De l'art de vivre...

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Petit cours d’autodéfense sexuelle


In a time of high anxiety, happiness is … - JEFFREY SACHS


Le secret du bonheur des nations

L'abc de la gratitude
La pluie est magnifique  -  Stéphane Laporte


Le mythe de la nordicité québécoise
Le Nord est peut-être froid mais il est heureux -  MARIE-CLAUDE LORTIE
HEUREUX COMME UN CANADIEN  -  Louise Leduc

MOINS DE TEMPS DE LOISIR  -  Louise Leduc
Voir aussi :
Manifeste pour une fête des Mères heureuse -  Sylvia Galipeau
La mauvaise excuse-  MARIE - CLAUDE LORTIE


Comme en Irlande  -  Marie-Claude Lortie
10 suggestions (sans garantie) pour terminer l’été en râlant moins  -  Marie-Claude Lortie


Does ‘livable’ mean ‘unaffordable’?

À quoi rêve Montréal?  -  Rima Elkouri
Voir aussi Rêver? Oui, mais…  -  Michèle Ouimet

Voir aussi Psychologie




Psychologie: ralentir, pour mieux vivre

Ils ont choisi de ne plus travailler






Le Nord est peut-être froid mais il est heureux -  MARIE-CLAUDE LORTIE
Il faut un mélange de richesse et d’égalité sociale pour que la recette du bonheur fonctionne à plein.
Vous connaissez mon affection pour la Scandinavie et les pays nordiques. Pour leur design, la « Nordic Cuisine », la très grande civilité de ces sociétés, leur intelligence. Et pour le hygge, ce mot danois qui parle de ce besoin qu’ont les gens du Nord de se retrouver entre proches autour d’un café ou d’une øl (bière), avec beaucoup de chandelles, quand la lumière dehors se fait rare et la pluie grasse.
Eh bien! ce n’est pas le dernier rapport de l’OCDE sur les tendances sociales qui va me faire changer d’avis. Le document est imbibé de la réussite humaine de ces pays que rien n’arrête, fût-ce le froid, le manque de lumière ou toutes ces contraintes géographiques et démographiques qui, au Québec, nous pétrifient trop souvent.
Prenez par exemple l’essentiel. Le bonheur. Ou la satisfaction face à la vie puisque c’est ainsi qu’en parle le rapport, cette capacité d’apprécier ce qu’on a plutôt que de passer son temps à rêver d’une plus grosse auto ou d’un troisième écran plasma. Devinez dans quel pays les gens sont les plus sereins face à leur vie ? Oui, c’est au Danemark. Encore une fois – ce sont toujours les Danois qui gagnent le concours du bonheur – le pays de Hamlet – étrange quand même – est au sommet de l’échelle, côté bonheur/satisfaction de la vie, suivi de la Finlande, des Pays-Bas ( pays du Nord mais non nordique) et puis de la Norvège.
Et le Canada ? Il est en huitième place, ce qui n’est pas mal du tout, puisqu’il est au même niveau que la Suède et avant les États-Unis.
Mais sommes-nous le « plus meilleur pays » dumonde, comme l’a déjà dit l’ONU? Pas selon ce document.
Ce bonheur, il va de pair avec une mesure de civilité: la quantité de temps libres, de loisirs qu’ont les citoyens, même s’ils travaillent.
Qui a le plus de temps libre chez les pays de l’OCDE? Des Scandinaves. Les Norvégiens, cette fois, qui triomphent avec leurs 7470 heures de loisirs par année, suivis de près par les Néerlandais (voisins du nord de l’Europe), suivis des Danois et des Suédois. Les derniers de la liste? Les Américains.
Tout ça n’est pas anodin, sachant que plus on a de temps résiduel, donc non consacré au travail, plus on a de chances d’être heureux (toujours selon le rapport). Remarquez, le temps de loisir est aussi en lien avec le revenu national, donc, direz-vous, ce sont les riches qui ont du temps de loisir et qui sont donc heureux. Nuance : il faut, toujours selon le rapport, un mélange de richesse et d’égalité sociale pour que la recette du bonheur fonctionne à plein.
Autre qualité norvégienne : c’est dans ce pays que l’écart entre la quantité de temps de loisir des hommes et celui des femmes est le plus petit. Les Norvégiens ont plus de temps de loisir que les Norvégiennes, mais la différence est de moins de 10 minutes par jour, en moyenne, une nuance anecdotique, note le rapport.
En Italie, en revanche, pour marquer le contraste, les hommes ont en moyenne 1h20 de plus de loisirs par jour que les femmes, puisque les femmes ont plus d’activités de travail non rémunérées (et vous vous doutez bien qu’activité de travail non rémunéré rime pas mal plus avec lavage, cuisine, ménage, etc. qu’avec aller au spa ou lire dans son bain.)
Par contre, les Italiens, avec les Japonais, les Néo-Zélandais et les Français (grands champions du temps passé à table et à dormir), sont dans le peloton de tête des pays où l’on passe le plus de temps à manger et à boire.
Si c’est ça ne pas être champion du bonheur, ça va aussi.


