agroalimentaire.
«De plus en plus, il y a une préoccupation citoyenne face à l’alimentation, explique l’artiste Thierry Bossé-Arcand, auteur d’une oeuvre mettant en scène Ronald McDonald. Les gens cuisinent de plus en plus. Ils prennent le temps de cuisiner. Ils s’intéressent à l’agriculture. On en parle plus à la télévision et dans les journaux.»

L’artiste Richard Purdy présentera une conférence sur l’importance de l’aliment dans l’art contemporain. Il est d’accord, le contexte social explique cet intérêt accru des artistes pour les questions alimentaires. Mais il explique aussi cet engouement par un effet de réaction. «Les gens passent leurs journées devant leur écran d’ordinateur, dit-il. Ils arrivent à la maison et s’installent devant l’écran de télévision.» En travaillant avec la matière organique, les artistes font des oeuvres qui ont une odeur et même, parfois, un goût. Et ces oeuvres «d’art chimique», dit-il, laissent des souvenirs plus forts encore chez ceux qui les voient, puisqu’elles marquent plus d’un sens et contrastent avec un univers, autrement, trop fade.