HEUREUX COMME UN CANADIEN  -  Louise Leduc
Le Canada compte toujours parmi les pays où l’on est le plus satisfait de sa qualité de vie – il arrive au 8e rang – mais selon l’OCDE, il serait aussi l’un des cinq pays, avec le Portugal, la Hongrie, les États-Unis et le Japon, où il y aurait eu un recul à ce chapitre entre 2000 et 2006.
La régression est mince, à peine 0,1 point sur une échelle de 11, mais avant 2006 – donc avant la récession, faut-il préciser –, l’indice de bonheur progressait pas mal partout dans l’OCDE sauf chez nous.
Selon l’étude intitulée Panorama de la société 2009, le Canada se positionne bien, par ailleurs, dans la catégorie du revenu national net par habitant où il est au cinquième rang. Il affiche une performance mitigée quant à la satisfaction au travail – 9e rang sur 20 pays – et 18 pays font mieux que le Canada en ce qui a trait au taux de pauvreté.
On se positionne mieux, par ailleurs, pour l’un des principaux indicateurs d’égalité entre les hommes et les femmes, à savoir le temps de loisir. Ainsi, les hommes du Canada auraient environ 25 minutes quotidiennes de plus de loisirs que les Canadiennes (ce qui nous place au 6e rang), ce qui est nettement plus égalitaire qu’en Italie, dernier de classe, où les hommes ont pas moins de 79 minutes de plus pour faire la dolce vita que leur douce.
Du point de vue des loisirs de façon générale, les Canadiens traînent quand même un peu la patte. Ils leur consacrent en effet 23,7% de leur journée moyenne, comparativement à 27,7% pour les Belges, qui arrivent ici au premier rang.
Par ailleurs, au Canada, on dort suf f i samment. Au moins huit heures par nuit en moyenne. Les Français, qui arrivent à se réserver près de neuf heures de sommeil quotidien, sont les champions à ce chapitre. Les Français ressortent aussi – sans surprise – comme étant ceux qui font le plus honneur à la table, y passant carrément deux fois plus de temps que les Américains, les Mexicains et les Canadiens.
Le Canada arrive par ailleurs au 9e rang des pays présentant les plus hauts taux d’obésité. Le triste gagnant de cette catégorie ? Eh oui ! les États-Unis. Les Japonais, les Coréens et les Suisses présentent à l’inverse les meilleurs poids santé.
Fait intéressant, c’est la Grèce qui détient le premier rang du pays où les enfants intimident le plus les autres, suivi de l’Autriche. Le Canada arrive en milieu de peloton.
Tout de même, n’est-ce pas surprenant de voi r l ’ OCDE inclure, dans une même étude, des données comparatives sur des questions aussi diverses que l’obésité, les inégalités sociales ou l’intimidation?
Tout économiste soit-il, John Helliwell, professeur à l’Université de la Colombie-Britannique, salue ce rapport de l’OCDE qui, de façon impressionniste, tente de dépeindre chacun des pays de façon plus complète qu’à la seule aune, par exemple, des plus classiques données comme celles du chômage. Cela ne va pas, cependant, sans obliger l’OCDE, à son avis, à y aller d’une certaine gymnastique quand il s’agit de traiter de données sur des notions aussi neuves que la qualité de vie et de concilier de façon aussi scientifique que possible des collectes de données faites de façons très différentes d’une agence nationale à l’autre.
Ainsi, parce que l’OCDE a dû tenter de concilier des données de sondages avec des données de Statistique Canada pour ce qui est de 2000 à 2006, M. Helliwell, grand spécialiste au pays des questions de qualité de vie, trouve que l’OCDE s’est avancée un peu. Un peu trop.
« Ce sur quoi je travaille davantage, ce sont les sondages GALLUP des années 2006 à 2008 et selon eux, le Canada arrive au 6e rang des pays de l’OCDE en moyenne. Mais quelles que soient les études, le Canada se situe toujours parmi les 10 premiers pays, alors que le voisin, les États-Unis, avec un PNB pourtant supérieur, arrive plutôt généralement entre le 10e et le 20e rang » en ce qui a trait à la qualité de vie.
M. Helliwell vient d’ailleurs de faire une présentation plus spécifique à Statistique Canada sur le sujet. Selon son analyse s’appuyant sur les plus fraîches données de Statistique Canada, entre les provinces, il n’y a pas de grands écarts entre l’évaluation que les gens font de leur qualité de vie. « Terre-Neuve arrive au premier rang, le Québec et l’Ontario sont plutôt au milieu de la courbe et c’est en ColombieBritannique que l’on arrive en dernier. Là où les différences sont les plus marquées, c’est entre les villes. Diverses études démontrent que les gens semblent plus heureux dans des villes de taille moyenne comme Québec ou Granby que dans les grandes métropoles du pays. »


MOINS DE TEMPS DE LOISIR  -  Louise Leduc
La mauvaise nouvelle : au Canada, le temps que l’on peut consacrer aux loisirs n’a de cesse de reculer. Gilles Pronovost, professeur de sociologie à l’Université du Québec à TroisRivières, n’est pas étonné que le Panorama de la société 2009 de l’OCDE indique que les Canadiens aient moins du quart de leur journée à consacrer aux loisirs. « Plus on avançait dans le XXe siècle, plus le temps consacré au travail reculait. À l’inverse, le saut dans le XXIe siècle a été catastrophique, observé particulièrement à partir de 2005. Même au Québec, la population active a aujourd’hui moins de temps libres que dans les années 80. Cette intensification du travail est très marquée – et inquiétante – chez les jeunes pères et chez les jeunes mères. »
L’étude de l’OCDE avance que les Canadiens consacrent 34% de leurs temps libres à l’écoute de la télévision et de la radio (comparativement à 47% chez les Japonais et 44% chez les Américains) et 21% de leurs loisirs à rendre visite à leurs amis, ce qui nous rend parmi les plus sociables de l’OCDE. Seuls les Néo-Zélandais et les Turcs se consacreraient davantage que nous aux relations amicales.
L’OCDE n’a pas tenu compte des différences entre les provinces. Mais selon Statistique Canada, les Québécois passeraient cependant toujours trois heures de moins au travail (ou en déplacement vers le boulot) que le Canadien moyen – 46,3 heures comparativement à 43,2 heures. « En gros, les Québécois arrivent à dormir une heure de plus que les Canadiens en général, ils ont une heure de plus de temps libre et ils passent une heure de plus à faire des tâches ménagères », explique M. Pronovost.
En regardant la liste des pays qui se situent le mieux dans l’équilibre travail/loisirs, Paul Bernard, professeur de sociologie à l’Université de Montréal, constate de nouveau à quel point les Scandinaves, dont les pays présentent d’excellents niveaux de productivité, parviennent quand même à ne pas faire des heures de fou au boulot.
Ce qui interpelle toutefois particulièrement M. Bernard, c’est cette statistique bien pointue, perdue dans un tableau. Selon l ’ OCDE, le Canada arriverait au 4e rang (derrière l’Italie, la Grande-Bretagne, l’Espagne et le Canada) des pays où les jeunes hommes ne sont ni au travail ni aux études. « Que 8% des jeunes hommes canadiens soient oisifs, c’est préoccupant. Encore une fois, dans les pays nordiques, même si on privilégie un bon équilibre de vie, la norme sociale veut que chacun soit au travail ou aux études. Le Québec a déjà compris qu’il doit pousser dans ces mesures d’incitation au travail et de formation continue et cette donnée de l’OCDE démontre bien qu’il ne faut surtout pas relâcher la garde. »

La mauvaise excuse-  MARIE - CLAUDE LORTIE
Il est 22h et le soleil est en train de se coucher avec cette lumière typique, orangée, qui donne à tout des allures de star. Il fait frais. Un petit samedi soir de fin de mai relax à Stockholm.
Les Scandinaves s’adaptent de différentes façons au froid. Comme ici, où ces jeunes femmes profitent de couvertures et de radiateurs sur les terrasses pour leur permettre de rester dehors même quand le fond de l’air est frais.
Pour rentrer à l’hôtel, après le souper, je considère mes options. Je suis sur l’équivalent de l’île Sainte-Hélène (à Djurgården) et je dois me rendre à l’équivalent de Sherbrooke– Saint-Laurent, (près de Sturplan). Soit j’enfourche un Citybike (le Bixi local) et je rentre en prenant le pont et les pistes cyclables. Soit je prends le chemin des écoliers et je saute sur un petit bateau qui m’amène, disons, au quai des Éclusiers (Gamla Stan) et de là, je termine mon chemin en roulant jusqu’à l’hôtel.
Pour le plaisir de la balade sur l’eau, je décide d’embarquer sur le ferry et de voguer au bercail.
Sur le pont du petit navire, programmée comme tous les Montréalais à envier ces villes qui n’ont pas à subir des hivers violents, avec glaces et tempêtes, je contemple le paysage avec jalousie, en me disant que les Suédois sont donc chanceux, eux, de pouvoir se permettre ces navettes flottantes...
Quand je raconte mon expérience à une Stockholmoise, « Ah! que vous en avez du pot, vous, blablabla... », elle me coupe brusquement la parole. « Attendez! Il y a de la glace partout l’hiver ici. Les bateaux arrêtent. Quand il fait trop froid. C’est fini. On range tout. »
Quoi? Vous voulez dire que l’hiver est dur, mais ne vous fige pas le cerveau toute l’année durant?
Quand la dame m’a dit ça, j’ai pensé à un responsable de la Ville de Montréal. Personne en particulier. Juste ce fonctionnaire/politicien classique et interchangeable qui nous répète depuis toujours, en toutes circonstances, que peu importe le projet, ce n’est pas possible, parce que... Parce que l’hiver.
L’hiver et le déneigement, l’hiver et son froid, l’hiver et sa neige. L’hiver et le sort qu’il jette sur la Ville.
Des bateaux sur le fleuve pour faire la traversée de la Rive-Sud vers Montréal? Ben non! L’hiver!
Des cafés-terrasses sur le bord de l’eau? Mais non, l’hiver!
Des immeubles avant-gardistes, des toits verts, des esplanades plantées de marronniers, des restaurants et des jardins suspendus? Mais non, l’hiver!
Des ralentisseurs dans nos rues? Mais non, l’hiver! Des fleurs dans les parcs? Du mobilier urbain allumé? Des passerelles et autres folies architecturales? Ben voyons, l’hiver!
En revenant à Montréal, j’ai appelé l’urbaniste Gérard Beaudet pour lui parler de ce vaste blâme, de cette immense responsabilité pétrifiante que tout le monde fait porter sur la saison froide. « Oui, c’est une contrainte, lance-t-il, une contrainte biogéographique. Mais une contrainte comme toutes les villes en ont. Pensez à celles qui doivent vivre avec les pluies de la mousson ou du désert à leurs portes. »
Cette dynamique antihiver ne date pas d’hier, dit-il. Dès que les colons sont arrivés – il n’y a pas si longtemps que ça, historiquement parlant – avec leurs modèles urbains issus de leur climat européen, la lutte pour imposer coûte que coûte des façons de faire non adaptées a commencé. Et cet esprit de bataille et de déni s’est installé. « Et en fait, dit-il, on ne s’en est jamais remis. »
Et comme les cultures autochtones étaient plutôt campagnardes, explique l’urbaniste, les colons n’ont pas su tirer de leur savoir des connaissances utiles au développement de nouveaux modèles citadins. De plus, assez rapidement, la technologie – pétrole, électricité, etc. – est venue donner les moyens de poursuivre la lutte contre l’hiver.
Les Scandinaves, eux, ont toujours évolué avec l’hiver. AuMoyenÂge, ils n’avaient pas le choix que de composer avec l’hiver. Pas de chauffage central. Pas de souffleuses. Et de la même façon que, par exemple, les Méditerranéens ont su concevoir des villes adaptées à la chaleur de leur climat, ils ont su développer des modèles urbains en symbiose avec le temps.
Aujourd’hui, les Scandinaves s’adaptent de différentes façons au froid. Parfois ils le mettent de leur côté, en troquant le vélo contre le ski de fond pour se déplacer. Parfois, ils le côtoient avec réalisme, en ajoutant par exemple des couvertures et des radiateurs sur les terrasses pour permettre à tous de profiter de la lumière même quand le fond de l’air est frais.
Parfois, ils ferment boutique durant les mois les plus froids – en arrêtant les ferrys, par exemple –, mais ne laissent pas cela définir tout le restant de l’année. Et c’est ainsi que, dès que le temps se réchauffe, les cafés et les buvettes temporaires apparaissent sur les places et les parcs et les quais.
Certains répondront sûrement que notre climat et le leur ne sont pas comparables. Que l’hiver de Stockholm, par exemple, n’est pas aussi froid ni aussi enneigé qu’ici. C’est vrai. Mais la différence n’est pas gigantesque. Et le fait est que, là-bas, comme ici, le thermomètre descend au-dessous de zéro en hiver et qu’il y a de la neige dans les rues et parfois des tempêtes en avril.
Un proverbe suédois dit qu’il n’y a pas de mauvais temps, seulement de mauvais vêtements. J’ajouterais : et de mauvaises excuses.
Espérons que les candidats à l’hôtel de ville aux élections de l’automne prendront le temps de parler de tout cela.




Comme en Irlande  -  Marie-Claude Lortie
J’ai hâte qu’il fasse beau pour cesser d’entendre tout le monde se plaindre.
J’ai hâte que le beau temps arrive. Pas pour aller à la plage Doré me faire bronzer avec du super écran solaire bio brésilien sans paraben et moi sans parapluie.
Les parapluies ont été un accessoire à la mode en juillet, mois pendant lequel Montréal a établi un record pour le plus bas nombre d’heures d’ensoleillement.
Pas pour me promener en Bixi dans les rues de la métropole – dans les quartiers qui ont droit au service, on s’entend – sans risquer un déluge féroce m’obligeant à me blottir sous une marquise avec d’étrangers fumeurs.
Pas pour pouvoir m’asseoir dans mon jardin, sans imper, à lire mon journal, sur papier ou sur écran, tout en sirotant une limonade maison aux framboises écrasées.
Non, j’ai hâte qu’il fasse beau pour cesser d’entendre tout le monde se plaindre.
Pour ne plus avoir à endurer cette litanie incessante de rouspétage anti-météo qui nous inonde et nous imbibe depuis le début du mois de juin. Je n’en peux plus de cette complainte du Montréalais lésé qui, à l’entendre, aurait un droit inaliénable à un certain nombre de semaines de gros soleil et de grosses chaleurs par été. La Provence angle De Lorimier et Rachel en échange de tous ces mois à endurer neige et verglas.
Montréal l’été ne sera jamais Manosque ni Gordes. Ni même Avignon ou Aix. Montréal, c’est l’Irlande, c’est Dublin, Limerick, c’est le Donegal... D’où les arcs-enciel omniprésents qui trônent sur les autoroutes et les parcs endormis. D’où ces spectaculaires ciels tourmentés aux airs bibliques. D’où la verdure grasse et chlorophyllée au max. D’où les pommes de terre nouvelles qui goûtent la rosée et d’où, sûrement, bien que je ne les ai en a eu aussi beaucoup. Assez pour faire fuir les truites en tout cas. D’accord, souvent, il jouait à cache-cache derrière des nuages blancs ou, disons-le, charbon. Souvent, certes, les journées de beau temps étaient ponctuées d’averses lourdes qui nous obligeaient à rentrer nous cacher.
Mais rien de tout cela ne mérite qu’on en parle autant et qu’on en reparle encore comme si nous étions victimes d’une injustice jamais vus, quelques leprechauns cachés sous tous ces trèfles saoulés par ce climat d’abondance...
Je reviens, je tiens à le préciser, de vacances passées en majeure partie au Québec, à la campagne. Non, il n’a pas fait un temps andalou, et de la pluie froide, on en a vu. Mais du soleil, il y collective d’une bassesse infinie.
À nous entendre, nous sommes tous des agriculteurs, parmi les seuls qui ont, eux, le droit légitime de râler contre le temps quand il y a trop de quelque chose ou pas assez d’une autre. Le maïs est court. Les tomates encore vertes. Et il a fallu, à certains endroits, sortir les pommes de terre vite la semaine dernière pour fuir le mildiou. Pour eux, oui, les statistiques d’été pourri ont un sens. Et il est normal qu’ils ne trouvent pas d’un humour infini les geais bleus ridiculisés par leurs plumes mouillées, faisant quand même sous les trombes le va-etvient du nid à la mangeoire.
Cela dit, les fermiers en ont vu d’autres.
J’ai croqué la semaine dernière des artichauts miniatures d’une élégance exquise qui venaient de passer à travers le même temps que vous et moi et ont trouvé quand même le tour de grandir en toute sérénité. Et vous ai-je parlé de petits pois mange-tout violets poussant dans une ferme découverte au hasard d’un jogging? Je ne les ai pas entendus se plaindre, eux, de cet été qui n’est pas comme il le devrait...

L’été le plus pluvieux, le plus froid, le plus nul? L’été, surtout, du plus grand et du plus inutile chialage collectif.


10 suggestions (sans garantie) pour terminer l’été en râlant moins  -  Marie-Claude Lortie
1
C’est août, c’est le début des récoltes et même s’il a plu, ça a poussé. C’est le début de l’abondance. Poivrons, aubergines, courgettes, maïs, tomates nouvelles et je ne sais plus quoi sont partout dans les fermes autour de Montréal et nous attendent. Suffit d’aller voir.
2Vous
n’avez pas eu besoin d’installer la clim’ cet été? Une telle économie doit se célébrer: un repas dans un bon resto ou une nouvelle paire d’escarpins ?
3Vous
êtes déçu de ne pas avoir eu l’occasion de montrer votre nouveau maillot de bain? C’est le temps d’investir dans un très cool imper et, évidemment, de bonnes bottes de pluie adorables.
4
La pêche, la pêche et la pêche sont trois activités qui adorent la pluie, surtout la fine, l’incessante, la douce et brumeuse…
5
Quand il pleut, on n’est pas obligé de rentrer à l’intérieur, juste de s’abriter. Vive les bâches suspendues, les préaux, les marquises, les auvents. On mange dehors quand même. Et on joue au Monopoly aussi.
6Les
Scandinaves allument des bougies tout le temps, partout. Dès le matin, de la cuisine à la salle de bain. Ça fait partie de leur façon de narguer la noirceur de l’hiver et le gris de la pluie. On essaie?
7
Les Scandinaves (encore eux) ont toujours des couvertures légères sous la main – idée, on en stocke une grosse pile dans le coffre de l’auto – car toute occasion est bonne de rester dehors, quand la pluie cesse, même s’il fait frisquet. Ça marche. Et tant pis si la guimauve fondue colle dessus.
8
Vous tenez à fuir : il fait beau et sec au Texas. Pire sécheresse depuis 50 ans. Là-bas, ils ne trouvent pas ça drôle du tout.
9
Autres possibilités de voyages, quelques exemples : Maroc ( 48 º C à Agadir la semaine dernière), sud de l’Espagne, Victoria ou Vancouver, où on a battu des records de chaleur la semaine dernière. Ce n’est pas vous qui vous plaignez toujours de manquer de temps? Pas le temps de revoir tous les films de
10
Louis de Funès avec les enfants. Pas le temps de vous remettre au tricot. Pas le temps d’apprendre à préparer de vrais bons pina colada. Pas le temps d’aller dans les galeries d’art. Pas le temps d’aller à la bibliothèque avec les petits leur faire découvrir Fifi Brindacier, le Petit Nicolas et Sol et Gobelet. Eh bien voilà. Il reste deux belles semaines d’août pour vous éclater. Et parions que le jour où vous vous mettrez, finalement, à décaper cette rampe d’escalier que vous promettez de faire depuis toujours, il se mettra à faire un temps radieux.




À quoi rêve Montréal?  -  Rima Elkouri
Àquoi rêve Montréal ? C’est la question qu’on vous a posée en mai. Envoyez-nous vos rêves tricotés en 100 mots, pas plus, vous a-t-on dit. Et assurezvous que ces rêves soient réalisables et contribuent au rayonnement de la ville.
Ce qui ressort de ce remueméninges préélectoral, dont vous pouvez lire les résultats dans le cahier Plus, c’est que les Montréalais ne manquent pas de bonnes idées pour leur ville. Si seulement on les écoutait davantage. Si seulement Montréal avait à sa tête un leader capable de mettre en valeur l’extraordinaire potentiel de la ville. Si seulement on arrivait à empêcher qu’autant de bonnes idées finissent par se perdre dans le dédale bureaucratique municipal.
Cela dit, en épluchant les 381 propositions reçues et en s’attardant aux propositions irréalisables qui n’ont pu être retenues par le jury d’experts, on constate au fond que bien des rêves montréalais ont peu à voir avec la politique municipale. Aux yeux de plusieurs, le principal défaut de Montréal, ce ne sont ni ces affreuses autoroutes qui balafrent la ville, ni le manque d’espaces publics ou de rues piétonnes, ni ce dos tourné au fleuve. Aux yeux de plusieurs, l’ennemi public numéro un de Montréal, c’est son hiver interminable.
Les Montréalais qui ont un rapport névrotique avec l’hiver – j’en suis – rêvent sans tuque. Ils veulent que Montréa l devien ne une immense terrasse chauffée. Une lectrice frileuse, Aurelia Garcia, propose même d’implanter un système de chauffage de la ville au complet. Tout, tout, tout serait chauffé, les rues, les trottoirs, les abribus, les cours d’école...
L’idée semble farfelue, mais au fond, elle ne l’est pas tant que ça. Trop souvent, les Montréalais subissent l’hiver plutôt que de le vivre. Notre plan d’urbanisme fait comme si on vivait à Acapulco. Alors que chez les Scandinaves, par exemple, on s’efforce davantage d’apprivoiser l’hiver plutôt que de l’endurer. Avec des trottoirs chauffants ou encore des abribus chauffés, comme le propose Mme Garcia, mais aussi des boulevards moins larges et des rues en lacets pour éviter les corridors de vent, une culture urbaine moins centrée sur l’automobile, des cours de patin à l’école, etc.
Pour certains rêveurs montréalais, la solution scandinave ne semble toutefois pas satisfaisante. Ils ne veulent pas se contenter d’apprivoiser l’hiver. Ils rêvent carrément de mettre une cloche de verre sur la ville pour qu’elle puisse vivre son déni de l’hiver en toute impunité. Certains proposent de couvrir d’un dôme le Vieux-Port ou encore l’île Sainte-Hélène, transformée en « île de la joie » où il fait toujours beau.
Dans la catégorie « Je hais l’hiver » , la palme revient sans doute au rêve de Michel Turgeon, un lecteur qui dit avoir trouvé le dernier hiver particulièrement long. Que propose-t-il ? La création d’un genre de Biodôme pour êtres humains où le Montréalais pourrait s’épanoui r dans son habitat naturel rêvé. On pourrait y marcher dans le sable chaud en plein mois de février. Il y aurait de la verdure et de la lumière à profusion pour contrer la déprime saisonnière. Bref, un endroit où l’on pourrait mettre une fois pour toutes l’hiver à la porte. Plus qu’un rêve, cela semble relever d’un fantasme bien montréalais.

Maintenant, assez rêvé. Je vous invite à aller voter sur cyberpresse.ca pour le projet pragmatique qui vous plaît le plus parmi les 10 présentés dans notre dossier Rêvez Montréal. Les idées les plus populaires seront ensuite soumises aux candidats à la mairie.